QUELQUES JOURS EN MA COMPAGNIE (VOLUME 4)
JOURNAL 2025
Vendredi 18 juillet
En quête
Le cœur un peu sauvage
rôdant sur ces rives trop peuplées
cherchant un lieu propice
à la solitude et à la prière
Une impossible fin
En ce monde, rien ne peut être achevé. Tout toujours continue ou recommence...
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Face à l'inconnu, il faut tout oublier.
Appétit
Sans autre faim que celle de l'Absolu...
Une impossible fin (bis)
En apparence, tout – en nous – est soumis à la finitude. Mais il nous manque, sans doute, l'envergure, la perspective et la profondeur nécessaires pour approcher l'éternité et l'éternel retour des choses.
Hors-piste
Sans trace
Sans indice
Le chemin
A se demander
s'il en est un
Nouvelle aporie
Le monde et la vie sont à la fois une jungle et un refuge. Mais il n'y a, en vérité, rien à craindre ni nul abri...
Omission
Dieu oublié
dans le geste
et dans la voix
en ce monde
où tout est poussière
et pourrissement
La mort transformée
La mort n'est pas cet effroyable sommeil qui terrifie la plupart des hommes mais un passage vers d'autres possibles...
Toujours à dire
Au-delà du dicible ; quelque chose encore...
Geai des chênes
A travers la fenêtre, j'aperçois un geai des chênes qui creuse des trous avec son bec pour y enfouir – je le suppose – des glands. Lui, en général, si méfiant* ne m'a pas vu. Et je me félicite de vivre dans cette roulotte qui s'avère un précieux poste de guet pour observer la faune sauvage...
* comme tous les corvidés d'ailleurs...
Refuge
Au fond de la forêt
Là où il est encore possible d'échapper
à la folie des hommes
Quelques chiffres sur la biomasse
Les animaux sauvages (oiseaux et mammifères) représentent un peu moins de 0,4% de la biomasse animale alors que la part de l'homme et des animaux domestiques (essentiellement les animaux dits de rente) s'élève à 7%*. Ce sont les arthropodes qui tiennent le haut du pavé pour la biomasse animale (avec environ 40%). Mais il faut bien garder en tête que la biomasse animale représente à peine plus de 0,3% de la biomasse totale. Le champion toutes catégories : les plantes (près de 85% de la biomasse totale) suivies par les bactéries (presque 13%). Le reste n'est que du menu fretin...
* Ce chiffre a considérablement augmenté ces dernières décennies, preuve que la population humaine a connu une croissance exceptionnelle mais a aussi intensifié la pratique de l'élevage...
Récréation studieuse
Hier, après avoir fait d'instructifs calculs sur les différentes catégories du vivant, je me suis amusé à élaborer une petite fresque pour retracer la genèse de la vie terrestre et l'histoire de l'homme.
Les périodes géologiques et historiques
13,7 milliards d'années : création de l'univers
4,6 milliards d'années : l'Hadéen (les enfers)
– création de la terre (et du soleil)
3,8 milliards d'années : l'Archéen
(le commencement) – apparition de la vie terrestre
2,5 milliards d'années : le Protérozoïque
(premières formes de vie)
1,2 milliard d'années : apparition des algues
540 millions d'années (à aujourd'hui)
le Phanérozoïque (formes de vie visibles)
qui se décompose lui-même en paléozoïque
(vie ancienne), Mésozoïque (vie du milieu)
et Cénozoïque (vie récente)
380 millions d'années, apparition des arbres
240 millions d'années, apparition des dinosaures
220 millions d'années, apparition des mammifères
4,2 millions d'années, australopithèque
3,3 millions d'années : le paléolithique
(pierre ancienne)
2,4 millions d'années, homo rudolphensis
2,3 millions d'années, homo habilis
2 millions d'années, homo ergaster
450 000 ans, Néandertal
400 000 ans, domestication du feu
400 000 ans, homos sapiens – Afrique
120 000 ans, homos sapiens – Moyen Orient
70 000 ans, homos sapiens – Asie du sud est
50 000 ans, homos sapiens – Australie
45 000 ans, homos sapiens (et Cro-Magnon) – Europe
40 000 ans, homos sapiens – Amérique
10 000 ans, le Mésolithique (pierre du milieu)
6000 ans avant notre ère, le Néolithique
(pierre nouvelle)
3300 ans avant notre ère, l'Antiquité
476, le Moyen âge
1492, l'Époque moderne
1789, l'Époque contemporaine
Et dans environ 5 milliards d'années, le soleil explosera !
Cette petite fresque des âges de la terre a le mérite de replacer notre époque dans son contexte (à l'échelle terrestre, il me semble difficile de trouver un cadre plus large). Il est courant de dire que si l'on réduisait à 24 heures la durée qui sépare la naissance de la terre à aujourd'hui, l'homme n'apparaîtrait qu'aux toutes dernières secondes de la journée...
Autre élément : une génération équivaut à 20 ans*. On peut donc dire que 400 générations nous séparent du Néolithique, 600 du mésolithique, 2350 du « premier européen » et 20 000 du premier homos sapiens...
* Il y a toutes les raisons de penser que ce chiffre est valable quelle que soit la période de l'histoire car même si l'espérance de vie a considérablement augmenté depuis quelques décennies et que les êtres humains mourraient « plus jeunes » autrefois1, il est peu probable que « l'âge de fécondité » ait connu de grandes variations...
1. L'espérance de vie bien moins élevée autrefois s'explique essentiellement par un taux de mortalité infantile très important...
Bref, on n'est pas grand-chose... Et dans quelques années (5 milliards tout de même !) et peut-être même avant, tout ça n'existera plus... et s'inscrire dans cette perspective nous amène, je crois, à relativiser nos vies, nos œuvres et notre mort...
Passage transitoire
Avant et après l'homme
Ce que nous étions
Et ce que nous serons
Invariant
Si ancien
le labeur de l'homme
Et pourtant rien
(à peu près rien)
n'a changé
Issa
« Rosée que ce monde
Rosée que ce monde-ci
Oui, sans doute et pourtant »
Vacuité et disponibilité
Suffisamment vide et disponible pour accueillir et expérimenter ce qu'offre la vie et être emporté là où elle voudra...
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Laisser le cœur et la tête se vider à chaque instant afin de pouvoir goûter la vie avec une âme et un œil neufs.
Accessoire
Autour de nous
Tant de territoires
et de frontières
Tant de pièges
et de remparts
Tant de paroles inutiles
Comme si le monde
était le lieu du superflu
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Lorsque le cœur et la tête sont habités, envahis ou submergés par une pensée, une émotion, un sentiment, une douleur, une souffrance etc etc, se laisser habiter et traverser (de bout en bout), permettre à cette chose de se déployer (autant que l'on en est capable) et lui laisser faire « son travail ». Et lorsqu'elle aura achevé ce pour quoi elle est venue, elle se résorbera naturellement...
Christiane Singer
« Il est bon et juste d'accompagner jusqu'au bout tout ce qu'on ressent, d'aller au plus aigu de la pointe. »
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Être
Et se laisser faire
Se laisser porter
Quelque chose en soi
Ce qui veille
au fond de l'âme
et qui sait
ce que nous ne savons pas
ce que nous ne pourrons jamais savoir
Unique abri
Reposer en l'être, voilà notre seul refuge...
Si peu de chose(s)
Être, vivre et faire (presque) rien. Comme une feuille dans le vent...
Samedi 19 juillet
Exil
A l'écart du monde. Toujours à l'écart du monde.
Vulnérabilité
Exposé au ciel et au monde. Sans défense. A la merci de ce qui passe...
Équanimité
Le cœur bleu
Écoutant le monde et le silence
Sans distinction
Compagnons
Bien davantage parmi les arbres que parmi les hommes.
Alexis Jenny
« Une fois acceptée la solitude fondamentale, la fraternité est ce qui vient de surcroît. »
Derniers pas
Seul ; et, sans doute, plus si loin du secret...
Collé à la vie
Sans idéologie. A l'instar du réel
Dans le sens (toujours dans le sens) des circonstances
Harcèlement
Pas de pause aujourd'hui. Dès que je m'arrête, je suis assailli par les moustiques.
Cécité
A ce point obscur et aveugle ; l’œil des préludes
Rien n'est parfait
A chaque saison, ses « fléaux ». Au printemps, le pollen et les allergies. En été, les touristes, les insectes, les kermesses et les fêtes villageoises. Et en automne et en hiver, les chasseurs, la neige et l'humidité.
Sans protection
Contrairement aux moines, l'ermite (et plus encore l'ermite séculier) est exposé à l'adversité de l'existence et du monde. Pour lui, ni clôture, ni communauté, ni Père Abbé pour protéger, prévenir ou réconforter. A la merci de ce qui passe, à la merci des individualités qui peuplent le monde, à la merci du premier venu...
Hors d'atteinte
A écouter ce que rien ne peut blesser
Pas même le sable qui s'écoule
Pas même le vent qui emporte tout
Assise et lâcher prise
Je crois qu'il faut une assise verticale solide pour ne pas tomber dans le confort et la facilité que propose ce monde. Quelque chose en soi de profondément ancré. Des prédispositions, une inclination, une vocation peut-être...
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Il ne s'agit pas (il ne s'agit jamais) de lutter contre soi ou contre ses penchants ou de refuser les tentations du monde (qui n'en sont pas d'ailleurs...). Il s'agit seulement de suivre sa pente et s'il existe des affinités avec ce que propose la société des hommes, comme pour le reste, il faut se laisser guider...
Encore des pas
Le voyage et la danse
Sans que rien nous retienne
Ambivalence
Je n'ai plus d'ami chez les hommes. Parfois (assez rarement) cela me pèse. Et d'autres fois (l'essentiel du temps) cela me réjouit.
Issa
« Peu d’humains
une feuille tombe ici
une autre là »
Se libérer
Au pied de la clarté
Cette solitude dérivante
Comme si l’origine se libérait de ses rails
Et qu'apparaissait quelque chose d'incorruptible
Une sorte d'abandon propice
à la destruction des miroirs
Un peu plus de lumière
au fond de l'âme
Une ascension énigmatique
Un lézard qui monte à la verticale (et à une vitesse folle) sur le clocher d'une petite chapelle. Ah ! L'appel du Divin ! Et je ris in petto...
Détachement
Il me semble que « le travail spirituel » (je l'appelle ainsi à défaut de pouvoir le nommer autrement) consiste simplement en une longue succession de « choses » qui se détachent progressivement. Ces « choses » peuvent être des idées, des désirs, des croyances, des êtres, des rituels, des objets, des activités etc etc. Mais soyons clair ! On ne renonce à rien. On cesse simplement d'y croire ou d'en être dépendant. Et lorsqu'il ne reste plus rien, demeure l'être et « les fondamentaux » de notre individualité...
A la lisière
Au bord de l'enfance
Singularité individuelle, écoute et obéissance
Tous les goûts, dit-on, sont dans la nature. Et pour s'en rendre compte, il suffit de le constater autour de soi. Certains* aiment vivre en ville, d'autres à la campagne et d'autres encore dans la forêt. Certains sont sédentaires, d'autres nomades ou voyageurs. Certains sont casaniers, d'autres aiment sortir et « voir du monde ». Certains aiment travailler avec leurs mains et d'autres avec leur tête. Certains ont des prédispositions pour la peinture, d'autres pour l'écriture et d'autres encore pour la musique ou le jardinage. Certains apprécient les livres et la littérature et d'autres préfèrent les sciences (les 2 ne sont, bien sûr, pas incompatibles). Bref, chacun est guidé par ce qui l'habite profondément. Et il n'y a, en la matière, ni règle, ni principe, ni hiérarchie. Aucune chose n'est mieux qu'une autre. Il n'y a rien à préférer, ni rien à rejeter. Il convient seulement d'écouter et d'obéir – écouter la vie et ce qu'il y a en soi, puis faire ce que l'on ressent, ce qui s'impose, ce qui a « le plus de force en nous ». Et à la manière d'un slogan, on pourrait dire : « écoute, ressens et « laisse-toi agir ». Et que l'on en ait conscience ou non, qu'on le fasse délibérément ou non, c'est toujours ce que nous faisons. La vie est donc parfaite ainsi...
* pour se limiter aux êtres humains...
Indifférence
Qu'importe ce que le destin dessine...
Christiane Singer
« Il n'y a que perdre sa vie qui ait toujours le même visage : ne pas oser parier sur « l'homme intérieur », sur l'immensité qui nous habite. Ne pas oser l’Élan fou, l'Eros fondateur, ne pas plonger vers l'intérieur de soi comme du haut d'une falaise. J'ai plongé. J'ose le dire, oui, cul par-dessus tête, j'ai plongé ! »
Terra incognita
Le visible peu à peu déserté
pour une contrée encore inconnue
Peut-être l'Amour
Peut-être le silence
Peut-être l'infini
Ce qui se laissera explorer
Insuffisance de l'âme ?
Quel étrange besoin que celui d'écrire ? Comme si vivre ne suffisait pas et qu'il était nécessaire de témoigner de la vie – de sa vie peut-être... Serait-ce dû à une insuffisance de l'âme ?
Pas de frontière
Au-dedans ; aussi seul qu'au-dehors...
Un pas de côté
Les bruits du monde ; la vie peut-être alors que notre âme entière aspire au silence...
Ambiance bohémienne
Tourbillons de braises et de mots
Autour du feu des gitans
A célébrer on ne sait quoi
A veiller on ne sait quoi
Jusqu'au petit jour
La danse, la fête, le secret
Cocon douillet
Je regarde l'intérieur de la roulotte, les livres de la petite bibliothèque, les papiers punaisés sur le mur devant moi, le coin salon, la minuscule cuisine, la salle d'eau attenante ; le lit suspendu au plafond, la table sur laquelle j'écris et prends mes repas. Tout mon univers qui tient dans 6 mètres carrés.
Hygiène corporelle
J'éprouve un réel plaisir à prendre ma douche à l'extérieur (même si je pourrais la prendre à l'intérieur en débarrassant chaque soir la salle de bain de tous les objets qui l'encombrent). Mais je suis heureux (vraiment heureux) de la prendre dehors. Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, qu'il fasse 30° ou -10°C, je verse un peu d'eau dans un pulvérisateur de jardin, je prends une serviette et un savon muni d'une ficelle – que j'accroche à la porte – et me voilà équipé pour mes ablutions quotidiennes ! La douche extérieure est devenue un rituel que je ne manquerais pour rien au monde. Il y a pour le corps quelque chose de profondément naturel et vivifiant ! Et, chaque jour, l'esprit se réjouit non seulement de ce minimalisme mais aussi de se doucher la tête sous les étoiles...
Recouvrement
Le bleu
En tous sens
Recouvrant tout
Jusqu'à la douleur
Jusqu'à la misère
Jusqu'à l'horizon
Ce qu'il faut dire
Témoigner de ce qui nous entrave comme de ce qui nous libère...
Effacement
Des paroles comme des pierres
qu'on lancerait dans l'eau
pour le plaisir de les voir disparaître
et s'enfoncer dans les profondeurs
Mauvais songe
La chair et l'esprit soumis au même rêve...
Apparent paradoxe
Quelque chose du silence à même les mots...
Signes organiques
Au plus profond de l'encrier
Le sang encore
Désert
Là où il ne reste pas même une main tendue...
Disproportion
Comme un regard trop grand pour les choses de ce monde...
Trémulation
Quelque chose qui tremble au fond de l'âme. On ne sait pas très bien quoi...
Influences
A mesure que la parole s'épuise
L'âme et la main s'accordent
deviennent inséparables
puisent l'une dans l'autre
donnent leur couleur
au geste et au fond des yeux
Indépendance
Il y a chez moi le fantasme de l'esprit et de la vie autarciques. Se suffire à soi-même. Satisfaire ses propres besoins. Il y a, je trouve, une certaine jouissance (une jouissance non orgueilleuse) dans cette autonomie et cette forme d'auto-suffisance. Être relié à la vie, au monde, à tout le reste mais ne pas nourrir de dépendance et d'asservissement (qu'on l'impose ou qu'on le subisse) si répandus dans les relations humaines...
Éternelle métamorphose
Interminable la transformation
Perpétuelle sans doute
Inclinaison
Sur la pente bleue
Changement climatique
Jour caniculaire. Toute activité pèse et pétrifie. Il est peu dire que le climat influe sur l'humeur et le mode de vie ; sur le rythme des pas et des journées. Je crois que l'on aime l'hiver et le froid ou la chaleur et l'été comme on dit qu'on est plutôt du matin ou du soir. Moi, j'aime la nuit – les heures vespérales plus exactement – et les jours frais et légèrement pluvieux de l'automne.
Hauteur
Le cœur immobile
Au-dessus du monde et des chemins
Au gré de ce que l'on se raconte...
La vie tantôt comme un jeu, tantôt comme une épreuve, tantôt comme une villégiature, tantôt comme un voyage, tantôt comme un exercice, tantôt comme une initiation. Se prêtant à toutes les fantaisies de l'esprit...
Hauteur (bis)
Hissé là où la nuit s'est retirée...
Dimanche 20 juillet
Des nœuds bien utiles
Depuis que je suis nomade, j'ai appris à réaliser quelques nœuds qui me servent régulièrement (et avec lesquels je peux presque tout faire) : le nœud de cabestan, le nœud de chaise, le nœud coulant, le nœud de Dufour, le nœud d'écoute, le double nœud de huit, le nœud de pêcheur, le brêlage carré et un nœud pour faire un trépied.
Sans limite
Aujourd'hui
Au-dedans
Infiniment
Un peu de métaphysique
Tout ce qui existe est notre corps. Et la conscience est Une...
Christiane Singer
« Un seul corps. Une seule couronne. Une seule racine. »
Une chose après l'autre
Geste après geste. Mot après mot. Un pas après l'autre. Instant après instant. J'aime cette temporalité-là. Lentement la vie, l’œuvre et le chemin qui se déroulent...
Plénitude
Moments de présence pleine. Sans rien faire. Sans la moindre activité.
Question de perspective
Le regard plutôt que les yeux...
Saveur du geste méditatif
Le quotidien s'imprègne de plus en plus de l'état méditatif. L'esprit détendu et attentif. Présence simple et légère. Pas d'attente, pas de précipitation. Les activités et les gestes se réalisent ainsi. Dans le déroulement naturel des choses. Et il est peu dire que vivre de cette manière est extrêmement savoureux...
L'équilibre parfait
Rien à ôter. Rien à ajouter.
Pas d'histoire à raconter
La terre et le ciel sans légende
Sans rien dire
Les lèvres, les mains et le cœur silencieux.
Buson
« Cheminant par la vaste lande
les hauts nuages
pèsent sur moi »
Ce qui ne se voit pas
Le plus essentiel, en cette vie, se réalise intérieurement et de manière invisible. Au-dehors, il ne se passe rien... C'est au-dedans, bien sûr, que la perception et la sensibilité se transforment...
Inconsistant
Là
en songe
Sur cette terre
Ce qui existe
Tout ce qui existe
Y compris ce qui regarde
Y compris ce qui témoigne
Seulement être
Être avec tant d'intensité que rien n'est nécessaire...
Pause sylvestre
Devant moi, quelques pins entourés d'une multitude de chênes. Quelques genévriers communs et, ici et là, des psoralées bitumineuses (dont les feuilles froissées empestent le goudron). Au loin, des collines boisées derrière des prés et des champs d'orge qui viennent d'être fauchés. Sous un ciel bleu parsemé de petits nuages cotonneux. Voilà le paysage aujourd'hui !
Hors-sol
La danse rayonnante de l'âme au milieu des fleurs
Des pas comme des soleils au milieu des étoiles
La plus efficiente transmission
Comment dire – et partager – le plus intime (et le plus précieux) ? Être encore...
Instants extatiques
Ce qu'offrent ces heures si pleines ? Un parfait sentiment de complétude.
Mode de vie
Des collines
La forêt
Du silence
Des livres
Un peu de poésie
Des chemins à arpenter
Et une roulotte pour se mettre à l'abri
Un très riche nuancier
Rien jamais n'est pareil ! Mille – dix-mille – nuances pour un même geste. Et déclinées sans fin les infinies possibilités du regard et du cœur...
Paradis
Au milieu de tant de merveilles...
Un regard d'Amour
Pour aimer, il faut toute l'envergure d'un regard bienveillant ; que nos yeux se posent sur nous-mêmes ou sur le monde...
Ce que nous sommes
Mais, au fond, ne sommes-nous pas le monde ?
Présence importune
Durant la période estivale, trouver un lieu sylvestre sans insectes piqueurs ou vibrionnants relève de la gageure. Et lorsqu'on a la chance d'en trouver un, on y passe plusieurs heures, on savoure cette quiétude et on remercie en silence.
A la merci
S'offrant sans rien dire
Laissant au reste – et à ce qui passe –
le soin de décider
Écrire est une étrange activité
En général, on n'y prête guère attention mais écrire – aligner d'étranges signes sur un support – est une très étrange activité qui place le visible et l'invisible au rang du réel et qui donne à voir de manière codifiée ce qu'il y a dans le monde et au fond de l'âme.
Tout dire
A travers le chant
l'âme et l'homme
ses prières
et ses excréments
ce qui nourrit la terre
et ce que l'on abandonne au ciel
La beauté et la misère des lieux,
des existences et des liens
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Sur le plan collectif, l'âme humaine a encore bien souvent besoin d'un cadre, mais à titre individuel, il convient de vivre sans règle, sans loi, sans exigence ; cela offre la possibilité de goûter ce qui vient et au fond de l'âme de se révéler...
Nature et énergies naturelles
Chaque jour, j'ai besoin de m'asseoir par terre, de sentir le sol – et ses énergies – les laisser traverser le corps et l'irriguer. Il y a là quelque chose à la fois de guérisseur et de revigorant. La terre est un véritable remède, une médecine comme dirait les chamanes...
Il en est de même pour les balades sylvestres quotidiennes. Lorsqu'il m'arrive (pour une raison ou pour une autre) de ne pouvoir marcher au milieu des arbres, je ressens un manque comme si le corps se sentait carencé et réclamait « sa dose de nature ». Dans notre monde très largement artificiel et urbain, nous avons tendance à oublier que le corps est composé des mêmes éléments que ce que nous appelons la nature (qui pourrait d'ailleurs être considérée comme sa matrice). Et cette connexion journalière lui permet, en quelque sorte, de retrouver ce lieu racine, de se relier avec ce que l'on pourrait appeler « sa maison organique ».
Christiane Singer
« Ce que je ne pouvais soupçonner pourtant, c'était que je puisse être encore baignée d'une telle vitalité ! »
Renouveau
Ici
En soi
Au milieu du monde
Comme si tout commençait
La trinité du corps, du cœur et de l'esprit
De la même manière que le corps a besoin d'être en contact avec la terre, je crois que le cœur – qui est amour – a besoin d'être relié à l'infinie tendresse de « l'espace divin qui nous habite » et que l'esprit – qui est lumière (au sens littéral, l'esprit éclaire !) – ressent la nécessité de se connecter de mille façons à la connaissance*. Ainsi, nature (ou connexion avec le vivant), Amour (ou sensibilité) et lumière (ou curiosité) sont un peu notre petite trinité informelle et non religieuse...
* Quant aux savoirs, ils ne constituent bien souvent que de grossiers et imparfaits éclairages...
Outils
Le cœur si vaste
Le regard si vif
Vie, naissance et mort
Dans le langage courant*, on a tendance à opposer la vie et la mort. Peut-être, pourrait-on (à la rigueur) opposer la naissance et la mort car celui qui naît doit mourir. En ce sens, la mort fait intégralement partie de la vie...
* et qui vient, peut-être, de l'esprit encyclopédique du XVIIIe siècle qui définissait la vie comme le contraire de la mort...
Aiguillon
La mort encore
La mort toujours
Au cœur de la vie
Au cœur du vivant
pour bousculer
les habitudes et l'inertie
A qui la faute ?
Sans coupable(s) la catastrophe ?
En êtes-vous si sûr(e) ?
Infamie
Quel monstre se cache sous nos paupières pour qu'il y ait tant de gestes barbares ?
Sombre somnolence
De la nuit et du sommeil
Qu'importe que les yeux soient ouverts
Depuis le dedans
De l'intérieur ; cette main qui agit...
Présence
Là
Silencieusement
Sans rien attendre
Présents
Ce qui nous échoit ; en plus du silence...
Ce qui se savoure
Sans même les mots, le plus délectable...
Lundi 21 juillet
Bivouac
Un étroit accotement sur une minuscule piste forestière. Au milieu des pins.
Amour et asservissement
J'ai toujours aimé les chiens mais je ne peux m'empêcher de blâmer la façon dont on les infantilise et les asservit en les empêchant de se nourrir par leurs propres moyens. Les milliers d'années de domestication ont façonné cet assujettissement et l'environnement humain moderne l'a renforcé. Et je n'évoquerai pas même ici l'instrumentalisation éhontée des canidés réduits un peu partout dans le monde à de simples outils (chien de garde, chien de trait, chien de chasse, chien de troupeau etc etc) ni le sort bien plus terrible encore des animaux dit de rente, des animaux utilisés comme moyen de locomotion ou de ceux qui sont élevés pour leur fourrure...
Résidus
Le monde
au bout des ongles
à force de gratter le sol
Une sensibilité singulière
Dire ce qu'expriment les yeux des bêtes
Leur âme et leurs tremblements
Et leur plainte digne et silencieuse
Sous la main assassine
et le rire indifférent des hommes
Être vivant
Être vivant, c'est avoir le cœur qui bat et respirer. Ça n'a l'air de rien – et ça a même l'air idiot dit ainsi – et pourtant... Combien de fois sentons-nous battre notre cœur et le mouvement de notre poitrine et de notre abdomen dans une journée ? Combien de fois sommes-nous envahis par des larmes de gratitude ? Combien de fois remercions-nous la vie – la nature ou Dieu – pour la chance* (et le privilège) de pouvoir, chaque jour, expérimenter ce miracle ?
* en dépit des difficultés et des épreuves...
Au cœur
Dans les trémulations de la lumière
Un peu d'humanité
Hier alors que j'achevais ma promenade sur une petite route et qu'il commençait à pleuvoir*, un automobiliste s'est arrêté à ma hauteur et m'a proposé de me conduire jusqu'à la roulotte posée sur le parking d'un village avoisinant. Après quelques instants d'hésitation, j'ai grimpé dans la voiture en me disant qu'il existait encore en ce monde un peu d'altruisme et des êtres humains attentifs aux autres.
* Une pluie battante et un vent très fort qui annonçaient l'imminence d'un orage
Fatalité
On a beau avoir une hygiène de vie irréprochable, lorsque la maladie décide de frapper, elle frappe. Et lorsqu'il est l'heure de mourir, on meurt...
L'âge que l'on a...
55 ans ; pour certains, c'est un âge canonique. Pour d'autres, c'est encore jeune. Et nous, comment nous sentons-nous à l’intérieur ? Se sent-on jeune ? Se sent-on vieux ? Ou cela nous indiffère-t-il ?
Issa
« Lorsqu'on est vieux
même la longueur du jour
est cause de larmes »
Souvenir d'antan
Face aux ruines d'une grande bâtisse isolée dans la forêt. Un arbre de bonne taille s'est invité au centre de ce qui devait être la pièce principale. Et me voilà à imaginer l'existence de celui (ou ceux) qui vivai(en)t là ! Le bonheur et la rudesse de la vie d'autrefois... Eh bien ! dis-je en moi-même, j'ai l'âme bien nostalgique aujourd'hui...
Itinéraire
La main qui trace
son petit sillon d'encre sinueux
Une route peut-être
Un itinéraire imprécis
vers la lumière
la fin du jour
la fin du monde
Une délivrance – sans doute
Déboires et nécessités intérieures
En cette vie, j'aurai à peu près tout raté. Je dirais même mieux : tout ce que j'ai entrepris a magistralement échoué. Pas un seul domaine n'a échappé à l'insuccès ! Amitié, amour, famille, travail... Rien vous dis-je ! Sans même parler de mes livres ou de « ma progression spirituelle »... Mais que serais-je devenu si j'avais rencontré quelque succès ? Cela m'aurait-il détourné de ma vocation de chercheur d'Absolu ? J'en ai bien peur... Je n'ai connu que des échecs mais je n'en ressens aucune tristesse car j'ai toujours scrupuleusement écouté mes nécessités intérieures... et il faut croire que cela contente l'âme...
Sénescence
Être sans douleur. Vient tôt ou tard un âge où cela n'est plus qu'un souvenir. Le corps s'use et, un jour, il peut arriver aussi qu'il en vienne à dysfonctionner...
Notre manière d'être vivant
Les pieds dans l'écume
Le cœur en plein ciel
Et l'âme qui danse avec le vent
Notre façon d'être au monde
Réchauffement climatique
Cette année, j'ai l'impression que la végétation a un mois et demi d'avance. Depuis une quinzaine de jours, les ronciers offrent une foison de mûres ; et les pruniers et prunelliers croulent déjà sous le poids de leurs fruits.
Très ordinaire
Jour et pensées très prosaïques aujourd'hui. Et je me mets à rire car nous sommes cela aussi...
Au bout du compte...
Si dérisoires ces lignes qui ne s'adressent à personne...
Félicité
Des larmes de joie. Et ce sentiment d'infinie tendresse devant la beauté du ciel et des arbres. La roulotte posée dans cette vaste clairière. Le cœur aussi silencieux que les lieux.
Mardi 22 juillet
Michel de Montaigne
« Il faut se réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude. »
Tout est méditation
La marche est méditation. Mais tout, bien sûr, est méditation lorsque l'esprit est calme, silencieux et attentif et que les gestes sont naturels et spontanés...
Voir
Si clair
Ce qui est vu
Ce qui est donné
Comme un miracle
Tout est Divin
En définitive, tout est divin. Et tout pointe vers Dieu même ce qui en paraît le plus éloigné...
Conversation en langue étrangère
Cet après-midi, j'ai passé un long moment à converser avec les corneilles. Crouahhh ! Crouahhh ! Crouahhh ! Je crois que mon fort accent humain ne les a pas trop dérangées...
Issa
« Comme si rien n'avait eu lieu
la corneille
et le saule »
Le fantasme du châtelain
Dès que j'aperçois une île1 ou un château2, je ne peux m'empêcher de laisser vagabonder mon esprit. Je crois que j'ai bien accroché au fond de l'âme quelques rêves de robinsonnade mais aussi le « fantasme du châtelain ». Bref, tout en moi aspire à vivre dans un lieu à l'écart et en hauteur séparé du monde et des hommes par une vaste étendue déserte... Mon Dieu ! Quel enfantillage ! Et si j'aspirais plutôt à devenir le châtelain de mon âme ! Une phrase que n'aurait sans doute pas reniée Thérèse d'Avila...
1. même sur un étang ou une rivière...
2. même minuscule pourvu qu'il y ait une tour...
Silence
Parfois
Au lieu de dire
Se taire et sourire
Lorsque la vie s'acharne...
Pause auprès d'un âne et de 2 chevaux harcelés (les pauvres ! ) par des centaines de mouches et de taons. A devenir dingue ! Je me suis installé à leurs côtés. Et ai partagé pendant une partie de l'après-midi leur existence intranquille et résignée. A la merci des insectes.
Cet harcèlement me fait penser aux longues séries d'épreuves et de déconvenues que la vie nous fait parfois subir jusqu'à ce que nous capitulions... jusqu'à ce que nous reconnaissions de gré ou de force notre impuissance face à sa vitalité et à ses mouvements, face à sa souveraineté et à ses lois. Ah ! Pauvres de nous ! Et, pourtant, rendre les armes, admettre son insignifiance et accepter d'être aux mains de « forces qui nous dépassent » constituent sans doute l'essentiel de notre travail en ce monde...
Alternative
Devant nos yeux
le monde
Sans savoir
s'il nous faut rire ou pleurer
Un spectacle grandiose
Magnifiques nuages aujourd'hui dans un ciel aux belles nuances de gris (du plus clair au plus sombre) qui se détache du vert des collines qui ressemblent à des grosses vagues arrondies. Devant moi, du millepertuis, de la verveine, des centaurées noires et de la folle-avoine chahutés par le vent.
Shadô
« Tous les divers
les difficiles noms
des herbes folles du printemps »
Inestimable et labile
Sentir à quel point la vie est fragile et précieuse et que tout peut basculer en un instant (oui, bien sûr, tout le monde le sait !). Mais n'avons-nous pas tendance à l'oublier lorsque la vie nous semble monotone, triste ou pesante ou lorsque l'esprit repeint tout de sa morosité ?
Ce qui s'offre
Rien qu'un peu d'ombre
pour ces mains mendiantes
et ces cœurs tremblants
Rien qu'un peu de ciel
pour ces âmes passantes
Quelque chose qui manque...
A trop vouloir ; comme si l'on aspirait à autre chose ; comme si être – être ce que l'on est – ne suffisait pas...
Inlassable compagnie
Le cœur amoureux de ce rire entêté – en nous – qui ne veut ni se taire ni mourir...
Un étrange sentier
Sans autres traces que les siennes sur cet étrange chemin. Et puis, au pas suivant, tout s'efface, tout disparaît comme s'il n'y avait ni passé ni marcheur...
Ce qui est l'espace seulement d'un instant
Cadeau personnalisable
Offert à ce qui est là ; comme instrument, outil, piste, chantier, marchepied, réceptacle, déversoir, garde-manger. Qu'importe à vrai dire...
Christiane Singer
« Porteur de lumière, Serviteur de vie. »
Ce qu'il ne faut pas oublier
Le plus essentiel ; ce que l'on ne peut soustraire à l'âme...
Toujours humain
Avec encore quelques rêves accrochés à la poitrine...
Mercredi 23 juillet
Jour de pluie
Il pleut aujourd'hui. La pluie est si forte que l'on doit rester dans la roulotte. J'en profite pour « mettre un peu d'ordre » dans mes papiers et corriger quelques pages de l'ouvrage en cours d'écriture.
Silencieusement
Traversant en silence ces siècles si bruyants...
Partition
L'âme qui joue humblement – et en silence – la partition écrite par la vie...
Alimentation
C'est la beauté du monde qui nous nourrit. Et, parfois, sa laideur aussi...
Anonymement
En secret
Celui qui va
Celui qui offre
Celui qui sait
Empêchement
On se cache parfois comme si le monde des hommes était encore un obstacle à notre joie...
Réceptacle permanent
Se laisser traverser par tout ce qui s'invite ou s'impose ; l'autre, le monde, les circonstances. Les laisser se faufiler par toutes les tuyauteries au milieu des viscères et des pensées. Les laisser offrir leur texture et leurs couleurs et recouvrir l'espace de leurs déguisements pour enrichir le cœur et l'expérience...
Quiétude vespérale
Assis à ma table
Le feutre à la main
Devant la grande baie vitrée
Un œil posé sur les grands arbres
Et l'autre sur le sentier qui serpente dans les collines
J'écoute la pluie tomber sur le toit de la roulotte
La nuit est lentement en train d'arriver
L'esprit serein et le cœur tranquille
Compagnie nocturne
Au loin le cri de la chouette
dans la forêt sombre
Et ce temps suspendu
au-dedans de la roulotte
Et le silence joyeux
de celui qui est là
L'oreille attentive
Et le cœur reconnaissant
d'être l'hôte passager de ces lieux
Jeudi 24 juillet
Halte ombragée
Pause au milieu des fragons épineux et des cornouillers sanguins. A l'ombre d'un jeune érable de Montpellier. Sur un large chemin de pierres.
Un nomade heureux
J'aime tous ces changements de lieux pour bivouaquer, passer l'après-midi ou me promener. A peu près toujours les mêmes activités, mais jamais au même endroit !
En chemin
Combien de rives nous faudra-t-il visiter ?
Combien d'obstacles nous faudra-t-il franchir ?
Combien de pièges nous faudra-t-il éviter ?
Combien d'étoiles nous faudra-t-il apprivoiser ?
Pour nous sentir vivant et en paix
Et retrouver l'innocence et la joie du premier jour
Soustractions
De moins en moins ; tels pourraient être mon credo et ma trajectoire. Ou, pour le dire autrement, de plus en plus rien...
Jugement et condamnation
Nous sommes, bien souvent, nos propres bourreaux...
Reflets
L’œil si lourd
sous ce ciel sans charme
sur cette terre pierreuse
au milieu des yeux qui ne sont que des miroirs
Une parole honnête
Comme rien ne peut être exclu de la vie, rien non plus ne peut être exclu de l'écriture ; je m'efforce à un témoignage aussi authentique que possible...
Besoin scriptural
Ces pages
tantôt caresses
tantôt poing levé
parfois épreuve
parfois rencontre
Sourire et lucarne sans pudeur
presque toujours
Appel irrésistible
et absolue nécessité
invariablement
Tellurique et ardent
La terre et le feu. J'aime les roches magmatiques1 et métamorphiques2. Puiser son énergie dans les entrailles de la Terre. Le cœur brûlant et les profondeurs de l'âme. Dense, vaste et incandescent.
1. et, en particulier, les roches plutoniques comme le granite
2. comme, par exemple, le gneiss et le schiste
Dans l'ordre
Comment pourrait-on habiter le monde si l'on ne sait habiter son corps...
Affranchissement
La joie immuable de celui
qui se laisse mener par le vent
Qu'importe les lieux, les paysages,
les difficultés du voyage
Le cœur clair et lumineux
Chez soi
Le blanc de la roche. Le vert des feuillages et le bleu du ciel. En ces lieux, je me sens chez moi. Pas âme qui vive. Pas un bruit à la ronde sinon le chant des cigales et là-haut (très haut) le cri d'une buse qui tourne au milieu des nuages. Et cette joie tranquille au fond du cœur.
Un rien suffit !
2 papillons qui batifolent autour de moi. Et me voilà aux anges...
Garaku
« Même poursuivi
le papillon
jamais ne semble pressé »
Qu'est-ce que la poésie ?
Non pas des signes à déchiffrer. Non pas un message à décrypter. Non pas un mystère à élucider. Ce n'est pas cela la poésie. Plutôt une résonance au fond du cœur. Et, mieux encore, la reconnaissance d'une fraternité...
Sur la table du poète
L'encre bâtisseuse ; à sa manière
Édifiant les possibles
Invitant la lumière
à se déployer dans la pénombre
Imprimant sur la page
le rêve des hommes
Œuvrant à l'exercice intime
Visant – peut-être – le plus précieux ;
et le plus lointain aussi – sans doute
I have a dream...
Si chacun pouvait reconnaître en l'autre sa propre humanité, le monde se porterait mieux (beaucoup mieux). Et si l'on étendait cette fraternité à l'ensemble du vivant (et soyons fous ! à l'ensemble de l'Existant) la Terre deviendrait un vrai paradis !
Modeste fanal
Deux étoiles à la place des yeux
Au fond de cette nuit trop noire
Poids
Dans ces pages, les mots pèsent moins (beaucoup moins) que l'âme...
Quelque chose en nous
Qu'importe les échecs, les succès, le voyage, les visages, les poèmes ; quelque chose est là qui nous invite et qui se cache derrière notre folle envie de savoir – derrière notre folle envie de comprendre ; et qui nous appelle ; et que nous ne savons ni voir ni entendre...
Asile
A l'abri des rêves et de l'écho du monde
Par-dessus les blessures et le sang
L'âme délicate et silencieuse
Dans son refuge de terre
Spectacle
Dans le silence du soir
Le chant de la lune
Et la danse des fleurs
Quelque part
Quelque part
Au cœur du monde
Au milieu des prières silencieuses
Parmi ceux qui n'ont besoin ni de mots ni de mains
A nous emplir de la joie et de la beauté
que l'humanité n'a pas encore réussi à souiller
Vendredi 25 juillet
Terre à terre
Qui que nous soyons – maître du monde, quidam ou va-nu-pieds – tant que nous serons sur cette terre, il nous faudra boire, manger, dormir, pisser et chier, satisfaire nos besoins de mammifère...
Sans manière
L'âme simple et joyeuse en ces lieux sans cérémonie
Ascèse
Il y a quelque chose en moi du pénitent (et peut-être aussi quelque chose du sacrifice) ; une manière d'aller dans le monde avec austérité et mortification. A contre-courant de cette société qui prône le plaisir, le confort et l'agrément.
S'effacer
Sans même un visage
Sans même un nom
auquel se raccrocher
Halte quotidienne
Assis sous les frondaisons. A contempler le monde autour de moi, à sentir la caresse du vent sur mon visage et mes jambes nues, à égrainer les heures entre lecture, méditation et quelques pensées notées sans empressement sur mon carnet. C'est ainsi que j'ai passé l'après-midi aujourd'hui... presque comme chaque jour même si, bien sûr, aucun jour ne se ressemble...
Notre labeur
Rien que ces mots
Et ce sourire au-dessus des âmes
Au-dessus du monde
Et notre main –
et notre cœur – besogneux
Lapalissade
Ce que j'écris tient parfois de l'évidence ; la tête dit : « bien sûr ! Tout le monde le sait ! ». Mais lorsque ce qui s'écrit vous a traversé l'âme jusqu'à la moelle, cela résonne avec force comme une vérité vivante (et devient bien plus qu'une simple idée) que les mots sont bien en peine d'exprimer...
Progression
De seuil en seuil
Jusqu'à la pleine liberté
Un merveilleux parfum
Ah ! Cette odeur enivrante d'encre séchée lorsque l'on enfoui son nez entre les pages d'un livre neuf ! Lire est d'abord une expérience sensorielle ; visuelle, tactile et olfactive avant d'être un délicieux moment d'intimité et une rencontre avec un texte et un auteur...
Un geste de partage
Il y a tant d'amour partagé dans la compagnie d'un bon livre. Cela vous redonne foi en l'homme et en l'humanité...
Terre promise
Quelques rêves
déposés sur la pierre ;
abandonnés par celui qui s'avance
le front bas et l'âme inclinée
vers ce lieu où chaque pas fait naître une fleur
où chaque mot est un oiseau qui s'envole
au-dessus des malheurs et des cris
Demi-sommeil
Une torpeur parfois me saisit. Une brume tendre et enveloppante qui donne à l'esprit une texture cotonneuse et au monde l'apparence d'un rêve...
Là-haut
L’œil rivé au peuple des étoiles
Comme si notre destin en dépendait
Une immense communauté
Tous ces amis de papier. Disponibles. Partageant leur existence, un peu de leur âme et de leur voyage. Les écrivains constituent une sorte d'immense communauté fraternelle affranchie de l'espace et du temps.
Inclination
A notre place
Hors de l'édifice
Loin de l'épaisseur du temps
Allant penché
Par-dessus le rêve
Évanescence
Traces éphémères quoi que nous fassions ; quoi que nous laissions derrière nous... Même les personnalités publiques de « première importance », évidemment... Qui se souvient de ceux qui ont fait l'actualité (et ce quel que soit le domaine) 1 an, 10 ans, 20 ans après leur disparition ? Et même les icônes historiques (les Léonard de Vinci, les Gandhi, les Mère Thérésa, les Einstein) quel est leur véritable héritage ? Une image, un mot, un geste, une formule... Quel poids ont-ils dans nos vies ? Quelle influence ont-ils sur nos gestes quotidiens ? Rien. A peu près rien...
Peu importe donc qui l'on est, il convient de faire « ce que nous avons à faire » pour la joie que cela procure sans jamais se soucier de ce qu'il en restera...
Kitô
« Brume du soir
pensant aux choses du passé
comme elles sont loin ! »
A chacun son rôle
Le cœur est voué à aimer ; l'esprit à connaître ; et l'âme à relier...
Conversion
Lentement
Le plus lointain
A travers cette longue absence –
peu à peu – convertie en silence
Samedi 26 juillet
Sans intérêt
Toutes les idées trop éloignées de la vie et du vivant me semblent sans intérêt. Du verbiage souvent sophistiqué. Une parole morte dont le souffle et l'envergure font défaut...
Un manque de curiosité
Ici ; sans jamais s'interroger sur ce qui relève du rêve et ce qui relève du réel...
Face au réel
Sans rien imaginer
Entre mirage et merveilles
Au cœur de l'écume
Les yeux, le bleu, la blessure
Ce qui glisse lentement vers l'invisible
Le long de la ripisylve
Aujourd'hui, balade le long d'une rivière. Les plantes rivulaires sont abondantes ; des salicaires, des reines des prés, des angéliques des bois. Et un peu en hauteur sur le bord du chemin, du lotier corniculé, du sureau hièble, des cardères et quelques cirses communs.
Si près
Le cœur posé
contre les flancs de la terre
si proche que l'on sent la respiration du monde
si proche que l'on voit danser ensemble
la vie et la mort
Sans halte
Pas de pause cet après-midi. Le sol est détrempé par une petite pluie fine et tenace.
Issa
« Où peut-il aller
dans la pluie
cet escargot ? »
Un peu de vaillance
Le courage d'aller seul vers le silence...
Toujours à la merci
Aux mains du monde
Comme si nos vies et notre sang
n'appartenaient à personne
Comme s'il nous fallait obéir
aux impératifs des morts et des vivants
Inclinaison
Au milieu des rêves (presque) sans jamais succomber...
Disparition
Effacer consciencieusement ses traces. Suspendre la parole. Et s'en remettre à la lumière.
Reflet
Le cœur assis
au cœur des saisons
sur la pierre qui reflète le ciel
Horizon
Les yeux posés par-delà ce qui se voit. Entre le monde et l'ineffable.
Toujours plus loin
Aller encore dans cette saine fatigue sans très bien savoir pourquoi...
Malgré tout
Le cœur silencieux
Comme un ciel au-dedans
affranchi de la nuit
En dépit du monde si proche
Naturellement
De plus en plus simple...
Mystère
Sous la lune et le vent
Quelque chose de fragile
Un reflet peut-être
Le secret de la nuit
qui passe au loin
Comme une énigme
qui refuserait sa résolution
Dimanche 27 juillet
Au cœur de la forêt
A courir les bois comme un vagabond heureux...
Hélène Dorion
« Aucun chemin
Juste quelques pas
A la lisière de l'aube »
Wilderness
S'enfoncer dans le sauvage – le plus sauvage de ces contrées. Corps et âme. Dans l'érème du cœur et de la géographie...
Le plus naturel
Cette joie douce et tendre
qui mêle la gratitude et l'émerveillement
face aux choses du monde
face aux visages qui échappent au sommeil
Loin des injures et des offenses
Loin des brimades et des cris
Le substrat de tout
Là où la tendresse est la seule substance...
Immuable
Au cœur de la forêt dense. Quelque chose de l'éternité. Le jeu perpétuel du vivant.
John Muir
« Encore une de ces magnifiques journées de la Sierra, au cours desquelles on a l'impression de se dissoudre et d'être absorbé, puis envoyé tout palpitant on ne sait trop où. La vie ne semble ni longue ni courte, et nous ne songeons pas plus à gagner du temps ou à nous dépêcher que les arbres et les étoiles. Voilà la véritable liberté, voilà une excellente et pratique sorte d'immortalité. »
Halte forestière
Ah ! Qu'il est doux de se laisser bercer par les heures tranquilles de ce début d'après-midi ! La tête plongée dans un livre ou les yeux scrutant le ciel. L'esprit collé au réel ou vagabondant au pays de l'imaginaire. Chassant de temps à autre, une mouche un peu insistante ou changeant de posture pour éviter les fourmillements. La belle vie, quoi !
Atermoiement
La peau et l'âme contre l'arbre
La chair si près de l'humus
Le cœur si près du ciel
La tête entre les nuages et la poussière ;
entre la terre et la rosée
Encore (un peu) hésitante
Volupté
La douce étreinte de ce qui nous habite...
Pudeur
Ce qui ne peut être dit, on le conserve par devers soi – comme un trésor caché au fond de l'âme...
Ce qui est donné
Le cœur bleui par la lumière
Comme de l'or entre les mains de Dieu
Devinant notre plus secret désir
Offrant le feu et le ciel ;
un peu de poésie et d'éternité
Rituel
Lorsque je quitte un endroit où j'ai passé une partie de l'après-midi, j'ai toujours un petit geste de gratitude* – mains jointes à hauteur de la tête et le buste incliné – pour remercier les lieux et les arbres qui m'ont accueilli. Puis, d'un pas tranquille, je prends le chemin du retour...
* avec, souvent, un peu d'eau versée aux plantes près desquelles j'étais assis...
Quelques notes
La petite musique de l'âme...
En ces lieux
Au loin
Le murmure
Le léger bruissement de la source
Caché au cœur des vivants
Par-dessous l'effervescence
Et par-dessous les cris
Entre la chair et l'âme
Et que les yeux reflètent quelques fois
Trésor
Porté par un élan de tendresse ; vers le plus fragile et le plus précieux...
Tonitruant
Du sable entre les mains. Et ce rire (à peine croyable) qui résonne au fond de la poitrine – une hilarité irrépressible, incompréhensible, incontrôlable, (presque) monstrueuse – comme si l'intérieur s’agrandissait, devenait l'espace – le monde et ses créatures – la vie et la mort...
Entremêlement
L'écho et le secret
enchevêtrés
dans la même parole
déguisée tantôt en cri
tantôt en murmure
tantôt en silence
Au-delà des peurs
Précipité vers ce qui terrifie les hommes ; vers ce qui réduit tout à néant ; vers cette joie de n'être plus rien...
Comme un songe
L'incroyable irréalité de ce monde...
Sacre
Couronné du tremblement des humbles
Sans trône
Sans légende
Assis au-dessus du sommeil
Les lèvres si près du feu
Et le visage pas même étonné
devant les fantaisies du monde
Comme un parfum d'enfance
Dans l'air
Comme un parfum d'enfance
Ciel et soleil des premières fois
Lorsque le cœur frémissait devant l'inconnu
Lorsque l'âme savait jouer avec légèreté
Lorsqu'il n'y avait ni peur ni mémoire
Lorsque les joues se coloraient de bleu
rien qu'à respirer
Érosion
Au terme du récit – peut-être
Comme si la nécessité du témoignage
s'était érodée au fil des pages
Fin de l'aventure
Peut-être que ce seront là les derniers mots, les dernières lignes, les dernières pages d'une longue aventure* commencée il y a près de 30 ans...
* j'ai commencé à écrire lorsque j'avais 27 ans
Christiane Singer
« Le voyage – ce voyage-là du moins – est pour moi terminé. A partir de demain, mieux : à partir de cet instant, tout est neuf. Je poursuis mon chemin. »
Sans fin
De ce pas peut-être
Comme si un autre voyage m'attendait...
Tout continue
Ce qui s'écrit
la fin de l'histoire
Les premiers pas dans l'infini
Chuchotement
A la nuit tombée
Le vent qui murmure
à travers les frondaisons –
le silence et la pluie
Quelque chose d'une parole
que très peu savent écouter