Carnet n°330 Tout n'est que ciel et silence
Mai 2026
Au-dessus de la table de bois
les frondaisons et la lumière
Le visage de Dieu par-dessus notre épaule
acquiesçant à tout ce qui constitue notre vie
Et s'il y avait déjà
au fond de notre cœur
tout le ciel et toute la terre...
Parfois un peu plus que des mots
Des flèches de lumière
Le cœur silencieux
sous un ciel sans exigence
Le monde, le cœur et la page
Scènes de toutes les farces
et de tous les drames
Nous n'avons rien à opposer à l'ignominie des Hommes
sinon, peut-être, quelques poèmes et notre manière d'habiter le monde
Là où la vie quitte le rêve
renonce aux images et au tableau
devient aussi réelle
que les battements du cœur et la respiration
Des mains si promptes
à dessiner partout des cercles
et à œuvrer au saccage
Dans nos gestes et nos yeux
se reflète parfois l'infini
Au faîte du silence
on aperçoit le visage de Dieu
Au commencement du ciel
cette terre où s'entassent trop de peines
Tout pointe vers l'invisible
et si peu sont en mesure de le voir
Rencontrer Dieu
voilà, sans doute, la plus haute ambition humaine
Là où tout perd pied
pour découvrir l'autre visage de l'absence
Sur nos pages
de moins en moins de signes
comme si on se rapprochait du silence
Ce qu'il faut entendre dans mes notes et mes poèmes
Les chants entremêlés de l'âme et du monde
et la voix de l'enfance
Ce que creuse la parole
au fond du cœur
L'expression du manque et de la soif
dans (presque) tout ce que nous faisons
Aux confins du cri
il y a, parfois, un oiseau qui s'envole
Allongé sur la pierre
le souffle tiède du vent sur le visage
En vérité
si peu de mots et de gestes
sont nécessaires
Assis face à notre refus
sans rien pour nous éclairer
L'étrange liturgie du monde
saccageant partout le sacré
Un écart si grand entre l'Homme et la lumière
qu'essaient de combler certains destins
Des vies bornées
entre le désir et le sang
Un monde qui vénère
les mythes et les fables
et qui ignore le réel
Un cœur si ancien
qu'il a éprouvé toutes les douleurs
La bouche de l'Homme
plus encline à bavarder
et à enfourner la chair
qu'à embrasser
Au cœur des mots
cette quête obstinée
Rien en dehors de la trame
sinon, peut-être, cette étrange présence
au fond du cœur
Le Divin parfois si bien caché
au fond des visages et des choses
A la fois
instrument de l'écume et de la trame
Ne possédant rien
pas même notre âme
Et cette joie née
de cette étrange intimité avec le réel
Quelques pas au fond de l'âme
voilà, peut-être, la seule véritable aventure humaine
La source située hors des cercles
à l'écart de tout tracé
L'âme de plus en plus haute
Et la voix de plus en plus chantante
à force de côtoyer les arbres et les oiseaux
Nous effaçant
pour essayer de faire disparaître le dehors
Au cœur de l'obscur
on trouve parfois le plus merveilleux
Nos poèmes ?
Pas davantage que des signes
écrits à la craie sur la pierre
qu'effacera la première pluie
La chair et l'esprit malmenés par le monde
Et l'âme s'essayant au bleu
Tant de cercles minuscules
au cœur du cercle infini
Dieu s'installant, peu à peu, au fond de l'âme
à mesure qu'on lui cède la place
Et s'il n'y avait rien à opposer à la volonté de Dieu...
A quoi suis-je occupé aujourd'hui ?
A œuvrer à Dieu et au silence
Au fond
si peu de paroles sont nécessaires
Il y a tant de choses à soustraire
pour découvrir (et faire l'expérience de) ce que nous sommes
qu'une seule vie ne saurait suffire
Et si tout était corrélé au cœur...
Chercher au milieu de ce qui s'use
ce que rien ne peut épuiser
Entre les mains de Dieu et du monde
tous les destins
Ce qui, en nous, veille
à la justesse des gestes et des mots
Au cœur de notre soif
cette sente étrange
qui mène à la source
Nous absentant de nous-même
pour davantage de tendresse et de clarté
Là où l'hiver est plus qu'une saison ;
un état du cœur et du monde
Passant et repassant
si près de la source
(sans même le savoir)
Au cœur de ce cercle
où le cœur, le poème,
Dieu et la contemplation
sont si vivants
Le cœur devient si sombre parfois
devant l’œuvre funeste des Hommes
Si dépouillé
qu'il ne reste rien
pas même un nom
Sur ces pages
il faudrait que la langue
soit une fête
Aussi solitaire au-dehors
que sur la sente du dedans
Au fond du cœur
cette fièvre étrange
qui ressemble tant à un sommeil
En voyant le sort des bêtes
mes mots se gorgent de peur, de cris, de bave et de sang
Tant de rêves
qui salissent les âmes
et souillent le monde
Sous les gouttes de pluie
on ressent, parfois, toute la tristesse du monde
En dépit de la grisaille de l'âme et des jours
il y a quelque chose en soi qui ne peut s'assombrir
Sans autres trésors
que Dieu, l'âme et les mots
Le cœur nu sur la pierre
sans autres témoins
que les arbres et le ciel
Là où plus rien ne peut s'écrire
peut-être le lieu le plus désirable
A genoux
tantôt comme un homme ordinaire
tantôt comme un homme de prière
A force de vivre dans la forêt
peut-être sommes-nous présent
dans le rêve des pierres, des arbres et des oiseaux ?
Ces mots
comme une offrande
déposée au seuil
de ce qui, en chacun, s'interroge
Peut-être n'y a-t-il
en ce monde et sur nos pages
que ce que l'esprit a inventé ?
En ce monde
tout est peine et périssable
voilà pourquoi l'Homme cherche
si obstinément la joie et l'éternité
De plus en plus silencieux
à mesure qu'on approche du mystère
Dans notre cœur
des fleurs et des poisons
que nous distribuons
au fil des rencontres
Si invisible
l'essentiel
D'une figure à l'autre
Et d'un Dieu à l'autre quelquefois
jusqu'à ce que nous regardions à l'intérieur
Qui sait ce que rejoint la prière ?
Le ciel nous rappelle
sans cesse le plus favorable
Nul ne peut accueillir la lumière
sans avoir (d'abord) traversé toutes les obscurités
Essayer de dire l'impensable
Et si c'était là une (bien involontaire)
manière de prolonger la fable ?
Vers soi
le chemin
où qu'il mène
Et si au cœur du poème
il y avait un passage vers l'âme et le silence...
Le cœur se rapprochant
un peu plus chaque jour de la main
Si proche du mystère
qu'il n'y a de place pour personne
Si solidement arrimé au silence
que rien ne peut nous en détacher
Dieu se tient en silence
au-dessus de chaque geste
au-dessus de chaque mot
Sur cette sente qui s'éloigne
de plus en plus du monde des Hommes
Apprendre à vivre sans raison
Une présence parfaitement gratuite
Les jeux du ventre et de l'esprit
là où le cœur a été sabordé
Tenter l'impossible ;
rapprocher le cœur du mystère
Se rire des Hommes
comme ils se rient des bêtes
Lorsque les alphabets de l'âme et du monde convergent
une bonne part du mystère peut être décryptée
Sous les plus anciennes couches de la mémoire
se cache cet étrange désarroi d'être au monde
Dieu dansant au-dessus du monde
en dépit de ce qui rend le cœur triste
Le cœur craquelé
à force de laisser les Hommes dévaster le monde
Le cœur s'extirpant de son sortilège
à mesure que l'on s'offre et s'efface
De plus en plus lisible le ciel
à mesure que le cœur s'en approche
L'impensable
si présent
dans nos prières
Des mots pour tenter de dessiner
le visage de ce que l'on ne peut voir
En ce lieu où tout devient intime
Au cœur de cette lumière
qui fait disparaître toutes les frontières
Déposée depuis longtemps
la lampe que tenaient autrefois nos mains
pour éclairer le chemin
Au lieu du pain
offrir un peu de lumière
à ceux qui ont faim
Allant en sifflotant
les mains derrière le dos
vers ce qui, autrefois, était source
de tant d'inquiétude et de tourments
Une chambre ouverte
sur le ciel, le silence et la forêt
L'âme essayant de hisser les mots
au-dessus des bruits du monde
Si près du ciel
que, parfois, les oiseaux
jouent dans mes cheveux
Le logis posé
dans les hautes herbes
au voisinage des arbres et du ciel
Parmi le peuple de la forêt
le cœur de plus en plus communautaire
Personne devant soi
seulement le ciel et la forêt
Si éloigné des rêves de ce monde
Rejoignant ce qui au-dedans
ne nous a jamais quitté
Comme une lumière en ce monde
qui tiendrait ensemble
les cœurs les plus irréconciliables
Rien que respirer
et sentir l'étreinte de Dieu
et les caresses du monde
L'âme et la chair presque aussi écorchées
que l'écorce des vieux arbres
Au cœur de cette voix qui s'élève
j'entends ce qui est plus haut que la mort
Penché sur le labeur invisible de l'âme et des mots
Rien ne peut échapper à la lumière
Une poésie bien moins précieuse
que le chant des oiseaux
La prière n'est, peut-être, qu'une maladroite manière
d'arracher un peu de ciel
La main de l'Homme
déployant partout la nuit
et amplifiant (malgré lui) l'absence
Sans autre besogne que celle du cœur
Entre la douleur et le ciel
mille passerelles faites de bric et de broc
Ces mots comme de petits cailloux
laissés sur un chemin bien peu fréquenté
Aux abords du franchissement
tout ce dehors contre lequel on se cogne
Inlassablement penché sur notre invisible besogne
L'éternité
sous les éboulis du temps
Au seuil du silence
le monde et la douleur
Sans jamais se dérober
jusqu'à parvenir à considérer
la douleur et l'incertitude comme une grâce
Dans notre atelier
on essaie de rassembler tous les alphabets ;
celui des mots et celui du silence
celui du monde et celui de l'âme
Le bleu qui, peu à peu, se déploie
dans les replis du cœur
Des larmes silencieuses
pour célébrer le merveilleux
Au-delà du rêve et de la révolte
ce qui se renouvelle innocemment
Que sommes-nous réellement
nous qui ne sommes ni ceci ni cela ?
Au cœur de ses propres ruines déjà
cette civilisation déclinante
Au faîte du monde
ce langage qui pointe vers le ciel
Toute cette chair
pétrie par les mains
visitée par le sexe
avalée par la bouche
comme si tout, en ce monde,
n'était que matière
Qu'importe ce que l'on préfère
Seul compte ce que nous vivons
Que vaut une parole
qui n'impliquerait pas le cœur ?
Ne jamais séparer
le bleu du reste
quand bien même
il serait proche du rêve
Ce que sans cesse
le silence reformule
pour nous aider
à épuiser la question du sens
Après tant de jours passés
au-dedans et au-dehors
rien dans notre besace ;
que des signes et des traces illisibles
A n'en plus finir
ces bruits, ces cris, ces voix
et ce travail de l'âme
pour tenter de rendre
l'existence et le monde
plus supportables
Comme chaque jour
mille gestes à recommencer
mille pas à répéter
mille paroles à réinventer
Et ainsi jusqu'à la fin des temps
[Ainsi vivent tous les Sisyphe]
Dans la voix cet étrange dialogue
entre l'âme, le ciel, la roche et la lumière
Tout réduire au plus élémentaire
Ce que le poète tire
de sa proximité avec les bêtes et la terre
transformé non pas en formule
mais en invitation à aimer
D'un lieu à l'autre
sans autre abri que soi-même
Si familière la forêt
parce qu'elle est devenue le lieu
où l'on vit, où l'on travaille, ou l'on contemple
Si poreux que tout nous traverse
avec encore trop d'individualité
pour être en mesure d'effacer
toutes les traces de ces passages
Et si le monde n'était
qu'une manière de se reconnaître...
Ce que nous exhorte la vie
Et ce qu'elle nous invite à prendre en charge
Et si l'exil était une invitation
à habiter autrement l'âme et le monde...
La voix et le vent
mêlant leur souffle
pour donner vie au poème
Et si l'encre n'existait
que pour célébrer
la beauté du ciel
le défilé des nuages
et le chant des oiseaux...
Chaque jour
un peu plus de soleil
entre les mains
Et si, au fond du cœur,
il n'y avait qu'un peu
d'herbe, de ciel et de vent...
Et si tout n'était que rêve et illusion...
Habiter le cœur, le poème et le monde
d'une égale manière
Dans ces mots
tant de bleu
que, parfois, on y voit le ciel
Aucune hésitation
entre le poème et le mystère
Mais quelle grâce
lorsque le premier rend compte du second
et lorsque le second invite au premier
Peut-on sentir, à travers les mots,
les tremblements de l'âme ?
Le lieu de l'évidence
Là où disparaissent les illusions
Le cœur bien plus souterrain
qu'on ne le pense...
C'est au cœur de l'intimité
que se révèle le secret
La vie et la mort
sans brouillon
sans correctif possible
L'Absolu de moins en moins mystérieux
à mesure que s'approfondit la solitude
Si modeste l'aventure humaine
au regard de la souveraineté de la vie et du Divin
Ce que nous sommes ?
Bien davantage que nous le pensons
Dans nos pages
il y a la soif de l'Homme
et (peut-être aussi) de quoi l'étancher
Tant de pourquoi s'effacent
dans le geste juste et le silence
Autour de celui qui n'est plus
tant de signes et de traces
que le souvenir et la peine
tardent à s'effacer
En attendant ce qui ne viendra, peut-être, jamais
nous hésitons entre le rire et les larmes
Au cœur de nos pages
ce que nous n'avons pas su écrire
Pas et paroles
qui convergent peu à peu
pour pouvoir emprunter
le même chemin
Épreuve après épreuve
En verra-t-on, un jour, la fin ?
Exposés ici
sans la moindre concession
le visible et l'invisible
En plein cœur
Aussi qu'importe
que tout soit si provisoire
Allant
sans interroger
ni le monde
ni le temps
vers le plus simple
et le dénuement
Une vie cachée
auprès des livres, des arbres et du mystère
En dépit du Divin
sous les mêmes étoiles
que les autres ; que le reste
Qu'offre donc le poème ?
Un peu de lumière peut-être
dans cette nuit
qui semble avoir tout recouvert
Veiller toujours à ce que la sagesse
prime sur la vérité
Ce qui nous est demandé ?
Peu de choses sinon, peut-être, une écriture sans reproche
Veiller à ce qu'aboutisse
notre désir d'effacement
Hors de tous les cercles
avec un peu de vent
entre les mains
Toujours s'abandonner
à ce qu'offre le jour
Le cœur si près du poème
qu'au-dedans des mots
circule notre sang
Entre les mains, un livre
Et à travers la fenêtre
les ombres dansantes des arbres
sous la lune ronde et lumineuse
Au cœur de l'inéluctable
où se trouve donc la liberté ?
Sans autre certitude
que la présence, en ce monde, du Divin
Aux marges du monde des Hommes
Une terre bien plus vivante
L'âme silencieuse sous la lune
Et ce secret entre les mains
que les mots du poème
essaient de propager
Qu'importe le nom
que l'on donne à Dieu
lorsqu'il devient intime
Sans autre communauté
que celle des pierres, des fleurs, des arbres et des bêtes
peau contre peau sous la même lumière
Aucun pas n'est nécessaire
pour gagner le cœur du royaume
Si humble et si discrète
la main qui se tend
Toute mon existence s'organise
autour de Dieu, de l'âme, de l'arbre et de la page
Et si le réel était bien moins effrayant
que notre rêve de le transformer...
Un Homme, au fond,
pas si différent des autres
Vers le plus simple – presque toujours
Se laisser traverser
par les désirs, les rêves et les étoiles
et les voir, peu à peu, s'éloigner et s'éteindre
Ce à quoi s'essaie le poème ?
Éclairer le mystère et la beauté du monde
afin de leur redonner une place dans nos vies
Au milieu de tout le reste
sans savoir quoi faire
Les Hommes regardent le ciel
comme si Dieu se trouvait au-dessus de leur tête
Ce qu'il nous faut trouver ?
Un passage au cœur de la poussière
Rien au-dehors
sinon les rêves du monde
Si simples
presque ordinaires
la vraie vie et le mystère
Les larmes nous mènent
bien plus sûrement que les mots
au cœur de l'âme et du mystère
Dans nos murmures
aussi peu de mythes et de mensonges
qu'au cœur du mystère
Nos blessures et nos failles
Ce que privilégie le Divin
pour nous rencontrer
Presque autant de mots que de pas
sur notre interminable chemin
Sans rien espérer
la parole qui s'offre
Quelques mots
pour dire quoi au juste ?
Tant de choses inutiles
que nos mains entassent
et que notre cœur accumule
Et si nous laissions le silence
inscrire ses initiales sur notre vie...
Quelques poèmes
pour essayer de contrebalancer
le poids du monde
Tant de choses balancées
aux quatre coins du cœur
Du monde, du bruit
de la douleur et son pesant d'absurdité
Feuille sur laquelle
se hissent les mots et la soif
et ce qu'il faut pour l'étancher et faire un poème
Le cœur troué
à force d'absences et d'atrocités
Au milieu des pierres et des fleurs
notre vie sans histoire
Le cœur parcouru
jusqu'à l'illisible
Des traces de ciel en soi
parfois si imperceptibles
Là où se rencontrent l'âme et les mots
dans ce silence et cette lumière
qui nous font aimer Dieu et le monde
d'une égale manière
Dieu frottant sa chair
au fond du cœur de l'Homme
pour qu'il soit capable d'un peu d'Amour
Nous appartenons à l'infini
qui possède tout jusqu'au plus infime
Rares sont les poèmes
qui savent parler d'une égale manière
de la soif et de la source
Sur notre table
se dessine un ciel inimaginable
Sans autre allié que le ciel
Au fond du cœur
ce qui est capable
de percer toutes les épaisseurs
et de nous hisser
jusqu'à la pointe de l'indicible
Sur notre feuille
des traces, quelques riens
pour nous aider à traverser l'obscurité
Assez de lumière aujourd'hui
pour voir ce qui, autrefois,
n'était pas perceptible
En ces lieux
où tout est jeu, joie et légèreté
Puiser dans l'âme assez de lumière
pour emplir les mots du poème
Puiser dans les mots du poème assez de lumière
pour emplir le cœur de celui qui les lira
Puiser dans le cœur du lecteur assez de lumière
pour en emplir le monde
Peut-être est-ce cela le véritable travail du poète ?
Si amoureusement agencé
le cœur de l'Homme
qui, pourtant, néglige (si souvent) sa besogne
pour achever l’œuvre de Dieu
Que faudrait-il faire
pour venir à bout de l'énigme ?
Des traces bleues
jusqu'au cœur des ombres et des reflets
jusqu'au fond de l'obscurité
La terre et le ciel
découpés, parcellisés, clôturés
par l'esprit de l'Homme
si étroit, si ordonné, si apeuré
Tressés ensemble
depuis l'origine
le monde et le mystère
Toutes les questions de l'Homme
trouveront (tôt ou tard) leur réponse dans le silence
Tant de vie, de beauté et de mystère
au-dedans comme au-dehors
Quitter le monde
comme on s'éloignerait d'un embarras
Des arbres
Des mots
Et de la lumière
Pourquoi si peu voient la folie
de ceux qui se disent raisonnables ?
A chaque extrémité de la langue
le cri et le poème
qui, parfois, se rejoignent
Tant de servitudes et d'incompréhension
chez ceux qui sont condamnés à vivre sur la pierre
Refuser autant que possible
tout commerce avec le monde
Parfois parfaitement alignés
Dieu, le cœur et la main
Pourquoi s'obstine-t-on
alors que tout a si peu d'importance ?
Des mots sans détour ni mensonge
pour témoigner de l'âme et du monde
aussi honnêtement que possible
Où que l'on soit en ce monde
il y a toujours la terre et le ciel
Dieu et la douleur
Là où l'étreinte devient plus puissante
que les cris et l'infortune
Comment ne pas s'attrister
devant les malheurs du monde
et toutes ces âmes tourmentées ?
Jusqu'au dernier souffle
l'interminable combat
entre la grâce et la malédiction
Toutes ces circonstances
qui s'entassent au fond du cœur
et qui agrandissent l'ombre
qui recouvre nos pas
Encore vêtu de toutes nos guenilles d'autrefois
par-dessous la nudité
L'obscurité et la lumière
si mystérieusement enchevêtrées
au fond de l'âme
La forêt, le poème et le regard contemplatif
Lieux de rencontre avec Dieu, l'âme, le silence et le monde
Un quotidien taillé
pour la plus haute ambition
Des feuilles bleues
à force de fréquenter le ciel
Peut-être resterons-nous à jamais inachevés ?
Et si le poème ne pouvait témoigner du réel...
Ce qu'il nous faut rejoindre
pour être (réellement) capable(s)
d'habiter l'âme et le monde
En des lieux qui ne sont
qu'au seuil du seul lieu
Au faîte de la prière
le cœur qui s'incline
et l'âme qui se redresse
Sans charge ni attente
sur ce chemin où tout est rencontre
Tout ce que le cœur devine
à force d'être attentif
Qu'importe ceux que l'on croise ;
au fond, on ne rencontre jamais personne
Se rapprocher peu à peu
de ce qui habite notre centre
et qui ne nous a jamais quitté(s)
Des bouts de ciel sous nos pas
que presque personne ne voit
Happé par le désir brûlant de Dieu
Aller à la manière des nuages
pour échapper aux rêves et aux chagrins
Au-dedans de l'âme et de l'arbre
cette mystérieuse aspiration à la lumière
Le visage tourné vers une vérité vivante
Aussi éloigné(s) du mystère
que de la plus lointaine étoile
Seul face à l'éternel
Et aussi nu que possible
Plongé(s) au cœur de l'âme, du monde et des malheurs
sans parvenir, parfois, à déchiffrer
la moindre parcelle du mystère
Retrouver le monde d'avant la pierre et le ciel –
la terre d'avant le rêve et la douleur
Comment oublier ces millénaires
de désirs, de larmes, d'espoir et de tourments
qui logent, sans doute, encore dans nos tréfonds ?
Une voix qui essaye de témoigner
de l'expérience de l'indicible
Et si le plus visible et le plus vivant
était dans ce que l'on ne dit pas
De qui
De quoi
se sent-on encore séparé ?
Rien que le cœur et la nécessité
Dieu lové
dans l'intimité même de la prière
Le cœur en exil
depuis si longtemps
Ce dont il faut se rapprocher
Ce dont il faut se séparer
pour trouver son chemin et sa voix
Ce que nous disons
Et ce que nous taisons
pour ne pas nourrir la haine
et aggraver les désastres
(déjà si grands) de ce monde
Rien ne peut rompre les fils invisibles
qui nous relient
Dieu habite chaque âme, chaque visage et chaque chose de ce monde
Et dire que la plupart d'entre nous n'en ont pas conscience...
Entre le miroir et la mort
Tant d'ombres et de reflets
Cette présence obstinée du monde dans le cœur
Et cette présence obstinée du cœur dans le monde
Si mortellement vivant(s)
L'Homme dans son incroyable cécité
consommant le monde comme une denrée
Bien plus enclins à renouveler la fable
qu'à se pencher sur le mystère
Insatiablement cette faim
L'Absolu plutôt que le monde
Quelles traces les nuages laissent-ils
de leur passage dans le ciel ?
Et si l'on tissait ensemble tous les poèmes...
Au cœur de cette solitude et de cette innocence
qui résistent à tous les règnes
A chaque poème
la pointe de l'âme
et la pointe du feutre
trempées dans la lumière
Tant d'Hommes
reclus au-dehors
ignorant même
jusqu'à l'existence du dedans
Remontant du fond de l'âme
tant de matériaux nécessaires
à la prière et au poème
Laisser le silence et la prière
transformer l'âme et le monde
en lieux sacrés
En ce lieu où il n'y a plus de chemin
Laisser le bleu entrer
au fond de notre terrier
Au milieu des ronces et des oiseaux
Au milieu des mots et de la lumière
A travers la fenêtre de la roulotte
les arbres, le ciel et la lune
et, au loin, le cri d'une chouette hulotte
Assez de détachement et de confiance au fond du cœur
pour laisser à Dieu le choix du chemin
Dans l'intimité des paumes jointes
défilent tous les habitants de la terre et du ciel
Sous le dénuement
le secret
En toutes circonstances
s'exercer à son rude métier d'Homme
Le mystère
présent autant au-dessus des étoiles
qu'au fond du cœur
Sans rien promettre
malgré cette tendresse
et cette lumière entre les mains
Dans nos pages
il y a le ciel
et toutes les confidences du monde
celles des pierres et celles des Hommes
celles des arbres et celles des bêtes
si mélangées entre elles
qu'il est impossible de reconnaître
ceux qui les ont murmurées
Des millénaires sans autres Dieux que ceux que l'on s'est choisi
Le cœur si proche de celui des bêtes
Si près de l'enfance et de la prière
La tendresse et la lumière des sages
écrasées par les pas des Hommes
Quelques mots
notre manière, sans doute, d'inviter
un peu de silence et de lumière
L'âme en chantier
laissant œuvrer le jour
Le cœur inlassablement
penché sur sa besogne
Et si, au fond, l'âme et les mots
cherchaient la même lumière...
Du bleu dans la main de Dieu
essayant de repeindre le cœur des Hommes
Rien ni personne
Seulement Dieu et le silence
Et l'âme parfaitement comblée
Sur un chemin qui n'était autrefois qu'une nuit
et que le ciel et l'âme ont, peu à peu, désobscurcie
Tant de détresses différentes
sous les mêmes étoiles
Une vocation partagée
entre le témoignage
et la contemplation silencieuse
Les paupières mi-closes
mais les yeux et le cœur grands ouverts
Dans l'interminable défilé de visages
qu'a vu passer le monde
combien y a-t-il eu de cœurs sages ?
Le périple de l'âme
et le périple de l'encre
au fond, pas si dissemblables
Qui saura accompagner nos pas
jusqu'au cœur du silence ?
L'invisible et le vivant de plus en plus intimes
De moins en moins de visages
comme si toutes les rencontres
finissaient par mener à soi
Au cœur de ce que
ni la raison ni l'imaginaire
ne peuvent concevoir
Les mains tachées d'encre et de ciel
à force de côtoyer Dieu et la poésie
Une écriture du dedans
composée (le plus souvent) au-dehors
Un peu partout en ce monde
la figure de Dieu dessinée en filigrane – souriante et silencieuse
Le ciel (presque toujours)
à la lisière du poème
Ce que l'on voit
est, sans doute, la pointe perceptible de l'invisible
Tant de silence est nécessaire
pour que la parole parvienne à se hisser
au-dessus des bavardages et des bruits
Au fil des jours
ce qui se consume
et ce qui se fortifie
Mille chemins
entre la terre et le ciel
Au creux de la main
ce que le monde y a déposé
Et au cœur du geste
la grâce que Dieu nous a concédée
Soudain d'un souffle
la misère ou le Divin
Par-dessus nos têtes
la danse invisible des âmes
Tout ce bleu par la fenêtre
qu'on ne dirait presque pas le monde
Pour quelles raisons
Dieu consent-il à la cécité des Hommes ?
Et s'il n'avait le choix ?
Assis sur la pierre
entre l'arbre et l'invisible
Explorant toutes les géographies
celle de l'âme et celle du monde
Passant en un éclair parmi ceux qui prient
leur préférant la solitude au pied de l'arbre
A la pointe de l'émerveillement
cet incroyable débordement de tendresse
Parmi celles qui paissent
le regard et la parole tendres
Et quelques larmes sur la joue
Quelques feuilles blanches
sur la table de bois
L'herbe à nos pieds
Et au-dessus de notre tête
le ciel et les frondaisons
De soi à Soi
en passant par la lumière
Qu'importe ce que nous comprenons
une part du mystère (fort heureusement)
nous échappera toujours
Ce que nous révèlent le silence et la prière
Dieu et le monde
dont nous ne connaîtrons, sans doute, jamais le vrai visage
Chaque mot est-il digne du réel ?
Et peut-il être un passage vers la vérité ?
Ce qui nous épie
sur la pierre
sans même nous parler
La main tendue vers nous
de l'intérieur
Et nous cherchant encore au-dehors
au milieu des visages
Dieu et les oiseaux ont-ils une carte du ciel ?
se demandent parfois (un peu bêtement) les Hommes
A voir le monde
on pourrait penser que la lumière
n'est qu'un fantasme ou un souvenir obsolète
Il y a tant d'absence et d'ailleurs
dans la vie, la tête et les gestes des Hommes
Est-ce Dieu qui écrit l'histoire du monde ?
Et comment les Hommes prennent-ils part au récit ?
Pour quelles raisons
sommes-nous si disposés
à féconder le malheur ?
N'y a-t-il que Dieu
qui guide la main de l'Homme ?
Dieu, la vie et le monde
(comme tout le reste)
transformés, trop souvent, en spectacle
Le cœur si près des mots
que sur mes pages
le sang et l'encre se mélangent
Au fond – peut-être –
tout n'est que ciel et silence
Autour de la roulotte
posée au fond des bois
des fleurs, du silence et de la lumière
Vaut-il mieux donner du pain ou de la lumière
à ceux qui ont faim ?
Dans la paume ouverte
tout ce dont nous avons besoin
Jour après jour
face au même silence
Dieu nous accompagnant
(continuant de nous accompagner)
jusqu'au cœur du plus profond sommeil
Au milieu des danses du monde
les yeux fermés jusqu'à la plus haute absence
Sans parvenir à percevoir la lumière
dans le cœur de ceux qui sommeillent
Comment peut-on vivre
sans essayer de résoudre le mystère ?
La vie
comme enroulée autour du mystère
Abandonnant ce siècle
à ses pauvres et tristes fêtes
Et s'il n'y avait rien à franchir
pour accéder à la lumière
Seulement (si l'on peut dire)
se dépouiller jusqu'à la dépossession
Si fragile et incertain
ce socle sur lequel
nous nous acharnons à bâtir
Au cœur du rêve
ce qu'il nous faut percevoir
Qui sait dans un même élan
célébrer le silence et le monde
la lumière et le sommeil ?
Une présence attentive, bienveillante et silencieuse
Voilà, sans doute, l'une des plus belles manières d'habiter le monde
Dans la main
quelques étoiles
incapables d'offrir au regard
la lumière qu'il réclame
Comment toucher ce qui sommeille
au fond du cœur de chacun ?
Tant de seuils à franchir
et de frontières à effacer
avant de pouvoir se retrouver
Ce qui est présent en nous
voilà, sans doute, notre seul trésor
S’asseoir en silence au milieu des fleurs
et laisser paisiblement passer les heures
Dans nos poèmes il y a des chemins
que ne fréquentent presque pas les Hommes
Dans la roulotte
la lumière crépusculaire
éclaire sur la table de bois
notre repas de fête
un plat de lentilles avec un peu de riz
posé au côté d'un livre de poésie
Le cœur et la main de l'Homme
sont parfois si éloignés l'un de l'autre
qu'on dirait qu'ils n'appartiennent pas au même corps
Dans notre ventre
cette bouillie de chair
qui, quelques heures plus tôt,
était encore vivante
Dans les vrais livres (les livres essentiels)
il y a l'expérience de l'Homme
mais aussi (et surtout) un geste de fraternité
[quelque chose qui aide à vivre et à cheminer]
Ce si vaste auquel nous aspirons
Les Hommes si invasifs et si bruyants
que même la forêt perd parfois
son caractère de refuge
Le monde, bien souvent, comme un piège
où s'amplifient tous les soucis
et toute la noirceur de l'Homme
A œuvrer inlassablement
au labeur de l'Homme
Et s'il y avait derrière notre visage
toutes les figures de ce monde...
Qui est à l'origine du poème ?
Celui qui l'écrit
ou ce qui, en lui, se laisse traverser
par tous les souffles du monde ?
Au cœur de l'incertain
l'indicible confiance
Le cœur attendri
par toutes ces petites choses
qui font notre vie
Et si derrière le besoin d'écrire
il y avait (comme pour presque tout ce que nous faisons)
le désir d'être aimé...
Se défaire de tout ce qui ne relève pas
du mystère ou de la nécessité
Au début, peut-être, d'un chemin
qui n'en est plus un...
Nos poèmes parfois
ont l'odeur de la terre
et la couleur du ciel
Dans notre main
ces grandes fleurs vivantes
que ne perçoivent que les âmes sensibles
Dieu et des arbres
dans notre longue rêverie
Et le jour qui n'en finit pas de croître
De moins en moins énigmatique le destin
à mesure qu'on s'approche du mystère
Si authentiques
les lèvres bleues
que quoi qu'elles disent
elles mettent en lumière
Aux abords d'un monde
qui se passe de mots
mais qui est encore
assez friand de poèmes
Une voix revenue du rêve
qui célèbre le plus réel de l'âme et du monde
Une existence
faite de mots, de nécessités et de contemplation
Cette étrange présence
au fond du regard et du cœur
qui attend que nous la reconnaissions
Seulement le plus essentiel
Et le reste superbement délaissé
D'un jour à l'autre
sans que rien ne les différencie
Le cœur et les yeux
qui se détournent des rêves du monde
pour retrouver le plus réel de la terre et du ciel
Le visage de Dieu
émergeant quelquefois
du fond de l'enfance
Le poème est réussi
lorsqu'il parvient à pénétrer le cœur
ou à graver au fond de l'esprit
quelques mots en lettres de lumière
Tout ce dont il faut (sans cesse) se défaire
pour accueillir ce qui vient
Les jours, les saisons, les joies et les malheurs du solitaire
ne ressemblent en rien à ceux des Hommes du monde
Au fond de la forêt
Là où l'on peut échapper
à la folie des Hommes
Là où l'on entre en amitié
avec tous ceux qui fuient le monde
Les yeux posés si tendrement
sur ceux qui seront bientôt
mutilés ou égorgés par les Hommes
Partagés entre le rêve et la misère
Sans Dieu et sans dignité
Tant de tourments
nés du désir
Une existence qui n'exhibe rien
qui tente seulement de se faire
discrète et tendre
Le cœur si peu utile à ce monde
qu'il est devenu une terre en jachère
où prolifèrent les pierres et le chiendent
A l'intérieur
ce qui veille
à la manière d'une vigie
Dieu
à l'exacte dimension du cœur
Allant
vers la plus évidente et imperceptible présence
Comme un ciel au-dedans
qui se laisse découvrir peu à peu
Seul Dieu nous connaît
davantage que nous-même
Sur les traces invisibles
d'un Dieu qui nous devance
Et s'il suffisait
de s'asseoir et d'attendre
Ah ! L'invisible travail de l'âme
pour que tout devienne lumière et tendresse !
Un chant qui célèbre
toutes les choses au fond desquelles
la vie et la mort se tiennent par la main
Seulement Dieu
et ce qui nous est nécessaire
Le cœur à l'écoute
de tout ce qui le traverse
Ce qui demeure illisible en soi
est, peut-être, le plus précieux
Bien des Hommes imaginent
que tout, en ce monde, peut se résumer
à quelques chiffres et à quelques mots
L'arbre ?
Une magnificence sans orgueil
Et s'il y avait sur la croix
tout ce que nous refusons de vivre...
Sur mon carnet
les herbes et les nuages ont remplacé
les rêves et les questions
Esquissés d'un geste tendre
tous ces mots qui essaient
de refléter la lumière
Devant un ciel sans réponse
Parfaitement heureux et exaucé
Dans notre tanière d'écriture
il y a assez de solitude et de silence
pour témoigner des expériences de l'âme
L'effroyable cécité des Hommes
qui précipitent le monde
dans le chaos et la désespérance
Rien que du bleu et de l'innocence
Laisser au jour
le choix des gestes et des pas
et la manière dont il coloriera le cœur
Il y a au fond de la soif
une étrange présence
aux yeux tendres et aimants
Chaque matin
cette aube étrange et immense
qui se lève au fond de l'âme
Dans nos poèmes
il y a (presque toujours)
un doigt pointé vers le dedans
Que se passerait-il si Dieu
emplissait entièrement le cœur de l'Homme ?
Le séant posé sur la pierre
au milieu de tous les règnes
Sans doute y a-t-il
au fond de la mémoire
le premier ciel
le premier sourire
le premier poème
Des amas de rêves préfabriqués
dans lesquels pioche la main de l'Homme
Qui donc se soucie
de l'usure du monde
et de la lassitude des âmes ?
Le plus essentiel n'est pas caché
mais enfoui dans nos profondeurs
Tous ces mots murmurés dans notre carnet
ont bien du mal à se faire une place
dans ce monde où chacun vocifère
et n'écoute que ses propres bruits
Une vie cachée
au milieu des pierres
Sans autre temps
et sans autre lieu
qu'ici-même à cet instant
Dans nos mains
une aube dont on ne sait que faire
et que l'on éparpille un peu partout
sur la pierre
Par un étroit chemin
qui se faufile entre tous les rêves
Le poème n'est réussi
que lorsqu'il parvient
à pénétrer le cœur de l'Homme
L'âme et la main
qui cherchent dans l'obscurité
un peu de lumière
un visage capable
de les extirper de leur nuit
Sans appui
la tête dans le vent
et l'âme par-dessus
Faire confiance
à ce qui œuvre à notre effacement
Tout entier
dans ce glissement intérieur
Un cœur sans consigne
La tête des Hommes
si profondément enfouie dans le rêve
qu'ils s'imaginent vivre au cœur du réel
Au fond du cœur
tout ce qui est clandestin
Toute vocation
est singulière et mystérieuse
A force d'oublier et de souiller le sacré
on en vient presque à salir le ciel
Qu'importe l'apparence
de celui qui a le cœur innocent
Dans ce foisonnement de la parole
il y a un si fort désir de silence
(parfois, peut-être, imperceptible)
Au cœur d'un cercle
dont chacun serait le centre
De silence en silence
l'invisible, peu à peu, se révèle
A travers la fenêtre de l'âme
le ciel, le monde
la lumière et la nuit
Le cœur parfois si près du poème
qu'on l'entend battre sur la page
Un soleil dans chaque main
l'un immense et clair
et l'autre infime et noir
Si joyeux
que l'âme danse
sous la lune
La roulotte posée dans les hautes herbes
portes ouvertes sur le ciel et la forêt
Comme un chant qui jaillit du cœur
aussi maladroit que miraculeux
Ce qui est caché en l'Homme
relève autant de la terre que du ciel
A danser au milieu de la misère et des larmes
comme si rien ne comptait
excepté leurs désirs et leur bonne fortune
Au fond qui sait ce qu'il se passe
dans notre tête-à-tête avec Dieu ?
Parfois cabane roulante
d'autres fois cellule itinérante
cette roulotte dans laquelle je vis
selon que je penche
du côté du voyageur solitaire
ou du côté de l'ermite nomade
L'âme droite et silencieuse
parfaitement adossée au ciel
Des fleurs vivantes
offertes avec les mots du poème
Mais y a-t-il seulement quelqu'un
en ce monde pour sentir leur parfum ?
Le cœur littéralement
pourchassé par la lumière
Combien d'Hommes en ce monde
peuvent se targuer d'échapper
aux lois naturelles des vivants
animés par la défense du territoire et la faim
et qui passent l'essentiel de leur vie
à s’entre-tuer et/ou à s’entre-dévorer ?
Dans les marges de la vie, du monde et du poème
le plus essentiel peut-être... ;
et qui échappe aux yeux inattentifs
D'un geste ou d'un poème
essayer de refleurir ces terres
abandonnées aux pierres et au vent
Dans nos mains
ce qui nous est nécessaire
mais jamais l'essentiel
qui échappe à tout accaparement
Au fond du cœur
ce que si peu découvrent de leur vivant
Que rencontrons-nous
en allant vers nous-même ?
Et si offrir ses mains vides
était plus précieux que tous ces bras
chargés de victuailles et de marchandises...
La géographie de l'âme
où tout est vertical
y compris le plus obscur
et le plus indigne
La chair partout portée en triomphe
Et l'invisible parfaitement oublié, négligé, déserté
Dans quel repli du cœur
s'est donc caché notre seul ami et confident ?
Les Hommes accaparés par le rêve
Et quelques-uns (bien rares il est vrai)
émerveillés par le réel et l'invisible
Où se trouve cet incroyable continent
aux contours mystérieux et fluctuants ?
Au bord d'un royaume
où le rêve et la nuit
ont la même substance
que la lumière
Le moins nécessaire et le plus irréel
ce que s'échinent à cartographier les Hommes
Et si le manque n'était qu'une invitation
à retrouver ce que nous avons oublié...
Quoi que l'on fasse
tendre toujours vers le plus simple
Jour après jour
ce qui échappe au temps
Chaque jour
un peu plus loin
sur la page
au fond de l'âme
et derrière les collines
De plus en plus nu
en ce monde où prolifèrent
les parures et les masques
Dans notre voix
toutes les dimensions de l'âme et du monde
Et les abords de l'invisible
Dans notre vie du dehors
au fond assez peu de choses
alors qu'au-dedans résident
le plus vaste et le plus mystérieux
qui ne se laissent presque jamais voir
Écrire
comme si l'on s'adressait
à Dieu et au cœur de l'Homme