Carnet n°251 Notes journalières
Nous – dissonant(s) – allant notre chemin – mal éclairé(s) – nous dirigeant comme au fond d’un gouffre – presque ivre(s) – guidé(s) par la faim et la folie – les yeux fermés au milieu du vide…
Inquiet(s) et confiant(s) – comme si quoi que nous fassions, la terre avait raison – le ciel nous attendait…
Nous – nous appartenant – en définitive…
Un chemin d’obscurité où chacun ne marche que sur les traces de l’absence – comme si la vie et la mort étaient irréelles…
Nulle empreinte – pas la moindre lumière…
Notre rire comme seul éclat – et ce qu’il faut de force pour affronter ce qui nous fait face…
Le monde – de plus en plus lointain – comme une délivrance – un appui supplémentaire…
L’absence de tout – jusqu’aux cimes les plus hautes…
Nos pas dans la neige – notre âme au cœur de l’espace – le règne de personne – et ce qui, peu à peu, remplace toutes nos défaillances…
Dire – sans passion – sans appartenance – depuis la première extrémité du temps…
La vie – le monde – sans témoin – le discours – sans auditoire – sans promontoire ; le silence – épais et originel – ce qui suffit à faire naître le regard – à déployer l’Amour et le silence nécessaires à toutes les éclosions – à toutes les expressions…
La pente naturelle et inaltérable sur laquelle, sans même le savoir, nous glissons…
Nos allées et venues – dans l’espace étroit – sur l’étendue escarpée – obstrués à force de tentatives – saturés de voix et de volonté – de cette tyrannie du désir – du rêve – de l’ambition ; façonnés par cette irrépressible aspiration à vivre ailleurs – autrement – à être différent(s) – autre(s) – méconnaissable(s) – cette (maladive) attirance pour les reflets – la surface – cette (terrible) dénégation des profondeurs – de l’infini – le refus (obstiné) de notre identité – sans mesure – sans qualificatif…
Là où la lumière éclaire l’escarpement – notre écorce rugueuse…
Nous – nous souvenant des fleurs – de la beauté exilée du monde – la poésie du regard – l’envergure du souffle…
Notre âme engagée dans toutes les correspondances terrestres…
Ce que nous vivons – le sang à l’extérieur – les choses renversées – le monde à l’envers…
La sagesse et le silence au lieu du crime et du simulacre…
Notre dénuement face à l’anéantissement…
Ce à quoi invite la (presque) fin du voyage – les dernières ornières du chemin – peut-être…
La main qui frappe sur le tambour intérieur – la résonance de l’abîme – sur la peau du ciel – le cuir du monde…
Toute notre force – toute notre ardeur – bien plus impressionnantes que la fureur feinte des Dieux…
Nous – au sommet du rocher – sur la pointe des pieds (pour gagner un peu de hauteur) – bras levés – mains tendues (à l’extrême) – attendant le déferlement du vent – la suite (non accidentelle) des circonstances – ce qui déferlera sur nous comme un torrent – notre destin initié par le jeu des Dieux – à l’assaut du monde – le souffle noir mêlé à la ferveur lumineuse de l’enfance…
Les angles du voyage – le plus abrupt du chemin – le roulis et le tangage – les eaux du monde se déversant dans tous les recoins de l’âme – la souveraineté de la voile qui se gonfle – le vent sur toutes nos somnolences – notre tête à la proue du navire – notre fragile embarcation vers sa destination (toujours) imprécise…
Des étapes et des ports sans attache…
Le prolongement de la ligne que l’on étirera jusqu’à la cassure…
La lumière – au-delà ; en deçà – les racines…
Et – partout – la même origine…
Le langage et la sagesse – conçus sans hâte – ramifiés – se fourvoyant comme le monde ; comme le prolongement de la bêtise et du sommeil – comme un surcroît de sang – un surcroît de sève…
L’immensité sans témoin – sans alibi…
Et – souvent (très souvent) – le même naufrage…
La vie – le souffle – le silence – sans équation…
L’âme et l’Amour engagés – peu à peu apprivoisés par l’ignorant…
La solitude – au plus haut des visages – comme une lumière sur ce que nous avons brisé – sur ce que nous avons délaissé…
Un regard inséparable de l’immensité…
Des édifices – des fantômes…
Le poing – dur et levé – arraché par un éclat de tendresse…
Des chaînes brisées – jusqu’à l’infini…
Le monde recouvert de morts et d’écume…
Et nos cris – comme une vibration perpétuelle dans l’abîme que nous avons façonné au milieu du vide – au milieu du silence…
La charge – du feu – portée sur l’épaule – dans l’œil trop vif…
Partout – des batailles – des querelles – contagieuses – et le ciel (vainement) questionné…
Le silence souverain – comme l’unique réponse (possible) – tous les acquiescements – l’Amour exprimé – la tendresse offerte – prodiguée à toutes les âmes – à toutes les têtes – à toutes les bêtes – l’herbe et la pierre entièrement consolées – le monde pardonné pour tous les vivants tombés sous notre cognée…
Tout – sur la même ligne – la même étendue – dans une invraisemblable continuité – le perpétuel prolongement de l’origine…
Tout – réuni – d’un seul tenant – pour transcender l’illusion des frontières et du temps…
Ce qui grandit – à travers l’Amour – ni donné – ni reçu – vécu – éprouvé dans le sang et l’espace – et qui tourne autour de nos griefs et de notre impatience…
Au milieu de l’océan – le vent – le centre – confondus…
Et nos ailes poussives – malhabiles – déroutées vers la périphérie – en des lieux qui ne comptent que par leur éloignement – leur absence de répercussions sur l’essentiel…
Une rive dont on se rapproche au fur et à mesure – et qui donne au monde une distance étrange – un acquiescement (véritable) à l’écart – à l’isolement – à l’exil…
Un corps – un cœur – une tête – façonnés, peu à peu, dans l’argile – s’affinant – se perfectionnant – améliorant leurs capacités à sentir – à comprendre – à vivre – accédant, de proche en proche, à l’espace et à la sensibilité – découvrant la trajectoire – l’étendue – l’origine – la ligne – le pas à pas – la discontinuité – la surface et les profondeurs vivantes…
La présence éternelle et infinie jouant avec les frontières – les contractions – la transparence…
Nos mains et nos gestes – sur les Autres – sur nous-même(s)…
Le monde et le temps à rebours ; notre visage le plus matinal – antérieur (bien sûr) au premier jour inventé…
Notre âme – l’âme de chacun – confondue avec l’immensité bleue – vivante – sensible…
Comme du sel – une fleur qui pousse entre nos lèvres – ce qui devrait nous rendre plus respirant(s) – plus incarné(s) – plus présent(s) – que les morts…
Nous – cessant de fuir devant l’absence et la disparition – apprenant à aimer la (fausse) fin du voyage – chaque pas – chaque tronçon – chaque étape de cette interminable pérégrination (avec ses détours et ses éloignements) autour du centre que nous sommes – depuis toujours…
La figure qui tressaille et qui se détourne du feu – en elle – comme une vie sommeillante qui ne rêve qu’à des surprises attendues – qu’à des plaisirs certains et circonscrits…
Un état – un horizon – et parfois même jusqu’à la folie d’un autre – pour agrémenter l’ennui – s’imaginer voyageur – jouer à l’explorateur…
Un livre – une fenêtre – et les voilà, déjà, repus d’aventures…
Tout s’ordonne autour de l’ombre et de la futilité ; l’inertie du cœur – comme un axe autour duquel tournent mollement les existences…
Ce qu’on lance contre le vent – contre le feu – aggrave la nuit – accentue l’étroitesse et le ressassement – donne à notre âme une allure de cactus desséché…
Un lieu de plus en plus éloigné de l’océan – une (quasi) impossibilité…
Nous – dans le mensonge outrancier – au lieu de goûter la nudité hivernale – le vide sans parure – au creux de l’enfance – au cœur de la nuit – le monde et la vérité retrouvée – loin de la douleur – le ciel, à la manière des oiseaux, parfaitement habité…
Ce que l’on supporte – au fond de la fosse – la blessure dramatisée – ce que nous détruisons à force de volonté – à force d’obstination…
Le jour – hors des tempêtes – la flamme immense et brûlante que l’on dresse contre ce qui favorise l’obscurité – au milieu de la rosée – et l’océan, bientôt, qui retrouvera son étendue…
Dans le sang – la graine et la récolte de l’homme – les seules pour l’ensemble des saisons…
Une route vers la voie ; et un champ, déjà, dans l’immensité…
Enclave en soi – inviolable…
Lumière intime…
Le corps abandonné aux vents – la tête au monde – l’âme aux puissances de l’invisible…
Ce que l’on affectionne et ce que l’on redoute – lors de la traversée – à demeure…
Une lanterne au bout du bras – autour de la souffrance – cherchant un remède – un guérisseur – un peu de réconfort – au lieu de plonger dans la plaie le couteau à la main…
Nous – dans l’abattement – des fractions de vérité plein la bouche – une connaissance impossible à ensemencer sans la mort – l’abandon…
Une longue agonie sans sauveur – hors du monde…
Le ciel en face – dans nos bras amoureux – encore à la merci du monde – du noir – de n’importe quel Autre aux aspirations instinctives – aux idées dogmatiques…
Et dans les reins – cette force – et dans le corps – cet appui sur les pierres…
La possibilité d’un Dieu – à travers les vies et les morts successives…
Le vide en tête – avec, au fond de l’esprit, quelques lignes inoubliables…
Nous – basculant – aussi dur(s) que le granite – dégringolant jusqu’en bas – vers la plus haute nudité…
Seul(s) et lisse(s) – de plus en plus – sur cette route sans mémoire – à la recherche de l’Amour et de la clairvoyance – sur l’antécime de l’en-bas – si proches et si lointains à la fois – prisonnier(s) de ce voyage interminable – en somme…
Rien qu’une danse autour du vide – animée par la même flamme – éternellement. Et devant soi – en nous – tantôt des cieux clairs – tantôt des cieux noirs – le chagrin et la joie jouant ensemble – à se déconstruire…
Ce que nous sommes – l’absence – l’éloignement – la transformation – ce qui, peu à peu, nous rapproche de nous-même(s)…
Hôte – ce qu’il faut de neige entre l’enfance et la tombe (et inversement) – l’oubli nécessaire pour échapper à l’indigence de ce monde – aux chemins médiocrement éclairés – aux étendues étoilées – où le rêve a remplacé les arbres – s’est substitué à la respiration (naturelle) – est devenu, en quelque sorte, l’unique perspective – la seule fenêtre derrière laquelle nous restons prisonniers pendant des années – pendant des siècles ; grilles, bien sûr, plutôt que tremplin…
Le cœur de plus en plus exsangue – le cœur, peu à peu, cloué…
Les édifices humains – malheureusement – plus hauts que les arbres de la forêt…
Des choses que l’on pioche – au hasard – parmi les débris – les vestiges – d’un monde en ruines…
L’avenir qui nous attend…
Ce que l’on dresse (et que l’on redresse parfois) – face à l’obscurité – le feu et les cendres brûlantes au fond de l’océan – l’emprise des ténèbres sur l’image et le halo circonstanciel de la lumière – le centre épargné – bien sûr – malgré les assauts – l’hostilité – l’acharnement…
Dos au ciel – au précipice – aux yeux sournois – aux mains meurtrières – à la merci du monde et des foules – ce qui nous soulèvera au-dessus de nous-même(s) – aussi fragile(s) et aussi haut(s) que l’innocence…
Le geste et la parole enchevêtrés – nourris du même silence – porteurs de la même joie – solitaires – comme la route et le poème…
Le regard – le voyage – parfaitement immobiles…
Et ce qu’il y a de plus tranchant derrière l’acquiescement – l’impérative nécessité de l’oubli derrière les lèvres et les mains amoureuses…
L’enfance du monde – dos à l’océan – recroquevillé sur ses peurs – son besoin de conquête et de domination – élargissant, peu à peu (puis, de plus en plus vite), la route vers la nuit inventée – effaçant jusqu’à la possibilité du poème – toutes les formes de résistance aux ténèbres…
La hache dans une main et le ciel dans l’autre – le Dieu inepte des cyclopes – poseurs de dogmes et faiseurs de mort – en déséquilibre sur son trône – et que le sang qu’ils versent en son nom fera chuter…
Sur la terre brûlée – le désert – le sol aride – notre absence et notre nudité – ce que les Autres – quelques-uns – cherchent à nous subtiliser…
Le monde déchiré jusqu’à la dernière secousse – jusqu’à l’ultime sourire…
Et la lune – au loin – pâle et suffocante…
Ce que l’on descend – en soi – à l’instant de la glissade – puis, à l’instant de la chute – et ce qui se redresse – malgré nous…
Ses encombrements – ses angoisses – ses entraves – et cet espace affranchi de nos gravats et de nos terreurs – intact – comme un ciel inentamé – malgré la puissance (et la densité) de la roche – l’amoncellement de la terre – la faiblesse de notre âme…
De la foudre sur le plus simple – une sorte de frayeur – le vent qui se lève – la famine déployée – la faim violente – les vivants bientôt décharnés jusqu’à la déchéance – jusqu’à l’incendie – jusqu’à la brûlure vertigineuse – jusqu’à l’immunité…
Nous – sans entrave – au-dessus des éboulis – sur une (haute) colonne de lumière – invisible – célébrant la vie et le monde – en frappant sur un tambour – au rythme de ce qui respire…
Une gêne – parfois – une larme – souvent – une colère insatiable (une rage presque indicible) – toujours – au milieu – si près – des bourreaux – des oppresseurs – des jouisseurs – des frivoles – des ensommeillés – cherchant (par tous les moyens) le confort – le plaisir – l’usage avantageux – si nombreux – si communs…
Si nous en avions le courage (et la dose d’inconscience appropriée), nous les étranglerions de nos propres mains – symboliquement – bien sûr – afin de les libérer de leurs chaînes – de les éveiller à eux-mêmes…
Nous – dans le signal (et la trajectoire) de la lumière – les yeux sombres pourtant – autant que l’âme – le visage triste – avec comme une nuit à l’intérieur – le centre même des ténèbres – peut-être – entre l’inquiétude et la mort…
Ce qui nous émeut – l’Amour sans visage – dans le geste – la ressemblance – la différence – la solitude manifeste…
Une parole humble – qui éclaire la vie – et éclairée par elle – indissociables – comme le feu et le silence perpétuels – toujours étroitement associés – comme instruments sculptés en elle – à l’intérieur – rayonnants…
Un peu de sueur dans ce verbe qui s’est frotté à la nuit – au monde – aux choses du monde – à l’Autre – tous dressés sur leur piédestal – hostiles ou indifférents – faisant (presque) toujours peu cas de notre présence – de notre labeur – de nos aspirations…
Et grâce à eux (et à la solitude), le chemin a été remonté jusqu’à l’origine…
Une vaste étendue – encourageant à manier la faux avec vigueur sur tous les visages – puis, une fois la besogne accomplie, à les recouvrir d’une bâche épaisse pour précipiter leur décomposition – leur disparition – préparer le désert (en quelque sorte) – la nudité – l’innocence – l’éclosion (ou la progressive découverte) de ce que nous sommes – communément – derrière nos différences et nos singularités apparentes…
Le visage déchiqueté par le réel ; des éclats d’identité jetés les uns contre les autres…
Et la parole qui émerge du sang – du carnage – du désastre – qui pointe d’abord l’incompréhension et l’absurdité apparente de l’existence (et comment pourrait-elle y échapper ?)…
Puis, au fil des blessures – l’âme qui se désagrège peu à peu – qui comprend – qui éprouve plutôt – de manière (quasi) proportionnelle à l’effacement – à la lente disparition de notre fausse identité – la vérité (changeante et non conceptuelle) du monde – de l’instant…
Une terre de tombes et d’écume – raclée – sarclée et retournée – maintes et maintes fois – sans succès – ou pour un piètre résultat ; assurer sa pitance – à peine – édifier des murs – bâtir un (misérable) abri – s’octroyer un périmètre – une infime parcelle du monde – mais du mystère, rien – pas la moindre pelletée – pas la moindre poussière…
Debout – la tête dans le vent – à imaginer un autre ciel – une porte ouverte de l’autre côté de l’horizon – la main de Dieu tendue vers nous – la possibilité d’un langage moins grossier – plus silencieux ; un espace à la place de la tête – un vertige sous le front – une longue série d’extases dans la poitrine – et l’Amour à la place du cœur…
La lumière et l’innocence retrouvées…
Tout égal – ici-bas – dans le ciel – à cet instant – autrefois – plus tard – la même inimportance…
En désordre – ce qu’il faut oublier – accueillir – aimer et, aussitôt, oublier…
Toujours disponible pour ce qui vient – pour ce qui arrive – maintenant…
Aucun degré hiérarchique – les battements du cœur – seulement…
Ce qui recommence – dans une parfaite équivalence…
Envoûté – depuis des millénaires – le premier jour – le monde qui se tisse et se resserre…
Les alphabets de l’abîme qui – régulièrement – se réinventent…
Les atrocités avec les dents – les couteaux – les armes mécaniques – les gaz – la fission des atomes…
La sophistication des instruments de destruction et de propagande – le déploiement du mensonge et de la barbarie…
Le manque – le crime – les mille tragédies vécues et initiées…
Cette effroyable (et permanente) conquête du surcroît et du franchissement…
Le fondement même de nos civilisations successives…
La même erreur – infiniment répétée – continuellement reconduite – perpétuellement prolongée…
Ce qui nous escorte jusqu’à l’agonie et ce qui nous fait traverser la mort – maintes et maintes fois – et presque toujours de la même manière…
Nous autres – ici – ailleurs – là-bas – un peu plus loin – de l’autre côté – aux antipodes – comme des habitués – hôtes permanents ayant déjà été invités un peu partout – à la maison dans tous les lieux du monde – avec, en quelque sorte, un rond de serviette dans tous les foyers…
Des milliards de nuits à trembler – à repérer les différences – puis la mort et la cendre – au lieu de souligner les ressemblances – de faire naître dans notre ciel commun mille scintillements – mille rapprochements possibles…
Ce qu’il faut pour être aimé – et compris – pour donner au vivre ensemble une irrécusable réalité…
Nous – nous accompagnant – avec ce sourire étrange sur les lèvres – cette malice – cet enchantement – ce regard – au milieu du visage – les attributs d’une joie qui ne nous appartient pas…
Le jour et la nuit soudés dans nos yeux – devenant filtres et miroirs – défigurant le réel – déformant la lumière – transformant le monde en ombres et en absurdités…
Il faudrait se défaire des idées – des images et des couleurs – pour voir autrement – réellement – comprendre notre chance d’habiter l’espace – la route et la voûte – notre entière souveraineté – comme mille soleils réunis au milieu des danses terrestres…
Nous – vivants et joyeux – comme au cœur d’une fête ininterrompue…
De haut en bas – l’éclat…
De bas en haut – la brusquerie…
Entre le sommeil et l’insomnie…
Le dos voûté – la nuit durant…
A jeûner jusqu’à la dernière heure…
Le monde et la peur – rassemblés – en nous…
Et, parfois, une prière – comme une espérance – un peu de cendre lancée vers le ciel…
Sur la terre – le feu et la contradiction…
Et près de la source – la blessure…
Le monde désarçonné…
La fleur – l’oppression et la lumière…
Ce qui gouverne nos vies – nos voies souterraines…
Et ce qu’offre le déchirement…
Le soleil – devant soi…
Ce qui se répète – à notre insu – la même parole…
La nuit qui tourne autour du même axe…
Notre présence – ni commune – ni singulière – comme une distance avec les danses involontaires du monde – exaspérantes – si souvent…
Au bord d’un fleuve aux berges obscures…
Un voyage sans viatique…
Les leçons du provisoire…
Ce qui se dissipe…
Ce qui émerge – à peine – de la poussière…
Des peuples sauvages – le cri hissé jusqu’à la bouche – engendré par le manque ressenti au fond de l’âme…
Et notre langue irritée – qui accentue les aspérités sur la roche – sur la pente où glissent les vivants – dans un élan désespéré de résistance – pour que les hommes apprennent, peu à peu, à remplacer la douleur et les hurlements par la joie et le silence…
Nous – jouant sur des colonnes inconnues – le dos courbé – le front plissé – sous la charge des soucis et le poids des circonstances – devinant l’ivresse à venir – nous affranchissant de l’obscurité antérieure – et goûtant le vertige présent – le sable dispersé sur les dunes vivantes – le monde et la mort impérieuse – nécessaire – sous le joug perpétuel du vide et du verbe…
A demi – comme l’ombre sur notre joue – la lumière plus bas qui souligne notre impertinence…
Les murs et la chair écorchés – toutes nos chimères…
Le déroulement de notre enfance – de bout en bout…
Nous – à contre-jour – sans force – sans voix – à nous complaire dans la boue et les détritus accumulés sur notre tertre – immergé(s) dans le délire et le rêve – cherchant un foyer – un abri contre l’orage – les tempêtes – les Autres et la fièvre – une terre où il serait possible d’habiter le silence – d’écouter le chant des oiseaux – de vivre parmi les arbres – libre(s) du joug du monde – libre(s) du regard des hommes…
Nous – dans la brume – la parole régressive – avec ces étranges mimiques sur la figure – comme une innocence perdue – une enfance retrouvée – qui aspire à s’égarer plus encore – à fuir le tablier noir des responsabilités – à échapper aux enseignements d’un ciel trop lucide…
Encore inapte(s) – bien sûr – à ôter nos masques et nos oripeaux – à regarder le rouge – la substance vivante du monde – qui dégouline sur la chair – la terre ; notre barbarie et notre cruauté…
En ce lieu étrange où les frontières et les portes deviennent obsolètes – inutiles – incongrues – où l’on sourit comme l’on respirait autrefois – où le vide est bien davantage qu’une manière de parler – notre nature – ses profondeurs – de haut en bas – l’être – ce qui nous entoure et ce qui nous constitue…
Le long des murs – le vent – le silence vertical au sommet du sang – le jour au centre du visage – ce qui nourrit la sensibilité – l’attention – l’innocence – ce qui dissipe la fièvre et la folie…
Et la parole – aujourd’hui – tranquillisée – comme un peu de baume sur l’âme – la chair – la page – autrefois si angoissée(s)…
La vie et le rire – la mort et la joie – célébrés…
Nous – plus que tout au monde…
Des lèvres contre la terre – la roche…
La vitre – le miroir – ce qui fait, parfois, encore obstacle à la transparence – à la tendresse…
Un peu de vent sur le feu balbutiant…
Nos bras – dans le cercle – qui s’entrouvrent…
Nous – menés par le visage de la mort – hideux depuis la terre – déformé – à l’étroit dans le cadre trop restreint des yeux humains…
Le temps déchiré – l’issue qui se précise…
Le nord exposé – mis en évidence…
Le doigt pointé vers l’hiver – et l’âme repliée – à l’abri dans sa solitude…
Aux premières heures du jour – déjà…
Nous – glissant, peu à peu, vers l’oubli…
A l’inverse des hommes – à l’inverse de (presque) tous les Autres…
Notre tertre soustractif – comme une halte dans la longue énumération…
Sur la crête étroite bordée de nuit et de périls – l’abîme du monde en contrebas…
Au cœur de ce qui nous attend – depuis toujours…
Des souliers téméraires dans l’obscurité persistante – des murs à franchir – de fausses sources à tarir…
Plus d’un meurtre sur le dos – des béances – des blessures – des balafres…
Un quotidien sans lumière…
Cette lourdeur – notre nudité – ce que le monde arrache à notre prétention – la rudesse – la brusquerie – toute la maladresse des hommes…
Sur des traces déjà mille fois répertoriées – sur des pistes déjà mille fois parcourues…
Ce qui brille au fond des destins – nos mains pieuses et pleines de sang – nos ambitions et nos soliloques…
Ce qui se déploie avec la marche – le mensonge et l’usurpation dans ce que les hommes appellent le voyage…
Nous – encore trop faiblement conscients…
La mâchoire et le front instinctifs – tremblants – sans désir intermédiaire…
Notre vie – la terre sans éminence – le sable humide…
Ce que survolent (très superficiellement) notre angoisse et notre peur ancestrale du manque…