EN SON FOR INTERIEUR (VOLUME 1) première partie
JOURNAL (2025)
1
Ici – sans tricher ; disant ce qui me traverse et ce qui m'étreint
2
L'expérience du monde
et la parole qui va avec
3
Tout être porte en lui plus que lui-même...
4
Qui donc se cache derrière le reflet du miroir ?
5
Des années que je n'avais plus employé le pronom « je » ; je croyais m'en être défait ; je m'aperçois qu'il n'en est rien ; sans doute l'avais-je, malgré moi, maladroitement dissimulé au milieu des mots.
6
A moitié exposé
à moitié caché
au milieu de ces pages
7
En soi – une déchirure inguérissable – peut-être...
8
Intègre et ingénu
malgré toutes nos mutilations
9
Comme tant d'autres, manquant de presque tout ; et de joie d'abord pour se réjouir de cette existence...
10
Tandis que nous vivons
tandis que nous essayons d'inventer une terre et un ciel
partout règnent la douleur et la cécité
et jusque dans l'âme
de celui qui s'imagine épargné
11
Rien que la vie pour apprendre à vivre.
Et rien que la mort pour apprendre à mourir*.
* quelles que soient les circonstances, l'existence jamais n'y prépare
12
Le peu que la vie nous prête
pour quelques instants
13
Rien
Et déjà trop
14
Ce que le cœur épuise et dilapide
à force de refus
15
Là où le cœur s'immisce, l'esprit voit...
16
Les yeux aussi fermés devant Dieu que devant le miroir
17
Au fond du sommeil
l'apparence du monde
et au-dehors rien
du vent et de la liberté
18
Tant d'années à cheminer
Et qu'avons-nous franchi ?
Absolument rien
Et où en est-on aujourd'hui ?
Exactement au même endroit qu'à nos débuts
Comme si nous n'avions pas bougé
19
Au seuil de l'infranchissable – peut-être...
20
Là où le vent nous porte sans que l’œil voyage jamais...
21
L'âme
comme un rêve dans le vent
comme du vent dans le rêve
et qui va là où nul ne l'attend
22
A aller seul
emporté par tous les possibles qui se dessinent
23
Tout est trésor pour peu que l'on prenne la peine de considérer ce qui nous entoure.
24
Les yeux éternels du jour
sur ce que l'on considère comme la nuit
25
Partout il y a de quoi contempler, admirer et remercier...
26
Dieu dans le geste
davantage que dans la prière
27
La rumeur de la forêt. Mille bruits plaisants (et familiers) dans un silence ouaté. Un délice pour l'oreille et l'esprit...
28
La forêt endormie
sous le regard de la lune
offrant aux yeux un spectacle
et à l'âme un poème
29
Des arbres autour de soi et le ciel au-dessus de la tête. Que pourrait-on demander de plus ?
30
Comme à l'origine
la main tendue
et le cœur en prière
31
Dans un silence habité, il y a toute la sagesse du monde.
32
Nous détachant des choses et des bruits
des promesses et des éblouissements
des espoirs nichés au fond de la nuit
de tous les rêves de ce monde
33
Le cycle immuable du monde. Et, à travers la répétition, ce qui évolue...
34
Depuis toujours
le temps sans cesse recommencé
35
Parfaitement approprié ; ce que l'on rencontre... même ce qui déchire le cœur et la peau...
36
Tiré à hue et à dia par tant de nécessités
sans jamais pouvoir échapper ni au règne terrestre
ni aux lois du monde
37
Ce qui nous arrive : inutile d'en faire tout un fromage ! Il n'y a absolument rien de personnel dans nos histoires...
38
Le vide en soi
au milieu de tant de forces
39
Le cœur et l'esprit embarrassés perçoivent un monde uniforme et opaque alors que le cœur et l'esprit vides voit un monde léger, merveilleux et dansant – un monde incroyablement vivant...
40
Le monde
au-delà de la pensée
Là où il y a quelque chose peut-être
41
Se sentir différent de ses congénères par l'esprit, la sensibilité et le mode de vie sans l'être véritablement, bien sûr, puisque nous sommes animés par les mêmes besoins ; seule la manière de les satisfaire semble nous distinguer.
42
Présence prisonnière
tantôt du monde
tantôt de la lumière
43
Il faut être seul – car, en général, la présence d'autrui nous distrait – pour s'apercevoir que le monde est non seulement incroyablement peuplé mais qu'il recèle quantité de beautés et de merveilles. Et appréhender le monde ainsi, c'est ne jamais être ni triste ni seul(e)... c'est être un observateur aimant et bouleversé par les êtres et les choses de ce monde.
44
Au fond de l'enfance
le regard et l'étonnement
qu'importe les cris et la cécité
le cœur (presque) jamais souillé
45
Le cœur charmé ou en extase devant la multitude des spectacles. Témoin admiratif de ce que nous sommes car c'est l'esprit, bien sûr, qui assiste à ses propres représentations...
46
Si près de l'âme
le reflet et le miroir
47
Le ballet délicat des libellules au-dessus de la rivière ; et c'est notre âme qui est invitée à danser au son des clapotis. Et lorsqu'un rouge-gorge vient se poser sur la branche d'un noisetier, la fête est à son comble...
48
La chambre posée sous les nuages
ouverte au vent
se laissant traverser
par ceux qui habitent la forêt
49
Nous demandant (encore trop souvent) comment vivre dans le monde (humain) ou comment lui échapper ; lui qui semble si peu propice à ceux qui l'habitent...
50
Funambule sur le fil de l'absence
jonglant avec toutes les frontières humaines
51
Comme un appel
à privilégier l'Absolu
plutôt que le destin de l'homme
52
D'un air grave et mal inspiré ; les Hommes
53
Le souffle et le rêve
mêlant leurs élans
dansant au milieu des apparences du monde
pour le plus grand malheur des hommes
54
De la même couleur que le ciel ; notre aveuglement
55
Partout ; du monde, du bruit, des cris, des paroles comme si les Hommes n'étaient bons qu'à geindre, à s'agiter, à se quereller, à bavarder, à se reproduire...
56
Au-dessus du cirque irréel
le ciel impassible
57
Il y a quelque chose de fascinant dans une graine ; tout ce devenir en attente...
58
Au pied de la vie
ce que nous avons abandonné
et qui, un jour, se redressera
pour danser au rythme des tambours du temps
59
Lorsqu'un mode de vie correspond parfaitement à son individualité, on ne ressent ni lassitude, ni besoin de changement.
60
Chaque jour ainsi
recommençant
61
Sur une terre accueillante et hostile, sous un ciel bienveillant et indifférent – comme s'il nous fallait tout vivre – tout expérimenter – pour comprendre ce que nous sommes
62
Le cœur
arpentant tous les territoires
ceux de l'âme comme ceux du monde
63
Chaque geste – chaque pas – est une danse lorsque le cœur est joyeux
64
Comme un soleil
dans chaque recoin de ce monde
65
Et s'il n'y avait que l'Amour et le silence
66
Toute déception nous oblige à creuser en nous le seul réconfort possible
67
Au seuil d'un ciel
dont la terre est la seule issue
68
Ah ! Tant d'inconnaissable et d'horizons indépassables pour l'esprit humain...
69
Rien dans l'équation
ni d'un côté
ni de l'autre
70
L'attention est le socle sur lequel s'appuient la sensibilité et la compréhension. Sans elle, l'âme et le monde ne seraient qu'une épaisseur grise et monotone
71
Perché si haut
avec pourtant encore de la boue
au fond des yeux
72
Le cœur parfois recouvert d'un long manteau noir
73
Si l’œil et le cœur se lassent, c'est qu'ils ne savent plus ni voir ni sentir
74
Ce qui s'entasse dans l'esprit
à force de rêves
75
Assis au bord d'une rivière dans une petite crique ; entouré d'aulnes, de noisetiers, de libellules, de demoiselles et d'araignée d'eau (à la vivacité surprenante). L'esprit particulièrement serein. Avec la sensation de baigner dans une atmosphère enveloppante et cotonneuse – infiniment tendre – et d'être pénétré par cette douceur jusqu'à la moelle. Sous un long couvert végétal – une sorte d'arche protectrice – qui laisse passer une belle lumière (légèrement tamisée). Et où que les yeux se posent, il n'y a que ciel et arbres. Et douce à l'oreille, la petite musique de l'eau qui coule...
76
Ces pages ?
Ce que le cœur peut restituer
77
Il est des lieux et des moments – lorsque l'Homme se trouve plongé dans une solitude profonde et joyeuse – qui permettent à l'esprit d'appréhender le monde comme le premier Homme posant partout autour de lui des yeux curieux et émerveillés... et cela constitue, je crois, l'une des plus grandes joies que l'on peut connaître sur cette terre.
78
Il y a tant d'horizons
au cœur du poème
que nous ne toucherons
que du bout des doigts
79
Au cœur du monde naturel, je suis presque toujours envahi par un sentiment métaphysique profond. Ramené en quelque sorte (et encore plus qu'à l'accoutumée) aux questionnements fondamentaux devant tant de merveilles, de surprises, de magie, d'étrangeté...
80
Sous les apparences
le cœur et l'Absolu
81
Devant tant de beauté, le cœur empli de gratitude et d'admiration
82
A l'extrême pointe de l'âme
l'immensité et la lumière
83
Ce qu'un Homme a ressenti ou pensé il y a des milliers d'années à l'autre bout du monde, on peut le ressentir ou le penser ici même à cet instant. Et il en sera, sans doute*, encore ainsi dans des milliers d'années...
* si la Terre n'a pas trop changé
84
Sur le ballast des âges
un peu d'éternité
85
La vie est inconfortable et incertaine. Une fois qu'on l'a compris, on peut vivre l'esprit (un peu) plus tranquille
86
Parvenu au seuil
au-delà duquel tout est égal
87
L'esprit assez aiguisé et le cœur suffisamment large pour prétendre être un Homme
88
Nous ne sommes personne
89
Dans ce monde où tout est cloisonné et où la spécialisation fait florès, les « touche-à-tout » et les polymathes – comme l'Homme universel d'ailleurs – n'ont plus de place. Chacun est cantonné à un domaine particulier. Triste époque...
90
Le cœur somnambulique
allant les yeux fermés
vers ce rêve
qui a des airs de fin du monde
91
Pendant la période estivale, après avoir versé un peu d'eau aux plantes près desquelles j'étais assis durant « ma pause sylvestre », je les entends presque dire : « Ah ! Merci ! Merci ! On était si assoiffées !
92
Au faîte de l'enfance
au-dessus des monstruosités du monde
quelque chose de la tendresse et du silence
93
En cette vie, peu de choses pèsent plus lourd que la douleur et la mort
94
Le cœur penché
sur ce sang épais qui se répand
si horriblement sur cette terre
95
Le cœur souvent plus obscur que la nuit
96
Quelques tremblements sur la pierre à l'heure où il nous faut affronter le pire ou partir
97
Au cœur même de l'ignorance
Ce qui sait déjà
98
Je crois que l'on écrit pour partager une joie, une tristesse, une découverte, pour épancher une émotion qui déborde (et ainsi la rendre plus supportable) ou pour offrir à l'autre une part de son humanité
99
Quelques traces
un peu d'épaisseur
pour les pas qui suivront
100
Ce que l'on cherche dans un livre ; une rencontre – quelque chose de l'autre qui résonne comme une fraternité
101
La parole nourricière
dans laquelle le monde
pioche sa substance
102
Toute la cosmologie de la langue et de la littérature avec leurs univers, leurs astres, leurs trous noirs, leur gravité, leurs comètes ; tous leurs mystères...
103
Ce que la parole contient
qu'importe le sens et le son des mots
l'âme de celui qu'elle a traversé
comme un morceau de cœur
livré à celui qui l'écoute ou la lit
104
Conquérir le monde, la grande affaire de l'Homme. Et apprivoiser le vide, ce à quoi s’attellent quelques-uns...
105
Le cœur battant depuis toujours
comme s'il n'y avait que le voyage
comme si la mort était une invention
106
Une vie – des gestes
où se côtoient l'infime et l'infini
107
Parfois si poreux que (presque) tout est ressenti. Et d'autres fois, si opaque qu'on a le sentiment de tourner en rond et d'étouffer dans un esprit hermétique et exigu
108
D'un monde à l'autre
jusqu'à l'éblouissement
qui fait ouvrir les yeux
109
Je n'aime rien tant que ces longues pauses sylvestres – assis ou allongé sur le sentier après quelques kilomètres de marche. A l'ombre des grands arbres. Les yeux fixant le ciel à travers la danse des feuillages chahutés par le vent. Il y a dans ces instants quelque chose d'une paix profonde et quelque chose aussi de l'éternité.
110
Au cœur de la lumière
cette conversation silencieuse
111
Vie et mort si étrangement – si savamment – si inextricablement – enchevêtrées en ce monde
112
L'apparence d'un destin
une fiction peut-être
dont nous serions le personnage
113
Ce que nous vivons ; exactement ce qu'il nous faut vivre...
114
L'invisible
au cœur de notre géographie intime
115
Sentir jusqu'au fond de sa moelle que l'on est une partie vivante de ce grand Tout.
116
Le cœur traversé par le monde et les siècles
117
Le cœur arpenté par la lumière
118
Lorsque les yeux déchirent le voile derrière lequel se cache le réel nous apparaissent l’extraordinaire diversité des formes et des couleurs, l'incroyable beauté du monde et la prodigieuse envergure de l'esprit.
119
Face au monde
comme face au miroir
sans très bien savoir quoi faire
120
C'est l'envergure et la profondeur du regard qui déterminent « la valeur » de ce que nous percevons et qui donnent ou non aux phénomènes leur caractère précieux.
121
Ce qui rayonne à notre insu
122
Le grand vide
au fond de l’œil
dans lequel, un jour,
tout finira par disparaître
123
Pourquoi se sent-on si vide lorsque l'on n'écrit pas – lorsque aucune pensée ne dicte à la main de courir sur la page ?
124
Sans rien savoir
comme abandonné à l'obscurité
125
Tant de vide parfois que notre existence prend des allures de néant...
126
L'âme à moitié étouffée
au fond de sa pauvre gangue de chair
127
Nous sommes le 15 août ; et les collines se colorent déjà de jaune, d'orange et de rouge, le vent fait tomber des myriades de feuilles sèches. Les arbres souffrent de ces épisodes caniculaires de plus en plus longs et rapprochés. Autant que les bêtes sans doute... Il y a quelques jours en traversant un fond de vallée, j'ai délogé bien malgré moi cinq chevreuils en cinq endroits différents qui « profitaient » sans doute de la fraîcheur (toute relative) du lit d'une petite rivière asséchée déjà depuis de longues semaines.
128
Le cœur si près de la pierre
que l'on sent battre le pouls du monde
129
J'aimerais tant vivre comme les arbres et les bêtes sauvages mais il n'y a en moi « pas assez de sauvagerie » ; sans doute suis-je encore trop humain – il me faut un abri, des vêtements, des réserves d'eau et de vivres et de quoi les faire cuire ainsi que de quoi me chauffer en hiver...
130
Blotti contre le rêve
d'une manière presque animale
entre l'humus et le soleil
à défaut de pouvoir exister autrement
131
Je n'aime rien tant qu'observer le sol et les nuages, le corps penché sur l'herbe et les pierres ou les yeux tournés vers l'immensité céruléenne. Homme assurément de la terre et du ciel.
132
Sans autre besoin
que ce qu'offre le jour
133
Ah ! Quel bonheur de sentir le vent sur sa peau, balayer le sol de son souffle, agiter les feuillages et pousser les nuages vers l'horizon...
134
Si léger le pas qui danse
Si légère la voix qui chante
135
Au loin, un rapace aux dimensions impressionnantes (je n'ai pas eu le temps de sortir mes jumelles pour l'identifier) tournoie dans le ciel avec dans ses serres un serpent. Le tableau est si rare et si insolite que j'en suis resté bouche bée...
136
Au fin fond des bois
ce rire et ces râles
ce qui meurt et ce qui vit
qu'un seul souffle sépare
137
Les pierres, les arbres, la terre, le ciel, le vent, les collines et les rivières. Tout est là – magnifiquement posé – magnifiquement vivant.
138
Tant de choses tissées ensemble
139
Je crois que l'Homme n'est ému que par ce qui le rappelle à lui-même
140
Au-delà de l'obscurité
ce que cache le jour
141
L'esprit de l'Homme est fasciné par la beauté et, quelquefois, par l'intelligence...
142
Par-delà les choses
Le rire et le vent
143
Ce que j'aime plus que tout ; sentir que j'appartiens au grand Tout...
144
Tant de choses
sous ce ciel infini
145
Je me souviens de cette phrase de Vincent La Soudière sur le couple : « un jour, l'autre finit par peser plus lourd que le monde ». Je crois qu'il faut être seul pour apprécier la beauté et les vertus du monde ; l'autre est toujours une distraction et finit, bien malgré nous, par occuper toute la place et toute l'attention.
146
Il faudrait un grand vent
pour balayer tous nos mensonges
147
Le cœur ému, voilà un excellent baromètre pour mesurer son degré de sensibilité. Combien de fois par jour sentons-nous les larmes nous monter aux yeux ?
148
Sous les masques
cette tendresse et cette innocence
dont le monde a tant besoin
149
On ne peut vivre – et dire – que poétiquement sinon on transforme l'existence et la parole en choses fades et ennuyeuses... d'où ma réticence à écrire ce journal...
150
J'ai l'âme poétique ; et la parole sans doute pas assez...
151
Des mots malgré soi
et le labeur de l'âme
indéfiniment
152
Pour survivre, trouver une place en ce monde ou « se bâtir une existence », les Hommes usent de leurs atouts naturels (force, charme, beauté, intelligence, débrouillardise etc etc) et font feu de tout bois pour trouver des alliés (partenaires, amis, connaissances, réseaux...). Voilà pour quoi j'admire et éprouve une sympathie toute particulière pour celles et ceux qui vivent dans une solitude joyeuse et assumée.
153
Il faut beaucoup de prétention ou d'ignorance
pour penser que sa vie a quelque importance
154
Le vent qui balaye tous nos jeux
nos superflus de noir et de matière
ce que nous avons édifié
pour vivre au cœur du chaos
ce dont nous nous sommes entourés
pour apprivoiser le néant
balayés d'un souffle salvateur et joyeux
155
Se débrouiller seul(e) dans le monde (humain ou naturel) est loin d'être un exercice aisé. Et bien peu s'y aventurent...
156
Ce qu'il faut rompre
au lieu de succomber
pour continuer le voyage
vers la lumière
157
J'éprouve une sympathie toute particulière pour Santoka, ermite itinérant et poète japonais du XXe siècle. J'aime sa solitude, son dépouillement, sa mélancolie. Sa manière de raconter les petits riens de son existence...
Hormis le goût pour l'alcool, je me fais parfois l'impression d'être un petit Santoka moderne et motorisé (je vis en camion aménagé) féru de propos métaphysique.
158
La vie et le poème
comme les signes d'une présence mystérieuse
159
Depuis qu'a débuté cet épisode caniculaire, j'ai remplacé la marche quotidienne par une longue séance de lecture. Chaque après-midi, je m'installe au même endroit – à l'ombre d'un grand chêne. Et je constate au fil des jours que les frondaisons deviennent de plus en plus sèches ; les feuilles jaunes, orange et rouges sont de plus en plus nombreuses et tombent au moindre souffle de vent, ce qui donne aux collines un air d'automne bien singulier en ce mois d'été.
160
Rien que le silence
et nos tremblements
161
J'ai toujours été très solitaire mais, dans ma jeunesse, j'ai beaucoup espéré de l'Homme, du monde et de la vie en société. Mais j'ai été, au fil des années, si déçu par ce qu'ils « offraient » (si peu de choses en vérité) que j'ai décidé, à la trentaine, de mener une existence érémitique, frugale et austère. Il y a dans cette réponse quelque chose à la fois de triste et de sage.
L'Homme, le monde et la vie en société offrent sans doute quantité de choses – quelques « avantages »* et pas mal d'inconvénients aussi – mais ne peuvent satisfaire les chercheurs d'Absolu. Aussi est-il naturel que « cette race un peu à part » finisse tôt ou tard par s'en éloigner... Je crois, en outre, que lorsque l'on n'attend plus rien du monde, on devient réellement réceptif aux rencontres (lorsqu'elles se présentent).
* des distractions, un peu d'amitié, l'impression d'appartenir à un groupe – mille consolations somme toute assez médiocres et insatisfaisantes...
162
Aucune sentence
si ce n'est ce que la vie nous donne à vivre
163
Ce matin, dans un pré, j'ai vu un renard. Et quelques dizaines de mètres plus loin, un corbeau. Mais point de fromage...
164
A voix basse
le poème
à peine audible
pour ne pas ajouter du bruit aux bruits
pour ne pas interrompre le silence
165
Autrefois, j'étais un humaniste naïf. Aujourd'hui, je suis devenu – je crois – un vivant lucide...
166
Le cœur vieillissant
bien moins sensible au vertige du monde
accomplissant son destin à l'écart des étoiles
porté, à présent, davantage par la lumière que par le sang
167
De plus en plus anonyme
voilà ma seule gloire
168
Le socle de tout est l'attention. Sans attention, il n'y a rien – ni monde ni possible – rien qu'un peu de matière en mouvement...
169
Le monde
sous la lumière des profondeurs
170
Depuis que je ne fréquente plus les Hommes, je me suis passablement ensauvagé... au point où croiser – ou pire parler avec – un être humain me semble presque une épreuve...
171
Le destin de personne
celui d'un fantôme peut-être
172
Invisiblement notre identité
173
Lorsque l'on est profondément seul, tout peut nous parler et devenir amical ; une pierre, une herbe, un arbre, le vent, un oiseau. Tout peut devenir signe de présence, preuve d'un monde où tout est intime et signifiant...
174
Ce que le cœur abrite
bien plus que le visible
175
Une vie d'interstice et de pas de côté ; je crois que c'est assez bien résumer mon existence...
176
Demeure en soi un sourire
en dépit de l’œuvre des Hommes
177
Agréable senteur de pin aujourd'hui durant ma « pause sylvestre » passée au cœur d'une minuscule pinède entourée par une immense chênaie
178
La terre étreinte et caressée
loin de la folie des hommes
qui exploitent la roche
et font couler la sève et le sang
179
Un peu au-dessus du cirque
Serait-ce là notre seule consolation ?
180
Presque toujours dans la posture de celui qui offre* ; et presque jamais dans celle de celui qui demande. Et lorsque mon individualité exprime un besoin, je m'évertue à fouiller mes profondeurs pour lui donner ce qu'elle réclame.
* une écoute, une disponibilité, des savoirs, des savoir-faire, des conseils etc etc
181
Dans une solitude souriante
qui fait de cette rive une invitation
182
Vivre au cœur du monde humain, c'est vivre au contact des individualités. Et cette proximité nécessite de retrouver la surface de l'être alors que la solitude permet d'explorer – et d'habiter – les profondeurs et l'arrière-plan.
183
Si près des ombres et des vivants
Si près de l'écume et des reflets
En ce lieu où l'infini est partout
184
Le mystère se tient dans la manière de percevoir ; aussi qu'importe ce qui est perçu...
185
Au seuil de soi
le sommeil et le royaume
le singulier et le commun
comme une fête et un retrait
186
Au fond du regard
la nuit métamorphosée en lumière
et le cri transmuté en silence
187
Il y a réellement du merveilleux dans la diversité du vivant et cette incroyable profusion de formes, de couleurs, de comportements, d'aptitudes et de prédispositions...
188
Au cœur de l'âme
Au cœur du monde
Là où la vie et la mort
mêlent leur danse étrange
189
Sur cette terre
où la Vie est le maître-mot
où tout se mélange avec elle
jusqu'aux ténèbres
jusqu'à l'incurie
jusqu'aux plus hautes abstractions
190
En cas de morosité, il suffit de regarder le ciel et le feuillage des arbres agité par le vent pour se sentir de nouveau appartenir à l'immensité et au vivant.
191
Ce qui brille au fond des yeux
assombri, si souvent, par le chaos du monde
192
En pleine forêt. Des corneilles postées à plusieurs centaines de mètres de distance conversent – et se répondent – dans une langue qui m'est, bien sûr, incompréhensible. Chez certaines, on sent une sorte d'interrogation et chez d'autres, une espèce d'exaspération et de colère...
193
Des mots
Des mondes
et le plus essentiel
qui se cache dans les interstices
194
Là où tout se rencontre
même les cœurs les plus étrangers
195
Ici, les arbres sont si haut – et la forêt si belle – qu'il suffit de lever les yeux pour avoir le sentiment d'être ailleurs. On ferme alors les paupières et on se laisse bercer par le bruit des feuilles agitées par le vent, par le craquement régulier des troncs, la chute des brindilles sur le sol jonché de feuilles et le cri des oiseaux. Et on a aussitôt l'impression d'être sous d'autres latitudes.
196
Au seuil d'une maisonnée sans mur
d'un territoire sans frontière
d'un royaume dont chacun serait le souverain
197
Là où tout est silencieux
l'âme et le monde apaisés
au bord d'un chemin
où tout continue de passer
198
Il faut fréquenter un lieu assidûment pour découvrir son âme ; et, peu à peu, l'apprivoiser...
199
Le cœur bleu
à force de contempler le ciel
200
Se sentir libre – magistralement libre – lorsque l'on a (enfin) compris que l'essentiel des contraintes de ce monde ne sont que de pures inventions.
201
Ici
sans autres histoires
que celles que l'esprit a inventées
202
Je crois (enfin) comprendre d'où vient ma détestation des bruits humains et des bruits de machines à moteur (cris, éclats de voix, rires, bavardages, véhicules, tronçonneuses, débroussailleuses, tondeuses à gazon...), ils viennent simplement troubler l'atmosphère paisible dans laquelle je me trouve.
203
Le cœur triste et grognon
à trop regarder le monde
à vivre trop près des Hommes
204
Heureux de ne participer à rien de ce monde – à aucune activité productive, exploitatrice ou distractive – à rien de hautement délétère. Et comment le pourrais-je ? Je passe mes journées à marcher, à écrire, à contempler et mes besoins sont frugaux : quelques vivres, un peu d'eau, du carburant pour la roulotte, une consommation numérique raisonnable (et raisonnée), un peu de papier et un stylo. Voilà seulement ce dont j'ai besoin...
205
Aux marges de la condition humaine
là où il n'y a presque plus personne
hormis quelques âmes solitaires
quelques cœurs délicats
là où l'Amour peut entrer en résistance
là où le ciel se dessine déjà
206
Ce qui me frappe en observant le monde, c'est de voir chacun – Homme, bête et plante – vaquer à ses occupations. Animé par je ne sais quelle nécessité... et de constater qu'il n'y a le plus souvent aucune distanciation réflexive. Tout se réalise comme si les êtres (et leur esprit) étaient entièrement absorbés par leur mouvement.
207
Dieu réfugié avec nous sous la voûte ?
Pas si sûr...
208
Sans jamais s'insurger
contre la poussière et la mort
ce à quoi nos vies ne peuvent échapper
209
J'ai presque toujours le sentiment de ne participer à aucune des danses du monde*, d'être principalement un œil qui observe, un esprit qui décrit ou analyse et une main qui note ce qui a été vu, vécu ou pensé.
* même s'il m'arrive assez régulièrement de danser seul dans la forêt...
210
L’œil et le cœur attentifs
à toutes les douleurs
à toutes les peines
à tous les déchirements
211
Être, sentir, contempler et se laisser traverser. Et s'il n'y avait rien d'autre à faire... simplement être présent...
212
Écartés les souvenirs et les images
qui ravivent artificiellement la douleur ou la joie
de celui qui pense ou se souvient
213
Sans même le souci du dernier jour
214
Être sensible ; je crois qu'il n'y a de terrain plus favorable à la joie. Le corps, le cœur et l'esprit – l'âme tout entière – deviennent alors réceptifs aux vibrations du monde.
215
Toutes ces choses
jetées sans ménagement
au fond du cœur
216
Le cœur tenace
si rieur aujourd'hui face à la nuit
se moquant de son impatience et de son opacité
se laissant à présent ensemencer
par tout ce qui le traverse
217
Si l'humanité était un tant soit peu mature (sur le plan spirituel), elle jugerait la richesse des êtres à leur degré de sagesse.
218
Si aveuglément
cette traversée
comme si la lumière
manquait à l'intérieur
219
Avant l'avènement de la science et de la raison, l'Homme – être vulnérable entre tous – était enclin aux gestes et aux rituels propitiatoires et apotropaïques. Comment, en effet, être immergé au cœur des forces du monde sans avoir recours aux puissances surnaturelles et aux Dieux pour favoriser la fortune et les événements heureux et repousser l'infortune et le mauvais sort...
Mais l'Homme s'est peu à peu détaché de ces comportements plurimillénaires pour ne vouer un culte qu'au progrès... seule entité capable, à ses yeux, de dominer la nature et d'offrir un terrain favorable à ce qu'il croit être son libre arbitre. Mais c'est oublier un peu vite que nos efforts pour échapper aux forces naturelles ne sont qu'un leurre. La plupart des Hommes (et la moitié de l'humanité qui vit en milieu urbain) ne sont plus confrontés de manière directe, en dehors de la maladie, de la vieillesse et de la mort, aux « forces » du ciel et de la terre. Et leur existence que l'on pourrait qualifier de hors sol – et d'hyperprotégée – leur donne l'impression de s'être affranchis des principales vicissitudes de l'existence et des principaux dangers du monde. Il suffit pourtant de retrouver les espaces sauvages ne serait-ce que quelques heures – mer, montagne, forêt, désert – pour se rendre compte que nous sommes – nous et notre technologie – minuscules et impuissants face aux forces de la nature et qu'il n'est, sans doute, pas totalement absurde de demander l'appui d'entités invisibles pour nous aider et nous protéger contre quelque puissance obscure, incontrôlable ou monstrueuse...
220
Jeté dans le grand brasier du monde
les cœurs apeurés
la chair sacrifiée
et ces larmes qui coulent
devant l'inéluctabilité de l'incendie
221
A s'amuser sans risque avec la lumière
mais bien souvent à nos dépens
lorsque l'on joue avec la vie
222
Si vide qu'il ne reste rien ; ni au-dehors ni au-dedans. Juste un œil et le corps comme une mince membrane qui flotte dans le vent – si peu épaisse et presque parfaitement poreuse qui se laisse traverser par ce qui passe sans rien retenir et qui est, peut-être, en train de se diluer dans ce qui l'environne.
223
Seul au milieu des choses
le cœur comme abandonné
224
Obéir à la vie, c'est accepter tous ses mouvements. Et aussi l'absence de mouvements... C'est accueillir tout ce qui nous traverse et consentir à ce que, parfois, il ne se passe rien...
225
Sans rien affronter
le pas de côté
le regard glissant
ou dans le sens du courant
226
J'ai un rapport très singulier à la vérité ; je ne peux souffrir le moindre mensonge. Il y a tant de ruses et de manipulations dans le monde humain que je me montre très intransigeant en matière d'honnêteté ; tous les gestes et tous les propos instrumentalisant ou mensongers sont aussitôt repérés et écartés.
Contrairement à l'esprit qui peut se laisser manipuler, le corps et l'âme, eux, ne se laissent pas facilement berner. Lorsqu'on a affaire à des attitudes inauthentiques ou à des paroles fallacieuses – et si l'on est un tant soit peu attentif – on peut remarquer qu'ils émettent des signaux de résistance (tensions, crispations, rejets, évitements, fuites etc etc) qui nous alertent sur le manque de probité de celui qui nous fait face.
227
Rien entre les mains
Et l’œil aussi vide que l'âme
manière de se tenir disponible
et de renvoyer son vrai visage
à ce(lui) qui nous fait face
228
Celui qui vit l'instant ne se précipite jamais sauf lorsque les circonstances l'exigent...
229
Comme un espace
au fond de l’œil
où tout est suspendu
230
Ce qui, en nous, s'ouvre
à mesure que la lumière au-dedans s'insinue
231
Qu'importe ce qui est vécu, tout est parfaitement légitime et savoureux pour celui qui reconnaît le caractère souverain et précieux de l'existence.
232
Plus haut que les cris et les chuchotements
là où tout se transforme en joie
même le monde piégé au fond de l'abîme
233
Mon Dieu ! Que les Hommes aiment parler d'eux ! Je crois même que c'est le seul sujet qui les intéresse...
234
Les yeux absorbés par le rêve
au lieu de contempler la vie et la mort
235
A haute voix
ce qui se dit au fond de l'esprit
236
Chaque instant compte ! Qu'importe à quoi il est consacré...
237
Sans autre maintenant que celui que l'on vit
238
Chaque geste est l'occasion de ressentir la manière dont la vie nous traverse.
239
Là où le secret se déroule
A même le cœur et la peau
240
Je crois qu'il n'y a rien de plus beau – ni de plus émouvant – qu'un regard et un cœur innocents...
241
A défaut de parole
une danse
un geste
ce qui s'esquisse
si près de la source
242
Porté peut-être au plus haut du sacré
243
Quelle joie de sentir que nos gestes, nos paroles ou notre présence peuvent égayer le cœur des autres...
244
Le cœur au bord des lèvres
délivrant sa prière
et laissant le vent l'emporter
245
Tout de même ! Quelle bien étrange affaire, ce séjour terrestre !
246
Au pied de l'inconnu
en cette terre où tout est à sa place
247
Comme si le monde devenait la périphérie du réel – une sorte de matière évanescente et brumeuse – à mesure qu'est ressentie une incroyable (et indéfectible) consistance intérieure – qui devient, en quelque sorte, le centre à partir duquel est perçue la réalité...
248
Du dedans ; ce rêve du monde
249
Comme si seules comptaient la résonance et la manière dont le monde – les êtres et les choses du monde – entraient en vibration à l'intérieur...
250
Qu'importe l'histoire du monde
pourvu que nous tremblions
251
Lorsqu'il n'y a plus ni l'idée de soi, ni l'idée du monde, ni l'idée du temps, il ne reste que l’être, l'individualité fonctionnelle* et ce qui est dans l'instant.
* ce qui agit en fonction des circonstances et des situations
252
De seuil en seuil
jusqu'à dissiper le rêve
253
Les habitudes usent le cœur et les yeux... et entament de manière substantielle la qualité de ce qui perçoit et de ce qui ressent.
254
L'âme dressée comme un rempart contre le sommeil
255
L'ennui naît d'un défaut d'attention et de sensibilité – lorsque l'esprit perd momentanément sa capacité d'observation et « oublie » la porosité entre l'être et les choses du monde.
256
Témoin de tant d'évidences
que la vérité nous échappe
257
C'est ce qui habite le regard qui construit le monde et lui donne sa texture et ses couleurs, sa beauté ou sa laideur.
258
Le lieu du sommeil
et le lieu de la lumière
identiques pour celui qui sait
259
L'envergure du regard et la saveur du geste : quel bonheur lorsqu'elles sont présentes... et plus encore lorsqu'elles s'intensifient...
260
Depuis le lieu où tout se transforme
mais où rien ne change pourtant
261
Au cœur de la perfection du monde... où chacun vaque à ses affaires... où chacun œuvre à ses nécessités...
262
Des jeux encore
pour célébrer
tantôt la vie
tantôt l'absence
263
Le pas dansant
sur l'horizon incertain
264
Parfois je crois voir en moi les prémices (encore maladroites) de l'Homme de demain sensible et respectueux – enclin à honorer ce qui l'habite et ce qui l'environne et capable de concilier les exigences de l'âme, du corps, du cœur et de l'esprit.
265
Comme un outil déposé aux pieds des autres
266
La fascination qu'exercent sur moi les mot imprimés sur la page. Et leur mystérieux assemblage qui fait naître le son et le sens – toute la magie du poème.
267
A cœur de la parole
ce qu'il faut de vie et de lumière
ce qu'il faut de rêve et de douleur
pour qu'elle puisse être comprise
268
La vie propre du poème
dans son commerce non avec le monde
mais avec le cœur et l'invisible
269
Moins mais mieux... moins d'activités et de mots mais une qualité de présence accrue. Une manière d'être qui nous rend plus sensible et plus poreux aux choses du monde et de l'âme...
270
L'effort délaissé
au profit de l'abandon
comme absorbé par un espace
au cœur duquel tout se dilue et se déchire
où seule la nécessité s'impose
271
Quelle joie lorsque l'élan se transforme en poème, en geste juste ou en présence silencieuse...
272
Le cœur tout entier dans le même désir
273
Sans réfléchir – et sans raison même – la parole qui court sur la page
274
Cette profonde tranquillité
au cœur de la danse des mots
275
Expérimenter toutes les dimensions de l'existence humaine ; le tangible et l'invisible, l'ordinaire et le merveilleux, le douloureux et l'extatique...
276
Si prodigieusement vivant
277
D'un ciel à l'autre
sans même s'en rendre compte
278
La vie terrestre est essentiellement gouvernée par la faim. Et lorsque l'on n'est pas animé par celle du corps, on est mû par celle du cœur et de l'esprit.
279
A errer autour du festin
comme des bêtes affamées
280
Chez l'Homme, tout n'est que prédispositions, aspirations intérieures, élans naturels et travail.
281
Dieu penché sur chaque âme
De l'intérieur
282
S'asseoir au cœur de la forêt. Et écouter...
283
Tout rassemblé
sous l'arbre
et dans la parole
284
Appartenir à l'équilibre parfait et fluctuant du monde ; rien qu'en étant vivant, on y participe. Et tous nos gestes (quels qu'ils soient) y contribuent.
285
Le ciel et l'ombre
réunis dans la même danse
sur cette terre
où tout sait si bien se mélanger
286
Tout est Dieu. Et tout y mène. Et, pourtant, quelque chose en nous sans cesse s'y refuse...
287
Au fond de notre cœur
quelque chose d'incomplet
288
Percevoir et ressentir, c'est comprendre. Mieux, c'est connaître
289
Ce que le geste nous apprend
bien plus que les livres (le plus souvent)
290
En ce monde, l'essentiel des Hommes désirent plus (toujours plus) de richesses, de confort, de sécurité, de possibilités, de distractions etc etc – alors que d'autres (une infime minorité) savent – et ressentent – que seul le chemin des moins peut être une issue pour l'âme et le monde...
291
A force de ne plus rien désirer
A force de ne plus résister
Dieu finit par tout remplacer
292
Allongé sous les hautes frondaisons. Dans une bienheureuse torpeur. La main joyeuse qui note ce qui traverse l'esprit.
293
Blotti contre la pierre
le cœur enfoui dans l'humus
à attendre la fin du jour
294
A l'ombre de si grandes figures
La table vide
La feuille blanche
Les mots que dicte l'âme
et le poème qui, peu à peu, se dessine
295
Nous sommes tellement prévisibles...
296
Presque indéracinable
ce qui loge au fond du rêve
297
Habiter parfaitement l'instant. Quelle tâche ardue !
298
Entre nos mains
cette éternité dont nous ne savons que faire
299
Rien ne doit être rejeté. Tout doit être épousé...
300
Jusqu'à ce que la nuit se transforme en jour
301
Il est étonnant de voir que l'on peut donner au cœur toutes les caractéristiques des matériaux ; dur, fragile, hermétique, spongieux, malléable, cassant etc etc.
302
Le cœur si serré dans les mains du vide
303
Comme un miracle
au-dedans de cette fragilité
304
Il faudrait avoir la patience des arbres... mais nous n'avons malheureusement pas la même temporalité...
305
Au cœur de la forêt
l'âme dans son royaume
côtoyant les fleurs et les nuages
écoutant les esprits des bois
recueillant le chant des feuilles et du vent
contemplant la danse de tous ses habitants
306
Une existence où il n'y a que du simple et du nécessaire
307
Penché sur le plus ordinaire
sans miracle
sans travestissement
la vérité au creux de la paume
308
La vie et Dieu ne sont, je crois, jamais séparés. Quant au monde, il n'est que l'expression de ce que nous sommes...
309
Et si nous habitions un autre lieu que le rêve ?
310
La vie quotidienne est, sans doute, la voie par excellence pour pouvoir goûter Dieu, la joie, la justesse, la saveur et la simplicité de l'existence. Chaque jour est à la fois un présent et une opportunité...
311
Le cœur penché sur sa tâche
inlassablement
312
Humilité, simplicité et justesse ; des maîtres-mots
313
Quelque chose du mystère
derrière le visage de l'Homme
314
A petits pas
jusqu'au bord du jour
315
Être solitaire, ce n'est pas oublier le monde. C'est, au contraire, trouver la juste distance pour fraterniser avec lui
316
Au-delà même du monde et du temps
le royaume de l'Amour
317
Dans les bras de l'Absolu. Et entre ses mains...
318
Comme un ciel
au-dedans du cœur
que rien ne pourrait assombrir
319
Nous sommes habités – et mus – par mille choses dont nous ignorons tout.
320
Le cœur encore rempli d'écume et de cendres
recouvrant presque parfaitement le secret
321
Une réserve d'Amour au fond du cœur
Et une réserve de lumière au fond de l'esprit
322
Laisser tout son être au monde se concentrer dans sa présence et ses gestes
323
Dans l'ivresse d'une présence brûlante
Je crois qu'il n'y a, en ce monde, de plus grande joie
324
Le spectacle du monde. L’œil témoin qui observe ou contemple. Et le petit bonhomme qui se demande encore ce qu'il pourrait bien y faire...
325
Quelle réalité inventons-nous ?
Et s'il n'y avait que le vide...
326
Le cœur libre et ouvert. La peau caressée par les timides rayons de soleil de septembre. Presque l'automne déjà. Les jambes nues sur l'asphalte (tiède) d'une petite route qui traverse le massif forestier. Un livre à la main. Le feutre et le carnet posés à mes côtés. Au pied d'un chêne impassible. Sous le ballet incessant des hirondelles qui ne vont sans doute plus tarder à rejoindre des latitudes plus hospitalières. A savourer ces heures tranquilles après quelques kilomètres de marche.
327
Sans bruit
dans la chambre de la forêt
pour laisser la voix des bêtes et de la nuit
se poser sur notre seuil
et relayer les paroles du jour
328
Seul au monde. Bien plus qu'une simple formule...
329
Dans le huis-clos de l'âme
les yeux scrutant l'abîme et la lumière
d'une égale manière
330
Et si, au fond, notre parole et nos poèmes n'étaient adressés à personne...
331
Il y a au fond de soi des réserves de tendresse qu'il est nécessaire de s'offrir avant de « prendre soin » du monde
332
Ruisselant de larmes et de lumière
ce visage qui fait face au monde
333
Plus vivant que jamais
quand la joie danse
au fond de l'âme
334
Je juge, malgré moi, les individualités au degré de présence, de sensibilité et de respect qui colore leurs gestes et leurs paroles. Et en une fraction de seconde, mon opinion est faite...
335
Le geste et la parole
infiniment reconnaissables
de ceux dont le cœur sait habiter le silence
336
Ce que nous vivons ressemble à un rêve. Ça a l'air réel lorsque cela est vécu mais aussitôt passé, c'est enveloppé de vapeur et de brume ; on ne sait plus très bien si on l'a expérimenté ou si on l'a imaginé...
337
Allant comme de pauvres mortels
L'espoir au cœur
Et l'échine courbée
338
Comme installé(s) au faîte de l'ivresse
en croyant toucher le ciel
alors que les pieds sont encore englués dans la glaise
339
Soi et le monde, tout un concentré de merveilles et de misères. Et ce qu'il faut d'espérance et de cruauté pour que rien ne change et/ou pour aspirer à vivre autre chose... à vivre autrement...
340
Là où se sont immiscés les yeux
autant d'ombre que de lumière
341
Et si la lumière
n'était que le prolongement de la poussière
et si la lumière n'était que la vérité au fond du sang ;
une manière innocente de vivre les circonstances
342
Le cœur piqué de poèmes et de joie
343
(Un peu) au-dessus de cette épaisse fumée
qui maintient le monde dans l'obscurité
344
Là où plus rien n'a de poids
ni l'âme, ni l'autre, ni le monde
le cœur aussi léger que la voix
345
J'aime tant les livres, les mots et la poésie qu'il me serait, je crois, impossible de vivre sans eux.
346
Au milieu des livres
Au milieu des danses
Au milieu de la poussière
347
Presque tous les gestes humains sont une manière d'exprimer un besoin d'amour – une façon de dire « s'il vous plaît ! Regardez-moi ! S'il vous plaît ! Écoutez-moi ! S'il vous plaît ! Aimez-moi ! ».
348
Qu'attendre de la parole des Hommes
sinon le prolongement du mensonge
ou, au mieux, de l'illusion
349
L'infini et le silence au cœur même de ce monde de frontières et de bruits...
350
Et s'il n'y avait rien
rien et tous les possibles