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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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© Les carnets métaphysiques & spirituels

8 avril 2018

Carnet n°143 Le temps, le monde, le silence et quelques exigences encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Du silence, de la nature, une vie simple plongée au milieu des livres et des bêtes. A l’écart des hommes. Dans la permanente compagnie des arbres et du ciel. Sur les sentes des collines avec ce sourire né de l’Amour retrouvé…

Vivre entre l’air et l’instant. Serein et immobile sur la terre autant que l’âme est à l’affût et vagabonde. Au plus près du réel sans échappatoire – et non dans le rêve et le ciel rêvé – loin de toute certitude et de la sédentarité qui confine l’esprit de l’homme au sommeil…

Vif et sensible. Fragile au milieu des vents – au milieu de tous les gués. Et anonyme – le front posé sur l’herbe – et la joie discrète dans l’âme. Et humble, plus que tout, ayant oublié le nom des fleurs – et jusqu’à son propre nom – pour aller incertain – et innocent – parmi tous les visages du monde…

 

 

La magie du regard sur la cendre et la misère – sur ce réel estropié par le temps...

 

 

Au coude-à-coude avec le noir, l'incertitude d'exister – et ce rêve de figer la vie – d'arrêter le temps...

 

 

Nostalgie d'un soir – sans raison apparente – où le rêve se fait plus puissant que la mort – et le réel plus coupable que la faim d'un autre jour – d'une autre vie. Comme le jeu tragique du dédoublement dans le miroir – une ombre qui traverserait le reflet fragile de l’innocence...

 

 

Et accolé au silence, ce grand rire sur nous-mêmes...

 

 

Le monde tel qu'il se dessine dans nos rêves – plus beau et plus humble que dans nos inquiétudes...

 

 

L'histoire du monde comme exercice sur la page. Mille rêves écrasés par la force du réel – et la persistance d'un songe dans le noir qu'ont façonné les hommes...

 

 

Résister à l'écrasement du monde par un retrait – un écart – un exil. Par un silence – et une présence plus vive que ses choix morbides...

 

 

Et, sous toute détresse, l'harmonie à venir – et qui viendra, contre toute attente, à l'heure de sa convenance – lorsque les larmes auront asséché la faim et le désir de devenir – lorsque le temps aura été délivré de ses chimères – lorsque l'âme saura (enfin) se prêter à l'humilité nécessaire...

 

 

Sommes-nous encore vivants sous cette pluie – en ce monde où les morts regrettent le souffle – et où les hommes cherchent le leur pour freiner les dérives de la finitude...

 

 

Vieille humanité qui s'endort à l'ombre de ses rêves – si anciens – fossilisés dans la pierre sur laquelle les hommes continuent de bâtir comme des somnambules mécaniques...

 

 

Une seule perspective possible contre la mort et le malheur, le silence et la certitude de l'effacement. Une vieille image peut-être mais nécessaire à la délivrance du temps...

 

 

Depuis la nuit des temps, nous sommes arpentés par le silence. Un espace – quelques flocons – un peu de neige à apprivoiser – pour aller nus sur un temps indéfiniment suspendu. Une faille où glisser sa tristesse, les malheurs inévitables et la violence. Une tendresse sur la blancheur du jour. Une fenêtre à franchir une nouvelle fois. Des adieux au monde dont la hâte précipite les hommes vers la mort...

 

 

J'irai à la rencontre du monde – saluer les arbres et les pierres – offrir aux hommes le ciel bas – plongé au cœur des désastres – et habiter cet espace où le feu brûle encore...

 

 

La gestation d'une éternité aussi longue que dureront les rêves...

 

 

Le fond secret des choses dévoilé en un instant – sous le noir évidé de ses malheurs et de la désespérance qu'il dessine sur les visages. Dans ce silence – cette fulgurance indéfinie – pétrie par nos mains laborieuses...

 

 

Un retrait en amont de la cascade des heures – au fond de cette chute ascendante au milieu du silence – au cœur des origines du temps...

 

 

Notre place est ici – au milieu de l'inconsolable et de ces aveux de tristesse. Mains dans la boue, la cendre et le sang. Lèvres brûlantes dans l'effroi pour dire la possibilité de la joie – et offrir aux hommes, aux bêtes et au monde un regard et des gestes secourables...

 

 

Au-delà des frontières – au-delà des cris et des grondements du monde, une vie est possible – faite de sagesse, de joie et de chemins naturels – et de paroles alignées sur la page. Comme un espace – une lumière – un soleil – éloignés de la boue – une source au plus près du cœur des hommes. Les vestiges d'une origine lointaine – accessible à tous ceux qui s'impatientent de s'affranchir du rêve.

Notre maison natale en quelque sorte...

 

 

Nous avons bu aux sources de la nuit – et enfoui le jour sous un tas de rêves. Comment pourrions-nous à présent nous libérer du monde – et prétendre au silence sans répandre ses eaux – et effacer la boue et la buée sur cette vitre derrière laquelle nous grimaçons...

 

 

La poésie est un regard. Et lorsque les mots surgissent, ils n'en sont, bien sûr, que le prolongement...

 

 

Rien ne nous appartient sinon cette insécurité maladive – cet air inquiet – et ce souci du temps à venir...

 

 

Coulée de neige dans l'air pur. Comme la confidence inattendue des Dieux livrant leurs secrets. Une fleur sur la roche. Un rire sur la mort. Le vol d'un oiseau ouvrant un passage dans un ciel infranchissable...

 

 

Le temps passe en revue les différents âges du monde – l'écart entre l'avenir et les origines de l'homme. Ce fossé de l'histoire où se sont endormis les vivants...

 

 

Dans nos mains, le silence – à peine égratigné par le temps. Et au-dedans des âmes froissées par la mort...

 

 

Errant parfois au-delà des songes – sur cette voie où les fronts sont baissés – et où les titres et les noms perdent leur importance...

 

 

Venus d'un temps si ancien que nous en avons oublié notre visage...

 

 

Terre et siècles dévastés par ces désirs qui s'écoulent comme les rêves au milieu de n'importe quoi...

 

 

Notre parole se fait plus discrète que le déhanchement coutumier du langage. Elle tente modestement d'explorer – et d'élargir – la faille où nous sommes tombés. Retenue, sans doute, par le silence – et le jour qui a desserré notre étreinte sur ce qui sombrera avec nous dans la mort...

 

 

Entraves encore au-delà de l'ouverture. Jeux du désir qui s'éternisent entre les voiles où perce le chant de l'aurore...

 

 

Torches, haleines et consumation de l'extase dans cette attente sans fin. Et le silence qui s'invite au terme du voyage. Comme un soleil plus poétique que les affreuses lampes allumées pour vaincre le noir qui s'est immiscé juste au-dessus de la douleur...

 

 

Arpentés autant par la lumière que par le regain naturel de la souffrance qui donnent à notre marche cette allure, si humaine, de boiterie scintillante...

 

 

Le silence parfois plus lourd que le temps lorsque l'âme penche davantage vers le gris que vers le feu et l'émerveillement...

Et une douceur aux reflets blancs par la fenêtre où se glisse notre regard...

Et la violence des mots – traits aux airs, pourtant, si inoffensifs sur la page...

 

 

Quelques flocons sur la cendre. Et la douceur bientôt recouvrira tout ce qui s'est suspendu au langage. Cet espace – cet Amour – d'avant le temps où nous ne savions encore naître au monde...

 

 

Noir enseveli sous le feu. Au bord de la paume – au creux de cette main qui nourrit l'espace et les oiseaux. Au milieu de ces flammes qui brûlent les poèmes avant de les jeter aux hommes. Comme un coin de blancheur où l'âme sait se faire plus lisse – et plus tendre – qu'au cours de ses longues errances sur les chemins du monde...

 

 

Un rêve de pénétration et d'enfantement. Tel est, sans doute, le seul désir de la lumière...

 

 

Une âme ardente et généreuse comme le prolongement de cette terre qui l'a enfantée – et la continuité de ce ciel qui lui a offert sa semence...

 

 

Nous ne rencontrons que ce qui meurt. Et pour nous en réjouir, il faudrait parvenir à le regarder depuis ce qui demeure...

 

 

Œuvrer à la célébration de ce qui se perd et encourager, en chacun, le désir de ce qui dure, telle est, sans doute, la tâche du poète et du sage vivant parmi les hommes – avec cette proximité et cette distance nécessaires à l'effacement du nom et à la possibilité de la réconciliation et des retrouvailles...

 

 

La beauté du monde et les cris de l'enfance piétinée par ce qu'elle ne peut nommer dans sa terreur. Le poids, sans doute, de la parole des aînés – et cette violence inouïe, née des instincts, qui donne à la terre une allure dévastée et angoissante – parsemée pourtant de merveilles et d'espoirs...

 

 

Ensemble – dans cette solitude sans contrepartie comme les mille reflets éparpillés du même visage. Avec parfois, il est vrai, quelques gestes – un regard – une présence – pour dissiper provisoirement ce sentiment d'exil – cette douloureuse déréliction – et faire oublier momentanément l'hostilité et la méfiance – et ces sempiternelles chamailleries en vigueur dans un monde où persiste cette impression si tenace de se sentir désunis...

 

 

Nous survivons sur l’herbe d'un monde déjà perdu – dans l'attente d'une fin certaine au milieu du chaos...

 

 

Mille tombes encore au petit matin – alignées entre le réel et l'imaginaire – devant des yeux qui doutent même de leur propre existence...

 

 

Le plus humain de l'homme se trouve au cœur de la tendresse que chacun peut éprouver en regardant le monde ; pierres, montagnes, herbes, arbres, fleurs, bêtes et visages. Dans cette caresse délicate (et trop rare) des yeux en contemplation qui guident la main pour lui ôter l'envie de les saisir et d'en faire usage. Pour la simple joie d'être – et de vivre auprès d'eux – en conscience vivante et sensible...

 

 

Le temps trace sa route au-dedans des gouffres – creuse plus encore notre détresse à y vivre sans issue – ôtant jusqu'à l'espoir de toute échappée...

 

 

Mains plus errantes que tremblantes en ce monde où tout désespère et recommence. A peine un souffle – un soupir peut-être – pour s'abriter derrière notre ombre posée au milieu de la mort...

 

 

Vivre n'est que le regain du jour dans une nuit sans cesse renaissante...

 

 

Aucune leçon, aucun livre, aucun sage ne peut enseigner à vivre – ni offrir la vérité. Mais chaque pas, chaque geste, chaque chose offre la possibilité d'un regard porteur de joie et de liberté...

Pour les hommes, Dieu, l'Absolu, l'infini et l'émerveillement ne peuvent, sans doute, se trouver ni ailleurs ni autrement...

 

 

Paille toujours ce qui s’amoncelle. Et fumée et cendres un peu plus tard. Rien de funeste pourtant dans ces départs et ces transformations. Simples formes combinatoires aux rythmes conditionnés – jouets des cycles et du temps dans le jeu sans fin de l'énergie et du silence...

 

 

Failles et fouilles encore au fond de l'abîme mais qui ne creusent plus que notre joie d'y arpenter plus libre...

 

 

Une présence au monde sensible à l'infime et à l'ordinaire – au quotidien le plus banal – et à ce rayonnement incroyable – presque indécent – qui émane des êtres et des choses perçus par le regard aimant. Et si indifférente à l'esbroufe, à l’extraordinaire et au spectaculaire toujours éminemment partiels et mensongers dans leur trop vive ostentation

 

 

Les dérives du voyage mènent toujours, à travers ses détours et ses méandres, aux portes de l'inconnu – aux frontières de l'inespéré. Et il y a une grâce – presque une magie – dans cette marche guidée non par le hasard mais par la nécessité. Nécessité du monde, des choses et des retrouvailles qui façonne peu à peu l'essentiel – ou, plus exactement, qui rabote et efface l’inutile et le superflu qui encombrent cette innocence à voir et à marcher comme pour la première fois au milieu de tout et de nous-mêmes...

Voyage de tous les ailleurs, ici, à l'endroit même où nous nous tenons. Sempiternel périple autour du même centre – plus qu’éternel. Ce qui se meut – et ne peut s'empêcher de se mouvoir – dans la plus parfaite, et inviolable, immobilité...

 

 

Une grandeur se répand au-dessus du voyage – et au-dessus de la mort. La parfaite envergure du regard sur ce qui s'efface et revient toujours...

 

 

Il n'y a d'obstacle que dans l'encombrement du regard – dans l'encombrement de l'innocence. Sans embarras, il y a l'infini, la joie et la liberté. Et le silence qui invite à la contemplation et à l'émerveillement en laissant les pas s’éloigner ou participer aux mille danses du monde – au gré des affinités sensibles...

 

 

Du souci et de l'ombre, voilà la récolte du sommeil. Le ressassement du rêve et l'enlisement des pas. La vie de tout homme, en somme, avant de naître au jour...

 

 

Être sera toujours davantage que la vie. Et la vie toujours davantage que le monde. Il en est ainsi de leur éprouvation comme de leur connaissance...

 

 

Le suprême de l'homme serait, sans doute, de parvenir à l'impersonnalité de l'eau, de l'air, du feu et de la terre – à l’impersonnalité de la nature et des éléments naturels. De vivre dans la parfaite simplicité de l'être, conditionné en partie, bien sûr, par la forme, au service de ce qui est là – dans l'instant – et se laisser utiliser selon les mille usages nécessaires. Être, en quelque sorte, sans nom, sans exigence, sans plainte, sans réclamation, et sans même l'ambition d'être utile ou nécessaire – au service de ce que l'on appelle le monde...

Et nul ne pourrait contester (même si bien peu peuvent l'imaginer) le long cheminement* qu'il faut à un homme et le nombre d'épreuves et d'étapes* qu’il doit franchir pour se défaire de ce qui compose habituellement une individualité...

* A l'échelle humaine, bien sûr... Sur le plan cosmique, ces épreuves, ces étapes et ce cheminement ne sont rien. Ils n'ont pas la valeur d'un pet... Un peu de rien sur le rien, en vérité...

En définitive, toutes nos expériences, tous nos apprentissages et tous nos savoirs ne sont destinés – et ne servent – qu'à cet effacement total qui, une fois « atteint », s'offre au jeu des phénomènes pour que chacun puisse retrouver – et vivre – la conscience de son origine...

 

 

Le découragement, parfois, nous assaille lorsque se manifestent encore quelques reliquats d'individualité : plaintes, attentes, vagues désirs de reconnaissance... Nous ne savons pas toujours les accueillir pour ce qu'ils sont : les expressions naturelles de la forme de l'homme aux caractéristiques psychiques si tenaces – et si cycliquement résurgentes...

 

 

Nous titubons, la marche et la mort vissées – incrustées – en nous – les yeux dans le doute et la boue – et déjà percés par la lumière. Allant à reculons – malhabiles – vers la tombe et le silence...

 

 

Larmes encore parfois devant l'indicible improuvable...

 

 

La terre est une montagne où ceux qui se pavanent sur les sommets, en se prêtant au sourire de la suffisance, sont plus éloignés du gouffre (dans lequel il faut se jeter) que les plus humbles – et les plus déshérités – qui errent – et végètent parfois – exilés de toute ascension – à sa lisière – dans la plèbe sale et grise des vallées...

 

 

Le parfum de l'âme délicat en toutes circonstances. Au bord du rêve. Au milieu des saisons. Au fond du désespoir. Parmi les larmes et les soupirs. Au milieu des pierres, des prières et de la poussière. Au plus proche toujours d'une étoile perdue – si lointaine – et de ce rire inconnu des hommes. Au cœur déjà de cette lumière qu'effleurent nos plaintes et nos efforts...

 

 

Célébrer le rien dans la contemplation de tout. Cette sirène au-dessus des rêves et des eaux – proche de l'oiseau dont le vol traverse les heures, si graves, des hommes et le soleil de tous les Dieux...

 

 

Magie du regard qui enfante, au milieu des peurs, la grâce – et perce l'épaisseur des rêves pour rejoindre le plus réel du monde...

 

 

Un rien, parfois, s'agite et s'insinue au cœur du sable laissant sur le sol un peu de sang – et une douleur plus vive que la mort. Comme un rêve, peut-être, au milieu de la nuit lorsque le monde dort les yeux – et les volets – clos – et que la lumière brille au fond du sommeil sans personne pour en témoigner...

 

 

Sente toujours sinueuse entre les rêves et les visages. Avec une halte à chaque virage pour compter les pas qui nous séparent de ce que nous avons fui – et voir là-bas, au loin, cet horizon qui se dessine déjà dans notre foulée lente...

 

 

Une soif et une faim, parfois encore, nous assaillent comme si elles s'éternisaient – et dont la satisfaction n'importe plus guère. Nous avons longtemps vécu, il est vrai, pour en percer le secret – et les éradiquer… Mais, aujourd’hui, nous avons renoncé à leur effacement ; nous vivons simplement à l’ombre de leur souveraineté – tantôt au cœur, tantôt en amont de leurs élans – en laissant notre marche jouir (autant qu’elle en est capable) de cette paix et de cette liberté si nécessaires à l'âme et à l'innocence des pas...

 

 

Un rien à travers les heures. Un silence, une flamme. La certitude d'un réel plus joyeux que le monde. A mi-chemin où perce déjà la lumière...

 

 

Le monde, le silence et le temps. En avance sur l'automne. En avance sur le chant qui ravive l'éternité dans le sang des vivants – et qui donne à leurs jours cet air de fête oubliée...

 

 

Terre et cœur fêlés. Rafistolés à la hâte pour que le songe et le délire durent encore. Quelques pas supplémentaires dans l'ignorance – et le défi du temps – vers un Dieu qui ne tiendra jamais ses promesses...

 

 

A l'extrême du monde, il n'y a plus de monde. Une présence simplement dont on ne peut dire si elle est réelle et si elle nous appartient. Une lumière dont nous ne sommes peut-être que le reflet et le prolongement. Une brisure dans le sommeil et l'ombre dont l'envergure recouvre la terre...

 

 

A force d'être confronté au détestable (à ce qui nous semble détestable), nous avons parfois du mal à aimer. Comme pris au piège dans la persistance d'un défaut de perception et de compréhension du monde...

 

 

Il y a (toujours) une grande sagesse chez ce/ceux dont on ne remarque la présence – et dont on se sert sans même y penser – et sans même éprouver un quelconque sentiment de reconnaissance. Et lorsque nul n'est blâmé et que ne se manifeste aucune forme d'attente et de réclamation, on peut y voir, de toute évidence, le signe d'une parfaite impersonnalité...

 

 

Une grande solitude est nécessaire pour que naisse une véritable sensibilité au monde sinon on se soumet, malgré soi, aux jeux et à l'indifférence des foules – en croyant vivre au plus près du réel – alors que l'on repousse, sans même le savoir, le seul accès possible à la grâce, à l'être et à la vérité...

 

 

Difficile pour nous d'apprécier ce qui n'est ni nécessaire ni essentiel. Tout superflu nous rebute et nous laisse (encore) une espèce d’écœurement...

 

 

Livrés à toutes les incertitudes – et à cette confiance du regard que rien ni personne ne peut entamer...

 

 

Cette sensibilité au vrai qui partout résonne – et qui vibre au-dedans du regard posé sur – et parfois au cœur même de – chaque chose...

 

 

Et ces rives mouvantes et intranquilles entre lesquelles s'écoule la vie – grouillante de désirs et de peurs – grouillante d'elle-même – portée par je ne sais quelles forces vers je ne sais quel mystère...

 

 

Emportés par les eaux d'une figure légendaire. Noyés par les courants où se mêlent le rêve et la peur – incertains d'atteindre la rive – incertains même du voyage et de toute existence...

 

 

Vivre sans autres yeux – ni d’autres cieux – que les siens. Telle pourrait être la devise des mystiques solitaires – et de tous les êtres en quête d'un Absolu vivant...

 

 

L'absence (ou le défaut) de qualité relationnelle oblige à approfondir – et à affiner – un rapport à soi que les hommes grégaires et peu exigeants, en général, délaissent ou négligent...

Toujours s'offrir ce que l'on ne peut – ou ne veut – vous donner. Satisfaire toutes les exigences de l'individualité aux prises avec l'indifférence du monde...

 

 

L'horizon, bien sûr, est toujours ailleurs – comme ce rêve insensé de fin du voyage – contrairement à l'éden – cet espace de joie – présent toujours – ici même...

 

 

Pas encore prêt à faire de nos lignes – et de nos modestes poèmes – un mandala provisoire que l'on offrirait, aussitôt achevé, au silence en jetant nos feuilles au vent et en abandonnant nos mots à la pluie et à la poussière...

 

 

Et je regarde aujourd'hui avec amusement et bienveillance (sans pouvoir étouffer un rire ni retenir quelques larmes) ce petit être sensible et solitaire à l'incurable gravité métaphysique s'étonner encore du monde et refuser les danses qui lui sont offertes. Les jugeant, sans doute, trop légères – trop frivoles. Indignes de l'homme. Contraint à cet exil des âmes (trop) sérieuses et (souvent) incomprises dont la densité et la quête indiffèrent et rebutent les foules...

 

 

Seul, j’écoute le vent – et la mer – disperser mes rêves. Seul sous le ciel au milieu de la terre où les fantômes cachent leur visage, je console mes larmes de toute absence. Les beaux jours, sans doute, reviendront plus tard…

 

 

Tout se cabre sous l’effort. Résiste – et finit par s’insinuer ailleurs – en des pentes plus naturelles…

 

 

L’émiettement de toute rivalité. Laisser le songe s’effacer sur les pierres. Abandonner le pas à la route – et le regard à la poussière. Il ne peut y avoir d’autre soleil pour l’homme…

 

 

Emu jusqu’aux larmes par la fragilité du monde – et sa beauté aussi – autant que par ceux dont la solitude a exalté la sensibilité – assez proches du plus humble pour se laisser traverser par la moindre chose…

 

 

Au plus vif de l’émotion, la poussière a la couleur – et la valeur – de l’or. Et devient plus vraie – et plus précieuse – que toutes les fortunes et tous les soleils espérés…

 

 

Gouttières, caniveaux, canalisations, tout un écheveau de canaux où l’eau s’écoule pour rejoindre sa sente naturelle. Contrairement à l’homme emmuré dans son béton – entouré de ses gadgets et de ses écrans – qui oublie – et fuit – sa nature organique en s’enlisant toujours davantage dans les funestes méandres du psychisme où l’artificiel et le virtuel deviennent des obstacles, presque rédhibitoires, pour rejoindre son autre dimension : la conscience affranchie du corps et de la matière…

 

 

Du silence, de la nature, une vie simple plongée au milieu des livres et des bêtes. A l’écart des hommes. Dans la permanente compagnie des arbres et du ciel. Sur les sentes des collines avec ce sourire né de l’Amour retrouvé…

 

 

Vivre entre l’air et l’instant. Serein et immobile sur la terre autant que l’âme est à l’affût et vagabonde. Au plus près du réel sans échappatoire – et non dans le rêve et le ciel rêvé – loin de toute certitude et de la sédentarité qui confine l’esprit de l’homme au sommeil…

Vif et sensible. Fragile au milieu des vents – au milieu de tous les gués. Et anonyme – le front posé sur l’herbe – et la joie discrète dans l’âme. Et humble, plus que tout, ayant oublié le nom des fleurs – et jusqu’à son propre nom – pour aller incertain – et innocent – parmi tous les visages du monde…

 

 

Ce qui nous trouble cherche à vaincre nos résistances – à percer le voile – et les accumulations – qui dissimulent l’innocence du regard. La vie – toute vie – œuvre ainsi à nous révéler – et à rendre vivante la vocation de l’homme

 

 

L’usure nous vient du temps. Et on ne peut en dissimuler ni les plaies ni les rides. Mais nous avons la possibilité de nous en affranchir en habitant ce regard sur ce qui passe et est blessé – et en devenant ce regard sur ce que les années et les siècles finiront par effacer…

 

 

Des rivages, des amours, mille récoltes et mille sacrilèges dans une nuit qui dure. Et la mort qui, un jour, nous fera mordre la poussière. Et cette vie – ce feu – où tout est plongé – et qui se consume avant de renaître et de (tout) recommencer. Ni meilleur, ni pire qu’avant...

L’identique, sous d’autres traits, qui se répète encore et encore dans la proximité d’un visage qui en nous cherche à se dessiner…

 

 

Encore si intensément métaphysique en ces lieux si atrocement frivoles et prosaïques. Seul donc – bien plus, sans doute, que quiconque – dans ce retrait – cet exil – si nécessaires…

 

 

Nous croyons davantage à nos malheurs qu’à la possibilité d’un Dieu – davantage à nos chimères qu’à nous extirper de notre sommeil…

La nuit toujours nous rappelle à notre rêve comme si le jour ignorait notre faim de lumière…

 

 

Ah ! Que le monde réclame de caresses et de mots tendres ! Et nous n’avons, malheureusement, qu’une seule bouche et deux petites mains – à l’envergure si restreinte…

 

 

Entre l’absence et ce qui maintient vivante la flamme. Entre l’invisible et ce qui se donne à voir, l’éclat d’un manque qui cherche sa délivrance – la parfaite complétude de ce qui s’efface – et de ce qui dure…

 

 

L’horizon promis, sans cesse reculé, conduit le sang au bord des lèvres, soumet la tête à la colère (ou, parfois, au désespoir) et invite les bras à se tendre plus loin – plus haut peut-être. Et finit, après maints détours, par acculer les pas au retrait ; la seule issue possible à la fin du rêve et à l’effacement de l’horizon…

 

 

Ivre – et improbable – pas vers ce rire que ne peuvent imaginer les hommes…

 

 

Ardent passant – furtif – au cœur du miracle...

 

 

Et je pleure encore sur ces pierres qui ont vu le sang couler pour quelques arpents, un (pauvre) honneur bafoué, une certitude d’abondance. Inconsolable – et recroquevillé dans mon chagrin. Larmes impuissantes à endiguer la fureur des bourreaux – et à consoler l’innocence rabrouée au fond des yeux de chaque visage…

 

 

La terre, des tables, du pain. La misère prise en tenaille entre l’espoir et la faim sur ces rives où l’abondance et le sommeil ravivent la distance qui nous sépare de la grâce – de cette légèreté de vivre au milieu des cris, des rires et des tremblements. Insoucieux – indifférents à la lanterne des poètes qui éclaire la possibilité d’un autre chemin…

 

 

Nous honorons nos fureurs sous les lampes de la nuit en brandissant nos pioches, nos pelles et nos burins pour assouvir ce qui jamais n’aura de fin…

 

 

Un seuil guette, en nous, son franchissement. Cette ouverture des yeux peut-être – trop aveugles encore pour embrasser le regard – et accomplir ce que ni la main ni l’esprit de l’homme n’ont réussi à atteindre…

 

 

Jamais nous ne renoncerons à la beauté et à la lumière – à cette tendresse désencombrée de nos limites. D’être Un – et réunis – parmi les vivants que le sommeil porte toujours vers d’autres rêves…

 

 

Quelque chose en nous grandit que nous ne savons voir. Un miracle qui perce la brume et les mirages où les yeux sont emprisonnés…

 

 

Parfois nous habillons l’espoir d’un autre rêve – plus grand que ceux qui nous jettent dans la boue, la foudre et les danses du monde – plus beau que tous nos désirs qui débroussaillent les ronces de la terre où nous crevons de misère et d’ennui…

 

 

Un pas, une trace. Mille traces, peut-être, laissées par les poètes dans ce monde dépeuplé. Dans ce long cortège de visages vissés au labeur du jour – initié par un peuple privé de lumière qui s’agite derrière ses grilles – en secouant les choses – mille choses – pour essayer d’en faire tomber un bout de ciel – un peu de soleil dans la poussière…

 

10 avril 2019

Carnet n°182 Élans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Rien qu’une joie – un effroi – un chant – un visage – une petite chose du monde – qui vous renverse l’âme…

 

 

L’âme – la vie – la terre – et le pouvoir d’aimer

 

 

Une discrète jouissance du monde…

 

 

Le cœur chapardé par la nuit. Et, à la place, un infime soleil

 

 

Ce qui nous somme de nous éveiller – voilà ce que mes lignes aimeraient faire éclore au fond de l’âme…

 

 

Poète du jour, peut-être, à travers quelques gestes. Voilà, sans doute, le plus beau métier du monde. Nul besoin de plume. Nul besoin de page. Il suffit d’être vivant – et pleinement présent à l’âme, au monde et au silence…

 

 

Visage en sursis – soif sans répit. Comment pourrions-nous être des hommes sans avoir au moins essayé d’apprivoiser le temps, le désir et la mort – ou mieux encore – en demeurant – aussi immobiles que possible – en leur cœur – à la source même de leur naissance…

 

 

Comment le plus grossier pourrait-il découvrir l’invisible – dire l’indicible – être effacement…

 

 

Nuit noire – complète – au fond du sable. A peine un trou par lequel respirer…

 

 

Vivant – un point c’est tout – avec cette sensibilité à fleur d’âme…

 

 

L’esprit – l’aventure et la mort. Et ces reliquats que nous traînons à travers les siècles…

 

 

A peine vivant – et miraculeux déjà. Comme les pierres, les arbres et les bêtes que nul ne voit en dehors de leur usage. Aussi précieux, pourtant, que les visages et les étoiles…

 

 

Noircir le monde et l’horizon de cette encre pâle. Arpenter inlassablement les labyrinthes du langage. Comment ce labeur pourrait-il enfanter dans le geste la moindre lumière…

 

 

Tout est prémices à la joie. Il manque seulement, parfois, le sourire – l’innocence nécessaire au sourire…

 

 

Toute existence est la matérialisation parfaite de l’infini. Et chaque instant, celle de l’éternité. Ainsi vivons-nous, en ce monde, le Divin – sans même nous en rendre compte…

 

 

Temps – mort – malheurs – quelque chose d’infiniment terrestre. Les grands fleuves, eux, ne connaissent que l’océan…

 

 

L’absence à convertir en plein silence. Et le monde à apprivoiser…

 

 

Une main – un signe – un adieu. Un peu de mort à chaque instant qui passe…

 

 

L’intensité de l’âme en disharmonie avec l’ardeur du vivant…

L’éternel conflit – l’éternel dilemme – de l’incarnation – coincée entre l’invisible – le silence – leur profondeur, leur densité, leur étendue – et l’irrépressible (et frivole) agitation des corps et des visages à la surface du monde…

 

 

Fuite et distraction autour du même centre – enfantant toutes les circonvolutions – toutes les absences – toutes les périphéries – toutes les turpitudes du voyage…

 

 

Et cette faim – chaque jour – qui traverse les banquets et les pénuries avec le même allant – la même ardeur – le même désir d’assouvissement – et découvrant – toujours – les limites de la satiété

Cycle sans fin né du manque – et du jeu d’incomplétude dans lequel nous a jetés ce qu’aucun ajout ne peut augmenter – ce qu’aucun retrait ne peut entamer…

 

 

Terrasse d’un jour nouveau – ni plus triste – ni moins beau – qu’un autre – celui qui arrive – succédant à tous les précédents – et précédant tous les suivants – aussi neutres les uns que les autres – toujours neufs – toujours égaux à eux-mêmes, en quelque sorte…

 

 

Pas et paroles inutiles. Chemin – à présent – obsolète. Un regard – simplement – et quelques gestes quotidiens…

 

 

A gravir – sans cesse – la même pente – interminable – qui – inlassablement – implacablement – nous refait glisser vers son extrémité la plus basse…

 

 

Gestes – encore – sans le moindre destin. Reflets miraculeux de la beauté d’être au monde – l’incarnation vivante, peut-être, du silence…

 

 

Des yeux à naître – et déjà apeurés. Et une bouche déjà affamée. Le règne – toujours – du manque et de la crainte…

 

 

Dans quelle étrange matière – et de quelle ingénieuse manière – le secret a-t-il été, en nous, façonné – et caché – pour demeurer si inaccessible – et continuer à être, à travers les siècles et les millénaires, la plus insoluble énigme du monde – l’éternel mystère…

 

 

Qu’éveille donc la vie, en nous, à chaque instant ? Et sommes-nous toujours réceptifs à ce qu’elle nous expose – toujours fidèles à ce qu’elle porte – toujours attentifs à ce qu’elle réussit à émouvoir et à ébranler…

 

 

Que cache donc cette fleur pour abriter en son cœur tant d’épines ? Un secret, sans doute, hors de prix – inaccessible à l’homme…

 

 

Un monde de chaînes et de rouages – une mécanique vivante – née de presque rien – d’un souffle peut-être…

 

 

Une rencontre avec soi – permanente – intense – profondément sensuelle et amoureuse. Le lieu, peut-être, où le Divin – inlassablement – s’enlace…

 

 

Temps apaisé – comme suspendu – malgré la danse infernale du monde et des aiguilles…

 

 

Comme délivré du superflu. Dégagé, en quelque sorte, des modus vivendi du monde et des compromissions communautaires et collectives. Plongé au cœur de l’intense et du geste prosaïque – éminemment précieux…

 

 

Vide habité – sans singer la moindre sagesse…

 

 

Plongé dans la mélasse fluide – dans la pâte sans malice – des choses – loin du mensonge des visages…

 

 

Des mots comme des caresses – sans message – sans intention. Comme une modeste contribution – un infime présent au monde. Et, peut-être, une humilité et un regard offerts aux hommes…

Nul récit – nulle histoire – pas même un témoignage. Quelque chose qui se donne pour (presque) rien ; un grand feu de joie au fond de l’âme…

 

 

Ni perte, ni naufrage, ni adieu. Une tendresse offerte. Un peu de compagnie. Une forme de présence au cœur du rêve. Pas même une résistance ou un geste de révolte. Les prémices, peut-être, de l’acquiescement. Les balbutiements d’une joie pure – sans raison…

 

 

Rivages – visages – chemins – peut-être le même mirage. Le reflet – le parfum – d’une aurore espiègle – d’un Dieu joyeux – d’un espace, en soi, sans masque – sans exigence – sans simagrée. L’incarnation mystérieuse de l’invisible…

 

 

De proche en proche – mille circonvolutions jusqu’au centre – là où le cœur et le silence se rejoignent – retrouvent leur place – la même joie qu’aux origines…

Comme si les fleurs avaient remplacé les pierres et le chagrin sur les chemins du monde. Comme si la vie et la mort s’offraient l’une à l’autre sans la moindre tragédie. Comme si Dieu insufflait aux hommes un peu d’âme. Comme si la terre n’avait jamais connu la haine…

 

 

Une étoile confondue avec le jour. Et mille traces de sang à la place du soleil. Quelque part, un monstre à l’âme corrompue – aux élans dévastateurs – piégé par son besoin, si maladroit, de tendresse. Et mille oiseaux qui s’envolent au loin – vers cet au-delà trop souvent rêvé peut-être… Le drame du monde – le drame des hommes – errant – malheureux – sur les mêmes pierres depuis la première nuit. Et Dieu introuvable, bien sûr, ici comme ailleurs…

 

 

Un lieu sous le ciel – un point sur la terre. Un homme peut-être…

 

 

Au-dedans du dehors – là où l’âme devient une aile – un élan – une étincelle – un reflet éblouissant de la lumière. Un modeste présent – une joie innocente offerte au monde…

 

 

Rien ne peut entraver le solitaire dans son exigence de solitude

 

 

La foule – la mort – et le silence à naître…

 

 

Loin des rois mendiants qui se pavanent dans l’herbe souillée – sur la terre saccagée par le règne des hommes. A même les pierres avec lesquelles se bâtissent les chemins. En compagnie des arbres, des bêtes et des étoiles. Dans la proximité des vents, du soleil et de l’innocence. Dans les bras de l’invisible qui nous a enfantés – appuyé sur cette tendre résistance à la barbarie…

 

 

Trop de sang dans ce royaume – trop de ventres et de mains – et si peu d’âmes pour réfréner les ardeurs dans l’arène…

 

 

Un chant – un matin malicieux. Et l’étonnement des fleurs face au soleil et aux gouttes de pluie. Ici – ailleurs – partout à l’œuvre – l’innocente tragédie du vivant…

 

 

L’âme nouée à mille soleils – et un sourire discret sur les défaillances, les manques et les déchirures. Prêt à aller plus tendrement sur les chemins qui traversent les rives rouges – trop violentes – du monde – où sommeillent encore trop de visages rêveurs…

 

 

Les abîmes et les versants du monde transfigurés – méconnaissables – comme s’ils n’avaient jamais été envahis – colonisés – dévastés. Partout des couleurs – des ailes – mille merveilles. Et l’infini enfin perceptible – presque tangible – dans les yeux et les gestes de ceux qui fréquentent les lieux. Et l’absence – surprenante – des spectres d’autrefois – de tous ces fantômes qui surgissaient sans fin – sans raison – au milieu des rêves – comme s’ils avaient été balayés par une vague mystérieuse…

Personne – mille âmes – et mille rencontres possibles. Des saluts – des passages – des accolades – une folle communion. Et, aux fenêtres, une myriade de signes et de sourires fraternels…

 

 

De la chair et des arbres sur les pierres grises. Et les âmes encore prisonnières de la nuit. Des bouches, des peines, des désirs. La rudesse du monde et des vivants. Et l’absence dans tous les yeux rageurs – dans tous les yeux indifférents. Mille soucis sur le front comme l’évidence d’un manque – d’un oubli. A peine un chemin – pas même un voyage. De la poussière, des vents, des cris. Des Dieux que l’on invoque et que l’on implore. Des prières et des murmures. Et ce grand silence inquiétant au-dessus du monde que ne parviendront jamais à déchiffrer les alphabets de la terre…

 

 

Rien qu’un nom pour distinguer les choses et les visages. Rien qu’un nom – et mille manières de nommer les âmes. Quelques lettres – simplement – pour honorer le silence – et son œuvre si bruyante – si tapageuse…

 

 

A feu et à sang – la terre – le monde – le cœur de l’homme. Tout ce qui est parvenu à corrompre la nudité des âmes. Et Dieu – entre désolation et hilarité – essayant, du fond de son silence, de nous faire quelques signes pour limiter le carnage…

 

 

A genoux contre les murs du temps – à prier en vain…

 

 

Rien – mille fois rien. Et vivre, pourtant, au cœur de ce néant que – seule – la sensibilité – peut rendre vivant et vivable…

 

 

Des hommes – des cités – vestiges décadents de la terre originelle où le silence était la seule loi – où l’Amour régnait en maître sur presque rien – les balbutiements d’un désir qui, peu à peu, créa le monde…

 

 

De rêve en délire – mains à l’épreuve. Et le monde – sans respect – sans raison particulière – alourdissant le pas – opacifiant les yeux – transformant toutes les merveilles en vaines trivialités. Des danses et un naufrage. Des existences et des visages à la dérive – avant le grand précipice…

 

 

La soif et la folie – les seuls jeux autorisés sous la pluie – sans l’Amour. La servitude et le néant. Et au cœur de l’absence – mille distractions pour tenter d’oublier…

 

 

Boue et crucifixion – dans les bras immenses de la nuit. Avec le soleil posé, peut-être, un peu trop haut – peut-être, un peu trop loin…

 

 

Et cette inertie de l’âme – comme si le cœur avait été amputé – comme si le souffle nous manquait pour suivre l’élan premier – retrouver le sourire originel – et faire écho au désir (au seul désir) de l’innocence…

 

 

Et ce cœur qui frappe à toutes les poitrines – pourquoi ne l’accueille-t-on pas avec plus de mansuétude et de tendresse…

 

 

L’invisible encore – toujours – seul amour du jour. Le plus grossier, lui, n’a d’yeux que pour l’obscurité – le rayonnement de la nuit…

 

 

Une sorte d’infortune où se mêlent les épreuves et la prouesse. La pente où nous nous tenons – pas même étonnés de nous trouver au bord – que dis-je ? – au cœur – du miracle…

 

 

Des élans – des remous – des souvenirs – un peu de nostalgie. Mille couches de mots – et un petit poignard que l’on porte à la ceinture. Pas même un sourire – ni même un peu d’espièglerie. Le refuge que nous avons créé – et que nous avons essayé de poser sous le soleil. Vents et poussière – et ce grand rire né du silence en voyant notre misère – notre désarroi – le tremblement de nos lèvres devant le moindre rayonnement de l’invisible…

 

 

Une pierre – une pente – un arbre. Et le souffle du temps qui amplifie le miracle. L’haleine au cœur du ciel comme si nous avions enjambé mille étoiles…

 

 

Le lieu des rencontres où la beauté des visages n’importe guère – où rien ne compte davantage que la clarté des âmes…

 

 

Simple – avec l’univers tantôt en pendentif, tantôt en bandoulière – mais, le plus souvent, jeté loin – très loin – derrière notre épaule…

 

 

Le feu – entre les tempes – au fond des tripes – délaissant la chair pour un peu de clarté – un peu de lumière – mille soleils en guise de festin…

 

 

Des yeux – mille paires d’yeux – inconscients de la terre – de sa beauté – de ses miracles. Des cris – des bourrasques – sans applaudissement. Mille coups – mille blessures – mille terreurs. Une immense colère sans visage. Une folle ardeur qui exploite, enlaidit et saccage…

Et, en soi, le rêve impuissant d’une rive plus singulière – moins marquée par la peur, le sang et les instincts…

 

 

Souffles épars – ficelles au bout des doigts tenues tantôt par l’orage, tantôt par la nuit – dessinant, malgré eux, un monde – un ciel – une âme indocile. Mille rêves, peut-être, cherchant derrière les rives l’océan…

 

 

Une main tendue – près du seuil – là où les âmes dérivent encore – d’une félicité à l’autre – entre pierres et ciel – de folie en déraison…

 

 

Les mendiants aux mains tendues vers le monde ne récolteront – au mieux – qu’un peu d’or – jamais ni la joie, ni la paix qui s’offrent à ceux – à tous ceux – qui s’abandonnent (corps et âme) à l’invisible et au silence…

 

 

Au carrefour de la hantise et de l’émerveillement – l’homme aux pas démesurés – celui que la marche obsède autant que le silence – celui qui ne peut choisir entre le monde et la joie…

 

 

Echelle – inespérée – au-delà du précipice…

 

 

Etendu – rassemblé – au centre de l’envol – là où l’air et la terre se rejoignent pour offrir leur chant au monde…

 

 

Un sourire – une étrange silhouette – l’âme aux confins du visage. Et le cœur obéissant – prêt à s’offrir à chaque rencontre…

 

 

Mur – étoile – influence – qu’importe ce qui vient… A chaque fois, le meilleur est proposé d’une main pleine et assurée…

 

 

Ce qu’un autre monde pourrait offrir – nous ne pouvons que l’imaginer. Et le rêve – bien sûr – n’assouvira jamais la faim…

 

 

De passage – les yeux levés vers cet ailleurs, en soi, promis par tous les prophètes. Poignard posé sur le sol – mains ouvertes – en offrande – l’âme docile – et le reste rassemblé en son giron. Prêt, en quelque sorte, pour le saut et le grand voyage – et à recevoir l’encouragement malicieux des anges qui offriront le poids de leur main pour amorcer le premier élan vers l’abîme…

 

 

Inutile d’en référer au monde ou aux étoiles – l’encre et la voix s’emmêlent dans la chevelure des Dieux – élargissent le passage à travers lequel, un jour, tout finira par glisser ; les choses, les âmes et les visages sans distinction…

 

 

Rien ne se réalise sans le tacite assentiment du silence ; les mondes, les meurtres, l’innocence, la beauté. Tout – avant de naître – doit recevoir le divin acquiescement

 

 

Je vois le bâton des sages danser et virevolter dans la nuit – sous le regard ébahi de l’herbe et des étoiles pendant que les hommes et les bêtes dorment (un peu trop) sagement dans leur tanière…

 

 

La beauté d’un chant lorsqu’il est offert au silence – et lorsque l’on sait qu’il sera le seul témoin de cette humble offrande…

Modeste élan qui côtoie Dieu pour un instant…

 

 

L’infini a déserté le monde. Voilà pourquoi j’aime les âmes humbles ; à travers elles, on perçoit le ciel…

 

 

Toujours moins d’épaisseur – toujours plus de transparence. Corps et âme (presque) exactement alignés – superposés. Comme si, d’un seul rai, l’invisible nous traversait…

 

 

L’âme, l’esprit et la main vides. Et cette encre – comme une forme grossière de sang céleste – qui vient rompre le silence – et tacher de quelques traits la blancheur de la page. Un acte de joie – un acte d’Amour – presque sacrilège – qui doit emprunter le canal commun – le pauvre et merveilleux langage des hommes – unique champ d’expression (potentiellement) compréhensible…

 

 

Tout en bas de l’échelle – trop hiérarchique – des hommes. Hors-champ – presque aux confins du monde. D’un âge sans âge – dans cet effleurement de l’éternel – hors-temps, bien sûr. Entre le plus vaste – l’inénarrable – et la poussière. Ce qu’il y a, peut-être, de plus beau – et de plus haut – en l’homme…

 

 

Dense – intense – transparent – extraordinairement vivant et sensible. L’émotion brute – l’émotion pure – de l’être et du vivant réunis – rassemblés. L’incarnation vibrante de l’espace infini…

Les mots nous manquent – trop pauvres – bien trop terrestres – pour exprimer l’inexprimable. Et la faculté même de dire – de tenter un imparfait partage pour décrire cette joie sans rivale – nous fait défaut…

Il faudrait être aussi silencieux que le silence pour témoigner de ce goût insensé d’infini. Il faudrait presque cesser d’être un homme. Un sourire vivant – à peine une âme – un acquiescement à tout – une proposition perpétuelle – un renouveau et une fraîcheur qui s’offriraient sans raison – au-delà de toute intention – au-delà de toute volonté de partage…

 

 

Au-delà du monde – le silence…

Au-delà de toute poésie – le même silence…

Le silence – partout – se goûtant (lui-même) à travers – et par-delà – les bruits du monde – à travers – et par-delà – toute forme de langage. Dieu, l’infini et l’éternité réunis, en quelque sorte – et qui, loin d’écraser l’homme et l’âme, les invitent à marcher vers leur incroyable réalité

 

 

Ni mot – ni langage – ni promesse. Et moins encore, bien sûr, prophétie. La réalité nue. Le cœur le plus élémentaire – au-delà des parures et des étaux – au-delà de toute exigence. L’élan et le désir purs – sans réserve – sans calcul – sans arrière-pensée. Le miracle du vivant lorsque l’incarnation retrouve – et reflète – sa matrice…

 

 

Trop intransigeamment tourné vers l’Absolu pour vivre auprès des hommes…

 

 

Jardin de présence et de solitude que viennent couronner la joie et le silence…

 

 

De plus en plus seul – de plus en plus nu – pris par cet allant inexorable vers l’origine – le silence – l’invisible…

Chemin d’épreuves et d’hécatombes au cours duquel l’homme et l’âme – inflexiblement – implacablement – s’allègent…

 

 

Intrinsèquement seul et vierge – au cœur de l’être – noyau de présence – espace de lumière – enveloppé seulement d’un peu de chair…

 

 

Des pierres – des désirs – des refus – partout – dans ce cercle où nous avons été jetés…

L’exil et l’abandon. Et l’étrange sentiment d’une chute – pas tout à fait innocente…

 

 

Il n’y a rien entre nous – seulement un peu d’incompréhension et de silence…

 

 

Mille sommeils et la solitude en commun – et surpris, de temps à autre, par le déferlement de la terre et du ciel…

 

 

Mille visages – du premier au dernier homme…

 

 

Du vent – des ondes – des vibrations – puis, le silence. Dieu et le soleil indifférents. Et la main de l’homme comme une patte sauvage – les restes de vieux instincts…

Tous les ventres égaux quel que soit le visage…

Partout – le tragique festin du monde…

 

 

L’absence célébrée – partout – comme la panacée de l’homme. L’innocence piétinée et traînée dans la boue…

Et ce rire au fond du regard comme s’il était impossible de nous tromper malgré la fange, les horreurs et la barbarie…

 

 

Et cette fièvre du lien – tendu comme un piège – nous plongeant dans l’impasse de la rencontre et de la parole…

Vanité des élans où la nuit est – toujours – trop présente – et où les masques sont – toujours – trop grossiers. Et le rire de l’Autre – le rire des Autres – pour exalter la blessure – et suspendre à notre cou le supplice de la séparation. Collier de cloches et de couteaux qui résonnent sur tous les chemins comme la crécelle des lépreux – peu à peu rongés et amputés par leurs tentatives maladroites d’Amour et de rapprochement…

Qu’y a-t-il entre nous sinon cette fièvre, ces cloches et ces couteaux que nous brandissons à la moindre peur – à la moindre joie – dès que nous pensons être plongés au cœur de l’Amour – dès que nous croyons en être exclus – rejetés hors de ses frontières – comme si l’Amour était soumis aux lois – si étroites – si invalidantes – des hommes…

 

 

La passion de l’Absolu – ce qui anime les âmes téméraires

 

 

Chair et âme – de tout son cœur – de tout son sang – à éprouver, peut-être, la grande vie de l’homme

 

 

Derrière les parures – quelques haillons. Derrière les haillons – la solitude. Et derrière la solitude – les mains du silence qui tiennent notre âme avec tendresse pour la porter au faîte de la joie…

 

 

Echeveau de ronces et de racines – de pétales et d’épines – qui invite aux compromissions – aux demi-mesures – aux voies inévitables de la tiédeur et de la tempérance…

Comment pourrions-nous naviguer autrement sur les eaux – si équivoques – si relatives – du monde…

 

 

Pas d’image – quelques mots – simplement – pour témoigner du ressenti – de l’émotion – de ce qui traverse l’âme – et de la joie et du silence qui nous submergent…

 

 

Avec la joie, tout devient si tendre – si aimable – si rieur

 

 

La sensation du vent dans l’esprit qui aurait préalablement jeté tous ses masques – tous ses encombrements. La vie vibrante – sans filet – sans précaution – brute et belle – incroyablement sauvage. Et l’incertitude venue, avec elle, enterrer tous les fantasmes…

 

 

Seul – comme si le monde n’était qu’un rêve – un songe resté réel bien trop longtemps…

 

 

L’âme libérée de ses verrous – libre enfin de communier avec les pierres, les arbres et les saisons – libre de communier avec les bêtes, le ciel et les visages. Avec les mille merveilles et les mille mirages de ce monde…

 

 

Les mains ouvertes sur la lumière et le printemps. Seul – mille – tous autant que nous sommes – dans la paume immense du même Amour

 

 

A tourner – toujours – à contre-sens des tourbillons humains – porté par les marées montantes et descendantes des saisons – guidé non par la raison – ni même par la prétendue intelligence de l’homme – mais par les courants les plus naturels…

 

 

Les mains tournées tantôt vers les hommes – tantôt vers le ciel – parfois en prière – parfois en désolation. Et d’autres fois – plus simplement – libres du monde et du silence – comme manière de vivre sans eux – à l’instar des bêtes sauvages – à l’instar des pierres et des étoiles – selon les seules exigences de l’âme…

 

 

A contre-jour – et mille rencontres possibles avec l’ombre et ses enseignements fertiles – nécessaires – toujours – pour distinguer les lampes de la lumière…

 

 

Errance de la route et du langage. Pages et paysages de la même envergure – celle qui – toujours – allie le rythme, le quotidien et l’infini – la seule capable de transformer le geste – tous les gestes – en émotion pure et en lumière…

 

 

Être Dieu pour soi-même – tout ce dont l’homme – tout ce dont le monde – a besoin…

 

 

Chaque ligne – chaque virage – parcourus avec la même ardeur – la même passion – avec cette fébrilité impérative qui nous fait, parfois, oublier la beauté de la page et du chemin – la beauté de l’écriture et du voyage – et l’infini posé – toujours – entre chaque lettre – entre chaque mètre – entre chaque souffle – sur toutes les routes empruntées…

 

 

Seul avec soi – avec Dieu – sans la nécessité du monde. Tête-à-tête au cœur du silence – là où l’âme – si elle s’y prête – peut embrasser l’infini et l’éternité – ce que les hommes, peut-être, appellent l’Absolu…

 

 

Le geste d’écrire plus essentiel que les mots. Et les traits esquissés sur la page, peut-être, plus importants que leur sens…

 

 

La paume toujours moite – et hésitante – comme si l’indécision et l’incertitude paralysaient (encore) la main…

 

 

La douce caresse des choses sur l’âme et la peau. Comme une étreinte permanente pour celui qui devient sensible au monde

 

 

[Modeste clin d’œil à Edmond Jabès]

La solitude des murs et de la poussière – du vent et des haleines – du phare et des algues – du rocher et de l’océan – de la fleur et de l’abeille – du fer et du forgeron – de l’arbre et du balai – de l’homme et de l’âme. Mille solitudes en une seule – et chacune embrassée par le même silence – seul, lui aussi, comme tous les autres…

 

 

Là où la terre fleurit comme le jour – dans ces pas qui, peu à peu, sont devenus nôtres. Dans ce sillage tracé malgré nous. Entre ambition et obéissance – entre nécessité et dérision – quelque chose comme une persévérance – un impératif – une exigence de vie pure et intense qu’aucune présence – qu’aucun visage – ne pourrait offrir…

 

 

Tout s’entrave – indéfiniment – et rue en vain pour échapper aux mille détentions terrestres. Pris jusqu’au cou – jusqu’au fond de l’âme – dans ce monstrueux magma de matière…

Tout se caresse – se frotte – se pique – se frappe – épaissit, en réalité, l’obscurité du labyrinthe – et prolonge les murs de sa geôle…

 

 

Assis depuis mille ans derrière la même vitre – tantôt à maudire le monde – tantôt à maudire le reflet de son visage – tantôt à contempler l’épaisseur de la nuit que les hommes ont répandue – partout – sur la terre – sans jamais s’interroger sur la versatilité du regard et le provisoire de tout ce qui nous entoure et nous traverse…

 

 

A recommencer, chaque jour, la même tâche – la même page – le même chemin – comme le soleil et ces rives où tout pourrait arriver…

Une nuit après l’autre – et, parfois, toutes ensemble réunies…

Couché dans le même sommeil – comme si le monde pouvait aller au diable – et, avec lui, toutes les promesses de jour. L’orgueil et l’ignorance en bandoulière pour affronter, avec courage – avec obstination – tous les avenirs et tous les destins possibles…

 

8 décembre 2018

Carnet n°170 Sur le plus lointain versant du monde

Regard* / 2018 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Passagers – comme le monde – comme le temps. Prêts davantage à refuser qu’à consentir…

Accueillir sans jamais retenir. Être plutôt que devenir. Laisser la main vide et le geste se désapproprier. Rêver moins et vivre davantage. Aimer ce qui file entre les doigts – autant que la solitude et nos muselières. Être celui que rien ne retient…

 

 

Séparations, élans, fenêtres – ce qui fonde, peut-être, la tragédie humaine – et nous offre – simultanément – la possibilité de nous affranchir de la condition terrestre et de l’apparente existence du temps…

 

 

Il y a ce souffle – et sur ce souffle, un bâillon. Et en amont – et au-delà – le silence. Et ce qu’il nous faut de liberté, bien sûr, pour faire de notre respiration une passerelle – la jointure, en quelque sorte – entre le voyage, l’origine et la destination – le champ commun nécessaire pour vivre, à chaque instant, dans cette unité sans mémoire, sans élan, sans finalité…

 

 

Il y a ce qui est là – toujours précédant. Et ce qui demeure au-delà de ce qui s’en va. Le même espace, en somme – unique – tantôt vide, tantôt peuplé de choses et de visages – dont il faut s’affranchir pour goûter l’innocence originelle ; l’être, l’Amour et le silence – et faire éclore (en soi) la sagesse indispensable pour vivre – avec le cœur plus serein – au milieu de l’illusion…

 

 

Partout – le même sable et les mêmes grimaces. Sur toutes les routes du monde – la même allure et mille rythmes différents. Mille choses, en somme, qui portent tantôt au découragement et à la désespérance, tantôt à l’émerveillement – et qui constituent, peut-être, notre seul trésor pour débuter la marche – apprendre à inscrire nos pas dans une perspective plus innocente – et ouvrir notre existence à une envergure plus large que celle que nous proposent ordinairement les hommes…

 

 

Il nous faut plus que survivre pour contenter l’âme

Un peu de ciel dans notre quête pour donner aux foulées l’allant nécessaire auxretrouvailles. Et un souffle porteur d’infini et d’éternel pour être capable de vivre – le cœur plus libre – le cœur plus joyeux – le cœur plus serein – au milieu de la multitude et de la finitude qui composent (et façonnent) le monde…

 

 

Solitude poussée jusqu’au soleil. L’âme émue et le corps sollicité par mille défis – par mille contingences – par mille sortilèges…

L’esprit sorti du rêve – libéré (presque entièrement) de l’illusion…

La tête posée entre le ciel et la page – penchée sur la parole qui pourrait, un jour (sait-on jamais...), aider à tarir toutes les fictions – et toutes les larmes – du monde…

 

 

Trouble encore – le visage penché et souillé de rêves et de crachats – comme si vivre consistait à se balancer sur une corde au-dessus de l’abîme – à quelques centimètres à peine au-dessus du monde – entre les vents, les visages et les mensonges…

 

 

Rien ne brille au fond des yeux sinon cette tristesse et cette envie – ce que l’âme seule ne parviendra, sans doute jamais, à dissoudre…

 

 

Des fenêtres proches du ciel et des pierres – à égale distance, sans doute, entre la nuit – alentour – et la paresse – au-dedans…

 

 

Fixer l’homme et le monde d’un seul trait. Et dessiner – en esquisses légères – le franchissement du gué…

Abandonner derrière soi l’espoir et la foi – cette confiance que nous accordions au grouillement de la multitude, à ses balbutiements maladroits et à ses linéaments de routes et d’édifices bâtis pour découvrir la vérité…

Amputer les bruits – plonger au cœur des destins – et assouplir l’âme pour effacer ces restes de tristesse – le supplice récurrent des jours…

Devenir ce portrait où la vie, le monde et le silence pourraient (enfin) ôter leurs masques – et se rejoindre en un seul visage – celui du rire et de la sagesse – si nécessaire(s) pour vivre au milieu de l’hébétude et de l’ignorance – au milieu de l’effervescence et de l’illusion…

 

 

Vertige d’aujourd’hui sur les fêlures d’autrefois. Encre sur la page – page sur la table – et table posée à même la terre – en ce lieu où le monde ressemble à une forêt originelle – à un jardin immense ouvert sur le ciel premier – l’infini primordial – libre (depuis toujours) des masques et des mensonges…

 

 

Orages et sang en ces contrées où les visages exploitent la terre et mille autres visages pour se donner l’illusion d’être davantage que des bouts de chair impuissants et malmenés – relégués à la boue, à la plainte et à la mort. Des faces boursouflées par l’ambition et le désir de puissance qui tentent (maladroitement) de constituer un trésor – profondément funeste et tragique…

L’indigence affamée, en quelque sorte – engendrée par le manque (le sentiment du manque) – qui génère toujours plus de malheurs et de désolation…

 

 

A tous les départs, le partage des eaux – le limon amoncelé sur les rives – l’embarcation préparée – en partance. Les cris et l’excitation. Et la faim – magistrale – impérieuse – d’un ailleurs – d’un autrement – et, parfois, celle d’un autrefois où les voyages confinaient – l’avons-nous oublié ? – à la plus féconde immobilité…

 

 

Oubliés – aux premiers instants de la marche – cette stupeur et cet émerveillement devant tout ce qui nous semblait si neuf – si nouveau – presque féerique ; cette abondance et ces possibilités infinies de vivre tout – et partout à la fois…

L’œil innocent, en somme – cette enfance sans mémoire…

 

 

Le long des rives – ce grand soleil – et ces fenêtres qui ouvrent les yeux et font courir la main sur la page. Comme une marche – presque immobile – entre les rêves et cette aurore espérée…

 

 

A quel voyage sommes-nous destinés – nous qui n’avons le choix ni des lieux, ni des embarcations, ni des bagages…

 

 

Infimes l’œil, la peau et le labeur – autant que semblent infinis le regard, l’œuvre et l’envergure…

 

 

Bousculer et interrompre le monde – d’une parole – d’un seul trait esquissé sur la page – pour dire aux hommes de regarder et de s’interroger en se laissant guider et éblouir par ce qui viendra les effleurer…

 

 

Se libérer du monde – se croire libéré du monde – pour plonger les pieds joints dans un autre rêve – dans un autre mythe…

Captifs – toujours – de la même illusion…

 

 

Ni Amour, ni vérité. Ni même l’idée – et moins encore la croyance – d’un Dieu. Quelque chose sans état – quelque chose sans certitude – au-delà des états et de la certitude. Une question – une fleur – un coin de ciel peut-être – ou plutôt un regard – une présence – un silence vivant – sur mille questions – sur mille fleurs et mille coins de ciel – à notre portée. Ce que nul ne peut ni résoudre, ni habiter sans avoir plongé dans sa captivité et s’être suffisamment effacé… L’en deçà et l’au-delà des yeux de l’homme après que l’identité ait vacillé…

 

 

Au-delà des exigences de simplicité et de frugalité joyeuse. Au-delà de tout désir et de toute requête. Ce que nous offrent naturellement les circonstances. Ce qui se présente à nous spontanément…

Accueillir – simplement – ce qui est là – en soi – devant soi – si provisoirement…

 

 

Muselé(s) par le mystère, la question et la mémoire – autant que par l’incapacité (physique et psychique) à s’extraire de sa détention. Livré(s), en quelque sorte, à mille captivités qui restreignent l’existence – et confinent notre envergure à une foulée modestement humaine

 

 

Nous avalons chimères et cendres jusqu’à en mourir parfois. Ventres gorgés de désirs qui avancent leurs mains vers tous les fantômes du monde – sans jamais entrevoir l’illusion qui les maintient prisonniers…

 

 

Passagers – comme le monde – comme le temps. Prêts davantage à refuser qu’à consentir…

 

 

Accueillir sans jamais retenir. Être plutôt que devenir. Laisser la main vide et le geste se désapproprier. Rêver moins et vivre davantage. Aimer ce qui file entre les doigts – autant que la solitude et nos muselières. Être celui que rien ne retient

 

 

Très tôt – dans le passage – livré(s) à ce qui délivre de la détention – et qui dure jusqu’au ciel parfaitement ouvert…

 

 

Emporté(s) ailleurs – là où le jour se tient à toutes les lisières – celles du monde – celles de la nuit et de l’ignorance. Un pas – une aire – une origine – pour apprendre à se libérer de toutes les géographies…

 

 

Nous errons avec tant de soif au bord de toutes les rivières. Et nous nageons à même le sable comme si l’océan était lointain…

 

 

Il neige sous ces cieux trop vifs – trop brûlants. Et c’est l’âme – tout entière – portée par le vol qui brise – qui peut briser – la glace…

 

 

Le cœur posé sur la page – mille livres entre les mains – pour offrir au monde des rêves moins terrifiants – et une envergure plus fréquentable…

 

 

Tout vient du silence – passe et y replonge – sans nous déranger le moins du monde…

 

 

A vivre au milieu des mots – là où la parole n’a aucune importance…

 

 

Abris, luttes et sable. Quelque chose qui pourrait passer – à mieux y regarder – pour un étrange silence – là où demeurent, avec l’éternité, quelques traces majeures – l’empreinte des Dieux et celle, plus modeste sans doute, des hommes de bonne volonté

 

 

Sur le plus lointain versant du monde – à vivre libre – à vivre seul – au milieu des livres…

Mille jours parallèles – la tête attentive aux lignes écrites sur la page comme aux arbres et aux bêtes qui nous entourent. A fréquenter les Dieux de la solitude – si différents de ceux qui habitent les régions surpeuplées…

A être l’égal du jour – et à rire de tous les jeux inventés pour avoir l’air moins bête et plus fréquentable…

Errances, peut-être, entre la naissance et la mort – au milieu des vents qui s’acharnent – destructeurs pour les uns, réparateurs pour les autres. Défiant le temps et la bêtise des hommes…

Au bord du silence qui jouxte la joie et l’innocence. Arrivé peut-être – qui sait ? – en ces terres si convoitées

 

 

L’infini, bien sûr, est notre envergure (même si les destins semblent infiniment captifs et étrécis). Et malgré nos yeux et nos cages, tout jouit de cette ampleur…

 

 

Et tous ces morts – et tous ces feux – à nos fenêtres ! Comme si le monde était destiné à la brûlure et à l’effacement…

 

 

Tristesse – encore – des destins soumis à la ruine. Et le rire des Dieux devant la persistance et l’obstination des hommes…

 

 

Nous sommes ce qui demeure – ce qui persiste et s’efface. Nous sommes – au-delà de tous les contraires. Ce bleu et ces tiges nues qui se dressent sur le sol. L’eau et les destins qui s’écoulent. L’étoile lointaine – l’étoile chantante – et ces rives désolées – implorantes si souvent. Le jour et le labyrinthe. Les âmes suffoquées et suffocantes. Ce qui apparaît à la fenêtre au printemps. Ces plaines mornes – presque décourageantes – en hiver. Le fruit des saisons et du temps qui passe. La raison et la mort. Le silence et cette infernale obsession de vivre. La solitude et le regard si touchant de l’enfance sur ce qui n’a de nom. La folie et la promesse de tous les Dieux. Tout, à vrai dire – si peu de chose(s) – presque rien, en somme…

 

 

N’être personne – à peine un visage – à peine quelqu’un qui passe. Une forme d’abandon à ce qui demeure. Un sourire léger – presque imperceptible – sur les lèvres. Une silhouette furtive – discrète – anonyme – dans l’infini. Ce dont rêvent, peut-être, tous les sages…

 

 

A découvrir dans le plus tragique, notre vrai visage – celui qui se dresse face au néant de tous les mondes – souriant – pour lui-même – devant l’éternité…

 

 

A danser seul là où il n’y a que foule et ivresse…

 

 

Présence ici – là où n’existe aucun ailleurs. Et partage – partout – là où les hommes et les étoiles se laissent inspirer – et éduquer – par les fleurs…

 

 

A ce qui passe – et s’extasie des passages. Et à ce qui demeure au-delà du néant et des prières…

 

 

A vivre – peut-être – tout simplement. Et plus encore avec ce qui est – et ce qui existe en deçà des apparences. Le socle commun – la jointure de toutes les différences…

 

 

A nos fenêtres – l’ombre porteuse de lumière. Et ce qui se cache – plus discret encore – au cœur de tous les tapages. Ce presque rien – ce qui fait, peut-être, du silence l’espace du monde le plus précieux

 

 

Tremblant encore sans le refuge de l’idéologie. A vivre dans l’ignorance après toutes ces années d’existence – après toutes ces années de quête. Être toujours le jouet de ce qui vibre – au-dehors comme au-dedans. L’aire où se heurtent – et où se rassemblent parfois – l’émotion, les désirs, les rêves et les instincts. Et le seuil, peut-être, au-delà duquel tout devient silence et incertitude – beauté et innocence – clarté, sans doute, malgré l’absence d’éclat et les captivités successives…

 

 

Ce qui se goûte, chaque jour, loin du monde – loin des allants et des convictions – loin du labeur misérable des hommes. Un feu et une tendresse où le désir n’est plus – ou ce qui se désire est déjà là – avant même le geste ou la parole nécessaire pour satisfaire l’envie ou la faim…

 

 

Condamné(s) à vivre comme l’herbe et les bêtes vouées, tôt ou tard, à être dévorées. Mort(s) depuis longtemps, en quelque sorte – bien avant d’être livré(s) aux bouches du labyrinthe

 

 

Tout pourra venir – nous sommes déjà couchés dans le silence avec, sous notre front, tous les chants du monde…

 

 

Nu devant ce parterre de visages impassibles – devant cette foule impitoyable. Si nu que nous ressemblons aux arbres et aux bêtes qui n’existent (presque) pas aux yeux des hommes – et dont la chair ne sert qu’à assouvir la faim et les exigences du monde…

 

 

Une terre, des pas, des vents, des paroles. De maigres baisers offerts au monde, en vérité…

Le jour – moins âpre que ces graines infimes jetées par poignées entières à ceux qui sont rongés par la faim – à ceux que la faim dévore littéralement tant les désirs les emprisonnent et les privent d’innocence et de mains ouvertes…

 

 

Il y a une forme d’éblouissance au cœur de la noirceur. Et une lumière qui brûle au fond de chaque blessure. Comme une couronne par-dessus les épines – et un silence qui recouvre le temps…

Et l’infini et l’éternité à l’issue des chemins – la grande immobilité pour clore le voyage – comme l’ultime manière de mettre fin à toutes les tentatives…

 

 

Toute chose est la terre – notre âme – le chemin – la poésie de l’inclassable où tout penche vers le silence…

 

 

On n’ose ni la prouesse, ni l’excentricité avec ce trésor posé en équilibre sur l’âme (et sur les mille choses inutiles dans l’âme). On est – simplement – attentif à ce qui passe – patient dans les tourbillons et les malheurs passagers. En retrait dans les profondeurs de la solitude. Hardi et à moitié plongé dans le danger. Le regard en suspens – humble – confiant – pas si éloigné de l’autre versant de la désespérance…

 

 

Tout semble si près du cœur et de la colère. L’ivresse et le sang – les hommes et le rêve. La vie entière, en somme – et toutes les tentatives de fuite hors du monde…

 

 

Inexprimable – comme ce qui se cache sous ce long manteau de chair. Entre la pierre et l’ombre des vallées. Dans l’épaisseur d’une nuit chargée de l’odeur de la mort…

 

 

A se baigner si près de cette rive première où le soleil a corrompu l’œuvre – et l’empire – du Diable. Où l’Amour a épousé la souffrance pour inviter les hommes à transcender la prière et la mort…

 

 

Bercé(s) par le rire, les bruits du monde et les vaines paroles des hommes…

 

 

L’or et le vide soulèvent le même allant – et le même vertige de la possession – chez tous ceux qui se définissent – et construisent leur existence et leur chemin – à partir du manque…

 

 

Ni homme, ni voix. Le silence le plus anonyme

Celui qui – sans fléchir – regarde les jeux comme s’il s’agissait de danses tribales et de jets de pierre sans incidence sur ce qui se tient à l’écart – le rire – toujours – à portée des lèvres…

 

 

Tout s’écarte – tout s’éloigne – tout se brise. Et ne restent plus que cette solitude grandissante – la gravité au fond de l’âme – et ces paroles qui dansent sur la page…

Le destin brisé en bas de la pente – ce grand bain de vie où nous sommes plongés – et cet éclat de rire qui s’obstine malgré les malheurs…

 

 

La forme – l’apparence – le nombre – ce que les hommes imaginent réels. Ce qui nous a mille fois blessés – et qu’il nous faut quitter, à présent, pour approfondir l’espace et accroître la lumière. La seule option possible, en vérité, pour continuer à marcher dans la poussière – et à piétiner sur nos pages au seuil du silence – parmi les visages – au milieu du monde et de l’ignorance…

 

 

Vents, cris, fièvre, paresse – ce monde, au loin, qu’est-il donc pour que l’on ne voit que sa folie…

Et la solitude qui – à jamais – sera notre seul rempart…

 

 

Tantôt à rire, tantôt à pleurer sous l’œil – et la lampe – des Dieux. L’attention parfois distraite du gouffre par une lueur discrète – par une beauté d’âme peut-être – dans le regard. Comme si la solitude était la pointe de l’obscurité – le faîte du dédale où sont enfermés les hommes…

 

 

A genoux – sur cette terre où tout est inversé – où la nuit est prise pour le jour – et le rêve pris pour le monde – où les chaînes sont considérées comme les portes de la liberté – et la faim comme le seul destin possible pour l’homme…

A voyager aussi vite – et aussi loin – que les vents. A mendier – ou à voler – tout ce qui est permis. A vivre mille ans sans rien comprendre – ni rien aimer. Comme si l’humanité était une fatalité – une sorte de promontoire ultime pour les bêtes ayant appris à se dresser sur leurs pattes arrière…

 

 

Assis – seul – au milieu des larmes – entre le secret impossible à révéler et le destin triste de l’univers – sous le fléau porté haut – bien plus haut que la mort…

 

 

Là où se tient le mythe – la terre à creuser – le secret à faire émerger de son trou – pour que la violence des rives s’estompe à mesure que s’impose – et s’intensifie – la nécessité du silence…

 

 

Il y a mille façons de se tenir vivant – et de se maintenir debout – face aux malheurs. Mais il n’existe qu’une seule manière de transformer la misère et la tristesse de notre condition en matière céleste – en sereine solitude…

 

 

Plus humble que désespéré – à vrai dire – face au temps et au silence. Face à la folie du monde et à la colère qu’elle engendre parfois…

Résigné à vivre avec ce caillot de sang qui confine tantôt aux délires, tantôt à l’ivresse de croire encore possible une fin plus heureuse – une fin plus sereine…

Ecoutons ce que les malheurs ont à nous dire – et faisons la part belle au sourire de l’âme face à l’inexorable…

 

 

A genoux – en équilibre – sur cette ligne traversée par les eaux et les vents – réceptacle des ombres et tremplin vers la mort. Socle et frontière de tous les possibles où l’espérance – à jamais – restera vaine…

 

 

Silence et grandeur – toujours – derrière le moindre désir – malgré les excréments élevés au rang de seuil infranchissable des appétits…

 

 

Faim et souffrance à même ces rives bordées de lumière. Et là où nous traverserons – et sombrerons, un jour, avec la mort…

 

 

Ivresse encore – et dans cette ivresse – le vertige possible à l’approche du vide – du silence – cette chose sans nom que les hommes ont toujours essayé de remplir et de nommer pour lui donner un visage moins redoutable – une allure plus aimable et familière…

 

 

Tout est fuite et faim. Tentatives, un jour, livrées au silence – voué, à la fin du temps, à tout recouvrir ; le monde, les visages, le vertige et les chemins…

 

 

Ce qui monte de l’ardeur au sang – du sang au visage – du visage à la main – de la main à l’âme – de l’âme au chemin – et du chemin à l’infini – le même désir de silence et les mêmes obstacles déclinés de mille manières…

 

 

Sur terre – dans la chambre – sur les champs de bataille – au fond de l’âme et de la tombe – ailleurs – plus loin – jusqu’au ciel – jusqu’aux frontières impossibles de tous les au-delà – le même mystère et la même ardeur à essayer de le déchiffrer…

Ainsi pouvons-nous saluer ce qui cherche – ce qui creuse – et ce qui demeure impassible – à tous les degrés de l’échelle des découvertes

 

 

Ce qui nous envahit – corps et âme – a la même ampleur que ce que nous cherchons – et, sans doute, le même visage – caché – simplement – par quelques voiles épais – par quelques voiles tristes et inévitables…

 

 

Englués dans une paresse qui jamais ne transformera le monde, la vie et l’esprit – ni ne fera renaître les morts. Ensommeillés – couchés de mille manières – avachis en mille poses différentes – longues – langoureuses – apaisantes – et assez rassurantes, sans doute, pour nous faire oublier (provisoirement) les morsures et les blessures infligées par le monde, l’indigence des destins, la chute prochaine et la mort, un peu plus tard, inévitable…

Le grand génie humain de la somnolence où l’on ne sait si vivre consiste à rêver le monde et l’existence ou à leur échapper par le rêve…

 

 

Rien à orchestrer sinon l’accueil du jour – et les rapides préparatifs du départ – pour que tout continue une fois les funérailles achevées…

 

 

Sous la voûte, cette myriade d’atomes combinés – de formes codées – déchiffrables – prévisibles – qui s’enfantent – et se perpétuent – dans la misère et le miracle…

 

 

Cité lointaine encerclée de murs et de nuit où tout flotte – et se mélange à la mort – omniprésente…

Neige et boue – corps presque invisibles – dociles – toujours prêts à courber l’échine et à se plier aux règles et au pouvoir dominant…

Rives noires soumises aux rêves des Autres – façonnées par des millions de visages identiques…

Le nombre comme phare de la normalité – et cénotaphe érigé contre toute forme de révolte et de résistance. Fossoyeur de tous les élans singuliers et salvateurs…

 

 

Tout est chemin – monde – visage penché – main servile – défaut perceptif à force de maintenir les yeux baissés sur le mensonge…

Fantômes pas même surpris par la décadence – et l’impéritie du rêve…

 

 

Couchés – debout – agenouillés – le cycle récurrent des visages – de tous les visages du monde – pris successivement dans l’enfantement, les tentatives et la soumission…

 

 

Tout est monde – apparences vivantes. Et tout prendra fin dans la fosse commune

 

 

Histoire d’un jour – histoire d’un siècle – histoire éternelle de ce qui fait date et s’inscrit dans le temps…

 

 

Il n’y a nulle réponse sage à l’ignorance, à la brimade, à la folie. Il n’y a qu’un accueil possible, un consentement à l’inéluctable et une attente patiente – et peut-être inutile – pour que cessent, un jour, l’inconscience et la barbarie…

 

 

Les mots sont aussi inutiles que les plaintes et les larmes. Et, pourtant, nous n’avons rien d’autre à offrir. Le silence ne sait encore nous contenter…

Et l’encre dans son brouillard – mille fois jetée sur la page – pour exhorter l’âme et le monde à d’autres prouesses – moins futiles, sans doute…

 

 

Tout est nuit – et soleil timide – intermittent – encore trop vagabond, sans doute, pour s’imposer au monde – et le gouverner…

 

 

Voyages multiples dans les mille galaxies du monde – si lointaines. Départ et visite de toutes les âmes – et retrait parfois – tantôt pour amasser le monde et ses richesses (provisions, plus ou moins, prometteuses qui laissent espérer aux plus crédules un avenir meilleur), tantôt pour échapper aux foules, aux larmes et à l’enfer édifié par les hommes au nom du bonheur (fallacieux et mensonger, bien sûr) de quelques-uns…

Nœuds, routes, chemins et croisements au centre desquels traînent tous les pieds – se perdent tous les hommes – et s’étend le plus terrifiant désert…

 

 

Ni flamme, ni prophétie. Quelques mots – à peine – pour offrir à l’ignorance mille versants à explorer, le goût de soi et le souci de l’Autre comme viatique – et la nuit entière à éclairer…

 

 

Tout pourrait être volé – anéanti – en partance – demeureraient l’essentiel et le silence – cette innocence sans attache ouverte à toutes les circonstances – ouverte à tous les dénuements

Tout pourrait être joie ou douleur – rien ne remplacerait ni le regard, ni la solitude – nécessaires pour vivre au milieu de l’hiver – là où tout s’est enfui – poussé par le rêve et la faim…

Tout est perçu à partir du soleil et de la chute – inévitables. Et sous la tristesse apparente brille cette lumière joyeuse née de l’esprit acquiesçant – sans illusion ni sur l’œuvre possible des pages sur le monde et les âmes, ni sur ce qui pourrait advenir en ces lieux où l’absence est le socle de tous les élans, de toutes les lois, de tous les empires…

 

 

Ce qui nous hante – le sang, le rêve et la neige – le rouge, le noir et le blanc. L’exaltation et toutes les saisons déclinantes. Et le silence qui, un jour peut-être, parviendra à s’inscrire dans nos gestes et sur nos pages. L’innocence retrouvée des premières heures – la simplicité de l’enfance…

 

 

Ce qui est nu – et nous emporte bien plus loin que tous les voyages façonnés par le rêve

 

 

Mille regards en soi bouleversés par tant de sommeil. Profondeurs à peine éclairées par quelques lampes à la clarté trop raisonnable pour percer le secret que dissimulent tous les jeux…

Monde et esprit transformés en sentes étroites sur lesquelles on chemine entre mille périls – entre le rêve et la tragédie – entre l’abîme et la possibilité d’un ciel toujours aussi épais et énigmatique…

 

 

Qu’importe les rêves ! Et qu’importe l’ivresse ! Qu’importe le sommeil et les offenses pourvu que les ténèbres demeurent – suffisamment – confortables…

 

 

Tout – tantôt s’exalte – tantôt se cache – à notre passage selon le degré d’innocence du regard et celui de l’effacement dans nos gestes et nos pas…

 

 

A quand une lumière pleine, un rythme lent et un monde plus vivable…

 

 

Une perspective où tout se mêle – et où la lumière est – toujours – infidèle aux reflets des visages et des chemins…

Un quotidien minuscule – insignifiant – où tout est si tragiquement remplaçable et mortel…

Une chevauchée infime où tout dérape et se précipite vers le trou destiné à accueillir ce qui est bancal et ce qui flanche – tout ce qui n’a encore trouvé sa pleine mesure

 

 

Tout est fait pour laisser l’apparence diriger le monde alors qu’il faudrait creuser toutes les profondeurs pour que puissent émerger la blancheur et la transparence…

 

 

Habitudes et hasard au gré des jours…

Âmes dans leur coin – comme punies par le manque de persévérance des hommes…

Existences banales où s’ensocle – et s’enferre – l’humanité – à s’exercer à mille labeurs inutiles – à relever mille défis infantiles – à jouer des coudes – et à parfaire les murs – déjà hauts – et toutes les certitudes imbéciles – du monde…

 

 

Nul frémissement au lever du jour. Enfoncés – engloutis – pleinement dans l’illusion et la nuit triomphantes…

 

 

D’une feuille à l’autre – d’une existence à l’autre – à pousser le même visage vers ses frontières – vers cet étrange espace qui confine toutes les histoires à un passage – à une traversée infiniment nécessaire…

 

 

Un jardin – immense – de fleurs et de fruits. Mille pierres – mille couleurs – et autant d’herbes folles. Quelques visages. Quelques soupirs. Et la même ambition qui vient tout ternir et empoisonner…

 

 

Terre et visage d’un autre monde où toutes les pentes mènent – inéluctablement – au plus juste et au plus simple. Jamais ni au mensonge, ni à la corruption…

L’Amour et la présence d’un seul regard – en tous lieux…

 

15 février 2019

Carnet n°173 Lignes de démarcation

Regard* / 2018 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Cendres du monde. Visage d’homme. Douleur et cris de l’âme. Jeu, peut-être, dans la poitrine des Dieux – entre guerre et fardeau – avec ses mille cargaisons de souffrances et de morts inévitables…

Lèvres apaisées au milieu de l’automne. Ni soif, ni délire. Un peu d’asphalte encore à parcourir. Et des milliers de pages à écrire. Loin des troupeaux – et prêt à mourir. Allongé déjà au cœur de la solitude et du silence…

 

 

Bruits de chair mutilée – égorgée – arrachée. Œil solitaire jusqu’à l’explosion de l’espace. La pluie intérieure jusqu’au débordement des veines. Amas de lambeaux sur la terre. Et le silence au-dessus de la vie planétaire…

 

 

Voûte, vent et frissons. La simplicité du regard sur les combinaisons de matière. La grâce et l’ampleur, en somme, qui n’interdisent ni la violence, ni la passion…

 

 

Paroles libres. Poésie non poétique, en quelque sorte. Rude – abrupte – jusqu’à la sauvagerie parfois. Incohérente. Iconoclaste sans doute. Indélicate peut-être – qui allie la tendresse et la fureur – le mystère et le plus ordinaire…

 

 

Mille images fragmentées du même visage. Le silence – en lui-même – excavant toutes les anfractuosités de l’homme pour ne laisser, en définitive, qu’un rire sur à peu près rien – le vide – pas tout à fait néant – né d’un effacement progressif et d’une incertitude croissante en vivant de plus en plus éloigné (géographiquement) et de plus en plus proche (par l’âme) des êtres et des choses – que nous continuons d’appeler ainsi pour ne pas être (totalement) incompréhensible…

 

 

Dans nos histoires, au fond, qu’y a-t-il à comprendre sinon l’inexplicable – qu’y a-t-il à exprimer sinon l’indicible – et qu’y a-t-il à désirer sinon l’inespéré…

 

 

Mouvements multiples – entre frontières et infini – âmes et figures – semés partout – et plongés (malgré eux) dans l’ardeur, les cris, la peur, la colère et le refus – hantés (toujours) par le désir et l’ambition – et cherchant, à leur insu (et inconsciemment le plus souvent), dans cet infime repli de l’univers, leur identité – un peu de sens – ce que l’on pourrait appeler l’Absolu qui prend les traits, en ce monde, de l’Amour et du silence – comme les deux versants du même visage – le premier extraordinairement généreux – accueillant – hospitalier – et le second – froid – impassible – glacial – incroyablement détaché des choses du monde

 

 

La vie et le monde – violents – terribles – aux allures cruelles et sans pitié parfois – lorsque le visage, fragile et isolé, doit y faire face dans la solitude et la terreur… Et merveilleux – grandioses – incroyablement inventifs – si miraculeux – lorsque les yeux savent glisser vers le regard et que l’âme est capable de s’effacer – et de plonger sans exigence dans leurs profondeurs…

 

 

Nous ne possédons rien ; qu’un peu de sang et de rêve pour aller de par le monde. Et ces bagages s’avèrent, en définitive, les pires qui soient…

Mieux vaudrait aller nu(s) – et plus encore – se tenir immobile(s)etattendre que tout nous traverse et s’efface…

« Être traversé, bien sûr, mais comment pourrions-nous retenir le monde ? » s’interrogent les hommes…

« Erreur ! Erreur fondamentale ! » s’écrit le poète – l’homme sans visage. Pourquoi vouloir amasser les objets, les visages et les paroles… il faudrait – plutôt – inverser les yeux comme les sages retournent leur main – paume vers le ciel – en laissant les choses aller à leur guise, s’arrêter ici et là et poursuivre leur chemin…

 

 

Malgré la fin apparente, tout continue ; les flots, les flux, les vagues et le vacarme. Les malheurs, la tristesse, les déroutes – toutes les mésaventures. Le monde, la terre, le ciel, la vie et la mort. Bref, l’illusion – toutes les illusions – dans lesquelles sont plongées les têtes et les âmes…

 

 

Tout vacille – les jointures tremblent – les frontières se délitent – les territoires se superposent – et finissent par disparaître…

Fin des dogmes, des idées et des croyances. Fin des chimères et de l’illusion…

Et, pourtant, rien n’a changé – ni le monde, ni l’âme, ni le visage. La chambre étroite de l’esprit a – simplement – repoussé ses murs de quelques millimètres – et autorisé la lumière à ouvrir une brèche là où les briques étaient autrefois impénétrables…

 

 

Vents plus violents et plus féroces. Doutes et incertitudes exaltés. Comme le silence et la douleur d’être au monde. Quelque chose, de toute évidence, s’est rompu – même si – partout – demeurent la résistance et le refus…

 

 

Simples sifflements, sans doute, dans le grand corridor de l’espace…

Continents en déperdition. Territoires, en partie, désoccupés et anéantis. Sable arraché aux mains qui s’efforçaient instinctivement de construire des édifices magistraux – inutiles – inopérants pour survivre au désastre – à la catastrophe de l’explosion…

Pas même certain d’exister – à présent – en ce lieu qui n’est, sans doute, qu’un autre nulle part…

 

 

Sans aire – sans fondation – à errer plus encore sur cette terre déguisée en rêve…

 

 

Peau contre peau – comme si la solitude et la douleur pouvaient être atténuées par un semblant de proximité…

 

 

Porte fermée depuis trop longtemps pour espérer être sauvé par un air frais – par un air nouveau. Voué à un confinement qui finira par nous faire mourir avant d’être capable de découvrir l’ampleur de l’espace alentour…

Triste destinée, en somme, où le monde se réduit à un étroit labyrinthe de galeries souterraines…

 

 

Cris qui ressemblent à des murmures lancés dans la fureur apocalyptique du monde. Bruits – à peine – dans le tumulte et le tapage. Crissements et chuintements dans le chaos braillard…

 

 

A la recherche de tout – et, en particulier de réponses et de remèdes – de guidance et d’accompagnement – pour tenter d’échapper à la misère et à la solitude – à cet admirable inconfort du vivant – que les hommes, en général, imaginent indignes – incompatibles avec l’existence humaine – et qui constituent, pourtant, les fondements nécessaires à toute quête authentique…

 

 

Au seuil – bientôt (et, sans doute, depuis quelque temps déjà) d’une frontière qu’il nous faudra franchir – de manière individuelle et collective – pour aller au-delà de l’animalité humaine… Avec au fond de l’âme – au fond de chaque âme – l’avenir du monde en jeu…

Ligne de démarcation incontournable où se joue, dès à présent, le destin du vivant…

Ainsi – l’univers terrestre pourrait devenir incroyablement oppressif – mortifère – apocalyptique – invivable en somme (et d’une manière bien plus terrifiante qu’aujourd’hui) si nous ne parvenons à nous affranchir de nos impératifs instinctuels ;

En revanche, si nous réussissons progressivement à les transcender, pourront se dessiner, de façon presque certaine, une perspective et une organisation naturelles tournées vers le respect et la solidarité – vers la simplicité et le partage – vers la sensibilité et l’intelligence – et érigées dans la conviction commune et personnelle d’œuvrer pour le Bien de tous et de chacun…

Bref – toute une histoire à écrire (la suite, bien sûr, de ces milliers de siècles dérisoires et, si souvent, ignominieux – préparatoires en quelque sorte) pour que puissent enfin émerger – et régner – l’Amour et le silence malgré les impasses, les mauvais tournants, l’inertie du monde et l’indétermination des foules qui ont toujours entravé la grande aventure terrestre

Et l’écriture – nos pages – sont comme une brique infime – presque entièrement – dédiée à ce franchissement…

 

 

Moins de paroles – et plus de gestes et de sourires. A la fois torche et miroir qui déroberaient aux yeux leurs ombres…

Plus proche de l’arbre que du livre. Plus proche de la pierre que de l’idée du ciel. Plus proche de l’Autre que de l’image d’un Dieu inventé de toutes pièces…

Mains lentes – vouées à des activités simples et élémentaires – infiniment nécessaires. Et l’âme docile – joyeuse – consentante – pour offrir à la terre, aux bêtes, aux arbres et aux hommes la joie, le soleil et le silence qu’ils cherchent (et réclament) depuis la naissance du monde…

 

 

[Mécanique de la destruction et de l’effacement]

Eradication des frontières et des territoires. Et disparition – progressive – du visage au profit de l’espace et du silence – incarnés par une âme libre et consentante – aux lèvres et aux gestes sans maître – sans impératif – sans exigence…

Le cœur désossé – élargi – et transformé en aire d’accueil…

Ni terrestre – ni divin. Simple, infime et imperceptible élément de l’infini. Invisible, désintéressé et impersonnel comme tout ce qui, en ce monde, est – et sera toujours – essentiel…

 

 

Au bord de l’effondrement – toujours – jusqu’à ce que tout s’affaisse et nous abandonne…

La mort implacable, en quelque sorte, après le rêve…

 

 

Sans bruit – comme un passager discret que rien ne rebute. Ni le feu, ni le monde, ni les choses. Bien plus solide au fond de l’âme qu’en apparence. Prêt à supporter la nuit et toutes les épreuves du sommeil…

 

 

Espace et vents – légers et recouverts de matière lourde – obscure – qui donne aux silhouettes cette allure si lente – inerte – presque immobile – et dont tous les allants ne sont que des sursauts enfantés par la faim…

 

 

Existence et masque. Lumière sans obstacle en dépit de la densité et des profondeurs…

 

 

Un peu d’effort pour humaniser la difformité – la monstruosité qui sévit dans les tréfonds. Vernis qui se craquelle au moindre geste – terrifiant et soumis, lui-même, à la terreur…

Âmes et étoiles alignées sur le même mensonge – sur la même illusion…

 

 

A mi-chemin entre l’origine et la fin – les yeux fermés – dociles – pas même conscients de l’abstraction du temps…

 

 

Au fond, qu’offrent donc au monde un visage – une œuvre – un destin – anonymes…

Sans doute, le même service (et le même bénéfice) que la pierre, l’herbe, l’arbre et la bête ; cette grâce incomparable dans laquelle tiennent – tout entiers – la terre, le ciel, les Autres et le silence ; le charme irremplaçable de ce qui sait vivre dans la discrétion – en infime miroir de la plus haute lumière…

 

 

Comment refuser cette voix qui s’impose entre l’âme et le silence – portée sur la page par la main fidèle – loyale – docile. Feuilles et paroles sans nom – et sans visage – offertes comme la beauté des pierres et des fleurs – et comme la splendeur des arbres – plongés – tout entiers – dans leur labeur généreux et désintéressé. Discrets et sages – humbles et aisément remplaçables. Eléments essentiels dans le grand ordre du monde – et inscrits dans la seule perspective possible…

 

 

Constant comme le soleil qui illumine les parcelles du monde – à intervalles réguliers. Immuable à travers le temps – découpé en jours et en saisons. Présence perpétuelle pour éclairer la marche incessante des bêtes, des hommes, des âmes et des astres…

 

 

Souffle pressé – et oppressant – haletant – dévalant les pentes comme l’eau des torrents – à courir à perdre haleine là où il faudrait ralentir – arrêter sa course – et demeurer immobile – pour pouvoir goûter – pieds croisés et mains jointes devant soi – la grande sérénité – le grand silence – à l’arrière – et en surplomb – des passages…

 

 

Négligées la voûte et la courbure de la cavité où nous nous tenons. Surface plane – presque lisse – où chaque aspérité a été – soigneusement – rabotée – et où chaque anfractuosité a été méticuleusement – comblée par un faux silence – par une certitude bancale – apocryphe – ou par un fragment de monde qui ressemble – étrangement – à un ingrédient d’un bonheur – artificiellement – fabriqué…

 

 

Un visage, un jour, un instant, un nom – mis à nu. Elevés, rabaissés, puis rehaussés. Sans miroir, sans appui, sans reflet. Quelque chose qui ressemblerait à un envol et à un effondrement simultanés…

 

 

Une âme seule – délivrée des paroles et des promesses – libre des choses et du monde – prête enfin à devenir le reflet – presque parfait – de l’Amour et du silence…

 

 

Sans passé – sans futur. Ni trop tôt – ni trop tard. A présent – là où l’instant se substitue au temps…

 

 

Voix qui palpite. Paroles en guenilles. Dénudées par ce long chemin qui borde les murs du monde. En retrait – en exil – pas totalement fantômes. Fraîches encore et livrées par des paumes vivantes – incroyablement vivantes. Solitaires, bien sûr, comme l’exigent les circonstances. Entre peine et fatigue – et prêtes, pourtant, à s’exposer au monde – et à nager à contre-courant de la pensée imbue de certitudes…

 

 

Choses apparentes posées sur le seuil – en travers de la porte – comme pour obstruer le passage vers l’infini et les profondeurs. Reflets – simples reflets – d’un monde intérieur – faussement démultiplié par le prisme mensonger des yeux – et tous les miroirs que forment les visages du monde…

 

 

Versant sombre – et son opposé – toujours – vénéré dont l’accès, pourtant, traverse toutes les ténèbres…

 

 

Ce qui se différencie en apparence – se ressemble sur l’autel du silence – dans le tabernacle sans dogme

 

 

Mains et visages du même seuil – franchissable par l’enfance jointe à l’infini…

 

 

Existence sans l’ombre d’une promesse – sans désir – sans horizon. Pieds là où le monde s’est éloigné – légèrement au-dessus de l’affairement. Vie immense – sans frontière – et sans littoral – où chaque pas s’entreprend loin du rêve – quelque part – au-delà du franchissement. Au plus près, sans doute, de l’accueil – incarnant cette forme de virginité innocente que les hommes prêtent – confusément – à Dieu…

 

 

La parole – le poème – tels qu’ils se vivent au plus profond de l’âme – à l’égal de la vie apparente – qui ne représente qu’une part infime de l’infini éprouvé…

Le reste – ce qui ne s’écrit pas – s’apparente, bien sûr, au vécu indicible et impartageable…

 

 

Une embrasure au-dedans qui révèle la faille à convertir en espace – en ouverture – en expérience consciente…

 

 

Remuer l’obscur jusqu’à la transparence pour que le visage devienne une surface invisible – un sourire discret – prêt à embrasser l’inexistence du monde…

 

 

Tout creuse la blessure et le rêve pour ôter ce qui nous encombre. Il n’y a, sans doute, d’autre manière de s’effacer…

 

 

Des naissances et des morts qui, en vérité, dissimulent la continuité des choses – sans cesse assemblées et désassemblées – aux formes différentes en apparence mais à l’origine et à l’essence communes. Eléments du même mythe – du même rêve – de la même réalité – transformables à l’envi – à l’infini – selon les exigences téméraires – et encore si mystérieuses (parfois) – du silence…

 

 

Fidèles à nos pas – à notre âme – le jour et la nuit. La colère de l’enfant. Les desseins du ciel. Tout ce dont nous avons besoin pour être des hommes

 

 

Tout a l’air d’exister mais, au fond, que savons-nous du monde – des êtres et des choses – pour dire ce qui relève du mythe, du rêve ou de la réalité…

 

 

Aussi simples – vivants – réels – que la pierre sur laquelle nous nous tenons. Auréolés, comme elle, de ce mystère exalté par le silence et l’ignorance de notre condition…

Le visage blotti contre notre solitude pour avoir l’air moins seul(s) que notre âme…

 

 

Saisons tristes sur cette terre oblique – éclairée par un soleil trop lointain…

 

 

Mémoire trouée où se déposent – et se dispersent – le sable du monde et le temps. Où les souvenirs meurent comme se retrouve tout ce qui est né ; étoiles, honte, désastres – sang, visages, désirs – soulevés par les eaux – traversant toutes les frontières – vulnérables – miraculeux – à chaque instant sauvés par l’éternité…

 

 

Ces vieilles mains – fripées – miraculeusement survivantes – qui dessinent, à travers le jour, l’esquisse d’un monde nouveau sur les ruines de l’ancien – pas encore totalement disparu…

 

 

La soif, l’ombre, les murs, le bout de la rue. Quelque chose aux allures de statue – d’oiseau perdu – et de mains consentantes en quête d’approbation. Le jeu, au fond, dans lequel se perdent tous les hommes…

 

 

Une vie – comme une nuit entière à traverser – un voyage immobile – l’âme à l’arrêt devant le même passage – obstrué par le désir et la mémoire…

Et l’esprit frustré – rampant et se contorsionnant pour essayer de se faufiler dans la moindre brèche. Anfractuosités et impasses seulement…

 

 

Solitude de la chambre et du monde. Beauté de l’âme et du monde. Espace et passage de la lumière et du monde. Où que nous soyons, le monde est présent – tantôt en nous – tantôt devant nos yeux…

Et nulle part où s’enfuir…

 

 

Tout se détourne – les yeux – les visages – les âmes – le monde – sont ainsi faits ; ils piochent – usent et se retirent…

Et lorsque tout a déguerpi – lorsque tout a pris congé – ne demeurent que le silence et l’Amour…

 

 

Les contours – à présent – se confondent au reste. Les frontières migrent – se dispersent. Les territoires s’élargissent – se déforment – se transforment. Tout devient pierre, sable, temps, visage – monde, jour, ultime amalgame – amas d’âmes et de sentiments – mille usages de soi et des Autres – étoiles se hâtant et vents compromettants – terre et ciel déclarés – misère épaisse et mystère opaque. Rien d’autre, en somme, que ce que nous croyons être…

 

 

A vivre – concomitamment – la goutte et l’océan. La source et le torrent – la pluie – les marécages – et le sol craquelé dont la soif ne sera jamais assouvie…

 

 

Ni réel, ni monde. Des yeux sur ce qui ne peut être qu’un rêve étrange. Une construction incertaine – hésitante – édifiée par l’âme et la mémoire pour tenter d’échapper au vide et à la folie…

 

 

Nommer la nuit – le trouble. Voilà, peut-être, notre seule ressource. Une manière de ne plus souscrire – entièrement – à l’enfer du monde. De refuser d’en être la proie inconsciente ou la victime résignée…

 

 

La nuit – partout – aussi intranquille que le sommeil. Des pierres, des âmes – mille songes. Tête contre tête – dos contre dos – à prédire des temps impossibles – à construire des frontières et des murailles. Des yeux fermés – incapables de remettre en cause les fondations et les limites de leur univers. Trop timides – et trop lâches sans doute – pour sortir de leur chambre décorée par quelques étoiles posées ici et là – à la portée de toutes les mains…

 

 

Empreintes éparses – course immuable. Comme le soleil et la douleur des jours. Un voyage sans élan – vague – indéterminé – à la destination constante et au destin variable. Le monde devant soi – et notre envergure – à découvrir…

 

 

La beauté et l’humilité des anonymes – et de l’invisible – frères de pierre et de ciel – frères de terre et d’envol – qui, comme nous, voient dans l’herbe, l’arbre et la bête la preuve de Dieu et de notre – si évidente – parenté…

Quelque chose de silencieux dans le bavardage – quelque chose d’étrangement calme dans l’affairement – qui donnent à tous les champs de bataille cette allure si acceptable…

 

 

Cendres du monde. Visage d’homme. Douleur et cris de l’âme. Jeu, peut-être, dans la poitrine des Dieux – entre guerre et fardeau – avec ses mille cargaisons de souffrances et de morts inévitables…

 

 

Lèvres apaisées au milieu de l’automne. Ni soif, ni délire. Un peu d’asphalte encore à parcourir. Et des milliers de pages à écrire. Loin des troupeaux – et prêt à mourir. Allongé déjà au cœur de la solitude et du silence…

 

 

Feuilles – fragiles – noircies – sans maître. Entre larmes et soleil – entre terre et silence. Comme discret contre-poids au temps et à l’errance…

Farce espiègle devant l’affolement des visages. Un espace sous la lampe. Un abri pour les yeux affranchis du monde et des promesses…

Le seul horizon possible pour l’homme devenu (presque) poète malgré lui. Et source nourrissante et intarissable, peut-être, pour les exilés et les solitaires…

 

 

Gorge nouée devant la mort – devant la neige et la férocité de l’hiver. Mains, joues et âmes froides – manœuvrant avec peine sous la densité de la pluie et de la douleur – à creuser vaille que vaille la glace comme si les tréfonds du monde recelait un (incroyable) trésor…

 

 

A arracher à mains nues – en marge de l’horizon – ce que nous usions comme de vieilles pelures…

Découvert – à présent – ce que nous cachions si maladroitement…

 

 

Nul devant et nul derrière. Une vitrine transparente qui ne laisse voir que peu de choses – presque rien, en vérité ; la moitié d’un visage dévoré par le temps – un sourire discret – et un œil lucide au-dessus de ce qui tremble…

 

 

Mort éparse – autant que l’innocence. Vivantes – l’une et l’autre – sur la couche supérieure du monde – la plus visible – et dans ses plus lointains tréfonds – à l’abri des regards sans curiosité. Présentes aussi dans l’âme – partout – de haut en bas – pour remplacer la soif et le chagrin…

 

 

Le regard a remplacé le sommeil à la fenêtre. Dedans et dehors – devant et derrière – ont perdu leur consistance. Le vent a repoussé les frontières – les a usées jusqu’à les faire disparaître. Ne reste pas même un cri – pas même un étonnement. Rien qu’un grand ciel léger sur les cris qui montent des rives du monde. Rien qu’une main qui creuse – toujours – le même sillon. Et des lèvres pour enfanter mille paroles-soleil…

 

 

Le monde – traversé par mille chemins de pierre qui donnent à la terre cette couleur de poussière – et aux pas cet air si funeste. Horizon et silence – toujours – trop lointains. Et cette fatigue sur nos silhouettes harassées par le voyage et la proximité des visages. Bêtes de somme, en quelque sorte, frappées jusqu’au sang – et portant comme une croix – comme une malédiction – les triomphes et les conquêtes des siècles. La tête embrouillée – le corps maigre et l’âme servile. Tournant – tournant – et tournant encore – dans cette fosse sans espoir – abandonnée des Dieux – livrées à la soif et aux instincts – jusqu’à la mort (qui ne sera pas même vécue comme une délivrance)…

 

 

A devenir ce que l’esprit déplore – ce que nul œil ne peut voir – ce que nulle oreille ne peut entendre…

Egorgeur de temps et débâtisseur de murs. A tout convertir en silence – cierges, prières et sépultures – morts et vivants – gestes et paroles. Immobile sur le rebord du monde – tantôt à accueillir – tantôt à balayer – les larmes et la sueur (inutiles) des Autres. Mains sur la neige – mains sur les rêves – oublieuses de leurs anciens instruments de torture. Et l’œil comme une lucarne posée à la frontière des pierres et des nuées. A chanter l’Amour – à chanter la joie – et à transformer le langage en exercice d’éveil pour rétablir la présence en ces contrées où le sommeil – encensé partout – est la seule loi des âmes et des visages…

 

 

Notre visage suspendu au-dessus de toutes les tranchées comme si nous pouvions échapper aux retraits – et aux départs – de l’automne. Comme si nous pouvions retenir plus longtemps cette ardeur des premières fois – des premiers jours – des premières rencontres. Comme si nous pouvions – indéfiniment – puiser dans la glaise et la boue pour nourrir notre élan…

 

 

A contre-cœur – là encore – comme toujours – cerné par la beauté, le silence et ces bouches affamées – que ni le sang, ni la mort n’effraieront jamais. Seul – d’instant en instant – à fouiller dans la langue et le sable – sous toutes les pierres du monde – pour échapper aux lois des hommes…

 

 

Âme suspendue à une corde qui se balance – indéfiniment – entre les rives trop lointaines du monde et du silence. Condamnée à la patience – et, un jour, à tomber…

 

 

Paisible sur la roche grise – en surplomb des vies et des sourires. A contempler d’un œil malicieux – et avec l’âme encore triste parfois – le miracle et l’indifférence. Vie, paysages et silence – herbes, visages et bêtes – traversés par la soif. Les fugues, les passages et les dérives. Bref, les mille petites choses du monde

 

 

Tout est là – et, pourtant, tout semble nous manquer…

 

 

Comment être plus proche du monde sinon en le laissant entrer – pleinement – dans l’âme. Et vivre ainsi – au cœur de chaque chose – au cœur de chaque visage. Devenir la part qui manquait aux uns et aux autres pour que chacun puisse goûter la complétude…

 

 

Blessures – parfois guéries – miraculeusement sans doute – par le jour qui nous traverse…

Course achevée dans les bras – immenses – généreux – intensément réconciliateurs – du silence…

 

 

Tout nous frôle et s’éloigne. Ainsi passent la vie et le monde. Et nous autres, si occupés à assouvir notre faim – à avaler tout ce qui s’approche – que nous ne voyons jamais ni le miracle, ni la possibilité de la rencontre…

 

 

S’exercer à devenir le poids (infime) qui manquait au vide pour être vivant…

 

 

Tout se poursuit, bien sûr, sans jamais s’atteindre. Vents rageurs à nos pieds endurcis. Âme, voix, peau – vague mélodie – vagues pas dansants. Tout vient à nous – nous traverse subrepticement. Fantômes du réel inconnaissables sans la proximité et la rencontre nécessaires. Emotions fugaces – et frissons provisoires – seulement…

 

 

Sans doute, sommes-nous trop frêle(s) pour endosser le poids – et la voix – de l’ombre… Sans doute, refusons-nous – trop systématiquement – ce qui pourrait rompre notre intimité avec le silence… Peut-être ne sommes-nous plus totalement humain(s)…

Une tête parmi les autres – seulement – qui a l’air d’exister – et de ressembler à celles qui peuplent toutes les foules. Une âme parmi les autres qui n’a encore fait le tour de la question de vivre – et qui demeure – toujours aussi démunie – face au monde et à la solitude…

 

 

Sans voix, ni solution – devant l’imminence de la catastrophe qui menace – si intensément – la terre, le monde, le vivant et l’humanité – privés, depuis toujours, de paix, d’Amour et d’intelligence – de pardon, de réconciliation et de poésie…

 

 

Découvrir, derrière le drame, la trame univoque – et, derrière les noms, le même silence. Le secret des ombres et des danses. La nuit, la mort et l’enfance. L’innocence sous les couches les plus hideuses qui donnent à nos gestes et à nos visages des airs effroyables et monstrueux – épouvantablement inhumains…

 

 

Mille naissances pour que le cœur apprenne à se sentir moins seul – et puisse combler l’espace qui le sépare de la tête et du monde. Mille existences pour que s’opèrent toutes les transformations nécessaires à la naissance du rire et de l’homme. Et mille chaos et mille déchirures avant de pouvoir devenir (presque) pleinement ce que nous sommes ; un espace de silence, d’Amour et de contribution…

 

 

Nous sommes nés – mais que savons-nous du mystère, de l’origine, du voyage et des mille destinations possibles…

 

 

Passant – courant à perdre haleine – pour s’éprendre de mille choses et de quelques visages sans voir – en soi – l’abîme à combler par son propre Amour – parson propre regard

 

 

Amis du souvenir et du temps – toujours prompts à créer un avenir – mille chimères supplémentaires – qui ne connaîtront que la gloire (infiniment provisoire) des aiguilles – et la folie (permanente) des horloges – et qui, sans cesse, repousseront l’éternité à plus tard – et, sans doute même, à jamais…

 

 

Une main, un visage, un souffle, un soleil. Le seul matériau de la page – avec un peu d’encre et de sang séchés. Et ce grand sourire qui côtoie l’Amour et le silence…

 

 

Eprouver la crainte et le vertige des hauteurs. Le pas hésitant entre la joie, le ciel et l’abîme – sur le fil qui traverse le monde. Tête à proximité des étoiles et des cloches qui sonnent à la volée. Et l’âme entre la pierre et l’innocence…

Voyage d’une seule vie – d’un seul jour peut-être – qui doit pour nous faire découvrir l’essentiel ôter ce qui ne pourra jamais, avec nous, rejoindre la mort…

 

 

A la rencontre de tout – de soi – sur ces pages où l’âme et le silence sont les seuls interlocuteurs. Entre l’aube, le ciel et les visages – le monde intérieur – inconnu – inexploré – qui se révèle, chaque jour, par fragments. Bouts de roche – bouts d’âme – bouts d’esprit – bouts des Autres – qui en nous pèsent toujours trop lourds – et qui deviennent en se déversant sur la page des torches – d’infimes flambeaux peut-être – nécessaires pour éclairer les yeux et la route qu’il nous reste à parcourir…

 

 

A guetter la joie, le monde, l’Autre, l’amour et la mort comme si vivre consistait – essentiellement – à attendre…

 

 

Quelque chose, à chaque instant, s’enfuit. Et il nous faut ouvrir les yeux pour donner à la perte et à la tristesse leur contre-poids de joie…

Ainsi, un jour, tout pourra nous quitter ; l’espace et le silence, en nous, seront assez présents – et suffisamment puissants – pour transformer le vide et l’abandon apparent en plénitude…

 

 

A écrire, chaque jour, quelques mots – comme d’autres chantent sous la douche ou jouent avec leurs enfants. Ni vraiment loisir, ni vraiment labeur. Une manière d’être au monde – présent à l’autre et à soi-même…

A marcher pendant des heures parmi les grands arbres de la forêt. A offrir, à la moindre occasion, quelques paroles aux pierres, aux fleurs et aux bêtes auxquelles presque aucun homme ne prête attention…

Solitaire autant que peut l’être l’âme. Proche de ceux dont le langage n’est constitué de mots…

Humble auprès des humbles. Et infiniment spéculaire avec l’ignorance, la bêtise et la prétention. Fraternel – toujours – dans l’échange authentique – lorsque les masques et les mensonges ont été abandonnés…

A aller ainsi sur la page et les chemins de la terre – avec l’esprit plongé (autant que possible) dans le silence et l’Amour qui font, si souvent, défaut aux hommes…

 

3 avril 2019

Carnet n°181 Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

A rebours de toute mesure – là où la faux devient le seul maître du temps…

 

 

De long en large – comme la seule traversée admise – comme si toute pénétration était impossible…

 

 

Une voie au milieu des larmes – au milieu de la pluie – dans le décor désenchanté du monde…

 

 

Une terre – un trou immense – où se déversent tous les corps – la chair pas même putréfiée…

 

 

Entre les plaines solitaires et l'épaisseur du ciel – là où les vivants sont confinés – contraints d’éprouver la misère du monde – quel que soit le chemin emprunté…

 

 

Un visage – un souffle – à la vie, à la mort. Comme une ardeur irrépressible et un besoin de sagesse à venir. Et entre les deux, mille jeux – mille efforts – mille souffrances ; mille détours inévitables, en somme…

 

 

Du bruit – des cris – des plaintes – un peu de gaieté et d'effroi. Des coups – quelques caresses parfois. La vie dans sa plus simple expression – brute – abrupte – triviale. Et rien de plus – le plus souvent…

 

 

Un homme – un visage – un sourire. Et l'âme indemne des transformations du monde et des siècles. Comme une montagne inaltérable – née du premier jour – et si familière, pourtant, de toutes les nuits successives…

 

 

Mille démons dans l'existence qui – parfois – se transmutent sur le papier. A quand la coïncidence parfaite entre la vie, l'âme, le visage et la page…

 

 

Rien que soi au milieu de tout. Et rien que le tout au-dedans de soi. Et, à chaque fois, la vie qui va avec…

 

 

A petits pas – toujours – d'une blancheur à l'autre – avec, parfois, un peu de neige entre les deux…

 

 

Entre cellule et cabine – et – toujours – mille voyages possibles…

 

 

Vie du plus proche et du plus lointain – réunis sur la route – et si irréconciliables dans la sédentarité. Trop plongé, peut-être, dans la somnolence et l'automatisme. Au cœur de l’inertie et de l’effervescence quotidiennes…

 

 

Une âme face à son destin. Entre regard et silence. Peut-être le plus admirable de l'homme

 

 

A demi-mot – à demi-pas – mais dans sa pleine mesure

 

 

Comme une frontière – une porte noire – que l'on aurait transformée en passage – puis, en aire de joie…

 

 

La pierre et la montagne. La vague et l'océan. Une fleur – un astre – parmi leurs congénères. Quelque chose entre Dieu et la matière…

 

 

La pierre a enseveli la langue. Et Dieu, à présent, contraint au silence – après avoir créé le Verbe – et tant espéré de lui…

 

 

Tant de certitudes chez l'homme. Et cette vérité incertaine – protéiforme – insaisissable – que quelques-uns cherchent à tâtons…

 

 

Tout se construit – et se réinvente – sur le socle des siècles. En notre ère – des milliers d'années d'histoire…

 

 

Tout s'oppose à tout comme rien ne s'oppose à rien. Le monde joue – simplement. Et à travers nos jeux, Dieu offre sa grâce, sa puissance et son Amour que nous ne pouvons nous empêcher de convertir (à notre insu, bien sûr) en laideur, en violence et en désir…

 

 

Intensité, densité et profondeur de l'instant vécu – avec un regard simple – une présence nue – une attention alerte et désintéressée – sur toutes les nuances – toutes les subtilités – offertes par les mille mouvements simultanés du monde et de la vie…

 

 

Visage penché vers on ne sait quoi – un silence indéfinissable (en soi) peut-être – un espace incertain – porteur d’une sensibilité plus vive – et plus pénétrante – que la torpeur d'autrefois…

 

 

A jouir d'une présence (presque) impénétrable qui irradie – depuis son centre – vers la périphérie de l'âme – transperçant simultanément toutes les dimensions du réel…

Et à travers ce prisme – à travers ces lignes – la solitude qui magnifie le monde – et laisse le silence tout embraser…

 

 

A creuser l'âme comme nous avons sillonné le monde. A demeurer là – immobile – comme nous avons arpenté la vie. Le silence éveillé – partout – au fond de l'esprit comme à la surface des pierres…

Le sacre, en quelque sorte, de l'invisible et de l'effacement…

 

 

Passage à gué sur l'autre rive posée au-dedans de celle où nous avons toujours vécu – éclairant d'une autre lumière toutes les perspectives…

 

 

Rêche – comme une peau endurcie par la route et les rencontres – par les mille chemins et les mille visages de la terre. Chair craquelée par tous les coups du sort. Mais l'âme tendre – si tendre au-dedans – amoureuse autant du monde que du silence…

 

 

Destin défait par les circonstances. L'air de rien – de moins que rien. L'allure d'un clochard – d'un vagabond aux ongles noirs et aux vêtements défraîchis. Mais le cœur ouvert – si ouvert que l'âme est visible du dehors…

 

 

La vie – le monde – et leurs ondulations magiques. Et cet élan de l'âme vers le tout – vers l’essentiel – ce presque rien au-dedans des choses et des visages…

 

 

Tout – très souvent – débute dans l'entrain et la joie. Et s'achève – presque toujours – dans la douleur et l'accablement. Le défi ne serait-il donc pas d'aller au-delà des humeurs et des circonstances…

 

 

Tournant d'un autre genre où le virage s'exécute au-dedans – et où la perspective jaillit de l'intérieur – pour éclairer toutes les routes (et tous les paysages) du monde…

 

 

Serrés les uns contre les autres – ces fragments de matière – ces combinaisons échangeantes – et incessamment transformées…

Rêve d'un seul corps unifié – protecteur – respectueux des mille vagues simultanées qui le traversent – des élans de beauté et d'harmonie comme des élans de destruction et de folie – enfantés – gouvernés et accueillis – par le même silence…

Et ces yeux – tous ces yeux – toujours aussi étonnés d'être jetés là – ensemble – pêle-mêle – dans cet effroyable (et douloureux) chaos…

 

 

Ordre et séparation – mille frontières – là où tout est mélange et entremêlement – juste et joyeux bordel. Voilà comment l'homme – et la raison humaine – s'opposent trivialement – et de mille manières – à la vie et au vivant…

 

 

D'où vient ce qui nous traverse – et ce que nous traversons… Quels liens invisibles n'avons-nous donc pas (encore) perçus pour – à ce point – ne rien comprendre à la structure (fondamentale) du réel

 

 

Lorsque l'élan naît de l'âme – le pas, le geste et la parole deviennent – profondément – et naturellement – justes…

 

 

Mille mouvements dans le vide. Le noir de tous les abîmes. Et le feu – et l'ardeur – de toutes les horizontalités…

Evanescences dans l'éternité. Crépitements dans le silence. Ondulations dérisoires dans l'immobilité…

 

 

Eclosion, expansion, mûrissement et disparition. Les grands cycles de l'Existant – que connaissent tous les élans – tous les phénomènes…

 

 

L'ombre toujours plus grande que notre silhouette et notre pas…

 

 

Ces élans du vivant que rien ne peut réprimer. Mouvements irrépressibles générés (presque) sans raison – comme mille jeux – mille instincts – mille désirs – mille appels – dans le silence – révélant simplement – la nature fondamentalement énergétique du monde…

 

 

Jeux de parure et de pouvoir. Postures sans conséquence verticale. Simples agissements de ceux qui donnent corps et substance à l'horizontalité des visages et des territoires…

Conduite inscrite dans les gènes – presque jusqu’au fond des âmes – perpétuée au nom des pères et des traditions – pour entretenir le grand cirque – le vaste drame – l’incroyable comédie – du monde – au fil des générations…

 

 

Plus qu'un livre – plus que des mots et des pages. Une âme offerte – un fragment de tout et de l'esprit – précieux par ce qu'il éveille en nous ; un écho – une résonance peut-être – dans l’espace vertical des profondeurs…

Un modeste et inestimable présent. Une forme de spicilège où l'âme humaine et le monde nous sont contés sans pudeur, ni faux-semblant…

 

 

Tout n'est que vide et route – désespérance de l'âme – jusqu'au soleil révélé qui s'étend depuis l'origine jusqu'aux extrémités de l'espace…

 

 

L'attente et la chute – des visages et des âmes – et mille manières de remplir le vide et le temps jusqu'au dernier jour. Les petites liesses du monde. Le bonheur des simples – entre sommeil et engourdissement…

 

 

La matière et la proximité des visages. Les mains et la tête plongées au cœur… Comme manière imposée de vivre ce que nous avons toujours obstinément refusé – évité – détesté…

 

 

Il n'y a plus que le geste pour vivre – et offrir à l'être toute son envergure. Le reste – tout le reste – n'est qu'habitudes et nécessités contingentes. Et qu'importe le prosaïsme imposé – pourvu que la vie – la vie entière – soit vécue sans la moindre exigence de l'âme – avec la nudité et l'innocence requises – l'existence – la globalité de l'existence – peut alors se résumer, elle aussi, au geste – à chaque geste – aux mille gestes extraordinaires que réclame le quotidien humain…

 

 

Aussi vides que le silence et l'espace…

Et, comme eux, nous pouvons prendre toutes les formes et toutes les couleurs du monde pour quelques instants avant de retrouver notre vacuité naturelle – jusqu'aux prochains déguisements – jusqu'aux prochaines transformations – jusqu'aux prochaines circonstances…

 

 

Nous sommes – en vérité – comme mille portes – usinées dans le même bois. Mille seuils ouverts dans l'espace – et reliés entre eux par l’invisible…

 

 

Tout se rencontre – se retire ou s'éternise – sans raison – animé simplement par des souffles invisibles par des nécessités sous-jacentes

 

 

Jamais de posture au détriment de l'être. Jamais de superflu au détriment du nécessaire. Jamais de ruse au détriment de l'Amour…

 

 

Sans doute sommes-nous ce désert transparent – auquel s'offrent, de manière si provisoire, les mille couleurs du monde…

 

 

Ce qui nous refoule – ce qui nous rejette – ce qui nous blâme – ce qui nous abandonne – ne sont que l'invitation du silence à un autrement

 

 

Nous – immobiles – voués aux déchaînements d'un Autre – moins étranger à Dieu qu'à nous-mêmes. Comme une autre manière de vivre les instincts – les forces submergeantes de la terre…

 

 

La vie nous pousse – et, parfois même, nous jette – là où l'équilibre devient (pour nous) possible – à l'exacte place où nous devons être – à l'instant précis où nous sommes. Le reste – tout le reste – n'est que conjectures et commentaires inutiles…

 

 

Il nous faut vivre tout ce qu'il y a à vivre. Il n'y a d'autre secret pour se rejoindre entièrement

 

 

Le jour – immuable – jusqu'à l'extinction du souffle…

 

 

Certains s'aventurent là où d'autres – la plupart – refusent de s'engager par crainte de s’égarer – de se brûler – de disparaître. Et parmi eux, quelques-uns réussissent à franchir le seuil de l’inconnu – à rejoindre l’espace au-delà de l'errance et de la perte…

 

 

Vivre – simultanément – Dieu et l'homme – le ciel, la terre et l'étoile – l'Amour, la montagne et la poussière – le provisoire et l'éternel – le destin de l'homme et l'au-delà de la matière…

 

 

Nous geignons – nous prions et quémandons – alors que tout nous a été offert – depuis le premier jour…

 

 

La furie du monde et des hommes – bras aveugle de l'Amour, en quelque sorte – funestement maladroit…

 

 

Nous croyons traverser la vie et le monde – mais ce sont eux, bien sûr, qui nous traversent. Nous ne sommes que l'aire de tous les passages

Ressentir cet écoulement – cette circulation – et y consentir (de toute son âme), c'est, en quelque sorte, revenir à son destin originel – c'est honorer son envergure véritable – c'est devenir (enfin) pleinement ce que nous sommes

 

 

Tout s'achève sans jamais connaître de fin. En vérité, tout se renouvelle – se réinvente – se perpétue – identique et différent – au-delà de toute apparence…

 

 

Le monde – un asile – un refuge obscur. Une terre froide. Une rive fertile – printanière – chauffée et éclairée par une étoile précieuse – indispensable – vitale. De la glaise et des visages. Mille absences – mille perspectives – où l'on devine – trop aisément – l'horizon et les temps à venir…

 

 

Respiration saccadée – sauvage. Poitrine entre ses grilles. Souffle blanc sous la lumière. Entre quatre murs de pierres protégeant – un peu – des vents du dehors et des masques alentour – venus d'un monde lointain – trop étranger(s) pour se montrer hospitalier…

 

 

Une chambre – simple – nue – dépouillée – et l'air alentour. Un peu de terre sous les pieds et sur les mains occupées à leur tâche. Avec le feu et l'envergure d'un Autre dans l'âme et les yeux. Et cette pluie noire qui s'éloigne. Comme si aujourd’hui commençait la grande aventure

 

 

Des mots lancés comme des cailloux – qui tantôt tombent dans la boue – loin de toute habitation – qui tantôt s'écrasent contre les murs et quelques visages – sans distinction – qui tantôt font exploser les petites fenêtres de l'âme…

Mais que sait la main des intentions sous-jacentes… Impuissante – toujours – à œuvrer dans la même direction. Soumise – comme le reste – aux vents (intérieurs) nés des contreforts des origines – et qui se jettent partout – au cœur de tous les possibles…

 

 

A voix haute – comme pour se persuader que la solitude est une illusion – un élan – un miracle – le seuil au-delà duquel l'âme n’est plus autorisée à mentir…

 

 

Des pages comme des miettes d'infini. Un fil de mots alignés sur l'invisible qui traverse le monde et les visages…

 

 

Un écheveau de fleurs et de mirages où l'Autre ne serait qu'un miroir – une âme – un visage à aimer…

 

 

Aller là où l'âme s'élance – là où le monde la convie… Aller là où l'âme répugne à s’aventurer – là où le monde l’accable – la violente – la répudie… Ne plus être maître – ne plus se croire maître – ni de sa marche, ni de ses pas…

 

 

Somnoler encore – somnoler parfois – comme une récréation joyeuse. S'octroyer le droit d'être un homme simple – ordinaire – tristement trivial. Et jouir – à la fois – de cette autorisation – de cette inconséquence – et de cette liberté consentie (et comprise). Ne plus décider. Se laisser mener – se laisser porter – par les forces multiples qui nous animent…

 

 

Artisan du gros œuvre de la verticalité – comme un ouvrier qui laisserait aux anges le soin du décor et des finitions…

 

 

Au rythme lent des eaux du jour – peu à peu déversées dans le silence – au cœur même du monde – au cœur même du chaos…

 

 

Comme un ciel – une averse – un sort jeté au trouble – un sourire – une caresse – une avalanche. Cela pourrait être n’importe quoi. Et c’est là qui vous assaille jusqu’à la reddition…

 

 

L’âme prise entre le ciel – l’envergure infinie du ciel – et la demi-mesure du monde, des choses et des visages – toujours limités – toujours indécis – toujours à moitié vides ou à moitié pleins…

 

 

Errances – toujours – autour du même lieu – ni proche – ni lointain – présent nulle part – présent partout…

 

 

Lavé par l’air aveuglant des jours. Au faîte de ce qui rebute. Et cette joie étonnamment grandissante qui l’accompagne…

 

 

Un peu d’air encore – le peu de souffle, peut-être, qu’il nous reste…

 

 

Comme une chapelle au dernier jour du monde. Ruine déjà – vestige peut-être – rescapée sans doute…

 

 

Notre mystère – plus dense que toutes les misérables énigmes du monde…

 

 

Debout – contre l’air ambiant et les farces qui ensorcellent l’esprit. Mais presque agenouillé au-dedans – non par soumission – mais par Amour de ce qui est. Comme ultime résistance à la bêtise et à la violence du monde…

 

 

Les extrémités ne sont que nos limites. Et même l’esprit errant – l’esprit libre – s’y cogne. Nous sommes – par nature – une œuvre restreinte créée par le plus vaste

Nulle issue – en ce monde – il nous faut vivre l’infini à travers la finitude et la restriction…

 

 

Le possible et l’irréalisable – voilà peut-être la plus emblématique devise de l’humanité. Le désir et la frustration – le lot commun (et inévitable) de l’homme – de l’esprit humain…

 

 

Tout s’ébruite. Et à ces pauvres révélations, le silence acquiesce – silencieusement

 

 

Tout semble s’éloigner. Mais, en vérité, tout se rapproche dans la distance. L’air devient plus dense – l’âme plus aiguisée – et la solitude plus propice à toute forme de rencontre…

 

 

Aujourd’hui – comme les autres jours – il ne s’est rien passé. Absolument rien. Mais, en définitive, tout est arrivé ; le plus proche nous a été offert. Et c’est avec lui, bien sûr, que toute perspective s’habite – et se réalise…

Seul le plus proche est capable de rapprocher le lointain – et de tout convertir en centre. L’esprit, la vie et le monde deviennent alors une expérience sans limite

 

 

Rien ne peut être foulé – la terre est un rêve. Et le silence la seule rive que peut effleurer le pas…

A demeure où que nous soyons…

 

 

A l’heure du plus simple – où tout est perçu pour ce qu’il est – ni plus – ni moins. L’Amour dans l’âme – l’Amour dans le regard. Et la main ouverte qui se tend ou se rétracte selon les visages et les circonstances…

 

 

Une fenêtre où tout peut basculer – le pire et le meilleur – appréhendés (presque) d’une égale manière…

Rien de décisif – le plus ordinaire. Et pourtant…

Toute l’épaisseur de la terre – soudain – transpercée. Et le ciel si vaste – infiniment ouvert…

 

 

Tout – très haut – comme si l’âme et les jambes avaient subitement grandi…

 

 

L’air et le souffle – ensemble – aussi inséparables que l’âme et l’espace – le monde et le silence. Seul(s) témoin(s) des circonstances…

 

 

Toute distance resserrée jusqu’au point le plus dense. L’univers et ses alentours réduits à une tête d’épingle…

L’éparpillement recentré – comme si les vents rejoignaient l’air – et les vagues l’océan…

Et le vivant chahuté – et chahutant – sur un fil tendu entre les deux extrémités de l’infini…

 

 

Le monde – vacarme vacant – bruit sans conséquence – onde, à peine, dans le silence…

 

 

Tout s’étend sur nous – âmes, choses et visages – tenus par la main d’un Dieu tendre et attentif…

 

 

Nu – à même les pierres – aux pieds de tous les hommes. Et ce regard si tendre sur les arbres et les bêtes. A genoux – les yeux baignés de larmes – face au ciel qui a anéanti tous les horizons…

Les murs remplacés par l’infini. Les instincts par l’âme. Et les yeux par le regard…

 

 

Tant d’angoisse et de déchirures. Tant de siècles et de chemins explorés – mille fois arpentés – pour parvenir à cette déconcertante simplicité

 

 

Tout commence par l’inachèvement. La suite est offerte en vivant… avec, parfois, l’offrande du plus précieux ; le goût de la complétude malgré l’impossibilité de la fin et la succession des nuits…

 

 

Une âme nue – une feuille blanche. L’infini et toutes les possibilités du monde. Comme une manière – presque inespérée – de renaître à la vie après ces longs siècles d’agonie…

 

 

A rayonner en silence – pour soi – et quelques yeux de passage. L’âme chaleureuse sur ces pierres froides…

 

 

La chaleur et le froid – du monde – de l’âme – de la main – qui tantôt s’agrippent – qui tantôt rejettent. L’essentiel sera toujours la distance – la juste distance à trouver – dans cet univers où tout est régi par la relation et l’échange…

 

 

Qui peut dire ce que nous sommes – d’où nous venons – où nous allons – fondamentalement… Peut-être n’y a-t-il, au fond, qu’à ressentir ce qu’il y a à faire – et laisser les gestes s’imposer…

Le geste est l’un des reflets essentiels du silence. Infiniment plus révélateur que la parole – magistralement supérieur au langage qui cherche toujours la vérité de manière illusoire…

 

 

A essayer de se hisser – partout – alors que tout est en bas – du côté du sol et dans les profondeurs de l’âme. Erreur humaine commune et naturelle – mais si risible lorsque l’on vit – et voit le monde – la tête à l’envers

 

 

Ce qui revient au monde n’est que la part sombre – opaque – boursouflée – de l’homme ; l’autre – la blanche – la simple – la lumineuse – n’a d’yeux que pour le ciel – et ne vit qu’à travers l’âme…

 

 

Nous n’aurons cessé de dire – et de quémander – avant d’être happé par cette étrange perspective silencieuse qui penche davantage du côté de ce qui s’offre que du côté de ce qui demande. Et lorsque l’on est contraint de faire appel à l’Autre, on s’y résout – à présent – de façon naturelle et spontanée – avec innocence et gratitude. Et cette manière de recevoir a, sans doute, autant de valeur que ce qui est reçu…

 

 

Moins à dire qu’à vivre. Plus de gestes que de mots à offrir – en fin de compte…

Une parole – de temps à autre – comme un baume passager sur l’âme – comme un acte – une caresse tissée maladroitement par le langage…

 

 

Murmures – à peine – à partager avec soi – seul dans sa chambre close – loin du monde et des visages – lorsque l’on se sent comme le premier homme

 

 

A marche lente – le feu contenu au fond de l’âme – pour le pas suivant – les prochaines circonstances – et toutes les rencontres possibles…

La terre, le ciel et le vent au fond des tripes – prêts à s’offrir au premier visage…

Comme une église – un clocher – dressés dans la nuit – qui percent la brume qui surplombe le monde…

 

 

Nous ne sommes qu’un lieu – un carrefour – un passage – où s’invitent tous les déguisements du monde – comme autant de reflets du silence qui, à travers ses jeux, ses travestissements et ses corruptions, dévoile tout son pouvoir – et toute sa magie

 

 

Tout se prête au jeu du monde. Mais à quelles forces obéissent donc les hommes pour le réinventer – et l’accélérer – sans cesse…

 

 

Tout prend place dans une forme d’entre-deux – entre l’en deçà et l’au-delà d’une chose – d’un monde – eux-mêmes parties dérisoires – infimes points – d’un cadre plus large. Et ainsi de suite à l’infini. C’est dire la relativité de la vie, de la mort et du monde – la relativité de toute choseen vérité…

 

 

On parle (souvent) de ce que l’on ne connaît pas – et que l’on croit, pourtant, connaître (un peu). Il vaudrait mieux se taire – et conserver intacts la curiosité et l’étonnement devant ce que l’on ignore….

 

 

Toute idée – toute pensée – est un obstacle à voir – à se laisser émouvoir – à vivre…

Rien ne vaut l’innocence et le silence. On conserve ainsi inaltérés le regard et le monde – la naïveté originelle et la beauté première des circonstances…

 

 

Souvent, le monde s’écarte à notre passage lorsque nous marchons la tête basse – avec un sourire discret sur les lèvres – et une lueur – presque invisible – de gratitude au fond des yeux. La plupart n’y voient qu’une forme de faiblesse – une forme de mièvrerie ou de timidité – et ils se détournent avec mépris (ou avec pitié parfois). D’autres – plus rares (et plus avisés) – y décèlent le reflet de l’humilité – de la grande innocence nécessaire pour traverser – avec justesse – la vie et le monde. Et ceux-là, en général, nous laissent passer avec révérence – et un peu d’admiration dans le regard…

 

 

Vacance et soleil silencieux. L’ombre au fond des têtes ou à mille pas derrière soi. Eclipse passagère. La nuit est encore là – partout où nous l’avons refusée – refoulée – oubliée – plus forte que jamais – prête à ressurgir, à chaque instant, de sa tanière nourricière…

 

 

Comment naît le désir ? Qu’est-ce que la pensée ? Comment l’émotion nous envahit-elle ? Comment s’élabore un sentiment ? Et – surtout – que sommes-nous face à cela – et quelle position adoptons-nous lorsque ces phénomènes nous traversent ?

N’est-ce pas là le genre d’interrogation que l’homme est amené à se poser lorsqu’il aspire – un tant soit peu – à découvrir son intimité – même s’il existe, bien sûr, mille autres questions sur la vie et le monde, mille autres sujets sur les choses et l’âme – mille thématiques à éclaircir pour comprendre notre nature fondamentalement silencieuse et relationnelle…

 

 

L’homme est un enfant curieux et angoissé – qui consacre son existence à survivre, à jouer et à explorer mais dont la quête effrénée de confort* a fini par étouffer – de manière tragique – son goût naturel pour la recherche, la découverte, la compréhension et la connaissance…

* née, bien sûr, de son besoin instinctif de survie…

 

 

Tout prend souffle – s’ouvre – se maintient en déséquilibre – et disparaît par lambeaux entiers. Tout se transforme – de dégrade – se régénère – et renaît. A l’image de la terre – de la matière – de l’énergie – qui se nourrissent – s’effacent – et se renouvellent – d’elles-mêmes– et dont chaque forme de l’Existant (terrestre) est, bien sûr, constituée…

 

 

Il y a moins à devenir qu’à s’abandonner – moins à vivre qu’à apprendre à disparaître

S’effacer – mourir un peu – à chaque respiration. Tendre vers cet espace – cet infini – cette éternité mystérieuse – au cœur du souffle…

 

 

Ne plus être qu’une main ouverte – qui offre – propose – soigne ou caresse. A peine un silence – pas même un visage. Une ombre aux reflets discrètement lumineux. Un petit rien – une sorte d’astre infime et dérisoire – presque invisible – au cœur de la matière. Bien davantage, de toute évidence, que le désir et la parole des hommes et des Dieux…

 

10 juin 2019

Carnet n°188 Dans le même creuset

Regard* / 2019 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Rien – captif(s), peut-être, d’un voyage et d’un peuple auquel nul n’appartient – auquel nul ne peut appartenir. Tributaire(s) d’une alliance trop exigeante – nous obligeant à l’errance parmi les visages – ballotté(s) sur les méandres d’un fleuve trop puissant – sans rive – sans île – et apparemment inévitable…

 

 

Pays de masques et de prestige – prétentieux – obsolète – par temps d’innocence – éclairé d’une lumière trop artificielle – trop mensongère. Tours et cités construites avec la sueur des indigents – avec le sang des anonymes – édifiées grâce aux trafics en tous genres – peu embarrassés par la tête des autres…

 

 

Lumière creusée à mains nues – hors du troupeau des hommes. Sueur sous la lampe qui a guidé les pas. De seuil fatidique en seuil fatidique…

 

 

Entre deux failles – celle du temps et celle de la blessure – un fil tendu – fractionné en mesures précises – accroché à l’origine – et revenant vers elle après maints détours…

 

 

Rien que des querelles – et la complicité de toutes les mains – de tous les ventres. Pugilats de la faim, de la terre et de l’orgueil. Tête et contrées arrachées en même temps que les entrailles de l’Autre…

 

 

Errance du passant loin de la foule – égaré là où il ne s’y attendait pas…

 

 

A travers la vitre – le visage de l’Autre – seul miroir de nous-même(s)…

 

 

Rien que des cris dans l’herbe rouge – ceux de la barbarie et de la terreur. Et nous autres – alternant entre la main innocente et la main guerrière…

 

 

Pierre scellée au passage des vents. En équilibre sur la mort triomphante…

 

 

Ce qui circule entre les visages – ce regard que nul ne soupçonne – et qui éclaire, pourtant, tous nos secrets – tous nos mystères. Comme un soleil anonyme – un soleil immense – un soleil démesuré…

 

 

Ce qui creuse au détriment de la prière – du geste désintéressé. Ce que l’on trouve – et qui, jamais, n’apaise la faim – au détriment de la paix…

Le triomphe du manque et du désir sur la joie et la quiétude de l’âme…

 

 

Autour du même trou – tunnel vertical – entre les pierres et la lampe – sur cette terre sans secret…

 

 

La réjouissante jubilation du retour – pour clore, peut-être, la longue série d’errances – la longue succession d’impasses…

 

 

A courir partout où la joie est absente – comme si elle pouvait se trouver devant soi – en des lieux déterminés...

Marche obstinée qui exalte la fièvre des pas et la désespérance, si nécessaire, pour que l’âme puisse plonger dans la faille creusée par la déception de chaque foulée…

Voyage des périphéries vers le centre…

 

 

A petits pas – à l’ombre du monde – de chemin en rature sur la longue liste des désirs. De visage en rupture – d’impasse en déchirement. Mille lieux à parcourir – mille lieux visités – et la lumière jamais entrevue – jamais rencontrée. Toujours plus loin – et, parfois, à deux doigts de l’effleurer…

D’horizon gris en ciel médiocrement dégagé. Et le vent qui nous pousse encore au voyage…

 

 

Mains exultantes et corps extatique au rythme des tambours silencieux – aux bruits feutrés – intérieurs – lorsque la tête s’absente…

 

 

Endormie – cette vieille carcasse harassée – malmenée par la route – et qui tremble encore à l’idée de la joie – et qui tremble encore à l’idée de la mort – et qui continue de se traîner à travers les âges pour essayer d’épuiser l’espérance et la faim…

 

 

Gestes lents et jubilatoires du quotidien – au faîte du jour innocent. L’âme rayonnante qui a effacé les noms et les visages. Le monde enfin devenu royaume. Et les instincts portés par le feu de la première aurore. Célébrant, partout, le ciel et les choses…

 

 

Une chute silencieuse – anonyme – sans écho. Comme celle d’une feuille à l’automne…

 

 

L’âme acculée à la brume – et qui doit sauter aveuglément dans l’abîme…

Ni rive, ni falaise. Ni bord, ni fond…

Qu’un peu d’air tourbillonnant dans le vide…

 

 

Veilleur sur la roche noire – mains couvertes de lichen – au bord d’un silence qui tarde à venir…

 

 

La confusion de vivre parmi tant de pistes et d’étoiles. Ensablé dans la lutte et la survie. Souillé de sang et de nuit. Mille gestes entravés – contraints d’engendrer l’horreur et les cris. Et l’âme fourbue – incapable de se redresser pour résister à l’abjection…

 

 

La certitude de vivre le pire de l’horizontalité. Les voies souterraines du monde. Le versant commun de l’homme…

A demi enseveli par les chimères et le froid…

 

 

Profondeurs d’un Autre qui nous laisse – tout piteux – à la surface. Monde, choses et visages vus depuis le sable – sans mains pour offrir – sans âme pour aimer. L’Amour mort. Temps misérable – tragique – insupportable…

 

 

Entre l’insecte et la joie – ce combat à mains nues – perdu d’avance…

 

 

Et ces feuilles ineptes qui s’accumulent sous la lampe…

 

 

Intérieur lacéré par le manque et l’ineptie…

Caresses aux allures de lame acérée…

Piège et dépotoir – vague tumulus plutôt que porte blanche…

 

 

Musique horripilante de la main crispée sur son feutre. Inapte à contempler le silence – la nuit – le soir couchant – la terre endormie – le tapage des âmes qui se querellent et se multiplient…

Mots vides d’élan et de sens – bons qu’à noircir la page…

 

 

Et tant de voix – en nous – qui résonnent…

 

 

Partout – l’innocence à l’œuvre – y compris (bien sûr) derrière l’inconscience des gestes et des actes. Pantins orchestrés d’un ailleurs au-dedans – animés par mille forces obscures – invisibles – elles-mêmes impulsées par les souffles (toujours aussi mystérieux) du silence…

 

 

Profil bas là où les Autres se réjouissent – et exultent même parfois – comme si l’on pouvait se satisfaire de la fortune (toujours provisoire) et des circonstances (passagères par nature)…

Tout est si éphémère – si changeant – autant que semblent aléatoires les déconvenues et les agréments…

L’émotion vive – l’émotion vraie – s’expérimente, presque toujours, en silence – et, le plus souvent, dans la solitude. Tout témoin corrompt ce qui nous traverse – invitant tantôt à l’exagération, tantôt à l’inhibition. Qu’importe les yeux, ce qui s’expérimente intérieurement est aussitôt perverti…

L’authenticité et l’intensité du seul à seul…

 

 

Tête froide – âme fébrile – mains rudes et cœur sensible. Comme un automate étrangement agencé – constitué de bric et de broc. Être-monde – peuplé de multitude – qui porte, en lui, tout ce qui a existé depuis l’origine…

 

 

Acharnement du geste pour exprimer la liberté (totale) de l’âme – de l’être-monde…

Et sourire sur cette obstination…

 

 

On s’éreinte là où il n’y a que vents et poussière. On s’applique là où il n’y a que spontanéité et chaos. On tente de vivre là où n’existent que l’âme et la mort…

Ni Dieu, ni prière – le silence simplement…

Simagrées là où il ne devrait y avoir qu’acquiescement – justesse et vérité de l’acquiescement…

 

 

Tout diverge sous nos voûtes – sur nos pentes. Les vitrines et les piliers se disloquent. Les liens ne tiennent plus qu’à un fil. Tout menace de se rompre…

Et les vents de la mort balaieront – bientôt – toutes nos poussières…

 

 

Pas funestes – marche funèbre. Des fosses et des ravins. Des guirlandes de grimaces et de lumières – insignifiantes. Des forêts et des chemins de hasard. Partout – des étrangers – des visages pathétiques et inhospitaliers. Et la tête mille fois plongée dans l’eau froide…

 

 

Au ras du soleil – à la verticale de la mort. Quelque part sur la terre que les hommes ont trop foulée…

 

 

De miroirs en chandelles pauvrement allumées – médiocrement scintillantes dans la nuit – à peine éclairantes. A chercher à tâtons l’or sous la suie des visages – et ne découvrir que la rage et le froid – la triviale condition de l’homme – la ruse au service des instincts – l’ignorance brute de la pierre. Quelque chose d’inhumain…

 

 

Toute l’épaisseur du monde qu’une âme seule ne saurait percer…

 

 

Tête hors des sentiers battus – hors même des marges. Flèche vers le silence et sourire énigmatique. Liasses de gestes incarnés. Comme une manière atypique, sans doute, d’être au monde…

 

 

Rien que le silence et la lumière…

Et cette joie qui traverse le visage – comme si nous n’étions plus qu’une âme jubilante…

 

 

Point d’appui et de passage – ces chemins qui rebutent – ces lieux où ne règnent que la faim et le froid – le manque paroxystique – le silence et la solitude. Âpres terres – encerclées par le noir et la mort – par ce qui n’appartient qu’à la nuit… Qui oserait s’y aventurer…

 

 

L’austérité joyeuse de l’âme solitaire – tendre – sensible – un rien mélancolique – qui a jeté toutes ses parures – toutes ses ruses – toutes ses chimères – et qui marche, humble et digne, sans se préoccuper ni du monde, ni des visages, ni des histoires, ni du commerce, ni des affaires de séduction. Sûre de sa foulée silencieuse qui la plonge – intensément – au cœur de l’instant et de l’éternité…

 

 

Parole – infime lueur – brève étincelle – ensevelie sous la bêtise – confrontée à l’impossibilité de l’écho et au règne de l’ignorance qui révèle, sous des airs de raison, le pire de l’intelligence…

 

 

Sous le sable des apparences, l’or du monde et des visages. Derrière l’anxiété et la ruse, l’Amour déguisé qui se cache – et se contracte. Et nous voilà pris par l’effroyable jeu des masques sans voir ni le rire, ni le silence dissimulés derrière toutes les turpitudes…

 

 

A la verticale du sable – la lumière – unique témoin du passage vers l’océan…

 

 

Têtes perdues – têtes baissées – jetées dans la matière – et dans la mêlée – pour gagner le haut du panier – sans jamais s’interroger sur le lieu où est posé ledit panier (ni à quelle hauteur il se trouve)… Aux étages inférieurs des enfers – à en juger par la nature des comportements – au faîte des sous-sols, peut-être – recouvert de mille couches de terre impénétrables – opaques – hermétiques à toute lumière – dont nul ne peut s’échapper – excepté, peut-être, les fronts humbles et quelques âmes en prière qui se sont écartés des ruses et des pugilats…

 

 

Paroles jetées en l’air sans même une main pour les rattraper… Et je les vois – pauvresses – retomber lourdement sur le sol – et rouler dans la poussière qui finira par les recouvrir – et, un jour, par les enterrer…

Ne reste plus que l’espérance un peu folle – imprécise – insensée – qu’elles soient, un jour, découvertes par quelques mains fouineuses – curieuses – affamées – dans cent ans ou mille siècles peut-être… Alors elles pourront offrir ce qu’elles portent avec tant de rigueur et d’âpreté – ce silence et cet Amour venus d’avant le monde et le temps…

 

 

Chemin vertical qui emprunte tant d’impasses et de sous-sols – voie souterraine – elliptique – étrange – mystérieuse – où tout s’allège à force d’enlèvements et de soustractions…

 

 

Rocher dépassant, à peine, les sables du monde. Signe des temps – de cette époque maudite qui ne célèbre que la bassesse et la sournoiserie…

 

 

Dieu en chemin jetant vers nous ses bras immenses – invisibles. Et nous autres, pauvres hommes, immobiles – inattentifs – regardant ailleurs – attendant je ne sais quoi…

 

 

Mourir d’ivresse et d’amertume – manière de résister à la capitulation – manière d’oublier ce que fut l’enfer où nous avons vécu…

Bêtes à la faim immense que la chair – jamais – ne pourra contenter…

 

 

Le sourire – la joie simple – la main tendue. Ce que l’âme peut offrir. Et ce que la mort nous reprend…

Vie suppliante – à genoux – face éplorée contre le sol – bouche dans la poussière malgré tous les rêves de lumière…

Sombre destin au fond des abîmes terrestres – gouffres où nul ne peut survivre au manque et à la douleur – où rien n’arrive – malgré les élans et l’espérance…

 

 

Ce que fut notre vie – et l’oubli…

Ce que fut notre joie – et la mort…

Ce que furent nos danses – nos gestes – nos éclats. Et le dernier mot – toujours – qui revient au silence…

 

 

Le peu d’espace entre les hommes. Et tant d’ombre sur les visages…

 

 

Des murs – des oublis – un labyrinthe. Et mille substances sur les pierres…

Errance sans issue – impasse sans réconciliation possible…

Sang, sueur, sperme et larmes. Rien qu’une chair se nourrissant de chair et engendrant la chair – occupée à son besoin acharné de perpétuation – à sa volonté de retarder la putréfaction – à son désir d’échapper au néant…

 

 

A vivre comme si nous n’allions jamais mourir…

Obscurément vivant…

 

 

A jouer – et à tout perdre – jusqu’à l’idée de soi…

 

 

Ouvrir les bras là où les gestes sont vains – là où la parole ne suffit pas – là où l’Amour est le seul remède…

 

 

On n’invente rien – on creuse sa route jusqu’aux lisières de la mort…

 

 

Face collée aux arbres des forêts – humant l’odeur de mousse et de ciel – goûtant immodérément la verticale patience…

 

 

Et ces traces laissées pour les pas à venir…

 

 

Vie furtive – à la lisière de l’abandon – au milieu de l’automne (déjà) – mille fois ensevelie sous la neige – le cœur mille fois arraché par l’impossibilité de l’amour – mille fois à genoux – mille fois redressée – si proche, à présent, du seuil de l’autre rive…

 

 

Ni œuvre, ni prière, ni miracle. L’absence érodée à petits pas. La voix résonnante et l’écho stérile de la terre. Dans cette grotte – reflet de notre néant. A aimer, à travers les larmes, tant de beautés ignorées…

Pays de songe et d’orage. Mains et visage obscurs – sans autre liberté que celle du voyage…

 

 

Flamme précieuse – pour l’errance qui sera interminable…

 

 

A porter nos têtes comme si elles contenaient le monde…

 

 

Crêtes nocturnes où tout déraille – et confine à la chute…

 

 

L’oiseau vivant par-dessus l’épaule – entre sol et cimes – entre pierres et sommets – accroché aux branches de la nuit – rêvant d’horizon et de lumière – flirtant, parfois, avec la perspective des Dieux – s’imaginant seul et commun – n’étant lui-même qu’un Autre – avec des larmes plus épaisses que le sang…

 

 

Vivre toutes les expériences de l’homme. Eprouver toutes les dimensions de l’existence humaine – honnêtement – intensément – profondément – jusqu’à découvrir la texture de l’âme – la trame du monde – l’ossature du vide…

 

 

Le monde en soi – est-ce (de) la lumière…

En sa présence – comment le sang et les larmes pourraient-ils couler encore…

 

 

Cet étrange mariage avec les vents qui vous ébouriffent l’âme et la chair – qui lavent la bouche de tout verbe pompeux – qui persévèrent là où nous avons échoué – qui arrachent tout ce qui doit être ôté – qui recouvrent la nudité d’un voile de pudeur – en exaltant, partout, la rencontre et l’intimité…

Divin(s) peut-être…

 

 

Yeux hagards – en nous – retirés – qui ont trop interrogé le monde – qui ont trop désiré le comprendre et le rencontrer – et qui n’ont découvert que des figures et des mœurs légères et barbares…

Le feu de l’âme dressé contre le visage – presque soleil à présent…

 

 

Paroles résistant à l’absence. Gestes solitaires contre l’incurie du monde. Souffle et cri face au désert qui avance – face aux alliances délétères – face aux danses extravagantes – ces jeux auxquels nous n’avons jamais consenti…

 

 

Silhouette d’ambre incrustée de lumière – suffisamment translucide pour voir – à travers – le règne sombre du monde. Eclats de beauté et de silence…

Densité des signes au milieu des nuits successives qui s’empilent – avec, par-dessus, la liesse folle des désirs et la sauvagerie des mains…

 

 

Nous voici venus – chevelure éblouissante – être à toutes les tables – tête arrachée – lèvres écarlates – âme ouverte – et, en nous, ce feu qui brûle tous les doutes. Incarnation de la foudre sur les petits cheminsde la terre

Et soudain – le vide – et la nuit qui happe et reprend ce qu’elle avait abandonné un court instant. Malheurs des hommes au souffle trop erratique…

 

 

Âme d’aube et d’argile jetée dans la nuit – cherchant, sous la pluie, la terre la plus favorable. Venue d’un jour trop lointain pour trouver, avec aisance, la part manquante. Pas même affranchie des mots lancés comme des pierres pour ensevelir la vérité – toujours errante…

 

 

Chemins noirs comme la mort et le basalte – où rien ne peut être élucidé – ni le manque, ni les larmes. Encerclés par la souffrance qui veille sur la fatigue et les pas tremblants. Et les lèvres, engourdies par le froid, qui implorent Dieu en rêve. Destin triste – atroce – funeste – qu’aucune prière ne pourra libérer. Âme et yeux perdus jusque dans la tombe – et qui espèrent encore recouverts sous des tonnes de terre…

 

 

Au jour nouveau, la mémoire défaillante – stérile – sur laquelle rien ne peut être bâti…

Au cœur de l’aube naissante – tout un royaume – des visages et des danses échappés de la nuit. Le verdict qui a épargné la chair et le sang. La réconciliation des questions et des instincts jetés ensemble sur le bûcher. Nouvelle force sans orgueil – née des cendres et des ruines calcinées – de tous les anciens empires abandonnés…

 

 

Une voix sans souvenir qui ne sait plus ce qu’elle dit – qui ne sait plus même à qui elle s’adresse – ni ce qu’elle cherche dans cette nuit si longue – si haute ; une âme fraternelle peut-être – une âme fraternelle sans doute…

 

 

Au commencement fut la révolte contre le manque et le froid – et contre le monde qui les exaltait. Cercle sans étoile – sans visage – suffocant – épaississant le noir – et la nuit – dans le regard…

Contraint d’apaiser sa faim en creusant dans la houille…

Ténèbres et vents. Errance au milieu des flammes. Embourbement dans l’absence. Acharnement de la même parole – comme une prière lancée (presque) au hasard. Vie de surface et de supplice – sans autre couronnement que la mort…

 

 

Au seuil du poème – déjà – la découverte d’une autre voix – d’un espace moins commun que le monde. Deux ailes, peut-être, sur une page en forme d’oiseau – frappant à toutes les portes – tombant avec la neige – brûlant avec le bois jeté dans le feu de l’âme – cherchant un abri – un ailleurs – un autre monde – des visages moins inhospitaliers – des bras plus tendres – des gestes moins rudes – le Graal des cimes – ou peut-être, plus simplement, une torche pour éclairer les sous-sols d’une lumière différente…

 

 

Lampe auprès de nous sur ces pierres trop noires. Feu aussi pour lutter contre le froid. Maison où les morts se succèdent sans jamais atteindre l’autre rive…

Tout se referme sur la chair – et est englouti avec sa putréfaction…

Amère défaite de l’existence – malgré les sourires que nous avons esquissés en songeant à l’Amour…

 

 

Vieilles meurtrissures insensibles à notre présence…

Souvenir d’une nuit plus terrifiante que la mort où la lumière n’était que rafales cinglantes – averse sur les ruines du sommeil. Apocalypse inachevée qui reviendra encore frapper de son déluge…

 

 

Espace où le sang demeure étranger à l’embrasement – trop habitué à ses petits chemins d’infortune…

Au seuil du jour revenant…

 

 

La craie de la parole sur le marbre du vent – inscrite en évidence au-dessus de la tombe – comme une épitaphe rudimentaire. Mots nocturnes pour l’éternité – contre la persistance des identités sédimentaires et métamorphiques…

 

 

Le désert commun – entre le sol et la brume. Des arbres, des portes, des ravins. Des milliards de chemins – et si peu de passages où il nous faut serpenter entre les ruines et les visages d’un temps trop ancien…

 

 

Le monde qui s’étend en strates bruyantes – rouges et grises. Et ces feuilles lancées au milieu des cris – comme un geste incongru – un acte inconvenant…

A certains égards – l’insoutenable jeté dans le pire des lieux…

 

 

Quelques pierres pour s’abandonner à la lumière. Mains et pages posées comme des feuilles mortes. Bercé par le bruit du vent dans les feuillages de l’âme…

 

 

A cribler l’innocence de ces petits mots pathétiques

 

 

Dans le buisson caché – au sommet de l’être. Le nom aussi discret que l’âme – le visage aussi invisible que Dieu. Seul dans notre chambre naturelle à attendre l’aube et quelques restes d’étoiles – reliquats, peut-être, du monde d’autrefois…

Soleil – partout – jusqu’au fond du gouffre – jusqu’aux contours du dernier mirage – jusqu’au cœur de l’ultime désir de lumière…

L’ombre – partout – et derrière la vitre, ce que furent nos chemins…

Seul – à présent – parmi les oiseaux de l’autre monde – là où l’horreur n’est plus perceptible…

Aussi rayonnant que le silence – anonyme…

 

 

L’étreinte du regard – qui offre et qui happe – qui s’étend au-delà du rayonnement – et au fond duquel tout disparaît – jusqu’aux ombres – jusqu’aux identités…

Bouche monstrueuse munie de bras immenses qui fait sien tout ce qui existe – ciel, cruauté, roches, innocence, visages – irradiés et enfournés avec le même appétit…

 

 

Têtes éprises de temps à l’idée de demeurer après la mort – et qui se livrent à toutes les expériences – à toutes les aventures – pour défaire le silence et la nuit qui les entourent…

 

 

Une terre – trop d’oubli – et une lampe minuscule pour explorer le monde et l’amnésie…

 

 

Fable poursuivie par la pensée – et interrompue par le silence…

 

 

Une route vers l’aube encore lointaine…

Un soleil à partager. Quelques miettes de l’admirable contrée jetées en guise d’appât…

Et la chance, peut-être, pour nous sourire…

 

 

Larmes et refus – ce qui nous guette nous qui avons trop cru…

 

 

Comme des pantins tenus par des mains trop grandes – trop lointaines – rendues maladroites par le risque et le jeu de la mort. A nous faire gesticuler pendant des siècles autour du même mystère…

 

 

Offrir son feu et son ardeur pour une autre lumière

 

 

Lieu dévoilé par les chiens de l’ignorance – au flair plus efficace que nos instincts…

Ni sang, ni faim, ni agonie – l’autre face du monde – son versant le plus ensoleillé…

 

 

Privé de tout dans l’irradiation d’un Autre…

Ni nuit, ni lampe, ni froid. Personne. Le seuil à peine éclairé. L’angoisse et la fatigue défaites. Les mots devenus silencieux. La bouche en exil. Et le jour dans la nuit, soudain, entrevu…

 

 

A explorer tous les reliefs de la solitude – les traits encore inconnus de notre visage…

 

5 septembre 2019

Carnet n°202 Notes de la route

Qu’un regard à travers le moins nécessaire…

 

 

Des pierres et des souliers le long de la rivière. Chemin qui serpente. Et l’âme docile qui suit…

 

 

Des arbres – des noms – des villages…

Tout s’offre sans que rien ne soit saisi. Aussitôt passé – aussitôt oublié…

Partout – les mêmes choses – les mêmes bruits – les mêmes visages. Tapage et affairement paisibles ou effervescents. Ce qui est fui dans l’instant…

La colonisation monstrueuse – dévastatrice – de l’homme…

 

 

Décrire le monde est inutile – chacun sait – imagine savoir – ce qu’est le monde – sa manière de s’y tenir – et de s’en servir…

Le monde non tel qu’il est mais tel qu’on le voit – et, peut-être aussi, tel que l’on aimerait qu’il soit…

 

 

Roulotte motorisée (notre nouvel habitat permanent depuis quelques mois) qui sillonne les territoires humains, naturels et sauvages. Pas d’itinéraire – pas de destination – pas de domicile – ni de camp de base. Nomadisme total…

Au gré de ce qui pousse et de ce qui invite…

Au gré du besoin de solitude et de silence… Très peu de villes…

 

 

Mode de vie né d’une rupture et d’une nécessité d’habiter le monde à moindre frais…

Sans métier – écrire est-ce un métier ? – sans famille – sans attache – sans la moindre responsabilité professionnelle ou sociale. Pas le moindre ami. Deux chiens – Bhag et Shin – Bhagawan et Shin’ya – deux corniauds trouvés sur la route – il y a longtemps – 8 ans et 11 ans – déjà vieux (et Shin presque dans le grand âge)…

 

 

Nous ne fréquentons personne. Nous vivons à l’écart – en retrait – entre contingences quotidiennes, écriture, route, repos, ravitaillement et balades – presque un art de vivre – une manière d’exister…

 

 

Existence frugale et minimaliste. Vie vagabonde et solitaire – sans étiquette – sans marque ostensible d’appartenance – nous n’appartenons à rien (excepté à la vie, bien sûr)…

Nous cheminons (presque) au hasard – et ne sommes attendus nulle part. Nous allons – simplement – ici et là. Nous ne restons jamais plus deux jours au même endroit…

 

 

Les souliers et le bâton – les fleurs et les étoiles – là où la solitude est possible. Ce qu’il faut de sauvagerie et d’envergure. De la roche et des arbres. Et des clairières pour s’allonger…

 

 

Aucun inventaire du réel – ce qui est sous les yeux – ce qui offre la joie ou ce qui aiguise la sensibilité de l’âme…

 

 

Du linge qui pend à l’intérieur. Un espace à vivre. Un lieu où se retrouver – où se rencontrer. Un moyen de se déplacer. 5 mètres 50 sur 2 mètres 30 – quatre roues – un lit – des banquettes – des livres – une cuisine – une table – une salle d’eau – des toilettes (sèches) – de quoi manger – de quoi travailler – de quoi se laver – tout est là – le juste nécessaire pour vivre et voyager…

 

 

Des lieux qui se succèdent – parfois plusieurs dans la journée – pour trouver, selon la saison, de l’ombre – de la lumière – pour être tranquille – pour écrire – pour arpenter à pied les chemins alentour – pour se ravitailler (en eau – en nourriture – en carburant) – pour passer la nuit…

 

 

Rarement des lieux touristiques – des lieux à visiter – jamais (ou alors par mégarde – par ignorance). Plutôt des lieux quelconques – sans attrait – sans intérêt ni pour les touristes, ni pour les autochtones. Des lieux déserts – et sauvages si possible ; de petits chemins forestiers – de petites routes étroites – des berges infréquentées – des collines insignifiantes…

 

 

Chaque jour – tout change – rien ne change. Le décor défile – une succession d’images – ça se déroule ; du vert – du bleu – du gris – du vert – du bleu – du gris – en proportions variables – aperçus depuis le siège où l’on conduit – depuis le siège où l’on écrit – depuis le chemin que l’on arpente à pied…

 

 

Pas d’échange – pas de parole – parfois, quelques mots – triviaux – sans intérêt. Quelques croisements – presque jamais de rencontre – et moins encore d’intimité partagée ; un rapide aperçu des représentations, des idées et de la perspective de l’Autre – dans le meilleur des cas…

 

 

L’été – saison des entassements et des emmerdements – la période de toutes les migrations de masse…

Des mouches et des hommes – bruyants – envahissants – agaçants – insupportables…

 

 

Rien ne se lit sur les visages excepté le désœuvrement et la frivolité – cette forme d’insouciance qui ne dissimule qu’un grand vide – pas même honteux – pas même coupable – mais très loin, tout de même, de la gaieté apparente…

Il y a des instincts difficilement supportables…

 

 

La solitude et le silence sont des nécessités exigeantes – incompatibles, bien sûr, avec la fréquentation (même lointaine) du monde…

 

 

Les hommes – une proximité trop bruyante – trop pénible – trop prévisible…

 

 

Préférence marquée pour la nuit – la pluie – tout ce qui condamne les hommes à rester chez eux – à laisser l’espace libre – vaquant – à laisser les forêts et les chemins à la vie sauvage et à quelques solitaires endurcis…

 

 

La campagne – si répandue – est sans charme. La main de l’homme y est trop présente – trop lourde – trop invasive. Exploitation – rationalisation – uniformisation. La misère animale est généralisée – une abomination. Tout est sous le joug humain – et voué à l’usage de l’homme. L’horreur de la campagne où les plantes et les bêtes ne sont que des matières – des produits pré-manufacturés…

Aujourd’hui – même les forêts sont industrielles…

On aurait envie de libérer les destins asservis – d’ouvrir les cages – d’abattre les clôtures – de laisser la nature réinvestir les lieux…

 

 

 

Où que l’on aille – l’homme me paraît odieux – infréquentable. Partout – notre sensibilité est éprouvée (et, souvent, au plus haut degré) – l’usage utilitariste et irrespectueux est la norme – la règle commune. Rien de choquant – pourtant – aux yeux du monde…

Où que notre tête se tourne – des larmes coulent sur nos joues et un cri – au fond de notre poitrine – voudrait hurler – et une main voudrait tendre aux hommes un miroir pour leur montrer leur atrocité…

Mais il n’y a personne autour de moi – et si d’aventure quelques visages m’entouraient, nul ne m’écouterait – et tous seraient même surpris – désappointés – voire outrés par mon indignation et ma révolte – et moqueurs devant mon incapacité à accepter la belle réalité du monde humain…

 

 

Le monde sans visage qui défile…

Tout d’un seul tenant – le long de la route…

Longue chaîne de maillons indistincts – identiques…

 

 

Ça bouge – ça respire – ça parle – ça rit – ça crie. Ça ressemble tantôt à ceci, tantôt à cela. Ça a l’air d’exister mais, au fond, tout le monde s’en fiche. Ça n’a aucune importance. C’est là – simplement – et il convient – seulement – de composer avec – et pas davantage…

 

 

Des lieux magnifiques – parfois – mais presque toujours enlaidis par la présence humaine – d’autant plus massive que l’endroit est réputé spectaculaire…

L’homme est une espèce envahissante – dévastatrice – enlaidissante… Où qu’il passe, il ne laisse derrière lui que la désolation…

 

 

Ça veut être là où il faut être – ça veut ce que tout le monde veut – ça ne comprend rien mais ça croit savoir. Ça veut voir – et avoir – ce qu’il y a de plus beau – de plus grand – de meilleur…

Ça n’est rien qu’une infime petite chose chargée de mille exigences – ça tient debout par la volonté des Dieux – et ça s’imagine libre – intelligent – autonome…

 

 

Là où les autres voient matière à réjouissance, je ne vois que tristesse et désespérance…

Une manière de se tenir à l’écart pour ne pas finir fou ou écrasé – étouffé par la bêtise et la foule – par ces mille visages qui aiment se fréquenter – se concentrer – s’entasser les uns sur les autres – comme une masse sans visage ni cervelle…

 

 

L’impossible proximité avec le monde ; trop de bruits, de grossièreté et d’irrespect…

Une insouciance qui confine à l’inconscience. Une sorte d’inconsistance congénitale…

Rien que des occupations et des manies pour combler le désœuvrement…

Et malgré les rires et la gaieté apparente, on entend les cris et les larmes derrière les visages – comme de petits enfants qui auraient revêtu maladroitement le masque si mensonger des adultes…

 

 

Chacun – comme un rocher dévalant – simplement – sa pente…

 

 

On voit – partout – des groupes – et l’on sent aussitôt leur manière de tromper la solitude – d’occuper le temps – de fuir obstinément (presque avec acharnement) leur face-à-face…

L’entre-soi plutôt que le tête-à-tête – le jeu et la distraction plutôt que l’épreuve, la fouille et l’étreinte lucides et solitaires…

Des armées d’ombres – ainsi – que l’on croise chaque jour – malgré nous – à nos dépens…

 

 

Il y a toujours cette chimère du groupe – de l’affiliation – du sentiment d’appartenance. Si l’on est – un tant soit peu – lucide – on ne peut y succomber…

Manière seulement de s’illusionner – de s’imaginer vivant – plutôt que de sentir ce vide en soi qui semble, aux yeux des hommes, si insupportable – si insensé…

 

 

Le besoin de confort (psychique) – ce qui dirige le cerveau et le monde – tout est mû par cette nécessité impérative et absolue…

 

 

L’inconscience et la puérilité – presque incurables – du monde…

 

 

La solitude semble triste – elle est gaie ; la foule semble gaie – elle est triste…

En ce monde – ce que nous percevons s’oppose – presque toujours – à ce que l’on nous présente communément. Représentations collectives versus réalité. Mensonges collectifs nés de tous les mensonges individuels pour se persuader – individuellement et collectivement – de mener une existence juste et parfaite. Système voué à la validation de toutes les illusions – de toutes les histoires que l’on se raconte sur soi – le monde – les Autres…

Ainsi les hommes peuvent continuer à dormir tranquille ; rien ne saurait les sortir de leur sommeil…

 

 

Comme un exil permanent – ni enracinement, ni déracinement – partout étranger…

 

 

Partout l’humain – et (presque) la même manière de vivre – la même perspective – la même perception du monde…

Encerclé par le pathétique et la tragédie…

 

 

Nulle part – un lieu béni où la sensibilité et la tendresse seraient les lois communes – les valeurs centrales des usages quotidiens…

 

 

Ai parfois le sentiment (fallacieux) d’être un moine-ermite sans robe, ni monastère – sans le moindre signe distinctif – contraint de sillonner le monde – les déserts – les lieux sauvages et retirés – mais aussi (malheureusement) la foule humaine – de manière totalement anonyme – avec le même visage que les autres – mais presque sans aucun de leurs attributs… Ce que l’on appelait autrefois un gyrovague…

Mais rien – sans doute – n’est plus faux. Je suis seulement un apatride – un sans communauté – un exilé solitaire – un sans frère humain…

 

 

Partout – cette manière de se servir – de tirer profit – d’exploiter – d’utiliser à ses propres fins…

Très peu d’accueil – d’ouverture – de sensibilité…

Des bêtes instinctives. Et presque rien d’autre. Si – la ruse séductrice en plus. Rien qui ne ressemble – ni de près, ni de loin – à une fraternité d’âme*…

* Mon individualité est encore trop ambitieuse (et idéaliste) en matière existentielle et relationnelle. Elle voudrait, à chaque instant, des rencontres profondes et fraternelles. Et comme elle n’en fait que très rarement l’expérience, elle préfère demeurer seule. Quelque chose, je le sais, doit d’abord être vécu entre soi (en tant que présence impersonnelle) et sa propre individualité pour que celle-ci perde une grande part de ses exigences à l’égard de l’Autre… Mais en dépit de ces expériences d’impersonnalité, mon individualité rechigne à revoir à la baisse ses ambitions…

Figé dans cette posture de l’acquis et de la certitude – de l’habitude et des représentations – qui ont fini par édifier de hauts murs d’enceinte – à la fois rempart et prison – périmètre circonscrit et imperméable où rien ne peut passer sans le consentement timide de l’âme ou le besoin passager d’un désenclavement de la vie quotidienne…

Et lorsque l’autorisation est accordée – elle ne laisse presque aucune marge de liberté ; effleurement et cohabitation provisoire et superficielle – rien ne peut véritablement pénétrer – ni en surface, ni en profondeur – ni d’un côté, ni de l’autre. Simple promenade oxygénante sur son chemin de ronde – sur ses murailles. Salutations et simple bavardage entre voisins d’un instant…

Trivial et pathétique – autant que ma naïveté d’idéaliste qui n’aimerait vivre que des rencontres fortes et déterminantes sur le plan humain – existentiel – métaphysique – spirituel…

Chacun enferré dans une solitude impénétrable…

 

 

Le moment silencieux – il y a, à tout instant du jour, une trappe magique que l’esprit peut ouvrir – et par laquelle il lui est possible de tout jeter…

Vide et légèreté – les clés des retrouvailles avec notre (véritable) nature…

 

 

Un jour – le monde – au loin – les pas – le désert – et la mesure du temps que la mort voudrait sceller…

 

 

Rien de central – ni de fondamental – chez l’homme (ordinaire). Rien de profond sinon, peut-être, le rêve. Partout – le règne (et la loi) des périphéries – l’effleurement – comme mode d’existence et manière de vivre…

Le jeu superficiel des peaux et des masques. Et les danses chaotiques sous le joug (puissant et dictatorial) de la psyché…

 

 

Des milliards de visages – comme une montagne de chair horizontale – comme une longue chaîne de peau, de faim et d’excréments que l’on voit vivre – que l’on entend brailler – sur toute la surface du globe…

Des mains qui se tiennent non pour se soutenir – non par amitié – mais pour ne pas tomber – ne pas être éjecté hors de la ronde…

 

 

Des siècles de tentatives – entre grandeur et décadence – ce vieux rêve de l’homme de réunir l’esprit et la matière – aujourd’hui (quasiment) disparu…

L’époque n’est plus à la réflexion, ni à la quête – elle est (presque) entièrement dévolue à la distraction, à la fuite de l’inconfort et à la jouissance immédiate. La très grande majorité des élans s’inscrivent dans cette perspective…

 

 

D’autres jeux que ceux du monde – plus souterrains – plus invisibles – plus puissants. Ceux auxquels jouent les Dieux, les souffles et les forces en présence – multiples…

 

 

Quelques incidents, de temps à autre, dans la torpeur indifférente qui préside à la trivialité des mouvements mécaniques et quotidiens. Variations infimes dans les élans qui oscillent entre la nécessité contingente et le remplissage (paresseux ou frénétique) de l’existence et de l’esprit – la tentative de vivre mieux et de combler autant que possible ce vide – ce temps à occuper… Bref – l’indigence ordinaire de l’homme…

 

 

Eloignement des références et des accointances humaines…

Au fil des jours – du voyage – se restreint drastiquement notre fréquentation du genre humain…

 

 

Comme une âme – au milieu – et loin – de la foule – anonyme – de plus en plus invisible…

 

 

Chimères et fantômes continuent, pourtant, de nous hanter – un peu ; ceux que nous avons aimés – ceux qui nous ont quittés – ce qui semblait si vrai – si réel – tout cela a été balayé par vagues successives. Et ce qui s’acharne à demeurer s’agrippe avec force – comme, peut-être, les derniers souvenirs qui prouvent que nous avons été humain…

Et pour s’en défaire – il faudrait cureter tous les replis de toutes les parois – dans une exérèse longue et douloureuse ou avoir recours – préférablement – au scalpel puissant de l’esprit pour ôter avec aisance – et d’un seul geste – ces protubérances – ces excroissances de chair et d’images…

 

 

Des jours comme des arbres – hauts et discrets – anonymes au milieu de leurs congénères – œuvrant en silence – et avec assiduité…

 

 

Affilié – seulement – au silence et au vide – aux sources premières – et invisibles – du monde. Seul point d’ancrage – en vérité – pour ne pas errer indéfiniment dans l’espace et le temps…

Pas de visage – ni d’épaule – amis. Pas de témoin – ni de compromis. L’authenticité de la solitude et du face-à-face permanent…

Sans autre chaîne que celles que l’on porte en soi. Sans autre garant que celui qui veille en nous…

Existence quasi anomique – où seuls les circonstances et les penchants de l’âme – et ses inclinations provisoires – fixent le cadre éphémère du geste à accomplir…

Aucun échange, ni aucune parole prononcée – excepté sur nos pages et avec nos visages à l’intérieur – ces parts de soi qui nécessitent et réclament (à juste titre) notre présence – notre attention – notre écoute – notre tendresse – et notre aptitude à ne jamais nous laisser envahir par ce qui est inutile…

 

 

Parfois – la magie d’un lieu – quelque chose de l’ordre du rayonnement ; parfois l’espace – parfois la topographie – parfois l’agencement architectural – parfois (trop rarement) l’harmonieux mariage entre la nature et la main de l’homme – parfois le champ d’énergie entre les formes – parfois l’harmonie des couleurs – mille choses différentes qui peuvent frapper l’œil – et pénétrer l’innocence du regard ; l’âme alors devient sensible à ce qui est là – à ce qui s’expose – à ce qui s’offre…

De l’énergie métamorphosée en joie et en silence – une sorte d’alchimie intérieure…

 

 

Le jour à l’orée du monde. Comme une manière d’être présent au milieu des ombres. Un chemin au-dedans de la prière…

 

 

Partout la beauté souveraine – l’ouverture du cœur. Tout ce qui favorise l’humilité naturelle de l’âme…

 

 

Un bout de ciel – un toit d’église – des murs de pierre – des chemins – des forêts et des prés – le début d’une aventure ; la poursuite d’une errance qui s’affine – qui se précise…

 

 

Pas assez vide, parfois, pour se laisser toucher et s’émerveiller…

Accueillir aussi cette inaptitude – ce manque de grâce. En cela – déjà – nous participons à l’accueil – au grand accueil – à l’émergence et au règne du lieu – en nous – capable de recevoir (et de vivre) tous les états…

 

 

La route finit toujours par devenir voyage – aussi sûrement que les jours (successifs) finissent par faire une vie…

Chemin vers soi – toujours – quel que soit l’itinéraire…

 

 

Beauté – toujours – malgré la laideur. Lumière – toujours – malgré la nuit. Amour – toujours – malgré la violence. Quelque chose d’inespéré dans le malheur…

Rien qui ne puisse nous attrister malgré le sentiment (parfois) d’une malédiction tenace…

 

 

D’un lieu à l’autre – avec le ciel pour seul témoin…

 

 

Adepte – presque exclusivement – de ce dont le mental n’a besoin – de ce qu’il exècre même – tant cela le condamnerait à l’inconfort – à l’inutilité – puis, à la disparition si cette manière de vivre advenait de façon permanente…

 

 

Le sol – le ciel – la pensée de plus en plus aride…

La solitude de plus en plus vive et nécessaire…

La marginalité qui se radicalise…

L’intransigeance accrue à l’égard de ce qui ne montre ni respect, ni sensibilité, ni effacement…

 

 

De moins en moins à dire et à partager…

 

 

Une solitude tournée vers elle-même – et vers ce que porte le fond de l’individualité. L’intériorité comme exigence et critère central. La presque disparition du monde – et l’évitement de ses traits les plus vulgaires et de ses excès les plus communs…

 

 

Il faudrait inventer un pays de solitaires sensibles – ou créer, en ce monde, des zones interdites aux couples – aux familles – aux foules – aux masses. Des lieux de marginalité libertaire où les groupes et les trop-normaux seraient refoulés…

 

 

Chaque jour – des souliers en attente – et le choix d’une sente nouvelle…

 

 

Partout où s’établissent les hommes règnent le plus commun – le plus laid – le plus sordide…

Le royaume de l’indigence et de la bêtise…

Ce qui nous pousse sur tous les chemins où la solitude est (encore) possible…

 

 

Il faudrait une autre terre pour les hommes qui ne se sentent plus humains – ou qui aspirent à devenir réellement humains…

Il faudrait créer des régions nouvelles – ou réserver des zones aux âmes humbles, sensibles et silencieuses – comme des îlots bénéfiques et salvateurs en ces trop nombreuses contrées où ne règnent que l’indifférence, le tapage et la prétention…

 

 

J’attends l’hiver avec une (très) vive impatience – son climat, son silence et sa solitude ; toutes les conditions (enfin) réunies pour que les hommes restent chez eux* – et abandonnent le monde à ce qui n’est pas humain…

* excepté les chasseurs malheureusement – la pire, peut-être, des engeances humaines…

 

 

L’impromptu à chaque virage – souvent plus délétère que réjouissant…

 

 

Ce à quoi l’on est condamné : la proximité du monde – présence et bruits insupportables…

 

 

Et tout ce bleu dont personne ne sait que faire…

 

 

Ce souci permanent d’échapper à toute présence humaine – comme ces bêtes sauvages qui ne vivent – et ne respirent – qu’en l’absence des hommes…

 

 

Moins homme que bête – mais plus ange qu’humain…

 

 

Parfois le dédale se densifie – les murs s’épaississent – se rehaussent. Le ciel descend – s’opacifie. Le labyrinthe prend des allures insupportables de détention. Tout devient irrespirable ; on étouffe – littéralement…

Il n’y a plus que des murs – pas la moindre fenêtre – pas la moindre ouverture. Rien que des ombres qui glissent dans le noir – dans cette atmosphère poisseuse – accablante – de fin du monde. Comme si un couvercle se refermait sur nos vies devenues, peu à peu, des cercueils – et nous au-dedans avec de moins en moins d’air…

 

 

Le plus insupportable – en voyage – dans l’existence – et qui peut, parfois (rarement, il est vrai), se transformer en joie – en grâce – lorsque l’âme et l’esprit sont vides et attentifs – serviables et patients – inoccupés ; être sans cesse soumis à la volonté des Autres – tous ces autres qui se succèdent à côté de nous – et qui enchaînent les activités – avec leurs bruits, leurs mouvements, leurs bavardages – vivant comme s’ils étaient seuls au monde – comme s’il n’y avait pas d’autres…

Présence polluante – délétère – mortifère – qui engendre l’exaspération et la colère – et qui confine soit à l’agressivité – à la frontalité – au rééquilibrage des forces – soit à la fuite et à la quête d’un lieu plus isolé – moins peuplé – désert si possible – oui, désert (par pitié)…

 

 

Je crois que je fuis les hommes avec autant de ténacité que la plupart aiment se rassembler – se réunir – s’agglutiner – s’entasser les uns sur les autres…

 

 

Pas à pas – comme tout ce qui est né. D’ici à un peu plus loin – de la même manière que nous sommes arrivés depuis l’origine jusqu’ici…

Des milliards de fois vécus comme des milliards d’autres…

A vivre sans vraiment savoir – sans vraiment comprendre – sans même vraiment y penser…

Petite chose écrasée par l’ignorance – les instincts – les conditionnements – vouée – seulement – à tourner en rond dans son coin – sur son petit lopin de terre – dans le cercle minuscule de son existence…

 

 

Nous allons comme ces arbres qui poussent – en élément infime – dans l’immense mécanique du monde…

Mais rien de ce que nous faisons – de ce que nous semblons faire à l’extérieur – ne compte vraiment – c’est ce qui s’éprouve – ce qui se vit au-dedans – qui détermine la véritable valeur du voyage apparent…

 

 

L’envergure et la liberté n’existent qu’à l’intérieur. Ce qui se voit n’est que limitation – nécessités – conditionnements – rien qui ne puisse être évité – rien qui ne mérite que l’on s’y attarde excepté lorsque ces belles et précieuses servitudes sont pleinement consenties – une beauté et une grâce alors se dégagent des gestes et de l’individualité – l’acte et le visage singuliers deviennent, à cet instant, le reflet de l’envergure et de la liberté intérieures…

 

 

Qu’importe les combinaisons d’énergie – les convergences – les divergences – les rassemblements – les séparations – les attractions – les répulsions – les ruptures – les créations – les transformations – la continuité – seuls comptent le regard au-dedans et la manière dont jaillissent les élans du centre vers l’apparente périphérie – de l’invisible vers ce qui peut être perçu par les sens…

La grandeur – la joie – tout est consubstantiel à cet espace de réception-création…

Rien – jamais – ne s’écarte du monde adjacent – déterminant principal du cours des choses…

La force agissante de l’invisible…

 

 

Tout au détriment de la vraie vie ; et la vraie vie au détriment de rien – si – peut-être – au détriment de l’inutile à vivre…

 

12 août 2019

Carnet n°198 Notes de la vacuité

L’idée de l’Autre et du monde – plus lourde et encombrante qu’ils ne le sont – en réalité…

 

 

Les représentations se sont substituées au réel de façon si massive et sournoise que nous tenons pour vrai ce qui n’est qu’une forme d’imaginaire – et que nous ne savons plus différencier ce qui existe de ce que nous lui avons superposé…

 

 

Partout – au-dehors – les mêmes pierres – les mêmes chemins – les mêmes visages – le même décor – fragiles et provisoires invariants du monde phénoménal…

Et au-dedans – les mêmes émotions qui se bousculent et se succèdent – fragiles et provisoires invariants du monde psychique…

Espaces de mille chimères que nous confondons avec la réalité…

 

 

Au fond, parfois, une noirceur – épaisse – récurrente – qui donne au regard une profonde mélancolie et aux choses du monde une couleur triste – amère…

On ne sait comment elle s’est installée – ni de quelle manière elle est arrivée ; elle est là – simplement – et s’est imposée comme paramètre incontournable – hégémonique – qui fait régner sa loi…

Centre obscur qui rayonne – qui envahit l’âme et le monde – qui traverse les frontières si poreuses des choses – inondant tout ce qu’il pénètre. Mélasse dont on ne peut se défaire ; on vit avec – tant bien que mal – sans pouvoir lui échapper – sans réussir à l’apprivoiser – bête monstrueuse qui – en soi – a creusé sa tanière…

Ce qui pourrait nous en prémunir – réduire ses trop cycliques éruptions – atténuer sa présence mortifère ; les vertus de l’aube – peut-être…

 

 

Ça s’agite – ça s’affaire – seulement – pour faire usage des choses – exploiter ou tirer profit. Presque jamais d’innocence et de geste gratuit réalisé pour la joie et la beauté en ce monde d’utilité, d’appropriation et de nécessités contingentes…

 

 

Lignes errantes – sans joie – immodestes et méprisantes. Dans l’attente de semences moins tristes…

Paroles dégoulinantes – emmaillotées – trempées trop longtemps, sans doute, dans la torpeur mélancolique du dedans – enrobées et gangrenées jusque dans leur essence par la sauce putride de trop noirs sentiments…

 

 

A attendre un ami – au-dedans – qui pourrait nous tendre la main – et nous extirper de ce bourbier. Mais non – absent lui aussi – contaminé peut-être – ou trop faible pour s’approcher et nous délivrer (provisoirement) de ce mal sans remède – de ce mal presque incurable…

 

 

Le regard – le ressenti – le geste. Et rien d’autre…

Seuls appuis – seules références – seule vérité – à chaque instant…

Unique présence à soi – au monde…

 

 

Lieu paisible – lieu ouvert – sans autre exigence que le respect, l’honnêteté et le silence…

 

 

Dresser – en soi – une main accueillante et un mur de vigilance intraitable. D’un côté, le versant de la tendresse – de la sensibilité vivante – en actes – et, de l’autre, le versant de la sévérité – gardien intransigeant du temple – du lieu le plus sacré – que rien ne peut ternir, certes, mais que l’esprit débutant – peu familiarisé avec la perspective du vide – embarrasse par ces incessants amassements – bribes de monde – référentiels – résidus d’émotion – reliquats de désir – souvenirs – rêves et imaginaire – ressassements – ratiocinations – qui entravent le rayonnement de l’Amour et limitent (parfois complètement) la fonction réceptacle de l’autre versant…

Murs d’enceinte fort différents des murs indigènes – de ces frontières érigées qui consolident toutes les formes de séparation…

Mesure non de principe mais de survie – pour maintenir vivant le plus précieux – avant d’être capable, un jour peut-être, de laisser le monde, les phénomènes – les mécanismes et les contenus psychiques (pensées, émotions et sentiments) traverser cet espace sans retenue – sans la moindre restriction – dans un passage franc – sans perte – sans écoulement – sans récupération – laissant l’espace et les canaux vides de manière permanente…

Forme de sagesse sans pareille – affranchie de l’univers relatif – de la matière autant que de la psyché. Seul gage d’Amour, de joie et de paix sans condition…

 

 

Comme un seau que l’on aurait rempli de glace et de verre – avec, fixés sur les parois, des milliards de crochets minuscules – l’esprit de l’homme emmagasinant le monde – par fragments – le froid – le feu – le désir – la colère – la frustration – et tous les coups du sort – inévitables…

Espace à vivre et infime couloir sur le monde – vite saturés – vite débordants – vite mortifères…

Deux solutions – inégales – à envisager ; la première, éminemment didactique, consisterait à vider le seau à chaque instant et à créer des parois aussi imperméables que possible malgré un degré de porosité minimal inévitable. Et la seconde serait de percer définitivement le fond du seau et de lui ôter ses parois – détruire le seau, en somme – manière, sans doute, pour que le créé retrouve l’incréé ; le vide dans le vide retrouvant sa nature vide – la vacuité totale et l’absence (permanente) de séparation. Et le seau ainsi disparu redeviendrait l’espace – l’envergure de l’espace infini – l’esprit sans limite…

 

 

Tas de pierres – panneaux – vestiges. Traces d’un passé ni (franchement) glorieux, ni (vraiment) épique – transformées, pourtant, en mythes – en icônes de l’histoire dont les hommes sont si friands…

 

 

Têtes dressées – gestes à l’œuvre – corps tendus – sueur au front – mains, parfois, ensanglantées. Colonnes de visages supportant, comme un seul homme, les fables du monde – la grande épopée de l’humanité…

 

 

Le ciel – les arbres – les pierres – les chemins – le regard – le silence – quelques bruits du monde – inévitables. Le seul décor – à chaque étape du voyage…

 

 

L’exercice quotidien du vide – le déblaiement de l’esprit – pour aller, avec étonnement, sur toutes les routes du monde – et offrir un peu de blancheur et de silence à la page noircie par les mots et les images…

 

 

A perte de vue – partout – des troncs d’arbres horizontaux – couchés par la main funeste de l’homme…

 

 

Corps et âmes s’éreintant à leur tâche. Visages crispés par l’effort – la charge inerte inhérente à la matière et au labeur – pesant de tout son poids sur les épaules et les existences – suçant l’énergie – éprouvant la chair – épuisant l’esprit…

La fatigue et l’habitude anesthésiant la sensibilité et l’étonnement – ôtant la possibilité de vivre, en homme, le miracle…

 

 

Energie effervescente qui bâtit – construit – détruit – anéantit – se déverse partout. Irrépressibles – irréductibles – mouvements. La matière du monde transformant sans cesse son apparence, sa texture, ses reliefs. Rien qui ne puisse lui ôter sa force et son ardeur…

Programmée pour se mouvoir – agir et faire – inlassablement…

 

 

Ça bouge – ça remue – ça s’agite – ça gesticule – sans fin. Ça tourne en rond au-dedans de sa boucle. Ça s’épuise – ça se pose quelques instants – ça se régénère – très vite – puis, ça reprend son mouvement…

L’intranquillité même – perpétuelle…

Et le regard immobile qui contemple l’emprisonnement de l’esprit qui, si souvent, tourne avec…

 

 

Le monde comme convergence – comme lieu hostile – comme lieu de jouissance ou de souffrance. Le monde comme distraction – comme illusion – comme pointeur vers le regard. Tant de perspectives possibles investies selon sa sensibilité et ses prédispositions…

 

 

Achevé – ce que nous fûmes. Pourtant – la tête vibre encore de ce passé – comme si quelque chose, en elle, demeurait vivant – enfoui plus profondément que le souvenir – en deçà de la mémoire – une faculté consubstantielle à l’esprit – une sorte de crispation saisissante – un besoin d’amasser les fragments du monde et de l’expérience – la nécessité de bâtir un récit et d’inscrire ce que l’on croit être – une individualité – dans une histoire plus vaste et moins insignifiante que ce que nous avons vécu…

 

 

Une parole dévoyée – simple outil d’information, de distraction, de valorisation, de propagande, d’instrumentalisation et de mensonge…

 

 

Je vis les oreilles bouchées – presque hermétiques aux bruits du monde – mais la tête est encore toute frémissante d’histoires sans importance – de récits – de misérables épopées – de toutes ces minuscules péripéties de l’homme…

 

 

Comme un écart sans cesse éprouvé – sans cesse agrandi – entre le réel et sa représentation – entre ce qui est et le récit qu’on lui superpose…

 

 

Rien – rien – rien – telle devrait être notre unique certitude – et notre seule devise…

On ne sait rien – on ne comprend rien. On est présent – on assiste – simplement – au cours des choses – au déroulement des phénomènes – au spectacle du monde – et on agit lorsque les circonstances l’exigent…

Nudité innocente – et agissante si nécessaire…

Rien de plus – rien de moins. L’envergure du regard et la justesse du geste…

 

 

Des visages – des choses – des livres – comme des piliers – des amis – des outils – des consolations – qu’il faut, un jour, abandonner…

 

 

Solitude insatisfaite – puis, de plus en plus satisfaisante…

 

 

Le sommeil et le bavardage me sont devenus insupportables. Tant de bruits et d’illusions, déjà, dans la solitude – inutile d’en ajouter en fréquentant les hommes…

 

 

Des retrouvailles – en soi – avec soi – pour vivre cette part inaliénable de nous-mêmes(s). Rien d’autre. On pourrait vivre ainsi pendant des siècles – et pour l’éternité sans doute…

 

 

Des repas – du sommeil – du repos – des contingences – des obligations – du labeur – du temps oisif – quelques plaisirs paresseux. Que de torpeur dans l’existence des hommes…

Presque jamais rien d’essentiel. Gaieté d’apparat – simplement – jamais de joie profonde…

Pauvres humains plus à plaindre (en dépit des apparences) que le solitaire mélancolique et taciturne qui s’essaye au labeur de l’âme – à approcher, vaille que vaille, le royaume de l’Absolu…

 

 

L’incertitude plutôt que l’habitude…

L’inconnu plutôt que la sécurité…

La joie plutôt que la gaieté…

La connaissance plutôt que le savoir encyclopédique…

Le réel plutôt que les croyances, les rêves et l’imaginaire…

L’Absolu plutôt que la platitude (et les limitations) d’un bonheur individuel (éminemment relatif)…

La solitude plutôt que la compagnie (presque toujours indigente)…

La veille plutôt que le sommeil…

L’intensité plutôt que la tiédeur…

L’effort plutôt que la paresse…

Le tranchant plutôt que la torpeur…

La sensibilité plutôt que l’indifférence…

La discrétion plutôt que l’ostentation…

L’anonymat plutôt que la gloire…

La défaite plutôt le succès…

Le silence plutôt que le tapage…

La précarité plutôt que le confort…

Le simple plutôt que le raffinement et la sophistication…

Le respect plutôt que l’instrumentalisation et l’exploitation…

La frugalité plutôt que les excès et l’abondance…

La profondeur et la densité plutôt que la superficialité frivole…

La nécessité plutôt que le temps oisif…

La vocation plutôt que l’obligation du labeur…

Les servitudes consenties plutôt que l’esclavage subi…

L’ineffable plutôt que l’histoire…

La nouveauté ordinaire et quotidienne plutôt que le voyage et le sensationnalisme…

Rien plutôt que la longue liste des consolations…

Et même la tristesse plutôt que toutes ces (misérables) compensations…

En retrait – en apprentissage – plutôt que faussement vivant…

L’âme et la conscience plutôt que l’homme…

Et les trois – ensemble – si cela nous est offert…

 

 

Le plus insidieux partage entre soi et l’Autre – apparemment contaminé à la source – mais souterrainement juste – le plus approprié qui soit…

 

 

Nous allons comme le jour – de façon aussi régulière. Etape après étape – sur le dérisoire cadran du temps – dans cette marche infaillible…

 

 

Des visages étrangers à toute connivence excédant leur cercle. Murs et façades d’hostilité – un mince sourire, parfois, de circonstance – de convention – décoché depuis leur plus haute meurtrière…

Une existence d’enceinte et de fortification – inattaquable – inaccessible – au-dedans d’un périmètre circonscrit ; un territoire restreint – un dérisoire donjon – un royaume fermé – sur lesquels ils ont l’illusion de régner…

Avec seulement des alliances de nécessité et d’agrément pour ne pas trop s’ennuyer – ne pas trop étouffer – ne pas trop dépérir – au milieu de leur fortin…

 

 

En quête de la phrase définitive (pour clore l’exercice) – et qui, bien sûr, n’arrive jamais ; l’assertion – l’aphorisme – qui résumerait tout – qui permettrait, en quelques mots, de tout comprendre – après lequel vivre suffirait…

Dans cette illusion puérile – dans cette folle ambition – de vouloir fixer définitivement le mouvement du monde et de la vie – d’immobiliser ce qui ne peut être arrêté…

Dans cette croyance imbécile (et enfantine) d’enfermer le vivant – ses lois et son envergure – dans quelques pauvres traits…

 

 

Comme la vie – l’écriture se poursuit. Comme les jours – les phrases se succèdent et se répètent – s’inscrivent, à chaque fois comme pour la première fois, sur le blanc de la page…

Rien de ce qui a été vécu – rien de ce qui a été écrit – ne compte véritablement. Tout – chaque jour – à chaque instant – doit être réinventé – vécu et écrit à nouveau – comme les seules choses réelles – les seules choses valides – de ce monde…

Sans passé – sans pages ni livres précédents – sans avenir – sans lignes à écrire demain ou dans mille ans…

Des bouts d’existence et de langage comme les parfaits reflets de ce qui arrive aujourd’hui – à l’instant où les circonstances et l’écriture se déroulent…

Le fragment comme seule possibilité…

Et la parole aussi libre que les événements…

 

 

Quelque chose d’autre que le monde – plus tendre – moins envahissant…

Une autre manière d’exister…

 

 

Des heures – des vagues – la chaleur diffuse – les bruits du monde de plus en plus insupportables – la proximité des visages – le manque d’air – l’étouffement de plus en plus manifeste…

La triste trivialité du monde devant soi. Et l’impossibilité de vivre dans cette promiscuité…

 

 

La normalité des gens ; la famille – les sorties – les loisirs – le désœuvrement. Je ne parviens pas même à me faire l’entomologiste de cette inintéressante société…

Nul secret sous-jacent à cette misère – à cette indigente banalité…

 

 

Qu’y a-t-il donc – en nous – pour éprouver tant d’inconfort et de mépris à la vue de ce spectacle…

Des fantômes grégaires – jouisseurs et indolents – la paresse et le sommeil – partout le règne de l’animalité humaine…

Incompatible avec cette sensibilité – en moi – qui n’apprécie que la compagnie des solitaires attentifs et respectueux – les veilleurs, peut-être, d’un autre monde – moins grossier – moins trivial – moins instinctif – l’autre part de l’humanité – celle que l’on ne voit presque jamais…

Rêve – simplement – d’horizons moins vulgaires – plus conscients – plus métaphysiques…

Un monde qui célébrerait l’Amour, le silence et la beauté – à l’inverse de cette terre qui ne glorifie que la ruse, le tapage et la laideur…

 

 

L’édulcoration des extrêmes – l’effacement des singularités – l’aplanissement des reliefs – dans le regard opaque – quelque chose comme une indifférence – une insensibilité ; le règne de la normalité et de la tiédeur…

 

 

Les groupes – petits et grands – où ne suinte que ce qui nous révulse. Voilà, sans doute, pourquoi l’on ne peut rencontrer l’Autre qu’à travers son espace le plus solitaire – le moins contaminé par le monde – cette part de l’âme démunie et curieuse qui s’interroge – le reliquat du premier homme – loin des foules et des tribus – exonéré du couple et de la famille – et, en partie, indemne de leurs (inévitables) corruptions…

 

*

 

On n’en finit donc jamais avec la vie – avec la mort – avec la joie d’être et la douleur d’exister – et le chagrin des disparitions successives…

La même tristesse – le même dénuement – la même impuissance – à chaque fois – malgré les années et l’expérience (grandissante) des funérailles…

 

 

Difficile métier que celui de faire face à ce qui est – avec une psyché si fragile – une sensibilité si vive – et l’impérieuse nécessité de ne jamais détourner ni les yeux – ni l’esprit – de ce qui est en soi et devant soi…

Perspective presque inhumaine…

 

 

La vie comme une longue succession de blessures et de traumatismes. Et, chaque jour, mille occasions de coup, d’arrachement et de défaite…

 

 

L’esprit note – regarde – presque détaché – la tragédie en cours – et la déliquescence (littéralement) de la psyché…

Le triste sort de la vie terrestre…

Et tous les « ah quoi bon » rehaussés jusqu’à la folie – jusqu’aux ultimes frontières de la désespérance…

 

 

Partagé entre la faculté naturelle de l’esprit à trancher – à se détacher des aléas phénoménaux – et le fonctionnement de la psyché humaine…

Sorte de conflit de loyauté – comme déchiré entre la certitude (insuffisamment prégnante encore) du dérisoire de nos vies et les soubresauts de notre individualité qui refuse, malgré elle, d’échapper à la peine et à la tristesse de la mort – de l’absence…

 

 

Nous – entre le rasoir et l’éponge – entre le regard vierge et la rétention (qui peut parfois se transformer en rumination émotionnelle)…

La conscience clivée – dissociée – qui, à la fois, éprouve la souffrance et est attirée par sa possible cessation – avec un simple ajustement du regard – soit plongeant dans les eaux de la tristesse, soit surplombant le monde des phénomènes…

Mille incitations d’un côté et mille résistances de l’autre qui annihilent tout mouvement – on demeure alors immobile – dans cette fracture – dans cette indécision – dans cet inconfort – qui peut, parfois, virer au supplice…

 

 

Se laisser entièrement traverser – sans rien refuser – sans rien agripper – pas même notre incapacité à accueillir – pas même notre inclination acharnée à la saisie – devenir cette immensité où tout disparaît – où tout réapparaît – élans déclinants et élans naissants. Rien d’autre qu’une vaste étendue – un immense réceptacle sans crochet – sans filet – une aire totalement poreuse et transparente – sans autre épaisseur – ni d’autre visage que ceux de l’Amour – lucide – qui voit – et sensible – qui apaise et offre, peut-être, sa guérison…

 

 

Nous sommes – un étrange mirage – entre rêve et réel – entre buée et densité. Quelques milliers de jours au parfum volatil d’éternité…

 

 

Jours et saisons mille fois recommencés – la continuité et – toujours – la même candeur à vivre…

 

 

Instance noire au cœur de la chair – comme un puits – un abîme – sous les muscles – sous les nerfs – dans les os – dans le sang. Zone imprécise et monstrueuse – qui se déploie – vite – et grossit en retenant le moindre objet – le moindre phénomène – dans ses filets…

 

 

L’humanité des arbres et la barbarie des hommes. A voir le monde – en actes – tout sauf de vains mots…

Et à côté – et sous les apparences – le réel brut et sans histoire – rude souvent – doux ou tranchant selon les circonstances – mais implacable toujours…

 

 

A genoux sur notre pente inéluctable…

 

 

Un besoin de fraternité au fond du cœur – rarement satisfait par les figures du monde…

Il faut chercher ailleurs – fouiller en soi – pour dégoter quelques visages aimables – et apprendre à bercer leur âme tendrement dans nos bras – être la mère que tous réclament – et la solitude – et la misère – et la détresse – de chacun recevant cette attention – cette écoute – cette affection…

 

 

Volonté d’un Autre – toujours – au-dessus – par derrière – au-dedans. Jouet de mille désirs sous-jacents – pantin de l’invisible soumis au silence et aux forces qui animent le monde…

 

 

Départ d’ici pour ailleurs – de ce monde pour un autre monde. Tranches diverses du même pan de réalité cloisonnées presque hermétiquement par le sas de la mort – mille fois vécue – mille fois traversée – où l’esprit conserve ses caractéristiques principales et oublie le reste – tous les souvenirs inutiles. Resserrement sur l’essentiel – densification du noyau – affranchissement du superflu – ce labeur fondamental que nous délaissons – presque toujours – de notre vivant – par paresse – par désintérêt – par crainte – par impossibilité – pour mille raisons irrecevables…

 

 

Les circonstances sont – presque toujours – d’une grande brièveté – succession de « cela arrive » – puis, autre chose – puis, encore autre chose – ponctuée d’intervalles plus ou moins long d’absence d’événements significatifs (ou déterminants) pour l’esprit… même si, bien sûr, se déroulent, à chaque instant, une infinité de « micro-événements »…

C’est toujours la psyché – à travers la mémoire – qui allonge (d’une manière naturelle et involontaire) la durée, l’existence et les conséquences – de ces événements marquants – comme de longues – de très longues – extensions – d’interminables et inutiles prolongations…

 

 

Tout n’est que jeu de la matière – visible et invisible – et conscience – regard ; rien d’autre n’existe, en vérité…

 

 

Fragile espace du monde – le regard sensible à toute forme de précarité…

 

 

Tout surgit – et est enfanté par le même jeu – la même nécessité à être – mille élans-frères et autant de visages qui ne se reconnaissent plus…

Etrange fratrie de l’oubli et de la guerre…

 

 

Un sursaut de virginité pour mille résistances de la psyché qui refuse d’être reléguée au second plan – de devenir l’objet d’une observation assidue – d’en être réduite à tourner à vide – à retrouver sa condition d’élément phénoménal commun – égal à tous les autres – sans consistance – sans épaisseur – sans conséquence majeure. Simples mouvements – irrépressibles – qui se réalisent. Pas davantage que le rêve du monde. Ondulations ordinaires – simple déroulement – infime fragment dans le cours naturel des choses…

 

 

A marche lente – d’un point à un autre – sans itinéraire précis. Errance et déambulation davantage que voyage. Haltes nombreuses comme pour souligner l’inimportance des lieux…

Le goût du monde et la beauté des paysages – en soi – autant que le parfum et la sueur des mille chemins parcourus…

 

 

L’ordre du jour et le spectacle – au-dedans de l’esprit – du regard – de la conscience…

 

 

Monde d’yeux et d’instincts – de labeur et de contingences – d’habitudes et de flâneries – de gestes mécaniques et de sillons creusés…

Danses à la surface de tout – vie, monde et soi – à peine aperçus – à peine effleurés – sans la moindre plongée dans les profondeurs…

Vie étrange de lassitude et d’éternité – où tout semble aller de soi – sans aucune prégnance quotidienne de la mort – de l’essentiel – sans la moindre curiosité – sans le moindre étonnement devant ce qui ressemble pourtant, à chaque instant, à un miracle…

Des mouvements – des images qui défilent – des représentations et une conceptualisation (plus ou moins grossière – plus ou moins sophistiquée) à travers la pensée et le langage…

 

 

Tout arrive – passe ainsi – et s’éclipse – devient néant. Jamais rien d’immobile…

Et toute tentative pour figer le réel – quelques éléments du réel – en le(s) fixant avec des mots ou des images – est caduque et inutile ; inapte à restituer la dimension vivante de ce qui était – capable seulement de rendre compte de ce qui n’est plus…

Une sorte de vague évocation qui ravive, bien sûr, dans la psyché ce qui a été vécu et emmagasiné – mais rien de réel – simple outil de réminiscence qui donne l’illusion d’une épaisseur et d’une réalité – totalement inexistantes – présentes seulement dans la tête. Mécanisme basique de la vie psychique qui rassure autant qu’il éloigne du réel du monde…

 

 

Nous vivons par inadvertance – avec ce qu’il faut d’infortune et de déraison pour être au monde de manière si absente…

 

 

Tout se répète sans étonnement – comme s’il allait de soi de recommencer chaque jour – mille tâches – mille gestes – incontournables…

 

 

La roue du temps et du supplice. Tout est cercle – marche répétitive – déclin, renouvellement et continuité…

 

 

Saisons et arbres millénaires – et les petits soubresauts de l’homme…

 

 

Le monde comme obstacle – comme oracle – comme fortune. Le seul lieu, peut-être, accessible à l’absence et à l’infirmité…

 

 

A chaque instant – à la jonction de toutes les choses du monde – au centre du réel – là où rayonne l’infini sans le moindre contour – et ainsi pour chacun – pour chaque forme du monde…

 

 

L’étrange mystère qui, peu à peu, s’éclaircit. Des pans entiers de vérité vécus – sans témoin – sans référence possible – sans la moindre validation…

Désépaississement, peut-être, du filtre psychique…

 

 

Ça surgit – ça se forme – ça s’emplit – puis ça déborde. Ainsi – toute chose – jusqu’aux ruissellements – jusqu’à la liquéfaction…

Nature aqueuse et océanique du monde…

 

 

L’eau – l’herbe – l’arbre – la roche – la chair miraculeuse du monde. La vie et le vivant qui s’invitent et colonisent – peuple de la propagation qui se répand sur tous les territoires…

Monstrueuse expansion naturelle…

L’impérieuse nécessité d’envahir – de progresser – de se multiplier. Développement à marche lente – à marche forcée – comme volonté (inconsciente), peut-être, de matérialiser l’infini…

Perspective instinctive inscrite dans les gènes du monde…

Foisonnement et efflorescence se propageant avec une indécente obstination…

D’un côté, cette addition – cette accumulation – perpétuelles – et de l’autre, rien – l’espace vide – la conscience – la lumière immobile – le regard silencieux, neutre et oublieux – la vacuité sans visage – l’Un laissant faire – et laissant jouer – la multitude…

Et, en chacun, ces deux dimensions qui enfantent leurs élans – la matérialité visible et invisible sur le mode de l’expansion et la perspective soustractive – l’effacement jusqu’aux sources premières du rien – le long et âpre périple jusqu’au vide – jusqu’à la pleine vacuité…

 

 

Jeu du monde – et jeu en soi – sans autre raison que celle d’être né – et inévitables à présent – jusqu’à la fin du cycle – jusqu’à l’extinction de tous les souffles engendrés par l’élan premier de la matrice en cette ère actuelle*…

* ère qui succède aux mille ères précédentes – et qui précède les mille ères suivantes…

 

 

Ça s’infiltre – ça imbibe, peu à peu, l’esprit – cette perspective du vide permanent. Familiarisation journalière – distillation presque au goutte-à-goutte…

 

 

Ça séjourne – en soi – avec moins de persistance…

Et ce qui insiste réclame – on le sait à présent – une attention accrue – un espace d’accueil sans jugement – sans intransigeance – un refuge total – des bras protecteurs – un abri – une écoute et une tendresse réelles et profondes – absolues – un lieu où tout ce qui s’invite peut être pleinement lui-même et s’abandonner sans restriction – sans le moindre risque de rejet…

Voilà ce que nous pouvons offrir à ce qui frappe avec insistance à notre porte – à ce qui nous pénètre avec force et désespérance – à tout ce qui s’acharne à nous envahir…

Une manière d’être – et d’accueillir…

Une manière de vivre dans le rayonnement libre de l’Amour…

Tendre et tranchant – vide et conciliant – attention et lucidité précises – aptes à reconnaître les besoins de ce qui est là – à faire la distinction entre ce qui mérite d’être coupé et balayé sans ménagement et ce qui réclame, avec pertinence, la plus grande douceur…

Aire ancillaire permanente – en quelque sorte – au service de ce qui vient – sans exception…

Perspective éminemment fonctionnelle et pragmatique autant qu’infinie et absolue – vouée au respect de la nature du regard – le vide – et de celle des choses du monde visible et invisible – la nécessité – la réclamation (souvent) et l’inévitabilité…

L’être en actes – à la fois œil contemplatif et discriminant – et sensibilité juste – précise – intensément vivante…

Le Divin modestement incarné peut-être…

 

19 octobre 2019

Carnet n°207 Notes journalières

Il y a le jour comme un horizon – une possibilité au-delà du mur. Un air plus chaud – un sol moins abîmé. L’autre extrémité de l’âme…

 

 

Plus loin – il y a cette ombre grandissante – cette traversée terrifiante – ce qui nous sépare de la blancheur – et le jour qui patiemment se rapproche…

 

 

Dans la psyché – cette mémoire résistante – le passé-palimpseste que réécrit l’esprit – histoire de gagner en importance – comme si ce qui nous intéresse pouvait susciter l’intérêt du dehors…

Il n’y a que des récits – et l’on devrait sur eux tirer un trait et un lourd rideau de lumière…

 

 

A la fin – une partie de nous reste – et l’autre s’en va ; la terre et le ciel – si mélangés de notre vivant – retrouvent (enfin) leur territoire…

 

 

Du temps, de la violence et de la folie – voilà tout ce que nous possédons et la manière dont nous sommes (tous) possédés…

 

 

Juste au-dessus de l’herbe – l’œil singulier. Le talon comme une herse – le malheur des vivants – et la malédiction qui, peu à peu, nous enferre…

 

 

Rien ne s’installe plus durablement que l’ombre – excepté la lumière (à son heure)…

 

 

Ce que nous foulons en même temps que le sol…

Ce que nous respirons en même temps que l’air…

Ce que nous vivons en même temps que notre vie extérieure…

Les mille dimensions de l’être sous l’apparence de l’homme…

 

 

Entre deux frontières – le mur – l’espace – l’au-delà. L’horizon comme le reflet rougeoyant du monde. La terre sans fenêtre – le feu – ce qui reste vivant sous les cendres – sur la pierre nue et noire – derrière la fatigue ; cette envergure au-dedans de l’épaisseur du front…

 

 

Au-delà de la terre – le jour. Au-delà du jour – le silence. Au-delà du silence – l’Amour. Et en deçà – l’enfer…

 

 

Le plus hostile – comme une longue écharde dans l’âme – une fenêtre sur le monde qui déboucherait sur le néant. Rien qu’un sol et un feu – et le ciel (toujours) hors d’atteinte…

 

 

Tout en fleurs et en ciel lorsque l’âme s’agenouille

Tout en pointes et en flèches – en braises et en lames acérées – lorsqu’elle prend assise sur son droit supposé – mensonger – fallacieux – inventé – lorsqu’elle actionne la main torturante et torturée – ce qui nous donne de faux grands airs…

Quelques souffles et nous sommes par terre – à genoux

 

 

Rien ne peut nous blesser – lorsque rien ne nous devance – lorsque l’on ne traîne rien derrière soi…

 

 

Cette fatigue à remplir le ciel – en vain…

 

 

Rien au-dessus – rien en-dessous ; éperdument seul – là où tout commence vraiment…

 

 

Ça se répand – en soi – comme un torrent – une cascade – une eau brûlante – de la lave en ébullition – un reste de ciel qui a pris feu et s’est liquéfié…

 

 

A vivre sans trop savoir à quoi ressemblait notre tête d’hier – comme si l’on pouvait vivre sans histoire – sans mémoire – sans le faux ciel ni la fausse envergure de la psyché – sans même savoir si l’on a encore visage humain…

 

 

Rien qu’une trouée – en nous – un peu de peau sur des instincts avec, au fond, un grand silence – pas même un mystère – une étendue inerte avec, au milieu, une sorte de béance…

Un absurde mélange de distance et de verticalité noire…

 

 

Tout est emporté – et nous emporte dans son sillage. Une traversée – des courants – quelques mots – quelques ombres – pas pire qu’ailleurs. Des arbres – du sable – tout passe très vite – et ne laisse, à la fin, que quelques os…

 

 

Rien que des traits qui dessinent le monde. D’un instant à l’autre – tout s’efface – le monde disparaît – puis, se reconstruit l’instant suivant – presque à l’identique…

 

 

Parfois – on s’arrête – on se met de côté – un peu à l’écart du monde – des Autres – de tout – loin du grand cirque. On se resserre – on se recentre – on réunit les fragments – les morceaux épars – on se répare – on aère les abysses – on accueille l’air qui formera le nouveau souffle qui fera naître un nouvel élan…

On n’imagine rien – on respire…

Se retrouver – c’est aussi cela vivre – et peut-être principalement…

Un peu d’air pur…

 

 

Rien que des choses qui brûlent – rien qui ne restera. Ce qui – en nous – est le plus fondamental ; la beauté – l’évanescence – la fragilité – mélangées au regard qui n’est pas d’ici – qui n’appartient à personne – qui est là – offert – lucide – sensible – perçant – généreux – et qui fait sa part – son joyeux labeur – pendant que nous nous éreintons sur la pierre…

 

 

Des ombres entre elles – avec le pire dans les yeux – au fond du sommeil – ce qui se déverse sur le sable – et qui forme de petites flaques – puis, comme des auréoles dans la poussière. Rien de très sérieux – malgré les sursauts et l’effroi dans la psyché…

 

 

Des choses qui manquent – des choses qui s’effacent – et d’autres que l’on oublie. Juste la vie qui passe – avec ce grand bazar au-dedans de soi…

 

 

Des éclats de terre – en nous – comme de petits tas de pierres pour bâtir une tour si haute que l’on pourrait toucher le ciel. Il y a de la naïveté (beaucoup) et de la fantaisie (un peu) dans cette image de Dieu ainsi accessible…

Creuser – vider – s’abandonner – ne sont pas les premiers outils disponibles sous le front. Il faut épuiser l’enfance avant de pouvoir débuter le véritable labeur

 

 

Ce qui – en nous – s’obstine – se dérobe – se déploie – s’invite – se déchire. La tête tout étourdie – l’âme à genoux – le cœur indécis. Vivant et respirant comme avec des pelletées de terre dans la gorge…

Le souffle coupé…

 

 

Ça s’installe parfois au-dedans comme une défaillance – quelque chose d’extérieur introduit à l’intérieur et dont on tirerait les ficelles du dehors. Comme un pantin articulé par des forces corrompues – corruptrices – mal intentionnées – qui nous donnent un air un peu bancal…

 

 

Il n’existe de pansement pour l’âme – mais il y a une multitude de compensations psychiques – c’est pour l’esprit une manière de soigner avec le monde ce qui ne peut être guéri par le monde – mais c’est la seule chose à laquelle consent l’âme immature…

 

 

Comme une chose que l’on répète pour ne pas l’oublier. Un refrain incompréhensible – quelque chose avec de la poussière par-dessus – comme un bibelot – l’une de ces boîtes à musique d’autrefois – restée là pendant des siècles – et que l’on aurait – soudain – placée au centre de la psyché pour l’envoûter – la contrôler – l’enjoindre d’obéir – elle qui ne peut – comme toutes choses – s’épanouir que dans l’absence de contrainte – libre – affranchie du monde – de la croyance et de la volonté…

 

 

Le vrai visage du monde – soudain – révélé ; introuvable – inexistant – comme un vieux rêve rabâché – auquel l’esprit – distrait – aurait fini par croire – et qu’il aurait, peu à peu, transformé en réalité…

 

 

Le feu – le froid – le corps. Et des passages possibles dans tous les recoins du ciel. Quelque chose que nous n’avions jamais vu auparavant…

 

 

Du bleu – du vrai – ce qui ne sert à rien pour vivre – mais qui oriente le rire et la parole – la marche dans le sens des arbres – le vent intense sur la paresse des espèces – l’inclinaison de la feuille qui cherche le silence…

 

 

Tout tremblant – comme un peu de terre fragile dont on aurait percé le centre – une sorte de trou – comme une ornière verticale – pour y déposer un peu de ciel – la substance de l’âme peut-être – et que l’on aurait recouvert de chair et de sang – les marques de la faiblesse et de la grossièreté…

 

 

Du rouge – partout – au-dedans du ventre – et qui va jusqu’à colorer toute la tuyauterie de l’âme…

Sève vermillon dans ce fouillis d’instincts…

 

 

Peu de place pour la générosité et la tendresse…

De la matière – de l’énergie grossière – mélangée, peut-être, avec un peu de Dieu et d’étoiles…

Une créature enfantine – une ébauche qu’essayent (laborieusement) de peaufiner les siècles…

 

 

Le monde comme une spirale – une pente – un désert. Comme une gifle qui s’abat sur la joue. Comme du vent un jour de pluie. Comme un rêve – une fenêtre. Et, sans doute, plus que tout comme manière (commune) de parler…

 

 

Des siècles – des années – des histoires…

Rien de très important – en somme…

Le plus essentiel – invisible toujours…

 

 

Qui sait d’où nous venons – où nous allons… Trop de murs nous empêchent de voir. Et le ciel reste silencieux…

Une seule certitude ; ça a l’air de bouger dans ce qui ressemble à une forme d’immobilité…

 

 

Parfois devant – parfois derrière – parfois, on sait – d’autres fois, on ignore – mais la plupart du temps, on essaye seulement de deviner…

Peut-être n’y a-t-il personne pour savoir – juste du temps – l’illusion de la durée – des choses – mille choses – des circonstances – mille circonstances – et par-dessus l’incertitude et l’infini – et par-dessus encore l’esprit et le silence – et tout en haut, les Dieux du monde qui rigolent dans leurs habits de fête…

 

 

Il y a toujours chez l’homme quelque chose de l’ordre du labeur – comme un poids à hisser – à traîner – à porter partout avec soi – où que l’on aille…

 

 

Du feu et du ciel réunis sous la peau. Et un peu de terre jetée par-dessus…

 

 

L’envergure d’un Autre – en soi – quelque chose d’immense – d’infini. Et le sentiment, parfois, d’une éternité…

L’immuable derrière l’apparence des visages et du temps…

 

 

De la forêt – rien que de la forêt avec du bleu au-dessus. Le silence – juste le chant (discret) des oiseaux. Et le cœur léger…

Rien d’autre pour l’instant…

 

 

Tout change – bien sûr – mais où se trouvent la limite et l’ultime transformation…

Des obstacles – oui. Des résistances – oui. Et un désir puissant d’immobilité – bien sûr ; le point zéro du changement…

 

 

Ce que l’on repousse, revient – et ce que l’on accueille, s’efface. Et nous qui nous barricadons – et qui accumulons – presque toujours – appuyés sur nos armes et nos réserves…

 

 

Le plus délicat à négocier – le lisse des parois – ce qui n’offre aucune prise – là où l’on n’en finit plus de glisser vers ailleurs…

 

 

Ce qui s’inscrit sur la page n’est que la surface du dedans. Le silence, lui, est bien en deçà – et bien au-delà…

 

 

Rien – en nous – ne se creuse davantage que le ciel. Une forme de don pour les abysses. Et le feu à tous les coins de la terre…

 

 

Peut-être venons-nous d’ailleurs pour – à ce point – ne rien comprendre au monde humain…

 

 

Le front plus haut que la terre – mais trop bas pour se hisser jusqu’au ciel – et voir la longueur du mur – l’étendue du désastre – et le chemin qu’il (nous) reste à parcourir…

 

 

Rien n’est plus lourd que ce que nous nous échinons à porter. Et – pourtant – personne ne nous y oblige…

Partout – la charge – le faix – l’épuisement…

L’allure qui ralentit – et la quasi immobilité jusqu’au grand âge – ensuite, la mort qui nous fauche avec toutes ces niaiseries dans l’âme et sur le dos…

Il convient – donc – de voyager léger ; juste l’essentiel – quant au nécessaire, les jours, y pourvoiront…

 

 

De plus en plus pauvre – de plus en plus rien…

Juste le jour et la matière à vivre…

Quelques pas – quelques pages…

De la solitude et du silence…

Et presque rien d’autre…

 

 

Rien – la limite – l’épuisement – la certitude que personne ne se risquerait à nous tendre la main. Le gouffre – le puits de la solitude. Les derniers échelons, peut-être, avant la chute abyssale – définitive – les derniers pas – l’ultime saut – qui scelleront l’impossibilité du retour…

 

 

Ce qui nous surprend ; être là – pleinement – et totalement désengagé. Et, parfois, le contraire…

Nous sommes – le centre de tous les possibles…

 

 

A chaque instant – ce qui s’achève et ce qui commence. L’évidence de tout et l’incompréhension. Ce qui aboutit et ce qui s’enlise…

Tout pourrait arriver – se produire – devenir – s’effacer ; nous serions toujours présent(s) – toujours vivant(s) – irremplaçable(s)…

 

 

Nous sommes l’événement – chaque événement – et le regard – à travers tout ce qui voit – les ressentis – tous les ressentis – et ce qui ressent…

 

 

L’oreille et le mur – l’extase et ce qui occupe l’attente. L’Autre et le rien – l’attention en éveil – la somnolence et le souvenir…

Inlassablement – toutes les différences – le possible jusqu’à l’infini – ce qu’aucun regard – ce qu’aucun silence – ne saurait arrêter…

 

 

On croit se tenir en face – en vérité – tout est déjà au-dedans…

Rien en dehors de l’attention…

 

 

Il y a cette manière tendre de se tenir au milieu du monde – innocent – dérisoire – puissant – magnifique – sans espoir – attentif – émerveillé par ce qui se présente – sans cette dureté et cette méfiance de l’individualité ordinaire…

 

 

Rien que des mouvements et de l’émotion – la multitude et le pur joyau – l’étincelle et le prolongement du feu – le souffle et la bouche des écorchés – la maladresse des cris et le soc de la charrue qui racle les pierres – comme si le dehors n’était qu’un océan noir bordé de ciel et de chimères…

 

 

Rien – à la fois le plus familier et le plus étranger – le plus proche et le plus lointain – qui se mélangent…

Comme un tourbillon d’incompréhension… et qui tourne… et qui tourne…

 

 

Des jours métalliques – une délicatesse troublante. Nous marchons dans le noir – les mains tendues – notre feuille de route devant les yeux – papier illisible – inutile ; le chemin sous nos pieds s’égare dans l’air – pénètre sous la terre – traverse les océans ; l’âme rechigne à l’inconnu – à l’imprévisible – les seules certitudes pourtant…

Et au-dessus du chantier – au-dessus de l’itinéraire – ce qui se tient plus qu’immobile…

 

 

Et cette folie dans les yeux qui réclament la terre…

Et cette folie dans les yeux qui renoncent à la terre…

La folie de toutes parts…

Encerclés nous autres, les aliénés…

 

 

Ça jaillit – les mots – comme du magma – un long monologue – des choses et des choses – comme si nous recrachions la terre – le monde – les siècles – les civilisations – tout jusqu’à l’origine – tout jusqu’à la fin des temps – et que nous recommencions indéfiniment ce dialogue entre nous, le regard et le premier homme…

 

 

Et cette faiblesse dans notre âme – et cette beauté des chemins, des forêts et des ravins. La route devant soi et l’itinéraire à l’intérieur…

Comment pourrions-nous savoir… Comment pourrions-nous trouver la force d’avancer…

Pas à pas – la découverte – le contour, peu à peu, exploré…

A la marge – encore dans la périphérie du passage…

 

 

Ecrire – marcher – avancer toujours – jusqu’à l’épuisement…

Ce qui prépare à l’inachevé…

 

 

Notre vie – comme de l’eau qui coule – quelque chose que l’on ne retient pas – qui se déverse jusqu’à la dernière goutte – et que l’air et la terre avalent à la fin… avant de revenir un peu plus tard – un peu plus loin – de se poser à quelques mètres de là – entre la boue du monde et le ciel…

 

 

Des parties de nous – au loin – qui ne nous ressemblent pas ; des yeux rageurs – des mains folles – l’esprit, comme une plaie, aussi furieux que la terre. Une âme à genoux – blessée – moitié dans l’air au-dessus de la tête – moitié dans le ravin…

Et personne pour nous aider – nous rassembler – nous tendre la main – un miroir – n’importe quoi…

Seul avec ces bouts épars et notre désarroi…

 

 

Et – soudain – comme un peu de lumière au bout d’un chemin – un lieu où l’on s’attarde – une pierre sur laquelle l’âme aurait envie de graver toutes ses défaites…

 

 

Un mur sans raison d’être – un poème écrasé par le monde – des doigts qui dessinent à l’aveuglette un visage…

Une manière de poser mille obstacles sur le chemin des origines…

Après tout – rien de très important (si l’on n’est pas pressé d’en finir)…

 

 

Rien qu’une pierre – parfois. Et l’âme ignorée qui s’en va…

 

 

Des livres comme une pente – une perte – une attente sans rencontre – sans résultat…

Juste des lignes – comme du lierre qui a fini par recouvrir la verticalité. Et le monde – devant – qui se tient inerte – inerte et indifférent – aussi inutile que nos pages…

 

 

Il n’y a rien – en vérité – à franchir – à atteindre – ni même de choses à obtenir ou dont il faudrait s’affranchir…

Rien que des yeux pour voir et s’attrister…

Rien que des bras pour servir et porter les morts…

 

 

Tout s’ouvre – et la bouche n’a plus rien à dire…

 

 

La fin des jours de grands labours – rien que ces longues heures de marche au cœur de la forêt…

Le ciel simplement. L’air et le feu…

Et ce qui était séparé se retrouve – enfin…

 

 

On n’avance pas – on hésite – on se heurte ; trop de résistances en nous – trop de bagages – de barrages – d’encombrements. Pas encore assez proche de l’épuisement – de la capitulation…

Le territoire – malheureusement – ne s’abandonne pas si facilement…

 

 

Parfois – on ne sait plus même dans quelle direction poser le pas. Pas le choix – le chemin se dessine de lui-même – comme l’allure et les obstacles…

En vérité – il n’y a rien – ni personne – et pas même un voyage – juste un flux – des flux – de la fluidité – et, parfois, des choses qui bloquent – qui résistent – qui obstruent – qui immobilisent…

 

 

Les souliers dans une eau poisseuse – épaissie par le temps et l’inertie. Et la tête boueuse. L’âme à dix pieds sous terre – le cœur marécageux – presque amphibie…

 

 

On aimerait des feuilles plus légères – mais c’est le contenu de l’âme qui donne l’épaisseur – le poids – l’accablement – comme une charge à porter au quotidien – comme si l’immensité pesait sur nos épaules…

 

 

Quelque chose qui se recroqueville au milieu de l’infini – une étrange chose à vrai dire – comme une lampe sous le soleil dont l’ampoule, peu à peu, s’éteindrait…

Rien qui ne puisse être perçu de l’extérieur – sauf à avoir le nez dessus…

 

 

L’insuffisance et l’incomplétude – comme une invitation à chercher le reste à l’extérieur – et, bien sûr, à ne rien trouver…

Et après mille – dix mille – cent mille – des milliards de tentatives infructueuses – commencer à regarder en soi – à fouiller au-dedans sans très bien savoir comment, ni quoi chercher…

Acte volontaire naturel mais (totalement) inapproprié ; on cherche à l’intérieur de la même façon que l’on cherchait au-dehors ; on s’enlise – on piétine – on enrage – on ne trouve rien – des eaux sales et du fumier – des océans d’eaux sales et des tonnes de fumier – on cherche encore – et on ne découvre rien – pas la moindre chose – pas la moindre piste – pas le moindre chemin – pas la moindre lumière…

Prélude – à peine – à peine…

Tout commencera – réellement – avec l’abandon – la capitulation ; le jour où l’on s’en remettra à un Autre que nous-même en nous-même ; processus des petits pas et des monumentales surprises – de résistance en résistance – de choses qui cèdent dans l’esprit en barrages reconstruits – plus hauts – plus longs – plus solides…

Le labeur de l’homme – comme un travail de titan – pour que tout se vide – se liquéfie – se nettoie – se libère – et puisse demeurer indéfiniment vierge et affranchi malgré les assauts incessants du monde et de la psyché…

 

 

Au loin – comme un bruit de galop – qui se rapproche. Au-dedans de la tête à présent. De plus en plus fort. Et qui dure – et qui dure – comme si le cheval lancé à vive allure faisait du surplace…

Pendant des jours et des jours – jusqu’à en devenir fou…

Terrassé par le bruit – sans que la nécessité du silence soit entendue…

 

 

Le jour, peu à peu, s’efface. Rien qui ne puisse réfréner – retarder – son départ. La zone au-dedans est trop dévastée, à présent, pour tenter quoi que ce soit…

Laisser tout disparaître ; voilà la voie la plus sage – celle qu’il nous faut – la seule possible, en vérité…

 

 

Lâcher l’impossible – ce que nous avons vécu – ce que nous avons manqué. Rester couché sur son lit de pierre – regarder l’ombre arriver – nous envahir – osciller – et nos doigts dessiner quelque chose sur le mur…

La vie fragile – et le plus précieux caché – à l’intérieur…

 

 

La violence et le faîte – puis, la dégringolade jusqu’en bas – plus bas encore – jusqu’à cette terre dont on ne remonte jamais. L’âme émiettée par la réalité – avec des bouts de soi dispersés par le vent – écrasés par les pieds des Autres. A peine visibles – presque inexistants – partis déjà de l’autre côté du monde – au-delà de la frontière qui sépare les morts des vivants…

 

 

Rien que des mains tendues et l’âme renonçante. Plus même un nom – le quart d’un visage jeté au vent – jeté aux loups. Dans un coin où le feu brûle les restes de soi – les restes du monde – la mémoire disloquée – comme une flaque au bas de la pente…

La tête en cendres – le buste raide – à l’horizontale…

Et la beauté qui tarde à sortir de sa gangue défaite…

 

 

Le pli et la crispation – ce qui creuse la peur et le sillon – l’étroitesse sous toutes ses formes…

Tout – toujours – se joue au-delà de nous – presque en soi…

Et les faits – toujours – bien moins dramatiques qu’ils n’en ont l’air…

 

 

Ecrire nous place à un autre endroit que celui où nous avons l’air d’être – là où l’œil commun sait, parfois, se glisser – en ce lieu étrange – légèrement en retrait – un peu hors du monde – où tout se transforme en spectacle – en actions dissociées du regard – en circonstances lointaines – presque abstraites – et, en même temps, là où l’émotion peut être la plus vive – la plus haute… dans cette sorte d’espace de sensibilité extrême et désengagée…

 

 

La violence aveugle – ce qui heurte – ce qui blesse – ce qui anéantit. Et – en nous – ce qui demeure à l’abri – ce qu’aucune tempête ne peut atteindre…

Deux dimensions – deux réalités – trop rarement en contact – trop rarement réunies…

 

 

Un nom – une main – une âme ; ce que l’on voit en apparence – pas la réalité – pas le feu qui nous permet de nous offrir – et, parfois, juste la chaleur d’une parole…

 

 

Rien qu’une route – des routes – des milliards de routes – et une armée de pas ; des foulées vives – harassées – titubantes. Des marches brèves – dans tous les sens. Des corps qui courent – des corps qui chutent – et remplacés aussitôt qu’ils tombent…

L’histoire du monde – le cours des choses…

De jour en jour – pendant des siècles – pendant des millénaires – depuis la naissance du premier visage…

 

 

On est là – simplement ; on vit… On ne s’essaye à plus grand-chose ; toutes les tentatives sont derrière nous à présent – on ne gesticule plus guère – on ne fait plus le mariole – on évite ce qui gêne – on va là où nous portent les nécessités. On reste là – silencieux – la plupart du temps – seul – oui, seul, bien sûr – avec, selon les jours, tout le poids ou toute la légèreté à l’intérieur…

Des pas – des pages – quelques gestes – un peu de silence. La vie qui passe – lentement – hâtivement – on ne sait pas – on ne sait plus – une seule chose à la fois…

 

23 février 2020

Carnet n°223 Notes journalières

N’importe qui – personne – le signe à la fois de l’échec et de la providence…

 

 

Pas même au soir de sa vie – pas même dans le jour déclinant – dans le milieu peut-être (qui peut savoir…). Le tournant – le retournement…

De l’eau tiède au bain glacé – la tête immergée avec l’âme – ensemble – dans ce long glissement – cette courte chute…

Les yeux paniqués – un cri (ou mille peut-être) – puis, le silence – jusqu’au bout de l’effacement…

 

 

La vie simple – comme n’importe quel homme – excepté les histoires communes…

 

 

Le récit de soi éparpillé – miettes et confettis – instrument lointain pour les fêtes et les festins d’autrefois – poussière grise à présent…

Le regard et le geste juste – ce qui importe – simplement…

 

 

Autour de la même fêlure que rien – jamais – ne peut combler…

Des couches inutiles de choses et de visages – des gestes que l’on s’impose – pour tenter de recouvrir la plaie – cette fracture en nous-même – comme un oubli du plus essentiel…

 

 

La lourdeur et l’habitude – et ces pas qui ripent sur la corde – comme une impossibilité à traverser la peur – l’inconnu – à accéder à l’autre versant du monde – comme un rêve – seulement…

 

 

Tout – comme l’eau et le sable – les reliefs qui se dessinent – ce qui passe – ce qui s’entasse – et la grande pagaille lorsque le vent s’en mêle…

Jeu de la matière – jeu de la nécessité. Le monde visible et les courants souterrains et aériens – les canaux invisibles…

Le cours ordinaire des choses – l’œuvre du silence…

 

 

Le monde rétréci – le temps effacé – comme dans un bocal qui, peu à peu, s’élargit. Une symphonie de couleurs – des dégradés – du plus sombre jusqu’à la transparence – avec le ciel derrière – rien que du ciel – pas de visage – pas de vis-à-vis – pas de morosité – comme si l’immobilité – l’immensité – le silence – avaient tout avalé – les bruits – les mouvements – l’exiguïté de l’espace…

 

 

Un chemin – et quelques miettes laissées par les Dieux – pour contenter (très médiocrement) la faim…

 

 

Le corps – ses nécessités – ses lois – inévitables. La mémoire et l’esprit – ses craintes et ses espérances – inévitables eux aussi. Et le peu qu’il nous reste – ce sur quoi l’âme s’acharne…

Une oscillation – comme un va-et-vient – quelque chose d’imprécis – d’infiniment restreint – presque rien en vérité – et pas même la possibilité d’accueillir…

La seule liberté est l’obéissance consentie – le oui sans résistance – même aux mille non réactifs et spontanés – l’acquiescement à se laisser mener…

Le dehors et le dedans comme seuls maîtres…

La vie assignée – ancillaire – soumise aux forces qui animent l’âme et le monde…

 

 

Des rangées de monde – alignées – côte à côte – disparates – assemblées sans grâce – sans cohérence apparente – selon les nécessités (impérieuses) de l’invisible…

La mer – des corps – des cris – de la nuit partout – des fenêtres fermées – des visages ; aucune place pour la grâce – la lumière étouffée par le gris – à l’intérieur…

De l’écume aux reflets sombres…

 

 

Rien qu’un peu de vent sur un espace neutre – un décor aux allures tantôt de jardin, tantôt de désert. Des noms et de la chair. Et au-dessus, le ciel – blanc – immaculé – presque irréel…

Nos vies – ce que nous appelons nos vies – comme des histoires – de simples – de minuscules – histoires…

 

 

Rien que des cris – et le vent – et le froid – et la nuit. Le berceau du plus sauvage…

Dieu impuissant face à la matière…

Le silence sans mémoire – sans geste de salut…

Le vivant déchiquetant et déchiqueté…

Le souffle inquiétant de la mort qui rôde au-dessus – au-dedans – encerclant – enserrant tous les survivants provisoires…

 

 

Ce qui rampe – lentement – vers la liberté…

 

 

Au-dedans – le secret recouvert d’inutile – le mystère creusé dans la masse – et mélangé à la matière…

Se défaire – ôter – pour découvrir la lumière…

 

 

Le sang – la chair – n’ont pas de nom. Il n’y a que nos visages pour se croire singuliers – et prétendre à une distinction. On leur a (trop) appris à différencier les formes et – à présent – ils ne voient plus que toutes sont prises dans la même masse – mêlées – mélangées – ensemble – inséparables – sous la même emprise malgré leurs efforts de différenciation…

Rien – en vérité – ne peut être ôté ; ce que l’on arrache – l’infime part que l’on arrache – découd – défait – tous les fils de la trame…

 

 

On croit vivre – en vérité – on nous anime – pièce d’un puzzle mouvant. Main d’un Autre qui tire les ficelles. Ça respire même sans volonté. Ça regarde – pas même médusé – la masse rampante et monstrueuse. C’est l’œil au-dedans aveugle au regard du dessus – qui surplombe. Ça ne jouit qu’aux alentours de ce que l’on imagine être ses propres membres – sans nous réjouir de l’ensemble qui avance en beuglant – aveuglément – qui tourne, en vérité, sur lui-même – incapable encore – à travers ses milliards d’antennes – de se tourner vers le ciel – l’infini – cette présence sidérante…

 

 

Rien que des voix et des noms prétentieux. Des vies routinières – mécaniques – sans bouleversement – trop confortables – trop ronronnantes – trop ensommeillées…

Ça court ou ça s’enfonce – on ne sait rien faire d’autre – le mouvement fébrile ou l’enlisement. De l’air et du sable – ce qui nous constitue – ce qui est devant nous – sous nos pieds…

 

 

Rien – des traces sur le jour naissant. La main de Dieu qui décide à travers la nôtre qui tremble…

L’empreinte des démons et du langage. Quelque chose d’épais fait de syllabes et de malédiction…

Le cours intranquille – le cours tourbillonnant – des choses – et tous les faux repères que nous créons pour nous donner l’illusion d’une existence distincte de ce fatras – comme si nous pouvions avoir (ou nous offrir) la moindre épaisseur…

Un enchevêtrement de sang, de ronces et de roches avec un peu de ciel au fond de l’âme et une cascade d’eau fraîche entre les tempes – et, au-dehors, tous les vents de la terre…

Et ce feu – partout – qui finit par tout consumer – par tout transformer en cendres – les choses en soi – toutes les choses du monde…

 

 

Tout finit par disparaître – au fond du silence. Ce que nous appelons le jour – la mort – l’esprit – la vérité – rien ne peut résister à l’abîme éternel – qui rappelle à lui toutes les choses qu’il a enfantées…

Le mystère dans sa boucle récurrente – impossible à arrêter…

 

 

La mort – comme les pages d’un livre qui se tournent lentement sur les visages – derrière les masques – celui du rire comme celui de la grimace – le squelette ardent qui, peu à peu, se dessine – à traits de plus en plus épais – comme une étendue blanche qui se déploie – et qui grignote, jour après jour, le noir de nos vies – le noir de nos âmes…

 

 

Du monde et du dénuement…

Vivre à l’épreuve des faits – sentir l’âpreté – la bouche pleine de terre – autant dans le ventre que dans l’âme – de son vivant avec cette matière – la même qui nous recouvrira à nos funérailles…

 

 

Rien au-dedans – aussi vide qu’au-dehors. Le même silence – la même solitude – l’ordinaire des choses – ce qui passe sans jamais s’arrêter. La vie – le temps – le rire – à petites doses – celles que l’âme réussit, parfois, à attraper…

 

 

Ce qui a l’air d’être et ce qui est – tâchons de faire la différence…

En vérité – rien ne peut être saisi. Il nous faut seulement être – et vivre en s’abandonnant aux événements – au cours des choses – laisser son existence aux mains du destin – et le laisser célébrer ce qui s’offre – sans attente – sans exigence…

 

 

N’être que soi – personne – face à rien. Ni chose – ni visage – pas même un murmure. Le goût du ciel et du silence dans l’âme – simplement – il semblerait que nous n’ayons rien d’autre…

 

 

Quelques restes de nerfs à vif et un fond de tristesse – pour ne pas oublier la misère du monde – le malheur d’être né sur terre – ce si bref séjour dont on ne tire (en général) aucun avantage – aucune leçon – aucun bénéfice – un temps mort et morne – douloureux et triste (à mourir)…

Regardez donc les arbres – les bêtes – les hommes – la misère des vivants malgré les rires – les fêtes – le décor et les conditions d’existence que l’on essaye de rendre moins âpres – plus confortables – malgré toutes les tentatives pour oublier la vieillesse, la maladie, la solitude, la peine, la douleur, le manque, l’ignorance et la mort – malgré notre acharnement inutile à transformer les apparences – rien n’est en mesure de nous soustraire à l’indigence et à l’infortune…

 

 

Des larmes sans pourquoi – pour d’invisibles raisons – les plus essentielles – les plus vitales – celles pour lesquelles on serait prêt à mourir…

 

 

Sur le seuil d’un autre monde – inquiet – grimaçant – puis, condamné à vivre sur la pierre – seul face au ciel – avec toutes ses interrogations…

 

 

De la matière du sol au ciel – et même la tête en est pleine. La seule espérance ; la possibilité de faire un peu de vide au-dedans…

 

 

Dans le linceul – enfin seul – en plein ciel…

 

 

Des tourmentes et des portes trop incertaines…

Ça avance – péniblement – ça devient ce que ça peut. De temps à autre – une prière – histoire de se remettre d’aplomb – de retrouver des rails plus confortables – de dénicher une destination moins triste – de suivre un chemin mieux balisé – de rendre le voyage moins périlleux…

L’aventure – toute tracée – de l’homme…

 

 

Des lieux – mille lieux peut-être – au nom inconnu – au nom sans importance – des pierres aux marges des chemins – parfois de l’autre côté du monde – là où les hommes (bien souvent) perdent la tête – là où tout bouge sans cesse – là où tout se confond – où tout tourne à l’envers de la raison – sur l’autre versant de l’esprit – sur cette pente escarpée, sans cesse, balayée par les vents – là où les pieds sont inutiles – au cœur de cet espace où il (nous) faut cheminer avec l’âme – les mains devant soi – paumes ouvertes – sans mendicité – sans prière – offerte(s) simplement…

 

 

Ce que nous avons sous les pieds – dans les mains – sur les épaules – entre les tempes – au milieu du visage – au fond de l’âme ; la même chose – la même matière – différentes facettes de l’invisible…

L’essentiel – sans les histoires que nous y ajoutons – à la manière des rêves qui tournent dans la tête…

 

 

Du vent – face au visage – plaqué contre le front – et qui pousse – et qui pousse – et, soudain, après mille siècles de lutte (acharnée), la résistance qui cède – et des larmes qui coulent sur les joues…

La tendresse et la tristesse nées de l’abandon…

Le commencement, peut-être, d’une vie nouvelle…

 

 

Jamais plus loin que le mur qui nous fait face – et, souvent, cela suffit – une vie à l’étroit – sans rien à l’intérieur – creuse en quelque sorte. Et plus rarement – l’âme libre – curieuse – aventurière – tenace – qui, peu à peu, découvre l’étendue du monde – l’immensité au-dedans – l’infini qui se conjugue en soi – sans la nécessité de l’espace – sans la nécessité de l’Autre – sans la nécessité du temps…

 

 

A attendre là – sans bouger – que le reste du monde nous emplisse – comme un sac sans fond – comme un sac, sans cesse, affamé…

 

 

Ce que l’on aimerait – rien qu’un grand silence au fond de soi – indifférent aux tourbillons d’air qui nous entourent…

 

 

Entre – le mot qui résume à peu près tout – disons l’essentiel…

 

 

Il n’y a rien derrière les mots – les mêmes murs que devant nous…

Nous ne vivons pas – en réalité, nous sommes enfermés…

 

 

Rien qu’une corde et quelques rêves. Certains se hissent à la force des bras – d’autres jouent les funambules – mais, dans les deux cas, il n’y a rien – ni personne – sur la corde. En vérité – il n’y a ni corde – ni rêve – une simple (et mystérieuse) matérialisation de l’invisible qui se prolonge indéfiniment – et sur laquelle les choses et les silhouettes dansent comme des reflets – comme des images – comme des tourbillons d’air dans le vide…

 

 

Du sable – comme du rêve – un peu partout. Le monde qui continue de tourner – la parole en boucle – comme (presque) toutes les sphères – sur son orbite…

Le cycle étrange de la poésie – ou ce qui s’en approche – des galaxies inconnues qui jouxtent le sol le plus trivial – l’étreinte de l’étrange et de l’ordinaire…

Un peu de vent – un peu d’air pur là où l’on vit – au milieu du sable et du rêve…

 

 

Tant de fureur et d’ignorance – l’esprit effervescent – perdu au cœur de sa propre géométrie – cherchant à tâtons – les paumes contre les murs – un chemin dans le noir…

 

 

Trop peu de soleil au-dedans de la tête. Et trop de possibles aux alentours – comme autant de manières de s’éloigner – de se fourvoyer – de s’enfoncer dans le noir. Comme autant d’étapes nécessaires – sans doute…

 

 

Des pas – à reculons…

De plus en plus proche de soi – de la lumière…

Et le monde derrière – au-dessus – qui s’éloigne…

 

 

Du silence – tantôt comme un mur – épais – infranchissable – tantôt comme une verrière – le lieu de la chaleur et de la lumière…

 

 

Trop de mythes – d’histoires – de légendes. Trop de récits pour tenter de donner un sens à ce qui – très aisément – s’en passe…

 

 

De l’espace – de la terre et du feu – sans la moindre équation à résoudre…

L’instant où tout a lieu…

 

 

Le monde comme un dédale. Et l’invisible sans la moindre géographie…

 

 

Rien que des choses qui s’entassent – qui s’empilent – en vain…

L’innocence, elle, ne s’encombre de rien. La plus légère – et la plus belle – manière d’aller de par le monde – aussi vide et accueillant que l’espace et le silence – l’extrême pointe de la solitude peut-être – prête à recevoir ce que les Autres appellent le reste…

 

 

A bonne distance du monde – là où la solitude et le silence sont (encore) possibles – les yeux dans le couchant – le ciel bas – très proche – recouvrant la soif d’un ailleurs – le front déjà au-delà – au seuil de ce qui dépasse le sentiment d’exister – aux confins, peut-être, d’une naissance hors du sang…

 

 

Du jour – comme un monde nouveau – au-delà du noir énigmatique – un peu effrayant…

Une migration impromptue de l’ombre vers la clarté – de la matière vers l’invisible – comme seule réponse possible à la nécessité – au besoin de justesse – à tous les impératifs du réel…

 

 

La fiction – par séquence – disparaît – n’a plus de raison d’être. Le rêve – les apparences – comme le prolongement de l’ombre en quelque sorte – s’estompent – s’effacent peu à peu. Tout explose et s’accélère – comme un feu dans la tête à l’assaut des images – des repères – de tout ce qui nous a toujours consolé de l’ignorance et de l’incompréhension…

 

 

Du temps entassé – des os et des ombres contre les parois. Toute la virtualité du monde. La nuit de moins en moins manifeste. L’invisible qui nous traverse – qui nous parcourt – qui nous constitue – vibrant – en première ligne – à présent…

 

 

L’éternité – sous le masque de l’éphémère…

L’essentiel vêtu d’oripeaux – la vérité sous ses multiples bannières – le jeu du ciel donnant au silence tous les visages. La nuit et la lumière – main dans la main – complices de tous les mélanges – de l’opacité jusqu’à la transparence – des larmes jusqu’au rire – et inversement – sans tristesse – sans gravité. Le voyage des atomes – des vibrations – des courants – le plus simple et l’arc-en-ciel – comme, peut-être, la poésie la plus ancienne…

 

 

De mort en mort – presque sans âge – porteur d’un si long passé – ce qui change sans changer – ce qui roule en contrebas du monde – ce que l’on récupère – ce que l’on entasse – ce que l’on perd – le même jeu millénaire – l’éternité sans repère…

 

 

Le souvenir d’autres rives – sans hallucination – de très hautes – aux confins du visible – en partie immatérielles – et de très basses où les instincts étaient vils – la seule loi possible – enfoncés dans la matière la plus grossière…

Et – à présent – ce rivage inconnu – peuplé de visages humains – cette terre étrangère où tout est mélangé – en demi-teinte – comme un axe médian qui ne connaît aucune extrémité – où rien ne se hisse réellement – où rien ne dégringole véritablement – où tout se mêle, d’une quelconque manière, à la moyenne – la commune mesure – en somme…

 

 

Un soleil au bout des doigts – que l’âme maintient vivant – nourri par le feu qu’elle abrite – pour qu’un peu de ciel habite la main – et donne au moindre geste une envergure et une justesse…

 

 

Une route – une page – une vie peut-être – qui se dessinent en marchant – en traversant chaque expérience…

Chaque brûlure vécue comme la conséquence de l’épreuve du feu…

Le destin cloué dans la chair vivante pour que la parole demeure fidèle à l’essentiel – à la vérité…

La douleur et l’âpreté comme garants du refus du bavardage et de la frivolité – de l’inutile et de l’inconséquent…

Le signe – presque la signature – d’une existence – d’une écriture peut-être…

 

 

Devant soi – comme un monde à l’envers. Les baisers du soleil à la pluie – et la main délicate du vent qui ouvre toutes les portes de l’âme pour que communiquent le dehors et le dedans…

Tout – comme un miroir qui dilate le regard – les yeux de la joie sous les paupières – rien qui ne puisse leur résister – pas même le rêve – pas même la mort…

 

 

Un silence parmi mille paroles lancées par ceux qui ne comprennent pas – et qui n’en ont pas même conscience – des ignares et des aveugles dans le fracas – donnant, chacun, sa version du monde selon les éclats tombés autour de lui…

Et l’on voudrait nous faire croire que la sagesse vient des livres – et qu’elle s’apprend ainsi – en écoutant ceux qui se tiennent éloignés de toute vérité…

Pour commencer (un peu) à voir – il faut laisser le silence nous dépouiller de tous nos mensonges…

 

 

Tout vient obscurcir (ou effacer) ce que l’on prononce lorsque les mots se tiennent trop éloignés de la vie – lorsqu’ils n’aspirent qu’à séduire (et à tromper) le monde. Le silence est une chance – celle (entre autres) de découvrir ce que cachent les visages et le langage – comme l’écho d’une origine lointaine – avant que naissent les élans – juste avant que ne commence l’histoire du monde…

 

 

Tout s’effondre – et est balayé. Rien ne reste – rien, bien sûr, ne peut rester – excepté ce qui regarde dont le socle se situe hors du monde et du temps – loin des blessures et des blessés – le centre même de l’infini – le centre même du silence…

 

 

L’Absolu quotidien – l’extrême liberté sans que la volonté s’en mêle – le grand acquiescement à l’émergence du plus naturel – du plus spontané – y compris, bien sûr, les refus et les résistances – non dogmatique – et non théorisable – vécu dans l’instant avec l’esprit vide et ouvert – et qui, pour le rester, doit (sans cesse) soustraire – et effacer – ce qui inlassablement vient l’encombrer – le souiller – le corrompre…

 

 

Une vie sans règle – presque sans visage. Une parole – un univers – des chemins qui se croisent – celui de la page et celui des forêts – les signes de l’invisible. De l’envergure au-dedans qui se marie à l’immensité du dehors – sur toutes les hauteurs. Et des ombres – encore quelques-unes – dans le sang. La sauvagerie du fauve hors les murs. Une existence toute simple – avec de moins en moins de tête…

 

 

Ce que l’on soustrait – en même temps que s’effacent les barreaux…

Personne – au centre de la solitude…

Du rêve au destin qui s’immisce – qui s’installe – qui s’aventure au cœur de notre vie – présent dans chacun de nos gestes – jusqu’au plus infime – jusqu’au plus anodin…

La ligne de crête sur laquelle on marche – le pas juste et quotidien – entre le rêve et la chute – entre l’alourdissement et le sommeil – au milieu des ombres – sous les yeux de quelques Autres parfois (trop rarement peut-être) – les pieds sur leur fil – confiants – parcourant les cimes – caressant le sol – marchant indéfiniment au-dessus de l’abîme…

 

 

Sur la pente de l’errance magnifique – où ni le temps – ni la pierre que nous foulons – n’ont d’importance. Les jours – la mort – la fiction des visages – la légende de l’amour – ont beau se réinventer – nous nous tenons à distance – à l’écart – entre les hauteurs et les fossés – jamais sur la route des cimes – ni sur les sentes souterraines – la poitrine – comme l’âme – plongée au cœur de l’invisible – de ce que l’on est bien en peine de noter sur ces pages – faute de mots – faute de langage approprié peut-être. Le vide lucide derrière la multiplicité et l’enchevêtrement des identités – des têtes dans le miroir qui jamais ne se ressemblent et dont aucune n’est absolument la nôtre…

 

 

De la chair sans consolation – matière brute fragile – indécise – trop grossière pour l’éternité – avec des yeux trop fermés pour qu’elle se dévoile…

A vivre comme si nous n’existions pas…

 

 

Défaits – brisés maintes et maintes fois – puis toujours renaissants – prisonniers du cycle combinatoire. Et l’invisible – mêlé – au-dedans – presque entièrement recouvert – relégué à l’impotence – à l’impuissance – incarcéré sous des couches de sommeil millénaires…

 

 

Une identité – mille identités – à effacer. Un monde – mille mondes – à briser – avant de renaître – de retrouver l’air libre…

La folie souterraine et l’apprentissage soustractif de la liberté – jusqu’à vivre la chair simple – pure – naturelle – et l’esprit posé bien au-delà de l’intelligence humaine – dans la proximité d’un (ineffable) infini…

Des siècles et des siècles de pesanteur pour découvrir, peu à peu, la légèreté du souffle dans son sarcophage d’argile…

 

 

Des parcours comme celui du fleuve – vers l’immensité. Et la matière prise dans la récurrence du cycle…

 

 

La nuit sans ajout – sans embellie – brute et sauvage. Le monde pris entre ses tenailles barbares. Le signe de l’indéchiffrable. Et autant de preuves sur nos visages énigmatiques…

Aucune réponse au mystère – à la réalité. Ni temps – ni appartenance. Le jour à découvrir – ou, à défaut, à réinventer. La seule question qui vaille…

 

 

Une géographie à explorer en commençant par la chair – le cœur et l’esprit suivront – puis, le langage pourra témoigner – si nécessaire…

 

 

Le silence – comme un malentendu – le plus sacré que ridiculisent toutes nos interprétations…

 

 

Seul – dans sa chambre – avec l’immensité au-dedans – face aux yeux. Et la langue volage qui s’aventure au cœur des alphabets – qui combine des sons – qui compose des mots – des phrases – du sens – quelque chose d’imprécis – d’incroyablement sommaire – indigne (presque toujours) de la blancheur de la page – du (petit) carré de vide qui s’offre avec innocence…

 

 

De la terre au milieu du sang – du ciel au milieu de l’âme. Et les soubresauts du voyage pour obtenir le juste mélange…

 

 

Des lignes entre la lune et les loups – des hurlements sous une clarté trop faible – presque symbolique seulement. Des pas sur l’horizon d’à côté – hors de soi. Tout un itinéraire trompeur – balisé – inutile. Une marche autour d’un soleil inventé. Une existence mensongère où l’on occulte – où l’on ignore – la seule rencontre possible – le seul dialogue nécessaire. La tête éloignée de l’essentiel et l’âme (plus que jamais) hivernante…

 

 

Des saisons nouvelles dans l’esprit qui respire – dans un seul battement d’ailes libres – loin du théâtre du monde – loin de l’illusion du temps – au-dessus des brumes abyssales – si épaisses qu’elles protègent la torpeur de ceux qui dorment et rendent (quasiment) fous ceux qui cherchent le jour…

Une lumière nouvelle, peut-être, sur l’univers en marche…

 

 

Être au monde dans l’oubli du monde. Présent – sans personne – des larmes sur les joues – comme la preuve d’une sensibilité vivante – dans la tendresse, sans doute, d’un plus grand que nous…

Au cœur d’une joie si particulière…

 

 

Les hommes – debout – face à nous – comme des ombres prisonnières – éclairées par une lumière légèrement oblique. Nuit aveugle – nuit ivre – nuit ignorante – inapte à déceler la blessure sous le songe – et le feu frémissant dans la pénombre – tout juste capable d’exacerber la cruauté. Des têtes et du sang sur les pierres – l’atroce visage de la mort comme seul trophée…

 

 

L’âge des instincts – détrôné par celui de la raison – détrôné par celui de l’innocence…

 

 

Le monde entier présent à travers nos blessures. La guérison, elle, dépend de ce qui habite la solitude…

 

 

Dieu sans prière – sans imploration. Présence au-dedans – naturelle – invisible – discrète – permanente – dans les tréfonds autant que sur la peau et dans l’air que nous respirons – et cachée, très profondément parfois, dans l’âme – et derrière le visage – de l’Autre…

 

 

Le corps décadent – à genoux – parmi les ruines du monde – dans sa lutte mortelle contre le temps. Et l’esprit au-dedans – prolongement de la chair – si mordu – si rongé – lui aussi – et l’esprit au-dessus si peu concerné par l’exercice de vivre. Regard tendre et silencieux – simplement – sur ce qui s’acharne et espère – sur ce qui s’abandonne et disparaît…

 

 

Dans les contours brûlants d’une parole – matière incandescente – quelques mots nés de la lumière…

Un feu dans l’âme pour éclairer tous les seuils où nous nous tenons…

 

 

Des rives enfouies au-dedans de la terre – cachées derrière l’écran opaque de la mort – étrangement suspendues au ciel. Et des yeux – et des pas – qui cherchent – qui avancent – qui aimeraient découvrir l’escalier d’or – la passerelle des promesses – ou, au moins, quelques souterrains salvateurs…

 

 

Une part de mystère – et tous les chemins qui y mènent…

Des foulées curieuses – incrédules – puis, un jour, rassasiées – sans nécessité de contrées nouvelles – qui ont appris, peu à peu, à ralentir – puis, l’immobilité – l’assise du séant sur le sol – l’intérieur comme seul axe vertical – à la hauteur appropriée – avec dans la tête mille questions qui ne trouvent que la désillusion – et la longue (et lente) traversée de la tristesse jusqu’au silence – jusqu’au sourire – jusqu’à la main tendue – jusqu’aux bras ouverts – vers ce qui s’avance…

 

23 février 2020

Carnet n°222 Notes sans titre

Sur nos lèvres – le cri. Dans notre âme – l’envie de lutter – de résister à la barbarie et à la bêtise ambiantes. Les forces vives de la lumière, peut-être, contre l’obscurité établie – ancestrale…

Ce que l’on imagine à tort – sans doute…

 

 

Du vent pour fracasser les murs – ouvrir les crânes – et percer quelques fenêtres dans l’âme – pour découvrir l’immense étendue blanche…

 

 

Le monde comme oubli – la meilleure façon de purifier l’âme – le sang – et la main dans son désir de geste…

 

 

Le temps particulier de la chute – l’instant où la tête touche le sol – et se réclame de lui. Dans cette alliance étrange qui ouvre le regard – comme un brusque dévoilement…

 

 

Pas de lutte (véritable) – la soumission aux forces en présence – l’obéissance inconditionnelle consentie. Comme pris par un courant ascendant – tourbillonnant – dévastateur. L’âme – la main – le sang – gorgés d’ardeur…

 

 

Vivre – comme un seul air de fête – une (pauvre) litanie – le petit refrain triste des jours – la monotonie des heures – l’ignorance – l’attente et les malheurs – ce à quoi ne peuvent échapper les vivants…

 

 

Nous attendons tous la mort – immobiles – et depuis si longtemps que du lierre grimpe sur notre visage – impassible…

La tête absente – à scruter – infailliblement – ce qui adviendra plus tard – après le règne du monde – sans doute, les forces du pire…

 

 

Dire encore – penser moins – être davantage – à la lisière du monde – au-dessus des visages que nous avons oubliés – l’âme et la main fidèles – solides – qui confient la barre au vent – qui s’abandonnent à la dérive et à l’errance – à l’itinéraire que choisiront les Dieux…

 

 

De la stupeur devant ces mondes particuliers – plus de vent que de mémoire. Du feu – partout – sur la terre quadrillée par les murs et les territoires…

L’œil – l’angle – qui s’élargit – et l’infime recoin où nous vivons – où nous mourrons – où nous serons, sans doute, enterré – et, avec un peu de chance, dispersé un peu partout pour nourrir les forces nouvelles – les forces naturelles d’un monde nouveau – peut-être…

 

 

Debout – comme le réveil du souffle – le vent dans la montagne – la mort sortant de son long sommeil – les vivants en ordre de marche – prêts (enfin) à vivre sans peur – dignement…

 

 

Ce qui porte – à travers les âges – la braise et le silence – la seule manière, peut-être, de garder les yeux – l’âme et les bras – ouverts…

 

 

La tête trop lourde d’idées – et les pages qui s’affolent – l’encre projetant la boue – quelques taches sur la feuille sacrifiée. La pluie de l’âme, peut-être, qui se déverse – et se répand. Une manière, sans doute, de blanchir le dedans…

 

 

Le noir – plus appréciable à mesure que l’on s’enfonce. Gestes de plus en plus lents – ressentis de l’intérieur – cantonnés à l’instant – à son envergure – à sa richesse – à tous ses possibles déployés…

 

 

La vie intense – souterraine – qui bat entre les tempes – comme un appel – une fenêtre dans l’épaisseur – un tunnel entre l’ombre et le centre – l’infini…

 

 

Tant que le désir de vivre battra en nous – tant que le souffle sera rauque (et extérieur) et le sang insuffisamment intrépide – tant que les yeux n’inverseront pas la perspective – l’intérieur demeurera inconnu – et le temps ne cessera de dessiner la mort sur notre visage…

 

 

Sur la même piste – celle qui s’enfonce – vers ce lieu dont on ne revient pas…

L’échelle décroissante des ombres – avec la lumière – au fil des pas – qui se rapproche…

Le monde qui cesse d’être un festin pour devenir une fête – puis, peu à peu, autre chose – le début du silence, peut-être…

 

 

Aux confins de la lutte et du silence – au carrefour de l’âme et des choses – là où la rouille et la fatigue n’ont plus d’importance…

 

 

Comme une onde – de l’étendue vers soi – au-dedans – de l’immensité vers le centre apparent – l’incarnation de l’infini – l’espace respirant…

 

 

De la chair grise – devenue transparente – au faîte du corps – l’humus transcendé – le monde qui se rapproche, peu à peu, du silence – de la vérité…

 

 

Ce que le jour – progressivement – éclaire – et qui s’avère vide – de l’invisible recouvert d’un peu de terre…

Du sable dans la tête – que les tempêtes font virevolter…

En définitive – tout s’ouvre – ou s’écarte – pour laisser passer l’Amour…

 

 

La nudité de l’âme – du monde – comme les seuls rivages possibles. L’extension de l’origine. Les racines qui se propagent – qui deviennent troncs – branches – lianes – qui investissent les têtes – la terre. La plus vieille science de l’univers – l’alliance – presque secrète – du silence et de la matière…

 

 

Dans la convergence – se prolonge le feu – l’âme devient verticale – sous la voûte – la mort et le soleil – côte à côte – dans une lutte apparente – théâtrale – reléguant le hasard à une (pitoyable) invention – au même titre que le temps – fruits maudits de l’ignorance…

Juste des têtes qui roulent – du sang – de la neige sombre – souillée – et des bouches – grandes ouvertes – qui se pressent et réclament…

 

 

Le monde – les hommes et les bêtes qui pataugent ensemble – dans la boue – dans la terre devenue marécage – les échines collées – la chair indissociable – soumise à une forme terrifiante (et inévitable) de cannibalisme mystérieux – quasi cosmique…

Les lignes horizontales du monde croisant les traits verticaux de la mort. Et à l’intersection – les pierres et les vivants – la matière enchevêtrée…

La faune – la roche – la neige – tous les passagers terrestres – tous les corps – toutes les têtes – plongés dans le magma froid et l’ignorance – avec du feu à la place du sang…

 

 

Au-dedans de la première tête – celle qui est née avant les autres – du temps d’avant le temps – à l’époque des forêts primordiales où les bêtes et la terre se confondaient – où il n’y avait de visage – avant l’invention du froid et de la mort – à l’époque où les âmes avaient la primauté sur la matière – à l’époque où ne régnaient que les yeux – le regard – l’essentiel…

Présence pleine qui, au fil des siècles – des millénaires – s’est restreinte – et devenue aujourd’hui presque inexistante…

 

 

Le rire face à l’épreuve de la mort – de la perte – de l’absence. L’accueil des larmes – les frémissements de l’âme. L’autorisation de la tristesse. Le temps du deuil nécessaire. La possibilité du rite – du langage et du dialogue post-mortem. Exactement la même latitude que celle qui présidait à notre relation lorsque ceux que l’on aimait vivaient à nos côtés…

 

 

Des gestes – une parole – comme au premier jour du monde. Libre de ce prisonnier que nous fûmes autrefois (il y a longtemps) – en un instant – comme une flèche vive – décochée des plus lointaines retraites de l’âme – jaillissant du cœur vers les têtes alentour – les embrochant, une à une, dans un itinéraire précis – parfait…

La spontanéité à l’œuvre…

 

 

Effacé – au fil des passages – de moins en moins – sur le chemin – quelque chose entre le visage et l’absence – une forme à la fois de mort et de lumière. Le destin léger et dense de la matière habitée…

 

 

On se jette dans la vie comme dans la mort – l’âme et la tête en avant – sans filet – au-dessus du froid et de la faim – avec l’aval précieux du plus lointain silence – celui qui nous a façonné – depuis si longtemps – une intériorité irréprochable – affranchie du doute et de la peur…

 

 

La paume ouverte – l’âme prête à recevoir l’offrande d’un autre ciel…

Proche de la jetée qui surplombe l’abîme – encerclé par l’infini…

Comme un saut dans les flammes – au milieu de l’océan…

 

 

Ce qui meurt – ce que l’on oublie – ce que la nuit matérielle entasse et ensevelit – le silence – nos profondeurs inexplorées…

Le monde au-dedans de la conscience…

 

 

Quelques signes sur le sable – esquissés dans la joie – la seule chose qui compte face à la poussière – face au provisoire des choses…

 

 

Un monde sans autre souffle que celui de la nécessité – avec le rêve comme matière – comme perspective – indispensables…

 

 

De grands rites dans l’âme – sur la table – des croyances – des possessions – des stratagèmes…

La volonté apotropaïque – comme si nous pouvions échapper à nos démons…

Un sourire comme le prolongement de nos mains suppliantes…

Le jeu – parfois perfide – de l’âme face au monde…

 

 

L’enveloppe sombre – malgré la lumière (débutante) – le premier élan du soleil dans le gouffre – le feu et le regard nettoyé…

La surface conserve sa teinte jusqu’à la dernière heure nocturne. Après – on ne sait pas – la tête est, sans doute, trop loin pour accorder la moindre importance aux couleurs. Le monde tel qu’il est – quelles que soient les apparences – les querelles et les figures présentes…

 

 

Le destin aussi malheureux que le monde – ni tête – ni âme – le cœur enfermé – et le corps en enfer. Pas l’ombre d’une lumière entre la terre et les étoiles – le noir qui persiste sur tous les seuils…

Les yeux clos ou bandés – les faces ternes – encerclées – des vies – à peine – encastrées – fébriles – réduites à s’apitoyer et à gesticuler entre leurs murs…

 

 

La tête impassible devant l’injustice – avec sur les mains quelques traces de sang (mal effacées) – le cœur placide – la figure rouge et silencieuse – à vivre sans la moindre culpabilité – les yeux presque rieurs…

 

 

Rien qu’un éclat – un bref regard sous l’orage – métallique d’abord – puis rubescent – jusqu’à l’incandescence. Le cœur en flammes – l’âme lumineuse – le corps comme du bois – comme les gestes – consumé. La braise impérissable au fond de la chair – cette matière tendre du monde qui, partout, cherche l’étreinte et le silence…

 

 

Une terre d’images et de paraître que le regard – en un instant – immole – désagrège – pour destituer l’ordre et le rêve et leur substituer la sauvagerie et le réel – la liberté naturelle du monde…

 

 

Quelques rives à franchir avant la mort pour découvrir son versant inconnu – ce visage que les hommes cherchent en explorant la terre – le monde – l’espace – la matière – tous ces lieux où la mort se présente sous ses masques les plus funestes – les plus trompeurs…

 

 

Des oiseaux plein la tête – des fleurs sous les bras – l’âme parfumée portée par des ailes jusqu’au faîte du monde – là où les cris ne sont plus que des chants – là où la joie enlace la souffrance – là où il n’y a plus ni homme – ni arbre – ni pierre – ni bête – que des visages – un long chapelet de visages – ravis d’être ensemble – reliés par l’invisible – heureux de leurs différences apparentes…

 

 

Dans les coulisses du temps – une mécanique artificielle à démonter. Hormis cette image – rien – une ossature de vent sur laquelle glissent toutes les paroles – toutes les tentatives d’explication…

 

 

Le souffle qui s’avance pour balayer l’étrangeté et l’extravagance – les ramener au seuil de la plus grande simplicité – quelques robes à déchirer – des masques et des parures à jeter au feu – une manière de se rapprocher de l’innocence – de la nudité – du vide le moins embarrassé…

 

 

Ce qui s’enflamme avec la voix qui s’élève – la parole – la lumière que les Dieux ont déposée sur notre langue – si loin des mots noirs – des mots rudes – d’autrefois – même si persiste une ardeur un peu sombre…

 

 

Des saisons – en nous – qui s’enfantent. Des signes délivrés – des nuits – par milliers – qui se chevauchent puis s’effacent. La densité et le recul – renouvelés. Comme un étrange chemin dans la chevelure des Dieux. Des gestes illuminés – libérés de la chair. L’effleurement des lois qui président à l’au-delà de l’incarnation. Le feu et la foudre – sans un cri. Sur les hauteurs de l’ancien monde – au seuil, peut-être, de l’ultime…

Et tout – soudain – qui redevient sable – sable et poussière – comme un rêve avorté d’exil et de libération…

La seule vérité de l’instant – sans doute…

L’âme et le monde – tels qu’ils sont…

L’éternelle rengaine – les mille élans et l’impossibilité du changement volontaire…

 

 

Ce que touchent nos mains – de la poussière et de la cendre – rien qui ne mérite d’être saisi. Mieux vaudrait garder les paumes vides – ouvertes – innocentes…

 

 

Rien qu’un récif contre tous les assauts – cette posture – ce langage – effrayants – vue de loin – entendu par mégarde – comme un front de feu qui veille sur les marges et les confins – les terres inexplorées – et que l’on voit enflammer l’horizon – et qui, sans en avoir l’air, trouble la torpeur des yeux et les âmes assoupis…

 

 

Des gestes de dernière instance – pas le moins du monde solennels – simples et naturels – totalement spontanés – comme initiateurs d’un passage – celui de la lumière – du dedans vers l’extérieur – annonciateurs du vide à venir…

 

 

De la faim – comme la terre – mais convertie en grâce – comme un cri qui prendrait des allures de chant – comme une bête avec l’infini au fond du regard – quelque chose d’indéfinissable – d’imprécis – de trop subjectif peut-être…

Le plus désirable du monde – sans doute – avec la main de l’aube sur l’épaule – en guise d’alliance – en guise d’amitié…

 

 

Du silence – au nom d’une blancheur trop secrète – invisible – indécelable tant que les yeux ne seront pas ouverts. Comme un antre mystérieux au cœur du monde – au milieu de la nuit…

Des jours de plus en plus favorables – un destin qui s’affine. L’éradication, peu à peu, de la peur et de la cécité. L’ignorance et le froid qui se consument à mesure qu’avance vers nous – en nous – la lumière…

 

 

Le monde devant nous – à geindre – à ramper dans la souillure – les mains en avant – en prière – mendiantes (presque toujours) – à patauger dans les larmes et la boue – à maudire le ciel – la terre – leurs mystères. Le verbe haut – tranchant – insuffisamment pour percer l’opacité des images – superposées en couches successives – et découvrir derrière la pluie – derrière la grisaille des jours – les chemins du vent vers l’invisible…

 

 

L’écume du monde – ses bulles de rien – dans la vie des hommes – sur leurs lèvres fébriles – impatientes de raconter leurs aventures dérisoires…

 

 

De l’air – partout – jusque dans le sang et la parole – jusque dans l’âme et la tête – si peu conscients d’exister – sans (véritable) gratitude – animés seulement par la faim et la volonté d’atténuer la peur – d’agrémenter la misère et l’indigence de vivre…

 

 

Face contre le vent – à affronter mille bourrasques alors qu’il suffirait de se retourner et de s’abandonner aux forces en présence – de laisser les courants invisibles guider nos pas – notre danse – le jeu léger de l’âme libre et vivante – heureuse des jours qui dessinent, avec justesse, l’itinéraire…

 

 

Des mots criants – parfois – à force de silence et d’incompréhension – qui pourraient renverser le sentiment de finitude – l’irrespect des visages pour l’Autre – pour le monde – pour la vie si ingrate à leurs yeux – dévoiler les arcanes de la matière – la profondeur possible du regard – l’immensité qui s’étend partout – l’absence de frontière entre les êtres et les choses – le feu indissociable du froid – la complémentarité de la nuit et de la lumière – ce que nous sommes – au-delà de la surface et des apparences – l’ardeur et le vide – de fond en comble – et éternellement (bien sûr)…

 

 

Yeux au front – dans le vent – à scruter la moindre bataille – la moindre querelle – la moindre souillure – de l’herbe au ciel – sur ce fil parallèle aux plus hautes crêtes du monde…

Debout – la tête appuyée sur l’invisible – entre deux fragments de matière – la bouche prête à s’ouvrir – la main prête à s’abattre – pour que règnent, partout, le plus naturel et la mort – dans la droite ligne des Dieux – sous les invectives grossières et l’incompréhension des hommes (ignorants)…

 

 

Comme une île au-dedans de soi – où l’âme s’est réfugiée – près du feu qui a enfanté le monde – et qui l’anime depuis toujours – tous les vents – tous les royaumes – les chemins de l’orgueil et de la cendre – et les forces invisibles qui, parfois, se transforment en gigantesque bûcher…

 

 

De la nuit – un peu de nuit – coincée au fond du cœur – dans les veines et le sang – ce que l’absence dispense et honore – le pire du vivant – la périphérie de l’enfer – dans ce cercle qui enserre et étouffe – et qui sème, partout, la mort – et le froid qui recouvre nos épaules…

 

 

La voix défaite face à l’orage – et le silence à la place – comme un brusque étourdissement de l’âme aux prises avec tant de luttes inutiles – l’embourbement et le ressassement de la même parole – de la même incompréhension – le couronnement de l’être au détriment de la mort – enfoncée – fatalement enfoncée – dans le quotidien le plus ordinaire et les gestes triviaux nécessaires à la survie (provisoire) du corps…

 

 

Mots sans âme – mots sans geste – comme amputés – sans portée – inconséquents – hors du cercle – inutiles – comme le prolongement de l’absence. Comme une flamme – creuse – terne – sans air – produite et entourée par un néant fatal…

 

 

Des oiseaux et de la neige dans notre folie. Des ailes et du blanc à cœur découvert. Rien face à la nuit – quelques âmes sur la pierre. Et nos yeux – à leur place coutumière – assis non loin des arbres – en retrait – au milieu de la solitude – ouverts – attentifs – hors de portée de la chair affamée et des têtes avides qui passent – en grognant – le poing levé – le bras prêt à s’abattre sur la première proie qui passe…

 

 

A la veille – toujours – de la plus belle aurore – comme si nous ne pouvions faire naître l’aube ici – à cet instant même…

 

 

Le même destin partagé – entre le feu et l’immobilité – entre la sagesse et la folie – l’ombre éventrée par la lumière – et la clarté dessinée par la pénombre. Une terre de sang et de secrets – des gestes et des lampes pour façonner mille agréments – formes à peine avouables de consolation face à la rudesse – face à la rugosité – de vivre – du monde…

 

 

La prétention et l’aveuglement lavés à grande eau. Les yeux et la psyché nettoyés – et irrigués, à présent, par du sang neuf – purifié – porteur de lumière et de vent – avec dans l’âme – l’humilité ultime – sans même un habit – sans même une bannière – perdue – anonyme – parmi la masse orgueilleuse…

Comme du feu revitalisé au-dedans d’une vieille souche – comme un regain – le sursaut postérieur à la mort (apparente)…

La manifestation évidente de l’invisible dans le monde des apparences – le mystère à l’œuvre au milieu des images – au milieu de l’illusion…

 

 

De la nuit – une masse informe sur notre visage – qui dégouline – et s’insère au-dedans. Le gris qui nous submerge – qui nous engloutit. Au bord de la noyade – l’âme et le feu malmenés – martyrisés – pris entre la volonté de résistance et la fuite…

 

 

Du vent – du sang – du ciel – et la lumière qui nous pénètre – qui retrouve la place que la tête occupait…

Des gestes – une présence – des pas légers – rien qui ne s’impose – rien qui ne piétine…

Rien qui ne puisse renverser la mort – interrompre son règne (si nécessaire) – mais une âme prête à naviguer sur des eaux inconnues – à aller au-delà des rives visibles. Mûre, sans doute, pour le voyage – et, peut-être, pour la sagesse…

 

 

Du bleu – comme au premier jour – après des siècles de terreur et d’embrasements inutiles – des seuils franchis en vain – du sang versé et du labeur acharné…

La terre la plus venteuse où les souffles, à chaque instant, chassent la nuit – ses velléités invasives – où la parole vive – brûlante – martelée – transforme le sable et la pierre en marbre – en socle propice – souriant – sur lequel peuvent (enfin) cohabiter les fleurs, les arbres et les visages – la terre, peut-être, d’un monde nouveau…

 

 

Le lieu de la parole et du désert – le sol chancelant et silencieux – plus réel que la pierre et le ciel abstrait – inventé – métaphorique – plus accessible que les portes allégoriques. Des nuages moins consistants que la brume épaisse au-dedans des têtes. La lumière promise sur le petit carré blanc de la page – comme un soleil vif sur l’âme et la chair – la possibilité d’une appartenance et d’une reconnaissance réciproque… 

 

 

Du bruit – de l’air brassé – ce qui semble, sans cesse, se réinventer. Ce avec quoi on emplit son âme – sa vie – le monde…

Du décor et de la décoration – rien d’essentiel – rien de consistant…

De la nuit et du vent – la substance de l’esprit – de tant de contenus et d’échanges entre les vivants…

 

 

En ce lieu que le monde et les Dieux (nous) ont choisi – un pied au-dedans de la faille – un autre au-dessus de l’abîme. Le regard franc – droit – direct – et cet éclat singulier au fond des yeux. Un feu opiniâtre qui cherche l’Absolu…

 

 

L’âme qui se livre – la main en attente de gestes nécessaires. Tout qui s’interpénètre malgré la froideur du monde et des visages – comme dépossédés de leur centre…

Le silence – au sommet de nous-même – au-dessus du sang – au-dessus de la tête. Et les ombres alentour dévalant leur pente rocailleuse…

Le désert et la solitude – au plus proche. L’être et l’aube – main dans la main – sur les plus hautes crêtes du monde. Les obstacles jetés au fond de l’abîme – les vitres pulvérisées – et les lèvres – et la joue – offertes – pour recevoir le premier baiser de l’innocence – les premières caresses du jour…

 

 

L’accueil et l’étreinte pour échapper à l’absence et à la mort – à l’idée (toujours séduisante) de l’Autre – de mille Autres. Plutôt le silence recueilli que la folle espérance d’un sourire – d’un partage – d’une caresse. Les deux pieds sur la pierre – face au monde – face au ciel et à l’océan – face à ce qui vient – à ce qui surgit en – et devant – soi plutôt que la certitude – plutôt que les petites lampes du monde – plutôt que la négligence et l’oubli…

 

 

A deux doigts de ce qui simplifie – de ce qui embellit – de plus en plus loin des rives habitées par les hommes…

 

 

Fardeau du ciel sur l’épaule – nous allons ainsi sous la lumière indifférente des étoiles – dans la poussière de trop étroits chemins…

 

 

A demi lâche – à demi-guerrier – selon les circonstances et les appuis – et, plus que tout, selon l’état de l’âme à l’instant du choix (de ce qui s’impose) entre la fuite et la saisie des armes…

 

 

De la sueur – la semence du labeur – sur le front – sur la peau – de l’homme qui s’épuise à la tâche. L’âme humiliée – asservie – les pieds et les poings liés aux nécessités de la subsistance – sous le règne écrasant de l’organique…

 

 

De la cendre sur le visage – comme un masque – celui des ténèbres sans espérance – sans guérison possible – l’ombre accrochée à toutes les faces – l’existence souterraine…

Ni vent – ni soleil. Le pas suivant – le jour suivant aux allures de nuit – comme seule issue – comme seule possibilité…

Le souffle trop faible pour pousser un cri – fomenter une révolte – juste de quoi respirer – et reprendre haleine pour poursuivre sa besogne – obstinément…

 

 

Bandeau sur les yeux – à mordre la lune pour se donner un peu de courage – assouplir les liens qui nous enserrent – qui nous attachent – qui nous emprisonnent – et la terre qui éponge la sueur que déversent nos efforts et nos pas…

Quelques mètres – à peine – qui nous séparent de la sortie des cavernes. Des rochers aux tours de béton – guère plus qu’une longue foulée – la même faim – la même chair – au fond du ventre – et les mêmes larmes – l’impuissance et l’incompréhension identiques – la vie et le monde – les mêmes énigmes – le même mystère véhiculé dans la langue (toujours inaccessible) des Dieux…

 

 

De l’or déposé en nous – enfoui – secrètement – on ne sait où…

Le voyage – toujours le même – à travers une infinité de chemins – pour dénicher le trésor – la marche sans pas – sans réel péril – mille manières de traverser la tentation des hauteurs – pour s’enfoncer au-dedans de la chair – pour découvrir l’insaisissable…

 

 

La fumée céleste sur les sommets – reflet de notre déracinement – de notre inconsistance. Les racines inversées – sans socle – sans attache – la liberté d’être – du voyage – entre terre et ciel – sur les eaux vives – chargées de tous les possibles…

 

 

Toute la terre que l’on charrie – que l’on amasse – pour se construire – et dont il faut, un jour, se débarrasser pour retrouver le ciel léger – notre identité sans poids – sans appartenance…

 

 

Rien qu’un trajet – un seul – jusqu’au centre – jusqu’au plus vivant…

 

 

Une surface lisse – blanche – sans dédale – aux profondeurs envoûtantes et lumineuses…

Au milieu du vent – sans le moindre signe de soumission – le sang comme la seule marque du vivant – la seule preuve de notre appartenance à la terre. Le regard clair – autant que l’âme enjouée – discrète. Et dans le cœur – retranché – secret – le mystère désossé – décortiqué – et la sensibilité vive – intense – (quasi) permanente…

Et l’eau qui ruisselle – et l’eau qui emporte. Rien qui ne reste – rien qui ne puisse rester…

Tout – nous – en nous – comme une outre ouverte – éventrée – à travers laquelle passe le monde – une flaque qui s’étend – puis, une étendue où se reflètent la lune mystérieuse – l’or des étoiles affranchies du rêve des hommes – les yeux du temps purifiés – libérés des siècles – la possibilité balbutiante d’une nouvelle civilisation – peut-être…

 

8 mars 2020

Carnet n°226 Notes journalières

De la chair et des rêves – trop sonores pour nous…

Des mains et des âmes – trop barbares pour nous…

Il nous faudrait davantage de solitude et de silence pour ne pas succomber à la tentation du pire ; éradiquer le mal par le mal…

 

 

Ce qui se donne – à travers les yeux – mille signes possibles comme autant de preuves que l’invisible agit sur – et à travers – nous…

Le monde – des milliards de fils enchevêtrés – tous reliés ensemble – imperceptibles…

 

 

Tout se dessine sur la surface du monde – guidé par la main souterraine et la main aérienne des Dieux – le ciel et les profondeurs jouant avec leur mine de plomb – esquissant des traits sans importance – inventant des choses et des liens – et les effaçant peu après – créant des chemins – mille arabesques et des gouffres noirs dans lesquels, un jour, tout finira par disparaître…

 

 

Des oiseaux et des tambours plein la tête – pas une cacophonie – une symphonie de lumière…

Un peu de terre – un peu de ciel – affranchis de la mort et des sanglots…

Le long reflet de nous-même nous embrassant – l’étrange étreinte des Dieux au fond de notre âme…

Un chant suspendu au-dessus des visages…

Un courant de joie et de poésie…

Quelque chose d’impromptu – une grâce sans autre explication que l’apogée de l’innocence…

 

 

Un cœur sans heurt – sans passion. Le monde vu depuis l’immensité. Des dynasties de passage – incroyablement éphémères. Et autant de songes que de visages. Toutes les têtes endormies – titubantes – sur la pierre. Et cet œil qui regarde les morts et les vivants sans sourciller – sans faire la moindre différence…

 

 

Sur la pierre – les yeux fermés – l’esprit immense – traversé par mille choses – le monde à désapprendre. Des éclats de lumière qui désarçonnent la nuit – l’aveuglement façonné depuis des millénaires…

 

 

L’immensité blanche – et nos yeux encore trop verts. Et l’horizon – en nous – qui se déploie – la marche bleue au-dessus des miroirs devenus inutiles – au bord du pays des sources – sur le chemin des ronces – la nuit escaladée à mains nues – et, sur l’autre versant, ce que l’on aperçoit – au loin – le centre du cercle…

 

 

Des forêts alentour – à l’intérieur – dans le corps – le même soleil – et, à la fin, l’immobilité des figures téméraires – de la fougue à la terre – des tentatives à l’humus. L’enfouissement pour des siècles – pour des millénaires – pour l’éternité peut-être – sans autre bruit que les pas (feutrés) des vivants sur le sol au-dessus…

 

 

Du même espace naît (peut naître) un autre temps – sans ellipse – sans parenthèse – comme une fenêtre continue qui condamne toutes les tentatives de prolongement. Un temps – sans mort – sans déplacement – sans perspective. Le même plan qui se répète – qui se réplique – mais jamais à l’identique. Une manière, sans doute, d’éviter l’effondrement et de donner à la récurrence des airs frais et naturels…

 

 

Ce qui tourne avec nous dans le feu – choses d’un instant sur le sable rouge – du centre de la spirale des heures à la pointe du jour. Le noir sur son lit de braises – de la chair – des rumeurs – de la destruction…

 

 

A genoux – en prière – et, parfois, en pleurs – de la naissance jusqu’au grand âge – la tête condamnée à la folie ou au billot – le sang de l’étreinte avec la lame pour inciser les sphères du mal – s’en défaire – et les laisser se répandre dans les eaux qui rejoignent l’océan…

Le délaissement des amas pour faire place au vide – et devenir l’un de ses parfaits reflets – sans attribut…

 

 

Des danses sur les pierres rouges. La lumière – au loin – sur nos (tristes) inventions. Tout comme un miroir réfléchissant notre inhumanité…

 

 

Tout contre nous – le labeur et le rite – le passage des forces féroces – la plongée cruelle dans la nuit déconstruite…

Notre chant parmi les ruines et le cri des Autres – emprisonnés…

A gesticuler au-dessus de l’enseignement des Dieux comme si le jour n’était qu’un rêve – une vague promesse – la réalité d’un versant trop lointain…

 

 

Un autre horizon que celui de la clarté…

Des jeux sensationnels pour atténuer le gris tragique du monde…

Tout inhumé – recouvert et caché afin que le lisse devienne l’apparence idolâtré(e) par l’œil…

 

 

Rien sur nos épaules – l’immensité légère – l’espace dilaté de l’origine. Rien sous nos pas excepté les derniers éboulis du monde et la sente pentue de l’esprit. Dans les mains – le vent et quelques grains de lumière. Et derrière nous – le soleil dans son plein équilibre…

 

 

Les jeux barbares des hommes retenus en contrebas. Du pouvoir et du sang plein les mains. Assujettis au manque – à la faim – aux instincts – l’âme jamais affranchie de la moindre soumission…

Bourreaux victimes de leur propre violence qui font régner autour d’eux l’horreur et la crainte – la marque des rois sans légitimité…

 

 

De la pluie – noire – dense – sur notre visage gris – jonché de poussière. Le labeur souterrain de l’homme exposé à la tristesse du monde extérieur…

Pas le moindre chant – pas la moindre récompense. Le désert et l’indifférence – un espace sans âme. Seul face à Dieu – aux forêts et aux rivières…

Blessé – sans enseignement – sans personne. Dans le jeu trouble de la lumière – entre braises et clarté diffuse – le délitement progressif de la nuit…

L’attente de l’instant – comme une rosée salvatrice sur la soif et la récurrence des jours – longs – ternes et tristes. Sur le seuil imprécis – variable – qui sépare le dehors du dedans…

 

 

Des gestes inscrits dans le pacte mystérieux des Dieux – une perspective où tout est uni – ensemble – d’un seul tenant – ciel et terre mélangés dans l’âme – le naturel et le spontané libérés – couronnés et célébrants…

 

 

Seul – parmi les arbres fraternels – sur la pierre consolatrice – debout face à la rivière majestueuse – fidèle à sa pente – gorgée de boue et de soleil – magnifiquement vivante…

 

 

Tout est arabesque et mosaïque – axe central – originel – et tableau de figuration – rire et coït – déploiement et pourriture – dans l’épaisseur de l’ensemble – yeux parfois – regard plus rarement sur l’eau, le vent et la braise combinés – exultants. Le royaume du rêve et de la brume – de la sève et du mélange. L’étrange patrie des vivants sur terre – oublieux des origines célestes…

 

 

Dans le ventre de l’oiseau – le soleil en flammes – l’élan du souffle cristallin – le chant qui monte vers le ciel en toutes occasions – naissances et funérailles – joie et tristesse – amours et deuils – en toutes saisons…

De l’hiver à l’automne suivant – quelques syllabes répétées chaque jour – hymne à tous les passages – à ce qui se dissipe – à toutes les heureuses infortunes – autant qu’à ce qui demeure vertigineusement immobile. Le monde tel qu’il est – et, toujours, mille fois transformé – remanié – recommencé…

 

 

L’inévitable cours des choses qui nous entraîne – qui nous emporte – mille tourbillons dans la petite cuvette du monde. Des noyades et des archipels – des vertiges et des évanouissements…

La géographie de tous les lieux – ceux du désastre et ceux de l’attente – en minuscule – dérisoires…

 

 

Dispersés sur la page – du silence et des signes – la marque des Dieux et celle des hommes – la nécessité qu’éprouvent, sans doute, toutes les bêtes métaphysiques…

 

 

Des virages furieux et des à-pics – la blancheur des lignes dans le regard amoureux du monde. Ce qui tombe sur ces pages – dans un ordre spontané inventé (à cet effet) par les Dieux. Des angles brusques et des abîmes rugueux. Quelque chose entre la spirale et le labyrinthe – limpide – aisé – transparent – avec des recoins sournois – inattendus – surprenants. L’aire à la fois de la chute et de l’envol – de la révélation et de l’enlisement – avec, il me semble, tous les possibles offerts…

Les couches géologiques du poème – en somme…

 

 

Comme le monde – les édifices – les jeux et les alphabets – somptueux et provisoires. Le dérisoire au creux de la paume – entourés de silence – comme des grains dans l’espace – de la matière et des sons qui s’assemblent et se dénouent…

La vie chimérique des humbles et de l’anodin. Ce qui patiente – ce qui végète en attendant le jour et des bras plus accueillants…

 

 

Les mille versants du même mystère – racines au cœur – et fleurs qui poussent sous le front – soleil dans la main – et entre les lèvres – le jour – l’espace autant que l’averse et la nuit…

L’équilibre parfait du silence et de l’éternité transparente – l’incandescence de l’invisible – tous les signes d’un Dieu vivant – en nous – en tout – l’unique chose qui soit – sans doute…

 

 

Du monde engagé dans la pénombre – les mains brûlantes – la tête édifiée comme une tour – l’âme docile – soumise à la volonté et aux images façonnées au fil des générations et véhiculées par la mémoire collective. L’homme-bête doté de la cognition de l’animal supérieur…

Ni conscience – ni esprit – ni verticalité…

Le grand singe bipède qui perd, peu à peu, ses poils et un peu du reste – son animalité, somme toute, très grossière…

Des instincts et des représentations (vaguement organisés) – l’un des stades les plus élémentaires – les plus primitifs – de l’intelligence…

 

 

Des cimes trop belles – trop verticales – pour ceux qui se frappent encore la poitrine – qui exploitent – envahissent – assassinent – qui tirent fierté de leur civilisation et de leur règne – et qui tiennent en si haute estime leur nécrophagie qu’ils ont sophistiquée à l’excès…

Quelques neurones ingénieux sur un tas d’instincts, de chair et d’excréments…

 

 

Entre le bleu et les flammes – nos folles saisons de solitude…

 

 

Les yeux ouverts – face au ciel et aux montagnes – parmi les arbres de la forêt et les grands rapaces qui tournoient en silence au-dessus de notre tête…

Des heures libres – autant que ces pages qui s’offrent – sans volonté – sans raison – pour la seule joie d’être…

Témoin provisoire de l’éphémère – heureux de tous les passages et de tous les effacements. Yeux passagers et dans l’âme, peut-être, le regard – l’infini – le silence – l’éternité – tous les attributs d’un autre monde…

 

 

Un solitaire – une errance – au milieu des Autres – le plus loin possible de préférence – frappant à la porte de l’éternité – sur l’étroite passerelle tendue entre la terre et le silence…

 

 

Touché – comme au dernier soir du monde – par la fin qui nous précipitera vers l’inconnu – entre espoir et sortilège – dans la même flaque – dans la même ombre – depuis tant de siècles déjà – comme si l’on nous avait oublié là – et que l’on nous appelait, à présent, vers l’élection suprême – la plus haute distinction…

 

 

La fenêtre ouverte sur nulle part – des sables mouvants où l’on aperçoit quelques têtes dépasser – inertes – immobiles – et des bustes et des bras gesticuler – céder à la panique – de la boue et de l’air brassés. Le monde tel qu’il est – ce qui bouge n’importe comment – ce qui s’affaire sans (vraiment) savoir pourquoi – soumis à la nécessité endogène de la survie et au mimétisme imbécile. Des figures côte à côte qui s’exercent à la dignité (apparente) – qui se redressent – qui s’affaissent – qui disparaissent – prises dans le jeu des tourbillons et des échos – mal inspirées – dans cette ronde infernale – inévitable – sans parvenir à ouvrir – à explorer – un autre espace – ailleurs – en elles…

La même chose – toujours – qui se répète – à l’infini…

 

 

Gouttes de pluie qui tombent les unes après les autres – qui se succèdent – qui se remplacent – sans jamais s’arrêter…

 

 

Contre soi – la voix des arbres – enserrés dans le même tissu – la fraternité des révoltés – des insoumis – pris dans les griffes d’une entité plus puissante – entravés jusque dans la trame. Un agglomérat de matières – contractées – d’un seul tenant – qui résiste à la domination – à l’atrocité – qui en appelle au silence et à la lumière – à tous les Dieux du maquis – pour stopper la bête immonde – la mécanique du pire (en mode automatique) – pour se libérer de l’odieuse barbarie et retrouver le sens du simple – du naturel – les couleurs majestueuses du ciel – un peu de liberté à travers l’efflorescence des signes et des feuilles – et la proximité (indispensable) du rire et de la gaieté…

 

 

Montagnes au versant noir – poussées contre nous – réduisant notre voyage à quelques allées et venues dans une minuscule clairière – au milieu de la forêt – au centre de la plaine…

Des pas entravés – comme une invitation à explorer le fond de la trame étroite – au cœur de la matière – dans ce que l’on imagine être le socle de l’âme et du monde. Périple dans mille tunnels successifs – entre mille parois vertigineuses – pieds en déséquilibre sur mille pentes escarpées – et la tête – toujours – au-dessus du vide…

Comme une bête traquée qui cherche la lumière – une issue – la moindre sortie pour échapper à l’asphyxie…

 

 

Sous les honneurs invisibles de l’humilité…

Dans la tête – le vent qui martèle son obsession – nos mains enchaînées à la folie qui règne dans le monde – les pas fébriles – l’âme cachée derrière quelques prétextes qui cherche son chemin – une terre d’exil (pas trop lointaine) – un retrait – un peu de hauteur – une réelle possibilité de solitude…

 

 

Le regard – comme une fenêtre dans laquelle apparaît – se déploie – et disparaît – le monde – une succession d’images passagères…

 

 

De la roche et des arbres – en arrière-plan. Le déroulement des saisons et la marche lente des silhouettes à l’horizon…

Le présent au centre de trois cercles – la lumière – le silence – l’éternité…

Le vide infini sans pourtour qui dissipe les ombres – les nuages – ce qui porte, en son âme, trop de craintes et de tristesse…

Le ciel contre notre cœur – et, au-dehors, tous les murs dispersés – toutes les frontières effacées – seul – au-dedans – face au rêve – pour conjurer cette (trop persistante) malédiction du noir – ce qui nous pétrifie – ce qui affole nos pas et nous contraint au repli…

 

 

Du monde – presque noir – et l’horizon en flammes. Tous les visages dans le même brasier. Le vide, soudain, écarlate. Tout – carbonisé ou en train de se consumer – avec le rêve et l’espoir que l’on jette par les fenêtres pour tenter – vainement – de les sauver…

Le ciel contre nos murs – contre nos têtes – la réalité enfermée – prête à exploser – à sortir des boîtes où nous l’avons confinée. Tout vers sa dissolution – son effacement – la défiguration du réel et du monde…

 

 

L’entrée fracassante du silence dans la pénombre – dans nos vies renfermées – trop souterraines – où le langage et les images ont toujours tenu le haut du pavé – presque le seul éclairage sur les immenses parois de nos (trop obscures) cavernes…

 

 

De la neige – une épaisseur immaculée – pour recouvrir la fausse réalité du monde. De la brume – si dense – si opaque – qu’elle prend la couleur du silence. Et sous cette insondable couverture – les feux que l’on rallume ici et là pour démanteler les rêves et la nuit – pour dissiper ce qui nous enténébrait – la folie obstinée des destins penchés sur leur propre déclin – sur leur propre extinction – ce qui entravait les yeux et la lumière – ce qui demeurait sous la froideur et l’obscurité des pierres…

Debout – éveillés – presque conscients – à présent – pour que les vents fassent renaître le jour – pour que l’homme grandisse en quelques instants de plusieurs millions d’années…

 

 

La pente bleue et immatérielle sur laquelle glissent toutes les ombres – et ce dôme de lumière soudaine – l’invisible projeté à grande vitesse dans tous nos tunnels…

 

 

De l’ombre rocheuse sous un ciel sans nom. Des murs de visages – au loin – comme une frontière infranchissable. Et ces grands arbres tournés vers nous. Les (ridicules) pourtours de notre territoire. Et cet élan, en nous, vers ailleurs – vers plus haut. Et ce carré de bleu au-dessus de notre tête…

Tous les ingrédients – en somme – d’une possible transcendance…

 

 

Mains posées en accueil – le buste incliné – le front baissé – les yeux mi-clos – l’âme prête à servir ou à être dévorée…

Et dans le regard – cette chaleur née de l’étreinte première – originelle – naturelle – comme une flamme que rien, en ce monde, ne pourrait éteindre…

 

 

L’idée d’un rêve – d’une terre où vivre – d’un ciel entre nos doigts – d’une détention sur la bande étroite délimitée par la présence des Autres et l’éventualité d’un Dieu…

Rien que des idées – parfois des sentiments…

Rien de franchement certain – rien d’absolument réel…

Et ce qui demeure – en nous – affranchi des aléas du dehors – le seul lieu (véritablement) habitable…

 

 

La main éprise des choses – servante d’un cœur avide – apeuré – si embarrassé de son état qu’il imagine devoir se remplir – et amasser encore et encore – pour devenir aussi gras que le monde – pour devenir le monde même – à tout prix – pour satisfaire sa seule (et tragique) ambition…

 

 

Un ciel aussi méconnu que la terre – nos doigts serrés sur le provisoire – la faim à satisfaire – ce qui prolonge notre nuit – englués dans les plis (coriaces) de l’ignorance – le front aveugle et obstiné – inconnaissant – insensible à la possibilité de la beauté et du silence – recouverte sous des couches de chair, de désirs et d’excréments…

 

 

Mains ouvertes – défaites – pendantes. Regard épuisé – autrefois épris du monde – aujourd’hui éteint. L’apparence d’un mort – une inexistence. L’apparence d’une chute – d’un déclin magistral. Et au-dedans, pourtant, cette force que rien ne peut atteindre – affaiblir – corrompre. Le feu invincible – indestructible – ce que le monde ignore – la grandeur d’une âme sensible à ce que l’on brise – à ce que l’on écrase – et à tout ce qui s’efface naturellement…

 

 

L’aube généreuse d’une plus vaste contrée – comme un désert de clarté – mille soleils en partage – des pensées et des larmes face au grand refus des hommes – face à leur impossibilité sans doute – les mains pleines de sang – la tête pleine de rêves – le monde de l’illusion – le monde carnassier – la violence souveraine inscrite jusque dans le sourire et les pas…

 

 

De l’inutile – jusqu’au fond du tombeau – les poches pleines d’accessoires – le cœur fantaisiste dans son besoin obstiné de frivolité – manière maladroite d’échapper à la tristesse et aux tourments – face à l’Autre – face au monde – face à ces grands mystères – à ces grands déserts – reflets, l’un et l’autre, d’un néant fort déroutant…

Le froid – partout – comme un vent sans défaillance le long de l’âme et de l’échine…

Jour après jour – les mains sur les yeux pour ne pas affronter ce qui se tient – imperturbable – devant nous…

 

 

Notre solitude – parmi les pierres – le vent et la nuit profonde et noire. Nos vains efforts d’alliance et de réconciliation. Le cœur trop gauche – trop épris d’Absolu et d’authenticité pour entrer en amitié avec le peuple humain. Relégué au seul lieu où l’on admet la différence – ailleurs – plus loin – là où personne ne vit – là où personne ne vient – aux confins du monde des vivants – là où ne résident que la mort et la folie…

 

 

Le jour derrière la porte – le monde au loin – à sa place. La terre qui tourne – les astres sur leur orbite. Et la présence – invisible – tissée entre nous…

 

 

Le seuil de l’angoisse – au-delà de la raison – ce que le silence guérit – ce à quoi il répond – bien davantage que les mots – une manière d’être là – dans sa propre compagnie – à veiller en nous – sur nous – comme une vigie hors du monde – hors du temps – singulièrement universelle – comme un cœur vivant qui habiterait au fond de l’âme…

 

 

Nu sur la pierre – sans autre manteau que l’ombre des montagnes – sans autre joie que le soleil au-dessus de notre tête – sans autre horizon – ni d’autre envergure – que le bleu immense qui nous entoure…

 

 

Le pas lent – dans le soir déclinant – au seuil de l’automne – seul face aux danses et aux fresques des hommes – seul sur le chemin – silencieux – le front humble – penché sur le sol – parmi les failles et les impuretés du monde…

 

 

Chevalier sans armure – sans monture – sans maître – ni fief à défendre. Rônin désarmé – disciple de personne – sans dogme – sans idéal. A l’écart du monde – longeant les méandres d’un fleuve anonyme – discret – sans nom – cheminant sur ses rives – mêlant sa pensée au bruit des eaux et son âme à l’immobilité silencieuse des profondeurs – faisant halte, chaque jour, non loin du bord – dans un lieu un peu en retrait – le visage démuni et solitaire – avec ce rire au-dedans – immense – intense – lumineux – comme un tertre – une terre de providence et de salut – invisible, bien sûr, aux yeux des hommes…

 

 

Le jour – le seuil – serrés contre soi – à la source du cœur – le temps – la lumière et les limitations du vivant terrestre…

 

 

Le monde – comme des eaux bruyantes et tumultueuses qui se déversent un peu partout – dans les vies – dans les têtes – dans les cœurs – sur nos épaules affaiblies par la charge et l’assiduité des efforts (pour résister) – jusque dans nos âmes qui n’aspirent qu’au silence…

 

 

Les cris et les pleurs sur tous les parvis du monde. Les visages qui se succèdent – comme les feuilles et les saisons changeantes – provisoires. Les bruits de la terre – de la naissance à l’aube – du plus archaïque à l’innocence. Les secrets et les sanglots que l’on ne parvient jamais complètement à dissimuler. La respiration des rives – le cœur battant du vivant…

 

 

Le jour qui croît – le jour qui pousse – autant que la nuit – dans notre âme et nos entrailles – l’ombre et les instincts – les forces vives et magmatiques. Sur les pierres – sans conscience – des pas qui tournent en rond – qui longent les murs de citadelles oubliées – inutiles. Des yeux qui scrutent par la fenêtre – un peu de clarté – un rien d’étrangeté – quelques nouveautés consolatrices – suffisamment pour avoir l’illusion d’une vie intéressante…

 

 

La pesante inertie des cœurs insensibles à la beauté des astres – au tournoiement des jours et des feuilles. A mi-hauteur entre les mythes – le rêve – la pensée. Le corps dans l’entre-deux du sol – au ras d’un ciel descendu – impénétrable – inutile. Le cœur trop plein de désirs et d’espérance pour accorder une pleine attention à ce qui est là – à ce qui se présente…

Le destin des bêtes humaines – trivial et sans équivalence – (presque) sans aucune possibilité d’accéder aux choses de l’invisible

 

 

L’arrière-pays du rêve – de l’autre côté du mur – là où la conscience cesse d’être un mythe – une fenêtre aux volets battants – ouverte sur la tristesse – le néant – l’absence : une aire de joie – sans événement – sans incidence ; une force pure qui échappe au souffle – au monde – au temps…

 

 

Tous les astres au sol – comme un grand corps inerte – une immense masse sombre sur les pierres – peu à peu engloutie par les sables…

 

 

Ce que l’on poursuit – inutilement. Le jour affranchi du soir et des saisons – devenu quotidien – qu’importe l’état du cœur et du ciel lorsque les murailles gisent à terre – en vrac…

Rien – qu’un amas de soustractions derrière soi – choses et visages abandonnés – les souvenirs effacés – et devant soi – ce qui est – en soi – l’accueil – la lame – l’oubli – infiniment joyeux. La nudité de l’âme face au vent – le vide comme unique territoire – pas de parole – aucune vérité – le geste qui s’impose – naturellement juste…

Le feu qui se propage sur les anciennes frontières qui séparaient le dehors du dedans…

 

 

Tout s’est refermé en dépit du cœur joyeux – la piste se précise – les pas ralentissent – la sente semble se perdre dans le vent. L’âme et les bruits se dérobent – on ne progresse plus qu’à l’intérieur – le dehors demeure fixe – immobile. Des ronces et du silence à mesure que l’on s’enfonce dans les souterrains de l’esprit…

Quelques jardins et un grand désert – des rangées de souvenirs entassés pêle-mêle – l’ombre identitaire – puis l’éloignement des parois – puis, peu à peu, leur disparition. Le vide – l’infini – sans orgueil – sans obscurité…

La solitude face au soleil – notre originel visage – et l’alliance naturelle avec ce qui reste – avec ce qui se présente encore – comme des fiançailles et des funérailles permanentes…

 

 

La solitude malgré le monde et les étoiles. Frissonnant sous la voûte – de la périphérie jusqu’au centre. La nuit interminable qui, peu à peu, montre quelques signes de défaillance. L’angoisse déplacée au fur et à mesure de la perte – des soustractions. Nous-même – recentré – presque entièrement reconstitué…

 

 

Le cri de la plus lointaine origine – comme une mémoire restée vivante sous la cendre et les pas millénaires du monde. La mort sans masque et nos ailes enfin déployées – prêtes pour le grand voyage – pour la longue – l’interminable – traversée…

 

 

Comme une tête émergeant des eaux noires – de tentatives en foulées maladroites – comme une lueur – un peu d’espérance – au-dessus de la mort – un interstice dans le sommeil – une possibilité de délivrance – peut-être…

 

 

Dans l’étrangeté d’un monde nouveau – sans durée – sans emprise – insaisissable à la manière du feu et du vent – comme un horizon lavé des rêves et des illusions – une surface de pur désordre où les astres chevauchent le temps – où les morts s’entassent sur les vivants – où les âmes habitent la terre – toutes ses cimes et toutes ses failles…

Un lieu sans heure – sans certitude – sans perspective – où le possible côtoie l’incertain – où le présent ne se conjugue qu’une seule fois – de manière ininterrompue – mais indépendamment de ce qui a eu et aura lieu…

Un univers (très) particulier – universel – sans pareil. Un rivage où les âmes renoncent à leur destin (terrestre) – où chacun s’abandonne à ce qui – en lui – est le plus juste – le plus vrai. Une terre propice à l’émergence et au déploiement de la vérité – prête à célébrer le silence – l’infini – l’humilité et à renoncer à l’orgueil – au sang – aux instincts…

L’ambition et le rêve de tout homme – au fond – les mêmes que ceux des Dieux…

 

 

Des rivages de blessures et de mort – où la douleur tient lieu d’épreuve – parfois de chemin – pente qu’il faut gravir – le cœur léger – presque insensible – pour avoir l’air d’être humain…

 

 

Dans l’herbe – avec les bêtes – la vérité – et le sang qui gicle de la plaie…

 

 

L’air du grand large au milieu du renoncement. Des bruits de voix. Des destins dans leur enclos. Des îles submergées par les eaux terrestres – tous les troubles du monde. La lune tranquille au-dessus des têtes et des chemins. Ce que nous façonnons – inlassablement – de manière systématique – jusqu’au délabrement – inévitable…

L’hécatombe – la chute – puis, l’oubli. Rien d’important (rien de vraiment important) au cours de ce bref voyage ; des pas – de simples pas – jusqu’à l’enlisement final…

 

 

Une voix sans mensonge – sans orgueil – au-dessus de la misère commune – comme un chant de joie au-dessus de la mort – une présence dans le néant. Un visage et des pas moins graves que l’ombre édifiée par le monde – que l’inutilité des gestes et des existences – quelque chose pour rire – comme un canular – un jeu sans la moindre simagrée…

 

 

Une lumière – une vérité sans sérieux. Une manière de vivre – une façon d’exister – malgré l’obscurité terrestre…

Du sable et du froid sous quelques étoiles – un chemin sans fin sur un bout de terre hostile – quelques lignes pour révéler l’écume – percer le monde – et découvrir l’espace sous l’épaisseur…

Comme l’une des rares possibilités de s’aventurer en soi – hors de soi – dans les profondeurs instables de l’immobilité – sans hâte – selon les désirs des Dieux et les aptitudes de l’âme…

 

 

Le jour – en soi – accompli – de l’aube jusqu’au soir – toute la nuit durant et traversée – jusqu’à la prochaine aurore…

 

8 mars 2020

Carnet n°227 Notes journalières

L’ombre séculaire – dans cette chambre – qui passe devant l’immobilité – l’âme chaude et les mains tremblantes – seul comme toutes les premières fois – le feu au plus près du ventre – l’incandescence au-dedans – et rien au-dehors – pas même un souffle de vent…

 

 

Les bras chargés de terre – les pas sur la feuille – plus loin que le premier virage – entre deux rives – et, parfois, entre deux ravins. Trop souvent à genoux sur les pierres – l’encre comme du sang pulsé par les profondeurs de l’âme…

Une voix et du silence – presque à égalité – pour essayer de dépasser les plus hautes branches des arbres – de rejoindre les cimes avec un peu de folie et moins d’embarras – pour tenter de devenir le premier homme – de revenir au premier jour de l’humanité – avec un regard et des gestes spontanés – sans mémoire – sans apprentissage – vierges – absolument…

Au cœur même de l’origine – de cette plaie initiale – devenue, par nos excès et nos absences, faille – puis, béance – gouffre – puis, abîme – et, aujourd’hui, un désert vertical presque infranchissable…

 

 

Le monde et la matière – consumés ensemble – charbons d’un odieux labeur – résultante d’une ardente paresse – une sorte d’indolence paroxystique qui laisse les choses s’agglomérer et se défaire – et, en définitive, s’entre-déchirer – une manière de consolider, chez les vivants et les hommes, les idées de frontière et les gestes de séparation…

Le monde initialement rude et sauvage – que l’Amour absent – totalement éclipsé – a rendu obscur et invivable ; l’enfer sans issue – sans facilité – la guerre et la mort comme seules perspectives…

 

 

Dans les bras d’un Dieu – d’une éclipse – des pierres – d’un souffle – la même ardeur – la même tendresse – entre le sang et la blancheur…

Le réel ici – et jamais à côté du monde…

 

 

Emergeant de la terre – des sous-sols gorgés de corps démembrés – la tête parmi les fleurs – les os au milieu des racines – et l’âme au-dessus – accomplissant sa tâche sans facilité…

Et autour de nous – ce bleu – cette immensité – comme le point de convergence de tous les horizons…

 

 

Bout d’un tout – jamais suffisant ; en nous – ce manque – la route des alliances et des unions – comme des pierres les unes à côté des autres – l’ensemble comme la somme des couples et des combinaisons – manque encore – incomplétude parfaite. Et les yeux qui tournent partout où la malédiction pourrait se briser – et les mains qui agrippent tout ce qui pourrait nous permettre de nous échapper – n’importe quoi – n’importe qui – pourvu que l’on y décèle une promesse…

L’entièreté – la complétude – se heurtant à nos insuffisances – à cette inaptitude à creuser à l’intérieur de manière suffisamment profonde et assidue…

 

 

La page blanche accueille ce que le mot désigne – comme le silence reçoit l’âme et le geste. Le même acquiescement face à l’Amour et à la haine – face à l’innocence et à l’idéologie…

 

 

Le cœur tantôt cannibale – tantôt funambule – entre chair et fil – dévoré par le même feu – de la matière consumée…

Des bruits – de l’ombre – quelque chose d’infiniment fragile – versatile – comme une main hésitante – des yeux indécis qui jettent le chaud et le froid – engloutissant parfois des pans de monde entiers – d’autres fois avançant – le ventre vide et satisfait – en déséquilibre toujours…

 

 

Dans son coin – avec le feu au centre – l’âme seule – et debout – dans l’exact prolongement de ce que nous étions hier – le jour d’avant – autrefois – en remontant même bien avant l’enfance – très antérieurement ; la même chose qui se déroule – qui s’affine – qui s’aventure au-delà des limites précédentes – qui cherche à réunir ce qui semble si étranger – à rapprocher le cœur du plus lointain – à élargir les frontières (toutes les frontières) puis à les abolir pour tout rassembler en un seul espace – en un seul visage…

Mille réalités au centre du feu…

 

 

Des éclats de terre dans le sang – les marées et les courants qui inondent nos rives – et jusqu’aux contrées les plus reculées. Debout sur les pierres dressées – les yeux grands ouverts – écarquillés – l’âme dans le vent – prête à basculer – devant nous, la tempête – et derrière, la nuit – autour – on n’entend presque rien – le souffle des Dieux – peut-être. La solitude – courageuse – pas encore totalement épuisée – prête à relever le défi de l’abandon…

Et au-dedans – cette absence – amoureusement esseulée…

 

 

La peau des arbres sous notre main – la paume tendre sur la rugosité de l’écorce. L’odeur du bois – de la terre – de la forêt – dans la tête – approfondissant leur sente – jusque dans l’âme – et plus intérieurement encore…

L’humus sur les pierres froides – devenant notre socle – tapissant le réel – teintant la chair – le corps immergé…

Tout dans le sol – presque souterrain – labouré par le vent et la pluie – mêlant leurs doigts – faisant jaillir la force et le besoin de croître – de s’élever au-dessus des fanges terrestres – vers le ciel peut-être…

Qui pourrait – qui saurait – nous arrêter…

 

 

La volonté dissipée – ce que le monde décide – à la merci du premier visage qui passe – sans âme. Pieds sur la pente – sans compromis – sans halte réelle – sans autre refuge que la verticalité en soi – cet espace aux dimensions variables – parfois plus étroit qu’une chambre noire – parfois presque aussi large que l’infini. A la merci aussi de l’envergure intérieure…

Ainsi vivons-nous – chaque jour – ce périple – dans cette double contrainte…

 

 

La plaie de vivre – sans la lumière – au milieu des visages torves – cachés dans l’ombre – diables et démons sur l’épaule – de mèche avec tout ce qui corrompt – prêts à assassiner pour gagner un peu de hauteur…

Condamné – provisoirement – à côtoyer le monde – à fréquenter la foule. De coin sombre en coin sombre – loin des forêts et de nos lieux de solitude habituels – dans la triste (et douloureuse) proximité du plus commun – entre dégoût et mépris…

Silencieux sur la pierre – posé un peu à l’écart – aussi loin que possible des bouches et des bruits…

L’odieuse saison des pluies qui nous déloge des marges – des confins – des chemins non balisés – nous forçant à rapprocher dangereusement notre roulotte – notre chambre – des villes et des villages – de la plèbe et des cœurs mal intentionnés…

Le froid et la nuit sur un immense bûcher. Nous autres – au cœur du monde – l’âme et le visage inquiets – et crispés – au milieu de nos frères ennemis…

 

 

Exposé au monde et à l’imaginaire – tendu et fragile – comme une pierre roulant indéfiniment sur sa pente – de la lumière au centre – invisible du dehors – et du noir partout autour – comme un habit mimétique – une manière, sans doute, d’aller – discret – presque invisible – parmi les créatures sombres et sans âme…

 

 

Rien à opposer à ce qui nous fait face – notre présence – humble – pacifique – un regard méprisant, parfois, lorsque la vulgarité se fait trop évidente – se répand et nous éclabousse…

L’espérance d’une rencontre – peu à peu anéantie – très vite entamée – en vérité – (presque) depuis le premier jour…

 

 

L’Amour – dans un coin – exclu – relégué à l’invisibilité et à l’attente – rejeté au fond – enfoui et recouvert – bien trop respectueux – bien trop délicat – pour ce monde rustre et grossier…

 

 

Le jour – en nous – qui grandit en silence – presque en cachette – comme une goutte de pluie au milieu du feu – de la lumière – un peu de clarté – au cœur de la nuit – au cœur de l’enfer…

 

 

Un monde de terreur et de gravats – des lieux sordides – partout où il y a des hommes…

Une chambre dans la montagne – là où règne le plus sauvage – là où la solitude est une invitation – un élan sans entrave vers le ciel – l’infini à portée d’âme – sur ce tertre exposé où les gestes deviennent naturellement justes – où la vie se déroule sans témoin…

Une terre sans farce – des contrées sans visage. Le souffle et le feu – l’existence libre et sans épaisseur ; celle que nous aimerions vivre lorsque contraint de redescendre dans la plaine, nous devons faire face à la présence des hommes…

 

 

Tout se meut – autour de nous – immobile. Le souffle – l’eau – le monde – l’usage – à perdre haleine – jusqu’à l’extrême limite de leur forme – dans la même direction – soumis à l’ordre cyclique des choses…

 

 

De l’air qui tournoie entre les murs qui se bâtissent – qui s’effritent et s’effondrent. La vie provisoire au milieu de la mort et du néant – quelque chose – un frémissement de conscience – quelques vibrations dans la pénombre…

Quelques grains de poussière qui dansent et virevoltent dans le vent…

Quelques grains de poussière qui tombent et s’entassent sur la surface du temps…

Rien – en vérité – après mille siècles d’existence – moins que l’épaisseur d’un cheveu…

 

 

Nous autres – sur terre – parmi la rosée et les grands arbres patients – loin des hommes – de leur vertige – de leurs illusions – à la frontière de l’air – presque au centre du ciel déjà – au cœur du feu – sur les routes – dans le froid et la nuit qui veille. Ni vraiment au-dehors – ni vraiment au-dedans – moins qu’un visage – et un nom presque oublié à présent – une déchirure à même la chair – une plaie à même l’âme – nées de la proximité du monde…

Ce qui précède la mort et l’infini – les prémices d’une joie sans cause – sans fin – injustifiable aux yeux humains…

 

 

Au seuil des jeux sans miroir – des danses sans musique – l’être face à lui-même – face aux mille lui-même – qui apparaissent et s’effacent (en un instant) sur les pierres – sous la lumière – dans la clarté et la chaleur rayonnantes des astres – au-dedans – suffisamment fortes pour fendre l’obscurité et la glace – accumulées en couches épaisses depuis la naissance du monde…

 

 

Sans cesse – butant contre soi – au-dedans – cette résistance au plus naturel – notre figure intérieure – le plus familier – raboté – occulté – banni – dissimulé, si souvent, derrière les masques que nous impose la présence des autres visages masqués…

 

 

Front sur les pierres – illuminé – le soleil au-dedans – le ciel dans toute sa clarté. L’âme et la silhouette dansantes – au-delà des murs – au-delà des horizons humains. Seul – avec Dieu – sur la crête – sur le versant lumineux – dans l’antre infini qui s’est substitué au recoin sombre et étroit où nous avons vécu pendant mille siècles – sous le joug de l’hésitation et de la terreur…

 

 

Les eaux furieuses qui dévalent les jours – qui remontent le temps – qui hissent tout ce qu’elles charrient jusqu’à la source – chair – âmes – esprits – bousculés – retrouvant, peu à peu, leur essence originelle – l’horizon immobile – l’intimité unique qui mêle et assemble toutes les identités…

 

 

Sous les pas – le jour aux allures de feu – la clarté devenue ardeur – allant soumis au goût des marges et de l’aventure – ce souffle qui porte sur les chemins – qui porte à la traversée des terres – à l’exploration des cieux – foulée après foulée sur les pierres tranchantes – des murs – des labyrinthes – qui révèlent, peu à peu, l’énigme en nous – le mystère à éclaircir…

Le sol – l’air – la fouille – et la tristesse grandissante avant l’abandon et la découverte de ce que nous portons – de ce que nous cachions – la sente des soustractions à suivre jusqu’au franchissement du seuil d’inversion – l’absence, progressivement, transformée en présence humble – ouverte et attentive – le voyage devenant, soudain, aire de joie et de liberté – passage du pas à l’âme – de la page au silence – du nom au soleil sans appartenance…

 

 

Rien du monde – du chemin parcouru – quelques dates – mille événements – communs – sans intérêt – aussi insignifiants que l’existence personnelle – quelques excréments sur un tas de paille – de grandes brassées d’air sans incidence…

Tout s’éclipse – fort heureusement…

Et – à présent – nous sommes à genoux – la tête contre le sol – contre le ciel – sans plus vraiment savoir qui l’on est et à quoi ressemble notre vie. Les yeux tournés au-dedans – et le regard tiré vers le haut – se verticalisant presque – comme la seule manière, peut-être, de redresser l’âme – et de se tenir debout – malgré le poids insoutenable des défaites successives…

 

 

Une voix dans le lointain – notre ombre – notre amie – la seule avec le silence – qui se tient à nos côtés…

 

 

Solitude blanche – lumineuse – presque rayonnante avec le reflet des arbres au fond des yeux – le goût un peu âcre de la roche dans la bouche – l’odeur de la terre et de l’enfance sous l’épaule – au creux de l’aisselle…

Tous les mythes balayés – sans référence – le ressenti et la sensibilité – l’indépendance de l’âme – le plus nu de l’homme – le plus simple de l’esprit – le cœur et les mains vides – attentifs – disposés à la tendresse – les gestes spontanés et justes – l’assise immobile et la lenteur des pas…

 

 

Vivre nous occupe tout entier…

Le monde et les hommes – lointains – absents – éclipsés – inutiles depuis si longtemps…

Le sol lavé de nos scories…

La lumière et l’intensité – en soi…

Ce que nous sommes – peut-être – aujourd’hui…

 

 

Des seuils et des horizons – les seconds devenant, plus ou moins vite, les premiers – selon le rythme des pas et notre manière d’avancer. Le chemin n’est (presque) rien d’autre ; nous qui passons entre mille choses qui passent…

Et à la fin – il ne reste rien – ni des uns, ni des autres – les êtres et les choses disparaissent et s’effacent – sans reliquat – et (presque toujours) en silence…

Et nos yeux qui voient le jour – et nos yeux qui voient la nuit – la paisible – l’imperturbable – alternance – le lent travail de ce que l’on appelle le temps sur la chair et les âmes – rien de magistral – très souvent – l’ordinaire et le commun – le sommeil et l’inertie – excepté chez quelques-uns (trop rares sans doute) – à l’inverse d’autres lieux et d’autres mondes où la transformation de l’esprit et la métamorphose de l’âme sont aisées – des pratiques éminemment courantes – répandues – extrêmement banales…

 

 

Le regard emmêlé à la terre froide – la clarté de la parole – comme le jour qui monte – lumière de plus en plus haute – lumière de plus en plus vive – et vaste – éclairant le monde sans ses horizons (habituels) – laissant les identités s’entrechoquer – s’enlacer – se combiner – et le voyage devenir central – essentiel – vertical…

De l’air et du ciel offerts à toutes les formes de lassitude – à toutes les formes d’épuisement – comme une soudaine réoxygénation de l’âme – et une manière d’interrompre la marche – le mouvement – ce qui était en train de s’accomplir – comme un suspens – pour redonner sa place au regard – à l’immobilité – au silence – comme mille prières qui s’élanceraient vers le même infini – Dieu nous regardant avancer – au-dedans – vers lui – et se penchant aussi bas que possible – les bras tendus et les mains ouvertes – pour nous recevoir comme s’il s’accueillait lui-même – après une longue absence…

 

 

Ce que le monde nous laisse – à peu près rien – tant les Autres sont nombreux et voraces…

Ecrasé(s) par la puissance de la multitude et de la faim…

 

 

Sur le seuil désert – comme chaque soir – loin de la lumière des villes – dans le froid – la nuit – la solitude – au cœur de notre originelle condition – les yeux tournés vers le ciel – sombre – zébré – indifférent à notre émoi – à notre goût pour l’aventure – à notre allant sans défaillance…

Devant nous – la paroi invisible – cette étrange frontière qui sépare nos vies si ternes – si tristes – et l’infini…

 

 

Notre seule liberté – dans la poussière – le regard – et le reste (tout le reste) à l’étroit – et qui finira piétiné – balayé – et, aussitôt, remplacé par mille autres choses…

Notre existence – sans soleil – sans espoir – nocturne et routinière – de bout en bout. L’âme aride – desséchée – presque entièrement empêtrée dans la terre – invalide – privée de possibles – d’ailleurs – d’éloignement – de confins – amputée de ce qui la rendrait libre et belle…

Un feu – un arbre – des forêts et des montagnes – un espace de solitude et de respiration – quelque chose qui nous éloignerait des mythes et des fables inventés par l’homme pour se croire l’égal des Dieux – une manière de s’affranchir de ce qui nous emprisonne et nous mutile…

 

 

L’évidence de la route et du désert – loin des traversées communes et des attributs triviaux auxquels se réduisent l’essentiel des visages et des existences…

L’espace large – libre – ouvert – plutôt que les murs – hauts – longs – épais…

Une fenêtre à la place du cœur – du vent partout – pour balayer l’inutile – le temps et les souvenirs – la tête humble et effacée – et l’âme attentive – dans la seule nécessité du jour…

 

 

Le ciel – en nous – presque dissous – avec quelques traces d’espérance au milieu de l’absence…

Un sol – une route – un lieu partout célébré comme une destination – comme si l’on pouvait avancer – se libérer de ses liens – franchir le moindre obstacle – se débarrasser du sommeil et des choses accumulées pendant des siècles – comme si l’on était destiné à voir le jour…

 

 

Tout se referme derrière nous – tel serait, sans doute, notre désir – mais, en vérité, c’est l’inverse qui se produit – tout s’ouvre – comme si nous étions le seul obstacle – la seule obstruction…

Tout devient tellement plus simple lorsqu’il n’y a plus personne ; tout est semblable pourtant – exactement le même cours des choses – inévitable – implacable – mais sans le moindre détour – sans le moindre ajout – la simplicité dans sa plus juste expression…

 

 

Ce que nous habitons si mal – si maladroitement – à peu près tout ; l’existence – le monde – notre rôle – nos fonctions les plus naturelles – tout ce qui nous est donné à vivre…

Le possible – ce qui est à portée de main – nous échappe faute d’attention. C’est l’absence l’obstacle le plus important – notre pire ennemi…

 

 

Entre nos mains – tout finit par se dessécher ; il faudrait vivre les paumes ouvertes (et vides) – et avoir l’âme du jour – sans tenaille – sans le moindre outil – et le cœur humble prêt à tout étreindre – à tout embrasser sans rien saisir – comme une présence capable de s’offrir sans rien attendre – sans jamais rien demander – jouissant de sa seule offrande – dans une sorte de boucle autosuffisante comme si l’Autre et le monde étaient de pures abstractions – quelque chose donné par surcroît – une manière de rendre possible le don – et d’achever le geste – de le rendre absolument complet, en quelque sorte (sentiment de gratitude compris)…

 

 

Les vents du monde sur notre peau – jusque dans nos terres les plus reculées – comme une lame implacable – une mâchoire sévère – qui sectionne – qui arrache – ce que nous pensions être le plus précieux – l’irremplaçable – et qui nous façonne, à chaque instant, une âme et un visage nouveaux – de plus en plus simples et dépouillés…

Le souffle intact – et le front de plus en plus lisse…

 

 

Du bleu sur nos fractures – en couche épaisse pour masquer la douleur originelle – cette béance creusée dans notre sable le plus ancien…

La façade labourée – et cette soif que rien ne désaltère. Survivant du ciel d’autrefois – inquiet du temps suspendu – du temps qui passe – du temps inexistant…

L’évidence dramatique de l’existence et du monde que le poème s’approprie pour éveiller – en nous – le sentiment pur de la joie – et favoriser un glissement de l’apparence personnelle vers l’absence de subjectivité – pour que réémergent les traces du premier lieu imprimé dans nos profondeurs secrètes…

Une manière de rendre le réel plus familier – et plus proche – presque sien – absolument méconnaissable tant les yeux et l’âme – à l’air libre à présent – étaient enfoncés dans l’aveuglement…

Le moins banal tranchant l’obstacle. L’élémentaire vivant retrouvant l’infini – la subtilité – l’invisible. Le monde tel qu’il nous apparaît devenant soudain le monde tel qu’il est – peut-être…

 

 

La commune trivialité de l’homme (ordinaire) aux prises avec les affres (inévitables) de l’existence – notre misérable portrait – à tous…

 

 

L’origine affranchie de toute signification – en filigrane – derrière le sens que nous essayons de donner aux quelques milliers de jours que nous vivons…

 

 

Plaie béante – en soi – comme un trou devenu gouffre – puis abîme – née peut-être – née sans doute – d’une insignifiante égratignure – et qu’une tournure particulière de l’esprit a creusé – a creusé – encore et encore – jusqu’à l’obsession – d’une manière de plus en plus acharnée à mesure que la blessure s’approfondissait…

 

 

Entre nous – ce défaut de plénitude – comme un quiproquo – une incompréhension grandissante – inévitable. Le sentiment d’une séparation – quelque chose d’irréconciliable – absolument…

 

 

Moins de ciel que de sol – cette assise établie – fondement, peut-être, de notre inconscience qui appréhende le monde – et nous nous mouvant à l’intérieur – d’une manière incroyablement fixe et déterminée – sans la moindre possibilité de surprise ou de changement – comme bloqués dans un univers de certitudes et de stabilité…

 

 

Nous – en retard sur nos excès et notre inconséquence – intervenant là où le feu est déjà passé – en des lieux condamnés par notre irrépressible folie…

Ici-bas – des terres de dégâts et de (vaines) tentatives de réparation qui donnent au monde cette allure désolée et désolante – et aux âmes cet air de tristesse inquiète et affairée – avec, parfois, un peu de soleil – presque fortuit – comme une sorte d’accident…

 

 

Se souvenir – comme d’un autre monde – d’un lieu ancien – étranger – que nous n’avons connu qu’en rêve…

 

 

Plus loin – comme un soleil trop haut perché – trop infime – pour nous – pour nous tous – qui vivons dans les galeries trop sombres – trop souterraines – du monde…

Rien – jusqu’à nous – excepté le rayonnement nocturne des ombres qui tournent – qui tournent – entre nos murs…

 

 

Le front fébrile – comme si nous avions couru jusqu’ici – en ce lieu précis où la nuit s’apprivoise – où la nuit n’importe plus – où la nuit est, pour l’âme, l’égale du soleil…

Au-dessous des jours torrentiels – inondants – pénétrants – sans pitié pour nos (hideuses) idoles et nos (pauvres) idées de lumière…

 

 

Un jour – au fond – un autre – plus bas encore – là où l’air que nous respirons – chaque inspiration – n’est que l’air expiré au souffle précédent – et ainsi de suite jusqu’à l’asphyxie…

La mort du monde et des choses – simultanément à la nôtre…

 

 

Des cloches – des sons – comme des nœuds dans l’air brusquement jetés contre le métal. Et la tête comme un clocher – mille clochers retentissants – cacophoniques – arrêtant net toute pensée – toute prière – résonant partout par la tuyauterie du corps – dans le cou – la poitrine – les bras – les jambes et les pieds – échos si puissants qu’on les entend à des lieues à la ronde – autour de soi – aux alentours – autour du monde entier…

Plus qu’un énorme bruit composé de millions de tintements sauvages – horriblement sonores. Notre vacarme intérieur – l’enfer acoustique…

Et la figure des Dieux qui se retournent et se penchent vers nous – menaçants – et leurs mains qui nous saisissent et nous secouent avec fureur – et leur souffle rageur qui nous projette au loin…

Et, soudain, notre rêve qui vole en éclat – et qui retombe sur le sol – brisé…

Comme un fracas paroxystique – une tempête salvatrice – un courroux soustractif et réparateur…

 

 

Dans nos terres retournées – cet or communautaire que l’on n’espérait plus – comme un trésor antique – ancestral – originel – caché – enfoui sous notre ignorance – le sous-sol aussi habité que le ciel – et que notre âme – à présent – accueille comme une promesse…

Le monde – en soi – peuplé de figures amies – puissamment – étonnamment – fraternelles…

Un seul pas – une seule parole – et nous sommes des dizaines à marcher – à exprimer – et à nous féliciter de cette surprenante (et merveilleuse) compagnie…

Nous n’allons plus seul – nous allons ensemble – réunis dans le même geste – dans le même élan – dans le même regard…

 

 

Dans le jour – à retourner en tous sens le mystère – en nous – posé devant nos yeux – sans rien voir – sans rien deviner…

Mur blanc derrière – neige devant – pierre en dessous – et ciel par-dessus. La seule issue – la seule transparence possible – au-dedans…

 

 

La terre et le vent – amis de nos courses vagabondes – de ces marches à pas de géant au cours desquelles nous franchissons des montagnes et des océans – notre vie au-dedans ballottée par les remous – notre âme – exaltée – respirant l’air des hauteurs et du grand large – humant la liberté d’aller là où la providence nous mène…

De la fraîcheur derrière le fardeau de vivre – le monde à découvrir – les visages à ignorer – le chemin juste qui avive notre feu et consume nos restes d’esprit et notre surplus de chair – pour que ne reste que l’essentiel ; le souffle – la foulée – et la joie d’être et d’aller…

 

 

On inhabite tant le monde et l’esprit que nous ignorons qui nous sommes et où nous allons…

 

 

Tout – comme le vent – à hauteur de regard – fragile – sans la moindre assise – sans la moindre solidité…

Une route – des routes – mille itinéraires – mille possibilités – le voyage perpétuel entre la pierre et le ciel…

Et l’infini au-dedans qu’il faut, peu à peu, apprivoiser…

 

 

De la terre et du feu – ce qui nous revient – et ce qu’il faut imprégner d’invisible puisque la matière de ce monde ne peut être convertie…

Il n’y a d’autre solution pour faire un pas au-dessus de l’homme – devenir un peu plus que cette glaise ardente – mi-reptilienne – mi-verticale – qui se déplace sous le soleil presque toujours en rampant…

 

 

D’île en île – sans que le lointain jamais ne se rapproche…

 

 

Terre-soleil parfois lorsque la joie est suffisante pour élargir le cœur – élever l’âme – esquisser un (immense) sourire sans raison…

 

 

Le ciel – comme un oubli – en nous – déposé – puis laissé là – comme abandonné (à lui-même) – et qui a, pourtant, besoin de nous pour devenir vivant en ce monde…

 

 

De la terre et du noir – seulement – quelque chose de lourd et de sombre – comme une masse brune tournant sur elle-même – poussée ici et là – et revenant toujours vers un centre invisible et mystérieux – comme aimantée par ce qu’elle porte enfoui dans ses profondeurs…

 

 

A aller toujours – inlassablement – de l’autre côté du monde – de l’autre côté de l’âme – pour chercher ce qui nous manque – ce que nous désirons tous – alors qu’il suffirait de s’asseoir et d’attendre que notre ardeur se tourne vers l’intérieur – et se débarrasse, peu à peu, de ce qui nous encombre – de ce qui nous voile – la nudité de l’être – la simplicité de notre présence au monde…

 

 

Le ciel tranchant – comme une lame sans pitié qui découpe ce que nous croyons être nos vies – l’essentiel – le plus précieux – illusion – bien sûr – qui ôte seulement l’accessoire – le superflu – l’inutile – à peu près tout – en vérité ; choses – visages – idées – souvenirs – sécurité – appuis – symboles – identité – nous laissant seulement un regard et deux mains (presque) innocentes…

 

 

Tout – comme un évanouissement – peut-être – pour que ne subsiste que le merveilleux…

Ni demeure – ni récolte – le précaire – le provisoire – l’incertitude – sur le fil du rasoir – de manière permanente – le terreau de l’intense et de la liberté…

 

 

Des gestes dans notre tête pour tenter – en vain – de dessiner un soleil au-dedans…

L’âme trop fermée encore – pour dissiper la nuit et accueillir le jour…

 

 

Des pas – vestiges d’autrefois – du temps où la marche partait à l’assaut de l’épaisseur – cherchait un souffle solaire pour aller vers le lointain – repousser l’indésirable – transcender l’interdit – jouer, en somme, avec toutes ces couches de monde – collantes – gélatineuses – empêtrantes…

Aujourd’hui – des pas – comme une forme d’exercice sans intention – tant le monde nous laisse indifférent…

 

 

La vie bleue – fleurie – respirante – rude et belle – sur le sol caillouteux…

Soleil au cœur – soleil à l’horizon – l’âme plaquée sur les grands arbres ; chaque jour – un long baiser poussiéreux sur le front ; nu – sans façade – sans arrière-pensée – presque aussi libre et transparent que le vent – comme si le monde n’avait plus d’importance…

 

17 avril 2020

Carnet n°229 Notes journalières

Sous le ciel – toujours – le même soleil – le sang – le sable – les mêmes pierres – les mêmes peines – un peu de joie devant l’inconnu – le cœur qui bat – quelques éclats de rire (parfois) et des larmes (le plus souvent) – la bonté et l’infamie…

Rien ne change (véritablement) sur la terre…

 

 

De loin – le plus bel amour – comme un rêve dans le souvenir – ce qu’il était, sans doute, en réalité…

 

 

Tout – aujourd’hui – se réduit à un souffle – le souvenir et l’héritage – celui qui dicte la parole et le pas – à égale distance l’un de l’autre – sans détour – sans mensonge – justes – fidèles au pacte le plus ancien…

Le Divin présent au milieu des ombres…

 

 

Un air de fumée et de fête – dans notre enclos – soumis à toutes les ruptures – et fermé depuis au moindre visage…

Des désastres qui ont fait naître des murs qui ont délimité un cloître – un périmètre central restreint où l’on vit enfermé – joyeusement parfois – et que rien, à présent, ne peut plus traverser – excepté, peut-être, le silence et la lumière…

 

 

Des élans de dépit – puis, plus rien – un arc-en-ciel fidèle entre nos mains – à la jonction du ciel et de l’âme – entre soleil et tristesse – les yeux dans l’impatience d’un autre jour – d’un autre monde où l’Amour (et les rencontres) seraient possibles – où les âmes seraient plus légères – plus intègres – plus accomplies – et les visages moins sombres (et moins plaintifs)…

 

 

L’aube – belle par nature – et comme l’enfance – sans limite – lorsque les mains demeurent innocentes. Le lieu de la lumière et de la parole – accueillantes…

 

 

Rien que des souvenirs et du silence pour ceux que l’on aime encore (en secret)…

Cette part que Dieu nous réserve – en cachette – plongé au cœur de notre solitude…

 

 

Le soleil fidèle à la pierre – l’âme fidèle à la main – à l’exacte jonction du visible et de l’invisible…

 

 

Des morceaux de lune et des restes de colère – comme soudés ensemble – dans notre cœur encore en lutte – encore ravagé – qui a renoncé aux mouvements (trop) volontaires – qui attend l’émotion pure et l’épanouissement sans faille – la grâce de l’abîme offerte à ceux qui arpentent (courageusement) les confins du monde – les terres humaines les moins fréquentées – à la lisière de ce que la raison sera toujours inapte à comprendre…

 

 

La tête trop pensive à ressasser sa peine – comme une (réelle) infirmité – cet esprit obstiné qui cherche son chant – son énergie – son salut peut-être – dans cette vieille voix (rauque) qui se répète…

 

 

Des histoires – des limites – l’Absolu…

Des tâtonnements – un itinéraire qui se dessine – des obstacles – l’opacité commune – des élans (trop) intentionnels – des honneurs et la persistance de l’identité…

Les Dieux médusés devant notre danse folle (et stérile) – les ténèbres qui exultent – les choses et les visages de moins en moins fraternels…

Nos pauvres horizons qui, peu à peu, se referment…

 

 

On s’enfonce, peu à peu, dans le creux de notre respiration – aux confins de la source – au plus près des eaux dormantes…

Et de proche en proche – on s’éveille dans cette chambre posée au milieu du monde – là où les arbres et les bêtes ont remplacé les visages humains. Hors du temps – éloigné (si éloigné) de ce siècle…

 

 

Le désir perpétuel d’un autrement – d’autre chose – d’un ailleurs – le changement – l’au-delà du connu – des limites. La vie tâtonnante – cherchant sans relâche l’équilibre – le plus juste…

Et ce qui passe – ce qui vieillit en quelques dizaines d’années. Ce qui bute contre lui-même – en gâchant ses chances – s’éloignant toujours davantage à mesure du refus…

Des tours – mille tours concentriques avant de revenir vers soi – au centre – avant de traverser l’épaisseur opaque – avant d’atteindre le vide perçu jusqu’ici comme un néant – un malheur – quelque chose de moins enviable que l’enfer…

 

 

Des oiseaux – en soi – et autant d’arbres et de rivières – du soleil et du vent au-dessus de l’eau et des forêts. Et nous autres – parmi les herbes et les bêtes – au milieu de la terre (sauvage)…

Notre tête sur le sol – nos yeux tournés vers l’azur – l’âme à la verticale comme le lien – la pièce qui manquait à l’ensemble pour se redresser…

Seul sans la foule – orphelin de toute ascendance – les leurres et la détresse franchis…

Et, aujourd’hui, pas si éloigné de la complétude contemplative et agissante. Au terme, peut-être, du grand voyage sans pas – sans chemin…

Là où nous sommes – le seul lieu – propice – approprié – existant…

 

 

D’une absence à l’autre – sans jamais toucher terre – des vies de sommeil inutiles – comme un séjour-parenthèse au cours de ce long voyage…

 

 

Des jours à peupler pour s’imaginer vivant – émietter l’ennui – les désagréments – et le supplice, parfois, d’avoir été jeté sur la route – ici-bas – sans le moindre consentement…

Le rêve – comme un habit de fête – un peu de sucre dans notre breuvage amer – comme un parfum d’ailleurs – une fenêtre – un peu d’air frais dans les bas-fonds – l’obscurité – la pestilence…

 

 

Tous les souvenirs réfugiés aux angles de la mémoire – le passé-pente – lieu-dédale davantage que surface plane. Dans les recoins – de l’irritation – des tas de mensonges et de regrets. Quelques honneurs perdus et bafoués. Rien qui n’ait (véritablement) notre préférence…

Plutôt l’oubli que la moindre réminiscence…

 

 

Un frère – pareil à nous-même – ce que l’on cherche – et ce que l’on trouve, parfois, à l’intérieur. Toute une fratrie – en vérité – une communauté éminemment fraternelle – dans les hauteurs les plus simples et les plus dépouillées de l’esprit – vide – comme un vaste espace peuplé d’âmes tendres et dévouées – attentives et toujours soucieuses de replacer au centre – en nous – la part la plus fragile – la plus blessée – la plus enfantine – pour la chérir – la soigner – lui donner ce que nul n’a pu – n’as su – lui offrir – pour la guérir de ses plaies et de ses inquiétudes nées de la proximité de ce monde, parfois, terrible et de cette existence sans tendresse…

Au-dedans de soi – cette chaleur inconnue – bénéfique – comme au milieu d’une assemblée bienveillante – à l’abri – au cœur de ce merveilleux être-ensemble…

Dieu multipliant les visages à l’intérieur – les faisant apparaître les uns après les autres – dans cette profonde solitude qui a vu disparaître, une à une, les figures du dehors ; les figures proches – les figures amies – les figures alliées – toutes ces âmes qui, pensait-on (avec tant de naïveté et d’espérance), nous resteraient fidèles (et loyales) jusqu’à la mort…

 

 

A celui qui se place au centre du cercle – la profondeur et le va-et-vient – l’air et l’immobilité – tourbillons et cabrioles autour de nous-même…

Ce que devient l’Autre – toujours moins étranger – comme la part la plus lointaine qui, peu à peu, se rapproche…

 

 

Un monde de lignes et d’effacement – à chaque intersection – une naissance et une mort presque simultanées – des points de départ et d’arrivée – en apparence – mais, en vérité, la poursuite du dessin – le prolongement indéfini de l’immense arabesque – le jeu sans fin des traits et des soustractions…

 

 

Debout – le visage posé sur nos mauvais rêves – quelque part au milieu de la nuit – du tunnel – rien que du noir – partout – et se croyant endormi. Comme une vie sous cloche – et nos cris – et nos élans – contre les parois – toujours entourés de néant…

 

 

Comme l’eau – le ciel – les rochers – stable – fuyant – immobile – simultanément – toutes les traces du sommet dans l’esprit – avec des masques-caméléons – multiformes pour s’essayer à tous les jeux du monde – à tous les jeux de la création…

 

 

En d’autres lieux que la terre – là où est l’âme – là où l’esprit aimerait aller – plus qu’un pays, un jardin – plus qu’un jardin, une forêt – plus qu’une forêt, une aire de transparence aux apparences changeantes et modulables…

Notre portrait sans visage – le reflet, peut-être, de la vérité – à travers le miroir du monde…

 

 

Une lune au-dedans de notre désordre – quelque part dans l’âme – avec des oiseaux de passage qui traversent notre joie provisoire. L’enfance qui revient – l’enfance qui s’oublie – pour guérir le monde de notre impuissance – pour que l’on puisse échapper aux ruines – à la rouille – au désarroi – pour que la terre devienne (enfin) les balbutiements de notre ciel commun…

 

 

Seul – avec les histoires qui nous traversent – comme de grands oiseaux sombres – sans bonheur – sans éclat. Quelques bruits trompeurs – des voix – et quelques rires (parfois) – dans le désordre de la chair…

 

 

Les eaux-monde sur les pierres blanches de nos existences – passant et repassant – lavant et délavant ce que nous imaginons posséder ; rien – en vérité – pas même notre âge – pas même notre repos – quelques prières, peut-être, passablement inutiles…

 

 

Un chant brûlant – presque silencieux – pour dissiper la tristesse – et rapprocher l’âme de la source – le soleil du monde – quelque chose qui ressemblerait à un miracle…

 

 

Dans l’œil – ce lointain imprécis et grimaçant – fleur aux lèvres – l’âme fragile – frugale – solitaire jusque dans ses déchirures – jouant avec la nuit et ses ombres…

Tout qui s’écoule comme au premier jour de l’innocence – les eaux bleues du royaume déferlant – nous emportant à vive allure vers ce que nous portons au cœur – en secret – en silence…

Comme l’annonce (possible) de la fin de l’hiver…

 

 

Encore au milieu de l’enfance – avec trop d’étoiles dans l’âme – et trop de rêves dans la tête – le sang presque neuf – malgré l’expérience et la mélancolie – malgré cette tristesse (inguérissable) d’être au monde…

 

 

La faim – toujours – au milieu des prières. Dans le corps – la patience d’aller. Dans la tête – trop de soupirs…

De rocher en rocher – jusqu’au gouffre final – trou puis, tumulus – avec le ciel – le vent – les oiseaux – comme uniques témoins…

 

 

Nous pleurons et rions – pendant que la lumière monte – en nous – escalade nos tours – traverse nos remparts – dépose sur nos épaules nues – et notre âme tremblante – une longue cape blanche – nous déguise à la manière des moines et des magiciens…

 

 

En l’Autre – parfois – une grâce – à travers un geste maladroit – des yeux trop tristes de n’avoir jamais trouvé l’Amour – un air mélancolique et solitaire – un regard sensible – à travers la marque du manque et celle de la soif de lumière – ce qui rend plus humain qu’à l’ordinaire – les débuts de l’homme au-delà des instincts – notre seule espérance – en vérité…

 

 

Les mains de l’aube remontant la jeunesse – s’insinuant dans l’antériorité du monde – ce qui a précédé la première naissance…

Et nous autres – plus loin (bien plus loin) – entre le songe et la mort – dans cette étrange vieillesse née de la ronde des saisons – parmi les fleurs et la roche – dans des clairières mystérieuses où les âmes, en y entrant, livrent leurs secrets – possédées déjà – depuis le premier jour – condamnées à ne rien trouver – à se laisser guider par les sentiers qui mènent au seuil de l’aurore…

 

 

Nous – parmi les hommes – ces étrangers – ces barbares soumis aux lois du ventre – au règne de la faim…

Jamais au-delà de l’horizon. Jamais ni d’âme – ni de ciel. Rien de ce qui se vit à l’intérieur – juste les cris et le sang qui, à force de couler, rougit le cœur – le sol – les yeux…

Un monde d’assassins sans regard – sans pitié…

 

 

La vie – le visage – entre le sang et la cendre – ce qui initia la naissance – et ce qui couronnera la fin – longeant le mur – long – interminable – pendant des dizaines d’années – sans jamais rien rencontrer – en chemin – quelques ornières – quelques fantômes – et les bruits du cœur au-dedans – comme un écho incompréhensible – les mains et l’âme écorchées à force de frotter contre le béton gris – à force d’attente et d’espérance déçues…

 

 

Inconnu(s) à nous-même(s) – lors de la rencontre…

Dans les yeux – comme une lassitude – une fatigue nouée à la tristesse – l’âme malheureuse de ne rien trouver – quelques vagues équivalences (presque) sans valeur – des visages interchangeables – rien qui ne puisse (réellement) nous rapprocher…

 

 

La somme des instants – jamais – ne fera une éternité. Il faudrait oublier le temps – tout oublier – jusqu’à notre visage – pour goûter ce qu’aucune horloge – ce qu’aucun calendrier – ne peut nous révéler…

 

 

Ton sur ton – notre nudité sur l’innocence – notre beauté sur la neige – comme un peu de clarté dans la lumière – un peu de ciel dans le bleu déjà immense…

 

 

Il ne sert à rien d’espérer – il faudrait invalider le temps – devenir chaque battement de cœur – chaque souffle – chaque parcelle du monde – les saisons dans le désordre – les feuilles rouges des arbres et les bourgeons – la nudité de la roche et le printemps – être chaque possible – simultanément…

 

 

Embarqué(s) vers le jour – presque malgré nous…

 

 

Le poids du monde – sur les épaules – dans la tête – ces vivants sans épaisseur qui nous écrasent – qui meurtrissent la chair trop tendre – qui donnent à l’âme cette allure bancale et claudiquante – qui font luire la sueur sur notre front – et qui finissent par changer tous nos sourires en grimaces…

 

 

Des pierres et des yeux sur le chemin – pas de quoi emplir la mémoire – pas de quoi donner envie d’aller voir derrière l’horizon – pas même de poursuivre jusqu’au prochain virage…

Une halte – oui – plus que nécessaire – un lieu en soi à la place du voyage – un espace pour tous nos visages et notre fatigue – une présence à naître pour continuer à vivre au milieu de l’absence – au milieu de la nuit…

Ni tête – ni soleil – un cœur brûlant pour donner à la chair grise un peu d’humanité…

 

 

De l’éclat d’un Autre – d’un monde – mille gouttes de pluie – le silence des bêtes et l’espace qui nous entoure – notre peur et notre amour mis à nu – la tête au milieu des arbres – sur le seuil, déjà, du jour suivant…

 

 

Dans nos mains nues – toutes les récompenses…

Dans l’esprit – tous les châtiments – et quelques remontrances tenaces…

Au-dehors – notre nom gravé quelque part – sur un morceau de bois – sur un morceau de vent – rongé par le temps – déjà parti – déjà ailleurs…

Au-dedans – le silence et l’impatience – la fébrilité de ceux qui espèrent…

Pourtant – rien ne viendra (rien n’est jamais venu). Rien ne se passera (rien ne s’est jamais passé). Trop de rêves – seule la mort s’approchera (elle finit toujours par s’approcher) – et on l’entend déjà – elle avance à petits pas ; le visage aura beau se détourner et l’âme se dérober, nous serons pris comme toutes les autres fois…

 

 

L’aube – parmi nous – discrète – comme le silence – venue nous visiter – se rendre compte de la distance (exacte) qui nous sépare de la source – et du long détour que nous avons réalisé pour avoir supplanté les Dieux et la providence – et de la force des vents qui, chaque jour, nous poussent vers nos propres sortilèges – les malédictions de notre voyage autour du grand mystère…

 

 

Le livre – vierge – à présent – des feuilles blanches désunies – libérées de leurs agrafes et des contraintes (ennuyeuses) de la continuité – rendues au vent – à la solitude – au silence – vouées à aucun autre signe que ceux de l’invisible ; rien qu’un peu de soleil sur la neige – l’œuvre de la lumière…

 

 

A trop grande distance de l’être pour assumer son silence et sa solitude…

 

 

Frontières – que nous longeons – d’un seul tenant – comme la grâce et le ciel ; tout – relié – la même matière – et nous – ce regard – au centre – au cœur de ce périmètre sans périphérie…

 

 

En soi – comme une présence – la seule réalité peut-être – ce qui compte face au provisoire – face au dérisoire – de ce monde…

On n’attend rien – on est – sans frisson – sensible – indifférent – face aux démons des Autres – face aux démons du temps…

Rien ne compte – et moins que tout – nous-même(s) et nos misérables histoires…

 

 

Rien du jour – la noirceur – l’impur – ce qui ressemble à un séjour ou à un voyage selon la curiosité de l’âme…

 

 

Le monde – comme un rêve – qui se détache. Ne restent que la beauté du sauvage et la tendresse pour ce qui est seul…

Les formes changent – d’instant en instant – d’époque en époque – de vie en vie – jamais ne s’achèvent – se font et se défont devant nos yeux tranquilles – comme un ouvrage malhabile – une œuvre de joies et de malheurs passagers – sans importance…

Rose – pétales – épines – fumier – rien – selon les saisons – ni innocence – ni culpabilité – jouets et monstres se séduisant – se maltraitant – s’unissant – se désagrégeant – livrant, peu à peu, tous leurs secrets…

Rien d’important – ni d’essentiel – sous l’azur ; la permanente recombinaison des formes plus qu’éphémères – l’instabilité presque frivole – et inévitable (bien sûr) – devant l’être – le regard sans inquiétude – inconcerné par la beauté ou la monstruosité des jeux et des déguisements…

 

 

Nous – sur le seuil – tous les seuils – regardant – impassible – de tous les côtés du monde – sans s’attrister des malheurs – sans se réjouir de ce qui semble heureux – sans même rire des farces inventées – ni même (très) étonné par les inventions et les métamorphoses incessantes…

Le cœur invulnérable – sans émoi – face à la déraison – face à la pensée – face aux cabrioles et aux apparences – sensible – seulement – à la beauté de la neige qui tombe, de temps en temps, sur quelques âmes privilégiées et à ce qui s’imagine seul et démuni au milieu des Autres…

 

 

Parfois – la blancheur – non comme un rêve – comme une île – un halo de lumière – la tête qui se dresse – la main qui jette toutes les espérances pour être plus que vivant à l’intérieur…

Et dans l’œil – pas la moindre crispation devant le défilé du monde – toutes les silhouettes de passage…

 

 

Tous les piliers brisés – à présent – plus que des flots et des courants – et les restes de l’âme qui jouent au milieu des eaux qui s’écoulent sans retenue…

Ce qui glisse – ce qui sombre – au milieu des éclats de rire…

 

 

Des doigts sur le sable – quelques traits – un dessin, peut-être, sous la lumière – la poursuite sans cesse renouvelée du même voyage – avec des souvenirs – et des querelles parfois – des cris et encore quelques interrogations – rien de réellement insupportable ; la vie qui passe – et l’exil comme un tertre en soi – de plus en plus loin des rives – de plus en plus haut – comme une flèche vers le ciel – l’origine de la neige…

 

 

Rien – l’apparence d’une disparition – et ce qui, en nous (en nous tous) – s’enfonce dans les profondeurs et fait voler en éclats toutes les certitudes – toutes les fausses évidences…

Rien – il ne reste rien – sinon l’assurance du mystère – du silence – de l’infini – sous les traits tantôt de l’Amour, tantôt de l’absence – quelque chose, en tout cas, d’incroyablement tendre et familier – comme un sourire maternel sur un visage inconnu…

 

 

Des instants brûlants – comme la roche – cette pierre née des profondeurs – comme notre destin hésitant – courageux – dans l’étrange sillage de l’invisible – au devant de soi – désarmé et tremblant – face au plein jour – face au sommeil – face à tous les abîmes – les yeux fermés au milieu du silence…

 

 

Partout – la fausse raison et le sang – l’odieuse légitimation du crime – de l’organisation meurtrière ; la faim et le bonheur – la supériorité de l’homme – seule valeur certaine (et encore – pas pour tous) disent-ils…

Et où que l’on aille – on entend l’écho très proche des hurlements de nos ancêtres – poils et massues dressés – parés pour la lutte et le combat…

 

 

Le silence détrôné par la fougue impétueuse – contenue trop longtemps – comme une vengeance sournoise orchestrée par la matière – trop souvent reléguée à une forme grossière – incroyablement triviale…

Aujourd’hui – le déluge – qui insiste – persévérant – qui déferle – qui dévale les pentes trop longtemps interdites. Des flots et des forces – des routes inondées – hors d’usage – submergées par mille courants dévastateurs…

La déroute du silence et l’impuissance des prières. La quiétude sabotée par l’infernale puissance du monde – en nous – autour – partout…

 

 

L’alphabet de l’invisible et du désintéressement – et toute une syntaxe à inventer pour le peuple des sages et du silence…

 

 

Dans nos abîmes – notre préhistoire et la destination de toutes les routes que nous avons inventées pour nous en libérer…

L’homme – matière de sa propre chute – de sa propre perte – de son propre effacement…

 

 

Pas encore affranchi de la pierre – présente à tous les âges. Et nos feuilles – et le faîte même du monde – y prennent appui – et n’en sont, en définitive, que les hauteurs…

Pas même un soleil sur la terre ouverte – sur les âmes endormies. L’ombre – partout – comme la seule loi commune – ce qui est le plus répandu – puisque tout s’y prélasse – jusqu’à notre espoir de nous en débarrasser…

 

 

Rien en dehors de soi – pas même la nuit – pas même le monde…

Notre peine – seulement – qui vient s’ajouter au néant – et son contrepoids de solitude – au-dedans…

 

 

D’un côté – le souvenir – de l’autre – la danse folle – presque extatique – lors de nos longues marches parmi nos frères à écorce et à lichen…

Une seule lumière au lieu de mille étoiles…

Notre souffle plutôt que nos envies successives d’ailleurs – des songes souvent plus attristants que le réel…

 

 

Parfois – tout a l’air gris – couleur des mauvais jours. Les malheurs et la fièvre, au-dedans, inassouvie. Le désespoir qui s’écoule comme du sable – grain après grain – et ces pas qui crissent dans notre cœur immobile. Rien que l’on ne puisse regarder en face – yeux dans les yeux ; notre fuite et notre déroute – seulement – le bruit des pas qui ont peur – et cette tristesse comme notre seul appui…

 

 

Prisonnier du monde et du mensonge – des traits épais et imprécis griffonnés par le feutre des Autres – que nous avons cru nôtres – et inversement – l’illusion de haut en bas – épaisse – dégoulinante – saupoudrée de paroles lasses – et, pourtant, presque lucides (parfois) – nous-même – loin du vrai – à côté peut-être – à vivre aussi seul ici qu’ailleurs – dans la proximité d’un ciel moins étranger que toutes ces âmes indifférentes – que tous ces visages (trop) lointains…

 

 

Le quotidien durera jusqu’à la fin du sommeil – ensuite – on ne sait pas – tout sera tranchant – suffisamment sans doute pour que rien ne dure – pour que rien ne reste…

 

 

Au-delà du monde – le reflux – le retour – ce que nous n’aurions pu imaginer en restant sur les rives communes ; la régression jusqu’à l’origine pour accéder à une existence plus libre – plus belle – plus autonome…

 

 

Dans la frange la moins épaisse du rêve – avec des mers et des monts – des colonnes hautes comme la nuit – des familles – des tribus et des peuples – avec du vide sous le front et du vent nocturne et fatigué entre les tempes – quelque chose comme les restes d’un oiseau blessé qui aurait passé sa vie en cage ; rien de juste – rien de droit – un inventaire de choses disparates et cruelles…

 

 

Au-delà du sens des mots – il y a un monde – des mondes – mille merveilles possibles – un langage qui, sans cesse, se réinvente – qui se cherche sans jamais se trouver tant tout est instable – tant l’essentiel glisse toujours plus loin – derrière – à côté – par-dessous – jamais là où on l’attend – jamais là où on l’imagine…

 

 

Rien que la folie des têtes et l’égarement des peuples. La bêtise hissée au plus haut avec les griffes et les instincts – le repli et le territoire – la disgrâce de tous les gestes et de toutes les intentions – le sacre du rêve et de l’inutile – l’horreur façonnée pour mille lendemains – pour mille siècles peut-être…

 

 

Notre tête – au milieu de la forêt – comme posée là – à l’écart – attentive – sans pensée – au chevet du silence – au milieu de ceux que l’on aime – de tous nos frères sans parole – sans histoire – dignes des plus belles et des plus hautes verticalités…

 

 

De la neige dans les yeux – quelque chose de léger et de froid – en couches épaisses – comme un manteau assassin – une couverture nocturne qui obstrue la vue – et sous laquelle on finit par mourir – asphyxié…

 

 

Le cœur trop pesant pour vivre – l’âme égarée – introuvable – la gorge nouée – la poitrine haletante – l’existence pareille à un mauvais rêve – l’épuisement à respirer trop près de ses semblables – ceux qui, en apparence, nous ressemblent…

 

 

L’horizon si longtemps oublié – comme un secret caché aux vivants – au milieu du sable – la fleur – ce qui ne peut éclore sans émoi – sans un regard né du fond de l’âme…

Le monde passe – continue de passer – sans cœur – insensible – les yeux ailleurs – déjà posés sur le pas suivant – sur le terme du mouvement (ou la fin du voyage) – trop loin de nous – trop loin de tout – plus qu’absent…

 

 

Nos mains malhabiles devant l’air trop affairé du monde – cris – ivresse – tortures – comme une ombre immense qui recouvrirait notre labeur – tous nos efforts – toutes nos malheureuses tentatives…

Notre présence – nos intentions – appartiennent au domaine de l’invisible – comme notre sensibilité que l’on dénigre sans raison – comme notre chair fragile et notre front docile – que l’on veut soumettre à tous les rites – à tous les jeux – à tous les rêves – du monde…

L’âme résiste – s’arc-boute – refuse – s’enfuit – mais nul ne la voit – nul ne la respecte – nul ne comprend sa détermination – son élan vers la solitude…

Tout semble illusoire – l’âme – le monde – notre prison – pourtant, les blessures saignent – et le cœur, un jour, finit par s’arrêter…

 

 

Dans l’ivresse de cette longue nuit morose – nos congénères polissent leur miroir – s’exposent sans retenue – sans pudeur – célèbrent leurs (dérisoires) aventures – en rêvant, en secret, d’une autre vie…

 

 

Aveugles à l’ombre immense qui les poursuit – et qui se tient devant eux…

Doués pour l’art de l’illusion…

Prestidigitateurs aux blessures profondes – recouvertes – dormant – et rêvant de mille autres sommeils…

 

 

L’oreille attentive aux murmures des eaux souterraines – la mort devant soi – le chagrin au-dedans – des fleurs qui poussent au bout des doigts – la tête vide – sans prière – l’âme dans les mains de l’aurore…

Notre vie au milieu des arbres – en pleine forêt…

L’ombre des hommes et les ondes du Divin – sur l’âme…

L’Absolu qui se déploie – au-dedans – peu à peu – imperceptiblement…

 

 

Dans le tumulte des âges – dans l’ordonnancement des siècles – quelque chose entre la vie et la mort – qui accumule les naissances un peu naïvement – sans prêter attention à la ronde des jours – à la ronde des pas – qui cherche à dompter les vents – à diriger les destins – au lieu de s’abandonner à l’inexistence des chemins…

 

 

Mortels – comme si nous ne le savions pas…

Eternels – comme si le temps n’existait pas…

Du sable qui s’écoule et le cycle de l’eau…

Et le regard qui contemple – et soutient la course – la nôtre comme celle de mille autres visages…

Partout – au-dehors – au-dedans – des mondes – des rêves – des étoiles – toutes les possibilités de la lumière…

 

17 avril 2020

Carnet n°230 Notes journalières

Le cœur – comme une arche vivante – le prolongement incarné de l’origine – et l’ascendance de la main qui caresse – de la parole tendre et réconfortante…

 

 

D’échec en échec vers l’ultime défaite – la grande capitulation – le néant, peu à peu, inversé en joie au-dedans – et l’humiliation, au-dehors, qui persiste…

 

 

Existence et gestes qui ne ressemblent à rien de connu – à rien de référencé – qui semblent si étranges – si étrangers…

A peine un visage humain…

 

 

Le désert qui s’étend – souvent. Notre seul quotidien – le ciel et le silence – et, parfois, l’insensibilité – l’absence douloureuse – quelque chose comme une besogne pénible – trop lourde – trop ardue – presque impossible…

 

 

Au service – jour et nuit – de ce qui s’impose – de ce qui s’empare de nous…

 

 

Des mots sans révolte – témoins seulement de ce qui a lieu – sans imaginaire (même s’ils semblent parfois en sortir) – au plus près du ressenti – du réel vécu – au-delà du carcan de l’individualité…

 

 

Du feu et de l’âme sur la page – l’encre-sang giclant sur le blanc-miroir – pour se rappeler de notre visage commun – de cette source enfouie dans nos profondeurs…

Manière – bien sûr – d’encourager l’Amour et la lucidité…

 

 

Dieu – peut-être – présent (tout entier) dans les petites œuvres – et les petites affaires – du monde. L’infini – l’indicible – au-dedans du limité – du plus tangible…

 

 

L’impatience de l’esprit et la lenteur du jour à nous imprégner. Sans mot de passe – juste l’innocence nécessaire et le cœur livré (presque entièrement) aux exigences de l’au-delà humain – l’âme sans emblème – les mains sans attente – prêtes à s’abandonner à l’inconnu – à ce qui passe…

 

 

Les mots affranchis du monde – du poème – de toute intention – révélateurs seulement de la possibilité (et, parfois, de l’évidence) d’un autre monde – d’un autre langage – d’une autre volonté…

Une manière vivante (et singulière) d’être – en soi…

 

 

Au commencement était la solitude – que la vie a multipliée…

Des existences côte à côte – et, à terme (très vite), l’agonie et la mort – solitaires, elles aussi, malgré la présence, parfois, de quelques visages…

 

 

La souffrance enseigne – peu à peu – la possibilité de la joie – sa présence au-delà de la tristesse…

 

 

De mythe en mythe – l’aventure douloureuse – la défaite au long cours – presque interminable. Le chemin (initiatique) des preuves pour s’affranchir de l’illusion – rien pour la terrasser – ni l’amoindrir – seulement la fuite – l’éloignement – l’exil – qu’importe la direction – au-dessus – en-dessous – à côté – la seule issue ; se tenir à distance – suffisamment éloigné pour échapper à la farce et au pathétique – et apprendre, peu à peu, à vivre sans visage – sans mémoire – sans référence – sous le soleil et les ombres du jour…

 

 

Il n’y a rien – parfois – derrière l’hostilité des visages – juste un feu immense – dévastateur – qui circule et embrase tout ce qu’il rencontre – mille flammes nées des forces destructrices nécessaires à l’équilibre – à l’harmonie invisible – du monde…

 

 

L’âme et les fenêtres closes – la vie comme un effroi – une malédiction – la preuve du plus difficile terrestre peut-être – une solitude sans visage – sans étreinte – une existence de quasi fantôme…

 

 

Le silence – complice de notre étouffement – comme une invitation à creuser davantage – en soi – à ouvrir au-dedans cette chose qui nous restreint – pour accéder à la vie intérieure – panoramique – sans limite – au-delà de l’air et de l’espace disponibles…

 

 

Le monde – comme une surface à explorer – une matière à dissoudre…

Et le bleu des pleurs sur nos joues – comme un surcroît de beauté – un avant-goût de la joie – au milieu du désastre – au cœur de la tragédie…

 

 

L’inconnu au bout des doigts et des intrus plein la tête – à attendre le lendemain – l’invasion des monstres – l’étonnement devant la pluie – n’importe quoi plutôt que la mort et le silence – cette faim inapaisée – douloureuse – et ce sentiment d’exil au milieu des siens – putatifs seulement…

La solitude au centre – remontant vers les hauteurs – devenant tertre – puis, peu à peu, île et remparts – extrême pointe, peut-être, du voyage humain…

 

 

Des mots et un chemin – sans filet – sans appui – sans raison – rouge et or. Jamais un refuge – une manière de soustraire ce qui pèse et encombre – et d’apprendre à sourire malgré la violence – l’adversité – l’exil de l’âme…

 

 

Dans le sable – mille secrets enfouis – inutiles – sans intérêt. Des restes d’histoires – des scories – des reliquats d’existence – de la chair putréfiée – des os et de la cendre – mille souvenirs de rencontres désastreuses – blessantes – mortifères. Et sur nos tombes – ces grandes mains vides – maladroites – impuissantes – et ces larmes qui coulent sans pouvoir s’arrêter…

 

 

La vie sans gardien – dépourvue – joyeusement anonyme – discrète – presque secrète – comme cette alliance avec l’invisible – l’âme et la tête hors du sable…

Mille larmes – et autant de sourires – sur le chemin désert. Le monde et la folie oubliés – la terre et la sagesse – en nous – réfugiées – pour échapper à l’infamie et à la vindicte extérieures…

 

 

Des mots infimes pour dire l’immensité…

La beauté sans protection – exposée – à la merci du moindre geste maladroit – du premier pas malveillant – et, peu à peu, altérée par l’insensibilité de ceux qui passent sans un regard…

 

 

Vers l’absence – nos figures réelles – complices – celles qui se détournent de l’espace – du silence – du désert…

La rage au milieu du front – la fièvre dans les pas – toute l’ardeur de l’existence – pour précipiter la fuite et agrémenter l’éloignement – cet exil (involontaire) du centre…

 

 

Comme une bête soumise et attachée – le cœur contraint – bâti pour la joie – la quiétude – la liberté – et confronté à la tristesse – à la violence – à la détention – plongé dans ce monde – ce bain de figures patibulaires – mal à l’aise parmi ces âmes si rustres…

Isolé – éloigné de sa rive naturelle – relégué à l’exil, en somme…

 

 

Chaque jour – le même labeur – les mêmes tâches à accomplir – la même danse – le rythme régulier des pas – le même chant – cette voix haute – sans ressemblance – qui s’élève et serpente vers le ciel. Et ce souffle puissant – né du fond de l’âme – pour chasser la nuit – l’Autre inauthentique et sans intimité…

La page et le monde parcourus pour inverser les élans – retourner les miroirs – devenir plus faible – plus précaire – plus innocent (bien plus faible – bien plus précaire – bien plus innocent) que toutes les alliances passées entre les vivants…

 

 

Du jour – en nous – si lointain – bout de rêve encore – désir non exaucé. Visage souriant – comme absent au milieu des ruines…

Des lignes blanches – comme des empreintes inutiles – sans question – sans réponse – inscrites sur la page – et relayées par le silence auprès de ceux dont les lèvres savent rester muettes face au ciel – âme – visage et mains – dans le même axe – alignés sur l’infini…

 

 

Rien de l’après – du devenir. Rien de l’avant – du souvenir. Rien – à présent – quelques mots sans secours – la part d’encre et le souffle que Dieu nous réserve…

 

 

L’homme-terre – l’homme-mot – au regard triste – dont la nostalgie mélancolique est trompeuse – porteuse – pourvoyeuse – d’autre chose – d’un élan invisible – imperceptible – vers le centre du souffle et du silence – vers ce qui règne à l’envers de l’ivresse et de l’enthousiasme – sur ce socle précaire – fragile – minuscule – de l’intimité et de la providence…

Ce qui multiplie nos chances de joie et d’étreintes – au cœur de cette solitude extrême – sans la moindre méfiance à l’égard des vents qui poussent – qui mènent à l’exact lieu où l’on doit être…

 

 

Une marche sans jamais toucher terre…

 

 

Autour de soi – des paroles en l’air – comme d’infimes signes provisoires livrés au ciel – dans la liberté d’aller là où bon leur semble ; dans l’œil de l’un – dans l’âme de l’autre (très rarement) – dans le désert et les fossés (le plus souvent) – là où se trouvent les arbres et les bêtes – pour adoucir (un peu) leur existence si rude – si éprouvante – atrocement soumise au bon vouloir des hommes – et leur murmurer à l’oreille que nous sommes à leurs côtés et que nous les aimons avec tendresse et fraternité…

Des mots pour attendrir – exalter toutes les faiblesses – et laisser le vent effacer tous les rêves – et les oiseaux les emporter loin du temps et de l’angoisse…

Pour demeurer près de nous – sans plaie – sans rouille – présent tout entier(s) dans notre existence sans intention…

 

 

Des paroles circulaires – autour du même centre – ce silence sans image…

 

 

L’ivresse des mots – du poème – dans la nuit hostile – épaisse – opaque – infranchissable…

 

 

Un Amour – un monde – partagés entre mille intimités…

 

 

Des chances – des preuves – des rêves au fil de l’eau…

Des ailes plus robustes pour nous porter jusqu’au dernier refuge….

L’angoisse du temps comme un étau contre nos tempes – désolidarisé de l’ensemble et de la procédure tortionnaire – comme une lame lentement remuée dans chacune de nos plaies….

Le monde tel qu’il est – les yeux encore plein de sommeil – et devant ce spectacle – notre tête épouvantable et épouvantée…

 

 

Le sol – appui de notre vol…

Le livre porté comme un étrange habit de fête sur le chemin le plus quotidien…

De jour en jour – de plus en plus de lumière – jusqu’au secret – avec l’univers – en soi – non comme un abîme – mais comme le seul espace – natal et éternel…

 

 

De la neige par-dessus le langage pour donner au sens une blancheur uniforme – une légèreté à ce qui nous hante – comme la main malicieuse d’un enfant qui, sur nos pages, effacerait un peu la fougue – les tempêtes – les éclats – toutes nos rugosités…

 

 

Une immense fenêtre à la place des yeux – et dans l’âme – cet équilibre (quasi) originel – pour que le geste puisse s’affranchir des préférences et conserver une forme (indiscutable) de justesse quels que soient les visages présents – les âmes impliquées – les histoires et les circonstances…

L’innocence conquise au milieu du trajet – et le reste du voyage à réaliser sans la moindre volonté…

 

 

La grandeur journalière de l’âme dans les petits gestes – l’infini dans l’infime – le plus précieux dans l’anodin – afin que tout ait la même envergure – la même importance…

 

 

Des jours – des ombres – des paroles. La même discipline et le même désordre. Et le silence – la lumière – l’éternité – de l’autre côté du chaos…

 

 

Le visage cousu au relief du monde…

Sur les chemins – des murs sans fenêtre – des paysages enneigés où l’on devine le désir des peuples – un univers de nécessités et d’instincts où le livre – au mieux – est une parenthèse – trop rarement (presque jamais) le socle ou la matrice d’un élan vers la lumière et le silence – vers cet idéal opposé, en quelque sorte, à celui qu’affectionnent toutes les âmes séculières et contemporaines*…

* Quelles que soient les époques…

Comme une infime ouverture dans l’entêtement aveugle et la marche obstinée…

 

 

L’âme nue langoureusement assise sur le sable. Tête et pensées plongées dans cette nuit marginale – éloignées des sentiers les plus fréquentés…

Sur le visage – les traits de l’inquiétude – les sourcils soucieux – à l’idée de quitter la terre des hommes…

L’œuvre et le chemin – en soi – qui se cherchent. Tout un monde – mille poèmes – et le naufrage au cœur de l’histoire – dans la maturité de l’âge – au beau milieu de l’arrière-saison…

 

 

Le mot et la mort – face-à-face – qui confrontent leur audace – prêts à rivaliser jusqu’au renoncement de l’autre – à traverser toutes les expériences offertes – les déserts les plus arides – les espaces les plus sauvages – toutes les épreuves jusqu’à l’aurore – jusqu’au matin des naissances – jusqu’à l’aube du langage – jusqu’à se retrouver face au visage de Dieu – sans personne…

 

 

Des murs – des miroirs – sans la moindre ouverture. L’ailleurs – en soi – à découvrir – après la longue (et incontournable) traversée du tunnel – les mains contre les parois – dans le noir – sans jamais se laisser distraire par ses peurs et ses reflets…

 

 

Des objets – loin de nos préoccupations. La nuit, peu à peu, dépeuplée. Notre tête sur le sol – quelques empreintes sur le sable. Partout – le provisoire. Aux côtés de ce qui se cherche derrière la pensée – au-delà des images véhiculées par le monde et l’esprit. L’inquiétude de soi face au ciel et au silence – l’angoisse prégnante de la solitude et de la mort – de toutes ces forces enserrantes dédiées à notre dévoilement…

 

 

Comme le soir et la nuit – tout est dissimulé dans la première heure. Tout se cache – en vérité – derrière les infinies possibilités du jour…

 

 

Le monde dans notre sang – comme la roche sur laquelle nos vies essayent de se bâtir…

Le silence comme un centre autour duquel tournent les bruits – virevoltent tous les sons. Comme nos mains et nos gestes – face à l’infini – comme nos jours face à l’éternité…

Rien – pas la moindre chose sur laquelle l’âme puisse s’appuyer – rien – pas la moindre chose sur laquelle nous puissions nous acharner…

 

 

Des délires – mille choses qui passent. Le cœur battant – toutes ces marches volontaires – et cette quête (obstinée) de la terre promise. Et cette présence – en soi – muette tant que le dépouillement et la nudité n’ont pas été découverts…

Dans la poitrine – ce qui s’étreint – la seule chose nécessaire – sans doute…

Le feu et le silence – enlacés – en nous – comme le seul lieu possible de la rencontre…

Et la solitude hissée jusqu’au cœur – peuplée de tous nos visages – la fraternité sans héros – le règne du vrai et de la tendresse – la générosité et la bienveillance en actes – ce que nous sommes – notre unique fortune – évidemment…

 

 

Nous – à la hauteur des arbres – la parole attachée au vent – libre en quelque sorte – porteuse d’ombre et de soleil – fidèle au jour – sans légende – sans secret – prête (si nécessaire) à pénétrer l’esprit et le sang des Autres…

 

 

L’univers entier – dans la chair – au même titre que la soif – les songes et la pierre d’autrefois. Asile et appui – aire des royaumes et de la fuite…

Toutes les possibilités portées à bout de bras jusqu’à l’aurore où le mouvement et la parole deviennent caduques…

 

 

Pages tachées de sang – froissées par la besogne quotidienne – qui sentent la sueur et l’acharnement – notre exercice – notre ascèse – notre existence – jusqu’au bout de nos dernières forces…

 

 

Le désert hanté par le monde et le temps – tous les contenus obstinés – persistants – de l’esprit…

 

 

Le souffle prisonnier des saisons – et la posture des visages – comme un voyage qui nous enfoncerait, peu à peu, dans la dépossession – avec cette douleur (toujours) à proximité des figures hideuses – bestiales – sans âme…

De plus en plus loin de notre chance – celle d’un destin affranchi – libéré des instincts – des Autres – de la respiration. Cette vie des marges – éloignée des rives et des mirages – de toutes les formes d’asservissement et d’illusion…

 

 

Nos seules armes sont l’hiver et l’exil. Et les remparts du silence qui nous protègent des hommes – des bruits – du monde – de la rudesse des âmes rustres qui se livrent (leur vie durant) à des jeux grossiers…

Aux pieds des cimes – des paroles comme des cris ou des plaintes – des gestes de saisie et d’appropriation (presque exclusivement) – des existences primitives et territoriales – infiniment basiques – avec des images et du noir dans la tête qui voilent la beauté de la terre et du ciel – et toutes les possibilités qui nous affranchiraient de ce royaume d’alliances et de proies – où les batailles et la domination ont, peu à peu, remplacé l’innocence et la tendresse – les joies si merveilleuses – si ingénues – de l’Amour originel…

 

 

On s’éloigne de tout – du bruit – des hommes – du passé. Table rase – à chaque souffle – à chaque pas – le monde derrière soi – et l’inconnu de part et d’autre du front…

Le destin entier qui se joue – (presque) à chaque instant…

 

 

L’air fendu par la parole proférée – ni menace – ni murmure – dans le prolongement naturel du premier élan – pas même une résistance contre la barbarie – inutile – impuissante (presque toujours) – le mouvement spontané des lèvres (et l’élan du livre) face aux énigmes de l’existence et du monde – face aux mystères de l’être et du vivant – comme manière (maladroite sans doute) de s’interroger – de découvrir – de partager – ce qui semble exister – l’invisible – manière aussi (bien sûr) de comprendre et d’approcher ce que nous sommes…

 

 

Des monstres absents – en plein délire – comme frappés de folie et de cécité – d’inintelligence – que le manque et la faim rendent (orgueilleusement) cannibales et incestueux…

L’existence – comme un trou – une béance – un vide à combler – quelque chose que l’on emplit avec des visages – des jeux – des souvenirs – n’importe quoi pourvu que ce que l’on amasse (ou collectionne) nous fasse oublier nos mésaventures – notre quotidien – et anesthésie toutes nos douleurs…

 

 

Autour de nous – tout bouge. Et au-dedans – tout tremble. Des vibrations réticulaires – des secousses qui rendent impossible la solitude – l’isolement – la séparation…

L’absence – peu enviable – demeure le seul exil possible – une forme d’éloignement mortifère – sans issue – pas même un repos tant nous nous réduisons au néant…

Il nous faudrait plutôt retrouver la présence (autonome) – au centre des ondes – au centre des liens – comme une île – un peu de stabilité – au milieu de l’océan – au cœur des vagues puissantes et provisoires – notre seule patrie – celle qui nous a mille fois enfanté(s) – celle qui nous accueille à chaque mort – celle où, depuis le premier jour, toutes nos chances sont réunies – en ce lieu où il nous faut retourner – et demeurer – en cet espace où l’éternité et l’infini peuvent (réellement) s’habiter – et rivaliser sans risque avec le temps et la finitude…

 

 

De l’être et des gestes – pas de parole ; seulement quelques mots (pour soi)…

 

 

Au bout de soi – l’absence de rival – le règne solitaire – l’âme débordant de sa gangue humaine – tous les voiles déchirés – bref, l’être et la transparence prêts à se laisser approcher…

 

 

La dangereuse ivresse de la parole – toutes les tentations et tous les vertiges du monde – l’attrait d’une gloire illusoire – éphémère – mensongère – inutile – comme happé par la nécessité des idoles et le besoin incessant des images qui défilent…

Mieux vaudrait se taire – ou écrire en secret – pour soi – et en offrir les fruits de manière anonyme (s’il existe encore un élan de partage)…

 

 

Nous n’espérons plus – nous sommes aussi réel(s) que le ciel et le vent. Pas une parole – pas une (seule) explication. La lumière qui accompagne notre vie – qui précède nos gestes – quelque chose hors du monde – et qui lui est (hautement) bénéfique – et dont personne ne peut se réclamer…

 

 

Replié non sur soi – mais sur cette présence en soi – dilatée – respirante – comme un espace infini – un périmètre sorti enfin de l’abstraction – plus consistant, à présent, que tous les événements et toutes les histoires de notre vie – invisible pourtant – et dont le monde n’est qu’un infime fragment…

L’existence secrète, peut-être, comme la seule évidence – notre seule réalité…

 

 

Comme le jour – sans incidence…

Discret – comme la nuit…

Debout – sans la présence des Autres…

Au loin – de plus en plus loin – des visages fantomatiques – les siens et ceux du monde – les mêmes sans doute – quelque chose d’inutile – la preuve de notre ignorance – de notre incompréhension – de notre aveuglement – qui ont duré pendant des siècles…

A présent – tout se déroule – comme autrefois – parfois avec heurt – d’autres fois sans heurt – la différence ? Cela nous est bien égal aujourd’hui – tout peut arriver – tout pourrait arriver – tout serait accueilli sans résistance obstinée – sans la volonté acharnée du contraire – d’un autrement – ce qui vient comme la part de nous-même qui nous manquait – indispensable – inévitable – bienvenue – (ontologiquement) à sa place…

 

 

Le monde défait – dans la poitrine – avec un dernier râle – long – rauque – interminable – la langue de la complainte – littéralement – comme des soubresauts et une forme d’incantation pour résister à la déchéance et à l’oubli – à ce qui semble inévitable…

L’éloignement naturel de l’inutile et du superflu – de la consolation et de la compensation – de toutes ces choses un peu enfantines – cette immaturité commune (et ordinaire) des hommes…

Le plus juste – le plus vivant – à l’envers de la parole et de la pensée. Le retournement nécessaire à la maturité…

Ce qui doit disparaître. Et ce qui doit se déployer. L’œuvre des nécessités successives – ce qui, toujours, s’impose – de manière irréfutable – malgré les refus – les résistances et la douleur – l’empreinte tranchante et salvatrice de l’être sur l’homme et le vivant…

Des chaînes – des ombres – et la lumière qui, peu à peu, se dévoile…

 

 

On aimerait passer du crépuscule à l’aurore – aisément – sans encombre – d’un seul pas – d’un seul trait d’esprit (ou de plume) – et l’on ne fait que sauter d’absence en absence – la tête de plus en plus lourde – de plus en plus douloureuse – comme une excroissance grossissante qui nous paraît de plus en plus étrangère…

 

 

Les excès et l’attachement – l’ignorance – comme des vestiges qui nous relient au ventre même des origines – à l’innocence du premier visage – à la première tentative – au premier élan pour, à la fois, quitter et rejoindre la matrice. La pérennité de l’inutile – du masque et du mensonge – à travers les millénaires – à la fois souffle et malédiction – jeu de l’infini au cœur du possible – au cœur du vivant…

La rive – le phare et le naufrage (inéluctable) – quelque chose comme un retour – une sorte d’accident dans le voyage – le signe du monde et des Dieux gravé secrètement au revers de notre âme – dans les tréfonds de notre présence et de notre volonté…

 

 

En soi – une communauté – un temple – un royaume – le monde entier enfin vivant – enfin réuni(s) de manière fraternelle…

 

 

Chaînes – lourdes – soudées à l’âme et à la lumière – dans l’absence la plus inavouable – entravant le geste et la parole – limitant les pas – et la marche – à quelques tours autour de soi – comme une manière de tourner en rond en se heurtant à tous les angles de l’individualité…

 

 

Nous – gonflés d’inutile et de possible – en soi – quelque chose de ligoté aux Autres et au temps. l’avidité épargnée ni par les blessures – ni par la folie – le manque incessant cherchant le lieu de l’apaisement – la certitude de l’abondance – rien de réel – rien d’accessible – en vérité…

L’inquiétude obsédante – le cœur baignant dans l’obscurité et l’illusion…

 

 

Le feu dans l’âme exaltant l’ardeur – sacrifiant les jours – terré dans son piège sans issue – la tête en-dessous de tous les seuils à franchir…

 

 

Ni attente – ni aventure – la solitude multiple et habitée – la seule voie, sans doute, pour se libérer du monde et du temps…

 

 

Le pire ne se trouve sur la pierre – ni sur le sable – ni sur la terre – mais dans l’espérance accrochée à l’âme et aux yeux de l’Autre – ni appui – ni sauveur – inexistant – comme le reflet furtif d’une silhouette passagère – rien de réel – et, bien sûr, pas notre double – et moins encore notre âme sœur – pure invention – quelque chose qui nous ramène à l’absence – à la négligence – à la précarité de toutes les choses du monde – autant qu’à notre solitude (salvatrice)…

 

 

Ce que le sang ôte à l’âme…

Et cette grossièreté de l’amour et de la douleur…

Le tout indivisible – les ailes brisées – et le cri à l’intérieur – comme une distance impossible à combler – à franchir – à effacer…

Des déserts et la mort. Et excepté cette ardeur sans objet – pas grand-chose – un peu de sable et de patience – et la chair, au fil des jours, qui se décompose autour du squelette…

Des traces d’arc-en-ciel un peu partout – ce qui existe – et ce qu’il restera sur terre – dans nos cœurs – rien que des images et de la couleur – rien de réel – rien de véritable – de la poudre pour les yeux et les visages – ce à quoi l’on attribue du pouvoir – et même une existence – comme un incroyable tour de passe-passe – histoire de rendre le vide moins déplaisant – moins mortifère – et notre vie moins pathétique…

Le monde comme un hologramme joyeusement coloré par nos inventions…

 

 

Une errance – immobile parfois – qui s’ignore – et dont on tait le nom. Comme un pas sans cesse recommencé vers le même horizon – un regard qui embrasse l’immensité – et qui balaye tous les recoins – tous les secrets – pour faire table rase et nous ouvrir à la solitude – à la réalité de l’être – au-delà du réel et du langage – au-delà des apparences et des idées – ce que nous sommes lorsque l’absence et la distraction n’ont plus cours – lorsque nous nous retrouvons seul(s) – sans le poids de l’Autre – sans le vaste monde – hors du voyage – au cœur de l’inconnu et de l’incertitude – sur cette rive étrange où rien ne peut être fixé – où tout flotte – relié au reste – à la manière d’un rêve ; les choses et nous-même(s) – autant ce qui est que ce qui regarde…

 

 

Le même voyage malgré le changement de décor et de relief…

 

 

Une main vers soi – et l’autre vers ce que nous appelons le monde – personne en vérité – nous-même(s) peut-être – lorsque nous serons rétabli(s) – dans quelques milliers d’années – sans doute…

 

 

L’étrange myopie de l’homme – comme un mal persistant – tenace – insensible à tout remède existant…

 

 

Ni droit – ni devoir – une franche liberté…

Ni aide – ni appui – une réelle précarité…

La vie pleine – autonome – incroyablement provisoire – fragile – entre les mains des Dieux…

Le silence, lui, appartient à l’autre versant du monde – le lieu dans le cœur de ceux qui sont en paix – indifférents (en apparence) au cours inéluctable des choses…

 

 

Un destin remis en jeu – au cœur du feu – au cœur du monde…

 

 

La nuit voilant l’existence du lointain sans chimère – trop de boue et de cendre sur le sol – trop de rêves dans l’air – pour apercevoir toutes les jonctions entre le ciel et la terre invisible…

 

 

L’humanité comme une sorte de prélude incertain – peu fiable – essai ou tentative plutôt que réelle espérance…

 

 

Parfois le jour – comme un interstice – une parenthèse – une (trop) mince opportunité…

L’âme dissidente – réfractaire au monde – aux visages – au sommeil – à tout ce qui éloigne du ciel et de la vérité – du silence et de l’immensité…

La lucidité plutôt que l’étoile – le réel plutôt que l’illusion…

Ce qui est et le silence – notre seule appartenance…

 

 

L’œil lancinant de l’Autre – comme une familière intrusion – dont on se rend complice ; le corps caressé – l’âme ravie par tant d’attention – par tant de sollicitude – mensongères puisque emplies d’attentes et d’exigences (ou, au moins, porteuses d’un désir de réciprocité). Rien qu’une sournoise manière de nous ligoter – de refuser sa propre filiation – sa propre appartenance…

Une liberté cadenassée – réduite à la présence – trompeuse – partielle – horriblement négligente – de ceux qui nous entourent…

 

 

Devant soi – rien – le même tunnel – ce noir permanent – inconnu – que nous regardons depuis mille siècles – impassibles. Et nos yeux fermés – comme l’étrange prolongement de l’obscurité du monde – le lien, peut-être, entre ce que nous appelons l’intérieur et ce que nous appelons l’extérieur…

L’abîme qui se déploie – la nuit seule – sans rien – sans personne…

Sans même une main ou une étoile – juste un peu d’air et d’espace – suffisamment – pour faire les cent pas – un peu de marche autour de soi – et attendre patiemment – douloureusement – la mort…

 

 

Le soleil – la douceur première – avant l’enfantement – avant l’incarnation – cette abominable (et regrettable) restriction – presque oubliés – présents dans un recoin reculé de la tête et dans les tréfonds de l’âme…

Et toutes ces existences – une à une – pour les réhabiliter et leur restituer leur place au cœur de la nuit – au milieu des abîmes enténébrés…

 

 

Le monde à démasquer pour que dure le jour perpétuel – malgré la course inchangée des astres…

Rien à porter – ni loi – ni existence – ni volonté – des pas libres et transparents – sans fatigue – sans essoufflement – aussi vierges et fantasques que le vent…

 

28 septembre 2020

Carnet n°245 Notes journalières

L’âme sur les lèvres – au bout des doigts – à chaque rencontre – le centre et le monde autour – la magie de l’Amour et de la lumière – la joie et le silence…

Être soi en tout – sans la moindre résistance – sans la moindre restriction…

 

 

Une paire d’ailes – immenses – pour vivre – la tête dans le souffle des Dieux – légère – si légère – intensément aérienne – bien sûr…

L’homme transcendé – pleinement réalisé – devenu (enfin) ce qui l’a enfanté…

 

 

Au cœur du cercle – l’incertitude et l’errance…

Au-dehors – ce qui a cédé et ce que l’on nous a arraché…

Au centre – l’Amour et la lumière…

Autour – toutes les images et toutes les ombres ; toutes nos tentatives infructueuses réunies – comme un tas immense que le vent transforme, peu à peu, en boue – en pluie – en neige – en souffle pour ceux qui suivront…

Qui sait ce que laissera le chemin…

 

 

Personne sur les tombes – un peu de rire – au-dedans – un peu de magie – ce qui pourrait ressembler à une farce s’il ne nous restait sur les joues ces vieilles couches de larmes séchées – ces monceaux de peines lorsque nos yeux étaient encore incapables de voir – l’âme voilée avec ces vieux restes de nuit – et dans les poches ces mouchoirs déchiquetés encore trempés de pleurs – encore gorgés de malheurs – imprégnés de toutes ces défaites successives face à l’absence – face à la disparition…

L’enfance de l’homme – blessé par les instincts et les chants guerriers du monde – avec cette odeur et cette couleur de sang sur les mains – et la chair rongée de tous les frères que nous avons enterrés…

 

 

L’heure – à présent – révolue de la prière – le goût exact des choses – le geste juste – et toutes nos feuilles par terre – froissées…

Ces lignes (comme toutes celles qui précèdent – comme toutes celles qui suivront) devenues obsolètes – comme une nécessaire propédeutique de l’être – peut-être…

 

 

Des poignées de prières lancées en l’air – par jeu – pour rire – sans destinataire…

Un peu de silence – un peu de poésie – offert…

 

 

Du sang – des blessures – le gouffre…

La douleur et le chemin – naturels…

Le même chant – sur toutes les rives – sur toutes les barques ; la même bannière et la même voile – celles de l’espoir – déployées de bas en haut – sur toute leur longueur – pour attirer ou pousser vers les circonstances favorables…

Et la terre – et la mer – immenses – sur lesquelles – toujours – on se perd…

 

 

A empiler la glaise pour faire de nos vies – des visages – du monde – des statues – de belles images – comme une décoration – sans substance – quelque chose que l’on regarderait de loin – derrière une vitre – avec envie – comme une chose désirable – dorée – inexistante – un mirage ; ce que sont, sans doute, nos vies – nos visages – le monde…

 

 

Une fine lame – entre les lèvres – pour embrasser d’abord – puis, pour tailler en pièces…

Ce que nous sommes – ce qui demeure et ce qui passe…

 

 

Sous nos semelles – ces mots – comme des gouttes de pluie – un peu d’eau – quelques larmes – mélangé(es) à la terre ; toute la boue de notre vie…

 

 

Des restes de chair et de vent – quelques os – quelques mots – une manière naturelle et tragique de vivre (et de mourir)…

 

 

De tous les lieux – quels qu’ils soient – jusqu’à l’inconnu – à moins que cela ne soit, en définitive, le contraire…

Tout mélangé – simultanément – successivement – et, bien sûr, sans fin…

 

 

La vie – le jour – la nuit – la mort – renversés, soudain, dans le silence – avec, par-dessus, quelques mots (les nôtres) et la lune au-dessus de notre tête – et autour l’espace et le silence – et partout – au-dehors et au-dedans – l’Amour et la lumière qui jouent à apparaître et à s’absenter – à se faire peur – à nous ravir – à nous effrayer…

 

 

Nous – dans le silence – comme un jour d’oubli…

Le monde – à la fenêtre – des habitudes au milieu des Autres – des rires – un peu de lumière – et, pourtant, un peu de tristesse sur les visages – reflet, peut-être, des rêves impossibles – des limitations – de l’âpreté du réel…

Un peu de vérité – comme une ombre passagère – sur nos illusions (trop) colorées…

 

 

Ce que l’on attend – l’autre moitié de notre visage – de notre labeur – ce qu’il reste lorsque nous avons tout donné ; la part manquante – ce qui comblerait parfaitement notre vide – ce qui compléterait parfaitement notre incomplétude – ou, à défaut, un peu de consolation…

 

 

Ce que nous dispersons – pour d’obscures raisons – pour ne pas affronter ce qui nous effraye…

Des gestes las – sans beauté – une âme aride et prisonnière…

L’hiver et la nuit – dans la tête – simultanément…

 

 

Dans la forêt – nos paroles – le silence – quelque chose qui brille au fond de l’âme – la joie – un peu de lumière – la nuit alentour rayonnante…

 

 

Des mots – des choses – le jour suivant…

Ce qui, sans cesse, avance – ce qui, sans cesse, se dissipe ; la somme des soustractions…

Et nous – au milieu – avec nos larmes – nos mouchoirs et nos yeux perdus…

 

 

Installés à même la terre – sur notre lit de pierres – occupés à soulager le cœur fébrile – naïf – passionné par le monde et les dangers – tout ce qui risque de (et tout ce qui finit par) le meurtrir…

 

 

La main tendue – les pieds sur une corde – au cou – le même collier qu’au premier jour – qu’au premier pas – des fleurs – des rires – et ce qu’il faut d’événements (et de souffrance) pour offrir une place de choix (et son pesant d’or) à la déception…

 

 

Par insouciance – par négligence – par ignorance – ce qui nous absente – les yeux dans les yeux – sans personne…

 

 

Le monde – devant nous – sans jamais desserrer les dents – les yeux fixes puis, clignotants – fiévreux – émotifs – inexpressifs pourtant – incapables de refléter notre lassitude des choses…

Dans les bras de ce qui nous comblera encore – comme toujours – comme à chaque fois – avec, au fil du temps, un peu moins de désir(s) et davantage de patience…

 

 

Le cœur serré – au fond d’un buisson ardent – sur un tapis d’épines – livré tel quel – sans mensonge – sans déguisement…

Et rien que le ciel – en nous – pour nous écouter – nous accueillir – nous offrir ce dont nous avons besoin…

 

 

Le monde – de vagues silhouettes – des fantômes peut-être – sur des rives désertes. Et les eaux du fleuve – tantôt débordant – tantôt (presque) asséché – qui nous traversent ; les eaux vives – les eaux mortes – dans notre poitrine – dans nos propres méandres…

 

 

Ce qui nous froisse autant que ce que nous avons froissé…

Des vibrations douloureuses ou jubilatoires – l’extase ou la peine…

Ce que nous réserve le voyage – ce que nous offrent les saisons et les chemins…

Quelques restes, peut-être, d’humanité…

 

 

Un peu de nostalgie à devenir – comme si être pouvait attendre notre venue – comme si notre passé était glorieux et mémorable – comme si l’avenir nous réservait quelques (divines) surprises…

 

 

Le monde – en soi – cadenassé – au milieu de l’ignorance et des malheurs…

Et, en nous, cette once – si vaine – si détestable – d’espérance…

 

 

Il faudrait creuser dans sa tendresse – aller au-delà de la chair – suivre la voie du sang – et la dépasser – entendre les battements du cœur – les os craquer – puis, s’élever au-dessus – plus haut – un peu plus haut que la tête – pour voir l’ensemble – l’âme et la tristesse – l’acquiescement incomplet à notre naissance au monde – cette part, en nous, qui a refusé l’incarnation…

Devenir – revenir – jusqu’au ciel…

 

 

En nous – ce peuple révolté – désobéissant – façonné pour la lutte et la résistance – qui penche vers la joie plutôt que vers la vie passée – vers la présence plutôt que vers l’avenir inutile – vers le silence plutôt que vers le cœur tendu – brisé…

La vertu de l’étrange – la bonté à même la peau…

 

 

Des paroles – des mythes – plein la bouche – comme si nous étions faits d’éclats – de bouts d’histoires – de fragments des Autres – quelque chose qui n’existe pas réellement…

Une construction – une chimère – pour s’imaginer vivants – entiers – indestructibles – immortels – ce que nous sommes, bien sûr, mais d’une autre manière…

 

 

Homme(s) de milliers de rêves – insaisissable(s) ; dans les yeux – dans les mains – le même vide – les mêmes histoires – celui dont on est constitué – celles que l’on nous a racontées depuis notre naissance – ce que l’on offre, en vérité, à toutes les enfances…

 

 

En nous – quelque chose avance – s’insinue partout – pénètre l’âme et la chair – tient tête à ce que, sans cesse, nous lui opposons ; une sorte de ciel – un dégradé de l’enfance – quelque chose qui s’imagine héritier – une profondeur et une consistance antérieures – un souffle très ancien qui était déjà là avant la naissance du monde…

 

 

Ce qui nous a précédé ; inexistant – envolé – présent (tout entier) dans ce que nous sommes à cet instant ; la modestie et le courage – notre manière d’offrir une réponse – ce que l’on est et ce que l’on donne – lorsque les circonstances réclament un geste – une parole – une présence…

 

 

Des accords et des tourments – ce qui se dérobe et ce qu’il faut bâtir – le monde et l’abîme – réunis – main dans la main – pour la longue liste des tâches – les mille choses à faire – au fil des saisons – la vie passante…

 

 

La douleur et le rire inquiet – notre honnêteté ; ce que font tous les innocents avec leurs chaînes – un pied après l’autre – pas à pas – le voyage – le long périple – notre manière de nous rapprocher de ce qui nous attend…

 

 

Ce que l’on aligne – geste après geste – jour après jour – et que l’on assemble, chaque année, en un recueil ; des mots – des phrases – des pages – en espérant que ce ne soit pas des murs que nous construisons…

 

 

Des émotions et des pierres – quelques projets – et mille ruines – bientôt…

Ce que nous faisons – un peu de bruit – un peu de vent et de fumée – en attendant l’éternité…

 

 

Où est donc l’Amour qui sait se faire le serviteur – impératif – qui ne respecte ni les ordres – ni les cérémonies (trop solennelles) – ni les croyances – ni l’irrespect ; un Amour-miroir – comme une manière de lever tous les interdits – de révéler toutes les failles – de refléter tous les excès – pour hisser ce que nous sommes au sommet du vent et laisser tous les élans s’affronter – sans crainte – sans retenue…

 

 

La vie – comme un lieu à couronner – avec des ombres et des éclats – des âmes fragiles et la compagnie des Autres – des rumeurs et du temps – ce que nous considérons (trop ?) souvent comme insupportable…

Le voyage – juste et droit – sans autre alliance que celle de l’invisible…

 

 

Une minuscule lucarne – là où l’œil peut se glisser pour voir – découvrir la féerie et la magie du monde – depuis la chambre close – l’espace exigu à l’air vicié – manière de vivre derrière la vitre – sans risque – sans danger – sans courage – de rester coincé pendant mille ans derrière les misérables grilles de l’enfance…

 

 

Dans nos mains – l’aube – le silence – la poésie – que nous sommes – profondément – mais dont nous ne pourrons jamais faire le moindre usage ; des substances essentielles dont sont composés le regard et les choses – une manière de voir le monde – d’y vivre et de l’aimer – tel qu’il est – sans distorsion – sans déformation – sans espérer qu’il change (ou s’améliore)…

 

 

En lutte – comme si nous n’étions frères – comme si nous avions dressé entre nous d’infranchissables barrières – comme si la différence apparente comptait davantage que la matière et l’origine communes…

Des bêtes qui pensent (un peu) – éloignées de toute forme de plénitude – plongées tout entières dans le manque et l’incomplétude – dans l’attente illusoire d’une offrande extérieure – d’un présent offert par des Dieux lointains – inconnus – totalement imaginaires…

 

 

Nous – déjà – épris d’Absolu – amoureux de l’origine – de l’espace – du silence – communs – et nous en rapprochant au fil des naissances – et nous en éloignant, soudain, une fois retrouvés ; pris dans la danse des Dieux et le jeu de l’Un ; notre accord – notre alliance – nos refus et nos résistances – et ce qu’il faut d’innocence et d’oubli pour y consentir encore et encore…

Happé(s) par les tourbillons des rires et des peines – le cœur tremblant – la peur (dressée) sous le front – et l’âme plus charnelle que le soleil et les vents ; et ce qu’il nous manque pour recommencer toujours…

 

 

L’esprit – enfoncé dans ses propres entrailles – parmi les strates et la pestilence – ces couches d’immondices putréfiés – ce capharnaüm de souvenirs et de pensées – à moitié enterrés – à moitié décomposés…

 

 

La nuit changeante – comme notre histoire – ce que les Autres en disent – les limites de notre chant et le miroir de notre émerveillement – passés sous silence ; nos vieilles rengaines plutôt – et nos difformités – ce qui intéresse les foules…

 

 

Nous tâtonnons au milieu des peines – au milieu du temps – parmi les Autres – cherchant ailleurs l’énergie d’approfondir – de poursuivre notre quête – ce que nous ne savons pas même nommer…

 

 

Le tour de la chambre des adieux – sans relâche – obstinément – de fond en comble – sans jamais rien trouver – sinon la force de continuer notre fouille – de prolonger l’ineptie jusqu’à l’écœurement – jusqu’à la faillite – jusqu’à la capitulation ; la porte qui se cherchait – le seuil possible de l’abandon – du passage vers la transformation – notre regard sur les choses du monde – le terme de la marche liminaire – les débuts, peut-être, de la fabuleuse aventure…

 

 

Inutile de se souvenir – il faut enfreindre toutes les lois – franchir tous les seuils – s’opposer à toutes les formes d’autorité – exclure ce qui nous corsète – ce qui nous organise – ce qui nous constitue ; allumer un feu immense – et y jeter tous ses désirs – toutes ses chimères – toutes ses illusions – tout jusqu’à sa dernière chemise – et célébrer la nudité – la simplicité et la joie de ne plus rien être – de ne plus paraître humain – comme le cœur premier du monde – ce qu’il reste lorsque tout a disparu – l’irremplaçable – l’indestructible ; l’être dans sa chair la plus innocente…

 

 

En soi – de hautes flammes – sans idéologie…

A vivre au-dessus du malaise – sans se souvenir – sans louvoyer – sans essayer d’échapper à l’inconfort…

Moins opaque – peut-être – aujourd’hui – dans un monde qui nous ressemble de moins en moins…

 

 

La beauté – en nous – sacrifiée par la danse et les ambitions – les Dieux enivrés – l’opulence du corps et l’âme famélique…

Partout – la folie – les ténèbres exultantes…

La pauvreté et l’étroitesse du cœur – des hommes…

Nos yeux de bourreaux qui brillent dans la peur et le noir…

La terre épaisse – imprégnée de sueur et de sang ; des torrents de larmes – comme des rivières ; et la semence du monde grâce à laquelle tout renaît – grâce à laquelle tout, sans cesse, recommence…

L’enfer et l’ignorance (presque) éternels…

La tête plongée dans toutes les substances vivantes – immergée dans la matière terrestre…

Et le jardin immense – secret – caché à l’autre extrémité du cœur – derrière ces murs que si peu franchissent…

 

 

Trop de rêves et de bavardages – trop de piétinements ; d’incessantes gesticulations avec les lèvres et les mains ; les pieds qui cherchent leur terre – leur territoire – leur périmètre intime ; et l’âme en quête de son carré de ciel – d’un lieu de confiance et de prières – un endroit où il ferait bon vivre pour le corps – le cœur – l’esprit ; une sorte de fable – un mythe que l’on promet à toutes les enfances – quelque chose de (presque) impossible – une manière de parler le plus souvent – un rêve – une ambition qui peut, parfois, envahir la tête – l’existence entière – devenir l’axe central – le pays natal – le paradis perdu – le trésor que l’on s’efforce de retrouver coûte que coûte – le saint Graal perché au plus haut du ciel – enfoui au plus profond des ténèbres – partout – au-dehors et au-dedans – et qui, parfois, se révèle à celui qui s’obstine…

Une vie – des vies – comme un long chemin pour se débarrasser de ce qui nous encombre – de ce qui nous entrave…

 

 

L’infâme et la détresse – dans les plis du monde – là où nous sommes cachés – la misère noire des foules – et du visage perdu en elles…

L’ignorance et la cruauté – une terre sans éclat – sans soleil – sans espoir…

Nos voyages et nos parades inutiles – aussi tristes que nos rêves…

 

 

Présence dépeuplée ; des merveilles sur le pavé – comme une route qui traverse l’imaginaire – la féerie des paysages – les jours bleus – les carrefours et les rencontres – le monde d’à côté avec ses vieux objets et ses esprits caduques – ses lampes qui s’éteignent dans le noir – et cette roue qui tourne éternellement au-dessus des jardins du temps…

 

 

Le plus désirable – comme un parfum lointain – une ligne droite – un fil dans la géométrie complexe de l’espace – ce qui s’engendre à partir de rien…

Un rêve seulement – peut-être…

 

 

A nos côtés – nos préférences – et ce qui se tient dehors – à bonne distance – dans l’axe du doute – nos pas et nos renaissances ; ce qui dure – et se perpétue – sur tous les versants du monde…

Derrière notre dos – l’angle …

Et devant nos yeux – la tangente verticale…

 

 

Frères – derrière les mêmes grilles – à vivre – à méditer sur leurs (misérables) conditions…

Ce que nous fuyons sans envergure – le monde clos…

Et cette recherche – inerte et paresseuse – du périmètre sans frontière – du mouvement juste dans l’immobilité…

L’être – notre visage – à l’exact endroit…

 

 

La folie – la vraie – la belle – le contraire de la raison parcimonieuse – l’excès jusqu’au cœur de la justesse – le contraire du calcul – de la peur – de la retenue…

Ce qui vaut pour l’esprit vaut pour le cœur et le corps – vaut pour la vie ; cette chose incroyable – miraculeuse – que presque tous croient bâtir ou inventer…

Ah ! S’ils savaient…

 

 

Toutes ces boursouflures qui ne tiennent qu’à force de mots et d’images – de vieux restes d’orgueil…

 

 

Parmi les troncs et les feuillages – parmi les feuilles mortes tombées sur le sol – à notre place – parmi les nôtres…

Le ciel et le silence – la solitude heureuse et apaisée…

L’envergure de l’esprit – cette hauteur atteinte – comme si les lois du monde et les mesures des hommes n’avaient plus la moindre importance…

En ce lieu désert – sur cette croix terrestre – serein – sans douleur – comme dans le regard immense d’un Dieu juste et tendre…

 

 

Ce qui nous surprend – la tête à l’envers – en train d’essayer d’attraper quelque chose – un peu de rêve peut-être – le désir des Autres – ce que l’on a décidé à notre place ; notre seul destin – malheureusement…

 

 

Nous – dans l’alignement des mots et le désordre des pages – un espace de silence peuplé de bruits et d’idées – dissimulé sous ce qui ressemble à du tapage ; des syllabes qui se suivent – qui s’enchaînent – qui s’entrechoquent – qui se répondent (souvent) – une longue suite de sens et de sons – une longue suite de choses – l’inventaire de l’être – l’inventaire du monde – forme et fond mélangés…

 

 

En nous – advenues – les figures marginales du désastre (avec le pire – toujours – à venir)…

Ce à quoi nous n’osons pas même penser…

Comme un cauchemar pour l’imaginaire…

L’esprit – au plus bas – comme éprouvé déjà avant l’épreuve…

 

 

Au cœur des retrouvailles nécessaires – le visage à deux faces – les mains asymétriques – là où l’on croit s’installer pour toujours – ce qui confirme notre inexpérience du monde – notre fréquentation immature des choses et des visages – ce que l’on croit rencontrer – la douceur de lèvres familières – la caresse d’une peau étrangère – le désastre – le martyre – l’impossibilité – qui nous révéleront – plus tard…

 

 

Figures de proue du monde déclinant – en déperdition – les terres anciennes naufragées – les limites de l’esprit atteintes ; le pourtour exploré pas à pas – immense mais circonscrit – au relief formaté – aux méandres organisés en réseaux – somme toute, un (très) étroit périmètre…

 

 

Ce que nous traversons – du piège au bleu – le chemin de l’oiseau – la cage – l’envol – la liberté – la vie en désordre qui court entre les pierres – entre les branches – d’étoile en étoile – d’abîme en abîme – de ciel en ciel – sans jamais tarir son ardeur…

 

 

Sous la lune – la même terreur qu’au fond d’un trou – tous les soleils couchés ou agonisants – la pierre tranchante – l’innocence recroquevillée – immobile dans l’attente – l’âme tremblante de crainte et de solitude – dans le grand froid des Autres – de leurs yeux indifférents – de leurs mains occupées à d’autres tâches – de leur esprit chargé de calculs et de soucis…

A marcher là – à tourner en rond – à errer (si souvent) – le jour, pourtant, déjà posé contre notre joue…

 

 

Le destin déserté – un dernier soupir – le monde au loin – comme une absence de plus en plus déterminante…

La joie d’aller là où (nous) poussent les vents – sans préparation – sans explication…

Vivre comme l’on irait à une fête pleine de bruits et de lumière avec, en nous, cette folie et cette certitude du silence…

 

 

Le pas joyeux et solitaire – manière d’aller plus loin que l’impatience – le souffle long – la faim féroce – l’élan qui puise dans ses propres forces…

Un oiseau au-dessus des rochers – au-dessus de l’océan…

Une prière qui s’élève – comme une flèche en plein cœur – en plein ciel…

La marche et l’envol – parfaits…

 

 

Des chaînes aux pieds – sur la route – de plus en plus près de l’obéissance – de plus en plus près du lieu de l’Amour…

Et cette voix sans bâton qui nous encourage…

 

 

L’hiver – en nous – comme un bruit de pas feutré…

L’immensité blanche – une habitude…

Chaque jour – et la veille – et le lendemain – la même étendue – le même éclat…

Nulle pensée – nul souvenir…

La réponse – couchée – à la renverse – depuis des millions d’années – qui, soudain, se redresse et se déploie dans la cavité vide du cœur blotti contre les parois de la poitrine d’un plus grand que nous – à l’intérieur…

Dieu – sans réserve – qui s’installe et prend ses aises…

Dieu dans son indulgence et son Amour – sans la moindre pitié – debout – présent de toute sa hauteur – d’une extrémité à l’autre – démesuré dans notre âme – dans notre main – devenu enfin irremplaçable…

 

 

Nous – oublieux des ombres – familiers de la plaine autant que des crêtes dépeuplées – toute notre ardeur dans notre chant – nos tentatives – nos prouesses – le feu et la tristesse à la source – vif – flamboyante – un collier de cendre et de larmes sur la poitrine – le signe de notre appartenance (indéfectible) à la terre…

La grande solitude et cette longue nuit sans magie qui coulent dans nos veines…

 

 

Nous ne vieillissons pas – la pierre se fend ; elle ne s’use – elle se brise – à force de coups – à force de pas – à force d’Amour ; elle s’offre à ce qui est devant elle – à ce qui en fera usage ; elle se métamorphose et se démultiplie…

Et comme la neige – nous disparaissons…

 

 

Les hommes – la nuit – le monde…

Tous les chemins où glissent nos chimères…

La gorge haute et la tête dressée…

Trop d’ambition dans les yeux et l’âme…

Des parures colorées – au loin – aux teintes artificielles…

Des vies sans sacrifice – perdues – qui ne se consacrent qu’à la victoire – et qui deviendront, en définitive, un immense mausolée – l’autel sur lequel seront célébrées toutes les défaites – la débâcle générale – la totale (et saine et nécessaire) capitulation du cœur…

 

 

L’œil sensible – comme le cœur – le sang vif – comme le regard – les mains blanches – comme l’âme – et cet air bourru – et ces gestes austères – qui cachent si bien la lumière – tous nos élans de tendresse concentrés au fond de la poitrine – et ce frémissement de la peau à chaque rencontre – à chaque frôlement de la matière…

Nous – parmi les Autres et les choses…

Le monde – avec, au centre – avec, autour – l’esprit amoureux…

 

 

Rien de feint sur le visage – sous la neige – le réel saillant – la vérité de l’être et du sang – la terre et le ciel creusés l’un dans l’autre – indissociables – inextricables – comme la lumière (un peu de lumière) sur le petit théâtre des ombres…

 

 

La naissance et la mort – toujours…

Nos yeux fébriles – scintillants – et ces quelques larmes sur les joues – comme de l’or au milieu du sable – un peu de chair sur la pierre…

Cette étrange manière qu’ont les vivants de nous émouvoir…

 

 

A la manière de la graine et du ver – les bras haut levés comme pour montrer la direction ; n’importe laquelle, en définitive, ferait l’affaire tant l’essentiel se déroule ailleurs – dans le regard…

L’œuvre de l’invisible – en soi…

 

 

Au contact de tout – sans la moindre possibilité de fuite – parmi les visages et les choses…

Au cœur de la solitude pourtant…

 

 

Le monde en soi – au-dedans de l’ogre au cœur généreux – à la bouche vorace – à la faim monstrueuse…

Inexistant – comme le reste – absolument…

 

 

Rien que des rochers – la mer et le silence – le vent et les vagues – notre regard et notre main en visière pour tenter d’apercevoir le ciel – l’horizon – les îles – au loin – dressés comme des promesses…

Et nous – au milieu de rien – sur ces quelques pierres qui constituent notre empire – le lieu où nous sommes nés – le lieu où nous vivons – le lieu où nous mourrons ; seul(s) avec – au-dedans – notre mystère et (toutes) nos interrogations…

 

 

Des chemins qui serpentent entre les fleurs – les tombes – les cimes. Mille marcheurs – mille voyages – et le mystère intact devant nous – au fond des yeux – au-dehors et au-dedans – dont nous sommes tous le trait d’union – la passerelle indispensable…

 

 

Les hommes – entre le réel et le sommeil – au seuil des terres habitées – entre le rêve et la mort – ni vraiment vivants – ni vraiment fantômes – dans l’entre-deux de tout – des mondes – des cercles – la tête lasse – un pied déjà ailleurs – la tête plus loin et un pied qui traîne ; le juste équilibre – la parfaite harmonie – l’alignement provisoire – à découvrir au fond du cœur…

 

24 mai 2020

Carnet n°234 Notes journalières

Le monde perdu – derrière nos yeux – souvenirs seulement qui, peu à peu, se soustraient à la mémoire…

Rien que des amas composites – de plus en plus éloignés du réel…

Comme des obstacles entre la source et notre soif…

 

 

Tout – en soi – comme un obstacle (radical) à la fluidité…

L’existence sans lutte – sans déchirure – sans hardiesse – d’un seul bloc – comme une pierre – une montagne – apparemment intacte – à la surface épargnée – mais qui, au-dedans, abrite tous les excès – toutes les folies – mille plaies et mille brimades – et autant de charniers que de champs de bataille – l’âme et la chair en charpie – le sang et les cadavres qui s’empilent – qui s’entassent – sans pouvoir être évacués…

La pourriture et la pestilence – à peu près tout ce qui existe à l’intérieur…

 

 

Le monde de moins en moins abstrait – comme une évidence (experientielle) – hors des boîtes où nous l’avions soigneusement rangé – avec collée sur chaque couvercle une étiquette mensongère…

A hauteur de pas – à présent – bien loin de la proximité des lèvres et de la nécessité de dire – éprouvé sans témoin et sans (réel) besoin de témoigner…

Nous – immobile – sans voix – assis à l’écart de la meute – des yeux pour voir ce qui a besoin d’être vu – une âme au-dedans – penchée – légèrement bancale – déséquilibrée par les vents journaliers – puissants – sans délicatesse – nés pour balayer le monde et l’esprit – et emporter le provisoire – tout ce qui existe (en vérité) – comme un outil à l’usage des vivants pour ôter l’inutile – nous façonner un regard – une virginité – une innocence – et pouvoir vivre dans la souveraineté du plus simple – avec ce qui seul peut rester – avec ce qui seul doit demeurer…

 

 

Cette existence – comme une marche incessante – une voie pluvieuse et nocturne – ce que l’on cherche sur la terre – dans le ciel – sous la roche – dans le cœur des Autres – ce qui constitue (et entrave) notre étrange voyage…

 

 

On attend là – immobile – inutile – inexistant pour le monde et les Autres (essayant seulement de ne pas gêner – de ne pas heurter – de ne pas blesser – ce qu’ils sont). Comme une montagne – un amas de roches – pourvu d’un souffle et d’un imaginaire – conjecturant – échafaudant mille plans (mille stratégies) – porteur d’attentes et d’exigences – cherchant une route – une issue possible à cette trop souveraine fixité…

Rien – pourtant – ne bougera – ni ne changera – avant la mort…

Promis à la même terre – la chair vivante et le squelette…

 

 

L’âme et la peau écorchées – assis dans un coin – au fond de la pièce – dans l’une des antichambres du monde – regardant les choses passer – apparaître et disparaître – et s’enorgueillir parfois entre leurs (pauvres) limites – le ciel blanc – très haut perché – au bord du jour – de ce bleu immense…

Et nous autres – aux confins de l’ordinaire – aux confins du plus quotidien – sur cette frontière invisible entre le dessus et le dessous – entre ce qui invite à la grâce et ce qui relègue à la condamnation…

Instables – incapables et indécis – comme toujours – pris dans la turbulence imperceptible de ce que nous ignorons…

 

 

Sous le front – la persistance du feu et du froid – des murs infranchissables et des routes qui se perdent dans le lointain…

La parole balbutiante qui se déverse sur la pierre en dessinant des visages amis – des compagnons de solitude – en attendant (avec impatience) la lumière…

 

 

La roue du monde et l’axe du temps – figures de paille – figures de pierre – à peine conscientes de la clarté du ciel…

Et nous – essayant d’expectorer la parole – la vérité balbutiante – la lumière enfouie au-dedans de tout…

 

 

Ce qui est là – ce qui pousse – derrière la volonté – le mystère – l’invisible – ce qui aspire à être perçu – compris et habité – à seule fin d’être pleinement incarné en ce monde – à chaque instant – dans l’ordinaire le plus quotidien…

 

 

L’existence comme terrain situationnel – manière de plonger entièrement – la tête – le corps – le cœur – dans une succession de circonstances qui leur paraissent suffisamment réalistes – authentiques – incontestables – afin qu’ils se transforment et se révèlent – afin qu’ils découvrent ce qu’ils portent de plus essentiel – ce qu’ils sont (ontologiquement)…

L’existence comme théâtre du réel – théâtre du vrai – et le monde et les Autres comme décor mobile et vivant – laboratoire de l’être – pour que la matière – l’incarnation – renouent avec l’origine invisible – verticale – et puissent la porter – et la vivre – consciemment – en toutes circonstances – sur toutes les scènes du monde…

 

 

Nous autres – la tête endormie sur le versant sombre du monde – sur le versant sombre de la lumière – et l’âme partie explorer l’autre côté de la nuit…

Le front contre la pierre et le cœur encore vagabond…

La route (totalement) inutile pour celui qui voyage…

 

 

Au-dedans – des lieux nocturnes à révéler au jour – des terres en dessous de la terre – et notre âme – et nos mains – noires à force de fréquenter les sous-sols – de creuser dans la boue…

Tout un monde sous le monde – mille régions hostiles – des univers entiers – ce que nul n’enseigne – ce que tout nous apprend – et ce qu’il faut découvrir – et éprouver – par soi-même…

 

 

Ce qui surprend la terre – cette route à l’envers – du ciel vers le ciel – qui échappe au monde et aux orages…

 

 

Sur la pierre – la nuit qui tombe – le jour devenu inutile – autant que ce que nous aurons essayé de bâtir – et qui se désagrège déjà…

Le visage appuyé contre la porte fermée – contre toutes les portes fermées depuis l’enfance…

Et les heures qui se multiplient comme les pains d’autrefois – mais, cette fois-ci, pour rien – pour personne – comme la simple contrepartie de la pénurie vécue pendant des siècles – la réponse, peut-être, à notre indigence millénaire…

 

 

Même les yeux ouverts – nous dormons encore…

Même dans le bruit – nous ne nous réveillons pas…

En ce monde – tout est fait pour que le sommeil dure toujours…

 

 

Entre les mâchoires du monde – dans les entrailles du temps – la chair brûlante – le souffle prisonnier de la poitrine – les yeux qui se perdent à l’horizon…

Et – en nous – comme le plus précieux – ce qui leur échappe…

 

 

Le silence hissé au milieu du jour – contre les cloisons de l’âme – au croisement de l’air et de la route – par vagues successives – comme un courant qui déferle – un peu de sagesse sur la folie de ce monde…

La respiration – comme la fête invisible du souffle – enfin reconnue – enfin célébrée…

 

 

Un petit air de flûte pour éveiller notre premier Amour – notre tête sur l’oreiller – notre cœur retranché derrière le front – toute notre vie derrière ses remparts…

 

 

De l’ombre à la surface de tout – agissant sur les apparences – la couleur des choses du monde – et laissant intactes la texture et les profondeurs…

 

 

Les ailes de l’air qui nous portent vers ailleurs – une immense étendue blanche – un monde plus léger – une manière de vivre plus libre – affranchie des soucis terrestres et de la cécité de l’esprit occupé (essentiellement) par l’inutile et la vie prosaïque…

 

 

Entre le mur et le vide – devant nous – ce que nous traînons ; les rôles qui se sont, peu à peu, inversés – nous comme objet – chose à mener vers l’être sur des rails provisoires et imprévisibles qui se construisent instant après instant par l’entrecroisement (et l’enchâssement parfois) des destins – la rencontre des phénomènes – nous comme marchandise docile emportée ici et là sans rien voir – sans rien savoir – et que les Dieux, un jour, échangeront contre un peu de sagesse…

 

 

Nous – renonçant – comme un tas de pierres – inerte – mains ouvertes – l’âme à l’air libre – sans un regard sur les choses d’autrefois – abandonnées – avec dans la tête, pourtant, quelques traits tenaces – des sillons et des éclats de visages passés – des souvenirs et des fantômes qui s’obstinent à nous hanter – à nous déposséder du vide – de la joie – de la liberté…

Le silence – ainsi – plus difficile à atteindre – à habiter…

 

 

Des encombrements entassés contre nos murs – de plus en plus froids – de moins en moins poreux – hermétiques bientôt – et nous condamnant (à terme) à l’étouffement et à la folie ou, au contraire, à l’abandon et à la délivrance…

 

 

Nous – parfois – rompu – à l’intérieur…

Le foyer au-dehors comme un pitoyable refuge – le sol – les mains – les visages – froids – aussi inaccessibles que ce que cachent les murs du monde…

La place indécise – et bientôt vacante ; nous reprenant déjà la route – le voyage – avançant sans jamais défaillir – allant d’absence d’abri en absence d’abri – pas même assuré du pas suivant ; progression sans étreinte – sans autre proximité que celle du silence – sans autre compagnon que ses propres visages (intervenant parfois)…

Le monde – en nous – disparu – autant que la nuit – avec, à présent, des éclats de lumière dispersés…

La solitude et le vent – le souffle et la main ouverte – prêts à s’abandonner aux circonstances (et à se sacrifier si nécessaire)…

 

 

D’un jour à l’autre – sans visage – sans appui – sans témoin – de plus en plus desséché – comme si l’absence s’aggravait – devenait le contexte habituel…

Et l’âme étendue au fond de soi – épuisée – au seuil du désespoir…

 

 

La nudité sans égale – à force de défaites et de soustractions ; aux yeux des Autres, le signe du déclin et du dénuement – une forme de détresse – la pauvreté la moins désirable – la vie saccagée – sans intérêt – sans la moindre épaisseur ; et la preuve, à nos yeux, que la sagesse a été inversée (depuis des siècles sans doute) – ce que les masses prennent pour une malédiction et que l’ermite – le solitaire – le poète – portent aux nues – comme un don de Dieu – un présent octroyé malgré nos restes (si peu reluisants) d’humanité et le voisinage (presque toujours nocif) des hommes…

 

 

Ce qui se risque à vivre avec nous – dans nos profondeurs – sur nos territoires reculés. Ce qui s’immisce à travers tous nos orifices. Ce qui fait de nous un lieu de passage – une aire de transit…

L’eau – l’air – l’invisible – le plus innocent de l’âme et les parts les moins suspectes de la terre et du ciel…

Nous-même(s) enchevêtré(s) à tous les Autres. Et tous les Autres – dispersés – en nous…

Toutes les pièces du grand puzzle de l’être – en somme…

 

 

Nous – dans le jour – matière tiède traversée sans égard (le plus souvent)…

Avec quelques (maigres) annotations sur le grand registre du monde – le petit palimpseste des heures…

Insignifiant(s) – (presque) inexistant(s) – dans la durée – en quelque sorte…

Vivant(s) – valide(s) et vaillant(s) – que dans l’instant indéfini…

Inerte(s) ou en mouvement – qu’importe…

Présent(s) – comme un point – une tache – sur la longue liste de ce qui existe sur terre…

 

 

L’œuvre inconsciente des Autres – concentrés sur leur misérable besogne – prise dans l’écheveau général – comme un infime élément – une minuscule vibration sur une corde reliée à toutes les cordes de l’univers – s’unissant ou s’opposant à toutes les vibrations alentour – participant à la tension globale de la trame – au chant commun chaotique et harmonieux – et nous – et chacun – bougeant – vibrant(s) et secoué(s) – avec l’ensemble…

 

 

Nous – parfois – déchiré(s) – à l’intérieur…

De la matière éparse et froide – la poitrine suffocante – le plus sauvage enfermé à l’intérieur – furieux – fulminant – tournant en rond – gaspillant, malgré nous, le peu d’énergie qu’il nous reste au lieu de nous rassembler – de réunir tous nos visages – tous les frères de notre communauté – et de faire bloc pour demeurer unis – ensemble – totalement solidaires – et nous tenir devant ce qui a besoin d’être protégé – comme un rempart infranchissable…

Telle une armée face aux envahisseurs – face à toutes les forces destructrices extérieures…

 

 

Seul – au milieu de l’espace – face à l’immensité – au-dehors et au-dedans – sur cette terre aride et déserte – comme un point infime tiraillé par les vents contraires…

Ni sente – ni pente – ni montagne – ni montée – rien – pas le moindre chemin – pas le moindre repère – et tout qui défile – en nous – devant nos yeux – en désordre – sans être capable de saisir la moindre chose…

L’âme ouverte et les deux mains attachées derrière le dos – à suivre les courants – à assister, impuissant, à tous les excès et à toutes les destructions – sans pouvoir détourner la tête devant les visages de la mort…

Sidéré – la poitrine haletante et l’âme terrifiée – seulement…

 

 

En nous – la vérité nue – que l’on pare et colore pour lui donner des airs attractifs – et dont on se fait le mensonger possesseur…

 

 

Mille faces changeantes – provisoires – sur le même visage. L’âme peuplée de monstres – de mondes – de chimères. Nous – comme un passage continu – sans rupture – entre le proche et le lointain – entre ici et tous les ailleurs – entre le dehors et le dedans apparents – lueur – infime élément de la lumière – obscurité – minuscule fragment de l’étendue noire – nocturne…

La foule – en nous – et nous – dans la foule – indécelables…

Partout où est le vivant – dans tout ce qui existe ; l’âme – le souffle – la pierre…

 

 

Nous attendons ce que l’ombre dénude – le ciel et son innocence – notre main que rien ne distingue de la route – la route que rien ne distingue de l’horizon – l’horizon que rien ne distingue du monde. Le jour qui s’anime et la nuit sur le sol – vaincue – avec, par-dessus, notre tête posée dans la poussière…

 

 

Tout – en nous – abonde – déborde – s’étend – cherche à élargir ses horizons – devient le lien avec ce qui nous dépasse

 

 

Nous vivons comme si l’existence terrestre n’était qu’une fenêtre sur un socle – un étroit carré sur le sol exposé au ciel – un asile sans mur où le goût de l’Autre est moins essentiel que la faim pour survivre – où le refuge (véritable) n’existe qu’au fond de l’âme – la seule demeure – en soi – invisible – un monde où l’Autre n’est (trop souvent) qu’un outil provisoire dont on use à sa guise – que l’on manipule sans honte – pour assouvir ses désirs ; un monde d’échanges et d’alliances où la seule loi en vigueur – où la seule loi possible – est celle du commerce…

 

 

A l’autre extrémité du jour – la même chambre qu’aujourd’hui mais élargie à l’univers – et, au-delà, à l’infini…

Le ciel dans le dos – fenêtre dans la tête – et sur ses parois, le reflet moins vif des murs qui nous entourent – rehaussés (presque toujours) par nos craintes et nos excès – avec de la terre jusqu’au cou – et jusqu’au fond du cœur – engorgé…

Et dans l’âme – tout qui s’entasse – malgré notre furieux désir de soleil…

 

 

La pierre – comme notre fatigue – lasse et sans éclat – creusée sur toute sa longueur par un restant de désir – la volonté, un peu émoussée, du ciel qui aimerait nous emplir jusqu’au front…

Le sol devenu rouge par la proximité du feu et la chaleur d’un astre faussement déclinant né de notre ancienne ardeur…

Tout – comme des ailes – comme une trouée inespérée – des parcours et des itinéraires sur l’entière étendue. Et nous – resserrés – et, en partie, réparés par la possibilité d’une envergure nouvelle…

Et la montagne devant nos yeux – perçue non comme une épreuve – mais comme un refuge – un fief – un rempart contre la folie et la monstruosité des hommes…

 

 

Une vie sans rêve – sans empressement – sans autre nécessité que celle qui se présente…

Une terre – autour de soi – une surface évidée – sans repli – sans recoin – sans entassement – autant que l’espace au-dedans – constamment balayés et nettoyés…

Un front sans nostalgie – le cours des choses qui, inlassablement, remplace ce qui disparaît – ce qui a été oublié…

Chaque pied sur une pierre nouvelle – comme une marche sans effort – sans limite – sans chemin – (presque) en plein ciel…

 

 

Des fils enchevêtrés – comme une trame – un piège – nous – le monde – pris dans tous les filets – détenus – funambules privés d’envergure et de liberté – marchant – rampant – escaladant – la corde au pied – n’allant jamais au-delà de leur ombre…

Quelques souffles – à peine – jusqu’au soir…

L’âme comme un champ déserté…

Pas même le début d’un chemin…

 

 

Dans le rythme et le mystère des Autres – rien – en soi – qui puisse nous libérer de leur emprise sinon le regard affranchi de la matière…

 

 

La multitude – comme origine du malaise – du déploiement – de la débâcle – au commencement du temps…

L’espace comme possibilité d’incarnation – le monde comme champ d’expérimentation – la matière balbutiante – à parfaire sans cesse…

 

 

Devant soi – la voie déserte – la tête dégagée – l’âme prête à se hisser au-dehors – du côté du ciel – sur son versant le moins sombre – la poitrine ouverte et les mains agiles – au milieu des Autres et des ornières – avec des lambeaux de vie et de mémoire arrachés – comme si notre parcours – notre visage – n’avaient plus d’importance – aux prises avec des émotions vives et entremêlées – nées de toutes ces rencontres inévitables (ou que nous estimons nécessaires)…

Des brisures – des épreuves – des morceaux d’existence…

 

 

Nous – juste au-dessus du sol – contre les vents – avec des murs d’air à franchir – en marche vers notre seule espérance – les promesses du ciel…

Des événements – un récit – le déroulement tragique de l’itinéraire – et la proximité – l’intimité – l’accompagnement – qui se précisent – peu à peu – pas à pas…

 

 

Quelques lignes – dans les hauteurs – retranchées – comme pour donner du souffle au reste – à ce qui est confiné au ras du sol – à l’ordinaire – au plus quotidien – au monde des hommes…

L’air – la poésie – l’existence terrestre – à l’intersection de ces sphères – l’invisible…

Et nos pieds sur la pierre…

Et nos mains déjà plongées dans le silence…

 

 

Des portes dans l’immobilité – des routes et du vent – au cœur du même silence – des tourbillons et des bruits au milieu de l’infini…

Et nos têtes qui, parfois, cherchent à comprendre…

 

 

Dans le feu – nos pas que nous jetons sur le sol – les traits sur la page tracés au feutre – notre âme qui cherche ses pairs dans la boue – entre les pierres – sans jamais regarder au-dedans des Autres – au fond de leurs yeux – pour dénicher cette fenêtre inconnue – invisible – que chacun porte malgré lui…

Et – au fond de nous – au fond des choses – cette folie qui nous honore et nous sauve – des intentions démesurées comme des ponts entre les rives trop prosaïques – entre la terre des hommes et la cité des Dieux – sans un seul itinéraire présupposé – mais un chemin qui s’invente à chaque foulée – et qui efface – peu à peu – au fil du voyage – notre visage et notre volonté…

 

 

Des tours et des tours – dans le même labyrinthe – ce dédale d’air et de vent – avec ses précipices et ses tourbillons…

Un univers de masques et de trompe-l’œil – comme une toile d’araignée façonnée depuis des millions d’années – l’origine de la matière – au-dessus du vide – avec, par-dessus, le ciel peint – et, autour, de la roche – des murs – des visages – parfaitement dessinés…

Le décor du monde – noir et bleu – le néant revisité avec des choses et des personnages – suffisamment réalistes pour nous faire croire qu’ils sont vrais – autant que celui qui les regarde – et qui doit parvenir à trouver un chemin à travers les ornières – les trappes – tous les obstacles disséminés ici et là par les Dieux…

 

 

Nous – sous la terre déjà – recouverts de noir et de culpabilité – incomplets et taciturnes – sans autre espoir que la fusion générale – la fusion parfaite…

 

 

Les pieds dans le vide – les yeux bandés – sur cette étendue blanche – au milieu des pierres…

Soi – partout – sans autre visage – sans autre horizon…

 

 

Entre l’air et la terre – notre tête – débordante – si souvent – trop pesante – et qui s’imagine séparée du reste – corps et monde – unis parfois, seulement, par l’ardeur du feu commun…

 

 

De la pierre – de l’ombre – un peu d’espérance – ce à quoi aspirent les âmes privées de lumière – une marche vers la clarté – comme un rêve irréalisable – trop (beaucoup trop) ambitieux…

La vie fangeuse et souterraine – seulement…

 

 

Nous-même(s) – dans le prolongement de tous les précédents – ce que nous fûmes successivement – comme un amas de rêves – de désirs – d’irréalités…

Des pas – une marche – longue (très longue) ; quelque chose qui ressemblerait à un songe – fabriqué à plusieurs – simultanément…

 

 

Nous – démantelé(s) – presque entièrement – en éclats – en fragments – en lambeaux – nous éloignant, peu à peu, du centre – attiré(s) – emporté(s) – collectivement – par l’étrange magie du manège terrestre…

A travers le monde – comme un (seul) voyage…

 

 

Des pierres – des traces et de la cendre – sur le sol…

Et dans le ciel – l’invisible…

Et le silence – en nous – qui se creuse – du centre vers le bord – de la surface jusqu’aux tréfonds…

L’esprit labouré – piétiné et retourné – par le monde. L’esprit des Autres – pénétrant. Et l’âme – comme un sac – où tout se dépose et s’entasse ; l’étrange accumulation des choses et des faiblesses – des luttes et des bagages – le grand embarrassement qui empêche de voyager plus léger – plus libre – moins entravé par les charges et les fonctions que l’on s’est, peu à peu, attribué pour avoir l’air moins nu – moins dépouillé – moins dépourvu…

 

 

Une route – en nous – à explorer. Et toutes les autres au-dehors à abandonner aux vents et aux pas – à la volonté des Dieux…

Le destin laissé à la providence…

 

 

Des luttes – comme des tourbillons d’air dans les courants (continus) de l’histoire (des vivants)…

Des pierres – des pas – du sang – les traces de ce qui vit…

Les mêmes attributs – les mêmes routes empruntées – les mêmes choses abandonnées…

Pas encore en marche – pas même les prémices du voyage – la rive, seulement, où pourrait naître l’aventure…

 

 

Debout – face au monde – les grimaces à l’intérieur – invisibles – comme l’altruisme et la fraternité – le cœur, sans cesse, attendri par les difficultés à vivre des vivants – leur manière de s’attacher aux choses – aux uns et aux autres – comme si le vide et la solitude étaient insupportables – comme si l’encombrement et les conflits offraient davantage qu’un tête-à-tête avec ses propres visages

 

 

Une plaie cousue au revers de la rencontre – et qui laissera s’écouler, le moment venu, son poids de sang et de peine – l’inévitable épilogue de tout rapprochement – de toute proximité – impossibles (bien sûr)…

Comme un gouffre qui se creuse – et se répète – au fil de l’intimité – à mesure que l’écart grandit – à mesure que la fissure s’élargit – à mesure que l’irréconciliable, partout, instaure son règne – impose ses lois…

 

 

Ce qui nous quitte à mesure que l’on s’enfonce…

 

 

A demi-mot – comme un murmure – un secret livré à voix basse – la vérité hors de propos – celle qui affleure loin de la parole et de la pensée – celle qui se donne à vivre comme une évidence – sans la moindre possibilité de saisie – celle qui s’efface – qui s’éclipse – dès que la main s’avance vers elle – à la moindre tentative de récupération – celle qui est plus proche que l’ombre de notre silhouette – au-dedans de l’âme silencieuse tournée vers l’intérieur – sans intention – sans volonté – avec la plus grande innocence – avec la plus grande simplicité…

 

 

Dehors – debout – sous le soleil – sur les pierres – devant le monde – comme au théâtre – à attendre la fin…

 

 

Sur le chemin – après la mort – le même spectacle – quelque chose qui tourne – presque toujours au bord de l’exténuation – fracturé – en sueur – sous trop de masques – et qui nous harcèle pour qu’on rejoigne la troupe – pour que l’on participe à la nuit commune…

 

 

Tout qui ruisselle – sur nous – au-dedans – la matière qui se liquéfie. Tout – en larmes – en pluie – jusqu’au ciel – jusqu’à l’océan…

 

 

Tout se dresse – entre nous – des murs – des secrets – des confidences – des colonnes d’air – des filets – des idoles – comme un barrage immense qui nous séparerait du ciel – d’un passage possible vers ailleurs – le dedans – loin des masques – des puzzles – du sommeil…

 

 

Guidé(s) par le souffle du hasard qui nous pousse dans le noir…

Nous – entre la roche et la soif – écrasés…

 

 

L’identité – dans la tête des Autres – et, parfois, dans le miroir. La psyché découpée en secteurs – en possibles – en interdits – sous l’autorité du sang et de la peur…

Et le monde – sur nous – qui appuie de tout son poids…

Et la poitrine – avec de moins en moins d’air – jusqu’à l’asphyxie – jusqu’au dernier souffle – jusqu’aux yeux révulsés – jusqu’à ce qu’un Autre nous ferme les paupières…

 

 

Devenir le précipice même – ce qui nous hante – ce qui nous effraye – ce qui nous entrave ; l’image monstrueuse projetée contre les parois – l’ombre du Diable qui nous habite – que nous sommes…

 

 

Une fleur – une pierre – une âme – le même reflet qui surgit au cœur de l’aveuglement – au-delà – tout prend la forme du vide – tout se colore de vent…

Le vide et le vent – même la mort se laisse prendre au piège – surtout la mort peut-être…

 

 

Dans la même allée que le rêve et l’oiseau – la marche possible – la terre offerte – le ciel en contrebas – et nous en dessous – avec une main déjà posée sur l’horizon…

 

 

Des arbres – des visages – alignés – qui patientent derrière nous – un long couloir entre deux montagnes (énormes – gigantesques) – de la roche partout…

Et dans notre tête – tout qui tourne – tout qui danse – les Dieux qui secouent les choses et les destins – qui mêlent ce qui est dépareillé – ce qui refuse de s’unir – au nom de l’ensemble – d’une main ni tremblante – ni sacrificielle – joyeuse tout simplement…

 

 

Nous – ici – que tout abandonne – qui ne possédons pas même notre nom – l’âme dégagée de nos artifices – de nos paroles – de nos espoirs – comme un corps sur une croix – du sang aux pieds de la foule – sur la roche luisante – devant Dieu peut-être – et, derrière, le ciel noir – et, partout, les vivants emmêlés à l’ignorance et à la poussière…

Ce que nous offre le destin et ce que la mort nous concède…

 

24 mai 2020

Carnet n°233 Notes journalières

De la source – l’aube – sans réserve…

Des montagnes et des entailles…

Le gris qui se propage sur les visages…

Pas de hasard – rien de maudit…

Le voyage – l’épreuve de notre croissance…

 

 

Dans d’autres sphères que celle des semences et des récoltes…

Le jour moins épineux que toutes ces nuits successives – à porter l’âme à bout de bras – la chair prise dans toutes les déchirures…

 

 

Le souffle qui jaillit de l’âme comme la fleur de la terre – génération à la généalogie ancestrale – avec le cœur assez courbe pour épouser tous les destins…

 

 

De ciel en ciel – avec de moins en moins de sang…

Des yeux encore pour croire aux apparences…

Une tête pour raisonner – déduire – imaginer…

Des organes fonctionnels qui devraient se cantonner à leur usage premier – et non intervenir là où ils deviennent un obstacle…

L’ignorance de l’homme – l’incapacité de la pensée à appréhender l’invisible – l’incompétence du néocortex en matière de connaissance de soi…

 

 

La couleur de la première rencontre – comme une main qui effleure notre main – une longue caresse sur notre visage – comme un oiseau, trop longtemps enfermé, qui prend son envol…

Entre tendresse – étonnement et délivrance…

 

 

Nous autres nous éloignant des jeux communs – barbares et indigents – réservés à ceux qui n’aspirent qu’à oublier leur misère ou à devenir autre chose

L’élan contraire nous anime – et parfois même nous assaille ; on aimerait être hors du temps – d’où notre solitude et notre amour du silence…

 

 

De grands yeux ouverts sur le monde endormi…

Des bruits de rouage dans la tête – la visite d’un nuage – le calme de la chambre – quelque chose aux aguets…

Suffisamment éloigné de la foule pour entendre distinctement la voix ; la nôtre – évidemment – comme un bref murmure – quelques paroles adressées à ce qui, en nous, est nocturne et enfantin – à ce qui, en nous, se laisse (presque toujours) aller à la nostalgie et à la tristesse…

 

 

Un visage contre la pluie – le même que celui qui affronte la grossièreté des hommes. Comme – en soi – profondément – viscéralement – un refus de l’inévitable et l’espérance d’un possible franchissement vers au-delà…

 

 

Des paroles pour soi – seul au milieu du noir – avec, au-dedans, le ciel et l’orage – et quelques restes de rêves – obsolètes – totalement inutiles. Le sourire de la lune devant notre figure ébahie – le monde repeint en bleu à force de supplices…

Tout s’écroule – tout se déchire – et, sur le sol, des lambeaux de cœur éparpillés – dégoulinants – comme la seule loi du monde – peut-être – incroyablement cruelle pour la psyché – mais inévitable pour grandir et approcher notre vrai visage – le silence – la vérité…

Toute une géographie où se perdre – et le rien – et le vide – à ressentir – à rejoindre…

 

 

Le monde – de moins en moins abstrait – beuglant – rouge sang – et dans l’âme – ce qui finit par se détacher et nous laisser nu…

La mémoire et la parole – défaillantes – presque hors d’usage – presque hors de propos…

Et toutes les frontières – sur la feuille – effacées…

La vie comme un songe – puis, comme un soleil…

Et nous – comme les pierres et les arbres – essayant, chaque matin, de faire peau neuve…

 

 

D’une brume à l’autre – sans pardon – sans larmes versées…

Dans le sillage des choses – dans le sillage de petits riens…

Le monde que l’on prend pour un paradis – en oubliant l’écart avec ce qui est juste – en oubliant l’écart avec ce qui est vrai…

 

 

Dans la tête – entre les lèvres – rien qu’un bourbier – une fournaise – une danse absurde – toutes nos préférences – un dialogue entre toutes nos folies. Et derrière ce chaos – le silence – déjà présent – discret – incroyablement attentif…

 

 

Le jour – comme un accident sur notre route – quelque chose d’impromptu malgré notre marche assidue et notre fidélité aux chemins – et qu’il nous faudra franchir à genoux pour le voir durer…

 

 

L’inégal combat entre l’espace et notre visage – entre la vérité et notre nom – entre le silence et notre vie trop bruyante…

Que faudrait-il délaisser pour que se dessine dans notre âme un peu d’innocence…

 

 

Debout – parfois – comme si nous avions l’air d’être – mais en désordre au-dedans – et parfois même (totalement) ravagé…

L’apparence d’un visage et d’une silhouette – seulement…

 

 

En nous – le baiser qui attend nos lèvres consentantes – infiniment désirable(s)…

 

 

A dormir dans l’empreinte immense des Dieux au lieu de débroussailler le monde – d’inventer sa sente – de danser avec toutes les ombres brûlantes qui vivent à nos côtés…

 

 

Comme une nuit et des parois dans la tête – une terre mille fois piétinée – un petit carré de sable avec au-dessus – très haut – à peine visible – une ouverture – un passage – un tunnel sans doute – vers l’air frais – l’extérieur – le ciel peut-être…

 

 

Du jour – comme une caresse – une manière de brûler en silence – de vivre au milieu du monde et des heures sans un seul visage confident…

Un baume – un réconfort – une (réelle) façon de se redresser dans la solitude…

 

 

Du silence et de la lumière – comme l’air que nous respirons – les seuls éléments nécessaires – peut-être…

 

 

Où pourrions-nous fuir puisque notre vie et notre tête sont cernées ; approfondir la blessure – sauter par la fenêtre (ouverte) de l’âme – plonger au-dedans et se perdre…

 

 

La tête baissée malgré la présence des arbres ; deux verticalités contraires – et qui se rejoindront peut-être – plus tard – la tristesse passée – le jour descendu…

 

 

Sans impératif – fidèle au feu – le soleil et la blancheur confondus – dans le maquis des heures – dans la sauvagerie des jours – le sourire sur le visage qui, peu à peu, s’efface – puis le visage, lui-même, qui disparaît – avec l’illusion…

 

 

Epaisse – cette absence des hommes – (bien) plus douloureuse que la solitude…

 

 

Une rencontre intacte – innocente – jamais née – comme si nous n’étions que des phénomènes inventés…

En réalité (peut-être – qui sait ?), tout est (réellement) sordide et douloureux – tristement instinctif et animal – comme s’il n’y avait pas encore assez d’homme en l’homme…

Rien qu’une aventure pénible – une pauvre histoire – en somme…

 

 

Nul lieu – nulle route – le même destin aux quatre coins du monde – le nôtre…

Des combats – de la détention – du temps et des choses qui passent ; le lot commun – coincé quelque part sur la terre – sans autre horizon que celui qui existe sous les yeux – sans autre perspective que cette étoile et ce coin de ciel au-dessus de notre tête…

 

 

Un lieu de passage – en nous – partout…

Des millions de choses et d’oiseaux – des figures et des morts – des caresses et des poings levés – des pierres qui roulent de toutes parts – puis, peu à peu, de moins en moins d’objets et de visages – de moins en moins de présence – puis, un jour, plus rien ; l’absence et le silence – seulement…

 

 

Le réel – au-dehors et au-dedans – prêt(s) à lutter – à s’abattre – à nous anéantir…

Verticalité absente ou bancale – et lorsque, trop rarement, elle paraît valide (et suffisamment vaillante) – le même résultat – sauf à l’intérieur où l’espace semble préservé…

 

 

Des noms sur des choses et des visages. Des noms pour différencier – et dans cette série d’insignifiances – le sacre de la multitude – uniforme et similaire – le singulier commun – ordinaire – semblable à tous les autres…

Et – ainsi – des pans de monde qui deviennent invisibles – et que l’on oublie…

 

 

Ce qui se multiplie – ce qui s’étend – ce qui se déploie. Et, pourtant, la même solitude – partout – les mêmes (pauvres) soliloques plaintifs. Des visages face à leurs miroirs…

 

 

Une halte dans la chambre de la forêt – dans l’intimité des arbres et des oiseaux. En ce lieu familier – parmi les nôtres – sauvages et solitaires – la parole dite pour nous-même(s) – sur ce carré sans frontière – où la terre et le ciel ne sont que de simples habitants – où les limites sont ailleurs – dans notre tête et la proximité des autres hommes…

 

 

Qui est-on parmi les siens – parmi ses frères – sinon la continuité de leur présence et de leur parole – l’espace et le silence communs – ce qui unit toutes les parties de l’ensemble…

 

 

Le jour – plus silencieux qu’à l’ordinaire – les mains tremblantes et l’âme plus nue qu’autrefois – moins exigeante – plus docile peut-être – qui acquiesce à ce qui est donné – à la surprise et au coutumier – au plaisant et au douloureux – de moins en moins contrariée par l’inévitable alternance…

 

 

L’odeur de la fuite et du sang – chez la bête sauvage – un frère dans nos rêves – un frère pour notre âme – celui qui habite le même labyrinthe que nous – qui porte le même mystère que le nôtre – celui que l’on doit déchiffrer – celui qui s’éloigne et se cache à la vue des armes et des hommes…

 

 

L’aube – parfois – réfractaire à notre venue ; trop de résistance et d’embarras – trop de doute et d’opposition – et l’essentiel qui manque ; la docilité et la confiance…

Plonger dans son propre gouffre comme un envol – qui pourrait s’y résoudre sans crainte…

 

 

On vit jusqu’au ciel – dans notre absence – sans interrogation – les lèvres pincées – aussi blanches que la neige – pour habiter hors des légendes – aussi près que possible des saisons…

 

 

Ce qui se glisse entre nous – le ciel et la terre – l’apparence d’un monde – la neige sur le sol noir – des larmes au milieu des souvenirs ; tout – comme une invitation – une volonté d’enfance – le retour à une respiration plus simple et plus ample – si nous savions nous retrouver…

 

 

Un chant – et trop de refus – face à l’absence de beauté – face à l’impossible élevé au rang de seuil – au rang de frontière infranchissable…

Plus qu’une espérance – une irrépressible nécessité…

 

 

Nous attendons la lumière – le sacre de l’invisible – comme d’autres le grand amour – le cœur et les mains tremblantes – la mémoire vierge de toute image – et les apparences en désordre…

 

 

Assis – juste un nom (pour les Autres) – au pied d’un arbre – un sourire à la place du visage – et la main tendue comme si l’on attendait que tombe la dernière neige…

 

 

Le rouge au front – sans la moindre honte – la couleur donnée par la colère de l’âme – épuisée – dans sa (vaine) attente de l’homme – désespérée par l’impossibilité de la rencontre – et si affamée, à présent, de solitude et de silence – ardente et fébrile – comme si la qualité des jours (et des années peut-être) qu’il nous reste à vivre en dépendait…

 

 

Le silence – écrin de la clarté du monde et de la voix – outil du Divin que savent si peu manier les hommes – trop chargés de désirs et de secrets – trop chargés d’embarras et d’aversions…

 

 

Le monde – des prières sans ciel – pire – des lamentations – des requêtes adressées à l’inconnu que nous plaçons toujours trop haut – au-dessus de nos têtes…

Les hommes – des ventres sous quelques rêves et des milliards d’étoiles. Et une bouche pour engloutir et vociférer – et, à la fois, crier et masquer leur ignorance…

La pauvre et triste existence des vivants – l’indigence (parfaitement) incarnée…

 

 

Peut-être faudrait-il rire devant les reflets changeants du réel – mais notre œil, trop attristé par ce que renvoient les miroirs, ne peut se réjouir de ce qu’il voit…

 

 

Enfant d’un jour lointain – encore titubant – encore ensommeillé – fidèle (toujours) à la terre – malgré lui…

 

 

Tout s’obscurcit – avec la douleur – tout prend les traits déformés de la grimace. La beauté même semble laide – l’Amour même semble sans cœur…

L’œil souffre comme si l’âme était dedans – comme si tous les doigts du monde étaient enfoncés à l’intérieur…

 

 

Un grand frisson de solitude en croisant chaque représentant de la communauté des hommes…

 

 

Dans le cœur – la faute – croit-on ; l’amour maladroit – carnassier – né de la pauvreté et du manque – de l’absence d’Amour – en soi ; quelque chose d’étranger – de céleste peut-être – aurait dû l’irriguer – remplacer les ombres folles et les tremblements d’une âme sans expérience – malheureuse…

Mais il faudrait plus de lumière – et moins de miroirs – pour échapper au regret – à la nostalgie – et accéder à ce qui prolonge l’homme…

 

 

Sur un axe – nous et les vents – et de part et d’autre – l’inconnu – autant devant que derrière. Visible le voisinage – seulement…

Quelques idées qui traversent la tête…

Quelques émotions qui traversent le cœur…

Entre infortune et providence – ni vraiment comblé – ni vraiment malheureux…

Cahin-caha – toujours – vers la lumière…

Quelques pas sans (véritable) conscience…

Quelque chose qui avance – en nous – imperceptiblement – invisible et sans imprudence…

 

 

Le soleil sur les pierres blanches – le visage innocent dans la lumière – et le reste – caché au sous-sol – au fond des âmes – à l’abri des regards ; ce qui est noir – impétueux – colérique – intraitable – le moins reluisant – les substances corporelles – la puanteur – la douleur – la désespérance – l’agonie et la mort – tous ces manques – tous ces manquements – hors-champ – relégués aux ombres de l’intimité – au chaos de notre solitude imparfaite – aux trop rares tête-à-têtes avec soi…

 

 

Quelques mouvements qui émergent des profondeurs – du silence – socle de toutes les agitations – de toutes les nervosités – l’ardeur des âmes et l’allant des foules – les petits jeux du monde qui font tressaillir les cœurs et se frotter les peaux parfois avec tendresse – parfois avec âpreté…

Tout ce qui apparaît – et éclate – sous la lumière…

 

 

Nous nous tenons là où nous avons jeté nos filets – juste au-dessus des pauvres remous de la surface – scrutant avec fébrilité la moindre émergence – attendant sans patience que quelques proies – des choses – des têtes – des cœurs – des âmes – soient pris au piège et remontés…

Sans un regard vers le ciel – sans imaginer un seul instant que l’invisible nous tient tous dans sa nasse – entre ses mains…

 

 

Des yeux sous la voûte – des ombres face à l’immensité – quelques bruits – quelques vagues – dans le silence et l’immobilité…

Et ces lignes – et ces pages – comme un murmure – long et discret – pour rappeler aux âmes leur chance et l’indispensable besogne qu’elles doivent accomplir pour se retrouver…

 

 

Ce que l’on connaît de soi – des îlots de terre noire – bûchers et cendres – des pas mal assurés vers l’inconnu – notre ardeur – quelques mythes personnels – des mensonges, bien sûr – quelques gestes triviaux – des idées communes – si répandues – déjà mille fois ressassées – des barques d’emprunt déposées ici et là – un peu partout – à la fin de chaque voyage…

La même chose que tout le monde – en somme…

Notre visage apparent…

 

 

Le sommeil qui s’étire – loin – très loin – si loin que nous allons, sans doute, continuer à dormir pendant des siècles – pendant des millénaires peut-être…

 

 

Notre voix – sans violence – murmure de solitaire discret – passant (presque) inaperçu dans les déserts qu’il traverse…

Un peu de neige sur la tête et les souliers – et, dans l’âme, son poids de silence…

Mains dans les poches et sur le visage, parfois, quelques larmes – une tristesse tendre et souriante sans autre raison que celle de vivre parmi les vivants…

 

 

Des paroles claires – parfois surprenantes – comme un défi à la bêtise et à la raison – rampantes ou sautillantes selon le dénivelé de la phrase et les aspérités du sens – porteuses de fenêtres immenses et de liberté – de forêts et de soleil – d’ombres, de rosée et de linceuls – déposées là – sur l’herbe et la pierre – dégagées du temps et de la nécessité des visages – admirables parfois – et sans auditoire (presque toujours) – et qui vieilliront, peut-être, avec patience pour s’offrir (pleinement) à celui qui, un jour, les lira avec attention…

 

 

Comme le jour – en nous – qui parfois se rompt…

Des ailes sur les mots qui s’élancent vers le monde en effleurant, de temps en temps, les choses du ciel – un peu de Divin descendu aussi bas que possible…

De la poussière d’or et de lumière…

 

 

Un trou – un peu plus loin – attend notre venue – un passage sans soleil – avec, de l’autre côté du noir, des avalanches de lumière…

Plus beau que dans nos rêves les plus extravagants…

 

 

A la frontière du bleu et de la nuit – au milieu des montagnes – dans le froid solitaire – comme dans n’importe quel désert – l’âme partagée – autant que le monde – entre les apparences et l’invisible…

 

 

Voyageur – parfois – la sueur au front – d’effort et de terreur – comme deux ailes repliées – épuisées par cette folle poursuite des ombres…

Du vent – de la cendre – et trop de routes possibles vers le même mystère…

A la fin – sans doute pourrons-nous dire que nous n’aurons fait que passer…

 

 

Le monde devant nos yeux – comme nous – les mains liées derrière le dos…

Le dos voûté – et tout qui s’efface – les souvenirs et la chair dispersés…

Et, bientôt, quelques os sous la terre…

 

 

Entre nos pairs et l’espace – notre destinée…

Entre le vide et l’interrogation – l’esprit…

Et notre âme qui n’a jamais su choisir…

Et le vent qui, sans cesse, s’en mêle – et qui, sans cesse, nous pousse – et qui, toujours, nous mène plus loin – ailleurs…

Mille séjours et des passages qui se succèdent – seulement…

 

 

Le perpétuel parti pris de la parole face au geste nu – sans autre racine que l’écoute et le silence – juste et droit comme une flèche – sans détour – sans hésitation – directement vers sa cible – parfait tel qu’il est…

 

 

Tout s’empare de nous – comme si nous étions un lieu à investir – un carrefour – un espace à remplir ; ce que nous sommes – littéralement – malgré nous – une étendue vierge que l’on habille – que l’on meuble – que l’on décore – inlassablement…

 

 

Dans le noir – à proximité – juché au-dessus de nos têtes – si absentes – si étourdies – trop souvent. En surplomb du monde et de toutes les chambres nuptiales – plus haut que tout – à l’exception de l’Amour qui nous élève…

 

 

A l’horizontale – ce mélange – cette étrangeté aux mille visages qui se plaint et se plie à toutes les nécessités…

Et ces hurlements dans l’âme – jamais entendue – jamais rejointe – le ciel scellé, pourtant, au milieu du front – et l’invisible comme axe central…

L’ébauche de l’homme – l’esquisse trop rapide (et trop élémentaire) des Dieux qui n’avaient, sous la main, qu’un peu de glaise et de vent…

 

 

Tout tombe – se vide et disparaît dans un trou – parfois à même le sol. Et pour l’essentiel des vivants – sans un seul regard – en silence – dans l’indifférence terrestre absolue – comme si la matière n’importait pas – comme s’il n’y avait rien au-dedans – ni au-dessus – ni derrière ; de simples amas de substances – fragiles – précaires – provisoires…

Ni âme – ni esprit – pas même la présence ou l’intention (malicieuse) des Dieux…

Du magma et le néant. Et le regard – trop haut – trop peu habité – pour que l’Amour sorte de son sommeil et puisse émerger au cœur de la chair…

 

 

Cette absence envahissante – dans la tête – au creux des mains – dans l’âme et le monde – plus qu’un découragement – plus qu’une inertie – ce qui n’est pas – ce qui ne peut être – là où il n’y a rien – ni personne – pas même un peu d’espérance…

Des lieux de misère et des grimaces…

Des instants volés au rêve – comme un trait sur le monde – biffé – raturé – avec une double barre dans la tête – ce que nous rappellent, sans cesse, les Autres – les vivants et les morts…

 

 

L’âme égratignée – couverte de plaies et de cicatrices ; tous les mensonges – les promesses non tenues – ce que l’on a tu – la somme incalculable des pertes et des déceptions…

L’aire de toutes les désillusions – immobile – jusqu’à ce que tout s’arrête…

 

 

Notre visage – rien qu’un miroir mille fois brisé – des éclats – des reflets – rien d’éternel – des fragments de monde – et un peu d’âme – parfois…

 

 

Les terres horizontales – de plus en plus étrangères – les rondes et les danses – le bruit – le cirque permanent – l’absence devenue maître du temps – les lois communes – la bêtise reine – les images trop grandes pour les têtes – envahissantes – la folie des cœurs en manque (carencés) – les ventres affamés et assassins – l’imposture élevée au rang de vérité…

Les ombres – partout – de plus en plus intimidantes…

Dieu – le ciel – l’exil – notre seul refuge – le silence et la solitude…

 

 

Comme un vieux rêve de contrebandier – avec des sacs emplis de fleurs et de parfums – des têtes gorgées d’éloges et de poésie – et des âmes débordantes de soleil et de gratitude…

Et nous autres – sur le chemin des crêtes – tout nus – en vérité – allant avec nos sandales usées et la besace (presque) vide…

 

 

L’âme chiffonnée – à la fenêtre – mains sur la poitrine – les cheveux ébouriffés par le vent – le cœur en tête – comme un défaut de fidélité – la lanterne des Autres accrochée trop près du front – à s’interroger sur la place du monde dans l’âme – et sur la place de l’âme dans le monde – et ne trouvant rien d’autre – en nous – et au-dehors – qu’un (immense) besoin de solitude et l’impérieuse nécessité de l’exil…

 

 

La hache et la lune dans le même sourire – collées sur les mêmes lèvres – le même visage – inséparables – à leur place – sans doute – comme les seuls outils de notre panoplie – les seuls instruments à notre disposition pour participer au(x) spectacle(s) du monde…

 

 

Du jour – tombant sur nous – de travers – de manière oblique – sur un seul versant – le moins exposé – le moins sensible – à l’ombre – comme un défi – un exercice d’anxiété pour nos pas en déséquilibre sur le fil tendu entre le silence et tous les possibles – avec la nuit – obscure – verticale – en contrebas…

 

 

Le grand vacarme de l’âme en réponse à l’insoluble question du « qui suis-je ? » Un grand tohu-bohu suivi d’un long – d’un très long – silence (définitif peut-être)…

 

 

Le monde – comme l’éternel retour – la naissance de tout, sans cesse, recommencée…

Et au-dessus – et en dessous – la même nuit qui s’étire – indéfiniment…

Et nous – sur ce fil invisible – tout au long de cet interminable voyage…

 

 

Sur le même point – oscillant – à demi ouvert – témoin du cours naturel des choses – nos battements de cœur – notre respiration – et l’inquiétude commune de ne plus être – un jour – mille fois vécu pourtant – comme toutes nos vies – oubliés…

 

 

Du monde et de la lumière qui se mélangent dans nos veines – dans notre sang frémissant…

Des rives – du ciel – et la main des Dieux qui distribue et répartit – du noir et des aventures – des fleurs et de la mort – et le déclin, le soir venu – et l’absence en hiver…

Pas la moindre âme qui vive ; et notre prison toujours aussi peuplée de fantômes…

L’éternel cheminement vers le même mystère – inconnu…

 

 

Errant – comme le voyage trop longtemps oublié – le verbe contre la douleur – le verbe au service de la terre – de l’envol et du ciel descendu – de l’intérieur vers le dehors – comme un rayonnement – comme l’écho (parfois nécessaire) du premier silence…

 

 

Parmi les arbres – nos frères – le feu silencieux au cœur de notre solitude – des visages fraternels au bord du front – le visage tourné vers nous – dans nos profondeurs secrètes – avec le même sang qui circule dans nos veines – entre nous – au centre du plus intime – au fond d’un plus grand que l’homme qui se partage en autant de parts que nécessaire…

 

17 avril 2020

Carnet n°231 Notes journalières

Nu – comme la naissance du jour – l’authentique témoignage de l’enfance – nos mains dans la terre ; ce qui est affranchi de toute compromission – de toute alliance – le plus innocent – ce que nous serions sans la ronde des visages – des idées – des saisons. Dans cette justesse nécessaire au franchissement de tous les seuils…

 

 

Seul – frigorifié – comme toutes les bêtes dans la nuit – mais heureux de l’absence des hommes – allongé sur la pierre – dans l’intimité de l’herbe et des étoiles – la mort et la fête, tout près, qui rôdent ; le noir sans spectacle – sans simagrée. Notre front plissé par les soucis – l’inquiétude – la tournure (inévitablement) tragique du monde…

 

 

Le monde franchi – l’épreuve traversée – que reste-t-il de cette très ancienne fidélité…

L’Amour aussi clair – aussi vif – aussi innocent – que la lumière. Des rêves envolés – remplacés par des ailes d’oiseaux – grandes et généreuses – prêtes à redresser notre âme et à nous faire traverser, une à une, toutes les terres sans soleil…

Voyage hors de la pensée – plongé dans le plein silence – et la légèreté nécessaire…

L’inversion des choses du monde et de la matière – pierres au-dessus – ciel en-dessous – et l’âme flottante – volant, en quelque sorte, entre les paysages mobiles – effleurant toutes les merveilles…

 

 

Terres blanches – au-delà des yeux – la mort reléguée hors du tombeau – en plein visage – au cœur même de notre vie – sans fard – sans secours – plus lourde que tous nos rêves – ces milliers d’images inconsistantes et consolatrices – la tête éprise – basculée – plongée au milieu des os et de la chair – la bouche muette – l’âme effrayée – comme si l’existence n’était peuplée que d’absence…

Partout – la mort et le silence – et notre inquiète solitude…

 

 

L’intimité avec les choses du monde – comme une fleur invisible dont s’imprègne le souffle – de l’âme au geste – du geste à la bouche – la vie intense – enivrante – à chaque instant que le silence honore…

 

 

Jamais las du même néant qu’on leur propose – qu’on leur offre – les hommes et leur appétit – les hommes et leur crainte de la solitude et de l’ennui…

De désir en absence jusqu’à la fin des âges – jusqu’à la fin des temps…

 

 

Le monde – effacé en un seul adieu – long – (presque) interminable…

 

 

Seul – debout – sans se sentir inquiet – ni défiguré – d’un seul tenant – plus solide et sensible qu’autrefois…

Face au ciel – le front silencieux…

Et dans l’âme, mille chants d’oiseaux – et devant les yeux, le défilé des merveilles et des chagrins…

 

 

Tremblants devant le monde – les âmes – cette longue nuit – le ciel – cette faim – notre visage et nos mains – façonnés par le sang et le silence – à la fois familiers des choses et si étrangers aux enjeux (réels) de cette existence…

 

 

Le monde comme un questionnement – une épreuve – un exil – un refuge – une manière de parler d’une chose – comme toutes choses – que nul ne connaît vraiment…

Une sorte de savoir appris par ouï-dire – par approximation – imprécis – impressions vagues plutôt que certitudes – nécessaire pour alimenter les échanges – habiller le silence d’un peu de bruit – façon (évidente) de fuir l’incompréhension – la solitude – le vide et l’ennui – dans lesquels chacun se trouve empêtré – inconfortablement…

 

 

Le cœur en feu – manière de réchauffer l’atmosphère – le monde et les visages – plus que glacés – et de nous épargner une vaine attente – la résolution impossible d’un tracas par quelque entité extérieure – de privilégier le premier centre du cercle et le carburant le plus naturel…

 

 

Et nous – tremblants – devant tant d’histoires dérisoires…

Du brouillard – des prières – du silence – presque toujours les mêmes éléments du mystère – du massacre – de l’existence ordinaire…

Des murs à escalader – des rêves à réinventer – des chemins à découvrir ; l’errance de l’âme scellée dans la matière…

Un long voyage – plus ou moins définitif – à quelques jours près…

 

 

L’hiver – comme la seule saison…

Le désert – comme l’unique décor…

L’âme ici – et au loin – et au-dedans – cette étrange fumée grise…

Et cette marche dans la même ruelle étroite – avec cette charge – cette immense tristesse à porter chaque matin – comme un vêtement journalier…

L’épuisement quotidien face à l’éternité…

 

 

Nous ne survivons – nous n’avons survécu – nous ne survivrons – qu’à nous-même(s) – à ces milliards de dépouilles successives…

Immobile(s) – presque inchangé(s) – sans même nous en rendre compte…

 

 

Quelque chose – en chacun – du chaos. Du désordre et de la violence – en pensées – en actes – en mots – tous nos désirs et les outils pour les satisfaire – presque notre seule réalité…

Le silence – la joie – sont ailleurs – du côté de l’Absolu – sur le versant (toujours inconnu) du monde – là où l’infini et l’éternité peuvent déployer leur envergure sans restriction…

 

 

Trop de charge – d’idées – d’images – de mots et d’événements – pour être heureux…

De longues échardes de joie dans la chair…

Notre vie – notre souffrance…

Et ceux qui vivent indemnes marchent les yeux fermés – les mains sur les oreilles – avec mille couches de bruits sur la douleur ; une existence de cacophonie permanente – presque inconsciente…

Des fantômes mécaniques et anesthésiés – moins que vivants – en somme…

 

 

Nous – aimant l’infidélité – la liberté de trahir – mille tâches à faire – mille choses dans les mains – la crainte que nous inspirons et l’envie que nous suscitons…

Cette sinistre étoile que nous portons (tous) sur le front – les éclats d’une nuit folle et désespérante…

 

 

Rien qu’une fièvre et mille délires – nous autres et le monde – bêtes féroces – impuissantes à changer…

 

 

Devant les lèvres – cet autre silence – différent de celui du dedans – plus étranger – comme un assoupissement – une absence – de l’Autre – du monde – alors qu’à l’intérieur nous nous taisons en signe de remerciement – comme une gratitude – une forme de célébration – un hommage à la beauté de ce qui est devant nos yeux…

 

 

Un langage, parfois, comme une pierre – parfois, comme une fleur – nous n’avons le choix des mots – pas davantage que celui des outils et des usages…

La parole naît dans la bouche silencieuse des Dieux qui nous chuchotent à l’oreille quelques froissements d’air pour ne pas être entendus – ou qui lancent, parfois, sur la page de minuscules poignées de neige…

 

 

Nous sommes le ciel en retrait – invisible depuis les rives humaines. Nous sommes l’épaule contre laquelle nous appuyons, parfois, notre tristesse et le front qui lance au monde quelques idées – anciennes très souvent – nouvelles plus rarement. Nous sommes la nuit qui rêve – les mains qui frappent et qui caressent. Nous sommes un chant – la terre – et tous les martyrs inentendus. Nous sommes simples – incroyablement simples – et complexes – horriblement sophistiqués – quelque chose de combiné qui ressemblerait au monde – à un visage – à l’univers – à l’infini dans notre tête – à toutes les âmes effarouchées de vivre au milieu des Autres – quelque chose d’insaisissable et de trop incertain pour être attrapé par la pensée – avec un peu de langage – et être fixé avec quelques traits sur la page ou avec quelques sons nés de la bouche des hommes…

 

 

Contre le ciel – parfois – notre tête rêveuse – sans âge – sur des épaules lasses – fatiguées par la proximité du monde – hommes et bruits – et les pas – presque libres – quasi autonomes – se dirigeant (naturellement) vers la forêt – les grands arbres – la solitude et le silence – l’âme déjà loin devant – goûtant, un peu à l’écart, le plus simple du vivant – et le plus précieux – peut-être…

 

 

Le feu et la neige qui se disputent notre sommeil – les mains glacées et le front brûlant – l’ombre flottant dans l’eau – se laissant aller au rythme naturel des flots. Et sur les berges – des fleurs et des visages – éclaboussés par cet étrange combat…

 

 

Des jours passagers – quelques dizaines de milliers ; chaque instant – effacé ainsi – sans épuisement – posé là – et poussé par les vents – inexorablement…

Au cœur du même voyage – éternellement…

Les apparences diverses – et l’âme dans sa continuité – peut-être…

Tout s’écoule ainsi – de l’origine à l’origine – à travers toutes les vies – à travers toutes les morts – sans cesse recommencées…

 

 

Seul – toujours – de plus en plus – dans tous les tourbillons – de cercle en cercle – de plus en plus large – sans doute – au cœur du même infini…

 

 

Aux sources de l’eau et de la lumière – nos visages et nos âmes – les uns défilant dans une ronde effrénée – les autres cherchant un chemin au milieu des danses – empruntant la même pente – de plus en plus déserte à mesure des pas…

Voyage d’une partie du ciel à une autre – dans l’illusoire sentiment de traverser mille univers différents…

Au fond, le même cœur – la même étendue – et des paysages aux formes et aux couleurs changeantes…

 

 

Dans le nom éprouvé de la rencontre – de l’amour – moins essentiel que le sang – une sorte de ciel – comme caché derrière les yeux – une sorte de réalité déguisée – presque un mensonge. La négligence et l’oubli – ce qui est volontairement dissimulé – comme une ruse – une manière atroce de s’illusionner et de leurrer les Autres – tout un monde sacrifié par une fausse vérité mise en avant…

 

 

Dans un monde de masques et d’instincts – inadapté – trop innocent – trop idéaliste – trop sauvage. Le front nu – sans rôle – sans grimace. Un sourire discret et silencieux – les yeux tournés vers un ciel plus haut – plus ancien – plus authentique – que celui que voient les hommes – le seul peut-être – le seul sans doute…

 

 

Tout s’assemble et se disloque – sans répit – tout s’enlace et se rompt – les pierres – les choses – les visages…

Et à terme – toutes les solitudes du monde se retrouvent…

 

 

Jusqu’au bord de la source – nous serons accompagnés – jusqu’au commencement du jour…

 

 

En tous lieux – les mêmes lois – les mêmes mots – le temps – trop de grimaces et de mensonges – trop d’inconscience et de cruauté…

Des rêves et des orages – et les grognements belliqueux ou plaintifs de la meute…

Et un peu plus loin – un peu à l’écart – notre sourire et notre visage – invisibles – et notre chant inentendu…

 

 

Et ce repli apparent vers l’enfance – et ce saut nécessaire au cœur du silence. Une vie hors des fables – sensible ; en larmes, presque chaque jour, devant la marche tragique de ceux qui passent…

 

 

Toi – devenant la frayeur que tu vois briller dans les yeux des Autres – la folie inguérissable du monde – la source de tout – et ce qui s’en amuse – bien sûr…

 

 

Ça se répand depuis l’origine – le premier jour du monde ; avant – on l’ignore – sans doute n’y avait-il qu’une vague intention qui a, peu à peu, gagné en ardeur et en puissance pour être capable d’éclater et de couler ainsi jusqu’à la fin du monde – jusqu’à la fin des temps…

 

 

Devenir pour que renaisse le souffle – pousser des portes – oublier – mêler son âme aux visages et aux rêves qui passent – lever les yeux – y être – se perdre – oublier encore – et recommencer…

Le jeu insensé du monde – pour rien – sans raison – comme ça – pas même pour le plaisir du jeu…

Une route accidentelle – peut-être…

 

 

Grimper à l’échelle tendue par un Autre – mille Autres – pour quelles (mauvaises) raisons faudrait-il s’y résoudre…

 

 

Une nuit sans à-coup – longue et glissante – pour que la chute soit continue – imperceptible et continue…

 

 

Le vent – plus léger – sur nos épaules abandonnées – ni rêve – ni tête – et des gestes plus justes et moins tremblants…

L’instant plus dense que la soif…

Des rangées d’arbres au fond de la poitrine – et un oiseau dans chaque main – aussi libres que dans le ciel…

 

 

Encore trop de sommeil sur le visage – les yeux clos et l’âme à l’horizontale…

 

 

La course et le déclin auront été (extrêmement) solitaires – autant que l’effacement – l’envol et la disparition…

Et l’existence frugale et forestière…

Et l’âme – incroyablement curieuse – comme une fenêtre ouverte sur l’invisible…

 

 

Rien qu’un regard pour habiter l’infini – le reste n’aura – bientôt – plus d’importance (si tant est qu’il en ait déjà eu)…

 

 

Entre la folie des bêtes et la folie des hommes sans tête – la sauvagerie de l’âme et l’œil lucide sur la ruse des marchands et la direction prise par les vents et la marche du monde – des ondes ressenties – des signes invisibles – la solitude hissée jusqu’au faîte pour que les chemins soient plus justes et se conforment au rythme (naturel) des saisons…

 

 

Des visages – de plus en plus lointains – de plus en plus étrangers – quelque chose comme une apparence – une façade creuse (très souvent) – sorte de carapace vide – sans âme – ou si éloignée qu’elle semble inexistante…

 

 

Dans la lumière discrète du jour – le monde à notre seuil – imaginé seulement – tout un cortège de visages curieux – embarrassés de se retrouver face à cette solitude silencieuse – cette part d’eux-mêmes inconnue – jugée (pour l’heure) dangereuse – presque détestable…

 

 

Des cierges plein les mains mais quelque chose de froid à la place du cœur – comme si les termes de l’équation avaient été inversés…

 

 

Les coudées franches mais l’âme cadenassée – le cœur dur – impénétrable – malgré la profusion des mots et des émotions – comme une infirmité de plus en plus invalidante – de plus en plus insupportable…

Et cette récurrence des seuils à franchir – d’exercices à réaliser – d’ombres à défaire – comme si l’existence était une course – une épreuve – un défi…

Rien de plus stupide – rien de plus aliénant…

Lorsque viendra l’ultime instant – ne restera que des larmes et des regrets…

 

 

En rang – disciplinés – nos rêves – plein d’espoir et de patience – et si ignorants de l’illusion du monde et de l’esprit…

 

 

Des remparts autour de nous – constitués de mots – de bruits – de choses – pour protéger nos trésors si laborieusement acquis – quelques objets – quelques titres – quelques visages – que nous croyons posséder…

Tant d’illusions devant et derrière les murs – et ces fenêtres percées qui n’ouvrent que sur d’autres chimères…

 

 

Certains jours – du silence – en rêve – seulement…

Du vent – de l’écume – des coups de semonce – au pied de l’innommable qui pénètre l’âme sans prévenir – sans même s’annoncer…

Des crocs – de la rage – et ces tristes restes d’enfance…

Notre vie rude (et inguérissable)…

 

 

L’aube – et sa présence dans l’âme – comme un espace épargné par le monde – silencieux – bénéfique à celui qui vit de lignes et de pas – à la lisière du périmètre commun…

Autour de soi – personne – aucun être qui donne – rien que des bouches qui réclament…

Pas une seule créature qui offre – présente et attentive – toutes qui exigent et s’approprient – absentes – assujetties à leurs propres mouvements – à leurs propres besoins…

 

Tantôt fleur – tantôt pierre – on erre (tous) sur des chemins impossibles – sous la pluie et une lumière, parfois, ruisselante…

Des pas qui s’éloignent de l’aube et du Divin…

Des seuils infranchissables…

Des apparences impénétrables…

Des vies apparemment construites sur d’étranges (et épaisses) illusions…

 

 

Rien qu’un grand désert – au-dehors comme au-dedans – avec du bruit et de grands cris – des milliards d’yeux et de ventres – la terre monstrueuse des vivants – le cœur arraché et le rire interdit. A respirer – à essayer de reprendre souffle devant la condamnation et le lynchage permanents des innocents…

Des plaintes et des pensées aussi inutiles que notre main tendue…

Un peu de soleil – et notre folle espérance de pouvoir, un jour, vivre ensemble…

 

 

Les yeux fermés sur la nuit qui dure – depuis trop longtemps – avec toutes les flèches du monde plantées dans la poitrine…

 

 

Ce qui danse dans la chute – le vent – quelques mots – quelques feuilles – notre manière d’apparaître et de résister – notre cœur et l’espace – si semblables – si interchangeables – le coin où nous sommes assis – là où notre roulotte est posée – les pierres et les visages alentour…

Tout tourne – notre tête – ce monde – cette existence – tous les éléments de cet étrange voyage…

 

 

Rien – désormais – qui ne soit droit – pas la moindre chose qui nous appartienne – pas la moindre aspérité – pas la moindre ligne – à laquelle se raccrocher. Nous dévalons la pente et notre chute est verticale…

Et tout (bien sûr) restera inachevé…

 

 

La tête entre le marbre et le sommeil…

Et ces bruits – au-dedans – qui cognent…

Et le silence – plus haut – qui se moque de notre douleur – de notre effroi…

 

 

L’enfance dans le dos – et sur les épaules – cette tête trop lourde – et en-dessous – la poitrine – et plus bas – les pieds qui jouent du tambour sur le sol ; l’impatience de rejoindre l’origine – le premier jour de l’innocence…

Inconsolable – comme nous tous – devant la fureur du temps…

 

 

Il y a tant de choses étranges sous le ciel – des arabesques et des arcs-en-ciel – couleur de soir – couleur de mort – des danses et des tourbillons – et, au-dedans des âmes, une immense inertie recouverte par une (épaisse) chape de plomb…

Les mains encore trop écartées du cœur pour s’arracher du monde…

 

 

L’impossibilité du monde…

Rien qu’un trait…

 

 

De heurt en heurt – jusqu’à l’horizon où l’on imagine, parfois, la joie installée. Et la marche (bien sûr) nous rend inaccessibles l’un et l’autre. Et de ce découragement naît (peut naître) le regard sur le pas présent – les gestes quotidiens nécessaires – le carré de terre où l’on se tient – le carré de ciel au-dessus de notre tête – et le contentement – et la gratitude – d’y être – de s’y trouver (déjà)…

Nous n’avons rien d’autre – et où que l’on aille – nous n’aurons que cela ; le reste – tout le reste – n’est que fantasme – désir – mensonge et illusion… 

 

 

En faisant face à ce qui est là – à ce qui se tient en – et devant – nous – sans aucune échappatoire – nous apprenons à vivre le réel avec une envergure grandissante – et avec une âme de plus en plus joyeuse et vivante…

 

 

Cette lente (et très ancienne) respiration de la terre – puis, l’apparition de l’homme – et, soudain, partout l’asphyxie…

En quelques instants – l’agonie et le règne de la mort…

 

 

Le rêve – l’attente et le tourment…

Nos vies en laisse…

 

 

Des choses dans les mains – offertes. Comme les idées – passagères. Et ce chant au bout des doigts – si léger – comme un jour découvert – comme le mot « silence » prononcé à voix basse – à peine murmuré…

 

 

L’étrange place où nous nous trouvons – là où la vie nous a posé(s) pour quelques jours – pour quelques instants…

Le voyage – jamais brisé – contrairement au cœur qui réclame – depuis si longtemps – un peu de répit – un peu de guérison…

 

 

Des feuilles – des poètes – des moines – des sages – des pierres – des arbres – des pas – quelques mots et le silence…

Notre vie de solitude…

 

 

Allongé sur la pierre – le monde, en soi, qui lentement s’éteint – l’âme tendre – aussi colorée que les fleurs – aussi joyeuse que les oiseaux – à l’écoute du chant de la rivière – le cœur encore ardent – presque impatient de retrouver l’océan – cet autre ciel du monde – caché dans les profondeurs invisibles de celui sous lequel nous avons l’air de vivre…

 

 

Nous – glissant le long du silence – à travers mille morts successives – de plus en plus bas – de plus en plus éloigné du monde et des étoiles – si bas que les jours semblent des siècles – si bas que l’on ne s’étonne guère, à mesure que l’on s’enfonce, de ne trouver personne – pas le moindre visage – pas la moindre chose – ni rêve – ni miroir – ni reflet – rien que cette longue glissade vers les bras d’un Dieu, peut-être, guérisseur…

Le ciel à l’envers – sans doute…

 

 

Notre âme – notre nourriture – le silence…

La mémoire brisée – le passé à la renverse avec, au centre, la douleur – et, sur les joues, encore quelques larmes…

Seul dans le vent – présent – l’oubli jeté dans l’abîme avec tous nos souvenirs…

 

 

Moins qu’un visage – une absence…

Plus qu’un geste – une présence…

Et entre les deux – l’homme – sans cesse oscillant…

 

 

Il y a du sable – du vent – du froid – la nuit partout – l’absence de soi et l’indifférence de l’Autre…

De l’écume blanche sur quelques cimes et de la fumée noire au fond des grottes…

Le monde encore empli de sommeil…

 

 

La fin d’une ligne – le début d’un autre monde où nous pourrions vivre d’encre et de pas – respirer à la manière des arbres et des nuages – tutoyer le ciel comme un (très) vieil ami – devenir sans hâte toute la lumière…

 

 

Du ciel noir, parfois, descend un oiseau aux ailes blanches – à la tête bleue – tout droit sorti de l’imaginaire (innocent) – pour affronter les temps crépusculaires – les heures sombres du désespoir…

 

 

Nous grandirons – plus tard – sans les mots – en franchissant la ligne blanche dessinée par la solitude et l’absence de l’Autre – ici même – à cet instant…

 

 

Ce qui nous porte n’a aucune prise – les mains glissent à chaque saisie – et l’âme doit se résoudre à se laisser mener – sans rien voir – sans rien savoir – confiante malgré les flots déchaînés…

 

 

Des adieux silencieux – au bout de la lumière – et au loin – à peine perceptible – ce chant qui s’élève en traversant la brume – une seule voix – belle et solitaire – tremblante d’angoisse et de désespoir – presque irréelle dans ces eaux claires qui nous conduisent au-delà des rives des vivants – dans la joie et la douleur de quitter le connu et, trop souvent, l’infâme – pour rejoindre, peut-être, ce que notre âme n’a cessé de réclamer…

 

 

Les gestes justes et ordinaires – le plein jour – le plein silence ; la face lumineuse – les cheveux défaits – l’âme fidèle et le pas attentif – ne cherchant rien à travers le monde – les Autres – les rêves – soudant la réalité – ce qui est – aux plus hautes cimes de l’Absolu…

 

 

Comme une tête volée à un autre monde – étrange – composée de pierres et de plumes – variable d’heure en heure – fidèle aux saisons et à l’absence de temps – flottant d’une rive à l’autre – d’un corps à l’autre – dans la nuit et sous le feu de ses propres projecteurs – porteuse d’innocence et d’un regard unique – comme une présence incroyablement claire…

Simple – sans image – comme l’oubli. Et l’existence joyeuse jusqu’au dernier jour…

 

 

Pourrait-on inventer d’autres rêves – moins triviaux – moins irréels – quelque chose de l’ordre de la haute mer et de la poésie écrite au milieu de l’écume – sur d’étroits blocs de vent…

 

 

Un monde d’encens et de gravats où l’on se méprend sur le rôle du feu et de la destruction…

Il faudrait gravir d’autres pentes – et ouvrir d’autres fenêtres – pour apprendre (un peu) ce qu’est la lucidité et la (pleine) liberté du regard…

 

 

Partout des pierres et des éclats de ciel – un monde de pas et de débris – vespéral. Quelque chose comme un dédale et une voûte – mal éclairés – où l’on se heurte à toutes les choses du monde…

 

 

Entre l’oubli et le rêve – un long chemin sombre – la tête étourdie – brinquebalante – hésitant, sans cesse, entre la droite et la gauche – entre le passé et le pas suivant – quelque chose qui, à force de doute, deviendrait une sorte de labyrinthe linéaire…

 

 

Parmi les vieux arbres aux branches noueuses et blessées – parfois arrachées – au pied d’une parole plus vieille que le silence – dans l’herbe – à côté de la rivière qui s’écoule vers la vallée – dans la solitude la plus pauvre – à genoux dans la lumière – le visage à peine éclairé par le soleil couchant…

Au cœur de notre besogne terrestre – au cœur de notre labeur humain…

La tête baissée pour franchir les portes de l’humilité – et dans l’âme – le souvenir de l’origine pour aller avec plus d’innocence et de simplicité…

 

 

Avant chaque aube – la marche de l’inutile – avec ses lourds bagages et son poids de tristesse. Et l’usure (très progressive) des pas et de la malédiction pour que le miracle apparaisse en même temps que la lumière…

 

2 juillet 2019

Carnet n°191 Notes journalières

Au bord du vide – à attendre la mort – et derrière nous, on sent les mains des hommes pousser – pousser. Et parmi eux, pourtant, aucun assassin…

 

 

Tout se mélange – la terre – le ciel – le silence – la tête – le devant et le derrière – les pitreries – la misère – les rires et les cris des mères qui enfantent…

Rien qui ne puisse rester debout. Tout virevolte et fait tournoyer les destins qui s’emmêlent – se chevauchent – se séparent – et que la mort, un jour, viendra chercher…

 

 

Un désert – et, au loin, l’horizon – et, au centre, les portes de l’âme. L’œil alors s’éclaire. Le cœur alors s’enflamme. Partout, la promesse de devenir vivant…

 

 

Le sol et les vagues – féroces – fragiles – qui avalent les têtes sans distinction. Les chutes, les larmes, les souvenirs. Les lois et les crimes – ensemble – réunis. Les lèvres muettes qui ont oublié la langue de leurs ancêtres. Les yeux qui questionnent. Les âmes et les mains qui tremblent. La mort – l’amour – tout ce qui nous rend tristes et fous (et, parfois fous de tristesse). Le cœur aussi aveugle que les yeux – qui implorent le monde – Dieu – les mères – les océans – impuissants devant la blancheur de leur sommeil et le poids de leurs vieux bagages…

La joie qu’en rêve…

 

 

Il se fait tard – à présent – des siècles ont passé – rien n’arrivera plus…

Il faut se résigner à vivre – et marcher encore – vaillants et dignes – jusqu’à l’aube – jusqu’à la tombe…

 

 

Dépossédé(s) – en déshérence – sans maître – sans filiation. Abandonné(s) en quelque sorte – sans une seule âme pour réclamer notre présence…

 

 

Tout un royaume – en nous – qui murmure – et dont nous feignons d’ignorer les larmes…

Ecume – vent – illusion – ce qu’il nous faudra encore affronter…

 

 

Adossés à nos fausses rectitudes alors que l’hiver et la fatigue ne vont plus tarder. Et la mort à leur suite…

 

 

Loi d’un Autre sur le bout des lèvres…

Espoir pas même éprouvé au fond des eaux noires…

Trou de misère. Gouffre d’indigence. Rives à gauche – soleil à droite. Et menaces – immenses – imminentes – partout…

A décliner ce que le fil du hasard nous réserve…

Titubant – et bientôt – et déjà – sous la terre…

 

 

Fous, princes et mendiants mourront tous. Mais qu’auront-ils vécu si leur âme était absente…

 

 

Dans notre chambre – l’errance encore…

Les jours pareils au reste – exigus…

 

 

Là où les Dieux nous poussent – là où les Dieux nous toisent – un pied sur chaque continent…

 

 

L’Amour qui se cache derrière les traits les plus arides…

 

 

Paroles d’explosion et de rupture là où le geste, peut-être, réconcilierait…

 

 

L’œil s’enlise là où le cœur pourrait éclaircir…

 

 

Soleil brouillon sur les oiseaux du malheur – les chutes – la nuit – l’infertilité du désir. Le feu et la tristesse sur les pierres. La vie qui serpente – et qui circule parfois – entre nous. Les plus beaux visages de la mort…

Partout – le sens de la plus haute tragédie…

Mille éclairages qui donnent le tournis – et leur ivresse aux hommes…

 

 

Nos gestes – reflet de notre âme si changeante…

 

 

Ciel abyssal sur la route grise. La fortune incertaine et le mépris – toujours possible – des Dieux…

Nudité permise – au-dessus de tout soupçon de péché…

Quelque chose comme un morceau d’infini – un bout d’éternité – un intervalle où tout pourrait arriver…

 

 

Agonie plus vivante que ceux qui ont assassiné. Eclat d’un autre monde – d’une perspective moins étriquée que celle qui a guidé la main cruelle…

Malheur à ceux qui dorment – immobiles. Ils périront à genoux – éplorés – implorant je ne sais quel Dieu inutile…

 

 

Aussi belles et tendres que l’herbe – l’âme et la main qui s’ouvrent et se tendent – embarrassées et tremblantes devant le malheur des autres…

 

 

L’amour horizontal avec ses misérables partages de pain, de couche et de substances…

 

 

Ce qui nous quitte – s’attarde avec délice – et nourrit le souvenir d’un jour moins triste. Mais nous serons seul(s), bien sûr, pour affronter la mort…

Ensemble – toujours – en dépit de la solitude et des retrouvailles…

 

 

Pays sans autres habitants que les voyageurs – les âmes sensibles – la neige – le silence. Rien qui ne blesse – rien qui ne meurtrisse…

Et en chemin – l’autre versant du monde ; des pierres – du brouillard – la fatigue – et le noir qui gagne les esprits…

 

 

Que l’âme est frêle devant Dieu – devant le monde…

 

 

Nous marchons sans remède – et nous allons sans même y penser. Mais que savons-nous réellement du voyage…

 

 

Nous désespérons parfois de ne trouver que des pierres…

 

 

Un sol tapissé de fleurs – et des bêtes qui se cachent au milieu des forêts. Des sentiers, parfois, où l’on devine la lumière…

Nous nous taisons. Nous écoutons le cœur qui sait

 

 

Âme trop penchée – en déséquilibre vers la mort…

 

 

Trop éphémères, sans doute, pour être autre chose que des passagers – des voyageurs dans le meilleur des cas…

 

 

A se cramponner là où il faudrait avoir les mains libres et ouvertes…

 

 

La grâce, peut-être, n’est qu’une affaire de solitude et de solitaire. On ne peut la partager – au mieux la laisser rayonner…

 

 

Nous allons – comme la vie et la mort – jusqu’au jour où nous embrasserons la terre…

 

 

Nous passons – discrets – anonymes – sans que nul ne nous connaisse – sans que nul ne nous salue. Vagabond de la dernière pluie – sans nom – sans visage – et qui ira seul pour l’éternité…

 

 

Les mains du silence nous hissent au faîte de la joie – le ciel parmi les pierres – qui donne à l’âme l’envie de rester encore un peu parmi les hommes…

 

 

Rien de grave au fond de l’âme. Quelque chose proche du rire – du jeu – de la farce – malgré la tendresse des mains et la profondeur (un peu triste) du regard…

De la douceur et de la dérision – une joie espiègle et un peu mélancolique…

Une alcôve aux dimensions infinies…

 

 

A demi éteint – comme couché sur la mort – avec la sensation de deux mains froides plaquées contre le dos…

 

 

Si loin du cercle des Dieux – des luttes vaillantes – du soleil enfourné dans la bouche – du monde – des hommes – de la poésie. A guetter les adieux – les derniers jours de connivence. La mort tapie déjà au fond du corps…

A pourrir comme un fruit trop mûr que l’on a jeté sur le fumier – et qui rêve de vent et de pluie pour disparaître plus vite…

 

 

Pollen dispersé dans l’espace – que les vents portent vers l’inconnu…

Légère poussière aux allures de soleil…

 

 

Ce que nous vivons avec tendresse – le cœur ouvert et l’âme tremblante ; instants où nous devenons la chair du monde, l’esprit des Dieux et le souffle des vivants. Toutes les larmes de la terre. Et la main lente qui se tend et apaise…

 

 

Circonstances aux allures de hache et de pointes acérées. Dents fines – aiguisées – carnassières – qui transpercent, pénètrent et arrachent la chair, le sang et l’âme jusqu’à nous rendre fous, désespérés ou implorants…

 

 

Rares sont ceux qui se libèrent de la fable du monde et des identités…

 

 

Toutes ces ombres qui cherchent un peu de lumière pour tenter d’échapper à leur histoire…

Haute voltige sur le fil de l’illusion…

Oiseaux de la folie – guetteurs de la mort – tous ces personnages de la commune déraison…

 

 

A vivre comme si la vie avait encore quelque importance. Tout sera bientôt fini – ne sentez-vous donc pas la mort qui, déjà, plane sur nous…

 

 

Des cris – des pierres – des tombes – un peu de terre – quelques prières. Funérailles de personne auxquelles n’assisteront que l’ombre et le vent…

La terre vide au-dessus et au-dedans…

 

 

Et si Dieu avait caché la joie au milieu des malheurs…

 

 

Loin des hommes – loin des routes – près du centre où l’ombre et la lumière ne forment qu’un seul visage…

Gestes fidèles au mouvement – gestes qui consolent d’un silence trop lointain…

On chemine ainsi sur la feuille et les chemins. On marche aveuglément – sans rien savoir du pas précédent – sans rien connaître du pas suivant…

 

 

Parmi ceux qui tremblent et trébuchent – nos souliers – nos lignes – notre âme…

 

 

Un pied parmi ceux qui s’acharnent – et l’autre parmi ceux qui s’abandonnent. Le cœur – toujours – au-dessus de l’abîme…

 

 

Nos lignes peuvent-elles consoler – peuvent-elles guérir – du poids de vivre…

 

 

A la rescousse de soi – en soi…

 

 

Espace de ronces, de pierres et de livres – où l’âme demeure – et peut enfin sourire du déclin – du destin en faillite – sans regret – sans amertume – la fleur aux lèvres…

 

 

Tout se tourmente sur la terre – s’emberlificote dans mille histoires – erre – fait les cent pas – autour du même mystère…

 

 

A demi-mot comme manière de vivre – et d’occuper le monde avec discrétion – de laisser l’espace vide – d’offrir au silence la place qui lui revient…

 

 

Persévérer sans s’acharner. Devenir le ciel et le soleil. Et si la mesure est trop haute, être la lampe qui éclaire et le doigt qui montre. Et si cela est encore trop ambitieux – s’abandonner avec humilité…

S’inspirer de la fleur – de son anonymat – de sa fragilité – car qui peut ignorer que l’insignifiance offre sagesse et beauté à celui qui la revêt – ce que nous nous éreintons à découvrir en essayant de devenir un Autre et de nous élever sur l’illusoire (et mensongère) échelle des hommes (ou des saints)…

 

 

Rien ne pèse plus – tout a le poids du jour…

 

 

Un silence au-dedans des choses – comme notre portrait le plus fidèle…

 

 

Dieu sous nos pas – piétiné – le plus souvent. Parfois sur notre épaule pour encourager – et, de ses murmures, orienter la marche. Et plus rarement sur nos lèvres – à rire avec nous – et à attendrir la dureté de nos paroles. Et plus exceptionnellement encore dans notre main qui, depuis toujours, cherche le geste juste…

 

 

Comment pourrions-nous porter le monde avec une âme si faible – et l’affronter avec tant de fragilité… Mais qui a dit – et nous a donc convaincu – qu’il fallait assister et combattre…

 

 

L’Absolu au bout des doigts comme un papillon insaisissable…

 

 

Pourrait-on devenir ce que nous ignorons encore…

 

 

Ressembler au soleil alors que dans l’âme ruissellent toutes les pluies du monde…

 

 

Un jour – des pas – des gestes – des lignes. Et pas davantage. Si, peut-être… la joie et le silence de l’âme…

 

 

A vivre comme si nous pouvions transformer la rage en grâce – la nuit en jour – les malheurs en sourire…

Prestidigitation d’un autre monde – où l’élan est sans intention…

 

 

Encerclé(s) par presque rien – nos propres visages en reflet – si ingrats – si sévères – si étrangers – qu’ils nous intimident et nous paralysent. Comme un affreux – et effrayant – prolongement de soi…

 

 

Je rêve du premier élan d’innocence de l’humanité. Mais, sans doute, serons-nous tous morts avant que naisse le geste inaugural…

 

 

Humilité – respect – silence – sobriété joyeuse. Combien de visages s’y livrent avec profondeur et sincérité – de toute leur âme…

Partout – on ne voit qu’accumulation – orgueil – déni de l’Autre – saccage du vivant – et tapage stérile…

 

 

Grands prêtres des idoles qui, sous le nez de la foule, agitent leurs images…

 

 

Du sang versé comme de l’or – et le cœur des hommes se réjouit. Ivresse, orgie et festin – comme de piètres consolations à vivre. Délices d’une humanité qui s’imagine raffinée – humaine. Pauvres diables velus et décérébrés – indignes de n’avoir que deux pattes…

 

 

Entre ailleurs et chimères – que l’Amour et le réel semblent lointains – à moins qu’ils ne se soient déguisés sous ces traits étranges et inattendus…

Quelle mouche les a donc piqués pour orienter ainsi leur jeu vers ce qui ressemble au pire…

 

 

Le monde a épuisé tous mes élans. A présent – je reste immobile – à l’écart. Ni sage, ni indifférent. Trop conscient seulement de notre impuissance…

Je contemple le désastre avec tristesse – en l’alimentant, malgré moi, à regret (et le moins possible, naturellement)…

 

 

Chaque geste compte – chaque geste est une aile – un souffle – un possible devenir – autant qu’il semble insignifiant – dérisoire – inutile…

Dilemme de chaque cellule du grand corps – dilemme de chaque rouage de la monstrueuse machine ; agir ou ne pas agir – en être ou ne pas en être…

Faire selon sa nature et ses inclinations – selon ses prédispositions et ses nécessités – ce à quoi, d’ailleurs, chacun se résout ou se résigne…

Et l’addition des gestes devra être conséquente tant l’inertie est grande ; il faudrait un sursaut collectif massif pour avancer d’un pas…

 

 

Nous sommes – personne…

 

 

En soi – ce que d’autres ont prescrit – bien davantage que ce que nous y mettons…

 

 

Porte au fond de l’âme – au fond du noir – qui ouvre sur la lumière et la fin des saisons – le ciel sans couleur…

Et derrière la fenêtre des grisailles – tous les orages qu’il nous faudra traverser encore…

 

 

Au loin – au plus proche – l’Amour. Et notre accablement – ce que nous traînons comme un poids ; tout ce que nous ne lui avons encore concédé…

 

 

De la fatigue encore – comme si la vie et le monde nous épuisaient…

 

 

Tant de choses – et si peu d’espace…

Tant d’espace – et si peu de chose(s)…

Comme un infini brouillon – envahi de matière virevoltante…

Comme un point infime concentrant le vide…

Rien de très clair, en somme, pour l’esprit commun – absent – inattentif…

Le foisonnement et la vacuité mélangés ensemble – et de mille manières – partout…

 

 

De quelle substance sommes-nous donc constitué(s) pour enfanter des mots-soleil – des mots-tristesse – mille paroles arc-en-ciel qui n’émerveillent pas même les yeux des enfants…

Que l’âme doit être seule, belle et misérable – pleinement humaine – pour transformer le sang, les larmes et la sueur en langage…

 

 

Un nom – rien qu’un nom – sur la longue liste des choses – parmi la vie, l’âme, le ciel, la mort – un infime visage…

 

 

De quoi sommes-nous composés ; un étrange assortiment de sang, de chair, d’images et d’idées – comme des vêtements qui recouvrent l’âme ; certains indispensables, bien sûr, à la survie de la forme et d’autres de simples ornements – lourds – superflus – inutiles – de simples illusions pour habiller cette nudité – ce vide – et ces quelques substances – indignes – si misérables à nos yeux – auxquels nous refusons d’être réduits…

Se réduire à l’élémentaire – au strict nécessaire – et ressentir la vastitude du regard et de l’espace que confère cette vacuité – cette absence d’embarras…

 

 

Rien n’abrite – ni n’expose – davantage que le silence…

 

 

Les forêts de l’âme sont denses – noires et profondes. Et nous avons oublié le chemin de la maison. Le retour sera, sans doute, long et périlleux. Il nous faudra visiter mille lieux – errer mille siècles – passer et repasser des milliards de fois devant le même espace – le même visage – et le traverser plus encore en croyant s’enfoncer dans une impasse pour découvrir ce que nous sommes ; la seule demeure pourtant…

 

 

Comme si un Autre – mille Autres – nous habitaient – vivaient à notre place – imposaient leurs désirs – leurs refus – leurs préférences – leurs choix – et expérimentaient à notre place ce que nous croyons vivre…

Et nous avons la folie de croire que notre existence est l’œuvre d’un seul homme…

Nous sommes – mille Autres – un peuple tout entier – personne…

Quelque chose d’inimaginable – littéralement…

 

 

Crépuscule d’une vie – crépuscule d’un monde. Rien sur les pages de l’histoire ; pas même un chapitre – pas même une ligne – ni l’ombre d’une épitaphe sur la tombe. Feuilles vierges et vents. Un infime tourbillon d’air évanoui…

 

 

Tant de questions dans la tête d’un homme dont l’âme se moque – et qui, à l’instar du monde, ne réclame qu’une présence et des gestes justes…

 

 

Mille jours en un seul – mille vies en une seule – pour comprendre, au dernier souffle, que nous n’avons (presque) rien vécu…

 

 

Monde – visages – identités – mirages – dont la réalité, pourtant, nous hante jusqu’à la mort…

 

 

Et ce regard mélancolique qui offre au monde sa grisaille, son manque d’espérance et sa lourdeur trop sérieuse. Emouvant, à certains égards, par sa sincérité et son authentique noirceur…

 

 

Que dire que nous n’avons jamais dit… Il faudrait faire exploser la tête pour trouver des mots nouveaux – un langage nouveau – une autre manière d’exprimer le silence…

 

 

Presque un vieil homme – à présent – dont les pauvres pas n’ont suivi que les vents. Et qui regarde toujours le monde de sa fenêtre. D’un néant à l’autre – après avoir exploré toute la palette de l’espérance…

 

 

A demeurer seul – de plus en plus seul – sans avoir rien vécu – sans avoir rien bâti – sans avoir rien compris. Mais, peut-être, l’essentiel était-il ailleurs…

Qui sait… Qui peut savoir…

 

 

Une âme au bord des larmes – près des ronces – à dormir presque dans les fossés – à boire presque l’eau des rivières. A parler seulement aux arbres et aux pierres – et, parfois, au ciel, lorsque l’envergure l’emporte…

 

 

A vivre si près des hommes – jusqu’à l’insupportable…

A vivre si loin du monde – jusqu’à la désespérance…

A vivre en sa compagnie – comme n’importe qui…

Et à vivre en soi – lorsque cela est possible…

 

 

Nous allons mourir. Et nous feignons de l’ignorer. Mais, en vérité, une chose – en nous – refuse cette évidence – cette effrayante fatalité. Au fond, nous nous croyons immortels. Mais l’éternité revêt, bien sûr, d’autres visages que celui que nous espérons. Nous sommes si crédules que nous imaginons pouvoir revivre indéfiniment – et presque à l’identique – le plus favorable de cette existence. Naïfs – comme ces enfants qui tiennent leurs jeux et leurs rêves pour plus vrais que la réalité…

Pour goûter l’éternité, il nous faudra tout vivre – tout expérimenter – tout revivre – et tout réexpérimenter – maintes et maintes fois – en boucle – jusqu’à l’écœurement – jusqu’à l’ultime chimère – jusqu’à l’ultime déchirure – devenir les mille visages du monde – les mille mondes possibles – jusqu’à comprendre que nous sommes tout – que nous ne sommes rien – la même chose – depuis toujours – au-delà des apparences et des identités…

 

 

Marcheur d’un autre âge – venu, malgré lui, d’une époque sans nom – sans visage – d’une ère hors du temps – et qui, jamais, n’appartiendra à l’histoire du monde et des hommes…

 

 

En fin de compte, nous aurons utilisé le monde autant que nous l’aurons servi – nous lui aurons pris autant que nous lui aurons offert. Bilan nul – équilibré – comme si nous n’avions jamais existé…

 

 

Le ciel paraît lointain mais, en vérité, il nous enveloppe déjà. Les yeux et le cœur ne savent voir ce qui est proche. Tout est là, pourtant, sous notre nez – au plus près de l’âme. Et étrangement, les étoiles les plus lointaines nous semblent plus réelles – plus accessibles – et plus faciles à apprivoiser…

 

 

Accueillir les circonstances et les visages comme ils viennent – sans savoir…

 

 

L’obscurité et la lumière semblent éternelles. Aussi, au jour dernier, nous ne mourrons qu’à moitié ; nous irons, sans doute, indéfiniment avec cet étrange mélange dans l’âme – dont seules les proportions varieront…

 

 

Qu’aurons-nous fait en cette vie sinon essayer de comprendre – et de vivre un peu – à l’inverse, sans doute, de la plupart des hommes…

 

 

Il fait si froid dans la nuit solitaire – ni main – ni âme – pour vous réchauffer. Seulement la petite lampe au-dessus des livres et du visage…

 

 

Un jour comme un rêve. Et mille siècles – pareil…

 

 

Qu’un grand couteau dans l’âme – et dans les mains – pour trancher d’un geste lent – interminable – ce qui fait mal – puis, ce qu’il reste… Et nous savons, pourtant, qu’une fois cette tâche accomplie, la douleur sera toujours aussi vive – plus forte même peut-être…

 

 

Qu’un Autre pour nous prendre dans ses bras – et nous consoler de n’avoir pas su…

Que deux yeux pour nous regarder et nous montrer ce qu’est l’Amour – le partage – le pardon – la douceur d’un chant qui monte entre les lèvres…

Que s’incline légèrement le soleil – et que l’on nous embrasse sans nous dévorer…

Un monde – un feu – rien que pour nous – rien qu’un instant…

 

 

Garant de rien ni de personne – la devise de chacun…

 

 

Des boucles d’or et de servitude – enchaînés aux pieds de l’Autre qui ne nous regarde plus…

 

 

Marcher encore comme ces mendiants de papier qui se dirigent vers le point final…

Un jeu – rien qu’un jeu – pour se croire vivant…

Des adieux – rien que des adieux – avant de se retrouver dans le grand ciel suivant…

 

2 octobre 2018

Carnet n°164 Le monde et le poète – peut-être…

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Tout nous est si familier ; la peau – le soleil – l’ombre et l’éclat – l’exubérance et la sagesse – la vie – la mort – et l’esprit écartelé entre ce qui reste et ce qui s’en va…

Tout nous est si familier ; les danses – l’orage – la vaillance et la volonté – l’abandon et la paresse – le désir et ce que l’on murmure dans les prières – Dieu – les arbres et le silence – l’attente des hommes et ce regard posé à la source – sur toutes les choses du monde…

 

Un lieu, un corps, une âme. La place où s’écrit le poème – où se dessine le voyage – et où demeure, en secret, le silence…

 

 

Ombres piétinées – et piétinantes – qui naviguent inlassablement sur les eaux de l’absence. Avec un peu de rêve – et un peu de nuit – au cœur de cette ivresse à vivre. Ce que les Dieux ont, sans doute, façonné avec ce qu’ils avaient sous la main ; une folle ardeur aux yeux fermés…

 

 

Nous défions le sommeil et la léthargie des voyageurs – ces vies soumises à la paresse et aux habitudes – ce qui s’accorde si bien à l’attente et au néant – pourvu qu’ils demeurent confortables…

 

 

Quelques notes sur un bout de papier – comme exigence et impératif quotidiens – comme habitude et antidote à la torpeur – pour témoigner de la rencontre avec l’essentiel – avec la présence – qui se porte discrètement – presque secrètement – au milieu de la foule. Ce que révèle l’œil solitaire dans la compagnie de tous les infinis. L’ordinaire et le plus simple – vissés au front – vissés à l’âme – affranchis de l’ostensible et de la prétention…

Ce qui fait, sans doute, du poète, un familier d’une sagesse et d’une folie – depuis trop longtemps oubliées par le monde…

 

 

Monde, visages et carnets. Ce qui est nécessaire – ni plus, ni moins – au poème – pour inviter l’homme – et les âmes – à découvrir, en eux, la lumière…

 

 

Si bavard est le voyageur – autant qu’est silencieux le sage – avec le manque foudroyé au fil des pas…

Au terme de la marche, ne subsistent que la lumière et l’invitation à dévaler toutes les pentes jusqu’à la confusion du monde et des visages – jusqu’au centre où tout se rassemble et s’efface – jusqu’à la disparition des noms et des Autres au profit d’un seul baiser – immense – permanent – et de l’émergence de nos deux mains indéfiniment ouvertes…

 

 

Aussi seul aujourd’hui qu’autrefois – mais le cœur éclairci et l’âme docile – infiniment plus flexible – devenu, en quelque sorte, l’instrument du silence et des circonstances…

 

 

Ici – sans limite. Et jamais ailleurs – qui n’est qu’un souvenir ou une attente…

 

 

Une rive – mille rives – et l’eau qui passe – en parole – en campement – jusqu’au bout de l’énigme. Seul – sans alliance ni compagnon – à faire émerger, en soi, la halte nécessaire à la fin de toute emprise…

 

 

Celui qui chante – celui qui danse – et se tient silencieux a, ne l’oublions pas, mille fois pleuré – et mille fois cherché – autrefois. D’excès en surprise – de rencontre en désillusion – en proie, depuis mille siècles, aux luttes, aux doutes et aux adieux – et au faîte, aujourd’hui, de ce qui ruisselle sans jamais s’attarder – sans jamais revenir. L’horizon, à présent, happé dans la distance la plus familière. Au centre des miroirs – en ce lieu qui semble (encore) si mystérieux pour les hommes…

 

 

Une enclume – et le matériau des alliages converti en plomb – en boue – pour transformer la poussière et l’existence – en or – en silence – en lumière – sous le marteau de l’acquiescement tenu par cette folle ardeur…

 

 

Un gisement, un feu et l’érosion progressive. L’exploration à la hache et la roche fendue à la hâte – sur ce versant du monde qui ressemble tant à la nuit. Mille fables – et autant de mythes – à polir sous la lampe des voyageurs – et à dépecer au milieu des braises – pour s’avouer – finalement – vaincu(s) au terme de l’exercice – et prêt(s) (enfin) à s’ouvrir à l’ultime élan qui porte vers le vide et le silence – et à la solitude qui redonne au monde et aux visages une allure plus réelle – une allure plus vivante…

 

 

Tout se délite et s’efface – et rien – jamais – n’apaise, ni ne console. Et il (nous) faut apprendre – continuellement – à vivre dans cet inconfortable entre-deux…

 

 

En définitive, nous ne cherchons que le silence – que les hommes nomment de mille manières différentes…

 

 

Nous n’avons que quelques jours pour creuser – pour découvrir et comprendre – et demeurer au centre de tous les imprévus – ce que les hommes appellent hasard – existence – destin – rencontre. Au cœur même du silence que tout traverse…

 

 

Un trou dans le monde pour percer tous les secrets…

 

 

Ce qui s’invite à l’échelle de l’homme n’est que la part perceptible d’une envergure démesurée – d’un infini – essentiellement – invisible…

 

 

Les jours passent – entouré(s) toujours des mêmes visages qui s’usent aussi lentement que notre ennui. A dire ceci – à faire cela – à commenter mille circonstances dérisoires. A aimer – et à haïr – alternativement (et parfois même simultanément) – le monde et tous les événements de notre vie…

 

 

L’humanité ne se distingue du monde. Comme lui, elle n’est mue que par les habitudes et la transmission de la mémoire – et est contrainte, face aux événements et à la souffrance, de s’adapter, d’inventer et d’explorer. Adepte, malgré elle, de la survie et de l’expansion. Et participant, à son insu, à l’illusion et au mensonge – quasi originel – de l’esprit…

 

 

Tout, en réalité, ressemble à l’aube – naît d’elle et la rejoint – après quelques tours inéluctables (et, si souvent, malheureux) parmi nous…

 

 

Discret – profond – les gestes justes et lents. Une vie et une parole libres – façonnées par un ailleurs – un espace intérieur mystérieux – l’infini peut-être. Et les pas nécessaires au quotidien. Une existence hors du monde et du sommeil. Plus proche du ciel et de la vérité que des sages et des essais savants. A l’égal, sans doute, des bêtes et des fleurs – des montagnes et des rivières – des herbes sauvages et des arbres. Anonyme – solitaire – intensément joyeux – au milieu de la tristesse et de la mort – au cœur de l’illusion – sous tous ces faux soleils imaginés par les hommes qui rêvent (depuis toujours) d’échapper à la solitude et au néant…

 

 

Les adieux comme les retrouvailles seront toujours – éternels…

 

 

Le chemin, souvent, précède les signes – puis, un jour, ils finissent par se rejoindre – et se confondre. Ensemble – ils peuvent alors explorer et relater le même espace – ce lieu au cœur – et en surplomb, du monde…

 

 

Ecrire – comme des doigts qui dessineraient dans l’air – sur le ciel invisible – vierge – sans trace – la nécessité d’un soleil pour offrir à la souffrance – à toute la souffrance du monde – un peu de chaleur et de lumière – pour rendre l’attente plus supportable – et réussir – pourquoi pas ? – un jour, à transformer l’existence en silence – en regard clair sur le manque et l’insuffisance…

 

 

La main – proche du jour – voisine du monde – et résidente du sang – sur la chair, sur la page et le ciel – livre son encre, sa semence et sa folie – comme une invitation – et une menace à l’ordre du monde. Et elle parvient, parfois, à plonger les visages et les âmes dans les flammes – au cœur d’un espace hors de contrôle – à ramener les dissemblances au dialogue et la solitude aux rencontres – et à devenir l’air, l’eau et le feu – toutes les circonstances – et non une forme d’éloquence sèche et hautaine – pour accompagner les destins (tous les destins) dans leur long voyage vers l’infini…

 

 

Tout apparaît – et s’insinue dans ce qui rythme la vie et la marche. Et tout glisse au fond du cœur pour rejoindre en amont le cri des âmes inquiètes face à la folie du monde – et faire naître des larmes dans les yeux lucides – encourager la main sur la page – et les pas dans le monde – et défier (enfin) la certitude et la mémoire – toutes ces traditions qui confinent à l’aveuglement et à la répétition…

 

 

Invisible – ce destin – comme la trame sous-jacente qui nous relie…

Espace où tout se rapproche et se rassemble – où tout s’unit en un seul visage – où la vie et la mort se tiennent par la main pour danser ensemble – et où le présent est la seule possibilité d’hier et de demain…

En ce lieu où nous pouvons (enfin) devenir ce que nous avons délaissé depuis si longtemps…

 

 

Encore un peu de suie et d’encre noire pour saturer l’air – et la page – trop tristes de voir, partout, la mort régner comme la seule loi du monde…

L’homme et l’innocence – la joie et les tourments – pour faire table rase du passé – libérer les âmes soumises à la mémoire et les têtes engorgées de temps – pour devenir la feuille blanche – l’esprit vierge – l’espace vide. Ce qui demeure après la chute, l’échec et la défaite – ce qui subsiste une fois le trop plein effacé…

 

 

Regard et chants – bruits et plaintes – ici et ailleurs – fruits du silence et du monde. Cadre de l’évidence et de la sauvagerie où règnent pêle-mêle (et sans partage) – l’ignorance, l’irrespect et l’incertitude – le sommeil profond (et si insensible) des âmes – l’intelligence et le silence – l’émotion, les destins et les gestes les plus justes…

 

 

Et tous ces mots gorgés d’ombre et de lumière pour essayer d’éveiller, en nous, le plus sensible

 

 

Une vie à l’ombre du monde – aux pentes abandonnées – où le rire coule comme l’eau des rivières en serpentant, avec aisance, entre les pierres lisses et noires…

 

 

Tout, à présent, devient silence – espace de mille effacements – ciel et page blanche – où tout vient se blottir – se plaindre et s’exercer aux mille usages du monde. Entre pluie, neige et soleil – entre désert, foule et solitude – parmi l’indifférence des visages et la surprise de quelques âmes émerveillées par la démesure de cet accueil…

 

 

L’existence – un fleuve – un bref passage – une fuite brutale – avec quelques souvenirs empilés – et affadis – par le temps – et un désir sans inflexion – pour poursuivre sa route entre les mille frontières qui séparent le monde de notre visage.

Passé le premier choc – passés le premier gouffre et le premier émoi – nous voilà contraints de vivre, tout au long de cette existence, au cœur de l’illusion – renforcée par cette hargne insensée de l’identité et de l’appartenance…

 

 

Du dehors au dedans – le temps d’une vie – de quelques années – et de mille pages griffonnées. Le temps de se débarrasser des signes et des privilèges de la naissance – et d’éliminer toute prétention et les trop grandes particularités du visage humain. Le temps, à peine, d’un soupir et d’écrire mille poèmes (de plus en plus anonymes). Le temps de découvrir le silence et de s’effacer…

 

 

Tout vacille – et est incertain. Tout semble noir et blanc – fier et recroquevillé – résistant et craquelé par la faiblesse et l’ardeur du sang. Tout s’invite – et se dessine ; le monde, l’âme et l’enfance dans les têtes et sur les chemins. Mille pages – mille paysages. Les noms gravés dans la poussière – et le sable des édifices érigés pour célébrer les victoires et les conquêtes. Le bois des cercueils et le marbre des tombes. Ce que nous entonnons au printemps et après la saison des récoltes. La nuit – le jour – et l’humanité implorante – ignorante toujours – incapable (encore) de comprendre le fondement des destins et de répondre, de manière juste et sensée, aux mille questions qui taraudent les hommes depuis leur naissance…

 

 

Des traces et des limites – à effacer et à franchir – pour rapprocher le sang et le langage – la vie et notre visage. Et offrir au monde le silence qu’il espère – et quelques gestes pour apaiser (provisoirement) le manque des hommes…

 

 

Il n’y a nul ailleurs – nul avant – nul après – nul toujours et nul jamais – mais l’impératif de l’abandon – et l’urgence de l’effacement – pour déjouer la gravité et les périls qui pèsent sur le jour et l’innocence…

 

 

Tout vient – et se déroule – le temps d’un soupir – le temps d’un baiser – le temps d’une larme – le temps d’un regret. Puis, tout nous abandonne. Et après mille passages, nous avons encore la faiblesse – ou la bêtise – d’espérer un retour – le recommencement ou le prolongement de la même histoire…

Le temps est l’aveu d’une impossible fixité – et le signe que quelque chose demeure en dépit de son écoulement apparent…

 

 

Le poids des pierres – le poids des livres – sur notre vie. Toute cette noirceur et cette gravité qui nous éloignent de l’innocence et de la blancheur du monde et du silence. A passer son existence à déchiffrer mille signes sur le sable alors que l’aube s’offre – presque sans raison – à ceux qui vivent, marchent et agissent virginalement après s’être posés mille – dix mille – questions peut-être – et qui ont, peu à peu, appris à transformer l’incertitude et l’effacement en alliés du regard. Et qui voyagent, à présent, en se laissant guider non, comme autrefois, par la chance et la volonté – mais par l’Amour, la clarté et les circonstances…

 

 

On a beau essayer de s’insensibiliser – d’offrir à l’indifférence une place de choix dans notre vie – de s’absorber dans mille pensées et mille activités – de feindre le désintérêt – subsisteront toujours en nous cette terreur et ce questionnement (si essentiel) face à la mort – et le besoin d’un sens – d’une explication – affranchis de toute forme de croyance…

 

 

Au bord de nous-mêmes – autant qu’au fond de l’abîme – ce précipice aggravé par le monde et les hommes au fil de l’histoire…

 

 

Nous marchons sur des traces déjà anciennes – explorons les interstices de la langue – et franchissons les limites imposées par le monde – pour goûter, à travers la précarité des existences, ce qui tremble et frémit sous les blessures laissées par les visages et les chemins…

 

 

L’écriture semble grave (si grave) dans cet air du temps si frivole – si léger. Comme un pieu – ou une épine – dans le cœur des hommes (selon les jours et la sensibilité de ceux qui la reçoivent). Comme une question lourde – austère – lancinante – immergée au fond des croyances et des vies désinvoltes – et le besoin, si récurrent, de l’âme dans ces siècles où seuls le corps et l’apparence de l’esprit son célébrés…

 

 

L’interrogation et le doute sont gravés à l’envers du silence. Et la mort règne toujours au dos de la lumière. Ni échelle, ni barrage – une simple question de perspective pour vivre soit comme les bêtes et les pierres, soit au plus proche de l’âme – au plus proche de l’homme…

 

 

Auprès de ceux qui ne savent ni vivre ni mourir – les deux poings serrés – tantôt dans la révolte, tantôt dans l’amertume. A l’ombre de cette indigence et de cette tristesse qui étouffent – si sournoisement – les hommes…

 

 

Être – être là – sans rien dire – sans rien faire. Présent – simplement – auprès de ceux qui souffrent et s’interrogent. A offrir ni croyance, ni promesse – et, bien davantage que le témoignage d’une traversée – une perspective et une manière de faire face aux circonstances autant qu’une façon d’écouter ce qui nous hante pour retrouver – ou raviver peut-être – un espace au fond de l’âme – cette capacité originelle de l’esprit à défier l’illusion – et à s’en défaire – et cette inclination à privilégier la sensibilité face à l’indifférence pour restituer un peu d’innocence et de beauté au milieu de la violence et de la barbarie…

 

 

Tout arrive – et s’inverse. Tout peut arriver – et s’inverser – d’un instant à l’autre – malgré la routine des jours, la torpeur de l’esprit et l’inquiétude de l’âme. Nous vivons – fragiles et instables – prémunis contre rien – protégés ni du meilleur, ni du pire – plongés dans cette oscillation permanente entre la douleur et l’agrément – entre la laideur et la beauté – entre le miracle et le malheur…

 

 

Tout fléchit sous l’ardeur du temps. Comme enfoncé(s) au fond de l’impossible – entre le triomphe – quelques victoires – et la débâcle – mille défaites inéluctables – sans jamais savoir sur quoi appuyer notre regard et notre pas…

 

 

Défaits par mille attentes – par mille fatigues – et l’implacable besogne de la lumière. Contraints d’accepter notre ignorance et notre impuissance – et de nous abandonner aux forces du monde et aux circonstances…

 

 

Nous vivons comme des sacs gorgés de peurs, de luttes et d’espoirs – à la merci du possible et du probable. Soumis à la nécessité (que certains préfèrent appeler hasard) et à l’acharnement de la lumière – si désireuse de nous faire émerger du sommeil. Voués, un jour, à exploser pour éliminer toutes les frontières qui nous séparent du reste du monde – de tout ce à quoi nous pensons être étrangers

 

 

Vivre simultanément la conscience éternelle et le corps en sursis – la permanence et l’éphémère de la forme – sans cesse en péril – sans cesse compromise – sans cesse recommencée. Voilà peut-être, entre mille autres choses, l’un des enjeux majeurs de l’existence humaine…

 

 

Bariolés – encore – cette étoffe et ces rires revêtus pour les circonstances. Ni vraiment clairs – ni franchement sombres – entre le jaune des étoiles et le gris du monde. Et qui s’endossent comme si la tristesse et la nudité pouvaient être recouvertes…

 

 

A découvert – vivant – comme le souffle sur ces pages. Mille fois ascendant – mille fois agrippé à la pente pour éviter la chute (inévitable pourtant) – et autant de fois recommencé. Comme une manière d’éradiquer cette terreur devant le vide et la folie du monde – et d’apaiser cette attente angoissée du point final. Comme une manière de troubler les sens et de surprendre l’âme dans sa tanière…

 

 

Nous semons – avec l’inconnu – l’innocence – la nécessité du recueillement – et l’aptitude à s’émerveiller devant ce qui passe – et devant ce qui s’aventure au-delà du connu – au-delà des frontières rassurantes…

Avec (encore) un peu de sang sur les mains et ce déploiement de la chevelure dans les flammes. Vivant (presque) à la manière des bêtes et de la lumière – ivre – libre – joyeux – mais jamais certain d’arriver sain et sauf jusqu’au soir…

 

 

A cueillir mille fleurs – et autant d’épines – dans le ciel à notre portée. Imaginant un monde – mille mondes – derrière l’horizon. A tordre le cou au désespoir pour survivre (de façon si malhabile) sur cette corde qui borde l’abîme. A prier – l’âme inquiète – sur le petit parapet de l’angoisse. A vivre, en somme, au milieu des reflets – avec le désir d’une lune moins sauvage – plus familière – plus encline à nous éloigner des malheurs…

 

 

Nous quittons le gouffre et les écritures maudites pour un lieu où le silence est la seule voix

 

 

A s’enquérir du monde pour honorer une vieille tradition. Enrôlés de force dans l’armée des ombres – en rêvant d’un ciel traversé de secrets faciles et de hasard conciliant et réparateur. Le destin adossé, en quelque sorte, au mur sans voir le crépuscule arriver. Riant aux éclats dans un silence toujours plus angoissant et mystérieux. Pleurant, chaque jour, au milieu des visages indifférents – avec le tragique galvanisé par les encouragements de mille têtes invisibles. A vivre – et à trembler – à genoux – parmi les tombes et les âmes en sursis – parmi les hommes et les existences sans espoir et sans profondeur…

 

 

Tout se dévoile au cœur du regard. Mille choses – mille visages – mille frontières. Et autant d’interdits et d’obstacles qui nous empêchaient de nous découvrir

 

 

Bercés par l’ombre des ressemblances et des ingratitudes. En déroute – comme le jour qui se lève au milieu de la brume. Âme et corps transis dans l’aube et la solitude – pourtant irréprochables…

 

 

Ici – ailleurs – partout – le même centre – ce lieu où nous demeurons – immobile(s) – sans espoir et sans emprise – présent(s) – au seuil des pas et des visages – à regarder et à sourire – et à aimer le voyage et les voyageurs – la poussière soulevée par les pas – toutes les errances, toutes les impasses et tous les dévoiements de l’Amour. Silencieux – aussi muet(s) dans l’herbe rouge que face au ciel – sur nos pages…

 

 

Nous sommes l’encre et le chemin emprunté – le rire et l’abandon – les jours mal célébrés – et la joie d’être et de courir partout…

Et, sans doute, devrons-nous suspendre ce voyage

A tire-d’aile – déjà – dans tous les passages ouverts – le monde recroquevillé – presque inexistant – au fond de la mémoire. Gonflé – tout entier – de lumière et de légèreté…

 

 

Patience et temps arrachés par les années – indemne – au milieu de la confusion – entre les graines, les tombes, les désirs et les ossements – à goûter à la rondeur des yeux et de l’âme parvenus au-delà de l’illusion – au seuil, peut-être, de ce bleu infini que nous imaginions si vide – et si effrayant – autrefois…

 

 

De l’ombre au silence – du bruit à l’effacement – voilà la seule trajectoire possible pour l’homme. Les autres voies ne sont qu’un prélude – un passage – le temps de l’enfance, en quelque sorte, passée devant un miroir et à fouiller le sable – pour y examiner son visage – et y dénicher quelques pièces d’or inutiles…

 

 

Déjà – une voix en nous – se rétracte. S’affaisse devant les couleurs de l’automne. Sur les pierres éraflées par tant de passages. Dans le vertige de l’absence et la clameur du temps…

L’hiver sera solitaire – joyeux, sans doute, malgré la pluie et les mille tombes qu’il nous faudra creuser pour y déposer la dépouille de ceux qui auront vécu parmi nous…

Vivre deviendra silence – présence – faîte de notre si longue (et si vieille) boiterie. Et nous ne pleurerons, sans doute, pas lorsque les cloches célébreront les morts…

 

 

A être – plus qu’à devenir – comme ces fleurs qui ne passeront pas l’hiver…

 

 

Visage sur lequel tout s’est effacé. Un reliquat de traits – encore vaguement humains – où l’on devine l’œuvre des jours – mille blessures aujourd’hui refermées – et le passage bouleversant de la lumière…

 

 

Tout se déverse dans l’obscurité fratricide. Et la mémoire ne parvient à compter ni les crimes ni les souffrances – ni même les faiblesses de l’âme – et moins encore les mille sommeils qu’il nous a fallu endurer pour traverser cette épreuve. Aujourd’hui, la torpeur s’est retirée. Restent cette main voluptueuse – rouge – lumineuse – secourable – et ce regard posé sur les êtres et les choses – réconcilié (en partie) avec le monde…

 

 

Braises et semences disparues – envolées sans doute. Debout – discret – devant le monde. Aux confins d’une éternité – immortalisée par quelques sages – à se demander encore d’où vient le poème – et à qui il est destiné…

 

 

Ni fuite, ni sommeil. Pas même un rêve – ni même une parole à offrir. Comme une fenêtre sur le monde – tantôt ouverte, tantôt barricadée – et comme un miroir abandonné à l’ignominie des hommes et à la laideur des usages – à travers lesquels surgit, de temps à autre, une paume tendue…

 

 

Ni mort à ensevelir, ni secret à révéler. Le plus simple. Et le plus tendre du langage. Comme un appui – une caresse – pour traverser les malheurs – et dessiner une porte discrète au fond des impasses…

 

 

Tout s’habite – jusqu’à l’éclatante droiture de l’âme – blessée, pourtant, mille fois par le monde et les mensonges…

 

 

Nous n’inventons rien – nous enfantons le possible – en instruments, si dissemblables, du même silence…

 

 

Tout nous porte à croire et à ruser – tout nous porte à lutter et à nous imposer – alors qu’il suffirait de s’effacer pour vivre (et agir) de manière juste – et être (véritablement) ce que nous sommes

 

 

Tout nous est si familier ; la peau – le soleil – l’ombre et l’éclat – l’exubérance et la sagesse – la vie – la mort – et l’esprit écartelé entre ce qui reste et ce qui s’en va…

Tout nous est si familier ; les danses – l’orage – la vaillance et la volonté – l’abandon et la paresse – le désir et ce que l’on murmure dans les prières – Dieu – les arbres et le silence – l’attente des hommes et ce regard posé à la source – sur toutes les choses du monde

 

 

Tout nous invite – et nous appelle. Tout nous caresse – et nous rejette. Tout arrive – et finit par se dérober. L’œil, les gestes et les foulées au milieu de l’espace…

Et, un jour, sans même nous en rendre compte, le monde et les visages s’effacent – et nous disparaissons – sans laisser la moindre trace…

 

 

Le corps – présent – tout entier – pour dire le monde. Et l’esprit pour révéler le secret de l’espace – l’étrange intimité du regard

 

 

Tant de vide et de chemins fréquentés. Tant de ciel et d’espoir. Tant de faiblesses et de beauté. Et cette infirmité exaltée par le désir, la volonté et nos mille tentatives maladroites. Un peu d’attente – et plus d’un voyage seront (sans doute) nécessaires pour nous mener au centre du regard – et être (enfin) capables de contempler, par la fenêtre entrouverte, la folle agitation du monde – et son rapprochement inéluctable…

 

 

Une fable, un délice, un Amour. Et la boucle est bouclée – presque achevée – jusqu’au retour suivant…

 

 

Plus rien ne nous étonne, à présent ; ni la mort, ni l’Amour, ni la précarité des destins. Pas même la résignation et la fausse importance que nous nous donnons pour défier – ou déjouer peut-être – les ténèbres sans espoir que nous fréquentons…

Le rire a remplacé la surprise. Et nous guettons – l’œil attentif – tous les signes silencieux de la seule révolution possible – de la seule révolution nécessaire ; le passage de la distraction au questionnement – puis la conversion du questionnement en silence – cette lente marche des esprits vers l’infini – à travers l’effacement* des singularités et des différences apparentes…

* l’effacement psychologique, bien sûr…

 

 

Aux nécessités du monde, nous répondons par un geste – par quelques gestes parfois – indispensables. Et, lorsque cela nous est possible, nous rétorquons par un sourire et un grand silence – qui ne sont, bien sûr, ni un acquiescement, ni un encouragement – mais une manière de ne pas alimenter la bête – de ne pas nourrir la bouche du monstre

 

 

Nous échouons tous – mais dans chaque geste demeure une grandeur – la possibilité d’une grandeur (si nécessaire face aux désastres du monde) – que quelques-uns (trop rares) parviennent à rendre vivante…

 

 

La poésie dure – et durera toujours. La parole gravée dans la roche – ou imprimée sur la page – restera vivante (quoi qu’il arrive) – disponible – et follement nécessaire – tant que le monde tournera autour du mystère – tant que vivre ne saura contenter les hommes – tant que subsistera la moindre question – tant que tous les secrets n’auront été percés – tant que le silence nous demeurera étranger…

La poésie est un instrument vital – essentiel pour le monde, l’être et les Dieux – sans lequel la vie se limiterait à une forme d’aliénation et à un jeu absurde (totalement insensé) que rien – ni le courage ni l’obstination – ne permettrait de transcender…

 

 

Tout – déjà – tient dans notre main – et dans l’âme suffisamment vide pour tout accueillir ; l’ombre, l’enfance, l’histoire – et jusqu’au silence gravé à l’envers des êtres et des choses…

 

 

Bleus – fragiles – ce lieu – cet espace – et ces chemins vers l’aube silencieuse. Routes, fils et passages. Vents et tourmentes. Silhouettes qui rôdent. Paroles graves. Etoiles, ciel et dérives en pagaille. Et l’âme si austère – et si sensible à la misère et au désarroi des bêtes et des hommes. Mains impuissantes et buste penché sur la page pour décrire le monde – et y revenir (un peu) peut-être…

A nous investir dans une affaire qui – sans doute – n’est pas la nôtre…

 

 

Faire entendre sa voix – une voix comme les autres – une voix parmi les autres – dans ce vacarme que chaque bruit supplémentaire amplifie et renforce. Parler – mais à quelle fin sinon celle de vouloir transformer sa parole en loi – en autorité… Toujours insuffisante, bien sûr – infirme – comme amputée – inappropriée – et paradoxale même – pour souligner la nécessité du silence…

Mieux vaudrait se taire – et attendre avec patience et courage. Apprendre à vivre à l’écart – loin des hommes – loin du cirque et des manèges – loin des promesses, des commentaires et des menaces. Et laisser mourir le brouhaha et les chants parallèles. Devenir l’espace – ce qui accueille – ce lieu que les hommes longent sans un regard – le cœur chagrin et l’âme si insatisfaite pourtant…

Se fondre, en somme, dans la matrice du monde – à l’abri des histoires, des passages et des discours. Là où l’être – le plus simple et le plus nu – ont élu domicile bien avant la naissance des spectacles…

 

 

Trop de tout – et pas assez de silence. Trop d’or – trop d’ardeur et d’attente. Et cette clarté qui fait défaut dans le regard. Trop d’étoiles – trop de gloire et de sommeil. Et cette brume qui a tout recouvert…

 

 

Distraits – comme tout ce qui s’avance – l’œil rivé au miroir – et, entre les mains, la faim, la demande et l’espoir. Le nom qui recouvre la tête – et une seule prière au fond de l’âme…

Et ça crie ! Et ça geint !

Et ça pleure ! Et ça rêve !

Et ça devient ce à quoi destine le désir – et ce dont le monde a (faussement) besoin !

Comme des enfants naïfs – si naïfs – qui tendent leurs mains vers les flammes – et les plongent (tout entières) dans le feu – pour essayer de saisir un peu de lumière…

 

 

A trop vivre sur terre – sous trop de poids – sous trop de peines – encerclés par trop d’images et de miroirs – l’œil est – irrésistiblement – attiré par la lucarne – à travers laquelle filtre un peu de lumière – à travers laquelle brillent – lointaines – la promesse d’un ciel infini et l’envergure d’une existence affranchie…

 

 

Tout s’en va – et, devant nous, ne restent que quelques cendres – et, en nous, cet immense chagrin…

 

 

Rien n’arrive vraiment – tout passe et se retire – presque aussitôt. La terre ne sera jamais le lieu de la découverte – le lieu de la traversée seulement. C’est dans l’âme que se trouve le plus vrai – l’espace de la rencontre – la demeure du plus durable – cette éternité sans raison

 

 

Seul(s) – bien sûr – autant que l’âme et le silence – autant que la lumière sur cette terre trop populeuse – si grouillante de voix et d’infimes différences…

Et nul chagrin dans le lointain – la même joie qu’au cœur du plus proche. L’inconnu familier – toujours – au plus près de soi…

 

 

Rien que pour nous – ces chants et ce silence qui n’inquiètent que le possible – l’envisageable – le « pensé » qui jamais ne demandent à s’approcher – ni à connaître le plus simple et le plus vrai. En concurrence, depuis le commencement du monde sans doute, avec l’impossible et l’impensable…

 

 

Il faudrait apprendre à devenir humble et silencieux face aux circonstances. L’histoire – toutes les histoires – perdraient alors leur importance – et n’auraient plus rien à (nous) révéler. Et nous pourrions alors demeurer ainsi – les yeux grands ouverts – et les lèvres muettes – à veiller sans fin au cœur de l’éternité…

 

 

Tout devient vague – creux – suspendu – malgré le poids du monde sur les destins – malgré la précision du temps et l’éternel mouvement des mains qui vaquent, de manière si automatique, à leurs affaires

 

 

Mille visages – et personne pourtant. Pas même un sourire – pas même une main – ni même un encouragement à vivre et à chercher. Et moins encore une approbation – un signe de tête – pour démêler le vrai du mensonge – et le meilleur du pire…

Quelque chose comme un désert – un lieu de profonde indifférence où l’aube n’est que le recommencement du jour précédent…

 

 

Ni rêve, ni orchestre. L’impression d’un nulle part – d’un déjà vu – où les masques ne servent qu’à feindre et à survivre au milieu du mensonge et de la sauvagerie – et où les visages n’ont besoin de personne – sauf, peut-être, pour rompre la solitude et agrémenter l’ennui…

Un monde de comédiens et de clins d’œil où les grimaces sont réservées aux tristes figures – aux pauvres âmes – qui cherchent la vérité – un peu de vérité – dans cette immense tragédie…

 

 

Tout – comme des vagues sur le sable – et comme une grève sur laquelle tout s’efface…

Et nous autres, tantôt goutte, tantôt grain, jetés ici et là – sans cesse ballottés entre ailleurs et un peu plus loin – entre le début et la fin – entre le haut et le bas – entre le possible et l’inimaginable – au milieu des tourmentes – au cœur du vertige – plongés dans cette envergure démesurée de la transformation et de la continuité…

D’une escale à l’autre – ainsi dérivons-nous sans nous arrêter jamais – oubliant l’île – oubliant l’âme – et cet espace – partout – au-dehors et au-dedans – où tous les voyages, un jour, prendront fin…

 

17 septembre 2018

Carnet n°162 Nous et les autres – encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Vêtu du plus simple que le monde nous ait offert…

Nous dirons encore – nous dirons toujours – entre silence et nécessité – ce qu’est l’homme – ce qu’est le monde – et ce pour quoi nous sommes nés…

Du côté du simple, du discret et du silence – définitivement…

Ni bruit, ni arrogance – quelque chose comme une fragilité – un équilibre – entre l’innocence et la certitude de l’infini…

 

 

Un jour, peut-être, au fond de la voix – cette blancheur de l’âme – et ce cri comme un murmure pour dire (enfin) la venue du silence. Avec, dans le regard, cette bonté et cette malice des yeux qui savent

 

 

Ni bruit, ni arrogance – quelque chose comme une fragilité – un équilibre – entre l’innocence et la certitude de l’infini…

 

 

Nous dirons encore – nous dirons toujours – entre silence et nécessité – ce qu’est l’homme – ce qu’est le monde – et ce pour quoi nous sommes nés…

 

 

Se souvenir ? Pourquoi faudrait-il serpenter entre les failles de la mémoire pour retrouver une chose – un visage – un monde – qui n’existe plus que dans notre tête ? Pourquoi refuser de vivre virginalement le présent – sur ce fil à la stabilité impossible – sans le fardeau du passé qui toujours encombre l’innocence du regard ?

 

 

Un peu d’épaisseur dans la transparence – comme les reliquats des bruits du monde et de l’âme qui, en nous, refusent l’abdication. Aussi solides qu’un restant d’orage dans le ciel – aussi persistants que le gris dans nos vies si peu joyeuses…

 

 

Des excès encore, parfois, dans l’absence – et des partages insuffisants. Des pauses et des postures dans la vie présente. Quelque chose au goût d’avant avec ses doutes, ses peines et ses élans. Le même cirque, en somme, à quelques nuances près, que le cœur des hommes – que la vie des Autres – inexorablement plongés dans le désir et la mémoire – posés en équilibre sur le fil de toutes les précarités

 

 

La nuit – un peu partout – sur les murs – au fond des yeux – au milieu des rêves – derrière l’infortune. Au cœur de toutes les tentatives pour échapper au monde et rejoindre le meilleur – l’après – le plus enviable. Tout ce qui traîne dans la boîte humaine – ces peines et ces exigences que les sages ont abandonnées au gré des vents sans se soucier ni des lieux, ni des visages qui pourraient être contaminés

 

 

Vêtu du plus simple que le monde nous ait offert…

 

 

L’esprit de l’homme se tient quelque part – entre l’aube et le sommeil premier (le sommeil originel). Dressé jusqu’aux vitraux des plus hautes cathédrales – jusqu’aux étoiles – il célèbre la nuit et l’abîme – si étranger(s) au jour – que nos yeux et notre âme, pourtant, appellent désespérément (depuis la naissance du monde) du fond de leur fossé…

 

 

Ce que nous érigeons, bien sûr, prête à sourire. Mais comment rester silencieux – et les bras ballants – lorsque le monde et ses danses promettent un peu de joie à ceux qui emboîtent le pas des foules – à tous ceux qui rejoignent la cadence de cette marche forcenée… Sans doute, faudrait-il être sage – mille fois plus sage que ce que les hommes attribuent communément à l’homme sage – pour laisser le monde et nos foulées nous immobiliser dans le plus fertile silence…

 

 

Celui que nul ne remarque – et qui tient dans une main quelques restes de l’ancien temps – quelques reliquats humains – et dans l’autre la corbeille du silence où viennent mourir tous les bruits – et toutes les tentatives – du monde…

 

*

 

Nous croyons que ce que nous possédons* (et ce qui nous accompagne) est précieux. Comme si nos bagages pouvaient nous sauver la vie – ou nous sauver la mise… Au mieux, bien sûr, ils nous aident à vivre plus confortablement…

Nous ne sommes ce que nous portons. Nous sommes bien davantage ; selon les postures et les circonstances – quelque chose entre presque rien et l’infini…

* Ce que nous croyons posséder…

 

 

Nous allons vers les hommes avec les mains sombres et l’âme lumineuse. Comme une terre timide – un amas de sable, peut-être, qui porterait en lui un soleil secret…

 

 

Tout s’inscrit à l’envers du silence – sur ce versant du monde que nous imaginons plus réel que les autres – là où la raison et le langage aident à la fouille et aux danses qui creusent leurs sillons à même l’expérience en célébrant la multitude et l’opportunité. Mais s’y engager corps et âme revient à oublier une dimension essentielle – une dimension fondamentale – de l’existence où le cœur est libre des rêves et des désirs – et où l’œil est seul – joyeusement solitaire – pour contempler ce qui passe – et qui croit, si souvent, briller sous la lumière (si factice) des étoiles…

 

 

Tout (nous) arrive – éminemment simple – et se complexifie en traversant notre chair et notre tête. Devient – presque toujours – grilles, souvenirs, maux et malheurs – survenance du pire, parfois – sacrifice et perte de toute forme de beauté…

Et dans cet entassement, l’âme est comme une fenêtre qui redonne – qui peut redonner – au visage et aux circonstances la simplicité du jour et la splendeur des origines autant que la possibilité d’un regard non corrompu sur ce qui passe – sous nos yeux et dans notre existence…

 

 

Tout s’inscrit – toujours – quelque part – sur le sable de quelques âmes – ou sur les pages de quelques livres. Mais le dedans – toujours – reste pauvre – noir – immense – insensible, au fond, à tout artifice. Et, pourtant, tout y sombre – jusqu’au moindre bagage – jusqu’à la folie du monde – jusqu’au sommeil le plus profond…

 

 

A travers tout – le rien indéchiffrable – et la main du monde si laborieuse – si appliquée – pour amasser et entasser les choses – pour décerner des titres et des médailles – et édifier mille pyramides à la base, presque toujours, méprisée. Et qui feint d’ignorer tous les crimes et tous les drames commis au nom de l’homme – au nom de la prospérité et du progrès…

 

 

Du côté du simple, du discret et du silence – définitivement

 

 

On ne peut échapper à l’individualité et aux expressions singulières – ni s’en affranchir – excepté dans le silence et l’effacement qui laissent s’exprimer toutes les manifestations – tous les besoins, toutes les exigences et tous les commentaires du monde…

 

 

Entrer en soi consiste à s’abandonner à ce qui surgit naturellement – spontanément – circonstanciellement – et à s’élever (dans le même temps) en surplomb du monde, des êtres et des choses – bref à être, à vivre et à agir en maintenant son attention et sa présence au cœur du regard silencieux – profondément acquiesçant – et en laissant libres les gestes, les pas et les paroles quels que soient les situations, les événements et les circonstances…

 

 

Fermer la fenêtre du monde comme l’on clôturerait un champ immense de regards, de gestes et de paroles inutiles pour plonger dans le vide qui nous appelle (et nous attend) – au cœur de l’inconnu que nous sommes – comme le monde – tous autant que nous sommes

 

 

Et si la vie – les gestes et les pas – l’histoire, les événements et les commentaires – de chacun ne révélaient, en réalité, que l’indigence de tous face au même mystère – et la tentative imparfaite – si souvent maladroite et infructueuse – de percer le secret commun

 

 

Nous n’écrivons plus (comme autrefois) pour nous faire connaître – mais pour disparaître de façon toujours plus subtile et radicale…

 

 

Vivre avec évidence le moins vivable de l’Absolu – et avec le plus tangible – et le plus essentiel – de notre vie

 

 

Les poètes – comme tous les hommes raisonnables – se moquent des foules, des clans, des familles, des couples – de tous les groupes constitués. Pour faire entendre (et faire résonner) leur parole, ils savent qu’ils doivent s’adresser à chacun – et faire vibrer ce qu’il y a à la fois de plus intime et de plus universel dans le cœur – et au fond de l’âme – de chaque homme…

Et les plus obstinés – ou les plus fervents – invitent, dans leurs livres comme dans leur vie, leur entourage et leurs lecteurs à appréhender l’existence et le monde comme le premier homme

 

 

Une fenêtre existe quelque part – où tout est donné – offert puis repris dans sa chute – où ce qui nous accompagne – et ce qui nous blesse – viennent faire ce pour quoi ils sont entrés dans notre vie – et enflammer l’âme, bien sûr, dans son besoin de franchissement

 

 

Ciel, âme et destin – à mesure que nous passons – eux aussi s’effacent pour laisser place au grand vide – à l’impérieux silence – dans lequel tout naît et prend fin…

 

 

Des existences et des signes – infimes – dans cette misère et cette bonté. Quelque chose comme une porte dans la lumière et les remous. Un infini, peut-être, au milieu de l’âme – au cœur de toutes les vies – au fond de toutes les tombes. Et ce vent qui persiste au-delà des visages et de la mort…

 

 

Ni emprise, ni conquête, ni dégât. Un peu de rien – simplement – sur le sable. Quelques lambeaux de chair, un peu de sang et un souffle provisoire – un peu de poussière, en somme. Et la même réponse – ce qui demeure – toujours – à travers les âges – à travers les siècles. Un parfum – un goût, peut-être – d’indicible au cœur de ce qui (nous) semble si insupportable

 

 

Rien – de la matière et du bruit. La construction de quelques tours et l’invention du langage. Mille projets, mille édifices et mille aventures pour tenter de surmonter notre incapacité naturelle à vivre et l’impossibilité de se faire entendre. Et ce que l’on espère encore atteindre du bout des doigts…

 

 

Brisés – comme l’apparence – cette faim et ce besoin, si ancien, de fortune. Vaincus ni par la force, ni par la foi – mais par la nécessité de devenir réellement un homme

 

 

L’œil et le bois – la chair et la matière – comme l’or et le sable – habitent le fond des rivières et ces grands espaces surpeuplés où l’on pense, trop pesamment, à demain…

 

 

A s’égarer dans cette nuit née du jour le plus ancien où exister consistait ni à survivre, ni à chercher une issue (comme aujourd’hui) mais à tenir le plus vrai au milieu du sang – au cœur même des yeux grands ouverts sur la tristesse et l’inconnu…

 

 

Quelle option s’offre aux hommes sinon celle de l’écartèlement entre les remous, les élans, les mugissements et le sortilège…

 

 

Mille visages – mille rivages – mille rencontres nouvelles – jamais ne changeront la donne. Tout est né des désirs et du besoin de recommencement. Aucune arche ne sera jamais assez grande – ni assez belle – pour combler le manque de l’homme. Mais l’arrière des yeux – ce lieu où se loge le regard – peut transformer la faim et la nécessité en silence – et l’homme et le monde en espace d’acquiescement – en aire d’accueil et de liberté – pour que la joie, partout, remplace le malheur et la tristesse – pour que l’innocence, partout, remplace la ruse et le commerce – pour que la justesse, partout, remplace l’hésitation et la maladresse…

 

 

Nous sommes – bien sûr – ce que nous ne pourrons jamais ni trouver, ni inventer…

 

 

Entre voix, chaos et silence – ces pas feutrés et ces gestes discrets – et ce sourire que nul ne peut offenser…

 

 

Il n’y a nul endroit où vivre autrement. Nulle paix – et nul visage à rencontrer. Il y a le ciel, la lune et le lieu où nous vivons – il y a la fenêtre, quelques feuilles blanches et mille poèmes. Et le secret que distillent nos lèvres – et nos livres – à la moindre occasion. Et ce silence qui vaut tout l’or – et toutes les exaltations – du monde…

 

 

A découvrir ; ce qui chante au-dedans du sang – au cœur de la glaise – au-delà du monde. Et dans ce grand silence posé au fond de l’âme…

 

 

Tout arrive à celui qui sait vivre dans la boue – le sourire aux lèvres. Tout même pourrait lui arriver sans qu’il ne bouge un cil. Comme un grand soleil au milieu des vents – au milieu de la pluie – amoureux toujours de ce qui s’avance vers lui…

 

 

Ce qui respire en nous est bien davantage que le souffle – le silence de l’âme, peut-être, parmi les blés – parmi les visages – qui a su acquiescer aux exigences du ciel et à toutes les nécessités de la terre…

 

 

Pourquoi essayer encore de dire alors que les hommes ont dévoyé – et perdu peut-être – l’usage le plus noble du langage et l’écoute nécessaire ? Parce que le silence règne – et régnera – toujours parmi les lignes – dans les voix – et au fond des âmes courbées – penchées sur leur labeur et leurs mensonges…

 

 

Quelque chose d’incompréhensible – comme une voix dans la nuit – la persistance du silence dans les plaintes et les prières. La vie et l’espoir au cœur de la mort et de la misère. Cette faiblesse humaine – si belle et périlleuse – à vivre dans la proximité du monde et la compagnie des hommes…

 

 

Tout s’agenouille, à présent, devant nos blessures qui nous donnaient, autrefois, des airs de blessé – de mendiant – de naufragé existentiel. Aujourd’hui devenues source de toutes les promesses – comme de l’or – un peu d’or – découvert au cœur des veines – au milieu du sang…

 

 

A plat ventre dans ce bain de chair – entre l’attente et le silence – à offrir mille gestes – et mille paroles – similaires au fil des saisons. Avec l’âme – à genoux – à nos côtés – pour défaire notre chevelure et nos rêves encore trop serrés parfois – et portés comme un casque – et tombé (presque entièrement) aujourd’hui à nos pieds. Comme un pas – une danse – sur ces chemins où le souffle et les élans, autrefois, s’emmêlaient à la mélancolie et à la crainte de voir l’horizon se métamorphoser en sable – en trou – en puits – qui aurait immobiliser notre marche. Et vaincu, à présent, dans cette extase qui ressemble tant à la mort…

 

 

Ne plus chercher. Découvrir la profusion des demandes et des réponses. La vie au goût de récompense. Les délices de la marche. Et l’attention du silence…

Et fouler encore ces terres parmi ces visages si mortels. Sentir l’orgueil et tous les délires disparaître. Et humer dans l’air nouveau ce souffle puissant – cette impérieuse nécessité de l’effacement…

 

 

La solitude – comme l’exaltation d’un chant intérieur. Et le recours nécessaire au silence pour échapper à la folie ordinaire des hommes. La faim pour initier le voyage. Et l’Amour pour clore le chemin…

 

 

Moins qu’un visage – moins même qu’un nom – cette tendresse du regard qui décrypte la sagesse des mouvements et décèle partout la même nécessité : le pardon, l’Amour et le silence. Et la beauté du vivant qui s’acharne dans son exploration…

 

 

Un pays d’arbres et d’oiseaux – un pays de bêtes et de poèmes – un pays de livres et de silence. Et ce petit roi discret assis sur son trône de terre – si humble – sur cette pierre où il fait bon vivre loin du monde et des hommes – à chanter tout le jour – et à répandre le plus vrai (peut-être) – en veillant, sans rien exiger, au plus près du mystère – les gestes justes et la tête hors du mensonge…

 

 

Tout s’apparente à l’Amour. Mais la lumière nous semble si lointaine – si retranchée derrière les illusions – que nous avons posé quelques rêves au milieu des étoiles pour oublier notre parenté – et l’ascendance du monde…

 

*

 

Tout, sans cesse, s’efface ; histoires, titres, réalisations, succès, mérites, postures – balayés au profit de l’être – et de ce qui est (dans l’instant) – qui, eux aussi, bien sûr, disparaissent pour renaître l’instant suivant – chargés ou non de tout (ou d’une partie) de ce qui a composé le (ou les) instant(s) précédent(s). Comme si le seul règne – et les seules lois – étaient ceux du passage et de ce qui demeure infixable dans le déroulement apparent du temps…

 

 

On aimerait être – et vivre sans blesser quiconque – ni rien endommager. Mais voilà chose impossible, bien sûr, puisque le corps – et le psychisme associé – appartiennent à ce grand tout dont tous les éléments (sans exception) échangent, s’alimentent, se détruisent et se recombinent de façon permanente.

La seule option consiste, évidemment, à habiter le regard en surplombla présence silencieuse – qui ne s’identifie ni aux êtres, ni aux choses, ni au monde – à aucune des formes de l’univers objectal amenées inexorablement à disparaître…

 

*

 

A deux doigts du miracle – ce visage et cet espace (enfin) prêts à se rencontrer…

 

 

Ce qui sied à notre âme ; ce silence et cet Amour qui apaisent – et recouvrent – nos plaies pour rendre notre visage aussi lisse qu’au commencement du monde – lorsque les hommes n’avaient encore inventé ni les rêves, ni les étoiles…

 

 

Du vide – du vent – des cris ; toute la genèse – et toute l’histoire – du monde…

 

 

Il n’y a de plus beaux rivages que ceux où l’on vit – et célèbre – en silence. L’Amour vissé au cœur – plongé dans l’âme – agenouillé, partout, devant ses infimes cathédrales…

 

 

Seul – encore – parmi toutes ces mains du monde un peu folles – occupées à jouir – et à se satisfaire – de quelques restes d’étoiles…

 

 

A demi-mot toujours – comme une parole timide qui n’ose encore s’estomper…

 

 

Tout devient givre – douleur – à distance de soi. Tout s’éparpille et se désosse – excepté l’illusion, le manque et la faim qui se renforcent et s’intensifient…

 

 

Tout s’écarte, à présent – jusqu’à la première ombre qui voila le mystère. En équilibre entre l’Amour et l’incertitude – sur ce fil qui traversa (non sans peine) le doute et le chagrin – et l’espoir de trouver une autre issue à l’inquiétude…

 

 

Nous tissons entre la page et le silence – quelques mots – quelques lignes – quelques copeaux de vérité pour tenter de dire l’indicible…

 

 

Tout passe dans nos vies mouvementées (et si immobiles pourtant) – accrochées à mille habitudes – à mille certitudes – épines recouvertes de velours pour atténuer les piqûres et les déchirures – et tenter d’offrir au voyage – aux passages – à l’éphémère – une douceur lénifiante et une forme illusoire d’éternité…

 

 

Comme des taches de doigts – une explosion – sur l’invisible. Mille mots – un cri solitaire – lancés contre la pluie – contre le temps et la mort – pour apaiser cette ivresse de vivre (presque) inconsolable. Comme un écart dans les tourbillons désespérés de l’âme. Un peu de poussière, en somme – comme tout le reste – dans le silence…

 

 

Tout nous trompe – mais les ténèbres – comme le ciel – sont là – intensément présentes. Et la vérité – toute nue – si fragile – si innocente – se tient partout derrière le rêve et le mensonge…

 

 

L’illusion – comme l’apparence – ne sera jamais qu’un décor – un couloir à traverser – une porte à pousser – un seuil à franchir – pour découvrir l’autre face du monde – notre vrai visage derrière celui – plus familier – que nous arborons, de façon si machinale, au quotidien…

 

 

Des rêves et des rivages par milliers – et autant de pas et de regards sur l’écume – l’apparence du monde. Et cet Amour et ce silence – invisibles – partout – dans tous ces lieux où nous nous échinons à marcher – à bâtir – à jouir et à exister un peu – pour tenter d’échapper au néant…

 

 

Nous ne sommes ni la pierre, ni le monde – mais la distance qui nous sépare de tous les visages – cet espace où tout se retrouve et se rassemble. Un regard – comme un abri non contre la douleur mais contre l’illusion et le mensonge de la séparation. Un ciel – un océan – où vivre peut (enfin) perdre ce goût de larme – et engendrer le sourire et le pardon – l’esquisse d’une sagesse, en quelque sorte, au milieu de tous les passages – au milieu de tous les naufrages…

 

 

Tout se crie ou se murmure. Mais rien – jamais – n’est entendu. Chacun n’écoute (bien sûr) que ses propres mouvements – que ses propres rengaines. Et nous passons ainsi notre vie à répéter – inlassablement – les mêmes gestes et les mêmes paroles…

Et l’on voudrait nous faire croire qu’il est essentiel de participer au monde (humain) – et de contribuer au vivre ensemble…

Ah ! Dieu ! Que non ! Qu’il est bon et sage – et même vertueux – de demeurer seul(s)…

 

 

Tout est endormi à présent. Ce que l’homme portait comme une ardeur est aujourd’hui (presque) entièrement dévolu au progrès et au confort – au grand sommeil du monde et des âmes

 

 

Rien que des luttes et des postures – pour ou contre – et mille commentaires inutiles – mille avis – mille jugements – mille « j’aime » et autant de « je déteste ». Mille gestes et mille paroles qui jamais ne sauveront le monde – ni n’effleureront la moindre vérité

 

 

Tout – presque tout – semble absurde ici-bas. Et, pourtant, derrière l’arrogance et la misère – derrière l’ignorance et l’adversité – derrière l’indifférence et la passivité – derrière la résignation, l’incompréhension et l’effroi – quelque chose – un peu de silence – un peu d’innocence et de beauté peut-être – tente de percer la bêtise et la maladresse pour naître au monde…

 

 

Nous ne serons – à jamais – que nos propres bourreaux

 

 

Terre et cœurs aussi froids que la neige – et aussi tristes que la nuit. Et cette merveille au-dedans de la chambre – au-dedans du regard – qui cherche entre les plaies et la douleur un peu de lumière…

 

 

Là-bas – au loin – au-delà des vieilles pierres – derrière le ciel noir et ces rives fiévreuses – nous avons découvert le silence, le chant et la prière – et le monde aussi beau et prometteur que cet espace aperçu, un jour, à travers la fenêtre de l’âme…

Et nous attendons aujourd’hui, sans trop d’impatience – mais le cœur (un peu) désespéré – leur point – leur champ – de convergence – le jour de leur possible coïncidence

 

 

Tout – au fil du temps – au fil des jours et des siècles – finit par devenir sinistre et douloureux. Et, pourtant, tout au long de notre vie, nous essayons de lutter contre cet écroulement progressif et cet effondrement final – inexorables, bien sûr – comme si nous ignorions que leur acceptation initierait notre marche vers l’innocence – nos premiers pas, en quelque sorte, vers le silence…

 

 

Absent(s) – d’un jour à l’autre – au cœur d’une nuit faite, sans doute, pour durer encore des milliers de siècles…

Et nous autres qui marchons sans vraiment savoir où poser le pas – ni quel chemin emprunter… Perdu(s), en somme, au milieu du noir – encerclé(s) par l’atroce indifférence des visages…

 

 

Tout ce qui vit – se perche – se penche – se glisse – et se débat – tente d’exister un peu – et de gagner sa place – son infime place au petit paradis de l’ignorance

 

 

Nous n’aurons vécu, à vrai dire, qu’au milieu du silence sans jamais savoir comment le rejoindre et l’habiter…

 

 

Il faudra, sans doute, attendre la tombe pour nous voir ressusciter – et devenir enfin vivants – plus présents – plus silencieux et solitaires – qu’au cours de cette existence où nous nous serons tenus l’âme et la main mendiantes – entre fierté et ignorance – au milieu de la peur et des visages – à fouiller partout – à vivre n’importe comment – à quémander n’importe quoi – et à fréquenter n’importe qui – pour tenter d’échapper (un peu) à la misère…

 

 

D’épreuve en épreuve – à tenter notre chance

 

 

Tout passe – s’agite – s’enfonce et reflue sans cesse. Comme un souffle – mille souffles. Toutes les respirations du monde – et la suffocation de chacun…

 

 

Demeurer nu(s) et silencieux parmi les bruits – tous ces bruits d’effondrement, de prestige et de volte-face. Juste(s) et sage(s) parmi toutes ces postures et ces tentatives…

A se consacrer au silence et à la vérité – nés de la chute et des éboulis – autant qu’à la nécessité de dire*. Vivre, en quelque sorte, dans le vide autant que le visage tourné vers le monde. Au centre de soi où tout est révélé et proposé – affranchi(s) de toute forme d’attente et d’exigence – pour demeurer attentif(s) à toutes les voix – et à toutes les possibilités – de l’innocence autour de soi…

* et de témoigner de la métamorphose des yeux en regard…

 

 

Tout se devine parfois – la substance, l’obstination et le silence en jachère. Ce qui s’enfouit comme ce qui s’évapore ou s’envole. Le joyau et cette nuit – immense – qui a tout recouvert…

 

 

C’est avec la même main – et la même âme – que nous guidons et flagellons le monde – que nous laissons le ciel se dessiner sur nos pages – et que nous implorons les hommes de mettre fin à leurs dérives et à leurs excès. Mais notre voix – comme celle du silence – n’est pas (encore) entendue…

 

 

Nos étreintes ressemblent à des mains fébriles – soumises au désir et au besoin frénétique de l’assouvissement – qui agrippent un peu d’eau et de sable. Et à l’heure de la séparation, il n’en reste pas la moindre trace. Quelques larmes – à peine – sur nos joues – où se mêlent la tristesse et la frustration. Et cette solitude – si nécessaire aux véritables rencontres

 

 

Tout se fend – et s’effrite – jusqu’au rêve – jusqu’à la chair – jusqu’aux frontières qui nous séparent

 

 

Tout s’emballe – se déballe – se remballe – le temps d’un soupir – le temps d’une vie – le temps d’une larme…

 

 

Plaines et collines désertes – dépeuplées – ces lieux d’autrefois où les pierres et les visages s’abreuvaient à la même source. Où l’origine était claire – posée à même le silence. Tout alors demeurait et surgissait. Tout alors avait cette couleur indéfinissable de l’enfance…

A présent, tout s’abîme – et s’essouffle – au milieu de nulle part…

 

 

Tout vient – tournoie – et se dérobe. Donne le sentiment de nous appartenir l’espace d’un instant – célèbre sa gloire (éphémère) puis repart – happé par la nuit et le néant – par le désir de toutes les foules…

 

 

Rien ne se laisse entendre. Tout a déjà été dit – épelé – défini – quantifié – définitivement. Comme si ce mot – tous ces mots – avaient quelque valeur. Comme si le vivant, depuis sa naissance, était privé de la possibilité d’ascension. Comme si nous refusions encore d’être le fruit des mille baisers – et des mille étreintes – de l’énergie et de la vacuité. Comme si nous étions seul(s), en fin de compte, à vouloir découvrir la vérité – ce qui compte peut-être – derrière la vitesse et le mouvement apparent…

 

 

L’être et la main – le monde et le regard – tournoient de fable en fable – d’histoire en histoire. Âme dans le jour – âme dans la nuit – précipitée tantôt sur la terre, tantôt dans le ciel – sans rien voir – ni rien comprendre aux peuples et aux étoiles. Au bord de toutes les haleines – et au cœur de ce souffle qui nous rend – si provisoirement – et si passionnément – vivants

 

 

Nous avons soif – nous avons faim – et à peine quelques décades à vivre pour comprendre – et retrouver la source de tous les désirs et de toutes les nécessités…

 

 

Se faire l’instrument honnête – fidèle – impersonnel – du mariage entre l’ardeur et l’invisible…

 

 

Une nuit – à peine – quelques heures peut-être – à récolter ce que les hommes délaissent – à rehausser ce qu’ils abaissent – à faire revivre ce qu’ils ont anéanti pour le plus grand malheur du monde…

 

 

Nous entendons les peuples – les rumeurs de la terre – la poussière et quelques étoiles rouler dans l’air – et la folie, comme l’eau des rivières, inonder tous les rivages dans sa course fébrile vers l’infini…

 

 

Tout se fissure – et nous n’avons qu’un seul point de passage à découvrir pour traverser tout ce néant…

 

 

Nous croyons vivre mais nous survivons en paradant les joues en larmes – et l’âme en feu – au milieu des désastres. Nous invoquons le ciel et remettons nos vies entre les mains des Dieux. Nous préférons nous plier au destin et au jeu des châtiments et des récompenses plutôt qu’aux nécessités de la source. Vivant encore comme des bêtes douées seulement d’un peu d’espoir, d’un peu de rire, d’un peu de raison…

Le monde, le jour et le visage – pendant bien longtemps – resteront introuvables. Comme une manière d’aiguiser sa faim et de faire naître le souffle – et la foi – nécessaires pour entreprendre l’ascension du mythe – et procéder à sa destruction…

 

24 septembre 2018

Carnet n°163 L’illusion, l’invisible et l’infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Entre le temps, l’aurore et le chemin – à se bercer – encore – d’illusions sur ce que l’on appelle, à tort, la vérité…

Ni ensemble – ni séparés – dans cet entre-deux du monde et de la solitude. A œuvrer pour l’Amour malgré les résistances et les refus…

D’âme en âme – posé(s) au milieu de nulle part – à découvrir ce qu’aucun chemin ne peut révéler…

 

 

D’enfance et de sagesse – celui qui s’abreuve à la source – celui qui marche en silence au cœur du monde – celui qui jamais ne tourne le dos – celui qui frappe à toutes les portes – et que nul n’attend. L’âme, sans doute, trop humaine pour se résoudre à abandonner ses frères au milieu du désastre façonné de leurs propres mains

 

 

A l’écart – dans le plus simple – négligé par le monde. A mille lieues du grossier et du vulgaire – le plus ordinaire. La franchise exprimée – l’esprit de la sagesse, peut-être, infimement incarné. Entre la forme et l’infini. Entre le plus précieux et la nécessité. Debout au milieu de la chair. Quelque chose comme le seull’unique – dans ce qui nous semble si interchangeable – quelque chose comme l’éternitél’impérissable – dans ce qui nous semble si vulnérable et passager…

 

 

Une seule manière juste d’être au monde parmi des milliards – et toutes (pourtant) plus nécessaires les unes que les autres…

Humble, vierge et innocent dans l’incertitude et le non savoir…

 

 

Si souvent – à la même table – et pas même le pain – et pas même l’Amour – à partager. Une forme d’habitude – d’accoutumance peut-être – à cohabiter – à vivre ensemble – côte à côte…

La parole rare – et si prosaïque. La présence de l’Autre et son usage – nécessaire(s) pour assouvir ses désirs – ses fantasmes – conjurer ses peurs et échapper, peut-être, à la solitude. Simple accessoire d’une vie incomplète – essoufflée – asphyxiée et asphyxiante – presque invivable, en somme – et que vivent, pourtant, l’essentiel des hommes…

 

 

Jusqu’où faudrait-il écarter le langage pour dire l’inanité – et la supercherie – de toute parole…

Présence et gestes – attention et disponibilité – voilà, sans doute, comment se mesure (véritablement) l’Amour en ce monde…

 

 

Tout s’abandonne. Comme si nous étions seul(s) à espérer – et à essayer de comprendre – ce qui s’approche – ce qui vient à notre rencontre…

 

 

L’écart – et l’exil encore – jamais atteints – ni jamais interrompus. A contempler cette lumière qui brille sur tous les visages au nom inconnu – et sans importance…

 

 

Nous inventons des noms, des jeux et des histoires – mille noms, mille jeux et mille histoires – pour vivre moins seuls – et avoir l’air moins fous – moins perdus et ignorants – que nous le sommes (en réalité). Mais, en vérité, nous ne savons rien ; ni du monde, ni de l’âme, ni de nous-mêmes. Et nous ne sommes pas même certains d’exister…

Nous inventons mille choses – mille mondes – pour survivre à ce que nous prenons pour un néant – et qui, avec d’autres yeux – et un regard moins voilé (plus juste peut-être) – nous apparaîtrait comme un vide et une lumière – une présence attentive à toutes les inventions

 

 

Nul bagage, nulle douleur, nul exil n’est nécessaire. Tout s’aggrave dans notre refus et nos amassements. Le plus simple, en nous, existe déjà – qui que nous soyons – quoi que nous fassions – où que nous vivions. L’innocence du regard portée, depuis le commencement du premier monde, au fond de nos yeux – au fond de notre âme – par le ciel – l’invisible – et une myriade de Dieux malicieux…

 

 

L’Autre et le désert – en soi – suffisent. Le reste (tout le reste) n’est qu’agrément, plaisirs superflus (si souvent) et attelages encombrants que nous imaginons, en général, nécessaires à notre vie…

 

 

Tout nous porte – et nous convie. Et – au-dedans – tout existe déjà. La seule nécessité est celle de la convergence qui advient à mesure de la perte et de l’effacement – nécessaires pour faire vivre en soi l’ultime présence, le passage permanent, l’incertitude et l’abandon…

 

 

Comme une eau – le labeur imperceptible de l’âme, en nous, qui creuse nos rives – qui anéantit, peu à peu, nos échafaudages et nos constructions – qui assèche les idées, les images et toute forme d’espérance – et qui brûle, une à une, toutes nos certitudes – pour nous mener au centre d’elle-même – au centre de nous-mêmes – au centre de tout – muet(s) et innocent(s) – prêt(s) enfin à (tout) voir et à (tout) découvrir – à (tout) vivre et à (tout) aimer…

Cette longue et discrète tâche en soi œuvre pour vaincre toute forme de refus et d’adversité au profit de l’effacement, de l’acquiescement et de l’invisible. Et elle se montre bien plus réelle – et bien plus efficiente – que nos pauvres petits travaux extérieurs qui ne donnent que l’illusion d’une identité et d’une densité existentielles – et qui ne transforment que les apparences sans jamais réussir à métamorphoser radicalement – ni même profondément – le carcan du monde et de l’esprit où nous vivons – où nous croyons vivre – enfermés…

 

 

Tout s’éprend – saigne – puis se vide – pour atteindre le seuil possible du rassemblement – l’effacement nécessaire à l’accueil et à l’acquiescement des dérives, des excès et du silence…

 

 

Tout crépite entre les parois – immenses – de la nuit. Tout s’exacerbe – s’exaspère – et finit par périr dans les eaux tantôt dormantes, tantôt mouvementées du monde. Au pied de la même enfance introuvable…

 

 

Nous nous ouvrons la poitrine pour vivre cette brûlure permanente – et raviver la flamme du même désir. Et nous allons ainsi sur tous les chemins du monde – de pierre en pierre – de fontaine en fontaine – de feu en feu – jusqu’à la mort…

 

 

Comme un écho dans la marche – dans le pas. Une clarté déformée – trop piétinée, peut-être, pour nous apparaître plus réelle que le monde – et plus vivable que notre effroi, nos refuges et nos épouvantails…

 

 

Là – partout – à nos pieds – au-delà du regard – sur ces mille horizons pétrifiés – la folie et le silence. Et ces mains tendues vers la lumière – appuyées sur la misère, le mensonge et l’illusion…

 

 

Une terre d’oubli et de malversations – si rugueuse – presque infernale – où la mort est omniprésente – tutélaire, en quelque sorte, au milieu de l’Amour, de la beauté et du silence…

 

 

Séparés au cœur des bouleversements. Réunis après l’effacement – dans cette paix et cette intensité qui nous paraissaient si lointaines – si étrangères – de l’autre côté du monde – de l’autre côté des yeux…

 

 

Un visage – à moitié encore – presque enseveli – presque effacé – où brillent cette part du monde si dégradée – et ce ciel – mille fois célébré – que les hommes ont toujours confondu avec la promesse des Dieux. Avec une âme simple – pourtant – depuis le commencement du monde – depuis l’invention du poème – pour défier l’attente, l’illusion et la barbarie…

 

 

Ce qu’il reste du monde – et ce qu’il reste de l’homme. Et ces vents – et cette immensité – au-dedans qui nous invitent à chercher – et à creuser – partout – au-delà des perspectives humaines habituelles…

 

 

Entre le seuil, la fleur et l’innocence. Entre l’or, l’homme et le soleil. A s’offrir – et à se suspendre – au milieu des regards indifférents. A nager encore jusqu’aux rives premières – à contre-courant des rites et des rengaines – pour devenir l’ombre, la voix et la pente où tout glisse jusqu’à l’infini – jusqu’à l’effacement – inexorables…

 

 

La terre comme un ruban de supplices posé à même le ciel. Et le ciel comme une aire de partage. Et le monde – et l’homme – coincés quelque part – dans cet entre-deux où vivre consiste à enjamber la peur, le mensonge et l’illusion…

 

 

Notes graves – mots empesés – parfois sévères – parfois tragiques – qui dénoncent et murmurent. Mille poèmes en équilibre sur la laideur du monde et la paresse des visages. A petits pas – à la frontière du temps – entre le silence et la nécessité – à pointer derrière l’ignorance et les défaillances ce que nous avons de plus haut – de plus inespéré…

 

 

Obstacles à lever – champ immense à découvrir. Gestes et paroles à transformer en silence pour apaiser l’âme et sa quête harassante – et restituer ce que nous avons perdu en délaissant l’origine et la lumière…

 

 

Regard – encore – au-delà du temps. Mots – lettres – fragmentés dans l’attente d’un élan – d’un poème – du même silence – mille fois recommencé(s)…

 

 

Rencontres – toujours – au fil des pas – dans cette trame où se fourvoient – et se dérobent – l’Amour, l’enfance et les promesses. Nu – à présent – et le cœur délicat – l’âme affranchie des terreurs et de la matière noire. Libre des sortilèges humains – vivant avec plus d’audace qu’autrefois…

 

 

Un chant – et le même frisson – à vivre dans cet espace où l’homme – le presque homme – a disparu. Evincé du monde, des danses et de la barbarie. Posé, à présent, au cœur du silence – fragile et dérivant au milieu de ce qui résiste (encore) à l’apesanteur…

 

 

Avant de mourir qu’y a-t-il à vivre sinon l’effacement…

 

 

Entre le temps, l’aurore et le chemin – à se bercer – encore – d’illusions sur ce que l’on appelle, à tort, la vérité…

 

 

Mille – dix mille massacres – mille – dix mille offenses – mille – dix mille mains tendues – et plusieurs milliards peut-être – ne changeront (jamais) ni la vie – ni la mort. Toutes ces danses et ces simagrées n’exalteront que l’illusion – et la rage de s’y être égaré – et inviteront l’âme à la dérive à rechercher une autre terre – un autre lieu – qui reconnaîtrait l’Absolu – et lui ferait (enfin) la part belle…

 

*

 

Ce qui s’offre – et se distille peut-être – dans la poésie – au-delà de la justesse – au-delà de la beauté ou de la vérité (qui parfois, s’expose partiellement) – c’est une énergie propre à la pensée et au langage – fixée dans la matière – entre la page et le silence – capable de soulever toutes les montagnes du monde – avec mille autres sources et mille autres souffles – à travers les gestes de ceux qui la lisent ou l’entendent…

Au-delà de la clarté – de ce peu de clarté – que les poètes peuvent faire émerger – ou révéler – chez leurs lecteurs (et c’est déjà beaucoup…), voilà, peut-être, le rôle essentiel de ceux qui écrivent et travaillent « en poésie » ; donner la force nécessaire à ceux qui la lisent aujourd’hui – demain – plus tard – et, peut-être, pour l’éternité – de transformer le monde et le cœur humain – et d’accompagner, de façon singulière et indirecte, le vivant et l’œuvre commune dans leur marche vers l’Amour, la lumière et le silence…

Faire revenir chacun – et le monde – au pays natal – retrouver pleinement, en quelque sorte, l’origine – notre envergure vide et consciente – attentive…

Tâche noble et ambitieuse entre toutes – en dépit des apparences…

 

*

 

Entre faiblesse et incertitude – caché – enfoncé dans les replis de l’âme et les rides creusées par les soucis des jours – ce que les siècles – tous ces siècles ignobles – ont tenté d’anéantir…

 

 

Main digne – incomparable – qui laisse s’échapper, parmi les vents et les bruits du monde, des sons incompréhensibles et une myriade de couleurs – offerts à l’Amour et à la solitude de chacun…

 

 

Ni ensemble – ni séparés – dans cet entre-deux du monde et de la solitude. A œuvrer pour l’Amour malgré les résistances et les refus…

 

 

Ni hasard, ni exigence. Souple comme l’eau qui trace – implacablement – sa route vers l’océan – vers le ciel – vers la source – à travers toutes les rivières du monde…

 

 

D’âme en âme – posé(s) au milieu de nulle part – à découvrir ce qu’aucun chemin ne peut révéler…

 

 

Rien ne pèse – et tout est vain – bien sûr. Mais l’affliction et la résignation ne peuvent être ni l’issue, ni le refuge. La joie doit se porter – comme l’âme – haute et discrète – humble sous la couronne du silence et de la vérité…

 

 

Entre Dieu et la terre – cet interstice où tout sombre. Les pierres, les bêtes, les hommes. La vie, le temps, les chemins. L’illusion d’exister, les désirs et les voyages. Les noms et la mort. Et jusqu’à l’effroyable destin des âmes – prisonnières du monde et des contingences matérielles – et appelées, pourtant, à retrouver le vide – ce ciel moins terrestre – bien moins terrestre – que nous ne l’imaginons…

 

 

Une pierre, un cri, un éclat. Mille sanglots – et autant de pas infimes vers ce que nous ne pouvons rejoindre…

L’unique issue – toujours – viendra de l’abandon…

 

 

Le désert, le froid et la tendresse des paupières. Et cette porte ouverte sur la nuit, le feu et la vérité – au centre de tout – malgré l’aveuglement et cette passion si terrestre – si humaine – pour l’ombre et le sommeil…

 

 

Nous vivons – nous édifions – nous combattons – nous nous débattons et gesticulons, en somme – sans même nous rendre compte que nous glissons – subrepticement – vers le noir et le sommeil alors que la lumière – partout – se révèle aux âmes défaites et vaincues…

 

 

La pensée allonge – toujours – le chemin de la découverte. Plus on pense, plus il (nous) faudra marcher longtemps…

Il suffirait, pourtant, de tout suspendre ; les idées, les images, les représentations – pour voir le jour – et le laisser s’approcher…

 

 

Nous vivons le même rêve – les pieds englués dans l’illusion de la liberté. Mais rien n’est certain – rien n’a valeur de certitude – ni le monde, ni ce que nous appelons l’existence. Et pas même, bien sûr, ce vacarme et cette fébrilité terrestres autour du bonheur et de la quête de vérité…

Mieux vaudrait vivre – passer sa vie – assis près de la fenêtre à regarder aller et venir – le sourire aux lèvres – toutes les expériences – comme ces vaches placides dans leur pré qui regardent passer les trains. Se poser – l’âme sereine – pour attendre que tout, au-dedans, se vide et s’efface – et que la nuit et le sommeil se transforment, peu à peu, en présence et en lumière. Le jour alors pourrait resplendir partout – dans toutes les vanités – au milieu du monde et du noir – au milieu du bruit et de l’effervescence – et jusqu’au cœur de tous les élans et de toutes les tentatives…

 

 

A marcher – toujours – à tourner en rond – comme si l’on pouvait ainsi attraper le silence…

 

 

Le temps fini – imparti – qui se renouvelle pour que le voyage continue – et que recommence la traversée…

Qui sommes-nous sinon ces pas – et cet espace que, sans cesse, nous foulons…

Entre vie et mort – lumière et sommeil – noir et clarté – à jeter nos rêves devant nous – à convertir la vie en errance – et à s’acharner jusqu’à l’épuisement – pour effleurer, à peine, la paix et le silence…

 

 

Que faire aujourd’hui de tous ces mots – de tous ces livres – accumulés au fil des années ? Rien – un grand feu de joie peut-être – et repartir à neuf – repartir à zéro – au milieu des cendres pour convertir (enfin) la parole en présence et en gestes…

 

 

Ni rêve, ni corps. Pas même un étendard. Et moins encore une identité. Nu comme cet espace à travers lequel tout s’écoule…

 

 

Tout s’insère – tout s’accueille – dans les mains ouvertes

 

 

Des mots comme les jours – où tout s’enlise – où derrière l’apparence de l’ordre règnent l’effervescence et le chaos. Le feu du temps et de l’esprit attisé par mille pensées – par mille saisons – qui viennent, sans cesse, défier et contredire le silence…

 

 

Autant de rives – et autant de rêves – traversés par le même chemin. Des sourires et des disgrâces plein les poches. Et un peu de neige sur l’âme pour continuer à garder la tête froide

 

 

Un rire – immense – un trouble de l’âme. Un reflet de lune sur l’horizon noir et la chair grise. Un miroir comme une eau frémissante. Et des paupières encore envoûtées par la beauté de l’écume…

 

 

Une pierre, un oasis, un peu de chair pour résister à la tentation et à la prière. La gorge nouée et l’Amour déchiré sur nos lèvres – trop lourdes – trop chargées de rêves et de souvenirs. Et l’aube au fond des yeux qui n’attend que l’inversion des perspectives et le soulèvement du regard au-dessus du monde et des abîmes…

 

 

A nous courber trop volontairement, nous en devenons orgueilleux. Il serait plus sage de délaisser le désir et l’ambition de l’humilité – et être soi-même en se laissant griffer par le monde, la vie, les visages et les ornières des chemins afin d’apprendre, peu à peu, à s’effacer – à s’abandonner aveuglément à la virginité impersonnelle – et à se laisser aller aux miracles de la transformation – du passage de l’âme au silence – pour être capable(s), un jour, de maintenir ses deux mains ouvertes – fragiles – prêtes (enfin) à tout accueillir…

 

 

Tout – en définitive – converge vers le même visage – vers le même silence – celui qui donne sens – et profondeur – à notre si vive (et si vaillante) ardeur…

 

 

Rien n’existe – peut-être – sinon le sentiment de la douleur et l’illusion du manque et de l’incomplétude qui façonnent l’âme, le monde et le cœur et nous donnent l’allant indispensable pour retrouver ce que nous croyons avoir perdu…

Rien n’arrive sinon le jour – la persistance du jour – que nous imaginons impossible – trop lointain – ou trop intermittent peut-être…

Tout se révèle – ce qui n’a jamais disparu…

Et l’ardeur du sang n’est que le souffle nécessaire au voyage vers ces retrouvailles. Et le monde et les visages ne sont que des chaînes et des miroirs pour immobiliser le pas – inverser les yeux – et les retourner vers le dedans – vers ce qui demeure et ne peut disparaître…

Tous les chemins, en somme, n’ont d’autre fonction que celle de faire naître un regard suffisamment tranquille pour contempler, sans effort, tous les élans – toutes ces marches fébriles et inépuisables…

 

 

Entre l’homme, le monde et la solitude. Un visage à peine – pas même certain d’exister – ni même d’avoir besoin de vivre son humanité

 

 

Un cercle de feu – l’ultime recours de la nuit, peut-être, pour égayer ce restant de tristesse – incorruptible. Au milieu de mille étoiles déjà mortes – éteintes depuis si longtemps…

 

 

Un semblant d’Amour. Un Dieu minuscule. Quelques lois – comme des dogmes infranchissables. Le gris, le noir et la blessure. Et mille yeux fermés qui rêvent de ciel et de liberté. Rien qu’un corps – un peu de chair – pour défier les interdits et partir à l’aventure – avec l’âme qui nous rejoint en chemin pour découvrir mille plaines – mille pluies – mille soleils – et, un jour, ce silence tant espéré – ce silence si attendu…

 

 

Lignes encore – pour ne rien dire de plus qu’autrefois – sinon, peut-être, notre effroi grandissant face à tout ce qui nous arrache au silence – et l’évidence de la paix au milieu du monde et des tourbillons…

 

 

Nous nous penchons – à tous les départs – nous nous voûtons (toujours) davantage – comme écrasés par le poids d’un vide de plus en plus insupportable…

 

 

Autour de nous – l’Autre – le monde – l’ignorance – tout ce que nous n’avons encore su apprivoiser. Le regard en-dessous du seuil – à la frontière entre l’ombre et le silence…

 

 

On s’élève – et l’on devient – malgré soi – toujours plus divisé. Fragment perdu – fragment isolé – d’un corps – d’une rive sans limite – inconscient de l’unicité du regard et de l’envergure de l’ensemble…

 

*

 

Il y a toujours la vérité – un peu de vérité – au milieu des visages – sous la fatigue et la déchéance – au cœur de chaque défaite – au cœur de chaque destin. Le signe que l’Absolu se cache, depuis la naissance du monde, derrière tous les élans – derrière toutes les tentatives – derrière tous les désespoirs. En filigrane, en quelque sorte, de tout ce que nous faisons, inventons et croyons être…

 

 

Tout – à chaque instant – s’écroule. Mais nos têtes et nos mains s’acharnent tant à (tout) reconstruire que nous imaginons le monde réel et durable. L’illusion se tient au cœur même de l’esprit – dans cette impression de ne pouvoir survivre au vide et à la destruction. Le rêve, le récit et le mensonge plutôt que l’effondrement et l’apparence du néant. Ainsi se perpétuent la croyance et l’acharnement. Mille jours – mille siècles – et des millénaires peut-être – à édifier mille choses et mille mondes qui nous voilent, avec l’essentiel, la vérité…

 

*

 

Tendu – au-dehors – vers ce qui nous porte – et nous habite – au-dedans. Ainsi débute le voyage – que vient clore – après mille traversées – après mille impasses – la présence immobile qui, peu à peu, transforme la quête, les pas et les contingences du monde en gestes – en mains ouvertes aux nécessités du réel et à l’accompagnement (circonstanciel) des marches préliminaires

 

 

A vivre – et à devenir – dans l’éparpillement et le chaos. Fragmentés et incomplets jusqu’à la fin de l’illusion…

 

 

A œuvrer sur les hommes comme sur la pierre – jusqu’au fracassement – jusqu’à l’anéantissement – jusqu’à tout réduire en poussière – pour découvrir, derrière le voile et l’illusion, la blancheur du ciel – l’infini où les gestes et la voix se perdent sans miroir – sans écho…

 

 

Tout se craquelle – jusqu’aux idées (si épaisses) des hommes – jusqu’aux plus belles certitudes. Voilà comment prend forme le réel… Voilà comment le jour peut naître au monde – et le monde naître au jour…

 

 

Sentier de l’âme – sentier des astres – au cœur de chaque être – au cœur de chaque chose – si mal définis dans cette nuit où tout se transforme sous l’emprise du désir…

 

 

Au centre – multipliés – en avance sur le temps – en avance sur la fin du monde – le silence, les visages et le poème qui ont su affronter la souffrance – et se replier au cœur de l’âme – affranchis, à présent, de l’écume et des danses macabres – de cette folie qui emporte tout avec les hommes…

 

 

Dieu et le visage de l’inhumain – ni désirables, ni réfutés – présents partout – au cœur du monde – au cœur des veines – au cœur du temps. Côte à côte – au milieu des circonstances. Au corps-à-corps – dans une lutte perpétuelle. Provisoirement immobilisés par nos doutes et nos atermoiements. Attendant des hommes – un geste – un écart – un clin d’œil. Prêts à se livrer à ceux qui choisirontleur dévouement

 

 

Tout brille – brûle – et se referme – comme la fièvre qui porte nos pas vers le silence…

 

 

D’une terre à l’autre – sous un ciel planté au fond des yeux. A marcher – hagards – à errer au milieu des tempêtes et des étoiles. A se demander comment nous pourrions vivre – et échapper à la nuit qui rôde – infernale – dans nos gestes sans âme…

 

 

Libre sous le ciel – sans miroir – à regarder ce qui s’éparpille sans fin…

 

 

Un séjour – une fenêtre pour que se dessinent le ciel du dedans et l’allant nécessaire pour s’éloigner du monde. Une manière d’encourager l’émancipation de ce qui a toujours tremblé devant la domination du pire…

 

 

Tout bascule – toujours – fait pencher la balance des deux côtés – alourdit, en quelque sorte, la charge existante jusqu’à ce que le ciel et les circonstances rééquilibrent le monde et les existences en réduisant l’illusion et en donnant à l’esprit – et à nos vies – un peu plus de légèreté

 

 

Tout se gonfle – et feint l’importance – en attendant la débâcle…

 

 

Tout est l’expression du silence – bien sûr. Danses, paroles et défilés – brûlés jusqu’à l’incandescence – avant de rejoindre les vertus premières de toute existence…

L’effacement et le feu (éternellement) recommencés…

 

 

A se pencher si bas que tout est inversé ; l’enlisement dans la fange et la solitude des nuées. Mains jointes face aux siècles – face aux monstres – face au cœur – face aux hommes. Et la lumière et le silence – de passage – qui illuminent tout de leur présence…

 

 

Il n’est de geste – il n’est de mot – qui ne soient Amour – dissimulé parfois, il est vrai, sous les pires oripeaux et les masques les plus affreux…

 

 

Il faudrait se taire, à présent – et laisser le silence décider de l’ampleur du poème. Devenir l’âme et la main fidèles au seul langage…

 

 

Des murs – partout – et notre bredouillement permanent face à l’infranchissable…

 

 

Des livres – des silences – et mille acquiescements à tout ce qui s’invite. Réduit, en quelque sorte, à la lente inclinaison du front face aux circonstances – face à l’inexorable…

 

 

Existence droite et sauvage – marquée comme l’éclair par la persistance du feu – humble mais éblouissante. Hostile à toute forme d’obscurité. Rieuse dans le ciel autant qu’elle apparaît austère dans les livres. Légère – en équilibre – et dense (si dense – à en faire froncer les sourcils). Jamais avare d’un clin d’œil aux vents, aux tourbillons et à l’effacement. Docile face aux circonstances – mais jamais soumise. Libre et florissante sous les affronts et les pluies les plus terrifiantes. Elogieuse et rapprochante malgré sa hâte et son ardeur. Solitaire et joyeuse – plongée, sans cesse, au cœur de mille prouesses invisibles…

 

 

A vivre sans nom – à vivre cent jours – des années – immergé dans les feuillages et le silence – à fréquenter les arbres et les bêtes – à côtoyer les pierres et le ciel. Avec tous les soleils rassemblés sur l’épaule – et la main, à jamais trempée dans l’encre, qui jette, chaque jour, sur ses pages l’aveu et le secret…

 

 

Allongé – partout – là où il faudrait se redresser – et vivre. L’homme soumis au temps – soumis aux siècles – soumis au monde – et la révolte toujours brûlante – toujours frémissante – au bord de l’âme…

 

 

Et nous autres – persévérants – cherchant l’éternité au fond de l’éphémère – la beauté au milieu de la laideur – le cœur du monde et le cœur de l’âme dans les gestes de l’homme – la source et le silence dans nos mains défaites – et la certitude du bleu dans ce gris et cette nuit qui semblent impérissables…

 

 

Tout s’avance – tout se suit – et s’enchaîne – à l’ombre de notre attente. Tout envahit le monde – la terre – le sol – les bêtes et les fleurs – et jusqu’à la nuit qui s’enroule autour des hommes – autour de tout ce qui espère (encore) au milieu de la douleur et de la mort…

 

 

Tout est assoiffé du même désir – et le jouet (si crédule) de cette candeur à revenir. Mille fois contrarié, pourtant, par la faiblesse des destins…

 

 

Tout tremble – encore – sans oser défier le malheur – et les mille malédictions des naissances terrestres…

 

 

Ensemble – toujours – aujourd’hui comme hier – demain comme dans mille siècles – à tourner en rond au fond de la même solitude…

 

 

Et le manque – toujours – et le ciel librement consenti. En suspension. Dans le passage – à chaque nouvelle étape. Et le cœur qui cogne. Et l’âme qui résiste. Et le regard déjà ailleurs. Comme si l’Amour était déjà parti – envolé, peut-être, vers des terres moins folles – vers des terres moins pétries de doutes…

 

 

Captifs – au cœur du même voyage. Les joues rouges – en colère – et l’âme obstinée. A geindre – à crier – à se plaindre de l’éloignement du monde, du harcèlement initié par le désir et du manque éprouvé par les hommes. A vivre à l’ombre – toujours – d’une main gigantesque – inconnue – étrangère – indéchiffrable – qui s’aventure au milieu de toutes les circonstances et de tous les destins. A tourner dans la poussière au fond de cette nuit que l’on aimerait perfectible. A édifier – et à poursuivre l’œuvre de nos aînés. A mourir inlassablement à intervalles réguliers. A nous croire encore invincibles. A espérer – toujours – l’impossible…

 

 

Ailleurs – la même étoile – qui infatigablement se transforme – tantôt en jour, tantôt en nuit – au gré des rêves et des désirs. Entre brûlure et errance – et le même désarroi à vivre…

 

 

Tout existe déjà – en cachette – dans le voyage – comme au cœur du silence ; les eaux dormantes – les mêmes chemins – l’ombre et la peur – les grandes étendues de sable qui offrent cette ivresse – et tant d’espoir – à ceux qui s’imaginent bâtir des jours et des mondes nouveaux. Mille siècles – mille départs – mille adieux – et autant de recommencements – qui ne conduiront jamais à un autre lieu que celui où nous sommes déjà…

 

16 octobre 2018

Carnet n°166 A regarder le monde

Paroles confluentes* / 2018 / L'intégration à la présence

* Fragments du dedans et du dehors – de l’homme et du silence – qui se combinent simultanément dans l’âme, sur le visage et la page…

Au bord du vide – au bord du blanc – toujours…

Un œil – seul – au milieu de la neige…

Si distrait devant ce qui bouge – devant ce qui respire – comme si nous étions encore amputés de l’essentiel…

Ni pose, ni présage. Pas même un récit. Le plus nu. Et le plus essentiel. Le mystère et la fulgurance de ce qui se découvre et se révèle…

 

 

Tout s’apprivoise – jusqu’à la violence des plus absents…

 

 

Et ce vieux rêve de verticalité qui nous fait croire que le monde vit à l’horizontale et tourne en rond dans la fosse aux lions en s’enfonçant, toujours plus profondément, dans le néant…

Suspendu aux mêmes chimères que les yeux des Autres – à imaginer, à espérer, à commenter…

Ignorant parmi les ignorants – voilà la vérité – réduit à se représenter et à conjecturer pour défier la peur et l’incertitude…

 

 

Fragments de presque rien – d’un peu de vie – d’un peu de monde – d’un peu de ciel. Et l’Absolu, sans cesse, broyé entre nos mains. Et cette tendresse blottie – presque inrejoignable – sous le feu de l’âme qui donne à nos gestes et à nos pas cette ardeur si impatiente…

 

 

A se tenir prêt(s) – toujours – comme si la mort précédait la naissance – comme si le noir était le centre de la lumière – comme si la terre était le lieu de la fortune. A maintenir vivant le plus solitaire pour faire naître, sous la cendre et la tristesse, la possibilité du regard…

 

 

Plus haut que le pardon – et plus haut que la douleur – l’Amour – cette main, si frémissante, du silence…

 

 

Même terre – même temps – même silence. Et la mort – si vorace – insatiable – qui absorbe tout ; les corps, les âmes, l’espoir et la poussière – comme pour nous livrer à encore plus d’absence et de néant…

 

 

Tout est parti – à présent. Et demeure ce noir – tout ce noir – qui obstrue la source. Comme un sommeil épais que ne réussiront peut-être jamais à disperser les vents…

 

 

Un souffle – mille souffles. Un passage – mille passages. Une trace – mille traces. L’éphémère et le silence. Et ce regard immense – démesuré – si dense – sur ce qui n’a que peu de poids et d’envergure…

 

 

Arpenter l’esprit et la page comme les seuls lieux de la découverte pour offrir à l’âme, aux gestes et aux pas – plongés dans le manque et la privation – le dénuement nécessaire à la liberté…

 

 

A se tenir debout – plus nomade que sédentaire – face à l’indifférence et aux appels incessants du monde. Ne rien exiger. Se tenir sans possession au milieu des choses. Avec sur le visage, les traits du silence – et sur les lèvres, le chant de l’incertitude…

 

 

Au cœur de l’instant – surpris par le réenchantement et la transparence des visages posés au bord de l’impénétrable. A avancer les paumes vers la neige oubliée par les fronts penchés sur leur besogne – l’esprit (tout entier) occupé à essayer de percer le secret de la mort et à défroisser les destins pour qu’ils aient l’air moins graves – et moins engoncés dans leurs malheurs…

 

 

Les mots – la terre – le monde – ont la même joie et la même tristesse que le visage. Ce qui est vu et ce qui jaillit de l’âme ont – toujours – la même couleur que ce qui regarde

 

 

Le monde – le ciel – l’univers – aux allures immenses – aux airs si puissants – à la densité si palpable (et si évidente) – ne sont, pourtant, qu’un souffle – qu’un trait dans l’infini et l’éternité – presque rien, en somme…

Un peu d’énergie dans l’espace – un peu de bruit dans le silence – quelque chose d’infime – et d’infiniment passager…

 

 

Rien n’existe – peut-être – sinon ce qui regarde

 

 

Les noms ne donnent aux choses et aux visages qu’un poids incertain – immensément fragile. Un repère – mille repères – pour se donner l’illusion de se frayer un chemin à travers le monde – de construire un itinéraire – et de voyager d’un point à un autre. De vivre une existence, en somme, sans jamais rien remettre en question – ni explorer la possibilité de l’inexistence de tout

 

 

Entre le jour et la nuit – notre front, si peu sage, qui s’avance – apeuré – vers sa fin…

 

 

Tout s’enracine – vainement – dans nos vieilles sphères – capables seulement de nous faire tournoyer dans l’éphémère et l’illusion…

 

 

Et nous voilà – depuis toujours – congestionnés – les pieds lourds et l’âme fragile – si indécis – dans l’apparence du monde – dans cette forme de songe où la boue entrave (semble entraver) – et s’oppose (semble s’opposer) au ciel et à la légèreté…

Liberté incomprise sur cette terre incapable de métamorphose – où le dehors n’est que le prolongement du dedans – et où ce qui semble exister nous fait perdre haleine et patience jusqu’au dernier souffle…

 

 

Rien – moins que rien peut-être – un petit quelque chose dans la certitude du tout – et un fragment, si essentiel, du regard…

Elément du monde et du vide – à parts égales sans doute…

 

 

Un sentier – des signes – pour découvrir l’invisible et l’ineffable – et révéler, peut-être, le destin de l’homme – le destin du monde – et la présence du silence où tout s’enracine…

 

 

L’angle – le point de vue – n’est qu’une aire circonscrite de l’espace qui tente – en vain (bien sûr) – de percevoir le tout…

Il faudrait plutôt (et à la fois) – plonger et s’élever – devenir le réel et s’en extraire – pour être capable de voir pleinement…

 

 

Tout vient, à la fois, retarder le regard et lui offrir sa pleine mesure…

Ainsi avance l’homme de son pas pesant – et le poète à travers ses lignes si chargées – si inutiles – pour aborder le plus simple enfoui – depuis toujours – au-dedans…

 

 

Chants, temps, tombes – précipices, voyages et chimères – les mêmes ombres qui (nous) voilent l’envergure parfaite du bleu – de cet infini que nous croyons connaître et pouvoir approcher – et inapprochable, pourtant, tant que la distance avec le monde et notre visage n’aura été franchie…

 

 

Des survivants timides à l’ombre passagère qui piétinent – fidèles à leur inaptitude. Et qui tournent – et qui tournent – en imaginant pouvoir creuser un passage – une ouverture – un chemin – dans leur sillon. Voyage vers la mort – simplement – inexorable…

 

 

Pierres, tombes et champs du jour. Quelques pas – et quelques miettes – éparses – tombées après notre passage. Errances, gouffres et souffrances. Et la petite ritournelle des pas – et la petite ritournelle des mains – et l’espoir (si vain) de l’esprit – rampants – tremblants – au milieu des piétinements et des souffles qui ne font que froisser un peu d’air…

 

 

Comme un vol autour du jour – au-dessus des visages et des tombes couverts de ciel – les yeux ravis et l’âme silencieuse. Ainsi recommencent – chaque matin – la joie et l’incertitude…

 

 

Sous la lampe – cette soif angoissée qui se jette sur la page. Ecrire comme si l’on offrait sa vie au silence. A noter, chaque jour, mille fragments du monde – mille fragments du réel – mille fragments du voyage – qui traversent – en un éclair – nos gouffres intérieurs

 

 

Tout se déplace – se superpose et s’emmêle. Et nos jours – progressivement – ressemblent aux murs – à la nuit – à l’eau qui coule – à tous les visages – aux failles où se glissent (presque) toutes les âmes en attendant la fin des hostilités. Et à cette lumière à la verticale des carrefours qui illumine, peu à peu, nos pages…

 

 

Aux côtés du soleil – à l’ombre de l’expérience humaine – sous les passions et les étreintes frelatées – dénaturées par trop d’images – ce qui crisse sous les pas – les paumes écorchées par les chutes successives. Et l’Amour qui, un jour, offre aux âmes leur alphabet et un peu de silence pour transformer le désir en ardeur sans finalité

 

 

A courir – à monter – là où les yeux ne sont plus que larmes et rêves brisés. Là où la mort – toujours active – a amputé tout élan vers le moindre passage – vers le moindre salut. A vivre sans croire. A patauger dans la boue. A se laisser dévorer par ce qui, en nous, cherche à s’inscrire. Abandonné là par tous les hommes – abandonné là par tous les Dieux – comme si le silence suffisait à nous rejoindre…

 

 

Quelle est la source des rêves et des élans qui nous portent à vivre et à croire – à traverser les tourments du monde et les troubles de l’âme… Quel est le visage de cette aube qui nous offre le courage et l’obstination de persévérer malgré les tempêtes et les mutilations – malgré les déchirures et le poids des Autres qui confinent nos gestes au mimétisme et à la servitude…

 

 

Rien – que le prolongement de l’errance et de cette ardeur au milieu de tout – au milieu de ces amoncellements apparents – et si fantomatiques pourtant. Des âmes et des visages couchés sur le sable – tremblants – rampant au milieu d’un désert où le désir et le sang ne sont qu’un prétexte à la poursuite du voyage…

 

 

A devenir moins que la métamorphose – à peine un chemin – à peine un visage – un tournant – une infime inflexion dans le destin…

 

 

Ni plus haut, ni plus droit, ni meilleur. Une disparition sous l’aire de l’angoisse et de la soif…

 

 

Le noir – et une nostalgie – à convertir en parenthèse – en interruption peut-être…

Et au creux de l’écho – déjà – tout le silence à venir…

 

 

Tout s’épaissit sur la terre comme tout s’écoule au-dedans. Ne rien figer – laisser l’âme gémir et le silence arriver…

 

 

En écho – le chant à travers les vents, la source et le sommeil. Dans ce qui donne au sang son ardeur et au silence sa plénitude…

 

 

Tout se perd – et, néanmoins, tout demeure. Il suffit d’un regard attentif qui sache percer l’apparence des départs…

 

 

A prédire – parfois – le pire – pour laisser au meilleur une chance – infime – éventuelle – de se réaliser…

 

 

Ce fut la marche – puis l’abîme et l’hiver. Ce fut la faim et la soif – (médiocrement) assouvies par les mains et les yeux des hommes. Ce fut l’errance et la fouille obstinée. Ce fut la tristesse et le froid. La défaite et la solitude implacable. A endurer la nuit pendant mille jours – pendant mille siècles – avant de pouvoir goûter à l’avènement du jour – et au silence arraché à la mort et à l’infortune…

 

 

A rire – si souvent – des jeux et des songes – et de ce si grand sérieux des hommes à ignorer le plus essentiel…

 

 

Léger – immense et fulgurant – ce bleu – autant que fut pesante – longue et harassante – la marche…

 

 

A héberger depuis si longtemps ce que le cœur a toujours évincé… Mais pourquoi l’ombre nous semble-t-elle – aujourd’hui – plus réelle et plus vaste qu’autrefois…

 

 

Quelque chose bat encore dans notre poitrine en perdition. Est-ce de la rage, de l’impuissance ou de l’espoir ? Un parfum éternel peut-être… Une odeur de défaite aux relents d’autrefois… Un monde sans âme – sans nom – sans visage – où toutes les frontières demeureront – à jamais – ouvertes et franchissables…

 

 

A revenir – toujours – avec ce pas si maladroit – comme si l’oubli était la marque – et la première certitude – des revenants…

 

 

Tout vibre – quelques instants – lève les yeux au ciel ou scrute l’horizon – en traînant les pieds sur la terre. Et tout se courbe bientôt pour retomber dans le trou qui l’a vu naître. Ainsi passent les vies – ainsi passent les âmes – qui, parfois, parviennent à se retrouver – d’impasse en porte apparente – de perte en repos – jusqu’à tout arracher – jusqu’aux mille petits riens auxquels nous sommes (encore) attachés…

 

 

Vivre jusqu’à l’usure – et, parfois, jusqu’à l’effacement – au milieu de tous ces ravages – au milieu de tous ces désastres – qui peinent – presque toujours – l’âme – et immobilisent – si souvent – les pas. En nous confinant pendant mille ans – pendant mille siècles – à une attente vague – imprécise – indéterminée – où l’on ignore la suite offerte au destin – et s’il nous sera possible, un jour, de franchir ces frontières pour échapper à toutes ces abominations…

 

 

A défier le temps comme un soleil – comme une ligne de démarcation – inutiles. A saisir ce qui traverse cette faim si fébrile. Des bruits, des visages et des bouts de ciel. A amasser mille petites choses – si funestes – si futiles. A jouer et à chercher dans la poussière. A récolter – toujours – plus que nécessaire. A marcher ainsi – tout au long de son existence – ivre et hagard – la démarche si pesante et malhabile – vers la mort…

Une existence entière à brasser de l’air – à essayer de jouir de ce bref passage – et à faire durer ou revenir ce qui – toujours – ce qui – sans cesse – s’efface et recommence…

 

 

Une fenêtre dans la fenêtre pour découvrir ce qui se cache au cœur du réel – et cet infini derrière – imperceptible par les yeux…

 

 

A tourner – comme les bêtes – dans notre cercle de poussière – à attendre – à rêver – et à assouvir sa faim – sans jamais pouvoir déjouer – ni défaire – les fils (si emmêlés) des destins…

 

 

A s’endurcir – comme si les plaies pouvaient disparaître. Et tous ces bourrelets de chair – à présent – fortifiés – comme cuirassés – dont nous ne savons plus nous défaire…

 

 

L’heure semble si grave en ce dernier lieu – en ces terres de pauvre répit. A s’attarder (encore un peu) pour vérifier – de nos propres yeux – ce que l’âme avait deviné depuis si longtemps…

 

 

A s’enfoncer dans le doute – dans l’indécision et les conjectures. A gravir la pente, les pierres et les éboulis sur lesquels aucune trace ne peut subsister…

Ivre – agissant et achevé. Et cette zone à franchir où l’herbe et le ciel ne forment plus qu’une seule terre à arpenter – et où l’âme est la seule lumière pour échapper à la nuit…

 

 

A rire – si incertain – sur le sable où les visages se sont réunis pour oublier la mort – et résister à la solitude et à l’ennui…

 

 

Tant de chemins dont la fin – toujours – fait franchir le même abîme – pour découvrir – au-dedans – le seul lieu possible – le seul lieu habitable. Ce qui demeure – une fois percées l’illusion et toutes les chimères du voyage…

 

 

Pierres, rives et distance. Et le même élan – et la même hâte – à tout franchir pour rejoindre l’origine du monde et de la multitude – la source de tous les visages et de tous les destins – cette aire – si précieuse – où jaillit tout ce qui vibre et respire…

 

 

Fêtes journalières où la beauté est invitée – et où la liberté délivre nos mains ligotées – et nos âmes emmaillotées dans les jeux et la terreur…

Fêtes et adieux – fêtes et abandons. Ce qui s’entrouvre au-delà des limites humaines. Ce qui grandit quel que soit l’âge. A moitié enseveli encore sous les rêves. Tout ce qui résiste – tout ce qui s’acharne et s’obstine – malgré – partout – la prépondérance du sommeil…

 

 

Des cercles, des yeux, des ailes. A califourchon sur l’ivresse des vivants. Et la main haut – déjà – à la limite du ciel qui traverse le gué où les Autres s’attardent, sans doute, trop longtemps…

 

 

A veiller sans raison comme d’autres s’assoupissent en attendant la mort – les doigts et l’âme – nus – tendus vers le silence comme d’autres se recroquevillent sur les mille petits trésors volés au monde et à la terre…

 

 

A voir le jour là où la nuit est, peut-être, la plus profonde…

 

 

A graver, chaque jour, quelques signes dans la poussière pour inviter les pas à franchir le rêve où le monde est endormi…

 

 

Des pas, des pages et des chemins. Un peu de silence – un peu de jour et de lumière – pour ne pas (trop) désespérer de l’homme…

 

 

A contre-courant du mensonge – là où l’illusion n’est plus possible – ni vivable, ni recevable – sur cette rive que si peu parviennent à atteindre – faute de nécessité…

 

 

A vivre – et à rire – comme si la mort n’existait pas – comme si le questionnement et la gravité étaient réservés aux mal-lotis – aux âmes en déroute privées de circonstances heureuses…

 

 

Des êtres et des choses. Tout un monde de visages et de façades encerclés par les murs façonnés par le regard – prisonnier, lui-même, de son propre labyrinthe. A choisir le rêve, l’espoir, la magie et la prière pour trouver une issue au milieu de la chair, des ruines et des hostilités…

 

 

Une danse au milieu des étoiles pour rappeler à la lumière que nous avons besoin d’elle pour la rejoindre…

 

 

Ne pas imiter – respirer de son souffle singulier – en toute chose – à travers nos gestes – à travers notre parole – être celui que tout nous destine à être. Ni plus, ni moins qu’un autre – mais si juste – et toujours plus juste, en vérité – pourvu qu’on lui laisse assez d’air – et la liberté nécessaire – pour être (pleinement) lui-même face au monde, aux visages et aux circonstances…

 

 

Entre l’oubli et la métamorphose – au milieu de la poussière – cet enchaînement de gestes soumis au désir et à l’ambition. Insensibles au silence – insensibles au soleil. A l’égal de ces armées de visages sans âme qui marchent – impitoyablement – sur le monde…

 

 

Squelette déjà sous la peau bientôt pourrissante – aux gestes insensés – aux paroles inutiles – à l’attention restreinte – comme amputé par la faim – par cette avidité du vivant soumis à la chair – et presque entièrement orienté vers son assouvissement. Comme un monstre affamé – à l’insatiable appétit – mutilé et se mutilant sans cesse pour rassasier ses instincts de bête…

 

 

A passer la tête – le bras – toute son existence – dans le même trou. A tourner en rond dans la même anfractuosité par crainte de percer les murs – et de pousser l’investigation au-delà des limites et des interdits érigés par le monde…

 

 

Attente encore – attente toujours – comme si le temps avait vocation à nous libérer – et à nous aider à résoudre le mystère…

 

 

On écrit aisément dans la démesure – la parole (tout entière) vouée à l’illimité. A l’inverse de notre vie apparente – de notre espace quotidien et de nos gestes d’habitude – coincés, en quelque sorte, dans l’exiguïté et la récurrence…

Mais à y regarder de plus près, l’existence et l’écriture se ressemblent – et se rassemblent même – au cœur de ce feu et de ce silence – immenses – imperceptibles – incompris par la (très) grande majorité des yeux…

La page est l’espace où tout s’ouvre – à l’égal du silence dans notre vie – cette aire infinie où réside l’esprit en toutes circonstances…

 

 

Sans attente – sans servitude – et sans autre utilité que celle qui s’offre discrètement – circonstanciellement – presque en catimini – lorsque le regard et les gestes deviennent nécessaires à la survie de l’Autre – à la survie du monde…

 

 

Dans la rareté des rencontres – notre tête se redresse – s’embrase – s’affaisse – consent – malgré nos mains résolument instinctives – mêlées encore au sang, aux combats et aux épreuves – et malgré cet entrelacement du ciel et du feu au fond de notre âme – presque entièrement – consentante…

 

 

Ni fil, ni pont. La même rive où tombe la neige – où s’effacent les pas et les traces – et où l’encre n’est qu’une manière d’écarter – provisoirement – le temps et la mort – toute forme de menace…

 

 

Aucun artifice – aucune échappatoire possible – avec la vie – avec la mort – lorsque nous leur faisons face – avec honnêteté…

 

 

Tout change – les visages et les couleurs passent et se fanent. Et sous les traits demeurent la même espérance et la même âme apeurée…

Ni valise, ni récit. Le même voyage – presque toujours – initiatique…

 

 

A faire glisser mille mots sur la vie – sur le monde – et dans la tête des hommes peut-être – comme si le silence pouvait nous être ôté – comme si le silence ne pouvait tout résoudre – comme si le sentiment de complétude était perfectible…

 

 

Au bord du vide – au bord du blanc – toujours…

Un œil – seul – au milieu de la neige…

Si distrait devant ce qui bouge – devant ce qui respire – comme si nous étions encore amputés de l’essentiel…

 

 

Ni pose, ni présage. Pas même un récit. Le plus nu. Et le plus essentiel. Le mystère et la fulgurance de ce qui se découvre et se révèle…

 

 

Apparitions – incomplètes – imparfaites – croient-elles. A devenir – presque toujours – ce qu’offre (si chichement) le futur. Les années comme un passage où, un jour, tout s’arrête – où, un jour, tout prend fin au cœur de l’impasse. Un vol, un trait – mille traits – et une jonction pour imaginer possible l’extraction du trou. De l’ardeur et de la fureur – et toujours – ici et là – le déclin – l’état nécessaire au franchissement des frontières – au franchissement du limité. L’œuvre de l’Amour et de l’écartèlement qui s’achève avec les deux poings liés sur ce qui s’ouvre et s’efface. Et le silence à portée d’âme…

Et un jour – cette mince couche de neige qui recouvre le monde et les yeux…

 

 

On avance en dépit de tout ce qui s’annonce – en dépit de la boue – fermement attiré par ce bleu solitaire au centre de la violence – espérant toujours moins des mains et de la chance que du jour et du silence…

 

 

Attente et fatigue – et tout ce sable dans la main – et au fond de l’âme – dont il faut se défaire. Seau, pelle et doigts convoyeurs d’un autre âge – d’un autre temps – où l’immensité n’avait de rivale…

 

 

Tout s’empare, se défait et s’efface. Avec le rire et la joie rassemblés en ce lieu sans appui – sans dérive – où rien ne peut s’inventer – ni même jaillir – sans le consentement (total) du silence…

 

 

Il y a toujours une route plus proche ou plus éloignée que la nôtre qui mène vers ce lieu – quelque part – où l’indifférence et l’aveuglement sont sublimés pour un monde moins mensonger – et pour une fraternité plus vivante…

 

 

Tout est moite – et prêt à l’étreinte – jusqu’à la main du silence…

 

 

Au seuil du jour – le même appel et la même torture. Cette hésitation (permanente) entre le passé – cette forme de détention (douloureuse certes mais familière) – et l’incertitude et l’inconnu – les dimensions, sans doute, les plus effrayantes de notre existence

 

 

Un horizon replié entre le feu et l’infini. La démesure des vagues et l’étroitesse des destins qui filent à toute allure sur leur chemin de pierre – fragiles – si précaires – si dérisoires face à la puissance de la mort – face à l’envergure du monde et du silence…

 

 

Nu – à présent – comme l’était le corps à la naissance – et comme le sera l’âme à l’instant de la mort…

 

 

Des fragments de vies, de mains et de visages. L’être – dépossédé – dispersé en mille éclats – comme le regard, le rire et le langage – sur cette terre où tout se dissimule (et se dérobe) sous le noir et la confusion…

 

 

Tout – sans cesse – est remplacé. Et le jour viendra où nous serons nus – sans yeux – sans appui – sans témoin – au cœur de ce qui ne peut se substituer…

 

 

Un exil – certes – un exil peut-être – mais peuplé de livres, de bêtes, d’Amour et de silence. Et habité – comme il se doit – loin des foules, de l’ignorance et de l’hypocrisie. Laissant – toujours – l’ardeur des pas et de la parole s’exalter hors du mensonge…

 

 

A guetter – sans impatience – ce qui vient comme les larmes des hommes cernés par la misère et la multitude…

 

 

En définitive, rien n’est nécessaire dans ce grand cirque – dans ce fatras – au milieu de cet amas de chair et de paroles – excepté, peut-être, notre façon de nous y tenir ; présence – présence encore – présence toujours – partout – là où règnent le silence et les élans…

 

 

Tout – sans cesse – se balance au milieu de tout – au milieu de n’importe quoi. Et, au fil du temps, tout se cabre – s’étire – s’étend et s’efface à mesure des pas. Et ne restera bientôt que cet œil obstiné qu’il (nous) faudra transformer en perchoir – au-dessus des routes et des voyages – au-dessus des têtes et des déséquilibres apparents…

 

 

A vouer au sang et aux semences un culte millénaire – un culte imbécile – un culte inutile sauf pour survivre misérablement – sans se demander – jamais – où se dissimulent la vraie vie et l’esprit véritable – doués d’une ardeur et d’un silence incorruptibles – capables (simultanément) de célébrer et d’anéantir tout ce qui se fait, si naturellement, partiel, incomplet et provisoire…

 

 

Prison en tête – cette traversée triste des hémisphères – à se heurter – partout – aux vents comme si l’aube pouvait s’offrir à nos efforts et à nos résistances…

 

 

Le plus inassouvi de l’hiver. Ce qui reste là – sans bruit – au-dedans – comme une attente inexprimée – un repos – un retrait qui pourrait passer pour une somnolence mais qui est, en vérité, une attention assidue à tout ce qui respire et fleurit…

 

 

A trop vouloir dire, on en oublie la vie – et on en oublie l’être – ce qui compte infiniment plus que le langage, l’écriture et le poème…

 

 

Rien ne s’écarte véritablement. Tout nous revient – simplement – moins tremblant et plus assagi…

 

 

Un jour – peut-être – serons-nous cette lumière – écrite en lettres capitales – sur les vieux murs de l’âme. Le silence parfait au milieu du monde…

 

 

Tout ce qui nous arrive n’est que le signe des Dieux – de leur volonté posée entre le destin et l’imaginaire. Cette fureur insensée qui agrandit l’ombre autant que l’ouverture possible. L’inauguration du voyage. Les premiers pas, en quelque sorte, vers cet espace hors du monde et du temps – affranchi de toute splendeur et tout déclin – dont nos âmes sont les malhabiles balbutiements…

 

 

Tout a l’allure du passage. Entre soif et désarroi…

 

 

Cœur assoupi et âme sauvage que les miroirs encerclent et que l’indifférence écorche – pour révéler, au fond des blessures, l’Amour que rien ni personne ne peut entacher…

 

 

Ecriture de solitaire – qui prend sa source sous la surface du monde – au fond de l’âme peut-être – et qui cherche la lumière – la clarté qui illuminera les lignes, le monde et les visages…

 

 

Tout demeure – et reste indemne – la rive passée ; le souffle – la soif – l’âme blessée – la main des Autres – la solitude ; mais le désir et la mémoire se sont effacés – comme s’ils avaient perdu leur force et leur emprise. Ne reste plus que ce regard accompli par l’Amour – empli de joie et d’innocence…

 

 

Ce qui ronge au-dedans – comme une aire dévastée par le feu. Ce qui (nous) hante bien davantage que le monde et le temps – la présence, en nous, de l’invisible…

 

 

A trop devenir, on en oublie le silence et la cendre qui ont, peu à peu, recouvert le monde, les vivants et les restes des morts que nous avons enterrés. Les mains pleines de rêves – et l’âme encore si pleine d’espoir de retrouver les visages disparus – et cette contrée si libre – hors de toute convention – sous la langue – et cet Amour qui danse, en secret, dans tous nos pas fébriles…

 

 

Convoqué(s) par le monde sur ce rivage où le sommeil et la nuit seront – à jamais – les seuls hôtes – et les seuls invités. Bout(s) d’eux-mêmes – fragment(s) de cette obscurité – partout – prépondérante et triomphale…

 

 

L’intime vécu transposé, peu à peu, en expérience universelle. En lignes denses – nerveuses – chargées de matière et de silence – comme un cri tantôt de joie, tantôt de révolte contre ce qui nous a ensemencés – presque aveuglément – dans le noir…

Leurre et ligne de fuite pour qu’éclate, un jour, le dénuement le plus complet…

 

10 juin 2018

Carnet n°150 L’époque, les siècles et l’atemporel

Regard* / 2018 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Un jour, un rêve et l’immensité de la plaine à explorer. Le ciel, les arbres et toutes les figures de la solitude. Quelques livres – quelques lèvres – où puiser la force d’aller – et de poursuivre la marche sans s’effaroucher des malheurs. La nuit, le jour et l’âme terrée dans son abri – quelques branches recouvertes de lumière. Le chemin, quelques heures – quelques décades peut-être – pour jouir de son sommeil ou s’en extirper…

A corps – et à cœur – perdus au milieu de ce qui dure…

Une blessure, un chemin. Et l’ombre d’une rivière qui monte en silence vers la ligne où nous nous tenons. Sur la frontière où se rejoignent le monde et l’infini – la poussière et le soleil…

 

 

La terre et le ciel – limpides. Et le vide pour horizon. Ainsi se tient l’œil sensible au regard qui (en lui) efface les offenses et les ténèbres – le monde – le souvenir et la peur…

 

 

Un sursaut dans la lumière – comme un fouet sur l’âme – un incendie de papiers froissés – pour faire naître l’essence d’un langage voué à l’émerveillement…

 

 

Comme l’eau d’une rivière où s’écoulerait nos rires et nos larmes jusqu’à l’océan – jusqu’aux sources premières de la goutte. Emportant, avec eux, les obstacles, les murs et les tentations – l’arsenal des poètes et tout l’attirail des hommes…

 

 

Un trou, un trottoir, un bruit. Et le pas si pressé des hommes qui creusent leur tombe et étendent les bras avant même d’avoir entrevu la lumière…

 

 

Un rêve, une parole, un soleil. Et ce froid si vif – si brûlant – qui nous empêche de voir, de croire et de voyager au-delà du connu…

 

 

La tristesse comme un cadenas accroché à nos grilles – à nos lèvres – trop hautes – trop muettes – pour attendre la fin de l’automne enceinte déjà par quelques monstres féroces…

 

 

Paix au milieu des anonymes – de ceux que nul ne voit – et que nul ne connaît – et dont chacun, pourtant, se sert comme d’un décor…

 

 

Herbes et vents constellés de rêves étrangers sur lesquels on pose des chaînes et un peu de lumière pour attirer et piéger les yeux…

 

 

Un cercle que vient lécher le ciel – gardien d’un secret amoncelé dans les entrailles qui suscite tant de convoitise chez les hommes…

 

 

Vague tribu – et cette agitation des esprits en sommeil qui croient marcher et emprunter des chemins alors qu’ils rêvent – et ne s’excitent que dans un songe – téméraires par procuration dans un monde de fantômes et de silhouettes – ombres, tout au plus, levant les pieds, les bras et les poings dans la brume et la nuit…

 

 

Une parole brève – une lune suspendue – et les lignes de vie attentives aux larmes et aux printemps – à la figure triste des âmes, des bêtes et des hommes qui se balancent entre les feuillages caduques des grands arbres de l’été – et aux paumes de l’hiver tendues vers nous et nous suppliant de brûler les restes de notre effroi…

Rumeurs d’un monde – rumeurs d’un songe – plus vieilles que le temps…

 

 

La nuit veille sous nos masques – s’éreinte à déchirer le peu d’espoir sous la croûte épaisse de la désespérance en calfeutrant la fenêtre à travers laquelle le jour se lève et grandit…

 

 

Sur notre peau, ce grain de lumière à peine décelable que l’homme entaille avec approximation pour y dégoter un silence impossible…

 

 

Les routes s’élargissent et se perdent – dessinent une sorte de carrefour – un centre où tout arrive – où l’on tourne en rond comme les bêtes d’autrefois sur le grain ou autour d’un puits pour offrir aux hommes un peu d’eau ou matière à leur pitance…

 

 

Mille bouches – mille victuailles. Et l’appétit rassasié qui fait naître le regain du ventre – le désir d’une autre faim – celle de s’étendre et de se répandre sur les rives et les mers du monde. L’enfantement et le recommencement de la descendance. Mille bouches supplémentaires qui se rassasieront de victuailles et enfanteront, à leur tour, mille générations nouvelles…

 

 

Tout n’est qu’expression – expression du silence ; unique créateur, unique spectateur et unique toile de fond du manifesté – de l’ensemble des phénomènes…

 

 

Une présence intouchable ; la sagesse. Et un regard sensible à tout ce qu’il pénètre ou effleure ; l’Amour…

 

 

Pêcheurs, flâneurs, laboureurs, chasseurs, travailleurs, voyageurs. Une foule de visages, assoiffés de bonheur et de sang, qui recouvrent et saccagent la terre…

 

 

Silencieux – immobile – on attend la métamorphose. La conversion de la férocité en poème. Le jour et ses percées franches dans la nuit. Et dans le ciel – et sur la terre – la constellation de l’innocence. La sérénité et l’ampleur de la sève incandescente. Le souffle du Divin sur nos vies. La vision parfaite, en quelque sorte, sur l’effondrement des siècles et nos visages étonnés…

 

 

Tout se précise dans le renversement de la folie ; la terre, le monde, la vie, la mort, les visages – et l’humilité nécessaire à l’effacement de toute emprise. Les jeux inévitables et l’innocence retrouvée au fond des yeux…

 

 

La nuit comme miroir. Reflet d’un sommeil fécond. Le lieu de l’ignorance et des catastrophes. Et la possibilité du jour timide qui s’annonce…

 

 

L’effroi dessiné sur nos visages plongés, tels des insectes, au cœur de la grande toile – vie et monde – secoués par les vents furieux – enfantés par un souffle inconnu. Fils, liens mystérieux et destins tragiques…

 

 

Fleurs, mémoire, griffes, bouches et crocs plantés dans la chair – douloureuse – gesticulante – offerte – prêtée peut-être – aux uns et aux autres. Yeux fermés posés contre les murs – défaits par l’horizon. Quelques signes – et quelques grimaces – façonnés par la stupeur et l’interrogation. Le ciel et le silence. Et Dieu introuvable jusqu’au cœur de la tombe. La vie, la mort et le prolongement de tout. Le recommencement permanent du même destin livré aux supplices et à l’incompréhension…

 

 

Potences triomphantes partout. Du sang, des agonies et quelques bougies allumées dans la nuit pour mendier au monde – aux hommes – au ciel – une explication – un sens – une réponse moins âpre et moins rêche que le silence…

 

 

Ce qui bouge à travers nous n’a la couleur de nos ratures – et pas davantage l’odeur de notre corps. L’élan peut-être du silence qui cherche à nous exposer l’origine du bruit et la nécessité des danses. Comme une pierre aussi légère que l’air – posée un peu partout – et traversant le ciel pour nous montrer la voie…

 

 

L’hallucination et le délire comme unique spectacle. La croyance mastiquée jusqu’à l’usure. Et le froid vif arrachant au cœur le droit de vivre et le feu nécessaire à la découverte – et à la traversée – d’un monde infini replié dans celui-ci plus terne, plus triste et moins définitif…

 

 

Un secret au fond d’un seau que chacun porte comme une charge – comme une douleur…

 

 

Tout s’enchaîne et se débat dans un puits qui peut-être – qui sans doute – n’existe pas. Une sorte de gouffre dessiné par l’ignorance – aux parois rouges et grises recouvertes de boue et de sang – au centre duquel patiente le ciel – le plus vrai du monde – l’être libéré des chimères – celui qui vit au milieu des visages – au milieu des destins – qui est tout et personne. Cette présence au parfum de joie au cœur de toutes les vies – au cœur de toutes les tristesses…

 

 

Un peu d’innocence à naître sur la neige qui s’est substituée au sable et à l’attente…

 

 

Une voix, des graines à foison. Chaque jour, le même élan – le même tourbillon – du langage qui cherche un chemin sur la page – et à faire revenir (ou, à faire naître, parfois) sur les visages le même silence…

Le miroir du monde – le miroir de toutes choses – jusqu’à l’effacement des noms sur les destins…

Quelques gribouillis sur les eaux boueuses du temps…

 

 

Assoiffé de cette ampleur véhiculée par le monde – de cet infini suspendu au visage de l’éphémère…

 

 

Une fenêtre, un paysage. La tête et ses numéros – la tête et ses spectacles qui font tourner les pas et les âmes au milieu de leurs combats. Et un rire, soudain, qui surprend les ombres qui passent – et les larmes abondantes qui coulent sur les joues. Un air de tristesse et d’incompréhension retenu au fond de la gorge. Quelque chose aux allures de menace – une prière, peut-être, au fond de la peur. Le triomphe du silence sur le désarroi – et ses filles de misère qui ligotent toutes les mains tendues vers n’importe quoi

 

 

Un long chemin à suivre – pas à pas – au milieu des visages et de la mort – au milieu des mains qui martèlent leurs rêves sur l’asphalte et le béton fabriqués par les hommes. La main tremblante et la nuit parcourue – et retournée dans tous les sens parmi les rires et les larmes de ceux qui vivent et espèrent encore…

 

 

Tout s’enfuit – tout s’en va au fond d’un long couloir sombre – aux rideaux opaques – aux murs hauts et sans fenêtre. Tout s’éclipse le moment venu – disparaît et s’efface avant de revenir habiter la mémoire et le monde d’après sous d’autres traits – et avec la même ambition – et le même appétit de découvrir le secret de tous les passages…

 

 

Tout se trouble à notre arrivée. Tout s’éloigne durant la traversée. Le sommeil succède au temps. Et l’espoir aux souvenirs…

Rien ne dure – pas même les ombres qui en nous – devant nous – partout – s’agitent. La vie passe. Et le soir arrive déjà. Et avec lui surgit l’hiver…

La solitude, si riche autrefois, se dépeuple. Elle devient rude – aride – puis se dessèche. Les yeux alors voient la mort s’approcher – et lui font face. La terreur incise notre faim et notre angoisse.

Peut-être ne nous réveillerons-nous plus…

 

 

Poussière, nuit, silence. La trajectoire de l’infime vers l’infini. Et ses mille points de passage où il faut (toujours davantage) se dépecer – et s’effacer jusqu’à l’anéantissement final – jusqu’à la dissolution de tous les restes du destin

 

 

Lumière, porte, chemin. Lignes d’un seul jour – d’une seule vie. Traits informes – malhabiles – qui, peu à peu, dessinent notre vrai visage – et la nuit – et le jour alentour – au-dedans – partout où l’âme s’immisce…

 

 

Le même silence qui, autrefois, s’impatientait en langage – en mots foisonnants jetés sur n’importe quoi – contre n’importe qui

 

 

Tout s’éreinte, s’abîme et se casse – jusqu’au plus sombre des rêves – jusqu’au ciel – jusqu’au silence infranchissable…

 

 

Les frontières comme un vertige étagé – des tronçons de terre lacérés par la faim et le manque – et le désir de possession à l’épreuve de l’invisible qui veille et guette nos défaillances…

 

 

Prisonniers d’un monde – de chaînes – d’une folie à hurler. A la recherche d’un rêve, d’un point, d’un coin d’herbe verte pour échapper à l’affrontement. Acquiescer à tous les délires pourvu qu’ils nous délivrent de l’amer – de l’étrangeté de vivre en exil au cœur d’un monde voué à la désespérance…

Le ciel d’une nuit parfaite – et si déplaisante, pourtant, pour les yeux inaptes au consentement…

 

 

L’âme agenouillée au milieu des débris, des gravats, des éclats – soudée à tous les recoins du monde qui protègent de la violence. Le sommeil et la mort plutôt que la lumière – si vive – si aveuglante – et le clignotement de quelques étoiles en guise de paix et de silence…

 

 

Un front, une porte, un ciel. Et tous les orages – et les vents qui s’abattent et dévastent les yeux englués dans la brume – sur les horizons. Quelque chose, pourtant, se détache – et glisse, peu à peu, du rêve vers le réel. Quelque chose – un infini peut-être – comme le revers de tout destin qui se cache au cœur de l’effacement. A l’envers du temps et des visages rompus par nos pas qui s’avancent – au-delà des barrières qui encerclent la mort…

 

 

A corps – et à cœur – perdus au milieu de ce qui dure…

 

 

Une blessure, un chemin. Et l’ombre d’une rivière qui monte en silence vers la ligne où nous nous tenons. Sur la frontière où se rejoignent le monde et l’infini – la poussière et le soleil…

 

 

Boîtes, angles, ponts, boussoles. L’attirail des hommes sous les nuages qui voyagent sans carte ni précipitation – attentifs au ciel – naviguant sans crainte au milieu des étoiles – libres, en somme, au cœur de leur destin…

 

 

Source du feu et des malheurs jetés – presque au hasard – sur la paresse des visages. Le sort des voyageurs. Les vagues qui chantent. Les flammes, la glace et la mort. Les vents qui hurlent – et que croise, parfois, le regard. L’œil, la route et le destin des noms qui se querellent et se dévisagent. Un peu d’écume dans le silence. Les plis d’un monde ignorant – et ignoré du plus sublime – qui abhorre l’incertitude…

 

 

Un reflet, une ville endormie. Et au milieu du sommeil, le regard de l’homme posé au-dessus du monde – appuyé au jour et au silence – qui contemple les bêtes et la peur – les visages griffés et le bruit des bottes par milliers – par millions peut-être – fiévreuses sur les routes qui serpentent autour de la même prière…

 

 

Un jour, un rêve et l’immensité de la plaine à explorer. Le ciel, les arbres et toutes les figures de la solitude. Quelques livres – quelques lèvres – où puiser la force d’aller – et de poursuivre la marche sans s’effaroucher des malheurs. La nuit, le jour et l’âme terrée dans son abri – quelques branches recouvertes de lumière. Le chemin, quelques heures – quelques décades peut-être – pour jouir de son sommeil ou s’en extirper…

 

 

Visages anonymes – passés inaperçus – sur ces routes où défilent le hasard et le moins célébré. Des yeux, des mains et des grimaces au bord des chemins – avachis – exténués – enfermés dans l’espoir d’un espace moins exigu que le monde.

Les portes qui se referment. Le vent qui cingle et ravive le désir de voyage. La mer, le temps et les voilures toujours amarrées aux quais. La caresse rêvée d’un ailleurs. La prudence de toute avancée. Les ruines, la fuite et l’imaginaire. Quelques départs et la mort qui s’avance – qui s’approche. La fougue, la grève et les tournants à chaque ligne nouvelle. Le recommencement, en somme, du même horizon – du même pas – du même destin – plantés entre le réveil, les mirages et cette douloureuse sensation d’exister…

 

 

Nous marchons avec, au front, cette ardeur des exilés qui savent que toute vie est un voyage – un mensonge – un retour (presque) impossible vers la seule patrie acceptable – ce lieu caché en chaque lieu – cet air de fête et ce rire jetés en contrebas de la tristesse. L’angle sous les larmes et la désinvolture des pas. La lumière au milieu de la fenêtre. L’âme adossée au mur affrontant ses démons et les épreuves du temps. Le visage de l’horizon enfoui sous les couleurs de l’immobilité et de l’évidence. La joie à naître au fond de l’incertitude…

 

 

La main d’une étoile posée sur le ciel ouvert – défait des ombres et des cris étouffés au fond de la gorge. La lumière triomphante qui a précédé cette nuit glaciale – interminable…

 

 

Lèvres et visages tissés de soleil et de certitudes. Allumés par la main indécise – délicate – magistrale – de l’aurore – inquiète de nous voir batifoler sans conscience au milieu du doute et de la rosée…

 

 

Un jour, une lampe. Et l’évidence d’un Amour plus vaste que la peau – et plus clair que le sang – qui s’offre à nos poitrines rampantes au milieu de l’effroi et des simagrées – parmi les visages et les épines du monde…

 

 

Place vide. Et l’ombre qui nous retient comme des doigts agrippés à notre veste. Murs pareils aux autres. Choses entendues et secrets révélés. Et la langue qui profane l’univers, le ciel et le silence – et la joie grave (et si discrète) de ceux qui savent

 

 

Le frémissement de la chair le long du poème. Et l’âme tout émue par le silence posé sur la table – entre les lignes. L’invisible en marche – en avance sur nos pas. Une bougie, le mystère et la mort qui frappe encore après la fin de l’espérance. Le vent, la nuit et le noir. Et ces peurs insurmontables. Le réel plus large – et plus intrépide – que nos chuchotements. Une présence délicate que nul jamais n’a su voir. Ce qui remue au fond de la gorge. Le monde en mouvement et la joie de tout accord…

 

 

Absence, manque, trous recouverts d’angoisse, de tentatives et d’attente. Le moins réel de notre vie. Quelque chose entre le désespoir et l’envie sur fond de solitude – (presque) inavouable…

 

 

Quelques mots – quelques lignes – en marge de la lutte et de l’attente. Et tapies sous l’angoisse, quelques déchirures. Et derrière elles, la magie du plus quotidien et le ciel (devenu) accessible. Le mystère (enfin) révélé des drames et des naissances. Un souffle lucide entre le silence et la faim de l’homme. Le seul voyage possible à travers le monde et les destins…

 

 

Chants, prières. Et ce qui s’élève vers le plus vivant du mystère. Une voix, quelques bruits, quelques pas – un geste au-dedans de ce qui cherche pour renverser les yeux vers le seul univers possible – vers le seul univers existant – suspendu au souffle et à l’attente de jours plus tendres…

 

 

La nuit, le jour – et partout, l’incendie de se résoudre. Les fenêtres et le silence. La joie, la voix et le mystère. La quête enfantée avant le renouveau – avant chaque renouveau. La fibre de l’homme, en somme. Le rêve de chacun avant que ne nous fourvoie – et ne nous attriste – le monde…

 

 

Tout se déchire – et devient incertain – en particulier au cœur des drames qui donnent à notre visage cette tristesse insondable – et l’élan nécessaire, peut-être, pour déterrer ce qui dure – et ce que nul ne peut entamer, dérober ni corrompre. Cette joie – cette lumière – ce soleil – au milieu de tout ce qui crie – au milieu de tout ce qui geint et se répand en prières inutiles…

 

 

Chemin faisant, la poussière s’accumule – s’agglomère sous les souliers du vent – sous les semelles du temps. Dans cette mémoire engrangée sur les sentiers du monde. Les désastres, le feu et les déserts. Et la cendre sur nos yeux souillés de larmes. Les pieds nus dans les drames, la rosée et le sang…

L’âpre métier de l’homme livré aux malheurs et à l’espoir – condamné à renouveler son destin pour aller moins triste – et plus sage – parmi les têtes si lasses de tourner en rond – parmi ces visages sans âme – au cœur des jours – au cœur de ces fêtes absurdes et sans importance…

 

*

 

Chacun – tout au long de sa vie – sur son petit coin de terre (ou son petit carré de page) – offre son plus précieux*. Dispense, malgré lui, aux uns et aux autres les dons singuliers* qui lui ont été accordés.

* d’apparence positive ou négative – voué(s) à créer, à protéger ou à détruire – qu’importe !

Et chacun vit – et agit – ainsi en infime et anodin maillon – essentiel – et pourtant remplaçable – apportant sa pierre à l’édifice commun – et contribuant à l’interminable construction de la demeure partagée – cette monstrueuse et incontournable entité en perpétuelle évolution que nous appelons le monde…

 

*

 

Au fond de l’inachevé, cette terre haute et cet œil unique – indéfinissables – que nul ne regarde – et dont tous les jeux nous distraient et nous éloignent…

 

 

Un cœur, un poêle, un plafond. Et la mémoire qui empile les peines – et les couvertures sur ses blessures. Et que nul jamais ne prend la peine d’embrasser. Une solitude enfouie au fond du sourire – entourée de hauts murs blancs et de cette joie d’aller plus libre au milieu du monde et des visages…

 

 

Des boîtes, des bains et mille pétales jetés au milieu de la nuit. Un regard, quelques signes et les étoiles infiniment brillantes qui persistent au-dessus des toits…

 

 

Aucun rêve – des myriades d’étoiles et de légendes. Le mythe des vivants et de la mort. L’élan nouveau vers une terre plus aimante. Le vertige du savoir couronné par le néant et la certitude d’une sagesse analphabète…

 

 

Des tirades – quelques signes reconnaissables sur la page. Le destin d’une œuvre aux frontières de l’ineffable – incomprise – trop écorchante – trop chavirante pour les âmes accrochées aux plaisirs et au hasard des rives où l’arrogance est devenue le masque de l’ignorance et de la bêtise (presque entièrement) assumées…

 

 

Gouttes, larmes, joyaux. La soif de tous les départs. Et l’amorce d’un appétit intarissable – cette part de rêve en nous repliée sous le désir et l’ambition…

 

 

La fougue du plus sauvage luttant à mains inégales contre le sérieux du savoir et du langage. La folie de la parole face à l’écoute patiente – presque sensuelle – quasiment charnelle – des mondes et des récits de voyage. Cette sagesse cachée sous les instincts. L’écho d’un délire – de mille délires – et d’une absence. La preuve (un peu vague sans doute) de l’Amour qui se cherche sur les visages…

 

 

Une vallée, des yeux, des jalons. Et les chemins comme les fleuves transportant l’eau et les larmes – et les âmes happées par les courants puissants et dévastateurs – fuyant le destin et les noyades inévitables – allant, de détour en méandre, vers l’infini des océans.

Et ces visages tristes – recroquevillés sur le sable des rivages – abandonnés là par la danse furieuse et incertaine des flots…

 

 

Festins (à peine) interrompus par les doléances (ou les louanges plus rares) de ceux que l’on écarte des banquets – envieux parfois mais, le plus souvent, trop révoltés et réprobateurs pour être écoutés – et reconnus comme les porte-drapeaux d’une vérité plus belle (et plus vraisemblable) que celle imposée par le monde et ses visages orgiaques et indifférents – trop insensibles et arc-boutés sur leurs privilèges pour accepter la différence…

 

 

Mains, flaques, mépris. Et cette invitation à croire en la valeur de l’arrogance – ce vernis de certitude sur le sable de l’ignorance…

Statues incompréhensibles – immobiles – rafistolées par la colle de quelques idées – de quelques dogmes et idéologies – pour se convaincre d’être nés du bon côté de la frontière – séparant d’un grillage (et de mille barbelés parfois) la barbarie – le sauvage proclamé – et la bien-pensance – la raison et le plus sage…

 

 

Nous dessinons en gestes imprécis ce que le silence s’acharne à nous révéler ; l’inutilité des images, l’étrangeté (ou l’absurdité) de la parole et la vérité apophatique de notre présence – si indiscutable…

 

 

Une danse au cœur de mille danses. Un chant au milieu de la parole et du silence. Un cœur parmi les mains tendues – suppliantes. Une présence face à la mendicité des âmes et du monde. Notre vrai visage enfin révélé derrière le miroir, les reflets et les apparences…

 

*

 

Conscience et vie terrestre. Un seul regard – sensible et invisible – posé hors du magma (énergétique) et immergé au cœur du mélange, de la diversité et de la récurrence – de cette entité évolutive et intra-active…

 

 

Epoque et monde (triste monde et triste époque) de l’individualité, de la réussite et du spectacle qui imposent leurs valeurs et leurs paradigmes – et n’offrent aucune alternative à ceux qui y vivent ou fréquentent les hommes ; narcissisme, marchandisation (à outrance) et représentation (show permanent) saupoudrés d’humour, de sensationnalisme et de fausse décontraction où l’apparence et la promesse trop facile (de bonheur) prévalent sur la profondeur et le réel – et sur la lucidité nécessaire pour faire face aux circonstances et à la complexité d’être au monde

 

*

 

Dire encore ce que les mots ne peuvent révéler. Le refus – et l’absurdité des principes et des idoles. La vacuité de la parole et de la pensée. L’indigence de toute forme d’expression. L’impossibilité de vivre. Le silence – et les bruits de l’Absolu et du monde réunis. Le fil des jours et l’éternité. Le rêve plongé au cœur de l’homme. Ce qui traverse le ciel, la mort, les peines et les prières. Le bonheur – que dis-je ? – la joie d’être et du plus simple. L’effacement – et le bannissement du mensonge – au profit de l’incertitude et de la vérité. La perte – et la disparition des noms et des visages. L’insaisissabilité de toute existence…

 

 

L’aube entre quatre murs – prisonnière – aperçue par la fenêtre de la nuit – délivrée du pire…

 

 

La naissance du jour au fond de l’œil survivant – désobstrué…

 

 

La vie offre l’ivresse des départs et de la continuité – et assez de force et de courage pour la traverser (de bout en bout) et affronter les tempêtes et les orages – les épreuves du monde, du vent et des visages – mains posées sur la terre – yeux et bras levés vers le ciel silencieux – et l’âme chavirée par les élans – poussée à hue et à dia vers la mer et tous les recommencements…

 

 

L’aumône dressée dans la pénombre. Le jour déraciné. La poitrine lancée comme un soleil vers ce qu’arrache la mort. Lumière et soif. Le cœur fragile – pétri par les eaux dormantes qui s’écoulent – lentement – entre les rives où sommeillent les hommes. Le vent et le corps surpris par les rires et les larmes. Le destin d’un peuple livré aux périls et aux mensonges. L’aventure de toute existence, en somme…

 

 

Peuple du bord du monde – initié au très-bas et à l’enfance – l’innocence rare – pleine presque toujours – au cœur de l’âme – qui inscrit ses pas dans l’ordre des jours – et obéit aux marées et aux vents qui poussent les visages vers des lieux déjà mille fois traversés…

 

 

Un hivernage solitaire sur le versant d’un vide moins cruel qu’on ne l’imagine. Un ciel, un souffle, un rivage. Une fenêtre sur les étoiles d’autrefois – si lointaines à présent. La courbure d’un rêve au milieu d’un désir – presque éteint. La joie d’un destin scellé dans l’incompréhension et le silence…

 

 

Simple – à genoux devant tant de siècles incompris – incompréhensibles – avec cette foi des innocents revenus du monde et de la mort – et avec, sur les lèvres, ce sourire incorruptible…

 

 

Tout prend place, à présent, au centre de nous-mêmes ; le blanc, la nuit, le vent – l’encre, la pluie, les larmes et les visages. Et ces chants terribles au milieu des carnages…

Le bonheur discret et énigmatique, en somme, de ceux qui ont choisi le silence

 

 

Une pensée lointaine – exercée hors du langage. Quelque chose comme une avancée dans la fuite – un retour vers l’essentiel et le plus urgent. Un silence – une innocence aux pieds nus offerte à la main du poète qui retranscrit sur ses pages le baiser joyeux (et impérissable) d’une aurore jamais compromise…

 

 

A l’écart du plus inavouable – ce désespoir et cette incompréhension des foules et des têtes enfouies dans la misère. La dévastation née du temps – aggravée par le monde et la présence des hommes. Ce lieu de la tristesse où tout revient mille fois, agonise et recommence…

 

 

Le seul voyage possible entre le jour et ce qui s’efface – entre la terre et l’infini. L’éternité à portée de l’éphémère…

 

 

L’enfance d’un ailleurs aux murs blancs – et défraîchis par des siècles de solitude – abandonné(e) au ciel, à la lumière et au silence d’un temps toujours neuf depuis l’origine du monde…

 

 

Nous regardons la fin du temps, l’horizon au loin et ces vies rompues – défaites d’avance par cette langueur – cette tristesse à vivre en deçà du seuil vivable – loin – si loin – de la joie – inaccessible depuis ces rives où la cendre n’engendre que l’espérance d’un possible et d’un ailleurs – jamais leur franchissement…

 

 

Et cette angoisse à vivre entre la terre et le ciel – dans l’indifférence juvénile des peuples. Couronne de la différence posée sur la tête…

Avec un Dieu immobile terrassant les fronts obstinés dans leur sillon. Le miroir de la mort face aux yeux baissés – terrorisés à l’idée de devenir et de s’écarter du chemin tracé par leurs aînés. Puis, le désert et le souffle naissant – et cette aurore jaillissante au milieu de la violence et de l’effroi. La naissance, en quelque sorte, du privilège atemporel pour ceux qui ont su traverser la misère des siècles – et l’indigence de leur époque…

 

 

Rien. Un peu de temps qui s’écaille sur nos jours trop rêches. Et l’évidence d’une perte inconsolable. Dieu en nos murs – au cœur de nos jardins – inaccessible sans la fébrilité d’un élan…

 

 

Tout se rue – tout accourt vers la lumière. Les rêves et les yeux posés sur l’asphalte sans promesse. Les vœux et la chair partagée qui s’essouffle sous les coups. L’esprit abandonné à ses délires. Nos mains pressées les unes contre les autres. Les siècles arrogants et les époques sans éclat. Les vieux, l’enfance et tout ce qui se sent étranger au bonheur célébré par le monde…

 

 

Les juxtapositions s’enchaînent avec malice. Rampent – pénètrent et salissent le monde et la langue. Déblaient les fausses évidences et les tournures lumineuses. Les convertissent en obscurité et en non-sens.

Juxtapositions joyeuses et incertaines. Un peu folles pour tout dire et épuiser l’esprit – et apprivoiser ce qui se tient au-delà de la raison – au-delà de la pensée – ce soleil – ce silence – soulignant la valeur inouïe – presque insensée – de toute existence libérée des lois, du vent et de la nuit – libre d’aller où bon lui semble – réconciliée avec l’envergure d’avant le monde et la parole…

 

 

Foules et feuilles toujours silencieuses. Au fond des draps et de la détresse. Tremblantes au cœur d’un bonheur mâché jusqu’à l’os – et (pourtant) à peine susurré. Feignant le rire là où il faudrait pleurer. Appuyées sur tant de fausses certitudes. Arrogantes et attendant, malgré elles, le pardon. Inconscientes, confiantes et tristes face à leur dispersion et leur émiettement à venir. Avec cette passion muette au lieu d’être chantante – et le désir trop puissant de la terre – et la nuit si encombrante pour espérer la moindre percée – la moindre accalmie. Les yeux trop lourds – trop chargés sans doute – pour voir au-dedans – au loin – partout – arriver, avec l’aurore, l’achèvement d’une époque, la fin des siècles et l’ère nouvelle – et toujours fraîche – de l’atemporel et du recommencement…

 

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