Carnet n°259 Notes journalières
Le monstrueux étalé – au-delà des apparences – sur toute la surface – comme une cruauté cyclique – régressive – un aveu de faiblesse et d’impuissance…
Une fatalité – une malédiction ; d’un côté, la matière balafrée et sanguinolente – et de l’autre, la matière dictatoriale – sans vergogne – à la manière d’un potentat criminel et sanguinaire…
Et nous – l’une et l’autre – partagé(s) – déchiré(s) – écartelé(s) – au-delà des étiquettes et de l’idée (presque toujours fausse) de justice…
Le vide absorbé et dissous – le plus tangible à la manœuvre – avec l’assentiment du silence…
Une (véritable) aubaine pour les jeux et les joueurs…
Le délire poussé jusqu’au vertige – prémices de la chute et de l’envol – concomitants si les forces nous sont offertes de manière équilibrée…
Aux angles du monde – la dispersion…
Les yeux – enfouis dans la terre – qui s’ouvrent et se referment – fascinés – éblouis par les textures et les couleurs (si changeantes) du décor…
Les choses infiniment plurielles pour la multitude avide et vorace…
En nous – la fusion – ce qui unit – ce qui rassemble – le centre rappelant à lui son rayonnement…
Le feu alimenté, en quelque sorte, par le renouvellement de ses propres flammes…
La joie passant de l’âme aux pieds – du souffle jusqu’au bout des doigts – dans tous les gestes exécutés par la main – dans toutes les danses initiées par les pas…
Tout qui se dresse – encore et encore – avant de s’effondrer – encore et encore – alternant sans fin les élans et les états…
En mille lieux – la vacance – le tumulte et les mouvements…
Accords et désaccords – unions et désunions – alliances et ruptures – sur fond de silence – sur fond d’acquiescement…
Coloré – comme une surface peinte – le monde d’un bout à l’autre – parcelles de matière gluante – harmonieux – merveilleux – à certains égards – atroce – misérable – à parts égales…
Des ornières – des lieux de villégiature – des strates de sommeil – ce que l’on froisse – ce qui s’arpente – ce qui se déploie avec perversité – avec mille faux-semblants et mille arrière-pensées…
Nos vies – comme un poing levé contre l’océan – pour s’opposer au déferlement de l’eau sur la grève – au labeur incessant des vagues qui fracassent la roche…
Une posture – une vocation – une farce – un cauchemar ; ce qui suscite à la fois le rire et les larmes – l’ambivalence de tout geste – la nécessité et la dérision ; et la possibilité d’un écart – d’un pas de côté – au-dedans – pour apprendre la quiétude et le contentement – malgré l’(apparente) absurdité du monde et l’atrocité des spectacles – seule manière, sans doute, d’échapper à l’esclavage et à la folie – à toutes les malédictions de l’existence terrestre…
Des querelles – des bavardages – des commentaires…
Du vent – du bruit – quelques tourbillons d’air – presque imperceptibles dans l’immensité et le silence…
Nous – arpentant l’espace au-dessus des sillons – des gesticulations (apparemment) nécessaires au fonctionnement du monde…
Debout – sans un mot – sans ennemi – sans œuvre à accomplir…
Une présence légère au milieu des Autres – au milieu de l’absence – des élans et des mouvements mécaniques…
La récurrence du mensonge…
La vie – la mort – le jour et la nuit – se répétant sans fin – sans se lasser jamais…
Dans une existence – une suite d’existences – inintentionnelles…
Tout – comme le dernier mot – précipité dans l’abîme – disparaissant avec le reste – ce qui a précédé et ce qui suivra – dans le vide salvateur et vorace – l’espace où nous évoluons – à tous les stades – l’Amour au-dessus du front – au-dessus des choses – et l’oubli en tête…
La tête autrefois si détachée du reste – reliée, à présent, à ce qui compte – à ce qui, depuis le début, a été oublié…
Le monde comme un corps – un cœur qui bat – une poitrine qui se soulève – qui se rétracte – qui respire ; un espace aussi large que l’esprit – là où nous vivons – là où chacun doit se résigner à vivre ; le seul refuge – le seul lieu où il est impossible de se cacher…
Sous les hurlements – l’étouffement…
Sous l’étouffement – le désir d’une autre vie…
La beauté au cœur de l’obscurité – de la suffocation – de la douleur…
Dieu englué dans la fange terrestre – remuant la terre – creusant – fouillant – essayant (avec nous) de s’affranchir de la matière…
Tout se détache ; le vide devenant davantage qu’un mot – notre cœur – notre esprit – notre essence – notre seule réalité – sans doute…
A notre place – enfin – sans écart – sans substitution possible…
Dans le sable – des traces – des signes qui nous rehaussent – qui nous révèlent ; du soleil à la place de l’air – de l’espace à la place des mots…
Le silence comme unique langage – la seule page qu’il nous est possible d’écrire – la seule page qu’il nous serait possible de lire – le monde retrouvant son origine et sa fonction ; et nous autres – sans ornement – habités, de nouveau, par la vérité – notre présence vivante – comme nous exhumant, par une force inhabituelle, d’un long sommeil…
Soulevé(s) par le souffle – comme s’il s’agissait d’une puissance surnaturelle – un fragment de ciel – le reflet de l’invisible – le recueil de toutes les injonctions divines éparpillées dans la matière ouverte – réceptive – libre de répercuter le processus – de donner corps au mystère – de le concrétiser – d’abandonner (enfin) les choses à leur voyage – à leur destin…
Le transport fabuleux de la poésie – l’affranchissement en actes – éclairé par la lumière – à même le réel qui, à la fois, disloque et féconde – dans une perpétuelle réinvention…
Le cœur emmailloté – le corps et ses (piètres) consolations – puis, un jour, le vent comme une lame – et nous – sur la pierre – décoiffé(s) – décapité(s) – amputé(s) de l’inutile – totalement défait(s) ; l’âme (enfin) exposée à la métaphysique naturelle et quotidienne…
Le réel – en éclats – en poussière – réduit, parfois, en buée – parfois, en cendres ; la matière combinée – dans tous ses états ; et le regard désengagé des changements et des transformations – comme affranchi des apparences et des mouvements…
Un parmi d’autres – dans le jour accompli…
Rien qu’un peu de bruit et de vent ; un poème ; la présence humble – sans posture – sans idée – sans stratégie – dans les tourbillons et le sillage de ce qui emporte – de ce qui est emporté – à la suite des choses et des circonstances…
L’oubli – l’effacement – la disparition ; ce qui nous résume – parfaitement – nous – nos gestes dérisoires – notre humble besogne – ce à quoi nous œuvrons…
Le vide et le silence – dans leur plein rayonnement – à travers le canal désobstrué ; la matière sans résistance – ouverte – amoureuse – totalement acquiesçante…
N’être rien – à la manière d’une silhouette invisible devant l’apparence d’un mur – un peu d’ombre peut-être – (très) brièvement – lorsque le soleil est au zénith – à peine un fantôme éclairé par un rayon de lumière provisoire – ce qui s’efface déjà sur ce qui, sans doute, n’existe pas réellement…
Des lignes – comme des pierres sur le chemin ; mille apprentissages pour le pas – le cœur – le regard ; une manière d’être vivant – de manière authentique…
Ni refus – ni refuge – l’espace nu que l’on arpente – que l’on explore – que l’on décortique – que l’on cartographie ; et auquel on finit, un jour, par s’abandonner…
Ce qu’on laisse croître – en nous – se déployer ; devenir ce que l’on autorise à nous effacer ; la seule transformation possible – comme un retour – l’être retrouvant, à travers nous, sa place – son envergure – son rayonnement…
La matière fidèle à son règne – à ses lois ; Dieu s’incarnant ; le monde dans ses alliances – obéissant aux forces qui le feront devenir…
Rien qu’une faiblesse – comme une ouverture – la chair qui se creuse – comme le cœur ; une béance pour Dieu – l’Amour – ce qui prend place – ce qui nous comble – dans un emboîtement parfait…
Nous – pris dans la fonte des glaces – les éboulis – l’effondrement de toutes les tours – de tous les remparts – aussi impuissant(s) et innocent(s) que la rose qui voit tomber ses épines – la nudité sensible – le cœur vivant de la tendresse…
Nous – dans le souffle – au fond de la poitrine de Celui qui aime – la tête penchée vers nous…
Nous – sur la pente – parmi les eaux cristallines…
Le bouillonnement – la colère – la forge – l’enclume – toutes les nasses – tous les instruments de torture ; l’opacité et la violence, soudain, disparues – comme un peu de pluie sur les traces de craie dessinées sur la roche…
La vie empalée qui se desserre – qui s’élargit au point de tout accueillir – au point de tout devenir…
Debout – à genoux – la conscience nue – sans torpeur…
Du bleu – du cœur à l’horizon…
Rien qu’une terre où la tendresse est la seule réponse – où les larmes convoquent la main caressante – où l’aveuglement est, peu à peu, appelé à devenir regard – Amour – insoutenable – trop lourd – trop abondant – pour nous seul(s) – qui doit s’écouler – se déverser – submerger ce qu’il touche – irradier la peau – la chair – remplacer le sang – rayonner à travers la beauté et la douleur…
L’exercice de vivre auquel chacun se livre – malgré lui…
Une douleur – en retrait – derrière les yeux – toutes les déclinaisons de l’âme vers le blanc – comme un prélude – après le plus maléfique – le plus insoutenable – peut-être…
Une plongée en soi – le soc du monde sur le dos – le même sillon – d’abord comme une légère éraflure – puis, comme une plaie qui se creuse – une béance – puis, un écartèlement – comme coupé en deux – sectionné par le milieu…
Nous – dans notre chambre – cet espace minuscule – sans commune mesure avec l’envergure du réel – incommensurable…
D’un jour à l’autre – sans aubaine – sans vergogne – sans explication – pas à pas – très (très) laborieusement…
Des grilles – de l’eau qui stagne – des signes – des mains qui se tendent – des bouches qui se referment…
Et tous les fauves autour – aux aguets – à l’affût – terriblement affamés – et carnassiers d’une impitoyable manière…
Le souffle salvifique – le refuge de la forêt – la douleur traversée de part en part – à gravir son humiliation – à tenter de venir à bout de ses blessures…
Les heures magistrales – parfois au bord – parfois au fond – de la solitude…
Ce qui – en soi – résiste – ce qui – devant soi – revient ; des couches d’excréments – des amas composites – mélange de choses et d’idées – du sang séché par le soleil – versé par des mains armées – des esprits acerbes et acérés – trop de songes – comme des explosions qui font déborder l’imaginaire qui devient, peu à peu, plus conséquent (et plus funeste) que le réel…
De belles âmes – pourtant – cachées – en profondeur – imperceptibles encore…
Et cette lumière – au-dessus des cages – au-dessus des cris ; de la souffrance instransformable excepté en violence – en assauts guerriers…
Vivant – au cœur du chaos – l’âme ardente – presque rageuse – les doigts et la langue trempés dans le fiel…
Au milieu des bêtes et des hommes – en somme…
A travers nous – la conscience – l’énergie – et leurs alliances étranges – admirables et déconcertantes…
Du plus subtil au plus grossier…
De l’innocence à l’obscénité…
De la tendresse à la sauvagerie…
Du plus captif à la liberté…
Mille chants – mille danses – mille écarts – et autant d’incongruités et d’anomalies…
Aussi rien ne doit se figer dans l’âme – sous le front – dans les mains – sur la page…
Sans cesse – des tourbillons de joie et de douleur…
Ce qui – en nous – invite le feu et l’espace – à grandir – à persévérer – jusqu’à l’extinction – jusqu’au renouvellement…
La mort comme un passage – la nudité provisoire, le temps de trouver un autre déguisement – la même ardeur mais colorée d’une autre manière…
Sans cesse – bousculé(s) par la vivacité – au-dedans – qui nous saisit – qui nous anime et nous rend vivant(s)…
Nos paupières et nos poings – fermés pendant la traversée ; l’existence – le monde – la douleur…
La chair enjouée par les plaisirs de la surface – les danses de la multitude – tous les excès – tous les débordements – ce que l’on retient – ce que l’on amasse – ce que l’on entasse – pour essayer d’assurer l’avenir…
Animés par la faim – soutenue, de manière complémentaire, par la peur née dans la psyché…
Ainsi le monde se structure – s’organise – exerce l’oppression et la violence – exploite – détruit – anéantit – au nom de ses craintes et de ses appétits…
L’innommable à l’affût derrière les fronts – les barbelés – les remparts érigés sur tous les territoires pour protéger les entrepôts – variés – multiples – immenses…
Sur la pente animale – de bout en bout – et nous – nous croyant à l’écart – en surplomb – de la pyramide terrestre…
Des créatures pas assez dignes encore pour s’affranchir du sang – de la mort – de la séparation…
Rien que du noir – parfois – de l’obscurité et du silence – une solitude triste – comme si l’on se tenait hors de soi – comme si l’on s’imaginait différent de ce qui porte et accueille la tristesse – et mille autres états – dans une variation infinie de couleurs qui recouvrent provisoirement (très provisoirement) une texture nue – lisse – parfaitement neutre ; sans doute, le versant le plus malicieux et le plus versatile du vide – le fondement même de nos mille identités concomitantes et successives…
Des pentes – des grilles – mille courants qui nous emmènent – des lieux où l’on passe – où l’on glisse – où l’on est retenu…
L’air – l’eau – le souffle et le sang – dans un flux continu ponctué de quelques interstices – comme des passages (possibles) vers les profondeurs – vers d’autres mondes…
Et ce que l’on porte avec soi – presque rien – le plus essentiel – à l’intérieur – bien sûr…
Plus haut que le ciel – au-dessus du perceptible – le règne du vide – qui ne se laisse définir par ce que l’on dit – par ce que l’on pense – par ce que l’on imagine – à son sujet – toutes nos manières de l’habiller – toutes nos manières de le colorier – comme si nous n’avions encore compris qu’en ces hauteurs – qu’en ces profondeurs – qu’en cet infini – existent d’autres lois que celles qui régissent la vie sur terre…
Le monde que l’on pourchasse – la tête qui fore les sous-sols – les mains qui prélèvent tout ce qu’elles sont capables d’arracher – les pieds cadenassés pourtant – dans le même trou – l’existence durant…
Dans l’enchevêtrement des pas – des signes – de la chair – une circulation incroyablement limitée – sous surveillance – avec mille blasons sur la peau – sur la hampe – et mille bannières dans la besace – en bandoulière…
Ce que nous défendons et ce que nous ambitionnons de conquérir…
Sans cesse – le désir et la querelle…
Partout où il y a des hommes ; des instincts – des apparences – le même jeu des illusions…
Nous – empêtré(s) – sans émancipation possible…
Ce que nous édifions – notre liberté – enchevêtré(s) aux tentatives (à toutes les tentatives) des Autres…
Nous – trop humain(s) – trop grégaire(s) – pour échapper aux embuscades – aux impasses – aux labyrinthes étroits – tressaillant sous la lumière et les procédures inventées pour vivre ensemble – enfermés…
La terreur sobre – le désir sobre – l’existence autorisée dans son (minuscule) intervalle – rien d’autre – ce qui éclaire médiocrement notre infime carré de terre – qu’importe l’abîme – qu’importe les profondeurs – l’épaisseur du noir – qu’importe la texture et la trame – pourvu que nous n’ayons l’air trop différent(s) de ceux qui nous entourent…
A l’intérieur – bousculé(s) – déchiré(s) – terrifié(s) – la violence au front – la violence et le vent – le sourire à la proue – bouillonnant sous nos masques – le feu dans son œuvre – essayant de fêler l’argile ; notre impérieux besoin de fuite – quelques pas – presque rien – inutiles (bien sûr) – comme si tout se dérobait à notre approche ; le vide – à chaque foulée – à l’instant même où la main tente de saisir – à l’instant même où la psyché tente de capturer ; le vide – partout – comme la seule récompense possible…
De l’écume – des bas-fonds au sommet – toute l’ignorance du monde sur le dos – autrefois sous le front – sous les pas – la terre et le feu – au-dessus ; une autre perspective – les idées anciennes comme évaporées – l’absence comme une malice – parfois comme une escroquerie – nos profondeurs à la manœuvre – humblement – silencieusement – sans les excès du verbe – la pensée sans recul et la légèreté du corps (si distante – si pesant – auparavant)…
L’engagement plutôt que l’inintelligence…
Ce qui nous résiste – ce que l’on enfourche – et les mille courants qui nous accompagnent – vers la découverte d’autres mondes – vers des galaxies plus lumineuses…
Et, pourtant, l’esprit (parfois – encore) pris dans la nasse – à gémir – à se débattre – à essayer de trouver une faille – comme tous les Autres – nos frères vivants…
Très proche du recommencement escarpé – le renouveau incessant – quotidien ; de la haute voltige à la portée du plus grossier (dégrossi de manière abrupte et laborieuse)…
Plus de route – plus de visage – plus de commerce ; sur nos propres épaules – un œil du côté de la clôture et l’autre du côté de l’infini – mains jointes au ciel – à la terre ; quelque chose d’ineffable au-dedans ; à nos côtés – personne (bien sûr) – devant nos yeux – plongé bien plus profondément que dans la solitude apparente…
Comme si la pierre en dessous et le verre au-dessus se déchiraient – comme entaillés par une lame invisible…
L’élargissement du périmètre – la désagrégation de l’Existant…
Bien en deçà et bien au-delà de l’imaginaire et du réel apparent…
A peine (pourtant) une légère torsion de l’esprit – plutôt un redressement – comme le début d’une rectitude…
De cercle en seuil – le centre grossissant…
Le temps déconnecté de l’espace – l’infini à portée de main – comme un agrandissement du regard – l’incessant accroissement du périmètre – la zone réelle sans théorie – sans précipice – d’un seul tenant – comme si les fragments s’étaient soudainement réunis – se mouvant à la manière des vagabonds – plongés dans l’errance – et cette immobilité visible – tel un œil sur la course – les voyages – la totalité des spectacles…
Rien que des mouvements sous la voûte ; des élans – des étincelles – des explosions – le vent et la foudre ; et au centre – cette immensité…
Avec l’assistance de notre main – ces quelques signes – sur la pierre – sur la page – manière de briser le ciel – d’élever la terre – de tresser une corde vers ses propres hauteurs – manière de retrouver un peu d’enfance – un peu d’éclat – l’envergure nécessaire à une existence (réellement) vivante…
Aux marges de l’innocence – des mondes âpres et écœurants où l’on fuit et où l’on se querelle – où l’on pavoise – où l’on marche en conquérant en se donnant des airs (de victoire – de réussite) ; une terre d’apparat et d’apparence – infâme et monstrueuse…
Se tenir entre le réel et l’oubli – sur cette étroite bande de sable entre, d’un côté, le ressac, et de l’autre, l’océan…
A voix basse – entre les barreaux – au milieu des arbres et du silence – la tête au-dessus – comme un soleil sur notre misère – la multitude…
Des millénaires d’amassements – des souterrains engorgés – des amas – des monticules du sol au ciel – et plus haut – encombré aussi…
Dieu – le vide – évincés – auxquels on a substitué des choses et des images – des idées sur le frémissement et l’envergure…
L’importance des racines – de la marche – de la progression – comme si l’on avait oublié que le monde n’était qu’une escale – une étape dans un voyage immobile qui mène de l’origine à l’origine – et que le seul progrès consiste à la soustraction et au retranchement…
Ainsi – de seuil en seuil – chemine-t-on vers soi – le vide – la seule réalité tangible au milieu des rêves…
Sans cesse – autour de la même nudité…
L’espace qui vit et respire – sans querelle – sans suffocation…
De la lumière sur nos mille petites tragédies – nos pas et nos prouesses minuscules…
Le désert vivant qui perd son aridité…
Le désert habité – le seul lieu possible – vivable – pour être (réellement – présent) au monde…
L’aube sans la lampe – sans la hache – au cœur du chaos…
Le ciel ici – ensemble – à cet instant – sous les craquelures du temps…
Le jour silencieux – un parfum de soleil et de rocher…
Des ondes – des vibrations – des odeurs – naturelles…
L’aube verticale – de l’air brassé…
Le glissement du chaos vers les régions les plus réprimées…
Le ciel qui, peu à peu, se découvre…
L’écartement des barreaux – la chute (très progressive) des grilles…
La route qui se dessine…
Le souffle de l’enfance – la simplification du labyrinthe – le monde qui se désagrège…
Le premier élan du voyageur – peut-être…
Un peu de vérité sur le sable – dans le vent ; insaisissable(s) – comme le reste…
Et pourtant, partout, la grande illusion de l’accaparement et de la propriété…
Des ravins – la mort – le sort des carcasses qui s’amoncellent…
Des virages pour allonger la durée du voyage ; des détours – souvent – nécessaires…
Le rire après les épreuves – les tourments – l’obscurité – la vie épouvantable – comme une remontée des bas-fonds – le visage (enfin) à portée de soleil…
Des plaies – au fond de l’écriture – une blessure béante – que chaque ligne – que chaque pas – creuse davantage…
L’existence comme un atelier à ciel ouvert…
Une parole monstrueuse qu’il faut écouter – accueillir amoureusement – aimer inconditionnellement – pour que le cœur puisse guérir et remonter, peu à peu, vers la poitrine – et battre à nouveau en même temps que s’approfondissent – et s’élargissent – le souffle et la perspective…
Des lettres comme des notes…
L’extraction de la tristesse et de la puanteur…
La naissance du fil et du danseur…
Des pas légers sur la corde – quelques foulées dans l’air…
L’enjambement des peurs et du désordre…
Le début, peut-être, d’un autre voyage…
Le feu et la mort – se répétant sans cesse – pour nous ouvrir les yeux sur la puissance – le mouvement – et l’œil qui contemple les transformations – les hauts et les bas – la spirale des corps et des existences – comme des orbes tiraillés par la faim et le sang…
Nous – contre le mur – traversé(s)…
Le récit d’un voyage – de l’origine vers l’Amour – lui-même en boucle – empruntant divers cercles – chargé de semences – porteur de lacunes et de manquements – aux prises avec les vents – le souffle – la respiration – combiné en modules – en possibilités – explorant une infinité de marges – de recoins – de recours – de confins…
Et le cœur malmené – si peu armé pour affronter le monde et livrer bataille…
Des lignes – comme des pas dans la nuit – un fil sur lequel on marcherait – au-dessus de tous les abîmes – des yeux – des Autres – trop de douleur – des gorges tranchées – du sang sur la pierre – sur le sol des abattoirs – des sacrifices sans rituel – juste pour apaiser la faim – notre misère – manière, peut-être, de réunir la matière – de la recombiner – de préserver – malgré tant d’horreurs – un peu d’unité…
La peur – la haine – l’indifférence – trop souvent – les seules valeurs transmises – qu’on lègue avec quelques coffres – quelques terres (parfois)…
En soi – profondément ancrés – le sens du territoire – le goût de la conquête – l’imposture de l’identité…
Seul(s) – en silence – sans histoire…
L’aile battant dans la nuit…
Le soleil au-dedans – sur la page – peut-être…
La saveur de l’échec sur la langue…
La disparition décidée – presque programmée…
Rebut sans empreinte – sans gravité…
Cette marche lente vers la mort…
Encore au cœur du cercle – en désordre…
Une douleur dans la voix…
La clarté – au fond – grandissante…
L’oscillation entre la fuite et le fléau…
La matière qui recouvre l’âme – frappée par le sceau du vivant…
L’éternel dans son tégument de poussière…
Tous les sillons creusés par nos pas – les habitudes en tête…
Le corps traversé par la douleur et la jouissance – telles des vagues disjointes – reliées par l’invisible – la magie de l’océan…
Ce qui donne – bien sûr – un sens à tout voyage…
Sur le visage – ce sourire – ces balafres – la nudité et l’ironie – cette manière de résister aux douleurs du monde…
Et ce qui nous brûle au-dedans – cette voie intérieure pour échapper aux bûchers – construits au dehors – à notre intention…
Toutes nos forces déployées pour décapiter à la source les assauts de la souffrance…
La sente qui longe la lumière – mystérieuse encore – à cette heure – et cette étendue sans limite que l’on découvre – en soi – à l’écart – la main dans celle de la solitude – traversé par de grandes joies – la gratitude parfaite que l’on accorde au monde – à la vie – à la mort…
Le royaume – entre le ciel et des monticules de cadavres et d’excréments…
Une roue – une route – sur la corde tendue de la désobéissance – l’âme effrontée et la main qui, d’un geste, initie le détachement…
Nous – nous avançant au-dessus de l’abîme…
Prêt(s) à nous abandonner discrètement – humblement – à la puissance légendaire du bleu – à l’irrésistible attrait du vide…