Carnet n°320 Ce qui veille au fond de l'âme
Juin 2025
L'âme cambrée qui s'émerveille
Le regard posé au-delà de la chambre ;
au-delà du monde ;
au-delà même de la mort
Au terme de tous les sommeils ; la lumière et l'infini
A reculons ; jusqu'à la première étoile
Au fond des yeux
Au fond de l'âme
Le joyau et le poison
Le regard et le cœur
Rivés au ciel, au monde, au chemin
Indécrustables(s)
Tout ce qu'il nous faut soustraire
pour approcher la joie
Par-delà les murs
Par-delà les noms
Le scintillement des choses
Et l'émerveillement de l'âme
En soi
Quelque chose de vivant
Par-delà la chair et le sang
Vêtu(s) de voiles et de tremblements
Sur ces rives venteuses et froides
où rien n'est laissé au hasard
où tout danse avec le reste
où l'on s'abrite et se réchauffe de mille manières
où l'on ignore en quel lieu se cachent la vérité et la joie
Les lèvres closes
De plus en plus
à mesure que l'on sait
Gestes et sourire seulement
Au-dedans de l'esprit
L'apparence du monde
Une manière – parmi mille autres –
d'apparaître ; et de donner aux reflets
mille raisons d'exister
L'oreille attentive
au chant silencieux des arbres
à la nuit tombée
[lorsque les hommes ont quitté la forêt]
Sans soi
Parfaitement libre
Dégagé de tout obstacle
[Et un peu plus qu'une absence – bien sûr]
Loin des murs et du sommeil
Auprès des arbres et des fleurs
A l'ombre de ceux qui peuplent la forêt
Au fond de leur royaume
Là où seul le ciel est souverain
Le cœur de l'homme
si étrangement agencé
où tout se mélange
au sommeil et au miroir
Peu à peu dévoré
Comme si le monde était un ventre
Auprès des gardiens du Seul visage
Dans la même main
Le monde, le temps, la mort
Et dans l'autre ; l'oubli
A propos du ciel
Quelque chose de discret et de délicat
En dépit de l'immensité
Se rappeler que la tête est le siège du rêve
et qu'il existe un imaginaire bien plus vaste que le réel
Alors que tout se rue
Alors que tout se jette
Aller à son rythme
Vivre avec attention et tendresse
Le chant si près de la matrice
Là où le silence est le plus audible
L'âme, la pierre et l'invisible
Toute notre géographie
Une solitude silencieuse
L'âme et le verbe ardents
L'encre et le geste généreux
Cette fièvre (un peu folle) de signes et de sang
La chair et le mot jusqu'au délire
Alors que derrière les apparences
règnent le silence et l'invisible
[Preuve – s'il en est – de l'incroyable cécité de l'homme]
Tout ce que l'on oppose au mystère
au lieu de plonger dans ses profondeurs
A jouer à côté du secret
comme si l'on préférait le rêve à Dieu
Si proche
de ce qui habite nos profondeurs
Plus enclin(s) à édifier qu'à effacer ;
à amasser qu'à soustraire ;
à jouir qu'à aimer ;
à séparer qu'à rassembler ;
Du côté de la tête et de la pierre
plutôt que du côté de la tendresse et du cœur
Ce qu'il faut d'effacement
pour habiter l'invisible
et témoigner du merveilleux
Là
en songe
Sur cette terre
Ce qui existe
Tout ce qui existe
Y compris ce qui regarde
Y compris ce qui témoigne
Le visible peu à peu déserté
pour une contrée encore inconnue
Peut-être l'Amour
Peut-être le silence
Peut-être l'infini
Ce qui se laissera explorer
Dans la main
Le feutre tenu par l'âme
Et au fond de soi
ce qu'il faut de rire, de silence et d'effacement
pour dire le monde comme il va
Au fond de soi
peut-être une ombre plus grande encore
Paroles nées de ce dialogue silencieux avec soi
Si proche de ce qui passe sans un mot
Si discret ; presque imperceptiblement
Entre ferveur et regard
ce qui pénètre le monde
Jusqu'au vertige
Et jusqu'au délire – quelques fois
Ce qui se dit au-dedans
et qui, parfois, efface le rêve et la nuit ;
la face hideuse de ce monde
Indifférent(s) à celui qui sait
Le long défilé
des visages et des choses
des rêves et des saisons
des morts et des vivants
(presque) toujours gorgés d'espoir et d'angoisse
S'abandonner
Sans doute – la plus juste manière
d'entrer dans le jeu de la vie et du monde
et de se laisser porter par ce qui est offert
De plus haut que la tête
A la source du discernement
Ce qui se dit
Ce qui se voit
Si légèrement
Là où la vie se faufile
Sans même savoir qu'elle s'y trouve déjà
Sans même savoir où elle va
Le cœur remisé
Comme si l'on rangeait un accessoire
un instrument d'apparat
que l'on ne sort que
pour les grandes occasions
Tout au long de l'histoire
Le même mystère
Les mêmes consignes (parfaitement inutiles)
De quoi rêver un peu
au lieu d'affronter l'inconnu
Loin des modes et des choses à faire
Loin des listes et du royaume
Ce que nous vivons
dans la plus parfaite solitude
Le cri de la chair
A travers tous les déchirements
Comme si la nuit
se ruait sur les âmes
Comme si le monde
n'était qu'un amas de douleurs
Quel monstre se cache
sous les paupières du monde
pour qu'il y ait tant de gestes barbares ?
On offre ce qui n'appartient à personne
Si proche du monde, des choses, des visages
que tout nous confie ses secrets
Le mystère si près des fleurs
Si près des pierres
que l'on doit pencher son cœur sur la terre
oublier le ciel (pendant quelques instants)
pour regarder les fols élans
de ce qui en paraît le plus éloigné
Dieu s'y cache ; Dieu nous y attend
Le cœur
si étroitement lié au chemin
Épousant ses méandres
et ses courbes
Ce qui constitue
notre géographie intime
Si irréel
le monde
du haut de l'esprit
Sur la même carte
L'âme, le ciel, la vie
avec des légendes annotées
de nos propres mains
Il n'y a de dehors
Tout est à l'intérieur
Ce dont l'âme s'empare
Ce que restitue le chant
le cœur ; le monde
leur danse
Ce qui fait vibrer la trame
A notre place
Sous ce coin de ciel
Tout se meut
à force de désir
Qu'importe les visages et les lieux
Qu'importe les circonstances et les saisons
Tout nous accompagne
Tout est passage et initiation
Le cœur au fond du chant
Le plus intime exprimé par le poème
Rien que le regard et le vent ;
et des âmes qui s'étreignent
A notre insu
le plus souvent
Ce que l'on croit être
et ce que l'on est
Ce que l'on croit savoir
et ce que l'on sait
Ce que l'on croit offrir
et ce que l'on offre
jusqu'à ce que tout se confonde
jusqu'à tout rendre indistinct
Rien à la place du cœur balayé
Le même vide qu'au-dehors
Le cœur ombragé
par l'envergure du monde
Si ancien
le labeur de l'homme
Et pourtant rien
(à peu près rien)
n'a changé
A aiguiser son âme
comme si l'on pouvait ainsi
faire apparaître l'Amour et la lumière
Tant d'âmes et de ciels différents en ce monde
Dans la compagnie d'un livre
Une part de soi ; un peu de vérité
au milieu de tant de rêves
L'enfance aussi
Et même le vent
Quel que soit l'âge
Et se laissant ainsi emporter
Au fond de la forêt
L'oubli du monde et du temps
Manière de ne rien attendre
et de laisser advenir
ce que l'on a trop longtemps négligé
L'âme et la main
entre le ciel et la douleur
A l'exacte place de l'homme
Ce qui s'écrit
la fin de l'histoire
Les premiers pas dans l'infini
Sans se hâter ; vers la lumière
Le cœur cédé à la terre
Le front face au vent
Des seuils et des deuils
Toute l'histoire de l'homme
Entre le souffle et le rêve
Ce que nous construisons
Quelque chose de la tentative
Des territoires et des royaumes
Des remparts et des drapeaux
Ce que l'on conquiert
et ce que l'on protège
la plus commune manière d'être vivant
en ce monde
Derrière le silence
Dieu
Les bras grands ouverts
Le cœur battant
Avant et après l'homme
Ce que nous étions
Et ce que nous serons
Au milieu des mots
Au centre de notre ancien royaume
Le trône déserté à présent
A déambuler le cœur un peu triste
en ces lieux qui n'ont jamais connu d'auditoire ;
Encore plus seul et désemparé qu'autrefois
L'existence ; un simple passage
Que restera-t-il de cette brève traversée ?
Rien sinon – peut-être – ce que le cœur aura compris
Ressentir
comme si le cœur était le seul organe vivant
Ce qu'il restera ?
Peut-être un sourire
Peut-être une grimace
Peut-être quelques mots
Une image sans doute
A rêver
à travers les larmes
A penser
à côté du secret
A tenter de vivre
de toutes ses forces
et, si souvent, en vain
Toute une vie de désillusions et d'adieux
Et qui sait ce qui existe au-delà ?
La figure de l'infini
Là où sont les reflets
Et là où ils ne sont pas
Jusqu'à la dernière question
Puis (d'une manière ou d'une autre) disparaître
Le cœur aux aguets
au milieu du tumulte
cherchant parmi les danses
et les calligraphies
quelques signes sacrés
l'évidence d'une présence
la figure du Divin
Livres-compagnons
tant de fois ouverts
Et abandonnés depuis longtemps
à la poussière
Au rythme de ce qui passe
La vie
Le feu qui bout encore
au fond du sang
à l'origine de cette ardeur incandescente
qui pousse à aller aussi loin que possible
[quoi que nous entreprenions]
En soi
Ce qui demeure
Ce qui ne se voit pas
Comme une tendresse
dans les remous
Aller
Jusqu'à l'impossible
Jusqu'à l'impensable
Et au-delà encore
Là où le sacré perd son nom
Aucune certitude
ni sur la vie
ni sur la mort
ni sur le monde
ni sur le temps
ni sur soi
ni sur le reste
Manière de dire peut-être
que rien ne peut être dit
[Des évidences vraies dans l'instant
et qui s'avèrent fausses l'instant suivant]
L'âme étrangère
aux rites du monde
aux sacrifices
et aux jouissances
de la chair
Trouvant sa joie
dans un sourire innocent
L'esprit passant
et repassant
à travers tous les arcs-en-ciel
comme s'il prenait un malin plaisir
à côtoyer toutes les chimères du monde
Nous dépouillant
de plus en plus drastiquement
à l'heure de la simplicité
Nous laissant habiter par l'âme du monde ;
et l'esprit de la terre
Nous abandonnant peu à peu
à la tendresse et à l'innocence
Au fond de soi
quelque chose de l'Absolu et des saisons
presque sans distinction
Vivant
à travers toutes les nécessités
Au fond même du sommeil
Quelque chose du théâtre et de l'oubli
La possibilité du monde
Et le cœur battant
presque aussi vaste que l'infini
A rêver encore
Comme si la brume
n'était pas déjà assez épaisse
Pieds nus
A travers la forêt
Sur ce chemin de terre
Voyage peut-être
jusqu'aux premiers hommes
qui vivaient au fond des bois
Dans le désordre
et la précarité
du cœur
Nos vies-fouillis
Nos vies fragiles
Et la tristesse
de ce qui n'a jamais été étreint
Le jeu des allées et venues
cet affairement
au cœur de l'immuable
L'âme fébrile
Et le cœur pas tout à fait consentant
Face à face
avec le reste
avec ce que l'on porte
comme la goutte d'eau devant l'océan
Ce qui nous effraye
Ce qui nous submerge
Ce qui nous dévaste
Ce qui nous dépossède
Comme si l'on était en train de mourir
Accroché à ce qui demeure
Et le reste (tout le reste)
immanquablement emporté
La perspective métaphysique
adossée au plus trivial
Toutes nos gesticulations ne sont que
des manières de fuir ou d'apprivoiser
les limites et les infirmités de notre condition
Sans répit
Le temps
La vie
Le monde
Et ce qu'il faut trouver
au fond de soi
pour faire une halte
Le cœur hissé
au plus haut du monde
Et l'âme qui devient légère – si légère
comme une feuille portée par le vent
La lumière
dans sa course obscure et souterraine
et qui, un jour (sans crier gare),
vous éclate en plein cœur
L'ombre du visage et du nom
qui recouvre cet infime pan d'infini
cette (si singulière) manière
de se tenir dans le monde
et de danser avec le reste
Comme si la mort
était déjà là
En pleine lumière
La mort encore
La mort toujours
Au cœur de la vie
Au cœur du vivant
pour bousculer
les habitudes et l'inertie
Installé
dans un recoin du cœur
A l'abri du monde et du vent
A travers les épreuves
passer du devenir à l'inexistence
Apprendre à s'effacer peu à peu
Une existence entière vouée aux soustractions
Hors de soi
Rien d'autre que le mensonge et le néant
Le cœur bleui par les tremblements
Passant d'un temps long à un bégaiement
Comme si l'argile se décomposait
Comme si le monde menaçait de s'écrouler
L'âme recroquevillée derrière ses remparts
Un temps unique
Un temps mortel
Et quelque chose en nous
qui cherche un recours ; une issue
ou, à défaut, la tendresse d'une main
ou un cœur à aimer
A travers le silence et le vent
Ce qui ressemble parfois à un rêve
Ce qui ressemble parfois à un poème
Au milieu du monde et de la poussière
Nos visages et nos plaintes
Nos âmes et nos prières
Ce qui aurait pu être une fête
au lieu de ce grand désordre
au lieu de ce grand gâchis
Comme l'eau des rivières et les nuages
Au milieu des cimes et des pierres
Nos existences ;
Assez insaisissables et inconsistantes
passant, se transformant et disparaissant
sans laisser la moindre trace
Là où est l'étoile
il y a l'ombre
Et là où est la lumière
il y a le passage
Parfois (de temps à autre)
Une présence au monde
gracieuse et émouvante
Une manière d'être là
au milieu des Autres
qui donne envie de pleurer
et de serrer dans ses bras
un cœur humain
en ces lieux d'indifférence et d'hostilité
Au cœur de l'aventure
Sans aucune communauté d’appartenance
Sans ami (à dire vrai)
En sa propre compagnie
Et avec le réconfort de ce que l'on porte
en son for intérieur
Au-delà des frontières et des remparts
Au-delà des cercles étroits
En ces lieux où l'infini nous tend les bras
Là où la nuit s'est ouverte
le cœur inquiet
légèrement frémissant
un peu déchiré peut-être
Et devant cet étroit passage
ce que nous apercevons
blottie au fond du sang et du sommeil
au milieu des désirs et des rêves
cette étrange lumière
Au-dessus du monde
Là où il n'y a ni début ni fin
Là où la porte demeure toujours ouverte
Là où la sensibilité est si vive
que les larmes montent aux yeux sans raison
Au cœur du cercle
Au cœur du feu
Parmi les nuages qui se moquent du nom
que l'on donne aux choses
Un sourire
Un peu de tendresse
pour conjurer le malheur
et faire émerger ce qui se cache
au fond de l'âme
assez d'Amour
pour soi et pour le monde
Les joies de l'enfance
offertes à ceux
qui n'ont plus rien entre les mains
A l'ombre de l'immensité
parmi les vagues et l'écume
des armées de galériens
Là où l'âme se pose
le feutre en témoigne
qu'importe où va le pas
Ce que relatent ces pages ?
l'itinéraire intérieur
[avec ses détours et ses impasses]
A tout instant
La terre sous nos pas
L'âme joyeuse
Et la possibilité de soi
Le vent déchirant l'air
emportant tout ce qu'il soulève
ne laissant que ce qui ne peut être emmené
Nettoyant l'âme et le monde
Œuvrant à la nudité nécessaire
à l'émergence de la lumière
Une fois encore
S'assurer que tout a été soustrait ;
qu'il ne nous reste pas même un désir
pas même une ombre
pas même un nom
Sous nos yeux
Ce tumulte et ces ruines
Ce sang et cette solitude
Et ces âmes abattues
Et ces cœurs indifférents
se demandant parfois
ce qu'ils font en ce monde
La parole partagée
entre le cœur et le silence
Ne sachant à quel saint se vouer
Ignorant encore qu'à terme
tout devient silencieux
Si seul devant ce vaste monde
devant cette multitude affairée
Sur notre table
Une feuille blanche
Un feutre noir
Et plus grand-chose à dire
Plus grand-chose à partager
Le cœur
Les choses
Ce que l'on nous prête
Ce que la vie nous confie
En plus du secret
Le cœur
affreusement usé
par les événements
ce dont il est le témoin quotidien
ces désastres qui sont
aux yeux des hommes
des fêtes et des festins
Par-dessus les ponts inutiles
Le ciel
Les danses invisibles
ce que le cœur devine
ce que le cœur pressent
Comme un soulèvement
que l'âme doit expérimenter
Une terre printanière
où le temps est un voyage
où l’œil a ramassé toutes les saisons
où l'infini tient dans la paume de la main
où tous les gestes sont précis
autant que le choix des mots
Là où l'absence est une caresse
Là où rien ne dure jamais plus d'un instant
et dont on ne franchit le seuil
qu'en retrouvant cet Amour caché
au fond de soi
Le cœur simple
La parole limpide
vers cet éblouissement qu'est le monde
Le bleu du ciel partagé
en autant de parts que nécessaire
Intensément
et sans peine
Là où tout recommence indéfiniment
Un désir d'ailleurs
de l'autre côté de la chair
plus près du ciel que du monde
Là où l'esprit peut se réinventer
franchir le seuil des possibles
aller vers une rive suspendue
qui ne laisse s'approcher que
les âmes dénudées
Ceux qui passent
d'une nuit à l'autre
Ceux qui traversent l'abîme
La lumière aux trousses
visitant les alentours
rêvant peut-être de tous les ailleurs
allant ; allant
courant après quelques rêves
ou essayant d'échapper à de vieux démons
Le cœur pénétré
Le cœur à vif
Le cœur pensif
Sous le ciel immobile
Sur la terre changeante
Déchiffrant les visages et l'absence
Solitaire sous les étoiles
La peau caressée
par le plus sauvage
Au milieu des vents et des bêtes enlacés
Désentravant l'âme
Et offrant à la chair
son lot de sensations
Sur la même route
que ceux qui s'égarent
Tout aussi maladroit
Tout aussi ignorant
Allant au gré des nécessités
Allant au gré du vent
Là où se couchent les mots
Sur ce grand lit d'herbes et de pétales
Entre les fleurs et les papillons
De l'autre côté du vacarme ;
loin de cet horrible raffut
que font les hommes
Le cœur consolé
par ce qui creuse – en nous – le silence
Si désespérément au monde
parce que le secret, peut-être, demeure caché
On serait fou d'Amour et de joie
si l'on savait...
Sans réponse
Sans pourquoi
La voix poétique
Et le cœur enchanté
Des pas pour rien
Aux lisières du mirage
Jusqu'au bord du miroir
Dans la coulée humaine
Le ciel en tranches
pyramidal
Des apostats aux saints
Et qu'importe la couleur de l'âme
pourvu que l'habit fasse illusion
Les yeux fermés
Au service de la lumière
Sous un ciel impassible
Toutes nos facéties
Sans autre territoire
que les reflets et le voyage
Et qu'importe qu'ils soient illusion
Près de soi
La main de Dieu
A la manière du vent
à travers l'âme et l'existence
Là – en soi
Quelque chose
A travers le plus familier
Comme un écho du plus lointain
Le rayonnement discret de la vérité
Et ce chemin qui serpente
entre les fables et le sang
jusqu'au seuil de l'invisible
Chaque jour
A travers notre besogne
l'approfondissement du passage
vers l'immensité
A l'écart de ce qui nous écartèle
Les mains posées sur la table de bois
Le cœur léger
Au cœur du temps qui passe
Parmi ceux qui échappent au sommeil
Sans peine
Au bord de la tendresse
Le doigt pointé vers le monde
Et au fond du cœur
ce qu'il faut de ciel
pour faire naître
le moindre possible
Auprès de ceux qui restent silencieux
Si vivants dans leurs gestes
Si aimants dans leur façon d'être au monde
Si sages dans leur anonymat et leur discrétion
Ne laissant rien paraître au-dehors
Et existant bien au-delà de la vie et de la mort
Le cœur recouvert de neige
La langue glacée
L'âme frigorifiée
S'essayant à l'Amour
dans cet environnement (particulièrement) hostile
Au cœur de toute cette chair ;
Tant de rêves remués
Et tant d'âmes turbulentes
Le poème et le pas
discrets et inflexibles
Ce sur quoi nous versons des larmes
Qu'importe les rires et les visages
Le cœur en poussière
Le cœur un peu sauvage
rôdant sur ces rives trop peuplées
à la recherche d'un lieu propice
à la solitude et à la prière
L'âme aventureuse
allant sans rien redouter
aux lisières du plus effroyable
et rencontrant, trop souvent, le pire de ce monde
De ces larmes qui réchauffent le cœur
de cette manière d'habiter le monde
Sans question
Confiant dans le mystère
Au milieu de ceux qui s'attardent (un peu)
et de ceux qui s'en vont
Abandonnant le moins nécessaire
pour essayer d'apprivoiser la vie et la mort
Sans autre faim que celle de l'Absolu
A mesure que la parole s'épuise
L'âme et la main s'accordent
deviennent inséparables
puisent l'une dans l'autre
donnent leur couleur
au geste et au fond des yeux
Des rêves déshabillés jusqu'à l'os
Et ce qu'il en reste ?
Rien
Un peu de poussière et d'écume
sous le front
Hors des rêves
Au-dessus des ombres
De l'autre côté de la nuit
Là où l'âme délaisse ses recherches
pour s'asseoir sur la pierre
et s'offrir (sans arrière-pensée)
au ciel et à ce qui passe
Le cœur à l'ouvrage
s'appliquant à s'abandonner
aux lois de la traversée
aux impératifs du passage
Sans trace
sans indice
Le chemin
A se demander
s'il en est un
Ce qui veille
au fond de l'âme
Et qui sait
ce que nous ne savons pas
ce que nous ne pourrons jamais savoir
Des paroles comme des pierres
qu'on lancerait dans l'eau
pour le plaisir de les voir disparaître
et s'enfoncer dans les profondeurs
Dieu oublié
dans le geste
et dans la voix
en ce monde
où tout est poussière
et pourrissement
A travers le chant
l'âme et l'homme
ses prières
et ses excréments
ce qui nourrit la terre
et ce que l'on abandonne au ciel
Le merveilleux et la misère des lieux, des existences et des liens
Autour de nous
tant de territoires
et de frontières
tant de pièges
et de remparts
tant de paroles inutiles
Comme si le monde
était le lieu du superflu
Au-delà du dicible ; quelque chose encore
L'air de rien
Comme tous ceux qui sont
qui privilégient l'être
le cœur comme un soleil
et l'âme si joyeuse
sous une allure quelconque
anonyme – passe-partout
Rien que l'âme et le vent
comme si la langue devenait lointaine ;
presque incompréhensible
comme si le cœur aspirait
à moins d'abstraction
à embrasser le réel
à rejoindre – sans doute le plus intime –
le plus précieux du vivant
L'enfance qui rayonne
sur ces terres si nocturnes et si sérieuses
Au fond de la forêt
Là où il est encore possible d'échapper
à la folie des hommes
A l'heure où la vie nous quitte
la fin du monde – peut-être
L'âme face à son destin
rassemblant ses maigres bagages
avant de sauter à pieds joints
derrière le rêve
Aux abords du ciel
si distraitement
passant et repassant
sans ressentir l'urgence du plus vrai
Si étroitement logé
dans un recoin du monde
Et allant de travers
Comme courbé par le manque
et la vérité cachée de ce monde
avec cet air d'automate
qui fait rire les nuages
qui traversent le ciel
Le cœur à sa place
là où la peur et la blessure
sont les plus vives
là où il n'y a
ni remède, ni solution
au milieu du monde
et face au vent
exactement
L'infini
si mystérieusement présent
là où il semble si absent
là où il n'y a plus personne
apparemment
Cette étrange impatience dans le sang
alors que tout s'en va
alors que tout nous quitte
comme si l'on voulait encore en découdre
comme si l'on n'était pas encore prêt à en finir
De l'or partout où le regard sait se montrer tendre
De ce pas peut-être
comme si un autre voyage nous attendait
Le vide à présent
En attente de quelque chose
A l'écoute de ce que la vie va offrir