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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

23 novembre 2017

Carnet n°21 Traversée commune Livre 5 - La voie

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Initiation à la spiriposophie (l’esprit poétique ordinaire de la sagesse).

Quelques exercices préparatoires singuliers pour apprendre à goûter pleinement la saveur des jours. A retrouver le sens sacré de l’ordinaire.

Aperçu du chemin de l’être éveillé.

 

  

Trésor                                                                  

La simple richesse d’Être. Démunie d’Avoir.

(5.1)

 Route sinueuse

Un long et difficile chemin. Pour découvrir les merveilles (et la dimension merveilleuse) du voyage.

 (5.2)

 

LA VOIE propose trois séries de fragments, QUINTESSENCE, LES LOGES DU QUOTIDIEN et LE CHEMIN ORDINAIRE. 

 

QUINTESSENCE

Traversée commune.

Rappel synthétique du chemin universel de l’Homme ordinaire (de l’Homme commun) qui marche de l’obscurité vers la lumière… Initiation à la spiriposophie* (l’esprit poétique ordinaire de la sagesse).

 

LES LOGES DU QUOTIDIEN

Traversée singulière.

Quelques exercices préparatoires singuliers pour apprendre à goûter pleinement la saveur des jours. A retrouver le sens sacré de l’ordinaire.

 

 

LE CHEMIN ORDINAIRE

Traversée commune.

Aperçu projectif du chemin de l’être éveillé.

 

 

PARTIE 1 QUINTESSENCE (Initiation à la spiriposophie)

Traversée commune

(à gauche et à droite)

 

Préambule

Quintessence tente de retracer le chemin universel de l’Homme ordinaire (de l’Homme commun) qui marche de l’obscurité vers la lumière (rappel synthétique de la traversée).

 

PARTIE 1.1 LA TRAVERSEE DES MONDES OBSCURS

LE CHEMIN

Funestes bagages                            

Ta vie est un voyage. Et tu te trompes de bagages.            

(5.3)

Encombrement

Tu traînes tes malles sur le chemin des jours.

(5.4)

Vagabondage                        

Tu te promènes. Tu cueilles. Tu flânes. Tu baguenaudes au gré des vents contraires.

(5.5)

Aveuglement

Tu marches, insouciant et satisfait, vers l’abîme.

(5.6)

Omission

Tu vis insoucieux du sens.

(5.7)

Crédulité

Tu crois avancer. Tu piétines. Tu t’enlises.

(5.8)

Course folle

Tu t’égares à la surface du monde.

(5.9)

 

 

LES RAPPORTS AU MONDE

Marchandage

Tu te monnayes. Tu te marchandes. Pour assurer ta survie. Pour dénicher (et perpétuer) ta place au sein de l’Existant

(5.10)

Âme possessive

Tu t’appropries les êtres, les choses et l'espace. Tu œuvres à tes ambitions expansionnistes.

(5.11)

Rencontre                                

Tu rencontres l’Autre. Et tu ne cesses de te heurter à ton ombre.     

(5.12)

Egarement

Tu t’égares en cherchant vainement la proximité d'une âme.

(5.13)

CARACTERISTIQUES PRINCIPALES

LA PEUR

Crainte

Tu échafaudes plans et stratégies pour assurer ta survie. Tu oeuvres sans relâche à ta protection.

(5.14)

 

LE DESIR

Chimères

Tu brigues le pouvoir, la richesse, le plaisir, la reconnaissance, le bonheur. Tu poursuis tes chimères.

(5.15)

Indigence

Tu prosaïses la quête. Tu te bornes à améliorer tes conditions d’existence.

(5.16)

Fantasme universel                 

Tu aimerais continuer à être à perpétuité.                 

(5.17)

           

L’ORGUEIL ET L’EGOCENTRISME

Humilité                                    

Tu t’enorgueillis de tes succès. Mais jamais tu ne te poses la question de ta place dans l’univers. Jamais tu ne te juges à ta vraie mesure.      

(5.18)

Hiérarchisation

Tu hiérarchises les malheurs. Tu es le centre des cercles concentriques. Premier sur l’échelle de la différenciation.

(5.19)

 

 

L’ETROITESSE, L’IMMOBILITE ET L’HORIZONTALITE

Prison                                                             

Ton regard t’enferme.            

(5.20)

Délimitations

Tu enclos tes frontières.

(5.21)

Stagnation                               

Tu immobilises ton humanité.

(5.22)

Abscisse

Tu vis à l'horizontal. Point zéro de la verticalité.

(5.23)

 

L’IGNORANCE ET L’AVEUGLEMENT

Intelligence                                

Tu n’es pas idiot. Tu ignores.  

(5.24)

Maladresse bornée

Tu juges avec maladresse l’insignifiance des jours.

(5.25)

Certitude                                  

Tu connais la destination. Mais tu ignores le but du chemin.           

(5.26)

Proximité

Tu cherches la clé. Et tu la portes au cou comme un fardeau ennuyeux.

(5.27)

Supplice                                   

Ton ignorance est ton enfer. Et tu l’ignores.

(5.28)

 

L’ESPOIR

Asile à venir

Tu espères trouver un refuge lointain. Et à chaque instant, tu procrastines.

(5.29)

Espérance

Tu espères découvrir la porte au bout du voyage.

(5.30)

Bagages

Tu avances avec l’espoir et la désespérance de ta condition. 

(5.31)

Poursuite

Et tu poursuis ton voyage…

 

 

PARTIE 1.2

LA TRAVERSEE DE L’ESPRIT AVENTUREUX

LA FUITE DU REEL

Dérobade

Tu te dérobes à l’insoutenable pesanteur du réel.

(5.32)

Désengagement 

Tu te soustraits à l’inconfort de l’esprit.

(5.33)

Evitement

Tu esquives l’exercice des jours.

(5.34)

Narcotique

Tu divertis ton attention. Tu anesthésies ta conscience.

(5.35)

Quête illusoire

Tu cherches l’impossible ailleurs.

(5.36)

Fuite colorée

Tu arpentes les terres du vent. Tu suis le cours de l’arc-en-ciel.

(5.37)

Errance                                     

Tu cherches partout le chemin qui t’échappe. Tu t’égares.

(5.38)

 

 

PARTIE 1.3

LA TRAVERSEE DE L’EPOPEE SPIRITUELLE

LA QUÊTE DU SALUT

Désobscurcissement

Tu découvres l’absurdité de ta traversée.

(5.39)

Pansement

Tu cherches une réponse à ton malaise fondamental. A apaiser ton angoisse métaphysique.

(5.40)

Lueur d’espoir

Tu rêves d’échapper à ton funeste destin.

(5.41)

 

Galerie intérieure

Tu t’enfonces dans tes profondeurs. Et tu découvres, enfouie au loin, une obscure lueur.

(5.42)

Aveuglante précipitation

Tu fais halte à la première lumière du chemin.

(5.43)

Borne

Tu optes pour la voie tracée. Tu suis le chemin balisé.

(5.44)

Piste

Tu suis des traces, marchant dans des empreintes trop larges.

(5.45)

Détresse

Tu t’accroches au Salut comme à une bouée lointaine. Pour te sauver des tempêtes passées. Et de ton naufrage à venir.

(5.46)

Renflement de l’extension

Tu crois éroder les cercles concentriques. Tu boursoufles ton enveloppe. Tu imagines atteindre l’essentiel. Tu dilates la surface.

(5.47)

Ténébreuse lumière

Au fond de l’impasse, tu découvres l’imposture de ton éclairage.

(5.48)

Unique issue

Au cœur de la nuit, tu expérimentes une effroyable mise à nu.

(5.49)

Frontière

Après une terrifiante traversée du néant, tu découvres la porte étroite, unique point de passage vers les horizons clairs

 (5.50)

 

PARTIE 1.4

LA TRAVERSEE DE L’ENTRE-DEUX

LE CHEMIN

Ouverture

Tu ouvres la porte de l’horizon.

(5.51)

 

 

 

Premières couches

Tu pénètres la surface des terres profondes.

(5.52)

Dessin

Le chemin se dessine au fil de tes pas.

(5.53)

Piste

Tu trouves ta piste. Tu inverses le sentier. Tu poursuis ton chemin d’étoiles sous les ornières du ciel.

(5.54)

 

Essence nécessaire

Tu chemines sur le double chemin. Tu œuvres au nécessaire et à l’essentiel. Tu développes l’être sans négliger la matière. Tu œuvres à l’Absolu sans dédaigner le relatif.

(5.55)

Voyage commun

Tu entrevois le long voyage dans l’ordinaire des jours.

(5.56)

Maître mot

Chaque pas t’enseigne.

(5.57)

 Marche éternelle

Tu chemines. Sans cesse.

(5.58)

Périple

Tu sais que tout est voyage.

(5.59)

 

CARACTERISTIQUES PRINCIPALES

L’ELARGISSEMENT ET L’OUVERTURE

Large sillon

Tu arpentes la profondeur du chemin. Tu élargis la voie. Tu ouvres l’horizon.

(5.60)

 Ouverture

Tu sors du cercle étroit.

(5.61)

Délimitations

Tu travailles au dépassement de tes frontières.

(5.62)

Chemin privilégié

Tu sors de toi. Tu empruntes l’unique chemin.

(5.63)

 

L’ACCUEIL

Réception

Tu accueilles l’œuvre des évènements.

(5.64)

Tabernacle

Tu accueilles la souffrance.

(5.65)

 

L’APPROFONDISSEMENT ET LA RECONCILIATION

Ralentissement

Tu ralentis la marche. Tu apprends à te rassembler. Tu œuvres à tes avancées.   

(5.66)

Armistice

Tu pacifies tes combats.

(5.67)

Face à face

Tu remues tes profondeurs.

(5.68)

Asile

Tu accueilles tes territoires contradictoires.

(5.69)

Apprentissage

Tu apprends à te connaître. Et à te réconcilier.

(5.70)

 

LA SIMPLIFICATION

Nettoyage en profondeur

Tu vides l’espace. Tu déblayes le superflu. Tu dé-couvres l’espace abyssal.

(5.71)

Dénuement  

Tu te dépouilles. Tu découvres la richesse de l'essentiel.

(5.72)

Règle du jeu

Tu délaisses le jeu du monde. Tu laisses la vie édicter ses règles. 

(5.73)

 

L’EMERVEILLEMENT, LA JOIE ET LA GRATITUDE

Balancement

Tu remercies tes expériences oscillantes.

(5.74)

Gratitude

Tu honores l’autel du monde.

(5.75)

Trésor

En chaque être, tu admires l’infinité.

(5.76)

 Qualités

Tu te contentes, tu gratifies, tu t’émerveilles. Tu éclaires l’horizon.

(5.77)

Clés

Tu ouvres les portes de la joie.

(5.78)

 Gratitude (bis)

Tu remercies en silence. Et ton murmure est entendu. 

 (5.79)

Merveilleux périple

Ta vie est un voyage d’émerveillement.

(5.80)

 

L’AMPLIFICATION ET LA DEGROSSIERISATION DE LA PERCEPTION

Singularité

Tu explores l’intime et découvres l’universel.

(5.81)

Enseignement

Tu apprends la métamorphose du regard.

(5.82)

Regard

Tu distingues la profondeur du réel.

(5.83)

 

Répétition

Tu découvres les leçons des jours.

(5.84)

Evidence

Tu as une certitude. Le quotidien est le seul voyage.

(5.85)

Dés-apprentissages

Tu apprends à désapprendre. Tu ouvres la porte à la connaissance.

(5.86)

Révélation

Tu découvres la transparence du monde.

(5.87)

Spectacle

Derrière la danse macabre des éléments, tu perçois la merveilleuse chorégraphie du vivant.

(5.88)

 

FACE AU REEL

Principe de réalité

Tu oublies le chemin idéal. Tu voyages en ta compagnie.

(5.89)

Chemin d’épines

Tu apprends à marcher nu et vulnérable sur le sentier épineux.

(5.90)

 

Approfondissement

Tu n’espères plus. Tu te penches sur tes tourments.

(5.91)

Invitation

Tu invites tes bourreaux sur l’échafaud.

(5.92)

Âme forgée

Tu résistes à tes faiblesses, tu te forges l’âme.

(5.93)

Avancement

Tu expérimentes tes doutes. Tu érodes tes résistances. Tu œuvres à ton mûrissement.

(5.94)

Refuge

Tu trouves refuge au cœur du chaos.

(5.95)

 

L’INTENSIFICATION ET LA VERTICALISATION

Perspective verticale

Tu verticalises l’horizontalité. Tu transformes les perspectives.

(5.96)

Fraîcheur

Tu renouvelles, à chaque instant, ton regard.

(5.97)

Intensification

Tu œuvres à l’intensification de l’instant.

(5.98)

 

L’AUTONOMISATION PARTICIPATRICE*

Source intarissable 

Tu bois à la source. Et tu découvres ta propre fontaine.

(5.99)

Engagement

Tu te désengages. Tu apprends l’ouverture sans indifférence.

(5.100)

Elément de l’infinité

Tu découvres ta place dans l’univers infini. 

(5.101)

 

LES RESISTANCES ET PERSISTANCES OBSCURES

(DECOURAGEMENT, PEUR, FUITE, RESURGENCE DES HABITUDES…)

Déchargement

Tes malles te ralentissent. Elles t’ouvrent la voie.

(5.102)

Turbulences

Tu éprouves toutes les turpitudes du périple.

(5.103)

Sursis

Tu diffères ton inévitable confrontation à la mort.

(5.104)

 Retraite

Tu rêves parfois d’une halte dans l’exercice des jours. 

(5.105)

Dérobade

Tu esquives (parfois) ton face à face.

(5.106)

Distance

L’autre rive te semble (encore) lointaine.

(5.107)

 Négligence

Tu oublies (parfois) l’extraordinaire privilège d’être vivant.

(5.108)

Poursuite

Et le chemin continue…

 

 

PARTIE 2

LES LOGES DU QUOTIDIEN

QUELQUES EXERCICES PREPARATOIRES

Traversée singulière

(à gauche et à droite)

Préambule

Les loges du quotidien ont pour ambition de t’inviter à goûter pleinement la saveur des jours. A retrouver le sens sacré de l’ordinaire, à redonner à tes journées habituelles leurs lettres de noblesse.

 

L’exercice des jours

Que voile (ordinairement) le rideau du quotidien ?

(5.109)

Derrière le rideau

Tu expérimentes les obstacles habituels. Le tourbillon des heures, l’effervescence des jours (la précipitation et les gestes automatiques), la routine des habitudes (l’ennui, la torpeur de l’esprit, l’excès de distraction…), la hiérarchisation des activités, le regard réducteur coutumier sur le réel. Tu abordes ton espace temporel familier entravé par ta perception du temps, de l’ « agir » et de la réalité. Incapable de vivre pleinement l’exercice des jours.

(5.110)

 

LE TOURBILLON DES HEURES, L’EFFERVESCENCE DES JOURS

Obstacle : le tourbillon habituel

L’énergie débordante, l’élan de vitalité couplé à l’agitation du monde t’enjoignent (souvent) de forcer l’allure de ta marche quotidienne.

(5.111)

Mode automatique perpétuel

Tu te hâtes. Sans cesse tu te hâtes. Impatient d’achever une activité pour commencer la suivante. Tu t’empresses de te réveiller. Pour te lever. De te lever pour prendre ton petit déjeuner. De boire ton bol et d’avaler tes tartines pour te laver. De te laver pour t'habiller. D’enfiler ta veste pour aller travailler. D’achever ton travail pour aller déjeuner. D’achever ton repas pour reprendre ton activité. De quitter ton espace professionnel pour rentrer chez toi. D’ouvrir la porte de ton logement pour retrouver ton environnement familier. De cuisiner pour dîner. De prendre ton repas pour commencer ta soirée. D’achever ta soirée pour aller te coucher. De t’endormir pour recommencer le lendemain. Et recommencer (ainsi) chaque jour. Jusqu’à la fin de tes jours. 

(5.112)

Résumé du gâchis

Emploi du temps serré, heures stressées, jours gâchés. Cœur agité. Esprit préoccupé. Conscience angoissée. Existence effrénée. Au bout de la traversée, la mort assurée (bien sûr) appréhendée par une âme désenchantée (et apeurée face au mystère du vivant encore non dévoilé).

(5.113)

Désastre

Ta précipitation sape ta joie. Et ta sérénité.

(5.114)

Antidote : le ralentissement

Tu ralentis le pas, tu ralentis le geste, tu décomposes le mouvement.

(5.115)

Eloge de la lenteur

Tu goûtes à la sereine lenteur du geste harmonieux.

(5.116)

Similitude

Tu apprends (avec intelligence) à ralentir. Et tu goûtes avec une joie et une sérénité identique chaque mouvement du corps, chaque mouvement de la pensée.

(5.117)

Juste perception

Tu décomposes chaque geste. Et son infinie complexité t’émerveille. Tu perçois l’étonnante ampleur du quotidien.

(5.118)

Résultat

Tu désagrèges (progressivement) ton insatiable besoin de vitesse. Pour entreprendre chaque activité avec la même lenteur, la même intensité et la même joie.

(5.119)

Libération

Tu te libères des griffes des heures. Tu échappes au gouffre du temps.

(5.120)

Distances

Tu t’accordes un espace de présence au cœur du quotidien. Dans le tourbillon des heures. Au sein de l’agitation du monde. 

(5.121)

Conseil de présence

Un instant après l’autre.

(5.122)

Présence renouvelée

Instant après instant se vit le présent.

(5.123)

Conseil éternel

Le voyage commence ici et maintenant (en lisant ces lignes) et se poursuivra à chaque instant. Instant après instant. En achevant la lecture de ce paragraphe, en tournant la page, en refermant ce livre, en quittant ce lieu, en ouvrant la porte, en traversant le couloir, en changeant de pièce, en montant les escaliers. En poursuivant ton chemin, en vivant ton existence. Instant après instant…

(5.124)

Habituel retour des habitudes

Quand ressurgissent la vitesse, l’agitation, la frénésie habituelle de ta course folle, tu t’arrêtes. Tu marques une pause. Simplement. Tu te détends. Et tu respires profondément (pendant quelques instants) avant de reprendre ton activité avec lenteur. Et de poursuivre le cours de ton activité, le cours de ta journée.

(5.125)

 

 

 

 

LA ROUTINE DES JOURS 

Obstacle : la routine ennuyeuse

Tu appréhendes (parfois) le temps quotidien comme une étendue de sable éternellement immobile où s’écoulent les heures interminables.

(5.126)

Réactions à l’obstacle

La fuite. Et le divertissement.

(5.127)

Invitation

Tu prends garde à ne pas t’enliser dans l’apparente fixité des jours. Le temps passe. Chaque jour, chaque heure, chaque seconde t’invite à sortir du sommeil de la routine. Chaque instant t’invite à t’éveiller au quotidien ordinaire.

(5.128)

Antidote : la mort

Chaque instant te rapproche de ton trépas. Tu prends conscience de la préciosité de chaque instant.

(5.129)

Antidote (bis) : anodines variations

Tu apprends à regarder les infimes oscillations du quotidien éternellement changeant.

(5.130)

Juste appréciation

Tu apprends à apprécier le moindre geste.

(5.131)

Hors de prix

Tu ressens avec la même joie chaque mouvement.

(5.132)

Présence éternelle

Tu ne vis, n’as vécu et ne vivras que l’instant.

(5.133)

Potentiel inestimable

Chaque instant a une égale valeur. Il porte en lui un potentiel de joie identique et recèle l’éternité.

(5.134)

 

LA HIERARCHISATION DES ACTIVITES

Obstacle : le tri délétère

Tu opères une distinction entre les activités. Tu favorises celles que tu juges plaisantes, agréables, nobles et valorisantes et rejettes (ou repousses) celles qui t’apparaissent (ordinairement) pénibles, ingrates, inutiles, contraignantes et désagréables.

(5.135)

Antidote : le reéquilibrage activitorial

Tu bannis la hiérarchisation des activités.

(5.136)

Inversion du regard

Tu apprends à redonner leur gloire aux activités qui t’apparaissent ordinairement pénibles, ingrates, inutiles, contraignantes et désagréables.

(5.137)

 Décroissance

Tu apprends à redonner une plus juste valeur aux activités que tu juges ordinairement plaisantes, agréables, nobles et valorisantes.

(5.138)

Sereine liberté

Tu apprends à appréhender chaque activité comme un espace (et une source) de détente. 

(5.139)

Paix roborative

Tu abordes chaque activité avec une joie égale. Et en chacune, tu découvres une surprenante façon de te ressourcer (et de te détendre).

(5.140) 

Présence juste

En bannissant la hiérarchisation des activités, tu découvres une juste façon d’être présent à toi-même. Et une nouvelle façon d’être présent au monde.

(5.141)

Attention

Tu es attentif au corps. Aux gestes du corps. Tu apprends à apprécier d’une égale façon le mouvement de la main qui saisit un verre, qui lasse une chaussure, qui joue d’un instrument de musique, qui caresse un corps, qui frappe les touches d’un clavier, qui malaxe la terre, qui plante un clou, qui lave une assiette ou essore une serpillière.

(5.142)

Hors de crainte

Tu ne crains pas d’être idiot ou inconsistant en t’extasiant devant les gestes et les actes les plus insignifiants du quotidien.

(5.143)

Noblesse

Au cœur du quotidien, aucune situation, aucun évènement, aucun geste n’est indigne de ta condition.

(5.144)

Sacre commun

Tu comprends que tes jours ordinaires portent en eux l’essence sacrée de la vie.

(5.145)

 

LE REGARD REDUCTEUR COUTUMIER

Obstacle : d’affreuses options

Ton goût (et ton choix perpétuel) pour la beauté, l’agréable, le profit, le bien (le meilleur) et ton incessant rejet (en tous domaines) du laid, du désagréable, de la perte, du mal (du pire) - selon les critères collectivement établis - sont le signe évident d’un aveuglement et d’un manque de confiance à l’égard de la vie qui révèle ta méconnaissance de ton identité véritable.

(5.146)

Couleurs déformées du réel

Le regard que tu portes sur la plus ordinaire des situations, le plus anodin de tes actes, le plus simple de tes gestes teinte ton quotidien d’une couleur si tenace qu’elle en imprègne toute ton existence.

 (5.147)

Antidote : le dépassement

Tu apprends à élargir, à approfondir et à affiner ton regard sur la vie, le monde et le réel.

(5.148)

Quête identitaire

Tu cherches à découvrir ta véritable identité. Et les liens qui te relient à ce qui te semble étranger.

(5.149)

Désegotisation

Tu apprends (progressivement) à te décentrer.

(5.150)

Palimpseste perceptif

Tu renonces aux exigences de la mémoire. Aux comparatifs qu’affectionne ton esprit. Et qui conditionnent tes choix. Pour apprendre la fraîcheur et la spontanéité du regard.

(5.151)

Œuvre de longue haleine

Tu laisses le temps œuvrer à la transformation de tes perceptions. Tu apprends le mûrissement.

(5.152)

Longs apprentissages

Tu œuvres (patiemment) à rééduquer ton regard

A désapprendre ce que tu as appris

A oublier tes certitudes

A dissiper tes vieilles habitudes

A réapprendre à regarder le réel

Pour appréhender la vie avec un œil neuf, un esprit attentif et un cœur bienveillant.

(5.153)

 

LE REEL, ELEMENT DE LA PERFECTION

Cheminement

Le réel est ton chemin. Et son accueil, ton seul guide.

(5.154)

Apprentissage

Au contact du réel. Tu ne cesses d’apprendre.

(5.155)

Fuites entamées

Tu érodes (patiemment) toutes esquives de ce qui est.

(5.156)

Renoncement

Tu renonces à tes attentes. Et à tes exigences.

(5.157)

Déplacement

Tu désinvestis tes idéaux.

(5.158)

Invitation

Tu apprends (progressivement) à faire face à ce qui advient. A chaque instant.

(5.159)

Principe de réalité

Tu prends conscience que le réel est le plus sûr chemin vers la paix, la joie et la sérénité.

(5.160)

Réalité parfaite

Tu acceptes tes imperfections comme les éléments parfaits du réel.

(5.161)

Servitude libératrice

Tu te plies aux exigences du réel. Tu n’obéis pas à une servitude supplémentaire. Tu ouvres la porte à l’horizon infini de la liberté…

(5.162)

Synthèse de la préparation

Tu ralentis la marche forcée de tes journées

Tu ralentis tes gestes et ton allure

Tu t’octroies quelques pauses dans la course du temps.

Tu demeures attentif et détendu

Tu portes sur le monde un regard lent, doux, tranquille et bienveillant

Tu expérimentes tes premiers exercices de transformation du regard

Tu effectues tes premiers pas vers un quotidien riche et serein.

(5.163)

 

RESUME : LE VIATIQUE DE L’ÊTRE (POUR APPRENDRE A ÊTRE)

Vigilance

Tu apprends à demeurer présent. Attentif aux situations extérieures. Et attentif aux pensées et aux émotions (liées aux situations extérieures) qui surgissent en toi.

(5.164)

Accueil

Tu accueilles tout ce qui t’échoit. Intérieurement. Et extérieurement.

(5.165)

Métamorphose perceptive

Tu poursuis la lente transformation de ton regard sur le réel.

(5.166)

Gratitude

Tu renonces à tes exigences. Tu loues le simple (et merveilleux) fait d’être vivant. Tu apprends à te satisfaire de ce qui est. Puis à l’honorer. Et à remercier pour cette abondance de richesses (dont tu n’as ordinairement nullement conscience).

(5.167)

Imprégnation

Tu laisses advenir le lent travail d’imprégnation en ton cœur.

(5.168)

Personnalisation du chemin

Tu œuvres (et chemines) à ta mesure. Avec patience et persévérance.

(5.169)

Rythme de progression

Tu te hâtes avec lenteur.

(5.170)

 

OBSTACLES ENTRAVANTS

En cas d’impossibilité

Face aux difficultés engendrées par certaines situations, évènements ou états intérieurs où il t’est impossible de mettre en œuvre le contenu de ton viatique, comme les inévitables résurgences des conduites coutumières entravantes (peur, phobie…). ou la réapparition exacerbée des forces inconscientes marquée par une forte surcharge émotionnelle (colère, tristesse, découragement, déprime, dépression…), tu as recours à la trousse d’assistance. 

(5.171)

 

TROUSSE D’ASSISTANCE

Distanciation

Tu apprends à créer un espace intérieur. Tu aménages une distance entre la situation extérieure (ou l’événement) et les émotions et les pensées qu’elle fait naître en toi. Pour appréhender les évènements avec recul.

(5.172)

Désappropriation

Tu dépersonnifies* tes émotions, tes sentiments, tes pensées. Tous tes états intérieurs. Tu les accueilles comme états universels (et non personnels) qui traversent ponctuellement ton esprit. Comme l’esprit (ou la conscience) de toutes les formes du vivant.

(5.173)

Paysages 

Tu apprends à considérer les formes vivantes et les évènements (dont la présence ou la survenance t’effraient, te troublent ou te blessent - et tous les dangers potentiels qu’ils représentent à tes yeux) comme simples paysages du monde. Eléments naturels du décor.

(5.174)

Conclusion : la progression

Chaque jour, tu apprends à marcher. A faire quelques pas dans le quotidien… pour faire naître en toi une façon nouvelle d’appréhender la vie et le monde. Chaque jour, tu découvres une nouvelle étape dans l’aventure quotidienne.

(5.175)

Conclusion (bis) : espèce rare

Rares sont ceux qui ont traversé la frontière. Parvenus au delà. Chez eux, tu décèles une présence, une attention claire. Une intelligence vive. Une incomparable écoute. Et une lucide bienveillance.

(5.176)

 

 

PARTIE 3

LE CHEMIN ORDINAIRE

Traversée commune

(au centre)

 

Un juste équilibre

 

Préambule

Tu traverses l’ombre et la lumière.

Tu chemines sans crainte et sans aveuglement.

 (5.177)

 

Avant-propos

Tu n’as encore (véritablement) marché sur la Voie. Tu l’as parfois entrevue (au loin) sur le chemin de l’Entre-deux. Il t’est arrivé de goûter quelques instants cette saveur particulière. Vagues prémices. Simple avant-goût (sans doute) du chemin ordinaire. Mais il t’est (encore) impossible d’y demeurer. Tu ne peux qu’imaginer cette voie merveilleuse. L’imaginer seulement. Note. Tu connais les fourvoiements de l’imaginaire, incapable d’anticiper (et d’appréhender) avec justesse le réel. Mais en dépit des inévitables décalages entre les projections imaginatives et la réalité, tu décides de noter, à travers 4 fragments principaux,l’esprit de cet extraordinaire chemin ordinaire.

 (5.178)

 

Maîtres-mots

Présence, harmonie, simplicité, quotidienneté

 (5.179)

 

Réunification préalable

Tu relis les parcelles.

Tu réunifies les fragments.

Tu réconcilies le réel.

 (5.180)

 

Dépouillement

Le réel est ton seul bagage.

Tu vas nu sur le chemin.

 (5.181)

 

Pleine conscience

Tu vis l’instant.

Tu disparais.

Tu es présence.

 (5.182)

 

Justesse

Tu demeures immobile.

Tu agis selon la situation

(les exigences de chaque situation).

(5.183)

 

Etre éternel

Tu es. Pour l’éternité.

 (5.184)

 

Poursuite

Et le voyage continue…

 

28 novembre 2017

Carnet n°32 A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l'impersonnel

Depuis l’enfance, il attendait la rencontre. Comme un mendiant au bol tendu. Comme une bouteille cherchant son rivage. Il ne savait où aller. Il continuait d’errer au vent, sur place et ailleurs, tentant d’abreuver sa soif à son origine, à la provenance jaillissante des chemins, à l’essence des paysages et des rencontres dans l’immobilité mouvante de l’espace.

 

 

A la croisée des nuits

 

Il poussait ses murs aux 4 coins de la terre. Croyait aller les semelles aux vents. Et érigeait une forteresse en tous lieux. Prisonniers sous toutes les latitudes.

 

 

Rivé à la rive, l’horizon parfois se rapproche. Mais jamais ne s’efface. Comment faire naître l’œil insubmersible ? La prunelle amovible et le cil battant au vent avec le ciel au-dedans ?

 

 

Ses yeux recouvraient l’horizon. L’aveuglant à toute perspective.

 

 

Une porte dérobée. Et voilà l’infini qui s’échappe.

 

 

L’obscurité avale toute lumière.

 

 

Il se légua aux ténèbres. Après s’être tant ligué contre elles (elles qui l’avaient autrefois tant ligoté).

 

 

Pour quoi faudrait-il mourir d’espérance ?

 

 

Il s’évanouissait à la vue d’une hirondelle. D’un nuage. D’un brin d’herbe. Mais les visages ranimaient aussitôt sa flamme hostile.

 

 

De ses larmes, il rêvait de purifier le monde. Encore si aveugle à son âme trop noire.

 

 

Nul ne pouvait le dérober à ses pas. Comment aurait-on pu dérouter sa destinée ? Son âme même ne lui appartenait pas.

 

 

Ni terre ni ciel. De la lumière et des nuages. Des larmes et des lèvres closes. Et parfois un rire sans borne. Infini.

 

 

Nulle part. Voilà notre origine. Et notre destination. Et nous autres, malheureux, nous nous acharnons à maintenir le cap en chemin. Quelle désorientation !

 

 

Au-dedans de son dédale, des rues joyeuses ouvertes sur le ciel. Et des égouts à ciel ouvert.

 

 

L’espoir est une ornière où le pas glisse.

 

 

Il jeta ses sandales pour que sa chair recouvre (enfin) l’aspérité du chemin.

 

 

Il ne parvenait à soulever la poussière de ses pas. Embourbé dans son sillon. La plèbe par-dessus la tête voilant le ciel à ses paupières.

 

 

Il s’attachait au sombre labeur. Comme à une corde. Pour monter. Il aurait tant aimé en atteindre le faîte pour s’y suspendre.

 

 

Son âme se raidissait à la rencontre d’yeux hostiles. Il ne savait voir Dieu tournoyer comme un vent étoilé dans leurs prunelles. 

 

 

Qui es-tu, toi, qui marches vers tes eaux profondes ? Y cherches-tu le ciel ?

 

 

Son pas connut mille ponts qui soutinrent sa marche. Et il cherchait encore sur la rive la mystérieuse passerelle.

 

 

Cette quête enflammée qui autrefois l’animait le brûlait à présent. Et consumait chacun de ses pas vers le ciel d’ivresse, la saveur de la terre et la chaleur des regards alentour.

 

 

Il parcourait les heures pour visiter la ronde infernale qui agitait ses pas. Un jour, à mi-chemin, il s’égara, l’incompréhension au bout de ses semelles. 

 

 

Il s’octroya alors le droit d’inventaire. Pour établir la liste de ses prix.

 

 

[Inventaire]

Le songe n’est qu’un éboulis à la rencontre des cimes. Aussi nul de sert de crier sous l’avalanche.

 

Le choc n’est jamais sans limite. Mais il se souvient des ondes.

 

Devant l’arbre, la maladresse prend racine. Nul envol possible sous les feuillages.

 

La survie s’invite en notre désert. Et le prophète attend sous un palmier. A l’abri des ombres. Aussi nul ne sert de crier au-delà des dunes.

 

Les bois de l’homme sont impénétrables. Un arbre pourtant (une branche parfois) suffit à faire naître la hache exploratrice – l’outil salutaire des dévastations. 

 

L’arbre est ta figure. Entends-tu le tremblement des feuillages sous la brise automnale ?

 

Mise sur l’orage. Non sur le ciel. Et en un éclair, tu sauras.

 

Nul abri sous l’averse. Rien que des gouttes au cours de la traversée.

 

Tu as le soliloque singulier. Mais tant de voix t’échappent (encore) pour tenir ton rôle.

 

Nulle parole ne s’enhardit autant que dans le silence. L’oreille est fine. Et (toujours) aiguisée au verbe.

 

Dans ton décor d’infortune, tu sommeilles. Pars donc sur le chemin explorer tes coulisses.

 

Plus beaux sont les reflets, plus vil sera ton vrai visage. Prends garde aux éclats du miroir.

 

Emmure tes silences pour que naisse l’écho. Et ton oreille deviendra sourde aux rumeurs.

 

N’oublie jamais l’espace du cadre. Plus large il sera, plus les silhouettes s’ajusteront.

 

L’oiseau rêve de s’envoler. Mais comment défaire ses ailes des barreaux ?

 

Garde la sente humide pour tes glissades car l’aube sera ton enlisement.

 

Nul ne sert de crier à l’infortune. Les pièces sont déjà dans ta poche. Une riche destinée t’attend.

 

 Habite la présence. Et tu seras partout roi.

 

*

 

Il végétait (encore) au seuil des frontières. Errant (toujours) hors du cercle.

 

 

Minuit. Midi. Quelle importance ? Le soleil éclaire l’en-bas. Et l’en-haut s’est dispersé.

 

 

Il crut longtemps à ses vaticinations. A ses prophéties de malheur. Il les convoquait à chaque recoin du voyage. Laissant glisser son funeste destin de surface.

 

 

Pour conjurer le sort incertain, il s’inventait des rituels et des gestes inexacts. Se couvrant ainsi (malgré lui) de chimères.

 

 

Sans confiance (pour le chemin et l’incertitude des pas), l’étendue de l’inespéré - qui surgit aux confins de la volonté et des horizons désespérants - demeure invisible.

 

 

La foi dans la maîtrise détourne de la connaissance du vent.

 

 

Ses pieds touchaient toujours terre. Et ses yeux guettaient toujours les pistes trop damées entre les terrains vagues. Trop lâche encore pour relever le casque rabattu sur ses paupières.

 

 

Comme une fleur dans le vent, comme un oiseau sur sa branche, il attendait l’heure propice des saisons.

 

 

En bordure de ciel

Des carrières d’étoiles empilées

Où patientent les âmes trop sages

Inintrépides.

 

 

Pourquoi es-tu si aveugle aux richesses dilapidées par tes gestes maladroits ?

 

 

Dans l’abondance des larmes

Se cache une joie secrète

Que peut percer la prunelle défaite

Qui s’inquiète encore de sa transparence

Et cherche toujours son mystère

 

 

Quand diable te verras-tu, homme ?

 

 

Une déchirure entre les lèvres happait tous les malheurs. Comment le ciel aurait-il pu s’y engouffrer ?

 

 

Il est des lieux sans repère

Et des cieux sans abri

Où les soucis

Promis à la brûlure et à la fonte

Soumettent à la transparence des âmes

 

 

La lune se reflétait dans ses prunelles et trouvait refuge sous ses paupières. Il avait regardé le ciel avec tant d’espérance.

 

 

Une pelletée de terre

Sur les eaux vives

Et la résurgence

Rejoint sa source souterraine

 

 

Tu n’échapperas à la rosée sur les pierres du chemin.

 

 

Des ombres. Des lumières.

Et ta main tremblante

Effleure l’interstice

Où sommeille ton vrai visage

 

 

L’harassante lumière s’ouvre dans l’ombre.

Tu bâtis des forteresses de sable

Ton éternité s’étend à quelques décades

Alors pourquoi diable brandis-tu ta gloire ?

 

 

Dans la trame labyrinthique, les créatures cherchent leurs fils. Dénouent leurs liens jusqu’à l’origine.

 

 

Creuse car le précipice attend ton saut pour s’inverser.

 

 

Une percée d’étoiles

Une secousse

Et aussitôt le ciel se déchire

 

 

Il dévala (une nouvelle fois) la pente à l’envers. A contre sens du commun.

 

 

Il perdit pied sur terre. Mais haussa la tête dans les nuages qui lui donnèrent raison malgré la pluie.

 

 

Une mémoire de pierre

Sous le linceul de la terre

Et un bout d’aile déchiquetée

Voilà les parures de l’envol !

 

 

Ventre, cœur et esprit tirés à l’extrême, de leurs entraves à l’infini, invitent l’absolu à couler en nos veines.

 

 

Mille percées trop volontaires courbèrent sa tête vers l’horizon.

 

 

Un fil unique dessine l’univers, le mouvement des astres et des silhouettes. Et toutes les jointures du ciel à leurs attaches.

 

 

Un cri dans l’aube attend notre bouche. Une plaine, nos mains tendues. Un soleil à chaque horizon. Un espoir de vent. Et un feu sous notre chair.

 

 

Le silence si serré entre ses mains le tailladait parfois.

 

 

L’ossature du ciel forge les silhouettes qui soumettent leurs pas aux escaliers, aux cordes, aux pentes et aux cavalcades.

 

 

Un espoir enfle à travers la pluie. Et un vent bruisse en nos veines.

 

 

Quand les cieux s’estompent

Les yeux éblouis par le pavé rugueux

Sur l’ineffable marelle des enfants sages

Sautant de la terre au ciel

La craie s’efface sous la pluie

Et les pas cherchent leurs traits

A la saison des rires

 

 

Les yeux au bord de l’abîme

Et de grands bruits à l’horizon

Appellent la joie à effleurer nos lèvres

 

 

Comment réconcilier l’écartèlement des pas et les sourcils emmêlés cherchant en tous lieux le chemin à venir ?

 

 

Les yeux frondeurs sur l’azur

Le front planté d’étoiles

Et les semelles toujours jonchées de gravas

 

 

Quand le cœur palpite à l’unisson du cosmos

L’âme hébétée reconnaît sa vérité.

 

 

L’horizon s’ouvre aux mains ouvertes.

 

 

Il se moquait (toujours) du climat et des paysages. Chaque pas le retardait du lendemain. Pourquoi se serait-il pressé ? Il croyait l’aube atteinte. Et elle n’était qu’éteinte dans ses yeux trop sombres. 

 

 

L’horreur ne connait  nulle saison. Mais chaque instant n’est-il pas un printemps ?

 

 

L’espérance du ciel 

 

A chaque carrefour, le renoncement l’écartelait. Poussé vers nulle part, il suivait sa pente. Allant éparpillé, ici et là.

 

 

Il cherchait toujours (avec frénésie) deux bras ouverts qui le salueraient d’un geste fraternel.

 

 

Le chemin est un dédale de forêts sombres. Et on s’éreinte à la coupe, taillant à la hache jusqu’à l’obscur de nos pas.  

 

 

Il lui arrivait d’encercler sa marche. Jusqu’à l’immobilité.

 

 

Jamais il ne s’aventurait au-delà de lui-même. Incapable d’entrevoir le ciel dans les yeux alentour. Et les lèvres entrouvertes.

 

 

Il observait les hommes. Leurs parures, leurs mimiques. Leurs grimaces. Il voyait le monde recouvrir ses jours de visages et d’agitation. Et lui, s’éloignait en pleurant, seul et silencieux.

 

 

Lorsque mille sourires vainqueurs se dressent devant moi, je les observe d’en-bas, et je devine dans leurs yeux l’abysse et le plongeon retardé. Je sais que je n’ai sur eux - qui me pensent perdu - que peu d’avance.

 

 

Comme un passager clandestin parmi les hommes, il naviguait à vue. Errant en ses contours.

 

 

Il avait épuisé son existence à l’ébranlement intérieur. Et il creusait (à présent) sous les ruines. Mais sous les décombres, seul un mince filet de fumée s’échappait encore.

 

 

Il tendait l’oreille à l’appel des cimes. Cherchant vainement dans ses poches les graines d’un autre temps - infertiles, malgré ses larmes.

 

 

Son regard glissait entre les silhouettes. Sans les heurter. Sans se laisser accrocher aux visages qui l’imploraient de les relever. Il leur exhortait de se redresser. Et soutenait parfois, d’un geste maladroit, les plus faibles sur leur sente. 

 

 

Cette maigre consolation des hommes qui se penchent vers nous, les yeux ouverts et le cœur ailleurs, songeant sans doute à des malheurs moins lointains.

 

 

Nos appuis solitaires, les seules béquilles pour nos pas.

 

 

Il avançait, la démarche lourde, l’air idiot, le geste brusque, le cœur solitaire et l’âme désemparée. La main de la tristesse toujours sur l’épaule.

 

 

Il allait vers un territoire que nul ne connaissait. Encombré d’une foule de personnages - grotesques et inutiles - accrochés à ses bottes.

 

 

Depuis l’enfance, il attendait la rencontre. Comme un mendiant au bol tendu. Comme une bouteille cherchant son rivage.

 

 

La joie habitait parfois sa solitude. Elle posait sa main délicate sur ses épaules. Enveloppant son air de chien triste.

 

 

Une étreinte aux marges des différences.

 

 

A notre mort, le vent dispersera nos cendres. Et tous les visages s’éloigneront, en protégeant leur front de cette poussière.

 

 

Quel œil ne réclame sa braise ? Et quel homme ne rêve de dessiller sa prunelle ?

 

 

Quel est le reflet de notre regard dispersé en tous lieux ?

 

 

La vie défilait sa joie. Et le happait de ses grandes lèvres saillantes. Et lui, malheureux, la regardait incrédule.

 

 

Sur cette terre, nul horizon. Et au fond du ciel, nul asile. Mais une échelle à chaque pas. Et toutes les passerelles du chemin.

 

 

Il ne savait où aller. Il continuait d’errer au vent, sur place et ailleurs, tentant d’abreuver sa soif à son origine, à la provenance jaillissante des chemins, à l’essence des paysages et des rencontres dans l’immobilité mouvante de l’espace.

 

 

Au sommet des étoiles, les dunes d’argile tombent en poussière. Et une porte s’ouvre. Sur des territoires vierges et sans frontière.

 

 

Il attendait un délice sur sa chair déchirée. Une pluie de lumière dans ses yeux. Et un peu de repos pour son pas.

 

 

Un jour, il dévala la pente à l’envers, le séant par-dessus la tête et les racines aux nuages. Et la terre aussitôt s’ouvrit au-dedans pour saluer son origine. Et ses pupilles aspirèrent toutes les frontières qui bordaient l’abîme silencieux, disloquèrent l’espace et les formes qui se décomposaient et se recomposaient au son des cris et des larmes, des sourires et des incompréhensions.

 

 

Il se faufilait parmi les cris et les râles, les fausses extases et les faces écarlates, les ricanements, les chuchotements comploteurs et le ronronnement des existences pendues aux aiguilles qui défilent. Comme un marcheur ivre aux pas sans visée.

 

 

Le vent se glissait parfois entre ses lèvres. Forçant sa bouche à s’ouvrir. Et répandait son sable et sa poussière sur ses heures mortifères. Egayant sa posture et sa silhouette ensillonée.

 

 

Guidé par son besoin de nudité, il se rapprochait du cercle des hommes en guenille. Encore à bonne distance de la transparence.

 

 

Chaque jour, il virevoltait parmi les insectes et les ailes fraternelles sous la menace des silhouettes rapaces. L’envol toujours avide et apeuré.

 

 

Son geste glissait sur la page, guidé par un ailleurs en lui - présent et hors de saisie. Incrustant chaque signe dans le vent.

 

 

Jette tes paumes et ton orgueil de parvenu. Laisse le destin te dévêtir et t’initier à la traversée sauvage des défroqués.

 

 

L’attente le jetait en contrebas de toute espérance. Et il guettait la fuite du destin et la venue de nouveaux soleils. Mais l’abîme sous ses pieds demeurait noir. Et le ciel à ses yeux désespérément gris. Sous ses paupières, nulle échelle et nul arc-en-ciel. Il continuait d’avancer, une fatigue inconsolable sous le bras.

 

 

Sous mes paupières closes, j’entrevois la chute inévitable. Et l’envol remisé en d’autres lieux (en d’autres cieux peut-être).

 

 

Lorsque le ciel tombera sur ma chair et s’émiettera dans ma bouche, mes mots auront-ils un destin sur l’écorce ?

 

 

La déchéance ravivait ses plaies. Son désir d’ailleurs. Fermant toutes les impasses sur l’horizon.

 

 

Nul décor ne pouvait inviter son geste à la lumière. Le ciel toujours hors de portée, glissait en tous lieux.

 

 

Ouvre tes mains au mystère. Et la lumière se glissera entre tes lèvres.

 

 

Il ouvrit les mains à l’obscur. Et une lueur brilla au fond des ténèbres.

 

 

Il ne pouvait imaginer pire torture que la sienne. Une main de bourreau sur son visage martyr. Une lame parcourant sa peau tendre. Avec le vent de mèche et son sourire complice.

 

 

Il ne pouvait se résoudre à renoncer à ses chimères pour rejoindre le réel sec et tranchant. Doux et savoureux. Enfantin et inoffensif.

 

 

Il aurait aimé vivre hors des barreaux, le pas désencombré de tout missel, explorant chaque recoin du monde. Mais il était encore entravé en son désert et en celui de la foule pour gagner le cœur et le pas de quelques compagnons.

 

 

Il croyait encore à ses prophéties de malheur. Et les convoquait à chaque recoin du voyage.

 

 

Il s’inventait toujours des rituels et des gestes inexacts. Pour conjurer le sort incertain.

 

 

Chaque nuit, il s’endormait sur son territoire, sûr de son fief surplombant les lointaines contrées. Et l’œil planté sur ses cieux souterrains.

 

 

Dans l’épure du ciel

Des éclairs ombrés

Un halo injoignable

Un horizon transparent

Et quelques traces fugaces

 

 

Désenchanté par le regard qui se trompe de grâce…

 

 

Le miracle des pierres brûlait à ses joues. S’émiettait en larmes fines, figeant toute statue en vent rafraîchissant.

 

 

Enfermé dans sa cage de givre, il brandissait ses doigts tendus d’espoir vers l’azur impénétrable.

 

 

Entre son ciel d’acier et son plafond marécageux, il s’enlisait. Comme dans un étau.

 

 

Il ne pouvait se résoudre à goûter à la rosée des heures, à savourer la fraîcheur des étincelles lancées à la nuit, à jouer avec les flammes de glace. Il ne pouvait inviter le souffle entre ses pas. Il ne pouvait se résoudre à explorer les vallons érigés en pics et les gouffres vertigineux alentour. Il ne pouvait se résoudre à aimer les offrandes et les sacrifices, le langage bestial des formes ignares. Ne parvenant encore à se perdre jusqu’au rire, jusqu’à la déraison des cimes, des abysses et des séparations.

 

 

Du haut des falaises, il lançait parfois aux foules quelques grimaces. A grand renfort de rire. Pour dénuder le ciel jusqu’aux confins de la terre.

 

 

Il ne pouvait accomplir de geste sans résonnance. Ni de pas sans profondeur. Il aurait (pourtant) tant aimé que toute surface lui soit égale, lissant ici les aspérités et créant là des monticules, tournant autour sans se fatiguer jamais de les savourer. 

 

 

Les mots abondent à mes silences. Et s’offrent en sons transparents. Engloutissant mes signes et ma langue.

 

 

Un instant

Comme un éclair

Brise la brume

Et le ciel gris des temps incertains

 

 

Il s’égarait au bord de ses manquements et de ses inexactitudes. Se perdait entre ses territoires et ses contours.

 

 

Qui nous contemple lorsque l’on a les yeux fermés et que notre regard se perd derrière l’horizon ?

 

 

Efface ta prunelle quand tu contemples le miroir…  et tu verras ton vrai visage se dessiner et danser au fond de tes yeux sages et étonnés.

 

 

Un jour, il décida d’abandonner son funeste destin de surface.

 

 

Sous l’écorchure, un dédale de neige et de poussières l’invita à la traversée des glaces. Et du sol rocailleux perçait déjà l’Eden bordé de mirages et de précipices.

 

 

Le souffle clair de la roche à ses narines dilapidait ses espoirs. Emplissait ses marécages d’une tendresse sauvage, asséchait ses craintes, effaçait la tristesse des disparitions, ravivait son rêve de halo clair qui brillait au fond de ses yeux ardents. Mais le nu drastique (et sans complaisance) le glaçait encore en éclairant la tanière qui l’abritait.

 

 

Dans l’orifice exigu se dessinent l’abysse étoilé et la voûte dégagée balayés par l’azur infini, en faisant courir sur mes hanches un vent neuf et rafraîchissant

 

 

Nulle percée ne pouvait l’écorner. Et nulle brûlure le consumer. Le souffle agitait ses lèvres et animait ses pas alors que tant d’autres alentour LA piétinaient sans reconnaître son visage derrière leurs grimaces.

 

 

Ô présence

Griffe-nous

Et parcours notre chair

Pour que l’on t’ouvre les bras

Et que tu puisses

Te recueillir en toi-même

Retrouver ta contrée

Que nous avons abandonnée

A nos gestes trop orgueilleux

 

 

Il rêvait d’un avenir sans marécage, bordé d’étoiles et d’azur clair. Avec au fond des précipices une route ressurgissant en tous lieux pour aller sans crainte des chutes, des gémissements et des marcheurs courbés sur l’horizon.

 

 

Des dégâts sans pleurs

Des joies sans cri

Nul débordement

Mais des contrées où règne la surprise

 

 

La chair rocailleuse sous les coutures. Et la peau recouverte d’étoiles. Immobile. Entre terre et ciel.

 

 

Ô Mère éternelle

Amie loyale des circonstances

Amante de toutes les singularités

Qui marche en nos pas

Déjà installée au bord de tous les horizons

Qui féconde nos gestes

Et dénoue nos paroles

Nous tire à sa guise

Mille visages de sa longue besace

Pour ensemencer ta présence

Au temps des rencontres

 

 

L’écume aux lèvres. Et le cœur trempé devant tant de sollicitudes apprêtées. La silhouette toujours chancelante. Se dérobant au vent qui agitait ses contrées. Isolé en son îlot. Comme naufragé à lui-même.

 

 

La chair rivée aux étoiles s’offre aux sacrifices et aux gloires secrètes. Ondule sur les chemins parmi les pas querelleurs. Indifférente aux prunelles ébahies, avides et hagardes. 

 

 

Le pas entre le ciel étoilé et ses forêts sombres, il contemplait les contrées. S’égayait des passerelles et des immobilités. Avec au fond des yeux les franchissements anciens. Et en son cœur l’alacrité frémissante du vent.

 

 

Grande est la fenêtre au firmament. Et étroit l’œil dans la lucarne. La lune comme embarcadère et passerelle des ombres. L’éclatement des prunelles comme destination ou escale provisoire. Malgré le cœur en contrebas qui baigne toujours parmi les menaces et les peurs tenaces.

 

 

Les astres attisent notre soif de lumière. Et nous gardent de tout appétit.

 

 

Que lui importait (à présent) la perte des étoiles ? Le soleil accroché au bord des lèvres. Et le pas toujours éclairé.

 

 

Efface tout orgueil. Et œuvre au reste.

 

 

Les grimaces ne pouvaient entacher son sourire. Derrière les jeux des figures et les visages emmaillotés, il devinait la cruauté des craintes et la candeur de l’ignorance. 

 

 

Diableries éphémères des charniers et des aires de massacres. Quels griefs pourrais-je encore éprouver contre mon peuple empêtré ?

 

 

Semelles de vent

Et bouche ouverte au soleil

Un pas encore dans l’abîme

Et l’autre déjà ruisselant de joie

 

 

Dans le silence fourmillent mille visages familiers qui portent à leurs lèvres mes larmes et mes rires. Et abreuvent parfois ma joie de leur présence.

 

 

A l’abri de toutes représailles, il fixait ses ombres à un nouveau soleil qui ouvrait ses pas sur un horizon si large qu’il se perdait sous ses paupières.

 

 

En mes yeux se dessine le chemin à venir. Et je sens dans mes prunelles toutes mes craintes réconciliées.

 

 

Rassasié par SON œil caressant, la tendresse accompagnera toutes mes absences.

 

 

Quelle est cette ombre sous ma rengaine qui me harcèle (encore) ?

 

 

Une nuit, un puits abscons s’invita dans son jardin. Et il s’efforça, d’un geste malhabile, de hisser le seau-qui-s’impatiente vers le ciel, n’osant croire à la source, aux cascades à venir - ou aux déferlantes peut-être. Il apaisa sa soif ardente - l’alchimie du nectar dans la paume - et dispersa la sécheresse des jours anciens.

 

 

Derrière la transparence des formes, l’essence unique se révèle.

 

 

Il regardait le ciel avec tant d’espérance que la lune se reflétait dans ses prunelles. Sans doute encore trop timide pour trouver refuge sous ses paupières.

 

 

A l’abri des tempes, les circonstances lointaines suivent leur sente jusqu’aux frontières clairsemées. Poursuivent leur lent mouvement vers les gorges d’argile, les cavernes séculaires. Longs itinéraires. Parcours célestes sous la terre avant de rejoindre le souffle des surfaces. Toutes les haleines du monde.

 

 

Tout se mélange au-dessus et par-dessous les frontières. Les silhouettes s’évaporent, mêlent leurs ombres et leurs lumières, révèlent une aire de transparence enveloppée d’horizons.

 

 

Il voyait une gaieté sournoise s’évaporer des masques de plomb. Et la connaissance des visages sous la chair tendre continuait de l’attrister.

 

 

Ô Homme, ébauche de chair. Esquisse d’argile. Entre les mains invisibles, ton destin. Et l’œuvre de Dieu.

 

 

Les herbes folles, les graines - bonnes ou mauvaises - semées par les vents. Toutes indistinctement poussent au bord de la lumière.

 

 

Il voyait la crête des profondeurs abyssales à la surface du monde. Et l’hôte de l’immensité céleste. Révélatrices de tous les univers. Et de toutes les dimensions. Visibles et invisibles. Triviales et sacrées.

 

 

Sans terre ni ciel. Un pas après l’autre.

 

 

Sur la scène du monde, mille mensonges. Et derrière les masques des hommes, brille la vérité. Entre les interstices sommeille notre vrai visage.

 

 

L’abîme renversé affleure (et réapparaît) à la surface.

 

 

Terrassé par l’harassante lumière, il s’égayait de l’œil sensible.

 

 

Un monde sans limite, voilà notre horizon. Et notre regard.

 

 

A chaque pas, défais les frontières. Et ne te soucie des empreintes qu’effacera le vent.

 

 

La porosité des frontières lui révélait l’inconsistance des territoires. La mouvance permanente des formes. La géométrie variable de toutes compositions.

 

 

Il appréhendait parfois le monde d’un seul tenant. Comme un bloc insaisissable de silhouettes et d’espace.

 

 

Aux soucis des jours, nul chemin. Mais un ciel ouvert à tous les présages. Signes de tous les augures.

 

 

Les mots défaillent. Se succèdent d’abîme en perte. Et sur la chair se resserre la peau des vivants.

 

 

Il éprouvait une exquise clairvoyance qui ciselait toutes frontières. Jusqu’au tendre enlacement de l’essence.

 

 

Un jour, une percée d’étoiles dans son ciel ébranla sa chair. Une secousse dans ses terres à l’abandon. Et le ciel aussitôt éventra la matière.

 

 

Malheurs aux monts qui vacillent dans la prunelle. Les horizons se fourvoient entre nos lèvres closes.

 

 

Nos silences apaisent les tourments de la terre. Les derniers soubresauts du sol à l’agonie. Et nous nous découvrons soudain orphelins.

 

 

Il aurait pu s’agenouiller devant les circonstances. Mais elles le traversèrent avec tant de vigueur - et de justesse - qu’elles le démantelèrent, l’éparpillèrent sur tous les horizons pour le réunifier et l’unir à elles. Avant de le redresser enfin.

 

 

Il devint oracle de son destin. Un chemin ouvert. Sans avenir. Ni mémoire. Où seul compte le pas.

 

 

Il marchait encore parfois comme un imbécile devant ses souliers aux lacets défaits. Comme s’il avait oublié que le ciel et les hommes l’avaient nommé malgré eux (et en dépit de ses contestations) chef de cordée dans la plaine déserte.

 

 

En mémoire des siens, il s’arracha des mèches de souvenirs pour offrir à sa lignée une présence que nul n’avait encore trouvée.

 

 

Il dénicha un fil et une corde. Et ne sachant s’il fallait se perdre ou se pendre, il continua sa marche entre les deux territoires qui se chevauchent.

 

 

Arrivé au seuil des marécages, sa silhouette s’enlisa. Et il dut s’incliner.

 

 

Le mystère s’efface sur le chemin de pierres. Et l’ailleurs impromis s’envole.

 

 

Il regardait passer les silhouettes soumises aux lois des Hommes. En s’agenouillant devant la seule règle en vigueur sous la voûte : la loi du vent.

 

 

Il rêvait d’écarter le singulier de ses exploits. Mais songeait toujours à son destin de cire. Et à la gloire de l’écorce. 

 

 

J’attends l’heure propice qui brisera mes sortilèges. Comme une pierre sous le soleil. Une fleur sous la neige. Impatient d’éclore de la gangue qui ensommeille nos siècles.

 

 

Sous la glace qui recouvre nos gestes, le sang est rouge. Et l’azur toujours clément. 

 

 

Il s’éloignait du pas commun de son peuple. Toujours insoucieux des récoltes de l’Homme.

 

 

Indécis entre les horizons. Mu par la seule force du vent. Le souffle toujours éparpillé en désirs tenaces et soupirs confus.

 

 

Le sol se déroba une nouvelle fois. Et la pente marécageuse de l’horizon s’invita. Sur ses foulées fragiles, des songes de sable pulvérisés. Et des rêves d’écorce en miettes.

 

 

L’ossature circonscrite nous engonce aux entournures. Limite l’absolu à d’indignes fragments.

 

 

Il rêvait de voir l’aube et l’humanité réconciliées. Que le soleil dilate la voie sacrée qui veille en nos veines. Pour que se tarisse enfin la tristesse des hémisphères.

 

15 novembre 2017

Carnet n°7 Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Comment écrire dans le même instant les battements du cœur, les bruits de la rue, le vol des hirondelles, les doigts sur le clavier, un chien qui aboie, les pensées qui se succèdent sans s’arrêter jamais, les sentiments qui vous étreignent et qui disparaissent, le téléphone qui sonne et qu’on ne décroche pas, les idées qui naissent et qui meurent, les nuages qui passent dans le ciel, la sueur qui perle sur le front, les poils de barbe qui ne cessent de pousser, le mur de la maison qui s’effrite, le temps qui passe, seconde après seconde. Comment écrire la vie ? Comment l’écrire totalement, pleinement sans omettre le moindre évènement ?

 

 

Librairies, bibliothèques et littérature regorgent de faux livres. Les vrais livres sont rares. On les reconnaît non par la beauté de leurs phrases, ni l'attrait de leur histoire mais par la lumière qu'ils font en nous.

 

*

 

Il faut d'abord apprendre à être curieux de soi-même pour comprendre les autres.

 

*

 

Devenir les uns pour les autres, la main, le pied, la jambe, la tête, le cœur d'un seul et même corps.

 

*

 

Trouver sa propre verticalité, indépendamment de toute chose et de tout être, la laisser grandir et tenter de lui rester fidèle en toutes circonstances.

 

*

 

Lorsque je me sens fragile et vulnérable, je reste chez moi, le cœur recroquevillé sur ma table de travail. Dans ces instants, il arrive (pourtant) que la vie se bouscule devant chez moi, frappe à ma porte, m'appelle par la fenêtre et je fais comme s'il n'y avait personne, je me cache, le cœur tapi sous mes feuilles de papier et j'attends que la vie passe et aille frapper à une autre porte.

 

*

 

Ouvrir son cœur ne le fragilise qu'en apparence (puisque l'on y accueille la souffrance, cela peut nous rendre triste ou abattu), mais en profondeur, il s'en trouve assurément fortifié.

 

*

 

Dès qu'il sortait de chez lui, il revêtait une carapace de froideur arrogante pour ne laisser entrer le monde dans son cœur. Car il en avait toujours eu très peur et il rêvait secrètement depuis l'enfance que ceux qu'ils croiseraient se cogneraient contre cette paroi glacée et finiraient par glisser à ses pieds. Mais c'est toujours l'inverse qui se produisait. Tous le fuyaient comme l'abominable, l'infréquentable homme des neiges. Et il mourût seul enseveli sous des tonnes de glace.

 

*

 

N'avoir à rendre de compte à personne… mais devoir à peu près à tous.

 

*

 

Ne pas se laisser dérouter par le monde… mais rendre grâce à tous ceux que l'on rencontre.

 

*

 

Chaque instant est un adieu au précédent. Ainsi passe notre vie… d'adieu en adieu… et les morts aussi nous quittent de cette façon…. eux qui étaient encore vivants l'instant d'avant.

 

*

 

Au fond, peut-être n'écrit-on jamais que pour partager avec soi-même, pour s'assurer du réel de notre vie et devenir le témoin de notre propre existence.

 

*

 

Nous sommes tellement prisonniers de notre vie, tellement occupés par nous-mêmes que nous avons toutes les difficultés du monde à accorder une place réelle à ceux qui vivent avec nous (nos proches), à accueillir (y faire entrer) ceux qui vivent à nos côtés (voisins, amis) et à ouvrir la porte à ceux que nous croisons (connaissances, passants, inconnus).

 

*

 

Il ne faut pas craindre de fréquenter ceux qui nous semblent infréquentables (pour toutes sortes de mauvaises raisons), car ils nous invitent, malgré eux, à explorer une partie de nous-mêmes que nous ne voulons pas voir.

 

*

 

Notre vie est une étrange synthèse, un étonnant mélange d'un trop plein de soi et d'un immense désert de l'Autre.

 

*

 

Vivre, c'est marcher seul dans un désert peuplé d'ombres. Et lorsqu'il nous arrive de nous cogner contre elles, on s'en trouve déboussolé, désorienté, ne sachant plus quel chemin emprunter…

 

*

 

Nous accordons souvent une place aux autres dans notre vie pour emplir un espace que nous ne savons ou ne parvenons pas à combler nous-mêmes.

 

*

 

On ne renonce à rien, ce sont les choses qui se détachent. Elles tombent comme un fruit mûr pour enrichir le sol qui donnera toute sa force à l'arbre dépouillé.

 

*

 

Il ne sert à rien d'égayer la vie quand on est triste. Il nous faut seulement accueillir avec joie notre tristesse.

 

*

 

Notre vie est souvent une terre aride, impropre à faire naître (et croître) toute rencontre.

 

*

 

Nous ne rencontrons jamais personne. Le plus souvent, nous ne croisons que des fantômes égarés qui se fuient eux-mêmes, et au mieux, des fantômes affamés qui errent dans le monde à la recherche d'eux-mêmes.

 

*

 

N'avoir aucun a priori sur ce qui devrait être, mais apprendre à porter un regard frais et spontané sur ce qui est.

 

*

 

Espérer, c'est s'attendre à être déçu toujours. Ne rien attendre, c'est retrouver (revenir) le réel.

 

*

 

Les désillusions sont comme des repères sur notre chemin. A chaque fois qu'on les rencontre, elles nous indiquent une nouvelle direction à prendre. Et nous tournons ainsi à chaque carrefour qu'elles posent sur notre route… jusqu'au jour où l'on s'aperçoit qu'il est vain d'espérer du chemin, et qu'il nous faut tout simplement marcher sans rien attendre… sur le chemin qui est le nôtre…

 

*

 

Apprendre à devenir le chemin lui-même à chaque pas…

 

*

 

Nous croyons construire notre vie. Il n'en est rien. C'est la vie qui, à travers nous, fait son œuvre.

 

*

 

Oser mourir à soi-même, c'est se donner la chance de renaître au monde. Mais on ne meurt jamais complètement, on apprend progressivement à entretenir un rapport différent au monde.

 

*

 

Henry Michaux a écrit : "J'écris pour me parcourir". Quant à moi, je dirais : "J'écris pour nous découvrir… lever (ôter) les voiles sombres qui (cachent) dissimulent nos paysages intérieurs et explorer la vie (et les horizons) qui nous habite.

 

*

 

Ô Vie, puisses-tu me nourrir de chaque chose ! Il serait plus juste d'écrire : Ô Vie, puisses-tu me donner conscience de me nourrir de chaque chose !

 

*

 

L'illusion de construire notre vie en toute liberté tient à notre impression d'avoir le choix et à notre libre arbitre, mais c'est ignorer les forces mystérieuses qui les sous-entendent et qui nous poussent à opérer ces choix.

 

*

 

Le monde comme maison et la vie pour refuge. Sur tous les chemins, partout, j'aimerais me sentir chez moi…

 

*

 

Ne s'attendre à rien est le plus sûr moyen d'aller sur le chemin.

 

*

 

Accepter de ne pouvoir sauver le monde, contribuer peut-être à sauver quelques êtres, s'aider sûrement à se sauver soi-même (non par égoïsme, mais par réelle impossibilité de venir en aide aux autres). Au fond, on ne peut se sauver que soi-même… on ne peut qu'encourager les autres à se sauver…

 

*

 

La vie ressemble à un immense puzzle (un puzzle infini et en perpétuel mouvement) dont chaque vie serait une pièce, à la fois minuscule, unique et irremplaçable.

 

*

 

Ouvrir sa vie à tous les vents (du monde)… vents bons et mauvais, vents forts et faibles, tous nous poussent vers nous-mêmes.

 

*

 

Le fait même d'appeler certains évènements des épreuves révèle à quel point nous ne savons pas encore les appréhender pour ce qu'ils sont.

 

*

 

Aussi accueillant qu'une cellule de monastère… voilà pour moi l'image même de la convivialité ! N'est-ce pas là l'endroit le plus accueillant et le plus propice à faire naître la Joie ?

 

*

 

Quand le monde devient (ou du moins te semble devenir) trop hostile, ne fuis pas, ne te recroqueville pas, trouve refuge en toi pour trouver le courage et la force d'accueillir les évènements et de poursuivre ta route !

 

*

 

Une vie : de petits riens mis bout à bout. De petits riens, à chaque fois, uniques, irremplaçables, inestimables…

 

*

 

Ne dit-on pas que la vie est un éternel recommencement… jour et nuit, saisons, poussière qui s'accumule chaque jour, qu'on enlève et qui se redépose le lendemain, repas que l'on prépare, que l'on mange et que l'on fait disparaître, comme si la vie voulait nous apprendre le transitoire de chaque chose, de chaque geste, de chaque acte… éternelle leçon des jours qui passent.

 

*

 

Apprendre à se libérer de nos peurs et de l'emprise du regard du monde, c'est commencer à devenir plus libre.

 

*

 

Se cogner aux quatre coins du monde, puis poursuivre le chemin en soi.

 

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Chercher en soi toutes les ressources… non pour lutter ni combattre… mais pour accueillir et embrasser.

 

*

 

Il n'y a aucun combat à mener. Ni contre la vie, ni contre le monde ni contre soi. Si combat il doit y avoir, il doit être mené pour maintenir l'exténuant (et parfois insurmontable) effort que nécessitent l'acceptation et l'accueil de toutes choses.

 

*

 

Ouvrir un livre comme une page sur le monde, une fenêtre sur la vie, une porte que l'on ouvrirait sur soi.

 

*

 

Se retirer en soi comme l’on fermerait les volets, pour se protéger des lumières du monde, regagner la vie obscure et (réapprendre) retrouver la lumière en nous.

 

*

 

On ne peut oublier le monde en vivant au plus près de soi-même.

 

*

 

C'est en vivant loin du monde que l'on vit parfois au plus loin de soi-même… et à d'autres périodes, il arrive que cela soit l'exact contraire…

 

*

 

Chacun devrait travailler à sa mesure… à son rythme… selon ses goûts et aspirations… sans se soucier ni du talent (le sien et celui des autres) ni du regard indifférent ou méprisant du monde.

 

*

 

Au début nous sommes dans "le faire" pour échapper sans doute aux abîmes de "l'Être". Malgré les multiples invitations à la solitude que nous offre la vie, nous luttons de toutes nos forces pour éviter de nous retrouver seuls face à nous-mêmes. Puis vient l'incontournable étape de "l'Être" qui nous éloigne progressivement du "faire" frénétique que nous avons toujours connu. Progressivement, l'Être gagne en force et en vitalité. Lorsqu'il parvient enfin à se suffire à lui-même, il donne au "faire" jusque dans les moindres gestes et les actes les plus anodins une justesse et une harmonie insoupçonnables.

 

*

 

Puisqu'il est impossible de transformer la vie, les êtres et les choses de ce monde, il est sage (sinon de bon sens) de transformer sur eux notre regard.

 

*

 

Il n'y a pas de chemin idéal. Chacun doit partir et avancer avec ce qu'il est et possède et à partir de l'endroit où il se trouve. Chacun doit cheminer à son rythme et à sa mesure sans chercher à imiter quiconque mais en cherchant en lui le chemin et la force de poursuivre sa route.

 

*

 

Quel déchirement de laisser la souffrance ouvrir en nous un espace… Que de luttes pour tenter de refermer cette plaie béante qui nous brûle… Mais quelle Joie de sentir progressivement cet espace s'élargir et s'ouvrir à toutes choses…

 

*

 

Il y a tant de grandes choses en moi… pourquoi s'acharnent-elle à sortir si petites ? Est-ce lié aux limites de ma condition humaine ? En conserverais-je inconsciemment la plus grande part par devers moi ? Est-ce ma perception qui les déforme et leur donne un poids et une dimension qu'elles n'ont pas? Pourquoi ces grandes choses ne sortent-elles donc pas à leur vraie mesure ?

 

*

 

Les Hommes sont d'étranges aventuriers. Ils partent à la découverte de contrées lointaines, s'aventurent dans le cosmos et l'univers mais éprouvent les plus grandes réticences à explorer l'espace qui les habite.

 

*

 

Accepter de ne rien contrôler (ni ses états intérieurs ni les évènements de notre vie) en ayant une confiance toujours plus grande en la vie constitue un pas immense sur le chemin vers la sérénité.

 

*

 

Toute réelle transformation procède d'une métamorphose du regard. Toute métamorphose du regard provient d'une lente et longue évolution. Toute évolution trouve son origine dans une très progressive exploration de soi-même qui prend, elle-même, sa source dans le besoin irrépressible de répondre à l'insatisfaction fondamentale de notre vie. Ainsi, l'insatisfaction est sans doute l'un des plus puissants moteurs de recherche de l'humanité.

 

*

 

Apprendre à s'oublier, c'est commencer à accorder une place plus grande aux autres… jusqu'au jour, où il nous est enfin possible de leur redonner leur place réelle : la seule qu'ils méritent, celle qu'ils n'auraient jamais dû perdre, celle qui a toujours été la leur : la totalité de l'espace. Avant d'y parvenir, il nous faut parcourir un très long chemin… d'abord faire sa propre place, allant parfois jusqu'à pousser quelques-uns pour l'étendre (ou la trouver), puis apprendre progressivement à en limiter l'expansion, puis à limiter cet espace lui-même, puis encore (très progressivement) à en restreindre les limites, jusqu'à réduire cet espace au point où il se confonde à la totalité de l'espace…

 

*

 

A la naissance, les Hommes sont de petits points minuscules qui aspirent et apprennent très vite à s'étendre et à s'élargir. La plus grande part des activités humaines tend à (vers) cette horizontalité. Et beaucoup s'en satisfont amplement. Toute leur existence est vouée à cette seule dimension : ils travaillent à étendre leur action, leur pouvoir, leur propriété sur l'entière surface du monde. Peu parviennent à découvrir la verticalité, dimension pourtant fondamentale, qui, seule, permet de donner un sens véritable à l'horizontalité. Les seuls qui peuvent y accéder sont ceux qui ont perçu la vanité (l'inutilité et l'orgueil) de la seule démarche horizontale.

 

*

 

Le plafond est toujours trop bas pour celui qui veut regarder le ciel. Et il est souvent à portée de regard pour celui qui croit le regarder.

 

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Regarder en soi, c'est partir à la recherche de sa propre lumière… et découvrir bientôt une lueur qui n'est que le reflet singulier de LA Lumière qui habite chacun.

 

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Nous pouvons avoir recours à tous les conseils, à tous les repères et à toutes les indications du monde, mais nul ne peut apprendre à marcher sans devenir son propre guide.

 

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La solitude est une compagne exigeante et d'abords difficiles. Mais lorsque la séduction a opéré, (qu'elle est parvenue à nous séduire), il est rare - très rare - que nous soyons déçus.

 

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Toutes nos épreuves sont essentielles… et pourtant si dérisoires… à moins que cela ne soit l'inverse, que toutes nos épreuves soient dérisoires… et pourtant si essentielles.

 

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Toute confrontation au monde est d'abord une confrontation à soi-même. Le monde est un étrange miroir où nos travers sont mille fois grossis…

 

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Les vieux ressassent leurs souvenirs en attendant la mort. Comment peuvent-ils à ce point négliger leur avenir…?

 

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On commence à aimer les autres quand on commence à se mettre à leur place. Mais ce n'est là qu'une sorte de projection (tout à fait) égocentrique. Une sorte de premier pas vers l'Amour d'Autrui quand on commence à mettre sa propre personne à la place de l'Autre. Il faut un long et difficile travail sur soi pour aimer l'autre sans qu'intervienne nullement notre propre individualité.

 

*

 

La compagnie des autres est parfois une gêne (une source de nuisance), souvent un réconfort, un faire-valoir ou un tremplin et toujours un miroir. Il est rare que nous soyons (véritablement) avec les autres pour eux-mêmes.

 

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L'homme ordinaire cherche toujours l'extraordinaire. L'homme sage ne cherche rien. Il sait que l'extraordinaire est partout, il le voit dans l'ordinaire de chaque être, de chaque chose, de chaque geste, de chaque situation.

 

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Mon esprit est une sorte d'atelier-bureau où je passe (en solitaire) la plus grande part de mes journées. Et j'ignore le monde qui m'attend dans mon cœur, cette étroite salle d'attente où s'entasse une foule de personnages que je rechigne à faire entrer.

 

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C'est en se frottant au monde que l'on découvre les aspects les plus anguleux de soi-même mais c'est souvent loin du monde (dans la plus grande solitude) que l'on apprend à en raboter l'essentiel. Et c'est en retournant au monde que l'on peut apprécier le chemin parcouru et le chemin à parcourir… i.e la qualité du travail effectué et l'ampleur de la tâche à accomplir.

 

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S'ouvrir à soi-même, c'est commencer à s'intéresser à l'humanité… commencer à s'intéresser à l'humanité, c'est essayer de découvrir la place de l'Homme… essayer de découvrir la place de l'homme, c'est le premier pas métaphysique vers la quête du sens de la vie humaine, c'est l'avant chemin de la spiritualité…

 

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Laisser être est un exercice métaphysique profond et d'un grand intérêt. Il nous révèle à bien des égards notre personnalité profonde et les points d'attache de l'armure que nous nous sommes échinés à façonner des années durant pour nous réfugier dans notre petit monde et nous protéger du grand (du grand monde).

 

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La nécessité intérieure fournit une incroyable énergie. Elle est sans doute notre moteur le plus puissant. Elle permet d'avancer, de traverser les épreuves et les échecs, de sortir des impasses. Sans elle, la volonté serait anéantie à la moindre difficulté. Elle permet la persévérance qui nous offre l'énergie de poursuivre quoi qu'il arrive…

 

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La nécessité intérieure pousse chacun à emprunter un chemin singulier, nous contraignant ou nous invitant à avancer dans une direction ou dans une autre, nous obligeant consciemment ou non à satisfaire nos aspirations et nos exigences intérieures les plus profondes. Comme si ces dernières étaient des domaines que nous avions antérieurement commencé à découvrir ou à explorer sans parvenir à un aboutissement satisfaisant, arrêtés peut-être dans notre progression (notre exploration) par la mort et que nous aspirions, en cette vie, à retrouver afin de poursuivre nos découvertes et traverser ce (ou ces) domaines pour continuer notre chemin.

 

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Notre monde croit davantage en ceux qui ont des réflexions qu'en ceux qui ont des convictions. Le monde accorde en effet à ceux qui ont des réflexions (ou mieux qui élaborent et construisent un raisonnement purement réflexif) plus de crédit et de valeur, voire parfois l'encense plus que de raison. Cette bizarrerie tient sans doute au fait que la plupart des hommes choisissent aveuglément leurs convictions, par facilité, par paresse, par commodité, pour ne pas avoir à réfléchir et être confrontés à leurs propres doutes. Mais c'est oublier que chez d'autres, les convictions sont l'aboutissement transitoire (et encore très largement ouvert et évolutif) d'un long cheminement, qu'elles tirent leurs origines de nombreuses réflexions, qu'elles se sont progressivement construites par la raison, qu'elles ont été enrichies par l'intuition et étayées enfin par la sensibilité et l'intelligence du cœur (dont les intellectuels, à tort, se méfient tant).

 

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Il ne faut jamais oublier qu'avoir des convictions n'empêche nullement de réfléchir, ni d'avoir des réflexions, ni même d'avoir des doutes ou de remettre ses convictions en doute. Pour conclure, je dirais : les convictions sont des aboutissements réflexifs et intuitifs en cours d'évolution, des réflexions en marche (en cours). Dès lors, les convictions ont sûrement plus de valeur (sinon plus de poids et de maturité que de simples réflexions) puisqu'elles sont, elles-mêmes, des chemins réflexifs et intuitifs, des réflexions intuitives en cours de fabrication (d'élaboration) et il est inutile ni de les décrier, ni de les discréditer, ni de s'en méfier davantage que de tout autre raisonnement.

 

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Il faut chercher partout car partout est la réponse. Il ne faut rien chercher, la réponse se dessinera lorsque vous serez mûr pour la voir et l'entendre. La réponse est déjà en vous, recouverte sous des tonnes de couches qui la dissimulent. Notre travail consiste à ôter une à une ces couches. Notre effort doit porter sur ce besoin de nudité.

 

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Se dépouiller de soi-même, c'est devenir plus riche de l'essentiel.

 

*

 

Livrer bataille (contre soi, contre les autres ou contre le monde) revient toujours à scinder (artificiellement) le monde, d'un côté le Beau, le Bien, le Vrai, le Normal, d'un autre, le Laid, le Mal, le Mensonge (le Faux), l'Anormal. Cette perception est non seulement artificielle et subjective mais elle est totalement fausse. La réalité est sinon toujours plus subtile du moins toujours ce qu'elle est, indépendamment de nos jugements et de nos perceptions.

 

*

 

La vie n'est que dynamique, et nous autres, êtres humains, ne savons principalement que la vivre statiquement. Notre désir de la figer à jamais est sans doute notre plus grand malheur. Voilà pourquoi nous sommes toujours (éternellement) avec elle en porte à faux.

 

*

 

Dans le vaste théâtre du monde, nul n'est irremplaçable mais chacun est indispensable.

 

*

 

Si nous naissions avec 2 grandes ailes, 4 longues jambes, 4 bras puissants, un esprit et un cœur larges, profonds et ouverts, la condition humaine (avec ses 2 jambes et ses 2 bras tous bêtes, son esprit étroit et son cœur froid et fermé) nous paraîtrait un supplice.

 

*

 

Tout reproche est illégitime mais sans doute jamais sans fondement.

 

*

 

Tout contrainte (ou sentiment de contrainte) n'est pas une entrave à la liberté mais une invitation à se libérer d'une vision grossière et erronée de la liberté. Mais qu'il est difficile de s'en persuader lorsque nous sommes mis à l'épreuve…

 

*

 

Aux yeux du monde, le solitaire est sans doute l'individu (l'être) le plus suspect qui soit. On le perçoit (sûrement) comme un homme indigne de toute compagnie. Mais pourquoi ne s'interroge-t-on jamais sur l'indignité de toute compagnie ?

 

*

 

Nous avons le droit d'être idiots, mauvais, méchants, médiocres. Nous le sommes tous à certains instants et à des degrés divers. Ces aspects de nous-mêmes que nous tentons vainement de camoufler appartiennent aussi à notre humanité. L'ignorer, c'est s'exposer à une fuite en avant toujours plus grande, c'est construire une image fausse et partielle de nous-mêmes, c'est donner du poids à un leurre dont nous serons tôt ou tard les premières victimes.

 

*

 

Croire en son intelligence fondamentale sans omettre l'idiot qui est en nous et l'abruti qui parfois nous gouverne...

 

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Notre plus grand malheur est de nous croire importants… Nous le sommes sûrement… mais sans doute pas comme nous l'imaginons…

 

*

 

Nous sommes à la fois résolument seuls et irrémédiablement liés aux autres. C'est avec cette double vérité qu'il convient d'apprendre à vivre… Ne pencher ni du côté de la solitude morbide (et du repli) ni sombrer dans la dépendance aliénante…

 

*

 

On croit vivre pour toujours les uns avec les autres, mais, bien sûr, il n'en est rien… Il n'y a rien de plus faux. On s'accompagne un temps, allant ensemble sur le chemin pour (quelques instants), quelques heures, quelques mois, quelques années, quelques décades... La vie a vite fait, un jour, de nous séparer… (tôt ou tard elle nous sépare), que nous nous quittions, que nos chemins divergent ou que la mort vienne à frapper… et notre chemin se poursuit ailleurs continuant à croiser d'autres destins…

 

*

 

La plupart des auteurs met un point d'honneur à faire de la littérature, à devenir des techniciens du mot, des experts narratifs, des professionnels de la syntaxe, des spécialistes stylistiques, des maîtres du procédé littéraire, ou même des créateurs langagiers, voire des apôtres du Verbe. Tout cela relègue l'écriture à une simple et stupide activité. La seule chose qui devrait importer est d'exprimer (de dire) le Vrai de la Vie. Et qu'importe la façon de le dire. Le reste n'est que littérature.

 

*

 

Nous sommes des êtres limités… de mille façons. Pour s'en convaincre, il suffit de voir la quantité limitée de souffrances que nous pouvons accepter… Nous avons pourtant le potentiel de dépasser ces limites… être en chemin, c'est travailler à cet élargissement…

 

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Les difficultés nous semblent venir de l'extérieur, mais seuls les obstacles sont en nous.

 

*

 

La seule chose qui m'importe est le bagage que j'emporterai par-delà la mort.

 

*

 

Vous sortez de certains livres aussi pauvres que vous y êtes entré… plus pauvres peut-être car ils vous ont conforté dans le mythe universel.

 

*

 

Eriger ses vérités en dogmes, c'est vouloir se protéger du doute. Vouloir se protéger du doute, c'est vouloir le tuer. Et vouloir le tuer, c'est vouloir tuer la vérité qui, sans le doute, ne peut exister.

 

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Mille fois sur le chemin, remets tes pas… Mille fois en ton cœur, recueille les pleurs…

 

*

 

Tenir le lecteur en haleine, c'est le précipiter dans le récit, c'est l'éloigner de lui-même… il n'y a pas de meilleure façon pour le tenir à distance de la vérité.

 

*

 

Un homme qui pleure dans une maison, une maison située au cœur de la ville, une ville située au cœur d'une région, une région située au cœur d'un pays, un pays situé au cœur d'un continent, un continent situé au cœur du monde, un monde situé au cœur d'une planète, une planète située au cœur d'une galaxie, une galaxie située au cœur d'un univers, un univers situé au cœur du cosmos lui-même sans doute situé au cœur d'une dimension infinie… 2 remarques alors : nous sommes toujours au centre, au cœur de l'univers. Et que représente (que signifie) la souffrance d'un homme dans cette immensité ?

 

*

 

S'appauvrir est incontestablement l'une des plus sûres façons de s'enrichir.

 

*

 

L'un aime les femmes petites et menues, l'autre les hommes grands et imposants. Mais qui aime-t-on vraiment derrière ces autres que nous croyons aimer?

 

*

 

Autrefois les hommes étaient abrutis par le travail. Aujourd'hui, ils sont abrutis par les loisirs et les distractions. Quand les hommes apprendront-ils enfin à se désaliéner ?

 

*

 

Savoir, c'est ingurgiter des connaissances empilées les unes sur les autres et plus ou moins intelligemment organisées. Connaître, c'est s'imprégner d'une vérité jusqu'à la faire sienne. Savoir est la marque des gens cultivés, connaître celle des gens intelligents (non au sens logique ou rationnel du terme mais au sens vrai).

 

*

 

Lorsque vous croisez 2 femmes et que vous trouvez l'une belle et l'autre laide, c'est que vous avez encore besoin d'apprendre à voir, d'apprendre à affiner votre regard pour trouver partout la beauté !

 

*

 

L'essentiel n'est ni de vivre riche, ni de vivre mieux ou vieux, ni même de vivre en bonne santé mais de savoir pour quoi l'on vit, cela donne à l'âme un inestimable contentement.

 

*

 

Au seuil de la mort, deux choses me semblent essentielles : partir le cœur apaisé (sans regret sur sa vie passée et satisfait de ce que l'on a vécu) et s'en aller l'esprit serein (sans crainte de ce qui va arriver).

 

*

 

Vivez non pas comme si chaque instant était le dernier mais comme s'il pouvait être le dernier.

 

*

 

Encourager les autres à s'aider eux-mêmes (à trouver en eux les ressources nécessaires) est sans doute la meilleure façon de leur venir en aide.

 

*

 

Parler ou se taire. Souvent il n'y a guère de différence… la vérité est partout… au cœur du bruit comme au cœur du silence… et derrière les apparences, chacun peut la deviner.

 

*

 

Ecouter l'autre, c'est souvent entendre sa propre voix.

 

*

 

La force de la volonté n'est rien face à celle d'un long mûrissement intérieur.

 

*

 

Compagne et compagnon de vie : infime particule du monde et pierre angulaire du nôtre.

 

*

 

Si l'on demandait à chacun de dessiner la carte des souffrances et des bonheurs humains, nul ne s'entendrait ni sur les territoires ni sur l'itinéraire pour traverser l'existence sans encombre.

 

*

 

Au-dessus des nuages, nul mauvais temps, mais un ciel infini. En dessous, un voile de grisaille percé de quelques éclaircies. Mais à y regarder de plus loin, les choses apparaissent différemment. Au-dessus des nuages, un ciel bleu et infini. Et au-dessus du ciel bleu et infini, le noir le plus sombre, l'obscurité la plus grande. Toute élévation demeure un mystère!

 

*

 

Le rejet (souvent inconscient) d'une partie de soi est sans doute à l'origine de notre violence, violence intérieure d'abord que l'on exerce, souvent à notre insu, envers quelques parties de nous-mêmes, et violence extérieure (simple reflet de notre violence intérieure) que l'on exerce à l'encontre de quelques parties du monde.

 

*

 

L’homme n’aime souvent que ceux qui lui ressemblent et ce qui le rappelle à lui-même. Il faut pourtant apprendre à aimer la différence. C’est elle qui nous enjoint de repousser sans cesse les limites de notre (in)tolérance, à accepter progressivement des pans entiers de nous-mêmes et à accueillir toujours davantage l’autre qui devient progressivement notre prochain, puis notre proche, et sans doute par la suite une réelle partie de nous-mêmes.

 

*

 

Il y a dans la vie de chaque Homme, des parcelles de bois sombres, des clairières lumineuses, des coins de terre obscurs et des bouts de ciel bleu, une infinité de paysages inexplorés. Le vrai voyageur quitte sa demeure pour aller arpenter ce monde.

 

*

 

Le découragement est le signe d’une attente trop grande à l’égard de la vie, une incapacité partielle ou totale à accueillir les évènements en cours, la vie qui vient et la vie à venir.

 

*

 

Perdre, c’est gagner en humilité et en dénuement. Savoir perdre est une immense victoire sur soi-même.

 

*

 

Tourner en rond… jusqu’à ouvrir la brèche de notre regard étroit. Tourner en rond… jusqu’à ce que l’infini nous apparaisse au-dedans.

 

*

 

Il y a en nous tant d’horizons inexplorés… tant de vérités à découvrir… Chacun est à lui seul un monde infini.

 

*

 

Lorsque la vie nous détourne de notre chemin (celui que nous avons construit ou plus exactement l'illusion d'avoir construit, celui auquel nous aspirons profondément), c'est toujours là un détour nécessaire, une étape indispensable pour nous rapprocher de nous-mêmes.

 

*

 

La vie assigne à tout homme une double tâche : trouver une place en ce monde qui lui permette d'être lui-même.

 

*

 

Tout sentiment de contrainte n'est pas une entrave à la liberté mais une invitation à se libérer d'une vision grossière et erronée de la liberté. Mais qu'il est difficile de s'en persuader lorsque nous sommes mis à l'épreuve…

 

*

 

Nous ne sommes les uns pour les autres que les instruments de la vie. Il serait vain de croire autre chose.

 

*

 

La façon dont nous voyons la vie n’est que le reflet de notre monde intérieur.

 

*

 

Un regard bienveillant transforme le monde.

 

*

 

Apprendre à tout accueillir… apprendre à ne rien rejeter… pas même son incapacité à accueillir… ni même sa volonté farouche de tout rejeter.

 

*

 

Se perdre, c'est retrouver une partie de soi trop longtemps oubliée, écartée.

 

*

 

La vraie liberté est d’accepter de devenir le serviteur enjoué de la vie.

 

*

 

Les aspérités de l’existence sont des coins d’ombre où l’on se brûle souvent. Pour qui sait y demeurer, elles deviennent un abri réconfortant et un tremplin vers la Lumière.

 

*

 

La vie rêvée, la vraie vie n’est autre que celle que nous vivons.

 

*

 

Ne jamais faire le jeu du monde, mais laisser la vie édicter ses règles.

 

*

 

Refuser toute protection, toute carapace, toute fuite face aux aléas de la vie, c'est apprendre à se tenir debout dans la tempête.

 

*

 

Certains jours, nous n'avons plus ni la force ni le courage de marcher… il nous faut alors puiser en nous plus profondément encore pour trouver la force et le courage d'accueillir le découragement et l'apathie… c'est aussi cela poursuivre le chemin en soi…

 

*

 

Apprends à faire de toute chose une rencontre… de tout geste une découverte… de toute situation un territoire à explorer…

 

*

 

Il est idiot et inutile d'avoir peur que la vie nous reprenne ce qu'elle nous a donné. La vie ne donne ni ne reprend rien. La vie transforme, nous transforme et se transforme. Vivre, c'est se transformer sans cesse. Craindre le changement, la métamorphose, la transformation, c'est tout simplement avoir peur de vivre.

 

*

 

Apprendre à accepter ses parts d'ombres, c'est commencer à trouver en soi un peu de lumière.

 

*

 

Nous devrions remercier tous ceux qui nous agacent ou nous exaspèrent car ils nous révèlent, malgré eux, les aspects de nous-mêmes que nous détestons. A chaque fois que nous les croisons, ils nous offrent l'occasion de nous ouvrir à ces aspects que nous refusons de regarder.

 

*

 

Ce sont nos pensées, nos actions et notre regard qui donnent au monde sa couleur, son éclat et son relief.

 

*

 

Nous ne connaissons qu'une infime partie du chemin. La vie humaine n'est sans doute, elle-même, qu'une essentielle et modeste étape sur le chemin de la vérité.

 

*

 

Cheminer vers soi consiste à ôter une à une les pelures que nous avons revêtues pour nous protéger des dangers du monde et de la vie pour découvrir enfin notre nudité et notre vulnérabilité. C'est cette fragilité qui nous rend invincible et nous donne la force de nous tenir debout dans toutes les tempêtes.

 

*

 

Ne rien craindre de la Vie car elle nous ouvre, nous offre ou nous invite au meilleur chemin qui soit.

 

*

 

Donner du bonheur aux autres n'est pas les divertir d'eux-mêmes, c'est au contraire les aider à explorer (et à arpenter) leurs terres obscures, leur permettre de remuer leurs fientes et leurs scories, bref, les encourager à plonger au cœur de leur être pour qu'ils trouvent leur propre joyau.

 

*

 

Ne s'accrocher à rien est le plus sûr moyen d'aller plus libre. Ne s'accrocher à rien ne signifie pas être indifférent mais se laisser traverser, accueillir sans retenir, laisser partir sans s'agripper…

 

*

 

Elargir son cœur sans le déchirer… voilà une tâche peu aisée…

 

*

 

Il n'y a pas d'amour heureux, dit le proverbe. Effectivement, il n'y a pas d'amour égoïste heureux. Et l'Amour (l'amour véritable) ne rend pas heureux… il apporte la Joie, celle qui est au-delà du bonheur.

 

*

 

Gardons-nous de juger la vie et le monde, apprenons à rester humbles, ouverts et sans a priori et tous deux, croyez-le, sauront nous révéler, derrière leurs tristes et parfois terribles apparences, toute leur beauté.

 

*

 

Il y a parfois une grande tristesse à être au monde… une infinie tristesse éclairée parfois de petites joies dérisoires…

 

*

 

La recherche de plaisir, de confort et de sécurité est un mauvais guide sur le chemin. Refuser de les suivre systématiquement nous épargnera bien des impasses.

 

*

 

La souffrance est un aiguillon efficace, elle est sans doute notre meilleure amie. C'est elle qui nous pousse sur le chemin. Mais il faut du temps pour s'en rendre compte et plus encore pour pouvoir lui rendre grâce.

 

*

 

En cette vie, chacun doit tenir son rôle, celui que la vie lui a octroyé. On trouve son rôle en écoutant la vie en soi. 

 

*

 

Le monde cherche des guides, des modèles et des réponses toutes faites pour le guider (vers le bonheur, la sagesse, la vérité). Le mimétisme est le signe d'une grande puérilité et d'une affligeante paresse. C'est se méprendre sur la quête. Nul effort ne peut être épargné à celui qui chemine.

 

*

 

Ne jamais rien avoir à prouver à quiconque ni à soi-même… l'un des meilleurs moyens de se délester de fardeaux inutiles, une façon de ne jamais se laisser dérouter… et enfin une libre possibilité d'avancer vers soi…

 

*

 

Se préparer à la mort, c'est apprendre que toute chose a une fin irrémédiable.

 

*

 

En apprenant à accueillir progressivement la Vie, on trouve la Joie. Quand on a trouvé la Joie, la Vie s’invite naturellement.

 

19 novembre 2017

Carnet n°14 Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie 

Le jour se lève. Les rayons du soleil caressent le mur. J’ouvre un œil étonné. Et cherche une présence. Et je découvre la place vide. J’agrippe alors les plis de mes doigts tristes. Et je songe à autrefois. A la jeune femme et à sa peau tremblante qui berçait mes nuits. Quand l’aube était radieuse et que je ne pouvais encore deviner que sa présence allait assombrir tous les matins à venir. Je songe à la béance ouverte aujourd’hui refermée. Et à mon cœur emprisonné dans la plaie. Au passage obstrué. Et à l’impossible retour.

 

  

Le monde d’avant le jour

Il y a un monde d’avant le jour. Un monde de silhouettes et d’ombres qui glissent sous la surface. Qui rampent et se tordent dans la matière.

 

*

 

Je déambule avec emphase, bousculant à mon passage, quelques silhouettes. Guidé par l’orgueil, j’avance à grandes enjambés. Je traverse les boulevards sans un regard pour les ombres et les devantures. La lumière des vitrines éclaire ma marche. Ebloui par mon reflet, je toise mon allure. Et m’enfonce avec insouciance - et le pas assuré - dans la ville.

 

*

 

Je ricane. Et me gausse des silhouettes alentour. Sûr de ma destinée, je ridiculise à la ronde et persifle à tout-va. Persuadé d’être prémuni contre tous les rires du monde.

 

*

 

Le soir tombe. Je presse le pas, impatient de retrouver mon appartement. Le souvenir de la soirée s’estompe. La soirée fut d’un mortel ennui. Un ennui rageur. Me résignant à demeurer à la frange du cercle pendant quelques heures. Ecarté du centre de l’attention. Relégué à la périphérie. Ouvrant une blessure secrète. Une béance ignorée. Ma faille originelle. A présent, une colère sourde m’étreint. Le sentiment diffus martèle ma marche. Après la fuite du territoire hostile, je quitte la rue, m’engouffre dans mon immeuble. Et retrouve enfin mon refuge.

 

*

 

Sur mon lit, je songe à l’ombre surgissante. Le noir pénètre la chambre. Les yeux grands ouverts, je spécule sur l’apparition de l’ombre. Je ressasse son arrivée. Admets - sans évidence - son éternel retour. 

 

*

 

L’ombre s’étend sur ma silhouette endormie. Et s’enfonce dans ma cuirasse. Me recouvre comme une chape de plomb.

 

*

 

Je refuse l’ombre. Néglige les entraves du reflet. N’aspire qu’à me soustraire à l’affrontement en espérant une percée naturelle avec le temps.     

 

*

 

A 4 ans, devant le tableau noir et l’œil émerveillé de la mère, je déchiffre les exercices qui s’enchaînent. Je m’y livre avec joie. Et application. Et devine sur ma nuque l’attention soutenue. L’approbation silencieuse. Et le sourire fier.

 

*

 

A 6 ans, je fuis le monde. Le premier jour d’école, j’échappe à la surveillance de l’institutrice pour courir vers le giron maternel. Et retrouver l’accueil attendri. L’hospitalité du regard sensible à ma singularité. Sentir la douceur des jupes. La chaleur rassurante de la peau. L’étreinte réconfortante. Et l’impunité de la désobéissance.

 

*

 

Les noces du sang sont consommées. Scellé le lien indéchiffrable. Genèse du couple inaliénable. Naissance de la folie à délier.

 

*

 

Rongé par mon insatiable soif d’apprendre - et mon appétit sans limite - je m’enfonce dans les pages. Trouve refuge et matière à m’extraire dans les livres. Comme une promesse infinie de connaissance.

 

*

 

J’apaise ma faim sans rechigner. Je dévore les livres. Parcourant les pages jusqu’à l’épuisement, sous l’œil ravi et admiratif de la mère.

 

*

 

Appuyé contre mon chevalet, je décrypte le lien indéchiffrable. Arpente l’entrée du tunnel à venir. Tente une percée. Et devine qu’il me faudra creuser à mains nues. Cette perspective me décourage. J’effleure l’espace vide de la toile. Et me rétracte.

 

*

 

O toi, douce coquille

En ta chair je m’enveloppe

Et me recouvre du linceul des années

[Ode à la bien-aimée]

 

*

 

Au cours d’une soirée entre amis, je sens à nouveau le centre se desserrer. A la fin du dîner, je me réfugie une nouvelle fois à la périphérie. Tétanisé par l’indifférence de mes anciens complices, je salue la foule anonyme. Et tire ma révérence.

 

*

 

Les jours suivants se referment sur ma plaie. La solitude s’intensifie. Le désert enfle. La fraternité se retire. Et l’absence de reflet est criante. Je m’appuie en silence sur le lien. M’encourage des applaudissements passés. M’enchaîne une nouvelle fois à l’écho de mon enfance.  

 

*

 

Je me balance devant l’abîme. Comme un trapéziste maladroit. Accroché au fil tenace, je sens le nœud se resserrer.

 

*

 

Je trace quelques traits sur la toile. Etale la couleur à grands gestes. Recule et agrippe un vieux chiffon pour effacer le souvenir. Et toute percée du mystère. Et me remettre aussitôt à la tâche. Obstiné. Et sans joie.

 

*

 

Pétrifié par le souvenir, j’écoute la douce musique de l’enfance. L’harmonie des jours d’antan. Les paroles suaves et les mots d’autrefois. Une larme tombe sur l’acier du pupitre. L’amère mélodie m’arrache un triste sourire. Ravive le sombre souffle du lien.

 

*

 

La nuit m’envahit jusqu’à l’outre. Et me déchire. S’acharne dans sa triste besogne. En me laissant l’âme en miettes.

 

*

 

Il m’arrive de rêver jusqu’à la simplicité. Une masure au fond des bois. Un lac. Et je songe aussitôt à un Walden de papier qui s’abîme déjà sur l’écorce.

 

*

 

Un soir, je quitte mon appartement dans une colère noire. Et je marche toute la nuit comme un funambule sur un fil invisible qui s’entortille dans la ville en guidant mon errance à travers les rues jusqu’à l’aube.

 

*

 

Ivre de fatigue, je me jette sur mon lit. Couche monacale qui m’accueille sans tendresse. Sous les reins, je sens le bois dur s’insinuer. Se répandre. Et m’envahir.  

 

*

 

Comment s’éprendre de la dureté de la matière ? 

 

*

 

L’étoffe du monde ne m’est pas familière. Sa consistance me terrifie. Je rêve d’un corps tendre et rassurant. D’étreintes limpides et langoureuses. De rencontres transparentes où les âmes tournoieraient dans une ronde sans fin. A l’unisson. 

 

*

 

Quel recours pour le divorce ? A qui doit-on s’adresser pour se désunir ?

 

*

 

De la répudiation de l’Autre naissent les liens de la solitude. Pour faire advenir la réconciliation avec le monde. L’Autre pourra alors quitter l’Un pour l’avec. Et devenir infime partie du monde.

 

*

 

La chaleur de son ombre me transperce. Et m’étouffe au dedans.

 

*

 

Toute histoire nous consume.

 

*

 

Le jour se lève. Les rayons du soleil caressent le mur. J’ouvre un œil étonné. Et cherche une présence. Et je découvre la place vide. J’agrippe alors les plis de mes doigts tristes. Et je songe à autrefois. A la jeune femme et à sa peau tremblante qui berçait mes nuits. Quand l’aube était radieuse et que je ne pouvais encore deviner que sa présence allait assombrir tous les matins à venir. Je songe à la béance ouverte aujourd’hui refermée. Et à mon cœur emprisonné dans la plaie. Au passage obstrué. Et à l’impossible retour.

 

*

 

Accoudé à la fenêtre, je scrute l’horizon. Au loin, je vois les arbres courbés par le vent. Oublieux de la destinée de leur cime. Et je songe à mes racines. Pétrifié par mes origines.

 

*

 

Je respire longuement les effluves du fleuve. Jette un œil aux flots tranquilles qui s’écoulent vers la mer. Rêve un instant. Me souviens des songes de l’enfance. Naguère, je rêvais. Aujourd’hui, je suis terrifié par la perte du lien.

 

*

 

La silhouette d’airain si familière me paralyse. Et la sévérité du regard me glace les sangs. Mes mains hasardent une prière. Et je me ravise aussitôt. Comme brûlé dans ma chair.

 

*

 

Seul dans l’appartement, les yeux accrochés sur une toile posée contre le mur, j’attends. 

 

*

 

De l’autre côté de la rue, je regarde la face bouffie d’un clochard, allongé sur le seuil d’une porte cochère. La tignasse broussailleuse posée sur un carton crasseux. L’humanité en suspens. Face à l’abîme qu’elle reflète au monde, les regards se détournent. La raillerie, la peur et le mépris derrière les visages.

 

*

 

Lumière éteinte dans le crépuscule naissant. Les yeux tournés vers le ciel barré par un haut plafond blanc. Je suis nu. Et ma main caresse la toison prometteuse allongée à mes côtés.

 

*

 

Je me lève. Regarde les sous-vêtements qui jonchent le sol, jetés à la hâte hier soir. Et je me dirige vers la salle de bain. Je m’assois sur le bidet. Ouvre le robinet. Et pleure.

 

*

 

Je songe aux mille visages rencontrés dans les rues. Aux figures d’apparat. Aux yeux de bronze. Et aux lèvres pincées. Et partout, le silence. La marche muette des silhouettes. Seul dans un monde de rencontres sans promesse.

 

*

 

Nul ami en ces contrées. Et nul espoir en ce monde. Le désarroi est mon seul frère. Traître. Et âpre au combat.

 

*

 

Ma plume esquisse la courbure d’une ombre errante. Dessine sous la lampe une longue silhouette familière. Déjà mille fois parcourue. Je désespère. Chaque tentative me précipite dans l’arrière monde. Obstruant tous les passages vers l’horizon.

 

*

 

Je fume en silence. Et la fumée recouvre mon œuvre. Le vide prend forme sur la toile. Mais derrière le trait, l’empreinte s’efface. Comme une disparition indélébile.

 

*

 

Arcboutée sur la toile, ma main se crispe. Etale la couleur en gestes saccadés. Avec un regain d’ardeur. Comme un ultime sursaut avant la chute probable. Et attendue.

 

*

 

Je regarde la toile. Et les traits enrobés de matière. Gratte la substance séchée de mes doigts. Estompe les couleurs. Les efface. Et je sens la fibre se déchirer. Je persiste. Tente d’enlever les couches de non-matière. D’accéder à l’invisible, derrière les traits : la substance originelle. Et à bout de souffle, je renonce et m’effondre sur le plancher.

  

*

 

L’expérience du néant me tétanise. Je m’écroule sous la pesanteur de l’hôte.

 

*

 

Seul dans l’obscurité. Immobile. A peine un souffle. Presque mort.

 

*

 

Je n’ai qu’un rêve : échapper à mon destin terrestre.

 

*

 

J’écoute la pluie battante qui frappe à la fenêtre. Et me réfugie dans la matrice du monde. Ma vie ne tient qu’à cet instant de répit. Et de silence.

 

*

 

Sisyphe enchaîné à son rocher. Terré dans l’anfractuosité du massif. Un répit de courte durée.

 

*

 

Je songe aux milliards d’âmes sans refuge. Condamnées au rocher éternel.

 

*

 

Je songe aussi au lien distendu. Et à l’os dépouillé de sa chair.

 

*

 

Je revis l’enfance éternelle. Découvre cette blessure creusée dans le sein maternel qui empiète l’espace. Emmure de sa présence. Gorges encombrantes et chimériques qui obstruent la sortie du labyrinthe.

 

*

 

Je découvre mes fantômes. Seul dans l’intervalle déserté par les vivants. Face aux spectres qui m’entourent, j’écoute apeuré.

 

*

 

L’existence est une lente naissance. Une longue médication peut-être...

 

 

 

 

Je ressasse ma déchéance. L’idée de la mort devient omniprésente.

 

*

 

Dans un livre ouvert au hasard, je lis : la liberté n’est pas de mise dans la civilisation humaine. Elle est pourtant le substrat du monde. Et sur ses immondices poussent les fleurs.

 

*

 

Je sors précipitamment de mon appartement. Je pousse la porte d’un café. Et m’assois dans l’arrière salle. J’attends la joie. Et je sais qu’elle ne viendra pas. La nuit sera mon seul repaire.

 

*

 

Je songe au tableau noir qui terrorisait mon enfance. A mon bourreau sur l’estrade qui interrogeait le parterre au hasard en pointant un doigt sur sa victime. Dans le reflet de la baie vitrée, je découvre mon visage grelottant. Et l’effroi de mon regard. Les silhouettes toujours vivaces de mes fantômes.

 

*

 

J’aimerais échapper aux rencontres abusives. Aux épreuves qui blessent, excèdent et nous échappent. Je débarrasse mes étagères des livres qui encombrent et qui mentent. J’efface toutes traces d’appartenance à la civilisation humaine. Je n’aspire qu’à une seule chose : me retrancher du monde.

 

*

 

Je décide de quitter la ville. Pour un lieu isolé. Une villégiature solitaire.

 

*

 

Je note sur mon carnet : le monde est une patrie étrangère.

 

*

 

Les jours passent.

 

*

 

L’hiver s’étend à présent sur la plaine. Derrière la vitre, le monde des hommes se voile.

 

*

 

Les heures propagent leur ennui. Et leur tristesse. Je contemple les bûches dans la cheminée. Quelques crépitements avant le silence des cendres.

 

*

 

La grisaille des jours me hante pendant des semaines. L’absence devient la seule empreinte vivace. Comme une plaie à vif. La neige s’installe avec plus d’ardeur. Et recouvre bientôt tous les bois alentour.

 

*

 

Rien que le silence. Et l’âme frigorifiée.

 

*

 

Par la fenêtre, je vois un corbeau s’envoler. Et j’y perçois un sombre présage. L’entrée dans le gouffre qui m’a vu naître et où le monde s’est dérobé.

 

*

 

Un soir, je surprends mon reflet dans le miroir. Et je regarde l’amant solitaire à la poitrine triste. Et aux yeux ardents. J’éprouve le manque brûlant de l’Autre. Et de sa chaleur.

 

*

 

Nu devant le miroir, je soupèse mon regard, jauge ma silhouette. Et j’éteins la lumière. Dans la pénombre, je sens le flasque de la chair se gonfler.

 

*

 

Je pose une narine sous mon aisselle. Renifle la détresse. L’odeur de mon existence invécue. Et je détourne la tête, écœuré.

 

*

 

La tristesse est ma seule compagne. Dans ses yeux brille une fragrance tyrannique. Comme mon seul amour conjugal. 

 

*

 

Volets clos. Je m’endors. Me réveille en sursaut. Surpris par la nuit. Je jette un œil à la pendule fixée sur le mur blanc. Et me rendors péniblement. Sans espoir de réveil.

 

*

 

Le séjour s’éternise. En vain. L’horizon ne charrie nulle réponse. Mille questions en quête de voix. Et d’atroces nuits d’insomnie. Le seul écho : la parole silencieuse et nocturne. Comme un cauchemar sans fin.

 

*

 

Nuit blanche. Absorbé dans la contemplation du plafond. J’arpente les fissures du ciel écaillé. J’imagine le ciel plus haut. Le ciel alentour. La nuit noire qui enveloppe l’univers. Et aux premières heures du jour, je sombre dans le sommeil.

 

*

 

Déconcerté par l’amplitude des jours. J’occupe les heures, les yeux rivés sur les collines.

 

*

 

Reclus dans mon refuge. J’attends le long et âpre affrontement avec l’infortune que j’abrite depuis l’enfance.

 

*

 

Comme Sisyphe écrasé par son rocher, j’attends une délivrance impossible.

 

*

 

Une nuit, courbé sur le puits caché au fond du jardin, je jette un œil à l’abîme. Et à la chaîne jetée au fond du gouffre. Et je crie. Et aussitôt les profondeurs me répondent. Un écho incompréhensible et pourtant salvateur. Je souris. Comme s’il m’avait confié le secret des origines et de la chute.

 

*

 

Nuit sans sommeil. J’attends la naissance de l’aube. L’œil fixé sur l’horizon, je guette la venue inespérée du soleil. 

 

*

 

Et aux premiers rayons, je note sur mon carnet : comme au premier matin du monde. 

 

*

 

Je quitte mon refuge. Le pas encore hésitant mais déjà ragaillardi. En route pour la cité des hommes.

 

*

 

Je regarde l’ombre de ma silhouette s’étirer sur le sol. Dans le ciel, le soleil est déjà à l’œuvre.    

 

 

Fenêtres

Il y a la famille, il y a le monde. Et mon incompréhension d’être parmi eux. Il y a la fenêtre aussi où je m’attarde longuement. Et le ciel à qui je pose mille questions. Et qui ne m’entend pas. Le ciel est si sourd. Pourquoi ne me prête-t-il pas l’oreille ?

 

*

 

Dehors, il y a tous ces gens. Qui marchent, qui rient. Seul ou à plusieurs. Je regarde leurs yeux. Et leurs pas. Où vont-ils ? A quoi songent-ils ? Arriverais-je un jour à les comprendre ?

 

*

 

Vaut-il mieux connaître les gens que les comprendre ?

 

*

 

Et il y a cette solitude que je trompe dans mes pages. Toutes ces feuilles que je n’adresse à personne. Tous ces mots toujours aussi aveugles. Le monde peut-il se voir ?

 

*

 

J’allume la radio parfois. Et j’écoute. Les voix familières du poste dont les mots sont choisis avec soin. Les émissions se succèdent. France culture. Qui écoute cette radio ?

 

*

 

J’imagine les auditeurs assis dans une pièce confortable et emplie de livres. Moi, je suis assis par terre. Les pieds sales et les ongles rongés par l’angoisse de ne pas savoir - de ne pas me connaître.

 

*

 

J’aimerais être un oiseau. Monter vers le ciel. Traverser les mers. Pourquoi suis-je à cette place ? Et qui l’occupe exactement ?

 

*

 

Qui est ce personnage qui se prend pour moi ? Je le connais. Il est fier. Et peu fréquentable. Pourquoi est-il si détestable ?

 

*

 

Je lis sans goinfrerie. Des ouvrages écrits par des hommes qui pourraient me ressembler. Mais qui ont su, eux, tracer leur route.

 

*

 

La jungle littéraire est-elle plus âpre que la jungle des fauves ?

 

*

 

Qui est cette femme que j’aime et que je ne comprends pas ? Terrienne venue d’ailleurs. De lointaines contrées. Au-delà des mers et du passé. Existe-t-il d’autres mondes ? 

 

*

 

J’écoute mon instinct. Mon intuition est morte. En villégiature peut-être ?

 

*

 

Il existe d’autres mondes. Je les sens. Mais je ne peux les explorer. Les deviner tout au plus.

 

*

 

Qui être parmi les êtres ? Je déteste me poser cette question. Et je me la pose souvent.

 

*

 

Ces pans d’identités qui se délitent. Qui suis-je ? Vieille question insondable…

 

*

 

Je me sens parfois si vaste. Et si singulier. D’où viennent ces sentiments ?

 

*

 

Relation intense et ambigüe avec elle. Dangereuse. Malsaine peut-être ?

 

*

 

Du monde, je ne connais rien. Je croyais le connaître. Me serais-je trompé ?

 

*

 

Que reste-t-il quand tout vacille ? La conscience de vaciller ? Et qui vacille ? L’image de soi ? Et qui a conscience de l’image de soi ?

 

*

 

J’ai souvent envie d’enfouir ma tête dans la terre. Quel territoire ai-je besoin de protéger ? Et de quel danger voudrais-je me défendre ?

 

*

 

Tout vacille. Et le monde continue de tourner. La vie est une ronde dont je suis exclu. Et j’aimerais tant connaître quelques pas de danse.

 

*

 

Il y a une nostalgie d’avant-la-relation. Le temps de l’apaisement.

 

*

 

Qu’ai-je appris ? Et si je m’étais perdu ? Peut-on apprendre de la perte ? « Oui » semble me dire mon instinct.

 

*

 

Il faut prendre une décision : poursuivre ou arrêter cette relation ?

 

*

 

Nous nous sommes tant de fois quittés. Une trentaine de fois (et peut-être davantage) en quelques mois.

 

*

 

A la vie, à la mort ? Mais qui sommes-nous pour décider ?  La réponse doit surgir de la Vie. Et je l’entends à peine. Où se cache-t-elle ?

 

*

 

Je croyais avoir franchi un seuil. Celui de l’accueil. Je me suis trompé. Qui a trompé qui ?

 

*

 

Ces questions m’obsèdent. Saturent mon mental. Trop encombré déjà.

 

*

 

Elle est rentrée comme un tourbillon, comme un rêve dans ma vie. Partira-t-telle de la même façon ? J’en suis persuadé.

 

*

 

Ce journal est naïf. Et toutes ces questions révèlent mon ignorance. Comment grandir ?

 

*

 

J’ai écrit tant de lignes depuis tant d’années. Qui les a lues ? Quelques yeux compatissants.

 

*

 

Suis-je déjà perdu à moi-même ?

 

*

 

Qui en nous cherche la vérité ? Dire que je croyais connaître la réponse. Me suis-je donc tant fourvoyé pour ne plus savoir ?

 

*

 

Ma chair ne croit plus en son destin. Et ma peau commence à flétrir. Qui es-tu, corps ? Et sauras-tu me découvrir ?

 

*

 

Ma vie est sans carte. Et je ne sais vers quels territoires diriger mon existence ?

 

*

 

Une conscience sans boussole. Comment ne pas perdre le nord ? Et faire confiance à ses pas ?

 

*

 

Mes empreintes n’indiquent aucune direction. Y a-t-il un chemin ?

 

*

 

Se creuse en nous, à chaque pas, un lieu vétuste et confiné. Et je l’embellis chaque jour un peu plus … Je creuse mon nid dans ce taudis.

 

*

 

Pourquoi s’en aller ? Et pourquoi rester ? Décider n’a jamais été simple pour moi.

 

 

 

 

Le dilettantisme n’est pas mon fort. Et tout effort me met au supplice. Pourquoi ne pas écouter son pas ?

 

*

 

Je conduis un charriot sans bœuf. Alors pourquoi s’éreinter à avancer ? Je resterais toujours le cocher d’un mauvais attelage.

 

*

 

L’habitude creuse en nous son fief. Et nous fortifions ses remparts.

 

*

 

Une force m’appelle que j’ignore. Où va-t-elle me pousser ?

 

*

 

J’aimerais partir pour un ailleurs que j’ignore.

 

*

 

Je ne cesse de fuir les instants qu’offre la Vie. Que craindre exactement ?

 

*

 

Vers quel gouffre te sens-tu aspiré ?

 

*

 

Mon mental est une grotte dont je ne peux pousser les parois. A quand le soleil ?

 

*

 

Vivre m’est doux et inconfortable. Une mousse piquante et un peu terne. J’aimerais tant explorer le reste du jardin.

 

*

 

Comme un enfant capricieux qui casse ses jouets, je blâme mes camarades qui refusent de prêter les leurs.

 

*

 

Y a-t-il un joyau au fond de soi ? J’ai beau m’arracher le regard, je ne perçois qu’un abîme.

 

*

 

La solitude est-elle une compagne ? Et serons-nous capables un jour de nous unir ?

 

*

 

Le monde a sur moi tant d’attraction que je ne sais où donner de la tête…

 

*

 

Je rêverais de monter les marches d’un escalier ouvert sur le ciel. Et je n’ai pour l’heure qu’une corde lisse entre les mains.

 

 

Pâtures

Toute parole est un cri que le monde recouvre, étouffe, enterre. L’écho sera ta seule réponse à jamais. Il te faut devenir l’espace pour que s’abolissent les frontières entre le tumulte et la paix. Un espace où pourront se dissoudre la plainte du verbe, l’onde du souffle et la clameur foudroyante du silence et du bruit, née de ton appel.

 

*

 

L’angoisse de l’effacement. Dans le regard. Et sur la feuille. Tes empreintes sur le sable recouvertes par la mer. Balayées par les vagues. Quel chemin emprunter pour comprendre la nature de tes traces ?

 

*

 

La solution ? Les recouvrir d’un regard. Les amarrer. A un quai. Inquiet. L’inquiétude serait-elle alors ton quai qui engendre les regards ? Voilà peut-être l’explication de tes angoisses ? Alors quoi? Larguer les amarres ? Aller où l’océan te porte… l’os séant. Rester sur place ? Et regarder les vagues ? Embrasser la marée ? Dévoiler la mère dans les vagues ? Et tirer ta casquette de capitaine… sans capituler, tu peux naviguer…  fonce vers le brun. Vers l’embrun. Et laisse-toi fouetter le visage. Le sage naîtra de la confrontation aux vagues. Dix vagues ne peuvent rien contre toi. Tu es insubmersible. Malgré tes errances. La mère ne peut t’atteindre. Ni te couler. Elle t’a enfanté. Point, c’est tout. Point sait tout. Interroge-le. Il te dira comment faire sans la mère…

 

*

 

Ecrits. Et cri. Pour quoi crier ? Parce que tu as peur? De quoi as-tu peur ? De tout. Et du vide. Vide de quoi ? Vide de rien. Rien s’en va. Rien revient. Rien de rien. Tu n’as à avoir peur de rien. Rien n’est ni méchant ni très bon. Rien est rien. Un peu de vent sur ta silhouette qui te pousse dans les flammes. La flamme des femmes qui t’attise. Et comme une braise, te consume.  Prends garde au feu qui t’allume… A toi de choisir ton brasier… et tes cendres…

 

*

 

Tes igloos furent tes remparts au blizzard du monde. Et aujourd’hui, tu es prisonnier des glaces. Seul dans la tourmente face au vent. Voilà l’unique passage. Le couloir de la délivrance.

 

*

 

Tu es vide sans le regard de la mère qui t’encombre. Tu auras besoin du courage de tes deux mains et de ton cœur qui bat. Rien d’autre pour percer l’armure et affronter le silence de la traversée.

 

*

 

Nulle façon de briser la résistance (tes résistances). Sinon te laisser happer.

 

*

 

Que faisais-tu, enfant, sous le regard silencieux de ta mère ? Etais-tu sage ? Te montrais-tu impatient d’attirer son œil ? Comment t’y prenais-tu pour combler l’insupportable ?

 

*

 

Tu ne peux bâtir sans raser. De la table rase ne pousseront pourtant que des cendres. Des vestiges et des ruines. Des agrégats de poussière à venir.

 

*

 

Aveuglé par le destin. Et la force de ton désarroi. Tu parcours les heures pour visiter la ronde infernale qui agite tes pas. L’incompréhension toujours au bout de tes semelles. 

 

*

 

Comme un naufragé sur l’estrade, tu attends le professeur. Inquiet de son retard ou de son absence. Cloué au pupitre des âges.

 

*

 

Autorise-toi le droit d’inventaire. Pour établir la liste de tes prix.

 

*

 

Si singulier est ton jardin que tu longes les haies de la terrasse. Mais pourquoi toutes ces herbes folles dans les travées ?

 

*

 

Il y a un monde d’avant le monde. Un miroir sans face où gît le reflet de la lune. Et rien qu’un enthousiasme fiévreux dans l’espace. Inondé de rien. Et si plein (déjà) de toi-même.

 

*

 

Pourquoi diable t’endors-tu au réveil ? Les barbelés sous l’oreiller t’auraient-ils écorché ? Alors pourquoi ces cicatrices sur ta joue ?

 

*

 

Mise sur l’orage. Et en un éclair, tu sauras.

 

*

 

Tu encombres trop l’abîme pour dénicher l’espace. Amincis tes flancs. Et tu égayeras la balancelle.

 

*

 

Quand deviendras-tu le roi des mendiants ? Un peu d’étoiles dans la poussière. Et le firmament naîtra bientôt sur l’asphalte.

 

*

 

Il n’est de poète sans voix. Trouve ton souffle pour crier. Et l’appel sera fécond.

 

*

 

Vois les sirènes s’approcher. Et abats tes voilures. Nulle entrave n’est nécessaire pour naviguer en tes ports. Le temps des forçats est derrière toi.

 

*

 

Plus beau est le reflet, plus vils seront les visages. Prends garde aux éclats du miroir.

 

*

 

Les bains de foule te liquéfient. Evapore donc les visages en bulles légères. Jusqu’à la transparence. Et rejoins-les.

 

*

 

Heureux l’homme doué d’irraison. A pas décomptés, il s’éloigne. Se promène où va le vent. Avec tous les airs dans la tête.

 

*

 

Tu t’accroches comme à une bouée à tout ce qui te submerge. Et tu t’étonnes de sombrer. Marin de tes propres infortunes.

 

*

 

En ta besace, mille tonnes qui alourdissent ta marche. Et tu fredonnes, l’allure joyeuse, sur le passé. Avec l’espérance de vents moins violents ?

 

*

 

Nul lieu ne te réjouit. Les yeux noirs, le rire jaune et les lèvres pincées. Tu bailles toujours d’ennui et d’indigence.

 

*

 

Il y a en toi un oiseau qui rêve de s’envoler et dont les ailes sont fixées aux barreaux. Comment envoler ta cage ?

 

*

 

L’être blessé gît derrière tes clôtures. Laisse-le reprendre souffle. Pour les franchir sans impatience ni meurtrissure …

 

*

 

A quel horizon te destines-tu ? Les paysages varieront selon les perspectives.

 

*

 

Les lambeaux du ciel t’éventrent. Et feront couler ton sang sur la terre. Mais n’aie crainte d’avancer la semelle trempée dans ta lignée.

 

*

 

Marche sans bruit dans la cour pour que l’oiseau entende tes pas. Ses ailes sont de bon présage.

 

*

 

Au bout du vent, au-delà des flaques s’étend le marais dont les vapeurs t’enivrent. Le chemin est une ivresse. De bout en bout, une fiole en tête.

 

*

 

Docile est le doigt pour l’esprit cadenassé. La clé est dans la chair.

 

*

 

Tu ne seras pas invité au festin si ton feu n’est pas assez fourni.

 

*

 

Gare aux manchots qui courent. Leurs ailes te recouvriront.

 

*

 

Sans souffle, nul bec puissant. Rien ne sert de mordre. Tu n’auras que les miettes. Quelques graines peut-être… si le vent tourne…

 

*

 

L’amour est fécond pour celui qui en fait son terreau. Sans ratissage, les graines pousseront. A bientôt la récolte. Mais que ramassera le paysan ?

 

*

 

Qui pourrait t’aimer davantage que toi-même ? 

 

*

 

Quand il y aura autant de vide au dedans qu’au dehors alors la frontière disparaîtra.

 

*

 

Tu as le choix. Soit remplir le vide (ta béance). Soit te laisser emplir par lui (elle).

 

*

 

Habite donc l’espace. Et tu accueilleras en tes terres l’indétrônable souverain qui saura te consoler de toutes les désolations.

 

28 novembre 2017

Carnet n°29 Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l'impersonnel

Chaque jour, il s’attardait sous la motte. S’échinait à la rude besogne, sous les pas des vivants. En lançant quelques regards fugaces vers le ciel pour y décrypter un signe, y puiser un peu de courage et d’espoir avant de replonger à l’abri des entrailles.

 

 

Chaque jour, il traçait le reflet du ciel à la chaleur de la plume. Consignait l’infime et l’intime au fil des saisons. Consumait ses jours clairs et ses pages mortes au cœur des cendres.

 

 

Partout il voyait les hommes crépiter sur la terre, s’enchaîner aux pierres sur le gravier des allées, s’enhardir au son des cloches, s’agenouiller vers le ciel, éclabousser le vent de leurs douleurs béantes, s’enfoncer au-dedans et frémir. Partout il voyait les hommes aux jours vides bailler d’indigence devant l’espoir de l’horloge.

 

 

Lui, s’attardait sous la motte. S’échinait à la rude besogne, sous le pas des vivants. En lançant quelques regards fugaces vers le ciel pour y décrypter un signe, y puiser un peu de courage et d’espoir avant de replonger à l’abri des entrailles.

 

 

Chaque jour, il écoutait les hommes piétiner le monde de leurs bottes bruyantes. Et chaque nuit, il s’enfonçait dans l’écorce pour estomper le vacarme des hommes. Et sa peur écrasante des jours.

 

 

Sa plume abreuvait le récipient des heures. Mais sa paume écarlate éteignait les signes - tous les signes - en son creux.

 

 

Ses sentences mutilées aux bruits qui grondent éclairaient l’en-bas. Le seuil déclinant des marches en deçà de l’échelle.

 

 

Dans les ruelles enguenillées, ses sombres échos et ses grimaces attisaient le rire des hommes. Egayaient la bouche des pantomimes ridicules.

 

 

Pourquoi rêver de s’exposer aux vitrines du monde ?

 

 

Chaque soir, il songeait à la lumière brune, aux regards décharnés entassés à la hâte sous le bruit des bottes. A l’écho des cris sur l’asphalte souillé. Aux cheminées qui crachent leur odeur d’agonie et figent la nuit éternelle.

 

 

De ma plume jaillit parfois le ciel profond. D’infimes souillures sur l’écorce.

 

 

La lumière advient souvent au plus sombre. Mon souffle déchire alors l’abîme. Comme une éclaircie sur la peau tremblante du monde.

 

 

Chaque jour, il s’échouait à la frontière des continents, les mains tendues vers la terre des promesses. Immobile devant l’ossature de la forteresse qui refoule vers les vagues et la terre brûlante où s’épuisent les Hommes.

 

 

L’ignorance se pare d’oripeaux. Et finit par s’affaisser en son creux.

 

 

L’éternel ressassement éloigne la paix que le cœur appelle sans fin.

 

 

Le silence illumine la voix dont on ne peut encore deviner la présence.

 

 

Derrière l’humble silence, il devinait la richesse de ceux qui savent. Et dans la clameur des mains, il décelait l’insolente connaissance de ceux qui ignorent. Toujours englué dans l’ignorance des foules, il regardait se jouer l’inéquitable joute des figures à inégale distance du mystère.

 

 

Les visages simples et les cœurs humbles déracinaient parfois son ciel. Eclairant un instant son regard ombrageux.

 

 

A l’abri des parcelles closes, il émiettait ses peurs. Et enracinait - malgré lui - l’origine de l’angoisse.

 

 

Chaque jour, il trompait sa solitude devant l’écran de glace (où dévalait son œil torride). Simple matière à remplir sa main moite. Et son cœur si serré.

 

 

Chaque soir, assis devant la lucarne bleutée, il assistait - incrédule - à l’ablation des pensionnaires célestes (et des mercenaires exaltés) sur l’autel du sang. Un sang moite qui se répandait dans les veines du peuple et abreuvait la terre de la pire éternité.

 

 

Le corps repu. Et le cœur décharné par l’opulence des jours. 

 

 

Son cœur palpitait dans l’attente d’un doigt qui l’effleure, d’un regard qui l’arrache à ses masques et à ses voiles.

 

 

Son soc déchirait parfois le ciel. Enterrant son éternité sous la motte. Le laissant à jamais seul. Et égaré.

 

 

Devant la glace, ses lèvres reflétaient l’hideuse grimace des singes lettrés. Et derrière ses masques, on devinait la sébile qui recueillait ses larmes.

 

 

L’aube effleurait parfois sa bouche. Envolant ses traits dans la nuit ancienne.

 

*

 

Il dévastait le ciel de ses prières. Et lézardait (toujours) la terre des promesses.

 

 

Il déformait les yeux du temps. Confinant la présence dans le gouffre à venir.

 

 

Le cœur boursouflé d’abondance aveugle l’esprit. Et nourrit la confusion des sens.

 

 

L’ombre est notre demeure. Et chacun s’y reflète au gré des astres.

 

 

Entre deux averses, il regardait passer l’ignominie des hommes sous le couvert de l’uniforme. Devinait le sang et les cris sous le sabre rangé à l’abri du fourreau orné. Le sillon des hommes qui déchire la terre. Les laboureurs désespérés ouvrant leur béance et amoncelant la plèbe qui les recouvrira. Les champs de blé gorgés d’infortune, les épis dorés et les récoltes amères. Et il voyait partout le soc mille fois passé qui émiette l’espoir d’un autre ciel.

 

 

Gonflé d’insignifiances, l’homme se complait sous les réverbères. Et pâlit toujours à l’aune des étoiles.

 

 

Les laboureurs d’éternité se reposent à l’ombre de la charrue. Ouverts aux joies de l’horizon.

 

 

En nos jours glorieux, la mémoire s’efface sur la tombe de nos pères.

 

 

Les jours cléments surgissent au seuil des matins clairs. Dans l’aube furtive, on re-découvre l’inégale douceur du baiser fraternel.

 

 

La vertu est la carapace de l’ombre. L’éternel sarcophage de nos mensonges.

 

 

L’ascèse du rien pesait sur son regard de dompteur sans costume. La crinière dans la poche, il s’élançait, le fauve au bord du cœur.

 

 

L’effroi condamne au sang. A la pâleur des yeux. Et au pied des murs martyrs, chacun se mire dans ses flaques d’orgueil.

 

 

Son œil au cœur des braises attisait sa brûlure. Et les fontaines dévoraient son feu. Mais sous les cendres, il imaginait un monde neuf et sans histoire.

 

 

Quand la mémoire découvrira-t-elle la présence hors du temps ?

 

 

Le ventre du monde l’engouffrait, le mâchait et le digérait. Et il en ressortait toujours excrémenté

     

 

Dans l’immense forêt dépeuplée, il se frottait aux arbustes et aux épines fragiles. A toutes ses ombres herbivores.

 

 

Recroquevillé dans ses frêles tranchées, il ensevelissait ses pas.

 

 

Au cœur des batailles, il était l’éternel soldat. L’éternel prisonnier. L’éternel scélérat de son peuple.

 

     

Sur le chemin, il croisait peu d’hommes sages. Et parmi les arbres silencieux, il rencontrait des bavards. Et des orgueilleux en attente de ciel.

 

 

Il se balançait parfois dans le vent, entre l’astre et la terre. Le front rougi, la nuque raide et la gorge haute sous la cime des arbres offerts à la lumière.

 

 

Au front de notre bel esprit se terre notre âme inculte. Qui connaît la pauvreté souveraine au pays essentiel ?

 

 

Sur le sentier des promesses, il croisait parfois des pèlerins en chapelet qui espéraient encore en cheminant vers le pays des songes.

 

 

Au bord des lèvres, son cœur jaillissait parfois en encre noire.

 

 

Notre peuple ruine sa demeure. Innocent à ses yeux. Et toujours assassin en son foyer.

 

 

Il dévalait la pente, déchiffrait les signes et s’égarait sur la sente, enfonçant l’horizon à ses pieds.

 

 

J’attends, le cœur triste, la tempe battante et le rouge aux pommettes que les orfèvres du profit détraquent la belle mécanique.

 

 

Il espérait - malgré lui - le retour des temps anciens où les bourses étaient dans les poches.

 

 

Le temps chargé des vents passés alourdit la balance. Et enfonce notre présence au cœur des marécages. L’appel lointain (encore trop lointain) nous égare. Et écrase nos pas sur l’horizon.

 

 

Les réverbères sont notre seule lumière sur terre. Ils éclairent nos racines que nous explorons sous le reflet ironique de la lune. Pourrions-nous passer mille nuits sans ombre pour éteindre nos jours ternes sous le soleil ?

 

 

Au plus proche des étoiles, il interrogeait la présence qui accompagnait ses pas vers les contrées immuables.

 

*

 

Il buvait (toujours) à la coupe l’usure des jours. Et le chagrin des années.

 

 

La vie sur terre, tournée vers le ciel, enterre (à jamais) nos siècles éternels.

 

 

Son regard perdu découvrait le soleil lointain. Et la nuit passagère. Le ciel d’ici-bas.

 

 

En regardant l’horizon, il entendait le cri des poissons piégés dans la nasse. L’appel de l’océan. Et le rire borgne des marins sur le chalut.

 

 

Il appelait parfois le souffle déchirant de l’enfance. Et le vent des années aussitôt s’engouffrait. Balayant tous les paysages.

 

 

Les murs écorchaient son visage. Et ses yeux cherchaient partout la faille où se glisser.

 

 

Il patientait depuis l’enfance devant l’horloge. Attendant l’heure où l’aigle embrasserait la colombe.

 

 

Du ciel, l’œil voit le dérisoire du monde. Mais de la terre, il boursoufle les paysages. Tous les paysages sous l’horizon lointain.

 

 

Il s’attardait parfois sur le visage de Dieu, assoupi au creux de sa main. L’effleurait du bout des doigts et voyait aussitôt les anges s’envoler vers les cimes, s’arrêter un instant sur la crête pour danser avec les ombres et repartir au gré des nuages poussés par le vent.

 

 

D’un trait, sa main esquissait le monde. Et d’un mot, il dessinait le ciel sur terre. Recouvrant aussitôt les âmes d’écume, de pluie, de pleurs et de cris.

 

 

Face aux visages, il entendait les joies du monde. Mais derrière, il devinait les pleurs silencieux.

 

 

Au pied des fourmis, il s’inclinait. Comme un géant succombe à l’invisible.

 

 

Comme une hirondelle gracieuse, il attendait le jourqui monte au bord du chemin.

 

 

Le balai, le bol et la cuiller attendent notre main. Leur part de lumière pour éclairer nos jours ordinaires.

 

 

Une lampe dans la nuit. Comme un phare pour les innocents où viennent s’échouer les papillons.

 

 

Devant l’invisible, sa bouche était muette. Et son œil était clos. Son cœur isolé - trop longtemps isolé - renouait le lien terni par les voiles de l’insuffisance et de l’orgueil.

 

 

Il rencontrait partout des foules d’affamés qui convoitaient les mines d’or. Et quelques assoiffés qui amassaient la richesse cachée au fond des malles des poètes – et tous leurs trésors crachés par les mines de plomb. Un monde de mendiants faméliques.

 

 

Aux premières heures de la nuit, il entendait le ciel s’ouvrir. Quand le monde rêvait derrière ses volets clos.

 

 

Les jours sans lendemain déchiraient ses nuits. Appelant toujours le soleil lointain.

 

 

Entre le monde et lui, il devinait un ciel invisible. Une nuit peuplée d’étoiles à venir - qui brilleraient peut-être demain en plein jour.

 

 

Son âme s’enhardissait devant l’azur éclairé. Et animait ses ombres sur la page. Chaque nuit, sa main veillait. Et attendait le reflet de l’astre.

 

 

Son cœur crédule espérait le passage des anges sous l’arc-en-ciel. Mais il ignorait toujours la grimace de Dieu émiettée par la pluie.

 

 

La nuit, je regarde la ville illuminée attendre son heure. Le repos des jours meilleurs.

 

 

Le silence se penchait parfois sur ses bruits. Et il entendait l’écho sans fin derrière son visage.

 

 

Il scrutait souvent  les âmes silencieuses assises derrière leur fenêtre, savourant le spectacle du monde et les jours tranquilles.

 

 

Son pas traînant sous la lune ralentissait son envol.

 

 

Le soleil réchauffait parfois son âme. Lorsqu’il souriait, heureux sous la pluie.

 

 

Il rêvait d’ouvrir sa terre aux âmes et aux ventres moribonds. Et d’ensevelir les repus sous une nuée de cris.

 

 

Sur la dalle, il voyait le trait volumineux de l’enfance s’écailler. Comme une tristesse ancienne émiettée.

 

 

Aux yeux du ciel, les gouttes se perdent toujours à l’horizon.

 

 

Assis parmi les feuilles, il sentait parfois un tronc s’enfoncer au creux de son ventre. Et s’enraciner dans son cœur.

 

 

Sous le reflet de la lune (toujours défaite par ses nuits), il s’attardait, l’œil maussade, sur la longue chevelure qui gisait parmi les ronces.

 

 

Les lignes du ciel qu’il traçait en vain ne pouvaient encore éclairer le peuple qui l’habitait.

 

 

Dans le miroir, derrière les éclats de son ciel dérisoire, son reflet se dévoilait peu à peu.

 

 

Il peignait. Sans relâche. Mais ses couleurs n’éclairaient que les ombres. Et son geste sans ravissement.

 

 

Sur la table, la chandelle éclairait l’espace. Et entre le marteau et l’enclume, il entrevoyait l’étroit passage où se faufile la pensée.

 

 

Derrière l’apparence, il voyait le cercle où brille l’essence des êtres. Comme une vague lueur souterraine.

 

 

Il scrutait le ciel. Et au-dessus des nuages, il regardait parfois l’œil qui l’observait.

 

 

Sa dépouille se balançait (toujours) sur la potence des heures.

 

 

Sous sa plume légère, la feuille parfois se courbait. Envolant un mot vers l’écorce du monde.

 

 

Son cœur blâmait en secret les silhouettes qui marchaient à l’horizon. Le reflet des ombres qui l’habitaient. Incapable encore d’épouser l’ombre et la silhouette, de distinguer les reflets et de reconnaître la trame unique de l’écheveau.

 

 

Il croyait la vie sans détour. Comme un sillon perdu dans un champ de ronces.

 

 

Son cœur si prompt à s’élancer après la joie ne saisissait que des larmes emportées par le vent.

 

 

Il disséquait avec mépris le cœur humain. Toujours, à ses yeux, frivole au dehors. Et si tragique au-dedans, jetant partout sur la terre son sang glacé.

 

 

Les roues du temps embourbent notre sillon. Creusent notre tombeau. Notre trop précoce sépulcre.

 

 

Il marchait tête nue et la mine renfrognée parmi les visages à l’abri des parapluies qui complotaient contre les nuages, implorant le ciel de faire briller sur leur terre un soleil sans promesse.

 

 

Il refusait de rejoindre les bataillons sans destin avançant, croyait-il, en rang et à l’ombre des dangers, suivant leurs silhouettes à bonne distance sur l’horizon.

 

 

Il haïssait les cœurs intacts qui se lèguent de père en fils. Au fil de générations sans richesse. Mais ne trouvait encore nul trésor sous ses pas.

 

 

Son cœur ébréché répandait son suc amer. Se vidait de son fiel et trébuchait sur toutes les contrées souffreteuses, avalant la vaine espérance des vivants, et incapable encore de dévaler, joyeux, les pentes dévastées.

 

 

Sa trogne irascible escortait toutes ses humeurs. Et il errait des jours entiers, recouvrant le monde de son linceul.

 

 

Sa tête moribonde plantée à la source percevait pourtant sous la roche la liberté. Comme un lointain murmure.

 

 

Les masques derrière les visages le fascinaient. Derrière l’ultime masque, il voyait la grimace. Et derrière la grimace, il devinait le sourire intact, la main ouverte et le regard qui s’émerveille de toutes les malices du monde.

 

 

Comme un passe muraille malhabile (et inexpérimenté), il se heurtait aux murs indifférents, effrayé de la transparence du monde.

 

 

Sur nos terres ancestrales, notre enfance sanguinaire s’éternise.

 

*

 

La solitude enferme le singulier derrière la tristesse des barreaux. Et condamne aux stigmates de l’enclos. Puisse-t-elle un jour devenir cœur de résonance où viendraient mourir les échos du monde, la cage ouverte à l’universel où bruisserait enfin la joie derrière les lamentations du peuple humain.

 

 

Devant la glace, son regard surprenait l’effroi de son reflet.

 

 

Derrière nos rides, le sillon des années. Et le souci des jours.

 

 

Au cœur de l’oubli, il songeait à la présence sans mémoire.

 

 

Au clair de lune, il écoutait parfois (d’une oreille distraite) les bourgeons confier leurs soucis des jours. Il entendait leurs murmures et leur crainte. Et devinait leur espoir de voir se lever le soleil le lendemain.

 

 

La lumière de minuit illumine nos paupières closes.

 

 

Au cœur de l’indiscipline, il saisissait le mouvement naturel de l’ordre, l’impulsion du vivant en quête d’anciens territoires envahis par l’obéissance et le mimétisme. Dévastés par la tradition et la crainte.

 

 

Au cœur de la faille, il effleurait parfois la cime de l’invisible, la ligne de crête où cheminent côte à côte la raison et l’intuition. Le règne de la connaissance au-delà des confins.

 

 

Chaque soir, il sculptait ses paroles dérisoires sur l’écorce. Contre l’oubli du monde et l’effacement des mémoires. Pour que l’Homme d’Après commence le périple sur les épaules de celui d’Avant et poursuive ainsi la marche du peuple humain.

 

 

Son silence profond et solitaire voyait éclore mille rencontres où s’enracinait la présence du monde. Mais dans ce monde sans trace, son oubli exultait. Sa mémoire s’effaçait. Figeant ainsi l’instant dans l’espace impossible.

 

 

Certaines nuits, il apercevait l’espace sacré du monde, le cercle invisible où dansent tous les hommes ivres de joie.

 

 

Il était prêt à embrasser la mort. A voir se répandre la flaque épaisse et les charognards se repaître de sa chair encore palpitante.

 

 

Une étincelle dans la nuit guidait sa dérive. Encore captif de la mer avide. Et toujours accroché aux déferlantes.

 

 

Humble et étonné devant le mystère qui s’approfondit et se renouvelle, il se surprenait hagard.

 

 

Quelques étreintes accueillantes nous sauvent parfois du naufrage. Et le sourire du monde à nouveau nous enchante. Mais derrière l’espoir, la farce nous ravage. Et nous humons la vérité qui s’éloigne devant nos pas trop volontaires.

 

 

Happé par le vide, il sentait sa chair écartelée entre deux rives.

 

 

Nulle vérité au-dedans. Sous le sentir fallacieux, nos ombres oscillantes s’entrelacent et recouvrent toute clarté.

 

 

Aux jours sombres succèdent les jours clairs où le soleil nous enivre. Et aux jours justes, notre cœur se repose de son labeur coutumier.

 

 

Chaque jour, il croisait mille visages. Mille bouches. Mille grimaces fétides. Mille corps ardents frottant et écrasant leur chair, entourant sa solitude suffocante et désemparée.

 

 

J’aimerais parfois me hisser sur les épaules du destin pour contempler ma chute dans le lointain.

 

 

Certains jours flottent à nos fenêtres des bannières sans gloire qui muent toutes conquêtes en défaites.

       

 

Dans la chair s’approfondit la blessure qui creuse la tendresse où naîtra la joie.

 

 

Sur l’écorce, il frottait sa peau écorchée. Et voyait, hébété, le sang séché des épreuves, la tragédie du peuple humain. Et le mystère des origines émietté par sa main. La coulure de l’encre comme des taches qui recouvrent la blouse du peintre, comme le sang sur l’étal du boucher. De la matière vivante découpée en lamelles et exposée aux yeux impassibles.

 

 

Il s’acharnait sur ses blessures, croyant invalider la matrice de l’angoisse, et s’enfonçait pourtant à chaque secousse un peu plus loin au fond de la béance. 

 

 

Finirais-je englouti ? J’aimerais tant avant d’être jeté sous la terre, abandonner mes tempêtes au fond du gouffre.

 

 

Sur ses parois, la glace se fissurait sous le poids des gestes. Et se lézardait en reflets trompeurs, qui éloignaient le ciel lointain.

 

 

Je devine la légèreté consistante de l’être, dénué de faim, dévêtu de singularité se parer de la tunique essentielle. Et dévoiler le corps universel.

 

 

L’esprit des brumes évapore ma raison des mots, extrait le sens des signes, perce (un instant) le voile. Et finit par retremper mon œil dans la sève enfumée de l’écorce.

 

 

Il voyait sur les visages tous les rêves du monde. Et distinguait derrière les têtes le ciel qui s’engouffrait.  

 

 

La gloire oscille entre les fontaines. Et nous renâclons toujours à poser notre regard contre la source.

 

 

L’ardeur coutumière des passants l’écorchait. Et il regardait, le cœur à vif, leur visage griffé d’ennui, leur pas creusant la brèche, déchirant les paysages de leurs semelles et de leurs prunelles carnassières.

 

 

Chaque jour, il maudissait la rumeur lumineuse de l’aube. S’impatientant de voir le crépuscule la réduire en miettes.

 

 

L’âpre labeur des jours et ses mille desseins éparpillés s’effacent toujours à la nuit.

 

 

Il posait l’oreille contre les murs silencieux qui l’entouraient. Et entendait bruisser partout les injures au sacré.

 

 

A l’orée des clairières sombres, l’arbre attend la graine. La graine dont jaillira la sève qui poussera son écorce vers l’agonie, soumise à la mue éternelle du peuple éphémère. 

 

 

Mille rencontres en une saison. Mille rencontres carnassières qui grignotent et avalent. Mille blessures qui effacent du monde. Mille rêves brisés de solitude. Mille retours sanglants vers ceux dont l’œil nous nourrit et nous reflète. Notre vie durant, nous nous exerçons. Nous nous épuisons à l’âpre labeur de l’Homme.

 

 

Le souffle tragique du néant s’abat sur nos plaines encombrées. Balaye toutes nos carcasses dérisoires empilées en notre béance.

 

 

Il s’échinait à balayer le sable des existences comme une traînée d’étoiles, soucieux du socle qu’elles portent derrière les voiles. Au creux de la chair.

 

 

Assis au fond de son armature, il rêvait de franchir l’espace où s’efface l’empreinte et se dissout la matière.

 

 

Sous l’étoffe soyeuse, repose la carapace infracturée. Sous l’écorce ciselée, palpite l’altérable chair. Et sous le vulnérable, dort la puissance inoffensive qui réconcilie les identités en un condensé d’amour limpide et incandescent.

 

 

Le baiser bestial agrippait parfois sa chair, dépossédait son corps de son âme, distillait son venin au creux de ses joues, enrobait ses extases de son voile parfumée. Déroutant ainsi l’amour de son étoile.

 

 

Il se reposait parfois sur la jachère du temps. Remisant ses heures. Rangeant le soc de ses années fertiles. Les abandonnant au fond d’une vieille grange pendant des siècles. Espérant ainsi anéantir la mémoire de son peuple. Effacer l’image des pères sur le calendrier de sa jeune tribu millénaire.

 

 

Il fuyait (comme la peste) les fossés escamotés par l’artifice. Les fruits du progrès. S’inscrivant (toujours à contre-courant) dans l’élan naturel de son peuple.

 

 

Mes blessures suintent sur l’écorce tremblante. Le ciel transparent m’ouvre à toutes les plaies du monde. Et le sang des peuples se répand (toujours en vain) sur le sable des pistes.

 

 

Il tentait de faire ses adieux aux ciels clairs. A la toile sombre où scintillent les étoiles. Aux mornes reflets de l’astre. Au reflet de la promise en cette terre. Pour que le nadir s’étende enfin en ses galaxies. 

 

 

A l’éclaircie dans la brume succède (presque toujours) l’opacification de la trouée. L’oscillation maléfique révèle notre ignorance du mystère. Notre incapacité à nous défaire de l’emprise et de l’inentendement.

 

 

Les jours fastes, le soleil se mue en lumière mensongère.

 

 

Il s’enlisait dans le souvenir des vivants. Aveugle à la vie déchiquetée qui renaissait sous la terre.

 

 

Le feu des jours s’amenuise à la mi-journée. Et au crépuscule naissent les premières cendres. Avant que la nuit ne blanchisse les os.

 

 

La rivalité des ombres pour la lumière invite l’obscur, la terreur noire à se répandre au fond des ténèbres. Entre les ombres pourtant se révèlent les scintillements invisibles. Le règne imperceptible de la Lumière.

 

 

Nulle grâce pour les spectacles du monde. Des jeux ignorants et des mises à mort sur une scène innocente. 

 

 

La source du merveilleux s’étale devant nos yeux. D’infimes gouttes démultipliées jaillissent de la jarre. L’humble jarre ébréchée par le vent. Mais saurais-je recueillir au cœur du limon la goutte limpide - l’origine jaillissante de la source ?

 

 

Les âmes empaquetées - engoncées dans leurs semelles - cheminent sur leur sente bordée de quatre murs. Suivant avec tristesse leur funeste destin.

 

 

Derrière la huée des masques, la peur du miroir toujours m’étreint.

 

 

Il n’osait encore faire éclore les mille rencontres de la solitude. Inscrivait toujours sur l’écorce les mille mouvements de la présence immobile à la frontière sensible. Et toujours mouvante en son cœur.

 

*

 

A l’aube de l’abandon, il s’appuyait toujours sur le pas abrupt et douloureux. Demeurant sans repos sur le chemin.

 

 

Vers le vent, il poussait ses fringales, la bouche ouverte sur la pluie.

 

 

Mes vertiges venteux soufflent sur la spirale où je repose. Toujours vacillant à la frontière du cercle.

 

 

J’offre mon cœur émietté à l’abîme. Et je vois surgir la douceur du sensible. Le poids léger du vivant.

 

 

Face à l’antre, je sens le monstre s’étendre et rire de mes peurs vivaces.

 

 

Au cœur de la tanière (tant redoutée), nulle porte. Seule ma main tendue dans le noir caresse le vent. Et sous ma paume ouverte, je sens les parois se dérober. Seul face au soleil, je devrais me redresser.

 

 

Un jour, une main malhabile le saisit et le pressa vers le passé des hommes.

 

 

L’avenir gît devant moi. Sous l’horizon.

 

 

Le monde se frotte encore sur ma main. Et mon visage écorché se penche toujours vers ma silhouette. Mille promesses qui épaississent la glace où je viens embrasser mon reflet.

 

 

Au cœur du passage étroit, la porte fragile. L’horizon aux mille promesses sur le territoire infini.

 

 

Chaque homme avance sous l’ombre de l’étoile qu’il cherche. 

 

 

Je repose dans l’ardente fumée, les deux pieds plantés sur le socle terrifiant qui pétrifie le monde. Un monde gorgé de funérailles où s’empêtrent les vivants qui pleurent leurs morts sous la terre glacée.

 

 

Sur mon archipel, au cœur des catacombes, je me penche sur ma tombe. Pour défier la ronde des ans et l’avancée funeste du temps à venir.

 

 

Bouche bée devant l’enclos, j’aspire la fumée noire et recrache les cendres incandescentes des nouveaux entrants à la dépouille déjà condamnée.

 

 

Un pas modeste vers la terre ensemencée par les morts. Pour nourrir les vivants à la mémoire titubante qui errent dans les prairies du temps.

 

 

A l’ombre des souches, sous le feuillage des oliviers, je regarde pousser les racines orphelines. Et je devine au pied de l’herbe naissante la ferveur des nouveaux printemps.

 

 

Ses larmes évasives coulaient entre le temps en suspens. Quelques pleurs versatiles sur les défunts passagers arrivés au seuil des ténèbres.

 

 

Toujours attirées vers le gouffre, ses marées hiératiques l’allongeaient sur les berges et étiraient ses parois. Avant de venir mourir contre les récifs et de renaître à l’océan.

 

 

Ses pleurs l’élançaient vers l’orage vorace. Et nourrissaient ses tempêtes et son chagrin tenace.

 

 

Il oubliait la voix des poètes. Et leurs paroles dérisoires. Comme mille échos silencieux résonnant à l’ombre de la mémoire. 

 

 

Il avançait à l’heure vers la présence. Sans crainte ni impatience.

 

*

 

L’heure passagère déroute le sens du temps. Malgré l’aube naissante, la clameur du monde l’emporte.

 

 

A l’écoute de l’étourdissement de la chair. Tendu vers l’horizon où se mêlent les âmes.

 

 

La lumière resplendissait parfois à ses fenêtres. Sans raison apparente. Et devant les applaudissements du monde, il redressait aussitôt sa silhouette.

 

 

L’éphémère s’étiole sous nos pas ancestraux. Comme l’éternité sous nos pas éphémères.

 

 

Son âme patientait parmi les pierres. Toujours rivée aux allées sombres entre les chrysanthèmes et les pissenlits.

 

 

Il songeait parfois à cette maxime que sa plume un jour avait tracée : « aux insectes fertiles, l’écho des sables. Et à la chrysalide enterrée, le ciel ouvert. »

 

 

Avant l’aube - et que ne sonne le trépas - que d’heures lasses où l’on succombe.

 

 

Au seuil de la nuit, le silence de l’écho s’éternise.

 

 

Un soir, une trouée de filaments surgit dans son ciel opaque. Un bref instant de gloire incandescente et tapageuse.

 

 

Au cœur du monde, mon âme rassasiée se repaît. Se vide de sa substance. Et s’en retourne vide et frustrée. Désarmée par cette soif inextinguible.

 

 

De guerre lasse, il renonça aux conquêtes. S’abandonna aux revers. Se soumit à la défaite. Et aux premières heures de l’armistice, il apprivoisa l’odieux conquérant, enlaça les traîtres et les scélérats et s’agenouilla devant sa dépouille, réconcilié.

 

 

La clé sous la voûte s’éloigne toujours au son de nos pas trop volontaires.

 

 

Il pénétra l’enclos sans ardeur, allongeant le pas sur la sente nuageuse. Regarda au loin et vit l’horizon briller par-dessus la voûte.

 

 

Il égara ses chimères dans le gouffre du temps. Erra l’œil présent posé entre les formes, contempla la flamme qui se consumait et apprivoisa l’épreuve. Parvint enfin à ôter les voiles de la traversée, à faire advenir partout l’émerveillement. A deux doigts (sans doute) de découvrir le sublime voyage – toujours expérimental et éprouvant.

 

 

Il piétina ses édifices, perça ses cloisons et déchira ses remparts. Et découvrit sous les ruines où se terrait le tombeau, le coffre éternel - au cœur du sépulcre. Et au fond de la malle, parmi les promesses et les poussières neuves, la graine à éclore. Et l’horizon qui se rapprochait à grands pas.

 

 

Il exerça son œil au mouvement, instruisit son âme à l’immobilité et apprit la fulgurance alternative en éternelle extension.

 

 

Au cœur de l’hiver, il découvrit, derrière ses volets clos, l’horizon harassé, la rancœur et la nostalgie. Et le silence qui engouffre les êtres.

 

 

Il habillait toujours sa solitude, endossant le masque des habitudes et s’endormait, chaque nuit, l’âme glacée au pied de sa nudité piétinée. 

 

 

Sous la lampe, à l’abri du rideau de verre, il attendait, confiant, le soleil et la pluie.

 

 

Un matin, il se couvrit de rosée et de lumière. Comme arraché à son destin, croyait-il, par sa main besogneuse.

 

 

Il marcha alors le cœur confiant vers l’abîme. Inquiet (tout de même) de voir survenir l’envol entre les parois.

 

 

Au seuil du précipice, il s’élança, l’âme effrayée d’éprouver l’abîme et courut vers le ciel, ébahi.

 

 

Il creusa ses peurs, fouilla en sa terre jusqu’aux racines. Et sous le désastre - au cœur même de l’angoisse - il vit éclore le ciel. L’espace désert et radieux.

 

 

Il jeta une poignée de terre pour ensevelir la mort. Laissant (sans doute) une once de son âme ensevelie sous le marbre. Mais savait à présent où demeurait l’éternel mensonge.

 

 

Comme un va-nu-pieds sur son chemin d’étoiles, il courut léger, dansa dans le vent. Demeura impassible devant les tourments, traversa les tourbillons et l’évanescence des formes, échappa enfin au destin si lourd des hommes pour entrer, enjoué, dans la demeure.

 

 

Il parcourut la place (sans hâte), parsema son cœur d’espoir, en soupesant ses prophéties de malheur.

 

 

A qui aurait-il pu se confier ? Il n’osait croire lui-même au poids de la balance. Il poursuivit donc sa quête. Creusa jusqu’au nadir, alourdissant une nouvelle fois le funeste de l’envol.

 

 

Il comprit l’espiègle farce qui enfantait le malheur, se jouait des paysages funestes, du joyeux et sérieux labeur en l’îlot emmuré et accoucherait en son heure de l’heure joyeuse. Et du rapprochement des continents à la fin des mondes.

Au seuil du partage, sa joie se déchira comme une mer irisée d’étoiles.

 

 

Derrière l’ombre, la source lui murmura. Et devant elle, il vit la foule impatiente et inattentive. Toujours si curieuse des convives et des parures. 

 

 

Encore englué dans la glace, il attendait, impatient, la chaleur de l’astre. Et la lumière qui déchire le fil des ombres rouges où dansent les silhouettes blanches et les âmes grises. Toutes les pantomimes gesticulantes.

 

 

Il reconnaissait, d’un geste (et parfois d’un regard), le feuillage frémissant des arbres sous la lune qui brillait parmi les étoiles et les lumières factices du monde.

 

 

Il charriait toujours ses eaux boueuses, dévalait ses torrents et franchissait les cascades cristallines. Mais derrière le silence ajouré, il écoutait. Et entendait bruisser la clameur du vent.

 

1 décembre 2017

Carnet n°43 Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l'impersonnel

Dans le temple inconnu, les hommes sommeillent. Aveugles à Son visage, ils bâtissent des chapelles et des cathédrales, des cercles sacrés, des périphéries impures, des frontières sanguinaires qui écartent, écartèlent et soumettent à un ordre délétère sans La reconnaître et L’accueillir comme la reine de tous les passages.

Nulle rive à atteindre. Nul territoire à conquérir. Nul ordre à légitimer. Mais un espace à accueillir. Et se laisser désencombrer. Renoncer au désir même de nudité.

 

 

Le mystère si fécond en énigmes. En questions. Et le chemin des réponses si sinueux. Nous usons nos semelles à toute raison. Sillonnant hagards le dernier tronçon de la confiance et de l’errance. Au seuil précis de la destination. Qu’importe alors que nous y entrions ! Qu’importe, la direction. Déjà l’immobilité. La volubilité des semelles. L’effervescence des pas. En haut. En bas. Au-dedans et au dehors. Les excès et les retraits. Les circonvolutions. Les angles trop droits. La course. L’arrêt. Et le départ comme lieu d’arrivée. Et la marche. Le rythme. Et le souffle. Le regard qui écoute et unit. Désagrège les points. Qui deviennent symbole. Métaphore. Sentence. Semence. Pagaille. Ordre préétabli. Démantèlement. Réorganisation. Connivence. Complicité. Duplicité parfois. Accord enfin. Et réconciliation. 

 

 

[Questions]

Pourquoi s’enorgueillir de ses traces ? Qui en ce monde entend l’appel du vent ? Les circonstances nous honorent-elles toujours ? La vérité brille-t-elle derrière nos prunelles ? Le regard a-t-il besoin de silence ? Peut-on incarner l’espace ? La paix se joue-t-elle de tout combat ? Existe-il une main dans le ciel (à portée de tous) ? Qui rencontre-t-on dans la solitude ? L’Absolu s’apprivoise-t-il ? L’innocence n’appartient-elle qu’aux gestes justes ? La solitude peut-elle s’habiter ? Quel œil nous observe quand nous regardons ? Le monde peut-il dérouter ? A qui confier son pas ? Y a-t-il un socle sur lequel s’appuyer ? Le chemin a-t-il un sens ? Comment se dévêtir jusqu’à l’os ? Qui aime-t-on derrière ceux qu’on aime ? La liberté se conquiert-elle à mains nues ? Le monde est-il une illusion ? Quel écran nous sépare du monde ? Le ciel est-il toujours hors de portée ? Quel bagage permet-il d’être soi-même ?

 

 

Tant de traversées rieuses. D’âpres saisons. De déserts. Et de sols chargés de passants. Tant de pas harassants. De soleils inhabités. De larmes versées. D’horizons parcourus. Et de bouches agrippées. Tant de mains tendues. De poings serrés. Et la danse incessante des pas. Cette danse s’arrêtera-t-elle un jour… et pourrais-je trouver ton vrai visage avant le terme du voyage ? Embrasser tes lèvres cachées dans les replis de l’azur ?

 

 

Tant de visages. Et de supplices émiettés. Tant de rivages. Et de contrées. De pas hébétés sous l’averse. De rires gorgés de soleil. Tant de ciels parcourus. D’égarements et d’impasses. D’averses et de saisons froides. Tant de silence. Et d’espace. D’amassements et d’encombrements. Reconnaîtrais-je ton sourire parmi les silhouettes sans grâce qui s’affolent au seuil de l’abîme ? Dans quel horizon as-tu dissimulé ton mystère ?

 

 

Mélange l’épars(e). Et tu réuniras les contours.

 

 

Entre solitude et amour anthropophage, il vacillait. Perdait pied. Et se relevait en titubant. Toujours vivant.

 

 

Il vagabondait sur sa chevelure. S’égarait sur le territoire mouvant. Dérouté par les soubresauts et les reliefs. Perdu déjà à lui-même.

 

 

Une si grande indigence devant l’assise.

 

 

Il s’égayait de cette bouche ardente et silencieuse qui l’avalait avec gloutonnerie et le recrachait déchiqueté.

 

 

Regarde l’obscur. De tes pas. De tes gestes. Et demande-toi : quelle ombre pourrait m’inviter à la lumière ?

 

 

Les gloires factices mènent au supplice. Et le supplice à la grâce. Qui sait ? Quel homme est-il déjà revenu du Golgotha ?

 

 

La (vraie) Gloire s’apprivoise à mains nues. Sans visée personnelle. Et se dessaisit de toute captation.

 

 

Grande était son attention pour l’orage. Ses prunelles collées attendaient sans ciller. Dans chaque goutte (et chaque larme), il devinait un monde réconcilié.

 

 

Marche sans t’attarder sur ton passé. Avale la sente sans un regard pour les paysages parcourus. Ta seule empreinte est ton pas (présent) qui s’efface déjà.

 

 

Seules les circonstances façonnent le chemin. Et tes nécessités, l’itinéraire. Le reste n’est que paysages. Décor pour le pas. Ne t’attarde sur aucune silhouette. Soulève-les d’un regard. Et poursuis ton errance. Le vent sera ton seul guide.

 

 

Nul soleil vengeur. Dans le ciel, une lune éphémère. Et son regard fragile. Doté de toute la puissance qui soulève et anime le monde.

 

 

Des stigmates invisibles. Mais la prunelle radieuse. Le pas souple et le cœur désencombré. Le geste et la parole toujours justes.

 

 

Sans compromis pour Narcisse. Mais une écoute bienveillante. Et un regard tendre pour l’immature.

 

 

Un désossement naturel des frontières. Une déhierarchisation des manifestations. Toutes situations égales. Et nulle exigence en ses pas.

 

 

L’œil blâme ce qu’il ne peut atteindre. Autorise-toi l’accès à tous les fragments de la terre. Approprie-les toi. Alors ils s’effaceront. Et ton pas invitera le ciel nu en chaque geste. 

 

 

Une lampée de ciel. Une gorgée de terre. Des silhouettes et des horizons circonstanciels. Et toujours le pas nu.

 

 

Des orages. Et des soleils. Et nous voilà baignant dans l’azur pluvieux. Parmi les arcs-en-ciel. Dans l’éphémère manifesté.

 

 

Il naviguait vers Elle comme un marin ivre. La cherchant, déboussolé. Embrassant ses pas par inadvertance. La rencontrant à la croisée des horizons. Au-delà des frontières. Insoucieux des chemins, il perdait parfois la raison. Dénichait la joie et la laissait filer. Fidèle à sa danse, exhaussant ses souhaits malgré lui pour ensemencer leurs terrains d’entente, leurs unions sacrées, leurs regards complices, leurs pas entremêlés, leurs soubresauts ravageurs, leurs éclats d’azur, leurs parcelles closes. Et leur espace sans limite. Qu’ils soient un ou mille, quelle importance à ses yeux ! Ils étaient déjà, l’un et l’autre, l’un pour l’autre, dans l’autre et tous les visages de chair et de pierre, habitant tous les chemins, tous les fourrés d’orties, les palais sordides, les taudis et les foules anonymes. Les déserts et les pavés. Le sable qui s’efface sur la rive. Et la mémoire qui engloutit. Ils étaient déjà. Et tous les visages reflétaient leur mystère et leur clairvoyance. Leurs bassesses et leurs efforts. Leur justesse et leurs injustices. Ils étaient déjà sans conteste. Et il attendait Sa réponse en souriant. Présent toujours à son appel. 

 

 

Derrière l’ombre oscillante

Le silence

Patiente

Et scrute

Notre présence

 

 

Un ciel s’efface toujours pour un autre plus vaste.

 

 

Son rire. Comme un baume sur ses ardeurs. Et sa bouche aussitôt refermait toutes ses plaies. Elle s’enfonçait en lui. Et l’effaçait. Et ces effacements emplissaient ses pas. Et ses joies qu’Elle emportait dans le vent qui soufflait avec tant d’ardeur sur les visages. Il aimait leurs égarements. Et leurs enlacements. Leurs pertes trop longtemps retenues. Leurs pirouettes et leurs glissades. Leurs pieds de nez à la troupe des clowns tristes errant sur le pavé - habillés de leur costume trop large avec leur gros nez rouge qui brillait derrière leur face courtoise, leurs croque-en-jambe qui brisaient les étiquettes sur les visages, lézardant toute espérance d’aligner leurs pas bien droits sur la chaussée afin que naisse un rire énorme – un rire sans borne – devant toutes les faces incrustées de malheur, sur les mains serrées, les lèvres pincées, les yeux apeurés et les destins flétris. Pour que la faille élargisse les plaies jusqu’à la déchirure, que la nudité transparaisse sous les parures les plus épaisses, que la bonté s’immisce dans le sordide et les meurtrissures. Pour que tout éclate en joie. Et que les peurs s’effacent sur les pages des milliers de livres tristes, les visages endeuillés et les yeux hébétés d’incertitude. Il savait qu’il serait toujours âpre à la tâche, servant Son œuvre. Leur joyeux labeur.

 

 

Mille passages étroits vers Ses contrées

Mille chemins ténébreux où l’on piétine

Avant de La découvrir en tous lieux

Ineffables itinéraires vers Elle

Qui nous porte et nous anime

Nous repose et nous agite

 

 

Diantre ! Que de chemins entrecroisés

De silhouettes emmêlées de circonstances

Fils si serrés d’une seule pelote

Dans Sa main si vaste

Dont nul ne peut s’extraire

Sans s’y perdre et La retrouver

Découvrir la nature de toute existence

Ô Trame invisible

 

 

L’épure des cimes. Le recouvrement des gouffres. L’aplanissement des circonstances. Et voilà le terrain dégagé, le pas ouvert aux évènements.

 

 

Efface-toi jusqu’à la disparition pour t’emplir de singularité universelle. Alors tu seras toi-même.  

 

 

Rien n’est sans borne. Et tout infinise. 

 

 

L’itinéraire n’est qu’une secousse dans la travée du temps. Martèlement des pas. Fixité de l’œil. Echappée sans échappatoire. Ornières défaites. Le chemin s’étire vers la destination. Sans nulle avancée rédhibitoire.

 

 

A l’orée du cercle, l’œil s’éternise. S’égare. Se remplit. S’étiole. Oublie les frontières. Se réjouit déjà de l’espace.

 

 

Le visage agenouillé dans les replis du ciel, il s’étirait (déjà) à la lumière.

 

 

Les mots martèlent en nos têtes une vérité sans effet. Comme un corps étranger, elle glisse sur nos résistances arcboutées. Il lui faut pénétrer la chair pour gagner sa demeure. Et être habitée. L’incarnation est l’unique chemin. Le seul passage nécessaire au non-retour.

 

 

Prends garde aux encombrements. Ils étouffent l’espace. Le réceptacle nécessaire à l’accueil.

 

 

Le visage vulnérable rend l’âme invincible.

 

 

Efface tes sourires pour une véritable tendresse de circonstances.

 

 

Le chaos fragmente et évince. Alors que tout prend place dans l’harmonie. Entre les deux, nulle différence sinon l’épaisseur d’une prunelle.

 

 

Rien ne blesse autant que la peur. Inutile d’en panser les plaies. Il faut la cureter jusqu’à l’origine. Et la guérison surgira comme par miracle.

 

 

Désencombre-toi. Et fais-LUI place. Il n’est d’autre alternative. Mais inutile de précipiter la désabondance. Elle adviendra à l’heure juste. Aussi laisse agir et ne te soumets qu’aux nécessités de l’instant. Sois (simplement) à l’écoute de ce qui surgit au gré des circonstances. Et la destination s’offrira.

 

 

Quand le fruit est mûr, il tombe. La maturité attend la saison propice. Et nul ne peut précipiter le temps du murissement.

 

 

Quelle source ? Et quelle offrande ? De l’origine du regard naît la couleur (la couleur du monde). Du plus profond il tire son origine, plus transparentes sont les silhouettes.

 

 

L’œil doit voir du plus profond du lieu qu’il habite… ainsi saura-t-il trouver matière au juste.

 

 

Rien à bannir… l’accueil demeure l’unique réponse.

 

 

Sa sépulture (à présent) l’égayait. Il riait devant ses cendres. Il allait enfin pouvoir vivre.

 

 

Il s’attardait sur ses blessures comme un prophète sur ses prophéties. Pour y déceler la route à venir.

 

 

Dans la terre se déniche le ciel. Et inversement. Le ciel ne peut se trouver en levant les yeux. Mais en les abaissant au plus bas. Alors le ciel s’ouvre et descend. Le cœur s’approfondit et se creuse. Et aussitôt le ciel s’y engouffre. Et l’âme s’élève. Pour enfin vivre à hauteur d’homme.

 

 

De longues grimaces entre les cercueils.

Les silhouettes serpentent entre les caveaux

Sous l’herbe des visages

Et devant les tombes

Les faces blafardes

La nuit des vivants s’étend

Plus longue et plus blanche que celle des morts

Sur la longue route qui s’étire vers l’horizon gris

 

 

A cheval sur nos supplices

Nous chevauchons la steppe

Sans un regard pour nos montures

Cavaliers et galops effrénés

Qui effleurent la cime des herbes

Couchées par le vent

 

 

Un pas sur les pierres

Une marche de sable jusqu’à l’horizon

Et les silhouettes d’argile

Attendent leur émiettement

 

 

Le soleil ne pouvait appuyer ses lacunes. Il les brûla. Et sa chair s’en souvint. Sur les cendres, elle laissa filtrer un peu de lumière. 

 

 

Rude est la tâche du bûcheron lorsque l’écorce se fend sous la cognée. Mais comment préserver la sève intacte ?

 

 

Il nageait dans l’oubli comme dans une eau boueuse. Au lieu de s’y reposer en laissant aller les flots. Et attendre l’évaporation.

 

 

Elle était là. Partout. Au fond du doute. Au fond des pleurs. Au fond des cris. Dans la douleur. Et la joie aussi. Dans la grandeur et l’humilité. La fraîcheur. Les courtes nuits d’été. Dans le ciel gris et les feuilles automnales. Sur les visages. Dans les déserts et les grimaces. Les soupirs et les rires. Dans l’absence, Elle était là encore. Et toute présence la reflétait. Elle animait les mouvements et les séparations. Les postures immobiles. Encadrait les impasses. Soutenait les pas et les enlaçait. Les effaçait d’un souffle et les éparpillait aux vents. Dans les écartements et les retours, Elle était là aussi. Dans les jours qui passent, Elle était là toujours. Quand il dormait, rêvait et s’agitait sous sa cognée. Elle animait ses jours, ses joutes et ses querelles. Soutenait ses piliers et ses bagatelles. Les disloquait d’une main. Emmêlait les destins qu’il croyait hasardeux. Les brisait et les reconstruisait. Les anéantissait encore. Eteignait, étendait et atteignait toutes parcelles. Envolait à ses cieux ses désirs, les plaçait en lieux sûrs et incertains. Le défaisait des ombres, le défiait de toutes lumières. Et les appelait en vrac. Ensemençait et encensait les silhouettes. Et se jouait d’elles. Les réduisait à la cendre et à la poussière. Dissolvait les banquises. Effleurait les peaux, malaxait les chairs et vidait jusqu’aux entrailles. Engorgeait tout de sa présence. N’épargnait nul abri. Egarait toutes recherches. Et conduisait au plus juste à mesure des pas. Guidait chacun vers son fief. Etendait son royaume en toutes contrées. Ici et là-bas. En tous points cardinaux. Du centre à la périphérie. Du nadir au zénith. S’infiltrait partout. Et donnait la vie et la mort, Elle qui ne pouvait naître ni mourir. Reprenait et redonnait encore. Toujours partie. Toujours là. Au plus proche comme au plus lointain. Au plus haut comme au plus bas. Toujours plus habile. Elle était sans conteste. Sans vergogne. Innocente et malicieuse. Silencieuse et rugissante. Tout était en Elle. Et ils jouaient ainsi ensemble. Réunis en Elle qu’il avait cherchée avec tant d’ardeur et de paresse. D’aveuglements et de fulgurances. Si limpide, Elle était à ses prunelles dessillées par les circonstances. Découverte si étrange et familière. Sans pareille. Aussi légère qu’une évidence. Aussi rare qu’une grâce, Elle était ici partout présence.

 

 

Au cœur de l’antre

Se dévoilent les origines

Qui façonnent le chemin

Et la promesse

D’une aube moins épaisse

 

 

L’ardente fraîcheur de son souffle s’accommodait (à présent) des brises et des canicules. Familier en son sein, il demeurait impassible parmi les aspérités.

 

 

Au gré des circonstances et des humeurs, l’inconsistance et l’intensité se mêlaient, se chevauchaient impénétrables, s’effleurant à peine. Dans ces optiques illusoires et vaines, le mouvement naturel demeurait inchangé.

 

 

Elle ne pouvait l’écarter de la sente. Poursuivant ainsi son œuvre : l’ineffable mystère de leurs destinées.

 

 

Les croisements n’ensemencent nulle rencontre. A peine (peut-être) le maigre assouvissement d’une nécessité hasardeuse. L’effleurement fugace des âmes. En accord imparfait. Et la poursuite solitaire.

 

 

L’accord presque parfait traîne ses ombres. Allonge illusoirement les silhouettes. Le soleil disjoint aux lèvres se retire alors en d’autres terres. Plus anciennes peut-être. Plus solides sans doute. Moins tapageuses. Apaisées sûrement. Comme l’unique trait d’union des alliances passagères.

 

 

On devine les soubresauts qui agitent le monde. L’effervescence des hommes à courte vue qui n’avancent qu’à longueur de nez - un pas dépassant à peine leur cil - toujours aveugles au cadre plus large où ils s’étirent.

 

 

Un monde où les mourants - adossés à la route grise - feignent d’ignorer l’horizon. Et derrière l’horizon, l’impasse. Et derrière l’impasse, le tombereau à venir. Les hommes piétinent ferme (ou à vive allure qu’importe !) sur l’asphalte. Les yeux rivés à leurs fossés et sur leurs immédiats congénères. Ainsi va le monde - les yeux bandés - vers son holocauste.

 

 

Il n’est de ciel à défendre. Mais de territoires à explorer.

 

 

Quelques poussées de bois clairs avant le retour des forêts sombres. Soumis aux cycles des saisons. L’alternance apprivoisée.

 

 

Pourquoi l’homme se déroute-t-il des prémices pour gagner les basses sphères ?

 

 

Ne cherche rien. Ecoute et laisse-toi atteindre.

 

 

Le rire à ses trousses éclairait son visage. Et lui marchait derrière son sourire, à quelques pas de ses dents blanches. Oublieux des gouffres noirs où il s’était autrefois tant abîmé.

 

 

Des ribambelles d’oiseaux se perchaient (à présent) sur ses épaules. Et son dos voûté se redressait. Jusqu’au ciel. Comme un arbre dans l’azur. Devenant perchoir et échelle pour tout un peuple de volatiles sans ailes.

 

 

Il dégageait le ciel de ses ombres errantes. Rêvant toujours de devenir le pèlerin sans visée aux paumes blanches.

 

 

Ses pas se détournaient des gouffres. L’envolant au-delà des falaises surplombant tous les chemins millénaires où tant de mendiants en quête d’ailleurs s’étaient perdus. Qui aurait-il pu suivre ? Et qui aurait pu le rejoindre ? Il était partout.

 

 

Sa présence oblative et renfrognée déconcertait toujours ses frères aveugles.

 

 

Ses façades s’effritaient. Et ses fenêtres prenaient possession du territoire. Ouvertes au monde et aux vents. Inondées de soleil. Reflétant toutes visées. L’innocence et la sauvagerie. Murs et frontières disloqués. Impropres à légitimer la moindre possession.

 

 

Une ardeur délicate et sans retenue l’effleurait. Un flot ininterrompu. Un ciel franc. Ombragé parfois. Clair. Nu. Transparent. Comme le juste miroir des âmes où pourraient bientôt s’abreuver les peuples.

 

 

L’extase déracinée - expulsée de son territoire - s’étendait maintenant à toutes silhouettes et toutes surfaces. Sphères et domaines confondus.

 

 

L’angoisse se sabordait. Engloutie sous les frontières en ruine. Et le cimetière des pensées borgnes et des élans primesautiers.

 

 

Les ombres en déroute. Comme une armée vaincue par un seul combattant : le ciel engouffrant toutes les peurs et tous les assauts. Toutes nos vaines tentatives. 

 

 

Le ciel revêtait (enfin) son habit pourpre. Son soleil transparent. Et sa lumière rayonnante. Eclairant le dédale des passants errant sur l’horizon.

 

 

L’existence des hommes. Comme des histoires figées dans la matière. Engluées dans un dédale de secousses salvatrices.

 

 

L’horizon se détache des semelles porteuses de vent. Atteint ses limites dans celui qui s’étend au-delà des frontières. Pour prendre forme dans tous les visages - visages de pierres, de glace et de chair. Comme si le vent et le ciel accédaient enfin à leur demeure.

 

 

Dans le ciel si vaste, l’absolu s’émiette et se concentre en toutes surfaces. Plans, courbes et angles. A chaque profondeur.

 

 

Les orifices se comblent. Et les amas se creusent. Le ciel enfin descendu aplanit la terre. Déblaye l’espace de ses scories. L’épais transpercé. L’opacité enfin transparente. Vent et ciel unis. Horizon sans fil dans la main où se déconstruisent toutes les silhouettes. Le mystère percé de formes.

 

 

La volupté immédiate où s’immisce la perfidie tremble devant l’innocence.

 

 

L’énergie et l’espace, seuls propriétaires des contrées. Détenteurs des silhouettes. Et du mouvement. Rien de saugrenu à leur approche. Tout prend place. Sans esquive ni attache.

 

 

Le mystérieux n’a d’emprise sur la simplicité du regard. L’émerveillement préside aux destinées.

 

 

Les avancées tiennent lieu de prémices à l’approfondissement. L’approfondissement et l’étendue défont la frontière des horizons. Et de toute verticalité.

 

 

Le vide est le support de la forme qui s’agite. Le silence accueille toutes les fureurs. L’agitation. L’énergie se disperse. Se concentre à nouveau. Se défait. Réapparait. Fait renaître le cycle qui l’a engendré. Disparaît une nouvelle fois. Et recommence.

 

 

Quand tu auras épuisé tes bruits, assis-toi en silence. Et écoute. Tu seras surpris de ton éloquence.  

 

 

Oublieux des travées et des ornières, il s’égayait du chemin.

 

 

Une poussée des ténèbres. Et aussitôt le chemin et l’horizon s’effaçaient. L’espoir et les ornières renaissaient. L’opaque s’épaississait. Les frontières ressurgissaient. La prunelle s’attristait. La présence s’éloignait. Et la demeure inhabitée devenait ruine. Mais l’œil scrutait toujours sous les décombres et les cimetières gorgés de cadavres. Et s’y complaisait autant que dans la lumière. Grâce et disgrâce, à ses yeux, étaient sans valeur. A l’aise en tous lieux.

 

 

Et le voilà (de nouveau) à sucer le sang de ses propres veines. Acquis (pourtant) à la disparition. Mais s’égarant encore dans la circulation des fluides. Se fourvoyant sans doute une nouvelle fois.

 

 

L’éloignement se méprend de viscères.

 

 

Se défaire des ombres ne présage aucun soleil à venir. La lumière survient impromptue. Presque par inadvertance.

 

 

Il se dégagea des impasses. Et des impairs. Sans trace sur l’asphalte. A quoi bon (en effet) dérouter le monde ?

 

 

Il éloigna les manuscrits alentour qui ne lui offraient que des détours. Et son itinéraire devint palimpseste.

 

 

Il s’efforçait à la nudité. Incapable encore de se défaire de son ultime costume.

 

 

La nudité est la seule gloire. Le signe et la parure de la vraie richesse. Le seul costume digne d’être porté.

 

 

Il œuvrait au désencombrement. Comme un forçat s’éreintant à refléter la lumière.

 

 

La lumière le traversait. La chair et l’âme transparentes. Parsemées encore ici et là de quelques opacités. Voilant la présence éclairante.

 

 

Debout, il s’agenouillait en tous points du ciel.

 

 

Les inversions en mouvement forment une ronde immuable. Invisible à l’œil familier, soumis aux cycles et aux soubresauts.

 

 

En tous lieux se formait sa chair. Et se défaisaient les contours.

 

 

En nos terres, des cieux insoupçonnables traversent nos affres avec plus de générosité que nos oublis. Et nos tentatives de fuite.

 

 

Il buvait le ciel en tous lieux. A toute heure du jour, s’enivrait de clairvoyance. Une lucidité sous les paupières. Un corps sans défaillance. Et une âme souple aux circonstances.

 

 

L’âme dévorée par la chair ne connaît de répit. Avant leur union sacrée. Quelques éraflures sans conséquence.

 

 

Joue dans les interstices. Martèle la joie à coups de hasard. Pour une vie moribonde. Soumise aux défaillances de la volonté. Apprivoise la mort. Et tu égaieras ton destin.

 

 

Si nu que son âme resplendissait. Le ciel à fleur de peau. Ensemençant jusqu’à sa chair.

 

 

Son regard délogeait toute âpreté.

 

 

Joyaux transparents sous l’opacité. La fange avait livré tous ses secrets.

 

 

Ravi de toutes matières. A sa manière.

 

 

Aux confins de l’intime se révèle l’universel. Et sous chaque singularité se dévoile le commun.

 

 

Sa substance s’étiolait. Dé-couvrant une évidence. Et sur sa peau, le reflet de tous les regards. Invitant chaque prunelle à contempler son œuvre en cours, sa tâche à venir. Et son destin final.

 

 

L’œil est l’entrée en matière. Porte où se meurent les substances. Territoire où se révèle l’essence. 

 

 

Sous les différences réconciliées, la reconnaissance du familier. L’étranger, l’inconnu et l’incertitude apprivoisés.

 

 

L’enchevêtrement des corps prête à la confusion. Confusion des sentiments. Confusion de la chair consumée. L’âme seule est libre. Au-delà des jeux morbides.

 

 

Dans les charniers à ciel ouvert, nul cadavre ne s’émeut de ses congénères. Nul ne s’enquiert de ses voisins. De ses prochains. Mais que disent les âmes ? Partagent-elles le mystère ?

 

 

Il s’esclaffait dans le silence. Un rire saugrenu et tonitruant dans la nuit mutique.

 

 

L’aube avait avalé ses meurtrissures. Et au petit matin, son visage - égayé par tant de nudité - rejoignait son désert.

 

 

Il avait encore l’errance discrète. La marginalité à fleur de tête. Et l’âme toujours aussi vagabonde.

 

 

Il regardait (à présent) le monde sans tristesse. Se disant (parfois) en aparté : Tous ces frères si difficiles à comprendre - et à aimer - que je les aime

 

 

Il s’écartait des silhouettes dans l’espoir de les dé-couvrir et les porter avec plus de justesse. Il s’en rapprochait selon les circonstances pour leur révéler leur amplitude. Leur mystère. Et leur richesse. Malgré l’opacité des interstices.

 

 

Derrière l’ombre, le mystère et la transparence. Mais si peu distinguent la différence. Empêtrés par l’aveuglement coutumier. Ce flair à si courte vue qui caractérise son peuple.

 

 

Il n’éprouvait nulle haine pour l’aveuglement. Mais l’ombre dissimulait encore le mystère pour éclairer ses prunelles hagardes. Il lui fallait encore se dévêtir. Renoncer à toute persuasion.

 

 

Il comprit alors que les mots ne pourraient remplir leur office. Usés jusqu’à la corde par les discours et les paroles convenues.

 

*

 

L’effort de nudité conduit à la compréhension. A la vérité.

 

 

Le mystère est si proche qu’il en est inaccessible. Tant de circonvolutions et d’éloignements. De détours qui invitent au rapprochement. 

 

 

Il lui fallait abandonner toute volonté. Toute aspiration personnelle. Se désencombrer jusqu’au désir même de se révéler. Pour que le mystère brille en toutes circonstances. Derrière ses lèvres. Et son rire. Dans sa main. Et ses larmes.

 

 

Seules les âmes mûres voient ce que les prunelles avides ne peuvent encore découvrir.

 

 

L’aveuglement et la fascination obstruent toute perspective de clairvoyance. Si engoncés dans nos certitudes.

 

 

Un esprit d’ouverture. Et l’accueil le débarrassa des dernières couches singulières.

 

 

Il rêvait de tout faire disparaître d’un claquement de doigts. Mais aspirait toujours (avec trop d’enthousiasme et d’espoir) à devenir vitrine du mystère. L’incarnation du réel. Son irréprochable représentant.

 

 

Il lui fallait accepter la juste place de l’incompréhension et de l’aveuglement. Sans chercher à convertir les prunelles.

 

 

On ne peut dessiller les yeux de force. Ni à coup de décret. Ni à coup d’arguments. Mais laisser entrevoir un autre regard. Un regard qui prend sa source à l’origine.

 

 

L’origine ne peut apparaître - transparaître dans sa pureté - que sur une silhouette dévêtue de singularité. Alors la singularité originelle devient l’exact reflet du mystère universel.

 

 

Nous sommes un fleuve aux voies non navigables. Que d’aménagements et de déconstructions nécessaires pour laisser couler les flots avec exactitude et justesse. Pourquoi sommes-nous donc si encombrés ?  

 

 

Pour dissiper leurs craintes, les hommes ferment les yeux. Accrochés à l’espoir et aux illusions. Rivés à leur sable.

 

 

Le territoire s’étend à l’infini. Jusqu’en nous-mêmes (indéfiniment déployé). Et les hommes n’ont les yeux ouverts qu’aux paysages devant leur nez.

 

 

Il y a des mots couleurs de terre

Coincés dans l’émail du ciel

Et des mots couleur de pierre

Entre les feuillages azurés

 

 

Une grande écharpe dorée

Pendue à ses yeux pâles

Obstruait toujours le ciel. 

 

 

Une voix atone dans la nuit recouvrit toutes les voix. Mue par le silence. Effaçant toutes les chimères pour l’inviter à rejoindre sa justesse singulière. Il ne pouvait écarter cette voix. Dont le silence accueillait tous les bruits. Et les dissipait aussitôt.

 

 

Au seuil de l’aube sans nom. Quel soleil pourrait briller plus fort ?

 

 

Il s’enivrait de cette présence clairvoyante.

 

 

Elle régnait comme un monarque bienveillant, soumettant ses sujets aux vicissitudes de l’existence. Pour la re-connaître et l’apprivoiser. Afin de devenir l’unique objet d’adoration.

 

 

L’abandon conduit à la présence extatique.

 

 

Toute exigence traduit une crainte. Révèle la peur. Le besoin d’un vide à remplir. D’une insuffisance à combler.

 

 

Une joie sans faille. Traversée de temps à autre par quelques trouées de tristesse.

 

 

Au bas de l’échelle, le mystère s’invite sans condition.

 

 

Le désépaississement des parois : quel dur labeur pour nos mains de forçats !

 

 

La marche en territoire familier égayait son ennui. Et sa crainte de l’inconnu. Mais déroutait ses pas du large.

 

 

Le détour est nécessaire aux frileux. Et aux ignorants. Peine perdue que d’espérer écourter les distances.

 

 

Au large, l’horizon se dessine en tous points. Jusqu’au cœur même des vagues. Seul, le nageur s’efface. Et disparaît dans le mouvement des flots.

 

 

Les avancées habituelles. Le pas familier. Le rythme coutumier. Et un seuil à franchir. Pour explorer le territoire incertain.

 

 

Aux confins de la folie. Au seuil des dimensions enchevêtrées, les points cardinaux tournoient. Et le regard ne sait où se fixer. Vacillement général. Flottement et pesanteur se croisent. Figent leur marche. La peur et le souvenir des frontières déterminent le franchissement. Et les pas suivants. Au-delà règne la clairvoyance. 

 

 

La nuit rompt son mystère. L’énigme s’émiette et s’évapore. Laissant l’espace indemne.

 

 

La volonté n’est que l’orgueilleux acteur de nos petites scènes. Dans le grand théâtre, aucun rôle ne nous incombe. Seul l’esprit du jeu tient sa place. Et la valse des comédiens égaye (bien plus qu’elle n’effraye ou rebute). Tous les costumes sont de mise. Aucun second rôle. Aucun accessoire mis au rebut. Toutes scènes et toutes parures sont égales. Ainsi sommes-nous tour à tour valets et maîtres de tous les destins.

 

 

Cette voix en moi qui appelle et creuse sa voie pour répondre à tous les appels.

 

 

De combien de pelletées encore devra-t-Elle me désencombrer pour assurer son passage ? 

 

 

Elle me vide de tous encombrements. M’exhorte de m’abandonner à toutes ses exigences. Me pousse à son rythme. Devient seul maître des évènements. De mes refus et de mes accueils. Se présente à moi de mille façons, se manifeste de mille manières. Dedans. Dehors. Pulvérise toutes les frontières. Me dépossède, me laisse démuni de toute appropriation et m’emplit d’une richesse sans cesse différente et renouvelée. Toujours insaisissable.  

 

 

Elle habite et est toute chose. Circule au gré des courants. Entre et sort. Déblaye et accumule. Défait et recompose. Lourde et légère. Mouvante sans cesse. Prudente et aventureuse. Se jouant d’elle-même. Et de nous autres.

 

 

Processus à l’œuvre depuis la nuit des temps. Nous sommes son chantier.

 

 

Si plein d’Elle-même, quel besoin éprouverions-nous de nous remplir… de combler cet abîme, ce vide que nous éprouvons parfois lorsque nous la reléguons en des terres plus profondes et plus lointaines ?  

 

 

Inutile de s’agiter pour la faire revenir. Elle est là. Toujours. Inutile de l’appeler. Inutile les porte-drapeaux. Les chapelles. Les querelles. Les refus. Inutiles les précipitations. Les chantages. Et les lamentations. Elle nous ouvre le chemin aux plus sûres destinées. Invite les plus favorables circonstances. Nous destine aux plus propices situations. Fait et défait les évènements, défie et défile nos incompréhensions. Nous bouscule (parfois) d’une main et nous réconforte de l’autre. Nous incite à la prudence et à l’exploration. Aux découvertes. Nous enlise et nous envole. Nous autorise à tous les extrêmes et à tous les compromis. Ne craint rien qui soit de nous-mêmes. Nous déboussole à l’envi pour nous perdre et nous ouvrir à son seuil : notre demeure.

 

 

Dans ses travées de mots, il bégayait toujours sa langue. Sa parole boursouflée.

 

 

Sur les rives du néant, il voyait les foules s’égarer. Et leur regard s’impatienter de percer un autre ciel. Aveugle à la plénitude de l’abîme.  

 

 

Lui habitait (déjà) un autre ciel. Mais ses pas touchaient toujours terre. Indifférent à l’envol et la misère. Tous les hémisphères à égale portée.

 

 

Il faut s’autoriser jusqu’à l’indécence. Pour que naisse la tolérance.

 

 

La Vie brille en nous, invisible. Et nous la voilons de notre désir trop singulier de lumière.   

 

 

Dans le claquement de portes d’un autre ciel. Battants au vent. Il souriait.

 

 

Gallons et cocardes cousus sur la face - comme le gage d’une incomplétude - révèlent l’impérieuse nécessité de prunelles miroitantes. L’inaptitude à contempler son visage nu, dépourvu, anonyme où sous le masque misérable trône l’originelle richesse.

 

 

Dans le temple inconnu, les hommes sommeillent. Aveugles à Son visage, ils bâtissent des chapelles et des cathédrales, des cercles sacrés, des périphéries impures, des frontières sanguinaires qui écartent, écartèlent et soumettent à un ordre délétère sans La reconnaître et L’accueillir comme la reine de tous les passages.

 

 

Sa posture décharnée révélait sa véritable ossature. Transparence brillante, réfractaire à toute image. Façade spéculaire à toute prunelle. Limpide. Parfaitement juste.

 

 

Nulle rive à atteindre. Nul territoire à conquérir. Nul ordre à légitimer. Mais un espace à accueillir. Et se laisser désencombrer. Renoncer au désir même de nudité.

 

 

Soubresauts et crispations. Aléas des circonstances. Et des mouvements. Heurts aux parois. Brinquebalant et indemne, il avançait.

 

 

L’éternel ressassement des frontières. Leur incessant martèlement solidifie le territoire cabossé. Et tranche nos ailes à éclore. Comme Icare brisé avant sa naissance. Mais dans sa chute - et l’espoir d’envol anéanti - le vent saura féconder et soutenir notre voilure. 

 

 

Les circonstances sans territoire nous traversent et s’évanouissent. Les autres ravivent nos fiefs et nos distances. Raniment les assauts du destin.

 

 

L’orgueil est le masque de notre intolérable nudité. L’inorgueilleux a su apprivoiser l’espace vulnérable. L’ouvrir. Et laisser la vie fortifier son territoire singulier.

 

 

Les anges se gaussent de nos envolées. De nos prétendues envolées. Seuls nos pas, à leurs yeux, déterminent la hauteur du ciel.

 

 

Il est vain de soustraire les mots à notre chair. Plus vain encore d’en alourdir le poids par excès d’entassement. Le verbe et le corps, 2 portes où les anges guettent notre venue au seuil du territoire.   

 

 

Ouvre-toi à la présence. Et laisse-toi habiter.  

 

 

Il s’endormait, le pas agile. Libre des entraves du jour.

 

 

Le souci des silhouettes s’efface derrière le mouvement. Mouvements des astres et des corps. Mouvements des âmes et des paysages. Mouvements du souffle et des énergies souterraines et aériennes. Laissant la chair et l’esprit apprivoiser leur rôle nouveau et ancestral. Interface du dedans et du dehors. Réceptacle du vent pulsé et engouffré. Espace indéterminé du monde. De la matière et de la non-matière.

 

 

Il assouplissait sa silhouette aux circonstances. La laissait se déformer au gré des enchevêtrements, des déliances, des délitements, des fractures, des raccommodages, des agglomérations et des effacements. Tentait de laisser œuvrer le flux naturel. Accueillait ce flux. Et le devenait. Sans s’arcbouter sur ses limites.

 

 

Ses tensions entravaient (pourtant) le désencombrement. La progression de l’espace. La reconquête de son territoire. Malgré ses résistances à l’œuvre. Et les ultimes sursauts peut-être pour défendre son territoire circonscrit.

 

 

L’au-delà des silhouettes éclatait au grand jour. Se découvrait à ses prunelles ébahies.

 

 

Toute singularité exposée masque la vérité. Et l’amoncellement des couches révèle notre degré d’ignorance.

 

 

L’identité brille derrière la transparence. Elle seule ravive et anime la lumière qui habite chacun. Chaque silhouette emmitouflée.

 

 

La vérité se manifeste à la chair et à l’esprit de façon spontanée par le corps et le langage. Toute réflexion, toute volonté et toutes méthodes en éloignent. Et en retardent la venue.

 

 

L’extatique et savoureuse simplicité de l’être. Quémandeuse de rien d’autre que d’elle-même. Et du dévoilement de ses parties encore non reconnues. Exploratrice de son propre amusement qui joue avec le regard distant de celui qui s’amuse. Sans croire vraiment à ses déguisements.

 

 

Nous nous accompagnerons jusqu’à la dernière partie de nous-mêmes (encore) ignorante.

 

 

Pourrais-tu enfin trouver la paix et le repos sous le ciel à tes pieds ?

 

 

Au seuil de l’apaisement… pourquoi s’échinait-il (encore) à végéter ? L’insaisissable était à portée de main et de regard. Chaque geste, chaque pas, chaque souffle auraient pu l’y conduire. 

 

 

Toute démonstration est une offense à la vérité. Une violence exercée contre elle. La vérité se manifeste spontanément. Et sans raison. Dans le terreau propice du mûrissement que la volonté est impropre à faire naître. Et à ensemencer. La raison n’y sème que des graines infertiles.

 

 

Encore trop entaché de lui-même, il encombrait la transparence. Mais s’autorisait aux taches et aux plus épais obscurcissements. Il savait que cet accueil inconditionnel était la seule porte à tous les désencrassements. Au plus dense de l’obscur, les souillures se désagrègent.

 

 

Sur l’assise, éperdu. Détaché de tout orgueil, le silence s’entrouvrait.

 

 

L’existence sert de contrepoids au vide.

 

 

Un autre ciel s’ouvrait par-dessus l’ancien. Plus large et plus limpide. Un azur clair et sans menace.

 

 

Des grimaces, des audaces, des menaces

Tant de farces agitent les masques tenaces

Et tant d’espace se dissimule derrière les faces.

 

 

Aucun geste racoleur ne peut dissimuler nos plaies. Et recouvrir nos rengaines.

 

 

L’espace est habité. Et nous y errons comme des fantômes. En quête d’une demeure.

 

 

Notre destination : l’oubli et l’effacement. Le terreau des beaux jours.

 

 

Un ciel à hauteur de semelles. Voilà le rêve qu’il avait pour les hommes, qui, pour la plupart, scrutaient les hauteurs pour se hisser dans l’azur.

 

 

Oublie tes accords. Accueille tes bruits. Et l’harmonie te saisira.

 

 

Des siècles. Des millénaires de labeur (acharné). Pour l’espace d’un instant qui a toujours existé.

 

 

Encore rivé au territoire confiné, les yeux posés sur les rives lointaines, il accueillait les destinées, les croisements, les aires de repos, les couleurs en myriade, les pustules, les cœurs en chamade, les écueils et les récifs. Suspendu à son mât, il voyait se dessiner l’horizon à ses étendues.

 

 

La secrète alchimie de la terre et du ciel. Réunis en ton cœur s’étendent en tous points. Axes cardinal, longitudinal. Azur et nadir. Finesse du regard. Flottement des prunelles. Espace fixe. Mouvance des formes. Décret naturel de ton état.

 

 

Ne fais allégeance qu’à toi-même. Et tu deviendras serviteur de tous.

 

 

Toute frontière n’est que le début d’un autre territoire. Assemble les territoires. Et tu connaîtras les pourtours de tes contrées. De ta silhouette. Efface toute démarcation. Et de ta confusion jaillira ton identité. Celle qui s’agite. Et celle qui regarde. Ecoute en silence derrière l’effervescence de ses formes.

 

 

Sur le chemin des cavalcades, des fuites en avant et des replis. Des retraits sans concession. Des bousculades risibles. Dramatiques. Et désopilantes. Tant de victimes aveugles et ignorantes. Cette part obscure de la vie que la lumière au-dedans pousse (à l’envi) aux désirs d’éclaircie.

 

 

Amusez-vous donc encore un peu silhouettes insouciantes avant que l’abîme ne s’approche.

 

 

[La vie]

Yeux dans les yeux. Visage penché sur les visages. Incessant corps-à-corps. Eternel tête à tête avec Elle où il se défaisait de soi. Où il décrochait, un à un, les paysages pour que s’éteigne la danse des baisers fugaces et que naisse la longue étreinte. De rencontres en effleurements, il polissait les facettes et scrutait la tombée des masques, regardait la poussière se soulever derrière les pas, les vêtements jetés à la hâte et la traversée toujours trop lente des frontières. De dispersions en égarements, toujours à l’affût de la perte des costumes trop sobres (et trop sombres), de toutes les paillettes jetées au ciel, des vers grouillant sous la terre et du vent par-dessus nos têtes, oublieux du miracle des oasis et des mirages du temps. De la nudité à l’effacement, le pas toujours audacieux vers l’abandon, la marche à rebours vers l’origine qui l’enfanta. La grâce et la joie d’être là, vivant. Particule et infini parmi ses frères, tous ces visages qui sont nôtre et appellent notre reconnaissance. De siècle en siècle, il apprenait l’apprivoisement, un pas vers nous et l’autre vers l’inconnu, pour se rejoindre, sachant que la marche n’avait d’autre sens que ce mouvement continu que chacun perpétuait.

 

 

Nul abat-jour à tes lèvres

Quelques mots étincelants

Qui éclairent les yeux mûrs

Brûlent les prunelles les plus rétives

A la lumière

Mais comment découdre les paupières ?

 

Gestes de bon augure. Et autant de signes éteints.

 

Le ciel, palimpseste où les nuages impriment notre destin.

 

La vérité si près de nos yeux qu’on avance les paupières closes.

 

 

Tant de beauté face à la lumière (fragile et émouvante) se glisse dans les fissures des silhouettes nues, vacillantes et maladroites. Parcourant leur peau tremblante et leur chair apeurée.

 

 

Face à l’éternel ressassement du monde, il opta pour le silence. Et la poursuite de l’effacement.

 

11 septembre 2024

Carnet n°309 Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

Dans les franges délaissées de l'histoire...

De (très) brefs passages...

Comme si les marges étaient propitiatoires...

Comme si le bleu de la terre suffisait à notre survie...

Sans rien espérer – pourtant...

A genoux et à l'écoute ; seulement...

Disposé (particulièrement disposé) au libre déroulement des circonstances...

 

 

Quelque chose du dedans ; en ce monde apparent...

Rien qui ne se refuse...

La main sur le cœur...

La poitrine prête à s'embraser...

Essayant (assez naturellement) de faire coïncider la parole et les voix de la forêt...

Sans naïveté ; au milieu des bêtes et des bois...

La pitance de l'âme offerte par le mystère ; ce qu'ignorent les hommes qui fouillent au milieu de la fange...

 

*

 

Sur la pierre silencieuse...

Ce qui monte du fond de la poitrine...

Comme les vents qui circulent entre les étoiles...

Comme le bleu de la lumière qui éclaire l'âme des voyageurs...

Comme la main du ciel qui apaise les cœurs oppressés...

Un peu plus qu'un rêve – sans doute...

 

 

Ce que les yeux devinent face au silence...

Ce qu'ignore (ce que continue d'ignorer) la tête...

Et la nuit qui – soudain – s'éclaire...

Et la glaise qui – soudain – paraît moins grise...

Et les arbres qui se penchent vers nous pour nous confier une part (infime) des secrets du monde...

 

 

Immobile depuis des siècles...

Puis jaillissant ; à travers l'invisible...

Comme un immense soleil...

 

 

Détaché(s) du monde humain...

En pleine forêt ; au carrefour des forces naturelles...

Dans la proximité du plus sauvage...

La vie et la mort entrelacées au fond de l'âme...

Prêt(s) à tuer ; prêt(s) à se faire dévorer...

Se jouant des drames et de la gravité...

Sur le bord du mystère...

A travers cette danse joyeuse...

 

 

Dans l'enchantement du vivant...

Au plus simple du trait...

Quelque chose du monde ; et quelque chose du ciel...

L'âme gorgée de cette terre sans territoire ; et de cette lumière sans créancier...

Au cœur de ce royaume invisible où cohabitent pacifiquement les morts et les vivants...

Compagnon sans tristesse – sans pays ni bannière...

 

*

 

Miroir poli jusqu'à l'écorchure...

Jusqu'à rendre flous tous les reflets...

Lueur dans l'écume ; se hissant jusqu'au bleu ; puis se hissant jusqu'à la lumière...

Plumes dansantes dans le vent...

Voyage au-dessus des siècles...

Silencieusement ; à travers le ciel...

 

 

Comme des poignées de terre lancées sur la pierre...

Comme des poignées de ciel lancées en l'air...

Nos vies sans écho...

Refusant de remonter le cours de l'histoire et du temps...

De suivre les traces de l'aube ; d'écouter les voix lointaines (et déconcertantes) ; de se frayer un chemin entre le monde et l'indicible...

 

 

Comme à la cime de l'exil...

Présageant le silence ; au-dessus de l'écume...

A la manière de l'oiseau sur sa branche...

Attendant le soleil...

Ce qui viendra couronner cette longue traversée du ciel...

 

 

Comme si l'on devait mourir...

Et s'agenouiller sur nos brûlures...

Et supporter l'odieuse compagnie des hommes...

Et les affres de la séparation...

Et l'indifférence de ce (très) long cortège de visages...

Assis (bêtement assis) au milieu du monde et des choses...

 

 

Rien derrière la figure nue...

Le souffle ; et le mystère (enfin) résolu...

Ce qui se rejoint ; ce qui n'a (en réalité) jamais été séparé...

A demeure ; depuis l'origine...

Et le plus merveilleux sourire ; et le plus merveilleux silence (offerts – à la fin – sans la moindre contrepartie)...

 

 

Là où l'on ne regarde pas (là où il est impossible de regarder)...

Sous la couronne ; derrière la dignité...

L'état de l'être ; au milieu de la foule ; au milieu de la chambre – au fond de chaque solitude...

Ce qui nous surpasse ; au-dessus de tous les rangs...

Ce qui advient ; ce qui se révèle ; ce que nous expérimentons – lorsque nous parvenons à nous effacer – lorsque l'âme (sans même s'en apercevoir – ni même s'en soucier) franchit le dernier degré de l'humilité...

 

*

 

A l'écoute des murmures de la terre blessée...

Les yeux mi-clos...

Oubliant (pour quelques instants) le verbe et le ciel ; ou, peut-être, s'en faisant l'exact prolongement...

Elle ; si peu regardée ; si peu entendue ; et tant parcourue ; et tant exploitée...

Au-dessus des mains jointes et tremblantes ; au-dessus des têtes inattentives...

Sans la lumière nécessaire pour l'éclairer...

Plongé(e)(s) dans une sorte de nuit fuligineuse...

Sans le moindre feu ; ni la moindre étoile...

Au milieu d'élans délétères et insensés...

A vivre (bien) trop obscurément – sans doute...

 

 

Chemin de silence...

A travers la voix...

Sur cette terre de transes et de chants...

Quelques pas de danse : et ce qu'il reste (bien sûr) à inventer...

Pour vivre plus joyeux sur la pierre...

 

 

Tout recouvert de bleu et de lumière...

Jusqu'à l'angoisse (fondamentale) d'exister...

 

 

A hauteur de mortel...

Et à l'altitude du cœur...

Ce qui peut être découvert...

Sans la moindre conclusion possible...

 

 

Au jour de l'en-bas...

Quelque part sur la terre...

Au milieu des feux ; au milieu de la nuit...

Sans qu'interviennent le hasard et le destin...

L'âme dans son numéro de funambule...

 

 

A vrai dire ; le silence...

Dans cette sorte de balancement au-dessus du monde...

Entre l'aube et le sommeil...

Sans attendre la fin des jeux (ni la mort des joueurs)...

Étrangement (très étrangement) introduit par l'étreinte...

Au commencement – peut-être – du tertre sans drapeau...

 

*

 

Le cœur sanglotant...

Face aux visages du temps ; face à toutes les figures des siècles...

Sous les étoiles ; au fond du feu ; au milieu du sang...

Trop près de l'écume et des cris...

Trop près de la chair et de la cendre...

Alors que la lumière brille toujours à travers cet étrange sommeil...

 

 

Tant de tragédies sur la pierre grise...

Sans même s'annoncer ; déferlant...

Faisant tout vaciller ; et, en particulier, les âmes peu expérimentées (trop peu familières des drames terrestres)...

Errant comme des ombres (inconsolables) sur la roche ; fouettées par l'écume noire du monde qui fait tomber les corps ; qui fait chavirer les cœurs...

Laissant tout ahuri et dévasté après leur passage...

 

 

Si bas que partout la poussière nous accompagne...

Sans famille ni compagnon...

(En partie) affranchi des vieilles histoires...

Vagabond des lisières (entre monde et forêts) cherchant le repos et la paix...

D'arbre en arbre ; comme l'écureuil – le singe et l'oiseau...

De plus en plus hardi ; à mesure que s'estompent le poids et la gravité...

De plus en plus déterminé ; à mesure que s'accroît le besoin de solitude et de liberté...

 

 

D'un souffle à l'autre...

L'âme détachée...

Abandonnant le monde à ses fables ; et à la fouille (désespérée) des sous-sols et des recoins...

Indifférent à ce qui pourrait arriver...

Ni particulièrement pressé de quitter cette terre ; ni vraiment désireux d'y demeurer...

Associé aux cycles ; et traversant (avec plus ou moins de légèreté) les circonstances...

 

*

 

Blessé par l'absence...

Et l'exacerbation de la nuit ; du jour presque toujours crépusculaire...

Comme si les dernières étoiles s'étaient éteintes...

Sous un ciel de cendre...

Sous une neige noire...

Les vivants livrés à une étrange amputation ; à cette sorte d'incapacité à vivre pleinement...

 

 

Le silence (parfois) effleuré par la tristesse...

Comme à la pointe des larmes ; et toujours très indigemment (bien sûr) ; au plus prêt du presque rien...

Comme si l'on franchissait le seuil le plus bas d'une promesse annoncée par le Dieu des plus modestes (par le Dieu des plus malheureux)...

La bouche luisante de lumière par-dessus la nuit – les cris et le sang...

 

 

Le geste bleu...

La langue innocente...

Et qui parviennent (parfois) à chasser la morsure et le froid...

Déployant le cœur comme un miroir...

Et découvrant les âmes nues qui tremblent derrière leurs (pauvres) habits de gala...

 

 

Combien de chemins ; d'errances ; de dérives doit expérimenter celui qui marche ; celui qui cherche...

Vivant assez péniblement (le plus souvent) ; et sans réelle joie...

De lieu en lieu...

De visage en visage...

D'existence en existence...

Chimère après chimère...

Désillusion après désillusion...

Sans très bien savoir où diriger ses pas ; sans très bien savoir pourquoi...

Mais continuant d'avancer ; et de se rapprocher de ce lieu improbable où tout s'efface et se transforme (peu à peu ou brutalement) en tendresse et en lumière...

 

 

Et ce qui nous brûle au-dedans...

Sans la moindre explication...

Et qui doit trouver quelque part son apaisement et sa résolution...

 

*

 

Le cœur blessé ; le cœur colérique...

Soumis à la chair triste ou fébrile...

Des larmes à la fureur ; à travers tous les excès émotionnels...

Soumis aux pitoyables élans qui se trament sous le front...

Sans autre consolation que le reste et l'abandon ; encore trop lointains (et inaccessibles – bien sûr)...

 

 

Entre les mains...

Tout ; de tout...

A travers mille possibles – un long cortège de circonstances...

Effleurant parfois l'écume ; parfois les profondeurs ; parfois le ciel ; parfois l'enfance...

Découvrant (peu à peu) ce qui monte du sommeil ; des rives originelles...

Jusqu'au dénuement ; jusqu'à toucher ce presque rien du bout des doigts...

 

 

Dans le désordre apparent du monde...

Ce que l'on ne voit pas ; et qui entremêle (si intimement) les destins...

Comme si tous les visages constituaient une seule figure (parfaitement indissociables)...

En dépit de la possibilité (apparente) de s'éloigner ; l'opportunité (toujours intacte) de se retrouver...

Au gré de ce qui nous habite ; au gré de ce qui nous anime...

Sans rien hiérarchiser ; ni les états – ni les circonstances – ni les capacités...

Effacement après effacement...

Oubli après oubli...

Enchaînant sans discontinuer les adieux et les rapprochements...

 

 

Jusqu'à la pointe du jour...

Après ces tempêtes (si rudes)...

Au milieu du ciel...

Assez nonchalamment...

Le sourire aux lèvres...

Les yeux par-dessus les horizons déblayés...

Parmi les rafales ; au plus près de la lumière ; longtemps après la débâcle – avant de disparaître (comme le reste) et de laisser à la place du monde (et de l'espace) un immense néant...

 

 

Les mains tendues vers la vie (et les vivants)...

Alors que partout rôde la mort ; alors que les forces invisibles circulent au fond de l'âme...

Au gré des pas qui, parfois, piétinent dans la poussière ; qui, parfois, enjambent les frontières...

Bruyamment ; alors que tout se disperse ; alors que tout disparaît (y compris le monde – bien sûr)...

 

 

Que restera-t-il donc de nos vies ; de nos œuvres ; de notre bref passage en ce monde ? Rien – des traces dans la neige fondue...

 

*

 

Les couleurs du temps et de la solitude...

Avec cette lumière (oblique) sur le visage...

Ému jusqu'aux larmes par la beauté des arbres ; des bêtes ; de la roche ; des nuages et du ciel...

Reconnaissant (très sincèrement reconnaissant) pour ce qui est offert...

Devant tant de vie et de joie ; au milieu de la forêt...

Quelque chose (bien sûr) de la chair – du cœur et du silence...

L'ineffable (sans doute) qui investit le fond de l'âme...

 

 

Derrière la figure du sauvage...

L'intériorité naturelle et l'instinct...

Ce qui maintient l'âme ardente sous le ciel ; et le corps vivant sur la pierre...

Qu'importe l'adversité du monde et l'hostilité des circonstances...

Qu'importe la présence ou l'absence des Autres (qu'importe le degré de solitude)...

Cette force brute au fond du regard...

Et cet irrépressible besoin de liberté qui rend le cœur indomptable...

 

 

Tachetés d'étoiles et de vent...

Ceux qui parcourent le monde...

Ceux qui – quoi qu'il arrive – continuent d'aller...

Jusqu'à l'extinction de toutes les questions...

Jusqu'à ce que la joie remplace la mort...

Jusqu'à ce que s'effacent tous les anciens horizons...

Pour que la lumière puisse briller (enfin)...

Les pas à même le jour (sans même que les pieds touchent terre – à la fin du périple)...

Et sans jamais (bien sûr) atteindre la moindre destination...

 

 

Le cœur aimanté par le vrai...

Abandonnant là toute autre affaire...

Et les affres des vivants...

Et le souci de la mort...

Et le corps ; et la tête ; et l'âme – dans leurs cercles de souffrances – de croyances – d'appartenances...

Tenant le sommeil du bout des doigts pour le jeter (sans malice ni rancœur) au fond de la nuit...

Oubliant toutes les promesses du monde pour une perspective sans alternative qui exige un engagement total (une sorte de plongeon irréversible)...

 

*

 

Pendant un instant...

Le geste et la lumière ; alignés (et transparents)...

L'équilibre (parfait) entre l'immobilité et le mouvement...

 

 

Attentif et silencieux...

Au milieu des Autres...

Au milieu des éboulis du temps...

Abandonnant quelque chose du labyrinthe...

Une illusion peut-être...

Le reflet des apparences...

A travers l'arrêt du défilement de l'histoire (de toutes les histoires – avec leurs innombrables personnages)...

 

 

Du côté de la vie retirée...

Avec un peu de clarté sous les paupières...

Sans image ; rien que le ciel et le feu...

Et la force du vent...

Ce qui traverse la vie – le monde – l'espace – en un éclair...

 

 

Le cœur rieur et incliné...

En dépit du monde ; en dépit du plus sordide...

Ce qui jaillit ; comme l'encre et le sang...

Et qui tache le monde (comme la page et la peau) pour essayer de percer la brume qui enveloppe les âmes ; et inviter le monde à cette fête étrange – silencieuse et solitaire – infiniment respectueuse ; que très peu connaissent ou savent célébrer (au quotidien)...

 

 

Fantôme de neige aux sandales de bois...

A l'allure de chevreuil...

Serpentant entre les taillis...

Rendu timide par la naissance du jour...

Allant aussi rapide que l'éclair ; aussi éphémère que la rosée...

 

 

En tête de cortège ; le ciel et les cœurs humbles...

La terre sous les pas...

Le regard lourd sous la charge ; le fardeau de misères...

Comme échoué(s) là ; dans ce recoin du monde pourvoyeur de tant de malheurs...

Sur ces rives où les créatures sont aux prises avec tant d'hostilité...

 

 

Épouvantablement malhabile...

La main opportune...

Le cœur querelleur...

La tête qui désire...

L'âme qui implore...

Ce que nous expérimentons (tous) ; et que nous ne savons – pourtant – ni offrir ; ni recevoir...

 

*

 

Sous le ciel ; quelques signes...

Des paroles et des gestes...

Et ce qu'il faut de tendresse et de silence...

 

 

Du bleu encore...

A en perdre la raison...

Et sur la peau ; et sur le front ; ce vent salvateur...

Et l'incroyable beauté de la terre...

Parmi les visages et les étoiles...

En ce lieu où le cœur peut (enfin) transformer son envergure...

En ce lieu où l'on peut (enfin) se mettre au service de ce qui nous habite et nous entoure...

 

 

L'infini perlé de sourires...

Les lèvres silencieuses ; le cœur ébahi...

Au bord du monde ; la lumière...

Ce qui parvient à éclairer (un peu) la grisaille des visages et des jours ; ce qui parvient à égayer (un peu) les cœurs tristes et inquiets...

 

 

Sous l'incessant ruissellement de la lumière...

Parmi les esprits et les sorciers...

A quelques encablures de la source...

Seul au milieu des arbres...

L'Absolu de la terre à nos pieds...

L'âme (sans question) enveloppée d'un ciel sans réponse...

 

 

En compagnie de l'âme...

Sans désir ; sans personne ; sans intention...

Le buste (humblement) incliné ; le cœur (particulièrement) paisible ; l'esprit attentif...

Loin des visages impassibles...

Sur la pierre ; comme quelqu'un qui a (soudain) reconnu l'instance immortelle...

Et, avec cette apparition, la dimension sacrée de l'existence et du monde...

 

 

Tous les états passagers de l'invisible et de la matière ; et tous les degrés possibles de compréhension ; combinés de mille manières...

 

*

 

Sous une nuit sans étoile...

La terre bleue ; sans âge...

Et sur la pierre ; ces danses rythmées par la mort ; et le temps imparti...

Des traversées temporaires...

Les âmes (très) légèrement flottantes...

A l'orée du sommeil...

Avec la tête qui, très souvent, dodeline ; et qui, parfois, parvient à s'incliner...

Quelque chose d'éternel – pourtant – dans cette brièveté (la récurrence du passage – peut-être)...

 

 

Pour peu que le verbe et le geste essaient d'approcher le plus vrai...

Au-delà (bien au-delà) de ce qui semble juste et authentique à l’œil humain...

L'infime reflet de l'infini...

Une présence invisible – palpable et affranchie du temps...

Ce qui permet une (réelle) intimité avec les visages et les choses de ce monde...

Une contemplation soumise au règne de l'émerveillement et de l'oubli...

 

 

Hors du troupeau noir...

Dans les montagnes enneigées...

Alors que l'âme tremble sous la lumière...

Et que les masques se sont effilochés depuis longtemps...

Le cœur ébouriffé et silencieux...

Au fond d'une solitude qui a su apaiser cette soif si ardente...

 

 

Un peu de clarté sur l'enfance...

Les yeux grands ouverts...

L'âme transparente...

Aussi léger que l'air...

Aussi bleu que l'immensité...

Essayant de percer l'impénétrable...

Grâce au feu capable de ranimer la vie ; de réchauffer la chair ; d'éclairer le monde...

En dépit des tremblements...

Dans cette sorte de passage...

Quelques pas de danse...

En attendant l'aube...

 

 

Au milieu du vide...

La chair souffreteuse ; et si froide par endroits...

Recouverte d'étoffe et d'absence...

Chérissant les postures et la tristesse (en dépit de ce que pense la tête)...

Manquant si cruellement de tendresse...

 

 

Sur cette terre jonchée de choses...

Sous un ciel enrubanné de nuit...

Pendant quelques instants (à peine)...

En ce monde trop ancien pour reconnaître la possibilité de la lumière...

L'envergure de l'espace que l'on croit apercevoir à travers les barreaux de la tête et du temps...

 

 

Envolé(e) le rêve un peu fou de liberté...

Le ciel penché sur les âmes

La course aisée à travers le monde...

Le parfait déploiement de l'innocence...

Le règne permanent de l'émerveillement...

Ce que l'expérience humaine finit par rendre (assez) évident...

 

 

Oubliées l'angoisse et l'âme blessée...

Défaites la mémoire et les sentes toutes tracées...

Laissant place au jeu et à l'incertitude...

A la joie qui regarde la mort en riant...

Au regard qui éclaire ce sur quoi se posent les yeux...

 

*

 

Comme une étincelle dans le froid...

Une lueur dans le noir...

Locataire de ses pas (pour quelques jours ou pour toujours peut-être)...

Dans cette nuit glacée qui n'en finit pas (qui n'en finira – sans doute – jamais)...

 

 

Le cœur si corruptible...

Le miracle (sans doute) trop rare...

Et les yeux obscurcis (particulièrement obscurcis)...

Avec le dos voûté ; et qui se courbe davantage au fil des pas...

Et cette tendresse introuvable ; que l'on réclame (un peu) partout ; et que personne – en ce monde – n'est capable d'offrir...

 

 

Porté par le chant...

Sous ce ciel sombre...

Un peu perdu au milieu des masques...

A l'affût de ce qui est encore vivant...

Cherchant un peu de lumière pour essayer d'apaiser les tourments et le chagrin...

Avant que tout ne soit recouvert du même linceul noir...

 

 

La mort au bout des doigts...

Aussi lourde que quelques grains de poussière...

Et qui semble mettre fin au voyage des vivants...

Et qui semble rebuter le rire et la légèreté ; et chasser l'insouciance et la joie...

A chaque instant ; ainsi – ce qui s'abat (implacablement)...

 

 

Comme un rêve foudroyant...

Les yeux aussi haut que possible ; essayant de suivre – en contrebas – la course du monde ; et – au-dessus et en dessous – les traces de l'invisible (qui accompagne tous les mouvements de la matière)...

Et qui se déchaîne avec les tempêtes...

Et qui s'assagit au contact du ciel...

Jetant sur les voyageurs mille poignées de possibles (au milieu des malheurs) ; à peine de quoi survivre ; et mille poignées de temps (au milieu de la maladie et de la mort) – à peine de quoi devenir...

 

*

 

Hanté par ce que voilent les visages...

Cet espace protégé – en quelque sorte...

Cette présence patiente et sans couleur...

Et vers lui ; et vers elle ; comme un appel urgent ; une terrible secousse ; un irrésistible élan – capables d'impulser un long voyage à travers les images et le temps...

 

 

Sans même savoir ce que vivre signifie (réellement)...

L'attente d'une ivresse ; d'une clarté – peut-être...

Une main passée à travers la vitre...

Un long chemin vers ce qui porte à la tendresse et à la joie ; vers ce qui efface l'individualité – cette perspective capable de mettre le cœur – l'âme – les paroles et les gestes – au service du reste (ce qui semble assez improbable au regard des attitudes et des postures adoptées par les créatures de ce monde)...

 

 

Sans oser s'accroupir...

Face contre terre...

A la merci du monde et de la lumière...

Trop fidèle (sans doute) à la cadence des hommes (et à leurs ambitions absurdes)...

Trop peu attentif à la résonance...

Le dedans presque répudié...

Accumulant les épreuves sans jamais se confronter au mystère...

 

 

Relégué(s) dans ce recoin où seules comptent les contingences et les opportunités...

Comme coincé(s) entre l'ignorance et la mort...

S'affairant à son profit (ou au profit des cercles* que l'on s'est inventé pour lutter contre la solitude)...

* et auxquels on croit appartenir...

Cheminant sans aisance et refusant de faire face au ciel...

Préférant les territoires circonscrits à l'espace ; et la captivité au voyage...

 

*

 

L'âme et la chair livrées au monde et à la lumière...

Et l'esprit engagé dans cet abandon...

Voilà les conditions nécessaires pour rejoindre l'espace dissimulé par l'écume...

 

 

Vers le jour...

Cet autre chemin...

 

 

Quelques signes sur la pierre...

Quelque chose qui s'accroche ; qui rêve (sans doute) de s'attarder un peu...

Dans l'espoir – peut-être – d'une reconnaissance – d'un rayonnement – d'un peu de lumière...

Et qui (fort heureusement) finira – comme le reste – par tomber dans l'oubli...

 

 

A ne plus rien croire...

A voir au-delà des yeux...

Dans le recommencement du rire et du jour...

Le cœur (un peu) claudiquant...

Au milieu des ombres trébuchantes...

Pas certain du chemin qui se dessine...

Mais assuré des aléas du monde ; et de l'imprévisibilité de l'écume et des vents...

Allant là (essayant d'aller là) où l'enfance résiste ; là où l'innocence rechigne à être remplacée...

 

 

A travers le feuillage clair ; le ciel...

La traversée rafraîchissante de l'espace...

Dans la proximité (pourtant) des fleurs et des pierres...

Dans l'intimité de tous les visages du monde et de la terre...

A regarder s'avancer l'ignominie et le merveilleux...

Comme si le cœur palpitait au bout des doigts...

 

 

Notre marche ; cette étrange traversée du temps...

Au milieu du monde et des existences...

Vers cette tendresse au fond du cœur ; au fond des choses ; au fond des yeux...

Les gestes aussi précis que possible...

Quelque chose qui vacille au-dehors ; et qui se redresse au-dedans...

Comme un sourire...

Et un abandon à ce qui est là...

A la fois si proche de la lumière et du déclin...

Avec un peu de vent ; ce qui souffle sur les têtes et les âmes...

Au milieu des possibles...

Entre tous les désastres et toutes les fortunes...

Ces quelques instants sur la terre...

 

 

Au milieu des reflets...

Parfois très haut ; parfois au fond du gouffre...

Quand bien même seraient dérisoires nos chutes et nos ascensions (toutes nos chutes et toutes nos ascensions)...

 

 

A pas feutrés...

Ce qui effleure le ciel et l'abîme ; l'âme et la chair...

Depuis toujours...

Au cœur des extases comme au cœur des catastrophes...

Au milieu du vide – des étoiles et des hommes...

Dans le sens du vent ; ce qui est vivant...

La matière (si fidèlement) affiliée au temps...

Et l'esprit accompagnant tous les mouvements sans arrière-pensée...

 

 

Invité(s) ici...

A jouer des coudes...

A donner des coups...

Engagé(s) dans toutes les batailles...

Seul(s) au milieu des Autres (au milieu de tous les Autres)...

Attaqué(s) et attaquant ; harcelant(s) et se défendant...

Expérimentant tous les états de la chair – du cœur – de l'esprit ; l'infinité des postures et des possibles de ce monde...

Entre le ciel et la roche...

Entre la matière et l'invisible...

A la jonction – peut-être...

 

*

 

Le baiser (patient) de la tendresse sur l'âme (enfin) consentante...

Comme la main du silence sur la bouche trop bavarde...

Et l'apparition de ce visage après le déversement des eaux noires...

Passerelles fragiles entre ce monde et l'autre rive...

 

 

Comme un craquement au fond du cœur...

Un bruit de pas dans la neige...

Une bûche qui crépite dans les flammes...

L'esprit incliné devant l'âme ; l'âme inclinée devant la chair ; et la chair inclinée devant ce qui constitue (à ses yeux) le ciel et le monde...

Quelque chose du plus sacré qui se révèle – sans jamais se départir de sa discrétion...

Et notre sourire (parfaitement) anonyme...

 

 

Quelque chose du noir et de la retenue...

Comme coincé entre la nuit et le temps...

Une pensée sombre et (un peu) timorée – peut-être...

Un visage timide et renfrogné...

Un cœur bruyant et angoissé...

Une âme solitaire et réservée...

Dans un recoin du monde qui échappe à la lumière...

Une petite chose triste ; sans appui – sans réconfort – sans clarté...

 

 

Entre nos lèvres ; plus de noms ; plus de mots...

Quelque chose du silence et de la beauté...

Le souffle d'une perspective infinie ; et notre élan vers elle...

 

 

Un cœur et une voix authentiques...

Garants (peut-être) de l'essentiel...

Par-dessus les niaiseries et le temps...

D'île en île ; en enjambant toutes les rives du monde...

 

*

 

Comme face à un miroir sans reflet...

Le monde – à présent...

Yeux dans les yeux avec le vide – en quelque sorte...

Sans personne ; ni d'un côté – ni de l'autre...

Sans écume ; sans image ; sans commentaire...

Une page vierge – immense et provisoire...

Sur laquelle se dessine – à l'encre blanche – la (permanente) pulsation du vivant...

 

 

Au bord d'un silence inoubliable...

Entre le ciel et la mort ; l'âme attentive...

Et par-dessus tout ; la vie naturelle et le cœur authentique...

 

 

Quelque chose du rire et de l'oubli...

Comme si la lumière avait remplacé les tremblements...

Comme si le silence avait recouvert le monde...

 

 

Le bruit de la mort ; silencieusement...

Sans s'interposer...

Et trébuchant parfois...

A perte de vue...

Sans même le temps de maudire et de détester...

Et qui s'abat (impitoyablement)...

 

 

Face aux hostilités...

Autre chose que l'Amour...

Sa part (impartageable) de misère...

Sous les reflets de la lumière...

Au-dessus du commerce auquel se livrent toutes les créatures de la terre...

Entre le sol et le ciel...

Entre les couches les plus basses du ciel et les plus hautes strates du sol...

Encore plongé au milieu du cirque – en somme...

 

*

 

Lumière hors du temps...

Légère – flottante...

Offrant à l'âme sa clarté...

Traversant la chair...

Transformant les yeux en regard...

Libérant le cœur du plus dérisoire...

Remplaçant les larmes et l'angoisse par un sourire...

Effaçant l'Autre et le monde...

Nous invitant à retrouver l'espace ; et à le réinvestir pacifiquement (sans rien déchirer – sans rien imposer – sans rien exploiter)...

 

 

Consentir (enfin) à se faire l'instrument (conscient et acquiesçant) de la tendresse ; et à agir en son nom de manière invisible et anonyme (comme tout ce qui est à son service)...

 

 

Sans se souvenir...

L'odeur de la terre...

Le bruit de la pluie...

Le caresse du vent...

L'ambiance des sous-bois...

Le goût des larmes ; et celui de la souffrance et du sang...

Les tremblements de l'âme et de la main...

La voix qui résonne...

Le cœur brûlant...

Le geste réticent (et, parfois, embarrassé)...

La parole qui invite au plus intime...

Sans rien trahir ; sans rien demander...

 

 

Cette façon d'aller sans souci...

Sur des chemins ignorés pendant des siècles...

D'apparence abrupt(e)(s)...

Et invisible(s) (pour l'essentiel)...

Rien des grandes choses imaginées...

L'espace nu et incertain...

L'âme modeste et obéissante...

Selon les consignes du ciel...

Au plus près de la terre...

A travers mille gestes dérisoires (et naturels)...

 

 

Debout ; face au monde et à la mort...

Sans autre bagage que le feu à opposer aux batailles et aux funérailles...

Et un silence à offrir aux victimes et aux bourreaux...

Et une (tout aussi) juste place au reste...

Dans la simplicité de l'être qui efface les visages et les noms...

 

 

Un peu de ciel et de rosée ; accrochés à la ceinture...

Et le vent qui porte ; et le vent qui pousse...

Au milieu des arbres et des fleurs...

 

*

 

Contre le silence ; le corps et le chemin...

S'opposant (assez farouchement) d'abord ; puis, allant (peu à peu) vers lui ; essayant d'épouser ses contours – sa forme – son essence...

S'abandonnant ; et laissant faire...

 

 

Dans la courbure du temps...

Ce long voyage...

De l'absence à l'autre pays...

 

 

Partout où l'on va ; là où la vie pousse – porte et entraîne...

Le pas parfois effleurant la pierre ; parfois côtoyant les cimes ; parfois tutoyant le ciel et les étoiles ; prolongeant le chemin (d'une certaine manière)...

Devenant le voyage ; sans but – sans escale – sans destination (pour la joie et l'irrépressible nécessité d'aller)...

Écoutant le vent ; obéissant aux circonstances...

Parfaitement – magistralement – vivant...

A travers le mouvement et l'immobilité...

Sous le règne de l'incertitude (et selon les lois de l'invisible)...

 

 

Rien...

Partiellement introduit – pourtant...

Entre les mondes...

Sans auditoire...

Au cœur de l'espace-spectacle-et-spectateur...

Avec l'âme au centre...

Et qui influence tous les cercles alentour...

Comme la plus haute raison...

Comme si tout était nôtre ; jusqu'au plus lointain – jusqu'au sommeil – jusqu'à la pire infamie...

A travers ce qui advient et ce qui s'efface (au fil des nécessités ressenties)...

 

 

A travers la brume ; le monde et la mort...

Face au froid...

A la merci de ce qui a la capacité de s'imposer (sans même le savoir ; sans même y avoir été invité)...

Provoquant parfois le pire ; parfois le rire – tantôt farce et bouffonnerie – tantôt calvaire et catastrophe...

 

 

Sans rien voir...

Comme si tout se réduisait à la tête (au contenu de la tête)...

Comme si rien n'existait vraiment ; comme si rien n'était vrai – ni autour ; ni au-dedans...

 

*

 

Le temps figé...

Sur le visage de l'Absolu...

Couvert de lumière et de monde...

Laissant faire ; allant son chemin – en quelque sorte...

A travers tous les règnes de la matière et de l'esprit...

Aussi loin que possible ; et repassant (assez régulièrement) par l'origine...

 

 

Ivre des relents et des reflux...

D'un temps si ancien...

Hanté par le parfum (récurrent) des saisons et l'odeur (un peu âcre) des vivants...

Le monde et le sang...

A travers les échos qui se fracassent sur les ombres qui dansent sur la pierre...

(Presque) immobile en attendant le jour...

 

 

Ébloui par la pierre et le ciel...

Par le merveilleux du monde et la diversité du vivant...

Par-dessus les décombres du temps...

Et par l'indiscipline des âmes qui continuent de jouer...

Au milieu de l'hérésie et des insanités...

 

 

Les lèvres tremblantes...

La faim apaisée...

A travers cette manière de se nourrir (d'invisible)...

Nu ; au milieu de l'abondance ; heureux au milieu de la beauté...

Les mains vides et le cœur (parfaitement) comblé...

 

 

Sans obligation – sans contrat (sans rien devoir)...

Seul ; et offert aux mille visages de la terre...

(En partie) affranchi des lois humaines...

Et auprès duquel quelques-uns (parfois) se risquent...

Portant le viatique de l'âme ; le seul bagage de l'homme...

Marchant dans la nuit à la manière d'un funambule...

Au milieu des figures indifférentes...

Un peu au-dessus du monde...

Quittant cette nuit – et ses fables – sans dette (ni assistance)...

Se rapprochant (peu à peu) du jour – de la lumière – de cette chose si commune (que si peu conçoivent ; que si peu devinent ; que si peu parviennent à rejoindre)...

 

*

 

La terre et le cœur ; brisés...

Comme passés sous l'horizon...

Au pays des larmes ; au pays du feu...

Criblés d'horreurs et de mensonges...

Protégeant (essayant de protéger) le vivant ; le plus précieux – peut-être...

A la lisière du monde et du temps...

 

 

Ici ; le soleil et le silence...

Sur ce chemin qui ne mène nulle part...

En ces terres montueuses et sylvestres...

Lieu du sauvage ; lieu du passage...

Traversé sans habit ; ni bagage...

Et que l'on ne peut jamais (en vérité) ni totalement rejoindre ni totalement quitter...

 

 

Des pas sur la pierre coupante...

Le cœur taillé par le frottement de la roche...

Nos existences devenues (presque parfaitement) minérales...

En attendant (avec impatience et anxiété) ce qui pourrait attendrir (un peu) notre chair – notre vie – notre âme...

 

 

A même l'esprit – les rives – la cendre ; le monde – la mémoire et l'oubli...

Les ombres et la fièvre...

Tout ce que nous délaisserons pour accéder à l'autre terre...

 

Ce long voyage...

Autour de soi...

Sur cette route étrange composée d'espace et de temps ; d'expériences et de rencontres ; de pensées et d'émotions...

Dans ce perpétuel entre-deux du dehors et du dedans...

Le sentiment d'une traversée ; d'un cheminement vers le mystère...

Avec Dieu à chaque instant ; à chaque pas ; tout au long du chemin...

Partout...

Et toujours à nos côtés (bien sûr)...

Au cœur des impasses comme au cœur des vents...

A s'y méprendre ; et jusqu'à nous confondre (au fil du périple)...

Et de plus en plus heureux (évidemment) de lui céder la place et le pas...

 

 

Acquiesçant à l'être – au monde – à l'homme...

Au Diable et à Dieu...

A ce qui nous porte et à ce qui nous efface...

A ce qui nous renforce et à ce qui nous affaiblit...

Aux lieux que l'on quitte et aux lieux qui nous appellent...

A ce/ceux que l'on abandonne et à ce/ceux que l'on rejoint...

Au fil des carrefours – des ruptures – des rencontres – des remous...

A travers mille liens – mille jonctions – mille suppressions...

Dans le prolongement et la discontinuité du regard et des pas...

 

*

 

Des ombres oubliées...

Le cœur frémissant...

Entre l'écho et la résonance...

Comme un cri ; un appel – peut-être...

La nécessité du ciel trop longtemps négligée...

En ces lieux où se mêlent (si souvent) l'obscur – la braise et l'absence...

 

 

Du bleu ; partout...

Du songe au silence...

Des choses au regard...

Jusqu'au plus infime détail de ce monde...

 

 

Main et miroir ; tendus...

Comme la nuit – la mort – la pierre...

Quelque chose du visage et de son double reflété dans l'ombre...

Ce qui invite et ce qui repousse ; et qui laisse libres le refus et la possibilité...

 

 

Coupé du temps et du secours des hommes...

Dans le sillage de l'âme...

Dans la proximité du ciel ; à la lisière d'un espace de tendresse et d'hospitalité...

Loin des tribunaux du monde ; loin des cercles humains...

Tout ; embrassé d'un seul regard...

Comme un jeu d'enfant...

Dans la délectable (et surprenante) intimité des choses...

 

 

D'un continent à l'autre...

Effleurant l'existence et le monde...

Depuis les profondeurs...

Sans pouvoir se rappeler du jour où a débuté le voyage ; cet incessant va-et-vient entre l'origine et la périphérie...

A travers l'invisible et la matière...

La douleur et le plaisir comme emprisonnés au fond de la chair...

Et le dégoût et le désir logés – quelque part – au fond de la tête...

Accueillant (avec joie) ce qui s'invite (et ce qui s'impose) ; abandonnant (sans s'émouvoir) ce qui nous quitte (et disparaît)...

Ne refusant rien ; pas même d'avoir de temps en temps le cœur (un peu) fermé...

 

*

 

Parmi les choses...

Des bouts de ciel...

Des visages blessés...

Des paupières closes...

Des âmes vacillantes...

Ce que l'on croit être (et devenir) sur la pierre...

Et tous ces cœurs tremblants ; et toutes ces lèvres crispées – face à l'ampleur du mystère...

 

 

Au milieu des ombres et des angoisses...

Tous ces morts ; et ces vivants si tenaces...

Comme du bleu à la pointe de l'horizon...

Et de la poussière de temps que font voler les pas pressés...

A travers le (perpétuel) recommencement du jeu...

Et l'assise (si établie) des miroirs...

Comme au spectacle...

Avec des souvenirs – du sang et des cris...

Mille drames auxquels sont confrontées toutes les créatures de la terre...

 

 

Sans tenir compte de ce qui résonne...

Ce sommeil et cette paresse incurables

Comme rivés aux siècles et à la pierre...

Sans jamais regarder par-dessus...

N'osant s'écarter de l'argile ; quitter ces terres (en partie) protégées des vents...

Écartant l'esprit et l'âme au profit de la chair et de la pensée...

Privilégiant toujours le monde (le plus grossier de ce monde) au détriment de l'invisible...

Demeurant là (presque inertes) au lieu de circuler librement ; au gré de ce qui nous pousse et nous appelle...

 

 

Porté autant par la plume que par le pas...

Sans jamais remonter le courant...

Allant là où mènent les vents...

Sur la pente naturelle ; glissant avec aisance...

Le visage contre la lumière...

Le corps en plein jour...

L'âme (à la fois) gouvernail et témoin...

Glissant (imperceptiblement) vers le grand large ; là où le bleu rayonne (de manière indiscutable)...

 

*

 

Quelque chose au fond de l'âme...

Comme un puits de lumière...

Un ciel sans limite...

Un horizon de silence...

Entouré(s) de bruits et d'absence – d'écume et de chair...

 

 

Du bleu au fond du regard solitaire...

Et des mains nourries par le savoir et le sang...

A même la pierre...

Indifférent à la danse des ombres...

 

 

Du cœur et des mots...

Sans rien nommer du monde...

Dessinant – peut-être – à la manière du temps – une invitation...

Le désir d'un long voyage...

Offrant – peut-être – le feu et le vent nécessaires pour aller (un peu) plus loin que l'horizon de pierres...

 

 

Pour soi ; l'âme loyale...

Échappant au monde et au temps...

A l'assaut du mal – des épreuves – de la souffrance...

Dédaigneuse (pourtant) de toute victoire...

Se laissant apprivoiser ; et se laissant même (très souvent) déborder par les excès du cœur...

Offrant sa force – son Amour et sa liberté...

Déterminée – peut-être – à remplacer (pacifiquement) le règne (et les lois) institué(es) ici-bas par les créatures...

 

 

De rive en rive...

Le cœur à la recherche d'un refuge...

D'une lumière derrière les apparences du monde...

D'une liberté capable d'enjamber la mort...

D'une vérité au-delà du savoir...

D'une profonde intimité avec les choses...

D'un silence...

D'une paix capable d'effacer tous les désirs...

 

*

 

A la lueur du plus modeste...

L'allée des rois ; la porte ouverte...

Le ciel aussi blanc que dans les rêves...

Les épaules en plein jour...

La chevelure bleue ; comme la peau (et le reste)...

Sans personne pour commenter la métamorphose...

Ce qui se célèbre jusque dans son effacement...

 

 

Nous-même(s) ; bien avant la terre et les étoiles...

Bien avant l'angoisse et les yeux fébriles...

Bien avant le monde (et le reste)...

Bien avant la faim et la misère...

Et si difficile(s) à apprivoiser – pourtant...

 

 

Ici ; jusqu'à disparaître (parfois) au cours de cette longue veille...

Vivant à la manière de la neige et du vent...

Étincelant comme un minuscule soleil...

Aussi vaste que le ciel – au-dedans...

Le visage – pourtant – si près du sol et des choses...

Avec cette lumière ineffable au fond du regard...

Les pieds posés sur la roche ; le corps dressé sur la pierre ; debout face au rêve ; ou au-dedans – peut-être...

 

 

Dans la fugacité de l'ombre entrouverte...

La nuit qui s'immisce ; lourde et humide – parfaitement noire...

Tandis que le bleu s'évapore sous les paupières ; se disperse sur l'horizon...

Nous plongeant dans les ténèbres...

 

 

Du feu dans le sang...

A nous ronger l'âme...

Transperçant la peau ; glissant sous la pierre...

Blessant le seuil ; et affaiblissant (bien sûr) la possibilité du franchissement...

 

 

L’œil (tout) retourné par le décor ; sa texture – sa monotonie – son exiguïté...

A travers l'éclatement des couleurs...

Le ciel plus haut que jamais...

Et l'absence de ceux qui peuplent ces rives...

Comme l'obstruction du seul passage...

Comme si le regard était sur le point d'exploser...

 

 

Dans l'élan premier de l'errance...

Le besoin (irrépressible) d'infini...

Comme la quête du silence...

En ligne de mire : l'Absolu et la grande paix...

Et nous laissant emporter (bien sûr)...

 

 

Les mains conciliantes...

En adéquation avec les nécessités de la terre...

Le cœur célébrant...

En adéquation avec les lois du ciel...

Comme naufragé sur cet archipel du monde...

Au milieu de tant de visages étrangers (indifférents ou patibulaires)...

Comme si – en définitive – peu de chose séparait l'enfer du paradis...

 

 

La tête méprisante...

Comme doté d'un cœur de pacotille...

Le monde blâmé jusqu'à la déraison...

Si lourd ; à s'enfoncer plus bas que terre...

Le soleil noir sur les épaules...

Sur le point d'être englouti...

 

*

 

Dans le cœur brutal...

Cette nuit brûlante...

Sur fond de ciel orangé...

Des pierres en flammes...

Comme au milieu d'un grand brasier d'écume et de poussière...

Le monde calciné...

Et l'Amour en cendres (qui gît sous nos pieds)...

 

 

A travers l'étreinte...

L'assurance d'une veille...

En dépit de la rumeur et de l'absence...

Si près du front ; si près du noir...

Traversant les masques et transperçant l'armure...

Touchant l'âme (dans un très léger effleurement)...

Chuchotant des secrets à la manière du vent...

Presque en silence...

Avec cette façon si particulière d'habiter le monde ; et de hanter l'esprit...

 

 

Comme abandonné à la pointe de l'homme ; à la pointe du monde – peut-être...

Sans Dieu ; ni ami...

Seul ; sur cette péninsule privée d'humanité...

Occupé (encore trop occupé – peut-être) à chercher au-delà du nom et de la tombe ; ce territoire où le cœur est souverain...

 

 

Loin de la foule – là-bas – qui lynche (à tour de bras)...

Comme installée au fond de cette mémoire étroite (et délétère)...

Ne venant jamais à bout ni de ses désirs ; ni de sa haine...

En ces lieux de désœuvrement et d'intranquillité...

En ces lieux de mort et de bannissement...

Où nul ne se sent (réellement) heureux au milieu des Autres ; ni même à son aise protégé par toutes ces frontières et toutes ces lois...

 

 

Arrivé là – peut-être – où la vie et la mort se rejoignent ; là où la tête et les étoiles sont si proches de l'expérience...

Au fond de l'âme...

Sans lacune ; ni reproche...

Dans l'incertitude et la précarité nécessaires...

 

*

 

La voix du seuil enfin capable de franchir les murs de l'enceinte...

De l'incarcération à l'immensité...

Tout tremblant ; et déjà éclaboussé de bleu...

La porte – soudain – grande ouverte...

Témoin de tous les déferlements...

Au-dessus du labyrinthe...

A rire comme coulent les fontaines...

Alors que la terre est si proche ; et le chemin encore inachevé...

 

 

De quoi vivre au pays des arbres...

Après avoir refusé l'or et le rêve...

Pour rallumer ce sourire (si ancien – et depuis si longtemps disparu) au fond des yeux...

Au milieu des vivants...

Dans le cœur...

Au royaume de l'invisible...

La tendresse (parfaitement) satisfaite...

Pour réussir à offrir des gestes inspirés des fleurs qui s'ouvrent et suivent le soleil avant de se refermer et de s'incliner vers le sol...

Dans le silence des terres profondes...

 

 

La vie et le verbe ; métamorphosés...

Dans le sillage (invisible) de l'âme...

Le silence à la proue...

Et, à la poupe, la terre des hommes qui s'éloigne...

Et la mort ; au-dessus – en dessous – au-dedans et alentour – un peu partout – pour guider toutes les métamorphoses...

 

 

Là où naissent les mondes ; et les possibles...

Dans les replis secrets (et insaisissables) de l'Amour et de l'esprit...

Au cœur de cet invisible mêlé de matière...

A travers ce dialogue entre l'infini et la poussière...

Par-delà toutes les espérances...

En son cœur ; le plus vivant...

Sans jamais nous trahir ; sans jamais nous tourner le dos...

 

 

L'âme – ni réellement heureuse – ni franchement prisonnière – dans son costume d'argile ; au fond de sa carapace de terre...

Encore hésitante – sans doute – à habiter (même si provisoirement) cette chair et ce monde si grossiers...

 

*

 

A travers l'écume étincelante du monde...

Le jour (parfaitement) déployé...

Le bleu et la lumière comme habillés de mouvements et de matière...

Comme une danse lointaine ; entre l'horizon et l'intimité...

Au milieu de voix nées d'un temps si ancien que leurs paroles émergent du plus profond silence...

Et nous autres – créatures ; pas si égarées ; pas si ignorantes ; pas si obscurément vivantes – comme essaient de nous le faire croire certains apôtres du verbe et de la nuit...

 

 

A travers le rayonnement de l'offrande ; l'incroyable partage...

Au plus près de l'effacement et de l'oubli...

Lorsque les gestes savent s'affranchir du corps – du nom – de l'âme...

Lorsque la tristesse et la joie se confondent – se dissolvent (l'une dans l'autre) – n'existent plus...

Dans le (parfait) retrait du cœur...

L'intense déploiement de la lumière...

 

 

L'invisible du monde ; hors de l'ambition des hommes ; hors de tout présage humain (excepté, peut-être, chez quelques-uns – bien rares)...

Eux (en général) ; trop aveuglés ; agissant obscurément...

Les yeux enveloppés d'un épais bandeau noir ; le regard caché derrière soi...

Entre le soleil et le jour qui passe...

Pas mûrs ; pas prêts – pour emprunter l'étroit passage – l'unique perspective...

Allant ; passant – sans s'occuper du monde ; ni du malheur des Autres...

Préférant l'abondance à la terre ; l'espérance au ciel ; la jouissance à l'attention ; la distraction à la main tendue – aux visages en larmes – aux cœurs démunis – aux âmes dépourvues...

Sans autre perspective que soi...

L'humanité commune ; si étroite – si affligeante – si funeste...

 

 

A se réjouir de ce qui est offert...

Sans désir ; sans reproche ; sans certitude (non plus)...

Comme quelqu'un (peut-être) qui marcherait sur un (étrange) arc-en-ciel ; sans pouvoir toucher ni la terre ; ni le ciel...

Sans autre certificat que son expérience (cette expérience si fragile qui – jamais – ne pourra être brandie comme une garantie)...

 

 

Sur les rives d'un ciel sans Dieu...

Dans la nécessité – pourtant – du lieu et du lien...

A travers le pays de l'hôte ; et ce qui s'invite à la fête...

Ainsi (sans doute) se déroule notre (long) voyage...

 

*

 

Le mirage du monde ; apparu (autrefois) en un instant ; et disparu (aujourd'hui) de la même manière...

Comme nos existences et nos blessures...

Comme l'ennuyeux (et trop prévisible) chemin des hommes...

Le cœur de plus en plus joyeux ; face à l'incertitude...

Et cet émerveillement face au déploiement du bleu et du silence...

Ce que réclamait l'âme depuis si longtemps...

 

 

Entre ciel et silence ; nos sourires et nos tremblements...

Le cœur autrefois si languissant ; ferme et tendre à présent...

En dépit de la proximité des hommes (tenus – fort heureusement – à une distance suffisante)...

Sans la mélancolie de l'exil – du partage – de l'abandon...

Heureux au milieu des bêtes et des arbres ; au cœur de notre communauté d'adoption...

 

 

Là ; sous le cœur suspendu...

Le déroulement naturel du voyage (qui signe – bien sûr – l'extinction de toute volonté)...

L'âme juste et tendre...

L'esprit en paix...

Comme rentré au bercail...

Alors que les danses – partout – s'enchaînent ; se succèdent ; s'éternisent...

Alors que le spectacle (et le grand cirque) continue(nt) ; et ne sont – sans doute – pas prêts de s'arrêter...

 

 

Au milieu du monde...

Sans s'affairer...

Sans rien remettre au lendemain...

Ce qui nous incombe...

En dépit de l'absence de visages...

Face à l'éternité...

A l'écoute ; et au service de ce qui vient...

 

 

Au-dessus du destin...

L'âme dans sa surprise...

Sans principe ; laissant la vie – le monde – le reste – décider...

 

*

 

Vents d'ailleurs ; partagés sur la pierre...

Vivifiant les destins ou les emportant...

Semblables au présage et à l'écho...

Prolongeant la sente empruntée...

Offrant à ceux qui le souhaitent un surcroît de monde ou de solitude...

 

 

Comme la rosée en prière...

Sous la lumière matinale...

Qui rafraîchit la terre...

Avec quelques restes de ciel nés pendant la nuit...

 

 

Alors que tout se fige...

Alors que tout se crispe...

L'émergence d'un sourire sans attente qui perce les voiles...

Né comme le soleil et la pluie...

Sans personne pour apposer une signature au bas de l’œuvre offerte ou proposée...

Parfaitement anonyme ; parfaitement provisoire ; parfaitement inachevé...

 

8 décembre 2017

Carnet n°74 Paroles pour soi

Journal / 2016 / L'exploration de l'être 

Quelques fleurs jaunes éparses sur les collines parsemées de thyms, de romarins et de brachypodes rameux. Comme les sentinelles d'or solitaires du singulier parmi l'ordinaire. Le reflet discret et éclatant de l'innocence et de la maturité au sein du commun – encore trop vert pour se faire le reflet du Divin... 

 

 

Le monde(1) contemporain est un univers d'abondance et de rebuts. Et la vie, un espace de frugalité et de recyclage sans fin. Dans leur insatiable quête de facilité – de confort et de praticité – les hommes n'ont eu de cesse, au cours de leur histoire(2), de s'éloigner de la vie. De ses lois et de ses règles.

Avant qu'ils ne saccagent et ne détruisent entièrement(3) la terre, il est temps – vraiment temps – qu'ils apprennent à respecter (profondément) le vivant. Et à s'inspirer de ses cycles et de son fonctionnement pour édifier et organiser leurs sociétés...

(1) Le monde humain.

(2) De leur fulgurante évolution...

(3) Et de façon irréversible...

 

 

Demain viendra un jour écrit le poète ou le philosophe(1). Oui, mais quand ? ajouterait le clown (le philosophe et le poète savent aussi se faire pitres(2)...).

(1) A votre convenance et selon vos préférences...

(2) Ou, à défaut, faire le pitre...

 

 

Dire la vie, le monde et les hommes. Dire Dieu, le ciel et la terre. Tel est sans doute notre travail. La tâche à laquelle Dieu, le ciel et la terre, la vie, le monde et les hommes nous ont assigné. Mais à quelle fin ? Si peuse pressent au dessus de nos pages... Comme si ces milliers de notes et de fragments restaient lettres mortes... presque sans aucune résonance auprès de nos congénères.... Ces lignes seraient-elles destinées à ceux de demain ? A ceux d'après-demain ? A ceux qui viendront plus tard encore... ? Nous n'en savons rien. Pour l'heure, nous nous contentons d'écrire (comme nous l'avons toujours fait au cours de cette existence...). De dire ce que nous inspirent Dieu, le ciel et la terre, la vie, le monde et les hommes. Gageons simplement que les uns et les autres y trouveront au moment opportun les réponses à ce qu'ils cherchent*...

* En fouillant dans ces milliers de pages, ils pourront sans doute y dégoter quelques pistes, quelques repères et quelques conseils. Et même quelques pépites et quelques vérités appréciables...

 

 

L'escalier du néant est l'exact contrepoint des escaliers de la gloire. Les hommes se précipitent tous – à peu près tous – sur les seconds et laissent le premier désespérément vide. Dommage ! dit Dieu. Les seconds mènent aux feux de la rampe. Et de l'enfer*. Et le premier au sous-sol inconfortable et nauséabond qui se transforme, dès la porte franchie, en ciel infini qui déverse sur les rares postulants de l'en-bas – et en leur cœur – une pluie ininterrompue de joie, de paix et d'Amour. Quant aux autres – aux postulants de l'en-haut – ils ne récolteront que tristesse, envie, avidité, jalousie et frustrations. Ennuis, désillusions et incomplétude. Pauvres hommes ! dit Dieu. La route sera encore bien longue avant qu'ils ne découvrent mon visage...

* L'enfer de l'individualité et de l'égocentrisme – et leur cortège d’infamies...

 

 

Chacun – et chaque forme – avance vers son destin(1). La terre(2) et le vent(3) font naître les circonstances et proposent les situations. Et le ciel(4) en dispose et orchestre la multitude en impulsant les gestes, les paroles et les pas de chacun...

(1) Sa destinée de forme.

(2) Le monde phénoménal.

(3) L'inévitable cours des choses...

(4) La conscience – l'espace de perception sensible et impersonnel.

 

 

Le ciel nous dit sa joie d'être à l'écoute. Et la terre celle d'être entendue*...

* Il serait plus juste d'écrire : « Et la terre sans voix – toujours sans voix – nous fait comprendre sa joie d'être entendue »... En effet, la terre ne semble pouvoir s'exprimer qu'à travers le cours des choses – son évolution – et à travers le ciel(1), seul à être en mesure de relater son état...

(1) Ou autrement dit, la conscience...

 

 

Les vivants sont comme la rosée. Nous ne sommes pas attentifs(1) – pas vraiment attentifs – à leur présence. Et n'avons pas conscience – pas vraiment conscience – de la brièveté de leur existence. Et à leur mort, nos souvenirs ne sont qu'un rêve. Qu'un songe brumeux qui nous égare. Ou nous attriste...

Être là – pleinement présent – à ce/ceux qui nous entoure(nt), il n'y a de plus beau présent. De plus belle attention à offrir. Comme un don sacré et divin(2)...

(1) Il n'est pas rare que le psychisme les considère – ou du moins les appréhende – au quotidien comme des éléments mobiles et éternels du décor...

(2) Dans la mesure où le Divin est la conscience-présence – l'attention impersonnelle – à l’œuvre dans l'ensemble du manifesté à travers la perception sensible de chaque être. Et de chaque forme.

 

 

En tes joutes stériles prends garde aux blessures orgueilleuses ! Renonce à ces ineptes combats ! Et pars affronter l'inconnu. Pour te défaire de toute victoire. Et que l'indicible puisse habiter les terres familières que ton cœur a toujours désertées...

 

 

Dieu s'égosille. De son silence, il appelle les hommes à fouler le territoire. Les anges décochent leurs flèches. Et s'arc-boutent contre les murs – invisibles – du paradis pour en accroître la surface. En maintiennent les portes grandes ouvertes. Peine perdue. L'éden demeure désert – quasiment désert – peuplé de rares visages qui s'interrogent à voix basse sur le sort des hommes.

 

 

Sous les sommets communs – et emboîtés – des vallées patiente l'apogée des sous-sols aux allures repoussantes. A la réputation sulfureuse. Seul accès pourtant au ciel. Et à la lumière des hauteurs. Pour voir le jour originel pour la première fois.

 

 

Tantôt vifs et primesautiers, tantôt languides et indolents, les hommes s'enlisent en leurs tourbillons...

 

 

Au nombre – et au surnombre – nous préférons l'Un. Et la relation de qualité. L'homme des foules est hypocrite et superficiel. Infidèle au monde et à lui-même. Seul l'homme des solitudes, libre des influences et des séductions, ancre ses actes et sa parole en ses profondeurs. Et demeure authentique.

 

 

La matière se combine. Et l'esprit se pénètre. De Saint Martin, je crois, avait vu juste... En lisant quelques fragments de l'Homme de désir, je trouve quelques perles. Et une certaine familiarité* avec ce philosophe inconnu. Appartiendrais-je moi aussi à cette étroite lignée d'illuminés gnostiques ?

* Voire parfois une certaine connivence...

 

 

En marchant les yeux baissés et l'âme humble sur les chemins de solitude, pensées, soucis et préoccupations disparaissent. Et le poids du monde s'efface. Et les jambes légères – si légères – montent et descendent les sentes avec aisance et intuition...

 

 

Quelques fleurs jaunes éparses sur les collines parsemées de thyms, de romarins et de brachypodes rameux. Comme les sentinelles d'or solitaires du singulier parmi l'ordinaire. Le reflet discret et éclatant de l'innocence et de la maturité au sein du commun – encore trop vert pour se faire le reflet du Divin...

 

 

Le ciel est notre dojo(1). Et les nuages nos seuls maîtres. Le reste – tout le reste – n'est que contingences et accointances superflues(2).

(1) Lieu où l'on pratique la voie...

(2) Relations lénifiantes et nécessités utilitaires...

   

 

La solidité et la stabilité de la roche et des pierres. La beauté et l’évanescence des nuages. La grandeur et la patience des arbres. La force et le courage des animaux. La bêtise et la barbarie des hommes. Leur fausse sagesse, leurs œuvres et leurs manœuvres d'apprentis-sorciers et leur ignominie recouvrant leur potentiel d'Amour et d'intelligence – la puissance du Divin – caché(e) en leurs profondeurs qui n'aspire qu'à éclore...

 

 

Dieu a octroyé sa part* à chacun. N'offrant à l'homme qu'une ébauche mal esquissée de lui-même. Et qu'il lui appartient, bien sûr, de compléter et de parfaire jusqu'à devenir son exact reflet. Son plus fidèle dépositaire. Et son plus dévoué représentant...

* L'une de ses parts...

 

 

L'esprit et la bouche de l'homme se font mensongers pour le protéger de la vérité. De ses facettes et de ses éclats tranchants. Lorsque celle-ci fond sur vous, elle vous ôte tout appui. Et peu d'hommes peuvent vivre ainsi...

 

 

Les artifices et le maquillage voilent les apparences. Les masques cachent les visages. Mais jamais les cœurs qui transparaissent à travers tous les stratagèmes. Et toutes les tromperies...

 

 

Lorsque la beauté et l'innocence naissent – parviennent à naître – de l'hostilité et de la désolation, notre cœur s'émeut profondément. Comme s'il reconnaissait la part indestructible – la part inaliénable – de lui-même...

 

 

Petite annonce du cœur spirituel : petit être sensible et intelligent cherche désespérément un semblable pour l'aimer...

 

 

En ce monde, il n'y a – le plus souvent – que des cœurs et des visages hideux et grossiers. Pour se résoudre à les aimer, il faut soit être aveugle ou aveuglé, soit percevoir derrière chacun d'eux la part divine – la part de grâce, de beauté et d'innocence – recouverte par une épaisse couche de pelures et d'immondices qui appelle en silence du fond de son cachot...

La part enfantine – et presque angélique – de la moue et du refus qui voile la dimension divine d'accueil et d'acceptation. D'ouverture infinie qui reçoit – qui reçoit tout – sans rien rejeter.

 

 

L'homme ancestral doit mourir pour que naisse un monde nouveau. Et il est aujourd'hui à peine sorti de l'enfance. Ah ! Comme j'aimerais assister à son agonie ! A ses vains sursauts de résistance et à ses pauvres soubresauts convulsifs avant que le trépas ne l'arrache à sa barbarie...

 

 

L'Amour s'affranchit de tout. Des pièges, des chausse-trappes, des ruses et des mensonges. Des usages, des lois et des convenances. Du mépris, de la haine et de l'indifférence. L'Amour s'affranchit de tout. Excepté de lui-même...

 

 

Marcher sur la terre(1) et laisser cheminer la compréhension(2) sans détruire, sans amasser ni accumuler le moindre objet(3) ni la moindre pensée(4). Voilà le signe d'un esprit libre, sage et mûr. Peu d'hommes en ont été, en sont et en seront capables...

(1) Laisser le personnage libre de ses pas... vaquer à ses nécessités...

(2) La laisser cheminer en soi...

(3) Excepté, bien sûr, ceux qui sont ressentis comme absolument nécessaires...

(4) Ne rien s'accaparer – rien ni personne, bien évidemment...

 

 

Marcher dans la nature. Et noter les pensées qui nous traversent sur ce carnet – cet éternel petit carnet – qui nous accompagne, je ne connais d'activité plus stupide et inutile. Ni plus sensée et nécessaire...

Nous y a-t-on contraint ? Non, bien sûr. C'est une disposition de l'âme qui nous y a invité. Et une force irrépressible qui nous y enjoint... Et chaque jour*, nous nous y livrons par nécessité et obéissance...

* ou presque...

 

 

Vivre dans la plus parfaite solitude de l'Être. Sans ennemi parmi les êtres du monde. Œuvrant avec Amour – autant qu'il nous est possible* – selon les exigences des situations.

* Selon les caractéristiques du personnage et des créatures...

 

 

Puissions-nous vivre nus et sans secret. Pleinement transparents. Jusqu'à en devenir invisibles. Se réaliser en un effacement si pur et si complet qu'on en devienne pleine présence...

 

 

En ce monde prévalent l'apparence et la fonction. Et si rarement l'être...

 

 

Lorsque notre marche ne sait se faire présence, elle peut devenir – et devient très souvent – un profond entretien avec soi. Ou à défaut, une longue méditation sur la vie, sur le monde et les hommes. Déterminants (en tout cas) pour rejoindre nos profondeurs. Et pouvoir à nouveau vivre en présence.

 

 

Ces notes – toutes ces notes – écrites au cours de ces nombreuses années tentent de répondre ou invitent à répondre à toutes les questions* qu'un homme peut se poser. Et que se pose naturellement tout chercheur de vérité – tout postulant à la liberté et tout aspirant à la vraie vie – avant que ne s'effacent tous les questionnements et toutes les interrogations pour goûter le silence – situé au delà de toute question et de toute réponse. Pour vivre la vérité et la vraie vie sans besoin de certitudes et d'explications...

* ou du moins aux questions essentielles...

 

 

Entre le ciel et le livre*, je perçois de multiples correspondances. Comme si chacun était le reflet de l'autre. Lorsqu'il m'arrive d'ouvrir un ouvrage en promenade, je ne peux m'empêcher de regarder le ciel au cours de ma lecture. Et j'y lis – et y ressens – de mystérieux échanges. Et d'évidentes résonances...

* Livres de sagesse et de compréhension et livres de poésie...

 

 

Le contemplatif n'est pas un être inactif. Sa méditation guide – et accompagne – tous ses gestes. Gestes pleins, simples et sans avidité. Gestes de joie et d'Amour qui s'offrent par nécessité. Et pour la joie et l'Amour...

 

 

Ecrire comme disposition de l'esprit à contempler. Et à relater l'essentiel. L'écriture n'a chez moi d'autre fonction. Ni d'autre ambition. Comme une invitation à s'y laisser mener. Et à s'y perdre. Pour goûter et vivre l'ineffable...

 

 

Devant le ciel* et les grands espaces naturels, comment ne pas sentir le dérisoire de nos existences, l'insignifiance de nos vies étroites et l'incongruité de nos ambitions mesquines ? Et comment ne pas sentir l'infini que nous portons en nous – et que nous sommes profondément ?

* Et, accessoirement, face à l'immensité de l'univers...

 

 

Être au service des êtres. Et de l'Existant. Serviteur de la terre et du ciel. Petite main de Dieu. Voilà, en vérité, le seul travail – et la fonction réelle – de l'homme en ce monde.

  

  

Chaque être – et chaque chose – en ce monde(1) ne prend-il pas déjà soin de lui ? Et ses interactions naturelles avec les autres formes de l'Existant ne sont-elles pas suffisantes(2) pour sa croissance, son entretien, son épanouissement et l'actualisation de son potentiel(3) ?

(1) Et le monde lui-même d'ailleurs...

(2) Tout au long de son existence...

(3) Potentiel karmique diraient certains, potentiel divin diraient d'autres... pour que chaque être – et chaque forme – vive les circonstances qui lui sont nécessaires afin de s'éveiller à lui-même et à sa nature profonde...

L'homme – nous le savons bien – intervient (et aime intervenir) partout et en toute chose pour faire durer et rendre l'existence plus aisée et confortable. Mais en dépit des apparences, ces agissements semblent non seulement inutiles mais engendrent aussi – très souvent – de profonds déséquilibres. Et de nombreux dégâts.

Certes quelques progrès – parfois nécessaires (et parfois même inestimables) – ont été réalisés. Mais combien de préjudices ont-ils provoqués ? Bien sûr, il semble évident que ces progrès suivent le cours de l'histoire – et plus globalement le cours naturel de l'évolution(1) – afin sans doute(2) de faire advenir en ce monde l'Amour et l'intelligence – le règne du Divin. Mais il nous semble pourtant que dans bien des cas – et en particulier dans la vie quotidienne –, il serait plus juste de nous garder d'intervenir à tout instant et à tout propos. Et de nous laisser aller (avec moins de retenue) au non-agir...

(1) L'évolution de l'Existant.

(2) On le sait bien ou on le devine...

Il serait même sage de ne se résoudre à intervenir qu'en cas de réelle nécessité. Et non pour obéir aux exigences du psychisme et à son lot de peurs et de désirs pour orienter le réel selon nos goûts, nos caprices ou nos extravagances. Notre seule motivation devrait être le Bien commun. Et nous devrions sans doute nous abandonner à l'action comme d'humbles et désintéressés intervenants « rectifiant » avec parcimonie et de façon pertinente le cours naturel des choses – et des êtres – lorsque les situations y invitent ou l'exigent. Comme des acteurs en réserve qui laissent le premier rôle au cours naturel des choses et des êtres et qui n'entrent en scène que lorsqu'ils sont en mesure d'offrir (de façon appropriée) un surcroît d'Amour et d'intelligence aux situations et aux protagonistes concernés...

 

 

Observer l'incessant mouvement et le perpétuel changement de tout depuis l'Eternel inchangé – etinchangeable. Depuis l'absolue permanence – et l’absolue immobilité – du regard silencieux.

 

 

Être au monde – être présent au monde – et prendre soin de chaque être de ce monde comme l'on serait au chevet d'un mourant. Ce que le monde et ce que les êtres sont profondément et ce que jamais ils ne cesseront d'être en vérité*...

* Même lorsque dans quelques décennies, l'espérance de vie aura considérablement augmenté ou lorsque dans quelques siècles, on pourra vivre peut-être quelques centaines ou quelques milliers d'années...

 

 

A la bêtise et aux instincts barbares, il n'y a qu'une réponse : l'Amour.

L'Amour, en vérité, est – et sera toujours – la seule réponse. A toute question. A toute situation. A toute chose.

 

 

L'écriture me vient comme un envol. Et c'est peu dire de la légèreté de ces fulgurances que mon être et ma main – si terrestres – alourdissent malgré leur dévouement et leur fidélité...

 

 

Le jour et la nuit remplissent leur fonction. Et au crépuscule et à l'aube, ils reprennent leurs échanges. Et deviennent (enfin) des espaces de récréation où l'on peut goûter au calme des heures. Et au merveilleux de la terre et du ciel enfin assagis. Avec l'approbation des astres qui se saluent...

 

 

Aux réclamations du temps, oppose l'instant. Et tu ne seras plus – plus jamais – l'esclave des heures. Et des jours.

 

 

En l'instant plein, le monde et la vie révèlent leur pleine saveur.

 

 

Nous sommes tous des idiots aux jours comptés. Mais il y a l'Amour qui nous aime – et qui nous accueille – tel que l'on est...

 

 

Sur l'asphalte vert, partout, la mousse est accueillante. Et j'entends les grands éclats de rire de mes pieds nus qui parcourent la place autour du grand arbre que mes mains joyeuses saluent avec candeur. Et le ciel s'ouvre sur notre passage.

La joie est la clé de toutes les portes. L'Amour le seul passeport. Et l'innocence la seule vêture. Et pourtant, je vois les souliers vernis de mes congénères parés de flanelle et de leurs plus belles dentelles qui peinent à quitter leur parquet de bois précieux. Et leur tapis luxueux. Je vois leurs grands yeux tristes sur le balcon chercher tantôt la lune tantôt le soleil derrière l'horizon. Et l'espoir dans leur cœur de trouver un jour la joie, l'amour et l'innocence – les heures pleines – qu'écrasent les aiguilles de l'horloge et les bibelots dans le grand salon.

 

 

Il y a en nous cette profondeur qui invite aux hauteurs. A la joie. A la légèreté et à la consistance. A l'intensité. A la paix. A l'Amour et à l'intelligence. Elle œuvre sans relâche. Et rien ne saurait la détourner de sa tâche avant que nous goûtions(1) l'ineffable. Cette force – et cet appel – mystérieux, je les ai toujours sentis(2) en moi – en mon for intérieur. Dès la plus tendre enfance. Eux seuls ont guidé mes pas au cours de cette existence. Me priant – ne cessant jamais de me prier – de les délivrer de leur cachot. De mes trop grossières et ordinaires caractéristiques humaines... Et aujourd'hui encore ce sont eux qui orientent ma foulée. Et qui dessinent mon chemin pour les faire advenir avec plus de force et de stabilité. Pour qu'ils transparaissent à travers moi(3) avec plus de clarté et d'évidence. Et inlassablement, ils polissent et façonnent le réceptacle – l'heureux et docile réceptacle – que je suis devenu pour rayonner avec plus de puissance en ce monde.

(1) Que nous le goûtions à chaque instant...

(2) Sentis vivants...

(3) Leur humble et dévoué serviteur.

 

 

C'est au cœur des collines – et sous le ciel immense – que mon cœur se réjouit. Se réjouit d'être au monde. Et c'est là que mon âme puise toute sa vigueur.

 

 

En ce jour de printemps – à la chaleur presque estivale –, le vent, les insectes et les herbes sauvages nous accueillent. Et nous offrent le spectacle de leur vitalité.

Après l'austère – et la belle – saison du silence et du repos, le vivant piaille d'impatience. Et s'affaire avec effervescence à son renouveau. Et à son efflorescence. Devant nos yeux, le monde prolifère, parade, invente, bâtit, rivalise d'exubérances et d'originalité, offre ses cris, ses danses et ses pirouettes. Et ses nouvelles parures printanières dans une pagaille harmonieuse et insensée*.

* Et un peu envahissante parfois...

 

 

L'existence terrestre est misérable, indigente et sans envergure. Et bien des êtres – bien des hommes – vivent dans l'obscurité de façon obscure, avec le cœur noir, au cœur des déserts et des abysses qu'ils décorent de quelques guirlandes et de quelques lampions pour apaiser (ou oublier) leur peine.

Comment leur dire l'indicible ? Comment pourraient-ils imaginer qu'existe un regard qui réenchante le monde – et la vie ? Un regard plein et innocent. Un regard infini et tendre qui accueille le monde et ses formes – toutes les créatures – avec un amour et une bonté sans pareils. Un regard si profond et si léger qui offre à tout ce qui est vu une beauté et une grâce incomparables. Comment pourraient-ils imaginer que tout en ce monde est beau, bon et grand ? Que le cœur s'émeut de rien et de ces petites choses que l'on croit dérisoires ou insignifiantes. Et que les larmes coulent sans raison(1) devant tant de beauté, de bonté et de grandeur. Comment pourraient-ils imaginer que tout est digne d'Amour ? Et que le merveilleux est partout même dans ce qui nous paraît abject ou immonde. Comment leur expliquer qu'ils sont tout cela. Ce monde – jusqu'à la plus petite chose de ce monde. Et le regard qui les contient...

Ah ! Hommes ! Si vous saviez... Mais je sais qu'une chose en vous le sait déjà. Et le sent. Comme elle devine qu'un rien vous en sépare(2) pour que vous puissiez le goûter. Et le vivre...

(1) Ou pour ces mille raisons...

(2) Ou, plus exactement, leur en prive l'accès...

 

 

Il est facile de déceler l'immonde et la barbarie derrière la bienséance, les usages, les règles et les conventions, la politesse, les sourires et la gentillesse apparente des comportements. Pourquoi les hommes ne le voient-ils donc pas ? Parce qu'ils sont aveuglés par l'idéologie et les représentations. Elles leur bouchent tant la vue qu'ils ne peuvent accéder qu'à l'apparence. Et à la surface des choses. Toute profondeur leur est empêchée...

 

 

La vie est une sombre – et fragile – étincelle sous la lumière.

Et – disons-le ouvertement et sans animosité – la lumière des villes et des écrans, les néons des vitrines, des bars et des salles de conférence, les lampes des salons et des bibliothèques, les réverbères des rues et l'obscurantisme des cœurs et des esprits ne favorisent pas son embrasement(1) dans la lumière.

La vie(2) terrestre – et celle des hommes – demeure encore (bien souvent) un prolongement de la nuit noire ancestrale...

(1) Ni celle du monde...

(2) Et le monde.

 

 

Ne fais halte dans les contrées d'abondance et de foisonnement. Elles contentent le cœur avide, frivole et frileux. Mais écœurent l'esprit et assoupissent l'âme. En t'y installant, elles t'endormiraient pour l'éternité.

 

 

Nous allons bientôt devoir quitter les collines* pour d'autres horizons. Peut-être – espérons-le – pour d'autres lieux sauvages...

* Dans quelques semaines, nous ne pourrons plus nous acquitter du paiement de notre loyer. Et face à cette indigence pécuniaire, nous n'aurons d'autres options que de dégoter un petit terrain isolé – situé au cœur de quelque région désertique et perdu au fond des bois pour y installer une yourte ou une cabane ou nous initier aux joies de la réfection de ruines...

 

 

Rencontre impromptue en ce début de printemps* avec deux chasseurs parcourant les collines au volant de leur 4x4 . Ils m'informent que nous sommes – mes chiens et moi – dans une réserve de chasse et qu'il est interdit de s'y promener. Piqué au vif, je leur rétorque que l'espace naturel appartient à tous. Et qu'il n'est pas – absolument pas – la propriété des chasseurs. Sûrs de leur bon droit, ils se lancent alors dans quelques explications propagandistes et apocryphes à visée pseudo-pédagogique sur le rôle hautement écologique des tueurs de « gibier » et leur participation à la protection des espèces animales... [arguments abominables puisqu'ils ne veillent en réalité qu'à s'assurer que les zones naturelles soient suffisamment peuplées d'animaux pour assouvir leur passion meurtrière la période de chasse venue]. Leur pauvre diatribe à l'égard des opposants à la chasse achevée, ils redémarrent le moteur de leur voiture, et s'éloignent sur la piste étroite et cabossée qui monte vers la crête. Je ramasse ma besace, mon bâton et nous poursuivons notre chemin dans la réserve de chasse comme si cette affligeante rencontre n'avait pas eu lieu (ou presque)...

* La période de chasse est close depuis bien longtemps...

A l'issue de ces médiocres échanges*, je ressens une intense colère. Une chose en moi éprouve – et a toujours éprouvé – une haine farouche pour l'appropriation, l'abus de pouvoir, les lois iniques et les mensonges. Mais aussi pour l'autorité, la contrainte et la restriction. Ah ! Comme je déteste être obligé, limité ou rappelé à l'ordre par des règlements (et des êtres) stupides et illégitimes ! Et comme je déteste cette sanguinaire engeance ! Plus le monde et ses pitoyables représentants m'obligent à respecter leurs règles absurdes et inadmissibles, moins je m'y soumets...

* Et même si cette rencontre s'est déroulée sans grande agressivité...

Et il m'arrive parfois – et même fréquemment à certaines périodes(1) –, dans un geste de rage un peu puéril mais qui apaise momentanément ma hargne, de mettre en pièce et de jeter à terre quelques postes de tir (utilisés pour la chasse aux sangliers) ou d'arracher(2) sur des dizaines de kilomètres toutes les pancartes afférentes à la chasse(3) qui parsèment les collines en essayant de nous persuader, de façon honteuse et outrancière, que ce territoire est le pré-carré d'une poignée de rustres à carabine.

(1) Lorsque nous croisons en nombre ces abominables représentants de l'activité cynégétique...

(2) En prenant soin de les prendre avec moi pour ne pas polluer l'environnement...

(3) Chasse gardée, réserve de chasse, fédération départementale de chasse etc etc.

Je ne suis pas fier – pas tellement fier – de ces misérables et vindicatives « exactions » mais je n'en rougis nullement. Je n'y vois qu'une pauvre et vaine tentative d'effacer de façon symbolique l'appropriation des territoires par une minorité qui impose ses lois sanglantes à tous (hommes et animaux). Et un moyen peu approprié et peu intelligent d'apaiser ma colère contre cette odieuse et archaïque communauté*...

* Peu de « communautés » – et, plus précisément, les idées, les actes et les comportements de leurs membres – ont le pouvoir de faire naître en moi une telle colère : les chasseurs, les fachos et les exploiteurs-profiteurs de tout poil...

 

 

Les choses du monde(1) et les choses de l'esprit(2) ont perdu(3) leur attrait. Aujourd'hui, seuls le cœur, l'être, l'innocence et l'authenticité à l'égard de l'Existant(4), l'Amour et l'intelligence trouvent grâce à mes yeux.

Le reste me fait l'effet d'un costume inutile et dérisoire. Bon à ranger au fond d'un tiroir. Ou mieux, à déchirer – et à transformer en chiffons – pour lustrer – et servir – le réel. Afin de le faire briller.

(1) Les affaires et les préoccupations ordinaires des hommes.

(2) Les idées et les préoccupations intellectuelles.

(3) Ont réellement perdu leur attrait...

(4) Les êtres, les choses et l'environnement.

 

 

Je ne suis ni un aventurier ni un bâtisseur. Ni un marginal ni un rebelle. Et moins encore un homme de conventions ou de traditions. Je n'aspire qu'à vivre en paix parmi les arbres et les nuages. Auprès de mes chiens. Et à l'écart des hommes. Dans un confort rustique et fonctionnel* au cœur de la solitude et de la nature. Avec la visite occasionnelle de quelques frères pacifiques...

* Avec un poêle à bois, une douche, un ordinateur connecté, quelques livres et quelques feuilles de papier...

 

 

Ecoute ton cœur profond. Et il répondra à chacune de tes interrogations. Il te dira où vivre, comment vivre et avec qui... Entends-le. Et sois-lui fidèle. Ton bonheur – ton bonheur phénoménal* – en dépend...

* Bonheur phénoménal ou terrestre : sentiment de paix et de contentement induit par l'écoute des besoins individuels (les besoins du personnage) qui donne le sentiment d'être en accord avec soi et en harmonie avec le monde...

 

 

En ce monde – et en cette vie – tout, bien sûr, interagit. Tout, bien sûr, se meut, change et évolue. Tout, bien sûr, occupe une place. Et une fonction. Et est voué de façon progressive ou abrupte au dysfonctionnement. Et à la disparition.

Seule la présence – l'indicible regard silencieux – échappe à cette ronde. A cette ronde furieuse et perpétuelle de caresses et de frictions. De mariages et de fracas.

Ah ! La paix du regard ! Et l'infernale et inépuisable fureur énergétique ! Il est peu dire que ces deux-là – apparemment inséparables – forment un duo bien étrange ! Et bien mystérieux !

 

 

Ah ! L'inéluctable défilement des saisons. Le printemps, saison du renouveau et de l'efflorescence. L'été, saison de la lumière et des exubérances. L'automne, saison de la douceur et du déclin. Et l'hiver, saison du silence et du repos.

J'aime les deux dernières. Elles s'accordent à mon âme foncièrement solitaire. Et à mon cœur plutôt mélancolique...

 

 

En lisant l'ouvrage de Michel Jourdan, Vivre en solitude(1), j'apprends (entre autres choses(1)), que le mot « anachorète » trouve son origine dans le grec « anakhôrein » qui signifie « se séparer(2) ». En rapprochant ce terme de « religare », à l'origine du mot « religion », et que l'on pourrait traduire par « relier », je note – avec une certaine joie et une certaine malice – que l'ermite (et plus généralement le solitaire) – qui fuit ou s'éloigne de la compagnie des hommes ne se sépare en réalité qu'en apparence des apparences pour se retirer profondément en lui afin de se relier plus intensément – et plus intimement – à Dieu, à l'Autre et au monde...

Encore – et comme toujours – délaisser la surface et les apparences pour les profondeurs. Profondeur des résonances et des ressentis. Profondeur du regard et du cœur...

(1) En dépit de son intérêt incontestable, d'une bibliographie riche et fouillée et de la résonance ressentie avec la « grande famille » des ermites exposées dans ce livre, le ton de cet ouvrage est trop catégorique. Trop partisan et péremptoire. Un plaidoyer (un peu trop) virulent et tendancieux, à mon goût, pour la vie érémitique (même si l'on peut comprendre – et parfois même s’associer à – cet esprit de résistance face à la crasse età l'uniformisation des masses grégaires et à la tyrannie de la normalité et des standards sociaux dans les sociétés humaines). Bien que la solitude réunisse maintes conditions propices à la rencontre avec soi et l'infini que l'on porte en soi, elle n'est pas exempte d'écueils et parfois de restrictions. Et elle ne constitue pas, à mes yeux, l'unique voie de la délivrance même si elle doit être vécue – et semble même incontournable – au cours de certaines phases du cheminement (cheminement intérieur de la compréhension ou vers la compréhension – comme cela vous agrée...).

(2) Ou « se retirer »  ἀνά, ana (« à l’écart ») et χωρέω khoreo (« je vais »).

 

 

Trouver refuge sous le feuillage d'un arbre pour se protéger de la pluie, je ne connais d'abri plus merveilleux. Et plus accueillant. Ah ! Quelle tendresse – et quelle gratitude – j'éprouve pour mon protecteur... Les larmes jailliraient presque tant je suis ému par cet accueil. Et cette entraide naturelle...

 

 

Lorsque je suis contraint de marcher parmi les fleurs sauvages(1) – réunies en larges et épais massifs – qui ferment l'accès à un sentier, mon pas se fait léger et sautillant pour éviter de les meurtrir (autant que possible). Et en passant l'allure légère et précautionneuse, je les prie d'excuser ma lourdeur. Et les désagréments occasionnés par mon passage.

 

 

J'aimerais parfois être un oiseau transparent. Vide et sans substance(2). Ne dégradant rien. Et ne blessant personne. Ne fendant pas même l'air pendant son vol...

(1) Ou parmi la multitude de limaçons des tiges (agglutinés en nombre) qui recouvrent les vastes étendues herbeuses...

(2) Il est aisé de déceler dans ce fantasme l'analogie – l'évidente analogie – entre l'oiseau sans substance et le regard silencieux, éminemment présent mais dont la présence n'affecte jamais le réel – pas la moindre parcelle du réel...

  

  

« Vaurien » est le seul statut – et le seul emploi – dont je serais fier en ce monde. Dans ce pauvre monde qui marchande et monnaye toutes choses, allant jusqu'à convertir en or* les plus essentielles. Et les plus impalpables...

* A donner une odieuse valeur monétaire...

 

 

Le rien et le peu sont nos biens les plus précieux...

 

 

Mon œil est très sensible au relief. Et aux lignes d'horizon*. Et la joie m'envahit lorsqu'ils reflètent l'harmonie.

* Et à la topographie en général avec une préférence marquée pour les milieux à la fois accidentés et arrondis...

 

 

De nos jours, peu de sociétés peuvent se vanter d'avoir un ministère de la culture. Certes... mais lorsque l'on sait à quoi l'on réduit (en général) la culture et comment fonctionne le marché de l'art(1), on a vite fait de déchanter...

Il m'arrive de rêver à un grand ministère(2) du Regard – et de l'art – poétique. Et je suis persuadé qu'il ferait bon vivre dans ce genre de société qui aurait la clairvoyance d'ériger la sensibilité et l'intelligence au rang de priorités(3)...

(1) Quel mot horrible (mais réaliste) pour une discipline si noble – et quasiment divine...

(2) Comme existait à l'époque de Kamo no Chômei un bureau de la poésie au Japon.

(3) A condition, bien sûr, qu'elle n'institue pas le regard et l'art poétiques en système légal et obligatoire mais comme le simple reflet collectif de l'intériorité profonde de chacun (ou d'une grande partie) de ses membres. Et comme une invitation au silence et à la beauté...

 

 

Qui songe à la brièveté – et à la fragilité – de l'existence devant son bol de café, en allant aux toilettes ou au travail, en allant faire les courses ou chercher ses enfants à l'école ? Et mieux encore, qui les ressent ? Et qui éprouve (profondément) l'absence de temps en habitant à chaque instant l'éternelle présence ?

 

 

Une phrase de Timothy Leary – un trublion iconoclaste et psychédélique américain du 20ème siècle – découverte dans le livre de Michel Jourdan m'a fait beaucoup rire. Il évoque les valeurs de notre société (sécurité, confort et travail) qui « menacent de détruire la vie libre de cette planète » et qui n'apportent aucune réponse aux questions essentielles. Et il s'interroge sur « ce qui viendra après ». Et conclue sa sentence douce-amère et non exempte d'humour ainsi : « le confort et le plein emploi sont-ils le sens unique de la vie ? Le code génétique évolue-t-il depuis trois milliards d'années, seulement pour nous permettre d'ouvrir de nouvelles autoroutes ? ».

Non, aurait-on envie de lui répondre, les autoroutes sont simplement le reflet d'une médiocre – mais nécessaire – étape. Et comme vous, cher Timothy, nous attendons avec impatience la suite des événements. Et les prochaines étapes*...

* Sans doute encore pleines de pauvres inventions à court terme mais également pleines de potentiel et de promesses à moyen et long termes (cf l'ouvrage La conscience et l'Existant)...

 

 

Nos seules richesses sont en nous(1). Et nos seuls biens devraient être sur nous(2). Et les quelques autres nécessités – les commodités d'usage courant exigées par le quotidien – chez nous(3). Et il serait heureux d'offrir le reste aux plus nécessiteux que nous rencontrons...

(1) En notre for intérieur.

(2) Que l'on porte sur soi.

(3) Là où nous logeons.

 

 

Ah ! Mon Dieu ! Comme le regard peut s'encombrer vite et à tout propos ! Le moindre événement, le moindre souffle, le moindre bruit, et le voilà chargé de mille ressentis, de mille émotions, de mille pensées...

Lorsque le regard se laisse aller à l'avant plan – ou lorsque le monde phénoménal revient « à la charge » en devenant quelque peu invasif, il convient de rester attentif – et vigilant – afin de demeurer dans la nudité perceptive. Sans rien saisir ni amasser. Sinon le « piège » – le piège du monde, du mental et de la pensée – se referme aussitôt... Mais n'oublions pas que nous pouvons nous extraire de ce « piège » à tout moment. Dès que l'attention réintègre le regard nu...

 

 

En cette fin d'après-midi printanière, alors qu'il ne nous reste que quelques kilomètres à parcourir, j'aperçois un insecte aux ailes vertes et noires qui gît, immobile, sur le dos au milieu du chemin. Mort. Je m'arrête et m’assois à ses côtés. Et je me mets à lui parler avec douceur et simplicité – presque avec cérémonie*. Je suis si surpris par cette mort « prématurée » survenue en ces premiers jours de printemps que je lui demande s'il connaît les raisons de ce départ alors que les beaux jours – et la belle saison – ne font que commencer... puis très vite, je le rassure et lui dis qu'il a vécu ce qu’il devait vivre en tant que petit insecte ailé... Et qu'à présent d'autres cieux – et d'autres terres – l'attendent. Qu'il ne doit pas s'inquiéter. Que tout ira bien. Et que d'autres habitants du regard seront là pour l'aider. Et l'accompagner... Puis nous restons en silence pendant quelques instants. Avant de me lever, je lui adresse une dernière pensée. Puis je reprends mon chemin, l'âme gaie et (pourtant) un peu chavirée par le destin éphémère de ce frère minuscule...

* Une cérémonie naturelle, bien entendu...

 

 

J'éprouve une grande – et parfois même une immense – tendresse pour ces minuscules et dérisoires fragments. A mes yeux, ils sont le reflet d'une infime part du ciel que je peux voir et habiter. Et le reflet d'une infime part de la terre que j'habite et dont je suis composé...

 

 

Agenouille-toi devant le regard poétique. Et pleure. Tes pauvres notes patienteront. Viendra le temps où tu pourras t'asseoir en son sein de façon pleine et souveraine. Avec une parfaite humilité. En magistral représentant céleste.

Cette terre accueille tes pas. Comme l'herbe et les pierres des chemins. Rends leur grâce de ton passage.

 

 

Au cours de cette existence, j'ai arpenté bien des chemins*. Et de cette humble marche ne subsiste que l'usure des pas. Et l'épure du regard.

* Chemins de vie, chemins du monde (quelques chemins du monde), chemins de campagne et chemins des collines...

 

 

Marche solitaire sur les chemins fraternels... Et je me souviens avec tendresse des premières foulées, des paysages sombres, des visages funèbres et des ornières rencontrés au cours du périple que mon cœur jugeait avec hostilité. Il n'avait su – n'avait pu – encore pénétrer le cœur du monde et de la vie. La profondeur des âmes et des êtres...

 

 

Le regard à la fois tendre et pénétrant, caressant les paysages. Et s'unissant à eux. Ô divine perception...

 

 

Il nous faut d'abord passer par la grande humilité avant de laisser (de pouvoir laisser) resplendir en toute liberté – et à sa pleine mesure – toute la splendeur et la beauté de l'individualité*.

* du personnage.

 

 

Je regarde avec beaucoup de bonheur les tableaux de Jean-Louis Mendrisse. J'aime son trait (et son graphisme*), les formes simplifiées de ses portraits, la composition complexe de ses toiles et le monde intimiste à la fois réaliste et onirique qu'il offre à notre regard.

* Qui n'est pas sans rappeler parfois le style de certaines œuvres de son père, Jean Mosnier... Comme une sorte de prolongement et de renouveau dans la filiation...

Bon nombre d'artistes offre un univers poétique. Mais le grand art consiste à faire naître le regard poétique chez le spectateur, l'auditoire ou le lecteur... Tâche qu'il est possible d'accomplir à condition de travailler avec une profonde nudité de l'âme pour que le geste – et l’œuvre – puisse se faire l’exact reflet de la grâce...

 

 

Ah ! Toutes ces parts de nous-mêmes qui ne demandent qu'à être aimées et écoutées. Et à grandir sous le regard bienveillant qui les épanouira...

 

 

Mon métier ? Cueilleur de pensées célestes que je dépose à ma fenêtre pour offrir au monde un peu de grâce et de beauté. Quelques fleurs par jour suffisent. Il ne faut pas encombrer le regard des hommes si l'on souhaite les ouvrir à l'infini...

 

 

Quelques riens sous mes pas que j'honore – et vénère – comme si je marchais sur le visage de Dieu.

 

 

On pourrait marcher dans le désert. Le regard suffirait...

 

 

Il y a une telle paix – et une telle joie – dans ce regard d'Amour qu'il invite au silence. Et à la contemplation. Et dans ce silence contemplatif, on peut goûter et admirer les merveilles de la terre. Les remercier, leur rendre grâce et honorer leur présence. Et leur offrir l'espace et la tendresse – tout l'espace et toute la tendresse – dont elles ont besoin pour qu'elles s'épanouissent...

 

 

Au plus fort de la présence, j'entends parfois Dieu se pencher vers moi et me dire de sa voix silencieuse : « Ah ! Que je t'aime, petit bonhomme, avec tes habits élimés, tes vieilles sandales et tes cheveux hirsutes ! Avec ton cœur humble et ton regard pur*. Et comme j'aime ta marche lente avec ton bâton, ta besace et ton carnet ! Toi qui apprends à fréquenter mes terres, peut-être seras-tu bientôt suffisamment mûr pour rejoindre les sages et les anges à mon service qui œuvrent avec humilité et ardeur au rayonnement du ciel sur la terre. Peut-être continueras-tu d'écrire mon visage et le merveilleux du monde... ou peut-être te confierais-je d'autres missions – et d'autres tâches – pour ensemencer le cœur des hommes...

* Ton regard nu...

 

 

Avant que ne se flétrissent les visages, offre des gestes et des paroles* qui adoucissent les esprits. Et réconfortent les cœurs et les corps. Et à ceux qui sont mûrs, offre ce que le chemin t'a appris. Accompagne leur pas vers l'innocence.

* Sans jamais oublier d'être toi-même...

 

 

L'humilité – et la beauté – d'une fleur sous le ciel qui sait se faire l'exact reflet de toutes les merveilles de la terre. L'homme devrait être ainsi... Et lorsqu'il le sera, les frontières du ciel et de la terre s'effaceront. Et pourra naître – et s'épanouir – le règne de l'innocence et de la beauté.

 

 

Ô homme, garde-toi de tout mensonge. Conserve en ton cœur l'honnêteté et l’authenticité. Qu'elles guident tes gestes et tes paroles. Sois-leur fidèle en toutes circonstances. Et sois-en certain, le temps que le cœur s'épure, l'humilité et l'Amour suivront...

 

 

Offre-toi à ta pleine et juste mesure. Et jamais tu ne connaîtras la trahison.

 

 

Sous le ciel clair, les pas se font radieux...

 

 

Vivre avec ce qui est là. Qui va et qui vient. Mais a-t-on réellement le choix ?

 

 

On ne sait ce que sera la vie – et le monde – dans un instant(1). Comme on ne sait si le regard sera habité(2)... Et qu'il le soit ou non, la vie et le monde seront ce qu'ils seront... Pourvu que tu demeures à l'écoute des situations, que ton âme sache rester humble et nue et ton cœur honnête et authentique, il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Tu traverseras les circonstances avec justesse. Comme il convient...

(1) Ni, bien sûr, a fortiori demain, le mois prochain ou dans 10 ans. Ces références temporelles n'ont aucune existence réelle puisqu'elles ne sont que de simples constructions mentales...

(2) Ni de quelle façon, avec quelle profondeur et quelle stabilité...

 

 

Ah ! Mon Dieu ! Quel spectacle ahurissant pour le regard – pour notre regard – témoin (unique témoin) de l'infinité des formes et des mouvements de ce monde ! Qui observe et contemple les manœuvres et les trajectoires – la danse tantôt folle tantôt sage – des hommes, des nuages, des pierres, des montagnes, des rochers, des arbres, des oiseaux, des arbustes, des insectes, des herbes, des étoiles, des planètes, des galaxies, des molécules et des atomes de l'univers. Tous inexorablement soumis à leur destin. Et au cours naturel des choses. Tous, jouets et terrains de mille entrelacements et de mille entremêlements. Tous, soumis aux échanges et aux combinaisons. A la création et à la destruction. A l'édification, à la chute et à la disparition. Dans une implacable et inépuisable mécanique. Ah ! Quel incroyable et insensé magma énergétique que ce monde !

Et puis il y a le silence – et la tendresse – du regard qui les goûte, qui célèbre leurs jeux, leurs cabrioles, leurs coups, leurs morsures, leurs accolades et leurs caresses et orchestre avec maestria la symphonie en orientant imperceptiblement leur marche...

 

9 décembre 2017

Carnet n°75 Pensées sur soi, le regard, la vie, le monde, les hommes et les êtres

– Un peu de philosophie dans son coin –

Journal / 2016 / L'exploration de l'être 

Assis à la même place depuis des siècles, le vieux sage regardait le monde et les saisons défiler. Tant de cycles et de costumes il avait observés au cours de sa longue existence. Mais son regard demeurait inchangé : doux, ouvert, innocent et accueillant. Ne blâmant jamais les modes ni le climat. Ôtant ou réajustant simplement de temps à autre le vieux châle qui lui couvrait les épaules.

La mission de tout homme est de découvrir – et d'accomplir – la tâche pour laquelle il est né. Malheur à celui qui ne parvient à la trouver. Ou qui la trahit pour de fumeux ou fallacieux prétextes.

 

 

Que serait la vie – et le monde – sans toi ? Et que seraient-ils sans le regard ?

 

 

L'espace éminemment poreux et hermétique du monde – et de la vie – que l'on peut pourtant pénétrer d'un seul regard...

 

 

Dans sa grande malice, Dieu n'a pas oublié d'offrir au monde sa part de noirceur et de grisaille qu'il a pris soin de mélanger à ses merveilles et à ses beautés. En saupoudrant le tout d'une bonne dose d'humour et d'espièglerie...

Et l'on voit partout les hommes chercher à démêler les fils avec sérieux et application...

 

 

Tu ne sais que faire ? Ni où aller ? Regarde simplement (sans a priori ni impatience) ce vers quoi la vie – et le monde – te porte naturellement. Puis marche pas à pas. La direction pourra changer. Mais demeure fidèle aux mouvements qui surgiront naturellement. Et aux rythmes qui guideront ton allure.

L'emboîtement des pas dans le silence. Ou comment laisser l'individualité s'épanouir selon sa sensibilité et ses prédispositions en demeurant au sein de l'espace de présence impersonnel...

 

 

Regarde le monde. Regarde les formes naturelles. Que font-elles ? Elles vivent selon leur nature. La rose vit simplement – et naturellement – son existence de rose. Rien n'est plus aisé pour elle. Elle se laisse mener par les lois naturelles qui régissent son destin (son destin de rose). L'homme* a toujours été si emprunté en matière d'existence... se posant toujours mille questions idiotes et inutiles*...

* Illustration probante de l'entre-deux humain : l'homme jusqu'à aujourd'hui s'est toujours situé à la jonction de ses instincts organiques (de ses besoins instinctuels d'animal) et de ses caractéristiques préconscientes induites par sa cognition et ses capacités balbutiantes d'interrogation et de distanciation...

 

 

Exercice individuel (sensibilité, affinités et prédispositions) : présence, profondeur et tranquillité. Philosophie, poésie et écriture. Solitude, consistance et simplicité. Quotidienneté, rusticité et dépouillement. Sérieux, austérité et autonomie(1). Liberté, oisiveté(2) et contemplation. Chiens, nature(3), marche et bâton martial(4) .

(1) Pas totale ni complète, bien sûr, au vu de l'interdépendance des formes phénoménales...

(2) Au sens noble du terme... heures libres et longue plages d'instants de vie pure...

(3) Espaces sauvages...

(4) Bâtons japonais (Bō et Jō).

 

 

Et pourquoi ne pas simplement s'allonger au soleil. Et vaquer à ses nécessités – selon les exigences du quotidien et les activités vers lesquelles on est naturellement porté* – en posant un regard bienveillant sur le monde et en usant de gestes et de paroles justes, tendres et réconfortants à son égard en attendant que les circonstances impulsent les pas...

* Ou vers lesquelles la journée nous porte naturellement...

 

 

Tant d'êtres – et tant d'hommes – se battent et se débattent avec la vie. Avec leur vie. Nous tous en vérité. Et je songe à quelques auteurs (lus ou, plus ou moins, lus) : Georges Haldas et ses Carnets de poésie, César Pavese et son célèbre Métier de vivre, Primo Levi et son fameux Si c'est un homme, Fernando Pessoa et son Livre de l'intranquillité et à bien d'autres encore qui nous exposent parfois par le menu (ou de façon synthétique) les affres de leurs combats, la misère de leur quête. Et de leur vie. Leurs minuscules victoires. Les leçons (les pauvres leçons souvent) tirées de leur expérience. Leur compréhension de l'existence. Et du monde. Leurs espoirs et leur désespoir. Bref, le destin commun des hommes. Je songe aussi aux guides et aux manuels de sagesse : les philosophes antiques, le Manuel d'Epictète, les Pensées de Marc-Aurèle, mais aussi celles de Pascal, les Essais de Montaigne etc etc qui tentent de déchiffrer et de décrypter le vrai, le juste et le réel afin de parvenir au Bien souverain... Et puis je songe aux livres de lumière – rares et précieux – qui éclairent celui qui comprend mais qui plongent sans doute les autres – tous ceux dont le cœur est encore trop immature pour comprendre – dans un abîme d'effroi, d'efforts, d'espoir et de désespoir. Les êtres – et les hommes – n'en ont donc pas fini de se battre et de se débattre avec la vie. Avec leur vie. Une longue route les attend... Mais ne doutons pas un instant – un seul instant – que ce cheminement les mènera pas à pas vers la compréhension. Vers la joie et l'Amour. Vers la paix, l'intelligence et la lumière...

 

 

En habitant l'impersonnel*, on ne devient pas un surhomme. On voit l'homme – sa fragilité et sa misère – avec lucidité. Et on l’aime tel qu'il est. On le réconforte et l'assure de notre amour inconditionnel pour qu'il puisse (un jour peut-être...) grandir et mûrir afin d'apprendre à son tour à aimer sans condition.

* L'espace de présence impersonnel...

 

 

Du monde, il ne restait rien. Quelques ruines. Vestiges des civilisations barbares des premiers millénaires.

Serait-ce le début d'une histoire ? Oui, peut-être... Et qu'importe ! Mille histoires ne feront – et n'offriront – jamais un instant plein. Aussi à quoi bon écrire des histoires...

 

 

Une marche humble et lente. Ainsi chemine le sage en toutes contrées.

 

 

La solitude de l'homme n'est rien – elle est même totalement inexistante – en comparaison de la solitude du regard face au monde...

  

 

Trois petits tours sur l'horizon – sur la petite ou la grande scène du monde. Quelques caresses et quelques coups. Et les formes disparaissent...

Et qui sait non combien dure* mais combien demeure le regard ?

* Le regard ne peut durer puisqu'il ne s'inscrit dans aucune temporalité...

 

 

Jour après jour. Semaine après semaine. Mois après mois. Année après année. Les cheveux poussent et blanchissent... Et toi, qu'as-tu fait de tes heures ?

 

 

Qu'a-t-on à partager avec les hommes ? Quelques paroles futiles ? Quelques propos frivoles autour d'un verre ? Les actualités du moment ? Un repas de fête bien arrosé ? Quelques affinités, quelques projets ou quelques souvenirs en commun ? Non, rien de tout cela. On leur tend parfois la main – un geste sans doute bien maladroit – mais à la joie, à la consistance et à la profondeur, ils préfèrent le rire, la légèreté et l'insouciance... Aussi que peut-on faire pour eux ? Sinon les aimer à distance du fond de notre solitude...

 

 

La misère(1) fait partie de la vie de l'homme(2). Seul le regard – le regard impersonnel – peut la transcender. Et la transformer en joie lucide et assumée. En paix bienveillante et réconfortante...

(1) La misère organique et psychologique.

(2) Et, plus généralement, de la vie terrestre...

 

 

Pour les yeux*, l'existence – et le monde – se balancent sans cesse entre le misérable et le merveilleux. Ce qu'ils sont, l'un et l'autre, fondamentalement selon le prisme perceptif (et le filtre psychologique) adopté. Quant au regard, il voit ce qui est : l'existence, le monde, l'angle de vue et la coloration psychiques tels qu'ils sont. Et se manifestent...

* Pour le psychisme – la perception psychique ou mentale...

 

 

Vivre dans la solitude. Et devoir parfois traverser l'hostilité des jours – et du monde – sans appui, sans soutien ni réconfort. Sans autre amitié que la sienne. Sans autre confident que son carnet. Ne pouvant compter que sur soi, la présence, la nature et ses frères naturels. Pourrais-tu vivre ainsi ?

Oh ! Bien sûr, il nous arrive de souhaiter rencontrer un semblable – un cœur semblable. Mais où se trouve-t-il sur cette terre ? Comme il nous arrive de penser à la longue lignée des ermites – et à sa merveilleuse figure de proue, Han Shan ! Et cette idée de communauté – trans-temporelle et trans-géographique – nous console de nos ponctuels(1) chagrins de solitaires.

Mais il y a aussi le ciel, les nuages, les arbres, les montagnes, les herbes, les insectes, les oiseaux et la bouille radieuse de nos compagnons à quatre pattes qui nous préservent des trop lourds stigmates de la solitude car il n'est pas toujours aisé pour un homme – quand bien même il est amené à fréquenter Dieu(2) régulièrement sinon quotidiennement – de vivre éternellement en sa compagnie. Et de vivre à chaque instant en bonne intelligence et en parfaite harmonie avec les circonstances. En particulier lorsque la période se montre difficile, douloureuse ou pesante pour on-ne-sait-quelles obscures et lumineuses raisons... même si, de toute évidence, l'exercice de la solitude est bien moins délicat et éprouvant que l'existence vécue dans la compagnie des hommes...

(1) Et parfois profonds...

(2) Ou, si vous préférez, à habiter la présence impersonnelle...

 

 

La présence. Habitante de l'instant. Et témoin du jour. Et du monde.

 

 

Le ciel et un chemin. Des pierres et des herbes. Un sac* et un bâton. Un pas après l'autre. Ah ! Que la marche – et la vie – sont simples et belles !

* Avec quelques nécessités...

 

 

As-tu remarqué la lumière sur les collines ? Et la lueur qui brille dans tes grands yeux sombres ?

 

 

Le monde, bien sûr, est un incroyable réseau énergétique. Et en son sein, la vie, un incroyable réseau organique. Mais avec l'homme est né un incroyable réseau matériel et communicationnel, réflexif et émotionnel qui a ouvert le champ des possibles. Et bien qu'il soit à l'origine de quelques progrès, son expansion a progressivement asservi l'homme, déjà soumis à de multiples dépendances énergétiques et organiques incontournables, en créant d'innombrables – et toujours plus nombreuses – dépendances psychologiques (qui finissent d'ailleurs toujours, tôt ou tard, par se transmuter en dépendances matérielles et organiques). En réalité, le développement de ce réseau n'a jamais cessé de réduire l'individu à un rôle de maillon – d'infime (et de toujours plus infime) maillon – dans un système de plus en plus complexe et monstrueux. L'éloignant ainsi, au fil des siècles et « des progrès », de toute possibilité d'autonomie et de toute souveraineté sur son existence...

Combien d'hommes aujourd'hui pourraient-ils vivre hors de ce réseau omnipotent, invasif et tentaculaire ? Combien d'entre nous pourraient-ils vivre sans compagnie (humaine et autres....), sans électricité, sans eau courante, sans réseau routier, sans véhicule (en tous genres), sans chauffage, sans médecin, sans boulanger, sans médicament, sans produit de beauté, sans banque, sans plombier, sans architecte, sans supermarché, sans smartphone, sans écran, sans internet etc etc etc(1). Combien pourraient-ils vivre sans les innombrables commodités du monde moderne ? Très peu en vérité. Et en dépit de quelques mouvements de résistance à cette généralisation progressive et inéluctable du réseau – comme les « off the grid » ou « les survivalistes » (entre autres exemples) –, les individus autonomes se raréfient. Et il y a fort à parier que leur nombre fléchira encore à l'avenir. Au point peut-être (au point sans doute ?) de disparaître un jour(2) car le réseau se développe de façon si envahissante dans toutes les sphères de l'existence, créant tant de « nouveaux besoins » qu'il apparaît bientôt incontournable. Si incontournable que nul ne peut plus dès lors s'en soustraire.

Notre propos n'est pas, bien sûr, de s'interdire ou de se priver de ces progrès(3) mais d'en user avec un esprit de liberté et de ne se livrer aux activités qu'ils offrent ou permettent qu'avec détachement et sans accoutumance afin de ne pas asservir, ne pas avilir, ne pas rétrécir et ne pas complexifier inutilement notre existence.

(1) La liste est très longue...

(2) Dans un avenir pas si lointain peut-être...

(3) Ce qui serait un non sens au vu de l'évolution naturelle du monde...

Une chose en nous place l'autonomie – et la simplicité – au rang des plus belles et des plus dignes qualités. Et elle s'attriste donc de cet amer constat. Et de cette évolution sans doute inexorable...

Vivre dans un esprit d'autonomie – et de simplicité – est pourtant, à nos yeux, le garant d'une certaine forme de perspective généraliste et interdisciplinaire qui offre à l'homme non seulement la capacité d'agir seul de façon à pouvoir tout faire – ou du moins l'essentiel – par soi-même mais aussi de pouvoir faire face de façon indépendante à toutes les situations de la vie dans tous les environnements du monde.

Se priver de cette perspective généraliste et interdisciplinaire est non seulement la porte ouverte à l’hyper-spécialisation mais aussi la voie royale à l'abêtissement général et à la réduction conséquente des capacités individuelles (de tous ordres). Et à voir l’accélération insensée des progrès et la généralisation de cette mise en réseau, peut-être serons-nous bientôt contraints (sauf à s'exclure radicalement de la société humaine) de vivre dans la maladive dépendance de tout et dans la pathologique dépendance des autres pour survivre comme des êtres toujours plus fragiles, bancals et incomplets dans la masse étouffante, pris au piège jusqu'au cou dans cette somme d'intrications ankylosantes...

 

 

L'homme ne trouve sa grandeur que dans la solitude. Mais il ne peut la faire rayonner – et lui donner sa pleine mesure – qu'à travers le monde.

 

 

On juge (et reconnaît) la qualité d'un être – et d'une société – à la façon dont ils considèrent et se comportent à l'égard de la différence, de la singularité et des minorités(1). Plus ils se montrent ouverts et accueillants (et, a contrario, moins ils agissent de façon discriminante ou ostracisante), plus ils font preuve d'un degré élevé de sensibilité et d'intelligence(2).

(1) Quelles qu'elles soient...

(2) Et plus ils se font, accessoirement, le reflet des lois divines...

 

 

Ô forces naturelles qui déplacez les montagnes, les rivières et les océans, autorisez-nous à rejoindre votre cours. Et à nous unir à votre puissance...

 

 

L'homme est un infime et magistral trait d'union entre les forces de la terre(1) et la sagesse du ciel(2). Mais combien de millénaires devra-t-il encore œuvrer pour marier les deux en un parfait mélange – et en devenir l'exact reflet ?

(1) L'énergie.

(2) La conscience.

 

 

Marche dans la nature. En solitaire. Fréquente les forêts et les montagnes désertes ou sauvages. Et tu apprendras l'humble – et la merveilleuse – condition de l'homme où le factice et le visage conquérant deviennent d'ineptes et inutiles panoplies. Munis-toi du strict nécessaire : de quoi boire, manger, dormir et t'abriter. N'est-ce pas là suffisant à ta vie – et à ton bonheur ? Et de cette existence simple et humble – de cette existence pleine – pourra naître la joie...

 

 

Lorsque le regard se fait grâce, le monde émerveille.

 

 

Accorde-toi à la nature, aux saisons, aux rythmes et aux cours naturels des choses. Et ton existence sera juste.

 

 

Vois simplement ce qui est. Et s'il y a lieu, agis en conséquence...

 

 

De la simplicité et de l'épure naît la justesse. Et de l'accord à la nature et aux cours naturels des choses naît l'harmonie. Justesse et harmonie sont le reflet de la beauté, de l'Amour et de l'intelligence. Et de la terre et des êtres, le Divin n'attend autre chose...

 

 

Depuis des millénaires, le monde s'agenouille et se prosterne devant ses idoles. Et Dieu, éminemment seul, patiente en silence. Sans tristesse ni impatience. Encourageant sans rudesse les regards à ne plus se méprendre. Ne blâmant pas même le commerce des idoles*...

* Comme toute activité, le commerce des idoles n'empêchera jamais ceux qui ont le cœur mûr d'embrasser le visage de Dieu. Comme il ne leur permettra jamais d'y accéder. Quant aux autres, quoi qu'ils fassent, leur cœur est encore trop immature – et encombré – pour le découvrir ou l'apercevoir...

 

 

Vis sans repère ni référence. Et ton existence sera libre et spontanée...

 

 

Simplifie ton existence. Recentre-toi sur l'essentiel. Ne conserve que le nécessaire. Et ne subsistera que ce dont ta nature a besoin...

 

 

Arpenter la terre avec un esprit d'ouverture et de paix. Marcher au sein de contrées sauvages et naturelles avec le regard et le pas humbles et nus, je ne connais de plus belle – et de plus saine – activité pour un homme.

 

 

Assis à la même place depuis des siècles, le vieux sage regardait le monde et les saisons défiler. Tant de cycles et de costumes il avait observés au cours de sa longue existence. Mais son regard demeurait inchangé : doux, ouvert, innocent et accueillant. Ne blâmant jamais les modes ni le climat. Ôtant ou réajustant simplement de temps à autre le vieux châle qui lui couvrait les épaules.

 

 

La lune se couche sur l'horizon. Le vent emporte les nuages derrière la montagne. Les oiseaux rejoignent leur nid. Les arbres veillent sous le halo lumineux. Tout est paisible. Le regard est en paix.

Le soleil se lève sur l'horizon. Le vent pousse les nuages vers la montagne. Les oiseaux s'élancent vers le ciel. Les insectes disparaissent sous la terre. Le feuillage des arbres s'affole sous les bourrasques. Les yeux s'inquiètent, les jambes courent et les cœurs s’enflamment. Le regard est en paix.

 

 

Les oiseaux – comme tous les autres animaux – ne se plaignent ni du vent ni de la pluie. Ni de la chaleur ni du froid. Ni même des prédateurs. Ils s'accordent aux saisons et au climat. Au grand cours de la vie. Et à ses cycles. Ils peuvent en souffrir mais ils vivent avec justesse. Libres et pleinement vivants. En harmonie avec la nature.

Il n'appartient pas à l'homme de s'accorder à quoi que ce soit*... Ni au climat, ni aux saisons. Ni à la nature. Ni à la vie. Il bâtit, invente, se protège, s'approprie et utilise toujours plus que de raison. De cette inclination naît le progrès. Ses écueils et ses excès... Qui provoqueront soit le dépassement de son état naturel. Soit sa perte...

* Si ce n'est à ses exigences psychiques...

A-t-on déjà vu un animal posséder quelques biens ? Non ! Bien sûr ! Il naît, vit et meurt dans la plus parfaite nudité. Dieu l'a pourvu des vêtements adéquats et lui offre de quoi se nourrir et s'abriter. Rien d'autre ne lui est nécessaire...

 

 

[De l'encombrement : parenthèse grise et brumeuse]

Vient cette heure que je redoutais tant. Mon regard – et mon âme – ne sont plus capables de poésie. Comme si le ciel m'avait exilé. Et je me morfonds en gémissant dans ma vie grise et misérable... traînant mes yeux dans quelques livres de lumière et mes guêtres sur quelques chemins printaniers. Mais je le sens bien : le cœur n'y est plus...

 

 

Sans le ciel, tout me paraît vide et fade. Sans attrait ni couleur. Comme si la grisaille avait tout recouvert. Les heures me semblent tristes et vaines. Si tristes. Et si vaines. J'erre tout le jour comme un fantôme avide et nostalgique du temps glorieux où le regard teintait le monde de merveilleux...

 

 

Terre d'abstinence que le désir ressuscite. Et qu'il transforme aussitôt en aire de jeux répugnante...

 

 

Dans son lit d'infortune, il baillait. Indifférent aux heures grises ou ensoleillées. Ne sachant que faire de son corps pesant et de son existence morne. Il ne songeait qu'au sombre à venir. Oubliant même la malice dont Dieu avait habillé son regard.

 

 

Et pourtant il sentait la joie toute proche. A portée de main. Si proche de son regard absent. Mais il avait recouvert la nudité de soucis illusoires et d'encombrements inutiles. L'avenir ne fléchirait pas. Il savait le présent souverain. Mais sa gloire était loin aujourd'hui. Il la voyait fuir à grandes enjambées vers le futur incertain.

 

 

La volubilité des yeux le martyrisait. Mais que pouvait-il faire face au désordre et à l'amassement ? Il se sentait si embarrassé. Si emprunté face aux déconvenues. Son cœur était trop faible pour encaisser le poids de l'inutile. Et trop chargé encore pour retrouver l'innocence et la nudité de l’accueil. Fallait-il qu'il se laisse mourir une nouvelle fois ? Combien de trépas avait-il déjà traversés ? Et cette pensée lui glaça les sangs. Tétanisé à l'idée de se dépouiller encore du peu qui lui restait... Et il savait pourtant que c'était là l'unique passage. La seule possibilité pour renaître plus nu encore. Mais la peur, malgré tout, restait toujours aussi vivace... Mourir. Tant de fois. Mourir encore. Mourir toujours. L'âme inépuisable survivrait. Deviendrait plus belle. Et plus mûre. Il en était certain. Mais que de frontières à franchir pour le cœur...

 

 

A chaque instant, il fallait retrouver l'innocence. La nudité et la virginité. Jamais acquises. Jamais. Démêler les nœuds qu'inlassablement le cœur édifiait avec la complicité diabolique de l'esprit. Et ses sempiternels encouragements. Sans cesse défaire la trame. Sans cesse dénouer les fils. Sans cesse redécouvrir le regard nu. Sans cesse. Comme Sisyphe se délestant – ne cessant jamais de se délester tout au long de sa misérable existence – de son rocher invisible...

 

*

 

Lorsque la parole s'écoule avec lenteur, il lui faut parfois des heures – et parfois même des jours – pour mûrir dans le silence. Dans le silence du regard et de la promenade. Avant qu'elle ne puisse s'exposer sur les pages de ce carnet. Et d'autres fois, elle coule avec limpidité et fluidité presque sans discontinuer – presque sans se tarir – au cours de notre escapade quotidienne. Passant du regard au cœur, puis du cœur à la main qui la dépose sur la page. Et le temps de la noter sur ce carnet, cette parole occupe la totalité de l'espace et du silence. Et bien qu'elle émane de la paix et de la nudité, sa retranscription est presque comme un instant qui leur est dérobé... Mais quel que soit le flot de la parole – et son intensité –, on doit respecter son rythme. Et se faire aussi humble que possible pour la recevoir et la retranscrire avec justesse et fidélité. Sinon écrire ne consiste qu'à noircir du papier. A remplir la page de mots inutiles et sans consistance...

 

 

Seul le sage est riche de l'invisible. Et, très souvent, pauvre du visible. Sans pour autant se retrouver démuni face à lui... Le sage a l'esprit du débutant. Vide, vierge et innocent. Mais il a le cœur ouvert et avisé. Confiant face aux circonstances et apte à laisser le non savoir – l'esprit du non savoir – impulser les pas, les gestes et la parole...

 

 

Plus l'être devient simple, nu et dépouillé – et plus le cœur, l'esprit et l'existence le deviennent –, plus l'âme se rapproche du ciel. Et se réjouit.

Cette réjouissance tire sa source du sentiment de s'ouvrir à toutes les forces célestes. A toute la puissance et à toute la sagesse du Divin. Comme si elles se déversaient avec plus d'aisance dans le réceptacle de plus en plus vide et réceptif que l'on apprend à devenir*... Et de cette grâce offerte par l'humilité et le dépouillement, on éprouve une grande joie...

* Selon l'état – parfois fluctuant – d'encombrement...

 

 

Le regard peut revêtir différentes qualités : qualité de présence (liée principalement à la tête et au cœur) et qualité d'être – et de relation au monde et à l'Existant – (liée principalement au cœur, au corps et à l'environnement).

La qualité de présence dépend substantiellement du degré d'identification(1) du regard à l'esprit et au cœur. Mais également du degré de nudité (ou d'encombrement(2)) et du degré d'humilité de l'un et de l'autre. Plus le regard est nu, désidentifié, vierge, dépouillé, vide, innocent et ouvert, plus la qualité de présence est élevée. A contrario, moins il l'est, plus l'être est, agit et se comporte en mode égotique et automatique, plus il se montre restreint et fermé. Avide et en attente par rapport à la vie et au monde pour qu'ils lui offrent matière à plaisir, à distraction et à divertissement (pour le détourner de lui-même, de son ennui et de ses propres manquements).

(1) Capacité de distanciation à l'égard des pensées et des émotions.

(2) Pensées et émotions plus ou moins invasives...

Quant à la qualité de l'être, elle dépend essentiellement du degré de sensibilité et du degré de sensorialité (les deux semblent a priori peu liés...). Le degré de sensibilité se caractérise (et peut se mesurer) par le degré de tendresse et de gratitude – que l'on pourrait synthétiser en degré d'Amour pour ce qui est, pour le monde et l'Existant. Plus le degré de sensibilité est élevé, plus l'être est ouvert et accueillant à l'égard de ce qui est, des êtres, du monde et de la vie. De tout ce qui surgit. Plus il éprouve de tendresse pour tout ce qui existe et se manifeste (et même, bien sûr, pour ce qui semble préjudiciable aux formes ou à lui-même). Et, a contrario, plus le degré de sensibilité est faible, plus l'être est fermé et exigeant. En attente et en demande par rapport à la vie, aux autres et au monde. Quant au degré de sensorialité, il pourrait se définir comme la capacité à ressentir le corps, les énergies corporelles et environnementales. Plus le degré de sensorialité est élevé, plus l'être ressent avec force et intensité les mouvements – jusqu'aux plus imperceptibles mouvements – corporels et énergétiques. Plus ces mouvements sont en mesure d'être ressentis profondément et finement, plus le corps – et plus l'être – se sentent comblés. Et, a contrario, moins ces mouvements sont ressentis, plus l'être est avide de sensations, de changements et de nouveautés.

 

 

Vivre en solitude – et dans un esprit d'autonomie – signifie pouvoir toujours compter sur soi. En toute occasion. Et devoir le cas échéant prendre en charge ses propres défaillances. Défaillances de tout ordre : corporel, physiologique, psychologique, spirituel, matériel et environnemental...

 

 

En marchant dans les collines, le bâton à la main – et en pratiquant quelques exercices martiaux entre deux fragments sur la solitude et l'esprit d'autonomie notés sur mon carnet –, me vient cette idée un peu saugrenue de comparer un individu à une nation. Et de définir pour moi-même – et mon propre usage – le type de gouvernement dont je suis affublé et le mode de fonctionnement et l’œuvre des différents ministères dont j'ai la charge pour conduire le petit bonhomme dans son existence (tous les aspects du petit bonhomme dans toutes les dimensions de son existence). Oui ! Voilà une idée un peu singulière ! Mais je ne peux résister au plaisir de l'exposer ici (de façon résumée) :

 

Le gouvernement : un surprenant mélange d'autocratie éclairée à la fois ouverte et autarcique et parfois un peu véhémente et bourrue, de théocratie laïque, libérale et non dogmatique et de roi fainéant (qui déteste et rechigne à gérer les contingences existentielles, à administrer un budget et à se prêter à toute exigence administrative : remplir le moindre papier ou le moindre formulaire le confine au supplice...).

 

Le ministère des affaires étrangères : ouvert (très ouvert) sur le monde (le monde naturel) sauf en matière de relations avec les hommes où l'on se montre plutôt fermé (et parfois même très fermé). Et où les rapports humains sont rares et ponctuels...

 

Le ministère de la défense : quelques restes (un peu décatis) de pratique martiale. Et le bâton japonais. Un point, c'est tout ! La porte de la maison est toujours ouverte – jour et nuit (à quelques exceptions près*...)

* Lorsque l'on s'absente pour une longue période par exemple...

 

Le ministère de l'éducation (et de la recherche) : apprentissages divers, quasi permanents et tous azimuts (j'aime apprendre... apprendre et découvrir : des mots, des savoirs, des disciplines et des champs nouveaux comme aujourd'hui, par exemple, où un changement de vie (et de mode de vie) m'incite à apprendre quantité de choses sur les lois, l'urbanisme et moult pratiques de construction, de rénovation et de fabrication en électricité, plomberie, charpente etc etc (moi qui ai pourtant toujours détesté le droit et bricolage...). Sans compter, bien sûr, l'incroyable appétit pour la vérité et la vraie vie* à traversla quête métaphysique qui m'a toujours profondément habité...

* La vie pleine (joie, plénitude et sentiment de complétude).

 

Le ministère de l'économie et des finances : pauvre, frugal mais rigoureux. Pas plus de dépenses que de recettes. L'argent n'a aucune importance... Assurer la satisfaction des nécessités premières, voilà sa seule fonction*...

* Dans ce maudit système où nul ne peut vivre sans un minimum pécuniaire...

 

Le ministère de la justice : honnêteté, probité et aspiration à la parfaite équité (en tous domaines). Toujours droit dans ses bottes...

 

Le ministère de l'intérieur : un cadre large (voire très large) mais rigoureux. Malgré quelques règles précises dans certains domaines, une grande libéralité – et parfois même du laxisme – dans ce cadre. Avec une assise de l'autorité parfois virulente en cas de franchissement de ligne...

 

Le ministère des affaires sociales : totale exécration des inégalités. Equité absolue. Toujours prêt à rendre service en cas de nécessité. Offre volontiers ses savoirs, ses expériences et sa connaissance (malgré une demande timorée...)

 

Le ministère de la jeunesse et des sports : Marche quotidienne. Et bâton martial (de façon régulière).

 

Le ministère de la culture : Amour et pratique des livres. Et de l'écriture.

 

Le ministère du travail : totale abomination du travail au sens conventionnel du terme. Mais pour autant, travail permanent – et de chaque instant – en matière de pratique spirituelle et d'écriture. Une besogne ancrée dans la quotidienneté. Pas de frontière (jamais de frontière) entre la vie, la spiritualité, l'écriture et le quotidien...

 

Le ministère de l'écologie et de l'environnement : amour profond et immodéré (presque incommensurable) pour les animaux et la nature. Pour tous les espaces sauvages et naturels. Et pour tous les animaux – du puceron à l'éléphant, du moustique à la baleine avec une forte prédilection pour les canidés et, en particulier, pour les chiens.

 

Le ministère du logement : petit coin tranquille dans la nature. Confort rustique. A l'écart de la société des hommes.

 

Le ministère de l'agriculture : denrées basiques et alimentation végétarienne. Avec petit jardin biologique et quelques fruitiers à venir (sans doute très prochainement...).

 

Et enfin le ministère des transports et des télécommunications(1) : marche (essentiellement), véhicule(2) (pour les nécessités), téléphone portable préhistorique ultra basique (avec un usage très modéré) et ordinateur portable connecté.

(1) Dans son appellation un peu désuète...

(2) Et le train pour les très rares voyages au long cours...

 

 

Ah ! Nos pauvres gestes du quotidien : préparer le repas, balayer la maison, faire la vaisselle, se mettre à table, boire, manger, uriner, déféquer... le moindre de nos mouvements (et Dieu sait combien nous en faisons au cours d'une journée...) respire à la fois la misère et la grâce... Question de regard (ou même, plus basiquement, de point de vue) bien évidemment...

 

 

En consultant quelques sites sur l'autoconstruction (cabane, écodome, petit chalet en bois...), je découvre un univers inconnu. Et une communauté assez informelle d'hommes et de femmes à l'ingéniosité et aux savoir-faire parfois époustouflants. Très encline à partager (à partager gracieusement) ses connaissances et son expérience. Cette mutualisation gratuite des compétences (via internet) est fabuleuse. Et très émouvante. Mais aussi très rassurante pour l'avenir de l'humanité...

En revanche, je note qu'il y a, bien souvent, dans cette sphère néo-rurale, débrouillarde, citoyenne, fraternelle et indépendante un abus de langage manifeste et très répandu concernant la notion d'autonomie. Notion qui constitue en général l'un des fondamentaux – voire le pilier central – de leur existence. Beaucoup arborent – et revendiquent même – avec fierté et un esprit rebelle et écologique (bien compréhensible) leur autonomie vis à vis du monde, de la société et des divers réseaux (eau, électricité, chauffage, assainissement etc etc). Mais comment oublier que l'autonomie ne peut être que relative ? Ne serait-il pas alors plus juste de parler d'esprit d'indépendance et d'autonomie ? Même ceux qui parviennent à s'autonomiser et à « s'isoler » de la plus parfaite façon, ne peuvent prétendre qu'à une forme relative d'indépendance vis à vis du monde, du système sociétal et de ses réseaux technologiques et de commodités. Personne ne peut être totalement – et parfaitement – autonome. Nul ne peut vivre 3 minutes sans air, 3 jours sans eau et 3 semaines sans nourriture. Sans compter, bien sûr, les innombrables interactions et échanges sociétaux, humains et non humains auxquels nous contribuons tous et dont chacun bénéficie. N'oublions pas que nous ne sommes que des formes interdépendantes. Et aucune d'entre elles ne peut vivre – et moins encore prétendre exister – de façon autonome. Ce qui ne les empêche nullement, bien entendu, de pouvoir mener une existence avec un esprit d'indépendance et d'autonomie...

 

 

Soudain une tempête étoilée dans ses grands yeux sombres. Comme de petites flammèches de joie éclairant l'obscur de l'âme...

 

 

Qu'y a-t-il à comprendre du monde ? Rien. Trois fois rien. Peut-être quelques lois et quelques règles pour son usage. Mais le monde se moque bien d'être compris. Il ne demande qu'à être aimé. Et écouté.

 

 

Plusieurs centaines de marguerites ont élu domicile dans le jardin. Petites, fragiles et délicates, elles se sont installées sur la vaste étendue herbeuse qui entoure la maison. Dansant avec gaieté dans le vent frais du jour. Si vaillantes dans le printemps. Et si innocentes sous le ciel. Plus qu'un tableau printanier, une merveille de la terre. Admirable. Et émouvant. Offrant à la folie et à la misère de ce monde mal en point un peu d'innocence. Un peu de beauté et de poésie. Les yeux ne se lassent pas de leur présence à la fois discrète et magistrale. Et de leur candeur qui réjouit le cœur. Et enchante l'âme.

 

 

Hormis le potentiel(1) qu'il recèle – et l'actualisation de ce potentiel –, il y a (bien souvent) peu de choses réjouissantes(2) dans le cœur d'un homme.

(1) Le potentiel d'Amour et d'intelligence...

(2) A l'exception de quelques traits et caractéristiques liés à ce potentiel et à son actualisation...

 

 

Que dire d'autre que la vie – la vie qui est là devant soi ? Et la façon dont elle touche le cœur ?

 

 

Il n'y a rien de plus émouvant qu'un homme qui se livre à cœur ouvert en se moquant de la bienséance et des conventions. Qui cherche le vrai, le juste et le bon dans le marécage de l'existence, du monde et des pensées. Et qui n'aspire qu'à vivre – et à goûter – simultanément toute l'épaisseur et la légèreté de la vie. Sa parole sera toujours belle et authentique. Et d'émotion, on l'embrasserait. Et le remercierait pour sa maladresse et sa fragilité. Pour sa quête désespérée – et parfois désespérante – de consistance, de joie et de vérité...

 

 

Ecoute les chants du monde. Les plus beaux sont les plus silencieux. Et les plus émouvants ceux qui savent se faire discrets – presque imperceptibles...

 

 

Pourquoi aspires-tu – et pourquoi les hommes aspirent-ils – à donner un sens à leur vie* ? A emplir leur existence de ceci et de cela ? Les fleurs se soucient-elles d'elles-mêmes ? De connaître leur rôle ? De savoir de quoi sera fait demain ? Non ! D'un geste – d'un coup de vent –, elles balayent ces balivernes pour offrir au monde leur présence et leur beauté. Et dans cette innocence peuvent resplendir leur essence et leur grâce. Jusqu'à la plus infime parcelle de leur nature divine.

* Oui, on en comprend les raisons profondes et les mécanismes psychiques à l’œuvre mais quelle maladresse – et quelle absurdité parfois...

 

 

Il y a de nombreux instants merveilleux de solitude où la terre et le ciel se réunissent en notre cœur. Et qui amènent avec eux un surcroît de joie et de légèreté. Ces moments de grâce arrivent souvent au cœur de la nature – toujours fraîche et vivante. Et lorsque le cœur est assez vide pour les recevoir...

 

 

La mission de tout homme est de découvrir – et d'accomplir – la tâche pour laquelle il est né. Malheur à celui qui ne parvient à la trouver. Ou qui la trahit pour de fumeux ou fallacieux prétextes.

 

 

Mon regard glisse entre le vert des champs et le gris du ciel. Sur la ligne d'horizon où se dessinent les collines. Et je vois soudain la main de Dieu me saluer. Je lui réponds d'un sourire. Et le remercie de m'apprendre à reconnaître partout les signes de sa présence...

 

 

Dans leur bâtisse, les hommes se protègent du soleil et des ondées. De l'hiver et de l'été. Lissent les effets du climat et des saisons. Se coupent de leur nature originelle. De la vie et de ses cycles. Et après ils viennent vous parler des plaisirs du grand air...

 

 

Dans les fossés, l'herbe est aussi verte que celle des prés et la pelouse des jardins. Mais elle a sur elles quelques avantages : elle est libre de pousser – et de vivre – comme elle l'entend. Et elle est dotée de cette force brute magnifique qui caractérise si bien l'instinct sauvage.

 

 

Vivre en présence. A l'abri des saisons et des heures où l'instant est le seul souverain. Unique terrain et unique témoin de ce qui est...

 

 

Un seul homme. Et le monde resplendit de beauté. Deux hommes. Et déjà le désastre s'annonce...

 

 

Les hommes ne savent pas à quels saints se vouer. Il y a tant de diableries dans leur cœur. Et dans leurs gestes. Et Dieu pourtant est si proche... Mais l'aveugle vivant en pleine lumière ne demeure-t-il pas lui aussi dans la plus profonde obscurité ?

 

 

Un pas. Puis un autre pas. Un geste. Puis un autre geste. N'est-ce pas ainsi que se bâtissent les œuvres et les cathédrales ? Que s'édifient le monde et les existences ? Avec l'approbation du ciel émaillée parfois de quelques courroux bienveillants que nous prenons – à tort – pour des détours, des épreuves ou des embûches...

 

 

Y a-t-il en ce monde plus libre qu'un oiseau* allant là où le vent et les saisons le portent ? Sur cette terre rares sont ceux qui ont su se parer de plus de nudité et de dépouillement. Et j'envie en secret cette existence si simple. Et si épurée.

* Un oiseau sans nid ni progéniture...

 

 

Cette part de l'âme qui ne demande qu'à être libérée pour s'ouvrir. Pourquoi si peu d'hommes sont-ils enclins à répondre à ses attentes ? Et pourquoi la plupart y rechignent-ils avec tant de fermeté* ? La vie – et le monde – deviendraient pourtant si beaux. Et si simples.

* Par manque de maturité d'esprit et de cœur, bien sûr...

 

 

Les hommes ont beau vénérer la technologie. Jamais un avion – ou tout autre objet volant – n'aura la grâce d'un oiseau.

 

 

Aux êtres et aux choses sans grâce, Dieu offre la sienne. Et s'il lui arrivait par mégarde d'en oublier quelques-uns, offrons-leur la nôtre...

 

 

Quelques hirondelles malicieuses virevoltent au dessus de nos têtes. Dessinant avec agilité de savantes et harmonieuses arabesques*. Indifférentes à nos yeux admiratifs.

* Hormis le sort réservé aux insectes qui composent leur menu, a-t-on déjà vu plus gracieuse façon de s'alimenter ?

 

 

Les événements douloureux (décès, accidents, pertes, maladies...) qui surviennent de façon soudaine et inattendue rappellent à l'esprit la grande fragilité – et la brièveté – de l'existence. Ils soulignent avec force que tout peut basculer d'un instant à l'autre. Et nous invitent à renoncer à toute certitude pour vivre l'instant (dans l’absence de constructions et de projections temporelles), nous qui avons la fâcheuse habitude de mener notre existence comme si tout (tout en nous – et tout autour de nous) était éternel...

 

 

En présence, l'homme est un instrument du regard au service du monde chargé de faire advenir l'Amour et l'intelligence. Et d'accompagner les êtres jusqu'à ce qu'ils deviennent eux-mêmes de parfaits instruments.

Sans présence – ou autrement dit avec une perception psychique ordinaire (si habituelle chez les êtres humains) –, l'homme est principalement un instrument au service de lui-même (et accessoirement un instrument au service du monde grâce à ses interactions avec les autres formes) qui tente de s'aider – et de s'accompagner – avec le plus d'amour et d'intelligence possibles. Dans la mesure de ses capacités. Et de sa compréhension. Et d'aider et d'accompagner également (mais souvent dans une moindre mesure) son entourage : les êtres qu'il considère comme les plus chers ou les plus proches...

Quant aux êtres sans perception (comme les végétaux par exemple) et les autres formes (comme les objets inertes*), ils constituent eux aussi des instruments au service du monde dans la mesure où leurs interactions et/ou leur utilisation contribuent non seulement au fonctionnement général mais participent également au bien-être ou au mal-être – et donc indirectement à l'intelligence et à l'amour – de ceux qui les environnent. Et de ceux qui s'en servent ou les utilisent...

* Entre autres exemples...

 

 

Il y a – il y a souvent – plus de beauté, de grâce et d'innocence dans une fleur (un merveilleux coquelicot par exemple) que dans le cœur d'un homme(1). Et leur fragilité et leur dénuement m'émeuvent bien davantage que la richesse, le pouvoir, l'abondance et le luxe(2) que la plupart d'entre eux édifient. Et tous les stratagèmes dont ils s'entourent pour se protéger ou se croire à l'abri...

(1) Que dans le cœur de bien des hommes...

(2) Que j’exècre...

 

 

Les hommes ont toujours façonné la vie – et fait en sorte de la maîtriser. Mais ils l'ont tant aménagée à leur goût qu'ils en ont étouffé la substance. Presque l'essentiel. Voilà pourquoi leur existence – et tout ce qui passe entre leurs mains – semble si éteint. Presque mort.

 

 

A l'heure du lever, les hommes dorment encore. A l'heure des travaux domestiques nécessaires au corps, ils travaillent à l'usine, au bureau ou au champ (avec leurs instruments mécaniques, électroniques ou informatiques). A l'heure de la sieste, ils retrouvent leur besogne. A l'heure de l'oisiveté salutaire et naturelle, ils poursuivent leur tâche et leurs travaux. A l'heure du coucher, ils veillent en somnolant devant leurs écrans. Et après ils s'étonnent – ou se plaignent – de mener une existence toxique, délétère et dénaturée...

Ah ! Pauvres humains ! Esclaves des temps modernes comme ils l'étaient déjà aux périodes antiques. Le joug, les fers et les chaînes ont peut-être changé. Mais les maîtres sont toujours les mêmes...

 

 

La vie ne dure que l'espace d'un souffle. Et l'on voit pourtant les hommes s'éreinter, se déchirer – et parfois même se tuer* de façon symbolique ou réelle – pour quelques histoires, quelques arpents, quelques rêves, quelques idées ou quelques espoirs. Passant l'essentiel de leur existence à courir après des chimères – et à les protéger une fois acquises. Des broutilles. Et de la pacotille... Des existences brumeuses et sans consistance. De la vapeur qui finit en buée sur la vitre du temps...

* Se tuer à la tâche ou s’entre-tuer...

 

 

La nudité est la seule posture que peut décemment adopter le regard. Et la seule vêture dont il peut s'habiller. Le reste n'est que folklores et encombrements. Efforts et surcharges inutiles.

 

 

Plus le temps passe, plus les nuages m'apparaissent comme les plus belles – et les plus émouvantes – créatures (les plus belles et les plus émouvantes formes) de ce monde. Et les plus représentatives. A la fois si réels et si irréels. Si denses et si légers. Si majestueux et si humbles. Si insignifiants et si essentiels. Si fragiles et si invulnérables. Si proches de la terre et si proches du ciel. Si changeants et si permanents*. Si éphémères et si éternels. Plus je les regarde, et plus je les trouve merveilleux. Si merveilleux que j'aimerais parfois faire de mon existence un nuage...

* Donnant une impression illusoire de permanence, bien sûr...

 

 

Le regard – et le ciel – témoins du terrain que représentent le monde – et la terre. Et de tous les mouvements qui s'y déroulent.

 

 

La vie est Une. Et si commune. Nous traversons tant d'épreuves ensemble. Et souvent les mêmes épreuves. Pourquoi ne sommes-nous donc pas plus attentifs les uns aux autres ? Plus bienveillants ? Plus aimants ? Et plus solidaires ?

 

 

Dans ce petit coin des urgences où l'on m'avait placé (et un peu oublié), j'assistais – patient et incrédule – à l'effervescence de la vie hospitalière ; les plaintes et les doléances des arrivants, leurs cris parfois, les conversations téléphoniques avec l'entourage, les incessantes allées et venues des pompiers, le va-et-vient du personnel, le professionnalisme bien huilé des internes, des infirmières, des aide-soignants, des brancardiers et des médecins, leur nonchalance, la routine de leurs pas et de leurs gestes, les procédures et les paroles automatiques, la lassitude sur les visages, les rires et les blagues, les échanges anecdotiques sur la vie des uns et des autres, le désœuvrement parfois, les fréquentes réunions informelles dans la salle réservée au personnel autour de la machine à café comme de régulières récréations nécessaires ou paresseuses. Devant moi s'étalait toute cette vie hospitalière grouillante et populeuse à l'image de la fourmilière où chacun est rivé à sa tâche – et à sa fonction –, délaissant avec régularité un soin – ou un patient – pour un autre. Revenant, le délaissant de nouveau, partageant une parole – une conversation – avec un collègue, un rire avec un autre, accueillant les nouveaux venus, prenant en charge les urgences vitales et reléguant les autres à une attente interminable en les confinant dans des box minuscules. Faisant tout simplement leur travail – et le faisant sentir aux pauvres naufragés des urgences – avec bien peu d'humanité à l'exception, il est vrai, de quelques rares soignants dont le regard et la présence révélaient avec évidence le dévouement et la volonté d'aider, d'accompagner au mieux, de soigner et de soulager la douleur de cette foule hétéroclite – de cette micro-société des urgences hospitalières.

Aujourd'hui je crains que l'hôpital ne soit devenu une usine comme – presque comme – les autres où les hommes, les malades, la douleur, la souffrance et l'inquiétude sont traités comme de la marchandise. Et des dossiers. Illustrations tragiques et symptomatiques de nos sociétés modernes dans cette ère de désengagement et de déresponsabilisation individuelle où sous couvert de professionnalisme, d'efficacité et de rendement, le système s'organise en standardisant, en protocolisant et en réifiant la vie et les actes. Les êtres et le vivant. Dans cette perspective – et dans ces conditions – la mort n'est jamais très loin... Pauvre monde. Pauvre – et triste – monde...

 

 

Le monde et les lieux n'ont aucune âme. Ce sont les êtres – et à travers eux la présence – qui leur en donnent une. Et il y a sur cette terre beaucoup d'hommes – et beaucoup d'endroits peuplés – qui brillent par leur absence d'âme...

 

 

Un grand nombre d'êtres n'est mu que par les automatismes et les conditionnements. Et il y a chez eux – et dans leurs comportements(1) – peu de qualité d'être. Et de présence. L'instinct(2) et le psychisme(3) gouvernent l'essentiel de leurs actes. Ils ne s’intéressent – de façon exclusive ou quasi exclusive – qu'à leur existence, à leur corps et à leur esprit(4) – ne s'occupant et ne se préoccupant que de leur confort et de leur bien-être, et, dans une moindre mesure, à ce qui touche ou concerne les formes (les êtres et les choses) dont ils se sentent proches ou qui leur sont nécessaires(5). A leurs yeux, seule cette infime part du monde a quelque importance. Et en dépit de quelques signes de politesse et de bienséance, de quelques aménités et des quelques manifestations de gentillesse ou d'altruisme qu'ils peuvent exprimer de façon fréquente ou occasionnelle, toute leur existence se construit sur – et tourne autour de – cette sphère minuscule. Ainsi fonctionnent l'essentiel des hommes.

Rares sont les êtres humains à travers lesquels la présence peut rayonner. Et il est pourtant aisé de voir si un homme vit en présence car les expressions de ce rayonnement ne manquent pas : une qualité d'être, une profondeur, une consistance et une légèreté dans les gestes et la parole, une attention bienveillante, une pertinence et une justesse dans l'attitude et une douceur patiente et affectueuse à l'égard de toutes manifestations. A l'égard de tout ce qui surgit...

(1) Gestes, pas et paroles...

(2) En particulier chez les animaux.

(3) En particulier chez les hommes.

(4) Et plus précisément, l'existence, le corps et l'esprit de la forme à laquelle ils se sont identifiés...

(5) Ou, plus exactement, qu'ils estiment nécessaires à leur existence et à leur bien-être...

 

 

La vie est une misérable merveille. Pour les yeux, elle est une misérable merveille. Mais pour le regard, qu'elle paraisse misérable ou merveilleuse, elle est toujours ce qu'elle est...

 

 

Ecrire la vie. La vie qui vient et qui va. La vie qui passe. Non pour la retenir*. Mais comme une façon de témoigner de son essence. Et de sa substance. De sa violence. De ses combats. De ses merveilles. Et de sa beauté. Comme une invitation à en goûter la saveur, la force et la fragilité. Et l'offrir – offrir cette modeste récolte – à ceux qui passent... Encourager les pas et le travail de l'homme. Donner au regard plus d'innocence et de lucidité. Pour vivre avec plus de profondeur et d'intensité. Et avec le cœur plus ouvert...

* Ce qui serait une activité vaine et stupide...

 

 

Mon travail – mon humble tâche – n'est pas de mettre de la vie dans les mots. Ni de leur insuffler une épaisseur crédible. Cette besogne est celle des écrivains. Mon travail est plus modeste – et plus ambitieux. Il consiste à témoigner de la vie et du monde (autant qu'il est possible...). D'offrir à travers les mots une compréhension de quelques-unes de leurs lois et de leurs règles, et quelques outils pour mieux les comprendre – afin de mieux les vivre et les aimer –, mais surtout – et principalement – pour encourager les mains (et les esprits) à abandonner les livres – les images et les idées – et aller vers la vie et le monde avec le cœur plus pur et plus éclairé afin d'offrir (que nous soyons capables d'offrir) aux êtres – et à l'Existant – plus d'Amour, d'intelligence et de beauté.

 

 

Ecrire est pour moi un geste d'Amour. Un vrai geste d'Amour et de gratitude. Une façon très personnelle d'être en vie. Et d'être au monde. Avec et parmi les hommes. Je n'en ai pas trouvé(s)* de plus puissant(s). Et de plus digne(s). C'est le don – le modeste don – que la vie m'a accordé. Et dont je dispose humblement – et peut-être avec maladresse – pour dire au monde – et à l'humanité – le peu que la vie m'a appris...

* Je n'en ai pas trouvé(s) en moi de plus digne(s) et de plus puissant(s)...

 

 

Le monde – et les êtres –, champs de bataille où se livrent les plus âpres combats. Et l'innocence du regard* qui en perçoit toute la beauté. Et sa lucidité qui en comprend les jeux. Et les enjeux. Le sage s’assoit. Et regarde. Agit lorsqu'il convient d'agir. Parle lorsqu'il convient de parler. Mais il demeure en paix.

* Le regard nu et impersonnel.

 

 

Mener une existence agreste. Et habiter avec profondeur et stabilité le regard nu et impersonnel. Voilà ma seule ambition terrestre...

 

30 novembre 2017

Carnet n°41 Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Peintures : Nicole Blaustein

 

 

EMPREINTES

 

Corps écrits

 

p1

  

Un corps sans bruit

Aux frontières partagées

Aux sinuosités et aux ombrelles

Propices aux gestes

Aux trajets et aux traversées

Gît comme une sirène démaillotée

Qui défilerait le temps de ses prunelles

  

Des cavités dans la plaine

Et des cicatrices en pagaille

Quelques bourgeons coupés à la diable

Attendent l’heure propice des retrouvailles

 

Sous l’ocre de la peau

Le désir de gémissement

Etouffé entre les veines

Lance son cri au désert

 

Le miel sur la hanche

Et le mamelon accort

Accrochent la prunelle

Invitent (encore) à la paupière close

 

Il se souvient…

Au creux du territoire

Bordé d’étoiles

Au-delà de la chair

Où règnent la joie et l’égarement

Le souffle coupé

Où tout crépite

Par-dessus les flots saturniens

_

_

_

p2

  

Des envies de fraises

Et de fureur endiablée

Arpentent la chair

 

Quelques gouttes sur la joue

 

Et sous les rêves de pétales

Les paupières en chamade

 

Et l’affolement des cils

En pareilles circonstances

 

 

 

 

p3

 

Le visage balafré de chimères

Il patiente

Efface le corps de sa peau

Et toute présence de sa mémoire

 

Relègue les cheveux hirsutes

Et les odeurs en pagaille

Aux circonstances lointaines

 

Le miroitement des lèvres

La foule des prunelles sourdes

Le grain vivace de la chair

Consumés par le souvenir

 

Le séant posé entre les rencontres passées

La largesse des épaules

Qui soulevait son rire

Sans réponse et sans espoir

A moitié effacé déjà

Par les rides et le poids des fleurs de pierre

Qui recouvriront son tombeau

  

Il patiente encore

Un don pur

Sans attente

Où le temps s’étiolera en images

Et les images en miettes

Pour qu’apparaisse enfin

Une silhouette sur la toile

 

Un filon de pierres émiettées

Suspendu entre les glaces

Et les congères amoncelées

Par les saisons froides

 

Au seuil des portiques vacants

L’éloignement et la transparence des horizons

L’empreinte de ses pas frêles

Sur la surface craquelée

 

 

 

 

p4

 

L’assise imparfaite 

Le déséquilibre étalé

En soubassements inconnus

 

Les courbures défaites

Et la nuque tendue

Au seuil de l’épreuve

Implorent le sol

De contempler l’infortune

La main ancienne offerte au râle

Les mugissements sauvages

Etouffés parfois

Le fauve en extinction

Et le buisson jadis si ardent

Recouverts aujourd’hui d’un rugueux tapis

Les pluies insomniaques qui l’agitaient 

 

La nostalgie des saisons chaudes

Qui s’écaillent sur le mur lézardé

L’éphémère de toute vie

 

Et le monstre qui guette aujourd’hui

De ses yeux avides

L’ensemence déjà de son pouls diaphane

 

 

 

 

p5

  

La nuque posée sur les draps d’argile

Il se souvient

Des baisers volés à la mort

Sur son cou exsangue

Et sa peau de cuir

 

Le renoncement aux étoiles

La demeure inenchanté

Le visage caché des replis

Le destin fragile des amours

Le front encore arqué de désirs

Et la candeur hésitante de la peau

 

Il songe au ciel

Quand reviendront les beaux jours ?

 

A l’ombre des hanches

Il s’endort

Couvert de déchirures

Par la nuit étoilée

 

Et ses épaules dévêtues

Perdues à l’azur

 

Son espérance

Il disparaîtra bientôt

Et sous sa peau marbrée

Intacts resteront

Le mystère et la virginité

 

 

 

 

p6

 

Arc-boutée en son sommeil

Elle court à travers ciel

 

Songes d’étoiles

Noyés d’innocence

Aux fers du réel

Déchaînent son lit

De glace et d’étoffe calcaire

 

Une main la frôle

Invisible

Libère le lit conjugal

De son coussin de clous

  

De ses lèvres

Tachées de poussière

L’abandon lointain

Au râle murmuré

 

L’étreinte du prince d’ébène

Qui buvait à la rosée

En ses lèvres ouvertes

Le soleil des tropiques

Laissant au creux de son cou

Un feu, un sable

Une ardeur de bois de santal

 

Bon sauvage

Qui éclairait ses gorges pleines

Ebranlant sous sa peau

Un continent bercé

Par le crépitement du feu

 

Un prolongement de sa chair

La hante et la secoue encore

D’un rire

 

Un souvenir d’extase

Où la chair oubliait ses horizons

Se mêlait aux larmes

Au vent

Et au souffle

Unissant la bouche des amants

 

Souvenir de la chair déployée

Du sacre et des unions

Coulant en leurs veines

Et débordant de leur lit trop sage

  

 

 

 

p7

  

Un cri étouffé dans l’ondée

La peau sous les flots

Et le feu qui assaille ses dérives

Les mains ouvertes aux vertus

Se rejoignent en prière

Sur le foyer des sentiments

 

Un collage impossible

Un égarement des tentations

Une tristesse qui reflue aux coins de la chair

 

La pagaille sous la peau

Tressée de soupirs et de mensonges

S’offre aux cendres de l’espérance

Au sable des rencontres improbables

  

Entre les brumes et les fumées

Le brasier s’épuise

S’abandonne à la rengaine

Des amours passés

 

 

 

 

p8

 

Main offerte à la tenaille

A l’aménagement des concessions

A la nudité du métal

Brûlant le pourpre de la chair

  

Tout rêve se consume

En songe d’Aphrodite

Tiraillée par la faim

Et le visage déjà ailleurs

Comme la pièce manquante

Dans le puzzle dérisoire des amours

 

Présent toujours

Entre le gris des fumées

Jusqu’à la disparition des sens

 

 

 

 

 

Effacements

 

p9

 

Au soleil de l’étreinte

Le firmament

Les mains contre la pierre

L’échelle invisible

Où poser le pas

Et les mille empreintes

Qui entaillent la roche

Au centre se dessine

La lumière

A ses bords la nuit de glace

Et ses remparts protecteurs

Où se jettent les hommes

L’inaccessible râle

Tapi dans la poussière

Comme un sursaut d’espérance

Vers Dieu

  

On dresse des cathédrales

De dérisoires édifices

Pour entrevoir au lointain

Ce qui nous éclaire déjà

D’une autre saveur

Qui brille, encore terne

Dans le regard triste des hommes

Qui contemplent le ciel

De leurs misérables murailles.

  

 

 

 

p10

 

Souffle d’abnégation

Efface la silhouette

Défigure le visage emmuré

Désagrège la chair

Ensemence l’ondée dévastatrice

De l’horizon en ses contours

Perce le mystère de toute existence

Déploie ses trésors

Eparpille les peines inutiles

  

A l’origine des saisons

Le labeur acharné des eaux

Agitées par les vents d’ailleurs

Poussées en leur centre

Par le rougeoiement de l'astre

Qui se déploie sur toute forme

Jusqu’à la confusion

Des frontières

Une tempête salvatrice

Que les hommes craignent

L’eschatologie des horizons (personnels)

En attente

Comme la preuve et la garantie

D’un au-delà de soi 

Saisissant et insaisissable

Qui poursuit sa course à travers

Et partout alentour

 

 

 

 

p11

  

Un bout de chair à l’aurore

Un amoncellement dans les veines

Et une coulure ocre

Vers l’obscur intérieur

Des ombres bleutées

Où se reflètent toutes les espérances

 

Des zébrures ternes où se lisent

Les servitudes

Et l’abnégation du corps

Le refus de jouissance

L’appel de l’extase

Au-delà des territoires

Et des horizons circonscrits

Un avant-goût d’éternité

En cette ornière de fange et de plèbe

Où s’entassent les espoirs et les craintes.

  

 

 

 

 

Failles

 

p12

 

Frotter sa chair

Aux murs des entrailles

Déchirer l’horizon des résistances

Ouvrir le ciel entre ses mains

Jusqu’au cœur de toute désespérance

 

Griffer la pierre de signes

Sans conséquences

Comme un cri jeté par-dessus les frontières

Un appel à l’horizon

Caché dans l’incrustation

Du ciel dans la matière

 

Dérisoire destin de l’homme

Humble tâche du poète

Rejoignant leurs œuvres

Aux pieds des murs

Au cœur de toutes séparations

 

Voilà l’unique espérance

Le seul labeur de l’homme

 

28 septembre 2020

Carnet n°244 Notes journalières

Le jeu des Autres qui – derrière nos cris – à travers notre joie – se dissimule…

Nous ne sommes qu’en apparence ; dans les profondeurs – au centre – l’espace et le monde nous habitent…

 

 

Derrière le rire – le soleil invisible…

L’espace pénétrant la tête – pénétrant la chair…

La beauté – la vérité – de l’instant – perdant toute retenue – toute pudeur…

Le grand jour qui se répand sans le moindre état d’âme…

 

 

Le silence qui danse – la tête jamais taciturne – les mains sur les hanches – vers le ciel – comme un oiseau – quelques feuilles – quelques plumes – dans le vent – à la merci des orages et des tempêtes – jouant sous la pluie – dans les bourrasques – complice de toutes les pertes – de tous les obstacles – n’ignorant jamais qu’il est seul au milieu de la multitude apparente…

 

 

Vif – comme le feu – venu nous consulter – venu nous envahir – venu nous reconnaître…

Sur le bûcher – toutes nos ombres et tous nos fantômes – tous les noms et toutes les vérités gravées dans les livres – au fond des têtes – le crépitement des mythes jetés dans les flammes et le frémissement de nos terres les plus lointaines – les plus étrangères…

Un immense brasier où, par-dessus les larmes, la joie s’est invitée…

 

 

Des notes sur le chemin que piétinent les hommes – qui se mélangent à la poussière – à la terre noire – à la nuit…

Ce qui indiffère – ou, pire, ce que dénigrent l’ignorance et la torpeur des têtes affairées…

 

 

Le monde – des remous – du désir – de la nostalgie – de l’amour tissé dans l’ombre – l’apparence d’un voyage – le visage de la multitude – ce à quoi nous condamnent les limites…

Le long apprentissage du rire et du soleil – l’intimité avec l’invisible – malgré la bêtise et la peur…

La naissance (souvent laborieuse) des ailes pour échapper à la gravité…

 

 

Sur la route – écartelé entre l’apparence d’un début et l’illusion d’une fin – condamné, en quelque sorte, à un intervalle restreint – privé de liberté – obligé, en définitive, de découvrir au-dedans le lieu de la verticalité – un espace – une étendue – vers le ciel – l’univers – l’infini ; une manière de vivre le corps sur terre – au milieu des Autres – et l’âme au-dessus des têtes – au-dessus du monde – de rendre l’existence (passablement) vivable…

 

 

Des fleurs au milieu du rêve – comme une lampe pour les naïfs – un semblant de lumière pour donner l’illusion d’un voyage – l’illusion d’un spectacle – une parenthèse dans la nuit sombre et sans fin…

 

 

La moitié du visage emportée par la colère. Et l’autre – déjà folle – soumise aux exigences de la tête…

L’âme et la main – dociles – prêtes à briser le sol – à jeter le venin accumulé – à anéantir la moindre tentative de résistance…

Comme un orage né du mariage étrange (et presque contre nature) entre les hauteurs et les abîmes – véhiculé par obéissance au règne de la noirceur et l’agilité des transmissions entre les cercles…

Notre prédilection pour le rouge écarlate – coups de sang et coups de cœur – comme pour mieux souligner notre impuissance face aux forces terrestres – face aux incroyables passions qui gouvernent le monde…

 

 

Dans le regard – le monde entier – les conditions même du geste juste – ce vers quoi tendent toutes les formes de vie…

 

 

Rien que des ailes dans le vent – dans le ciel – et le sourire, en contrebas, des grands arbres fidèles – émerveillés par les danses qui les surplombent…

La sagesse de notre monde – l’âme dans sa pleine envergure – en tous lieux habitables – en tous lieux possibles – là où tout existe – et est orchestré pour se résoudre – pour se révéler…

 

 

Des pierres – des larmes – des refus – l’âme penchée – vacillante – autant que nos certitudes – autant que les restes, peu vaillants, de notre volonté ; ce que l’on brûle et ce que l’on lèche – indifféremment – comme si la nuit et le soleil étaient des atomes insignifiants – une part infime de ce que nous sommes – dans notre (involontaire) rayonnement…

 

 

Le silence – à l’abri des bruits – à l’abri des vents – à l’abri des Dieux… inaccessible par les choses du monde – sauf à creuser en elles…

L’attention-mère – originelle – la matrice première des mondes successifs…

 

 

Toutes les formes et toutes les possibilités – en nous – prêtes à surgir et à se déployer…

Des couleurs – des parfums – des lunes – des rires – des mondes – tapis dans l’ombre – dissimulés avec prudence – en désordre – dans l’attente d’un souffle – d’un élan – pour jaillir et naître au jour…

 

 

Des mains que l’on abandonne – comme un don supplémentaire – un surcroît d’offrande – une manière, peut-être, d’offrir à la prière un peu de densité – un peu de consistance – assez de chair pour devenir réelle…

 

 

Dans les filets d’une main qui nous soulève – l’œil aux aguets – là où les paupières sont encore closes…

Et au cou – ce lourd collier de chaînes…

 

 

Une douleur – à chaque carrefour – nous attend – une possibilité de délivrance – à chaque instant – l’envol ou la poursuite (laborieuse) du voyage…

La fièvre et l’abattement – d’un côté ; le chant – l’Amour et le silence – de l’autre…

Depuis toujours – la même alternative…

Nous – sans cesse – oscillant entre le réel et la croyance…

 

 

Nous – revêtus de noir et d’obéissance – de cet uniforme sans visage – sans influence – sans aspérité – les habits tristes de la séparation et du désenchantement – pris à tous les pièges du monde – prisonniers de la tête aux pieds…

 

 

Ce que nous subtilisons au soleil – l’âme et les yeux à la dérive – sur le dos, notre charge quotidienne – la perspective jamais au-delà de l’horizon – des murs d’écume devant nous – comme des obstacles – une forme grossière de détention…

 

 

Rien pour prier – remercier – se prosterner…

Rien qu’un désert – rien que des pierres aussi tranchantes que des lames – avec des grilles et des fleurs plein la tête – comme un rêve – une invitation au voyage – à s’enfuir aussi loin que possible – à rejoindre tous les ailleurs accessibles…

Un pied dans le ciel et l’océan – et l’autre immergé dans la terre – submergé par l’abondance et le sang…

 

 

Un fil – un passage – aux allures de croix – de sacrifice – de crucifix – avec du vent et des couronnes d’épines – avec des ombres (les nôtres et celles des Autres) et des révélations…

Notre nature au-delà du monde – au-delà des apparences ; nos retrouvailles tant espérées…

 

 

Une étoile ou un trou au centre – ce que l’on y met malgré nous – la façon dont nous habitons le monde – la façon dont nous habillons l’esprit – la façon dont nous nous tenons face aux Autres…

 

 

Paumes ouvertes – hors du désir des hommes – hors du désir du monde – épargné par le règne terrifiant de la folie – là où les ailes se déploient – deviennent le faîte de l’esprit hors de soupçon – l’envergure promise au-dessus des danses et du néant que l’on habille, trop souvent, de couleurs et de bruits – et que l’on agrémente – éhontément – d’une présence infiniment restrictive – incroyablement mensongère…

 

 

Une autre douleur que celle de la nuit – intérieure – profonde – inéluctable – sa continuité déployée, en quelque sorte ; l’illusion et l’escroquerie – comme un décor et un contenu que nous aurions inventés pour nous donner le sentiment de pouvoir échapper à la misère et aux (terrifiantes) limitations de l’existence terrestre…

 

 

Le sang des Autres sur notre plaie…

Le silence par-dessus la douleur et le courage – les mains tendues face aux interrogations – comme l’aveu d’une impuissance – un coup de poignard dans l’eau – un élan de résistance inutile – les yeux, sans doute, lavés par trop de larmes et de pluie – le monde devant nous – inerte et triste…

 

 

Le verbe et les étoiles – à demeure – dans le prolongement de notre stature – comme un axe – une colonne autour de laquelle graviteraient le silence et mille autres soleils…

Tous nos frères de naissance – la part promise à notre intimité…

Illusion(s) – comme le reste – bien sûr…

 

 

Des paroles autour de la faim – le monde à nos pieds – intacts – comme le plus familier – au bord et au centre – en surface et en profondeur – perceptibles – comme l’invisible – selon le degré d’inclinaison de l’esprit…

 

 

L’âme glissante – dans son échappée – sa fuite des dogmes – insaisissable – comme le monde et la vérité – comme tout, en réalité ; circonstantielle – de passage – simplement…

 

 

Dans le regard – ce qui est – provisoirement – ce qui se goûte…

Au cœur de l’antre des sages et des Dieux – sans désir – sans souci – dans cette luminosité dense et rayonnante…

La mort apprivoisée qui rejoint l’Amour – la terre accessible – le ciel désacralisé – comme si l’on avait (enfin) compris que la douleur – l’insupportable – ne se trouvaient que dans le refus…

 

 

L’oiseau et l’infini dans le même ciel – dans le même chant – ceux qui naissent des âmes libres – affranchies des vieilles lunes du monde humain – des anciens cercles d’existence et de torture – réels, en somme, comme le plus immuable en nous – ce qui échappe à notre fièvre (féroce) et à nos désirs (si puérils) de blancheur…

 

 

Quelques mots – quelques lignes – comme des flèches décochées contre des murs d’écume – imposants – massifs – impénétrables…

Nul dans les gradins – nul aux fenêtres – rien qu’une foule curieuse des histoires – de la surface – l’horloge au poignet qui berce la torpeur de son bruit régulier et monotone – avant, un jour (très vite) de sonner le glas du monde, puis, bien plus tardivement, celui de l’illusion…

 

 

L’écrin de toutes nos mélancolies – de tous nos élans vers la bêtise et le crime…

Le désespoir des Dieux devant tous nos horizons obstrués…

 

 

Le long de nos esprits vides – des amas d’illusions inventées, puis rejetées – la crête sur laquelle piétinent toutes les âmes – les aiguilles mensongères du temps – la logique et la raison – ce qui s’éloigne sans inquiétude – les rêves et l’anxiété – tout ce qui semble nous composer – en somme…

Le monde, bientôt, au seuil de l’effondrement – sous le joug du règne soustractif…

 

 

A notre place – sous la neige – au cœur de l’hiver qui se prolonge et se perpétue – dans la blancheur du ciel déployé – loin des ombres et du noir au milieu desquels nous avons grandi – au milieu desquels se sont, peu à peu, fomentés toutes nos tentatives – tous nos élans vers un ailleurs plus vivable – moins prévisible – moins circonscrit…

 

 

Parallèle au périple – le seuil accessible – notre fortune…

 

 

L’émerveillement du regard affranchi du désir – toute la beauté du monde offerte…

La rosée du matin et les fleurs au crépuscule – l’arc-en-ciel au-dessus des dédales – notre égarement dans tous les labyrinthes improvisés…

Nos yeux anxieux qui scrutent le ciel sombre et menaçant – notre seule perspective…

Notre long témoignage sur ces pages – les confidences d’une âme chercheuse que la surface et les périphéries n’ont jamais su contenter…

 

 

La solitude errante – des origines – à l’œil curieux et sans viscère – démystifiée – exacerbée et célébrée par la proximité permanente de la mort – par la fréquentation continuelle de l’incertitude – par l’immersion quasi totale dans le vide – l’instant – notre présence sans identité (véritablement) reconnaissable…

Le signe, sans doute, que l’âme a remplacé la tête et que le front est devenu un passage – comme le corps – comme les mains – comme le cœur – ouverts à tout ce qui les traverse – à tout ce qui les entoure – à tout ce qui existe – libérés des frontières entre ce qui semble à l’intérieur et ce qui semble au-dehors – bien plus vivants (et bien plus rieurs) qu’autrefois…

 

 

Pourquoi pensons-nous que nous n’existons qu’à travers les signes et les représentations… Sommes-nous donc si peu réels pour n’accorder de crédit qu’aux images et aux symboles…

 

 

Incarner le sourire – le jeu – le chant – le silence – qui naissent de l’innocence…

 

 

Des colonnes d’invisible – le soleil en ruban dans nos cheveux libres – défaits…

Le monde redécouvert par le silence – à travers l’âme (presque) guérie – (presque) réconciliée – entière…

A la jointure du secret et de la lumière…

 

 

Sur la sente des noms inutiles – des choses et des pensées accumulées – sur le pont d’un navire au naufrage annoncé…

La fièvre qui guide les pas – les gestes et les paroles – fidèles à nos croyances – soumis à nos désirs – si pleins encore d’ardeur et d’idéaux…

A nous attarder paresseusement – indéfiniment – dans les coulisses de l’avant-voyage…

 

 

Au sol – dans l’air – et plus haut (bien plus haut) – les vibrations de la voix – la torche de la vérité rayonnante – lumineuse – éclairant l’Amour sur ses hautes échasses – le silence à proximité – à portée de l’enfance – et les cages aux grilles solides au fond desquelles nous nous tenons…

 

 

Au milieu du néant – au cœur de l’abîme – la monstruosité – infidèle à l’origine – soumise aux forces noires du monde…

La terre en tête – dans le sang qui circule – jusque dans l’âme contrariée – à peine consciente de son dévoiement…

 

 

Des cris – des mains rouges – de la chair blessée – en tous lieux – des taches et des ombres grandissantes – de plus en plus souveraines – des flèches et des étoiles – des amas de désirs et de dépouilles ; des créatures si impuissantes – si risibles – si ridicules face à la beauté et à l’immensité du jour…

 

 

Par endroits – la transparence – la profondeur des résonances ressenties – le jour qui se propage comme si rien ne pouvait lui faire obstacle…

L’intelligence louvoyant entre les aspérités – pénétrant les angles – épousant tous les recoins – la moindre anfractuosité – imprégnant les sols – l’air et l’eau – les étoiles – tout ce qui frémit et tout ce qui la réclame – sous le sommeil…

 

 

Nous – décochés comme des flèches dans la nuit – survolant le monde (une partie du monde) – transperçant quelques broutilles – errant au-dessus des têtes – de la raison – de la sagesse – avant de retomber dans le sable lointain – abandonnés à notre sort – au dessèchement – à la solitude – aux conditions nécessaires pour que se réalise le passage – cette traversée sombre et éprouvante du désert qui mène au ciel – au jour – au bleu indéfini et sans mystère…

 

 

Les mains jointes et noires – creusant, parfois, la terre – levées, parfois, vers l’infini comme une flèche immobile – saisissant le nécessaire – les quelques trésors posés devant elles – parant les coups – réparant, de temps à autre, les dégâts – devenant la preuve de tous les possibles – la cause du plus grand vertige dans nos combats – dans notre danse avec la matière – dans nos opiniâtres tentatives d’envol…

Le grand défi de l’homme face au mouvement – face au silence – face à la vérité…

 

 

Trop de fièvre encore dans la voix – dans les mains et les rêves – trop d’infidélité encore au silence et à l’immobilité – pour que nos ambitions coïncident avec les circonstances et reflètent, de manière parfaite, l’Amour et la justesse…

 

 

Des visages – une croix – contre notre joue…

Ce que les larmes nous révèlent…

Ce que nos mains ont tenté de bâtir – des enclos – des frontières – des remparts – un lieu où vivre à l’abri de la fureur du monde – incapable, bien sûr, de nous protéger des démons à l’intérieur…

 

 

Assis au milieu des herbes – loin du grand labyrinthe fait de briques et de visages – de peurs et d’ambitions – seul dans la multitude végétale – sur cette étendue verte épargnée par les édifices et les instruments humains – abandonnée aux habitants des marges auxquels nous appartenons…

 

 

Des feux – en cascade – jusqu’à l’aube…

Ni chemin – ni pèlerin – ni viatique…

La monnaie et le plus précieux à l’intérieur – le nécessaire pour l’échange – un peu d’embarras contre un coin de ciel bleu…

Mille ans de repos après tant de guerres – de sueur et d’efforts…

Le rire à la suite des larmes – comme une couronne (presque) invisible – offerte sans raison…

Le vide après la tristesse – après des siècles d’absence – d’abandon et d’infortune – puis, un jour, le silence et la complétude – ce que nous n’espérions plus…

Le terme (provisoire) de cette marche folle et obstinée…

 

 

Le monde à genoux – derrière l’oratoire – des prières plein les poches – des sermons plein la tête – mille conseils pour les âmes naïves et dociles – encore insensibles à ce qui les traverse – aux lois directes du ciel – à l’Amour sans intermédiaire – à la lumière non retranscrite par les scribes dans les livres – à l’immensité qui nous attend tous au-dedans – à la découverte et au déploiement de l’espace que notre orgueil – notre ignorance – notre ambition – dissimulent obstinément…

 

 

Un ruban d’ennui autour de la tête – nous passons – en désordre – déréglés – avec, sur le visage et au fond du cœur, cette passion obscène pour la matière – la faim des affamés ; des rires sous le jour – inconscients – comme si nous étions tombés là par hasard – comme si nous étions censés vivre ici pour l’éternité…

 

 

Un pays de pierres et de larmes – d’espoirs et d’instincts – peuplé d’infimes créatures aux yeux – et au cœur – fermés – dans le prolongement des premières cellules – des premières entités vivantes à l’évolution longue et laborieuse – pleine(s) de merveilles – de surprises et d’empêchements…

 

 

Les heures les plus familières pour apprivoiser le monde – sa sauvagerie et ses limitations – l’impossibilité immédiate du ciel…

Guidé(s) par la main impatiente des enfants – montrant ceci et cela – ici et ailleurs – là-bas et plus loin – trop rarement (presque jamais) le lieu originel – le lieu où toutes les histoires ont commencé…

 

 

Des yeux à l’air libre et des âmes engoncées…

Des danses qui célèbrent – et prolongent – la nuit…

 

 

Des têtes aux songes créatifs – ce dont rêvent les esprits – ce que fabriquent les mains – mille inventions et quelques interrogations tenaces en arrière-plan – comme une métaphysique naturelle – nécessaire à notre manière de vivre – à notre manière d’appréhender l’histoire – à notre manière de conduire les destins…

 

 

Tous les noms inscrits sur la longue liste des choses du monde – tous les objets unis par la même chair – façonnés par le même regard – ensemble dans le même espace – fragments du seul existant

 

 

Parfois, la nuit – comme une ombre sous les paupières – ce qui ravage la terre – un monde de soif – de manque – d’élans – où la satisfaction des désirs n’apaise que de manière (très) provisoire…

Immobiles – comme si les murs nous encerclaient – à la croisée de tous les prolongements…

 

 

Entre nos doigts – le monde – l’univers – le vide – et toutes leurs créatures difformes – boursouflées – que l’attrait des Autres dilate – enlaidit – plus encore…

 

 

Des verrous – de l’eau qui coule – des âmes à genoux – les semelles chargées de terre – la chambre et l’espace à explorer…

Sur le même fil – la même parcelle de boue – à rêver – à nous complaire…

 

 

Tout arrive à celui qui s’arpente – qui s’égrène – qui se désagrège…

L’infini à portée du souffle – du feu – du vent…

 

 

Sous le front – entre les tempes – la douleur qui s’estompe – notre fraternité recroquevillée…

Pieds nus dans les eaux du fleuve – comme envoûtés…

Les mains avides et gesticulantes – à la recherche d’un peu d’or – quelques misérables paillettes…

Entre nos doigts – du sable et d’infâmes restes à partager…

Toute la vie – dans nos yeux – dans nos veines…

La figure de l’Amour au pays des vivants – au pays de la mort…

Le chapelet dans notre main – s’égrainant – comme nous dans celle de Dieu – ici, la chambre – là, l’univers – ici, les saisons – là, la folle allure du temps…

Et partout – les mêmes âmes et les mêmes yeux épris d’Amour et de lumière – convertis déjà au silence malgré les apparences – malgré l’affairement et les bruits…

 

 

De pierre en pierre – les yeux ravagés par la soif et la folie – les mains fébriles – l’âme pleine de nœuds et de murmures – au pied d’un long mur – une enceinte interminable peut-être – comme des enfants qui attendent, impatients, leur mère – un peu d’eau et de sagesse – une (vague) espérance – la possibilité de contourner l’édifice – la forteresse – d’entrer de plain-pied dans l’existence vivante – dans l’existence réelle – dans l’existence vibrante – frémissante – amoureuse…

Au cœur de l’intimité de l’être…

 

 

Pas même le souvenir de la douleur – du manque acéré porté dans l’âme jusqu’à l’incandescence – l’impatience d’aller pieds et tête nus – en agitant les bracelets à nos bras – au milieu de la fête – au milieu de l’absence…

Nos danses sur les rives du grand fleuve chimérique…

Notre chevelure changeante – jusqu’au blanc du temps passé…

Nos chants – tous nos chants – pour apprendre à défier la nuit et la malchance…

Le poids des soucis dans le miroir – implacable – saisissant – qui creuse, chaque jour, notre visage ; qui forme les rides de l’accoutumance et de la résignation…

Rien qu’un peu de chair et d’espérance – en somme – qui finira ses pauvres jours – sa brève et misérable existence – en cendres – en poussière – entre quatre planches – pleuré par quelques-uns pendant quelques instants – poussé ailleurs – un peu plus loin – contraint très vite de revenir – de bâtir, à nouveau, quelques édifices avec un peu de sable et de vent – entre rires et grimaces – entre espoir et douleur – soumis (inexorablement) au lot commun (ordinaire)…

 

 

Dans les affres de l’ombre et de l’assise – le monde devant nous – sur le sable – des larmes sur la joue – un sourire discret aux coins des lèvres – des images et des pensées – une manière de tracer sa route – à mains nues – sans privilège – sans concession…

Toute la beauté de notre voyage – peut-être…

 

 

Nous respirons – comme si l’infini était derrière nous – au-dessus – en dessous – mais jamais au-dedans – jamais à proximité ; un souffle sans envergure – une dispersion des énergies et des ambitions – comme le plus vaste provisoirement contracté – provisoirement circonscrit…

 

 

Il n’y a rien à faire – rien à chercher ; la compréhension invite au chant et à la danse – les plus justes (et les plus belles) expressions du silence lorsque celui-ci est habité – l’individualité alors jouit et jubile – rien d’autre ne lui est nécessaire – rien d’autre ne l’intéresse…

L’espace seul – comme le lieu de la joie et de la jouissance – l’envergure incroyable et surprenante que nous habitons – que nous respirons – que nous sommes ; et cette frénésie de gestes – de pas et de paroles – tranquilles et silencieux…

 

 

Les mots qui glissent comme des pieds – une main – un modeste baiser – sur la glace – la feuille – la peau – des fleurs lancées sur les pierres – sur les têtes – dans les bras de ceux qui attendent avec impatience – un peu de vérité sur les brûlures – sur les désirs et l’espoir – un feu supplémentaire – des flammes hautes et dansantes dans la mémoire – au milieu des idées – un incendie réparateur qui détruit les amassements – l’inutile – et laisse la terre noire – le sol et notre visage – aussi lisses qu’un miroir…

Le terrain le plus propice au silence et au recueillement – les prémices de l’innocence et de la légèreté – l’antichambre de la tendresse – de la lumière – de la joie…

Notre plus fidèle portrait – en somme – de long en large – de bout en bout…

 

 

La terre – comme une main tendue – offerte ; et cette marche aveugle – inconnaissante – inattendue et impatiente…

Ce qui nous hante…

Nous – vers le feu – puis, au milieu du feu – puis, devenant le feu…

Le monde – les arbres et les oiseaux…

Le sol où tout, sans cesse, recommence…

 

 

Nous – vers la chute certaine – dans le piétinement jusqu’au trou…

Trop rarement – l’envol et la liberté…

Ce qui appartient encore aux yeux des hommes et au monde des Dieux…

La tête – dans ses filets d’illusions ; le regard trop enfoui – trop lointain – qu’un rien, pourtant, pourrait faire naître…

 

 

Nous – au milieu des Autres – à penser l’incertitude – à vivre au milieu des bruits – comme si nous étions là pour composer avec ce qui nous entoure – exhumer ce qui loge au fond de nos viscères – confirmer l’insignifiance et l’indigence de notre destin ; cette nuit longue et tragique – sans étoile…

 

 

Nous – à l’extrémité du monde – et les Autres, apparemment, de l’autre côté…

Au bord de la vérité – peut-être ; et les hommes si profondément dissimulés en elle qu’ils ne peuvent la découvrir – ni la faire jaillir – au-dehors – à travers leurs gestes et leurs paroles…

 

 

Le sang versé – pardonnable…

La souffrance infligée – utile peut-être…

L’âme – esseulée – sur son rocher noir – recluse sur son archipel des épouvantes – comme un passage nécessaire – le seul paysage qui, dans ses sous-sols, abrite le plus précieux – la sensibilité et l’acuité du regard – ce qui, peu à peu, donnera naissance à l’Amour et à la lumière…

 

 

Nous – longtemps après le lever du soleil et longtemps après son extinction – pour toujours – sur le sable – sans consolation – au milieu de la nuit – avec un immense sourire au fond de l’âme…

Qu’importe le contexte et les circonstances lorsque le cœur – les lèvres et les mains – sont réunis et alignés sur les exigences du monde et des Dieux…

 

 

Nous avons – trop longtemps – confondu le monde – la route et les noms – les visages – les choses et les fonctions – emmêlant tout – mettant tout cul par-dessus tête – nous laissant engloutir au-dedans des coups – des mains qui cognent et du sang – essayant de nous ranger toujours du côté des alliés et des vainqueurs – du côté de ceux qui gouvernent le monde – de ceux qui conduisent les destins – de ceux qui inventent ou rénovent le langage ; les pieds – l’âme – la tête – sur le versant du mensonge et de l’inutile…

 

 

Nous – seul(s) au monde – au seuil du réel – à proximité du lieu où veille l’Amour – aux avant-postes du silence – pas si loin, au fond, du sommeil des hommes…

 

 

Le souffle brut – sans trahison – au fond de l’âme et de la poitrine – naissant ailleurs – plus loin – plus profondément – dans cet espace de liberté et d’obéissance – au cœur de cette présence fidèle à toutes les lois et à tous les règnes du monde – dans le vide qui demeure au-delà des choses (construites et inventées) – au-delà des murs – au-delà des larmes et du langage…

Au fond de cette béance qui nous abrite – que nous abritons – que nous sommes, bien sûr, de toutes les manières possibles…

 

18 août 2020

Carnet n°241 Notes journalières

Rien que des éclats de surface et des couleurs – notre ignorance exposée…

Le monde comme un mur – un sourire – un langage – sans doute la même illusion…

 

 

Dans ce bain de terre – terrible – terrifiant ; immergé jusqu’au cou – jusqu’au fond de l’âme ; toute cette matière ruisselante – et après laquelle nous courrons tous – et dont on voudrait nous faire croire qu’elle abrite tous nos secrets…

 

 

Le plus simple nous invite à toutes les extinctions – à se laisser mener par ce qui s’impose – à convertir toutes les questions en silence…

Le plus bel acquiescement…

 

 

La beauté d’un monde inconnu – incomparable – comme son envergure – l’infini devant nous qui éclot à l’intérieur – et cherche, sous quelques restes d’orgueil, son lit pour toutes les saisons – la vacance nécessaire à son éternité…

 

 

Tous les noms – dans notre cœur – qui se mélangent – s’empruntant ceci et cela – confondant la tête – le corps et l’âme – des uns et des autres – cherchant à s’assembler pour ne former qu’une seule créature – étrange – hybride – unique – notre figure commune – porteuse de toutes nos différences – de toutes nos singularités…

 

 

Le ciel – là où tout commence – aux premiers instants de l’écoute – lorsque les yeux se ferment – comme la bouche – lorsque le silence tient lieu de geste – de parole – de vérité – la seule matière du monde – réel – entendable…

 

 

Les choses éparpillées – au-dedans de tout – sans notre volonté – la fin de l’histoire – là où nous n’avons plus besoin d’être…

Le vide – plein – sans rien ni personne…

L’espace que nous sommes…

 

 

L’ombre – toutes nos ombres – jetées dans le silence – comme si l’on pouvait épuiser la lumière – devenir une fenêtre dans la nuit – un peu d’intelligence au milieu des hommes…

 

 

Le bleu des hauteurs – la transparence des profondeurs…

Et toutes les pierres hors des poches…

Le sommeil sous la cendre – où se consument tous nos restes…

L’ignorance au fond de l’abîme…

Et toutes les cimes – et tous les cieux – sur nos frêles épaules…

 

 

Nous tremblons à l’approche des Autres – de crainte ou d’excitation – qu’importe – fragiles devant notre continuité – comme si nous ne pouvions réellement croire en un tel prolongement – tantôt sombre – tantôt rieur – et presque toujours irréel tant nous ne savons nous reconnaître…

 

 

Lucarnes noires – face auxquelles nous sommes installés – patients – immobiles – sans curiosité – comme au théâtre où des ombres arpentent la scène en silence – avec fracas – avec fureur – sans jamais connaître la dernière heure – ni l’issue – du spectacle – endormis déjà avant que ne commence le premier acte…

 

 

Trempé dans le plus réel – dans le plus vivant – de la beauté – comme un recours – une manière d’aller au-delà du monde – des hommes – de la nuit (presque) toujours assassine – de traverser tous les déserts qui nous séparent du jour – de remonter la laideur jusqu’à la source – et de tout embrasser sans rien résoudre – sans rien demander ; devenir ce que le temps ne peut sauver – ce que les fleurs célèbrent après la mort…

 

 

Les tourments posés en deçà de la mémoire – dans ce gouffre où l’on a jeté tous nos livres – notre âme – et jusqu’à notre épuisement à vivre – là où le feu du jour brûle tout ce que nous avions cru important – essentiel – jusqu’à la dernière étoile mensongère – jusqu’à nos plus précieuses idoles ; les images de Dieu et de l’Amour – comme le reste – rongées par les flammes…

 

 

L’âme désertée – notre plus grand malheur – sans doute – le destin aussi tragique (et inutile) que celui d’un orphelin sans descendance – soumis à cette terrifiante appartenance au peuple des absents – à ces silhouettes d’ombre et de glaise que font tournoyer les vents…

 

 

Dans la tourmente du temps – avec des larmes sèches sur les joues – accumulées chaque jour en strates successives – comme un masque de tristesse – avec notre sommeil figé dans cette cire transparente…

 

 

Nous – non résolus – et sauvés déjà…

Dans le ciel – au fond du gouffre – simultanément – sans même que nous le sachions – sans même que nous nous en apercevions – le chant du jour et la lumière – ce que nous espérions autrefois de notre désert inhabité…

 

 

Rien que des signes où l’on croit deviner l’avenir – du côté clair du ciel, imagine-t-on, alors que l’immensité enrobe l’hiver – toutes les saisons – la nuit – l’aube et le jour – dans le désordre – comme si nous vivions selon le désir des Dieux – les circonstances – la fatalité du monde – comme si l’on pouvait échapper à son destin…

Rien que des présages ineptes – la peur figée qui n’aspire qu’à contrôler l’après – l’ailleurs – l’impossible – ce qui n’existe pas – ce qui ne pourra jamais exister…

Notre pathétique crispation sur les misérables choses du monde…

 

 

Dans l’étroitesse d’un corps – le grand Amour – la liberté cadenassée – des paupières sur des yeux déjà fermés – un cœur frémissant – palpitant malgré lui – une respiration aussi involontaire que la naissance…

L’homme dans son existence commune…

L’incarcération incarnée…

 

 

La nuit – aussi provisoire que le reste…

Ce que l’on approche avant l’hiver – ces rives étranges où tout semble mystérieux – (presque) inversé – incompréhensible…

Le temps déserté et l’intimité de la mort…

Quelque chose de lointain – et d’infiniment familier – pourtant…

 

 

Ce que les gestes nous révèlent de l’intensité de la pente – de la hauteur des murs – de l’épaisseur des remparts à franchir ; la distance qu’il nous reste à parcourir…

 

 

Sans précaution – sans risque (réel) – ces pas qui ne semblent jamais suffisants – la tête à travers les grilles – malgré la marche – le noir – la pluie – et cette peur qui nous fait oublier le silence – sa douceur et sa nécessité…

 

 

L’âme à la fenêtre – la main tendue vers l’impossibilité de l’horizon – comme une promesse (intenable) – le gage (incertain) d’un avenir plus clair – moins chaotique – moins malheureux – une illusion supplémentaire dans notre rêve déjà obstrué – saturé – sur le point, peut-être, de nous fermer les yeux – à jamais…

 

 

Sans référence – l’âme face au monde – au milieu des vents – de la tourmente – sans souci – plus libre qu’autrefois – lorsque l’on s’accrochait aux rails trop laborieusement construits par notre destin mensonger…

 

 

Ici – des éclairs – de la nuit – de la joie – l’enfance face au monde – face à elle-même – quelque chose de l’imprudence et de l’impossibilité du partage…

L’être au milieu de lui-même – visages contre visages – et ce rire – féroce – incroyable – qui donne envie de destituer tous les rois – d’abolir tous les règnes – toutes les lois – de révéler aux choses et aux visages – la beauté harmonieuse – et mordante (si mordante parfois) – du désordre et du chaos…

 

 

Quelque part – quelqu’un – qui n’existent pas. Des fables et des histoires – ce que l’on nous a appris – cette croyance si tenace – plus qu’obstinée – en notre existence – en l’existence de l’Autre et du monde…

 

 

Nous – pris déjà dans la vérité (indémontrable) de la vie

 

 

Rien ne pèse sur nos phrases – sinon le poids qu’on leur concède…

Du vent – en quelque sorte – et un peu de mort ; quelque chose qui nous entoure déjà – et qui nous insuffle ce qui nous manque – peut-être…

 

 

Chacun face à sa crédulité – à son désir – à son héritage – ce qu’il offre au monde – en vérité…

 

 

Nous n’avons le temps que de quelques gestes – quelques idées – en creux – presque rien, en somme – un peu de mémoire antérieure – ce qui existait déjà avant le premier élan ; nous – le monde – sans référence – la même chose qu’au fond des yeux – ce qui demeure face aux saisons – ce qui subsiste éternellement…

 

 

Nous – sans les livres – au milieu des arbres – en ce lieu sans circonstance – dans l’oubli et l’alternance des choses…

L’âme sensible et le regard dégagé…

Ce que nous serions tous – la véritable incarnation – si nous savions vivre dans la suspension du temps…

 

 

Le seul voyage qui compte – vraiment – d’ici à ici en passant par tous les ailleurs – tous les autrement. Des marches et des nuits – par milliers – par millions – par milliards – la force perpétuelle d’avancer – avec d’abord, des pierres dans les poches – puis, un peu de poésie – puis (enfin) du vent – du vide – une once incalculable de vérité…

L’âme et le geste libres – denses – réellement vivants…

 

 

Ce que le voyage révèle de nous-même(s) – une manière d’être involontaire – l’essence de notre singularité – la fine pointe de l’être nous traversant…

Ce que nous ne pouvons dissimuler – nos bagages les plus intimes – sans doute…

 

 

Sans affaire – sans lendemain – oubliées les heures passées sur le chemin – à notre table de travail – rien au-dedans – personne à nos côtés – le monde opaque – du moins son apparence ; au loin – de l’autre côté du mur – sur l’autre rive – du côté du temps inventé – du temps approximatif – des Autres hypothétiques ; là-bas, la certitude du voyage – ce que l’on frotte – ce que l’on use au contact du réel ; ici – qui peut savoir – personne n’existe vraiment – et si d’aventure nous étions réellement vivants, nul ne serait assez fou pour oser se faire le témoin de tous ces riens

 

 

Le sommeil si profond – comme une honte – un refuge – inévitable – une nécessité de pantin…

Ce qui se traîne – aux abois – derrière les chaînes d’un Autre – de mille Autres – cette longue lignée de prédécesseurs – le monde d’avant nous – aussi malhabile et inutile que le nôtre – mais pas moins essentiel à notre (progressif) dévoilement…

 

 

Notre magnificence incarcérante – ce que l’on nous offre comme une (piètre) consolation…

 

 

Nous – déployé(s) – plus puissant(s) que les sages et les prophètes – libre(s) de toutes les fonctions – de tous les usages. Le bleu pas même en étendard – débordant comme si nous étions le ciel – plus haut que le ciel – plus large que le ciel – l’infini – notre nature – notre miroir – à tous…

 

 

L’esprit – dans l’angle des Dieux – comme coincé entre la mort et le temps – entre leurs promesses et nos frontières – toutes nos limitations – à l’épreuve – comme si nous avions oublié notre plus vrai – notre plus ancien – visage…

 

 

Nous – à l’époque périphérique – instable(s) – extérieur(s) – exilé(s) – mal à l’aise – comme si nous vivions à l’étroit – sur un infime carré de pierres tranchantes – isolé(s) du monde – des Autres – malgré l’étouffante promiscuité…

L’ombre de nous-même(s) – derrière la lumière…

Avant la route intérieure – égaré(s) – en désordre – passablement hagard(s) et embarrassé(s)…

 

 

A l’envers du langage – les arbres – le geste – ce qui est nécessaire – le réel sans superflu – sans humanité futile…

De l’autre côté ; le temps indésirable – l’ombre du regard – ce qui semble appartenir au monde – à la surface – aux apparences – le temps de la pensée et du devenir – ce qui a l’air de croître – de se déployer – de décliner – de disparaître – quelque chose de provisoire et d’inconsistant – avec, au-dedans, comme un étrange halo de lumière – une matière presque invisible – presque indécelable par les sens humains…

 

 

Une langue – des tentatives – des rangées de cerveaux mal alignés – en interaction réticulaire – partielle – que l’on pourrait prendre (à tort) pour du hasard…

 

 

Si éloigné(s) du sol – du ciel – dans cet entre-deux chimérique – artificiellement inventé – ce qui constitue ce que les hommes appellent le monde…

Ce qui existe entre nous et la lumière – comme un long corridor apparent – le subterfuge de (presque) toutes les existences – de l’ignorance commune – de notre (si enfantine) cruauté…

 

 

Par-delà les mots – les substances – les orifices – la porosité des surfaces – le vide et sa structure – l’espace et l’invisible (inorganiques, bien sûr) – ce que nous emplissons de gestes – de livres – de rêves – de ciel ; la terre du temps – sans arrêt…

 

 

Seul – comme d’autres – endormi(s) au cœur du mystère…

 

 

Dans la tête – l’écho de plus en plus éloigné de notre nom – en deçà de la mémoire – sous le seuil du souvenir – comme les vibrations d’une résonance très ancienne – première peut-être…

 

 

A la fin – le front rempli de bleu – comme le reste…

Plus de frontière ; l’espace sans grille – sans carte – tous les territoires (apparents) d’un seul tenant – parfaitement réunis…

 

 

Le jour – fidèle – malgré la lenteur et l’oubli – la fièvre et la désolation – les itinéraires risibles – grotesques – indécents – malgré le sang et l’amoncellement des cadavres sur le sol – sur tous les chemins de la terre – malgré le fourvoiement des visages et la danse (si frivole) des identités…

 

 

Ici – le franchissement ; ailleurs – on ne sait pas – on pourrait tout imaginer – inutilement…

 

 

Parfois – le bruit et l’énigme entremêlés – quelque chose comme une rengaine – le silence et le monde offerts – sous nos yeux – bavards – tapageurs – comme un corps déstructuré et se restructurant sans cesse – unifié et se scindant sans cesse – alternant le pugilat, l’emboîtement et le dialogue…

Sérieux et joueur – simultanément – successivement – comme pris dans l’incroyable désordre du temps…

 

 

Dans tous les angles à la fois – comme le prolongement de l’espace ; l’inutilité des murs que nous nous sommes éreintés à bâtir…

 

 

Le regard qui s’avance – qui explore – qui se déploie. Et le corps qui se défait sous nos yeux ébahis. Le silence qui (enfin) peut se rejoindre…

 

 

Des passages et des rêves qui s’estompent – du sable – d’une terre à l’autre – ce qui résonne – ce qui nous détruit – ce qui nous offre sa force et son ampleur…

Nous tous – dans la même pièce – avec le même visage – cet espace commun immense dont chacun est, à la fois, le centre et la figure singulière…

 

 

A partir d’ici – comme une poussée – une force invisible et déterminante – quelque chose du ciel dans une vêture terrestre – une forme apparente – fidèle à sa matrice – obstinée – insensible à toutes les revendications identitaires – à toutes les résistances qu’on lui oppose…

 

 

Nous – à travers le temps – défait – et ce qui aimerait continuer – persévérer – dans l’illusion d’un prolongement – d’une suite possible…

Nous – retardés – trop écartelés encore pour que le silence et l’harmonie remplacent le dialogue et le conflit…

 

 

Tout – passant d’un lieu à l’autre – d’un corps à l’autre ; l’ampleur de l’espace et ce avec quoi nous essayons de le remplir…

 

 

Toutes ces existences qui s’éloignent de l’enfance – puériles toujours malgré les années – les certitudes et le peu d’expérience – ce que l’on cache – honteux – sous la table et les tapis – ce qui fait de nous des auxiliaires (essentiels) de l’ombre – du noir – de la nuit…

Toutes ces vies qui ressemblent à des mensonges érigés en tour – en totem – le dévoiement et la fatigue – l’aveuglement et le langage – tous ces gestes atrocement dénaturés – la fausse légèreté des voyages – séjours plutôt – hypocritement paisibles – incroyablement monotones – les pas et l’esprit vacillants – cet éloignement (presque) permanent du centre – comme si les Dieux s’évertuaient à retenir, d’une main trop ferme (et pour on ne sait quelles obscures raisons), notre véritable élan…

 

 

A tâtons dans la géographie du rêve et du verbe – au lieu d’aiguiser le geste et la justesse – le non-savoir sachant – l’obéissance libre – la joie et le goût des circonstances (présentes) ; le grand acquiescement pour que l’esprit et le monde dansent l’un dans l’autre…

 

 

Tout tourne – comme si nous étions là depuis trop longtemps ; des circonstances – des émotions – des choses à dire – des choses à faire – comme si quelqu’un se souciait (réellement) du monde…

Nous ne sommes qu’une main tendue vers le ciel et l’horizon – une rive qu’on longe sans jamais accoster – un signe – une ligne parfois – énigmatique sur le livre mystérieux du monde…

 

 

Nous aimerions disparaître – être happé(s) par le déséquilibre – et glisser jusqu’en bas – là où ont commencé tous les récits…

Tout est rare (et précieux) dans nos histoires – des vestiges, pourtant, bientôt – à notre place…

 

 

Nous aurons insisté là où il aurait fallu passer – inaperçus – comme les herbes et les crachats – comme les grains de poussière dans l’air – invisibles – et que les vents emportent plus loin – et plus haut quelques fois lorsque Dieu voit dans leur manière d’être [dans leur manière d’être au monde] une grâce – la justesse et la tendresse d’une perpétuelle prière…

 

 

A notre place – là où rien ne nous réclame – où les Autres – les rives – le vent – ne sont que les reflets de notre visage – et l’âme – toutes les âmes – le miroir parfait de la lumière…

 

 

Nous veillons – sans y penser – en attendant le jour suivant et la mort – l’amour d’un Autre qui nous gratifia (de manière circonstancielle) d’un baiser ou d’une parole réconfortante – et qui n’est plus là – et qui n’existe pas – et qui n’a, sans doute, existé que dans notre imaginaire pour prolonger notre désir si ancien – si enfantin – d’être aimé…

 

 

Rien ne suit – tout s’éloigne – tout se perd et disparaît ; nous ne sommes que des fantômes avides de chair et de certitudes…

Sans repère – dans la nuit – au milieu des Autres – inconnu(s) – happé(s) par les forces maléfiques du monde – du ciel – gesticulant là où il faudrait rester immobile(s) – imaginant là où il faudrait agir – nous laissant influencer (et dominer) par les couleurs et les formes au lieu de nous essayer à la transparence…

 

 

Les forces de la terre – contre nous – dehors – sur notre peau fragile et brûlante – de cette fièvre dessinée par l’apparition du ciel – au-dedans…

Tout a l’air si proche – si neuf – les couleurs et les choses qui chantent – les jours qui passent – comme si nous nous étions échappés de l’horloge – de cet atroce confinement dans le périmètre circulaire du cadran…

 

 

Des bras que l’on ne voit pas et qui nous saisissent ; un souffle – mille souffles – et, parfois, un lent déclin avant l’effacement…

Nos vies à tous – magnifiques et crasseuses – à l’apparence aussi monotone que les pages d’un calendrier…

 

 

Sur cette terre aux lourdes frontières inscrites sur le sol – dans les têtes – pour délimiter les choses et les territoires – légitimer les instincts d’appropriation et de conquête…

Les luttes aux fronts noirs – les pierres que l’on se jette – les drapeaux que l’on hisse et que l’on s’arrache – ce que l’on abandonne – l’effervescence inquiète du monde ; tous les temples (misérables) que l’on érige sur les hauteurs vers ce que l’on imagine (presque) toujours plus haut – et trop rarement au-dedans…

Notre âme et nos mains fabuleuses de mendiant(s) enchaîné(s)…

 

 

Nous sommes la route infinie – découpée, parfois, en étapes – en tronçons – ceux qui voyagent comme ceux qui demeurent dans leur chambre – et le ciel au-dessus – au loin – qui surplombe le monde…

 

 

Le cri des vivants plus perceptible que celui des morts – la même peur et la même ignorance – pourtant ; l’inconnu qu’il va falloir affronter…

 

 

Le même mystère – autant ici qu’ailleurs – et, trop souvent, la même incompréhension…

 

 

Seul – avec le ciel à notre table – le monde autour de nous – peut-être – sans la moindre importance…

Les bruits et les ombres enserrés dans notre enceinte – ce périmètre de croyances que les Autres prennent pour notre vrai visage – notre seule identité…

 

 

Nous – dans les limites que l’on nous impose – que l’on croit nous imposer. Et sur le sol – et dans le ciel – notre sourire et nos empreintes plus larges – immenses – invisibles, bien sûr…

 

 

Ce que le vide – en nous – insère…

Du bleu sur quelques fleurs desséchées – un peu de ciel au fond de la terre…

Un regard discret – tendre et permanent – sur nos allées et venues…

 

 

Cette tristesse – au fond des gestes – comme une seconde peau – notre nature la plus secrète – peut-être – comme une sorte de substitution au vide de l’âme…

Un soleil terrestre – un peu d’Amour – sur la surface – sur la partie la plus visible du visage…

Une sphère bruyante et frémissante – en perpétuel mouvement…

De la chair déplacée – autant que du vent – comme si seuls comptaient le souffle et l’intention qui précède l’élan…

Notre veille – notre présence inquiète – en plus du silence dévasté…

 

 

Des yeux près de la source – sans fierté – au milieu du monde – parmi tous ces Autres qui, soudain, n’en sont plus – devenus, comme par magie, des parts familières de notre visage…

 

 

Lignes nues qui charrient des fleurs et des oiseaux – et ce qu’il faut de silence pour comprendre et s’émerveiller…

 

 

Nous – marchant – sans rien traverser – intermittent(s) – comme la rêverie dans le cours naturel des choses…

 

 

Les Autres autour de nous – avec leurs bruits – leur voix – leur visage – les têtes qui cherchent – qui réclament – en basculant, si souvent, dans la plainte – martelant un temps arrêté – inexistant – à coup de désirs et de mémoire – obstruant la lumière souveraine – délicate – déjà célébrante…

 

 

Trop de doute et de certitudes pour s’ouvrir à la clarté – laisser le regard désobscurcir l’esprit – l’âme – le monde – et dissiper nos vieux restes d’existence…

 

 

Ne rien attendre…

Rien – en nous – ne demeure…

Nos lèvres rouges – seulement – et l’enfance…

Et quelques larmes encore – comme le signe d’une sensibilité toujours vaillante malgré l’époque – le contexte – l’indifférence ambiante…

 

 

Nous sommes cette figure étrange de l’appel et du nécessaire – de la voix qui se répand sur la feuille pour désengorger l’âme – offrir à la tête une alternative – une (saine) manière d’échapper à l’abondance et à la folie…

 

 

Personne – autour de nous – des pierres et de grands arbres – la forêt dense – épaisse – l’horizon impénétrable – l’eau vive de la rivière – et quelques bêtes discrètes tapies dans les taillis ; le monde – notre monde – la beauté du soleil et la magie vivante sur toutes les peaux – les âmes joyeuses – fidèles à l’étrange splendeur des choses…

 

 

Nous abandonne ce qui doit disparaître – le superflu – l’inimportant

Tout nous quitte – mille voies – mille traces à suivre – sur lesquelles ce qui demeure n’a pas le moindre regard…

 

 

A distance – comme si le monde était une île – lointaine – inaccessible – inutile – une terre minuscule secouée par le temps et les Dieux – une étoile éphémère aux origines troubles – au devenir sombre – sans réelle perspective. Un univers sorti, sans doute, de notre imaginaire – à peine une idée – une chose qui s’est esquissée et dont nous ne savons rien (et dont nous ne voulons rien savoir)…

Une œuvre – peut-être – sans réponse et sans sagesse – le fil dont nous devons nous défaire…

 

 

Des fables – des griffes – des caresses ; toutes nos histoires – sans intérêt…

Le silence – reconnu – en nous – qui nous offre l’élan pour nous défaire…

 

 

Nos gestes – de plus en plus discrets…

La présence de l’aube – de plus en plus évidente…

 

 

Un songe – presque rien – ce qui, pourtant, parvient à nous fermer les yeux…

 

 

En nous – le sol – le seul lieu où vivre…

Et cette nuit où nos pieds – notre tête – notre âme – sont empêtrés…

 

 

Des cris – des murmures – toutes nos souffrances ; le dérèglement des corps – les fragilités de la matière – la couleur des étoiles – ce qui affecte les visages…

 

 

Trop de danses – de ruptures – d’incertitude…

Des fissures – des béances – des ruines – comme un (immense) vertige…

 

 

Nous seul(s) – nous tous – face à la nuit…

 

 

Ça se resserre – en nous – au lieu de s’ouvrir…

Ça résiste – partout – au lieu de s’abandonner…

Ça parle comme un écho mécanique…

Le silence a lieu – et nous ne l’avons, pas une seule fois, accueilli…

 

 

La vie – le temps – la mort – finiront, un jour, par s’éloigner…

Et l’esprit, sans doute, saura quoi faire en pareilles circonstances…

 

 

Une danse dans l’âme – dans la voix – dans le geste – vertigineux…

Dieu au cœur de la fièvre…

Des murs – des tentatives – de l’oubli…

De l’impatience et du feu…

Notre manière de nous rejoindre – et de nous réjouir – au milieu des ruines et des morts…

 

 

Au jour substitué – combien de terreurs traversées – combien d’espoirs – combien de nuits passées à veiller – les yeux effrayés devant l’inconnu – à tenir – à bout de force – à bout de bras – cette vieille étendue noire – la tête sous la terre – à pleurer – à rêver – à imaginer une tournure différente pour l’âme – à susurrer une parole dans l’air trop rare – dans l’air vicié…

 

 

Le visage si beau – si pur – effrayé par le monde du dehors – cette force brute – ces forces vives – dirigées sans raison – sans autre destination que le jeu et la satisfaction du manque…

Dieu, lui-même, peut-être, source de toutes les pénuries – de cette solitude originelle – trop austère, sans doute, pour jouer sans la multitude…

 

 

Trop tôt – trop tard – nous parlons comme si le temps existait – comme s’il avait la moindre importance dans nos vies…

La ligne de l’enfant et celle de la momie ; la mort réalisée – et la vie qui se rattache à ce que l’on espère d’elle…

Ce qui nous sépare – ce qui nous relie – et la main des Autres qui se retire ou qui se tend…

Le monde dans notre écoute et notre cœur dans les paumes du monde…

 

 

Ce que nous n’osons dire à haute voix…

Ce que nous murmurons aux âmes recluses…

Toutes les scènes de notre vie – une à une – répertoriées – comme si l’absence – comme si toutes les portes fermées – nous avaient laissé(s) une blessure – une envergure en suspens – le plus odieux – et le plus frustrant, peut-être – de ce que nous aurons vécu…

 

24 mai 2020

Carnet n°232 Notes journalières

Dans le rythme infernal du monde – un interstice – un lieu – une manière d’échapper à l’emprise des Autres – un espace de paix et de clarté – une sorte de retrait en surplomb…

Une respiration libre – un souffle quasi océanique – notre seul refuge ; le silence intérieur…

 

 

Une parole sans pensée – des mots gonflés d’images ; il faudrait davantage d’âme et de gestes dans le langage – des lettres de chair – incarnées – profondément…

 

 

Le front investi – la tête, partout, célébrée – comme s’il était louable d’honorer la matrice du pire – cette étrange ingéniosité au service des instincts – grande pourvoyeuse de morts et de malheurs…

 

 

Nous blotti(s) contre nous-même(s) – l’âme accolée au visage – les pieds par-dessus la poitrine – les mains au fond du cœur – comme une manière collective de vivre notre solitude – notre besoin fraternel – parfaitement satisfait par notre communauté (intérieure)…

 

 

L’ombre qui s’élargit devant nous – à l’égal du désert qui avance ; rien en héritage – pas la moindre semence – pas la moindre récolte – pas le moindre chemin – le même indice – à chaque fois – à chaque instant – la solitude – l’exploration de ses propres univers – de ses propres frontières…

Le silence, en soi, patiemment creusé – et découvert – qui, peu à peu, retrouve sa place – son règne – sa primauté…

 

 

L’arbre contre notre joue – comme un ami – un appui – une manière de se tenir debout – d’embrasser toute la verticalité du monde – de supporter les abysses tortueux (et malsains) façonnés par les hommes – de vivre de manière moins insensée au milieu des visages – inévitables…

 

 

Vie de fuite et de refus – à distance du destin commun – affranchi du plus grossier – du plus ordinaire – affligeants – ineptes – hautement contagieux. Plus haut que l’inutile et l’absurdité – loin (le plus loin possible) des masses. En marge même des marginaux…

Seul avec Dieu – les arbres – les montagnes – les pierres et le silence – quelque chose d’un Absolu vivant – tangible – palpable – évident – l’invisible (intense) qui pénètre l’âme – l’être – parcouru de joie et de vibrations…

 

 

L’essentiel – hors de la page – au-dedans de l’âme et du geste – en deçà de toute intentionnalité – ce qui émerge naturellement de la coïncidence entre l’écoute et le silence – cette manne invisible qui, sans cesse, déferle sur nous…

 

 

Au loin – cette crête indéfinie qui relie – et rassemble – davantage qu’elle ne sépare – point de jonction, en quelque sorte, entre le haut et le bas – entre le proche et le lointain – ligne centrale où l’horizontalité et la verticalité se rejoignent – parfaitement…

 

 

Une lanterne dans chaque main – et remisées, au fond des poches, des réserves pour mille ans – à quoi bon lorsque le chemin réclame une âme et des pas nus – un cœur et des mains vides et innocents – rien, vous dis-je – pas même une tête fière (ou satisfaite) qui surplombe le néant de toutes les autres – au contraire – des larmes à la vue de tous ces malheurs – à la vue de toutes ces tombes – à la vue de toutes ces maladresses – et un élan colossal – inépuisable – pour demeurer sensible au milieu de l’indifférence et de l’hostilité…

 

 

Vie contre vie – les mains ouvertes – face au soleil – et dans les yeux – impassibles – le reflet de la course des astres – l’âme redressée – le seul salut possible – le seul salut nécessaire à la résurrection de la terre…

Le ciel au fond du cœur – la continuité des pas – comme une (immense) passerelle qui traverserait tous les murs pour relier toutes les choses – et tous les visages – du monde…

 

 

Tablettes et stèles – notre vie d’écriture érigée. De terre et de ciel – infiniment – comme un axe – un pont – nos lignes – notre destin – nos pas – les plus naturels…

 

 

Un point – presque rien – parmi ce qui existe – malgré le centre qui se dessine sur tous les miroirs – et ce que nous laisse croire l’esprit – prisonnier de ce visage qui semble doué d’autonomie et de liberté…

Rien – presque une totale illusion…

Une chose infime – et terriblement provisoire – porteuse d’une éternité et d’une immensité invisibles – indécelables sauf à effacer cette apparente identité – et, à travers ce seuil ténu, trouver un passage pour plonger en soi…

 

 

Rien et tant – à la fois…

Le vide – la terre – le ciel – et l’illimité partout – au-dehors comme au-dedans…

L’ombre – l’étoile – le chemin…

Les yeux tournés vers la pauvreté – puis, les pas vers le plus simple – avant le processus naturel des soustractions au terme duquel on devient un regard – pur – majestueux – autonome (véritablement) – et un baiser posé sur le front des vivants et sur les lèvres de la mort – avec quelque chose, en soi, de plus intense que le reste – de plus ardent que l’attente impatiente qui existait autrefois – et qui existe encore chez les Autres…

 

 

Rien – en effet – un regard – ce qui est – et ce qui nous traverse furtivement – et l’oubli (bien sûr) qui, sans cesse, efface…

Un point dans l’illimité – et l’illimité au cœur de ce point…

La folie naturelle de l’âme – retrouvée – et des rires plus vifs – plus éclatants que tous les soleils du monde…

Un cœur enfin vivant – sur des rives où la vie et la mort n’ont plus d’importance…

L’ombre et la lumière accueillies – l’absence de traces et de chemin – quelque chose, en nous, de la joie et de la dépossession : tout – identique – différent – entremêlé – sans la moindre aspérité – sans la moindre réclamation – tous les contours – toutes les frontières – pulvérisés – comme un retour – une évidence – d’avant le commencement du monde et du temps…

 

 

Le noir – le soir – la nuit – bannis des existences – bien trop sombres – bien trop obscures – déjà – et qui submergent pourtant le monde comme l’eau d’un fleuve en crue qui dévaste les berges – la terre – l’horizon…

Notre commune identité – cette étrange appartenance à la terre – à la matière – comme la couleur du plus grossier…

 

 

Le cœur – sur le sol – inguérissable – en des lieux-fantômes – sans espoir – sans lumière – porteur d’une voix et d’un langage étranges – comme un cierge dressé dans l’obscurité d’une cathédrale – pointé vers Dieu – le silence – un autre monde – au-delà du peuple et des rivages humains…

 

 

Le vent – comme la mort – reniflant autour de notre chambre – cherchant une faille – un interstice – la moindre anfractuosité – pour s’engouffrer – empaler notre cœur – pénétrer notre âme – nous libérer du monde et de la peur…

 

 

Le visage encerclé par le froid et les menaces ; et chaque visage ainsi – cerné par tous les autres…

 

 

La pluie – comme des gouttes d’argent sur la vitre – sur la terre – le dessein des Dieux – une grande arabesque de lumière – le jour étincelant – éparpillé – partagé en mille éclats minuscules – pour notre plus grande joie et l’essor du vivant…

 

 

Le silence et les cris – la lumière et ce qu’on laisse mourir dans le noir…

Nous autres – nous tous – seul(s) et réunis – le sort du provisoire – et, en lui, celui de l’éternel. Ce qui s’achève et ce qui ne peut s’achever – l’aurore et la cendre mélangées…

 

 

Le visage de l’enfant – blessé – sans cesse meurtri par les saillies et les aspérités du monde. L’âme trop innocente – sans doute – drapée d’intentions si naïves – porteuse de gestes authentiques et profonds où l’être entier est engagé – sur ce fil terrible – tragique – suspendu au-dessus du vide – invisible par les Autres retranchés derrière les apparences – les conventions – quelques viles stratégies pour parvenir à leurs fins…

 

 

Paroles et pages désarmées – sans appui – sans référence – sans allié – flèches décochées par l’aube – sans raison – dans la célébration discrète – presque secrète – du jour – offertes comme une torche (fragile) au milieu de la nuit…

Une manière de rompre la distance avec les hommes…

 

 

Comme une main dressée contre la barbarie du monde – comme une étoile au-dessus de la nuit – une envergure donnée à l’écume – un peu d’âme offert à la terre grise où les hommes vivent à la manière des pierres et des bêtes – presque sans visage…

 

 

Mille fois le même pas – sur le même sol – auprès de personne – parmi nos frères sans nom ; marche journalière teintée parfois de bleu, parfois de noir – sur ce bout de terre – ce mince rectangle de sable – sous ce carré de ciel aux couleurs changeantes – l’âme sensible – chagrinée, si souvent, par ces rives désertes – étonnée de n’appartenir à aucune communauté – et de demeurer seule de l’aube au couchant – puis de s’endormir en sa propre compagnie en songeant – rêveusement – amoureusement – au vrai visage de l’Amour…

 

 

La main tremblante qui s’avance pour toucher l’écorce de l’arbre – l’encre du monde – et l’âme prête à entrer dans l’espace intime de la forêt. Deux chemins – toujours – simultanés – celui que les yeux perçoivent – infiniment matériel – tangible – palpable – et celui qui demeure invisible – en retrait – intérieur – presque caché – l’un aussi essentiel que l’autre – à l’unisson – et qui mènent (presque toujours) dans la même direction…

 

 

Oiseau aux ailes brisées – trop souvent – contre l’écume du dernier jour…

Nos tentatives d’envol – d’effacement – comme l’ultime recours aux étoiles depuis ces rives perdues…

 

 

La mort – comme un ciel noir – très bas – qui recouvre l’âme des macchabées et l’insouciance de ceux qui respirent encore un peu…

 

 

Rien que des jours de plus en plus nocturnes…

Le silence retardé – ce chagrin immense – et ces pas – et ce voyage que nous entreprendrons plus tard – comme une aventure improbable – la recherche désespérée de rives moins tragiques – d’une terre plus lumineuse et fraternelle…

 

 

La poésie – en nous – comme la seule mémoire possible – le monde d’avant non rêvé – le plus authentique – celui qui précéda la première rencontre – le seul capable d’exister sans la moindre présence – sans le moindre visage…

 

 

Notre chambre au fond d’un jardin sauvage – une forêt très ancienne (et à l’avenir plus qu’incertain) – nous – à l’intérieur – au centre – invisible depuis le monde (humain) – vivant là en secret – sans miroir – sans témoin – dans les bras d’un Dieu rieur – aux gestes de glaise et au chant silencieux – aimé enfin – au milieu des arbres – sur la pierre blanche des chemins – enclin à célébrer la fraternité de toutes les âmes qui peuplent ces rives étranges et mystérieuses – restées inconnues jusqu’ici. Les yeux ouverts – le cœur sensible – la tête et le ventre apaisés – nous éveillant, peu à peu, à la joie et à la liberté sur cette étroite bande de terre posée entre le ciel et l’océan…

 

 

D’une rive à l’autre – sans broncher – de la terre à la terre – pendant mille nuits successives – à ramper dans l’obscurité – au milieu des rêves et de la mort – parmi nos semblables au teint pierreux…

La terre comme un immense jardin noir – un vaste terrain vague aménagé pour l’usage des hommes au détriment de la vie sauvage ; le signe – la preuve (patente) – de notre volonté pervertie – de notre grandeur corrompue…

 

 

Ici – à présent – au-delà de la solitude – dans cet antre ouvert et froid – nocturne en plein jour – solaire dans la nuit noire – posé partout où nous nous trouvons – sans violence – au plus près de la source du monde – des visages et des pas…

A demeure où que nous soyons…

 

 

Le bleu du monde découvert à mains nues – le regard clair face à l’obscurité des corps – à la maladresse des âmes – à l’imperfection commune à l’œuvre…

Les hommes et la mort tels qu’ils sont…

 

 

Le pouvoir des rêves et du temps qui ont, peu à peu, colonisé les têtes…

Notre attente impatiente des prochains événements – notre incapacité millénaire à être présents là où nous sommes…

L’immobilité – l’espace fixe – et l’incessant défilé des images…

Ce qui passe sans jamais s’arrêter dans le regard – l’envergure infinie. Et, un peu partout, des milliards d’amas – une infinité d’objets et de visages qui brûlent ; la matière – le monde provisoire – qui se métamorphosent – la chair et le bois qui se transforment en cendres et en fumée grise que dispersent les vents…

 

 

Dans le plus simple du jour – l’âme fidèle – à déambuler – à heures régulières – sur les rives du silence – paumes l’une contre l’autre – le visage légèrement tourné vers le sol – le cœur ouvert – docile aux exigences du ciel et aux impératifs du monde – le feu à l’abri des regards – l’âme paisible dans l’intimité de la chambre prénuptiale…

 

 

Sans masque – sans empire – sur la pierre nue – ciel et silence en soi – chaque geste comme une prière précise – le regard déployé – posé légèrement au-dessus du monde…

 

 

Sans exigence – sans effort – à pas lents sur la sente qui s’impose – le ciel et les Dieux en tête – et des larmes inconsolables devant l’incompréhension et la difficulté des vivants…

 

 

La chair vieillissante – sans incidence sur la fraîcheur – et l’innocence – de l’âme…

L’Amour en soi qui a, peu à peu, effacé les menaces – les risques – les enjeux. L’esprit vide et libre – affranchi des désirs – des souvenirs – des stratégies. Les yeux lucides et le cœur proche des grands arbres – à l’écart des visages trop froids et des postures trop grossières – sur le versant ensoleillé du regard – de plus en plus loin du sommeil et du périmètre où sont confinés les hommes…

 

 

La mort en face et le repli derrière soi – au centre du refuge – là où le sourire et l’attention ne font plus qu’un dans les yeux – dans l’âme – comme un regard sans saisie – une présence douce et pénétrante qui, selon les circonstances et les visages, tranche ou attendrit…

 

 

Rien que des yeux – des enfants à chérir et des maladresses à pardonner – le signe, peut-être, d’une sagesse très ancienne lorsque les têtes se tenaient loin de la torpeur – de la distraction – de l’inquiétude – lorsque le silence et le vent régnaient partout – sans partage…

 

 

Présence noire – parfois – comme une ombre immense et passagère – une flaque de sang sur la pierre blanche – un long cri plaintif dans le silence…

La tête repliée sur soi…

 

 

Une terre étrangère – comme un monde soudainement dépeuplé – balayé par un vent furieux – dévastateur – qui écrase toute possibilité de résistance – conscient, peut-être, de son rôle purificateur…

 

 

La création d’une grande étendue sombre pour nous rappeler l’incessant labeur de la nuit – ses tristes avancées – son irrépressible ascension – son invasion implacable et ordonnée…

Et – en nous – la bête qui hurle – en recouvrant, malgré elle, les gémissements de l’âme qui tremble…

 

 

Ici – un chemin sans rivage…

Là-bas – une rive perdue – isolée – comme une île lointaine – introuvable…

Ici – les linéaments d’une présence – quelque chose de simple et d’immobile – de (presque) sage…

Là-bas – une absence (quasi) totale – de la vitesse et du stress – la folie incarnée – l’étrange démesure de ceux qui s’imaginent vivants…

 

 

Des tourments – des blessures – du sang – l’inintelligence sacralisée. Partout – le règne de la prétention et de la douleur…

 

 

La simplicité dans l’âme – le sol droit – le ciel présent. Quelque chose comme une sagesse sans vérité et une existence d’errance (apparente) – l’incertitude, à chaque instant, recommencée – le geste juste et précis – l’ardeur et les pas qui, chaque jour, se réinventent – le feu et la précarité – notre destin (véritable)…

 

 

Crispés sur nos anciennes forces – sur tout ce qui nous semblait éternel – et qui s’avèrent, en réalité, aussi fragiles – aussi précaires – aussi éphémères – que les feuilles des arbres – l’herbe sauvage des fossés – la beauté d’un visage…

 

 

Sur la terre simple – le feu dans les profondeurs de l’âme – l’ardeur dans nos mains – le pas tranquille – et l’esprit silencieux et déployé…

 

 

Tout se déchire – sur ces rives…

Tout apparaît et se désagrège entre l’aube – le sable – le ciel…

La vie comme un chant – puis, comme un naufrage…

Qu’importe les larmes et l’agilité des mains – un jour – tout se délite – tout se défait – la matière du monde comme l’immatérialité des idées et des émotions – et ne reste, bientôt, sous la voûte que l’écho de notre dernier cri…

 

 

Des oiseaux plein la tête – dans cette salle où l’on a accepté de vivre – au cœur de cet espace autrefois si désirable – devenu aujourd’hui un périmètre de tristesse et de désolation – comme la marque de la mort et de la malédiction sur notre existence – le lieu de la cacophonie et de la déperdition – la périphérie de l’enfer dont l’âme serait le centre ; aussi, nulle échappatoire – à présent – nulle autre possibilité que celle de se laisser envahir par le monde et la nuit – ces odieux outils du Diable

 

 

Nous cédons – toujours – devant les eaux noires et cruelles (résignation contrainte et détestable) – la joue contre la vitre – et des larmes qui coulent sur la joue – soumis au vieillissement hors du cercle de sagesse – loin des Dieux et du silence – parmi les cris et la détresse des bêtes et des hommes qui nous entourent…

 

 

Sur la même rive – depuis le premier jour – le chant terré au fond du cœur – trop timide pour confier sa douleur au-dehors – réduit à vibrer dans l’âme ; quelques mots pour aimer et trouver la force de quitter cette terre sans tendresse – sans fraternité – où l’Amour n’est qu’un phare (trop) lointain…

 

 

Le réel – dans le geste et la voix – dense et léger – terrien et, pourtant, salvateur – qui nous rapproche, d’une étrange manière, de l’invisible – du ciel chargé de silence et de liberté…

 

 

Le monde à l’écume blanche – aux abysses sombres – périmètre de l’homme et de la pierre à la surface, si souvent, grise et douloureuse…

 

 

Les ombres – grandissantes – de la nuit – cette zone où chacun s’égare – contrée porteuse de lampes trompeuses qui donnent le sentiment d’une perspective et d’une infinité de possibles ; mirages – simplement – qui nous enfoncent plus profondément dans le noir et la cécité…

 

 

Ce qui est perdu – ce que nous tenons dans nos mains – les choses amassées dans la tête – tous les trésors supposés des hommes et des âmes…

Nous n’avons rien – et ce qui reste ne nous appartient pas…

Nous sommes le vent qui souffle – le vent qui passe – et le sable soulevé – et les oiseaux emportés plus haut – emportés plus loin…

 

 

D’arbre en arbre – de crête en crête – la voix et l’oiseau – à bonne distance de la mort – cherchant un lieu isolé – la place du chant et de la lumière – la proximité de l’aube qui délivre – le cœur du ciel sur terre – l’endroit de l’innocence…

 

 

Vivant – sans volonté – là où l’ombre est inguérissable – parfaitement entravé par le gris épais des jours et du monde – sous l’indifférence des yeux et les moqueries de quelques-uns – cerné par l’obscurité et la souffrance – et oublié des Dieux…

Sur la terre triste – si triste – des hommes…

 

 

Du sol – et la même aube que là-haut – là où l’on est condamné à vivre ni selon le hasard – ni selon ses mérites – dans la vraisemblance d’une possible vérité – au centre et en exil – au milieu de la haine et de l’amour – simultanément – partout où la lumière – invincible – semble avoir été (provisoirement) vaincue…

 

 

Arrimés aux rives des choses – à la surface de la matière – dans la proximité des naissances et des déploiements – au plus près de la mort qui rôde et s’abat…

L’espace comme un sol – et un peu d’air – le ciel au-dessus – et le feu au-dedans – le noir partout – et quelques lampes pour éclairer la route et les pas – quelques étoiles – ici et là – histoire de gagner en rêve et en clarté (si l’on peut dire)…

La matière et le silence dans leur secrète alliance – et la même chose pour les malheurs et la joie – quelque chose d’invisible – et d’incompréhensible – pour l’esprit commun – trop corrompu par les images et la bêtise (envoûtante – fascinante) des foules…

 

 

Là où l’on doit vivre – sans consigne particulière ; l’ombre au milieu du jour – sur la même pierre – en exil parmi les Autres – dans l’attente de l’inespéré – le silence – la lumière – la vérité…

 

 

Le destin – n’importe lequel – un passage – le plus proche. Et notre cœur à extraire de la roche – et la chaleur à faire naître au milieu de la glace. Des millénaires d’absence à convertir en gestes de pure présence…

La matière transcendée – la seule réelle ambition du vivant…

 

 

L’âme couchée dans la rosée matinale – dans son bain de fraîcheur – avant sa rude besogne quotidienne ; l’effacement (délicat) des luttes et des résistances – la route à éclairer – les conseils à prodiguer – l’écoute et l’attention de chaque instant. Tâches indispensables qu’elle sera seule à accomplir – étincelle pugnace contre l’œuvre générale – celle du monde entier (à quelques exceptions près) guidé par la nuit épaisse (et inévitable)…

 

 

Une étoile au-dessus de la tête – comme une vague promesse – un fieffé mensonge ; rien à franchir – rien à poursuivre – rien à perdre – rien à gagner – se laisser aller – comme le chant né du fond du ventre qui jaillit par les voies les plus naturelles – regarder – accueillir – et obéir aux courants d’énergie et de matière qui nous soulèvent et nous emportent – et aux inclinaisons de l’âme – à son penchant naturel pour la lumière – le silence – la vérité…

 

 

Au loin – ces nuages – et ce clocher – le monde des hommes et le ciel – sans commune mesure – trop distant l’un de l’autre – séparés par trop de peurs et d’abîmes – sans autre lien que l’âme libre et vierge – redressée…

 

 

Sur la pierre grise – le feu patient et dénaturé par l’attente – affaibli par nos ombres et nos (stupides) exigences. Pays de terre et de gravité – parsemé de roches magmatiques…

 

 

L’aube silencieuse – à travers la vitre – le monde d’en-bas – espérant. Les hommes au sommeil frémissant – enterrés dans le sable – corps et âme – empêtrés jusqu’au cou – la gorge resserrée – retenant des monceaux de paroles devenues inutiles…

 

 

Ce que l’on perd en s’éloignant du monde – en s’écartant des hommes – le feu de l’espérance tari – l’éternel sur la pierre – l’immobilité verticale – insensible aux visages d’autrefois – à nos cris trop anciens – aux larmes et aux cendres – aux ruines de nos empires passés – à nos grimaces et à nos chutes dans la nuit envoûtante et infernale…

Et notre âme nue – à présent – face à ce qui vient…

 

 

Des pas – un chant – le jour…

Et ce qui se rapproche – sans volonté…

Aussi libre que l’arbre et l’oiseau – et aussi évident (et discret) que leur relation avec le ciel. Toujours moins hautes – la tête et l’ambition…

L’aube déjà couchée dans l’âme – et qu’il nous faudra apprendre à éveiller sans bruit – sans heurt…

La fin d’un monde – et l’œuvre – et le voyage – inachevables – à jamais…

 

 

En nous – rétablie la paix – sur ces choses grises – en désordre – le cœur incliné au milieu de la nuit – à veiller près du visage de la mort…

Nos peines étalées sur la table – éclairées par cet autre visage – en soi – posté près de la fenêtre – dans cette lumière étrange – et indéfiniment recommencée…

 

 

Dans la forêt – sur cette terre – là où vivent les bêtes – au cœur de la nature sauvage – notre présence silencieuse – proche du ciel – proche du jour – au milieu des ombres ordinaires – comme un jardin abandonné – un lieu où pourraient régner ensemble l’Amour et la mort – sans haine – sans blessure – sans douleur…

 

 

Vêtu de rien – quelques larmes passagères – un peu de tristesse sur la blancheur du jour – l’aube dans l’âme – grandissante – quelque chose de si léger sur le sol – à peine une apparence – les contours presque effacés d’une existence – incroyablement fragile…

Le front – invisible – plus haut que la sagesse – au-delà de la mélancolie – de toute grisaille – posé sur le seuil de l’autre monde – sur cette étroite bande de terre où chaque instant célèbre la même devise terrestre, réinventée sans impatience, scellant ensemble l’aube et la mort – enlacées – et gravée sur chaque pierre foulée avec innocence…

 

 

La parole défaite par trop de luttes inutiles – par trop de rage et de combats – comme les pans dérisoires d’une résistance sans effet…

Capitulante – et gisant, parfois, sur la terre noire et piétinée – inerte – sans la moindre main pour la redresser – lui insuffler la force de se tenir debout – sans appui – sans étai – libre des béquilles d’autrefois – portée seulement par l’ardeur de l’innocence et la puissance des forces aimantes – comme une excroissance du sol – de la terre – défiant l’indifférence du monde et la vanité du temps…

 

 

Peut-être n’avons-nous jamais réellement consenti à aimer – peut-être n’avons-nous jamais vraiment su ce que veut dire aimer…

Des dalles manquantes sur un chemin – avec des trous devenus, peu à peu, des brèches…

Des parois de pierres et de silence…

Aujourd’hui – tous les visages ont disparu – partis – emportés ailleurs – attirés par d’autres figures et d’autres chants…

A présent – la solitude – et nul autre endroit où aller – pas même un refuge ou une possibilité de fuir le lieu de la tristesse et de la désolation – et l’âme (exagérément) nostalgique…

Rien que la nuit et un (très) long mur gris à longer…

 

 

On ne vivra plus rien – on ne bâtira plus rien – on se laissera lentement glisser vers la mort…

Plus de combat – ni de destin à édifier…

Mille choses qui s’effritent – au milieu de la poussière…

Le monde – en soi – au bord de l’effondrement…

Et l’âme qui s’éclipse – discrètement – sur la pointe des pieds – nous laissant seul parmi les gravats – au milieu du néant…

De la nuit et des larmes avant de succomber…

 

 

Le feu à l’agonie sur quelques (pauvres) restants de lumière…

 

 

L’âme sur les rives des hommes – allongée dans le froid – recroquevillée sur elle-même – dans l’attente angoissée de la mort – au milieu des ruines et du silence…

L’esprit abattu par l’impossibilité de l’Amour et de la rencontre – la tête vaincue posée sur le sol – la mémoire si gorgée de douleur et de souvenirs que ni demain – ni l’éternité – ne pourrait nous secourir – nous consoler ; il faudrait, sans doute, tout déverser – tout laisser se répandre sur la pierre nue et grise – et s’abandonner (pleinement) au ciel sans soleil…

 

8 mars 2020

Carnet n°225 Notes journalières

Le silence – comme seul territoire – peuplé d’oiseaux et de racines – de chants et de neige – avec notre roulotte posée au milieu – et, au loin, ces pas qui se rapprochent. Et le regard qui compte nos empreintes sur la grande étendue blanche…

 

 

Dans notre cellule – toutes les couleurs du monde – rien du rêve – rien de la pensée – pas d’image – des vibrations – des instants – et, au milieu, le socle de l’oubli sur lequel viennent mourir toutes les choses – tous les visages. La joie et le vent sur les épaules – à vivre simplement – sans attente – le soleil sans le manque – la solitude affranchie des Autres…

 

 

L’instant sans décalage – le mystère exposé – sans mensonge. L’océan et les difficultés de vivre – parfois. Des mots qui passent comme des oiseaux – comme des marchandises de contrebande tombées dans nos filets. Des ombres dévorées et des restes de soleil brûlant. Tous les chemins nocturnes et souterrains…

Le petit inventaire de l’être – en somme…

 

 

Ce qui nous ensemence et nous éventre – ce qui nous libère et nous décapite – ce qui nous abreuve et nous égorge – les mêmes mains – celles des vivants – celles du destin – que Dieu tient serrées dans les siennes…

 

 

Le silence et le geste effacé – avant la mort…

 

 

Sans espoir – dans l’intimité des choses – dans la proximité des arbres et de la roche – sous l’égide d’un ciel familier – uniques compagnons des solitaires – des gens du voyage sans famille – sans tribu…

 

 

Des ombres qui passent – comme les jours. Des pierres sur lesquelles on croit bâtir des empires. Des morts – la mort – comme un outrage. Le langage des hommes – trivial – autant que ce qui les (pré)occupe. Le territoire déjà circonscrit – les parcelles déjà délimitées. Le monde à sa place – la (grande) célébration de l’immobilisme et de l’ignorance…

L’homme au-dedans de l’homme – beaucoup moins présent que la bête et le fou…

 

 

Son poids de chair – mais l’âme légère – et l’esprit aussi vide que le cœur. Pas de rêve – pas d’accomplissement. Pas de plainte – ni d’attente…

La foulée légère – sans le moindre sillon – ni devant – ni derrière soi – et ce qui vient (presque toujours) accueilli…

 

 

Rien du jour – ni de la tombe prochaine. Quelque chose hors du temps – hors de la promesse. Sans le monde – ni le visage de l’Autre. Quelque chose de l’origine et de la solitude – dans leurs frontières originales…

 

 

Rien ne s’entasse – ni dans l’esprit – ni sur la page. Ce qui arrive se défait aussitôt – glisse dans nos abysses mystérieux – qu’un léger remous, parfois, fait remonter à la surface de la mémoire et du monde…

Un langage sans peur – pour montrer aux gestes…

 

 

Vivre – dans la contemplation lointaine des hommes – ces enfants braillards qui s’amusent avec quelques rêves et un peu de sable…

 

 

Demeurer au pied des arbres – et soustraire au lieu d’ensemencer pour favoriser la récolte ; ce rien – ce grand rien – au-dedans – qui se déploie…

 

 

Le long des chemins – au seuil de la chambre – la même immobilité – le même souffle – dépourvus d’identité…

Derrière le sommeil – là où l’autre vie est possible…

 

 

Ici – à même la pensée – des mots-liberté affranchis des cages. Des mots-vertige au-dessus de l’abîme. Des mots-soleil dans la brume. Et dans l’âme – mille pardons pour les larmes et le sang versés…

 

 

Des louanges – sans témoin – sans sacrifice – pour célébrer la joie – la solitude – le silence. Le monde pris dans le sommeil et la tourmente – cette terre sans enfance où l’on manie (avec brio) le sabre et le couteau – et les grimaces déguisées en sourire…

 

 

Le monde entier – en chaque créature – tout ce qui existe depuis la première naissance. Et en tuant une seule d’entre elles, nous assassinons l’univers – l’Existant – tous les êtres – toutes les générations – toutes les civilisations – tous les règnes – successifs…

 

 

Des vents – des portes – et les clés de la délivrance posées là devant chacun – aveugle – épuisé après des millions d’années de sommeil…

Le front brûlant – presque autant que l’âme – après ce long silence…

 

 

Plus de soleil que de temps – sur nos marches de pierre – à tenter de trouver Dieu dans les gestes des hommes…

 

 

Devant soi – comme entre les jambes d’un rêve…

Rien que des chants et des refus…

Le monde d’avant les noces – le versant opposé au premier jour de l’innocence…

 

 

Les traits tremblants – sortant de terre – esquissés par la main de l’âme – seule – terrorisée par les ténèbres…

D’un seul élan vers le ciel – l’espace infini – l’éternité. Libre – enfin – comme le vent qui circule entre les visages – ces figures de cire immobiles – ces excroissances de chair à peine émergées – châtiées jusqu’au cœur pris dans la glaise – manquant d’air et de possibilités…

 

 

Le monde comme châtiment – parmi la multitude ignare et beuglante – comme enterré vivant sous un tumulus dans l’insupportable compagnie des Autres – ces frères étrangers dont aucun ne nous ressemble…

Une existence hors de toute fratrie – solitaire – sans famille – sauvage jusqu’aux souliers qui arpentent les chemins déserts…

Rien du ciel rêvé – rien du ciel d’autrefois. L’azur âpre et rugueux – plus réel que toutes nos images – que toutes nos pensées…

 

 

Des mots de chair et de pierre – d’âme et de sang – ni vraiment cri – ni vraiment murmure – et pas le moins du monde appel – une manière, peut-être, de secouer ce qui semble endormi – et ce qui semble idolâtrer le sommeil. Une manière, sans doute, de se soumettre à la mort et à la liberté…

 

 

De seuil en gouffre – de saut en chute – l’identité, peu à peu, se révèle – au fil des soustractions successives…

 

 

Habitant des forêts – pattes et plumes à l’intérieur. En guise de tête – une fenêtre. Le corps nu comme la pierre. Et dans le cœur – une porte – des galeries souterraines – et mille renards amoureusement blottis dans leur terrier. Et dans l’âme – tous les oiseaux du monde qui s’envolent…

 

 

Heures grimaçantes découpées au scalpel – rien sous le front – pas même un peu de neige – pas la moindre pensée – rien que du silence. Et sur le sol – le rythme des pas – sur un chemin étrange dont on devine qu’il ne mènera nulle part…

Sur la page – un peu d’encre – les traits trop épais d’un feutre imprécis – la mort en bandoulière – portée comme si nous n’avions d’autre bagage – le déclin et la déchéance inévitables à moins d’une catastrophe soudaine…

 

 

Des lignes entrecroisées – des traversées – des amours dérisoires – des souvenirs que l’on entasse pour emplir nos existences vides – des visages que l’on croise comme s’ils étaient des pierres sur le grand mur que nous longeons. Des réserves de tendresse inutilisée – et inutilisable sans doute. Quelques pas encore – et, bientôt, le tombeau ou l’abattoir…

 

 

Trop de discours inutiles – de paroles mensongères ou qui prêtent à sourire. Trop de visages et de rêves – et jamais assez de ciel et d’oiseaux…

Un monde d’inquiétude sans tendresse…

Un monde de (trop grandes) certitudes – sans doute…

Ni faute – ni erreur – rien que des tourments…

L’absence comme un règne – le plus magistral, peut-être. Et des âmes qui se déchirent – la chair en pâture – en partage – les lois de l’infamie…

 

 

L’égarement – comme un précipice – un trou salutaire qui meurtrit les visages – et redonne aux âmes leur liberté…

 

 

Le vide – à notre secours – sans aucun visage – la nécessité déclinante de l’Autre comme seul recours – unique possibilité d’envol – le règne systématique de la solitude – notre destin – notre quotidien – notre chance – prémices de la rencontre – prémices de l’être…

 

 

Du jour – comme un autre ciel – plus vaste et plus bleu que celui que l’on aperçoit derrière la vitre. Quelque part – au-delà du rêve – hors du temps – dans la solitude la plus haute…

 

 

Comme une rivière entre deux rivages – le destin s’écoule. Et nous autres – accrochés à la barque que l’on nous a attribuée – malmenée par les flots…

 

 

La mort qui se rapproche – et notre tête de plus en plus rétive à se poser sur le billot. Comme si l’imminence de la fin soulignait avec plus de force le précieux de la vie…

 

 

Rien – sur la table – juste un feutre – quelques feuilles – un peu de pain – et au-dehors – le monde naturel qui offre au corps ce dont il a besoin – sans le moindre désir de vivre autre chose que ce qui est offert (à l’instant où cela est accordé)…

Tout s’est retiré – ne restent – à l’extérieur – que l’absence et la mort – et – à l’intérieur – encore quelques larmes – comme une tristesse de plus en plus consolable…

 

 

La malédiction de la faim – des victimes et des ventres à nourrir. Le vivant sacrifié sur l’autel du monde. Un sol sans ciel – ou pire – avec son consentement résigné. Dents – chair et estomac – la punition des Dieux qui nous laissent pourrir sur cette terre…

 

 

Le silence des hommes et le silence du ciel – presque opposés – d’un côté, l’impossibilité de la parole et de l’autre, le consentement au-delà du langage…

D’un côté, le sable et de l’autre, l’océan…

 

 

Le poème – comme un pain tombé du ciel – et partagé avec ceux qui se trouvent là – présents – sensibles aux mots dictés par le silence…

 

 

On se réalise dans la soustraction – l’effacement – l’accueil – la nudité – la simplicité – grâce à tout ce que les hommes haïssent – dénigrent – rejettent – fuient comme la peste…

 

 

Chacun vit l’existence d’un Autre qu’il prend pour lui-même…

Nous sommes l’impersonnel aux mille visages – reflets multiples d’une seule figure – celle que nous cherchons depuis notre exil de l’origine…

Il faudrait vivre comme si l’existence était dérisoire – un jeu – sans gravité – à mourir de rire – ce qu’elle est, sans doute, profondément…

 

 

Le cri d’un Autre qui nous déchire la gorge – hostile comme un soleil noir…

Le fond d’une épreuve – le jour cauchemardesque – du matin au soir – l’invasion des bruits du monde au-dedans…

Des visages – en soi – traversés de rage – des forces vives – tout un peuple bousculé – à la dérive – prêt à prendre les armes pour étrangler le monde – pour que cesse l’infernal tapage qui exacerbe notre folie…

Des choses – en soi – plus féroces que la mort – plus monstrueuses que la barbarie – posées là on ne sait comment par on ne sait qui – l’énigme du mal – des forces destructrices qui nous habitent – qui nous escortent – et qui, trop souvent, nous font endosser le masque et la sévérité du bourreau…

 

 

Le sort de l’être tout entier dans les mots lorsqu’ils s’impriment – du moins, le croit-on en écrivant. Puis – très vite – l’éloignement et l’oubli qui lui font recouvrer sa liberté…

Détention aussi illusoire qu’éphémère – en réalité – car seul le langage est prisonnier de la tête – et bien que l’être pèse de tout son poids, il demeure libre de ce que nous imaginons lui imposer…

 

 

Instrument involontaire – nous sommes – dont l’usage transforme les Autres – le monde – nous-mêmes. Quelque chose nous agite qui façonne (plus ou moins) les destins qui nous croisent – qui nous entourent – le cœur tantôt aimant, tantôt enragé – et le sang – et les gestes – contaminés par l’ardeur et le souffle initié – et les âmes qui se plient aux forces et aux exigences qui s’imposent…

Vivre comme une énigme dans le mystère additionné des Autres…

 

 

Seul – sans Autre (véritable) à aimer – à éduquer – à libérer – à contraindre. Embarqué dans cette solitude (sans repère) – dans cette existence-thébaïde – jusqu’à la mort…

 

 

Dieu – en chaque instant – en chaque geste – en chaque pas – en chaque parole – pour éveiller les âmes endormies…

 

 

En dépit des mots – des pages pleines de silence et d’oiseaux…

Des arbres – des forêts – quelques feuilles – et des millions d’envols vers cette partie du ciel (encore) inconnue…

Et quelques passages tremblants (et réussis) vers l’enfance…

 

 

Des milliards d’yeux et de bouches dans la chair – éparpillés un peu partout – aux aguets – affamées – vigies et gouffres implacables – et toutes ces mains lancées pour saisir ce qu’elles offriront aux ventres qui doivent quotidiennement engloutir leur pitance…

La monstrueuse réalité du vivant terrestre…

 

 

Seul face à la mort tandis que nos ailes se replient – le corps vieillissant – la peau craquelée – et l’esprit millénaire marqué par des milliards de traversées – le même voyage à travers les différents mondes – ce qui change – ce qui se réinvente – ce que l’on perd – au fil des pas…

Les yeux qui s’ouvrent – la réalité qui se découvre – peu à peu – la peur et le langage qui s’effacent au profit du silence et de la joie…

 

 

Vivre comme sur une minuscule balançoire – posée dans un jardin immense – abandonné aux herbes folles – qui poussent et qui meurent – encore et encore – tandis que l’oscillation se poursuit – indéfiniment…

 

 

L’homme – l’esprit du sommeil – au milieu du rêve – au milieu des images – des instincts cannibales – son poids d’espérance et de fébrilité – quelques (vagues) prières – une manière maladroite de garder la tête au-dessus de l’eau (comme si l’on pouvait vivre hors de ce magma où tout est immergé) – à trembler comme les bêtes – chaque destin posé sur l’autel sacrificiel…

Les yeux fermés pour tenter de survivre à cette pathétique (et dérisoire) tragédie…

 

 

Le silence – le seul lieu possible – réel. Le monde déserté – affranchi du labeur et du visage des hommes…

Au cœur de cette âme qui ne pèse (presque) plus rien – plus légère que le sourire des anges…

Le front lucide et le souffle mêlé au vent pour accueillir toutes les apparences de la terre et du ciel…

 

 

Les eaux noires – la nuit des certitudes et de l’espérance – des seuils franchis – de l’itinéraire projeté – balisé ; la vie commune – indigente – insupportable…

 

 

D’interstice en intervalle – jusqu’au faîte – jusqu’au plus bas – pour inverser les repères – les faire exploser – les effacer – pour que la lumière devienne le monde – la neige – la roche – la source – le murmure de la chambre – quelque chose comme un chant qui ressemblerait au silence…

 

 

Vivre dans le frémissement enchanté du monde – le cœur empli de gratitude – l’âme défaite de tous ses rêves et de son poids d’espérance…

Sans mémoire – à travers une fenêtre sans vitre – à même le réel – dans la compagnie du soleil et des Dieux – le geste précis et précieux – bien davantage que la parole…

Serviable et docile – sans excès – sans zèle – dans l’exacte nécessité des Autres…

 

 

Le souffle sans gravité – si proche de l’infini que le ciel n’est plus qu’un jardin – une simple terrasse dont les confins mènent à la confusion des sens – à leur extension au-dehors comme au-dedans – à l’éclatement systématique des frontières – pour que ne règne plus qu’un seul lieu ; ni devant – ni derrière – ni en haut – ni en bas – ni au centre – ni à la périphérie – ni ici – ni ailleurs – le même espace – le même cœur – la même résonance – partout…

 

 

Des lignes, parfois, éteintes – comme un retrait du vivant né d’un excès de tristesse. Quelque chose comme un visage familier que l’on verrait s’éloigner – se libérer, peu à peu, de notre attachement…

La fin de tous les spectacles…

La séparation confirmée – renforcée – rédhibitoire…

L’accueil nécessaire – en soi – de la faiblesse et du ciel noir…

L’approfondissement de la pesanteur – l’écrasement par la gravité – quelque chose comme l’attente – impossible – de la fin du temps…

Pris en étau entre la forme et le silence – en l’absence de toute issue – de toute échappatoire…

Les conditions réunies, sans doute, pour l’affrontement final qui mènera, peut-être (qui sait ?) à la fin du duel…

 

 

Dans la compagnie fraternelle des arbres et des pierres. Seul dans le noir et le froid – dans cette nuit naissante – inévitable – à veiller, avec les bêtes, sur la courbe mystérieuse des astres. Le consentement à l’obscurité malgré le vent et l’absence humaine. Nous-même(s) dans notre unique voisinage. La mort un peu partout. Et ce chemin à explorer jusqu’à la dernière étape…

 

 

L’amour déclinant – presque disparu – dans le sillage des rêves et de la passion. Et à leur suite – l’espérance – dans son dernier souffle. La vie – bientôt – affranchie de l’inutile – à l’état brut comme notre âme et notre voix – indifférentes à toute forme de séduction…

La fin du désir et de la prétention…

Attentif – seulement – à ce qui est – à cet instant – dans la savante coïncidence du monde et de l’esprit…

Dans la simple continuité du voyage – le pas présent…

 

 

Immobile comme le silence. De plus en plus blanc – de moins en moins grave – malgré la tristesse qui, parfois, frémit à l’intérieur – comme un visage – une sensibilité – ineffaçables au milieu du monde…

 

 

Des jeux sur le sable pour oublier la misère et la mort – que nous rappellent toutes les vagues du monde…

 

 

A jeter son encre comme si la feuille était le monde – la peau blanche des visages – avec, au fur et à mesure des lignes, cet éloignement inéluctable – nécessaire – vital – la confirmation, de plus en plus évidente, de la solitude et de l’exil…

 

 

La vie entre ciel et montagnes – loin des cris et des bavardages – entre prière et silence – quelques pas offerts au corps et aux paysages – quelques lignes offertes à la page…

Le monde – loin – loin – au bout de l’allée – celle des Dieux morts et de l’absence – celle que nul ne devrait plus jamais emprunter…

 

 

Quelques rêves encore au-dessus de la tête – de vieux songes qui s’estompent – que l’on devine plus que l’on n’entend – comme des pas rapides qui s’éloignent…

 

 

Loin des hommes et des astres – dans l’intimité changeante (et renouvelée) des choses – en ces lieux où la tragédie est à la fois triste et joyeuse – naturelle et inévitable…

Un monde sans spectacle – sans commentaire – sans geste inutile. La vie brute et sauvage – sans appel – où le silence est la matière la plus précieuse – la plus respectée – celle dont s’enveloppent les objets et les âmes…

 

 

Par d’autres chemins que ceux par lesquels passent les visages. Sur d’autres chemins que ceux sur lesquels traînent les pas. Hors du temps – en ces lieux silencieux que nul ne devine – ni plus loin – ni ailleurs – autrement – sans les foulées ni la présence des visages habituels – dans le sacre inépuisable d’un autre monde – présent au cœur de celui où nous avons l’air de vivre…

 

 

Rien ne dure – le temps d’une attente – inutile. L’ailleurs qui devient familier – qui se rapproche, peu à peu, du centre – du cœur – de ce lieu vide et froid – comme un caveau désert – là où nous nous tenons endormis – suffisamment – pour vivre sans avoir (trop) mal…

 

 

L’existence commune – sans âge – où l’on vit à l’envers – retourné – comme un insecte sur le dos qui gesticule et bouge désespérément les pattes dans le vide – prisonnier de la pesanteur – incapable d’inverser le ciel et la terre – condamné à une longue agonie…

Nous tous – en somme – soumis à la lourdeur du destin terrestre – à l’échéance des jours – et à l’incroyable limitation des combinaisons du réel – en ce monde…

 

 

Au fond des yeux – les clés invisibles que les Dieux ont cachées – le mystère scellé au fond du cœur – et la serrure dissimulée dans les profondeurs de l’âme. Et les griffes – et les pluies – du monde colorant nos vies de rouge et de gris – faisant peser de tout son poids l’ombre sur nos épaules – donnant à nos jours cette texture épaisse et noire – et à nos mains cette maladresse obstinée…

 

 

Les yeux contre la voûte – tentant de pousser les parois – d’élargir l’espace. Et – entre les tempes – le même silence – ce goût malencontreux pour les promesses – des brassées d’espérance – des souvenirs en tas depuis toutes les premières fois. Tout un fourbi de choses inextricables – le monde entier – toutes les enfances – tous les chemins – tous les visages de la mort…

L’ultime pas vers la parole – puis – seulement – le geste et le silence. La terre ouverte autant que l’âme – prêtes, toutes deux, à l’invisible – au ciel sans menace – au strict nécessaire – à ce si peu qu’exige l’alliance (naturelle) entre le ciel et le monde – le lieu où nous sommes – le seul lieu réellement habitable…

 

 

Entre l’abîme et la dévoration – le commencement d’une respiration vers un ciel encore abstrait – une verticalité presque irréelle – des mots dans l’ombre du langage et des livres passés. Une manière trop dévorante d’exister et d’essayer de rendre vivant notre chant …

A présent – le silence – reposant pour l’âme et l’esprit. La grande liberté du plus spontané – du plus naturel. Quelques traits sur le sable – quelques fleurs ou un peu de neige selon les saisons…

Une errance entre l’avant et l’après – le passé et la possibilité du devenir – un écart présent – sans le prolongement du temps – dans le bleu immobile et éternel…

 

 

Le monde comme abandonné à lui-même. Et notre oreille qui traîne sur des chemins incongrus – infernaux – avec du sable dans la tête – et des pas qui crissent entre les tempes – avec de longues glissades du sommet du crâne jusqu’à la poitrine…

Du noir et du doute – sans hésitation. Quelque chose du désordre et du lointain. Quelque chose de l’isolement – un regard absent – un manque (absolu) de conscience – un savoir indigent et bancal – presque malsain – impropre (en tout cas) à guider les pas vers une terre plus vivable…

Une manière (atroce) d’exister – en deçà du seuil tolérable…

 

 

Les bruits de l’absence qui nous tiennent endormis. Le murmure de l’écho – le même depuis des millénaires – la roue éternelle sur l’axe courbe du temps. La litanie de la source qui peine à percer l’épaisseur des rêves et l’opacité des têtes…

 

 

Les mots comme des oiseaux qui s’envolent de la terre – qui traversent la cage de l’esprit – nés du silence des sommets – qui longent la ligne de crête – en planant haut – très haut – au-dessus des plaines où vivent – endormis – les hommes – qui fréquentent les Dieux et les mystères de l’aube – en se posant, parfois, sur les plus hautes branches des âmes – à leur place – trop rarement – en ce monde – malheureusement…

 

 

Hors des cercles et des assemblées – loin des murs des cités et des médisances humaines – solitaire et inoffensif comme l’arbre et la pierre…

Libre comme l’oiseau des forêts – dans l’oubli d’un monde sans cœur – aux amours misérables – consolatrices et théâtrales – seulement…

 

 

Le soleil effleuré – une âme plus vive – ce que l’on pourrait vivre sans que les Autres s’en mêlent – sans l’esprit perverti par le rêve et l’imaginaire – le réel au cœur – le cœur au centre – les pas et l’horizon affranchis du temps – le geste pur et le silence – toutes les joies de l’existence naturelle…

 

 

Dans l’œil surpris – l’invisible qui creuse le désir jusqu’à la béance – débusquant des sentiers et des chambres nuptiales – des phares – des gouffres et des rumeurs malsaines – une lumière mystérieuse – l’étendue de la vision et l’efflorescence des passerelles nécessaires pour transformer la cécité en regard balbutiant…

 

 

Deux ailes repliées dans l’étrange géométrie du monde – une féerie glaçante – presque horrifique – ceux qui se rassemblent (en vain) pour prier alors que d’autres se réunissent pour participer à des mises à mort – à des tueries – à des massacres de masse…

Quelques mots – à peine un langage – pour dire l’impossibilité du soleil en ce monde – parmi nous – en nous ; ce qui conduit – seulement – au scintillement et à la farce grotesque tant nous sommes confinés à l’illusion et au mensonge…

Ce qui donne lieu au contournement du pire – du plus commun – du bêtement trivial – le début d’un lieu à inventer – et la place indispensable pour qu’il se déploie sans gêne…

La lutte acharnée – en chacun – avant que ne s’impose (naturellement) le règne de la nécessité…

 

 

Le monde corseté – le réel irréfutable – et nous autres plongés dans des abîmes d’obscurité et d’incompréhension…

Devant nos yeux – l’absence et la cécité. Et en nous – l’opacité triomphante…

Une marche sans tête – l’histoire terrestre comme elle va – une traversée du feu et du néant – jusqu’au noir total – définitif peut-être…

 

 

Des visages et des existences – effacés – soustraits à la mémoire. Le monde qui se retire. Le rabougrissement du temps. Le silence et l’immobilité – comme un gouffre – un tertre – une énigme – quelque chose au fond du regard qui attend notre intimité…

 

 

Des carrefours et des batailles – des yeux fermés sur des chemins incompréhensibles – un quotidien sans vertige – mais non sans peur tant les luttes et les croisements sont âpres – violents – infiniment douloureux. Rencontres (si l’on peut dire) dont on ne sort jamais indemne – et presque toujours amputé…

Des existences tremblantes et mutilées – le sort commun – en somme…

 

 

Des arbres et des clairières – des sentiers qui serpentent sur la roche. La solitude et les paumes ouvertes – l’âme et le visage d’un seul tenant – le geste dans la parole – et la parole au cœur de l’acte – reflets du même silence…

Et cette joie infatigable – impartageable – de la perte et de l’absence de nom et de signature. Plus personne – comme notre seule figure – la plus fidèle malgré nos refus et notre prétention acharnés…

La vérité sans visage – humble – discrète – presque vitale aujourd’hui – et demain – de toute éternité…

Le seul apprentissage indispensable au monde. L’être au fond de l’âme – jusqu’au bout des doigts…

 

23 juin 2018

Carnet n°152 Passage(s)

Regard* / 2018 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Des tempêtes, des virages. Le signe des chemins – le signe du voyage – entre mille débuts et leur impossible fin…

Des fables et de l’arrogance. Le jour et le vide. Et plus bas, suspendue à la surenchère, la pendaison des croyances. La victoire du simple sur l’inutile…

Quelques torches – quelques flammèches – offertes aux dormeurs pour faire naître à hauteur d’homme le privilège des Dieux…

Vivant élémentaire voué au plus simple exercice : celui de l’homme et de l’âme en accueil qui décèle dans toute expérience la part magique – la part divine – au-delà du vivre humain…

 

 

Un jour nouveau. Comme le parfum retrouvé d’une aurore lointaine. Le sang et le silence entre la chair et ses blessures. La fin de tout rituel – de tout refus. L’Amour qui s’offre ; le don perpétuel du regard et du renouveau…

 

 

Deux âmes endormies sous la peau. La langue rêche et la gorge sublime – façonnées par la même main qui refuse le sommeil et la finitude – et l’étroitesse des frontières et des drapeaux. Nue dans son désir de contraires et de multitude. Dessinant partout le silence et l’entrelacement…

 

 

Partout où l’on rêve – et où l’on s’en remet au sommeil – renaît la douleur. La main qui décapite la vie – le monde – le poème – et les appels, pourtant si tenaces, du silence…

 

 

Désastres et chaînes de la destruction toujours. Visage caché au fond de l’âme. L’innocence émiettée – éparse à présent – inapte à restaurer l’écoute nécessaire. Fibres mêlées où s’accrochent l’espoir et la déraison – la damnation et la mémoire d’un jour ancien – d’un souffle premier…

Lames vives – familières des supplices. Insensibles au plus humble – et aux restes d’humanité qui pleurent au milieu de l’effroi et du sang…

 

 

Nous espérions tremper notre plume dans une encre moins noire – moins épaisse et moins cruelle. Mais le monde, à notre grand désespoir, a continué à laisser ses gestes se fixer à la mort…

 

 

Rien. Un peu de vent et de soleil sur le sommeil immense des hommes. Et une parole claire – taillée à la serpe parfois – dans la continuité du silence pour inviter à sortir du rêve et de cette nuit insensée – et franchir les hauts murs (illusoires, bien sûr) derrière lesquels végète le monde…

 

 

Un espace, un songe et l’ardeur des pas pour retrouver l’essentiel – le lieu de l’âme et celui de toutes les naissances. Un trajet – souvent long et difficile – pour apprendre à vivre et à être un homme

 

 

Tout s’approche – le soir et la mort – la mémoire et l’avenir – la tristesse et la nuit – sur le fil où nous nous tenons – bancals et ignorants. Apeurés par les vents et l’abîme – et tous ces visages indifférents suspendus à ce bleu si lointain…

Et tout s’agite dans notre attente. Dans ce désir inassouvi d’un autre lieu – d’un autre ciel – d’un autre jour…

 

 

Le blanc comme la promesse d’une lumière délivrée de la parole et du poème. La possibilité d’un silence majestueux – ininterrompu – souverain…

 

 

Quelques incidences sur le jour. La chair rouge – violacée – à force de coups – à force d’espoir et de volonté. Puis, le temps passe (finit par passer) – et ressurgit l’abandon – cette lumière que l’on croyait partie – perdue – annihilée…

 

 

Sages l’azur et la fièvre des premiers jours. Rebelles aux lois, aux épouvantes et aux combats des mains belliqueuses et suppliantes. Dressés comme des christs – comme des totems – dans le feu et l’hiver. Offrant l’Amour, le silence et le mysticisme – toute la vocation de l’homme. L’issue finale à un monde dénaturé par le rêve des puissants, la gloire des seigneurs et la terreur – si docile et effrayante – des peuples…

 

 

Ce qui demeure dans la cendre et le chant des oiseaux à l’aube. Ce qui surgit du silence et de l’horizon, mille fois, dévasté. Ce qui se retient avant de dévaler les pentes les moins tangibles du monde. Les fleurs, la douceur et les rires, si naïfs, de l’enfance…

 

 

Le vertige le plus fondamental. L’œuvre du silence et des vents. La pierre, la fleur et la passerelle précaire où nos pas en déséquilibre jouent les funambules entre la naissance et la mort sur le fil des incertitudes…

 

 

Sur nos épaules, l’âme se grise des vents et des horizons – de cette furtive promenade parmi les visages – dans ce décor provisoirement planté dans le sable…

 

 

Et cette lumière faible – innocente – empêtrée dans cette obscénité du vivre – si triviale et merveilleuse – unique viatique des vivants à la course fébrile et hésitante – à l’affût de tout espoir – de toute issue – en quête de ce qui les fit naître…

 

 

L’errance des esprits trop sédentaires pour voyager hors des frontières – hors des repères édifiés par la pensée. Inquiets des chemins – prisonniers de l’épaisseur de cette terre – comme la certitude la plus réelle peut-être…

 

 

Un sentier, une courbe et l’allant de tous les départs. Et l’ardeur des foulées pour rejoindre l’ailleurs – la promesse d’un autre jour – d’une autre terre où la liberté rimerait avec l’Amour…

 

 

Vivant du peu au fond de nos fibres. Cette énergie amassée depuis la naissance du monde. Tête légère – appuyée sur le rêve d’un séjour au milieu du ciel et du silence – loin de cette nuit imparfaite – et de ses sphères et de ses chants qui ensorcellent les hommes…

 

 

Un refus, un doute, une résistance. L’aptitude du rêve à éloigner du réel. Le regard plongé au cœur de ce qui soulève du monde…

 

 

L’interdit et la foi. Le jour pris comme cible – et comme promesse – pour se détourner du plus vrai à notre portée. L’insuffisance et la cicatrice des premiers pas posés dans le mensonge – ajournant la délivrance – presque impossible – des hommes. Ainsi la vie passe et s’enracine la nuit…

 

 

Un précipice au bord du doute. Et si peu de foulées convaincues de la nécessité d’avancer – d’inventer la passerelle ou l’envol. Préférant regarder du haut des falaises la chute du monde et la mort s’avancer…

 

 

Quelque chose se précise de notre vivant – et enfonce le clou sur notre tombe. Le goût – et la possibilité – d’un ailleurs plus incertain que le monde et la terre sous nos pieds…

Mains liées au rêve et au marbre des stèles. Pieds esclaves d’un désir impossible de liberté. Le parcours des hommes – presque immobile – et celui des âmes sautant à pieds joints de l’autre côté du monde…

 

 

La passage des siècles et l’immobilité. Le savoir et la connaissance. L’Amour et la sagesse comme l’esprit et le cœur de toute aventure. Et ces pas qui roulent sur les pierres. Et ces visages tout étonnés de ne voir que la lune briller au milieu de la nuit…

 

 

Miracle du silence comme une lueur – une main tendue – dans l’asphyxie du monde…

 

 

L’accoutumance de la pensée et du corps à la danse asymétrique – étroite – qui prive de l’envergure et du miracle de vivre – seul – ici – ailleurs – partout – parmi la foule ou quelques visages – sur la terre – au milieu du ciel – ivre – vivant et agenouillé devant la beauté du jour – au cœur de la pluie et de l’hiver – l’âme acquiesçante au voyage, au silence, au piétinement – à la découverte de contrées plus réelles et moins sauvages – et à l’Amour qui s’avance et se partage avec ce qui tremble et va mourir…

 

 

La poésie du ciel si riche – si féconde – incomprise sur cette terre si prosaïque – si indigente – si limitée…

 

 

Des tempêtes, des virages. Le signe des chemins – le signe du voyage – entre mille débuts et leur impossible fin…

 

 

Nous passons sous silence ce qui, un jour, prendra fin. Quelque chose, l’absence et les mensonges du temps. Les vies brèves, l’enfermement et la nuit entière livrée au hasard. Le sourire et les départs. La joie et la tristesse de n’être personne…

 

 

Les jours – comme les rêves – se succèdent – et s’impatientent du passage, de la fin et de l’aveu (toujours possible) des anges cachés au fond de l’oubli – dans cette mémoire première enfouie dans l’esprit du monde…

 

 

La chute des siècles – terrassés – terrorisés par l’appétit du monde. Et l’envergure incomprise des abîmes et du silence. Et plus loin – là-haut – quelque part – la continuité des vents et le sourire éternel des Dieux survivants…

 

 

Nous devenons un autre – nous-mêmes – sous les cendres. La lueur d’une flamme plus ancienne. La nuit parfaite et le jour retrouvé. Le temps d’un passage – de quelques saisons. La chute du temps dans l’immensité…

 

 

Briques, gestes, figures. L’arsenal du monde pour célébrer le prolongement du printemps, des naissances et du silence…

Le chemin d’une innocence à venir…

 

 

D’autres noces nous feront revenir. Celles de l’intime et de l’immense dans un regard mêlé de rien et de lumière…

 

 

Ces pas sont les nôtres. Et la trame où tout a commencé. Le cercle, la vie, le monde. La fougue et la fuite du temps. Le miracle de toute naissance. Le prolongement du merveilleux et du silence livrés à l’envers de l’âme et aux appétits…

 

 

Sur la table, mille ruisseaux se creusent au fil du temps. Mille ciels et mille chemins sur la page où nos yeux se promènent. Comme un défi hasardeux à la mort. L’invitation à goûter ce qui vient – le dedans de l’âme coutumière du plein silence…

 

 

L’apaisement comme un ciel au-dedans de la misère – parmi ces voix entaillées jusqu’aux viscères – livrées aux rêves et aux prières – marchant, hagardes, au milieu des pierres et du vent…

 

 

Le peu – le presque rien – aux frontières de ce qui est présent – toujours – et qui ne laisse aucune trace de son passage…

 

 

Le simple – l’éphémère – trône ici comme un geste inutile – une vague à peine qui s’efface sur la berge. Une parole lancée à la mer. Un pas à mi-hauteur du langage…

Et nos vies muettes à l’écart du sacrifice – authentiques jusque dans leur goût pour ce qui manque à leur défaite…

 

 

Des fables et de l’arrogance. Le jour et le vide. Et plus bas, suspendue à la surenchère, la pendaison des croyances. La victoire du simple sur l’inutile…

 

 

Quelques torches – quelques flammèches – offertes aux dormeurs pour faire naître à hauteur d’homme le privilège des Dieux…

 

 

Vivant élémentaire voué au plus simple exercice : celui de l’homme et de l’âme en accueil qui décèle dans toute expérience la part magique – la part divine – au-delà du vivre humain…

 

 

Gifles, flocons, silence. Et ces petites sentes d’infortune qui égarent et blessent davantage qu’elles ne prouvent notre vaillance. A deux doigts d’un appel – d’une fulgurance ; l’effacement et l’immobilité du voyage. La crête dans le rêve et le songe au sommet des cimes. La poussière et le plus bref à disparaître. La boue et l’ignorance. Et la sagesse d’une âme à la main blanche comme la neige…

 

 

Des poèmes comme des passages – des traces éphémères dans le silence – pour exalter la joie et le goût du vivant au milieu des peines et de la mort…

 

 

Tout se pare d’immensité avec la fin de l’accessoire. Comme le retour (célébré) à l’espace et au temps illimités…

 

 

Caducs et inutiles – tout édifice – toute construction. Le moindre trait – le moindre amas – est un rêve – une illusion. Gesticulations insensées et folles tentatives de ceux qui s’échinent, à travers leur vie et leur œuvre, à défier le silence – l’infini du seul visage – le palimpseste à jamais vierge où naissent et meurent tous les mondes…

 

*

 

Monde en marche – à la dérive peut-être – qui impose ses lois, son mouvement – une direction. Monstre colossal – pesant – massif – mu par une force instinctive – une puissance originelle (presque) inépuisable – roulant cahin-caha des ténèbres vers la lumière – anéantissant les impasses – toutes les impasses – creusant son sillon à même les corps et les existences – amassant et écrasant tout sur son passage. Se nourrissant de toutes les tentatives et de toutes les expériences – implacablement lancé vers son but ultime…

 

 

Et dans ce monde à la mécanique un peu folle, quel chemin pour la soif, la sensibilité, l’intelligence et le serment des retrouvailles – et le silence et le soleil nécessaires à l’immobilité des pas et au rassemblement des visages…

Et quelle place pour la vérité et la parole des poètes qui rivalisent avec l’ardeur des foules – enivrées par le progrès – dopées par l’angoisse de vivre – et pas même conscientes de marcher vers leur perte – de sacrifier la vie, leur vie – toutes les vies – pour une gloire absurde et stérile – et la réussite d’un monde qui marche le cul par-dessus la tête…

Rien ni personne – pas même la parole des poètes ni l’expérience de quelques sages – ne pourra réfréner cet engouement – cette course folle…

« En vain » sera peut-être le dernier mot…

 

 

Il y a – et il y aura toujours – mille rêves et mille vies brisés que rien ne pourra sauver du désarroi et de la mort…

 

 

Folie destructrice qui enchaîne davantage qu’elle ne libère. Hommes en fuite. Pensée uniforme. Bien-pensance. Et la nuit qui commence à peine…

Et l’intuition d’une tristesse qui pourrait durer jusqu’à la fin des siècles…

 

 

Une longue marche consacrée au plus facile et à l’espérance au détriment de l’essentiel ; cette soif de silence…

 

 

Des images et des mots parvenus jusqu’à nous. Le renforcement des mythes. La continuité des fables et des mensonges. Et l’Absolu en toile de fond de cette nuit et de ces délires qu’engraissent notre paresse et notre lâcheté…

 

 

Au-delà du possible règne l’extinction des jours qui se succèdent – soutenue par quelques âmes inquiètes et téméraires au regard lucide – prêtes à esquisser quelques pas – et quelques lignes – dans les rêves et l’indifférence du monde – prêtes à placer l’envol au cœur du sommeil et des impasses – au cœur de l’impossible…

 

 

Devant nous résonnent – et pérorent – le plus tangible – toutes les voix du monde galvanisées par l’aveuglement et la chute des empires – le passage du temps sur la terre si proche du rêve – la fin des siècles – l’effacement de l’histoire – les gémissements des hommes et des bêtes. Et le silence foudroyé par tant de certitudes…

 

 

Incantations vaines dans le silence. Spectateur impuissant du combat asymétrique entre l’ombre et l’invisible – entre le temps et l’éternité…

 

 

Nous survivons à peine aux règles édictées par la folie de ce monde. Nous marchons – et marcherons encore – à contre-sens – dans la déroute des repères et des saisons. Le rêve pointé en chaque foulée vers un ailleurs possible – et la raison (et le privilège humain) crucifiés au milieu du front…

 

*

  

La mort jamais fortuite des rêves. Un pied dans le poème et l’autre dans le silence. A mi-chemin entre l’abîme – le ciel inventé – et le réel.

Au cœur du plus long passage entre l’homme et l’infini qui le porte…

 

 

Rien de moins que l’intime et l’immense. Le regard et l’atemporel au cœur du rien. Et quelques pas – quelques traces peut-être – dans la parole affranchie du langage (et de ses si prosaïques usages)…

 

 

La trame où tout a commencé. Le monde, les naissances et les mille vitrines pour exposer son visage – ses drames – ses expériences – ses aventures. La petite ronde des hommes, en somme, au milieu des rires et de la mort…

 

 

L’infortune et la disgrâce de toute manœuvre pour faire coïncider le rêve et le réel. Le chemin de mille désastres. Le voyage – le passage – et ces milliers de jours d’attente et de vaine espérance…

 

 

Quelque chose de plus confus que nos traces dans la neige. Comme un amalgame de poussière et de lumière à l’envergure insaisissable – tantôt infime et dérisoire, tantôt infinie et majestueuse – souveraine toujours dans la proximité du pire et à l’approche de la mort. Geignarde et géniale sur son parcours – sur ce chemin abscons – obscur – comme une main tendue sur le fil des rêves. Tantôt souriante, tantôt pétrifiée devant les visages, les mensonges et les frontières du monde. Anodine et légendaire au milieu des grimaces et des fantômes. Et, plus que tout, familière d’une permanente défaite…

 

 

Quelque part, un enfant au rêve incertain – accroupi parmi les destins – végète dans la main d’un plus grand que lui – près d’une fenêtre (presque) insoupçonnable sur le ciel et le chant des oiseaux. Il vit là, inquiet, en se balançant au rythme des vents et des injonctions humaines – au rythme des ordres mécaniques scandés par la bouche noire de quelques seigneurs (élus par le peuple) – posés un peu plus haut – au-dessus de cette grisaille obscure et maléfique – où glissent tous les visages et tous les gestes – tous les baisers lancés à l’espace et à cette force que nous ignorons…

 

 

Magie des mains tremblantes – respectueuses et ivres du même désir. Le rien et l’impossible rêvés d’une vive ardeur. Et le silence en point de mire…

 

 

Sur les rives rouges du passage, un incident, parfois, nous retarde. La grâce d’un décalage. L’exactitude d’un contrepoint. Quelques embardées – des virages – qui prennent souvent des allures d’errance et d’incartade – et qui, un jour, feront office de délivrance…

 

 

Nous n’avons rien sinon, peut-être, un bout de terre et un étrange vague à l’âme pour s’affranchir du rêve et s’éloigner du monde. Un goût pour l’ailleurs que le voyage, peu à peu, transforme en inconnu. Et le silence des jours – et la lumière de notre solitude – pour aller courir sur d’autres rivages…

 

 

Quelque part encore – un autre jour – une douce lumière – l’incertitude des visages. Le silence d’un ailleurs retrouvé…

 

 

Le cri, le chant ; la même rengaine au fond de ce qui brûle et se cherche. La vérité au fond de la gorge oscillant entre les étoiles et les fous – ces hommes – ces vaisseaux embarqués sur des eaux trop sombres (et trop tumultueuses) pour guérir du sommeil et s’affranchir du monde et des ignorants. Un seul guide, la plaie et la chair déjà gorgées de joie…

 

 

Langue morte autant que les eaux noires venues engloutir le monde – les songes – toute vérité. Le délaissement et les tyrans. Et ce bon peuple à la parole facile – aux visages tirés par des siècles de rondes et de mirages et les mille légendes des tribus d’autrefois. Et, à présent, l’attente du chant et du silence véhiculés par le plus simple…

 

 

Comme un dragon aux ailes délicates – le jour – et sa langue furieuse – incomprise…

 

 

Tant de traces sur l’écume qui ne connaîtront que le blanc des abîmes – et cette peur de venir s’échouer parmi d’autres drames sur la couleur des océans…

 

 

Quelque chose nous attend – plus vif que le soleil noir de la pensée – plus austère que tous les rêves mis bout à bout – plus simple que la complexité du langage – et moins oisif que nos vains voyages. Une présence au milieu de l’ombre et de la stupeur. L’éternité comme défi à la mort et aux vivants. Une envergure plus apte que le feu à éclairer l’ignorance et le monde – et cette pluie si familière qui donne à nos jours cet air de désenchantement…

 

 

Un soupçon d’Amour encore pour offrir à l’existence et aux vivants l’amplitude nécessaire pour accueillir la grâce, le miracle et la lumière…

 

 

Est-ce le jour ? Est-ce la nuit ? Que pourrait bien nous dire l’âme endormie…

 

 

Un précipice, un voyage. L’aventure sur les rives – et les eaux – les plus sauvages. Les parois et l’hésitation à l’approche du ciel – ensablé entre l’écart et la roche. La magie, le merveilleux et le vivre, parfois trop téméraire, enjambés d’un seul saut…

 

 

Vivre sous le regard pacifique des grands chiens – libre de jouer entre les tombes – au milieu des rêves et des étoiles – affranchi des danses de la terre. Au cœur d’un jeu – d’une existence – d’un Amour – écrits en lettres d’or et de sable par des Dieux malicieux et cajoleurs…

 

 

L’aube encore à tous les seuils – et jusque dans le sommeil des impunis…

 

 

Regard plongé au fond des lignes – au fond de l’infini. Joueur de flûte et de silence entre la terre – ses serpents vifs – et si hideux parfois – et le ciel dégagé – parmi les traditions et les rêveurs – les hommes – les mains sur l’archipel des hauteurs. Porté par presque rien, en somme. Les cheveux remués par les vents et les courants d’un autre monde – d’un ailleurs plus espiègle et éternel que la terre si triste (et provisoire) des vivants…

 

 

Le vertige de l’errance – là où le regard quitte les pieds – la tête – et ces lignes dessinées pour vaincre la mort…

 

 

En l’homme, peut-être deux ciels – celui du haut – du rêve – et celui du bas – de l’enfer promis à la déroute et à la défaite. Et entre les deux, une corde où dansent les pas – et mille soleils déposés par le hasard

 

 

Voix, chaînes, chemins. A la lisière de toutes les épreuves. Et le destin soumis à la violence et à la sauvagerie des instincts. Foulées brèves – hésitantes – au milieu des chants et de ce qui tremble…

La main appuyée sur la pelle qui aura servi partout à élargir l’infâme et le trou où nous serons enterrés. Et le jour d’après où l’Autre marchera pour assouvir sa faim…

 

 

Un angle, des rives et les paupières closes toujours qu’embrassent l’ombre et la mort. Et ce bleu au fond du jour – au centre du regard défait des livres et des horizons. Silencieux – en attente – au milieu des pierres et des étoiles – guettant l’aurore dans les yeux et les foulées de l’homme…

 

 

Siècles, sève, intervalles. Et cette transparence sans rive entre les murs et le froid. Et le soleil né des désastres qui – lentement – vers nous s’avance – et qui – lentement – en nous se redresse – pour célébrer l’ivresse et la joie sur les tombes – au cœur des saisons qui passent…

 

 

Du soleil, des étoiles, des parures. Et cette parole comme un rituel exauçant tous les rêves du langage pour dire la vanité de l’abondance, l’illusion des cérémonies et le règne indiscutable du silence parmi nous…

 

 

Quelque chose s’approche – des rires et des traits singuliers. L’inattendu dans l’élan le plus familier. Le jeu de la mort sur nos visages fatigués. La danse du silence, peut-être, sur la ronde des condamnés. La joie à travers la porte qui ouvre sur la grande salle où agonisent les suppliciés. L’enfer du songe où se noient tous les désirs. La trame où se terrent toutes les âmes. Le mystère des Dieux qui se déchaînent sur notre voyage…

La ligne où tout meurt et s’écartèle pour offrir un plus paisible destin. L’abandon au vide et à ce qui nous rassemble. L’espérance des retrouvailles…

 

 

Assis en silence au milieu du pardon. La tête sur les genoux. Et les mains vides qui accueillent le monde et les visages. La couronne de la différence reconquise. Et la soif mêlée à l’eau – abandonnées sur le sable. Le simple et la joie promise au bout des doigts. Et la douceur d’une présence. L’invisible et l’ombre réunis. Une certaine grâce de vivre, en somme…

 

 

Le quotidien, voilà l’essentiel de l’homme. Et le silence, un jour, qui tiendra lieu de langage…

 

 

Un nom. Et mille jours à endurer pour que brille l’impossible. Et un jour sans nom pour voir jaillir l’impensable…

 

 

Tout est dit – et révélé – en un seul geste – en un seul mot. Toute la posture de l’homme dévoilée…

 

 

Seul dans cette nuit parmi ces corps grelottants. Seul dans le froid sur ces routes épiques. Seul avec l’âme – cet autre en soi – venue réchauffer notre désert – notre passage…

 

 

Silence (parfois déconcerté) devant le salut espiègle des masques – d’un monde mort – inanimé – sous l’apparence du mouvement – pris dans une danse à l’allure aimable – presque souriante – assise au milieu des déboires et des circonstances – mue par l’habitude et l’inconscience…

 

 

L’enfance d’une autre parole – née d’un trébuchement – d’une chute presque silencieuse – passée inaperçue au milieu de l’absence – de tant d’absence – sous le regard attentif venu détrôner le hasard, la quête et l’ignorance…

 

 

Exposés, à présent, au rang de la terre, cette innocence et ce ventre, autrefois, gonflé de faim. A même l’herbe, les oracles et les armures – à même les signes de l’homme. Et l’arrivée discrète du silence après un long périple à travers le temps – mille siècles de fouille et d’épuisement…

 

 

Vive est l’invitation au voyage. Et permanente la résistance au changement. Tout est en ordre et la beauté peut bien attendre. Les rêves multiples – inassouvis – ordonnent une trêve – une parenthèse dans la traversée – et ajournent la suite des pas. La vérité et le bout du monde devront encore patienter…

 

 

Au bord du temps – au bord du monde – ce que l’on tient pour un silence souverain – le royaume des sages – et l’ordinaire des éveillés peut-être – a parfois des airs de tromperie – de fausse évidence. Restent un feu et un abîme – et le son de quelques cloches encore disharmonieux. Restent l’esprit et sa fange de désirs, une mémoire au fond de l’oubli et des absences au cœur de ce qui vient. Un regard et une présence aussi – constellés d’un peu d’ombre et de nuit. Des intervalles et quelques ornières. Et des murs (infranchissables parfois) sur les pierres affranchies. Des pelletées de violence dans l’âme. Et des idées sur le blanc des pages. Une lumière et un peu de noir au cœur de l’éternel et du voyage…

 

 

Ce qui vient glisse entre nos mains. Et, pourtant, tout s’acharne à revenir… Mais nous n’avons plus la force d’attraper les choses – ni la force de nous accrocher au destin. Et pas même celle de nous abandonner…

Aussi défaits, impuissants et végétatifs que le monde, en somme…

 

 

Vertige du vide et des abîmes. Vertige du monde et du silence. Deux versants d’un même faîte – et cette crête où s’enlisent les pas…

 

 

Rien ne guérit de l’espoir autant que les malheurs. Rien ne s’achève et, pourtant, que les murmures du silence, parfois, nous semblent lointains…

 

 

Nous allons là où les mains façonnent notre destin – et nous offrent une ligne de fuite – un espace de prolongement. Et nous avançons ainsi avec le ciment des ancêtres sur nos certitudes – et l’orgueil du visage – vers un horizon impossible à réenchanter…

 

 

Tout passe – captif de sa fin. Et tout recommence avec l’oubli du ré-enfantement. Et tout nous arrive de cet effort à revenir…

 

 

Insensibles aussi longtemps que l’âme sera gorgée d’images. A peine vivants tant que le monde sera perçu depuis la discorde et l’habitude. Si loin encore des promesses de l’homme

 

 

Humble et renversé – comme un regard innocent sur le monde…

 

 

Entre l’orgueil et l’ingratitude, l’homme au service du plus servile. L’oubli et l’indifférence dans leur combat contre l’authentique. Le déchirement du souvenir et des âmes. Et le blanc et le noir de la vérité, bientôt, mélangés en incertitude…

 

18 décembre 2017

Carnet n°127 L'âme, les pierres, la chair et les visages

Recueil / 2017 / L'intégration à la présence

Chevelures emmêlées à la suie, aux étoiles, à l’enfance, aux pierres, aux chemins, au printemps, à la boue et à la mort. Vies sans aveu qui passent... Jours sans regret qui s’éteignent en silence... Songes balafrés par les exigences de l’Amour... Âmes trop fragiles qui balbutient quelques mots au jour perdu – enfoui si profondément – dans la nuit. Chants – hymnes – obscurément – aveuglément – dédiés au regard...

L’obscure veille où poussent l’humus des siècles, les saisons, la haine et les hommes, les plaintes puériles et le vieillissant soumis à des lieux sans mémoire. Comme un trésor – une légende peut-être – enraciné(e) au creux du plus sordide...

 

 

L’aveuglement tenace de la pierre – et celui, plus atroce encore, de la chair – parmi les étoiles. Et ce soleil d’envergure si lumineux déjà...

 

 

Mille mondes et mille chemins. Et autant de destins portés par – et tendus vers – l’indicible. Le (seul) lieu de l’Unique. Notre socle commun originel. Et pourtant que de fardeaux et de noms voués à l’errance – insensibles au souffle premier – et à ses éclats qui se consument, sans impatience, au fond de l’âme...

 

 

Ce qui fut, bien sûr, sera encore. Et ce que nous sommes demeurera toujours...

 

 

Et cet éveil émergeant du sommeil. Et cette lumière naissant du plus obscur. Comme si le salut, enfoui au fond de l’âme, apprenait (progressivement) à enjamber le lointain (et ses promesses) pour se redécouvrir indemne – aussi intact qu’au premier jour des visages...

 

 

Des corps innombrables, des esprits et des cœurs retrouvant leur fratrie – leur printemps – leur visage unique et éternel...

 

 

Ce que nous fuyons finira par nous rattraper... Et, un jour, toutes les routes – et toutes les issues – seront bloquées pour qu’il pénètre le plus tendre de l’âme – le seuil de toutes les blessures – là où la chair est la plus fragile. Et de ce face-à-face, si souvent douloureux, nous ressortirons plus libres – peurs et entraves dégagées de leur suie, de leurs songes et de leurs monstres inoffensifs...

 

 

A nos côtés – au plus proche – au-dedans et partout alentour – penché sur nous, sur notre âme et notre visage si souvent, ce silence – ce soleil – ce feu – cette lumière. La face de Dieu, trempée de rires et de larmes – infiniment tendre – agenouillée à nos pieds – tenant notre main et enveloppant – et encourageant – chacun de nos pas...

 

 

La lumière précède le souffle dont les pierres, la chair et les visages ne sont que les éclats – et dont l’ultime aspiration est de retrouver leur origine. Dans une boucle sans fin d’oublis et de retrouvailles, d’allers et de retours, d’effacements et de recommencements – le seul jeu véritable au cœur de tous les jeux inventés par les pierres, la chair et les visages...

 

 

De rares rencontres avec les visages. Et de permanentes avec ce feu qui les anime – notre socle commun plus facile à repérer – à accueillir et à accepter – que l’apparente diversité des traits – que cette chair partagée en autant de figures nécessaires inaptes, le plus souvent, aux subtiles retrouvailles...

 

 

L’eau et l’argile. Le vent et la poussière. Et les âmes légères tournoyant dans la matière alourdie par les rêves et les désirs. Ronde fleurissante de silhouettes au bord de l’infini, tantôt frémissantes, tantôt agonisantes – jetées ici et là, partout. Enlaidissant et embellissant le monde au gré de leurs danses fébriles – presque frénétiques. Et cherchant partout leur ancrage – à retrouver la terre qui, au premier instant de la nuit, les a exilées...

 

 

Les chants du monde. Et toutes les rengaines – et les petites ritournelles – de l’être – et ses jeux – entre – et parmi – les pierres, la chair et les visages...

 

 

Prières blanches. Inutiles pour rendre grâce au ciel et aux siècles. Le silence toujours préférable. Cet acquiescement irréfutable aux circonstances...

Créatures d’hiver devenues Dieu à présent. Silhouettes, pensées et voyages partis en fumée. Et effacés les gouffres cachés parmi le gravier noir. L’accompagnement invisible du sans nom. Et cette présence plus précieuse que l’or, oubliée – et enfouie pourtant partout – au cœur de l’eau, de l’argile, du vent et de la poussière – et au-dedans des pierres, de la chair et des visages...

 

 

Les mots – la parole poétique. Du vent pour l’âme. Pour la secouer (la malmener parfois), la caresser et l’ouvrir. Et de ce passage – de ces mille passages peut-être – ne restera rien sinon cette ouverture – cette possibilité d’ouverture...

 

 

De la marche et de l’écriture ne restera aucun pas – aucune ligne. Quelques incidences sur l’âme peut-être... La seule chose essentielle sans doute – et qui saura traverser la mort...

 

 

Ombres aussi vivantes que la mort. Et l’aube – cette aube inconnue – qui pousse nos pas vers elle. Escaliers, escalades, pentes de tous les délires. Moins valides que l’immobilité...

 

 

Tours défaites à mi-hauteur. Et le temps du sablier qui s’écoule toujours entre deux rêves. Traversée à contretemps des heures vers la grande catastrophe – et ce qui nous délitera plus encore. Cette grande douleur de ne plus savoir – cette impuissance face aux circonstances – et nos résistances tenaces avant l’abandon, l’effacement et la transformation du néant en espace de joie...

Forces au même visage contre le temps, vouées à la pénétration de l’impénétrable...

 

 

Le plus vrai – comme le plus sensible – tremble au fond des visages. Serpente entre les pierres et au-dedans de la chair. Semence originelle, sûre de la continuité de sa source, qui cherche sa descendance. Le sacre de sa substance éparpillée au cœur de l’eau, des rivières, des fleuves et des océans...

 

 

Terrasser l’espoir et les dragons – ces chimères des jours heureux. Le dessein de la mort nous rappelle – et nous ramène – à l’inéluctable face-à-face avec notre condition et notre destin : le plus durable au cœur de l’éphémère – l’immuable, source de toutes les circonstances...

 

 

Visages fascinés par la chair encore endormis sur les pierres. Comme une grande arche vouée à la terre – et la célébrant d’un sommeil rêveur...

 

 

Plus haut que nous, les rêves. Et plus dangereux aussi. Regardez-les donc agiter nos mains – leur faire prendre la pelle et les armes... Regardez donc à quels desseins – et à quel destin – ils nous soumettent...

 

 

Nous sommes nés un jour. Une nuit peut-être... Nous avons vécu quelques heures. Quelques siècles peut-être... Avons agité nos mains. Et nos âmes peut-être... Avons fait couler quelques larmes. Et un peu de sang peut-être... Et nous sommes morts, aussi peu vivants que ce que nous aurons vécu – que ce que nous aurons réussi à vivre peut-être...

 

 

La nuit avale le peu de jour qu’il reste dans nos vies. Comme un ogre à l’appétit colossal, recrachant les os et quelques poils. Et ce cœur perdu au fond de l’âme que nous n’avons su ressusciter. Et c’est la mort qui nous arrachera ce qui reste...

Et cette inconscience de notre vie qui réclame encore notre présence...

 

 

Les merveilles innocentes – sans maître toujours. Et que nous nous approprions pour les transformer en gain, en grains, en armes – en substance maléfique. Comme si le pouvoir infime né de leur possession pouvait nous aider à lutter contre la mort...

 

 

Et dans cette ignorance du destin, nous allons aussi effrayés et criards qu’au jour de notre naissance. Et avec, au fil des chemins, toujours moins d’innocence. Perdus par la route – et l’espoir des routes – qu’arpentent les visages – tous les visages – mangés déjà par la cendre. Et la mort toute proche – si proche – qui nous appelle encore – et la lumière – cette lumière ignorée – qui implore une halte, un rapprochement et une nudité nécessaires à sa venue (plus qu’improbable)...

 

 

Décharnés par le monde et la lumière, nous réclamerions encore un peu de chair pour rassasier notre appétit – assouvir notre goût si prononcé pour la terre. Aveugles encore à la grâce du dénuement. Encore sourds à tous les silences...

 

 

La présence – la conscience – immobile et attentive comme l’araignée au centre de sa toile qui attend que les âmes soient prises au piège. Une seule différence pourtant (mais de taille) : nous sommes à la fois l’insecte, la toile et l’araignée – les trois facettes de notre vrai visage...

 

 

Apprendre l’effacement et l’anonymat. La gratuité sans visage. Le geste et la parole sans auteur. La grande humilité. Âpre exercice au délicieux parfum d’innocence...

 

 

Douce. Et invincible pourtant. Comme la première pierre. La roche originelle. La présence, unique soleil parmi tous les astres de chair. Le seul visage malgré la nuit, les vents et toutes les aurores perdues...

 

 

Le poids de nos bras, de notre cœur et de nos peines, disparu – effacé par la tendresse du regard – et sa puissance inoffensive. Et effacé le sommeil d’avant la naissance du monde. Ne reste plus, à présent, que la légèreté de l’âme ravie – radieuse – qui danse avec les ombres sur ses chemins blancs...

 

 

Et la chair rouge où naissait la tristesse, transparente à présent – et traversée par les rires. Envolée vers le fleuve où s’égaye la poussière. Mise à nu enfin. Délivrée du sang et des écorces. Offrant une ombre plus légère qu’autrefois...

 

 

Torrents, laves et vents lavant tous les secrets des hommes – et asséchant leur écume. Défaisant l’espoir de la terre et délivrant de la soif et de la terreur. Porteurs de la fin de toutes les nuits...

 

 

Soulevé le vent – et soulevée la foule qui cherchait de sa foulée haletante un rêve de chemin, des mains caressantes et des âmes soumises. Et plus qu’un visage – et plus qu’un destin – une promesse d’attention et une torpeur suffisante pour consoler de la tristesse...

 

 

Chants parmi la boue et la mort. Fleurs et vies épanouies au cœur de toutes les fêtes malgré le désert, les larmes et le sel sur les plaies – malgré l’indigence et la poussière...

 

 

Poètes et prophètes méconnus. Sages peut-être que la foule ignore. Et que le silence presse dans leurs œuvres pour qu’éclate la vérité sur les pierres et les étoiles – et qu’elle soit visible depuis la terre par quelques visages qui guettent la lumière...

 

 

Chevelures emmêlées à la suie, aux étoiles, à l’enfance, aux pierres, aux chemins, au printemps, à la boue et à la mort. Vies sans aveu qui passent... Jours sans regret qui s’éteignent en silence... Songes balafrés par les exigences de l’Amour... Âmes trop fragiles qui balbutient quelques mots au jour perdu – enfoui si profondément – dans la nuit. Chants – hymnes – obscurément – aveuglément – dédiés au regard...

 

 

Songe d’une vie immobile. Infiniment silencieuse. Vouée à la lumière et à l’Amour malgré l’insolence des mille printemps à naître, la brume si épaisse des yeux, le vent, les promesses et la mort à venir – plus fidèle au silence que tous les visages...

 

 

La chair et le cœur incompris dans leurs élans. Fouilles, déraison, liberté. Folles embrassades dans le brasier. Vies où perlent l’eau, le sperme et le sang sur les désirs et les visages...

L’obscure veille où poussent l’humus des siècles, les saisons, la haine et les hommes, les plaintes puériles et le vieillissant soumis à des lieux sans mémoire. Comme un trésor – une légende peut-être – enraciné(e) au creux du plus sordide...

 

 

Une parole – et une âme – toujours plus oscillantes que le silence...

 

 

Silence, chemins et anecdotes. Quelques rondes, quelques larmes et quelques pas de danse au cœur de l’indicible – de l’inavouable...

 

 

Cette foule de petits gestes quotidiens – perçus communément comme anodins, insignifiants ou rébarbatifs – et que l’on peut pourtant accomplir en présence, dans un esprit de (profond) respect et de (profonde) gratitude, pour célébrer la beauté du monde et le merveilleux de la vie – et honorer le silence...

 

 

Le premier visage – et l’ultime – au bord du sommeil – au bord de la nuit – et au bord de la chair et de la neige. Source des fleurs et des forêts. Source de toutes les aurores et de tous les mondes. Mais si timide encore parmi les cris, le sang et la paresse...

 

 

Un rire, une musique. La magie de la terre enfantée par la nuit...

 

 

La jeunesse du destin (de notre destin) et des continents. L’enfance du monde – et des créatures qui tètent encore le sein de leur mère. Et l’ombre – la nuit – plus denses que leurs silhouettes. Et plus épaisses que leur gerbe de sang...

 

 

Et cette vie secrète au-dedans de la chair – et au-dedans de l’âme. L’invisible en – et parmi – nous. L’amour serpentant entre nos gestes, nos prières et nos lamentations. Le ciel plus grand que tous nos cœurs désunis...

 

 

A tout réclamer sans cesse, nous ne savons plus vivre de rien... D’un peu de vent – et d’un peu de pluie – sur le visage. D’un peu de soleil et du simple spectacle des fleurs. Dans la compagnie des arbres, des bêtes et du silence. Nous avons presque oublié ce qu’est être vivant...

 

 

Vie immobile en quête d’un printemps interminable. De saison en saison – de haut en bas – et de bas en haut – à l’affût des découvertes, des opportunités et des réminiscences de la mémoire, nous cherchons partout les fantômes du mieux-vivre et de l’expansion dévastatrice. La paume caressant, écorchant et saisissant le peu offert par le destin. Ecrasés par le fardeau accumulé par les années et les siècles et le poids de la mort. Aux aguets d’un souffle, d’un trésor, d’un visage qui jamais ne tiendront leurs promesses – jamais à la hauteur de notre espérance, nous nous enfonçons dans les profondeurs d’une nuit sans fin...

 

 

Une nuit de silence plus sombre qu’ailleurs...

 

 

Sans voix, sans un mot, sans un souffle. Défaits par les rumeurs et l’horizon. Le plus désastreux de la chair et les promesses de royaumes et de soleil. Le sable et l’écume toujours entre les dents...

 

 

La main ouverte – presque autant que le cœur – et presque aussi large – offrant au monde son chant, ses feuillets – noircis de mille traits –, son désert et son silence. Un peu de lumière...

 

 

Un Amour mille fois meurtri par la terre et les hommes. Par la chair et l’histoire du monde. Par les mille naissances et les dix mille morts. Par le massacre et l’agonie de tous les peuples...

 

 

Ne cherchons plus ni l’Amour ni le secret des saisons. Creusons nos vies. Désenfouissons l’inutile. Erodons le superflu. Entendons la vie – son souffle, son désir et son allégresse. Soyons plus vivants que nos pas – et plus vifs que les morts et les vivants. Tâchons de percer notre ultime secret – et de découvrir notre ultime visage. Et sachons nous faire humbles devant les prophéties, inentendues, des poètes...

 

 

La nuit portée autant par les ombres que par les étincelles de la foule aveuglée par la folie et la faim – par les rêves, les rumeurs et les pas haletants – par les luttes, la torpeur et son impitoyable désir de destin...

 

 

Brume où suintent encore l’espoir, la désespérance, le désir et la mort. Et la haute fouille dans ce qui s’élèvera en nous...

 

 

Le cœur jamais épuisé des chemins. Et l’Amour encore si timide – presque hésitant – parmi les fresques de la terre et la tendresse de la chair – et des âmes – fragiles – balbutiant dans la nuit...

 

 

La neige aussi têtue que la mort, les rumeurs et les fêtes données en l’honneur de la gloire (du monde et des hommes) pour célébrer le printemps et la résistance provisoire des visages...

 

 

Le chemin des alliances possibles – aussi tristes que les têtes couronnées, et soudain décapitées dans leurs élans par la révolte des peuples. Et, sans doute, moins prometteuses aussi...

Seuls le feu – et ce bleu dans le regard – tapis au fond de tous les lieux, pourraient nous délivrer des mariages et des conquêtes – et nous faire abdiquer avant que nos âmes, prises dans le jeu des batailles, ne soient tranchées par le couperet des malheurs – et ne roulent dans les fossés de l’histoire et du temps...

 

 

Le même mystère sous la pluie et le soleil. La même énigme reliant – et réunissant – les âmes, les visages et les mains. Et cette indifférence face à la nuit – face au mirage et au bleu du ciel infini. Et ces errances – toutes ces errances – sur l’échelle de l’absence. Et ces chants qui veillent au moindre désir pour éveiller – susciter peut-être – l’Amour et le silence...

 

 

L’œil, le silence, le feu et la neige. Comme autant d’indices – et autant d’étoiles peut-être – pour délivrer de la nuit et de la sève rouge qui coule lorsque la mort nous appelle...

 

 

Chair aimée et chair aimante. Proies de tous les appétits – déchirées par le sommeil...

 

 

L’interminable agonie du monde et des siècles – des hommes et des bêtes. Le parachèvement de l’horreur. Et l’entêtement des jours, des souffles et des désirs face à la mort...

 

 

L’avenir fécondant la mort. La poursuite des siècles. Partout, la célébration de l’horreur. Et les âmes – toutes les âmes – où ne cesse de rejaillir l’origine. Et cette innocence encore parmi la peur...

Entre le merveilleux et l’effroi. Toujours...

 

 

Ô homme, dis-moi, où avais-tu donc posé les yeux en sautillant – mi-joyeux – mi-infirme – claudiquant peut-être – sur tes chemins de délices ? N’as-tu donc pas vu – et guetté sans doute – cette étrange clarté par la fenêtre au soir de ta vie ? N’as-tu donc pas entendu les chants du printemps au cœur du plus froid de l’hiver ? N’avais-tu donc pour seul espoir que la délivrance offerte par les foules et les peuples ?

Il n’y a de nuit plus longue que pour celui qui espère...

 

 

Et le Diable partout dont nous tenons toujours la queue... Comme le seul appui – le seul réconfort peut-être – après tant de siècles de malheurs. Comme si nous ne connaissions – ne pouvions encore connaître – l’origine du mal – cette chaleur des Enfers que nous prenons pour un paradis en nous réchauffant (maladroitement) dans la proximité des flammes – comme une mince consolation à la froideur, si saisissante, du monde...

 

 

Face aux maîtres du passé – savants philosophiques, métaphysiques, existentiels et spirituels – nous sommes sans voix. Mais nous avons peut-être sur eux un avantage : l’horreur des siècles qui nous séparent – comme un fouet (possible) pour rattraper, avec urgence, notre retard...

 

 

Lorsque la lumière vient contredire l’évidence – et la puissance – du chaos... Comme un baume – un apaisement définitif – sur notre misère de vivant. Avec cette clarté du visage, invincible face aux ombres et au plus obscur de la nuit...

 

 

Un espoir encore – plus que de résuscitation – de silence. Et une joie vivace pour l’âme malgré les périls, les défis, les enjeux et les invitations de la mort. La part en nous la moins funeste – la plus innocente. Et ce goût – notre goût – inaltérable pour la liberté et l’infini...

 

 

Le labour et les blés du monde. La récolte des damnés. Quelques terres émergeant des eaux noires. Et l’abondance du grain comme seule consolation à l’exil et à l’absence...

 

 

Mains tendues vers l’alphabet – hiéroglyphes du langage – incompréhensibles. Incapables de sceller ensemble l’Amour et les étoiles – l’innocence et le sommeil barbare des tribus et des peuples...

 

 

Le silence immobile – immuable – parti et revenu. Aussi intact que le bec de l’aigle planant au-dessus du monde. L’Amour et la mort poursuivant (inlassablement) leur combat...

 

 

Et ce frisson devant l’écuelle. Comme un chant célébrant sa détention. La chair nourrissant la chair. La mort servant la vie. Et la vie servant la mort. Et le verbe implorant l’aurore d’arriver. Permanents dialogues entre les ténèbres et la lumière – entre le sang et l’innocence. Et l’interrogation continuelle de l’homme...

 

 

Crâne à la main. Posé sur les genoux. Livres et bougie sur la table de travail. Plongé dans une (intense) réflexion sur la condition du vivant. L’éternel s’interrogeant au cœur de l’évanescence sur l’atemporel et la brièveté des jours...

 

 

Pulvérisée la passion devant la mort. Et, préalablement, par le temps qui passe – et qui s’évertue à déchirer – et à effacer – la vigueur du sang et l’ardeur de l’âme à s’initier au monde et aux siècles...

 

 

Qu’est-ce qui a pu donc nous trahir dans notre attente, interminable, de la joie... Est-ce le silence... Est-ce l’âme... Est-ce l’homme – et ses promesses... Est-ce le jour qui n’est parvenu à percer la nuit... Est-ce la nuit qui s’est refusée à tout assaut... Est-ce nous, trop simples – trop touffus – et trop pleins d’espérance... Est-ce le temps... Est-ce les siècles... Pourquoi notre attente n’a-t-elle su distinguer la lumière – et la rejoindre...

 

 

Le temps aussi vaste que nos murs. Aussi haut – et aussi épais. Infranchissable sans doute mais que l’on pourrait pourtant percer pour unifier les territoires – et découvrir, dans l’unité, l’espace commun affranchi des frontières et des séparations. L’unique lieu de la réconciliation (de toutes les réconciliations)...

 

 

Sous les saisons, ce feu – ce désert – ce silence habité par toutes les grâces – et dont la pluie, le soleil et les nuages ne sont que les passagers. Aussi provisoires que les visages...

 

 

Dans le chaos général, le foisonnement des labyrinthes intimes qui crient leur faim et leur effroi. Et cachés derrière, les tremblements des âmes vouées à la solitude et au froid...

 

 

Et cette foule et ces drames – joueurs invétérés du rêve qui continuent de hanter le monde – nos vies (toutes nos vies) – et nos âmes. Livrant au réel le plus âpre, et ardent, combat. Clouant les êtres et les choses à la nuit. Marchant aveuglément et dépeçant – et redépeçant encore bien au-delà de la mort. Susurrant la buée et le mensonge dont les vivants se parent pour aller arpenter, en claudiquant, tous les déserts à seule fin de fuir ce qui les appelle – et les étreint déjà...

 

 

L’interminable attente de toutes les fins. Avant tous les recommencements. Et le renouvellement perpétuel du monde, des âmes, des pierres et des visages. L’éternelle renaissance de la chair...

 

 

Rives brunes où les âmes suffoquent. Où l’eau a la couleur de la mort. Où les roseaux sont taillés pour assouvir la faim. Où les lames dépècent la chair et les âmes. Où les pas s’enlisent dans la recherche du même soleil. Où les bêtes et les hommes meurent – ne cessent de mourir – meurent encore et meurent toujours – au cours de leur fugace traversée – mille fois recommencée pourtant sous d’autres traits, sous d’autres auspices et en d’autres lieux. Comme une nuit sans fin cherchant sa délivrance – son salut – un peu de lumière...

 

 

Lumière encore. Lumière toujours. Jamais éteinte...

 

 

Et qui se tient donc dans la prunelle – et contre elle parfois – et derrière si souvent... Serait-ce notre chance – notre âme arrachée aux barricades et aux citadelles – le vide – le rien – le vrai nom de l’homme... Serait-ce ce qui échappe à la terre, aux saisons et aux asiles de la première heure – un doigt – une main peut-être – pointé(e) vers la lumière – quelques marches dont on ne sait si elles montent ou descendent – la sœur – la mère peut-être – la mère sans doute – de toutes les ombres – cette forme indicible que nous sommes – et qui ne se dévoile que dans notre parfaite étreinte...

 

 

Que pourrait-on offrir à l’usage des vivants ? Un baiser. Une attention. Un geste parfois. Un peu de silence sûrement...

 

 

Dieu parfois – si souvent – aussi racoleur que les rêves. Ainsi les hommes ont-ils bâti les religions pour faire croire – et espérer. Et détourner maladroitement des instincts...

 

 

Comme une barque promise à l’océan qui devrait (préalablement) suivre les rivières et les fleuves – toutes les rivières et tous les fleuves – et voguer sur tous les ruisselets et les marigots pestilentiels où croupissent les morts et les vivants – et où se sont échouées les barques de nos aïeux emplies encore de leurs os et de leurs rêves. Et atteindre tous les ports provisoires – et attendre la marée – et la lune qui brille dans le ciel sombre pour guider notre naufrage – avant de se laisser porter vers l’autre rive, inexistante peut-être – et invisible sûrement aux yeux encore trop frileux des flots...

 

 

Là où nous sommes tombés, nous retomberons encore. Jusqu’au fond de l’abîme. Jusqu’au néant. Jusqu’à l’enfouissement. Jusqu’à l’ensevelissement acquiesçant. Seul gage – et unique possibilité – de l’envol...

 

 

Lieu interdit à la paresse autant qu’à la volonté. Où profondeur et ouverture se côtoient – s’entraident et se complètent – pour accueillir – et rendre vivants – le silence et l’Amour...

 

 

L’obscurantisme de tout – de tous. Partout. Et cette lumière que l’on s’évertue à effacer – à oublier. Inattaquable. Inébranlable. Indemne toujours malgré toutes nos tentatives pour l’éradiquer...

 

 

L’ombre. Et ses mesures. Interminables. Cette folie si familière des hommes...

 

 

L’or, la cendre et la poussière. Le silence, la joie et la lumière. Comme les deux faces d’un même visage séparées par l’ignorance...

 

 

Absence et présence éparses. Eparpillées entre le silence et les visages – entre les yeux perdus et l’espérance...

 

 

Au bord du vertige toujours. Là où l’abîme et le silence sont inséparables...

 

 

Demain sera peut-être un autre jour à célébrer... Loin du culte que l’argile voue au ciel et à l’invisible détachés de la terre. Proche de – identique peut-être à – celui que l’argile voue au ciel et à l’invisible cachés au-dedans d’elle-même...

Il n’y a de Dieu absolu séparé du monde. Là où sont la chair et le sang – là où sont la fleur et la pierre – est le divin. Le seul divin possible pour les hommes...

 

 

Une blessure. Des blessures. Le plus exact reflet de l’âme. Une joie, un silence, une lumière, son plus loyal miroir...

 

 

Une rivière, des fleurs, des pierres. Un peu d’herbe, quelques arbres. Un coin de terre où construire un abri – une masure pour se protéger du froid et de la pluie. Pour vivre son exil un peu à l’écart des hommes. Au cœur du monde et du silence...

 

 

Nous avons connu le sang et l’amour – les forces et les faiblesses de la chair. Nous avons connu la gloire, la solitude et la misère. Nous avons vécu... Comment allons-nous mourir à présent... Saurons-nous traverser la frontière qui sépare ce que nous croyons être la mort de ce que nous croyons être la vie sans un cri – sans un seul cri – et sans effroi... Saurons-nous rejoindre la cendre et la poussière, le front brûlant de ferveur et d’amitié pour le sommeil et la torpeur autant que pour l’Amour et le silence... Irons-nous les bras ouverts – ou les bras en croix – vers cette joie et cette paix qui demeurent par-delà les siècles – par-delà les rêves et les désirs – par-delà le sang et les livres de sagesse... Saurons-nous supporter patiemment – et avec vaillance – cette insupportable éternité...

 

 

Le cœur plus épais que le sang. Et la lumière plus tenace que l’espoir...

 

 

Le temps arrêté enfin par les visages et le sombre de l’homme traversant les heures. Stoppé net dans son élan par le sourire impérissable – et le chant continu du monde – célébrant le passage et l’éternité...

 

 

Encore un baiser peut-être avant le silence – la fin inexorable des jours. Et encore quelques joies – et quelques douceurs – dans cette si grande peine à vivre. Comme un regard qui n’en finirait jamais de compter les années et les siècles qui passent sur les visages...

 

 

Demain sans doute serons-nous encore vivants... Et dans mille siècles continuerons-nous de voir ce qui vieillit autour – et au-dedans – du regard. Cette chair mille fois ressuscitée – et ce monde mille fois défait et reconstruit – impérissables.

Et une fois de plus – et comme toujours – nous irons à la fois curieux et inquiets vers l’après – tous les après – et vers l’impossible – le destin soumis à la terre et aux visages, l’âme éprise de ce qu’elle ignore et connaît déjà, l’allure vissée aux circonstances et aux rythmes naturels des pas et du monde et le regard voué (comme à son origine) au plus grand silence...

Et nous irons ainsi mille fois – dix mille fois – des milliards de fois encore – jusqu’à l’impossible fin des temps – par-delà les mondes engloutis et renaissants – dans l’inquiétude et la joie – rejoindre ce qui, un jour, nous enfanta. Jamais vraiment partis – ni jamais vraiment arrivés. Entre tous les gués. Recommençant toujours la foulée, la marche et le chemin comme au premier pas – avec peut-être toujours plus de ferveur et d’innocence dans cette attente interminable de ce qui est déjà là – et de ce qui jamais ne s’achèvera...

 

10 novembre 2020

Carnet n°249 Notes journalières

Sur le chemin des jours…

Ce que l’on arpente – de long en large – cet étroit corridor – un sentier – le long d’un mur sans soupirail…

 

 

De l’herbe au sommet de la tête – du lichen dans les narines – de la mousse dans les oreilles…

La nature (profondément) végétale de l’homme – et ses racines (viscéralement) minérales…

A la manière de la pierre et de la plante – comme un arbre – une montagne – dans les limites imposées par la matière…

 

 

On s’élance – lourd et innocent – à la rencontre du monde – de cette fenêtre immense sur soi – comme mille miroirs – partiels – rapprochés – légèrement déformés…

Ce que nous portons – malgré nous – sur le dos – le nom et l’histoire des hommes – la charge et la responsabilité des choses – en plus des soucis que nous avons fait nôtres…

Un feu embraserait cet amas d’ennuis – d’images – de croyances – inutiles ; et nous danserions dans le vide – sur la cendre – tous ensemble – très heureux…

 

 

Le réel – le monde – comme un rêve…

Avec deux yeux trop bêtement humains qui persistent à ne croire que ce qui est tangible – observable – apparent…

Comme si le reste – l’évidence – le plus sacré – l’invisible – nous étaient inaccessibles…

Comme une perception invalide – un défaut de lucidité – une amputation des organes les plus essentiels…

 

 

Aux marges du monde – la possibilité d’une solitude…

Dans la forêt – (presque) notre seul refuge…

Là où peuvent s’épanouir l’esprit – le silence – la liberté ; l’intimité et la joie – inexplicables – sans autre raison que l’intense sensibilité et l’accès (peut-être) aux profondeurs de l’être…

Avec – au-dedans – un incroyable sentiment d’union et de ressemblance – comme une aile sur un corps qui, peu à peu, prendrait conscience qu’il est, lui-même, aile – profondément…

 

 

Une autre perspective – celle qui nous emporte au détriment de ce qui demeure – cette vue surplombante – ce regard panoramique – comme une graine – une fenêtre – qui attend les conditions requises pour s’ouvrir et croître – devenir à la fois la somme des expériences et le résultat de leurs soustractions (successives)…

 

 

Un souffle – presque rien – et le déploiement de tout – comme une efflorescence – un développement – une multiplication…

Le feu et le vent – ce qui croît et s’obstine…

La marque particulière – acharnée – du vivant ; sa griffe en quelque sorte…

De la matière fragile – soumise à tous les assauts – mais qui jamais n’abdique – qui jamais ne renonce…

Un excès minime ; et tout périclite – tout disparaît ; et du monde, soudain, il ne reste plus rien ; pas même un vestige – pas même le souvenir – moins que le néant…

 

 

Ce que nous bâtissons contre le vent – et qui renforce la nuit – les instincts – la mort ; le sang sur les pierres – la tristesse des yeux et des âmes – comme une manière (involontaire – bien sûr) de prolonger cette misérable existence…

 

 

Le feu – en nous – à qui nous apprenons le langage du désir – pour en faire un allié supplémentaire – une force capable de fendre la pierre – d’excaver les montagnes – de retourner toute la terre du monde – à seule fin de nous assouvir – de nous rassasier…

 

 

Un regard trop restreint – la surface d’une parcelle – à peine – une seule couleur – une seule folie (bien pâle – presque éteinte) – des existences minuscules – bien trop mesurées…

Et cette écriture qui tente de percer l’étroite coquille où nous vivons enfermés – cette affreuse cloche de verre sous laquelle nous gesticulons à la manière des insectes – pris au piège – prisonniers – victimes de notre nature – de notre tropisme – de notre soumission aux instincts et à la nécessité ; – instruments de la vie et du monde – instruments (partiels et incomplets – (très) médiocrement incarnés) du silence – en somme…

 

 

Les instincts du monde – dans nos veines – sous le vent – dans l’herbe – sur les pierres qui voient couler le sang – la sueur – les larmes – les yeux tristes des mères et des enfants – le regard fou des hommes – cette ardeur qui jamais ne s’éteindra…

 

 

Nous entrons (presque toujours) par effraction dans la tendresse – cette pente douce – comme une cachette – un refuge contre la violence et la folie ; et nous en sortons par immaturité – par inadvertance – comme des enfants désobéissants et inattentifs happés par le grand soupirail du temps…

 

 

Uni(e) aux fleurs – cette écriture – et le silence…

 

 

Jour et nuit – comme une peau à recoller – à réparer – à aimer davantage…

 

 

Des lambeaux de vie – des lambeaux de mort – par intermittence…

Des traces de luttes pacifiées…

De la fièvre et de la fureur – incontrôlables…

Des nœuds – une corde – longue – que l’on use et qui s’effiloche – jusqu’à la rupture…

La chute – cette route que nous empruntons (tous) – malgré nous…

Seul(s) – au début – à la fin – tout au long du voyage…

Comme mille barques – en tous sens – sur l’océan – et leur lente dérive – et leur long périple vers la disparition – vers le même oubli…

 

 

Ensemble – comme si nos âmes – comme si nos voix – pouvaient s’emmêler…

Mais il n’y a que nos cris que l’on entende…

 

 

Notre chant – comme un axe – parmi tant de déroutes ; une lumière à travers les ruines…

Le temps – les excès (et le manque) de temps – dilapidé(s) dans le noir…

L’horizon que l’on arrache aux rêves…

Cet air des hauteurs qui nous fait défaut pour conclure – pour toucher du doigt l’achèvement…

Notre angoisse (si terrifiante parfois) – nos craintes (quasi quotidiennes) – devant le versant le plus abrupt du monde – de l’azur ; ce cœur – ce centre – apparemment impénétrable…

 

 

Des luttes – sans raison – comme des poussées de fièvre…

Et des rêves qui tournoient – qui se cognent contre les parois de notre tête…

Du bleu – des ailes – et cet air renfrogné face aux vents tourbillonnants – le cou enfoncé dans les épaules – le regard paralysé par ce que l’on imagine plus haut – comme une récompense – comme un poignard, en vérité, qui, un jour, se plantera entre nos omoplates…

 

 

Des amours sans grâce – sans charnière – sans pardon – ce qui s’enracine dans nos yeux – dans nos pas – à force d’habitude – à force de certitudes ; jamais comme au premier jour (mais y a-t-il déjà eu un premier jour ?)…

L’hiver et la solitude en toute saison ; des oiseaux au-dehors – virevoltant – indécis – sans refuge – partagés entre la terre et les cieux – entre l’ailleurs et leur fidélité au monde – au nid jamais constitué…

Et le vent – brusque – puissant – dont on ne peut espérer qu’il pacifie la rage – toutes les inclinations à la fureur – qu’il redore le blason des ensommeillés et mène en des lieux plus favorables les âmes sensibles qui cherchent leur place – un horizon meilleur – plus innocent – plus approprié…

 

 

Ce qui s’affaisse – en nous – pour laisser rayonner quelques astres anciens ; la lumière et l’océan…

 

 

Le chemin que choisissent nos pas – ni le plus simple – ni le plus direct – celui qu’impose la nécessité ; le plus juste parmi d’innombrables…

 

 

Sur notre soif – des malheurs – bien souvent – comme une habitude – un destin – une leçon jamais vraiment apprise…

Et l’invisible derrière – toujours – et qui, parfois, s’avance au seuil du plus tangible – du plus grossier – du plus nauséabond – aux frontières de la fumée – si proche de l’aveuglement – dans l’air incandescent à force de cris et de colère – sur le sol brûlé à force d’ardeur et de pas obstinés…

 

 

L’œil – au-dehors du monde – que le regard, peu à peu, remplace…

Ce que l’on creuse – à force de vivre – comme un gouffre que nos gestes (et nos pas) transforment en abîme – à la manière d’un néant inventé – quelque chose que nous façonnons (tous) au fil du temps…

 

 

Un sol recouvert de tombes et de mains levées – la vie qui s’acharne sur la pierre – indifférente à l’obscurité qu’elle y laisse – comme des strates de noir supplémentaires – des couches et des couches où l’on s’englue – au milieu desquelles l’on s’éreinte à naître – à vivre – à mourir…

 

 

Ce qui se répand sur la terre – dans les âmes – partout – et que l’on cristallise en (faux) savoir – en (vaine) fierté ; la lèpre – la gangrène – des croûtes de bêtises et de mensonges qu’il convient d’arracher – et qui laissent la chair et la sensibilité à vif…

L’empâtement du vide – comme un ventre repu – gonflé – que l’on voudrait ouvrir – empaler – déchirer – pour se débarrasser de ces amas – de cet enfermement…

 

 

Un sentier de signes – de lettres et de chiffres – de rêves et d’idées – qu’il faudrait délaisser – la fièvre sous le front – pour inventer sa propre route – sans mémoire – sans (véritable) intention…

Rien que des stigmates et des envoûtements – la mort qui se frotte contre notre visage – sur les lèvres, le dégoût – et dans la poitrine, la suffocation…

Et la main encore trop lourde sur la page – l’œil nouveau – le sang frais – ce qui circule bien au-delà de la tête – qui prend sa source ailleurs – très loin – dans les hauteurs – entre le ciel et l’esprit…

 

 

Le vide – au-delà de la terre – au-delà de l’horizon – au-dedans – ce que nous accolons à la vie – ce que nous apposons contre la chair – contre l’idée de la mort – ces fragments de silence – ces lambeaux de néant…

Le monde sur nos lèvres plaintives…

A l’approche du jour – le geste sans mémoire…

Ce qui disparaît – emporté par nos feuilles ; ces traces d’encre au fond des yeux – entre la lune et l’infini…

Et ce fil sur lequel nous marchons tous ensemble – à la manière des funambules…

 

 

La loi – le secret – la protection – fruits et instruments de la peur…

La lumière antérieure au labyrinthe…

Le commun dans sa plainte ; des cris – des prières – des murmures – inutiles…

Au-dessus des têtes – le vol effarouché des sorcières…

La bave aux lèvres et le regard trop fier…

Ce qui excorie la peau – ce qui entaille la chair – ce qui brise les os…

Les fleurs qui apparaissent sur le chemin – toutes nos consolations intérieures…

Ce qui berce ce qui hurle et ce qui saccage…

Le monde moins loin que notre âme…

A peine vivants – comme cloués à cette (incroyable) distance qui nous sépare…

 

 

Nous – nous détachant de ce qui nous brime – de ce qui nous écrase – de ce qui nous déchire – la pauvreté humiliante – les chemins qui éloignent – qui nous rapprochent (trop malhonnêtement) – l’étendue (insoupçonnée) entre les tempes – au fond du cœur – communiquant parfois…

Nous – parcourant la pierre – nous défaisant de l’abîme – du mystère – du rêve des hommes – tombant au milieu des énigmes du monde – nous relevant à chaque virage – poursuivant (obstinément) notre marche – nous acharnant à considérer chaque étape comme une épreuve – oubliant de nous libérer du sens et de la possibilité de la résolution…

Plongé(s) au cœur de la danse des vivants – gesticulant sur toutes les scènes – au milieu des cris et des tourments …

 

 

Plus loin que le monde – ses lois – ses ruses – ses secrets…

Au plus près de la sorcellerie des temps premiers…

Ce qui se porte et s’avance – malgré nous…

Au centre du labyrinthe…

Peu à peu – en pleine lumière…

Au-delà de tout propos…

Ce que l’on érige et ce que l’on invente…

Ce que l’on recombine et ce que l’on dissimule ; cette danse étrange des viscères et des orifices…

L’invisible mutilé ; la cécité souveraine…

 

 

Le silence déformé par le désir et la mémoire – comme une poussée asymétrique de la partie la plus nuisible du réseau…

Dans la transparence – avec tous les signes préexistants…

Quelques vibrations pathologiques – sans impact sur l’immunité de l’étendue…

 

 

Des lieux – un monde de cages parallèles – des frontières enchevêtrées – et ce fil qui court entre toutes les têtes – qui se faufile sur toutes les peaux – qui pénètre toutes les chairs…

Toute la verticalité du ciel – des Dieux – au cœur de nos existences si communes – si triviales…

 

 

D’un bout à l’autre du monde – de l’âme – de la chair…

Du côté du silence et du langage…

L’essentiel en creux et en lignes – toutes nos contingences – toutes nos projections…

Le temps – éparpillé – à l’agonie – dans son dernier souffle…

 

 

La matière (terrestre) – comme un piège d’abord – un orifice qui nous magnétise – qui nous attache – qui nous fixe et nous immobilise – puis, qui apprend (à l’aide de l’esprit) à se dilater – à s’ouvrir – à s’infiniser…

Et nous – au-dedans – nous approfondissant…

 

 

Sans terre – sans l’ombre d’une étoile – au cœur des courants qui nous emportent – le long d’une voie qui jamais ne dit son nom…

Et ce langage inconnu pour aborder l’éternité – l’inconcevable – la partie, en nous, la plus centrale – la plus inhabitée…

 

 

Des heures particulières – comme une page secrète – inconnue – parsemée de signes affranchis du sens – des signes en perspective qui éclairent autant le ciel que la mort – autant la multitude que l’étendue…

Et entre nos lèvres – ce silence – cette parole inarticulée – indéchiffrables…

 

 

A l’intérieur du temps – une présence infinie – délicate – qui échappe à la prolifération – au règne et aux cycles de la matière – au rythme et à la durée – à toutes les formes de retour et de linéarité ; quelque chose d’intangible – comme un cœur atemporel exonéré des mouvements et des secousses…

Des fragments d’espace et la distance – délaissés…

Des voies qui explorent la moindre cavité…

Des interstices à découvrir…

Des surfaces et des passages – et une chute (presque) inévitable…

Des profondeurs et l’invisible…

Le regard – au-dedans de l’âme – sur toutes les choses devenues intérieures…

Un vertige – des extases et de l’immobilité…

Le goût de soi et le goût du monde – en tous lieux…

 

 

Notre matière changeante et immortelle…

Des entités (très) provisoires – vouées à la permanence des échanges ; fragments inlassablement recombinés – se recombinant sans cesse – sans fin…

Et ce vide – suspendu – partout – au-dessus – au-dedans – en dessous – engagé au cœur de chaque forme – au cœur de chaque phénomène – au cœur de chaque expression – comme un territoire et une respiration unifiés et multidimensionnels…

 

 

Un espace – une prière – l’aube naissante ; la continuité, bien sûr, d’un itinéraire sans voyageur – une évolution de la perception qui goûte toutes les formes – toutes les textures – toutes les couleurs…

Alliances – collisions – ruptures – séparations – déploiements – amassements – obstructions – déblaiements – effacements – disparitions – recommencements ; surface et profondeur – contraction et expansion ; mille manières d’échanger et de se combiner – sans jamais s’interrompre…

Nous en eux – en tout – en nous-même(s)…

 

 

Au cœur de l’âme – l’esprit – un peu de matière – qui cherchent l’éternité et le silence…

Un cri – un murmure – une voix…

D’un monde à l’autre – de jour en jour – au fil des générations – toujours plus ou moins libre(s) – incarcéré(s) – ailleurs – perdu(s) – présent(s) – déboussolé(s) – à demeure – selon l’état et le degré de conscience…

 

 

Cette terre émergeante au-dedans de l’autre – notre âme – celle où l’on vit – sans commune mesure avec toutes les histoires que l’on nous raconte – que l’on se raconte – notre itinéraire – cette danse paresseuse entre la source et le retour à la source – ce que les hommes appellent l’existence – le voyage – leur destin…

L’aube traversant le monde – le monde devenant la parole – les signes de l’encre – le sang des vivants – sur nos pages…

 

 

Ce qui fonde le visible – l’apparence – cette surface où la lumière se mêle à la tragédie – la brume et le vent atemporel – infaillible ; nous – les hommes – encore très éloignés des sommets – du moindre tertre – des premières hauteurs…

Des tranchées – trop souvent – que l’on creuse avec le soc de la raison – saison après saison – siècle après siècle – comme l’on parcourt – au-dessus – au-dehors – le même sillon…

De ciel et de terre – notre chemin – sous nos pas trop lourds – sans jamais rien franchir ; la trop pesante remontée vers la source – l’origine de la matière et du vide – nos visages (outrageusement) déguisés que les circonstances, peu à peu, débarrassent – mettent à nu – rendent à l’innocence…

 

 

Tout se disloque – et, sous l’effritement, apparaît le sourire – derrière les voiles – derrière les pleurs – derrière l’effondrement – caché, depuis toujours, au milieu des apparences…

Nous – dans les décombres – comme une fleur qui éclot dans la glaise – sur la dislocation…

Aux confins d’un espace qui jamais ne peut finir…

 

 

Les plis du monde – sous notre chair – dans les recoins de l’âme – les secrets de la mort au fond de l’esprit…

Un souvenir – parfois – le vestige d’un état antérieur – sous l’orage et la plaie – quelque chose du ciel…

Un peu de bleu sur nos perspectives…

Et notre persévérance face à l’absence – face à l’obscurité…

 

 

Nous n’existons qu’à travers l’oubli – puis, l’effacement…

Rien des amas – des cumuls ; un tas de neige comme récolte – le monde sous verre – dans notre main – des pleurs et de l’affolement – avant le grand silence…

 

 

Un lac au fond du cœur où finissent par sombrer toutes les choses…

L’eau qui s’infiltre – à l’intérieur – comme le prolongement de la rupture – la faille qui s’élargit – la matière qui s’imbibe – le vide, peu à peu, envahi…

L’incarcération transformée en temple liquide…

Les racines et la marche – pourrissant…

Les conditions de l’immersion et de l’envol – simultanés…

 

 

Ce que nous récolterons à la fin de l’hiver – un surcroît de silence…

 

 

Une expatriation sans affolement – un simple détour par une terre étrangère – un archipel au bord du monde – une contrée moins sombre où la nuit perd (en grande partie) sa démesure – où l’âme se résout à l’essentiel – où le geste apprend le rythme et la justesse – histoire d’alléger toutes les pesanteurs…

Une fenêtre – et des pas qui nous rapprochent – l’Amour en vue…

Le franchissement d’une frontière qui exclut toutes les têtes porteuses du moindre signe de sauvagerie…

Quelque chose de tendre – véritablement ; bien moins miroir que douceur…

 

 

Dehors – rien qu’une étrange fatalité – des choses – mille choses – bien trop – des circonstances – ce qui a l’air d’arriver…

La vie – le monde – notre visage – intranquilles…

Et cet espace – à l’intérieur – doux – tendre – capitonné – où l’on peut tout accueillir – où l’on peut tout recevoir – sans jamais trembler – sans jamais rien attendre – sans jamais se perdre…

 

 

Eparpillés sur la terre – dans la nuit – ce feu allégorique – cette manière d’apprivoiser le monde – d’embrasser le visage lointain de l’aurore…

Nous – sans trouble – sans filet – sans volonté – vaillant à l’intérieur – présent au-dehors – avec sur nos épaules, toutes les têtes (excepté la nôtre)…

 

 

Des fleurs – un sourire – nos seules armes face au monde – violent – rusé – prêt à tout pour atténuer ses malheurs…

Nous – entre le ciel et le tremblement – guère assuré(s) – parmi les astres de la nuit nouvelle…

Un soleil – sans la tyrannie des Autres – pas même avili par nos grimaces – nos absences – planté au milieu du front – au milieu de notre joie – comme un immense point jaune né d’une secousse qui, un jour, ébranla notre sommeil…

Une traversée – comme un envol (impromptu) de lettres – au-dessus des flammes – sur nos feuilles (trop) noircies…

 

 

Mieux qu’un rêve – mieux que le réel revisité ; un rire énorme – éclatant – au cœur de la vérité ; les délices d’une âme sans mensonge – admirablement authentique – célébrant le jour et le monde…

Un jour – un monde – sans pareils – sans usure…

Ce que le sort nous réserve aux dernières heures du voyage – comme une surprise – à coup sûr…

 

 

Dans l’attente de l’infini désenchaîné ; prisonnier volontaire dès le premier jour – comme un oiseau étrange rompu aux ailes coupées – de la poussière sur ses yeux vifs – un peu de sang dans ses veines – sur ses plumes et son bec – et dans les griffes – redoutables en apparence – sans doute le moins féroce – le point de délivrance – comme un instinct à la rencontre d’un autre instinct – deux forces opposées qui s’affrontent et s’annulent…

La nuit moins obscure qu’au premier jour – éclatante bientôt de lumière – peut-être…

L’infini – l’oiseau – la clarté – se retrouvant – après des siècles de séparation – unanimement décidée…

 

 

Nous – entre la solitude et la folie – les pieds et la tête plongés dans le noir – devenant notre propre voix – notre propre vertige – notre propre délivrance – une route étroite – une issue possible – comme un dôme – posé au-dessus d’un grand désespoir – soudainement arraché…

Nos lèvres – dans l’attente d’une blancheur – d’une caresse – d’un nouvel horizon – découvrant enfin un monde inconnu – bien davantage qu’une (simple) consolation…

 

 

Sans fin – comme une nuit à rejoindre – à embrasser – à pardonner – pour les larmes qu’elle fit tomber – pour les cendres qu’elle jeta sur nos âmes – sur nos yeux – comme une mère à la poitrine aride – la bouche pleine de ressentiment – le sang brûlant – nous berçant dans la trop grande proximité de la terre au lieu de nous abandonner à la magie mystérieuse des airs – des eaux claires – des courants vivaces – des souffles profonds et amoureux – qui nous auraient, peu à peu, initié(s) au provisoire – au ciel – à l’océan…

 

 

De la lumière – parfois – jaillit le plus sombre – non comme un hasard – non comme un accident – comme une absolue nécessité…

 

 

Ce qui lacère – ce qui brûle – ce qui empiète ; le territoire noir et son règne – son rayonnement – sa splendeur…

Une armée de bourreaux anéantissant tous les élans – défigurant le monde – saccageant la pierre et la chair – comme d’autres dansent et célèbrent – naturellement…

 

 

Un rêve entre deux averses – une langue qui décrit tous les horizons…

Des étoiles – le sol – des chemins – ce qui tombe et s’égare – ce qui franchit et ce qui invite…

Toutes les dimensions du monde – tous les règnes – tous les épuisements…

Le jour et la nuit, sans cesse, recommençant…

 

 

En plein cœur – là où réside l’Amour – là où la chair est la plus dense – la plus fragile – là où Dieu bat les cartes sans jamais les distribuer – là où la nudité nous donne une allure presque minérale – là où se disloquent toutes les âmes – où s’éteignent tous les désirs – là où s’arrache et se métamorphose en sang – en spectre – ce qui nous est le plus cher – le plus précieux (faussement indispensable) – dégoulinant – errant – sur la pierre – interminablement…

 

 

Nous – dans la lutte – rêvant – encore en plein sommeil…

 

 

Les yeux face à la montagne – poings levés – regard clair (et franc) – les muscles tendus – l’âme et les épaules prêtes à supporter leur charge…

 

 

A distance de l’or – un peu de danse – sur nos lignes – quelques pas esquissés dans l’intention (trop précise – trop volontaire) d’un geste juste…

Ce qui – en nous – s’ouvre comme un coffre – ce qui jaillit de notre abîme – un trésor – le cœur – le monde – invisibles…

Ce qui, à chaque instant, peut s’entrevoir – être vécu, de plus en plus pleinement, et honoré…

L’autre versant de la terre – les yeux grands ouverts – qui fait de chaque forme – de chaque chose – le plus sacré…

Ce que l’on peut sauver de l’absence et de l’anéantissement…

 

 

Les heures (trop) passagères de l’étreinte – ce que l’on partage avec l’eau et le lit des rivières – un chant continu – une couverture d’étoiles sur les yeux…

Et à l’autre bout de soi – tôt ou tard – un jour – la faux qui s’abat…

 

 

Des murs – des grilles – l’espace des vivants…

D’une extrémité à l’autre du feu…

Des tours – des trous – des mains qui s’agrippent…

La vie – la mort – de plus en plus mélangées…

Le camp des Autres – notre solitude…

Ce que l’on aimerait voir briller dans le sang – au fond des âmes – dans le poing levé des hommes – et ce qui, parfois, arrive – comme par mégarde…

La quantité négligeable que nous sommes….

 

 

Ce que nous partageons – la mort et les crachats – la pluie – la férocité des bêtes qui nous assaillent – ce que nous n’avons jamais cessé d’être…

Le lierre autour de notre cou – jusqu’à l’étouffement – jusqu’à la délivrance…

 

 

La terreur et la semence – les instincts qui brillent dans les yeux – ce que la faim prolonge – et cette odeur – et cette couleur – auxquelles nous ne pouvons échapper…

Ce qu’il y a de plus hostile en l’homme ; le froid – notre cœur emmuré…

 

 

En attendant le silence – la fièvre contagieuse – le déploiement de la force – de la bêtise – de la violence – l’usage et la cruauté…

Notre longue veille depuis les mondes parallèles…

Nos balbutiements – guère entendus – comme nos prières et nos vociférations…

Un peu de salive dans la poussière…

 

 

Le vent qui nous appelle – auquel on appartient ; trait pour trait – notre visage…

Présent en tous lieux – comme le jour et la nuit – tous les reflets – toutes les ombres – ce qui scintille, si souvent, comme une illusion…

Les différentes figures du silence – réunies dans le regard – dans chacun de nos gestes…

L’espace vivant que nous habitons – la présence sensible que nous sommes…

 

 

Au-dessus du monde – les sous-sols de l’enfer – en attendant la démultiplication du feu – le déploiement de la fièvre et de la folie – ce à quoi œuvrent les hommes – depuis leurs hauteurs (dérisoires)…

 

 

Le sentier des crêtes – de part et d’autre de la blancheur – l’immensité – le silence incommensurable…

Notre envergure – sans restriction – sans trahison – entière – non corrompue…

Et des cœurs hostiles inentamés – comme de hauts remparts contre lesquels se brisent tous les élans de notre (faible) voix…

Des sons – des lignes – inaudibles – dégoulinant le long des murs – plongeant dans les eaux croupies des douves…

Nous – devenant stagnant(s) – une force immobilisée – guère plus puissant(s) que les premiers (et médiocres) balbutiements humains…

 

 

Nous – nous détachant de toutes les formes d’imprécation ; le désir du meilleur pour les Autres – autant qu’ils en sont capables – hors du rêve et des (fausses) appartenances…

Leur vrai visage s’extirpant, peu à peu, de toutes les généalogies…

 

 

Le vent sans destination – sans cause – sans maître ; le souffle même des origines – peut-être…

 

 

A peine un éclat – une couleur délavée – des existences insipides – sous la terre, déjà, de notre vivant – si éloignés de l’oiseau libre – de la mort joyeuse – de la vie pleine – de ce que tous les prophètes, un jour, ont promis…

 

 

Rien ne pourra nous délivrer de cette longue nuit d’épouvante ; une seule possibilité : nous décomposer – devenir la résultante (prévisible) de toutes les soustractions imaginables…

 

19 décembre 2020

Carnet n°251 Notes journalières

Nous – dissonant(s) – allant notre chemin – mal éclairé(s) – nous dirigeant comme au fond d’un gouffre – presque ivre(s) – guidé(s) par la faim et la folie – les yeux fermés au milieu du vide…

Inquiet(s) et confiant(s) – comme si quoi que nous fassions, la terre avait raison – le ciel nous attendait…

Nous – nous appartenant – en définitive…

 

 

Un chemin d’obscurité où chacun ne marche que sur les traces de l’absence – comme si la vie et la mort étaient irréelles…

Nulle empreinte – pas la moindre lumière…

Notre rire comme seul éclat – et ce qu’il faut de force pour affronter ce qui nous fait face…

 

 

Le monde – de plus en plus lointain – comme une délivrance – un appui supplémentaire…

L’absence de tout – jusqu’aux cimes les plus hautes…

Nos pas dans la neige – notre âme au cœur de l’espace – le règne de personne – et ce qui, peu à peu, remplace toutes nos défaillances…

 

 

Dire – sans passion – sans appartenance – depuis la première extrémité du temps…

La vie – le monde – sans témoin – le discours – sans auditoire – sans promontoire ; le silence – épais et originel – ce qui suffit à faire naître le regard – à déployer l’Amour et le silence nécessaires à toutes les éclosions – à toutes les expressions…

La pente naturelle et inaltérable sur laquelle, sans même le savoir, nous glissons…

 

 

Nos allées et venues – dans l’espace étroit – sur l’étendue escarpée – obstrués à force de tentatives – saturés de voix et de volonté – de cette tyrannie du désir – du rêve – de l’ambition ; façonnés par cette irrépressible aspiration à vivre ailleurs – autrement – à être différent(s) – autre(s) – méconnaissable(s) – cette (maladive) attirance pour les reflets – la surface – cette (terrible) dénégation des profondeurs – de l’infini – le refus (obstiné) de notre identité – sans mesure – sans qualificatif…

 

 

Là où la lumière éclaire l’escarpement – notre écorce rugueuse…

Nous – nous souvenant des fleurs – de la beauté exilée du monde – la poésie du regard – l’envergure du souffle…

Notre âme engagée dans toutes les correspondances terrestres…

 

 

Ce que nous vivons – le sang à l’extérieur – les choses renversées – le monde à l’envers…

La sagesse et le silence au lieu du crime et du simulacre…

Notre dénuement face à l’anéantissement…

Ce à quoi invite la (presque) fin du voyage – les dernières ornières du chemin – peut-être…

 

 

La main qui frappe sur le tambour intérieur – la résonance de l’abîme – sur la peau du ciel – le cuir du monde…

Toute notre force – toute notre ardeur – bien plus impressionnantes que la fureur feinte des Dieux…

 

 

Nous – au sommet du rocher – sur la pointe des pieds (pour gagner un peu de hauteur) – bras levés – mains tendues (à l’extrême) – attendant le déferlement du vent – la suite (non accidentelle) des circonstances – ce qui déferlera sur nous comme un torrent – notre destin initié par le jeu des Dieux – à l’assaut du monde – le souffle noir mêlé à la ferveur lumineuse de l’enfance…

 

 

Les angles du voyage – le plus abrupt du chemin – le roulis et le tangage – les eaux du monde se déversant dans tous les recoins de l’âme – la souveraineté de la voile qui se gonfle – le vent sur toutes nos somnolences – notre tête à la proue du navire – notre fragile embarcation vers sa destination (toujours) imprécise…

Des étapes et des ports sans attache…

Le prolongement de la ligne que l’on étirera jusqu’à la cassure…

 

 

La lumière – au-delà ; en deçà – les racines…

Et – partout – la même origine…

 

 

Le langage et la sagesse – conçus sans hâte – ramifiés – se fourvoyant comme le monde ; comme le prolongement de la bêtise et du sommeil – comme un surcroît de sang – un surcroît de sève…

L’immensité sans témoin – sans alibi…

Et – souvent (très souvent) – le même naufrage…

 

 

La vie – le souffle – le silence – sans équation…

L’âme et l’Amour engagés – peu à peu apprivoisés par l’ignorant…

 

 

La solitude – au plus haut des visages – comme une lumière sur ce que nous avons brisé – sur ce que nous avons délaissé…

Un regard inséparable de l’immensité…

Des édifices – des fantômes…

Le poing – dur et levé – arraché par un éclat de tendresse…

Des chaînes brisées – jusqu’à l’infini…

Le monde recouvert de morts et d’écume…

Et nos cris – comme une vibration perpétuelle dans l’abîme que nous avons façonné au milieu du vide – au milieu du silence…

 

 

La charge – du feu – portée sur l’épaule – dans l’œil trop vif…

Partout – des batailles – des querelles – contagieuses – et le ciel (vainement) questionné…

Le silence souverain – comme l’unique réponse (possible) – tous les acquiescements – l’Amour exprimé – la tendresse offerte – prodiguée à toutes les âmes – à toutes les têtes – à toutes les bêtes – l’herbe et la pierre entièrement consolées – le monde pardonné pour tous les vivants tombés sous notre cognée…

 

 

Tout – sur la même ligne – la même étendue – dans une invraisemblable continuité – le perpétuel prolongement de l’origine…

Tout – réuni – d’un seul tenant – pour transcender l’illusion des frontières et du temps…

 

 

Ce qui grandit – à travers l’Amour – ni donné – ni reçu – vécu – éprouvé dans le sang et l’espace – et qui tourne autour de nos griefs et de notre impatience…

 

 

Au milieu de l’océan – le vent – le centre – confondus…

Et nos ailes poussives – malhabiles – déroutées vers la périphérie – en des lieux qui ne comptent que par leur éloignement – leur absence de répercussions sur l’essentiel…

Une rive dont on se rapproche au fur et à mesure – et qui donne au monde une distance étrange – un acquiescement (véritable) à l’écart – à l’isolement – à l’exil…

 

 

Un corps – un cœur – une tête – façonnés, peu à peu, dans l’argile – s’affinant – se perfectionnant – améliorant leurs capacités à sentir – à comprendre – à vivre – accédant, de proche en proche, à l’espace et à la sensibilité – découvrant la trajectoire – l’étendue – l’origine – la ligne – le pas à pas – la discontinuité – la surface et les profondeurs vivantes…

La présence éternelle et infinie jouant avec les frontières – les contractions – la transparence…

Nos mains et nos gestes – sur les Autres – sur nous-même(s)…

 

 

Le monde et le temps à rebours ; notre visage le plus matinal – antérieur (bien sûr) au premier jour inventé…

 

 

Notre âme – l’âme de chacun – confondue avec l’immensité bleue – vivante – sensible…

Comme du sel – une fleur qui pousse entre nos lèvres – ce qui devrait nous rendre plus respirant(s) – plus incarné(s) – plus présent(s) – que les morts…

 

 

Nous – cessant de fuir devant l’absence et la disparition – apprenant à aimer la (fausse) fin du voyage – chaque pas – chaque tronçon – chaque étape de cette interminable pérégrination (avec ses détours et ses éloignements) autour du centre que nous sommes – depuis toujours…

 

 

La figure qui tressaille et qui se détourne du feu – en elle – comme une vie sommeillante qui ne rêve qu’à des surprises attendues – qu’à des plaisirs certains et circonscrits…

Un état – un horizon – et parfois même jusqu’à la folie d’un autre – pour agrémenter l’ennui – s’imaginer voyageur – jouer à l’explorateur…

Un livre – une fenêtre – et les voilà, déjà, repus d’aventures…

 

 

Tout s’ordonne autour de l’ombre et de la futilité ; l’inertie du cœur – comme un axe autour duquel tournent mollement les existences…

 

 

Ce qu’on lance contre le vent – contre le feu – aggrave la nuit – accentue l’étroitesse et le ressassement – donne à notre âme une allure de cactus desséché…

Un lieu de plus en plus éloigné de l’océan – une (quasi) impossibilité…

 

 

Nous – dans le mensonge outrancier – au lieu de goûter la nudité hivernale – le vide sans parure – au creux de l’enfance – au cœur de la nuit – le monde et la vérité retrouvée – loin de la douleur – le ciel, à la manière des oiseaux, parfaitement habité…

 

 

Ce que l’on supporte – au fond de la fosse – la blessure dramatisée – ce que nous détruisons à force de volonté – à force d’obstination…

Le jour – hors des tempêtes – la flamme immense et brûlante que l’on dresse contre ce qui favorise l’obscurité – au milieu de la rosée – et l’océan, bientôt, qui retrouvera son étendue…

 

 

Dans le sang – la graine et la récolte de l’homme – les seules pour l’ensemble des saisons…

Une route vers la voie ; et un champ, déjà, dans l’immensité…

 

 

Enclave en soi – inviolable…

Lumière intime…

Le corps abandonné aux vents – la tête au monde – l’âme aux puissances de l’invisible…

Ce que l’on affectionne et ce que l’on redoute – lors de la traversée – à demeure…

 

 

Une lanterne au bout du bras – autour de la souffrance – cherchant un remède – un guérisseur – un peu de réconfort – au lieu de plonger dans la plaie le couteau à la main…

 

 

Nous – dans l’abattement – des fractions de vérité plein la bouche – une connaissance impossible à ensemencer sans la mort – l’abandon…

Une longue agonie sans sauveur – hors du monde…

 

 

Le ciel en face – dans nos bras amoureux – encore à la merci du monde – du noir – de n’importe quel Autre aux aspirations instinctives – aux idées dogmatiques…

Et dans les reins – cette force – et dans le corps – cet appui sur les pierres…

La possibilité d’un Dieu – à travers les vies et les morts successives…

Le vide en tête – avec, au fond de l’esprit, quelques lignes inoubliables…

 

 

Nous – basculant – aussi dur(s) que le granite – dégringolant jusqu’en bas – vers la plus haute nudité…

Seul(s) et lisse(s) – de plus en plus – sur cette route sans mémoire – à la recherche de l’Amour et de la clairvoyance – sur l’antécime de l’en-bas – si proches et si lointains à la fois – prisonnier(s) de ce voyage interminable – en somme…

 

 

Rien qu’une danse autour du vide – animée par la même flamme – éternellement. Et devant soi – en nous – tantôt des cieux clairs – tantôt des cieux noirs – le chagrin et la joie jouant ensemble – à se déconstruire…

 

 

Ce que nous sommes – l’absence – l’éloignement – la transformation – ce qui, peu à peu, nous rapproche de nous-même(s)…

Hôte – ce qu’il faut de neige entre l’enfance et la tombe (et inversement) – l’oubli nécessaire pour échapper à l’indigence de ce monde – aux chemins médiocrement éclairés – aux étendues étoilées – où le rêve a remplacé les arbres – s’est substitué à la respiration (naturelle) – est devenu, en quelque sorte, l’unique perspective – la seule fenêtre derrière laquelle nous restons prisonniers pendant des années – pendant des siècles ; grilles, bien sûr, plutôt que tremplin…

Le cœur de plus en plus exsangue – le cœur, peu à peu, cloué…

 

 

Les édifices humains – malheureusement – plus hauts que les arbres de la forêt…

Des choses que l’on pioche – au hasard – parmi les débris – les vestiges – d’un monde en ruines…

L’avenir qui nous attend…

 

 

Ce que l’on dresse (et que l’on redresse parfois) – face à l’obscurité – le feu et les cendres brûlantes au fond de l’océan – l’emprise des ténèbres sur l’image et le halo circonstanciel de la lumière – le centre épargné – bien sûr – malgré les assauts – l’hostilité – l’acharnement…

 

 

Dos au ciel – au précipice – aux yeux sournois – aux mains meurtrières – à la merci du monde et des foules – ce qui nous soulèvera au-dessus de nous-même(s) – aussi fragile(s) et aussi haut(s) que l’innocence…

 

 

Le geste et la parole enchevêtrés – nourris du même silence – porteurs de la même joie – solitaires – comme la route et le poème…

Le regard – le voyage – parfaitement immobiles…

Et ce qu’il y a de plus tranchant derrière l’acquiescement – l’impérative nécessité de l’oubli derrière les lèvres et les mains amoureuses…

 

 

L’enfance du monde – dos à l’océan – recroquevillé sur ses peurs – son besoin de conquête et de domination – élargissant, peu à peu (puis, de plus en plus vite), la route vers la nuit inventée – effaçant jusqu’à la possibilité du poème – toutes les formes de résistance aux ténèbres…

 

 

La hache dans une main et le ciel dans l’autre – le Dieu inepte des cyclopes – poseurs de dogmes et faiseurs de mort – en déséquilibre sur son trône – et que le sang qu’ils versent en son nom fera chuter…

 

 

Sur la terre brûlée – le désert – le sol aride – notre absence et notre nudité – ce que les Autres – quelques-uns – cherchent à nous subtiliser…

Le monde déchiré jusqu’à la dernière secousse – jusqu’à l’ultime sourire…

Et la lune – au loin – pâle et suffocante…

 

 

Ce que l’on descend – en soi – à l’instant de la glissade – puis, à l’instant de la chute – et ce qui se redresse – malgré nous…

Ses encombrements – ses angoisses – ses entraves – et cet espace affranchi de nos gravats et de nos terreurs – intact – comme un ciel inentamé – malgré la puissance (et la densité) de la roche – l’amoncellement de la terre – la faiblesse de notre âme…

 

 

De la foudre sur le plus simple – une sorte de frayeur – le vent qui se lève – la famine déployée – la faim violente – les vivants bientôt décharnés jusqu’à la déchéance – jusqu’à l’incendie – jusqu’à la brûlure vertigineuse – jusqu’à l’immunité…

Nous – sans entrave – au-dessus des éboulis – sur une (haute) colonne de lumière – invisible – célébrant la vie et le monde – en frappant sur un tambour – au rythme de ce qui respire…

 

 

Une gêne – parfois – une larme – souvent – une colère insatiable (une rage presque indicible) – toujours – au milieu – si près – des bourreaux – des oppresseurs – des jouisseurs – des frivoles – des ensommeillés – cherchant (par tous les moyens) le confort – le plaisir – l’usage avantageux – si nombreux – si communs…

Si nous en avions le courage (et la dose d’inconscience appropriée), nous les étranglerions de nos propres mains – symboliquement – bien sûr – afin de les libérer de leurs chaînes – de les éveiller à eux-mêmes…

 

 

Nous – dans le signal (et la trajectoire) de la lumière – les yeux sombres pourtant – autant que l’âme – le visage triste – avec comme une nuit à l’intérieur – le centre même des ténèbres – peut-être – entre l’inquiétude et la mort…

 

 

Ce qui nous émeut – l’Amour sans visage – dans le geste – la ressemblance – la différence – la solitude manifeste…

Une parole humble – qui éclaire la vie – et éclairée par elle – indissociables – comme le feu et le silence perpétuels – toujours étroitement associés – comme instruments sculptés en elle – à l’intérieur – rayonnants…

 

 

Un peu de sueur dans ce verbe qui s’est frotté à la nuit – au monde – aux choses du monde – à l’Autre – tous dressés sur leur piédestal – hostiles ou indifférents – faisant (presque) toujours peu cas de notre présence – de notre labeur – de nos aspirations…

Et grâce à eux (et à la solitude), le chemin a été remonté jusqu’à l’origine…

Une vaste étendue – encourageant à manier la faux avec vigueur sur tous les visages – puis, une fois la besogne accomplie, à les recouvrir d’une bâche épaisse pour précipiter leur décomposition – leur disparition – préparer le désert (en quelque sorte) – la nudité – l’innocence – l’éclosion (ou la progressive découverte) de ce que nous sommes – communément – derrière nos différences et nos singularités apparentes…

 

 

Le visage déchiqueté par le réel ; des éclats d’identité jetés les uns contre les autres…

Et la parole qui émerge du sang – du carnage – du désastre – qui pointe d’abord l’incompréhension et l’absurdité apparente de l’existence (et comment pourrait-elle y échapper ?)…

Puis, au fil des blessures – l’âme qui se désagrège peu à peu – qui comprend – qui éprouve plutôt – de manière (quasi) proportionnelle à l’effacement – à la lente disparition de notre fausse identité – la vérité (changeante et non conceptuelle) du monde – de l’instant…

 

 

Une terre de tombes et d’écume – raclée – sarclée et retournée – maintes et maintes fois – sans succès – ou pour un piètre résultat ; assurer sa pitance – à peine – édifier des murs – bâtir un (misérable) abri – s’octroyer un périmètre – une infime parcelle du monde – mais du mystère, rien – pas la moindre pelletée – pas la moindre poussière…

 

 

Debout – la tête dans le vent – à imaginer un autre ciel – une porte ouverte de l’autre côté de l’horizon – la main de Dieu tendue vers nous – la possibilité d’un langage moins grossier – plus silencieux ; un espace à la place de la tête – un vertige sous le front – une longue série d’extases dans la poitrine – et l’Amour à la place du cœur…

La lumière et l’innocence retrouvées…

 

 

Tout égal – ici-bas – dans le ciel – à cet instant – autrefois – plus tard – la même inimportance…

En désordre – ce qu’il faut oublier – accueillir – aimer et, aussitôt, oublier…

Toujours disponible pour ce qui vient – pour ce qui arrive – maintenant…

Aucun degré hiérarchique – les battements du cœur – seulement…

Ce qui recommence – dans une parfaite équivalence…

 

 

Envoûté – depuis des millénaires – le premier jour – le monde qui se tisse et se resserre…

Les alphabets de l’abîme qui – régulièrement – se réinventent…

Les atrocités avec les dents – les couteaux – les armes mécaniques – les gaz – la fission des atomes…

La sophistication des instruments de destruction et de propagande – le déploiement du mensonge et de la barbarie…

Le manque – le crime – les mille tragédies vécues et initiées…

Cette effroyable (et permanente) conquête du surcroît et du franchissement…

Le fondement même de nos civilisations successives…

La même erreur – infiniment répétée – continuellement reconduite – perpétuellement prolongée…

 

 

Ce qui nous escorte jusqu’à l’agonie et ce qui nous fait traverser la mort – maintes et maintes fois – et presque toujours de la même manière…

Nous autres – ici – ailleurs – là-bas – un peu plus loin – de l’autre côté – aux antipodes – comme des habitués – hôtes permanents ayant déjà été invités un peu partout – à la maison dans tous les lieux du monde – avec, en quelque sorte, un rond de serviette dans tous les foyers…

 

 

Des milliards de nuits à trembler – à repérer les différences – puis la mort et la cendre – au lieu de souligner les ressemblances – de faire naître dans notre ciel commun mille scintillements – mille rapprochements possibles…

 

 

Ce qu’il faut pour être aimé – et compris – pour donner au vivre ensemble une irrécusable réalité…

 

 

Nous – nous accompagnant – avec ce sourire étrange sur les lèvres – cette malice – cet enchantement – ce regard – au milieu du visage – les attributs d’une joie qui ne nous appartient pas…

Le jour et la nuit soudés dans nos yeux – devenant filtres et miroirs – défigurant le réel – déformant la lumière – transformant le monde en ombres et en absurdités…

Il faudrait se défaire des idées – des images et des couleurs – pour voir autrement – réellement – comprendre notre chance d’habiter l’espace – la route et la voûte – notre entière souveraineté – comme mille soleils réunis au milieu des danses terrestres…

Nous – vivants et joyeux – comme au cœur d’une fête ininterrompue…

 

 

De haut en bas – l’éclat…

De bas en haut – la brusquerie…

Entre le sommeil et l’insomnie…

Le dos voûté – la nuit durant…

A jeûner jusqu’à la dernière heure…

Le monde et la peur – rassemblés – en nous…

Et, parfois, une prière – comme une espérance – un peu de cendre lancée vers le ciel…

Sur la terre – le feu et la contradiction…

Et près de la source – la blessure…

Le monde désarçonné…

La fleur – l’oppression et la lumière…

Ce qui gouverne nos vies – nos voies souterraines…

Et ce qu’offre le déchirement…

 

 

Le soleil – devant soi…

Ce qui se répète – à notre insu – la même parole…

La nuit qui tourne autour du même axe…

Notre présence – ni commune – ni singulière – comme une distance avec les danses involontaires du monde – exaspérantes – si souvent…

 

 

Au bord d’un fleuve aux berges obscures…

Un voyage sans viatique…

Les leçons du provisoire…

Ce qui se dissipe…

Ce qui émerge – à peine – de la poussière…

 

 

Des peuples sauvages – le cri hissé jusqu’à la bouche – engendré par le manque ressenti au fond de l’âme…

Et notre langue irritée – qui accentue les aspérités sur la roche – sur la pente où glissent les vivants – dans un élan désespéré de résistance – pour que les hommes apprennent, peu à peu, à remplacer la douleur et les hurlements par la joie et le silence…

 

 

Nous – jouant sur des colonnes inconnues – le dos courbé – le front plissé – sous la charge des soucis et le poids des circonstances – devinant l’ivresse à venir – nous affranchissant de l’obscurité antérieure – et goûtant le vertige présent – le sable dispersé sur les dunes vivantes – le monde et la mort impérieuse – nécessaire – sous le joug perpétuel du vide et du verbe…

 

 

A demi – comme l’ombre sur notre joue – la lumière plus bas qui souligne notre impertinence…

Les murs et la chair écorchés – toutes nos chimères…

Le déroulement de notre enfance – de bout en bout…

 

 

Nous – à contre-jour – sans force – sans voix – à nous complaire dans la boue et les détritus accumulés sur notre tertre – immergé(s) dans le délire et le rêve – cherchant un foyer – un abri contre l’orage – les tempêtes – les Autres et la fièvre – une terre où il serait possible d’habiter le silence – d’écouter le chant des oiseaux – de vivre parmi les arbres – libre(s) du joug du monde – libre(s) du regard des hommes…

 

 

Nous – dans la brume – la parole régressive – avec ces étranges mimiques sur la figure – comme une innocence perdue – une enfance retrouvée – qui aspire à s’égarer plus encore – à fuir le tablier noir des responsabilités – à échapper aux enseignements d’un ciel trop lucide…

Encore inapte(s) – bien sûr – à ôter nos masques et nos oripeaux – à regarder le rouge – la substance vivante du monde – qui dégouline sur la chair – la terre ; notre barbarie et notre cruauté…

 

 

En ce lieu étrange où les frontières et les portes deviennent obsolètes – inutiles – incongrues – où l’on sourit comme l’on respirait autrefois – où le vide est bien davantage qu’une manière de parler – notre nature – ses profondeurs – de haut en bas – l’être – ce qui nous entoure et ce qui nous constitue…

 

 

Le long des murs – le vent – le silence vertical au sommet du sang – le jour au centre du visage – ce qui nourrit la sensibilité – l’attention – l’innocence – ce qui dissipe la fièvre et la folie…

Et la parole – aujourd’hui – tranquillisée – comme un peu de baume sur l’âme – la chair – la page – autrefois si angoissée(s)…

La vie et le rire – la mort et la joie – célébrés…

Nous – plus que tout au monde…

 

 

Des lèvres contre la terre – la roche…

La vitre – le miroir – ce qui fait, parfois, encore obstacle à la transparence – à la tendresse…

 

 

Un peu de vent sur le feu balbutiant…

Nos bras – dans le cercle – qui s’entrouvrent…

Nous – menés par le visage de la mort – hideux depuis la terre – déformé – à l’étroit dans le cadre trop restreint des yeux humains…

Le temps déchiré – l’issue qui se précise…

Le nord exposé – mis en évidence…

Le doigt pointé vers l’hiver – et l’âme repliée – à l’abri dans sa solitude…

Aux premières heures du jour – déjà…

 

 

Nous – glissant, peu à peu, vers l’oubli…

A l’inverse des hommes – à l’inverse de (presque) tous les Autres…

Notre tertre soustractif – comme une halte dans la longue énumération…

Sur la crête étroite bordée de nuit et de périls – l’abîme du monde en contrebas…

Au cœur de ce qui nous attend – depuis toujours…

 

 

Des souliers téméraires dans l’obscurité persistante – des murs à franchir – de fausses sources à tarir…

Plus d’un meurtre sur le dos – des béances – des blessures – des balafres…

Un quotidien sans lumière…

Cette lourdeur – notre nudité – ce que le monde arrache à notre prétention – la rudesse – la brusquerie – toute la maladresse des hommes…

Sur des traces déjà mille fois répertoriées – sur des pistes déjà mille fois parcourues…

Ce qui brille au fond des destins – nos mains pieuses et pleines de sang – nos ambitions et nos soliloques…

Ce qui se déploie avec la marche – le mensonge et l’usurpation dans ce que les hommes appellent le voyage…

Nous – encore trop faiblement conscients…

 

 

La mâchoire et le front instinctifs – tremblants – sans désir intermédiaire…

Notre vie – la terre sans éminence – le sable humide…

Ce que survolent (très superficiellement) notre angoisse et notre peur ancestrale du manque…

 

27 février 2021

Carnet n°257 Notes journalières

Ce que le monde nous offre – le langage des hommes – des images – jamais la vérité…

Notre nom glorifié de manière insensée – comme tous les rêves – jetés en vrac – dans notre tête…

 

 

Seul(s) – sur la terre nue – nous – sur notre propre corps – parmi les arbres et les figures du rêve…

Quelques yeux pour nous regarder vivre et mourir…

Et nos forces épuisables qui, peu à peu, s’amenuisent…

 

 

Ici – à notre place – provisoirement – entré(s) sans effraction – et, bientôt, porté(s) ailleurs…

Vivre – mourir – revivre – à l’orée de toutes les expériences – de tous les apprentissages – nécessaires – un cœur déjà sur toutes les terres existantes – explorées et à découvrir…

 

 

Jusqu’au fond des tripes – des vagues – des remous – des tourments et des tourbillons – cette danse étrange des choses et des Dieux…

 

 

La lumière – près de la fenêtre – arrachée à quelques soleils inaccessibles – trop lointains…

 

 

A notre naissance – des yeux – le début de l’illusion – ou, plus exactement, la continuité du mirage – un autre versant de la même chimère…

 

 

Le jour et la nuit – le temps ; la parole imprécise – l’absence – la vérité – construites – décalées – corrompues – inexistantes, en somme…

 

 

Nous – sous le regard du monde – le ressac – sous le joug des instincts et des émotions…

Et quelques idées – quelques images – qui guident – maladroitement – nos gestes et nos postures – inappropriés – bien sûr…

 

 

Quelques grilles dans l’œil…

Transparentes – notre détention – notre chair – notre liberté ; illusions – bien sûr…

Lumière arrachée – coups et éclats…

Les étoiles, en nous, (trop) enfoncées…

 

 

Ce qui nous a précédé(s) – ce qui nous succédera – la même chose qu’aujourd’hui…

Une longue lignée à plusieurs têtes – tissée dans la trame…

 

 

Rien que des pentes et des hauteurs – des alliances et des désaccords…

Des danses autour de la même colonne – cet axe invisible – qui, en tous lieux – qui, en toutes choses – fait office de centre – à l’insu de ceux qui tournent…

 

 

Notre règne – notre illusion – notre néant…

L’incroyable (et absconse) chimère que l’on enseigne – que l’on alimente – que l’on sert – que l’on célèbre – partout…

 

 

Des failles agrégées – qui se côtoient…

Le rêve d’un ciel unifié…

Le sens donné à l’effervescence – à ces armées de visages rompus à l’exercice du remplissage – du vide à combler – qu’importe la manière – qu’importe la matière – pourvu que l’on échappe à l’ennui…

 

 

Nos souffles – accolés – derrière les mêmes grilles – presque incestueux – selon toute vraisemblance généalogique ; l’histoire de la matière combinée – nous dressant (à la fois) les uns contre les autres et vers le ciel – avec mille désirs (contradictoires) et mille doléances en tête…

 

 

Le déclin de tout destin – toutes nos gloires – misérables – toutes nos conquêtes – si dérisoires – ces victoires minuscules – le temps d’un éclair – à peine…

Un souffle – quelques souffles – et nous voilà raide mort – déjà…

 

 

L’air et la poussière – brassés et soulevés…

Le sillage du vent à travers le vide…

Quelques vagues empreintes sur les chemins…

Et le soleil – au loin…

Et l’ombre des grilles sur nos visages tristes – surpris – si enfantins…

 

 

Nous – nous écoulant dans le ciel inversé – redressant la tête (en vain) dans les éboulis…

Quelques pierres qui glissent sur la roche…

Tous les Sisyphes de la terre – à l’œuvre…

Les mains caleuses – le souffle court – et le bonheur devant nous – peut-être…

Et ce fol espoir d’un sens et d’une destination, peu à peu, pulvérisé par l’incessant passage des forçats (et le poids de la matière façonnée)…

 

 

La totale atemporalité du voyage – et son impossible achèvement…

La vie – l’infini – le mouvement – le silence ; l’emboîtement des circonstances – la chaîne sans fin des mondes et des événements…

Et en soi – en des lieux identiques et différents – une autre perfection – l’immobilité et la joie sans faille – affranchies de ce qui nous tracasse – de ce qui nous émeut…

La même perspective – peut-être – mais vue du dessus – du centre – de plus loin…

 

 

Maintenant – ailleurs – d’autres visages – d’autres voyages…

La matière jamais sclérosée malgré la grossièreté – la densité – l’inertie apparente…

Les vagues – ce qui pousse – ce qui mène – ce qui emporte – tantôt vers la pierre – vers la roche – dans un grand fracas – tantôt vers la nuit – comme une chute – une longue glissade – tantôt vers le ciel – comme une éclaircie – un envol – un surcroît de jour et de joie…

 

 

L’esprit – sans lieu – sans centre – épars et concentré – au fond des têtes – et entre elles surtout – planant – se faufilant – surplombant – s’enfonçant – partout présent – partout chez lui – même lorsque règnent l’absence et l’ignorance ; déguisement – simple déguisement – lointain éclat de lui-même – comme un reflet de nos abîmes communs – l’obscurité magistrale…

Immobile – là où on l’imaginerait vif – alerte – primesautier…

Fulgurant – comme l’éclair – de la nature même de la lumière – lorsqu’il nous semble tranquille – paisible – assoupi…

 

 

La pierre – l’ombre et la cage…

Le jour – le ciel – l’infini…

Tout paraît – apparaît – tout existe…

Tout adhère – appartient – fait partie – s’entrechoque – se dresse – en un instant – se désagrège et disparaît…

La vie – la nuit – le monde…

Rien – ni personne…

Du vent et de l’esprit dont on ne peut rien dire – qu’aucun mot ne peut définir – qu’aucune main ne peut saisir – qu’aucune pensée ne peut circonscrire…

Nous-même(s) et tout le reste – présents et/ou absents…

Qu’importe ce que nous en disons pourvu que nous soyons – pourvu que nous puissions être – dans notre manière d’être là – exactement – pleinement – ce que nous sommes…

 

 

Un sol sans fin – à perte de vue – et au-delà – une surface – un volume de matière – un continuum – un magma (presque) sans intervalle – avec quelques interstices où poser les yeux – un peu d’esprit ; les balbutiements d’une présence qui, peu à peu, prend conscience de son envergure…

Rien qu’un pas à franchir…

 

 

Une nuit sans retour…

Des bêtes – affamées – enfermées dans une cage…

Et le soleil – pour chacun – à l’intérieur ; Dieu peut-être – derrière l’absence, la sauvagerie et le chaos apparents…

 

 

Le monde – de part et d’autre d’un mur blanc – inventé – illusoire – aussi inconsistant et incongru que notre présence (putative)…

Moins (bien moins) qu’une charade – sans doute – une plaisanterie de (très) mauvais goût…

 

 

Des sons – des corps – superposés – enchevêtrés…

Un amas d’ondes – de vibrations – de matière ; mille secousses – mille strates qui se percutent et s’additionnent…

Des bruits – des gestes – et le langage ; la naissance des alphabets pour que la réflexion née de la distance puisse offrir un sens – mettre au jour les possibilités d’un chemin – d’un itinéraire dans ce fouillis chaotique et inquiétant qui étouffe et engloutit bien davantage qu’il n’aide et ne libère…

 

 

Nous – comme des objets emportés par le grand fleuve…

L’eau – le ciel – les berges – réunis…

L’océan comme destination intérieure…

L’immensité et le singulier…

Ce que nous oublions et arpentons – quel que soit notre état…

Les marges – le centre – les profondeurs – qui se rejoignent…

Nous – solitaires – conflictuels – solidaires…

Indivisibles – absolument – inséparables – malgré la fragmentation – la multitude – la distance – apparentes…

 

 

Arbres et nuages entremêlés – découpés dans la lumière – comme un monde en relief – (légèrement) ombragé…

Dans l’œil – le ciment et la passerelle par laquelle le ciel descend pour pénétrer et envelopper les choses ; et ce qui semblait triste – un peu morose – soudain s’embellit et s’égaye…

 

 

L’existence – le voyage – et nos lignes – ni belles – ni essentielles – personnellement nécessaires (seulement – sans doute) – comme les conditions indispensables à notre rencontre – nous et ce que l’on porte au-dedans – viscéralement – pendant un instant – éternellement…

De petites choses – quelques pensées parfois – un vaste monde – en vérité ; les éclats d’un Amour universel et singulier – des échanges avec ce qui nous est propre et ce qui nous est commun – le va-et-vient à travers le canal de la parole – de la caresse – entre l’entité grandiose – du dessus – surplombante – d’envergure – et ce que l’on apparente à l’individualité – ce qui advient en elles – entre elles – ce qui explose, parfois, dans le silence…

Ni cible – ni intention – ni chemin – pas même la nécessité d’un auditoire…

La joie et l’innocence de ce qui naît dans l’âme – sur la page…

Et chaque jour – cette danse vitale – sans séduction – sans obscénité – sans spectateur – incontournable…

 

 

Le roi – la couronne – le donjon – les remparts – exposés – sans défense – à la merci de la bouche des Autres – de leurs crachats – de leurs paroles – de cette salive que l’on gaspille, si souvent, en insultes – en éloges – en commentaires…

Ce qui s’accumule – ce qui disparaît – ce qui s’oublie – compte pour (presque) rien dans la somme des pages – sur cette balance précaire où sont posés, d’un côté, l’esprit, et de l’autre, l’existence – en équilibre (presque toujours) – et sans le moindre avenir – sans la moindre mémoire…

Un texte – des livres – sans identité – sans auteur – libérés des contraintes et des contours (factices) de la littérature…

Un peu de pluie et de soleil innocemment combinés – une miscellanée d’éclats, de visages et de silence – un peu d’attention à ce qui se présente – en désordre – si souvent ; entre l’essentiel (peut-être) et le superflu ; la simplicité – parfois ; un peu de sagesse – de temps à autre ; quelque chose né d’ailleurs – de plus loin – en nous – de toutes les profondeurs accessibles – de cet espace vivant qui se contracte et se dilate de manière incessante – l’infini qui respire à travers notre souffle – notre âme – notre tête – notre cœur – notre chair ; ce qui traverse l’homme – sans aucun doute…

 

 

Des mots – des lignes – mis bout à bout – comme un soleil, peu à peu, dessiné…

Une trajectoire – comme une flèche lente – très lente – pas à pas…

De l’éclat à l’infini – du sang à la lumière…

Rien d’emblématique – quelque chose du retour – de l’éparpillement qui (progressivement) se réduit – où les pièces finissent par se rassembler…

Des fragments – une longue suite de fragments – comme un seul chemin – pierre après pierre – bâti d’une main fébrile et (souvent) maladroite – authentiquement humbles et honnêtes – comme un cercle qui, de jour en jour, se rapproche du centre – du point – de l’immobilité – au cœur duquel se perpétuent le souffle – le rythme – la multitude et la danse…

 

 

Des paroles – contre la vitre sale – opaque – tachée par toutes les substances terrestres…

Et par-dessus – le soleil – comme un sourire – un peu de joie – la promesse avérée d’une lumière possible au milieu des souillures – de la mort – de l’obscurité…

 

 

Tout de l’éprouvé – de la faiblesse – de l’éblouissement ; le geste et l’horizon – confondus – à présent – identiques – de la nature même du voyage quotidien…

Le silence immense – comme la toile de fond – et les mains occupées à leur tâche – aux mille nécessités élémentaires – à l’esquisse d’un soleil sur toutes les peaux blessées…

Le lot du monde – le lot commun – et notre indispensable besogne…

 

 

Accolés à la dérive d’un monde perdu – tête et ventre brinquebalés par les remous – les vagues qui, une à une, se détachent de leur socle – comme des lettres destinées à tous les analphabètes de la terre – et qui roulent jusque sur la grève – et que l’on jette dans la première corbeille – comme une existence pour rien – presque vaine en apparence – mais qui conservent leur force et s’additionnent entre elles pour former toute la puissance à venir – le souffle du changement, en quelque sorte, à l’ère où pourront se réaliser (naturellement) toutes les transformations indispensables…

 

 

Nous nous éreintons à construire mille socles – mille ancrages – mille ossatures – pour prévenir – retarder ou échapper à – la dérive et (à) l’effondrement – la nature même des choses – toutes les forces opposées – une alternance entre l’édification et la déliquescence – la nécessité impérieuse – souveraine – de l’équilibre…

 

 

De trop étroits repères pour déjouer les confins – élargir l’espace – devenir le périmètre de son propre jeu…

 

 

L’ineptie de la question du sens de la marche – au vu de l’envergure de l’étendue – sans bord – sans centre – partout présente ; qu’importe, en effet, notre origine – l’orientation des pas et la finalité du voyage – nous y sommes déjà et ne pouvons y échapper (d’aucune manière) – qui que nous soyons – quoi que nous fassions – quel que soit le lieu où nous vivons – quel que soit le lieu que nous quittons ou rejoignons…

Au cœur – au seuil – toujours – du jeu – de la tragédie – de l’illusion – de l’hilarité ; comme plongé(s) dans un savant mélange qui, sans cesse, se transforme selon les circonstances et l’état d’esprit…

 

 

Par intermittence – la lumière – l’aveuglement – la peur et le rire ; quelques éclats du monde – le tranchant (affûté) de l’apparente contradiction – la jointure (parfaite) de l’apparente complémentarité…

Le vide – le désert – et la crainte de disparaître (en particulier)…

Et ce qui advient (ce qui finit, un jour, par advenir) ; ce qui acquiesce à toutes les sommes – puis, bien sûr, aux mille soustractions successives – à cet étrange périple vers l’effacement et la disparition ; quelque chose comme une coulée discrète qui emporte tout avec elle – les idées – les images – les désirs – les croyances – les corps et les visages ; tout submergé – absorbé – englouti par la même lave inquiétante – implacable – qui, peu à peu, laisse place à une étrange étendue lisse sur laquelle peuvent (enfin) se déployer le bleu et l’innocence sans intervalle…

 

 

Lové contre la peur – l’aveuglement…

Du sable sur toute l’étendue – avec, au loin, l’horizon – identique et changeant – comme la vie et la vérité – insaisissable…

 

 

L’univers qui se concerte – tantôt pour nous soutenir – tantôt pour nous faire chuter ; dans les deux cas – porteur d’un enseignement (selon ce que nous avons besoin de comprendre)…

 

 

L’âpreté du monde – dans l’intervalle – un manque – des masques – ce qui soulève le cœur – ce qui cloue l’âme à un avenir obscur – à une noirceur sans nuance – sans alternative – sans espérance…

Le tunnel que nous façonnons de nos propres mains ; chaque jour – une pierre supplémentaire…

 

 

Des rails – le chemin tragique de l’homme et du monde – de la matière…

A la source du feu et du silence – de l’univers et de l’inertie – indifférent – acquiesçant – irréprochable…

Ce qui rend (à nos yeux) l’origine absolument exemplaire…

Qu’importe le sommeil et la folie…

Le bleu qui joue avec son propre néant – et toutes les autres couleurs…

L’absence – comme le prolongement (évident) de la conscience…

 

 

Tout à la suite – et le rien comme possibilité ; une parmi mille – dix mille – autres…

Le monde – des parcelles douteuses – suspectes – incorruptiblement fidèles à la terre…

La joie dans la contiguïté du sacrifice (apparent)…

 

 

Des éclats et des blocs qui se prêtent à toutes les combinaisons – à toutes les opérations – auxquelles il faudrait soustraire toutes les interprétations (toujours étroites et parcellaires)…

Le cœur et les pages ouverts et hermétiques – comme une secousse – des remous – un peu de tendresse – supplémentaires…

Ce que réclament, à leur insu, ceux qui en ont besoin – et ce qui pourrait, peut-être, aiguiser chez chacun un surcroît de sensibilité…

 

 

Au pire – de l’air qui tremble – un peu de bruit – un peu de vent – de la douleur – ce qui s’écroule autour de nous – au-dedans – la tête à la dérive – le corps disloqué – la matière et l’invisible sens dessus dessous…

 

 

L’horizon exalté par le livre – repoussé par le pas – balayé d’un revers de main ; de plus en plus sage – en somme…

 

 

Une trajectoire de plus en plus évidente – de plus en plus invisible – de plus en plus incertaine…

Pas le moindre itinéraire – en vérité…

Une suite de pas – de passages – ici et là – d’un lieu à l’autre – sans raison – la force de la nécessité – sans doute…

Quelques foulées – un séjour parfois – très court – vite oublié(es) ; l’esprit vide – libre d’aller là où portent les circonstances – libre d’accueillir et d’effacer, de façon ininterrompue, ce qui advient – pour aimer chaque parcelle de vie – de terre – d’âme et de peau ; dans l’étroite intimité des choses – dans la plus haute proximité terrestre – peut-être…

 

 

Un poids énorme à porter sur sa courbe – une portion d’orbite – la somme des idées sur Dieu – le monde – la vie – les hommes – quelque chose de massif et d’imposant – imaginent peut-être certains ; absolument pas – presque rien – moins que rien – en vérité – plus léger qu’une plume – comme un imperceptible coup de vent – comme toutes nos responsabilités supposées – comme tous nos soucis – totalement inexistants…

Seul le geste qui engage – à l’instant où l’acte se réalise ; avant – rien – absolument rien – tombé dans l’oubli – après – on ne sait pas – on n’en sait rien – on ne veut surtout pas savoir – ce qui n’existera jamais – bien sûr…

 

 

L’eau – l’air – la terre – le feu – à partager – comme éléments constitutifs ; et l’espace qui s’offre à toutes les danses…

 

 

Ce qui nous est arraché – ce qui nous apaise – comme le reste – mélangés – contradictoires – apparents – si souvent – moins tranchés à mesure que l’on approfondit – que l’on s’enfonce dans les strates du réel et de l’esprit – bien en deçà du monde et de la psyché – à mille lieues en dessous…

 

 

La vie – le monde – tous les Autres – à travers nous – agissant…

Implantés là où l’obscurité demeure – où l’atrocité est encore possible ; une étape longue – décisive – si souvent – sur le chemin de l’ignorance…

Allégresse pour les uns – crève-cœur pour les autres – le sempiternel recommencement des forces – des limites transgressées – des choses que l’on s’arrache et qui disparaissent…

La joie et la malédiction d’être ensemble – de ne pouvoir être séparés…

 

 

A perte de vue – de la matière – des couleurs – des apparences…

Le réel – à travers notre vitre – avec cette teinte très (trop) humaine – à la lisière de la folie – au cœur de la raison pourrait-on penser – que nenni – comme des lambeaux de langage – des amas d’images – rien de très sensé…

Notre désœuvrement sur la pierre…

La foule – des paysages – que, parfois, l’on contourne – que, parfois, l’on traverse…

Masse informe – quantité non négligeable – sans contour – sans intervalle – qui nous happe – qui nous porte – qui nous emporte – qui nous avale…

Une triste figure parmi les autres…

Comme un surcroît de nuit et de douleur…

Nous – dans l’atroce nudité de l’homme…

 

 

Le vide qui, peu à peu, se dessine…

L’accueil à la lisière du geste…

Une perspective hors de soupçon…

Comme des lambeaux d’anxiété déterrés – et aussitôt exposés devant soi – puis précipités dans l’abîme…

L’oubli – partout présent – comme un feu immense – incroyable…

La nuit – la douleur – les chagrins – les tourments – peu à peu consumés…

Et le vent – son (fidèle) auxiliaire – qui éparpille les restes de cendre – qui laisse la pierre lisse – nette – comme neuve – de nouveau prête à accueillir nos errances – nos égarements – nos désœuvrements – tous ces jours passés à amasser mille choses – de mille manières – au cœur de ce que le vide a, en nous, amoureusement préparé…

 

 

Des lignes, parfois, féroces – une manière de redresser la courbe – de tordre la rigidité – de jeter aux orties ce qui est obsolète – de redonner souffle au plus désirable – comme une force de vie – un filet d’eau et de lumière dans un éboulis – un torrent de boue – quelque chose de merveilleux sous une apparence monstrueuse…

 

 

Le monde sensible – sans jouissance – sans hostilité – incroyablement digne – à l’écoute de ce qui l’entoure – de ce qui le traverse…

Comme une conscience renaissante – les linéaments, peut-être, d’une véritable humanité…

 

 

Nous – passant du sommeil au dénuement – à la manière d’une blessure qui, peu à peu, se referme – à la manière d’un blessé qui prend conscience qu’il n’est peut-être pas ce qu’il croyait ; aussi imaginaires que réels – que nul ne peut (véritablement) savoir…

Nous – à l’une des extrémités de l’étendue – cherchant à rejoindre, d’une manière plus ou moins habile, l’autre bord – ce segment qui semble nous manquer – la quadrature du cercle peut-être – ce fragment essentiel dont nous nous sentons séparés…

Comme un retour involontaire à la terre promise – sans exaction – sans conquête – sans vengeance – en un paisible (et pacifique) voyage…

 

 

Au gré des désirs du monde – l’obscurcissement – comme un trouble progressif – radical – rédhibitoire ; la fin (programmée) du soleil – l’écrasement de la tendresse – la fragilité piétinée – la sensibilité assassinée – le monde entier plongé dans son propre sang…

Des vagues rouges sur tous les territoires…

L’excès de frontières – notre besoin pathologique d’expansion…

L’hégémonie – la barbarie et le feu – laissant, derrière leur passage, des cendres et des larmes…

Et cette blancheur – et cette clarté – que réclame notre âme – provisoirement effacées – provisoirement oubliées – le temps que s’achève le rêve – ce monde souterrain aux parois si hautes dont le couvercle – le ciel inventé par les hommes – semble si lourd – inamovible – quasi hermétique…

 

 

Sans discernement – dans le flou et la blessure – la bouche ouverte – bave aux lèvres – sous le coup de l’ignorance et de la douleur – comme la proie d’une chasse inique – d’une traque atroce – au cours de laquelle il devient impossible de s’émerveiller – d’asseoir sur son sort un sourire insouciant – de faire naître le plus minuscule désir d’Amour – la moindre caresse…

Rien que des yeux fermés qui se ferment plus encore ; le ciel et l’océan qui se retirent…

 

 

Du bleu – encore – à nos pieds – malgré la nuit que l’on déchire – que l’on s’arrache – comme si l’on voulait éradiquer la lumière – substituer au soleil les restes irréductibles des ténèbres successives – accumulés par la bêtise et les âmes immatures – prêtes à croire à tous les mensonges – à sombrer dans tous les abîmes – pourvu qu’ils portent, en eux, un mince filet d’espérance ; la construction d’un salut illusoire – d’un chemin pavé de croyances et de chimères – le refus (catégorique) du territoire initial – le centre originel – ce point si dense – si immobile – l’antre de tous les mondes…

Et nous – au milieu de cette respiration erratique – douloureuse – au milieu des lueurs et des chants – comme envoûté(s) – étouffant – plongé(s) dans la restriction – à fouler un lieu hors de l’espace et du souffle qui nous appellent…

 

 

Le jour – comme la seule promesse à venir – une parole, trop souvent, prononcée à la hâte – un espoir en suspens – l’obscurité du monde remisée – l’exil définitif de la terre – peut-être…

 

 

Ce que nous enjambons – fastidieusement – cette généalogie trop terrestre – fabuleuse depuis ses origines…

Nos peurs devant une foule d’épouvantails endimanchés…

La transparence des désirs humains…

Notre avachissement et notre angoisse – sur le bûcher ; cette route étrange – tous feux éteints…

A peine une traversée – au cours de laquelle on a le sentiment que le monde – les Autres – la moindre rencontre – nous malmènent – nous blessent – nous attristent – nous écorchent vifs…

 

 

Nos pages – le socle du vent – le plafond du monde – le sous-sol du ciel (peut-être) ; des cris – des prières – des oiseaux ; quelque chose comme un flux continu – une longue série de lignes – comme des vagues successives – reliées invisiblement entre elles – aux origines – aux rivages sur lesquels, un jour, elles déferleront…

 

 

Au bord de la blessure creusée jusqu’à la mort avant de tomber en son centre – l’ordinaire s’écrivant – mêlé au merveilleux – suscitant, peu à peu, un quotidien émerveillé

 

 

Le jeu au plus près de la mort…

Les mensonges et les impostures jetés au loin – devenus inutiles – obsolètes…

Le surgissement d’un tertre au milieu des épreuves grouillantes et des brouillons rassemblés – presque irréels – comme l’érection soudaine d’une montagne au milieu des murs – au milieu du labyrinthe terrestre – une sorte d’échappée au-dedans – au milieu des rêves et des monstres – de tout ce qui envoûte ou effraye ; comme éjecté de notre trajectoire initiale – un saut dans l’espace et le temps – presque un envol…

 

 

De dérive en abstraction – toutes les déclinaisons de l’absence – malgré l’espace – en nous – au-dehors – toujours vide – libre – totalement…

 

 

Le monde – ce fond de boue que l’on brasse – où l’on patauge – une conjonction de circonstances – des divergences – un gisement de rencontres et de passages pour des milliards d’années – jusqu’à la disparition apparente de la matière…

Une époque d’efflorescence et de multiplication qui voit émerger tous les possibles – d’incessantes combinaisons entre le vide et le mouvement…

L’ébauche d’une durée – d’une continuité ; l’esquisse d’une lignée – d’un emboîtement des formes – le jeu permanent de l’invisible et du concret – entre deux périodes d’immobilité où l’on célèbre la quiétude et le silence…

 

 

Tout – entre la fidélité (presque toujours suspecte) et la trahison (presque toujours nécessaire) – entre le rire et les larmes – entre la farce et la gravité…

Et ce sourire détaché du monde – du ciel – de la carte et de la terre (trop) fangeuse…

 

 

Nous – nous affrontant – puis, peu à peu, confronté(s) au vide – contraint(s) de lui faire face – de le laisser nous violenter (ce que nous croyons du moins) puis, de nous abandonner à son règne et à ses lois…

Nous – devenant de plus en plus rien ; tout qualificatif comme un mensonge – un dévoiement – presque une absurdité – à la fois fragment et le contraire de ce que nous sommes – ce que nous pouvons être – ou paraître – pendant quelques instants – presque rien – en somme – une brève apparence – le reflet trompeur d’une vague dans l’immensité que nous représentons – littéralement…

 

 

Comme entré(s) par effraction dans notre existence – au cœur – comme le prolongement de l’énigme mutante – sans cesse évolutive – où la matière est un détour nécessaire – un écart explicite et interminable…

Et – parfois – très proche de la vacuité sans socle – sans ascendance – primale – un étrange état – presque indéfinissable – tel un nouveau-né que l’on enfanterait indéfiniment – la possibilité d’une enfance perpétuelle…

 

28 septembre 2020

Carnet n°246 Notes journalières

La lumière et l’épuisement – le monde à genoux – ce désir si puissant de solitude et d’élévation…

Penché sur nous – sur eux – l’Amour – comme un visage rayonnant sur l’inconnu – le plus familier – de l’aube au couchant – dans la plus grande fidélité et la plus parfaite obéissance…

 

 

Le grain levé – sur les murs – nos visages – ces portraits colorés – des larmes et des poings – des gestes et un peu de langage – avec, au milieu, ce grand trou – dans la poitrine – à la place du cœur…

 

 

Rien ne demeure – tout – comme l’eau – avec nos larmes – qui coule – s’écoule…

Mille voyages jusqu’à la mort – et au-delà – tout qui continue ou recommence…

 

 

Le feu et les ruines – ce qui doit advenir – la concrétisation – la continuité – le prolongement de tous nos désirs – de tous nos efforts…

 

 

Nous – hurlant sur la transparence ; rien – personne – nous-même(s) – peut-être…

 

 

Le long du vent – avec des noms plein la bouche et des bruits plein les oreilles…

Notre humanité et notre mélancolie – les lèvres entrouvertes – offertes – comme si notre intimité n’existait qu’au cœur de la soif – avec nos rêves – toutes nos chimères – involontaires – si incertaines (et que nos croyances et notre espérance rendent, pourtant, si réelles)…

 

 

La solitude – au-dedans – au-dehors – partout – aussi incomprise et peuplée…

Le monde d’avant – le monde d’après – et ceux qui ne nous reconnaîtront pas…

Un visage – une innocence – affranchis des Autres – libérés des bannières brandies ici et là par tous les adeptes et la plupart des postulants…

Rien que des murs – hauts et infranchissables – et mille portes fermées…

Rien que notre solitude qui cherche celle des Autres – pour réunir (en vain) nos incomplétudes – rendre plus vivables nos absences…

 

 

La certitude de n’être personne…

L’impossibilité du devenir…

La découverte de l’invisible – l’apprentissage de l’effacement…

Se faire, peu à peu, l’auxiliaire du vent et du silence…

 

 

L’heure parsemée de jour – l’oubli écartelé entre la solitude et la possibilité du monde…

Nous – derrière ce que nous croyons avoir construit – l’illusion du désir – le ciel plus puissant que nos ambitions ; et ce que nous abandonnons à l’absurdité des pas trop volontaires…

 

 

Ce que nous pourchassons sous le sommeil – derrière les rêves – au-delà des îles – aux confins de la nuit solitaire ; le monde entre terre et ciel – l’incroyable retournement du temps…

 

 

Le vent et le regard – souverains – nous libérant…

La parole délaissée au profit du silence…

Ce qui bouge avec les feuilles – ce qui disparaît – englouti par le cours (inéluctable) des choses ; nos ailes – et tout ce sable dans notre bouche – sous nos pieds – dans notre sang…

Notre tragédie – nos insignifiances – parmi tous les spectacles du monde…

 

 

Comme une fièvre dans notre solitude – une manière de se réfugier dans la forêt – pour se rejoindre – retrouver, en nous, ce qui a été oublié ou perdu ; cette corde des hauteurs qui nous offre l’occasion de nous balancer au-dessus du monde – au-dessus de toutes ces têtes penchées – front au sol et yeux en l’air…

 

 

Des alphabets trop peu téméraires pour accéder à la vérité – un outil dont nous faisons (presque toujours) mauvais usage – comme si nos existences – nos histoires – nos affronts – nos conquêtes – avaient la moindre importance dans le règne du plus essentiel…

 

 

Seul – comme un radeau à la dérive sur les eaux vives – sur les eaux grises – du monde – des apparences…

Le cœur sous cloche au lieu de libérer le chant – le rire – la lumière prisonnière au fond de l’âme – au fond des ténèbres…

 

 

Dans le cœur de personne – la solitude parfaite – idéale – souveraine – comme un règne – la seule loi possible – le seul parti envisageable – notre autre moitié, en vérité – bien au-delà des rêves et des étoiles – bien au-delà des ruines qui nous entourent – ce que sont devenus les édifices que nous avons construits ; le fruit de nos désirs et de nos ambitions – corrompus et obsolètes…

 

 

Seul – dans les prémices de l’aurore – comme autrefois – dans la fange – le monde sur nos épaules – en vrac – comme un tas de ruines branlantes ; seul encore – au milieu des naufrages – parmi toutes les bouées lancées depuis l’esprit – depuis le rivage – aussi inutiles que toutes nos gesticulations pour retarder la noyade et l’engloutissement…

 

 

La solitude – métamorphosée en ondes – en caresses – inexistante – impossible – à vrai dire – notre immersion parmi tout – le tout au-dedans de nous – chair – sang et tête – tous les visages de la terre – la matière lovée en elle – secouée si souvent – et que l’on saccage – et que l’on arrache – et que l’on éparpille – dans la croyance d’une appropriation ou d’une amélioration possible – comme si les états et les combinaisons étaient soumis à une hiérarchie – à une forme de construction inepte ; en vérité, le reflet parfait du réel – de notre confusion…

 

 

Seul(s) – dans l’herbe des illusions – sous le ciel chimérique – parmi les Autres qui n’existent pas…

 

 

Au doigt – l’alliance de l’étrangeté – entre le réel et l’invisible…

Les mains à tripoter toutes les serrures – tous les cadenas – à s’initier à la rébellion et à la liberté – gesticulant comme les pas qui piétinent – comme les têtes qui cherchent à droite et à gauche – comme les âmes qui piaffent d’impatience – à effeuiller le monde – à fouiller – à creuser – tous les sols – tous les trous – pour dénicher un peu de lumière – ou, à défaut, un peu d’espoir – un peu de consolation…

 

 

Dans nos doigts – cette lumière d’automne – l’esprit et le cœur encore au printemps – et l’âme – seule – heureuse – obstinée – au milieu de l’hiver ; hormis l’été, toutes les saisons auront été le lieu de notre joie…

 

 

Au milieu d’un tourbillon de désirs – la chair vive – bientôt agonisante – bientôt décomposée…

Des gestes – des maux – des joies – ce à quoi nous nous acharnons – l’âme audacieuse (parfois) et le ciel (toujours aussi) joueur…

Et nous autres dans la paume des Dieux qui, d’une main, nous tiennent – et, de l’autre, lancent les dés…

 

 

L’espace – la neige – le feu – notre âme – la solitude et la douleur ; les conditions naturelles de notre émergence – de notre voyage – de l’origine à l’origine en passant par le monde et la terre – ce lieu de passage (ce lieu de presque tous les passages)…

 

 

Nous – grave(s) et gravitant – soumis à toutes les formes d’attraction et de pesanteur. Si étranger(s) à la légèreté des fleurs et du pollen – à l’insouciance de leur périple…

Au-dedans – ce cœur de pierre – cette ossature de glaise – et, dans nos mains, ce miroir tendu au vent – et, entre les lèvres, cette haleine d’ailleurs – du ciel – de ce lieu des hauteurs – qui s’épaissit en nous traversant – qui devient aussi lourde que la terre – aussi dense que nos tourments – que tous nos malheurs accumulés…

 

 

Derrière les barreaux de la cécité – le monde – les choses enchevêtrées – ordures et merveilles – plomb et paillettes – ce sur quoi nous vivons – ce que nous ingurgitons – ce sous quoi nous serons, un jour, enterrés ; partout – toujours – la même matière…

 

 

Notre fausse identité – cette ombre plastifiée – recto-verso – que l’on présente – que l’on affiche – que l’on dresse ou cache – selon les cas – lorsque l’on nous interpelle ; ce visage provisoire et solitaire que l’on affuble de tous les noms…

 

 

Libre – au détriment de rien – comme un surcroît de vie et de possibilités – l’esprit au-dessus de la matière – privilège (rare) de ceux qui se sont pleinement immergés dans l’incarnation et qui sont parvenus à accepter (parfaitement) leurs limites naturelles…

 

 

La nuit – tout autour – comme les Autres – le même visage peut-être – de la même espèce sûrement – comme le prolongement du reste – de ce qui s’est perdu – et abîmé – en tentatives…

 

 

Nous – dans le chant du jour – l’archipel aux mille rivages ; ce que l’on entend au milieu des cris – ce que l’on attend au milieu du sommeil – une barque – de l’eau – et ces courants qui nous portent vers l’origine – vers ce non-lieu de l’enfantement – l’espace matriciel – l’Ithaque premier…

 

 

Ici – partout – la plénitude – ce qui nous hante et nous harcèle…

Ailleurs – rien – un peu d’espérance seulement – le plus inutile de ce monde…

 

 

L’espace prolongé – comme le temps ; ce qui souligne notre cécité et notre ignorance…

 

 

La distance qui nous sépare de l’être ; un pas – un abîme – des années-lumière – exactement le même enfer – comme un léger glissement du centre vers la périphérie…

L’œil rouge et la pupille dilatée à force de larmes – d’hallucinations – de poussière et d’obscurité…

Un long voyage à travers la nuit – les lèvres entrouvertes – et le cœur déjà posé plus loin – un peu à l’écart du monde…

 

 

Le jour – la nuit – ce qui est par nécessité – par sophistication du plus naturel ; comme le prolongement visible – palpable – matériel – du silence…

 

 

L’homme – ni au-dessus – ni en dessous – un parmi les Autres – quelques gouttes de rosée sur la plaine immense – imperceptible depuis l’espace (excepté ce qui s’apparente à la lumière)…

 

 

On se guette – on se rencontre – on s’engloutit ; et au terme du festin – il ne reste plus rien ; l’espace nu et dépeuplé – le vide – le blanc – la transparence – la présence – l’espace vivant qui accueille toutes les naissances – toutes les danses – la magie et le miracle des phénomènes…

Le roc invisible des mondes…

 

 

Des chemins – des destins – qui se croisent – des mains qui se tendent – qui repoussent – qui s’éloignent…

Dans l’œil, les possibles et le goût de l’aventure – comme un souffle qui initie tous les élans – un engouement pour tout ce qui a des airs d’ailleurs – cette faim de soi convertie à toutes les choses – des envies de parcelles infinies – des bras chargés de rêves et de blé…

Et partout – diffuse et envoûtante – l’odeur mystérieuse de l’océan – et son attrait démultiplié dans l’obscurité…

Cette longue marche à tâtons – au milieu des siens – au milieu de soi – nous-même(s) – partout – avec ce corps incroyable et démesuré…

 

 

Nous – nous reposant au milieu de la nuit – au fond de l’abîme – au cœur de notre âme – peut-être…

L’envergure du monde dans le corps – avec des chocs – des ondes – des tremblements – ce qui tente de se révéler – de nous éveiller – de jaillir de ces eaux sombres – de ces lieux noirâtres et angoissants…

 

 

La nuit démesurée – au milieu des ombres – le silence dans notre chambre – le feu – ce qui échappe aux hauteurs – la mort comme éternelle récurrence – la tête parmi trop de rêves et de visages – ce que les hommes édifient – ce que nous construisons pendant notre sommeil…

D’une extrémité à l’autre de l’exil – l’absence…

 

 

Nous – dans le cercle de poussière – vaillants – bruyants – conquérants – à la manière des gladiateurs…

Des armes – des outils – de nouveaux horizons peut-être ; tous les combats à mener – les uns après les autres…

Les luttes – la fatigue – les cris et les baisers de la foule alentour…

Et tous nos continents submergés par la ruse – le pouvoir – la corruption…

A mille lieues de l’Amour – à mille lieues du silence…

 

 

Absent – comme dans le feu et le vent – comme si le réel était ailleurs…

Tout – dans l’imaginaire – le monde et le ciel – les visages et la neige – cet épais tapis de pierres et de sable – les yeux dans l’herbe et la poussière qui regardent plus haut – les âmes fragiles et délicates qui tentent de se hisser sur la berge des Dieux – des bouches qui épellent le nom de toutes les choses – la fatigue dans les bras – les jambes lourdes – le corps harassé – titubant – familier des marches interminables – de l’usure à l’excès – la chair et les os – l’invisible et l’esprit – rassemblés dans la même foulée – tendus vers le même espace – ce lieu de silence et de révélation – ce que les hommes, dans leur ignorance, appellent le salut – parfois le paradis – la simple continuité des choses – une modeste étape – en réalité – dans ce qui ressemble à un voyage – un point – une escale provisoire dans ce qui n’aura (jamais) de fin…

Notre apparence (mille fois – dix mille fois – des milliards de fois – changeante) et le cœur de ce que nous sommes – essentiellement…

 

 

L’espace submergé par les eaux et la fumée – trahi par le monde – sa propre création – les têtes parmi les flammes et les vagues – les âmes asphyxiées – les corps brûlés et emportés plus loin – partout des ruines et des larmes…

La nuit qu’il (nous) faut affronter…

La joie et les rires repliés au fond de la poitrine – en attendant le jour – l’annonce des saisons nouvelles – une ère terrestre plus apaisée…

 

 

Au-dedans même de la plaie – les doigts – la joie et la guérison qui adviendront lorsque la blessure nous aura recouvert(s) – nous aura (totalement) englouti(s)…

 

 

Sous les frondaisons – le front humble ; le monde et la feuille réunis – la main sur la page qui trace ses lettres de feu – la mort et la vie (étroitement) entrelacées dans le trait esquissé par le feutre noir…

Le cœur – presque toujours – au milieu de l’incendie…

 

 

L’hiver – comme un fil – un lieu – notre manière de vivre et d’être au monde – quelque chose de froid et de solitaire – comme une désolation apparente ; la grandeur – la beauté et l’émerveillement – plus intérieurs – presque cachés – presque secrets – sous le prodige de la neige ; l’innocence des gestes – la lenteur et l’immobilité souveraine – l’expérience de l’être et de l’Autre – sous la longue traîne des vertus naturelles que nous portons, en toute saison, sur l’incroyable – sur l’interminable – chemin…

 

 

Des fleurs dans les mains – le baiser des Dieux – offerts à ceux qui naissent – à ceux qui passent…

Et dans le cœur – tous les fils emmêlés…

L’âme nue sur la peau découverte…

Dans les profondeurs d’un destin apparent…

La terre – le ciel – sans légende…

 

 

Sous les paupières – ces mondes anciens – ces Dieux dépravés – ces pans de ciel caduques – l’exaltation de tous les ailleurs – la frilosité qui interdit le franchissement des seuils – des frontières – la fidélité aux territoires – au périmètre autorisé…

L’enfance de l’homme – craintive – sur la pointe des pieds – dans la fausse légèreté de l’âme – comme une absence…

 

 

Des radeaux à la dérive – des couvre-chefs qui se croisent et se saluent…

Le monde à l’air vicié – sans racine – aux horizons circonscrits…

La vie – comme un chemin d’habitude – les fers aux pieds – et ces lourdes chaînes que l’on traîne derrière soi comme de pitoyables prisonniers…

 

 

Dans les jardins – sur l’échafaud – en tous ces lieux confondus – notre fierté et notre modestie – notre vrai visage et toutes nos identités – mélangés – sens dessus dessous – la tête à l’envers et tous les versants renversés…

Et au-dessus du désordre – le regard qui s’interroge…

 

 

A marcher discrètement – au bord de la mort – sur les pourtours sans fin du vide – l’abîme partout – au-dehors et au-dedans – de part et d’autre du front – ici et là-bas – où que nous soyons – où que nous allions – l’épouvante – la condamnation – l’abandon et la liberté – le soleil – le monde – qui s’éloignent – l’aube qui jaillit du secret découvert – la vie – notre cœur sur tous les autels – ce qui, en nous, se dresse comme la seule réponse…

 

 

Le blanc des masques devant les visages – et cette indolence à se reconnaître – à dévoiler le plus précieux sous le plus grossier – le plus fragile – le plus repoussant…

Notre histoire à tous – l’âme et le cahier (le livre des confidences) grands ouverts – malgré notre pudeur – ce que nous croyons être nos singularités…

 

 

Nos silhouettes qui se redressent pour apercevoir la tête sur l’échafaud ; et notre étonnement – notre sidération – soudain à reconnaître la nôtre sous le couperet – puis roulant vers le petit panier de la mort…

 

 

La peau rougie par tous les fouets du monde – la chair lacérée – entaillée ; des marques – des sillons – larges et profonds – laissés par la violence – les moqueries – l’indifférence – des Autres – blessé jusqu’au cœur – jusque dans les tréfonds de l’âme…

La tête basse – le cou dans les épaules – les yeux qui se baissent – qui se détournent – qui pénètrent les terres de l’intériorité – qui découvrent la solitude – l’exil et l’anonymat sur les rives les plus lointaines…

Toutes les illusions perdues – autant que l’espérance…

L’empreinte tenace – indélébile – du passé sur notre figure présente…

 

 

Une île au fond de chaque phrase – une terre à rejoindre – une terre où se perdre – une terre pliée en quatre au cœur de l’abondance – au cœur des mots prolifiques ; une manière de faire entendre le secret – le silence – au milieu du bruit et des apparences ; le vide – l’espace – le plus rien – le plus sacré – au cœur de ce qui ressemble à une forêt de signes – à mille broussailles impénétrables – à un rempart d’herbes folles et sauvages…

 

 

La soif – étalée devant nous – comme une flaque – un lac – asséchés – vestige d’une âpre bataille – autrefois océan de larmes et de feu – étendue arrachée aux naufrages et aux malheurs…

A présent – soleil et ferveur d’automne – souffle et couronne sans intention – libre d’aller ou de demeurer – affranchi des routes et du voyage…

Le cœur frémissant – couleur de ciel – couleur de joie…

 

 

L’étrangeté invisible installée au fond de l’esprit – en bonne place – aux côtés du monde – des Autres – de la folie…

Les tyrans – devant nous – au milieu du sommeil – comme dans une boîte – rangée parmi d’autres boîtes au contenu surprenant ; et le lieu – et le possesseur – de la clé – de toutes les clés de toutes les boîtes – de toutes les chambres – de toutes les pièces de l’esprit – inconnus – disparus – oubliés – enterrés peut-être…

 

 

Notre voix – celle qui jaillit – celle qui serpente – celle qui trouve sa couleur et sa texture sur le blanc de la page – comme une trouée – une percée – un tunnel – dans un foisonnement de signes ; des bruits feutrés – comme étouffés par le tapis des mots – par le tapis de feuilles – sur lequel marche toute tentative poétique – l’élan de Dieu à travers notre main – peut-être…

Qui sait à qui appartient le feutre qui abandonne ses traits – noirs et sans élégance – sur l’étendue quadrillée…

 

 

Autour de nous – les mêmes apparences – ce que les yeux opiniâtres ont réussi à percer – et cette fumée – à présent – comme un brouillard – née de cet immense feu d’images et d’illusions – et qui brûlent encore – et qui brûleront toujours – comme si pour vivre, il fallait incendier le monde et l’esprit – tout enflammer jusqu’à l’incandescence – jusqu’à l’invisibilité – jusqu’aux dernières traces de souillure…

 

 

Nos pas dans ceux des Autres – des mots – des lignes – que l’on reprend – que l’on prolonge – que l’on réinvente avec sa petite musique à soi

Des milliers de pages aujourd’hui…

 

 

Jusqu’au bout du vol – jusqu’à l’épuisement…

Déjà dans la tristesse du jour suivant…

Les mots – comme une danse – en soi – avec le monde et les choses – une étreinte de l’invisible qui serre l’âme avec tant de force que toutes les peurs se dissipent – que le langage s’éveille de son mutisme pour jaillir et s’élancer dans un tourbillon d’allégresse…

 

 

La vérité qui brûle – avec nous – dans le feu…

Le jour d’après – les cendres – et nous – et elle – renaissants – incandescents – nous consumant déjà au milieu d’autres flammes…

 

 

Dans le cœur – ces nuages gris et épais – stationnaires – aussi étranges que le ciel invisible au-dessus – et que la terre – ces lieux criards et gémissants – en dessous…

 

 

Nous – sans le même visage – avec tous les visages différents – nous éveillant, peu à peu, au réel – aux dimensions multiples et changeantes du réel…

 

 

Dans notre tête – dans nos mains – les mêmes habitudes – mille tâches inachevées…

 

 

Naufragé(s) d’un monde qui n’existe pas…

Chercheur(s) d’une terre improbable…

Au milieu des choses – au milieu du ciel – pourtant…

Nous vivons à la manière des enfants sauvages – aux lisières d’une réalité introuvable – mystérieuse – inexpliquée…

 

 

La tête ailleurs – dans nos ténèbres fabuleuses et inventées – les pieds dans la glaise – et l’âme souillée par le suintement fétide des idées qui débordent de leur vasque étroite…

Nous – parmi ces choses – ne comprenant pas qui nous sommes – ne comprenant pas même ce que nous faisons…

 

 

Le jour – entre nous – écartelé…

La pensée qui tournoie et se cogne – qui abuse l’esprit – et donne à l’homme – partout – le même visage…

 

 

Le cœur – de moins en moins épais – de moins en moins chair – qui s’allège et s’élargit…

 

 

Le monde – autour de soi – comme une étrange (et lointaine) compagnie – de moins en moins nécessaire…

 

 

Ce que nous pourchassons – ce à quoi nous nous éreintons avant d’habiter l’espace – cette aire-réceptacle de la matière…

A mesure que nous nous rejoignons…

 

 

Le jour qui se lève – comme les ombres d’autrefois – dans l’air le plus familier – dans l’air le plus quotidien – au cœur de notre existence…

 

 

Des mots-chair qui saignent par notre faute…

Et le jour d’après – comme une promesse – une trop improbable récompense…

 

 

Nous – dans les heures grises du jour – enlisé(s) dans les sables du monde – comme une parenthèse sombre – obscure – marécageuse – un interstice qui aurait pris des allures de gouffre – un abîme à échelle humaine – une anfractuosité à peine perceptible depuis l’espace où le regard est perché…

 

 

Autour de nous – la même barbarie – le même sourire – le même potentiel qu’à l’intérieur ; le même espace en deçà et au-delà de la peau…

Le même parfum malgré les apparences et l’invention des frontières…

Des vasques ouvertes sur le dessus – porteuses de la même lumière et du même fracas…

Nous tous – exilés de cette trop lointaine partie du ciel – naufragés sur cette infime parcelle de terre – cherchant la vérité et l’épanouissement – la beauté du même visage qui, à travers la prière – qui, à travers la poésie – qui, à travers le geste juste – chacun arpentant le monde sans relâche – approfondissant sa foi – déployant ses possibilités et sa présence – l’âme et le sourire de plus en plus légers – de moins en moins humains…

 

 

Des fenêtres – en soi – comme un matin clair – dans la noirceur du monde – dans l’obscurité de l’âme…

 

 

Rien que des images – du parfum – comme des bruits – comme des voiles sur le réel – des frontières (presque) insécables – ce que l’on agite devant notre nez – dans notre tête – entre nos oreilles – le monde d’avant la rupture – ce que nous vivons au cœur de la séparation…

 

 

Les visages qui avancent – qui vieillissent – qui s’effacent – devenant toujours le suivant – jusqu’à l’épuisement des amassements – des combinaisons – des possibilités…

Quelque chose d’un monde (encore) inconnu – qui s’éveille – peu à peu…

 

 

Sous les paupières – le même monde que devant nos yeux – où se mêlent (presque toujours) le désir et le rêve – la texture idéalisée du réel – ce à quoi l’on aspirerait plus intensément si la volonté pouvait (réellement) se déployer…

 

 

Des ombres – du règne – avant d’accéder au silence…

La nuit atteinte et traversée…

La lumière et ses mille colonnes – la liberté au cœur des temples les plus naturels…

Le silence parfait et sans prophétie…

Le temps et le mouvement percés à jour…

 

 

La folle ivresse du sommeil où le rêve se réalise hors du monde – en des terres étranges qui échappent aux exigences du réel…

Un univers – mille univers – inventés au sein d’un autre – plus vaste et plus encombré…

 

 

Au-delà du monde – le regard…

Et, partout, le silence – identique aux bêlements des peuples…

L’homme dans son enfance – passant d’une nuit à un soleil immature (balbutiant) – jonglant avec la soif et le désir – comprenant, peu à peu, qu’il est (essentiellement) ces voiles qui obstruent toutes les possibilités de la clarté…

 

 

Au-dedans de la magie – le monde des oiseaux – l’envergure du plus lointain – la cloche quotidienne qui rythme les heures et les jours – la dénomination précise de Dieu et du temps – l’enfance qui s’éloigne…

Toutes les frontières ridicules (et illusoires) sous la lumière changeante des saisons – du printemps à l’hiver…

Nous – presque aussi ardent(s) qu’autrefois…

Notre tête – surprise – ravie – dans le silence – toujours ensommeillée…

 

 

En rond – derrière nos murs – la tête à terre – les yeux longeant le sillage étroit des étoiles – l’âme nue et dépareillée – et la bouche toujours aussi ingrate mâchant et remâchant la même parole – l’incompréhension de l’esprit – notre paresse et notre vantardise…

La nuit – comme notre propre malheur – démesuré(e)…

 

 

Ni route – ni sommeil – l’aveuglement en face – les yeux devant la cécité galopante – foudroyante…

Un monde qui ressemble au monde – à tous les mondes…

La terre sans obstacle – sans tranchée – sans frontière…

 

 

Notre étonnement face aux rivages – aux tempêtes – avec ce brouillard au fond des yeux – et cette peur tapie derrière le regard – derrière le moindre geste…

 

 

En nous – ce sac de désirs en désordre et le soc acéré de l’intimité – retranchés dans la plus lointaine arrière-cour du cœur – dissimulée aux yeux de passage – à tous ceux qui rêveraient de nous voir marcher à leurs côtés…

 

 

Sur le plus vil continent du monde – cloîtrés – désemparés – agglutinés – furieux – à vivre derrière les mêmes murs – à tambouriner aux mêmes portes – aux confins de tous les seuils infranchissables…

 

7 juillet 2020

Carnet n°238 Notes journalières

Quelques surprises – sous les pieds – un air étrange – au fond de la poitrine – quelque chose de joyeux – entre les lèvres…

Une terre enfin habitée…

 

 

Derrière le souffle, la durée – derrière la durée, la perception erronée du temps – derrière la perception erronée du temps, la croyance en notre réalité – derrière la croyance en notre réalité, les injonctions de la psyché – derrière les injonctions de la psyché, les nécessités de l’origine – derrière les nécessités de l’origine, le mouvement de l’esprit – derrière le mouvement de l’esprit, le vide infini et éternel – la matrice non née libre de tous ses enfantements…

 

 

A présent – des fractions de jour – des fragments de silence – mélangés aux bruits et à l’obscurité…

Des parcelles de joie – comme des incises dans la torpeur quotidienne…

Nous – comme le monde – socles – surfaces et périmètres – d’un incroyable mélange…

 

 

Tout passe – s’agrippe – demeure (un peu) – pendant quelques instants – s’éteint – s’efface – disparaît – renaît et recommence…

 

 

Tout – dans notre regard et notre disponibilité – ce qui émerge – ce qui se propose – ce qui s’offre – ce qui s’impose…

Le dehors pénétrant au-dedans et le dedans se déployant au-dehors…

Les choses se transformant – devenant autre – exactement ce qu’elles doivent devenir…

Nous pourrions tout imaginer – tout envisager – en vain ; ce qui se produit n’a cure des plans – des hypothèses – des explications…

Cela se passe – inexorablement – inéluctablement – avec ou sans intention – avec ou sans témoin – avec ou sans l’esprit-conscience…

Juste – le cours inarrêtable des choses – la matière en marche – toutes les énergies en mouvement…

 

 

La nuit archivée – l’homme selon son désir – le jour, peu à peu, devenu désert – pleine solitude – comme un espace aride au milieu de la douleur…

Et notre voix – entre la nouveauté et la rengaine – comme quelques restes – quelques éclats d’un soleil très ancien…

 

 

La tête posée contre la nuit – tantôt comme un appui – tantôt comme une résistance – les pieds dans le vide – l’âme dans son gouffre – à ruminer la même parole – sans parvenir à se libérer de nos entraves – à franchir ce qui se dresse entre nous et l’immensité…

Prêts, sans doute, à s’éteindre ou à se disperser après trop d’infructueuses tentatives…

 

 

Nous et les arbres – nous et le ciel – tantôt comme des miroirs – tantôt comme des fenêtres – tantôt comme des seuils trop lointains – infranchissables – mais toujours ensemble – toujours reliés – quelles que soient les perceptions et les circonstances…

 

 

Nos vieux démons – de toutes les époques – vieillissant avec nous – grossissant de nos peurs – de nos colères – de nos frustrations – accumulées…

Des amas de tristesse sur l’âme et les épaules – des milliers de choses inutiles – le manque d’air et l’odeur permanente de la putréfaction – comme un piège qui, peu à peu, nous avale ; un trou – son propre trou – que l’on creuse à mesure que l’on amasse (inutilement) les expériences – à mesure que l’on entasse les scories et les commentaires…

Nous croyons vivre – en réalité, nous ne persistons que dans nos croyances…

 

 

Bleu – gris – noir – comme une force brute – une envergure immense – ce qui existe au-dedans et ce qui nous entoure – ce que certains ne perçoivent qu’au-dessus de leur tête…

Mais qui donc se soucie de l’âge (vénérable) du ciel – de son véritable visage…

 

 

Le même horizon – partout où nous allons – l’ordinaire – le trivial – le plus quotidien – ce qui ne tient qu’à force de sommeil…

 

 

Devenir – comme si nous n’avions que cet élan-là – rien d’autre ou trop enfoui – endormi lui aussi…

 

 

Des zébrures – parfois – blanches – bleues – lumineuses – incroyablement – comme des trouées d’air pur dans l’étouffement – un sursis – quelques instants supplémentaires hors du monde avant de replonger dans notre agonie…

 

 

Tout est trop rangé – chez les hommes ; chaque chose à sa place – séparée…

Des boîtes – des rangées de boîtes – bien alignées ; des choses pour ceci – des choses pour cela – ce qui différencie les morts et les vivants – ce qui sert et l’inutile – ce qui nous fait envie et ce que l’on déteste…

Le contraire du monde naturel où tout se mêle – s’emmêle – se mélange – dans un joyeux (et émouvant) chaos ; une désorganisation apparente – savamment élaborée – où le provisoire et la recombinaison permanente règnent sans partage – où tout est dans tout – exactement là où il doit être à l’instant où il s’y trouve – sans jamais la moindre place attitrée…

Ici ou ailleurs – qui donc pourrait s’en soucier…

 

 

Des toits – trop de refuges et de mots élémentaires – comme toutes ces vies insignifiantes – sans distance – sans interrogation – sans mystère – rythmées par la routine quotidienne où la chance tient (trop souvent) lieu de supplément d’envergure ; la seule issue – la seule liberté possible, en quelque sorte – comme un pas de côté – pas même un peu de hauteur – un simple écart pour supporter cette (triste et morne) existence…

 

 

Des mouvements linéaires – acharnés ; bien trop d’absence…

Rien qui ne compte vraiment…

L’inertie du premier élan dont on ne peut changer ni la direction – ni la vitesse – comme un mode automatique rendu mécanique et permanent…

 

 

Désarmé par le jour et le temps qui passe – par les visages et l’indifférence – par le monde et l’absence..

Pas même certain d’exister ; un peu d’ombre vivante – peut-être…

 

 

Nous – devant les Autres – mille choses – mille émotions. Et des adieux presque permanents…

 

 

La vie recouverte – comme la mort – mais par des choses et pour des raisons – différentes…

Ce qui nous sépare et nous disloque ; trop de frontières – et trop peu de soleil – entre nous…

Il faudrait savoir vivre ensemble sur la pierre – silencieusement – dans le respect de la solitude des Autres…

 

 

Debout – sur la terre – le dos appuyé contre le temps – à perdre, peu à peu, nos illusions et notre confiance en l’Autre – non qu’il soit étranger – trop absent seulement – perdu – accaparé par ses propres mouvements – aveugle et sourd à ce qui l’entoure – indifférent à la trajectoire de ceux qui gravitent autour de lui autant qu’à ceux qui ont épuisé tous leurs élans et qui sont simplement là – présents – sans intention – sans volonté – à l’écoute de ce qui naît – de ce qui passe – de ce qui s’efface déjà…

 

 

A gravir je-ne-sais-quoi ; mille tentatives pour fuir – s’échapper – se réfugier quelque part – ailleurs – loin – très loin – là où nous pensons que nos rêves pourraient se réaliser – devenir (enfin) réels…

 

 

Du silence – que nul n’entend…

De l’invisible – que nul ne voit…

De l’indicible – dont nul ne parle…

Ce qui est – ce que nous sommes – au-delà des apparences…

Ce que chacun ignore et ce que nul ne reconnaît – pourtant…

 

 

Des drames – comme des points de repère – les seules certitudes du voyage – ce à quoi nous rêvons (tous) d’échapper – ce pour quoi nous sommes venus ici-bas ; la possibilité de grandir – de découvrir la joie au-delà de la peine – derrière toutes les formes de tristesse – comme une étincelle dans la nuit terrestre…

 

 

Des mouvements – mille – des milliers – des milliards – une infinité – trop – presque toujours – simultanément – comme le signe d’une incompréhension – d’une impossibilité de s’ouvrir au silence – à l’immobilité…

 

 

Deux mondes – séparés – entremêlés – qui s’ignorent et se mélangent…

Nous-mêmes – pris entre deux feux – entre l’essentiel et la nécessité…

Ce qui vit et le témoin épargné

La vie et la mort – presque toujours – insuffisantes…

Et la récurrence du domaine pour qu’un jour, tout s’éclaire – devienne limpide – transforme le jeu en évidence – en prolongement éclairé de la conscience…

 

 

Dans nos failles – l’éclat de l’incertain et la patine du temps. Quelque chose de l’exil et des profondeurs – sans distinction…

Et, de l’autre côté – l’horizon (presque) jaloux de notre absence de certitude…

 

 

Devenir – par la peur – ce que l’on exècre ; un jour trop précis – trop étroit – avec trop de certitudes – l’apparence d’une journée plutôt – un intervalle de temps – un espace exigu – un lieu où il nous est (réellement) impossible de vivre…

 

 

Des heures sans exigence – libres – sans préavis – et cette âme affranchie qui a refusé tous les contrats – tous les commerces avec la terre – les hommes – les étoiles – ce que nous haïssons – ce à quoi nous aspirons – et qui a, peu à peu, effacé la longue liste des désirs – des promesses – des espoirs…

Suspendu – provisoirement – au regard qui s’émerveille…

 

 

L’air par-dessus le monde – des fleurs éparpillées – un peu partout – dans l’âme et sur la terre – quelque chose d’imprévisible – de tendre (d’incroyablement tendre) – qui transforme tout ce qu’il touche – sans en avoir l’air – sans même que nous nous en apercevions…

De la grâce et du silence…

Tous les gestes de l’invisible – bien sûr…

 

 

Tout – au creux de la main – lorsque l’âme se baisse – sait se faire humble ; de l’eau – de l’air – du silence – des mondes oubliés – des chemins très anciens – des routes nouvelles – des terres inconnues à arpenter – ce que nous étions – ce que nous sommes et serons…

Le même mélange – toujours – qui, sans cesse, se transforme…

 

 

Du bout des doigts – ce qui se précise – ce qui nous importe – le regard apprivoisé – au bord du ciel – toutes les périphéries que nous transformons (malgré nous) en centre provisoire – là où nous sommes – là où nous passons (où nous ne faisons que passer)…

Ce que l’on appelle, peut-être, la vie humaine…

 

 

Ce qui se dresse – tel un poing – une flèche – un phare dans le ciel noir du monde – le souffle de l’invisible – puissant – innocent – sans intention – jamais né – et qui durera encore lorsque tout aura disparu…

 

 

Notre main dans celle des Autres – avant le pressentiment de la rencontre. Sans crainte – les visages côte à côte – des éclats de rire – quelques restes de désirs – sans personne à convaincre…

Des fronts fraternels sans arrière-pensée…

Des gestes tendres et silencieux…

Une attention active – une présence (intensément) vivante…

La marque de l’Amour et de ceux qui n’ont plus rien à prouver…

L’éternité sans la lune – sans l’incidence des saisons – sans la moindre restriction…

 

 

Ce à quoi nous assistons – le spectacle – la tragédie à l’œuvre – ce qui nous étouffe et participe à notre agonie – et la précipite sans doute ; le monde saisissant – la succession des tâches – notre manière d’être présent au monde – notre posture – le rôle que l’on nous confie – ce dont on pourrait (si bien) se passer…

 

 

Notre seule réponse – notre seul geste ; être présent – comme un pied de nez – comme une résistance – une indifférence à l’absence ambiante – (quasi) généralisée…

Le réel – le regain du réel – face à l’imaginaire et à l’abstraction…

 

 

Le monde – endormi – comme une rencontre manquée – impossible – une pente trop glissante pour l’âme chargée d’attentes – d’espoirs – de bagages – trop lourde…

Nous arpentons le monde à notre façon – de lieu en lieu – tantôt désert – tantôt peuplé – nous arrêtant à chaque étape du voyage à la place octroyée – le plus souvent aux marges délaissées par les tribus humaines…

 

 

Sans attente – assis sur quelques pierres – l’âme lasse – si lasse d’être soumise à la volonté du monde – à la volonté des hommes…

Défait – à présent – comme une feuille sous la pluie – un visage au milieu des Autres…

Un peu perdu – craintif et révolté – attentif à ce qui passe – à ce qui est – à ce qui s’offre – innocent…

 

 

La tête dans une spirale – le sort funeste de la pensée – les souvenirs et l’imaginaire – l’expansion des ténèbres – la raison qui se déploie – étalée jusqu’à l’épuisement…

 

 

Le chant – comme un éclat – le jaillissement de la beauté trop longtemps enfouie – sans le moindre signe de colère – d’impatience – le lien entre la vie intérieure et l’univers – comme une corde invisible sur laquelle serait assis le monde entier…

 

 

A genoux – dans la terre – trop de fois – la tête dressée – trop fière – refusant l’humilité – tous ces lieux de honte – sa réalité – sa seule réalité – la prégnance de la matière – son règne absolu – inflexible – incontournable – ce sol où elle est enfoncée en dessous du ciel – sous l’œil impassible d’un soleil qui semble tourner autour de nous…

 

 

Devenir – encore – comme une source affranchie – de plus en plus large – l’âme, peu à peu, obsolète – échappant (progressivement) à sa torpeur – au monde sommeillant…

 

 

De la vie souterraine – invisible – la même que celle des hauteurs – sans attente – sans souvenir – fragile et souveraine – libre et immobile – sage peut-être – aussi rude et longue que fut la nuit…

 

 

La terre – comme un socle – un décor – une couleur offerte à l’existence des vivants – dépourvus – limités – provisoires…

Le temps du rêve et de l’expectative…

Le lent (et surprenant) glissement vers l’hiver et la solitude – comme une ouverture (graduelle) de la perspective…

 

 

Le temps de l’imprépondérance du temps. Le rôle du vide et du sable dans notre absence – notre vie engloutie. La respiration saccadée – erratique – de la périphérie…

La fin des fantômes et la loi passagère de l’instant qui détrône ce que nous imaginions irremplaçable…

Le sens et la fenêtre – le monde au-delà de l’homme…

 

 

Ce que nous offrons comme une libération – trop souvent perçu(e) comme un outrage ou un malentendu…

 

 

Blessé(s) par ce que nous conservons au-dedans – comme une déchirure permanente – une douleur intermittente – comme l’héritage terrestre collé à l’envers de l’âme – au fond du cœur – sous la peau – vécu à chaque respiration (et dont nous ne saurons jamais nous défaire)…

 

 

Trace d’une existence inconnue – précaire – (hautement) improbable…

D’un chemin à l’autre – comme si les lieux – et les visages rencontrés – n’avaient aucune importance…

Ce qui s’écrit – en nous – sans laisser le moindre signe – la moindre empreinte ; le plus essentiel que nous vivons – et dont nul ne sera jamais témoin…

 

 

Des lignes – sans hasard – ouvreuses de voies – imprévues – qui tournent autour de nos têtes en dansant – semant sans moissonner – propageant la lumière sans rien inventer…

 

 

Parmi les loups de l’angoisse parqués aux périphéries de l’être – au cœur du monde…

Et nous autres – comme de la chair livrée à ces mâchoires affamées – monstrueuses – amassant le sommeil comme un trésor vain et miraculeux – à la manière des âmes prises au piège par leurs propres inventions…

 

 

Nous errons – partout – la tête pleine de jugements et de sortilèges – que seul le silence pourrait terrasser…

Une terre sans Dieu – sans miracle – vouée au labeur et aux jeux en attendant la disparition des malheurs – l’éradication des instincts…

 

 

Du monde à venir – sans attente – une simple possibilité – non envisagée – non anticipée – la prochaine étape – peut-être…

L’Autre sans témoin – sans même la nécessité d’exister (ou d’être reconnu)…

Une présence pourvue, à travers nous, de tous les instruments indispensables…

 

 

Ne rien convoquer – se réduire à l’accueil – devenir ce déploiement possible (et infini) – vivre à la manière du ciel et du vent – sans autre raison que celle d’être et d’exister – n’échapper à rien qui soit offert…

 

 

Qui règne sur soi – sur nous – pendant notre absence… Est-ce la même force – cette incroyable puissance – que chez les Autres – l’invisible et ces courants silencieux – énergétiques – qui nous portent – nous transportent – et qui constituent l’essentiel de notre nature – de notre destin – de notre voyage ; notre seule véritable aventure – sans doute…

 

 

Plongé(s) dans cette matière où est enfoui le secret…

Que savons-nous du monde, nous qui habitons de l’autre côté de la vérité…

Que savons-nous du silence, lorsque, en nous, les bruits grondent et que nos gestes – nos pas – nos paroles – ressemblent à une danse folle et incontrôlable…

Qu’avons-nous à dire – à révéler peut-être – si ce n’est le ridicule et l’absurdité de ce que nous croyons précieux et incontournable…

Rien qui n’existe déjà ou pourrait être envisagé…

L’instant et l’oubli – ce qui est et qui s’efface – seulement…

 

 

Devenir ce que nous ne pouvons qu’être – démuni(s) – humble(s) – sans identité-repère – le savoir-être porté jusqu’au bout des doigts – jusqu’à l’autre extrémité du monde…

 

 

Ce qui nous malmène – la confrontation – la saturation – le monde sans la distance – l’Autre dépourvu de respect – niant toute forme d’altérité (même minime – même élémentaire) et la possibilité de la moindre alternative humaine…

 

 

Le Divin silencieux – nous seul(s) face à nous-même(s) – puis, à nos côtés – puis confondus – parfaitement substituables – puis réunis (enfin) dans le geste – le pas – la parole…

L’être intact – parfait – sans la moindre séparation – sans le moindre décalage…

 

 

Ce qui s’impose – sans régner – le lieu du provisoire – des échanges – de la rengaine (et du ressassement parfois) – du merveilleux – du plus terrible et du tremblement…

L’espace libre et le territoire du vent – là où, un jour, tout finit par advenir et être, presque aussitôt, balayé…

 

 

Sans peur – sans arme – tranchant comme une lame – la matière comme de la chair – des fragments d’invisible sectionnés – et recombinés autrement…

 

 

Rien que des essais – un potentiel – des possibilités – et le plus nécessaire qui advient et se donne à vivre…

Les heures – les jours – ni heureux – ni malheureux – simplement indispensables au jeu et à l’émergence (progressive) de la vérité – peut-être…

 

 

Innocence – lorsque l’heure s’écarte du temps – l’esprit des idées – et l’âme de ses obligations…

Nous – presque toujours – dans l’ardeur incontrôlable des Autres…

Dès le matin – à courir vers sa première offense – son premier crime – l’aréopage des tyrans bien calés au fond de la tête…

Du feu et de la barbarie – et, au mieux, de l’indélicatesse – dirigés contre le moindre chant – le moindre élan de beauté – toutes les tentatives d’évasion…

Ce que nous nous acharnons tous à détruire – malgré nous…

 

 

Sans autre arme que le silence et l’absence d’intention – une présence au-delà de toutes les formes d’existence possibles…

Un cœur – deux mains – un sourire…

Et l’âme façonnée pour la joie – en plein ciel – malgré le monde…

 

 

Nous sommes – et veillons sur – tous les territoires – sans intrus – sans étranger – sans personne à reléguer à la périphérie…

Le centre – partout – sans frontière – sans compromis – comme une présence démultipliée et polymorphe…

Nous tous au cœur du cercle…

En commun – ce que nous partageons…

Et nos différences (apparentes) – simple prétexte aux luttes – aux guerres et aux conflits – à tous les enfantillages du monde…

Avec de la lumière et de la tendresse au milieu…

Et la source de tous les possibles à venir…

En réalité – rapprochement et éloignement dans les tréfonds de la même intimité – comme une respiration libre et naturelle – nécessaire à tous – à chacun – et au déploiement de tous les liens essentiels…

 

 

Le dehors – comme une invitation – le point de bascule vers l’intérieur…

Le jour divisé en deux – comme la nuit ; et chaque part cherchant l’autre – à se réunifier – à dissiper tous les malentendus…

 

 

On respire – comme un instinct naturel – le premier sans doute – celui sans lequel tous les autres ne pourraient s’exprimer – la condition même de toutes les existences terrestres – comme le souffle divin multiplié – incarné – inséré (provisoirement) au fond de la chair…

 

 

Identique au vide – ce qui nous annihile et nous accentue ; ce qui importe davantage que les mots – notre identité mensongère – ce qui existe au-delà des repères – au-delà des références – au-delà du temps – comme un intervalle inchangé – inchangeable – au milieu de ce qui passe – de ce qui naît – de ce qui meurt…

Insoumis à toutes les lois terrestres…

 

 

Nous sommes le fond des choses et ce qui semble exister – en apparence – l’obstacle et la disponibilité – les conditions déplorables de nos existences et la résolution (complète) de notre mystère. Insécable malgré la multitude visible et divisible…

 

 

La nuit – au milieu des âmes – au milieu des mots. Des procès – des masques – des jugements – des passages. Des instants qui s’enchaînent – la fausse continuité du temps – ce qui ne peut exister qu’en son absence – réelle – vécue – l’existence – le monde et les visages provisoires – ce que les Dieux nous ont confié(s) depuis le premier jour – le jeu inéluctable de la conscience et de l’énergie…

 

 

Des mots qui nous portent – nous emportent – nous transportent – comme l’un des (innombrables) courants du monde – ni le plus trivial – ni le plus précieux – celui qui convient aux amoureux – et aux adeptes – du langage – sans lequel leur existence serait immobile – invalide – étrangère aux choses de la terre et du ciel – indifférente à l’ordinaire – sourde à l’ineffable – aveugle à l’invisible – immodifiable et inutile en quelque sorte…

 

 

Une chose infime – momentanée – dans le vide existant et l’espace alentour. Des apparences qui semblent déloger l’essence de l’être – le plus précieux du monde. La surface de l’imperceptible – la part la plus tangible de l’infini – comme un fragment de temps dans l’éternité…

 

 

Infime segment de l’ensemble – détourné de son usage premier – de sa fonction originelle – miroir du tout avant d’être jouisseur (partiel) des choses – avant de se croire (modique et illusoire) possesseur d’une minuscule parcelle du périmètre…

 

 

Nous circulons sans trace – sans antériorité – dans la totale confusion du monde et du temps…

Le visage – au-dehors – dans l’intervalle – dans le suspens de toutes les formes de promesse. Egaré provisoirement – comme une parenthèse indéfinie dans l’immobilité…

Vivant (pour ainsi dire) sans les injonctions immatures de l’enfance…

 

 

Au seuil du jour – l’âme comme une coquille inhabitée – un mouvement fébrile – une manière de s’attarder (inutilement) dans le monde – cette nuit tragique – notre terre natale – sous le joug des choses et de l’ignorance…

 

 

Rien en notre faveur – tout se propose – tout se vit et s’expérimente – dans une forme permanente d’invitation – comme une initiation continuelle à l’au-delà de soi : mille – dix-mille rencontres – successives afin d’interrompre nos préludes excessifs – afin de commencer réellement le voyage – cette longue marche immobile – cet interminable périple…

 

 

Dessus – des jours – le monde dessiné à la craie – des routes que l’on arpente à pied – et des restes de nuit dans notre sillage…

Le ciel – quelques fois – et un long mur qu’on longe avec effroi – sans espoir – presque assuré de n’en jamais voir la fin…

 

 

Des lignes comme des graffitis…

Des feuilles comme des confettis…

Et notre esprit de part et d’autre de l’espace visible – une âme détachée du temps – de toutes les possibilités…

La main – le geste – comme les seules issues – la seule manière de vivre au cœur du réel…

 

 

Du silence sur la page – dans l’âme et la tête – et ce vide dans les mains – et tout autour – qui porte nos gestes – notre corps – la matière et l’esprit – (presque) sans mémoire – comme une rive infinie – infranchissable – munie de lames au service de l’oubli – autant qu’il y a de parcelles et d’édifices possibles – et pourvue de couches épaisses – confortables et réconfortantes – de tendresse – allouées à toutes les formes de perte et de détresse…

 

 

Des parois contre les mains – au-dessus – en dessous – devant et derrière – une vie comme dans une cage de verre – entourée d’espace – d’inconnu et d’incertitude…

Comme les bornes infranchissables de la matière…

Un condensé d’existence – l’incarcération de l’esprit – prisonnier apparent du monde – dans une forme de crispation involontaire et provisoire…

Et ce qui s’avance – en nous – dans la parfaite immobilité du cœur…

 

8 mars 2020

Carnet n°228 Notes journalières

Chaque chemin – comme un rayon vers le centre – rien – presque rien – un trait à peine esquissé sur le sable…

La nécessité de la violence – si souvent – et la possibilité de l’Amour – plus rarement exercée…

Des berges où viennent s’entasser les rêves et les naufragés. Quelques lumières sous la voûte. Des cibles – des clochers – de l’orgueil (exagérément). Beaucoup trop de fébrilité et d’atermoiements pour que les mains et les ventres – les épaules et les fronts – parviennent à se délester de leur embarras – pour que l’âme puisse s’émanciper – pour que nous réussissions à nous libérer des soucis du monde…

 

 

Le rôle premier du jour – la lumière et la joie – la main qui se tend – le seul souci de la nécessité. l’œil et la posture affranchis de l’or – des siècles – de la gloire…

La fortune – comme le vol de l’oiseau dans le ciel – comme ses danses et son chant dans le vent…

Des cris fébriles – autant que les gestes. Des bagages inutiles – comme des charges récurrentes…

Le parvis et les chemins déserts – sans rencontre possible. Des croisements âpres et difficiles – seulement…

De la pierre aux hommes – et des arbres aux bêtes – les mêmes luttes – les mêmes postures. Le territoire – le sommeil – et toutes leurs nuisances…

Le signe que la parole et le poème s’avèrent (toujours) essentiels – et insuffisants. Des lieux, peut-être, parmi les plus sacrés – un espace qui compte autant que le soleil et le silence. Une (réelle) présence – le baume des âmes impotentes et affamées. Les premiers pas – (très) maladroits, bien sûr – vers la possibilité d’un autre monde…

 

 

L’âme penchée sur l’essentiel – le vide des dépossédés – les cœurs joyeux et naïfs – forte de cette innocence mature qui ne s’acquiert qu’au fil d’un long et rude labeur de dépouillement…

L’extrême simplicité – résultante d’un processus complexe ; l’âpre besogne de l’invisible sur les apparences…

 

 

Le goût de la joie et du silence au fond de la poitrine ; le privilège ni des hommes – ni des Dieux – celui des sages – peut-être…

 

 

De l’eau – et des noyés trop dociles. Un aquarium de ruelles – des murs qui, en leur centre, recèlent d’étranges rumeurs. Et, plus loin, le silence…

Le monde – le néant et la faim – quelque chose entre la torpeur et l’insomnie…

 

 

Des jeux et des étreintes – des luttes – des résistances et de l’inertie – des geôles occupées – renforcées par l’organisation de l’espace et la perspective (très) territoriale de l’esprit. Les frontières qui se dessinent au feutre noir…

 

 

De la raison (apparente). Rien du ressenti – des noms – des valeurs – la hiérarchie des représentations. Le centre – le ban et les récusés – les hors-cercles contraints d’habiter aux marges – à la périphérie – dans les forêts abandonnées – d’ouvrir leur âme au plus sauvage – de tourner leur cœur vers une source moins corrompue – plus abondante – réconciliatrice…

 

 

Dans la jubilation d’une lumière sans rançon – sans récompense – qui s’offre gracieusement à ce qui se dénude – à ceux qui avancent – naturellement – malgré eux – sur le chemin des soustractions…

 

 

Des haltes sur des îles émergeantes – nouvelles – provisoires – qui jaillissent au fil des pas qui savent se réinventer. L’océan en tête et ce bleu au fond de l’âme. Des empreintes sur le sable noir – des oiseaux plein les poches et des surprises au bout des doigts…

Mieux qu’un rêve – mieux que le sommeil – le réel non revisité – à l’état brut – sans écran – sans filet – sans la moindre géographie. L’immensité du dedans qui redéfinit l’apparence des frontières – qui élargit l’espace – et donne au monde des airs incroyablement familiers…

La conscience qui se rejoint – qui retrouve, en quelque sorte, sa place au cœur des choses – le silence et l’infini – enfin rassemblés dans la matière. La pleine liberté de l’être triomphant…

 

 

Seul sur les pierres – sans histoire – sans légende – avec encore trop de bruits anciens dans la tête – la mémoire pleine – au bout d’un voyage inachevé…

L’âme déjà couchée – presque dans la tombe. Le jour déclinant – l’obscurité galopante – la nuit – le noir – bientôt…

 

 

La vie en laisse – les bras ouverts aussitôt repliés. L’ordre établi autour de l’illusion – comme un axe central autour duquel l’existence tourne – à la manière d’une roue dans le vide – dans une succession (sans fin) de mensonges, de cris et de prières – et du sable partout – ce que l’on retient – ce que l’on retire – et ce que l’on économise – la pauvreté intérieure des ventres repus – des esprits à l’abri au milieu de leurs chimères – comme mille fausses évidences – mille fausses certitudes – érigées comme des remparts autour de soi…

Entre griffes – vautours et opium – la vie fallacieuse – faussement béate qui dissimule l’angoisse au cœur – exaltée…

 

 

Le jour errant – le voyage – ici et là – tantôt au-dedans – tantôt au-dehors. La lune en arrière-plan – permanente – dans cette nuit sans fin. Les pas multipliés – puis soustractifs – ramenant toutes les périphéries vers le centre – puis abandonnant le centre pour l’essentiel…

La tête humble et retranchée – l’humilité sans banderole – le ciel entre les mains et la poitrine offerte…

Vivant – comme l’oiseau dans le ciel dont chaque battement d’ailes pourrait soulever le monde…

 

 

De pas en pas – les heures qui se succèdent – qui avancent sur le cadran – dans la brume des jours – les piétinements joyeux – dans la cendre – dans l’inconscience totale de ce qui a brûlé…

Qu’importe pour les cœurs frivoles pourvu que la fête dure et soit grandiose…

 

 

Être là – présent – au milieu du monde – libre – contemplatif – circulant – sur des chemins sans destination – où les visages croisés comptent moins que les pierres où l’on a fait halte. L’âme dans son retrait – la voix dans son élan de joie – la main qui emprunte au ciel et aux alphabets pour esquisser quelques lignes sur la page blanche…

 

 

Rien du rêve – rien du temps – l’ancien langage des chimères remplacé par celui des Dieux – toujours frais – toujours neuf – sortant, à chaque instant, de leurs têtes innocentes…

 

 

Le silence infini qui plane au-dessus de la mort – au-dessus du monde – qui serpente entre les planètes – entre les galaxies – qui répand ses mystères dans tout le cosmos – dans tous les espaces inconnus…

En plein jour – le soleil…

Et le noir épais au fond du cœur…

Des âmes virevoltantes – dansant dans les airs – dansant sur le sable – de la chair grossière – malmenée – errant entre tous les débuts et toutes les fins – exultantes – agonisantes – selon les heures – ivres – prisonnières de leur propre piège – construisant de risibles empires et d’autres visages pour rendre plus tangibles leur puissance et leur immortalité…

Des sirènes allongées sur les rives – immobiles – des silhouettes fébriles et effervescentes – qui trépignent – tandis que la mort s’invite à toute heure – tandis que l’inconscience se confirme – se renforce – se propage…

 

 

Le jour qui s’émancipe – affranchi de nos espoirs – de notre impatience. En plein désert pendant mille ans – au milieu des Autres un court instant – allant là où l’attente a été bannie avec la fin du temps…

 

 

De surprise en surprise – d’émerveillement en émerveillement – les lèvres sèches – autrefois si assoiffées – posées, à présent, sur la coupe permanente – débordante de vérité…

Tout qui se colore en blanc – l’espace et le monde – arrosés eux aussi…

Du sable au ciel – la même teinte – docile – aisée – libérée du souvenir – de toute idée de décor et d’embellissement – reflet du plus juste et du plus vrai – simplement…

 

 

Âme minuscule – dans la trace immense qu’ont laissée les Dieux – comme une demeure – l’assise céleste sur le sable – pour la chair – l’aire d’envol – le lieu à partir duquel doivent être décochées toutes les flèches vers le monde et l’azur…

La parole comme un pont – l’un des rares liens – entre le jour et la quête – passerelle de feu et d’éclats – de neige et de braises – sur laquelle les hommes s’essayent à l’impossible…

 

 

De la chair délivrée à l’envol – tout un périple périlleux – de l’arche à la pierre dressée – de la voûte sombre à l’âme érigée comme un socle – celui de l’élan propice au jaillissement du fauve – à son saut par-dessus le fleuve – d’une rive à l’autre – au milieu des eaux et des flammes…

De la terre aux sources de la lumière…

De la glaise au soleil…

Du provisoire jusqu’à l’origine éternelle…

Nous autres – à la fois fruits et matrice – créatures et enfantement – excroissances et béance première…

Des traces initiales à l’oubli – sans cesse recommencés

 

 

Façonnée par le ciel et le relief aride du monde – l’âme – montagne déserte – enveloppée de nuages gris – passagers – voûte ouverte – des arbres – des forêts sans chemin – sans dédale – présente – rassemblée – libérée de ses chaînes – de nos chimères…

Les hommes et les rêves – derrière nous – de plus en plus loin à mesure que défilent les saisons…

Au cœur d’un royaume sans complice…

Fruits et racines sous les mêmes étoiles – nourris aux mêmes sources – dans la lumière du même soleil…

L’enfance retrouvée – face à elle-même…

La joie du bout du monde…

 

 

Les passants du songe sous la lumière – indifférents à la clarté – si endormis que leurs pas demeurent somnambuliques…

D’une nuit à l’autre – malgré le plein jour…

Fantômes aux yeux clos – élevés sans Amour – éduqués par le manque et la faim…

Le cœur sur la peau tremblante – hérissée, si souvent, de piquants…

L’enfer du monde – comme un gouffre au fond duquel on hurle et on se blesse – le nez contre la paroi – et les mains sanglantes à force de tentatives d’évasion…

 

 

La tête assagie – quittant son rôle de victime et ses attributs communs – immobile face aux cycles et aux mouvements – offrant, à chaque instant, une chance au regard pour qu’il se déploie dans cet entre-deux du naître et du mourir – la langue obéissante pour dire à l’Autre les risques à vivre à l’ombre de l’Amour – sur ce seuil imprécis – si difficile à franchir – où l’on s’attarde parfois indéfiniment…

 

 

Ce qui s’oppose – comme une résistance au plus naturel – ce qui se rappelle à nous – une chose impossible à oublier – le monde nocturne – l’enfer autour de nous – la brutalité des êtres – des choses – du temps – la vie en société – ce qui interdit la solitude – la liberté outrageusement surveillée – la bande étroite où l’on est (habituellement) autorisé à vivre…

 

 

Des églises et des armées de fidèles – inutiles – enveloppées (empêtrées) dans de faux airs de sainteté. Des espoirs plein les paupières – des gestes sans justesse – des paroles sans silence – des âmes sans vérité. La sagesse feinte – dont on se pare à des fins narcissiques et simoniaques – affligeantes…

Une mystique de décorum – de pacotille – pour avoir l’air de ce que l’on est (encore) incapable d’incarner…

 

 

Une tête – un regard – une manière de vivre – d’être au monde – de tenir la mort au-dessus de sa tête – présente – vivante – le cœur fragile – l’âme à l’écoute – le front humble et attentif – la langue trempée dans le plus tendre disponible – aux yeux des Autres – invisible – bien sûr…

 

 

Autour de soi – l’immobilité et la lenteur – les chemins de pierre qui mènent au-delà des apparences – au-delà de toute attente – là où le temps s’éteint – là où se tarit la soif – là où la lassitude et la tristesse se découragent devant l’ampleur du brasier – et parviennent, peu à peu, à se métamorphoser en incandescence – en ardeur – en intensité – en flammes vivantes – utiles autant à l’âme qu’au front – pour vivre parmi les arbres et la roche – dans des forêts profondes et mystérieuses qui condamnent à la solitude – et à nous élever au-dessus de notre condition trop strictement terrestre… 

Une chance – un honneur – une perspective offerte – un présent sans enjeu que l’on reçoit avec courage et gratitude – une manière (la seule pour nous, sans doute) de s’affranchir du monde et du sommeil – de la plèbe et de la glaise…

 

 

De l’être aux yeux innocents – blessés par la violence du monde et l’âpreté des choses…

Sans le moindre ami en cette communauté terrestre…

 

 

Pensées qui pourchassent leurs proies jusqu’à la satiété de l’esprit – satisfaction (extrêmement) provisoire…

La vie devenue chemin où se succèdent les pas lents – presque immobiles – l’attente sur les pierres – interminable – la soif et le bûcher – au-dedans – insupportables – les jours qui se remplacent presque à l’identique pour le front – docile – fidèle – trop discipliné…

 

 

La main sur l’arbre – patiente – qui épouse la lenteur de la sève – la croissance verticale – l’âme inspirée par la danse (joyeuse) des feuilles dans le vent – et la justesse des mouvements et des couleurs sylvestres au fil des saisons ; efflorescence – maturité – déclin – effacement ; vert – jaune – orangé – noir…

Le naturel sans masque – sans mensonge – soumis aux lois – implacables – de la matière…

 

 

Le front audacieux penché à l’envers – du ciel au sol – nomade – incapable de rester à la même place – découragé par le manque d’envergure du monde – l’inertie des hommes et des âmes – peureux – pusillanimes…

Solitaire au milieu des arbres – racines et séant soudés le temps d’une halte – brève et amicale. L’âme et les troncs verticaux – dialoguant – partageant je ne sais quel secret – se prêtant à quelques entrelacements mystérieux…

Voyageur – comme ses frères à écorce – s’éloignant, peu à peu, de la terre noire pour un espace plus clair – moins étroit – plus propice à la lumière et à la liberté…

L’épanouissement sous la chevelure – sous la ramure – la densité du bois et de l’esprit – qui s’intensifie – au fil des pas – au fil des jours – la hauteur prise – croissante – au fur et à mesure du cheminement. Et le cœur comme un soleil perché au-dessus du faîte – au-dessus de la tête – la vie terrestre hissée jusqu’à la canopée du monde – en surplomb des cimes humaines – au pied des Dieux d’autrefois – des temps primitifs – dans le même mystère qu’en bas – qu’avant l’ascension…

Serait-ce alors une erreur – peine perdue – que de se livrer à un tel périple… Non – bien sûr – tant cette entreprise – cette folle aventure – s’entreprend naturellement – malgré soi – en dépit de toute volonté – et s’avère, en définitive, la continuité des pas précédents – la seule voie que nous puissions emprunter…

 

 

De l’écume plein la tête – bave aux lèvres – l’homme dans toute sa gloire – chantre (invétéré) du mensonge et de l’illusion – (grand) pourvoyeur de mort – au faîte, pense-t-il, de la création terrestre…

L’humanité qui s’invente mille choses ; un destin – une intelligence – une histoire – une éthique – qui entasse les mythes – les rêves – les mensonges – au point d’occulter toute lucidité – le besoin naturel de compréhension et de vérité…

 

 

Des rivages de briques et de sang – des terres sans profondeur – coupées de leur source – défigurées par la nécessité du confort et du superflu…

L’œil et l’âme plongés dans la laideur et l’artifice – le paraître et les apparences – aux mains du monde – comme des pantins sans cervelle…

Mille scènes quotidiennes ahurissantes – et répugnantes – où tout ce qui est touché est aussitôt corrompu. Les instincts et la cécité qui tiennent les rênes – hissés partout – inscrits sur les tables de la loi en lieu et place du Divin – de l’intelligence – de l’Amour – de la vérité. Un espace souterrain en plein air – l’odieux – l’affreux – spectacle que nous offrent, partout, les hommes…

 

 

Du monde – comme un obstacle – un amas d’erreurs – peu à peu accumulées. Et l’inquiétude croissante face à ceux qui décident – à ceux qui dominent – à ceux qui exploitent (les mêmes bien souvent)…

Le corps soumis – l’esprit pris au piège – l’âme à la merci de ce qui s’impose…

Et nous autres – et nous tous – muets – dociles – esclaves jusqu’à la moelle – que seuls l’exil et la solitude pourraient sauver…

 

 

Terre sans jachère – des rêves en actes – presque que cela – un monde d’agitation et d’abondance où le spectacle est continu…

 

 

Le souffle et la poitrine cloués à la route. Des pas qui s’éloignent des villes et du sommeil – de la ruse et du mensonge organisés – de tout ce qui légitime l’illusion – l’étroitesse – la domination…

 

 

La tête et la roche – l’âme et l’arbre – complices – dans cette secrète connivence avec l’invisible…

Route – puis chemin – chemin – puis sente – des pas de plus en plus discrets vers l’immobilité – le seuil où l’infini devient vivant – autant que le silence et l’absence de temps…

La seule perspective qui puisse échapper à l’étouffement – au déclin – au néant – aux mille catastrophes promises à tout ce qui inscrit ses foulées sur le versant opposé – le monde tel qu’il marche…

 

 

Les yeux clos – pleinement dédiés au rêve – fuyant toute lumière par crainte de regarder le réel – de l’affronter à mains nues – sans outil – sans alliance – seul – entièrement plongé dans la condition terrestre…

 

 

Autour du mystère – trop de bruits – de pas – d’aventures – de monde. Et pas assez de fleurs – d’âme – d’abandon…

Des rayonnements trompeurs pour attirer nos ailes sur la lame qui nous privera d’envol et de voyage – manière de plonger la foule dans l’obéissance et le désarroi – au cœur de la désespérance – déniant aux êtres le droit à la liberté – à l’autonomie – et les asservissant en leur faisant miroiter un paradis imaginaire pour récompenser leurs efforts et leur labeur (acharnés) – leur abnégation et leur attente – mille siècles de bêtise, de tristesse et d’aliénation…

 

 

En guerre – trop souvent – avec le monde et les hommes – leurs œuvres – leur labeur – leurs intérêts. Peine perdue – la beauté et l’Amour – le silence et la vérité – piétinés – rejetés au profit du confort – de la laideur – du vacarme – de l’illusion…

L’éloignement – l’exil et la solitude – la fuite comme seule issue pour ceux qui aspirent à vivre autrement…

 

 

L’impossibilité du monde – les armes remisées au fond du cœur – en un lieu secret – enfoui – souterrain – le sourire aux lèvres sur nos remparts lointains – le regard entre deux pôles – comme une vigie – les yeux braqués sur le seul passage édifié entre les terres humaines et les Dieux – cette longue route – déserte – l’essentiel du temps…

 

 

Rien entre l’étoile et la fleur – un sol noir – un espace de désolation – pas une seule âme qui vive – des restes de rêves et de sang. Et, au milieu, un mur de feu – épais – presque infranchissable – derrière lequel le ciel et la terre se rejoignent pour offrir aux lauréats dépouillés et ahuris un embrasement de joie et de beauté…

 

 

Des rives et des miroirs – et l’espérance d’autres sentiments – quelque chose aux allures moins tristes. Des fleurs sans nom qui grimpent vers l’azur – des arbres gigantesques – le désert à perte de vue – l’océan au-dessus du ciel. L’Amour au-delà du désir – des sourires derrière les masques jetés par terre. L’Autre sans le sommeil – une vie intense mesurée par notre présence et la tendresse éprouvée face au reste que l’on s’empresse d’appeler autrement. Une parole – un langage – silencieux – l’autre extrémité du monde – l’autre versant du jour – le vivant libéré qui s’abandonne à l’éternelle lumière – à cette figure de Dieu la moins étrangère…

 

 

Ce qui nous déchire jusqu’au fond de l’âme – l’Autre – inauthentique – qui trahit le pacte et la confiance – l’alliance tacite entre nos fraternités…

Des masques fleuris – parfumés – et derrière, un long coutelas acéré dont le manche et la lame dépassent de part et d’autre de la bouche – comme le prolongement d’un sourire qui feint la gentillesse – et que naïf – (bien) trop naïf – nous n’avons pas vu – nous n’avons pas voulu voir…

L’azur soudain changé en sabre – et l’amour autrefois si doux – si vraisemblable – transformé en mâchoire féroce – affamée – carnassière – qui vous arrache la chair et l’âme – qui vous dévore sans trembler…

Et vous voilà – presque aussitôt – amputé – invalide – confiné à la douleur – à la tristesse – à la désespérance…

Seul – sans sommeil – livré à un silence qui ne peut vous réconforter…

A cet instant – il faudrait mille mains tendres – caressantes – attentives – pleinement présentes – pour vous consoler de l’inconsolable – et panser patiemment – une à une – toutes vos blessures…

 

 

Ce qui passe – en rang – de l’ombre dans l’herbe – avec dans son sillage des traces de sang. L’âme impuissante – autant que la parole – à nous soustraire – à nous sauver – de l’infamie ; la scie qui entaille jusqu’à l’os – sans anesthésie – seul sur la table des supplices – dans la chambre des tortures capitonnée – îlot d’inhumanité au milieu du néant – à tenir d’une main l’instrument tranchant et de l’autre quelques bouts de chair et d’âme – sanguinolents – larmoyants – pitoyables…

Le démon – l’innocent et l’assassin – réunis dans la même pièce – ensemble – inséparables – dans le même esprit partagé en autant de parts nécessaires pour que l’œuvre se réalise et soit achevée…

Au cœur de notre nuit – de notre destin (fatal – sûrement) – vie d’ombre – d’échelles – et de vaines pensées – à pleurer sur le sol sombre de l’arène – une lame enfoncée en plein cœur…

 

 

Ce qui monte au front – comme une résistance – une ardeur – (presque) un coup de folie – face au néant né de l’horizon (de la prédominance horizontale) ; une terre libre – et vaste – sans cesse émergeante – face aux murs habituels et aux chemins trop fréquentés – face aux barreaux qui encerclent le monde – les bêtes – les hommes – toutes les existences…

Plutôt la solitude que les faux soleils inventés contre la terreur et le dénuement…

Plutôt la tristesse et le froid que la gaieté d’apparat et la fraternité fallacieuse…

 

 

Pèlerin d’un autre ciel – invisibles – des pas sans borne – sur des chemins sans pierre – le cœur amoureux des élans et des mille petites choses qui passent. Une prière – comme un long murmure – comme un silence converti en syllabes, parfois, nécessaires…

 

 

Rien – dans le temps infini de la rencontre…

La même ivresse qu’au premier jour de l’inconscience – mais lucide à présent – comme un regard et une envergure portés depuis l’intérieur…

Le jour du dedans qui se propage jusque dans le creux de la main qui s’ouvre – qui s’offre – au monde qui apparaît devant nous…

 

 

En soi – ce tintement de chaînes – tantôt léger – presque lointain – comme confiné dans les profondeurs – tantôt assourdissant – insupportable – comme cousu au revers des oreilles – comme une seconde peau – intérieure – la plus fidèle – celle qui a su résister à toutes les morts vécues…

L’ombre – en nous – qui respire – plus vivante que notre âme – plus vaillante que nos pas de fantôme…

 

 

Tout près de la fenêtre – le soupir des Dieux – invisibles depuis l’extérieur – inaudible depuis l’intérieur…

Nous autres – emprisonnés dans notre forteresse – avec quelques distractions pour oublier la détention – et toutes nos tentatives (défaillantes) pour chercher un chemin – une issue – la moindre faille dans la poussière – nos mille ruses pour échapper à ces longs murs gris…

Notre (triste) destin jusqu’au déclin – l’âme qui se délite à mesure que s’effritent les murs – tout pourrissant – et devenant peu à peu (et inévitablement) revers et ruines – disgrâce et chagrin…

 

 

L’étreinte de la pierre – plus perceptible que celle du ciel – dans l’âme – au fond des yeux. L’espoir – seulement – d’une légèreté – comme un rêve, sans doute, un peu vain…

 

 

L’esprit proche d’un vertige – plus puissant que le tournis coutumier – continuel – du monde – ces tourbillons quotidiens – incessants – sans épaisseur – sans conséquence. L’inconscience ordinaire – l’absence commune et habituelle – qui donnent à nos vies cette allure de danse fantomatique…

 

 

L’abandon délicat de l’Autre – comme une invitation non au repli – mais à l’envergure – à cette solitude des hauteurs – chaleureuse – ardente – peuplée – contributive – très étonnamment communautaire – en soi – entre soi – avec tous nos visages – rassemblés – sans la moindre exception – apprenant, peu à peu, à se fréquenter – apprivoisant, peu à peu, leurs différences et leur complémentarité autour d’un axe central – leur présence commune – cet espace vide et clair qui les réunit – comme une tendresse immense – attentive – chaleureuse et accueillante – qui les autorise à être pleinement eux-mêmes dans la compagnie des Autres et qui offre à chacun exactement ce dont il a besoin…

L’étrange (et surprenante) expérience d’une communauté hautement fraternelle – toutes nos figures réunies autour de celle qui réclame le plus d’attention (à un instant donné) – l’encourageant – la conseillant – la soutenant – lui apportant (indéfectiblement) leur appui, leur réconfort, leur affection…

Sans doute le plus précieux – le plus sacré – en nous – qui se dévoile – qui se dessine – qui se précise – et qui n’aspire qu’à s’intensifier et à se déployer ; l’être ouvert – l’être – l’existence et le monde – honorés et couronnés – de la plus simple et de la plus belle des manières…

 

 

Notre sourde inexistence – inconfortable – somnambulique – dans l’entre-sol du réel…

Entre rêve et absence – à parts égales…

 

 

Dans la main – quelques diamants inutiles qu’il faut abandonner. Et immerger l’âme dans un bain glacé où les lames et la solitude auraient remplacé l’eau – et laisser l’Amour croître dans son ventre – lentement – au rythme naturel de l’homme…

Rien qu’un défi entre le soleil et nous – perdu d’avance – bien sûr…

 

 

Des jours sans fin – comme le monde et les choses – sans cesse régénérés par le désir des Dieux – et leur goût (immodéré – incompréhensible) pour le jeu et le rêve…

 

 

Les astres en cercle autour de nous qui contemplent nos corps et nos gestes entremêlés – nos esprits asservis par la perspective du temps et la puissance des promesses – refusant l’évidence présente au profit d’un avenir sans réalité – nous regardant (inlassablement) patauger dans les mythes et la boue – s’attristant de l’emprise de l’illusion et de la force des rêves dans nos têtes…

 

 

Des traces dans les livres et sur les pierres – quelques empreintes sur le sable et la neige – monts et abîmes – merveilles et silence – inutiles pour ceux qui veulent s’aventurer plus loin – au plus près de ce qu’ils abritent…

Mieux vaudrait tout jeter – et abandonner le reste – pour aller sans bagage…

 

 

Sur la pierre des jours – la même depuis l’enfance – à chercher des yeux la moindre brèche – le moindre éclat – derrière le sommeil – l’espérance d’une issue (pour l’homme)…

 

 

Derrière les murailles – les forces vaines – en nous – qui tournent en rond – en longeant les murs pour jouir de la totalité de l’espace autorisé – cherchant l’aventure – des jeux – mille occupations – la moindre opportunité – n’importe quoi – pour s’épuiser et offrir à l’âme un peu de répit – un peu de repos – une accalmie nécessaire à la quiétude du cœur…

 

 

Tête nue – au bord de l’abîme – le pied attentif sur la corde mortelle suspendue très haut – à côté du monde…

L’âme de plus en plus légère – la foulée de plus en plus aérienne – à mesure de notre progression – ni harassante ascension – ni éprouvante traversée – ni hier – ni demain – l’assise entière sur le pas présent – entre vie et mort – à chaque instant – indéfiniment – pour que l’inespéré puisse apparaître et s’approcher – suffisamment pour imprégner le corps – l’esprit – le cœur – et colorer les gestes – la parole – les pas – quotidiens…

 

 

La solitude grandissante de l’homme dénudé – sans rôle – sans but – sans attribut – privé des raisons communes de vivre. Exclu de toute société et de toute compagnie – contraint à l’érémitisme au milieu de ses frères – au milieu de ses propres visages – appuyé tantôt sur sa fatigue – tantôt sur son élan – pour essayer de maintenir vivant l’espace (infime) qu’il habite face à l’immensité – dépouillée – dépeuplée – et jouant, elle aussi, avec l’ombre des vivants…

 

 

L’entêtement solitaire – la tristesse comme blessure non mortelle – qui ronge l’âme et la chair – et invalide l’existence – notre manière d’être au monde…

Il faudrait un refuge communautaire – une famille de visages joyeux – pour demeurer en bordure de l’abîme – en exil – loin des attractives (et pernicieuses) consolations du monde. La compagnie de tous nos frères – et cette présence – au centre – au cœur – attentive au juste déroulement des choses – des gestes – de toutes les histoires où nous sommes impliqué(s)…

 

 

Un lieu – un ciel – une balançoire. Et nous jouant et riant sans crainte au milieu des regards bienveillants…

 

25 janvier 2020

Carnet n°218 Notes sans titre

Le jour du départ – la tête tournée à l’intérieur. Des bateaux plein les songes – des rêves d’azur – d’horizon infini – un peu d’écume sur le visage. Les pieds bien ancrés sur la rive – assis – immobile – la tête ouverte – traversée par le vent – des tempêtes – des ciels d’orage…

L’air du grand large qui parcourt la peau – qui pénètre l’âme – en pensée – tandis qu’au-dehors règnent la vie ordinaire – la routine – les soucis quotidiens…

Et cet ailleurs rêvé – malheureusement – le temps d’un assoupissement…

 

 

De la pluie – du froid et de la peur – dans cette nuit épaisse – sans consigne – sans âme sœur – aveuglante…

Et ces tremblements aperçus au milieu des miroirs – comme un enfer labyrinthique – sans issue – sans espoir – cette vie terrestre…

 

 

Pas assez d’effroi – pas assez d’étonnement – ni assez de questions face à l’inutile – aux tourmentes – à ces lieux sans lumière…

Et ce gris opaque – partout – au-dehors et au-dedans – comme une épaisseur sur les yeux – sur l’esprit – sur la sensibilité. Comme une couche de neige sale qui aurait recouvert le monde – les cœurs – les visages…

Une terre de traces habituelles – des sillons qui durcissent et se transforment en glace – l’horreur journalière – le désastre – rien qui ne change – rien qui ne s’envole…

De l’ardeur qui tourne en rond – comme plongée au fond d’un piège…

Et nous autres – prostrés dans un coin – en désordre…

 

 

Le rythme dansant des ombres dans nos têtes innocentes – un foyer sans artiste – sans chef d’œuvre. Un monde de labeur trivial – de gestes mécaniques – de vies prosaïques faites (essentiellement) de besoins – de désirs – d’attente…

 

 

Un monde de vieilles lunes – avec ses vies funestes et ses idolâtries – ses fenêtres opaques et ses faux horizons – avec ses monstres et ses pas trop pressés – avec ses longs rideaux sombres dans le sillage de la nuit…

 

 

De la chair et des âmes blessées – usées – et jetées sur le bord des routes – au fond des fossés – au fond des ravins. Et la terre qui devient, peu à peu – au fil des millénaires – une gigantesque fosse commune…

Des couches d’os, d’idées et de matière organique – le terreau sur lequel se bâtissent toutes les cités – toutes les civilisations…

 

 

Du soir – parfois – descend un reste de tristesse – une nostalgie ancienne qui ramène le passé à la surface – la persistance d’un rêve qui nous blesse – qui nous malmène (et nous torture trop souvent). Une manière de racler la chair de l’esprit – de nettoyer, peut-être, le contenant du monde et des choses – l’aire centrale dédiée à l’accueil des phénomènes présents…

 

 

Rien qu’un trait au milieu des sourires…

Un univers sans prestige – comme un ballet de feuilles mortes soulevées par le vent…

Et ce fond de lumière derrière les visages – que je peine à voir…

 

 

Rien ne s’atteint – bien sûr. Tout est – déjà. Il n’y a la moindre nécessité d’un pas – et moins encore celle d’un voyage. Et s’il nous fallait mettre un pied devant l’autre, seul l’intérieur est à explorer – pas pour comprendre ou saisir la moindre chose – pour la joie de découvrir – pour l’émerveillement du regard qui est – qui voit – qui contemple…

 

 

Sur le devant du monde – l’avenir en déclin – les raz-de-marée – l’éradication des cimes et des sols. Et au fond de la poitrine – le poids (insoutenable) de la peur…

 

 

La nuit – notre terre commune – notre aire de compagnonnage et de retrouvailles – là où naissent toutes les idylles – et toutes les alliances entre le rêve et le sommeil – comme pour imiter (en pensée) l’oiseau dans son envol…

Ouvrir les yeux – la main – les ailes et l’âme (si possible) – ce qui nous sortirait de la cécité et du piège commun…

 

 

Une nudité sans faille. Une vie sans mirage. Les paupières décousues. Et mille cicatrices sur la peau…

 

 

De l’espace comme de la pluie – à foison. La douleur et l’usure révélées par les chemins initiatiques – les sentiers de la mémoire. L’audace d’un destin qui affronte le plus funeste et le plus âpre. La longue route du retour vers les origines – vers le ciel où la mort devient célébrante – presque désirable tant elle réinitie l’essentiel et ouvre les possibles…

 

 

Au fond des yeux – dans la tête – les mêmes dangers – le même périple recommencé des milliards de fois. De dénouement triste en dénouement triste…

Une vie sans recours – sans possibilité de réduire l’ignorance et l’incompréhension – ni d’aménager avec justesse l’écart entre ce que nous percevons et la réalité…

Une existence (presque) pour rien – soumise aux lois du monde – aux nécessités des Autres – aux itinéraires trompeurs…

 

 

Chaque jour – les mêmes briques à poser sur le même mur – sans voir ni l’horizon, ni le sens du geste…

 

 

De l’air au milieu du monde – comme un vent de joie – une bouffée de fraîcheur – une manière de rire malgré la tristesse et la mort – malgré la rudesse des existences…

La seule alliance possible – celle qui nous condamne à disparaître – à nous effacer – à célébrer le vide et le rien – la valse provisoire des insignifiances – à devenir aussi discret – et aussi agile – que le silence…

 

 

Plongé en soi mille ans avant ses funérailles – bien avant que ne s’éteignent les lampes et les voix – bien avant que ne tombent la tristesse et la nuit…

Sur les épaules de l’âme pour voir plus loin que le corps disparu…

 

 

L’herbe trop épaisse pour voir le jour – pour ces yeux au ras du sol…

Et la mort à toute heure qui vient obstruer la perception…

Et face au noir – quelques lampes impuissantes – et des silences gênés qui s’empilent…

Et, sans doute, trop d’ivresse encore devant les miroirs…

 

 

Le jeu commun du monde – à l’envers de la solitude. Comme des oiseaux qui auraient renversé le ciel – un désastre – une catastrophe qui, pour l’heure, indiffère les hommes…

 

 

Des gestes aussi solides que les pierres – et qui s’abreuvent à la même source…

Nous sommes – comme un livre ouvert devant l’éternité dont le vent tournerait les pages – presque rien et d’une richesse incalculable – vertigineuse…

 

 

De la joie et du silence – à peu près tout ce dont nous avons besoin…

 

 

Vivre ne réclame ni histoire – ni malheur ; du souffle – un peu de pain – et ce qui nécessite d’être franchi – une forme minimale de compréhension…

 

 

A la dernière étape du sol – peut-être…

Après – on ne sait pas – le gouffre – les souterrains – le ciel – l’envol – et, sans doute, tout à la fois, mélangés…

 

 

Le doigt du ciel pointé sur le crâne – comme une flèche censée percer l’impossible – pour que coule à flots ce qui restera…

 

 

Amoureux autant de ce qui nous révèle que de ce qui nous fait chuter…

La même blessure – pendant longtemps – et qui demeurera peut-être…

 

 

A pieds joints dans les malheurs – les nôtres et ceux des Autres – dans cette bouillie épaisse – inconsistante – fictive ; résultante des individualités imprégnées de désirs – insensibles au territoire et au mystère communs…

 

 

De l’âme sur la pierre – tantôt comme une fleur – tantôt comme une blessure…

Mille malheurs avant la tombe…

A chercher le remède dans le brouillard – comme si l’on pouvait guérir de vivre…

 

 

Toutes les histoires – les unes contre les autres…

Et toutes les âmes – côte à côte – marchant avec pudeur – comme si rien n’était entremêlé – comme si l’on pouvait échapper à la transparence…

 

 

Le monde – comme un drap rêche sur nos rêves – un peu de vinaigre au fond d’une cruche pour étancher la soif – un nuage – une lumière éclatée – une possibilité d’envol et d’engloutissement – des malheurs à foison – et la maigre espérance de trouver, un jour, l’étroite issue – le sas inversé vers l’infini…

 

 

Des nœuds autour du cou – au-dedans de la poitrine – qui emprisonnent quelques restes de lumière – et qui, peu à peu, les enserrent jusqu’à la cécité – jusqu’à l’étouffement…

 

 

A déambuler sur les chemins sans autre couronne que celle qui ne se voit pas – mais que l’humilité – au fond des yeux – révèle…

 

 

Harassé – parfois – comme un voyageur sans cesse dérouté – au bord du chemin – de la défaite permanente – de la capitulation finale. A deux doigts du renoncement – de l’extinction. Les deux mains du destin autour du cou – sans la moindre issue sauf à plonger au-dedans…

Et l’on voit, peu à peu, dans l’âme se dessiner l’abandon…

 

 

Au coude à coude avec le monde et le ciel dispersé. Dans cette furie de sons et d’images – de mouvements au rythme insensé – avec le couvercle de la nuit sur la tête – à déambuler en tous sens comme si l’on pouvait toucher la lune – et nous hisser dessus…

 

 

L’âme dans une chute perpétuelle – dans l’espace – flottante – cherchant à tâtons une lanterne – sur les rives – une place – un coin de terre suffisamment solide – suffisamment durable – pour s’établir – en vain…

 

 

Tout glisse – tout passe – entre le sommeil et l’abîme – et ce qui reste – pendant quelques instants – est presque aussitôt écrasé…

La roue du monde – la roue du temps – à l’œuvre…

 

 

Si loin que tout semble irréel…

Si près que tout semble menaçant…

Et entre les deux – à peine vivable…

Rude – rude – absolument – l’incarnation terrestre…

 

 

Entre les tempêtes et le vide de l’esprit – la barque amarrée – plus ou moins – aux terres du monde…

De rive en rive – au cœur du même océan…

Enlisés au pays de la folie et de la faim…

 

 

Tout passe en un éclair – et se prolonge indéfiniment derrière les yeux – au fond de la tête – barreaux du monde – lieu mortifère où tout finit en ruines et en larmes. Le plus odieux de l’ombre au-dedans. La mort perpétuelle des lignes et des traces…

Le tombeau des vivants incarcérés…

Un trou où tourbillonnent les rêves et les étoiles. Là où s’accumulent les choses et le sommeil…

 

 

Voix multiples – contradictoires – acharnées – au-dedans de la tête. Et les rebonds – et les échos – nés des parois – des recoins – des replis – comme un bruit perpétuel – insupportable…

Et le vent qui tarde à balayer tout ce sable – à faire place nette – peau neuve – pour transformer les lieux en aire-réceptacle…

 

 

Des barbelés – comme le signe révélateur de notre volonté de démarcation hostile et apeurée – incroyablement ignorante – pour nous séparer de la bête – du prisonnier – du fou – du meurtrier – de l’étranger – de tous ceux qui nous paraissent trop lointains – trop différents – de tous ceux dont on a peur et dont on voudrait se protéger…

 

 

Ce qui veille – en nous – comme une vigie – le haut du temple qui surplombe le sommeil et les ténèbres – et le sang qui coule dans nos traces. La ligne verticale autour de laquelle s’affrontent les têtes et les âmes. Les infimes soubresauts en contrebas de la source…

Le spectacle (franchement) obstiné du monde…

 

 

Un peu d’hiver entre l’âme et le monde – comme un gouffre – une vaste étendue déchirée – un océan d’encre et de sang inconciliables – un peu de ciel disparu…

 

 

Le sommeil de l’infortune – comme une nappe de brouillard qui envahit la terre – et toutes les têtes – une à une – qui submerge tout jusqu’à l’étouffement…

Et ceux qui survivent à cette invasion doivent se résoudre à cohabiter avec cette buée occultante – les yeux mi-clos malgré le labeur des livres et la lanterne tenue par les mains sages que nous croisons parfois…

La cécité au-dedans – comme une impossibilité (presque) totale à percevoir – à s’interroger – à comprendre – à s’émerveiller…

 

 

Rien qu’un peu de vent au creux des mains – dans nos paumes tournées vers le ciel – et dans nos têtes devenues si larges – comme un océan au milieu duquel tout serait rassemblé…

 

 

Tous les amas déstructurés – tous les tas mis à plat…

Tout éparpillé sur le même plan – à égalité…

L’inventaire complet du monde et de l’esprit…

Toutes les listes de l’âme…

Tout ce qui existe ou pourrait exister…

La collection exhaustive des choses…

Les semences – les rêves – les brouillards…

Les mille événements du jour – les mille événements de la nuit…

Toutes les aventures nées de la soif…

Et ce qui apparaît encore – inlassablement…

Tout cela – étalé sur le sol – regardé longuement (avec attention) – puis jeté au fond d’un trou immense – la béance de l’esprit – les profonds précipices de l’oubli…

 

 

Un verbe sans édifice – aux mille fenêtres. Du souffle – suffisamment – pour faire exploser les repères – pour poser un soleil au milieu du front et faire fuir les ombres et les idoles – pour devenir la possibilité d’un baiser ému sur toutes les choses (et toutes les lèvres) de passage…

 

 

Sentinelle suspendue au centre du cercle – à ces hautes colonnes qui jalonnent la soif – entre désirs et crachats – entre liberté et cachots engloutis – entre le soleil et les pas qui se précipitent sur l’asphalte pour essayer d’échapper à l’épaisseur du temps…

 

 

Trop de semences et de brouillard – de rêves et de jeux malheureux – dans la compagnie du même désir…

L’itinéraire sans escale…

Des forces qui émergent – des feuilles – des chants…

L’Amour qui naît sur nos lèvres…

 

 

Un cri au fond de la poitrine qui glisse jusque dans la gorge pour se mêler à l’air expiré ; la naissance d’une parole – atténuée (presque toujours) par les certitudes du monde…

 

 

Toutes ces pensées qui coulent sur les visages. Toutes ces servitudes dans les têtes. Le vide et la liberté cadenassés – écrasés par la gravité et nos âmes sans ailes…

 

 

Vivre comme si rien n’était vrai – en dehors du silence. Des contenus apparents et mensongers. Quelque chose d’inconnu – de mystérieux – qui prend de faux airs de réalité…

 

 

L’ignorance et le sourire face à tant de blessures possibles – avérées – douloureuses. De la chair – du souffle – quelques pas au-delà de l’aire autorisée – au-delà des lois – des conventions – de l’horreur et de la barbarie organisées – vers la promesse d’un bleu possible – d’une existence sans mur – sans frontière – sans corps blessés – meurtris – où l’âme serait centrale – prioritaire sur les désirs – les choses – les instincts – la fortune – un monde où l’esprit, la sensibilité et le silence seraient privilégiés – et le reste abandonné – peu à peu…

 

 

Des instincts de chasseur et d’acrobate – ce qui nous a maintenu (plus ou moins) à la verticale jusqu’à aujourd’hui – et qu’il nous faut transformer à présent ; ouvrir l’esprit à la conscience – redéfinir notre nature terrestre – la place de l’homme au sein du monde…

 

 

Du silence et de l’humilité – au-delà des murs de l’enfance – au-delà des frontières du monde – au-delà de l’ignorance et de la barbarie communes…

 

 

Aucun lieu – aucune absence – n’est condamné(e) par le silence…

 

 

Des cercles de sanglots et de somnambules – aux marges d’un autre monde – aux abords d’autres cercles – dans la géométrie des surfaces inventée par chaque visage. Notre nature compartimentée – et compartimentante. Au cœur de tout pourtant – au centre de chaque parcelle – de chaque songe – de chaque miroir – quelle que soit la dimension du réel et de l’espace habitée…

 

 

Le sourire affranchi de la course et de la nuit – de ce que l’on nous impose. L’esprit au fond de la plaie – à cureter les restes de chair et les souvenirs de l’originelle douleur…

Les larmes au bord du précipice – tête en l’air – les yeux tournés vers le ciel immense – la parole effleurant les lèvres – l’âme de plus en plus habitée…

 

 

Debout malgré les assauts et les lames du monde pointées vers nous – malgré l’éclatement des miroirs – malgré l’absence humaine autour de soi…

Seul avec cet autre âge au fond des yeux – au faîte de notre infortune – là où la nuit – la lumière – les échos – n’ont (presque) plus d’importance pour affermir l’âme – l’être – la justesse des gestes…

 

 

Pointe vers l’inconnu – flèche dispersée – presque horizontale – déverticalisée, en quelque sorte, pour demeurer accessible – compréhensible – représentable…

Comme une énigme vulgarisée – simplifiée à l’extrême…

Avec des corps ensevelis dessous – un amas d’âmes et d’os qui, s’il était visible, donnerait le vertige – nous éloignerait de nos jeux – et nous imposerait de demeurer attentifs – alertes – (réellement) vivants – aussi sensibles et lucides que possible…

 

 

Des bords du monde oubliés – des clés qui brûlent devant des fantômes grimaçants et affolés. Et le centre, lui aussi, abandonné par les foules – les masses communes – en contact avec trop peu de réel – avec trop peu de morts – et qui n’ont d’appétit que pour la continuité du rêve – la perpétuation de la même illusion trompeuse et rassurante qui jette de la poussière sur la réalité – des voiles et des couches de songes sur le jour – du bleu – mille couleurs mensongères – pour cacher l’apparente grisaille qui entoure le plus vif – le plus éclatant – le plus incisif…

 

 

De leur vivant – les héritiers de l’ignorance – les partisans (inconscients) de l’aveuglement – sont confinés aux murs – au gris – et à la récurrence des tâches. Et à leur mort – à la boîte – aux couches de terre ou à la cendre…

 

 

Des rêves trop épais – comme un mur sans fenêtre – des routes monotones – des surprises imaginaires – du sommeil et de l’absence…

Le monde aux yeux cousus – au courage défaillant – à l’esprit sans substance…

 

 

L’expérience de la coulée sur les pierres – l’inadéquation de l’Autre – son non-emboîtement dans notre puzzle – le naufrage permanent – la dégringolade – la chute – puis, l’effacement…

Rien qui ne change (vraiment). Rien qui ne se découvre (vraiment). La même parole et la même indigence qui, inlassablement, se répètent – jour après jour – siècle après siècle – comme la seule litanie possible…

 

 

Le feu et la neige – sous les apparences ; nos substances les plus intimes…

 

 

Le bleu-transparence qui entoure – qui enrobe – qui pénètre les choses du monde – le moindre fragment de matière…

Et cet hiver mystérieux – au-dedans – qui persiste…

 

 

Au pied de l’arbre – dans la joie surprenante – virevoltante – des saisons – avec la métamorphose de la terre et des feuilles – et les couleurs infiniment changeantes du ciel…

 

 

Aux portes du désert – le front adouci – l’âme courbée – assouplie – le ventre assagi – la faim (presque) éteinte – au fond des yeux – le regard – au fond de l’âme – l’Amour naissant – les clés du mystère au-dedans – les pourtours du monde élargis – l’infini (enfin) à portée de geste…

Et l’éternité, peut-être, sur le point de se substituer au temps…

 

 

De la matière et du monde transformés – libérés, en quelque sorte, par la perception…

 

 

Peu de gestes – peu de signes – nécessaires…

Quelques traces inévitables – le monde (presque) sans visage – simple décor – simple miroir – nécessaire parfois – et, plus que tout, éléments de soi à aimer…

Des âmes de passage – comme des oiseaux exilés…

Des terres et des routes incomprises – communes – singulières (trop rarement)…

Le sort qui, peu à peu, scelle les destins et les itinéraires…

L’impossibilité de la rencontre…

L’Amour qui tente de combler les gouffres – en vain – lorsqu’il ne peut se déployer pleinement…

Ce qui – toujours – souffre sur la pierre – sur la même terre – malgré l’expérience et le grand âge…

 

 

De la pierre à la prière. La rude ascension de l’humilité. De la matière à l’invisible. De l’usage (utilitaire) à ce qui s’abandonne. Du destin et de la poussière aux premières rives de l’infini…

Ce qui, sans doute, devrait être les pas de l’homme…

 

 

Le refuge est infime – et l’âme, profonde – et d’envergure…

La terrasse est minuscule – et le jardin – et le monde – immenses…

 

 

Un peu de temps entre les doigts – comme une matière qui se consume – un grand feu – quelques braises – puis, très vite, de la cendre…

 

 

De mensonge récréatif en absence – le monde dans ses tentatives désespérées d’échapper au réel – une manière incessante de réinventer le songe…

 

 

De l’herbe – des arbres – du silence – jusqu’à l’infini…

 

 

Demain comme un jour incertain – et, sans doute, impossible…

L’extinction de l’espérance pour une intensité immédiate – le vertige présent – l’Absolu dans l’instant – ce qui renvoie Dieu à un avenir défaillant – sinon imaginaire…

 

 

Une voix entre les pierres – ni cri, ni murmure – une parole appropriée sur les rives du sommeil. Les mains vides – tournées vers ceux qui pourraient écouter – l’âme mélangée au sang – le ciel dans ses profondeurs – à exposer à tous la possibilité du silence…

 

 

Des instincts comme des lames – pointées vers ce qui peut apaiser la faim – atténuer la peur – faire oublier (provisoirement) la mort. Une permanente tentative d’échapper à la malédiction de l’existence terrestre…

L’illusion du monde au détriment du réel – de l’Amour – du silence…

 

 

Aucun orgueil – le jour appauvri – le monde sans filiation – comme un désert – un périmètre vierge – sans ancêtre – sans secret – sans mimétisme – sans descendance – sans révélation possible. Le seuil des choses – l’aire des âmes – la destination de tous les voyages – le sens même de chaque périple…

La terre la moins du monde étrangère – le socle du sang et des récoltes – du labeur acharné – des gestes qui percent la pierre – qui raclent le sol – qui sèment les graines et ramassent les fruits – le lieu de toutes les existences qui hésitent – qui tentent – qui patientent – qui renâclent à percer le mystère avant la mort…

 

 

Au-dehors – l’effleurement – à peine. Le jeu des gestes et du granite – la chair sur la pierre – l’hésitation et les blessures. La patience des pas – comme des forçats – des galériens enchaînés…

La vie sans recours…

 

 

Des armées d’esclaves édifiant des murs – des tours – des cités. La fatigue déjouant toutes les possibilités de révolte – le soleil et la mort au-dessus des têtes. L’humanité perdue – en larmes – abandonnée à son sort atroce – triste et atroce. Et l’innocence, partout, piétinée…

 

 

Ne pas écouter le monde – les Autres – leurs paroles – leurs commentaires. Prêter l’oreille à ce qui est devant soi – au ressenti au-dedans – dans les profondeurs – pour laisser émerger le geste juste…

 

 

Ni règle, ni loi – la trappe de l’oubli et le socle de l’innocence – l’aire de surgissement spontané des choses – des actes – des paroles – ce que le silence et les Dieux font passer à travers notre âme – notre bouche – notre main…

 

 

Des rêves comme des îles dans l’océan – quelques pauvres rochers – des pierres grises – dans les eaux (si noires) du monde…

 

 

Comme un voyage entre des digues – entre ces rives édifiées pour rompre la puissance des eaux – atténuer les aléas – les risques de naufrage – les incertitudes de l’itinéraire et la magie de l’inconnu…

Des existences confinées à l’étroitesse d’un seul sillage…

 

 

Frères de la nuit et de l’hiver – en plein sommeil – à se mouvoir dans le rayonnement effrayant des monstres inventés par le monde et la psyché – silhouettes hagardes et somnambuliques – à traverser des seuils sans mystère – à vivre (si cela peut être appelé ainsi) sans nécessité…

Un univers d’insectes virevoltant autour d’artificielles lumières – courant au rythme d’un tambour immense manipulé par des masques – des entités sans visage – sans épaisseur – les doigts, peut-être, de Dieux hilares et moqueurs…

 

 

Du monde – parfois – comme une outrance – un écueil – une sorte de dérive – le privilège de l’ombre et du sommeil. Et le cri des bêtes sous le ciel découpé – fragmenté…

Tout un peuple en déperdition – avec les vivants au centre de l’histoire…

 

 

L’infécondité du rayonnement lorsque l’absence est trop criante – l’axe central du monde – la seule chose perceptible à des lieues à la ronde – comme un désert au centre duquel seraient concentrés tous les hurlements – l’impuissance face à l’Autre et au mystère…

L’homme déchu – jeté hors de son règne sous les cris des tribus indigènes – des meutes animales – de la vie sauvage…

 

 

Des chemins d’orgueil et de faim – comme les seules voies possibles – des aires de rassemblement…

Des visages – comme des miroirs enroulés sur eux-mêmes. Des reflets – mille images morcelées – l’œil et le sommeil – toutes les illusions du monde – ce que l’esprit fabrique à la chaîne – sur demande – comme les preuves ridicules de son existence extérieure…

L’or enfoui sous les affres – le secret sous chaque motte de terre – sous chaque parcelle de boue. Et le silence au-delà de la cime inversée – aux lisières du temps – lorsque, un jour, tous les siècles seront consommés – Dieu et la gloire promise par tous les prophètes – ce que nous nous échinons à bâtir – à découvrir – à enterrer – à réinventer…

L’effarante existence de l’homme – son espérance et sa besogne – incessantes…

Cette fièvre qui initie toutes les danses – la soif et l’entêtement…

Et nous autres, porteurs d’inutiles bagages – à la traîne – toujours à la traîne (bien sûr) – à chercher la chaussée parfaite – à crier dans la pénombre – sans même savoir – sans même pouvoir – accueillir les échos de nous-même(s) – ces évidences de l’existence du monde et de Dieu…

 

23 novembre 2019

Carnet n°214 Notes sans titre

De la grandeur exagérée du monde. Et l’âme pas aussi inexistante – pas aussi inconsistante – pas aussi infime – que le laisse entendre la vie des hommes…

Un monde devenu particulier à force de limitations – d’œil restreint – de perspectives étroites – au-dedans comme au-dehors – que nous distinguons parce que nous nous imaginons séparés du reste par une frontière apparente – illusoire, bien sûr – révélatrice seulement de notre perception limitée – infiniment partielle – presque (totalement) erronée…

 

 

D’un monde à l’autre – d’un temps à l’autre – sans que nous comprenions cette alternance – cette oscillation – lien, peut-être, entre les extrémités – joint entre ce qui existe de part et d’autre – ici – ailleurs – entre un peu plus loin et là-bas – un peu partout à vrai dire…

 

 

Ce que l’on imagine n’est rien d’autre – en vérité – que la conséquence d’un réel lacunaire – déficient – altéré – une manière de combler le manque – entre compensation et consolation – et qui est devenu la règle tant cette perception du monde et cette perspective sont communes (et répandues)…

 

 

Ce qui se tord – ce qui se rompt – sous la pression des Autres – pure infamie – conséquence malheureuse – inconvenante – inutile…

L’axe central au-dedans – inflexible – déterminant – aussi invisible et puissant que le vent – devenu le levier corrompu du monde – de ces armées de visages sous le joug de leur propre volonté – essayant d’anéantir ou de rallier à leur cause toutes les tentatives de résistance – de rébellion – d’indépendance…

 

 

Au cœur d’une clarté moins mensongère qui – jamais – ne nie la nécessité (régulière) de l’ombre…

 

 

Quotidien et existence anomiques – sans règle – sans loi – organisés selon les nécessités de l’instant et les exigences de l’âme – entre pragmatisme circonstanciel et essentiel métaphysique…

 

 

Ni exil – ni déracinement – véritables. Une manière – simplement – de se sentir partout étranger au monde (humain) – d’appartenir essentiellement à une autre sphère du vivant – plus proche, peut-être, de l’être (dans ses balbutiements) que des instincts terrestres les plus grossiers – que des mécanismes (presque primitifs) de la survie…

Et, en définitive, plus solitaire que soumis à un quelconque besoin d’appartenance…

 

 

Les jardins dérivés – ce qui s’est créé avec l’errance – une fantaisie de l’âme en mal d’ailleurs – en mal de rêve ; la recréation d’un monde naturel. Une manière de vivre, chaque jour (à chaque instant) au milieu des arbres…

Sous un ciel de joie où que l’on aille – où que l’on soit…

 

 

Des choses en désordre – un monde souterrain – le chaos apparent – l’ordre sous-jacent. Rien qui n’obéisse à une forme quelconque d’esthétisme. Seule la nécessité compte – et lorsque celle-ci est naturelle et totale, elle engendre inéluctablement la justesse et la beauté…

L’harmonie quels que soient l’ordonnancement de la surface et la logique des profondeurs…

 

 

Cet incroyable dégradé de joies jusqu’au bleu. Le ciel sans rival – et l’âme sans prétention. Les clés de tout véritable destin – l’apparence d’un parcours où seule compte la transformation perceptive – le passage (progressif) de l’œil au regard – de l’individualité à l’infini…

 

 

Toutes les choses du monde – et ce que l’âme peut porter…

 

 

Au fond – dans ce creux de nulle part – là où tout émerge – là où tout finit par retomber…

 

 

Le flux et le reflux du monde sur l’âme – comme sur une terre infertile – impénétrable – aux récifs acérés – taillés comme des remparts…

 

 

A vivre et à voyager – comme si l’instant était la seule loi – l’unique certitude – comme si plus tard – comme si demain – n’existaient pas – comme si la terre était une vallée sans importance – comme si le ciel était la seule réalité – comme si l’âme n’avait soif que de gestes justes et de vérité…

 

 

Une solitude à même les pierres – les arbres comme seuls visages. Entre le ciel et la roche – les pas – les pieds – hors des chemins où l’on piétine – hors des cercles – comme affranchis de ces danses sans fin. Le cœur brave et courageux – à regarder la lune – l’horizon – et ceux qui participent à la construction du monde – immobile – sur le bord de la route…

 

 

Le monde fantôme et ses superflus – ce qui existe pour remplir – occuper – se divertir – le règne de la distraction – partout – de façon permanente ; l’Autre – les Autres – les gestes – les tâches – comme échappatoire et vaine consolation à la misère et à la solitude terrestres…

Engourdissement et sommeil – comme unique manière d’essayer d’échapper à ce que l’on apparente – à tort – au pire…

 

 

Dans le retrait – la hauteur et la solitude – des nuages. Fort de cette inconsistance – de cette irréalité pour que l’œil demeure lucide…

 

 

En soi – cette colonne de lumière – à même la chair – à même l’esprit – tunnel vertical – jonction avec tout le reste – avec ce que nous imaginons être le monde…

 

 

L’assise au fond de l’âme – dans cette simplicité quotidienne – de geste nécessaire en geste nécessaire – de silence en espace de contemplation – de dialogue en rencontre avec soi – ce que l’on porte – l’infini et ses fenêtres – la matière – la psyché – et leurs lourdeurs – et leurs doléances parfois – ce que chacun espère, sans doute, en secret – en son for intérieur – dans l’intimité de son tête-à-tête…

 

 

Proche de tout – dans l’intimité des choses – lorsque le geste devient caresse – prolongement du monde – extension de la matière – jonction avec l’esprit…

L’expérience de la non séparation ; la matrice de toutes les joies…

C’est dans cette profondeur et cette densité que se creusent la sensibilité et la tendresse…

L’Amour comme seule manière possible d’être au monde…

 

 

Le grand jour – la grande heure – l’instant souverain – la grande vie – celle qui ne nécessite qu’une présence – la vacuité de l’esprit – le plus simple de l’âme – ce qui se présente et nos deux bras offerts – la totalité de l’être sans la moindre restriction…

La joie sereine – le cœur innocent – la main tendre – le regard ouvert – sans attente – désengagé…

 

 

Ce qui surprend l’esprit – ce que le corps savait ; l’intelligence et la mémoire des cellules. L’oubli de la psyché – l’éviction et l’enfouissement comme seule manière de survivre. L’homme et l’animal – en nous – qui s’ignorent (et que seule la conscience peut réunir et réconcilier)…

 

 

La tristesse invisible – silencieuse – du monde…

Ah ! Si nous pouvions entendre les cris et les prières des pierres – des arbres – des bêtes – et voir leurs larmes couler – la barbarie humaine cesserait (peut-être*) sur-le-champ…

* pas si sûr, après tout…

 

 

Nous sommes tout ce qui fut – composés de cela – depuis l’origine jusqu’à aujourd’hui – et, en nous, toutes les potentialités – mêlées aux caractéristiques de la matrice qui échappe à l’usure – à la durée – au temps…

 

 

La main trop funeste du monde. L’ignorance – l’inconscience – en actes. Et les hommes qui ont la prétention de l’intelligence. Ingénieux peut-être – tout au plus…

 

 

La frivolité existentielle n’est pas la légèreté de l’âme. Comme le prosaïsme instinctif et utilitariste n’est pas le pragmatisme impersonnel. Il y a un monde – et un très long chemin – entre l’individualité superficielle tournée vers ses besoins physiologiques et matériels et le regard – la présence simple et nue – qui initie les gestes justes pour répondre aux nécessités circonstancielles…

 

 

Le monde comme objet de contemplation – espace où les yeux et le cœur s’affolent – où l’âme et le silence se cherchent…

 

 

Le jour qui se montre au revers de l’apparence – au fond de l’âme creusée en son centre…

 

 

A genoux – les mains ouvertes – paumes face au ciel…

Faire face – accueillir – être là – présent…

Circonstances – visages – idées – émotions…

Ce qui se vit – ce qui s’expérimente…

 

 

Un esprit curieux – un cœur ouvert – une âme innocente – gages d’une existence étonnante – bouleversante – déterminante (pour la compréhension de ce que nous sommes)…

 

 

Le jour – la lumière – ce que nous cherchons – ce que nous sommes – ce qu’il faut découvrir au-dedans de soi…

 

 

Tout devenir jusqu’à l’effacement – jusqu’à la disparition…

Toutes les tentatives d’un seul passage…

 

 

S’ouvrir et se laisser creuser – il n’y a d’autre cheminement…

Rien à faire – rien à dire – rien à penser…

Être là – simplement…

 

 

Ce qui éprouve la tendresse – la seule instance à conserver – ce qui subsiste d’ailleurs malgré nous…

 

 

Des feuilles moins lourdes – gorgées, peut-être, d’un peu plus de soleil et de silence…

Dans le règne de ce qui nous entoure…

 

 

Rien – au fond – ne disparaît. Tout s’entasse en nous – et se transforme. L’infini – la multitude des combinaisons – jusqu’au point le plus dense – évolutif – toujours…

 

 

Aujourd’hui – en cette époque trop bruyante où chacun fait entendre sa voix, il faudrait crier plus fort que les autres pour être (un tant soit peu) écouté. Et je n’aspire qu’à demeurer silencieux – à côté – à l’écart – en retrait – sans participer aux vaines affaires du monde – à ce grand cirque immuable…

 

 

Des murs derrière lesquels on imagine mille secrets – où rien, pourtant, n’est différent de ce qui se passe à l’intérieur des nôtres…

Des gestes triviaux – des existences d’une affligeante banalité. Mille secrets de polichinelle…

 

 

On croit devoir se protéger de ce qui n’aspire qu’à nous révéler – qu’à nous soustraire à l’inutile – au superflu – à ce qui nous embarrasse…

 

 

Personne plutôt que quelqu’un – ainsi serons-nous (presque) assuré(s) d’être encore là dans mille siècles…

 

 

Au fur et à mesure de l’expérience – la solitude et la nécessité de l’Amour – et le dégoût de plus en plus vif du sommeil…

 

 

L’Absolu sous-jacent à nos gestes – c’est lui – et non la terre – qui leur donne cette densité…

De l’infini qui offre au quotidien toute son envergure…

Du silence qui engendre la parole – et contribue à sa valeur…

Tout existe dans cette offrande. Rien d’autre n’est nécessaire pour vivre pleinement son humanité – cette proximité – cette alliance – avec ce qui relève du Divin…

 

 

On ne peut faire comme si de rien n’était. Être là revêt toute son importance – mais inutile d’aboyer avec la meute ; prendre soin de ce qui nous échoit devrait suffire à combler les désirs et les aspirations de l’âme…

 

 

On n’a rien d’autre à porter que l’essentiel. Le nécessaire, lui, se révélera – bien sûr – avec les pas…

 

 

De jour en jour – de lieu en lieu – sans le souci du monde – ni celui du temps – quelque chose comme une confiance grandissante – un élan sans désir non pour l’ailleurs mais pour ce qui a lieu – pour ce qui nous est offert – ni le pire – ni le meilleur – le nécessaire – l’humble offrande – l’humble présent qui nous est donné pour rien – pour avoir, bon gré mal gré, consenti à cet (étrange) destin terrestre…

 

 

Les mêmes drames sur toutes les pierres de la terre – chaque jour – depuis la naissance de la première créature…

 

 

L’immensité ne possède rien – elle est – et offre l’illusion à ceux qui s’imaginent propriétaire de posséder mille et une broutilles. Rien – absolument rien – au regard de l’infini…

 

 

Nous cherchons notre pareil(le) – celui (ou celle) qui pourrait nous faire renoncer au rêve – au sommeil – à l’imaginaire…

 

 

Il n’y a rien que nous puissions faire pour être nous-même(s) – nous sommes déjà ce qui est – ce qui vient – ce qui refuse – ce qui insiste – ce qui s’oppose – ce qui accueille – les passagers exhaustifs d’un temps incomplet – une collection de désirs – un chapelet de frustrations – ce qui n’a pas encore découvert l’envergure de ce qui nous porte – et de ce qui nous anime – au-dedans…

 

 

Rien qu’une furie passagère – sans véritable assiduité. Quelque chose de nocturne qui mourra bien avant que naisse l’aurore…

 

 

Ce qui nous tient en nous enfonçant la tête dans le tonneau des illusions. Et nous vivons – et nous marchons – ainsi – en croyant pouvoir décrocher la lune – apprivoiser les étoiles – côtoyer le ciel et fréquenter les Dieux…

Quel aveuglement ! Quelle prétention ! Nous ne voyons pas même où se posent (ni où se dirigent) nos pas…

Rien qu’une parole – un chemin – quelques foulées imprécises – et quelque chose comme un abri qui se cherche – quatre planches pour le corps (à la fin du voyage) – un refuge pour l’âme. Et des pierres – et des trous – et des fleurs – jusqu’à l’horizon…

Comme un brin d’herbe dans une meule de foin. Une histoire comme les autres. Une apparence pareille au reste. Ce que nous avons à raconter alors qu’il serait tellement plus raisonnable de garder le silence…

 

 

L’horizon – en nous – et ce qui nous écrase – au-dessus de notre tête…

Il n’y aurait qu’à s’abandonner – comme le brin de paille au vent…

 

 

Dans la compagnie de son propre infini – comme si cela était possible – une sorte d’appropriation (malsaine) de l’espace – porteuse de folie et d’anéantissement…

 

 

A l’origine du monde – à l’origine du temps – le même désir – la même tension – le même malaise – l’irrépressible élan de l’infini pour se goûter à travers les mille limitations de la matière…

Une incroyable manière d’enflammer l’espace…

 

 

Plus tard – demain – on ne sait pas – mais l’avenir, bien sûr, est toujours possible…

 

 

Nulle autre manière de vivre qu’en soi-même – là où rien ne peut ternir le ciel – là où rien ne peut enlaidir le monde – là où les insultes – les outrages – les abominations – sont jetés dans les eaux de l’innocence (et du pardon) – là où les victimes et les bourreaux – après avoir échangé leur rôle le temps nécessaire – se retrouvent – côte à côte – à égalité – sur la rive de tous les jeux – là où chacun – chaque chose – chaque visage – embrasse ce qui ne lui a jamais été familier. L’étranger – ainsi – se rapproche – entre lentement dans le cercle – au bord – puis, peu à peu, au centre – trouve sa place aux côtés de tout ce que nous avons déjà fait nôtre…

Puis – lorsque tout est réuni – en fratrie fraternelle – tout s’efface – d’un seul coup ; en un seul geste – tout disparaît – plus rien – le brusque règne de l’absence…

Puis, un jour, tout recommence sans que l’on sache comment – à travers un nouveau souffle ou un nouvel élan – peut-être…

 

 

Rien qu’un peu d’or dans l’âme et au fond des yeux…

Quelque chose qui nous est offert…

 

 

Des jours aussi étrangers que ce que nous sommes…

 

 

Ce qui devient la mer – ce qui devient la roche – ce qui devient l’âme ; l’énergie n’a le choix de sa destination – de sa fonction – de son usage. Mais sa forte inclination au mélange (et à la mobilité) fait que nous sommes – partout – dans tout ; des parcelles d’origine et d’horizon assemblées ensemble de manière incroyablement provisoire…

 

 

Autour des pierres – autour des âmes – les mêmes visages – les mêmes vibrations…

 

 

Le silence qui ne parle qu’à ceux qui n’ont plus de question…

 

 

L’innocence sans simagrées – simplement accueillante…

Des yeux et du ciel – dans leur plus belle alliance – une ouverture soudaine à la tendresse et à la bonté…

 

 

D’une terre à l’autre – puis, un jour, d’un souffle à l’autre – comme si le seul lieu – le seul centre – se trouvait en soi…

 

 

L’âme – le regard – le ciel – ne sont pas des choses qui se périment – hors du cercle du temps – là où le monde ne se rend qu’après s’être ruiné (à son propre jeu)…

 

 

Entre l’âme et ce qui l’entoure – cette indéfectible amitié…

Le monde et l’innocence pris dans la même trame – et, parfois, dans la même ronde…

Et la nécessité (impérative) d’un chemin pour découvrir – et vivre – l’Amour et la lumière – une perspective réelle – qui s’incarne…

 

 

En nous – des gouffres – des absences désespérées – des cris – ce que l’on étouffe – ce que l’on camoufle – pour faire bonne figure et se croire vivant – ce qui nous précipite (lentement) vers la mort – ce qui retarde (assurément) la venue de l’éternité ; sans doute l’erreur humaine la plus commune…

 

 

Parfois – de l’autre côté du monde naît une joie qui vient jusqu’à nous ; elle arrive avec le vent du jour…

 

 

Piégés (trop souvent) jusqu’à la mort par l’absence et le temps…

 

 

Tout ce qui s’acharne à demeurer refuse l’abandon – la primauté de l’essence et de la source sur les apparences – s’enlise, en quelque sorte, dans la croyance d’une possible pérennité de surface…

 

 

Du commerce – du loisir – de l’insouciance – de l’exploitation. Et par-dessus tout – du déni et de la mauvaise foi – tout ce que nous exécrons…

Si – au moins – les hommes avaient l’honnêteté d’avouer leurs faiblesses – leur(s) ennui(s) – leur incompréhension – leur folie – on les trouverait moins méprisables – et, sans doute même, serait-on prêt à pardonner (en partie) leur paresse – leur étroitesse – leurs outrances – leurs manquements…

 

 

L’avenir n’est – jamais – une chance – une invitation ; plutôt un obstacle – un empêchement à ce que nous pourrions être – plus pleinement – aujourd’hui…

Le temps n’est – au mieux – qu’une forme de restriction – au pire – une forme d’amputation…

 

 

Ce qui glisse entre nos doigts n’est – jamais – le plus précieux ; c’est, bien sûr, l’impossibilité de la saisie qui est le miracle ; ainsi – sommes-nous toujours capables (potentiellement) d’accueillir pleinement ce qui s’invite…

 

 

Vivant – (presque) à chaque instant – cette perspective – cette dimension – cette consistance – ce que l’on pourrait appeler la métaphysique du regard – qui interroge chacun de nos gestes dans ce qu’ils portent de plus essentiel – de plus nécessaire à l’instant où ils se réalisent…

L’être dans son paroxysme discret (et léger) qui offre à nos actes et à nos paroles (et jusqu’au plus anodin d’entre eux) une densité – une justesse – une présence – quelque chose d’incroyablement joyeux – et d’incroyablement puissant – comme une jonction déterminante entre la matière, l’âme et l’esprit – une sorte de lien primordial entre le particulier et l’infini – entre le visible et l’invisible – entre l’éternité et l’apparent déroulement du temps…

Assise de la surface – de l’extériorité horizontale – dans nos profondeurs – dans notre vertigineuse intériorité…

Chaque souffle – chaque instant – vécus ainsi – comme de l’or – avec tout son poids d’Absolu – de vie pure – de vie pleine – de vie authentique…

Enraciné au cœur du cercle et rayonnant, de toute son envergure, dans l’alentour cosmique

 

 

Tout s’écoule – de part en part – dans la communion des genres…

 

 

Ce que nous percevons – ce que nous ne comprenons pas – ce que nous imaginons – ce que nous tentons de deviner ; tout ça se mélange – savamment…

 

 

Une étendue d’eau où se reflètent les franges du ciel – des bouts de terre délavés – l’air que nous respirons – et qui vient du plus lointain cosmique – et au-dedans duquel s’aventurent toutes les matières du monde…

Tout dans tout – avalant tout – absorbant le nécessaire et rejetant le superflu…

Toutes les danses du monde – des rythmes et des arabesques – mille mouvements initiés par la faim – l’impératif organique – toutes les forces de survie…

 

 

D’équilibre en équilibre – dans l’accompagnement des éléments dans le paysage – ce que nous sommes – ce que nous délaissons dans ce labeur permanent de l’enfantement…

Des dimensions incorporées – des vagues qui nous découvrent…

Et ce que nous offrons pour rester en vie…

 

 

Au bord de l’océan intérieur dont les tempêtes fracassent l’âme – ses aspirations – ses résistances – ce qui, au fond, nous fait toujours glisser – plus ou moins – dans l’idéalisme – le refus de ce qui est – la source première de toutes les souffrances…

 

 

Une seule étendue entre ce que nous appelons le dedans et le dehors – le même espace. La fréquentation ni du bord – ni du fond. Le grand bain qui émiette la pierre et la douleur – et qui réunit tout ce qui est immergé – les jours – toutes les figures du monde – les rives universelles…

 

 

Parmi l’écume et les nuages – au cœur du rêve sans mesure – sauvage – excessif – où l’espace n’est qu’un imaginaire – une manière d’échapper au réel – d’en défaire le règne – de le destituer – un stratagème du songe pour gagner les cœurs – envahir les esprits et le monde – prendre le pouvoir…

Victoire presque totale aujourd’hui où l’on ne circule plus qu’entre quelques étoiles lointaines et mille soleils factices – et où le sommeil se définit comme la voie unique – l’hôte de toutes les lumières…

 

 

Il faut tout déconstruire – absolument tout – épargner le monde – bien sûr – ce qui semble réel – mais faire table rase des idées et des représentations – pour demeurer innocent – vierge et innocent – devant ce que l’on apparente à la réalité – devant chaque chose – devant chaque visage – devant chaque événement. N’être sûr de rien – s’abandonner aux élans – aux attractions – aux répulsions – devenir le jouet consentant du monde et de la psyché – se laisser submerger et engloutir – et continuer à contempler la danse – les pas – les va-et-vient – et rire de ces choses – sans sérieux – sans gravité…

 

 

Tout nous regarde nous emporter – de la périphérie vers le centre – de l’idée du plus haut vers le sol le plus concret – une chose après l’autre – élément après élément…

 

 

On écoute – on ne parcourt pas – on regarde – on éprouve – on n’envisage rien. On ne décide plus – on s’abandonne – on a l’air de vivre – mais, en vérité, on est…

Ça ressemble à la vie – à l’homme – à une existence humaine – mais, en réalité, on n’en sait rien – ça agit depuis les profondeurs – bien en deçà de la surface – bien en deçà des apparences qui ne comptent presque plus sauf lorsque le monde les replace au centre…

Une seule chose dont on est sûr ; notre absolue ignorance de tout – et le doute qui fait que les pas se perpétuent…

 

 

Le plus audacieux – en nous – ce qui ne craint ni la défaite – ni le déclin – ce qui ambitionne la communion – ou, au moins, la rencontre – plutôt que le croisement, le nombre de passages et la vitesse du défilé…

 

 

De l’instant particulier d’être – une manière – à la fois – de descendre en soi – et de s’élever au-dessus de sa tête – une sorte de désenfermement – quelque chose qui ouvre et relie – porte et passerelle, peut-être, entre le monde – les hommes – la terre et ce que l’on appelle l’infini…

 

 

Nous – sans le sang – ni la passion – dans la stricte contemplation et l’austérité de l’ascèse – plongé en soi et découvrant, peu à peu, ce bleu étrange partout immergé…

D’une autre couleur que le monde – que le temps – cet intervalle de découverte – comme un promontoire – une résistance à la routine et à la paresse…

 

 

Ce qui nous plonge là où nous sommes – là où il n’y a plus personne – un espace au fond des yeux qui s’étale – qui se déploie partout – un infini qui explose les frontières qui séparent communément le dedans du dehors…

Tout à l’intérieur – dans l’attention – dans l’espace occupé – habité – au cœur de cette présence qui rend le monde – tous les objets – tous les visages – complices de notre joie…

Un regard que tout traverse – et qui pénètre tout – au point de tout transformer en prolongement de l’être – en prolongement de soi…

 

 

En un éclair – comme si le monde devenait enfin le monde – rien – ni personne – pas même une idée – pas même ce qui est devant soi – un phénomène dérisoire (bien sûr) – quelque chose de déterminé – de circonscrit – comme un horizon bordé de bleu – séparant le rien du reste – et le reste de tout – pas grand chose en somme – un peu de brume – un peu de buée sur la vitre sur laquelle dansent et dessinent nos doigts…

Un peu d’azur sans le temps – une réponse à cette longue quête fébrile – le plus simple – ce qui est – là – à cet instant – ce qui se présente à nous – sans repère – sans référence – et notre main tendue – offerte à tout ce qui s’offre – la boucle ad hoc…

 

24 septembre 2019

Carnet n°205 Notes journalières

Une manière d’être présent au-dedans de soi – un abri – une forteresse – quelque chose d’involontaire – le plus grand soin à vivre…

 

 

Rien de construit – rien d’érigé – ce qui enveloppe la force – les yeux – le monde – tout ce qui vit penché – incomplet – maladroit – tout ce qui a été engendré…

 

 

Nous – autour – dans ce qui s’éteint – dans ce qui s’efface – près du ciel – au-dedans de la terre – et dans ce qui bat aussi – quelque chose qui ressemble à un cœur mais plus vaste – plus lumineux – indestructible et silencieux – livrant, à chaque seconde, une autre manière de vivre le temps – une autre forme d’éternité peut-être…

 

 

Hors de tout – et l’on serait encore au-dedans – au cœur même de l’esprit – dans la poitrine vivante du monde…

 

 

Des yeux attentifs – des mains sans mémoire – une tête lisse – presque transparente – où le vide se lit sur le visage. Quelque chose qui tremble encore devant les malheurs – enveloppé par cette boue épaisse que les années ont déposée sur la peau – sur l’âme – et qui s’est infiltrée partout à l’intérieur…

 

 

Un corps nu encerclé par de hauts murs – ce qu’il faut de folie pour être au monde et essayer de sourire devant les malheurs. Un labyrinthe de chair, de mots et de béton. La violence des Autres ajoutée à la sienne. Le vent et l’intensité de l’instant. L’œil qui abolit la séparation – les frontières – ce qui entravait l’ensemble du territoire et la libre circulation. Le désavantage des vivants sur les pierres face à la nécessité du silence…

 

 

Tout est là – puis, tout disparaît – s’enterre – quelque part au fond de l’esprit – l’individualité – la peur – ce qui tremble face au monde – ce qui crie et désespère face à la mort – ce qui n’accepte rien – ce qui erre depuis le début du monde malgré l’invention des Dieux, des temples et des prières. Et ça ressurgit comme ça – à l’occasion d’un souvenir qui remonte – et avec lui – tous les objets – tous les visages – enfouis en dessous…

Sinon – rien – la vacuité et le silence – réels – profonds – au même titre que ce qui reste dans la mémoire ; le temps – la vie – la mort – la tristesse – le chagrin – le désespoir – aussi vivants – aussi palpables – que la joie – le vide – le plus rien – le regard sans épaisseur – sans aspérité – sensible – touché, à chaque fois, au cœur…

 

 

Il n’y a d’ailleurs – ni d’autrement – seulement ce qui est là. Le reste n’est que fantasme – imaginaire – délire – mondes parallèles…

 

 

Malgré l’immobilité apparente – ça remue à l’intérieur – ça vibre – ça saute – ça court dans tous les sens tant l’inconfort est grand ; ça cherche – seulement – un peu de paix…

Une tension maladroite – involontaire – que chacun refuse – et qui, elle aussi, cherche un abri – un accueil – un peu d’Amour et d’attention…

Veiller à ce que rien – en soi – ne se sente étranger – rejeté – mal accueilli. Puis, de soi au monde – il n’y a qu’un pas – qu’une perspective – une simple question d’envergure…

 

 

Il y a, parfois, cette violence dans l’âme que l’œil, la main et les lèvres reflètent involontairement…

 

 

Une continuité de la tension – qui, comme chaque chose de ce monde, cherche à s’étendre – à se répandre – à s’imposer face au reste…

 

 

Tout se déverse comme si nous étions une outre. Tout se répand comme si nous étions un espace immense – un désert…

 

 

Tout est – et personne pour le voir…

Il y a – en nous – trop d’absence – de prétention – et mille caisses de représentations inutiles…

 

 

Un feu – de part en part – et qui brûle jusqu’aux pierres – jusqu’à notre air affairé. La grande liberté du vent qui s’engouffre et cisaille – comme une main habile qui racle le fond – écorche les parois – et déblaye jusqu’aux plus tenaces imprégnations…

Un brasier de lumière – du sol jusqu’au fond de la poitrine…

 

 

Accueillir jusqu’à l’insuffisance du jour – et nos refus coutumiers. Être cette blancheur que l’on voit dans l’air certains matins d’hiver – cette main lisse qui s’offre à ce qui s’avance. Notre plus précieux labeur…

 

 

Tout nous envahit pour peu que nous laissions faire – la vie – le monde – les Autres – le corps – la psyché. Et tout même s’enhardit lorsque notre attention manque d’ardeur. Il faut se tenir débout – et vigilant – jusque dans le sommeil ; ne jamais laisser – la vie – le monde – les Autres – le corps – la psyché – manger sur notre tête. Aimable, oui – accueillant, bien sûr – jusqu’à l’impitoyable coup de balai…

 

 

Ce qui se ramasse – parfois – dans le prolongement de la chute ; quelques restes de soi – et quelques restes des Autres passés avant nous…

 

 

Ce qui prend possession de la tête – puis, de l’âme – puis, du corps – ce qui se retourne sans effort – identique quelle que soit la face exposée…

 

 

On s’abandonne aux remous internes – aux orbites coutumières – aux sens donnés par les yeux. On tourne en rond – de travers – mais le regard est fixe – non concerné par les mouvements ; ça s’agite – comme à l’accoutumée – mais on reste – quelque chose en nous reste – tranquille…

 

 

Ce que nous sommes – ce qu’il reste de l’âme – un jour sans soleil – mille saisons sans un seul sourire…

Et l’on pourrait dériver – ainsi – pour l’éternité – soumis à tous les possibles – nous serions encore à l’abri au-dedans…

 

 

Ce qui passe – le regard le déchire…

Il n’existe aucun lieu pour l’abondance et la certitude…

Tout ce qui arrive est embrassé et, aussitôt, évacué… Ne subsiste pas même une odeur – pas même un parfum…

Tout s’enfonce au-dedans – et tombe par petits bouts – par lambeaux – au fond de l’esprit – absorbé par le tourbillon de l’immensité qui projette, ici et là, sur les vivants – sur le monde – sur ce qui reste – des fragments de choses et de visages – des bribes d’images et de pensées…

 

 

Les mots coulent – s’écoulent – tirent leur source de la même origine que le monde – que les ombres – que tout ce qui existe sous la lumière…

 

 

Des routes par lesquelles viennent le jour – le souffle – le soleil. La fraîcheur qui inonde le front – la lumière qui envahit l’esprit ; ce que l’espérance et la prière ne pourront jamais offrir…

 

 

Une forme d’exil – du dedans. Et le peu qu’il reste pour surprendre les yeux étrangers – indifférents. A peine une existence – une tentative perpétuelle de séduction – une manière maladroite de combler ce qui manque par l’intermédiaire des Autres…

Tous à mendier le même Amour en jouant, un à un (et parfois ensemble), ses meilleurs atouts…

 

 

L’esprit et l’énergie emmêlés – sans temps mort. De la violence et de la tendresse…

Et l’œil comme une lisière – incapable de percevoir l’infini…

Tout – pourtant – va – et vient de – plus loin – bien au-delà des frontières imposées par les sens et la psyché. Et c’est dans ce lointain que se nouent les plus invraisemblables – les plus merveilleuses –les plus fidèles – alliances…

 

 

Tout demeure vivant – ainsi – soutenu depuis les hauteurs – autant, sans doute, que depuis l’intérieur ; la même cohérence – la même nécessité – qui, comme une pince, maintient les formes et leur trajectoire – par le haut et le dedans…

 

 

Tout prend la route – tout finit, un jour, par prendre la route…

Pourtant – nul ne part – et rien ne disparaît – seul le souffle s’éteint. Et cette interruption nous terrifie ; le sol attaché à l’air – puis arraché à l’air – dépendant et fragile. Et sous le front – cette crainte de l’étouffement…

Et autour – tout ce qui concourt à l’asphyxie…

 

 

Le vent – ce qui maintient l’espoir d’une autre vie – d’une renaissance possible – comme une graine emportée ailleurs. L’élan d’après la mort…

 

 

Ce qui se joue – pour chacun – à chaque instant – dans cet intervalle entre l’expir et l’inspir – une parenthèse hors de la respiration – quelque chose qui n’appartient ni à l’air, ni à la terre – une autre matière – autrement – ailleurs – divin peut-être – céleste sûrement. L’être possible dans la non-vie – hors du vivant – sans l’air, ni le souffle…

 

 

A hauteur de soleil – la mort – le vent dans notre poitrine – le souffle des Dieux – tout ce qui touche, de près ou de loin, à l’infini…

Toute chose, en définitive…

 

 

Tout – dans cette couleur semblable au miroir – rouge – bariolé – et ce reflet métallique – comme une lame furtive tenue par une main agile. Et ce trou au-dedans de chaque chose où perce – presque toujours – le bleu…

 

 

Visage sans pourtour – la chair sans âme – des mains portées plus loin – devant soi. La voix d’hier – la vallée triste des souvenirs…

Tout qui s’entremêle – qui colle à l’esprit et aux lignes…

La brusquerie des orages. Le froid qui se propage – qui nous entoure – qui nous encercle – qui nous pénètre. Et ce corps – et cette âme – dans la neige – immobiles – qui auront vécu le possible – à peine – sur le bout des lèvres…

 

 

Rien ne peut nous arriver – tout peut nous arriver. En vérité – nous sommes déjà perdus – presque morts – et, sans doute (depuis toujours), éternels…

 

 

Où que l’on soit – à demeure…

Quoi que l’on fasse – au centre…

Ni espoir, ni imaginaire…

A la même place quels que soient le voyage et la destination…

 

 

La parole pour seul convoi…

Et un seul trajet – vers le jour et la beauté…

Une voie ouverte, bien sûr, par tant d’autres avant nous…

 

 

Tout s’oublie – mais – rien – jamais – ne se perd. Au fond de l’esprit – le gouffre des Dieux – où sont jetées toutes les épaisseurs – les lieux – les liens – les corps – les routes – les visages et les aventures – le détail de toutes les expériences – la beauté des âmes – les déserts – les larmes et les jours de joie…

 

 

Le souffle comme l’avant-ciel du monde…

Des déchirures, puis, la même faille qui, peu à peu, s’élargit. Le cœur tailladé – secoué – malmené. Et la turbulence des jours avec leur poids de malheurs…

Parfois – tout blesse ce qui – en nous – veille – et attend la blancheur…

 

 

Ce que la terre nous offre – ce que la route nous soustrait – et ce qu’il nous reste pour accueillir le ciel…

 

 

Rien qu’un peu de silence – et le soir couchant. Dans la proximité des feuilles – l’instant sans lendemain…

Le jour qui, peu à peu, se retire. Le vent sur le visage – et le corps nu – comme un ami…

 

 

Dans les bras d’une nuit moins sombre – qui n’a, peut-être, plus grand chose à nous prendre ; nous qui lui avons tant donné autrefois…

 

 

On ne surveille rien – on contemple. On ne contemple pas – on est – du moins est-ce notre sentiment…

 

 

On se perd encore parfois – les pas sur la route – les mains devant soi – comme si nous cherchions notre chemin – mais nous savons, à présent, que l’existence est un voyage sans destination – un jeu de piste où le seul lieu (habitable) se trouve au-dedans…

 

 

Dans les hauteurs du plus lointain désert – là où ne règnent que la solitude et le silence – là où tout est nôtre – jusqu’aux pierres – jusqu’à la blancheur des âmes – jusqu’à nos pauvres balbutiements. Rien d’étranger – tout a le goût de l’infini et le parfum de la lumière…

 

 

Ce qui s’avance sur la page en trébuchant – le jour – l’ombre – l’incertitude. Rien sur quoi l’on puisse s’appuyer…

Tout – en nous – à la même enseigne…

 

 

Tout semble si haut que nous nous imaginons minuscules…

Tout semble si bas que nous pensons être des géants…

Et ce qui sort de notre bouche – tantôt vérité – tantôt mensonge…

Seul avec les Autres – et ensemble dans la solitude…

On ne peut – décidément – être sûr de rien…

 

 

Nous – toujours – entre la montagne et ce haut mur de pierre…

Que la nuit s’efface – que la route nous perde – que le jour devienne la seule patrie – n’y changerait rien ; il y aura toujours une liberté et un chemin qui se dessineront – et mille choses qui nous resteront inconnues…

 

 

L’orage – parfois – détruit en un instant ce qui a été patiemment édifié pendant des millénaires. Comme un trou dans le sommeil qui bordait les murs. La nuit alors s’abat pour fendre le rêve – et voilà mille années anéanties en une fraction de seconde…

Et malheureusement nous reconstruisons presque aussitôt ce qui a été jeté à terre – comme si nous ne pouvions vivre qu’entourés de briques et d’illusions…

Après la pluie viendra – peut-être – l’impossible ; en tout cas – l’esprit y veille – et les larmes y contribuent…

 

 

Personne d’autre que nous-même(s) – devant – autour – au-dessus – au-dedans…

Celui qui a peur et celui qui a affronté toutes ses peurs…

Le plus profond et la surface des pierres – le ciel et toutes les routes…

Celui qui veille quelles que soient les circonstances…

Celui qui a déjà tout franchi – et qui franchira tout encore – sans qu’il ne nous autorise jamais à le rejoindre…

 

 

Ça s’enfonce – en nous – avec les mêmes yeux qui tâtonnent – avec les mêmes mains collées aux parois – avec la même âme et le même air affolés – et avec cette vieille lampe qui a déjà servi à tant de découvertes…

L’attente – le noir – le ciel – quelque chose qui, peu à peu, se révèle…

 

 

Nous restons là – quelque part – avec nos courbes et nos sacs de sable noir – et avec cette espérance de voir le temps transformer nos peines et nos tentatives. Mais c’est un mur – en réalité – que nous construisons – haut – épais – de plus en plus infranchissable. On a beau le savoir, nos mains continuent d’œuvrer à l’édifice…

Plus tard – nous aurons la poitrine ouverte – suffisamment pour accueillir nos déboires et anéantir ce que nous aurons bâti…

Il sera temps alors – notre labeur achevé – de franchir les ultimes frontières…

 

 

Ce que le front retranche – ce qu’il soustrait à l’illusion – à la prétention – est un présent inestimable qu’il offre à l’âme – au monde – à l’âme de tous les Autres…

 

 

Entre l’attente et la veille – quelque chose s’élargit – un interstice – un intervalle – une faille que le silence remplit d’air pur – une forme de souffle nouveau – un élan de plus en plus apte à vivre l’inconnu et l’incertitude – et la joie de ne plus rien savoir…

 

 

Etrangers – inconnus – nous-mêmes comme ces autres que nous ignorons…

 

 

Tout – dans la lumière – en désordre – et nous aussi – quelque part…

Aussi vivant que possible…

 

 

La vie n’est qu’une pente – un circuit…

Être est autre chose – l’infini sensible – immobile – à la fois dans – et hors de – l’itinéraire – ces folles trajectoires empruntées par les vivants…

 

 

La pierre où nous aurons vécu sera celle où le corps – à sa mort – sera déposé…

Du vide – de l’air – de la terre – à peu près la même chose qu’en vivant – le feu en moins, bien sûr (ou alors différemment)…

Et personne – ni avant – ni après – exactement la même solitude…

 

 

La densité de l’expérience écrasée par l’indifférence du regard à l’égard du vécu – des états ; simples contenus – simples colorations – du vide…

Comme une main qui balaierait, d’un seul geste, tous ces remplissages – tous ces coloriages…

 

 

Chaque jour – un autre lieu – le même destin – éparpillé – qui se resserre et se dilate au-dedans – qui effleure le monde et emplit la main qui en dépose quelques grains (une infime partie) sur la page…

 

 

De temps à autre – un rire – presque chaque soir à se parler – l’homme et ses visages – l’infini et ses fenêtres – et ce que la mémoire porte en elle de nostalgie (inutile). Une âme sans tête serait plus confortable. Un esprit sans corps – puis, plus même la moindre entité – le vide intégral…

 

 

Ah ! Que nous nous agitons pour tenter d’apaiser – en nous – ce feu qui brûle ; de l’air brassé qui l’alimente davantage alors qu’il suffirait d’un couvercle – et d’une main ferme – pour étouffer les flammes…

Mais – en vérité – l’éradiquer serait impossible – une entreprise totalement vaine – et un geste malsain car voilà la seule chose que nous ayons – ce grand feu dans l’âme…

Un regard et de hautes flammes au-dedans…

Une présence et une chaleur…

Comme un soleil intérieur qui éclaire et réchauffe – et qui impose que l’on y plonge – tout entier – pour qu’il puisse nous habiter pleinement…

 

 

Parfois le dédale – d’autres fois, l’horizon – en réalité – le même espace qu’habille la psyché…

 

 

Le vent – la pierre – le visage. Ce que nous offre la terre. Et ce que nous lui dérobons. Et – en soi – le vide et le feu – ce avec quoi le monde s’est construit…

 

 

Il y a ce mur – et cette main tendue par-dessus. On ne sait si elle le bâtit ou le détruit – sans doute, un peu les deux…

Nous n’avons d’autre manière d’être vivant…

 

 

Ce qui dure – ce qui s’efface – le mouvement et l’immobilité – d’une façon ou d’une autre, on s’y heurte…

Nous sommes parés de trop de masques – pour voir – comprendre – et passer sans heurt. C’est à ces filtres-armures que nous nous cognons…

Le réel est beaucoup plus simple – et bien moins délétère – que nous ne l’imaginons…

 

 

On jaillit d’un mystère, puis on y retourne. Entre les deux, on sème un peu de pagaille et quelques malheurs…

Beaucoup de trivialité(s) et d’évidence(s) vécues et exprimées…

 

 

Mille fois nous nous éteindrons avant de pouvoir réhabiter le soleil…

 

 

Quelque chose boite – en nous – qui fait un drôle de bruit ; à chaque pas – le grelot du doute et de l’ignorance…

 

 

Tout en éclats – parfois – comme sous le coup de la colère – un miroir brisé – le réel en fragments…

 

 

Toutes ces ombres sur la route devant nous – sont-elles les nôtres ou celles de nos prédécesseurs qui traînent un peu…

 

 

Tout nous entoure – la sécheresse et le flamboiement…

Et tout – dans un instant – s’effacera…

 

 

Le temps et la mort sont des angles trompeurs ; ils nous voilent le plus simple – l’évidence…

 

 

L’Autre n’existe pas – il n’y a que des ombres et un peu de lumière…

 

 

De longues années à ne rencontrer personne – des corps – de la matière où étouffe l’esprit…

De grands arbres à qui nous avons confié nos espérances, puis, notre désarroi…

Et quelques pages pour détailler nos impressions…

Rien d’important – en somme ; quelques niaiseries qui – comme le reste – rejoindront bientôt la poussière…

 

 

Tout n’est que route et chute – extinction et blancheur – renouveau et blancheur. Partout – le soleil et le passage du vent – l’âme atone et le ciel qui la devance…

 

 

Il y a nous tous au fond de l’air – et le même air au fond de chacun – et le même ciel pour chacun – et autant de chemins et d’horizons que de visages…

 

 

Une pente – et rien que des mains tendues vers nous – une farandole de sourires du bas jusqu’au sommet – et le feu qui brûle dans l’âme qui nous donne l’allant nécessaire pour l’ascension et la chute…

 

 

Malgré la pluralité des mondes, il n’y a d’autre terre que celle que foulent nos pieds…

Des figures de glaise – silhouettes furtives qui longent l’ombre des murs…

 

 

Parfois – le feu nous fait chuter – non – pas le feu – la précipitation née d’un excès de feu…

 

 

Des heures – des jours – des mois – comme du sable qui file entre les doigts. Et cet instant comme une main ouverte – une paume offerte – un baiser furtif – la persistance de l’éternité…

Poussière que la terre amasse – que la terre balaye – que la terre remplace…

 

 

Il y a des âmes plus épaisses que le monde – des esprits saturés de mots et d’idées – des corps alourdis par la chair – de la matière comme des tas de débris assemblés – et, plus loin, le gris du monde – et plus haut, tout ce bleu qui n’en finira jamais…

 

 

Chaque mot est vide – et, pourtant, il y a le monde entier au-dedans. De la poussière et de l’infini – comme nous tous qui ne sommes (presque) rien…

 

 

Le souffle – l’eau – la terre. Ce qui surgit des profondeurs. Le monde non comme un champ mais comme une aile née des temps anciens où nous n’étions que feu et boue – bouche éructante – faille déchirée – d’un autre registre qu’aujourd’hui…

De ce monde dont il ne reste rien – pas grand-chose – un mythe – un œil inconnu – un horizon lointain – une crête que quelques-uns effleurent parfois – et un chapelet de paroles qui nous invitent à chercher le chemin de l’origine…

 

 

Une profondeur noirâtre – le territoire des hommes – verticale des abysses sous l’apparence d’une stricte horizontalité…

Des terres brûlées – de la matière froide – des amas de chair putréfiée…

Voyage dans les eaux brunes – fange – boue – marécage ; la main qui plonge dans le bas-ventre du monde…

 

 

La lumière blafarde d’une chambre d’aliéné – les murs blancs maculés d’excréments et de graffitis. Ce qui sort du ventre et de l’esprit sauvages. La main chapardeuse – le cœur aride – et ce corps lourd attaché à la terre – l’âme moribonde – inapte à vivre en terre hostile…

L’humanité triste et étriquée. Tous les rêves d’immensité piétinés. Rien qui ne soit à notre portée. L’enlisement – seulement – dans la nuit noire et froide du monde…

 

 

Rien qui ne soit attaché au regard – la même absence – ce qu’offre – seulement – la solitude…

Le silence sans mémoire…

Un monde sans rêve peuplé d’arbres et de pierres…

 

 

Ce qui se tient debout dans l’âme – dans la joie – là où puisent les sentiments – là où s’enracinent toutes les histoires du monde…

La partie la moins étroite du cœur – ce qui vibre avec ce qui le touche – la seule espérance de l’homme…

 

 

Ce qui se tient au plus près de soi – au-dedans même du souffle – au-dedans même du plus grand silence. Ce qui prouve que nous sommes autre chose – bien davantage – que du vivant ; plus vaste – plus apaisé – plus lumineux…

 

 

Et ces mots – comme de la neige sur la page – invisibles – imperceptibles. Rien qu’une couleur sous la lampe – des miettes incolores d’infini – du silence vivant – de la vérité vécue à voix haute…

 

 

Rien qu’un œil parfois pour décrire ce qui s’approche – le vivant qui surgit dans l’âme – sur le chemin – sur la page – quelque chose d’insensé – comme une fragilité acharnée qui résiste – vaille que vaille – aux forces destructrices…

 

 

Ce qui s’ajoute aux ténèbres – la cruauté de la main avide – dernier maillon saisissant de la faim…

 

 

L’errance à travers le chemin du jour…

Le lointain – mille ruptures – l’étendue – la proximité variable – le centre et la périphérie…

Notre visage – sans cesse – contre le mur – la paroi – le sol – happé par le souffle récurrent – le va-et-vient du vent dans la tête étourdie…

A l’autre extrémité de la nuit…

 

 

Ce qui se déchire dans la proximité de la lumière – ce qui résiste – et ce qui reste. Comme une ombre froide – une pierre impossible à déplacer – le visage aveuglé – l’absence en nous, peu à peu, transformée en immensité. Figure de terre couronnée par la solitude…

 

 

Rien n’arrive – rien ne disparaît – réellement. Le mur suivant semble – seulement – se rapprocher…

 

 

Il y a tout dans le souffle – tout – jusqu’au bout de la route – la fin de l’histoire. Et entre le début du voyage et son terme – nous n’aurons, sans doute, pas bougé d’un pouce…

 

 

Dans mille siècles – les lieux n’auront pas changé ; les bruits seront encore là – et notre besoin de silence aussi. Il y aura encore des âmes et quelques sourires. Il y aura encore du brouillard et des bêtes affamées. Et il y aura encore tout ce bleu dont la présence et l’usage resteront toujours aussi mystérieux…

 

 

La foule et le besoin de l’Autre se sont taris avec l’inusage et les années – la bêtise ambiante et la grande exigence qui nous habite…

Plus personne comme le couronnement de notre solitude…

 

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