UNE ÂME SENSIBLE (VOLUME 2)
EXTRAITS DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2016-2019)
Il faudrait s'écarter des cités et des hommes – et aller au hasard des chemins pour retrouver ce que nous avons abandonné depuis si longtemps...
Du bruit partout. Des âmes encore. Et le silence toujours...
Le silence ne pliera sous aucun désir – sous aucun cri – sous aucune menace. Il effacera lentement ce que nous avons mis des siècles à bâtir. Et édifiera pour nous un chemin d'abandon : la seule voie – la seule délivrance – possibles...
Au bord de la mort toujours malgré l'éternité...
Comme deux visages, l'un inquiet et soumis aux aiguilles du monde et de l'horloge – et l'autre serein et joyeux – impavide – presque indifférent à tous les désastres...
Personne, nulle part, jamais ne nous attend. Et l'Amour pourtant jamais ne nous abandonne...
De l'ignorance à la vérité. De l'infime à l'infini. De l'ombre à la lumière. Tel est – ou devrait être – le voyage de l'homme...
Comme un veilleur dont les yeux ne scrutent plus le lointain dans la nuit mais ce qui s'approche dans le jour...
Entre les ombres, l'Amour attend. Et guette le dénuement nécessaire pour se montrer...
A deux pas de la joie – et assis au milieu des malheurs. Ainsi vivent – et meurent – les hommes...
Et nous parlerons encore – et nous parlerons toujours – à ce qui, en chacun, attend la lumière...
En ce monde, il y a peut-être, en définitive, plus matière à rire qu'à pleurer...
Quelques blessures encore dans la joie. Comme les éclats d'une beauté supplémentaire...
C'est encore tout souillés de rêves que nous marchons vers la lumière.
Ceux qui partent reviendront toujours. Tout voyage s'achève dans le retour. Il n'y a d'autre lieu pour se retrouver...
Ce que tu écris, on ne peut le lire que dans la solitude de la chambre – dans la lumière des collines et dans le gris de l’horizon. Lorsque l’âme crie son manque – et cherche une joie que ne peut lui offrir le monde...
Il n’y a d’issue ni à la vie ni à la mort. Être encore un peu – être pour toujours – au milieu de tous les gués...
Jusqu’où pourrions-nous étendre le soleil si nous connaissions l’horizon – et l’impossibilité des frontières...
Une gorgée de silence encore parmi les fleurs avant de retrouver l'effroyable vacarme des visages...
Ce partage des eaux entre le silence et la terreur – la promesse et la vérité. Et nos frêles embarcations toujours portées à la dérive...
Crâne à la main. Livres et bougie sur la table de travail. Plongé dans une (intense) réflexion sur la condition du vivant. L’éternel s’interrogeant au cœur de l’évanescence sur l’atemporel et la brièveté des jours...
Entre le merveilleux et l’effroi. Toujours...
L’or, la cendre et la poussière. Le silence, la joie et la lumière. Comme les deux faces d’un même visage séparées par l’ignorance...
Au bord du vertige toujours. Là où l’abîme et le silence sont inséparables...
Le cœur plus résistant que la peine. Et la lumière plus tenace que l'aveuglement...
Qu’est-ce qui, en nous, brûle encore – et est plus durable que le monde – et plus vivant que la vie... Qu’est-ce qui, en nous, ne s’éteindra jamais – et demeurera par-delà les siècles et la mort...
Du noir au noir, la lumière chante encore...
Et si, une fois de plus, il nous fallait dire ; nous dirions le silence...
Nous sommes le territoire de toutes les apparitions...
La vie, le temps, la joie, l’Amour, Dieu et la mort. Le silence, l’infini et l’éternité. Ces grands mystères au fond de l’âme des hommes qui cherchent la clé – leur délivrance – au-dedans de ce qui ne peut encore éclore...
Autour du sang, il y a la chair. Et autour de la chair, il y a l’âme. Et au-dedans de tout, la lumière...
On ne choisit rien. Ni la vie, ni la mort – ni la souffrance, ni la joie, ni le silence, ni les visages, ni les circonstances. On se laisse saisir – et l’on se prête à l’usage...
L’homme, en définitive, sera toujours plus mortel que vivant...
Effacer le dehors. Et effacer le dedans. Pour faire éclore un rire sur ce rien que nous sommes...
Il nous manquera toujours un pas pour atteindre la vérité. Le dernier...
J’aimerais partir parfois. Et pourtant je reste là – presque immobile. Pendant des heures – pendant des jours. J’attends une chose qui ne vient pas...
La plupart du temps, les visages m’ennuient ou me blessent. Je n’ai pas encore la sagesse du ciel. Devant eux, je ne sais rester indifférent...
Il y a sur ma table quelques livres. Quelques feuilles blanches, un feutre noir et un vieil ordinateur. Et j’écris, chaque jour, à la lumière du ciel. Et lorsque les jours se font trop sombres – ou trop gris, j’allume la petite lampe posée près de la fenêtre. Elle offre à mes lignes la lumière que je n’ai pas su capter du silence...
Humble parmi les humbles avec encore, au fond de l’âme, un peu d’orgueil. Cette maladie humaine, peut-être, incurable...
Et cette chair dévorant la chair. Et ces âmes ignorant les âmes. Comme s’il (nous) était impossible d’échapper aux instincts...
Le ciel et les jours gris. Les cours et les cœurs calcinés. Et partout les jardins à l’abandon. Serait-ce donc cela vivre parmi les hommes...
[Pour Solias – octobre 2017]
Un nom parmi tous les noms
Un visage parmi tous les visages
Un mort parmi tous les morts
Parti(s) rejoindre, à parts égales peut-être – qui sait...
Une autre terre – un autre monde
Et l’infini – cet espace sans nom et sans mort
Notre visage commun.
Que d’images encore nous hantent... Et la mort, partout, qui se déchaîne. Comme si vivre n’était qu’espérer – attendre l’improbable fin de la souffrance...
Qui pourrait bien nous faire quitter la solitude des collines...
Reclus déjà en nous-même, comment pourrions-nous échapper à la solitude...
Ouvrir son âme à la vérité, à l’immensité du ciel, aux sourires des visages, à la lumière du jour et au silence, il n’y a, sans doute, pour l’homme, de plus belle espérance...
Creusée à même la rive, cette lumière bleue – presque oisive – qui s’avance, à présent, sans bruit...
La beauté du monde et des âmes. Comme une évidence. Et leur cinglante réalité aussi. Et que pouvons-nous espérer sinon qu’ils nous révèlent, avec leur vérité, notre vrai visage...
Entre le ciel et la brume, cette chambre où nous faisons les cent pas – pas perdus, pas tristes et pas de fureur – en attendant je ne sais quoi... La mort peut-être...
[Paroles de Solias]
Dans cette nuit, sois le visage du jour. Sois celui qui est – qui chante et sourit malgré la désespérance et la tristesse des âmes. Sois celui qui aime dans cette foule de figures indifférentes et haineuses. Sois celui qui aide – et accompagne – de ses mots, de ses gestes et de sa présence. Sois celui qui offre – et donne avec justesse à ceux, tous ceux, si nombreux, qui demandent et mendient...
Sois celui par qui arrivera le jour. L’un de ceux, innombrables, qui ont essayé d’apporter avec eux l’Amour et la lumière. Sois celui qui, ignorant, échappe à l’ignorance...
Et demeure humble – aussi humble que les plus humbles de ce monde (et davantage même si tu en es capable...) – pour que ta modeste existence offre aux plus orgueilleux, aux plus inattentifs et aux plus indifférents le miroir nécessaire – et ce que les bêtes et les hommes réclament à travers leurs plaintes et leurs cris...
Nous avons ri et nous avons pleuré. Et il est temps, à présent, de comprendre et d’aimer...
Jamais dessiné. Jamais effacé. Le lieu de la rencontre...
Et aux pleurs se mêlera bientôt le rire. Comme l’évidence d’un ciel plus accueillant que notre tristesse...
Que l’on nous aime – qu’on nous le montre ou qu’on nous le dise – et nous voilà tout frémissant de désir et d’espoir. Comme si la promesse d’un visage pouvait nous consoler du monde...
Entre la terre et l’aube, cette buée sur la vitre. Et nos yeux tristes qui questionnent encore la nuit...
Un peu de joie – un peu de paix et de tendresse – dans ce qui leur échoit, serait-ce donc là le seul rêve des hommes...
Et ces rêves par milliers – par millions – qui nous font monter et descendre – sombrer au fond de l'abîme – et grimper jusqu'au ciel. Nous assenant la peine et la joie comme si nous méritions d’espérer et de souffrir encore...
Personne à notre table. Quelques visages passagers – presque inconnus. Et leurs paroles – et leurs sourires – et leurs désirs – (presque) incompréhensibles. Et quelques rêves aussi pour supporter la solitude. Et cette présence parmi nous insoupçonnée de tous...
L’ultime parfois tarde à venir comme si nos vies – comme si nos pas – n’en finissaient jamais de recommencer...
J’ignore peut-être ce que je sais – ce silence inscrit si profondément dans le silence... Comme une impossibilité à faire advenir le plus sacré à vivre. Comme une porte fermée au-dedans de nous – et que ni le hasard ni les vents ne réussiront à ouvrir...
Au jour du départ, nous laisserons, sans doute, quelques notes – quelques poèmes – pour que quelques-uns puissent prolonger l’expérience du silence...
Je crois que je ne parviendrai jamais à concilier présence et vie en société comme si la place qui m’était destinée se trouvait à l’écart. Dans la solitude. Un peu en retrait. A la lisère de tous les mondes...
Et quelqu’un veille encore sur ceux qui dorment. Comme si un œil suffisait pour éclairer la nuit – et dissiper tout malentendu...
Tendre la main vers la lune – s’essayer à quelques pas vers elle et mourir. Voilà toute la grandeur – et toute la misère – de l’homme. Et les cris et les traces n’y changeront rien... Un peu d’écume dans le néant. Toujours aveugle à l’infini qui s’est glissé aux origines du temps...
Où cheminer sinon sur cette ligne étroite posée entre le silence et la pensée – entre la joie et la tristesse de ce monde...
Et ces bruits – tous ces bruits – qui ne feront jamais vaciller le silence...
On marche sur un chemin que l’on croit nôtre – avec un visage que l’on croit nôtre. Mais tout cela (et tout le reste, bien sûr) nous a été offert par une main inconnue...
Avec quelques lettres de l'alphabet, nous pourrions tout dire – et tout décrire... Et y parviendrait-on, nous serions encore loin du compte...
On ne peut parler aux hommes. On ne peut, en vérité, parler à personne. On ne peut qu'accueillir ce qui vient – et offrir ce que l’on nous réclame...
Quelques traits aussi simples que la neige sur ces rives où la parole semble, si souvent, vaine et inentendue...
Les mots portent à croire. Quelques-uns à penser. Plus rares sont ceux qui invitent à l’oubli – et à se jeter dans le monde. Ceux-là seuls pourtant sont nécessaires...
Il nous faudrait l’éternité pour comprendre un seul visage – et voir, en lui, émerger la possibilité de l’homme. Et un seul instant, sans doute, pour l’aimer...
Rejoindre le pari si ancien des étoiles – et ce rêve de lumière dissimulé jusque dans leur mort...
Nous n’aurons creusé qu’un peu de terre – et enseveli le plus précieux au fond des yeux – sans voir le triomphe de l’éternité – et la magie de la lumière investissant le monde et le temps...
Éclairés encore par ce que les yeux ne peuvent corrompre. Cet éclat de Dieu dans l’âme. Et cet éclat de l’âme dans la chair...
Jusqu’à la mort, réunis. Puis, dispersés en des lieux non dévoilés. Abandonnés peut-être à des mains moins rêveuses...
La porte des âges. Cette aubaine du temps qui boursoufle l’espérance et les visages – et ce désir si ancien d’éternité...
Passé le temps où nous rêvions d’amour et de visages. Les chevelures nous auront appris la méfiance et le besoin de solitude...
En définitive, nous n’aurons gagné, après toutes ces luttes et ces épreuves, qu’une ampleur suffisante du regard pour vivre avec moins d’effroi et de désespérance dans cette tristesse commune...
La souffrance, la solitude et la tristesse n’auront pas été vaines. Grâce à elles, nous aurons touché du bout des doigts la frontière – cette ligne mystérieuse – qui sépare les larmes et la joie...
Nous nous sommes heurtés à tant d'ignominie – et à tant d'ignorance – que le silence partout s'est effacé – dans les âmes et dans les livres. Ne restent plus que l'absence et ce fol élan vers l'horizon...
Peut-être n'aurons-nous su dire que ce qui nous a traversé... Jamais le regard. Et moins encore le silence...
N'imaginons rien qu'un voyage éreintant. Une maison à portée d'ailes. Quelques rêves. Quelques étoiles. Quelques rires et des pleines charrettes de malheurs. Et l'éternité quelque part qui veille entre la lune et le silence...
Nous n'appartenons ni au monde ni aux siècles. Nous ne sommes pas ces petits riens que l'on jette dans les fossés de l'histoire. Nous sommes cette lumière oubliée – inchangée – qui veille depuis toujours derrière la peur et l'espoir...
Nous ne blâmons ni les ravages ni la sauvagerie des hommes. Nous leur avons emboîté le pas pour remonter le temps et rejoindre le lieu où tout a commencé. Et nous découvrons, parmi les hautes herbes de cette plaine originelle, la peur et la faim – un froid si vif – le tournis de la tête et le bégaiement du cœur au milieu de tous ces rêves...
Dans l’entrebâillement de la pensée, le silence. Et cette joie à laquelle ne peut prétendre la raison...
Seul au milieu du monde. Et l'âme caressée et caressante – vibrante – sensible à tout ce qui l'effleure et la pénètre...
Nous avons mille visages. Et le seul qui nous effraie est celui que nous ne pouvons corrompre...
Nous nous affairons avec entrain à ce qui se déploiera sans notre volonté...
Un songe encore à poser au milieu des étoiles – sur cet amas de rêves et de promesses éteintes...
Quelque chose en nous construit son ampleur – et dont la pleine envergure nous accomplira...
Comment avons-nous fait pour dénicher ce lieu hors du temps – et venir jusqu'à lui... Qui donc nous a hissé jusqu'ici pour que l'âme puisse contempler ce que ni le hasard ni la volonté ne peuvent découvrir...
Toujours plus près d'une figure que nous ne connaissons qu'en rêve... et qui souffle sur nos vies l'oubli, la perte des refuges et des repères et l'effacement de notre visage...
Qui n'a jamais souhaité quitter le monde pour s'avancer seul dans le silence – et embrasser les lèvres d'un Dieu sans exigence...
Rien ne cesse de mourir. Voilà, peut-être, pourquoi nous tenons – et nous nous accrochons – tant à la vie – et que vivre nous inspire les plus fous délires d'immortalité...
Nous sommes seuls sur cette échelle posée entre la nuit et le silence – au-dessus de ces abîmes inventés par la lumière...
Nous allons encore d'un pas trop vif vers ce qui nous porte. Dans cette folle envie – et cette folle urgence – de découvrir et d'habiter ce qui ne nous appartient pas...
Si loin, si haut. Et, pourtant, que le rêve est méprisable lorsqu'il renonce au plus proche – lorsqu'il nous éloigne du plus ordinaire...
Quelque chose, en nous, monte et nous effraie. Un souvenir – une heure heureuse – un goût d'aventure qui, peut-être, nous mènera un peu plus loin...
Nous nous en irons avec la même timidité qu'à notre naissance. Avec quelques rêves en moins. Comme la soustraction nécessaire à notre départ – et à notre délivrance...
Le poète marche autour d'un centre qui s'avère, en vérité, le fond du monde – le fond des êtres et des choses. Un puits de lumière enfoui dans les ténèbres – dans cette nuit où passent, s'enlisent et se perdent, si souvent, les hommes...
Voilà ce dont nous rêvons ! Voilà ce que nous vivons ! Un monde offert selon notre mérite. Et la vie qui va avec...
Quelque chose s'écoule de nous qui est plus beau que nos dérisoires trouvailles. Quelque chose s'écoule de nous qui est plus vrai que la certitude du monde. Quelque chose s'écoule de nous qui a le même parfum que l'éternité et la lumière...
Et cette horrible faim qui dévore le monde – et que seul l'Amour pourrait défaire...
Dire l'homme encore et encore. Ce qui le brûle et l'effraie. Ce qu'il porte et assassine. Sa grâce et son innocence au milieu de la terreur. Ce joyau enfoui – perdu peut-être – dans le rêve et la boue. Cette lumière au fond de l'ignorance...
La vie passe sans nous. Au cœur d'un regard que le monde indiffère...
Rêves, désirs et visages balayés d'un trait de lumière.
Folie, raison et prières livrées au même destin...
Nous sommes nés du vent et de la nuit. D'un rêve destiné à prolonger le sommeil d'un Dieu trop seul pour vivre – et aimer – sa solitude. D'un désir de multiplicité pour rompre la terreur du noir...
Le monde tel qu'il se dessine dans nos rêves – plus beau et plus humble que dans nos inquiétudes...
Résister à l'écrasement du monde par un retrait – un écart – un exil. Par un silence – et une présence plus vive que sa course funeste...
J'irai à la rencontre du monde – saluer les arbres et les pierres – offrir aux hommes le ciel – plonger au cœur des désastres – et habiter cet espace où le feu brûle encore...
La gestation d'une éternité aussi longue que dureront les rêves...
Nous avons bu aux sources de la nuit – et enfoui le jour sous un tas de rêves. Comment pourrions-nous à présent nous libérer du monde – et prétendre au silence sans répandre ses eaux – et effacer la boue et la buée sur cette vitre derrière laquelle nous grimaçons...
La poésie est un regard. Et lorsque les mots surgissent, ils n'en sont, bien sûr, que le prolongement...
Rien ne nous appartient sinon cette insécurité maladive – cet air inquiet – et ce souci du temps à venir...
Coulée de neige dans l'air pur. Comme la confidence inattendue des Dieux livrant leurs secrets. Une fleur sur la roche. Un rire sur la mort. Le vol d'un oiseau ouvrant un passage dans un ciel infranchissable...
Venus d'un temps si ancien que nous en avons oublié notre visage...
Un rêve de pénétration et d'enfantement. Tel est, sans doute, le seul désir de la lumière...
Nous ne rencontrons que ce qui meurt. Et pour nous en réjouir, il faudrait parvenir à le regarder depuis ce qui demeure...
Vivre n'est que le regain du jour dans une nuit sans cesse renaissante...
Aucune leçon, aucun livre, aucun sage ne peut enseigner à vivre – ni offrir la vérité. Mais chaque pas, chaque geste, chaque circonstance offrent la possibilité d'un regard porteur de joie et de liberté...
Pour les hommes, Dieu, l'Absolu, l'infini et l'émerveillement ne peuvent, sans doute, se trouver autrement...
Une grandeur se répand au-dessus du voyage – au-dessus de la vie et de la mort. La parfaite envergure du regard sur ce qui s'efface et revient toujours...
Du souci et de l'ombre, voilà la récolte du sommeil. Le ressassement du rêve et l'enlisement des pas. La vie de tout homme, en somme, avant de naître au jour...
Terre et cœur fêlés. Rafistolés à la hâte pour que le songe et le délire durent encore. Quelques pas supplémentaires dans l'ignorance – et le défi du temps – vers un Dieu qui ne tiendra jamais ses promesses...
Difficile pour nous d'apprécier ce qui n'est ni nécessaire ni essentiel. Tout superflu nous rebute et nous laisse (encore) une espèce d’écœurement...
Livrés à toutes les incertitudes – et à cette confiance du regard que rien ni personne ne peut entamer...
Tout se cabre sous l’effort. Résiste – et finit par s’insinuer ailleurs – sur des pentes plus naturelles…
Nous honorons nos fureurs sous les lampes de la nuit en agitant nos pioches, nos pelles et nos burins pour assouvir ce qui jamais n’aura de fin…
Et nous sanglotons, à présent, dans un feu que nos mains ont allumé pour vaincre l’enfer où nous avons cru être jetés…
On vit parmi les hommes comme on leur tend la main – à la dérobée – pour éviter les visages discourtois, les conversations insipides et le prosaïsme coutumier. On vit avec cette promesse faite au silence de le célébrer quoi qu’il arrive. Assis au cœur d’une solitude que rien ne peut entamer…
Un peu d’éclat dans l’aveuglement, voilà ce que cherchent les hommes. Jamais la lumière qui bannirait toute cécité…
Il faut bien un œil – un regard – pour témoigner de l’indicible…
Murs, partout. Au-dehors comme au-dedans. Longs, hauts, borgnes – infranchissables sûrement – contre lesquels se heurtent les foules aveugles…
Aujourd’hui, le monde est désert. Bien davantage qu’autrefois. Ne règne plus qu’une solitude aux airs de couronnement…
On ne vit que dans l’idée de la vie. Et on ne s’imagine mourir que dans l’idée de la mort. Mais la vie et la mort sont tout autres – différentes de l’idée que nous nous en faisons – moins liées à ce que nous croyons être qu’à ce que nous sommes…
Il y a cette douleur au fond de l’âme – tapie dans le silence – qui donne à nos élans l’envergure des fous.
Il y a aussi dans notre langue des fenêtres sur le monde et la lumière – quelques mouchoirs – et quelques chiffons – pour essuyer les larmes et le sang qui coulent sur les joues – et sur la terre – partout où le monde s’obstine à défaire ce que nous célébrons…
Et il y a ce mystère – et cette joie – enfouis en nous-mêmes que nous recouvrons d'espoir et de pertes…
Un passage entre la pluie et la rivière – entre la goutte et l’océan – à cet instant où le temps s’ignore...
Quelque chose se dresse en nous qui ressemble à notre attente – assidu comme le soleil qui, chaque jour, recommence…
Mille pas au fond du chagrin – mille pas vers l'exil – pour rejoindre le lieu du silence et de l'émerveillement. Voilà le chemin tracé par le poète pour les hommes. Comme une invitation au seul voyage possible…
Nous irons partout où nous serons appelés – jusqu’à la naissance du dernier désir – jusqu’à l’oubli de tout ce qui nous aura précédés…
Manquerions-nous de tout – et, en particulier de l’essentiel – pour ne voir – ni n’aimer – ce qui, sans cesse, s’offre et se partage…
Quelque chose – quelqu’un peut-être – habite, s'affaire et danse au fond de notre absence. Dieu – un peu de lumière – plus vrais que notre vie – plus vrais que notre chair et notre visage. Une présence discrète et silencieuse. Une grâce dont nous n'avons pas conscience…
Ciel, partout, qui déborde – qui dévale et s’insinue là où l’on s’efface…
Quelque chose flotte au-dessus de la vérité. Un sourire – un secret peut-être – qui étonnerait bien des yeux penchés sur leurs livres...
Une parole – quelques paroles – pour soi. Pour ne pas oublier le silence…
Quelques empreintes sur le sable. Voilà le seul héritage que nous laisserons à ce monde…
Tout est folie – démence – sur cette terre. L'obsession des ébats comme la brutalité des festins. Tout se guette et s’approche. Tout se querelle et se caresse. Tout se blesse et se sustente. Et, pourtant, tout toujours s’accompagne…
La lumière, partout présente en ce monde – nous est – presque totalement – étrangère. La seule couleur que nous connaissons est celle où glissent notre faim et notre sang…
De la nuit, l’aube semble grise – irréelle. Elle n’est, pourtant, que l’autre versant de notre visage dégagé du rêve et de la pluie…
L’usure des choses – la férocité du monde – l’œuvre du temps – si redoutées par les hommes – balayées par la main qui porte le regard au-dessus des visages et des années…
Un peu de bruit, un poème. Un chant pour faire éclore l'innocence. Un peu de lumière dans l’aveuglement. Un peu de silence dans le vacarme du monde. Un peu d'éternité au cœur des saisons…
Ce qui monte du jour a le parfum de ce qui demeure. Et ce qui tombe de la première étoile, l’odeur indéfinissable des saisons qui recommencent…
Rien devant les yeux – ni au-dedans du regard – sinon ce qui passe et s’attarde un peu…
Nous veillons sur le monde – et sur nous-mêmes – sans autre raison que l’attente d’un ciel plus clair…
Tout revient comme l’eau du fleuve – à travers ses mille visages…
L’attention est au commencement du plus sacré – à la fois source et prolongement de la sensibilité et de la lumière…
Quelque part en nous – recouvert par les ronces – un terrain vague où s’est réfugié l’Amour. A l’abri des désirs et du sommeil – parmi mille étoiles qui brillent encore…
Au bord du silence – de rien – de presque tout…
Lanternes, rêves, mirages – poignées d’étoiles jetées au fond des yeux…
A corps – et à cœur – perdus au milieu de ce qui s'efface…
Tout prend place, à présent, au centre de nous-même ; le jour, la nuit, le monde, le vent – l’encre, la pluie, les larmes et les visages. Et ces cris terribles au milieu des carnages…
La félicité discrète et énigmatique, en somme, de ceux qui habitent le silence…
La nuit semble si bleue dans le miroitement du poème. Et l’infini presque à la portée du plus infime…
Nous dirons jusqu’à l’épuisement du langage. Et nous dirons encore après la mort et le silence…
De modestes jours et de vains combats. Et ces fleurs, un jour, posées sur la tombe. Comme le bouquet final – un peu ironique – pour célébrer le provisoire et le trivial…
Partout où l’on rêve – et où l’on s’en remet au sommeil – renaît la douleur. La main qui saccage la vie – la joie – le poème – tout ce que réclame le monde…
Et tout s’agite dans notre attente. Dans ce désir inassouvi d’un autre lieu – d’un autre ciel – d’un autre jour – d'un autrement…
Miracle du silence comme une lueur – une main tendue – dans l’obscurité – le brouhaha et l'indifférence – du monde…
Est-ce le jour ? Est-ce la nuit ? Que pourrait bien nous dire l’âme endormie...
On survit simplement – au ras des jours – au ras des choses – terré comme des bêtes dans le noir et l’incertitude – souriant bêtement devant des visages sans importance. Heureux des rêves inventés par le monde pour nous soumettre à l’épreuve – avec pourtant, au fond de l’âme, l’espérance d’une défaite.
Humain, en somme – si atrocement humain – dans cette intimité de la misère…
Rien qu’un cœur brûlant – une âme ardente – pour échapper à l'indifférence du monde. Comme quelques flammes – un feu allumé – à la périphérie de cet immense cercle de glace…
Des grilles encore. Et derrière, l’énigme à résoudre.
Mille reflets qui cachent le glorieux visage de la défaite – de la chute – de l’effacement...
Nous – ce presque rien qui, si souvent, imagine être autre chose…
A quoi rêvent les fleurs ? Et à quels désirs se soumettent les pierres ? A-t-on déjà vu l’Amour transformer les hommes – et la haine semer l’innocence sur les chemins ? Serions-nous donc coincés entre l’illusion et la raison pour ignorer ces questions – et ne pouvoir y répondre…
Mille mains – mille gestes – mille bouches – mille mots. Et un seul visage. Et un seul regard pour tout contempler…
Enfant, nous étions là déjà – l'air hébété et le cœur chagrin – chaviré par tant de danses. Assis dans cette torpeur – et cette incompréhension du monde et du voyage. Inconsolable à jamais – sans doute…
Un cœur – une sensibilité pure – en résonance avec tout ce qui bouge et respire – et crucifié(e) encore si souvent…
La parole aura beau dire encore et encore, le silence aura toujours le dernier mot…
On écrit à présent comme roulent les pierres. Gouverné par l'inclinaison et la pesanteur – vers un vide où convergent toutes les choses et tous les visages…
Nuit, sang, étoiles. A jamais le décor – et le destin – de l’homme. Une existence entière vouée à l’espoir et à la peur…
Tout est sombre et sévère dans notre vie – et jusqu’à ce rire qui ne peut éclore qu’au milieu de la solitude…
Une vie, un silence. Comme un poème pour affronter l’impossible…
Nous avons l’âge du temps, du feu et des rencontres. Nous avons l’âge du ciel, des jeux et des rêves. Nous avons l’âge des Dieux, de l’oubli et de la première étreinte qui dure encore…
Rien ne laisse indemne – et, en particulier, cette soif d’une autre vie…
Tout s’exalte – puis retombe en jachère…
Personne – une pièce vide – et une fenêtre qui laisse passer un peu de lumière pour éclairer les ombres qui s’agitent – les mains si désespérément tendues vers elle…
Ce qui vient – ce qui va – le mirage de toute vie – de toute parole…
Tout en rafale – tout en chagrin – ce qui passe en un éclair dans cette folie et ce sommeil…
La détresse à son comble. Et cette joie au milieu des éboulis…
Nous voyageons au cœur d’une démarche – inespérée à bien des égards. Foulées tendues vers le seul lieu vivant – perdu au milieu de l’absurde et du plus machinal…
L’étouffement est le premier pas pour échapper à la certitude. Puis au doute se mêle le rêve de l’accomplissement. La disgrâce alors devient sensée – presque acceptable. La fouille et le voyage peuvent alors commencer…
Solitaires les larmes – autant que le silence…
Un gouffre – une gloire – en alternance sous un ciel encore trop étoilé…
Des passions – mille passions – et la répétition des gestes pour retenir ce léger bruissement des rêves à l’horizon…
Les mots ne changent rien ; ils donnent à voir – et creusent dans les yeux l'espace nécessaire au silence et à la beauté…
Nous vivons entourés de frontières – repliés sur nous-mêmes. Allant d’alliance en rupture vers la source du feu – vers la source du temps – vers l’origine qui enfanta le sang, les moissons et le langage – et la nécessité du rassemblement…
Quelque chose – toujours – nous exhorte à l'ivresse. Tantôt l'appel des gouffres, tantôt la main géante d’une étoile. Prisonniers, en quelque sorte, de l'invisible – entre le noir et la lumière…
Et ces armées de lettres – et ces assemblées de mots – muettes devant la profondeur et l’intrépidité du silence…
Une note – deux lignes – un poème – pour dire ce qui nous ampute et nous abrège – et ce que la mort ne peut emporter…
De la sueur et des larmes. De petits riens. Son lot de peines et de débâcles. Et si vaillant, pourtant, à pousser sa charrette sur les chemins…
Des saisons entre le jour et la nuit – dans ce gris qui ressemble tant à l’hiver et à la mort…
L’issue se trouve toujours au lieu exact de la rencontre – au cœur même de l’étreinte…
« Que sommes-nous ? » sera toujours la question essentielle…
De chair en déchirure – de certitude en écartèlement – la douloureuse révélation de notre identité…
Le plus vrai naît (presque) toujours de la douleur…
Pierres, pas et sang. Et ce qui, en nous, espère encore pouvoir échapper à la gravité et aux malheurs…
Des lignes. Un poème. Comme un cri. Comme un chant offert au monde et au silence. Comme le prolongement du borborygme des illettrés…
Tout tient – la vie entière avec ses rêves, ses histoires et ses mondes – en quelques mots ; dans cet interstice – sur cette frontière, si vague, entre l'infini et le plus intime…
Les hommes dans leur cachot – l’écuelle débordante mais l’âme chétive et affamée...
Moins nécessaires, sans doute, que le pollen des arbres – nos existences minuscules…
Ah ! Comme nous serions heureux si les mots pouvaient aider à vivre…
Rien à conserver – sinon, peut-être, cet exil d’avant le monde – d’avant les Dieux – où tout était réuni autour du feu – dans le ciel – sous la cendre – où les âmes étaient des astres – et où les hommes savaient assouvir leur faim sans mutiler la chair…
Nous regardons – toujours – trop haut ou trop bas – trop près ou trop loin. Jamais au bon endroit ni à la bonne distance. Les yeux trop étroits – trop fermés – trop affamés, sans doute, pour voir la perfection du monde et des destins…
Nous chantons si fort sur notre chemin de solitude que quelques oreilles, parfois, de l’autre côté du monde, nous surprennent en flagrant délit de gaieté…
Que de semence, d’ardeur, de salive et d’encre pour faire et raconter le monde – si peu de chose, en somme, sur presque rien…
C’est dans le vertige du vivre – puis de l’être – que l’homme se réalise. Et l’accomplissement toujours s’opère dans la perte, la chute et l’effacement…
L’œil, parfois, s’exalte à la façon d’un enfant qui, partout, cherche des friandises et des consolations…
On épouse ce qui vient – ce qui s’avance vers nous – le temps d’une larme ou d’un baiser – comme les seules fiançailles possibles…
Rien n’existe – rien ne meurt – rien ne s’accomplit. C’est le même rêve qui avance – et se tient immobile – dans les mains du silence…
Toute une vie à faire n’importe quoi – à ressembler à n’importe qui – à vivre n’importe comment – et à mourir, un jour, (comme tout le monde) n’importe quand…
J’écris à cet enfant – en nous – qui attend la lumière – et qui ne peut se satisfaire du monde et des mensonges – trop docile pour s’affranchir de tout ce qu’il porte comme un mythe ou un fardeau – et trop crédule, sans doute, pour découvrir l’envergure du réel et les possibilités infinies du cœur…
Si nous pouvions voir ce grand ciel au-dedans de la tristesse, nous célébrerions nos larmes comme de l’or…
Nous allons vers les hommes avec les mains sombres et l’âme lumineuse. Comme un amas de terre – un peu de sable peut-être – qui porterait en lui un soleil secret…
Tout se fissure – et nous n’avons qu’un seul point de passage pour traverser ce néant…
Il n’est de geste – il n’est de mot – qui ne soient Amour – dissimulé parfois, il est vrai, sous les masques les plus affreux…
Tout est animé par le même désir – et le jouet (si crédule) de cette candeur à revenir. Mille fois contrarié, pourtant, par la faiblesse des destins…
Ici – sans limite. Et jamais ailleurs – qui n’est qu’un souvenir ou une attente…
Et tous ces mots gorgés d’ombre et de lumière pour essayer d’éveiller, en nous, le plus sensible…
Nous sommes l’encre et le chemin emprunté – le rire et l’abandon – les jours mal célébrés – et la joie d’être et de courir partout…
Les mains chastes – dans les herbes hautes – à laver le sang laissé par les épreuves. L'âme réjouie par ce petit bout de ciel retrouvé – qui s’émerveille des songes et des chants. Et la voix – presque muette – à présent – pas certaine de vouloir répéter les paroles d’autrefois…
Tout s’en va – et, devant nous, ne restent que quelques cendres – et, en nous, cet immense chagrin…
Tout est noir – le jour – l’espoir – et la réponse des hommes à tous les pourquoi…
Nul n’a appris à aimer – à fouiller derrière le fouillis des choses – et à marcher au milieu des visages…
Tout est noir – et quelque chose, pourtant, au fond de notre gorge – appelle – et espère encore trouver un peu de lumière…
A serrer si fort l’instant que nous en avons les mains pleines de silence…
A trop devenir, nous en oublions de nous rejoindre…
Rien n’existe – peut-être – sinon ce qui regarde…
Tout se perd – et, néanmoins, tout demeure. Il suffit, pour s'en rendre compte, d’un regard attentif qui sache percer l’apparence des départs…
A voir le jour là où la nuit est, peut-être, la plus profonde…
Des pages et des chemins. Quelques pas vers le silence et la lumière…
Ni valise, ni récit. Le même voyage – presque toujours – initiatique…
Une danse au milieu des étoiles pour rappeler à la lumière que nous avons besoin d’elle pour la rejoindre…
Tout a l’allure du passage. Entre la soif et le désarroi…
A s’interroger sans cesse au lieu de s’émouvoir. A vouloir comprendre alors qu’il suffirait de regarder et de sentir…
Vivre à côté de soi – à espérer que rien ne nous blesse – à courir partout – et à chercher plus encore une issue – dans la poussière de notre chambre. Est-ce donc cela l’existence de l’homme…
Ni pente, ni sommet. Le chemin le plus ordinaire…
A amasser plutôt qu’à soustraire – l'esprit et le geste enferrés dans le rêve et le désir d’abondance. Et l’âme docile – prête à froisser sa seule ambition…
Il faudrait vivre (et témoigner) comme si nous étions seul(s) à habiter ces rives. Et être – et agir – comme si tous les visages du monde étaient les nôtres…
Des mots – comme des pierres jetées sur l’inutile…
Immuable et instantané – ce que nous sommes – et ce que nous cherchons…
Pourquoi dire – essayer de dire – encore ce qui n’appartient qu’au silence ?
Où – dans quel substrat – puise ce cri – cet impératif à dire ?
Sans doute dans la même obsession que celle des jours qui s’échinent à revenir…
Rien autour – le noir et la nuit – seulement – éclairés par le centre et la lumière…
A édifier la parole comme une vaine prière…
J’écris – en portant l’invisible à bout de bras – et qui pèse de tout son poids – sur ces terres sans yeux – sur ces terres sans témoin – privées de preuves et de témoignages…
Quelques bruits passagers dans ce qui disparaîtra bientôt…
Nous aurons essayé de peser sur tout sans que rien – jamais – ne cède…
Il nous faut plus que survivre pour contenter l’âme…
Ce que nous disons – ce que nous essayons de dire – n’est, sans doute, que la tragédie du monde – privé de sagesse et de silence…
Inutile le poème. Psaume insensé. Tatouage invisible sur la peau du temps…
Arc-boutés sur le sol comme si le ciel ne tenait qu’à la force de nos reins…
Nous ne possédons rien ; qu’un peu de rêve et de sang pour aller de par le monde. Et ces bagages s’avèrent, en définitive, les pires qui soient…
Peau contre peau – comme si la solitude et la douleur pouvaient être atténuées par un semblant de proximité…
La parole – le poème – tels qu’ils se vivent au plus profond de l’âme – à l’égal de la vie apparente – et qui ne représentent qu’une part infime de l’infini éprouvé…
Tout creuse la blessure et le rêve pour ôter ce qui nous encombre. Il n’y a, sans doute, d’autre manière de s’effacer…
Tout a l’air d’exister mais, au fond, que savons-nous du monde – des êtres et des choses – pour dire ce qui relève du mythe, du rêve ou de la réalité…
Tout est là – et, pourtant, tout semble nous manquer…
Nous sommes nés – mais que savons-nous du mystère, de l’origine, du voyage et des mille destinations possibles…
A guetter la joie, le monde, l’Autre, l’amour et la mort comme si vivre consistait – essentiellement – à attendre…
A vivre et à aimer – de toutes ses forces – de toute son âme émerveillée – ensoleillée – avant de laisser la place à l’Autre, à la mort, au mystère…
Et ça joue ! Et ça crie ! Et ça penche tantôt vers la tristesse, tantôt vers le rire !
Mais d’où vient donc ce désarroi au fond des yeux que ni le temps, ni l’Autre, ni l’amour ne parviennent à effacer…
Nous ne dirons plus – à présent – que ce qui est nu – et qui a fait le deuil de ses vieux habits…
Ligne après ligne – la même parole qui, peu à peu, s’allège…
D’un instant à l’autre. Et entre chaque instant qu’y a-t-il ? Peut-être – qui sait ? – mille siècles à franchir – à patienter – à oublier…
Tout monte – passe – se prête à tout – à tous – aux mille jeux et aux mille épreuves – puis disparaît – comme si le soleil se tenait au bout des doigts…
Tout est bleu – étoile écorchée – nature morte – chair sanglotante – âme perdue. Et pas même une pierre sur le chemin pour guider nos pas. Et pas même une épaule où poser sa fatigue. Rien que les battements du cœur qui, avec ses dernières illusions (peut-être), a perdu son ardeur – son allant – le goût d’aller plus loin…
L’effondrement – toujours proche – de la solitude insatisfaite…
La solitude regagne, à grands pas, la maisonnée – et la petite chambre où nous nous tenons – noir – anxieux – taciturne – la tête pleine de larmes et de bonheur fissuré…
On découvre – toujours – le monde, le manque, les visages, la faim, l’âme et la mort. Dans tous les ordres possibles. Et l’Amour – et le silence – bien plus rarement…
Abandonné de tous – abandonné des Dieux – et de soi-même d’abord…
Personne – entre nous et notre peine. Rien qu’un néant qui nous fait chavirer. Pas la moindre main – ni le moindre espoir d’un Autre…
Comme une absence aux lèvres muettes – aux gestes impuissants – témoin seulement du désastre à l’œuvre…
Son lot de mots, de jours et de possibles. Comme une longue errance. Seul et apeuré dans cette grande forêt de visages…
Et le déferlement du monde en soi – tête en avant et l’âme sagement en retrait…
Sans foyer – sans sommeil. Cent jours – cent siècles – à jeter le même cri – à lancer la même encre – tantôt sur le monde, tantôt sur l’Autre – selon les connivences quotidiennes…
Comme une pierre noire – fragile – posée au milieu de nulle part – sous des étoiles et des yeux indifférents…
Une âme à terre – un cœur brisé – un semblant de vie – et cette tristesse insondable comme seule couronne…
Mille étoiles sur l’asphalte noire. Mille allées interdites dans l’âme privée de monde et de chemin…
Ce qui s’empourprait – ce qui s’enflammait – a disparu. Ne restent plus, à présent, que ces barbelés – et cette haute palissade derrière laquelle nous nous cachons – avec nos blessures dans les bras…
Ce qui nous aime, peut-être au fond, ne l’avons-nous jamais rencontré…
Personne – comme le plus sûr lieu du rendez-vous…
Ni leçon, ni enseignement. Les yeux fixés sur l’heure présente – sur l’instant vivant. A frissonner sous la caresse de nos propres doigts…
Rêvés – la vie, l’âme et le monde. Et l’invisible qui perce à travers tout. Ce que nous cherchons sans fin – nous autres que la moindre chose fait trembler…
Du côté du simple, du discret et du silence – définitivement…
« En vain » sera peut-être le dernier mot…
Et l’intuition d’une tristesse qui pourrait durer jusqu’à la fin des siècles…
Là – peut-être – au bout de soi – quelque chose d’insensé…
Présence en soi du plus sublime et du plus émouvant. Un cœur – une âme – un monde – toute une trame, en vérité, à découvrir au milieu des jeux et des drames…
A hauteur de plèbe – au milieu des étoiles – sur la terre des hommes…
Pied à pied avec l’épreuve et le destin. Le plus tragique et la possibilité de la grâce…
Rien n’a changé – mais rien n’est plus reconnaissable. Comme si l’innocence – la clarté de l’enfance – avait balayé toutes les certitudes…
Rien ne nous aura davantage creusé que la lumière…
Illettré – à présent – comme un nouveau-né au regard émerveillé. Curieux – étonné de tous les effleurements – de tout ce qui passe à proximité de son âme. Sans mémoire – sans désir particulier – sans connaître la moindre chose – ni, bien sûr, le moindre langage. Les yeux et le cœur unis à chaque instant – à chaque secousse – à chaque percée du monde en lui…
Un jour, tout nous quitte – jusqu’à la peur de la mort…
Tout – sous des allures merveilleuses – jusqu’au plus abominable visage…
L’art festif – au-dedans (à l’abri des petites liesses du monde). En retrait, en quelque sorte. Infini-ment solitaire – infiniment silencieux – célébrant, avec tendresse, cette joie – ce miracle – d’être en vie…
Sans autre présence que celle de Dieu et de l’homme – en soi. Et dans la compagnie de ce qui les entoure…
Éclats d’ailleurs – éclats d’autrefois – éclats de demain peut-être – et des mille siècles à venir. Sur ces pages où rien – ni personne – n’est présent…
Et si la nuit avait été inventée par des yeux trop longtemps fermés…
Avant le rêve – avant même la naissance du monde – existait déjà l’autre dimension – celle qui a toujours su se passer des choses et des visages…
Ce que personne n’entend au fond – ce murmure derrière les bruits du temps. Ce que personne ne voit au fond – cet invisible présent au milieu du monde. Ce que personne ne vit en définitive – ce sacré dissimulé au plus profond des âmes et des choses…
Il y avait – autrefois – mille pourquoi – mille rêves – mille préférences – mille choses insensées. Puis le monde et le temps les ont, peu à peu, effacés…
Aujourd’hui, je ne suis plus très sûr de ce qu’il reste…
Les années passent. Et avec elles, l’espoir que tout pourrait être différent…
Que restera-t-il de nous – s’il reste quelque chose – à la fin des temps – lorsque toujours deviendra la seule conjugaison possible…
Disciple du temps et des circonstances – jamais maître de rien. Novice – sans doute – en sagesse. Et – peut-être même – premiers pas seulement…
Vivre comme si l’Amour était le seul élan…
Monde d’un Autre en soi – plus grand que nous…
Poésie du plus simple. Parole du plus familier. Quelque chose – comme un chant peut-être – que l’on fredonnerait pour soi-même…
Parvenu jusqu’à l’autre âge de la raison – qui semble, depuis tous les autres, une naïveté – une aberration…
Seul avec un Autre qui est toujours davantage nous-même – comme une autre manière de vivre avec soi – sans la nécessité du monde et des visages…
Dieu a pour nous tant d’Amour qu’il pardonne – non seulement – nos absences et nos infidélités – mais il y consent (si l’on peut dire) de toute son âme…
Rien que soi au milieu de tout. Et rien que le tout au-dedans de soi. Et la vie qui va avec…
Une âme face à son destin. Entre silence et sensibilité. Peut-être le plus admirable de l'homme…
Comme une frontière – une porte noire – que l'on aurait transformée en passage – puis, en aire de joie…
Tant de certitudes chez l'homme. Et cette vérité incertaine – protéiforme – insaisissable – que quelques-uns cherchent à tâtons…
Nous sommes – en vérité – comme mille portes – usinées dans le même bois. Mille seuils ouverts dans l'espace – et reliés entre eux par l’invisible…
Tout est – se rencontre – se retire ou s'éternise – sans raison – animé simplement par des souffles invisibles – par des nécessités sous-jacentes…
Il nous faut vivre tout ce qu'il y a à vivre. Il n'y a d'autre secret pour se rejoindre entièrement…
Présent – là où nous sommes…
Nous geignons – nous prions et quémandons – alors que tout nous a été offert – depuis le premier jour…
Nous croyons traverser la vie et le monde – mais ce sont eux, bien sûr, qui nous traversent. Nous ne sommes que l'aire de tous les passages…
Tout s'achève sans jamais connaître de fin. En vérité, tout se renouvelle – se réinvente – se perpétue – identique et différent – au-delà de toute apparence…
Notre mystère – plus dense que toutes les misérables énigmes du monde…
Tout s’ébruite. Et à ces pauvres révélations, le silence acquiesce – silencieusement…
Toute l’épaisseur de la terre – soudain – transpercée. Et apparaît ce ciel si vaste – infiniment ouvert…
Tant d’angoisse et de déchirures. Tant de siècles et de chemins explorés – pour parvenir à cette déconcertante simplicité…
Tout – très haut – comme si l’âme et les jambes avaient subitement grandi…
A rayonner en silence – pour soi – et quelques yeux de passage. L’âme chaleureuse sur ces pierres froides…
Qui peut dire ce que nous sommes – d’où nous venons – où nous allons… Peut-être n’y a-t-il, au fond, qu’à ressentir ce qu’il y a à faire – et laisser les gestes s’imposer…
Moins à dire qu’à vivre. Plus de gestes que de mots à offrir…
Une parole – de temps à autre – comme un baume passager sur l’âme – comme une caresse maladroitement tissée par le langage…
Rien qu’une joie – un effroi – un chant – un visage – une petite chose du monde – qui vous renverse l’âme…
Murmures – à peine – à partager avec soi – seul dans sa chambre close – loin du monde et des visages – lorsque l’on se sent comme le premier homme…
Le cœur chapardé par la nuit. Et, à la place, un infime soleil…
Ce qui nous somme de nous éveiller – voilà ce que mes lignes aimeraient faire éclore au fond de l’âme…
Une rencontre avec soi – permanente – intense – profondément sensuelle et amoureuse. Le lieu, peut-être, où le Divin – inlassablement – s’enlace…
Temps apaisé – comme suspendu – malgré la danse infernale du monde et des aiguilles…
Un lieu sous le ciel – un point sur la terre. Un homme peut-être…
Et ce cœur qui frappe à toutes les poitrines – pourquoi les hommes ne l’accueillent-ils pas avec plus de mansuétude et de tendresse…
Le lieu des rencontres où la beauté des visages n’importe guère – où rien ne compte davantage que la clarté des âmes…
Une main tendue – près du seuil – là où les âmes dérivent encore – d’une félicité à l’autre – entre pierre et ciel – de folie en déraison…
Échelle – inespérée – au fond du précipice. Et cette immensité insoupçonnée – au-delà…
Rien ne se réalise sans le tacite assentiment du silence ; les mondes, les meurtres, l’innocence, la beauté. Tout – avant de naître – doit recevoir le divin acquiescement…
La beauté d’un chant lorsqu’il est offert au silence – et lorsque l’on sait qu’il sera le seul témoin de cette humble offrande…
Modeste élan qui côtoie Dieu pour un instant…
Trop intransigeamment tourné vers l’Absolu pour vivre auprès des hommes…
Il n’y a rien entre nous – seulement un peu d’incompréhension et de silence…
La passion de l’Absolu – ce qui anime les âmes téméraires…
Avec la joie, tout devient si tendre – si aimable – si rieur…
Être Dieu pour soi-même – voilà ce dont l’homme – et ce dont le monde – ont besoin…
Rareté des visages qui les rend précieux – et appréciables…
Tout s’accroche aux yeux amoureux. Les choses, les visages et les âmes – l'univers entier – pourraient s’y attarder pendant des siècles – pendant des millénaires – pour l’éternité peut-être…
Comme intégré au cours (naturel) des choses – au déroulement (inexorable) des circonstances…
Le monde en soi – tel qu’il se présente…
Présent – là où nous sommes…
Un grand rire. Et le ciel qui n’en finit pas de nous absorber. Plongé, peut-être, dans une folie passagère ou dans une forme de sagesse qui ignore son nom…
Exprimer l’indicible – dire la joie de l’âme avec des mots compréhensibles par la tête. Voilà, bien sûr, tâche impossible…
Pas de vérité – mais l’intense certitude d’être – au-delà du monde – au-delà du visage – au-delà de la langue qui ne sert qu’à nommer…
Un grand pas de côté – là où la logique n’a plus de raison d’être…
Entre ciel et arbres – terre et poèmes – pierres et silence. A honorer la route ouverte. A explorer les mille éclats du même visage…
Vide, lumière et silence – ce que nous sommes (tous) sous nos déguisements provisoires…
A goûter ce vent qui nous fermera les yeux au dernier instant…
Qu’un temps provisoire – éternellement…
A dire – sans doute – pour rien (presque rien). Qu’une parole pour soi. De petits cailloux inutiles laissés sur le chemin de l’effacement…
Rien ni personne derrière les noms – qu’un peu de terre – qu’un peu de vent. La présence espiègle et le silence qui supplantent l’identité et le langage…
Un destin de nuage – aussi vaporeux – aussi libre – aussi jubilatoire – que le voyage défait et recompose à l’infini…
Marche sans chemin – sans même la sensation du sol. Balbutiements, peut-être, de lévitation…
Cimes – pentes – gouffres – éboulis – rives et rivières – océan et archipels. Tout un monde – avec mille chemins – mille figures – mille dialogues – en soi – plus riches, peut-être, que ceux du dehors. Avec moins de rêves et de miroirs…
L'incertitude – toujours – partout – jusqu’au fond de l’âme…
Au rythme des arbres, des fleurs et des saisons – au rythme des astres, des bêtes et des nuages – les pas vagabonds qui arpentent la terre.
Libre du rythme du monde que les hommes ont rendu fou…
Sans socle – sans racine – mais le regard suspendu au plus précieux…
Rien – à l’approche du silence…
Seul – en notre compagnie – à nous tendre la main – et à nous serrer l’un contre l’autre – comme si nous étions les plus vieux amis du monde…
Existence solitaire et inclusive…
Ces taches d’encre sur la page ne partagent – en vérité – que le secret commun…
Ni désir. Ni volonté. L’amitié offerte à ce qui est là. Et la joie que l’on porte…
Hors de prise – comme l’air insaisissable…
L’homme seul – l’homme premier – l’homme face à l’immensité…
La solitude rehaussée jusqu’à la grâce…
Seul – fragile – exposé à tous les vents. Sans abri – sans appui – sans fuite possible – mais si intensément vivant…
De soi à l’Autre – sans le moindre intermédiaire. Comme un lien – une présence – un espace originel – à retrouver – et qui se conquiert à force de blessures et d’innocence…
Il n’y a qu’une seule figure à rencontrer – ce que l’on oublie trop souvent dans notre fièvre de visages et de rencontres…
Miroirs qu’il faut briser jusqu’à la solitude première…
Qu’un grand mystère à la place du monde – des yeux – du visage – de l’âme – ce que les hommes prennent, trop souvent, pour une évidence…
Qu’un espace que tout traverse. Voilà ce que nous sommes – ce qui passe et ce qui permet le passage…
Lumière creusée à mains nues – hors du troupeau des hommes. Sueur sous la lampe qui a guidé les pas. De seuil fatidique en seuil fatidique…
Dieu, sans cesse, ouvrant vers nous ses bras immenses. Et nous autres, pauvres hommes, distraits – inattentifs – regardant ailleurs – attendant je ne sais quoi…
Comme des pantins tenus par des mains trop grandes – et trop lointaines. A nous faire gesticuler pendant des siècles autour du même mystère…
Rien que le silence et la lumière…
Et cette allégresse qui traverse l'âme – comme si nous n’étions plus qu’une joie vivante…
A jouer – et à tout perdre – jusqu’à l’idée de soi…
Quelques pierres pour s’abandonner à la lumière. Mains et pages posées comme des feuilles mortes. Bercé par le bruit du vent dans les feuillages de l’âme…
Et c’est là qui vient sans avoir été invité – un peu de joie – un peu de tristesse – trois fois rien – mais qui vous chavire l’âme jusqu’à tout renverser…
Place vide – et qui le restera – malgré les cris, l’effroi et l’air brassé…
Nous avons revêtu les plus beaux atours du dénuement – sans cri – sans faste – sans clameur – sans le moindre applaudissement. La tête et les mains dignes et défaites. L’âme sans parure – dans sa plus simple tenue ; un cœur pour aimer et remercier en silence…
La grâce de n’être plus rien – et de sentir, en soi, les êtres, les choses, le monde, le cosmos – l'infime et l'infini…
Seul – entre le réel et le silence – à jubiler sans raison malgré les larmes, irrépressibles, face à l’étrange beauté et à l’effroyable cruauté du monde…
Retraite au fond des forêts de l’âme – là où Dieu est le seul regard – et la seule compagnie…
Nous sommes – personne…
Un jour comme un rêve. Et mille siècles – pareil…
Ce que nous avons mis des années – des siècles peut-être – à découvrir péniblement – soudain – c’est là tout entier – offert non comme une quelconque récompense mais comme une sorte d’encouragement à l’abandon…
N’imaginons rien – soyons réels…
Pas d’épaule amie sur laquelle on pourrait poser sa peine et sa fatigue. Il faut tout porter seul jusqu’à la grâce…
Heureux comme un oiseau qui va de branche en branche – d’arbre en arbre – et dont le ciel est le seul refuge…
Marchepied d’un Autre pour que chacun puisse se hisser…
Nous témoignons – comme les fleurs – d’une fragilité mortelle…
Il ne faut rien croire – n’être certain de rien – ne se fier ni aux mots tendres, ni aux promesses. S’engager, donner et jouir dans l’instant du partage – puis, tout brûler – ne rien conserver – pas même le souvenir…
Ce que nous jugeons trop lointain n’est, peut-être, dû qu’à la paresse du cœur…
Qu’avons-nous donc à perdre ? Nous ne sommes déjà plus rien…
Une raison au-delà de la raison…
Une perspective au-delà des perspectives…
Quelque chose dont le sens échappe à l’esprit…
Des jeux moins sérieux (bien moins sérieux) qu’ils n’en ont l’air…
Passage – ce qui passe – et, parfois, passeur…
Vibrations – en soi – d’une cloche plus ancienne que le temps…
Le cœur hissé jusqu'au front. Le front hissé jusqu'au silence – en ce lieu où le monde est un soleil…
Hors du monde et du temps…
Rien en deçà de la prière. Rien au-delà du silence.
Tout dans le prolongement de soi – puis, dans celui du centre. Du fragment à l’unité…
Tous les indices – toutes les preuves – tous les chemins – convergent vers soi…
A mesure que l’on s’éloigne du monde – l’au-delà de l’homme se précise…
On apprivoise, peu à peu, ce qui nous semblait impossible…
Célébration silencieuse – bien sûr. Rien de décelable par les sens…
Une autre manière d’exister…
Au-dedans – et plus jamais à côté…
Tout finit par prendre la couleur de la lumière. Il suffit d’être patient…
Qu’un regard à travers le moins nécessaire…
En soi – seul cela compte…
On ne se résout que par la soustraction…
Tout a disparu – même pas sûr qu’il reste le regard…
Le bleu comme une pointe vers cet espace où se rejoignent toutes les frontières…
Il n’y a jamais d’erreur – seulement des détours inévitables…
Ce qui passe – le regard le déchire…
Il n’existe aucun lieu pour l’abondance et la certitude…
Tout ce qui concourt à l’émergence du vrai ; ni l’éradication du mal – ni la propagation du bien…
Aimés – la matière viscérale du monde – la chair et la pierre – ce que l’on porte malgré soi – les apparences trompeuses…
Mille lieux – un seul centre – et la même façon d’être présent partout…
Nu – comme le plus grand privilège. Mais rien de définitif. Sous le règne permanent de l’incertitude et de la précarité…
Rien qu’une manière de se tenir debout – et vivant – au milieu du monde…
Ce que nous foulons en même temps que le sol…
Ce que nous respirons en même temps que l’air…
Ce que nous vivons en même temps que notre vie extérieure…
Les mille dimensions de l’être sous l’apparence de l’homme…
Au-delà de la terre – la lumière. Au-delà de la lumière – le silence. Au-delà du silence – l’Amour. Et en deçà – l’enfer où l'homme s'est réfugié…
Rien ne peut nous blesser – lorsque rien ne nous devance – lorsque l’on ne traîne rien derrière soi…
Rien au-dessus – rien en-dessous ; éperdument seul – là où tout commence vraiment…
De la solitude et du silence…
Et presque rien d’autre…
La vie fragile. Et le plus précieux caché – à l’intérieur…
Nous sommes – cette mosaïque changeante…
Simplement – ce qui est là…
Ce qui – en nous – se dissipe dans la clarté…
Nulle part – ni au-dehors – ni au-dedans…
Là où il est impossible de fuir – là où l’on est – où que l’on soit…
La surprise et la joie de tout vivre – en soi…
Des heures – des jours – mais rien, en vérité, qui n’appartienne au temps…
Comme une main traversée par la lumière – sans autre stigmate que ce bout de ciel dans la paume…
L’Amour nécessaire – presque personne, en somme…
Parfois, le bleu – parfois, le possible – parfois, l’impossibilité du langage…
Juste le silence qui ne parle qu’à ceux qui n’ont plus de question…
Il n’y a d’autre lieu – d’autre demeure – d’autre refuge qu’ici même – à cet instant…
Rien que l’essentiel – ce que nous sommes – et tout le superflu dont nous nous encombrons…
Des chemins – mille chemins – vers la rencontre primordiale…
S’abandonner – il n’y a d’autre perspective…
Rien à faire – rien à dire – rien à penser…
Être là – simplement…
Sous le règne de ce qui nous entoure...
La juste place de l'homme peut-être...
Ce qui nous accompagnera toujours...
Rien que nos paumes ouvertes face à ce que la vie défait…
Rien qui ne sépare...
Rien. Sauf, peut-être, l'apparence d'un visage...
A la dernière étape du sol – peut-être…
Après – on ne sait pas – l'envol – l'abîme – la chute – le ciel – et, sans doute, tout à la fois, mélan-gés…
Un peu de lumière – comme la première fois...
Du bleu jusqu'à l'origine...
Comme entre les jambes d'un rêve...
Au cœur d'un royaume sans complice...
Déjà plus – comme tout ce qui passe...