EN PLEIN COEUR (VOLUME 1)
EXTRAITS DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2021-2022)
Le cours des choses – comme réel miroir de l’ineffable…
En présence du ciel – toujours – en sa propre compagnie…
Un gisement de lumière à l’abri des âmes et des mains trop enfantines
Il faudrait fouiller dans ce qui respire pour pouvoir découvrir une vérité vivante
La clé du mystère – en soi
Vagabond des bois ; au milieu des arbres et des bêtes ; la besace pleine de baies ; en guenilles – comme aux origines ; privilégiant le travail de la main plutôt que celui de la tête ; discret et respectueux – dans la parfaite continuité du silence qui règne sous les feuillages ; en accord avec toutes les lois en vigueur derrière les fourrés épais ; le cœur et le geste – si proches du merveilleux
Derrière l’œil – l'âme, la prière et la foi – sans prêche – sans église – sans croyance
Sur cette terre sans soleil – la tentative des mots pour égayer l’air – donner au vide une vibration particulière
Une manière d’apprivoiser la noirceur du monde – de défricher des voies nouvelles – de vivre sans trop de tristesse au milieu des hommes – au milieu des ombres – au milieu des tombes
Des hurlements
Face à la mort
Face aux vivants
Et la vérité qui passe – sans équivoque
Un peu de transparence
Comme la course du vent
Le monde émergeant de la buée –
de la brume – de l’obscurité
Comme un avant-goût de liberté
Condamné(s) au rêve et à l’évasion qui se transforment, quelques fois (très rarement), en voyage – mais qui se limitent, chez la plupart, à un peu de ciel peint sur une planche – à un soleil inventé – purement imaginaire – pour égayer (un peu) la couleur de l’air que l’on respire
Au cœur de l’histoire – les joues rougies par les larmes et les coups
Le cœur et la matière lacérés à force de refus
Le regard libre sur le monde et la nuit
Comme une lucarne posée au milieu du vide
La perfection à l’œuvre à travers l'imperfection apparente
Le bleu – quelle que soit la couleur du ciel et de l'âme
Une fête – ce silence et cette main attentive – amicale – sur notre épaule
Le cœur ému et rassuré
La langue au seuil de la lumière ; et le pas encore dans l'ombre
Avec la volonté farouche de résoudre toutes les énigmes grâce à la parole – puis, d’habiter le mystère à travers le geste
L’existence-lecture avant l’existence-vérité
Les mains qui apprennent, peu à peu, à sortir des poches ; le cœur de plus en plus engagé
Du côté des bêtes avant le basculement de l’âme vers le regard qui contemple
Nos vies – nos âmes – de la même couleur que le voyage
Sourire aux lèvres ; soleil au cœur ; le pas assuré
Au cœur de la terre – l’haleine chargée de soif et de poussière
Au bord de ce que nous sommes – face au vide – sans angoisse
Entre la pierre et le silence
Le cœur dénudé – comme d’autres portent la croix ou le turban
A travers le monde – le dessin si singulier de la lumière
Le voyage comme une marche ; et, à chaque pas, la possibilité du recommencement
Au-delà des légendes – au-delà des masques et des chimères – la vérité brute – sans trépied – sans enluminure
Et mille manières de se laisser cueillir
Au-dessus de la lie du monde – au-dessus de la lie du temps
Le ciel révolutionnaire au-dessus des patries simplifiées – des territoires parcellisés – de tous les périmètres inventés
Au-delà des croyances et des communautés ; au-delà de cet étrange besoin de se circonscrire – en allant au bout de soi – jusqu'à la plus complète appartenance
Gravées dans le granit et les yeux ouverts – d'infimes traces de lumière
Ce qui surpasse toutes les gloires ; l’anonymat et l’effacement...
A voix basse – l’écriture
La même ligne – longue et libre – à l’écart du monde – au détriment de tout
Quelque chose du souffle et, peut-être aussi, de la dérobade
Nous ; allant vers le plus sombre – là où la lumière est supportable
Sans idole – sans personne – sans la moindre image – sans le moindre rêve
En sa propre compagnie – réfractaire à toutes les compensations ; n'appréciant que l’Absolu et la joie (naturelle)
Au cœur de la solitude ; la communauté fraternelle à l’intérieur
Sur la pierre – l’esprit qui s’aiguise ; le bleu qui se cherche – et qui, peu à peu, se précise
Toute une vie (et des milliards d’autres) pour apprendre à se rejoindre – à incarner, le plus simplement du monde, le mystère ; une longue marche ; et des épreuves – assurément
Là où commencent la claudication et le besoin de nudité – les premiers pas sur la sente secrète et silencieuse...
Un océan de sable et de misère – sans phare – sans embarcation
Des existences de vagabond assoiffé – sans île – sans oasis – sans archipel
Le salut – dans le pas – seulement ; et notre manière de vivre et de voyager
La vie à l’ouvrage
Et les hommes qui se pâment ; eux qui ne chérissent que l’ambition et la conquête...
L’étrangeté du monde aménagée en (petits) sentiers praticables
Une terre favorable à tous les destins – à toutes les étrangetés
Et le malheur en chemin au lieu de la félicité
Tant de fièvre et de tourments – l'âme et la chair jamais épargnées par l'esprit et le monde
Le monde – tel qu’il est – à travers nos yeux
La seule réalité du monde ; notre inexistence
Là – au milieu de la douleur – obstinément ; quelque chose de la lumière
La mort penchée sur nos ténèbres – ce trou au fond duquel nous nous affairons en criant et en comptant les jours
Et haut – très haut – le ciel – insensible à cette misère
Et les visages tournés vers plus haut encore
L’aventure ; à travers le bruissement léger du papier – le frémissement de l’âme qui s’aiguise au contact du monde
Le jouet d’ardentes turbulences
Du feu – des eaux vives – des courants – et ce vent (fabuleusement) subversif – capable de renverser les plus lourdes charges – toutes les gravités
Et, un jour – sans crier gare – la beauté et l’Amour – en plein cœur
Allant – sans à-coup – sans paresse – vers l’intensité et la lumière
Vers la possibilité (enfin) d’une absence vivante
Comme un consentement – un chemin qui s’ouvre – le monde à perte de vue
Un chant – un poème – pour compenser la prière (si plaintive) de ceux qui espèrent
A la fois trame et lumière – matière et possibilité
La terre et le ciel aussi rugueux qu’étincelants
Roches – plantes – bêtes et hommes – empêtrés dans leur douleur muette ; et dans leurs croyances et leurs gémissements pour les moins dignes – pour les moins valeureux
A peine un peu de vie – comme quelque chose qui aurait glissé dans la nuit
L’encre folle – en fête ; au milieu des étoiles – des lignes transparentes
Le monde et l’invisible serrés l’un contre l’autre – à tout confondre – à s’y méprendre
Porté par une plume – légère – si légère – dans le vent qui emporte tout – après avoir tant creusé – après avoir tant pesé – comme si le passé n’existait plus...
Un trou – quatre murs – quatre planches – puis, à nouveau, un trou ; l’existence humaine (à quelques vétilles près)
Loin de toutes ces têtes –
derrière leurs barreaux
de tous ces ventres qui rêvent de vivres
Seul – pour jouir du jour
Choisi – en quelque sorte – par cette manière de vivre
L’âme – dans son coin – à l’abri des Autres
Quelque part – là où la solitude parvient à courber le temps – à déchiffrer le silence – comme une oasis au milieu du monde
Un monde de distance et de destination – où chacun se cantonne à la gestion de l’écart
Des manœuvres et des manigances ; des compromissions et des alliances – au détriment de la tendresse ; ni Amour – ni fraternité – l’existence réduite à de simples stratagèmes
L’esprit à la manœuvre
Le jour à tout prix
Puis, en son heure, la débâcle
La dureté des choses
Ce devant quoi il faut s’agenouiller
Comme acculé dans l'un des plus sombres recoins
de la nuit
La réception de la joie ; le cœur battant à tout rompre
La paume ouverte – sans spectateur – sans spéculation
Dans l’air – un parfum d’éternité ; et sur la joue – quelques larmes de gratitude
A la lisière de l’absence ; à travers la terre – au milieu du ciel – le chemin poétique – qui s’enfonce dans l’âme – qui rejaillit sur la page – comme une eau vive – une danse folle – sans retenue – sans interdit – la plume trempée dans la sagesse et les excès – magistralement vivante – traçant, sans application, la ligne (mouvante) du partage ; le dessus et le dessous du silence
Ce que dissimule – très précisément – le secret ; la signification du manque ; la vie qui s’entre-tue ; l’édification du dédale ; la mort au cœur de notre courage ; et, en définitive, ce qu’il nous sera possible d’expérimenter
Quelque chose du monde
Des murs devant soi – des portes fermées que l’on imaginait ouvertes
La danse – des danses (toute une série de danses étranges et variées) et l’œil ensommeillé
L’espoir écrasé à coup de masse – à coup de caresses – à coups de souliers
Ici – comme les Autres – à glisser vers sa fin
Le monde malgré lui – presque rien...
Dehors – comme s’il n’y avait de dedans
Des hurlements – comme s’il n’y avait de langage
Des coups – comme s’il n’y avait d’Amour
Des bêtes et des hommes ; des bêtes – partout – des bêtes – comme s’il n’y avait que cela
Et, de temps à autre, un arbre – un poète – quelques feuilles froissées –
pour le dire avec plus ou moins d'élégance et de légèreté
Un jour – un chemin – le même depuis la naissance du monde
Un étrange périple où l’on prend garde, bien sûr, de glisser parfaitement sur sa pente
Ligne de crête et ligne de vie – sur le même livre – tracées à l’encre noire
Au-delà des signes – au-delà des plis – libres de se transmuter en langage – en possibilité – en métamorphose de l’âme – des âmes – du monde
Une manière de réunir la terre et les hauteurs – d’essayer de faire de nous des hommes ; et de faire vivre à quelques-uns (trop rares) une pleine humanité
Des lignes tracées jusqu’à l’infini ; offertes à ce qui passe
Quelques traces
Sous la lampe – sous le ciel
Comme des empreintes dans le sable
Le jour – contre soi – au plus près du cœur
Un peu de bleu
sur nos instincts et notre sauvagerie
Le silence et l’âme joyeuse – dansante – proche des origines ; proche des Dieux
Ce que peu de vies – ce que peu de lignes – célèbrent – osent célébrer
Un mélange d’absence et de mort – terriblement vivant
Une déchirure dans les tranchées défaillantes de la mémoire et du monde
La chair des mots pour guérir le monde – les âmes ; ce si peu de vie
Trait pour trait – notre visage – notre existence ; ce qui nous sauvera, peut-être, des fissures du temps
Ni tien – ni mien – nôtre seulement ; le cœur – la main – l’enfer – le labeur – la sagesse – quoi que nous mettions dans la balance ; la terre et le ciel – le même visage
Au bord de l’Amour – déchiré
Demain ou la nuit
Le gisement ou la fleur
La muraille ou l’éboulis
Qu’importe nos rires et nos grimaces
La vie – cette vie – sans lumière
Pêle-mêle – la joie et le cauchemar – l’horreur et l’étreinte ; ce mélange d'origine et d’instincts ; ce qui cohabite – en nous – de manière si parfaite – si incisive ; le recommencement permanent du monde et du silence
Au commencement du poème – le souffle vital
Le besoin de lumière
Ce qui nous sépare de la rencontre
La tête décollée du temps
Le monde oublié et la lumière nue
Les mains pleinement agissantes
De moins en moins lourdement vivant
Le cri que l’on parvient, parfois, à convertir en poème ; manière d’affronter le monde et le temps – de nous affranchir du joug ancestral – de transmuter la douleur en espoir de voir le jour
Un chemin qui serpente – qui invite à l’errance – au désert – à la confusion ; loin des rêves et des terres brûlées
Ni Dieu – ni vérité ; la parfaite absence de l’homme...
A la place de l’invisible – le clinquant et le péremptoire ; des galeries où l’on s’expose sans jamais rien creuser...
Des traits de silence ; l’évidence même ; notre généalogie et notre géographie – exposées devant nos yeux fermés
Deux bras ouverts dans la nuit – tel qu’un jour sera le monde
Dans nos pensées – tant de possibilités ; et sur la pierre – si peu de choix
Ce que l’on invente – au fond du sommeil ; le monde rêvé – le ciel en songe – que l’on perpétue
La tête dans la lie qui s’imagine maîtresse du récit ; libérée des viscères et des battements de cœur qui la soutiennent ; à proximité de la lumière alors que la nuit règne – sans rivale – alors que tout, dans l’âme, est obscurci
Un désordre aux innombrables conséquences
Ce que cachent, au fond, toutes les apparences
Derrière le sourire et la bonhomie – l’ombre –
le vide intérieur – le cœur en perdition
L'humanité ; un peuple suspendu à ses propres rêves – créés par l'incroyable fabrique à récits installée sous le front – mythes – légendes – histoires – chimères ; l’axe central, sans doute, de notre civilisation ; ce qui, bien sûr, corrompt le regard et travestit la réalité
L'existence et le monde – entre fiction et croyances ; quelque chose d'improbable sur lequel on essaie de greffer une vérité inventée
Des trappes – des cordes – des cris – à même la trame
De la poussière qui vole dans le vide – emportée par mille tourbillons
Ce qui dure et recommence ; jusqu'à faire exploser la tête
Nous – comme un trou – où seraient jetées – sans ménagement – sans distinction – des choses plus ou moins blessantes – plus ou moins bouleversantes
Comme une succession de flèches décochées pour meurtrir l'âme et la chair
Une expérience pour éprouver la vie – le cœur battant – l'esprit incrédule qui s'étonne de se retrouver en ce monde
Un monde plongé dans le noir et la cécité ; et qui s’imagine lucide et clairvoyant
Les yeux grands ouverts ; le cœur accordé, de manière (presque) inespérée, au cours des choses et à la lumière
Là où porte l’élan – tantôt pas – tantôt parole ; et tous les gestes nécessaires (bien sûr)
Sous le poids (si léger) de la nécessité ; fidèle à l'âme et au monde ; et obéissant aux circonstances
La vérité plutôt que le confort des (fausses) certitudes...
Paroles-étreinte ; sa propre voix mêlée à la tendresse et à la lumière – profondément réparatrices
Comme à travers un rêve ; le monde – nos vies – ce que nous en percevons
Ce que révèle le poème ; bien plus qu’un langage ; les tréfonds de l'âme ; une manière d'être au monde
Enfermé(s) derrière les grilles de la liberté
Rien – derrière les visages ; l’arrière-cour de la solitude ; ce grand désert balayé par les vents et la peur
Condamné(s) à être à perpétuité – à moins que cela ne soit une farce ; et qu’un rire puisse éclater au milieu de nulle part – pour tout faire exploser – au-dedans
Rien d’autre que cette lumière dans notre nuit
Un rayon de lune échappé de sa cage
Un livre ouvert
Un poème tatoué sur la peau
Le cœur cinglant – sanglant – sanglotant
L'irréalité du monde
Condamné à comprendre, puis, à se transformer en pan de lumière capable de détourner le vent
L’Absolu intact en dépit des drames
Et la part secrète du monde qui – peu à peu – retrouve sa place – au fond du cœur – dans nos gestes – partout où cela est possible – partout où cela lui est permis
La bouche sèche ; face à notre soif
La mort – devant et derrière soi ; la mort – partout – au-dedans et alentour
Des destins brisés avec effronterie – avec indifférence – avec soulagement
L’élan de comprendre et de témoigner – avant de mourir ; quelque chose (peut-être) de l’expérience humaine
Nous – inépuisablement
Avec la lumière et la mort à nos trousses
Comme une ombre sous le règne du soleil
Très loin de ce temps où nous faisions tourner sur le bout de notre doigt la pyramide du monde à l’envers ; le souffle coupé par notre audace et notre insolence
Recroquevillé – à présent ; les mains sur les yeux pour échapper aux monstres qui nous poursuivent
Redevenu enfant – en quelque sorte ; derrière des grilles – face à des crocs féroces et imaginaires
Et, en cela, obéissant, d’une parfaite manière, à l’ordre cyclique des choses – à l’ordonnancement saisonnier de ce qui est enfanté
En attendant – bien sûr – l’étape suivante ; la suite du voyage
Un monde sans histoire
Au cœur de sa propre géographie
Sur chaque jour qui passe – nos initiales (inutilement) gravées...
Au fond du piège – sans aide – sans douceur – sans personne ; à gesticuler dans son trou – à l’ombre des géants dont la tête côtoie le ciel – les Dieux – les étoiles ; cette partie du monde (apparemment) inaccessible aux hommes
Rien qui ne puisse (véritablement) entamer le silence et la joie
La solitude au milieu des vivants
Exhumer la lumière là où l’oubli domine
Ceux qui peuplent la terre – comme ceux qui peuplent notre vie – aveugles à notre monde – à nos expériences et à nos malheurs ; partageant (seulement) notre faim et notre misère ; et le pain lorsqu’il y en a ; et les larmes qui coulent – trop souvent
A travers nos yeux – nous regardant ; et se laissant contempler...
Nous – devenant, peu à peu, notre allié le plus loyal
Seul – le vent – dans notre chant
Pendant si longtemps – resté au seuil ; et lentement les membres qui se désengourdissent ; la vie interne qui se ressaisit et se redresse ; les yeux qui s’ouvrent comme après un trop long sommeil ; ce qui ranime l’ardeur – l’attrait pour le jeu – pour le chant et le mystère – ce long voyage vers les hauteurs ; tout un monde – involontairement – ressuscité
Ce qu’il nous faut abandonner ; jusqu’à la plus radicale des nudités
Un autre âge que le sien
Des apparences multiples
Ce qui nous fit naître – cent fois –
mille fois – une infinité de fois
Ce que le monde connaît par cœur
Cet escalier invisible –
au milieu de nulle part – en tous lieux –
qui mène jusqu’aux portes de l’immensité
Seul au seuil de la vérité ; comme une brûlure qui efface les Autres – le monde – toute forme de généalogie ; tous les rêves – en somme (plus ou moins utiles – abstraits – nébuleux)
Ce que l’on voit en ce monde – le brouillon des analphabètes ; et cachée, l’œuvre virtuose qui s’écrit sans personne – mue par sa propre puissance – par son propre silence – par sa propre beauté
Le vide sous le sable sur lequel on traîne (à peu près) tous les pieds
Cette vie ; si proche, parfois, de l’infini...
Tout qui dévale ; le temps – les êtres – les choses – sur leur pente
Ce qu’il faut édifier et défaire
Et ce nécessaire inventaire intérieur avant le retournement
Le verbe comme un geste
Et dans l’âme ; le poids des Autres et de l’univers
Le monde ; terrain de jeu du Divin et des vivants
Ce que l’on échafaude –
en quête de son ascendance
Des marches sans retenue
Des embarcadères pour contempler l’immensité –
le ciel où l’on aurait grandi – autrefois –
avant la création du monde et du temps
L’époque d’avant les mots
où ne régnaient que le silence et la poésie
La douleur démesurée du monde ; le reflet du cri dans tous les yeux ; et une larme qui coule sur notre joue – face à l’obstination du vide à demeurer
Des coups et des maux à mesure que l’on quitte l’enfance – que l’on s’éloigne du point d’origine
Et cette part (inévitable) de sommeil
A gesticuler dans notre désarroi – au milieu de nos incertitudes et de nos incompréhensions
Parfaitement homme(s) – en quelque sorte ; un feu vif – brûlant – dénué de clarté et de discernement
Un passage entre nos limites et le ciel ; avec – au-dedans – toute une géométrie avec ses angles et ses pentes naturelles...
La tête et le monde ; le lieu de toutes les croyances – le lieu de la pensée et des gestes mécaniques
Quelque chose de l’étendue aménagée en dédale
Tout un continent à explorer derrière les portes des apparences
Condamné à vivre seul entre le ciel et le monde
La tête et l’âme – soumises à tous les délires – à toutes les illusions
Sans secours ; et sans autre recours que la fuite ou l'asservissement
L’œil encore sur la carte et les pieds sur le sol fangeux
L’infini – de la taille de notre âme...
Dieu dans les gestes et le cœur ; ici autant qu'ailleurs ; partout – en vérité
Qu’importe nos croyances et notre réponse face au mystère ; tout se mesure au silence et à la tendresse mise en œuvre
Comme condamnés à demeurer captifs – à nous débattre au fond du piège
A travers l’invisible – notre chemin sur les pierres...
Une incompréhension que l’on transporte de lieu en lieu – de vie en vie – comme un viatique – notre seul bagage – au lieu de la lumière – au lieu de la nudité – au lieu de la poésie
Sans église – au cœur même du ciel descendu
Sans croix – sans péché – sans déluge
Sans enfer ni paradis
Ce qui – sans cesse –
en nous et à travers nous, se crée
La part (sans doute) la plus inquiétante du monde ;
sous le front – dans l’arrière-cour de chacun
Ce qui se trame dans l’âme – maladroitement guidé par la peur et la psyché
La folie et le sommeil sous les paupières
L’absence d'horizon ; et cette ardeur irrépressible qui anime les vivants
Parfois – la douleur – comme un renversement de l’axe vertical – une dislocation de l’âme – une désagrégation du monde
Le jour qui s’enterre ; la lumière soudain assombrie
Quelque chose de l’écartèlement et de l’asphyxie
On vit – on glisse – comme roulent les pierres ; et l’on s’immobilise de la même manière – pour des siècles de voyage ou de sommeil...
Quelque chose qui s’obstine – condamné à se dé-ployer jusqu’à l’épuisement – jusqu’à la rupture – jusqu’à la mort
Ainsi sommes-nous fait(s) ; davantage chose – force brute et souterraine – tête absente – qu'initiative et intention...
Un chemin de joie et de poésie ; un permanent va-et-vient entre le monde et l’infini...
Rien en sa possession
Ni souffle – ni corps – ni âme
Pas même un emprunt
Nous n’existons pas
Visages et choses de personne
De la terre et du ciel – quelques récoltes –
quelques espoirs ; pas grand-chose – en vérité
Un peu d’Amour désemparé
L’invention du monde et du Divin – comme si l’essentiel nous manquait...
Le ciel si vide – si énigmatique – si silencieux – que les fronts le remplissent de choses – de couleurs et de voix ; de figures joyeuses censées contrebalancer le poids de l'incompréhension – de la douleur et du chagrin
Des destins à la chaîne que l’on enfile sur le même anneau – déjà paré de l’essentiel
A l’autre bout de soi – quelque chose d’inconnu – l’extrémité des profondeurs – peut-être...
Rien qu’une route – ce voyage invisible
Et tous les pas à la suite du premier cri
Le même ciel au-dessus des mondes que chacun peuple à sa manière
Dieu – jamais très loin de ceux qui vivent humblement – tremblants de peur ou de joie ; fidèles à la couleur que la vie leur impose
Sur ces rives où le sang coule ; où l'on mastique et digère la chair
Comme les bêtes ; rien qu’un ventre ; la pièce centrale que l’on a, peu à peu, entourée de quelques éléments annexes – secondaires…
Condamné(s) – et détenu(s) par la matière – jusqu’à la mort
Ce que précise la lumière à mesure qu’elle croît...
Le cœur pétrifié – au cœur des tueries – au milieu des assassins ; et une route à construire – un espace à débroussailler peut-être – pour espérer se retrouver, un jour, en un lieu qui ne nécessitera ni la fuite – ni la consolation
L’âme sans clôture – sans commerce – sans appui ; au-delà même des exigences (éthiques) les plus hautes
Sans pouvoir – ni autorité
Une manière de déchirer tous les drapeaux et toutes les bannières que les hommes ont l’habitude de dresser devant eux
Le silence – l’invisible – l'infini – l’Absolu – autant qu'il nous est possible de les expérimenter
A présent – sans même le besoin d’exister – sans même l’envie de prolonger la vie ou de précipiter la mort
Rien entre les tempes ; rien entre les parois du cœur – sinon l’ineffable – ce qu’aucun homme ne peut – ne sait – mesurer
Ici – errant au milieu des siècles et des âmes insecourables
Le sommeil blotti contre nous – au plus près du cœur qui hiberne
Sous notre couverture de terre
Nous – visité(s) et visitant – traversé(s) et traversant ; sans aucun doute – la seule expérience qui soit...
Qu’importe ce qui s’impose – obéissant
Simple dans nos contours ; et complexe à l’intérieur et dans nos liens avec les Autres – dans nos liens avec le reste
Au-delà des traits et des tremblements
A contempler sa figure dans l’immensité
La douleur – comme un mur – une terre déchirée ; le cœur du voyage
Le sort suspendu à un fil – enchevêtré à tous les fils – au cœur de la même trame
Hors des cercles étroits ; libre – sans appartenance
Le ciel en face – démesuré
Et en soi – (bien) plus accessible
L’on vit comme l’on marche –
comme l’on imagine
Le bleu ou l’orage – en tête
Le souffle court ou l’ardeur endurante
Et l’on se tient face au monde
comme face à la soif
Effacé ou pétri de certitudes
L’existence déchirée ou infamante
Le cœur libre ou incarcéré
Avec, sans doute, mille fragments
d’existence en commun
Notre manière de vivre la solitude – (très) fraternellement…
Qu’importe vers quoi l’âme se tourne – qu’importe la pente empruntée – puisque tout demeure errance et incertitude ; que l'on ait le pas frileux ou vagabond...
Sous l’ombre retournée – parfois – le miracle ; la lumière creusée par l’attente
Ailleurs – hors de soi – impossible ; aussi inexistant que le monde
Le cœur posé sur la pierre –
au-dessus du visage
Au sommet des possibles – au ras du sol
Sur la pente sans pourquoi
Au cœur de tout
Et, parfois, pointé(e) hasardeusement par le doigt
L’évidence ; ce qui nous porte et qui n’est, pourtant, perceptible qu’en filigrane
Le cœur incandescent
Ce qui brille au fond de l’œil
Ce que le fond de l’âme éclaire
Davantage qu’un chemin –
l’invisible – sur son itinéraire
L'encre noire qui hurle en silence
Comme un feu – un soleil – une source
Qui traverse le monde sans laisser de trace
Comme une évidence – l'effacement
Et la figure du plus haut qui (ré)apparaît
Les yeux creusés par l’habitude – deux trous noirs aux paupières collées
La bouche – une galerie bavarde – des mots comme l’on respire –
des paroles en cascade – des traces de rien – le temps qu’il fait – le temps qui passe
Une béance – à la place du cœur – encerclée de grilles
L’âme inerte – exsangue – blafarde – qui s'éteint à petit feu
De l’écume et du néant – le sommeil en étendard – la figure millénaire de l’homme
La bouche muette
Ce qui surgit – ce qui vient – ce qui a lieu –
offert au sourire – simplement
L’ombre et la parole – glissant ensemble – dans la fente formée par nos lèvres souriantes – silencieuses – sans renoncement – reconnaissables et reconnaissantes – comme subrepticement échappées du bavardage et des rencontres futiles – de ces longs monologues qui portent à la tristesse et à la nostalgie
Nous – façonné(s) dans cette matière dansante – l’invisible œuvrant à sa tâche – s’obstinant à sculpter la beauté dans le plus grossier – dans le plus dérisoire ; et, parfois même, dans le plus indigne
Labeur sans préalable – sans conclusion ; ni sérieux – ni enfantin – seulement nécessaire
Arbres – hommes – montagnes – amas de poussière apparents – qu’importe la durée et la hauteur – voués à trembler et à disparaître
Comme un besoin d’enfance ; un âge où l'on était encore rieur et enjoué face au monde ; le terrain de jeu de nos attentes et de nos aventures ; l’espérance d’une lisibilité et d’une faim assouvie
Le temps des communions naturelles – sans tractation – sans arrière-pensée ; le temps de la lumière et des alliances éternelles ; la franchise et la fraternité cousues à même le cœur – à même la peau
Et cette innocence – trop précocement – trop douloureusement – recouverte par le commerce des sentiments – qui, aujourd’hui – à nouveau, affleure – qui, aujourd’hui – à nouveau, émerge des profondeurs ; l'âme, sans doute, plus tendre et plus mature – bien qu’encore convalescente
Suspendu(s) au-dessus du vide par on ne sait quoi ; et porté(s) – d'une certaine façon – par toute la magie du monde
Le jeu du monde
Oublieux des merveilles et du mystère ;
de tout ce que l’on ne connaît pas
Le rire – malgré l’ignorance et la pauvreté
La lumière naissante – sans une seule ombre oubliée...
Le jeu qui, chaque jour – à chaque instant, recommence
Sans règle – sans personne – sans explication ; pour le seul défi d’exister – d’édifier et de détruire – de faire et de défaire
Le cœur allègre et exposé
Au-delà des « pour » et des « contre »
Accordé aux nécessités du monde
A l'écart de ce monde qui panse ses plaies et qui fourbit ses armes – qui s’approvisionne en illusions et en victuailles – qui s’est inventé de piteux champs de bataille et de funestes étendards – le cœur et les yeux fermés – transformant cette terre en un lieu sinistre – tragique – infernal
Irréductible défenseur des formes fragiles et violentées – silencieuses – inaptes au langage articulé
Avec elles – dans les interstices – face à l’âpreté du monde – face à l’hostilité de la terre – face à la cruelle imbécillité des hommes
Leur présence au cœur de nos lignes (et de notre existence) – pour toutes les peines infligées – pour toutes les douleurs endurées ; indéfectiblement solidaire
Au milieu des bois
L’allégresse du corps vivant – guidé par cet allant inépuisable et cette lumière qui éclaire de l’intérieur
Comme une solitude parfaite sous le ciel
Le rêve – plus haut que le monde – et suspendu au temps – nous dérobant l’essentiel ; l’attention – condamnant le geste à l'absence
Vivant aveuglément – séparé(s) du plus ouvert et, sans doute, du plus prometteur
Comme au fond d’un trou rempli de nuit et d’excréments
L’innocence froissée – et jetée avec le reste – dans la poussière
Le brouillard par l’embrasure
Des rives et des naufragés
Et ce qu’il faut de lumière pour voir l’opacité
Des plaies et des épées –
disséminées un peu partout
Ce que nous connaissons du monde
Et le mystère toujours aussi négligé
Nous – dans le trou – avec quelques reliquats de pensée
Tourbillonnant – disparaissant – devenant le vide et le vent qui s'y engouffre
Nos poèmes – nés loin des hommes – essayant de secouer les âmes – le monde – le sommeil
Une danse – une imposture – peut-être
A deux doigts de ce qui ressemble à un rêve
Soi – l’Autre – les circonstances – les planètes et les étoiles – qu’importe l’alignement – pourvu que ce qui a lieu soit (parfaitement) accueilli
Étreint par les formes du monde – les vibrations de la terre –
le vent sur ses rails changeants
Le chemin pénétrant le corps
Le sol comme un ciel ; le seul territoire possible
Vivant avec une provision de tendresse inépuisable – à l’intérieur...
Des jours – des semaines – des mois ; sans rien dire – sans voir personne...
L’air de rien face à l’immensité
Un visage dans l’univers – infime et dérisoire
La pente naturelle de l’âme – enfin perçue – enfin découverte – enfin empruntée
Ce que l’on entend
La solitude silencieuse
Un reste de joie
L’accord parfait entre les blessures et la source
Sur le versant exactement opposé à la paresse – aux désirs – au sommeil
En ce lieu où mènent les circonstances
Les pieds comme enserrés dans tous les nœuds de la trame ; et tous les fils à défaire pour exister (un peu) – pour essayer de vivre au-delà de la respiration
Présent – sans attente ; et la figure de l’infini offerte en récompense
Endormi(s) – debout
La marche somnambulique
La brusquerie des gestes ; le cœur atrophié
La corde au cou ; comme tenu(s) en laisse
Le monde – tout le monde –
sous le bleu – se débattant
L'âme comme piégée dans la boue
Les pieds scellés dans la roche
Des ventres – des bouches – des bras –
au milieu des Autres – et glissant ainsi –
seul(s) et ensemble – jusqu’à la mort
Les yeux comme deux soleils ; les mains vides et le cœur ouvert ; la seule réponse à toutes les questions de l’homme...
La lumière regardée pendant mille ans – puis, un jour, (profondément) étreinte
Ce qu’il faut de tendresse et de reconnaissance – pour accepter – le cœur libre et joyeux – de disparaître...
Au corps-à-corps avec le jour
La tête hors de la terre
La peau qui racle – sans préjudice
A cœur découvert – de plus en plus
Le sol rêche
Le bleu – partout – que l’on ne voit pas
La soif dans l’âme
L’œil à distance des spectacles
L’âge – comme le rire et les drames –
sans importance
A deux doigts de la mort – de la folie –
de l’éternité
Qui sait ce que nous sommes ;
et en quel lieu nous vivons
Comme l’eau qui va – le vent et le murmure
Qu’importe le terrain et la confusion
Le feu qui brûle
Les éclats de l’âme
Et sur les lèvres – ce sourire
qui n’appartient à personne
Le jour – haut (très haut) sur les pommettes – face à l’hiver – face à la nuit – face au monde occupé à on ne sait quoi
On ne se réjouit – on ne se rejoint – que pulvérisé ; l’épaisseur dissoute
L’étreinte de la lumière ; des mains d’or posées sur le plus infime – le plus fragile – le plus périssable
La légèreté des bagages – la précarité du chemin
Ce qui circule
Et ce qui se balance au-dessus de l’étonnement
Dieu peut-être – Dieu sans doute – descendu – avec nous – au plus bas – sur cette terre
Des fragments de matière – d’invisible – de vérité
L’arbre – comme un poème vivant – né de la terre et du ciel – côtoyant la lumière à tout âge
Vertical et silencieux – offrant son ombre et ses fruits à ceux qui ont chaud – à ceux qui ont faim ; offrant ses frondaisons à ceux qui volent ; et, en son temps, ses feuilles et son bois
Sans aucun doute – les plus belles lignes dans le grand livre du monde
Le ciel et la solitude à nos côtés…
Sans relâche – le geste engagé et le détachement ; l’esprit au-dessus et au-dedans
Ici – dans la nuit qui s’ouvre comme une bouche béante ; le rire au fond de la gorge – comme si rien ne pouvait (nous) arriver ; comme si l'on marchait en apesanteur
A notre recherche – bien sûr – quoi que nous fassions ; dans l’intérêt de tous...
A bâtir comme si l’espace ne suffisait pas
A remplir comme si le vide demandait à être peuplé
A témoigner comme si l’on redoutait que le silence, un jour, finisse par avoir le dernier mot
Là où commence la terre
Le corps de la fratrie
Et là où commence le ciel –
là où s’initient l’alliance et la prière –
toutes les possibilités du monde
Aussi nombreuses que les étoiles – les possibilités...
Ce qui existe en deçà – et au-delà – de notre filiation – de notre généalogie – de nos appartenances apparentes
De la pierre autour du cœur
Encore quelques mots ; un peu de ciel – sans doute ; une manière (peut-être) d’aller à l’essentiel...
Ce qui ne peut nous être retiré
Ce qui traverse la chair – la chambre – la pierre
Cette joie – à l’intérieur – qui rayonne
Parmi les Autres – trop serrés
Un peu d’espace ; à peine de quoi tourner
autour de soi
Le manque ; comme un puits au fond duquel l’âme et le corps ont été jetés
Une sorte de trouble ontologique – né, peut-être, d’une défaillance – d’une légère absence ; un peu de ciel refluant de la fosse
L’expérience terrestre des bêtes et des hommes
Ligne après ligne ; page après page ; livre après livre ; comme s’il y avait quelque chose à bâtir – une œuvre peut-être – un édifice à l’épreuve du monde et du temps
Du côté de l’invisible ; ce qui ne s’épuise pas...
Emporté au fond de soi – là où l’on fait face – là où l’on perd pied – sans point d’ancrage – à flotter au milieu de l’étendue – entre la matière et l’immensité
La traversée du monde ; l’invisible compris
Un peu de poésie
Un peu d'humanité
Ce qui se voue à la tendresse –
à la lumière – à la vérité
au-delà des images et des mots
Jonction – peut-être –
entre le monde et l'invisible
Installés à l’horizontale
Abandonnés – en quelque sorte
Le corps et l’âme à même l’inconfort
Le front tremblant et les lèvres blanches
Le ciel – en soi – sans doute défaillant
Ce que l’on supporte ;
L'adversité et la boue du monde
L’inconsistance de la parole
L’indifférence face au sang versé
Notre infirmité devant le nombre
et la puissance
La trop grande proximité des hommes
Le regard dégagé ; au-delà des apparences ; plus loin (beaucoup plus loin) que là où se posent les yeux
Le bleu – sans la pierre – sans la prière – sans personne
A sauter dans le bleu – sans retenue – pour éclaircir la couleur de la terre et éclabousser les âmes chétives et apeurées – maladroitement réfugiées au fond de la chair – trop éloignées du jeu véritable pour s’aguerrir et s’affirmer
Comme les arbres – capable de lire le ciel – de décrypter ses messages et ses intentions secrètes ; dans la volonté du plus haut – toujours ; l'âme silencieuse et enracinée
Au-delà du visible ; à travers les apparences…
Passager – sur cette corde qui relie on ne sait pas très bien quoi
D’ici à ailleurs – sûrement – puis, revenant (sans aucun doute)
Œuvrant à notre vocation – pour ainsi dire
Comme fractionnées à la surface et unies dans les profondeurs –
toutes ces choses apparemment éparses...
Ce que la vie et la main dessinent ; de grandes arabesques ou un grand fouillis chaotique – selon les jours
Sur cette grande roue qui fait tourner la terre – le ciel et le temps
Cyclique et éphémère – comme tout le reste
A fouiller dans son cœur comme au fond d'un trou – au fond d’un puits – sans savoir ce que l’on va remonter avec les eaux boueuses et souterraines
Sur notre socle
Au cœur de l’être
Et le vent – partout –
tout autour et au-dedans
Ce qu’il faudrait d'Amour et de lumière pour que l’existence et le monde deviennent plus supportables...
Les yeux (grands) ouverts ; et un regard au fond du sommeil
Le plus clair du temps – assis sur le sol – en silence – le cœur léger – les yeux mi-clos – un peu à l’écart du monde – sans bouger – nous familiarisant avec cette terre où il n’y a plus rien à construire – plus rien à enseigner – plus rien à partager
En soi – le potentiel de la découverte ; le contrepoids de toute question...
Derrière la douleur – derrière la parole – des fragments de monde ; des lambeaux de vérité ; ce que l’âme apprend à incorporer – sans hâte
Ici – jusqu’à l’usure…
Au milieu des grumes ; ce qui alimentera le feu ; la seule chose de la forêt que réussiront à dérober les hommes ; les arbres conservant pour eux leur sagesse – leurs trésors – leur mystère ; cette très ancienne expérience du monde qu'ils acceptent, parfois – (très) secrètement, de partager avec quelques âmes capables de s’asseoir seule(s) et en silence à leur pied
Le regard et le cœur brûlant ; la soif qui circule comme la sève – vers toutes les hauteurs – cherchant davantage le ciel que l’altitude
Le front fiévreux et plein d’histoires
Les pieds enfoncés dans l’argile noire
Comme condamné(s) – simultanément –
à la fureur et à l’immobilité
Nous ; plus proche(s) de la fin que de l’origine
Et à défaut de ciel – nous vautrant
dans le désir, le rêve et la prière
Quelques signes offerts au monde – au vent et à la lumière ; notre exercice (quotidien) sur la pierre
L’obscurité sans trêve
Et le chemin à dérouler
Dans l’indifférence et le rêve
Le noir qui succède au noir
A tourner en rond –
au-dedans du même cercle –
enfermé(s)
Sans intériorité ; et l’extériorité tout juste nécessaire ; de quoi respirer – un peu ; de quoi vivre – à peine...
Sans support – la réponse – le silence – obscurément clair(e) – au-delà du rêve – au-delà de la raison ; né(e), sans doute, des profondeurs les plus lointaines...
L’origine à découvert – à mesure que le vide se creuse – à mesure que disparaissent les embarras
Sans que personne entende
Sans que personne voit
Sans que personne comprenne
Sans même quelqu’un pour en témoigner
Notre main – si minuscule – guidée par une paume immense
Tous les visages de la terre – dans la gueule du monde – dans la gueule du temps
Des parcelles et des pugilats
Le ciel strié de larges lignes horizontales
Comme des trous dans le vide
Des pleurs – des cris – des âmes et des mains qui se cherchent et s’agitent – avalés par la nuit sans yeux
Au milieu de nulle part ;
et pas si perdu pourtant
Libre et naturellement porté
Les mots comme de la neige sur le sol noir ; comme un feu qui couve sous la saleté – sous les couches (épaisses) d’immondices ; comme un peu de lumière et de douceur sur cette terre inhospitalière
Un pas ou une parole – mille possibles ou ce qui s’impose – l’envol ou le repli – la caresse ou le coup ; la tristesse ou la joie ; foncièrement la même chose ; à peu près rien
Ce que nous sommes et contemplons – simplement
Au seuil du silence – les lèvres entrouvertes – comme stupéfaites devant tant de beauté – devant tant de grandeur – devant cette danse étrange et lente – comme l’épuisement de tous les possibles ; et les heures qui se vident – autant que le monde ; plus rien – ni personne – excepté cette immense arabesque dessinée dans l’air ; comme nos pas – virevoltant sur une piste de sable verticale – tournoyant avec l’espace – devenant le mouvement – la grâce et la lenteur – l’harmonie – l’obscurité et la maladresse ; quelque chose d’inimaginable – littéralement ; et qui (nous) laisse bouche bée
Quelques taches d'encre destinées à ceux qui n’ont plus sommeil…
Face à l’homme – infime – minuscule – dérisoire – la danse éternelle ; la poussière qui tourbillonne ; la lumière et le mouvement ; le temps d’une vie – le temps d’une parole ; quelque chose qui apparaît ; le rien récurrent qui, sans cesse, recommence ; le jeu du vide et de la matière immergée
Entre les lignes – le plus haut – pour lutter contre l’oubli du plus précieux – ce que la gravité et l’épaisseur dissimulent ; au-dessus du gouffre ; au-delà des couleurs dont nous aimons parer le monde
Mélangé à l'encre – le monde (un peu de monde) – arraché à ses malheurs – à ce sort sans hauteur – soumis au rêve et à la violence – abandonné à l’ignorance et à la hargne des vivants – délaissé par le ciel et les Dieux
Fils de personne – arrivé là sans hasard – d’un commun accord – sans doute
Inapte au retour – inapte à la fuite en avant ; inapte à toute perspective collective – à tout ce que l’histoire ou les Autres impose(nt)
Entre le fond et la sommité apparente – à descendre et à monter – comme l’instrument d’une main invisible – le jouet d’un géant à la figure secrète et mystérieuse
Sans carte – au milieu du monde ; à la recherche d’un lieu pour échapper à la folie des hommes
Le bleu et le front – accolés
Esquissés à grands traits – comme tous les bruits et toutes les danses – de la terre
Davantage, sans doute, qu’un bout de chair animé...
Des édifices de pierre et de papier – si impatients de toucher le ciel – de côtoyer les Dieux – d’échapper à l’infortune et à l'obscurité
La grande route devenue chemin – puis, sente étroite – puis, passage invisible
Toujours plus en avant – toujours plus profondément – comme un retour en soi ; jusqu’à effacer les frontières qui nous séparent du reste
Au plus près des étoiles – la saison des amours – les allées et venues – les incessants va-et-vient
Le monde bruissant – frémissant ; des orgies – des banquets – des libations – sur la pierraille ; le ciel à portée d’ivresse – le délire jusqu’au vertige
Le désir et le sommeil ; et la faim obsédante
Des lieux sans autel ; et des rites pour que fleurisse l'abondance
Le jour – en vain – si souvent – comme une nuit déguisée
Trop d’engluement – d’aveuglement – d’épaisseur
Des âmes inertes ; rien qu’une surface où le monde se reflète –
où l’idée même de ciel est écartée
Des pans de ciel effondrés – affalés sur la terre
Des temples dressés à l’horizontale
La seule perspective humaine (trop souvent)
Une seule route – d’un point à l’autre ; comme une ligne tracée qu’il faudrait suivre ; et que nous suivons...
La docilité et l’indigence – sans rien comprendre...
La parole parsemée d’éclats de monde et de vérité ; à la manière d’une hampe dressée qui émergerait (péniblement) d’un océan de mensonges et d’illusions
Des existences sans répit
Et dans le cœur – ce qui se cherche encore
Il faudrait apprendre à ignorer toutes les règles et toutes les lois pour tendre l’oreille aux résonances – en soi ; découvrir ce que porte l’homme au lieu de célébrer son image ; et déchirer la toile des illusions tendue à la manière d'un piège pour apprendre à regarder et à écouter comme pour la première fois
Dans la lumière ; comme effacé
Vivant – plus que jamais pourtant
A la pointe de l’obéissance
Au-delà de toute volonté
En soi – le lieu de l’origine et des liens réparateurs...
Quelque chose de l’inquiétude en chaque pierre qui nous regarde – en chaque arbre qui nous supplie – en chaque bête qui courbe l’échine plus bas encore
Et quelque chose de libre aussi que jamais les hommes ne pourront dompter – que jamais ils ne pourront s’approprier ; cette sauvagerie naturelle qu’ils ont perdue – à force de civilités – à force de civilisation
Sans effort – sans fierté
Si profondément humble et anonyme
Si heureux de n’être plus rien
Et si nous n’étions tous qu’un rêve – un élément de l'équilibre – une sorte de complémentarité – un peu de fantaisie ; aussi inutiles et inexistants les uns que les autres...
Porteur(s) et porté(s) – au gré des courants qui se heurtent ou se chevauchent
Nous – au cœur de l’absence – au cœur de ce qui se manifeste
Jamais coupable(s) de ce qui survient – de ce qui a lieu
En silence
Sans le monde – sans les Autres
Sans même la nécessité de se raconter
En des lieux qui exigent la douleur
Involontairement ; selon les circonstances
ou la nécessité des Autres
Ce qui heurte ; ce qui meurtrit ;
ce qui s’éprouve ; ce qui fait mal
La chair attachée à ce qui la blesse
L’âme attachée à ce qui l’affame
Malgré les mains en prière
Malgré le regard implorant
Ce qui naît de nos préférences et de nos partialités ; l’œil et le geste étriqués...
Ensemble – dans la fraternité des profondeurs…
En soi – la tendresse de s’appartenir – sans autre appui que ce que l’on porte intimement
A travers soi – déjà le rêve – déjà le monde
Et ce qui demeurera après nous
Heureux l’œil qui s’élève et surplombe son support apparent
Quelque chose – sous le ciel ; un peu plus que rien – peut-être...
Partout – la danse joyeuse et tragique de ce qui est né
Le ciel – au fond de soi
Ce que l’on croit subir
Réceptacle que nous sommes ;
et dont (en général) nous ne savons rien
Au fil du temps – le sable que l’on répand
Une sorte de douleur à laquelle l’âme doit se soumettre (à laquelle on finit, tôt ou tard, par se livrer)
Simplement – le jeu du monde et des destins…
Entre tous les coins du monde – la trame tissée et vivante ; et nous ; en équilibre – relié(s) à tous les fils tendus et entremêlés
L’aube trompeuse à laquelle songent ceux qui émergent du sommeil – encore titubants – encore somnolents – ivres de tous les rêves des hommes
[Avec tous les mythes du monde au fond de la tête]
L’enfance à genoux
Un trophée de chair à la main
Au cœur de l’obscurité carnivore
Un grand cri vers le ciel – comme une prière violente – né de ce qui a creusé la chair et l’âme – de ce qui a percé l’épaisseur et pénétré l’espace ; la voix, en réalité, s’adressant à elle-même ; du silence au silence – à travers toutes nos résistances et toutes nos incompréhensions
Sur le sang séché des mortels ; ce que furent nos (pauvres) vies...
En chemin – le jeu qui se déploie
Ce qui nous émeut ;
ce qui nous étreint et nous dépossède
Dans un monde
où tout s’invente à chaque instant
Ce qui arrive ; et ce qui nous revient…
Au-delà du désir de Dieu – au-delà des ambitions et des tractations simoniaques
Le plus simple ; le ciel – en plein cœur – dans sa parfaite nudité
Libéré de la religiosité des croyants – affables mais sans tendresse – amènes mais sans Amour
Sur la même orbe que les étoiles
Le temps et la lumière
A l’abri des obscénités du monde
Ce que nul ne sait – le plus secret – l’intimité de l’être – en chaque pierre – en chaque plante – en chaque bête – en chaque homme ; que l’on apprend, peu à peu, à découvrir en explorant l’espace qui nous habite et qui nous relie au reste (à tout le reste) ; l’infini qui nous porte et qui nous déploie – l’infini que nous portons et que nous déployons
Rien n’échappe à l’invisible – à l’ineffable – partout présent – occupé à toutes les tâches malgré les refus et les résistances – malgré la bêtise et l’ignorance qui règnent en ce monde
Contre la (fausse) complexité (couronnée un peu partout) et l’uniformité maladive ; contre la célérité que l’on encense ; contre la raideur et la docilité (infantile) des âmes ; contre l’horizontalité trop radicale du monde ; ce que l’on propose ; ce qui s’avance naturellement ; le vagabondage et l’agenouillement – la lenteur et la simplicité – la couleur singulière des visages ; le fabuleux (et mystérieux) flottement de l’esprit parmi les choses
Rien que du bruit et des réserves d’ardeur
Un ventre et une tête à remplir de victuailles et d’agréments
Et cette fatigue qui, un jour, finit par nous terrasser
Peu (très peu – trop peu) d’étreintes innocentes –
de sourires sages – d’or au creux de la main tendue
Des bouches tordues par la fièvre et la faim ; et des mains qui s’affairent
Des rêves – par millions – dans la grande nuit où tout sommeille
Rien que des ruses – des maladresses – des tentatives d’évasion
Vivant – sans jamais être là
Le cœur et la tête (bien) trop embarrassés
La lumière attirée par le plus lumineux de la matière ; sous nos ombres éclairées ; ce qui – en chacun – est en mesure de fraterniser
Cette ivresse face à l’étendue
La sensation de l’immensité
Ce que l’on épouse – ce que l'on épuise ;
et ce en quoi nous nous transformons –
au fil des ajouts et des soustractions
Et ce qu’il reste à découvrir dans les replis du mystère
L’irréductible essence derrière les apparences déguisées
La mort – indifférente au poids de la tristesse – comme si quelque chose s’enfonçait dans l’âme ; la pointe de l’épée suspendue au-dessus de nos têtes
Le jeu du monde sur les vivants aux expériences (plus ou moins) douloureuses – qui traversent la vie cahin-caha – entre le rire et les larmes
Le destin singulier qui se dessine ; ce qu’il nous faut, patiemment – laborieusement, expérimenter ; de bout en bout
Ce qui, peu à peu, émerge des profondeurs
Ce qui – au-dedans – se dresse pour respirer
L’invisible – dans sa nécessité vivante
Le Divin et la pierre – à la même hauteur
Et nous tous – à égalité (bien qu’à inégale distance du mystère)
Ensemble – dans cette danse inépuisable – ici et ailleurs
Inséparables – contrairement à ce que nous imaginons...
Tout qui se dérobe ; et ce que ronge le feu ; des restants de rêves
Des existences qui (dans le meilleur des cas) se résument à deux dates ; celle de la naissance et celle de la mort ; et qu’importe ce que contient l’intervalle ; ce que l’on y met ; ce que l’on s’obstine à y mettre ; ce que l’on s’acharne à accomplir
Pas de quoi noter la moindre ligne – le moindre mot – dans les annales du monde
Un tumulus et des excréments – voilà, en vérité, ce que nous laissons derrière nous
Ce qui est vécu – sans résistance
Toute la force recentrée sur le destin
Avec le même statut que le soleil et la neige
Plus qu’un pacte – une alliance naturelle
Face aux saisons passantes
Le temps des mirages et des frissons
Les jours hésitants
Et le ciel au-dessus des rêves
Sur cet océan aux vagues colossales qui condamnent (inéluctablement) au naufrage
En déséquilibre sur nos esquifs fragiles – inadaptés à la furie pélagique
A notre échelle – l’immensité – l’infini peut-être – à moins que nous ne rêvions – à moins que nous n’inventions des histoires de grandeur – d’aventure et d’épopée ; peut-être n'y a-t-il pas le moindre remous au fond de notre minuscule flaque de boue
Sans savoir – assis là où le vent nous a posé(s)...
L’apparence de l’espace ; le vide rempli de choses – de désirs et d’interrogations
Et ce qui est penché sur nous – l’œil attentif et le cœur attendri ; la main immense toujours prête à soulever l’âme au-dessus de ceux qui s’imaginent propriétaires de leur existence – de leur nom – du sol où sont posés leurs pieds
De la tristesse à la joie ; de l'ignorance à la lumière ; le sens, sans doute, de cet accompagnement
D’un bout à l’autre de l’étendue –
cette traversée
Tantôt secousse – tantôt caresse
Pas à pas
Dans l’épaisseur de la trame
Et ce qui monte – en nous – du fond des âges ;
notre reconnaissance
Derrière les apparences – les mouvements – les changements – le maître d’œuvre du monde ; le jeu et les joueurs – peu à peu éclairés par la lumière – peu à peu envahis par la tendresse
Adossé au rire des Dieux – à la force des titans – au discernement des sages ; lucide – puissant et joyeux – vivant sans crainte des circonstances – enchaînant les épreuves et les expériences
De cette race qui ne s’offusque (presque) jamais de ce qui a lieu
Le chaos de la tête prête au sacrifice
L’inconscience de l’âme qui précipite le temps
Ce qui échappe à la lumière
L’ombre et la mort – main dans la main –
imposant leurs forces – leurs intentions –
leurs prérogatives
Les puissances de destruction à l’œuvre –
sans retenue – sans explication ;
dans le juste prolongement
des nécessités de l’origine
Au cœur du monde – en soi – comme partout ailleurs – le même sommeil et le même mystère
Affranchi de toutes les luttes ; l’Amour
Au-delà des yeux et des appartenances
Le cœur posé sur l’ultime frontière qui sépare le bleu du reste – la joie de la peur – le familier de l’utopie
La page maculée d’encre – de sueur – de sang – de semence ; le monde imprimé dans la parole ; la substance des mortels qui se mêle à l'invisible et au silence ; à l'essence des Dieux
Partout – le même silence ; partout – le même secret...
Sous une lumière sale ; sur un sol ensanglanté ; le sort des bêtes
Et nos larmes qui coulent sur la pierre rouge – témoin(s) de toutes ces atrocités
A éclabousser vainement le ciel de ses paroles – de ses crachats ; mieux vaudrait contempler en silence – se laisser guider par la blessure – laisser les vents décider de l’itinéraire – caresser l’incertitude – au lieu de traverser le monde – boursouflé d’assurance et d'intentions
A genoux
Les prières balancées – à la hâte – à la chaîne ;
et qui s’entassent sous la même étoile
Le visage fébrile
La désespérance au fond de l’âme
Les yeux fermés sur tant d’embarrassement(s)
Solitaire
Et vivant un peu à l’écart du monde (bien sûr)
En ce lieu qu’il faut, sans cesse, réinventer
pour échapper aux hommes
En soi – la jubilation
La certitude de l’être
Le désert et la tendresse –
(absolument) manifestes
Ce qui ne s’offre – et ce qui ne se reçoit –
que dans une parfaite solitude
Le seul geste possible ; celui qu’imposent les circonstances et les nécessités de l’âme ; qu’importe ce qui advient ; l’obéissance impérieuse et magistrale ; ce qui fait de nous des serviteurs souverains – des instruments prompts et joyeux entre les mains (vigoureuses et déterminées) du mystère
Par-delà les murs – les monts – la mort – la mer
Exactement ce qu’il y a ici – ni plus ni moins – le monde – et cette étrange folie entre les tempes qui invente des rêves – des barreaux et des labyrinthes – des mythes et des horizons – et autant d’au-delàs que d’œils qui regardent
Ce que l’on frôle
Les secrets du monde – des choses en vrac – sans (réelle) importance
Ce qui soutient les rêves
Et l'esprit qui se pince à l’énoncé de tous les noms ; la tête et les mains qui s’agitent
La perte et l’abîme – comme un vertige ; la douleur de n’être que cela
La rudesse des cœurs et l’âpreté des malheurs
Comme si nous n’étions pas (totalement) de ce monde – pas seulement de la matière vivante
Le mystère ; ce qui œuvre derrière – et à travers – les apparences ; ce qui nous fait arpenter la terre et le ciel – ce qui semble nous manquer ; et dont nous sommes riches, pourtant – sans le savoir, à profusion
Ce qui nous enveloppe sans nous alourdir
Le labeur de la lumière au fond de l’obscurité
L’homme si insensible qu’il y a, entre son cœur et le nôtre, un abîme (apparemment) infranchissable
En ce lieu où la terre remplace le bitume ; où les arbres et les herbes folles remplacent le béton
La respiration plus ample – plus libre ; et le ciel (dans sa nudité) perçu dans l’expérience
L’âme (simplement) accolée à la lumière – ivre de sa propre solitude (presque saoule) – et qui s’affirme sans rien endommager – sans offenser personne ; à l’écart (bien sûr) de ce qui s’agite et de ce qui se pense
Rien que des larmes face à la férocité des dents...
Nous seul(s) – en héritage ; à se dépêtrer avec les battements de ce cœur vivant
Comme des traces sur l’oubli
Quelque chose de mortel qui refuserait l’évidence
Les mains qui s’agrippent – la voix qui crie –
ce que nous dessinons sur la cendre et le sable –
le cœur qui tremble – les ongles accrochés à la roche
Le sang et la sueur séchés sur le sol
Sur l’autel érigé à notre effigie
Devant l’abîme au fond duquel nous serons, un jour, jetés
Par excès de gravité – la tristesse...
Le ciel étreint – la terre abandonnée
L’innocence – sans compensation
Ce qui n’a l’air de rien ; et pourtant...
A reculons – comme le jour qui se couche ;
Le monde qui s’efface
A même la lumière
Et nous – emporté(s)
A des allures différentes –
selon l’intensité de la soif
Des lieux – des choses et d’autres ; avec tout l’attirail et le déguisement nécessaires – selon les circonstances et la tournure du monde
Des couleurs provisoires – malgré notre attachement – malgré notre insistance à demeurer
Les jeux du monde – si reconnaissables
De la fatigue et du sommeil
Sous le règne de l’effervescence et de la cécité
Mille fois vécus ; mille fois berné(s)
Avec trop d'ignorance et de mort(s) ;
et, sans doute, pas assez de joie
Et toutes ces faces de brute
qui nous dévisagent encore...
Tandis que l’on amasse des objets – des idées – des titres – des honneurs – les couteaux continuent de meurtrir la chair des arbres et des bêtes ; tout ce dont nous avons besoin pour nous remplir la panse au coin du feu