Carnet n°213 Notes journalières
L’aube s’annonce – contrairement à la fin du vent…
La lumière souveraine et le feu invisible qui fait trembler les ombres…
Des terres froides – des seuils – des secrets – mille sommeils – mille têtes sans yeux – des visages sans âme – le décor d’une (possible) découverte…
Souillés d’attentes et de secrets – à patienter – fébriles – sur la pierre. Deux mains tendues vers l’absence. Deux yeux à arracher le ciel. Pas même un chemin. Et la mort qui se présentera bientôt…
Trop de sang et de mots coulent sur l’indifférence des pierres. Il faudrait un chant – un oiseau – une rive nouvelle – pour accueillir ce qui vient…
Ce que nous devons à la nuit et à l’éloignement. La nudité du monde dans son cri très ancien. Des choses grises – le cœur en désordre…
Une chambre – des larmes – une enfance peut-être…
Entre la cendre et la clarté – notre âme – notre visage – et notre mort, bien sûr…
Vivre à même la nécessité – au cœur de la forêt – nu – dans le silence et le jour présent. Le monde – derrière soi – abandonné…
Aussi humain que sauvage – l’âme plus joyeuse que blessée…
Laisser choir ce qui devient lourd – épais – nébuleux – complexe – restrictif – intransigeant. Refuser l’astreinte – les bras ouverts aux vents – à la fantaisie – à l’espièglerie – aux rivières – aux vents – aux montagnes…
Quitter les étoiles pour se rapprocher des Dieux…
Être le regard – le silence – ou, au pire, vivre en leur compagnie…
L’âme franche – le corps moitié glaise – moitié mystère – le poids du mensonge et de la terre – auquel s’ajoute celui des instincts – face à la légèreté du cœur – libre – affranchi – oublieux du monde…
Vivre au-delà des grilles et de l’espérance. Le visage déjà proche de la lumière – du soleil – de l’aube naissante…
Ceux qui – avant nous – ont franchi les fossés du temps – le grand abîme trompeur – la fausse liberté des hommes – qui ont quitté la glaise et l’espérance pour la patrie sans étoile – l’aurore patiente – la clarté de l’âme…
L’interminable déclin du monde – soudain – précipité par les hommes…
Rester fragile – immobile – sur la pierre – à la merci de tout – de tous…
Qui sait que cette expérience délivre de la domination – de l’homme ancien qui aiguise ses armes et peaufine ses stratégies – et qu’elle rapproche de l’humanité nécessaire au franchissement de l’au-delà de l’homme – à la découverte de cet infini au-dedans – le premier pas – les premiers pas peut-être – vers l’Amour – pas si lointain – les tout premiers rivages de la confiance une fois l’inquiétude et l’angoisse franchies…
On ne peut consentir à aimer sans s’être suffisamment rapproché de soi. Avant ce seuil – l’Amour est une illusion – une tromperie – un mensonge…
Il n’y a d’autre lieu – d’autre demeure – d’autre refuge qu’ici même – à cet instant…
Un peu d’effroi au fond du gouffre – un peu de solitude aussi – mais rien de comparable avec ce qui est ressenti hissé sur sa colonne singulière – face à soi – au monde – à la mort – au silence ; le rivage de la connaissance…
De ce lieu – la vie a la couleur de l’aube et du pire – comme un scintillement sur la pierre noire – le tranchant argenté du réel sur le rêve toujours trop blanc – toujours trop cotonneux…
Face à la béance – à son irrésistible attraction – rien ne peut résister – tout semble vain – avec cette étrange sensation de n’être plus personne – pas même un nom – pas même l’idée d’un visage – une immobilité – une confiance en l’abîme – en le saut – en l’envol possible…
A cet instant – nous ne sommes rien d’autre – les prémices – la possibilité, peut-être – de l’Amour…
Des pas épais – épris de la pierre – légers – épris du jour – les mêmes pourtant – et différents, bien sûr, à chaque instant…
Plus simple après la chute – sans le souvenir – sans l’espérance…
Ce que l’au-delà de la fièvre peut offrir – et guérir peut-être…
A travers l’arbre – la pierre – la bête – la même voix – celle qui supplie l’homme – le monde – d’aller au-delà de la faim…
Rompue la confiance entre les vivants et la terre. Trop froid – trop peu de lumière. Trop de rêves et d’écume. Un feu trop incertain. Des rives et pas le moindre ciel – pas le moindre océan. Des horizons trop noirs. Beaucoup trop d’espérance – et pas l’ombre d’une présence…
Pour jeter plus précocement l’inutile – les choses du monde – il faudrait – d’emblée – plus de nuit et de neige – davantage de solitude – beaucoup moins de promesses et de visages – apprendre la nudité – et pouvoir vivre décemment au milieu du désert et des étoiles…
La primauté du silence. Tout le reste demeure accessoire ; la vie – le monde – la beauté du ciel – le battement universel – le feu au fond de l’âme…
Nous n’avançons pas – jamais – en réalité – ce sont les choses qui se rapprochent – et le monde, Dieu et la vérité à leur suite – bien évidemment…
L’inconscience du geste – du bruit – des cris et des conséquences – pour celui qui agit. Le mouvement machinal – ordinaire – mécanique – répétitif – parfois mortel – ce que la main touche sans amour…
L’essentiel du temps – l’essentiel du monde – l’essentiel des hommes…
Sans envergure – à moitié vivant – qu’importe le destin si l’autre versant de vivre est oublié ; ce qui regarde – ce qui contemple – ce qui demeure en silence au-dessus du monde, des pierres et des visages – et bien moins haut qu’on ne l’imagine…
L’autre version du monde – l’autre versant de l’étoffe. Le plus conciliable avec l’âme. L’infini découvert – partagé – joyeux jusque dans la mort…
L’éternité non dans la main mais dans le geste de l’homme…
Rien qu’un retrait – une manière d’accompagner le mouvement depuis un point plus stable – en surplomb des pas – des rêves – quelque chose proche à la fois des lèvres et du silence – le plus intime de l’âme peut-être – dans la volonté invisible des Dieux – ce qui nous est le plus naturel…
Tous les visages – en songe – comme une fratrie disparate – née de restes d’étoiles – de la main trop légère des Dieux – d’un rêve étrange d’infini terrestre…
Façades et structures façonnées dans la matière avec au-dedans un espace minuscule – enclavé – presque secret – où l’on a déposé un peu de ciel – un peu de magie – la part invisible du monde – que l’on a recouvert de boue – de sang – de chair et de sommeil…
Un cœur battant – un cœur vivant – un cœur tremblant…
Ce qui fait que sur ces rives – le poids des âmes compte moins (beaucoup moins) que celui des morts et des fous…
Sous le sommeil – tout est frémissant – ça bouge comme si le ciel était à portée de rêve – et qu’il suffisait de tendre la main – en songe – pour décrocher le secret accroché en fragments à chaque étoile…
Ce qui file – ce qui court – ce qui serpente – pour échapper à l’entrave et à l’astreinte…
La liberté des heures volées au monde – volées au temps – celles qui font surgir le jour au milieu de la nuit – et la lune au milieu des rêves – comme un vaisseau téméraire qui fend les eaux trop noires de la terre…
Des mains indifférentes face à la distance – et à la position (trop lointaine) des étoiles. Des eaux trop tumultueuses et un ciel trop impassible – pour quitter le chemin des yeux – et risquer un coup d’œil au-delà…
Et ça glisse vers sa fin – sans même y penser – sans même s’en rendre compte…
Plus précieux que toutes les passerelles du monde – ce lien – ce lieu – qui s’édifie – se découvre – se dévoile – s’affine – au-dedans – porteur de toutes les promesses pour tous les habitants de la terre…
Des pierres – des arbres – des bêtes – des têtes – déchirés par nos mains vives – rouges – sans pitié – trop lourdes de terre – trop chargées d’envies et d’ambitions – trop pleines de désir d’infini dans la (seule) perspective horizontale…
Le sort de tous – de la terre – du monde – à la merci de ces mains assoiffées – de ces mains jamais effrayées ni par la mort – ni par le sang…
Le ciel dans la bouche – et une parole légère…
Le ciel dans l’âme – et le plus beau silence…
Une blessure que seule la lumière peut guérir…
Une forme d’Amour à rebours…
Des chutes – des morts – et autant de rêves que d’absence…
L’éternité sans prise – après ce long chemin sur le sable noir…
Des pièges sous la roche – et de l’écume (beaucoup trop d’écume) par-dessus…
Rien sous la couche d’étoiles – rien au-delà des yeux…
Les mêmes obstacles – les mêmes souvenirs…
Le monde d’avant le langage au-dessus des apparences – perceptible à travers le vent qui cingle le visage – et l’âme vacillante au-dedans – sensible à la terre – au sommeil – à la lumière – à tout ce qui nous éloigne du temps…
Vivre dans l’absence du monde – sur ces rives sans âme – à chercher l’homme – ce qu’il porte – l’au-delà du visage – ce qui transcende tous les noms – au fond de soi…
Ce grand rien sur fond d’étoiles. Un rêve – un souvenir – une lumière. De l’autre côté du sommeil – là où l’âme est encore vivante…
A partir de la chair – le manque – le désir – le souvenir – le sommeil – mille choses impartageables – puis, un jour (bien sûr), la mort…
Le jardin des hauteurs – là où le nom et la voûte se retrouvent – se relient – parmi les arbres et quelques étoiles téméraires – ce qui offre un autre éclairage à nos âmes taciturnes – à nos visages si tristes – à nos obscures existences…
De l’argile brunâtre – du sang mélangé à la terre noire – la chair et la glaise – le corps des étoiles éteintes – un peu d’eau – un reste de sable – quelques molécules que l’on agite – l’affolement des codes – des mutations – ce qui a enfanté la mort – le rêve et la mort – le désir de ce qui brille et de ce qui est rare – pour offrir au commun – à l’ordinaire – au presque sordide – un peu d’éclat – un peu d’espoir – une possibilité de scintillement…
Rien que le regard et les mains de la solitude – celles qui ne tremblent ni devant la nuit – ni devant le monde – ni devant ce qui ressemble au sommeil…
Des yeux dans l’ombre – une manière de gravir ce qui semble incontournable – une voix dans l’abîme – sans attente – sans prière…
Pas même une arme contre ce qui effraye – l’inverse plutôt – comme une offrande discrète – une présence que l’on ne peut rattacher à aucun visage – à aucun nom…
Un front sévère – une apparence austère – et quelque chose comme de la rage – un vieux restant de rage – dans un coin de la tête. Des yeux tristes qui ne servent presque qu’à pleurer. Une manière de s’affranchir du sommeil…
L’ascèse de celui qui ne plaît à personne – mais que le bleu inspire – et qui a le goût du ciel – l’âme sensible – partagé encore entre le monde et la possibilité de l’infini…
Des mots – comme de l’eau qui coule – qui se déverse – dont on peut se servir de mille manières – et, en premier lieu, la regarder sans en faire usage…
Vestiges, peut-être, d’une vérité première – originelle. Un peu de fraîcheur, sans doute, sur la somnolence…
Dense – si dense – à creuser l’abîme – à fracasser la matière – pour faire un peu de place au vide et au silence – dans ce tourbillon de bruits et de choses…
La démesure de l’esprit qui voudrait transposer son envergure et sa folie à la matière et au langage – et qui y parvient, parfois, au prix d’un lent (et long) labeur…
De loin – des hommes – des ombres qui ont l’air vivantes…
Ce que nous construisons dans l’effort et le sang – au lieu d’attendre le mûrissement des choses…
Rien que l’essentiel – ce que nous sommes – et tous les superflus dont nous nous encombrons…
Personne – entre la paroi et l’écho – si – le silence – et, parfois, les lointains bruits du monde…
Des eaux profondes – une langue – deux oreilles – et une main qui s’attarde sur ses feuilles – une façon, peut-être, de résister à l’ombre – au sommeil – à la bêtise du monde – à la frivolité insouciante des siècles qui se succèdent pour perpétuer (presque toujours) le pire…
Tout se referme sur le froid – la nuit – le sursaut tardif. Le monde entier s’éloigne – le ciel même s’absente – devient moins vivant – plus difficile d’accès. Sans doute ne ressemblons-nous plus même à des hommes – sans doute ne sommes-nous presque plus là – et pas encore emportés par la mort qui se rapproche – très loin – de l’autre côté de soi…
Du plus loin – parfois – comme l’origine touchée…
Et ce qui – en nous – est suspendu – une patience de plusieurs siècles – un fleuve aux paupières closes – sans avenir – dont l’eau, pourtant, étanche la soif de ceux qui fréquentent ses rives…
Tout en lettres sauf le temps et la hauteur avalés par le vide. Comme une présence oubliée qui nous traverse en dépit de notre idée du ciel – en dépit de notre idée de l’homme…
Ce que nos pas inscrivent sur la terre…
Aussi fugitifs que passants furtifs. Effarés – presque toujours – par la durée de la traversée – en particulier lorsqu’elle est sur le point de s’achever…
Le silence d’avant la naissance des pierres…
Le silence du temps où il était le seul miroir – un peu de sable poli pour épuiser ce que deviendrait le monde – et rendre étrangères la nuit et la lumière – quelque chose qui nous égarerait – et nous ferait dériver pendant des millénaires dans les gouffres inventés par le langage des hommes…
Le monde – ce que nous en avons fait – ce que nous lui faisons chaque jour – un désastre aveuglant – une impossibilité de voir tant nous avons pris l’habitude de faire couler le sang – de donner la mort – de vivre sans conscience – impitoyablement…
Du feu – des noms – une terre à peu près vivable. Et le jour – toujours inconnu – toujours étranger – pas même désiré en rêve…
Ce que l’invisible nous offre – mille occasions de déblayer les eaux sales et le sable – de creuser le plus lointain – d’effacer les scintillements de la mémoire – de laisser mûrir le chemin vers le silence…
Roue du monde – roue du temps – la même infortune démultipliée – le désert – les cités – l’âge – la durée – la vie – le sang – la mort – renouvelés – renouvelés – à chaque fois renouvelés – autant de fois que possible…
Rien qu’un peu d’ombre – et quelques traits obliques sur le grand livre de la mémoire…
Rien qui ne nous rapproche – ni ne ternisse la lumière…
Ce que le désert nous révèle – ce que le silence nous offre. Nature et solitude – le grand large – loin du sommeil commun – tissé de rien et de sang – la tête coupée – l’âme seule dressée dans la lumière…
Plus que des yeux – un regard…
De retour – ensemble – comme au commencement…
Sur la même pierre – dans le même pli de la terre – mais sans blessure – sans cet effroyable sommeil sous les paupières…
L’âme aussi libre – et aussi vaste – que le ciel – à l’égal des anges qui nous survolent – à l’égal des Dieux qui nous contemplent…
Juste un rire sur les eaux noires déchirées. Une route étrange vers la vérité. Ce qui entre – ce qui s’ouvre – ce qui se déblaye. Ce qui glisse – appuyé sur la mémoire. Les chimères et l’impatience au bord de l’abîme – et jetées au fond – une à une…
La seule option – la seule issue – pour vivre affranchi – à côté du monde…
Comme un oiseau caché derrière la grande machine – perché sur la plus haute branche d’un arbre – à méditer sur la (tragique) naissance du monde…
Ce que l’on érige – ce qui nous menace – la même origine – la nécessité d’agir plutôt que la liberté du regard…
Ce qui ne s’oppose pas – pour rien au monde – en dépit de nos croyances ; ce que l’on doit réunir – superposer – et faire entrer ensemble dans l’âme et la main…
Nous ne triompherons que seul(s) et dans la pénombre – une fois le labeur remplacé par le regard – et les saisons par la liberté – lorsque les points pourront remplacer les traits et que la parole naîtra – et se goûtera – dans le silence…
Tout alors se réalisera par – pour – et au-dedans de la lumière – libéré (pleinement) de la faim et du sommeil…
Au-dedans du cercle avec Dieu – la mort – le monde – tous les visages – dans tous ces lieux qui nous ressemblent – qui nous rapprochent – et qui (parfois) nous éloignent – dans lesquels nous passons avec des noms sans importance…
Des fleurs et du ciel – et du vide dans l’âme…
Tout s’efface – s’enfonce – disparaît – dans l’indifférence totale du monde. Dans nos cœurs – ce/ceux qui compte(nt) pèse(nt) infiniment plus lourd(s) que ce/ceux qui ne compte(nt) pas – et, pourtant, ce qui est important à nos yeux ne représente rien dans l’économie de l’univers – quelques grammes peut-être – quantité négligeable – infinitésimale – absolument rien, en vérité, au regard de l’ensemble…
Des têtes – des herbes – des âmes – par milliards qui naissent et disparaissent – dans le silence et l’indifférence des foules…
Du bruit – des siècles – des cimes…
Ce que l’on enfouit – ce qui s’use – ce qui tombe…
D’un monde à l’autre – éternellement…
Des mots comme un peu de temps suspendu – prêts à tomber dans l’âme des plus sensibles…
Une manière d’offrir un peu de ciel creusé en soi – de l’eau pure pour la soif – l’Amour qui nous manquait peut-être – les prémices de ce qui surviendra, un jour, seul – en l’absence de miroir…
L’éclatement des noms et des visages – des morceaux recollés par nécessité – parfois par inadvertance. Des faces disparates – réajustées – qui dessinent mille reflets différents – des images mouvantes – incroyablement mobiles et changeantes – qui ne représentent rien – pas même les apparences. Une nappe dans la mémoire. Quelques traits – à peine – dans le ciel immense…
Un peu de vent – et tout s’efface…
Notre plus fidèle portrait – qu’aucune main ne saurait dessiner avec exactitude…
Un chant – comme une gerbe de mots dans l’espace – portés par les ailes des oiseaux. Et dans le froid – soudain – une beauté nous saisit. Des siècles que nous attendions la fin de l’hiver – quelques fleurs miraculeuses au milieu de la neige. Le monde et le noir brusquement désappris – presque oubliés. Le début du langage pour interroger l’immensité là-haut – et ce bleu mystérieusement enfoui en nous – et tous deux introuvables jusqu’alors…
Un peu de chair qui passe – presque rien d’autre en apparence. De l’esprit – de l’âme – la possibilité du langage et de la grâce – ce qui s’interroge – un peu de bleu dans la tuyauterie du corps – et tout le reste par-dessus…
Une parole sans nom – sans visage – venue, peut-être, du plus profond de la forêt – dans ce lieu où l’âme semble si joviale – méconnaissable – elle qui a l’air si triste – si morose – lorsqu’elle traverse les cités – le territoire des hommes…
Une absence commune – partagée. Des mains qui se cherchent parfois davantage que les âmes. De la pluie – de l’infime – son lot d’indigences – des fantômes – personne – jamais – du temps – des fables – rien que nous puissions saisir – rien que nous puissions comprendre – rien qui ne restera…
Des rives et des attentes – des portes – du froid et des yeux insensibles…
Un peu de feu d’où jaillissent les mots – quelques syllabes comme des fientes d’oiseau – des tentatives de partage avortées. Le silence – à présent – non comme un rêve – mais comme un remerciement…
Ce qui viendra, peut-être, après la nuit ancienne…
Comme un chant – comme un ciel – une manière d’élever l’âme – d’ouvrir chaque fenêtre – de jeter ses idées au profit de gestes plus attentifs – plus précis – une invitation perpétuelle au silence – et une gratitude aussi pour cette offrande…
Nous marchons – comme personne – les yeux fermés…
Des cellules – des étoiles – son lot d’ennuis – de la fatigue – et l’usure des choses…
Et l’espérance – une matière comme une autre – bien sûr…
L’impossibilité de l’homme comme seule vocation peut-être…
La confusion et l’inexplicable – la limite et le refus – nos absences et notre (trop long) sommeil…
Et ces phrases comme des flèches pour percer le silence – pénétrer les âmes – traverser le monde – et atteindre l’Amour – peut-être – qui peut savoir…
L’indéchiffrable mystère – soudain – devant soi – ouvert – à nu – désossé. Des grains de lumière. De la matière (invisible) et de l’Amour. Ce qui donne aux corps cette mobilité – à certaines âmes leur sensibilité – et à quelques individus la nécessité de l’Absolu…
Des routes – mille routes – vers la rencontre primordiale…
Comme un voyageur échoué – avec pour seul bagage ses échecs – les seules choses qui rendent humain – humble – suffisamment – pour découvrir, dans la longue liste qui nous attend, le tout premier visage de l’innocence…
Rien que des ombres – des traces – et quelques échos…
Et là-bas – au loin – le mirage de la vérité – que tant de paroles ont fait briller comme un soleil…
Et rien qui n’y mène ; aucune passerelle – et tant d’ignorance à ce propos – à tout propos…
Tout nous restera inconnu…
Une seule évidence ; il fera encore nuit noire lorsque nous nous effacerons…
Tout nous quitte – et quelque chose, en nous, se penche pour voir ce qu’il y a derrière la fin – derrière la disparition – derrière l’absence. Et comme il n’y a rien à découvrir – rien à trouver – cette chose se recroqueville – comme si elle refusait la vie – la mort – comme si elle refusait toute chose – toute offre – toute possibilité – toute opportunité – devenant, peu à peu, la figure même du refus – la figure même de l’opposition et de la frontalité – s’escrimant à livrer bataille sur tous les fronts (et Dieu sait qu’ils sont nombreux) – puis, un jour, cette chose se dessèche ; elle s’éteint sans avoir une seule fois renoncé – sans avoir une seule fois prêté le flanc à l’abandon – à la capitulation – qui lui auraient, pourtant, été bénéfiques – et même salutaires…
Ce qui nous sourit – derrière la vitre – une enfance silencieuse – l’Amour comme une respiration – un souffle, peut-être, entre les cris et les soupirs – un temps éternel – un jardin posé entre nous – avec, au loin, un ciel de pluie plein de promesses…
Le silence de l’espace intime – pas d’image – pas de temps – le souffle naturel du monde. L’âme dans son jardin – jouant innocemment – dansant – caressant les fleurs et les oiseaux – dans son antre infini…
L’encre presque étrangère au sang – au souffle – à la vie – à la substance des âmes…
Des lignes éteintes – des livres frêles – sans épaisseur…
De risibles histoires de nuit et de larmes…
De vains récits sur des choses si communes – si anciennes – éternelles peut-être – que quelques pages suffiraient pour les décrire (de manière exhaustive)…
Ce défaut d’itinéraire qui conduit à l’errance – qui mène à la grâce…
A chaque pas – des larmes invisibles de gratitude…
L’humain sans mémoire – les songes jetés, un à un, au fond de la nuit…
Et seul – à nouveau – sur la colline – à veiller patiemment la venue (prochaine) de l’aurore…
Et dans la tête – ces paroles de sagesse très anciennes – qui, peu à peu, pénètrent l’âme – le regard – le sang et la chair – avant d’investir (presque entièrement) le souffle et le geste – là où elles doivent être…
Vivre avec ce sourire creusé à même la joie – passant de l’obscur – du lointain – à la clarté la plus proche – comme une évidence trop souvent négligée…
Hors du cercle qui rassemble – la couronne de la solitude sur la tête – à parler seul – à la vaste étendue en soi qui patiente à l’ombre des désirs – à l’ombre des fureurs – à l’ombre des absences. A la recherche, peut-être, d’un sol et d’un ciel moins épais – et d’un abandon plus radical…
L’âme-source plutôt que le monde-ressources…
Cette ombre en nous – de part et d’autre du gouffre – dans nos profondeurs les plus reculées – comme un fantôme déversant ses eaux noires. Aux côtés d’un feu immense – flamboyant – démesuré – dont les flammes sont presque bleues. Et entre ces deux instances – ces deux entités naturelles – incontestables – le monde et le poème – les siècles qui se déchirent – qui se propagent et se perpétuent – l’ouverture qui, maintes et maintes fois, se répète – la terre maladroite et le ciel trop lointain – toujours inaccessible…
L’éternel jeu – l’éternelle loi – du monde…