Carnet n°280 Au jour le jour
Mars 2022
Au pays lointain – reculé – de l’exil…
A l'abri des hommes et de la folie du monde…
Seul – à présent (davantage encore qu’autrefois)…
Au milieu des arbres…
Chez soi – de plus en plus ; au cœur de l'intime ; l’Amour – le socle (bien sûr) de toute présence…
Le sommeil du monde si commun ; et si désespérant pour l’âme…
Impuissant(s) – démuni(s) – face à la tristesse et à l’exaspération (inévitables)…
Et – pourtant – toutes nos cartes sur la table ; honnête au jeu authentique où l’on risque sa vie…
Le dedans sans oracle – sans promesse ; et le cœur suturé ici et là…
Au fil des pas – vers le dénuement ; l’essentiel et la simplicité…
La peine partagée ; comme si nous n’avions que cela à offrir – comme si nous n’avions que cela en commun…
A ne plus savoir que faire ; à ne plus savoir qu’en faire – malgré nos supplications…
Les mots qui jaillissent pour creuser l’oubli – ouvrir une brèche et y trouver refuge – un peu d’apaisement ; comme un territoire qui se laisserait totalement traverser…
Vers l’effacement et la disparition – la seule issue – la seule solution…
Ce qui (nous) servait a disparu ; et ce à quoi l’on sert – à présent – presque exclusivement…
Oblatif et ancillaire ; pas une posture – pas une volonté ; un abandon…
Une manière de se perdre jusqu’au plus rien – jusqu’à l’invisible célébration ; comme un clin d’œil céruléen…
*
Des pensées écarlates – comme des abîmes à enjamber…
Une grande fresque de l’invisible – incroyablement grossière…
Des bouts de réalité sans profondeur…
Des choses qui laissent démuni face au ciel et aux malheurs…
Comment peut-on, à ce point, oublier qu’un sourire aide – console et encourage – (bien) davantage que mille traités de sagesse – que mille siècles de raison…
A la cime du temps – là où l’heure disparaît – là où apparaît l’instant ; qu’importe l’époque et la lassitude de l’âme – en ces lieux où l’on peut passer d’un monde à l’autre d’un claquement de doigts…
La roue des jours sur laquelle se tiennent (en déséquilibre) toutes les choses du monde ; avec, au-dessus, un ciel immense – comme posé à la verticale…
La lumière (bien) en face des yeux pour éclairer le front et ce qui nous manque…
Des miroirs – des présages ; et un retour possible (bien qu’improbable au regard des statistiques humaines)…
Et qu’importe le défilé des visages – la liste des images – le cortège des événements ; ce qui survient sur la terre – devant soi – entre la mémoire et le temps prétendument à venir ; une seule chose à la fois…
En chemin ; tels que se manifestent la blancheur – le jour et le silence ; ce qui résiste à nos pas – ce qu’il nous faut (nécessairement) affronter…
Tantôt un éloignement – tantôt une fuite en avant…
Du sable et de la poussière ; les seules traces que nous laisserons…
Et après la disparition – tout (sans doute) qui recommencera…
Après la route partisane – les pas sous le soleil…
La façon dont le cœur éprouve ce qui lui revient – sa manière de voir (si différente de l’ancienne)…
Plus ni fou – ni roi ; le chant que l’on entonne pour ceux qui savent se pencher – comme en nous-même(s), l’âme agenouillée…
Un sourire – et un peu d’innocence – au milieu de la mort et des absents…
Tout à oublier pour rendre le regard neuf et toutes les choses du monde merveilleusement indistinctes…
Juste ce qui se ressent ; et ce qui fait fondre l’âme – cette pâte miraculeuse…
Comme une mère penchée au-dessus du vide ; et serré contre elle un visage – ni le sien – ni celui de son enfant – ni celui d’un éventuel amant…
Un œil seulement pour l’accueil ; et le cœur chaviré qui chute – la chair et le ciel ensemble – pendant un (court) instant…
L’espace au creux de la main qui tient un bouquet de fleurs vivantes…
Ce qui demeure – en nous – bien davantage que le rêve du monde – que le rêve des Autres ; ce que le destin semble avoir choisi sous l’étoile qui brille (juste) au-dessus de notre tête…
Dans une grande confusion ; les bords et le centre ; ce qui se vide et ce qui se remplit…
Le sol et le ciel apparemment séparés…
La main qui guide et caresse ; et ce que l’âme parvient à infléchir dans la volonté…
La terre que, sans cesse, nous arpentons…
*
Visages quémandeurs…
L’âme qui s’éloigne des Autres et de la bouche…
Vers un autre monde – tant attendu (tant espéré)…
Des temples – des mots ; l’hiver qui se prolonge dans la simplicité des choses…
L’invisible quotidien – à notre porte…
La tête et les mains qui désapprennent tous les usages…
Les mythes que l’on oublie ; et les fables que l’on piétine…
Un autre regard ; le commencement (peut-être) d’un autre regard…
La nuit renversée (tout) juste avant l’effondrement…
L’instant disséqué qui nous interroge…
L’être recouvert de matière et de temps…
Des paroles – encore – comme s’il nous était possible de dire l'essentiel…
Et quelque chose – en soi – espérant (encore) l’improbable ; le silence et la réconciliation – la liberté affranchie des Autres – de la pensée – des oppositions (apparentes) – du pour et du contre inhérents au regard – à la diversité des visages et des objets de ce monde…
Le plus lointain qui, peu à peu, se rapproche…
Le bois – en nous – le cœur même de la forêt…
La terre – en nous – soudain silencieuse…
Le feu suspendu au ciel…
Et la source dans le brasier – comme une lumière qui éclaire chaque geste respectueux…
Des lieux – du vide et des lieux – pour préparer ce que l’on entrevoit – au loin – ce qui tarde à franchir le seuil de nos âmes malades – infirmes – estropiées…
Le souffle de l’immensité que réclament tous les élans…
De moins en moins fable – le monde…
Comme une suspension – presque une perspective – pour que les illusions se dissipent…
Plus rien – ni personne – dans l’intimité croissante de ce qui est là ; ce que dessine notre main – ce qu’appelle notre bouche – sur le sable – dans l’air – les mêmes vibrations…
Au-dehors – cette fragilité ; et ces bagages délaissés…
Le temps tout neuf sur nos minuscules carcasses…
D’un bout à l’autre de la chaîne – comme libéré…
A notre place – sans même y penser…
A moitié silence ; et l’autre part que l’on cache – que l’on tait – comme si nous avions honte de ce qu’est l’homme…
Du mépris pour ce roi et son royaume ; ce peuple de soudards et de fantômes ; et de la peine pour ceux qu’ils offensent – pour ce qu’ils bafouent – pour la douleur qu'ils infligent…
Encore trop près de la poussière que soulèvent leurs pas ; de la sève et du sang qu’ils versent ; de l’écume qu’ils brassent…
Des remparts et des montagnes de chair – devant notre bouche muette – notre âme sidérée…
Et cet étrange sommeil perceptible dans tous les yeux ouverts…
Quelque chose du cœur et de l’oiseau – dans cet émiettement…
Au plus proche de l’âme – l’orage…
Des éclats de lumière ; le bruit au plus près de la tête…
Ce dont se moquent les sages – équanimes…
Des déclins – des chutes – des envols – qu’importe l’itinéraire – qu’importe le voyage…
Un simple sourire sur tous les délires du monde…
L’absurdité – un peu partout – présentée comme le seul usage et la seule loi…
Fils de personne – ami de ceux qui se dressent en silence…
A danser comme d’Autres refusent l’honnêteté et la rectitude…
Et souffrant – parfois – comme le soleil en hiver ; avec une sorte de lassitude au bord des lèvres...
Le rêve plus noir que jamais ; et l’impossibilité (bien sûr) de s’établir quelque part…
*
Rien que le monde – sous les étoiles – comme enfermé…
La nuit épaisse – aux portes de l’absence…
Des voix – dans le lointain – inaudibles – qui soliloquent ; mais à qui pourraient-elles donc s’adresser ; personne à la ronde – à peine quelques ombres – quelques silhouettes furtives…
Des cellules où suintent la fatigue et l’ennui ; et cette solitude triste – seul(s) – à deux et à plusieurs ; et plus que tout – absent à soi-même…
L’impossibilité d’être ; comme flottant au milieu des Autres – malgré la pesanteur et la gravité ; malgré les airs que l’on se donne…
Enchaînés aux choses et à l’incompréhension ; la pitoyable figure des hommes…
Allumé – en soi – ce que la nuit tente d’éteindre…
Des terres parcourues en vain ; personne malgré le nombre de visages rencontrés – l’homme (presque) toujours – si manifestement déchiffrable – transparent jusqu’aux souvenirs qu’il entrepose au fond de son crâne ; les ambitions grossières et instinctuelles…
La hâte et l’ingratitude ; la veulerie et l’appropriation…
La vie (strictement) extérieure ; et l’âme obscure – inexistante…
A la manière de pantins manipulés – de l’intérieur – par on ne sait quoi ; toutes les forces invisibles à l’œuvre – tendues vers là où va le monde…
Penché sur la rupture et la perte – puis (fort heureusement) les oubliant…
De l’ignorance indigente au non-savoir joyeux ; ce voyage sans voyageur – ce parcours sur ces rives désertes…
A la fois présent(s) et absent(s) – comme si l’on existait et comme si l’on n’existait pas ; la seule énigme du monde – sans doute…
L’oreille collée au ciel – et la main comme un canal – le prolongement de l’invisible – la pointe de l’âme obéissante…
En soi – la respiration de l’enfance ; l’intimité retrouvée…
Le jour qui échappe à l’éternel découpage du temps…
Sur la même rive – pourtant ; mais étranger à tout ce que prônait l’ancien monde…
L’itinéraire de l’exil et de l’errance – de plus en plus – à mesure que le voyage se dessine…
L’éloignement des terres tristes et trop peuplées…
L’enjambement du rêve et de la terreur que trop de têtes ont institués en règle commune…
A présent – parmi les arbres et les bêtes des bois ; l’encre toujours plus rêche et rectificative ; comme une humble participation au mur de vent qui se dresse contre la bêtise et l’ignominie des hommes…
Un monument dédié au non-humain – qui célèbre tout ce qui peut porter le cœur au-delà des instincts coutumiers…
Au sortir du visible – ressurgit (parfois) cette tristesse très ancienne – ces larmes de pierre ; le balancement de l’âme qui hésite – qui se protège – qui aimerait se prémunir contre toutes les formes de disparition – l’effacement en tête – et la mort – et cette épaisseur qui nous empêche de voir – de vivre – d’aimer…
Tous les cercles qui s’opposent à l’abandon ; ce pré carré du mystère – du secret vivant, caché sous l’ignorance, qui œuvre à l’avènement de la lumière et de la liberté…
L’étendue dans toute son envergure (et toute sa profondeur) qui aspire à sortir de l’ombre pour révéler à ce monde obscur et laid, la présence de la beauté et du merveilleux – l’évidence (affirmative) du miracle au cœur même de ce qui semble voué à la disgrâce et à la monstruosité…
Sur la route faussement menaçante…
Vivant (pour tout dire) sur la terre – la tête inclinée…
Le cœur posé au milieu de l’hiver…
Face au vent – les lèvres froides ; les yeux plus ouverts que jamais…
Et cette ténacité qui résiste à l'indifférence du monde…
Au commencement de l’âme – l’émerveillement et le ciel qui gagnent, peu à peu, sur la folie…
Entre la mort et le presque rien ; ce qui nous définit – de plus en plus…
Un pas (considérable) vers l’effacement et l’oubli…
Et le reste livré à l’errance – à la possibilité du monde – à la possibilité du ciel ou du néant…
Ce qui s’offre ; à qui veut – à qui tend la main – à qui ouvre les bras – sans la moindre volonté…
D’un seul geste – très loin des Dieux…
Cet étrange déploiement sur la pierre…
La vue qui se brouille ; à même la nuit – ce que nous voyons…
Partout – la violence et la colère ; et cette chose très noire qui serpente entre les âmes…
Le feu comme un précipice – né de la chute récente d’un soleil très ancien…
Aussi fou qu’aveugle – ce qui réfrène tout élan ; il faudrait (au contraire) aller plus loin que le lieu de l’éclosion – plus loin que le lieu de l’hébétude – au-delà de la voix et de la solitude ; et habiter le fond de l’écoute pour être capable de douceur et de joie ; et devenir l’intimité qui efface la distance avec les choses – avec le monde et le silence ; s’éveiller – en somme – au plus près de soi…
*
Le corps reconnu…
L’enfant contre le monde – résistant…
La langue inventée par la joie – si différente de celle née dans le malheur…
Serrés contre soi – le ciel et la pierre…
Et cette corde (invisible) à laquelle on est – (très) mystérieusement – suspendu…
Des questions – comme autant de traces – des signes d’incompréhension…
Face à la source – le silence – le seul indice offert…
L’oubli après l’ignorance…
L’émiettement des états ; et le prolongement des émotions sur l’étendue battue par des vents de plus en plus forts…
En contrebas – les sommets les plus escarpés des rives habitées par les vivants…
Le monde – sans emploi – qui a perdu son attrait (une grande part de son attrait)…
Le mystère au cœur du nœud que tentent de démêler le souffle – les gestes et l’esprit…
Et la brusquerie (très) impatiente des Autres face à notre immobilité (apparente) ; loin (très loin) de l’inertie pourtant – une force brute – une énergie condensée – en suspens – dans l’attente d’un événement déterminant – l’avènement du bleu – dans l’âme – porteur de nos propres ailes ; la garantie d’un affranchissement de tout ce qui contraint et emprisonne ; sans doute – le lieu le plus prisé des hommes…
La même terre ; avec des étoiles à l’intérieur ; et le monde (entièrement) au-dedans…
La roue du temps retournée qui fait défiler les siècles à l’envers…
Et la sagesse jetée dans le jeu – avec le silence et la joie – au lieu de l’inquiétude et des désirs initiaux…
La vie – en nous – circulant avec intensité ; en chemin vers l’origine – du plus sacré jusqu'au plus sacré – à travers ce qui semble relever des instincts et de la grossièreté…
Une forêt de tombes – dressées au cœur du verbe…
Des paroles inanimées – des mots comme des taches de sang séché…
Ce qui nous échappe – dans les profondeurs du gouffre – la source tarie ; et le compagnonnage des Dieux remis en question…
La faute mise en exergue à la place de la découverte – à la place de la permission…
Tantôt le prolongement du bruit – tantôt le silence dans ses retranchements…
Guidé(s) (assez maladroitement) vers le pardon pour s’écarter du malheur ; jusqu’à l’immobilité affranchie du sommeil et du pourrissement…
S’attarder – seul(s) – au fond de la blessure…
Sous la neige et le souvenir – la sensation initiale ; comme un pays – une saison – très loin de ce que nous expérimentons à la surface…
Un (brusque) arrêt du répit – au cœur d’un brouillard que le temps a transformé en pâte – une partie de la route – au milieu des pierres – jusqu’au ventre – jusqu’au cœur…
Et la délicatesse des pas ; et l’âpreté du voyage ; ce retour involontaire jusqu’au point d’origine…
Le nom oublié des choses ; ce crime dont nul ne se souvient – à force de négligence et d’inattention…
L’absence sans autre remède qu’une veille attentive – et pénétrante…
Comme des pelletées de matière lancées vers le ciel…
Comme une voix qui s’attarde – avec nous – dans la poussière – accumulée en couches – en strates épaisses…
A la manière d’une prière pour rejoindre l’espace et la lumière – recouverts par mille siècles d’ardeur et de souvenirs ; les yeux (à peine) au-dessus des amassements…
*
Ainsi constitués – les lieux fabriqués par l’homme ; artificiels – suspendus au bout d’une hampe exhibée – et agitée sous le nez de tous – pour montrer et faire envie (semblerait-il)…
Comme un poids supplémentaire sur toutes les épaules…
Et tout en bas – les bêtes sur lesquelles le monde prend appui ; le socle de ce terrifiant royaume…
Exit donc la vie naturelle et la fraternité ; la marche à pas lents – et toutes les têtes du cortège tournées dans la même direction…
Le centre délaissé ; et partout ailleurs – le néant qui ne cesse de se répandre – d’envahir la terre et les âmes ; le règne périphérique (et généralisé) de l’abomination…
Personne ; une fuite au-dedans pour échapper à la décadence du monde – au déclin des choses…
Le temps comme arrêté ; les yeux aimantés par tous les reflets du miroir…
Dans la chambre – plus aucun mystère – plus aucune source ; l’obstination qui pousse au-dehors – au mimétisme et à la différenciation ; vers le plus facile – toujours – sans interrogation…
Le cercle où l’on piétine – où l’on se salue et où l’on fait des offrandes ; la comédie du collectif et du sacré ; la seule loi – l’œil de l’Autre ; et l’autel du confort placé au cœur du temple…
La joie (ou ce qui en fait office) suspendue à mille bouches étrangères ; et la certitude permanente que quelqu’un nous regarde…
Un monde de fantômes dont il faut apprendre à s’éloigner…
La nuit déconstruite – pierre après pierre – pour que le silence et l’intimité puissent détrôner la tristesse et le sentiment d’étrangeté…
Des deux côtés de la grille – l’esprit qui apprend, peu à peu, à se rassembler…
Sans voix – face à la mort – au déni – au mensonge…
Passant – silencieusement – comme si la parole n’existait pas – comme si toute explication était vaine…
Alerte et attentif – seulement…
Serviable (sans excès)…
Présent ; et caressant lorsqu’il convient de l’être…
La vie – en soi – maître des mœurs et des usages ; et la force de ce qui s’impose…
Rien que des élans nés de la nécessité…
Ni rêve – ni désir – ni ambition…
L’extinction des idées ; le visage devenu chemin ; et le chemin devenu enlacement ; la seule perspective – celle qui mène à l’intimité que réclament le monde – les choses – tous les vivants…
Ce qui advient – derrière les apparences…
Ce qui a lieu ; des événements – ni majeurs – ni négligeables…
Des froissements d’air et d’âme – plus ou moins durables – plus ou moins conséquents…
Des choses toutes proches – tournées vers nous – affranchies de ce que peut en dire la raison…
Tous les yeux posés sur la matière – sur tous ces amas de matière façonnés par les mains ; et que la tête considère comme un trésor ; ce qui pourrait être utile au cœur et au corps – ce qui pourrait apaiser la peur et la faim…
Rien d’important – en vérité ; dans tous ces cercles de lutte – dans tous ces cercles de protection et d’approvisionnement…
Et – en soi – un abîme – seulement – impossible (bien sûr) à remplir de cette manière…
La folie courante et coutumière de ceux qui s’imaginent lucides – avisés et prévoyants ; l’homme raisonnable à la figure triste – à l’existence sans profondeur – sans perspective – sans solution…
*
Vers ce blanc – en nous – qui attire – qui appelle – dans l’obscurité et l’incertitude…
Le geste et le pas – soudain – en pleine lumière – éclairés par le dessus – de l’intérieur…
Le pied et la main – déjà sur l’étendue – sur cette immensité vivante…
Ce qu’elle est ; et ce que nous sommes ; sans que quiconque puisse le certifier ou le contester (avec assurance)…
La voix rompue – comme la route sur laquelle on s’éreintait…
Oubliable – comme le reste (tout le reste)…
La terre – la mort – le silence ; dans n’importe quel ordre ; ce qui semble être – ce que voient les yeux…
Ce qu’offre l’espace ; et ce qu’il nous ravit…
Ce que l’on cherche dans l’indifférence (plus ou moins) générale…
La tête penchée sur le plus grave – un peu d’amitié – l’aube du monde – si prolifique…
Notre existence – comme suspendue à une corde au fond d’un précipice ; (presque) personne – au milieu de nulle part – en vérité…
Une écoute invisible – au milieu des pierres – loin des églises…
A genoux – face à la douleur…
Des choses dites – des choses faites…
Un sourire ; l’oubli de la tristesse…
Et ce qu’il nous faut regarder – les yeux grands ouverts…
Sans bannière – sans emblème – face au froid…
Et chemin faisant – le feu qui jaillit – qui éclaire – et qui réchauffe – peu à peu…
L’antre – à l’intérieur – qui émerge – et qui s’ouvre ; la sente à suivre jusqu’au lieu le plus familier…
Trop longtemps – les yeux fermés et l’âme absente…
Apeuré(s) par la tournure prise par le monde…
Aussi loin des hommes que possible…
La respiration coupée et les joues inondées de larmes…
Comme frappé(s) par la disgrâce…
Tenant à peine debout ; à la manière d’un survivant ahuri – sidéré…
La chair douloureuse comme si nous avions traversé la mort…
Le cœur et le pas lourds ; et encore (malheureusement) au prélude de l’épreuve…
Des paroles jetées dans tous les recoins – éparpillées ici et là ; et pénétrant (très) rarement les âmes…
Comme du sable qui coulerait entre les doigts ; qui glisserait le long de la peau et se répandrait sur le sol – comme une couche de matière supplémentaire ; le terreau, peut-être, du monde à venir – les fondations, peut-être, d’une nouvelle humanité…
Le même geste – mille fois répété…
L’histoire de l’homme – malgré son déclin (prévisible)…
La disparition progressive du savoir ; l’humanité en perdition…
Et toutes les fables que l’on se raconte…
Comme le soleil qui, chaque jour, se lève ; comme le sommeil qui finit toujours par nous gagner – la nuit venue…
A présent – au pied de l’arbre – auprès des nuages – dans chaque goutte de pluie – sur tous les horizons – sur la ligne de partage entre la terre et le ciel…
Au-delà des malheurs au milieu desquels nous nous débattons…
*
Une foulée d’acrobate discret – sur un fil invisible…
Des gestes d’une grande clarté – à la lumière de ce qui ne se voit pas…
Un langage comme une errance – entre la source et l’invention…
Quelque chose du scribe sous la dictée de ce qui rayonne…
Une sorte de sagesse – sous les paupières – qui n’appartient à personne…
Un regard posé en lui-même – au cœur du vide – qui ne cherche rien – ni réconfort – ni compensation ; qui sait qu’il n’y a jamais eu (et qu’il n’y aura jamais) d’autres yeux posés sur lui…
La venue à maturité de ce qui s’est (très) longtemps cherché…
Le silence habité ; inépuisable…
Une source de compréhension – une aire du monde (enfin) respirable – qu’il est inutile t’interroger…
La quiétude éprouvée par l’âme ; et la tranquillité du souffle – indépendamment de la couleur du monde – de la nature des croyances et de la forme que l'on donne à Dieu…
Au bord d’une lumière – au seuil de l’inconnu – comme une (modeste) immersion dans l’au-delà de l’homme…
Le chemin de la disparition…
Dans le ciel – effacé…
Sur la terre – célébré…
Au-delà de l’ordre des signes – au-delà des visages (strictement) humains…
L’existence sans livre – sans carte – sans loi – où tout respire et se rassemble…
Le cœur accolé au cœur de tous les Autres ; ouvert et chaviré ; le commencement, peut-être, du règne (perceptible – ineffable) de l’Amour et de la lumière…
Au seuil de la consolation – l’impossible…
Les ombres qui s’agglomèrent…
Le soleil déclinant…
Le resserrement de ce qui nous attache ; le renforcement des liens…
Des brassées de ronces jetées vers le ciel…
Des mains rouges ; et des peaux écorchées…
A peine un souffle entre nos lèvres qui dessinent une (affreuse) grimace…
Dans la tourmente – parmi tous les monstres qui s’affrontent – entre les cris – les postures et les prises de position…
Au cœur de tous les conflits…
Comme le prolongement naturel de la première séparation…
Du silence à la prolifération du bruit ; du premier élan à la multitude ; cette efflorescence arborescente – monstrueuse – que rien ne peut arrêter – sinon un renversement – le retour vers le point originel…
Une route que l’on ne peut inventer – ni construire de manière artificielle – qui se dessine pas à pas – selon les nécessités de ceux qui l’empruntent – comme l’ultime périple du cycle…
Encore trop de noir et de questions dans la tête…
Ce qui cogne contre nos tempes – cette lumière déguenillée – appauvrie – indigente – telle qu’on nous la présente ; belle – entière – (pleinement) respirante – en vérité – dans notre souffle amoindri et corrompu…
Le ciel que nul ne peut détériorer – qu’importe l’oubli – les manquements – la nature des salissures…
Les choses de l'hiver – à travers les grilles...
Comme un Graal – à nos yeux ; quelque chose de la nudité et du mystère – exposé ; et (en partie) offert...
L'essentiel de notre visage – peut-être – en dépit des apparences...
Un soleil très bas et très pâle – au milieu de la brume et de la neige...
Des amas de pierres blanches – presque fantomatiques...
Le réel qui apparaît – et circule – entre ce qui semble exister...
Entre Dieu et le monde – le temps d'un souffle – peut-être...
Le cœur et les yeux – reconnaissants...
Comme si l'on habitait (pleinement) nos gestes et notre parole...
Le lieu où se dicte le poème...
Le lieu où l'Amour et le silence s'enlacent – bâtissent pour quelques instants le plus essentiel – à peine un bruit – à peine une vague ; un chant – une vibration dans l'âme – sous la peau – mieux qu'un rêve – mieux que l'espérance (bien sûr) – auxquels sont condamnés (presque) tous les hommes...
Une danse et des couleurs à la place des murs et du sommeil...
L'infini touché – à la limite du supportable – au seuil du cercle – de l'immobilité – du guérissable...
Le seul chemin – la seule possibilité – vers l'enfance ; un avant-goût de la lumière pour éclairer – et mettre au jour – ce que dissimulent les illusions – l'indigence apparente du monde...
Au cœur de l'hiver – ce portrait du monde – dessiné depuis cette pointe de ciel posée en territoire terrestre – sur cette minuscule parcelle de matière...
Le cri incurable de ceux qui ne voient pas – condamnés à chercher à tâtons – la lumière mêlée à leurs cheveux sombres – marchant dans la main du temps – capable de se replier en un instant...
Seul(s) – comme si l'on cherchait une issue sérieuse...
Prisonnier(s) – sans doute – d'un rêve de papillon – lui-même héros (involontaire) du songe d'un Autre – non recensé dans le grand registre du monde...
Ce qui donne au tableau un air flou et froid ; une sorte d'esquisse de l'inconsistance...
La main tendue vers le monde – vers le temps – comme s'ils pouvaient transformer notre quotidien ; faire apparaître l'Absolu dans nos gestes et nos paroles ordinaires...
Aucun soleil contre l'ombre qui s'est réfugiée dans l'âme ; un déchiffrement plutôt des signes qu'elle essaie d'esquisser...
Des vies – sur la pierre – qui n'appartiennent à personne : des corps comme le prolongement de la terre ; la terre comme élément infime de la matière ; la matière comme fragment négligeable du visible ; le visible comme part non essentielle de l'Existant ; ainsi nulle possibilité d'orgueil et l'évidence du ridicule de toute forme d'appartenance...
Un rire plutôt que des larmes – en ces lieux étranges – habituels – incompréhensibles – indiscernables...
*
En chemin – le bleu et la neige...
La parole centrée sur l'essentiel...
Le désir – puis, le désert...
Des signes dans la nuit ; notre résonance qui, peu à peu, s'éveille...
Une voix que l'on pourrait partager...
De l'intérieur – ce qui se liquéfie ; et ce qui s'édifie ; tout – et le reste – et le vide ; l'espace sur lequel on ne peut prendre appui ; l'événement brut vécu – à la manière du monde – comme notre continuité...
La poitrine (très largement) amoureuse ; le cœur et la main comme des liants pour enlacer le bleu – la neige et le chemin...
Ce que nous sommes – en nous – dans nos propres bras...
La vie – le cœur – le langage – protégés comme les reflets de l'esprit en lutte...
Quelque chose de la parfaite équivoque...
Tout et son contraire – simultanément ; et trop peu d'espace – en soi – pour les accueillir ; il faudrait, pour devenir l'infini, gravir un chemin entre l'ombre et les reflets – obéir joyeusement aux limites et aux contraintes du périmètre – être indifférent au ciel et à la terre – aux paroles et au silence – embrasser d'un égal élan le songe et le réel – oublier la nuit – la fatigue et le temps – ne craindre ni l'illusion ni la vérité – ne s'inquiéter qu'il n'y ait rien ni personne en ce monde ; s'unir à la vie – faire corps avec la multitude et l'entre-deux ; ainsi tout pourrait être vécu avec résonance et intimité...
Sans interrogation – aux lisières de ce qui ne s'entend pas – de ce que l'on pourrait être (si d'aventure l'on osait) – au-delà du possible et de l'esprit (ordinaire)...
Devenir l'impensable ; et (très) humblement – et de manière involontaire – s'en affranchir...
Au milieu des Dieux endormis – quelque chose de la farce – comme une paternité fragile – une inclinaison à la négligence – une manière d'être inadaptée au monde...
Une sorte de maladresse qui placerait le repos et le rêve au-dessus du face à face (possible – toujours possible) avec le réel...
Des paupières fermées plutôt que des yeux ouverts...
Et comme seule issue ; le fil de notre ascendance – l'ensemble de la généalogie – qu'il faudrait rompre – dont il faudrait s'affranchir...
A la manière du premier homme – confronté à ses propres ombres – confronté à l'étrangeté du monde...
La douleur étalée sur la pierre...
Le jour dénaturé par la peur...
Les battements du cœur – inépuisables – jusqu'à la mort...
L'Amour – aussi proche que possible – sans que l'on sache réunir les conditions favorables...
L’œil – au seuil de toutes les portes – ouvertes une à une...
Et cette curiosité inassouvie pour le bleu – (presque) toujours introuvable...
A vivre comme si le chemin pouvait s'arrêter demain – comme si l'on était prêt à tout abandonner – comme si la seule expérience essentielle échappait à notre volonté...
Des choses dans l'espace – en désordre...
Du feu – des pas – la possibilité du regard...
Ce qui – au fond de l'âme – semble arraché...
Un mot pour un autre – comme les visages...
Et – peu à peu – tout qui se défait – tout qui se détache ; et s'efface ; nos vies – notre destin – le cours des choses – inéluctables...
*
La peau sur l'écorce – la main sur la feuille ; les traits du feutre et du visage – esquissant – caressés...
Entre le ciel et la parole – l'arbre ; le tunnel que l'on creuse sous la pierre – sous la lumière ; le même chemin – en vérité – à travers la nuit qui nous épuise sans (jamais) nous interroger...
Un temps pour soi – pour conjurer l'horreur du monde – aux lisières du songe et de la barbarie ; un lieu pour reposer l'âme et les yeux...
Des traces – de l'écume ; ce qui nous semble le plus familier...
L'homme – depuis des millénaires – englué dans ses habitudes – débordant de certitudes au lieu de questionner la surface et la profondeur – le plus intime et le plus lointain (leurs évidentes intrications ; et leur périmètre fluctuant)...
L'esprit aussi près des fleurs que des étoiles ; et pourtant...
Jamais assouvi ; comme un secret – en nous – vivant – qui aimerait fréquenter le silence – s'écarter (un peu) du monde pour se rapprocher de la vérité (vécue) ; découvrir – et habiter – une respiration plus ample ; des gestes plus lumineux ; une manière plus spacieuse de vivre et d'aimer ; quelque chose qui (de près ou de loin) ressemblerait à l'infini...
Sur cette route que nul n'emprunte – que nul ne voit ; mille obstacles auxquels on se heurte – des idées – des croyances – des parts de soi...
Un long cortège précédé de cris et d'impatience...
Et tous nos travers – abandonnés, peu à peu, le long du chemin...
L'intimité entre l'arbre et le ciel – captée (en partie) par les saisons ; reflet du dialogue et des nécessités ; des enjeux et des possibilités du monde...
Et à travers le feuillage – le visage du vivant...
Et au-dessus – l'être – la main tendue – attentif – à l'écoute...
D'un côté – la lumière ; et de l'autre – un chant silencieux...
Et cette rencontre qui tient à la fois de l'humilité et du déploiement – de la jubilation et de l'abandon ; le seul passage possible (que si peu d'hommes ont su découvrir ; que si peu d'hommes ont pu traverser)...
Des voix qui montent – du fond de la chair...
Des vibrations portées par le vent ; et qui touchent, peut-être, l'âme de ceux qui pleurent – à genoux – devant l'innommable...
Des colliers de neige autour des paupières...
Rien de chiffré – rien de mesurable (bien sûr) – face à l'éternité...
Pareil à un miroir qui reflète toutes les formes – toutes les ombres ; l'infini en train de s'embrasser...
Et du temps en excès (bien sûr) ; et aucune main (pourtant) pour s'emparer du silence et jouer avec la mort...
Rien ; pas même le souvenir de Dieu...
A travers les yeux – mille hypothèses...
A travers le regard – l'obscurité, peu à peu, pénétrée...
Des pensées légères et nonchalantes ; ni poids – ni appui ; le monde réduit à du sable ; et le ciel rassemblé...
Pareil à l'esprit de l'enfant qui achève un puzzle immense posé devant lui – tantôt avec mille gestes malhabiles – laborieux – tantôt porté par une intuition – une fulgurance ; sans aucune autre alternative...
Le sommeil arraché à l'espace...
Le devenir (très) incertain des murs et des frontières...
L'extinction d'un bruit très ancien...
Ce qui peuple notre ventre – depuis le premier jour...
Un monde – en nous – qui se meurt ; au seuil (peut-être) du dernier souffle...
La mémoire qui se disperse ; et des pans entiers de souvenirs qui s'affaissent...
L'Amour nécessaire à notre délitement...
La nuit comme le jardin des Autres...
Trop loin de la source...
Ce qui rassemble la soif et la traversée...
Quelque chose qui, sans doute – quelque part, nous attend...
Indéfiniment – sur la même rive – sous la même étoile...
Un délire – un égarement – jusqu'au bout d'un rêve peuplé de luttes et de regrets...
Debout – quoi qu'il (nous) en coûte...
Notre figure dessinée sur le sable que le vent, d'un seul geste, pourrait (à tout instant) effacer...
Nos vies – nos paroles – nos pas – prisonniers de ce cœur exagérément labyrinthique...
Que tout s'arrête – avec soi – après la mort ; à moins que tout ne se déchaîne davantage – que la fièvre devienne furie – que le brouillard danse avec l'identité jusqu'à tout rendre indistinct – que le gris se mette à dégouliner de toutes les têtes – que l'existence révèle enfin sa forfaiture – que le découragement et la désillusion poussent à l'abandon ; que les conditions soient enfin réunies pour que nous puissions faire nos premiers pas vers la lumière...
*
Les mondes innombrables ; comme le sommeil qui complote dans l'ombre...
Du temps passé – au milieu des apparences – sans bouger...
Des lignes pour essayer de dissiper le doute...
Des peurs jetées en pleine lumière...
Le naufrage qui se précise ; l'âme fébrile – inquiète...
Entre fable et forêt – le cœur qui hésite encore...
Le visage face au silence – (à peu près) silencieux...
Moins nocturne qu'autrefois – le feutre qui décharge son encre bleue...
Le pas solitaire – désirant – entre la blancheur et l'eau stagnante...
A l'origine de l'écume et de notre manière d'amasser les choses ; toujours inassouvi(s)...
L'âme nauséeuse – la bouche ouverte – comme si l'on nous couchait vivant(s) sous la terre – sous les décombres du monde...
Un rictus sur le visage – comme une confusion – une inversion des lieux – peut-être – un mélange tragique d'événements...
Une tombe en contrebas du ciel ; une existence misérable sur le point de s'effondrer ; et le cœur chahuté par la lumière...
Tous les noms que l'on oublie...
Autre chose que soi et le monde...
Le sourire d'un ange – peut-être – d'un monstre qui aurait pris l'apparence de Dieu...
Cheminant – toujours – allant là où les mots ne peuvent aller – tombant et nous envolant – comme si le monde était un rêve – comme si nous n'étions pas (réellement) vivant(s)...
Le jour – à corps perdu...
Parmi les premiers sur la liste des serviteurs...
L'ombre et la chute – blotties contre soi...
De la naissance à la mort – en un seul pas...
Et un Autre à la place de celui qui chute...
Ensemble – au milieu des ronces et des caresses – qui nous écorchent et nous consolent...
Du sang plein les mains ; le seul souvenir de l'homme...
Et la forêt silencieuse au fond de laquelle nos pas s'enfoncent...
Notre main – au bord du cri ; juste avant que l'air ne tourbillonne...
Une peur – comme un abcès au fond de la gorge ; un poignard enfoncé depuis l'origine que nul ne pourrait nous arracher ; et qu'il faudrait dissoudre avec du miel dans la voix ou polir d'une main tendre et attentive – attentionnée – qui opérerait un rapprochement des cimes et de la source ; ce que nos tremblements réclament depuis si longtemps...
Aux cœurs suppliciés – le ciel en partance...
La tristesse avant que le (grand) saut ne s'accomplisse...
Tant de morts – à chaque instant – anonymes – solitaires (pour l'essentiel) – arrachés à ce monde pour un autre sur le point (sans doute) de s'inventer...
Une nouvelle nuit – un nouveau vêtement – pour habiller notre lumière et notre nudité...
*
Le masque de l'épreuve – entre le monde et la peau ; le front guerrier ; et au fond des yeux – cette flamme – et l'esprit déjà plongé dans la violence et le sang...
Mille fables sous le casque ; et tous les adversaires déjà désignés – déjà crucifiés ; et si peu de vent sur les certitudes...
La hache que l'on affûte à l'approche de la saison tribale...
Les Autres séparés de soi – de plus en plus ; bien en face...
L'imposture et l'hostilité ; ce qui agite l'écume et épaissit le sommeil...
Mille couches d'obscurité sur l'oubli – sur la possibilité d'un autre monde...
Piégé(s) par l'épaisseur calendaire – le temps – à pieds joints dans la mélasse des jours et des heures – (presque) entièrement englué(s)...
L'horloge qui nous rappelle l'écoulement ; la cloche qui sonne sournoisement...
Les années et les siècles qui passent ainsi ; l'esprit aveuglé et la chair complice (bien sûr) qui flétrit – qui vieillit – qui meurt et se dessèche...
Et là – à quelques pas (à peine) – à l'ombre de la terre – sur l'autre versant du ciel – ce qu'invente (ce que peut inventer) l'errance – l'insouciance consciente – comme un voyage interminable ; l'éternité qui s'offre – peut-être...
L'espace entrouvert par la naïveté...
Le secret des étoiles (en partie) révélé...
Notre souffle silencieux sur la poussière et le temps – comme figés dans le roc...
L'âme – le visage et le nom – affranchis de tous les cercles – de tous les clans...
Sur les chemins scintillants – appelé au-delà – par la possibilité du Vrai...
La foulée authentique et solitaire...
Et le regard qui apprend, peu à peu, à pénétrer toutes les épaisseurs...
Vivant en allié inconditionnel des bêtes et des bois ; humblement – à genoux – sur la terre ; ici comme d'Autres ailleurs (un peu plus loin) mentent – assassinent – s'enorgueillissent de leur existence désastreuse...
De la neige dans l'âme – à gros flocons...
Un peu de douceur sur quelques lames rouillées – un bric-à-brac de choses inutiles...
La forêt et l'océan qui émergent, peu à peu, du tumulte – des tourments du monde – des assauts des hommes...
Ni pensée – ni apprentissage...
Une seule voie – inclinée – nimbée de tendresse ; une existence déchargée des impératifs des Autres et du temps...
Le règne sacré de l'enlacement ; le début (sans doute) de quelque chose...
L'infini dans nos bottes et nos boucles...
L'incendie impartial qui consume les soucis...
Sur la pente (naturelle) de l'abandon – à proximité du sable bleu...
Le chant – l'oiseau – le soleil – face à la tyrannie qui anime le monde ; les hommes en tête – dans la nuit inséparable – portés par le vacarme et l'effleurement – comme s'il nous était impossible de vivre – comme si quelque chose s'était brisé dans l'âme – un élan, peut-être, vers le silence et la vérité – la part du monde la moins explorée – cette sente du cœur qui (pour beaucoup) reste inconnue...
L'ascendance – jour après jour – annihilée...
Ce qui nous accompagne – des gestes de partage – des seuils franchis...
De moins en moins tributaire des images...
La nécessité qui naît – peu à peu – à la place des injonctions du monde...
Dieu – tous les Dieux – et toutes les idoles – écartés...
Le visage qui – imperceptiblement – devient la route ; et le pas et le geste – la perspective ; notre manière [(très) imparfaite – sans doute] de nous établir hors du sommeil...
*
Notre langue abrasive qui transmute les bruits en silence...
A celui qui sait entendre – dépasser la voix de la raison...
Derrière les images – nul songe – nulle histoire...
Ce qui s'offre – avec les couleurs du destin ; et celles du monde – mélangées...
L'âme debout – sans drapeau – sans mise en scène ; authentique – mêlée à la poussière qu'elle soulève...
Par temps d'orage ; par temps de pluie ; au milieu des ombres et des broussailles ; plus seule que jamais...
Humble au milieu de ses sœurs – au milieu des mots qui rayonnent...
Par delà le rêve et la mort...
Dans la compagnie de ceux que le monde a bannis...
En chemin – le cœur battant – l'âme prête à s'effacer devant le silence – à devenir l'étendue que l'on méprise – que l'on ignore...
De la même couleur que le chant qui monte vers la lumière...
De nulle part – de tout temps...
La tradition de l'oubli qui se célèbre ; et se perpétue...
A même le sang – à même le soleil – ces vibrations dans l'air et dans la voix...
Le reflet infini de la beauté insulaire – infime – presque négligeable...
La portée extravagante du ciel ; des portes et des chemins – au pays de la joie...
Derrière les murs et les miroirs – mille contrées où règnent le vide et la contemplation...
Un grand sourire sur les lèvres – au milieu de rien – au cœur de l'abîme qui s'ouvre et nous révèle...
Au cœur de la découverte – les choses et l'intimité – ce qui remplace l'épaisseur et la nuit – la solitude au milieu du monde...
Ici – accompagné(s)...
Une partie des liens invisibles – révélée...
Les mains dans la pâte ; l'âme auréolée de matière et de ciel...
La douleur – le manque et la douleur – peu à peu remplacés par l'innocence et la joie...
Quelqu'un à l'aplomb de l'impensable...
Quelque chose à la place de rien...
Une manière de se tenir face à l'adversité apparente...
A travers l'imaginaire – la fenêtre commune du monde – comme une issue à la laideur – une compensation – un mensonge éhonté...
Le fil d'une histoire que l'on a inventée pour essayer d'échapper aux malheurs qui nous assaillent...
La tête à l'envers et l'âme retournée qui – soudain – aperçoivent le ciel – sans comprendre que cet horizon s'éloignera du pas tant qu'elles l'approcheront ainsi...
Si loin (encore) du geste – et du sourire – naturels – comme manière de se tenir au cœur du réel avec respect – effacement – intimité...
Au chevet du fardeau posé au bord du chemin...
Comme au dernier jour du monde ; à la place des choses – le poids de la promesse...
Des paroles anciennes pour cerner la mort ; et ce regard pour y pénétrer ; et notre ardeur – prête à l'enjamber...
Face au silence – l'âme – supposément plus sage – malgré l'incertitude et la douleur...
*
Des lieux interstitiels où le ciel s'invite – sans mur – sans chimère (où même la tristesse et la désolation peuvent devenir joyeuses)...
L'invisible présent dans le souffle...
L'impossible présent dans le geste...
Et l'âme – habitée (bien sûr)...
D'un côté – l'écume ; et de l'autre – le silence – mélangés avec les rêves et l'Amour...
Comme la visite (récurrente) d'un soleil oublié au fond du crâne ; et le cœur dansant dans l'ombre d'un partage très ancien...
Vivant en ces lieux où les collines et les arbres se marient à la roche et à l'invisible ; l'âme dans les mains de ce qui s'offre...
La parole dans le prolongement du chant des oiseaux...
Des lignes et des lignes de silence – en dépit des mots...
Une porte au fond de l'âme – comme une descente en soi – sur un chemin invisible...
Des instants d'écoute et d'attente ; une veille – en quelque sorte – qui précipiterait le passage et le déploiement de la solitude...
Ni pensée – ni image – symboliques ; des fenêtres par lesquelles se faufiler...
Une perspective vers ce monde transformé par le regard...
Et ce qu'il reste sur notre effacement ; le vent à la suite d'une longue série de soustractions ; le vide et le vent qui souffle les larmes et la joie sur ce qui ne peut durer ; nos existences si labiles – si passagères...
Au fil du ciel – l'arbre et la peau...
La fenêtre ouverte sur l'horizon intérieur...
A grands renforts de silence – l'effacement et les cérémonies de commémoration (inutiles)...
L'esprit vide qui se laisse bercer par la danse des choses – le chant des âmes...
La nuit traversée – peu à peu – jusqu'à l'autre rive...
Quelque chose d'une vie – d'une manière d'être et d'écrire ; ce que l'on pourrait appeler le style et le mode de vie qui trouvent leur souffle – leur rythme – l'essence de leur expression ; et qui assument (pleinement) leurs singularités et la façon dont ils nouent des liens avec le reste....
Le sang du monde ; à en perdre la raison...
Des naissances et des étoiles...
Quelques têtes dans un coin...
A mieux y regarder ; partout – le suintement de la blessure...
Le courage nécessaire face au noir et au froid...
La douleur indéchiffrable de l'esprit jeté sur la terre...
La part rebelle de l'âme qu'il faut apprendre à canaliser – à orienter vers sa pente naturelle...
Un détour – une folie (aux yeux des Autres) – pas à pas – comme une avancée dans le voyage ; un très léger écart avec le monde et ce qu'imposent les hommes...
Le cortège du vide et de la mort – au cœur des apparences...
De la chair et de la parole...
L'invisible au milieu des ombres et des malheurs...
Et la voix qui s'attarde pour découvrir le secret...
*
Les heures sombres – sous la poussière – le soleil bas sur la cendre et le silence (terrifiant)...
Les lieux de la peine et du sommeil...
Le néant sur tous les visages – comme incrusté...
La peur à la porte du langage...
Le ciel troué par tous les épouvantails...
Un mot – un œil ; et le cœur replié – (entièrement) cadenassé – à peine palpitant...
Et derrière ce monde si prévisible – la fête et la danse ; la figure plongée dans l'éparpillement et l'indistinction...
La lumière sur tous les pas – toutes les fenêtres ; une autre dimension, peut-être, de la fosse et de l'écume...
Présent – ailleurs...
La marche fébrile...
La voix qui épelle des noms étranges et inconnus – à la manière d'une prière psalmodiée dans une langue étrangère...
Le rayonnement de la parole – sans désir – sans désarroi...
Au milieu du vent – la somme des absences – à travers lesquelles les hommes ont (trop souvent) le sentiment d'exister...
Rien d'abouti – à peine un chemin ; et le devenir aussi sombre, sans doute, que les premiers pas...
L'invisible convoqué par l'âme insouciante...
Aimanté par le feu – l'ardeur affranchie du destin imposé par le monde – affranchie des cercles les plus tragiques...
La parole, sans doute, moins humaine que le sang...
Très simplement terrestre – en somme...
Parmi les rêves et les nuages – la tête (juste) au-dessus du temps qui passe....
Les yeux vides – comme posés en eux-mêmes ; et l'immobilité et le silence – couleur de ciel...
La course du sable – le vent sur nos traces – l’œuvre du monde sur les hommes...
Des pierres alignées ; et le soleil à l'horizon...
Au sein de ce décor (apparemment) immuable ; au milieu des choses entassées...
L'histoire terrestre – à la périphérie de l'espace...
De la matière animée ; et des âmes qui tremblent...
La soif et le sommeil – sans doute – à égales proportions...
Et quelque chose – en nous – qui brûle encore...
Des bouts de ciel qui s'effritent...
Des couleurs et des chants...
Des lèvres pour embrasser ; et des bras pour étreindre...
Et (presque toujours) le bâton à la main – dans cette marche qui semble circulaire...
De la terre (encore) dans les yeux et sous les pas – qui vient épaissir l'ardente mécanique...
Nos géographies variables – (très) aléatoires...
Dans un coin du monde ; le soleil qui recouvre tantôt les ombres – tantôt les épaules...
Et le souffle qui s'obstine à rester au fond de la poitrine – qui refuse le grand large ; l'immensité au bout des doigts...
A tourner en rond dans cet espace qui tarde à se faire plus dense – et plus lumineux ; qui tarde à s'affranchir de l'homme...
Au cœur de l'argile – une porte entrebâillée...
Des courbes et des bifurcations – tel que semble se dessiner l'itinéraire – le parcours apparent jusqu'au bleu que nous abritons...
*
L'architecture du vide ; ce dont nous sommes composés...
Des ombres – du désir – de la chair – sans visage particulier ; des amas de matière animés plutôt ; la signature d'une enfance joyeuse – d'une énième tentative peut-être – faite de chiffres et d'infini – façonnés par mille mesures et le balancement (incessant) de l'invisible...
Un cri devenu parole – puis, silence ; et qui, un jour, (bien sûr) redeviendra cri...
Le lieu équivoque de la circulation...
Deux faces variables sur une figure (assez) mystérieuse...
Dans l'étonnement des choses – l'être au cœur des saisons...
Une couronne de cendre sur ce que l'on connaît à peine...
Des heures qui passent sur un étrange sommeil – une sorte de rêve vécu les yeux ouverts – posés sur les ombres mouvantes – sur les ombres changeantes – du monde...
La mémoire comme une lampe – la seule (malheureusement) dans cette nuit hivernale...
Comme un grand écart entre ce que proposent les hommes et le silence...
Trop de résistance(s) encore à l'effacement...
La nuit inclinée...
Les corps perclus – débordant de matière – comme des ruines à la dérive sur les eaux du temps...
Au-dessus des assassins – l'âme des victimes – des égorgés dont la dépouille pend à un crochet...
Le ciel transpercé de flèches – éclaboussé de larmes et de sang...
La chair du monde – sous le poème...
Et ce rire – au cœur des malheurs – qui n'appartient à personne ; et qui (mystérieusement) consolera ceux dont on a précipité le départ...
Sans nom – sans main – dressé devant soi – à la manière d'un monstre...
Au seuil de l'immensité ; des hallucinations peut-être...
Le corps lancé contre le vent – face au ciel – quelque chose d'un mur – d'une frontière infranchissable...
Comme une condamnation à pourrir – seul – sur la pierre...
Interdit – étourdi – par ce plongeon inattendu au cœur du réel...
Des yeux aussi sombres que la nuit ; noir ébène...
Le monde ; les paupières cousues...
Et de la matière inerte – à l'intérieur...
Et de la tristesse et de la faim – aussi...
Et dans les prières – un Dieu faillible – un Dieu tremblant...
Comme une ombre sur les lèvres de l'enfance – condamnés à cette incapacité à communier – à cette impossibilité à vivre ensemble...
Dans la négation d'une infirmité (maladroitement recouverte par un linceul) ; une posture intenable – une escroquerie – tant la gangrène a déjà tout envahi...
L'arc de la mort pointé sur notre poitrine...
Les yeux fermés ; et tous les tourments à venir – le cœur (totalement) empêtré...
Comme un repli obscur dans ce grand voyage...
La main posée à proximité de nos sandales...
L’œil qui traîne dans un recoin – qui entrevoit le monde à travers une minuscule fenêtre – des ombres qui passent...
Et pendue à notre cou – la clé de la porte qui sépare la chambre du dehors...
*
Un écart – un pas dans la neige...
Le cœur et la parole – enlacés...
Entre le rire et les larmes – le passage des années...
Tous les chemins du monde – franchis ou contournés – comme des obstacles...
Tout qui tourne ; tout qui tombe – devant des portes fermées et des pierres froides...
Et la hantise du jour sur ces rives perdues...
L'origine suspendue à la dissipation...
Entre l'écriture et le silence – la parole incertaine – divagante – parfois enchantement (assez souvent – confessons-le)...
Du feu – du vent et de la lumière...
Ce que dessinent l'âme et la main ; des signes descendus du ciel qui éclaboussent la surface de la page...
Tantôt tombeau – tantôt apaisement...
Et en lisière de forêt – la mort partout présente – la mort partout qui veille...
Comme si nous étions une maison vide – une institution sans mur – une entité sans visage...
Des fables – au-dessus du cœur – qui virevoltent sur un fil tendu entre les pierres...
En-dessous – le vide – le sable...
Et les pas qui dansent au rythme de la musique...
Et des rêves – beaucoup (beaucoup trop)...
Et des langues inconnues – impossibles à comprendre – à déchiffrer ; des paroles obscures...
Des mondes en construction...
Des amas de certitudes...
Des croyances et du sommeil...
Quelques remous et son lot d'absences – entre le début (supposé) et la disparition (apparente)...
Cette dérive des Dieux – salutaire – vers le rire...
La légèreté au cœur du temple ; le plus sacré du quotidien (sans doute) – au-delà (bien sûr) des gestes rituels...
Plus qu'un homme (Ô combien) – le soi-monde...
Le couronnement de la beauté et de la poésie – le plus sensible à l’œuvre – autant que l'intelligence...
Notre humanité (enfin) retrouvée...
A la pointe d'une folie passagère – au-delà de toute malédiction...
Dans la bouche – des fleurs immortelles...
Le cœur étreint...
Un baiser sponsal sur le front...
La parole – comme la salive – toujours au bord des lèvres...
Plongé dans ce voyage qui n'en finira pas...
Les yeux ouverts sur la bêtise...
Et cette cécité de l'âme qui ne reconnaît pas son mauvais sort...
Le cœur aussi dur que la pierre – malgré nos sourires et nos airs de tendresse...
L'impossibilité du monde et de la réconciliation ; le mépris et la haine qui déforment les bouches...
Sur notre couche encore – la figure toute froissée...
Rien – l'âme abandonnée – comme le reste – au ciel...
Des oreilles aiguisées à l'écoute ; et la main serviable – au service de ce que l'on ignore – au service de ce que l'on ne voit pas...
La solitude souriante sur le monde que le regard a bleui...
*
Le bleu déployé dans la lumière...
Là où le monde commence – là où les figures partagent la même intimité...
L'herbe sous nos pieds – les étoiles au-dessus de nos têtes ; le lieu où nous avons toujours vécu – bien avant l'invention des hommes et du temps...
Le silence – au milieu des ombres...
Et nos lignes aussi vivantes que possible pour tenter de dire ce qui a remplacé le temps – la bêtise et l'ignominie de ceux qui peuplent la terre...
Soustraites au sérieux et à la gravité – la joie et l'intensité du chemin...
La brisure consommée pour remplacer l'interrogation et le rêve d'envol...
La solitude et la cendre – dans cet écart – cet éloignement...
Le silence plutôt que la rencontre idéalisée...
Moins pénible – moins douloureux – le pas sur cette sente ascendante...
La légèreté et la lumière plutôt que le vertige et le fantasme de la transformation...
Ici – en ces lieux où nous sommes – à cet instant ; ni ailleurs – ni plus tard – comme un effacement et une ouverture dans l'épaisseur...
L'infini à portée de lèvres...
Sans autre bagage que le ciel et notre poids de terre...
L'esprit – le souffle ; et la possibilité du chemin...
Un parfum de pierre et d'éternité – dans l'étreinte et le regard – et jusqu'au cœur même de cette étrange poésie...
Le poids de l'âme et les ombres passantes...
Les traits particuliers de l'enfance insoumise...
A nos oreilles – les bruits du monde – de plus en plus lointains...
Et ce rire sur les querelles qui nous animent...
Et serré contre soi – le ciel partagé ; et le temps défiguré par l'impatience...
A écrire des livres – comme l'un des (nombreux – très nombreux) terrains de jeux où les Dieux se disputent l'espace et l'origine de nos tremblements...
Serviteur d'une poussière qui s'incruste partout ; dans l'âme – sur la langue – sous les pas – dans les interstices du cœur...
Pas même une muraille contre le vent...
Un désert qui accueille les insurgés et les hurlements...
Des couloirs vides ; et l'espace immobile où se déroulent tous les événements...
Et des yeux posés sur tous les seuils...
Et au-dehors – ce qui demeure sous l'emprise de la violence et de la faim...
Des jours – autant que de murmures...
L'incompréhension et la lumière – épousées jusque dans les tréfonds...
De la chair et du sang pour satisfaire les ventres – l'appétit des affamés ; de la substance pour que la semence puisse jaillir et peupler le monde...
Des couches de matière qui finissent par recouvrir le plus précieux...
Nos mains tendues et nos paupières closes ; et ces larmes qui indiffèrent les Dieux...
*
Le tranchant de la lame sur l'ombre du jour – comme si l'on pouvait écarter les malheurs – comme si l'on pouvait séparer les choses...
Tout – amené – et emporté – ensemble...
Et l'esprit de l'homme – sans réponse – désenchanté (dans le meilleur des cas)...
La figure foulée – la terre prise au mot...
Entre ciel et rive – cette étreinte – cette étendue...
Ce qui ressemble à une bouche ou (mieux) à un baiser ; un peu de vent pour hâter les saisons anciennes...
Ce qu'il (nous) faut abandonner à l'hiver – à l'immensité...
Le cœur de l'enfance ; le jouet de personne – jusqu'à présent...
Des mots sur la nuit – pour tenter de transformer l'irréparable – de défricher des chemins – de déchiffrer une langue très ancienne – de devenir la pierre sur laquelle on prend appui pour déployer ses ailes – de s'effacer jusqu'à n'être plus rien afin de pouvoir, un jour – peut-être, tout devenir – tout étreindre – tout embrasser...
Davantage (bien davantage) que le monde ; la totalité...
En soi – là où l'on repose...
De rive en rive – de main en main – jusqu'à l'apothéose – comme de la magie blanche...
Au-delà de tout désir – entre le ciel et la source – l'espace sacré – la danse silencieuse...
Des fragments de vérité sous le délire et les mensonges...
Ici – la chair qui se réchauffe à celle des Autres...
Peau contre peau – sans tendresse – dans cette odeur de sueur suffoquante...
Des cris – et parfois des cœurs – qui se rejoignent...
Des vivants et des morts – au corps presque identique...
Des chemins ; et des destins qui s'écartent...
A la manière d'une foule aliénée qui s'agite dans la fosse où on l'a plongée...
La folie qui s'empare des ventres vides ; des bouches ouvertes et des rangées de dents saillantes – prêtes à saisir tout ce qui bouge – tout ce qui pousse – tout ce qui passe...
Le spectacle du monde tel qu'il se déroule devant nous...
La somme des jours ; moins que l'Amour...
Et toutes ces expériences à soustraire de l'essence...
La nudité parcourue comme un territoire ; une étendue sans limite – sans sillon...
Le temps écarté d'un geste machinal...
L'esprit vidé de toutes ses récoltes ; des poignées de poussière jetées devant soi...
Plus ni homme – ni visage ; quelque chose qui appartient à l'ensemble ; et qui varie, selon les circonstances et les possibilités, entre l'infime et l'infini...
La place que nous occupons – ni précieuse – ni honorable – infiniment changeante...
Notre passage – pareil à celui de ces crânes entassés qui, à présent, servent de rempart...
A la pointe de l'attente – cette veille patiente – sans les yeux – aussi lucide que possible ; ce qui, sans doute, s'imposera lorsque prendront fin le règne de la prière et toutes les croyances inhérentes au royaume promis par les Dieux...
*
Une terre – sans jugement – sans témoin – qu'il suffirait de découvrir – et de gravir à l'envers...
Des ruptures – une longue série de ruptures – jusqu'à la source...
Dans l'ordre immuable des choses – sans signe – sans preuve – où l’œil solitaire – inlassablement – construit et déconstruit le monde (ce que les hommes appellent habituellement le monde)...
Le jour – en nous – vivant – dans sa marche imperturbable...
Le vide et des monuments ; tout ce que l'on déchire...
L'espace illuminé – soudain déblayé de toutes les images qui (nous) servent de décor...
L'écume blanche soudain mise à nu...
Sur le versant de l'invisible le plus inattendu où les usages et les croyances s'usent de manière constante...
Le vent et l'étendue ; et nous autres – incertains et ballottés – si maladroits face à la nudité – face au dénuement...
Des gestes – des paroles – de la poussière – aussi vivants – aussi naturels – que ce qui existe – que ce qui ne se voit pas...
Le soleil – si proche du cœur – que tout paraît brûlant – intense – lumineux...
Le sable – les doigts – la poésie qui s'inscrit dans les interstices du silence – la danse des pas à l'approche de la disparition...
L'effacement et l'écho sans fin des choses qui semblent exister...
Ce qui sépare le sable du reste...
Les souvenirs emportés ; les âmes qui résistent...
Sur la peau – ce soleil prématuré...
L'abîme entre ce que l'on nous raconte et ce qui est ; là où puisent tous les mythes – là où puisent toutes les fables...
Le mouvement naturel du monde...
Des résidus de douleur et d'étouffement...
Ce qui a pris naissance au cœur du plus obscur de l'espace – en soi...
Ce qui couve sous la peur...
A nos pieds – ce que l'on a soumis ; et ce qui nous fait face (le reste – l'essentiel des choses) tantôt devant les yeux – tantôt contre le cœur...
Mille possibilités de passage à tous les seuils (perceptibles)...
Ainsi – le plus lointain – le plus endormi – se réveille – se rapproche...
De la candeur au fond des yeux aguerris...
Une enfance vouée à revenir – à se redresser...
Des larmes et des chemins...
Quelque chose qui brille ; quelque chose qui ne semble avoir de fin...
La matière nue – de plus en plus...
Des lieux et des noms – peu à peu – remplacés par le ciel – en dépit des apparences inchangées...
Comme d'étranges trouées dans le sommeil et la prière ronronnante...
Toutes les âmes éprouvées par les coupes rases qui sévissent dans la forêt...
La désolation ; cette éradication – cette rupture radicale du renouvellement...
L'absence de ciel – malgré la place vacante ; et des étoiles pour personne dont le reflet se brise, à présent, sur la surface des pierres...
Et notre cœur sous les copeaux qui jonchent le sol ; une manière d'appeler le soleil et le vent – de favoriser les naissances – la régénération du bois ; d'offrir un surcroît d'Amour qui influerait sur le monde...
*
Les pas qui, peu à peu, effacent la rive...
L'étroitesse de l'abîme – enjambée...
Les sillons qui cessent, peu à peu, d'être un asile – le refuge de la peur...
Un saut vers l'aube (tant désirée autrefois) – icône désuète à présent...
Une voie sans voyageur – une âme sans visage – un espace auquel on ne peut donner de nom...
Vers la transparence et la lumière ; ce cœur qui bat dans la nuit dispersée ; et ce souffle, dans la poitrine, qui ira aussi loin qu'il pourra...
Des choses impossibles – immobiles – sur le sable...
Des choses que l'on imagine...
Des apparences – des hypothèses – autant que peuvent en voir les yeux – autant qu'en est capable l'esprit...
A la mesure de l'insensibilité – l'incompréhension...
A la mesure de l'absence – la cécité...
Rien que du sable – peut-être – sur lequel on ne peut faire aucun pas – sur lequel on ne peut pas même prendre appui...
Mot après mot – ligne après ligne – page après page – l'effacement...
L'étreinte assidue ; et le secret, peu à peu, transpercé...
L'horizon de la parole autant que le chemin qu'empruntent les pas...
Ni rêve – ni pensée...
Le silence comme un miroir ; et le reste – simples reflets...
Et en nous – l'enfance à rejoindre ; ce à quoi (bien sûr) nous nous consacrons...
Par milliards – le noir – la volonté – mis en avant – entre les mains de l'invisible – des forces sous-jacentes derrière les forces apparentes...
Sentinelles du monde et sentinelles de l'aube – en quelque sorte...
Sans désespoir – sans ressentiment – malgré les malheurs – malgré la dureté et la véhémence des cœurs...
La terre promise, peu à peu, pénétrée – en dépit de l'épaisseur...
Un chant – une fête – sans bruit – sans personne...
Parmi ceux qui sont là – simplement – sans inviter quiconque...
Sans orgueil – sans intention – ceux qui semblent suffisamment sensibles – seulement...
De l'invisible – des étreintes – du silence...
Peau contre peau ; souffle entrant et souffle sortant – le même air partagé...
Une communion naturelle – spontanée – sans privilège – sans exclusion...
Posés sur la pierre commune – plongés dans la soif qui anime tous les élans...
Ici – sans rien chercher – ensemble ; sans heurt – ni effort...
Les yeux grands ouverts qui émergent, peu à peu, du délire collectif...
Nos yeux – nos mains – qui jonglent avec la vérité et l'illusion...
Sur un fil – depuis longtemps – confondu avec le sol...
L'âme abusée par le rêve ; le réel, sans cesse, réajusté, à nos désirs – à nos ambitions...
Parmi tous ceux qui feignent – qui mentent et font semblant ; tous ceux qui agitent de faux soleils – qui soulèvent de fausses questions – qui offrent des perspectives qui n'en sont pas – qui leurrent le monde avec leur statut – leurs saluts – leurs caresses...
Un monde de visages et de choses – anonymes – interchangeables – où tout se vaut – où tout se monnaye – où la valeur (bien sûr) est ailleurs ; un monde qui prône (et célèbre) une uniformité délétère – loin (très loin) de l'indistinction salvifique à laquelle nous invitent les sages et les Dieux...
*
L'arbre – à la saison des étreintes...
Dans nos bras – contre soi...
Confidences et secrets ; ce qui passe entre nous – en silence...
Un chant qui monte – de très loin – des profondeurs peut-être – qui sait – de plus loin encore (sans doute) – de l'époque d'avant les hommes – d'avant les frontières – d'avant la séparation...
L'invisible pas même chuchoté – des frémissements sous les étoiles – à côté des ombres et du chaos au milieu desquels vivent ceux qui ont perdu toute intimité avec le monde...
La terre – comme un vertige – la réminiscence d'un état d'avant la mémoire...
Notre feu et notre sang ; ensemble – sur cette étendue...
Des notes – comme de la poudre – offertes à ceux qui ne peuvent retenir leurs larmes...
Un peu d'encre et de silence jetés dans la géographie des hommes – comme un peu de neige dans la chaleur moite et étouffante...
Une sorte de sentier dont on ignore s'il monte ou s'il descend ; un visage – une contrée – à explorer minutieusement ; et dont on ne peut faire le tour qu'avec respect et attention...
Les confins du jour entre le ghetto et l'étendue ; une fenêtre pour voir le ciel ; un seuil sur lequel s'avancer pour faire face à la mort ; une porte dans l'intervalle ; une manière de découvrir ce que nous ignorons encore...
Le cœur circulaire...
Dans le gouffre ; la foulée...
Une île dans la nuit...
Un peu de sable pour écrire un poème...
Comme un envol hors du trou – hors du cercle – vers le merveilleux qui veille au-dessus du monde – au-dessus des illusions...
Le vent face au ciel noir – face au sommeil – face au délire – des hommes...
La grande infortune du monde...
Des paroles arrachées ; et des esprits confus...
Au carrefour des possibles...
Et trop de songes (bien trop de songes) en tête pour voir le soleil et l'Amour à l’œuvre dans ce déblaiement ; juste mille flèches qui ont l'air d'aggraver la blessure ; le refus du seuil et du silence...
Perdu(s) – comme enclavé(s) dans un repli du rêve – une sorte de recoin enroulé sur lui-même – à la manière d'un refuge – d'un abîme – d'un sommeil ; un lieu pour échapper au monde – au réel – à la transformation...
Du bleu – des bruits et des fables...
Ce qui nous a initié(s) – ce qui nous a façonné(s)...
A l'ombre du premier mythe – là où tout s'origine...
Pareil(s) à une chimère – à une invention – pour (à la fois) défier et prolonger le rêve...
L'incroyable labeur de l'esprit si prompt à tout différencier et à tout confondre...
Une forme de va-et-vient (permanent) entre le réel et le songe – entre la vérité et ce que l'on se raconte...
De toute évidence – nous sommes cela – cette inclinaison à tout inclure et à tout rejeter ; cet amalgame partiel et l'ensemble du royaume ; la portion et la totalité ; tous les degrés de l'envergure entre le néant et l'infini ; le vide sous tous ses déguisements...
Sur ce chemin où tout se dissipe – les visages – les mots – les mondes – les histoires – les questions – toutes les choses en vérité ; tous les abîmes – tous les cercles inventés ; et l'ensemble des angles circulaires qui transforment l'espace tantôt en arène – tantôt en labyrinthe...
L'Amour – à présent ; du brouillard et du silence ; et le regard qui pénètre les apparences...
Et entre nos doigts – tout ce sable que les mains n'ont cessé d'amasser...
Et devant nos yeux – ce désert qui a toujours existé (et que nous avons toujours pris soin de recouvrir ou de dissimuler)...
Le monde à la dérive – jusqu'au déclin...
La vie – le souffle ; et le ciel approbateur...
Et cette halte – comme si quelqu'un avait peur ; mille obstacles à franchir – mille obstacles à contourner...
Et tout – emporté avec nous – dans le grand flux ; ballotté par le cours (inéluctable) des choses...
Le jour – plus lointain que le sourire..
La vérité – plus abstraite que le geste...
L'instant – plus précis que le temps...
Le monde – en soi – que l'on porte tantôt comme un trophée – tantôt comme un fardeau...
Et derrière nous – d'autres visages ; d'autres perspectives...
Des pas provisoires – comme le reste (tout le reste)...
Seul(s) – comme le regard qui contemple – comme la main qui s'engage – comme le cœur qui éprouve et l'âme qui expérimente...
A l'ombre d'une figure tutélaire – Dieu peut-être sur lequel tout glisse sans trace – sans souvenir – sans mémoire ; le grand silence au fond duquel tout tombe et s'efface...
Et nous – tantôt comme des îles – tantôt comme des naufragés – posés là – dérivant – emportés – au milieu de nulle part...
Altérés peut-être par l'esprit – la mémoire – ce qui existe – ce qui semble exister...
Des choses apparemment vivaces – vivantes ; et des visages grimaçants...
D'un lieu à l'autre – comme si partout les fleurs étaient les mêmes – comme si partout les paroles (et les promesses) étaient identiques – comme si partout l'impossible nous encerclait...
Et – pourtant – en soi – le ciel immobile – le ciel inchangé...
A peine le temps d'enfiler un nouveau visage – un nouveau costume ; et nous voilà déjà reparti(s) ; avec les mêmes interrogations – les mêmes infirmités – la même incompréhension...
Flottant – à la manière de Dieu – d'un oiseau – d'un poisson – qui peut savoir...
Comme un tour de manège – allant et venant entre le centre et l'oubli – entre l'incorruptible et la périphérie (toujours plus ou moins dégradée)...
Personne – autour de soi – ce qui défile seulement – comme une (petite) ritournelle – animé(s) par la force centrifuge jusqu'au point de renversement – ce suspens nécessaire pour plonger vers le centre intérieur...
Le lieu de la lisière – le point d'équilibre – où tout se joue entre l'exil et la folie – entre la transformation et l'étrangeté – entre l'effacement et la persistance du secret...
Vers la dissolution – vers la fusion avec le reste – à son insu – puis, le cycle de la différenciation – de la distanciation – qui recommence...
Du vide et du sable (en mouvement) – d'infimes particules dans la vacuité ; notre seule (véritable) identité – nos seuls (véritables) constituants...
Rien que la source et la transparence ; le bleu tendrement envahissant ; si léger dans sa présence – son étreinte – ses baisers – que le monde finit par peser aussi peu que l'âme ; le ciel descendu – dans lequel tout s'envole – dans lequel tout frémit...
De plus en plus proche de la joie et de la vérité...
Au même titre que soi – le monde – l'oubli – la forêt qui accueille – le froid qui fortifie – toute chose en vérité – jusqu'au délire – jusqu'à l'aveuglement...
Une distance – sans cesse – à réduire – à effacer – pour ne jamais être pris en défaut d'intimité...
Cette désespérance de la tête plongée dans le sommeil ; les hommes ont beau rire et festoyer – l'âme semble inguérissable...
Comme un ciel inventé parsemé de pièges et de trappes ; et en dessous – un labyrinthe jonché de morts et de vivants – condamnés à la détention et à l'attente...
Une halte (très longue parfois) – comme un prolongement (indéfini) du rêve...
Le monde jusqu'à sa perte...
N'importe où pourvu que nous soyons...
Ici ou là-bas – l'esprit à l'étroit dans sa boîte – le ventre et les bras qui amassent jusqu'à la saturation de l'espace...
Des objets et des victuailles comme des remparts – le seul socle que nous connaissons ; là où la route s'arrête – là où l'on retourne la terre – là où les existences écorchent et ne sont qu'écorchure...
Une folie qui mène (inéluctablement) à la déchéance et au déclin...
Et le désir – et la volonté – qui en redemandent encore...
Au bord du vide – dans les bras de ce qui nous accueille – sur les épaules de ce qui nous porte...
Et sur la page – et dans la tête – tous les signes de la fable ; trop souvent – notre seule manière d'exister...
*
Des flèches décochées tantôt dans les yeux – tantôt dans le ciel...
Qu'importe ce qui est touché pourvu que tout devienne gris – opaque – infranchissable...
Tout mélangé ; le haut et le bas – la droite et la gauche – le dehors et le dedans...
Une manière de pénétrer le sommeil en profondeur pour faire exploser la pierre et les hauteurs ; Dieu – l'homme et la bête ; les arbres et les fleurs (enfin) rejoints dans leur chant et leur beauté – à la frontière du vivable et de l'invisible...
Ce que l'on pourrait appeler une leçon naturelle...
Une voix ; des mots expulsés...
Des sons – du sens – sans détour – sans violence...
Ce qui pourrait nous ressembler (vu d'un peu plus haut)...
Plus que rassemblés – indissociables...
Et l'ensemble sans cesse traversé par le provisoire ; le monde et les visages – furtifs ; de passage – comme notre voix qui escorte les mots dans l'espace...
Des traces de pas – une présence – la vie qui circule depuis la source...
Ce qui n'a jamais cessé – au milieu des ombres – au-dessus des têtes – entre les âmes – les corps qui tournent ; ce qui s'éteint et ce qui renaît – autant de fables que de réalités apparentes...
La multitude ; la matière (monstrueusement) efflorescente...
Des bourrasques – des tourbillons ; un peu de sève – un peu de vent – dans le silence et la lumière...
Comme tombé(s) au milieu des choses...
Des époques et des âges – aveugles – oublieux – inconscients – amputés de l'essentiel – cette sensibilité qui tient à l'ouverture du cœur et des yeux ; des larmes et une perspective plus éclairée...
Quelque chose d'infiniment précieux – et d'infiniment fragile – comme un peu de ciel pour compenser l'indigence – le prosaïsme – la vulgarité – du monde...
Un saut (incontestable) vers des possibilités nouvelles...
Cette carcasse ; ce bagage infime – orgueilleux – encombrant...
A sa place – encerclée par la douleur qui emporte l'esprit – qui le fait voyager – de contrée en contrée – des plus abominables aux plus propices à l'éclosion du cœur...
L'esprit comme un attirail – sur un manège – porté – et tiré – engagé dans tous les délires – visitant tous les cercles et tous les royaumes – que le corps traverse et expérimente...
Aussi loin que le fil et l'écume peuvent mener...
La rectitude (involontaire) de l'âme qui se laisse gagner par les vents – les vagues du monde – les courants invisibles qui, sans cesse, déferlent sur nos rivages...
Qu'importe l'hiver – la fatigue – les baisers trop mordants – les blessures et la souffrance – la fièvre – l'hostilité et l'incertitude...
Sur la route – tenace – sans défaut – tel que se déroule le voyage des exilés – suffisamment inclinés pour échapper aux menaces et à la prétention ; les pieds sur terre – l'âme engagée – le cœur serein – la tête à sa place...
*
Le vent – dans son œuvre – sans distraction...
Assidu – attentif – incroyablement précis ; amenant et emportant exactement ce qu'il faut – l'indispensable et le superflu (parfaitement mesurés)...
Des racines qui se brisent ; des déploiements inattendus – des instants de pleine respiration...
Le visible et l'invisible éclairés par la même lumière...
Ce qui se redresse ; et ce qui s'incline...
Le même dépouillement – vers l'essentiel et la nécessité ; le noyau vêtu des singularités de l'âme pour incarner ce que nous sommes ; ce à quoi nous sommes destinés...
Touché – toucher ; semblable dans son être...
La forme dense et changeante...
Le regard et la pierre – inséparables...
Bras ouverts ; et la parole offerte...
Le cœur affranchi de toute forme de somnolence...
Au-delà de l'abîme – au-delà de la mort...
L'intimité accrue (maximale – sans doute) – au point de ne plus rien distinguer – de tout aimer – le magma – chaque chose – l'indistinction – d'une égale manière...
Comme des yeux – et l'Amour – émergeant de l'ombre – des tréfonds de l'âme et du monde où on les avait enterrés...
Là – présent – au nom de l'absence du temps – au nom de personne...
Décalé – fermement – échappant aux saisons et à toute saisie...
Miracle – peut-être ; de passage (bien sûr) – seulement...
Soi et le ciel – parfaitement enchâssés...
Ni pente – ni voyage ; et moins encore voyageur...
Ni lointain – ni étrangeté...
Soudé(s) au reste et à l'origine – depuis le début – de toute éternité...
Presque rien – en somme...
Le vide dans sa folie et ses errances...
La mort au goutte à goutte...
Des épreuves et des tremblements...
Ce qui évolue dans l'espace...
L’œil-témoin et la présence vivante...
Une multitude de jeux et de jouets...
Quelque chose d'insensé – d'inimaginable ; le réel...
Des successions – des amassements ; et mille dégringolades sur des pentes apparemment naturelles – fabriquées de toutes pièces (en vérité)...
Des cycles où cohabitent tous les contraires...
Du silence – de l'Amour ; et des arènes qui accueillent toutes les luttes et tous les ébats...
Sans que nul ne sache – sans que nul ne comprenne – réellement – ce qu'est la vie – ce qu'est le monde – ce que nous sommes – ce que signifie être vivant – la réalité...
Des émergences – des boursouflures – des déclins – des éclatements ; et tous les mouvements ainsi (à peu près) résumés...
Rien que des parcours – des traversées ; de (très) brefs itinéraires – en apparence ; mais qui prennent pourtant racine (faut-il le rappeler) au cœur même des origines...
Des choses sur des listes ; des choses que l'on coche...
Des paroles – des pourquoi ; et des gestes à profusion...
Des va-et-vient ; des allées et venues...
Ce qui s'expose ; et ce qui s'efface...
Des feux dans la nuit ; des îles au milieu de l'océan...
Des successions et des cycles ; l'héritage commun ; et ce qu'on lègue à son insu...
Des marches parallèles ; des chemins qui se croisent...
Des pas et des passages...
Rien – jamais – de définitif (ne l'oublions pas)...
Au milieu des fous – au milieu des voix – la tendresse-mère qui appelle ses ouailles...
Au cœur des bois – entourés par des murs de sommeil – l'attente qui dure – la veille qui se prolonge...
Le ciel à découvert – comme une clairière encerclée par des nuages noirs...
L'écoute – l'Amour – ce qui vient ; ce qui émerge de la terre...
Nos lèvres qui ne reflètent ni les illusions – ni les mensonges – ni l'aveuglement – du monde ; la vie pure – la vie qui passe – sans retenue ; tout ce qui nous échappe ; et après quoi il est vain de courir – et ce pour quoi il est vain de verser son sang...
Le compagnonnage (inaliénable) de l'infini et du plus intime – seulement ; sur cet itinéraire plus qu'incertain...
Jouer avec les démons et les Dieux...
La peau de plus en plus dénudée – à l'intérieur...
A même la roche ; le ciel continu sans le moindre défaut – sans le moindre faux pas...
A genoux – au milieu des fleurs...
A notre place – (juste) au-dessus des malheurs...
Et l'immobilité qui règne par delà les lois et les (grands) cycles de la matière et du monde ; au cœur même de ce qui ne peut s'interrompre...
L'Amour – en ces hauteurs – comme le socle – et le prolongement – de ce qui est si prompt à pourrir...
Des poignées de terre – de simples poignées de terre – sur nos yeux fermés...
Ici – là-bas – plus loin – en ces lieux où l'hiver règne sur la terre et les saisons ; le gel (permanent) du temps – la neige comme un bain qui saisit l'âme et ravive la clarté dans le cœur habitué au brouillard...
Une manière d'apprendre à vivre – à rire – à marcher – à mourir – avec plus de justesse...
Des lèvres – un éclat dans l’œil – un peu de peau et de lumière sur la pierre grise – sur le sol sombre du monde...
Un peu de vide autour – et au-dedans – de la matière...
Quelque chose d'avant le visible – une part de soi – substantielle – miraculeuse ; un panaché de ciel et de rire...
Des âmes légères ; et l'horizon qui applaudit (silencieusement)...
Des arbres et des rivières – des fleurs et des collines – des bêtes et des pierres ; le monde d'avant le règne de l'homme ; l'époque (bénite) de l'indistinction...
Une vie – des existences – hissées à des hauteurs effarantes (inimaginables aujourd'hui)...
Une présence (depuis trop longtemps) oubliée...
Des traversées qui avaient la saveur de la terre et l'ampleur de l'immensité...
Un harmonieux mélange de matière et d'Absolu qui offrait au sable – aux gestes – à la moindre respiration – une envergure et une densité incomparables...
*
A peu près – comme s'il y avait des règles à suivre et des manières de faire – des choses mesurables – des gestes conseillés (et d'autres à proscrire) – comme si l'on savait ce qu'est la vie – ce qu'est la mort – ce que veut dire être un homme ou appartenir à l'humanité (au monde des vivants)...
Une grâce – un miracle – combien l'ont oublié – baignant, il est vrai, dans son lot de malheurs – de souffrances – d'infirmités...
La terre étreinte – le ciel embrassé...
Des chemins de connaissance – parsemés (plus ou moins) de visages...
Des traits – présents depuis toujours...
Des rires et des larmes – presque à chaque pas...
Des yeux – des mains – des ambitions – tournés vers on ne sait quoi...
Tout près de nous – pourtant – le froissement de la matière ; le frémissement de l'invisible ; l'assentiment du silence...