Carnet n°318 La danse secrète
Avril 2025
Aux angles du monde
Le jour rétréci
La joie amputée
Comme si tout avait été recouvert de terre
A la manière de l'homme
Cette terre
Ces existences abîmées
Comme un bloc de ciel
Sur la pierre
Détaché du plus haut
Que l'on aurait arraché – peut-être
Ici
En soi
Au milieu du monde
Comme si tout commençait
Le bleu
En tous sens
Recouvrant tout
Jusqu'à la douleur
Jusqu'à la misère
Jusqu'à l'horizon
Joyeux
Sans même savoir pourquoi
A partir du souffle et du sang
Le geste et le poème
Comme attendu au seuil
Rassemblé et à genoux
Sur la pente bleue
Le ciel dans le souffle
Et jusqu'au fond des entrailles
Incliné
Et sans calcul
Disposé à la source et aux rapprochements
Au plus profond de l'encrier
Le sang encore
Comme si tout n'était que chair et douleur
Comme si tout n'était que ciel et cœur changeants
Toutes les déclinaisons de la terre
Indifféremment
Ce vivant si rudimentaire
Incrusté dans la trame
Extirpant tout ce qui brille
Arrachant tout ce qui nourrit
Et piétinant le reste
[entre le délire et le sommeil ;
quelque chose de féroce
et quelque chose de tenace aussi]
Contrairement à l’œil ; au pas ; à la terre
Là-haut
Livré au ciel sans horizon
Quelles forces pourraient transformer ce cœur noir et poussiéreux ?
A défaut d'Amour ; de silence ; de lumière ;
A défaut de liberté et de joie
Quelques furtives étreintes
Un peu de soleil
Un peu de monde
Mille désirs
Et son lot de distractions
[Aussi est-il naturel que nous préférions vivre à l'écart]
Empli (et davantage même ; débordant) de ce qui ne se vend pas
Courbés
Le dos
Le temps
Le monde
La mort
Face au silence
Face à la lumière
Le cœur si naïf
Face au sang
Face au rêve
Comme obligé de croire
Rien
Contre le rêve
Sinon un autre rêve
(et – si possible – plus grand –
plus beau et plus invraisemblable encore)
En son propre désert
Vivant
Là où nulle part devient sa propre terre
Pour mille raisons
L'écart et le sauvage
Et cette solitude si vivace
Ici ou là
Sans rien attendre
Le geste ardent
Le pas solitaire
Allant
Sans rien demander
Porté par le souffle
Sans se soucier
Ni du voyage ;
ni des paysages ;
ni de la destination
Aujourd'hui
Au-dedans
Infiniment
Comment pourrait-on déchiffrer quoi que ce soit
Comment pourrait-on comprendre
la portée du regard et l'envergure de l'intime
Avec toutes ces images en tête...
Au cœur de la danse
Au cœur du rêve
Le cœur affranchi de la soif
De la même couleur que le reste
Parfois obscur
Parfois lumineux
Qu'importe l'ombre et les visages rencontrés
Qu'importe la proximité du ciel et l'épaisseur de la nuit
Qu'importe les reflets du miroir
Sans résistance
Face à ce qui s'impose
Suspendus à la lumière
Ces chaînes
Ces tourments
Cette oppression
L'ineffable
A l'affût
Sur toutes les pentes
Malhabile ; embarrassé ; indécis
Dans l'attente d'un sourire ; d'une danse ;
d'un visage ; d'une distraction ; d'un étourdissement
Quelque chose qui donnerait une occupation à la tête ;
et une orientation au pas
Composé de cet enchevêtrement
vivant et inexplicable
d'invisible et de matière
Derrière les tressaillements de l'âme
L'ombre
Et au-dessus l’œil qui sait
La main qui caresse
Le cœur qui réconforte
L'esprit serein
Sans danger
Cet effacement
Comme si l'on faisait disparaître
quelque chose qui n'a jamais existé
Le cœur bleu
Écoutant le monde et le silence
Sans distinction
Le chant qui parvient parfois
à transformer le noir en un peu de lumière
et à faire trembler les visages
derrière leur masque
Le jour venu ; attentivement
Seul
Aux limites du monde
Aux limites du ciel
Silencieux
Face au plus intime
Face à l'immensité
Entre les lèvres
Tous les vents du monde
Et ce souffle mystérieux
Gorgés de vie et d'ardeur
Ces pas à la lisière de l'aurore
Ce regard immense
Nos élans et nos résistances
Toutes nos manières d'exister
Toutes nos façons d'être au monde
Sans attention
Sans hauteur
Sans profondeur
Tournant en rond sur le même horizon
Sans jamais surplomber ni la laideur ni la désolation
Aussi loin que possible de cette civilisation haletante et pressée
Et tous ces corps si ardents et maladroits
Qui se cherchent ; qui se frottent ; qui se houspillent
A grands coups de reins
pour perpétuer l'espèce et l'infamie
Comme des vagues
A l'horizon
Et quelque chose du rêve
Au fond du regard
Un long défilé de nuages
Entre la roche et la lumière
Allant comme le vent
Pour tout parcourir
Jusqu'au seuil au-delà duquel
le vide est reconnu
comme la seule substance
S'offrant sans rien dire
Laissant au reste – et à ce qui passe –
le soin de décider
Comme un vieux soleil
A éclairer l'obscurité des âmes et du monde
Nous
Comme la vie
Comme le monde
Comme le reste
Entre mystère – merveille et monstruosité
Le cœur immobile
Au-dessus du monde et des chemins
Hissé là où la nuit s'est retirée
Le cœur – les lèvres et les mains – silencieuses
Au milieu du monde
Au milieu des fleurs
Au milieu du feu
Sans choisir ce qui nous embrase ;
ce qui nous fait trembler ;
ce qui nous fait tourner la tête
Face au calvaire des hommes
Face aux bêtes qui souffrent plus encore
Face à toutes les monstruosités perpétrées
au bénéfice de quelques-uns
Quelque chose qui s'enfonce au fond de la chair ;
jusqu'au fond de l'âme ;
Toute la tristesse du monde
Enveloppé par la nuit triste et obscure
Malgré la lumière que dessine la main innocente
Au corps à corps avec la multitude
Au lieu de célébrer ce surcroît de lumière
Un cœur de va-nu-pieds
Des gestes simples et sans alliance
Des paroles trempées au fond du silence
Et cette sagesse plus que sauvage
Assez de rire et d'Amour pour offrir à la hache un peu de résistance
Jusqu'à l'aube
Ce chaos
Cette longue glissade
Puis cet agenouillement (si compréhensible)
Émerveillé par la beauté de la terre
Comme de l'or au fond des yeux
Comme de l'or au fond de la chair
Le souffle et le geste chargés de fleurs et de vent
Le regard plutôt que les yeux
Aussi bleu que le reste – en définitive
La danse rayonnante de l'âme au milieu des fleurs
Des pas comme des soleils au milieu des étoiles
Un peu de lumière
dans nos éclats de tendresse et de voix
Une manière de chanter la vie ;
de célébrer le soleil ; le jour ;
toutes les forces du monde
Là où les chemins convergent
Là où les frontières s'effacent
Derrière les grilles
Rendues au labyrinthe
A l'enfer terrestre
Et le regard par-dessus – à présent
Enjambant tous les obstacles ;
l'abîme et les territoires
Et ce rire – aujourd'hui – sur le voyage et les voyageurs
La parole
Comme un feu ; un clé ; une besace
Comme une fleur ; un envol ; une offrande
Comme une flèche ; une gifle ; une caresse
Jamais ni comme une décoration ; ni comme un monument
A pieds joints – à présent
Alors qu'autrefois tout se faisait – tout se vivait – à contrecœur
Des voix inaudibles sous l'écume noire
Des cris convertis en chuchotements
En mutisme parfois tant est grande la terreur
Seul est perceptible le tremblement des âmes
qui déforme l'horizon de pierres
Depuis si longtemps
Cette peur recroquevillée au fond de l'âme
Ces hantises et ces soupirs
Ces souvenirs inutiles
Ces gesticulations maladroites
Comme si nous avions peu à peu écarté la vie ;
réduit les battements du cœur à un bruit imperceptible et incompris
Porté(s) par l'envergure du secret dont la tendresse –
lorsqu'elle est ressentie – amortit les coups et panse les plaies
L’œil éveillé
Ni passeur de mots
Ni passeur d'images
Pourvoyeur de silence et de joie
Rien du mythe
Quelque chose de l'évidence
A défaut de pouvoir fournir la moindre preuve
[Hormis – bien sûr – cette joie au fond du cœur –
comme, peut-être, la plus éloquente des démonstrations]
Parfois l'âme dialogue avec le ciel
Sans intermédiaire
Sans interprète
Manière – peut-être – de retrouver l'entente originelle
Sous l'immensité
Les cimes du monde
Et la tête de l'homme
qui dépasse à peine les plus hautes herbes
La peine de celui qui ignore
L'ardeur de celui qui cherche
La joie de celui qui se rejoint
La gratitude de celui qui comprend
Et le sourire de celui qui sait
Au milieu de tant de merveilles
Une poignée de ciel
Quelques brassées de terre
Et sur la roche
L'écume et la douleur
Et la fièvre de ceux qui aimeraient savoir
Bouts de chemin
Éclats de silence
Paroles abandonnées
Ombres secrètes
Quelque chose de la rumeur
Et cette chair qui tremble
Au cœur du monde
Dans l'espérance (un peu paresseuse) d'un Dieu secourable
Ce frémissement au fond de la chair ; au fond des yeux
Comme si l'âme avait effleuré le secret
A rebours
La liberté
Jusqu'au cœur de la danse
Jusqu'au cœur du poème
Sans édifice
Le feu de l'âme
Et ce qui va
Ce qui va (sans s'arrêter jamais)
Sans rêve
Sans mensonge possible
Aussi purs que le jour
Les mots qui se transforment (parfois) en poème
La terre désarmée
Recueillant l'encre – le goudron et le sang
La pisse – la salive – le semence et la sueur
Toutes les substances de l'homme
Les ailes accrochées à la table de pierre
Au milieu des arbres
Au milieu des fleurs
Et envolant quelque fois la parole
Pour offrir au ciel un poème
Le feu
Au lieu de la mémoire
La flamme plutôt que les tremblements
L'âme arrachée au plus vieux principe du monde
Là où la solitude silencieuse est à son comble
Si seules
Et si dérisoires
Ces lignes qui ne s'adressent à personne
Sur la pierre
Sans rien attendre – à présent
Le même pas
Sur le même chemin
Autrefois insensé
Et si savoureux aujourd'hui
Comme un cri interminable et perdu
Comme si l'écho de la solitude avait réussi à abattre tous les murs
Comme un froissement de feuille
Entre les doigts de celui qui se laisse rejoindre
Geste après geste
Pas après pas
Ligne après ligne
La vie
Les pages
Et le chemin
De plus en plus indistincts
Le regard
Au loin
Porté vers le ciel
Tantôt par la rosée
Tantôt par le vent
Tantôt par l'oiseau
Rêver moins
Et vivre davantage
Aller là où est le plus vrai ; le plus intense ; le plus intime ; le plus vivant
Là où le regard danse avec les âmes ; l'eau ; la terre ; l'air et le feu
Inaccessible peut-être
Et quand bien même...
Sur le dos
Son poids de peine(s) et de nuit
Et les paupières lourdes
Comme si le noir avait tout obscurci
Comme si plus rien ne séparait le dehors du dedans
Comme si l'on était (tous) condamné(s) au même ciel et à la même ornière
Si tristement (pour les uns)
Et si joyeusement (pour les autres)
Brisé
Le carcan de l'homme
Décousues
Ses paupières
Disparues
Ses frontières et sa prétention
Ouverts
Son cœur et ses mains
Voilà l'une de nos rares prières
A l'orée du plus lointain
L'âme à l'affût
L'écoute posée
Par-dessus le songe
Là où le silence est un chant
Là où le silence est une fleur
Là où le silence est une pierre
Là où le silence est un oiseau
Nous écoutons ; nous respirons ;
nous contemplons ; nous prenons notre envol
Les gestes
Couleur de l'âme
Transformée
L'enfance obscure
Convertie
En lumière et en innocence
Alors que tout s'écarte
Nous résistons
Alors que tout s'en va
Nous demeurons
Alors que tout s'oublie
Nous célébrons
Pour que demain recommence le jour
La danse secrète
Au milieu du monde
Comme un tourbillon de lumière
Au milieu de la chair
Comme un peu de tendresse
Au milieu des malheurs
Comme un peu d'espérance
Et ce sourire qui consent à
ce qui se perpétue ;
et à ce qui passe sur la pierre
Tout contre soi
Le silence et la voix
L'ombre et le mot
Le miroir et le ciel
Ne reste plus qu'à convertir
le monde et le cri en poème
Derrière le(s) visage(s)
Les même paysages qu'ici
Quelque chose du désir
Du sable et des empreintes de pas
Des épreuves et des pentes
Ce qui rend possible la rencontre
Quelque chose de l'enfance perdue
Dans ces mots que personne ne prononce
Dans ces sourires figés
Dans ces cœurs meurtris
Dans ces existences sans grâce
Entre le ciel et la pierre
Sous les nuages et le vent
Attablé au cœur du sauvage
Attablé au cœur de l'enfance
Sans un regard pour ce qui n'a ni feuilles, ni fleurs ;
ni plumes ; ni poils ; ni écailles
Seul
Et, sans doute, plus si loin du secret
Au cœur de cette vie
située au cœur de la tendresse et du silence
Là où le regard a remplacé
ce pour quoi l'homme se bat
Le bleu
Jusqu'à travers l'ardeur
Lui – peut-être
Sans même le vouloir
Sans même exister – sans doute
Contemplant l'absence
Écoutant le silence
Le chant de la pierre
La respiration des arbres
Les battements du cœur
L'éclosion de la chair
Puis – plus tard – ses déchirements
Ses désirs ; ses luttes ; ses gémissements
Puis – plus tard encore – le long râle qui précède la mort
Parmi tous les autres
Au milieu du monde
L'âme ; la terre ; la vie
Plus hautes que les humiliations
Et moins (beaucoup moins) vindicatives que l'esprit de l'homme
Et plus résilientes aussi
S'adaptant au jour le jour
Qu'importe les exactions
Qu'importe la tyrannie
Qu'importe le désastre
Se transformant au fil des transformations
Accueillant jusqu'à l'impensable ; jusqu'à l'impossible
Seuls phœnix de ce monde
Au milieu des créatures décimées
Au milieu des survivants ébahis
Au milieu des assassinats et des dévastations
Au milieu de ceux qui ont les mains pleines de sang
Là
Peut-être
Depuis toujours
Dans cette absence de temps
Le rire
Et tous les possibles
Quelque chose comme une présence ; comme une écoute
En soi ; dehors ; partout
Enclose dans la mémoire
La lumière
Enfouie sous tout ce que nous avons vécu
depuis le premier jour du monde
Rien
Depuis l'enfance
Sinon attendre que les ombres passent
Sinon attendre que quelque chose arrive
Si près de ce qui grince
De ce qui se réfugie
De ce qui gêne
De ce que l'on jette
De ce qui crie
Silencieusement
Modestement
Anonymement
De plus en plus
Au cœur des cercles
Des tremblements
Au cœur des tremblements
Le silence
Et au cœur du silence
L'autre monde
Celui où tout est vivant et habité
Demeurant
Là où tout bouge ; évolue ; se transforme
Souriant
Là où tout tremble ; crie ; gémit ; espère
Sans ignorer l'absence et la mort
Sans ignorer ce qui erre ;
ni ce qui est déterminant
En toute connaissance de cause
Longtemps
Depuis le premier jour
Là
Inexplicablement
Croyez-vous ?
Ce qui précède le poème
L'âme et le silence
Et ce qui le suit
Le geste quotidien
La vie et la nécessité
Soi et le reste
De moins en moins distinctement
Monde jamais à part
Tout est sur l'inventaire
Y compris les exceptions ;
et ce qui imagine échapper à la règle
Voix silencieuse
Le jour
Au-dehors
Sans visage
Sans obscurité
Écoutant le monde
Regardant les choses
Témoignant du voyage
Têtes vides
Dans leur délire
Dans leur rengaine
Et faisant (malheureusement) tourner le monde
Personne
Pas même soi
Rien que le jour et le silence
Là-bas
Les bruits du monde
Et ce besoin d'enfance inassouvi
Comme aimanté
L'esprit incliné vers l'ombre
Chargé de désirs et de peines
Débordant de souvenirs
Là où s'est retiré le ciel
Là où s'est retiré le silence
La tête dans le bruit
Les mains dans la terre
Le cœur chaviré
Et l'âme en peine
Sans plus de certitude
Brume et lumière enchevêtrées
Et ce qui passe
Et ce qui meurt
En un éclair
Plus haut que le monde
Plus haut que l'horizon
Ce qui se tient là
En soi
Devant nos yeux
Et ce qui persiste après l'effacement
Du néant qui dure
Porté par la foule
Et qui disparaîtra
Aussitôt que le cœur fera loi
Sans référence
Fidèle seulement
Et si loyal
Et si innocent
Sans parti-pris ; la démesure
Pourvu qu'elle offre l'ivresse
Le cœur froissé
Entre les mains du monde
Entre les mains du temps
Moitié nuage et moitié sang
Au-dedans
Le répit
Ce monde sans vérité (établie)
Tout en instant et en ressenti
Loin déjà
A travers l'eau qui court
A travers le vent qui emporte
A travers la terre devenue socle
Là-bas
Sur l'horizon
La lumière
Le bleu disséminé un peu partout
Pays de pierre et de prière
Royaume du labour et de l'espérance
Mains dures et âpres plantées dans la terre
Mains jointes au niveau du cœur
Comme si cela pouvait contenter l'âme
Le Divin
A s'y perdre
Morceaux d'écume et de lumière
Entre les mots
Ce qui se dit
Et ce que l'on peut entendre
lorsque le cœur est penché
sur le poème
Par intermittence
Le feu et la folie
Et le reste du temps
L'inquiétude et l'ennui
Sans rien trouver à redire
Le cœur amoureux
Veillant sur les cendres
Attendant (peut-être) ce qui pourrait en émerger
Perpétuellement
Au milieu des masques et des sacrifices
Mais où sont donc passées la joie et l'authenticité ?
Ni prélude
Ni épilogue
Ni rature
Ni brouillon
D'un seul trait
La vie ; le geste ; le poème
Naturels et spontanés
Le temps courbé
Comme la fleur par le vent
Comme l'échine par le monde
Comme le cœur par le sang
Lorsque l’œil s'ouvre à la lumière
Aux premières heures du jour
Le geste lent de la main qui s'avance
Le front posé contre les choses
[Dans leur exact prolongement]
L’œil (très innocemment) ouvert
Comme si tout était animé
par la justesse et la lumière
Rien que l'effacement
Et le bruit de la pluie
Rien qu'un sourire
Et le monde aussi réel qu'un peu de brume
Et pourtant – chaque jour – le cœur s'épanche
Et des larmes coulent pour tout ce sang versé
A écouter ce que rien ne peut blesser
Pas même le sable qui s'écoule
Pas même le vent qui emporte tout
Le cœur écarté
Trop réfractaire aux affaires du monde
Jugé (bien) trop sensible
Et inapte aux profits et aux intérêts
Qu'importe ce que la main écrit
Pour peu que l'âme dicte sa parole
Ce que nous léguerons
En ce monde ravagé
Nos gènes destructeurs et nos larmes
[ce qui perpétuera la dévastation et le chagrin qui va avec...]
Au-delà même du jour
Vers ce qui semble – en ce monde –
(à la fois) le plus réconfortant et le plus tranchant
Le cœur si vaste
Le regard si vif
Au fond de la plaie
L'esprit et l'ombre
Se livrant bataille
Essayant d'arracher l'autre à la chair
Renforçant ainsi l'épaisseur
Accroissant ainsi la douleur
Depuis toujours
L’œil fermé
Et la lumière
Face au monde
Sans rien oublier
Le regard dans la main
Prêt à tout reconnaître
Prêt à tout accueillir
Comme un doigt qui dessine dans la neige
Comme un cri depuis trop longtemps retenu
Comme une chair maltraitée depuis le premier jour du monde
Le chant des âmes
Le cœur sur la roche dure et froide
Ce qui nous traverse en quelques instants
Et qui (nous) paraît parfois une éternité
Le silence si bleu
que tout semble infini
Et si puissant
que tout vacille
Tombé peut-être du plus haut
La main grande ouverte
Le cœur affranchi
Quelque chose – sans doute – du salut
Ici même
En ce monde
Sans cérémonie
Dans l'entre-deux de tout
Subjugué par ce chatoiement ;
ce chant ; cette danse ;
Et ces tremblements communs
Buvant à même la source
Eau – soif et bouche ; confondues
L’œil (presque) brûlé par tant de beauté
Comme si le regard s'était installé au cœur de l'immensité
Le cœur par-dessus l'horizon
Comme si s'achevait la course incessante
Et cette main tendue devant soi – à présent
Là
Silencieusement
Sans rien attendre
Au milieu des étoiles que la nuit fait tomber
Sous le signe de cette présence
Cette vie
Et ce monde
[En dépit de tout]
Tout est bleu
Ici-bas
Jusqu'aux voiles devant les yeux
Et jusqu'à l'écume qui danse (juste) derrière
A regarder arriver
A regarder s'en aller
Et – entre les deux – à regarder
la danse (un peu triste) ; les pitreries et les grimaces
Ce monde peuplé de courants d'air
(plus ou moins drôles – plus ou moins embarrassés)
Face au ciel
Face à la terre
Face à l'arbre
Face à fleur
Face à la bête
Face la pierre
La même joie
La même gratitude
Et le même sentiment du sacré
Plus incliné devant l'arbre et la bête que devant l'homme
Le cœur dépossédé
Entre les étoiles et la mort
Sous la lumière
Aveuglé
Comme en territoire étranger
Nuages et visages émiettés par le vent
Émiettés par le monde
Émiettés par la mort
Sous l’œil hilare de celui qui voit
Cherchant un refuge dans les hauteurs
L'appui du ciel
En vain
Ni ici ; ni ailleurs
Ni maintenant ; ni jamais
Cette illusoire vérité
Et ce qui se tient sagement
Au milieu des hypothèses
Au milieu des doigts pointés
Au milieu de la cacophonie
Au terme de l'aventure
L'après-monde
Le silence
Et le reste brûlant
Au milieu de hautes flammes
Le cœur détroussé
A la manière de l'ombre qui s'approche de la lumière
Flottant dans ses pauvres habits d'étoiles
Laissant traîner son âme au-dehors ; dans la neige
L'abandonnant au froid ; au désespoir et à la faim
Tournant autour du silence ; hésitant et malhabile
Allant et venant ; les yeux fermés
Cherchant désespérément le moyen d'y pénétrer ;
Avec le désir fou d'y séjourner aussi longtemps que possible
La main immense
Devenue aujourd'hui presque soleil
Le cœur bleu
Sur cette terre printanière
Au bord de l'enfance
Chargé de si peu de souvenirs
Que tout prend les couleurs de l'innocence
Face au jour
Cette fenêtre éternelle
A trembler encore
Parmi les herbes
Sur la pierre
Et la main qui, soudain, arrête la nuit
Et le cœur qui, soudain, offre sa couleur
Et le monde qui, soudain, s'illumine
Sans savoir
Aller
Aller encore
Aller toujours
De lieu en lieu
Au fil des chemins
Au fil de l'encre et des pages
Vers le silence et l'infini
Sans doute le seul appel ; et la seule certitude
Sous le ciel clair
Le voyage
Et la danse
Sans que rien nous retienne
Comme si l'ignorance et la faim pouvaient faire pardonner l'infamie
En secret
Celui qui va
Celui qui offre
Celui qui sait
Aux mains du même mystère
Depuis le premier jour
Depuis le premier pas
Là où se pose la graine
Là où pousse la fleur
Là où porte le vent
Qu'importe ce que le destin dessine
Indéniablement
Parmi la rumeur
Cette heure passagère (et heureuse)
Propice au sourire
Si douce
Et si fragile dans sa lumière
L’œuvre sans cesse recommencée du monde
Terre après terre
Règne après règne
Civilisation après civilisation
Siècle après siècle
Jour après jour
Ce qui s'édifie et ce qui s'écroule
Sisyphe gigantesque et dérisoire
Dans l'espace infini
Ivre de ce jour si pur
Le bleu au creux de la voix
Comme un air de flûte ; un air (un peu) lointain
L'image du monde retourné ; côté pile – peut-être
Tous les masques ôtés
Vivant en deçà (bien en deçà) du temps
Vivant au-delà (bien au-delà) de la douleur
Sans bruit
Si humblement
Toujours dans l'histoire
Et hors de l'histoire aussi
Depuis longtemps déjà
Ombres, masques et fantômes devant
Faisant croire (malgré eux) au grand cirque (et à l'importance du spectacle)
Et cet immense sourire au-dessus de la farce
Assis sur la pierre
A contempler le monde
La beauté des uns
La barbarie des autres
Le naufrage de tous
Et le sommeil contre lequel
on se tient bien au chaud
L'écume et le vent
Voyageant ensemble
Entre l’œil et la lune
Et plus près
Et plus loin
Parfois
Comme si l'on était las de cette danse quotidienne
Aimer ce parfum et cette ivresse dessinés par l'inconnu
A chaque jour
Le monde recommencé
Dans ce coin de chambre
L'ombre étoilée
Cet autre visage du monde
Cette part de lumière qui s'ignore (encore)
Quelque chose de l'infini
Et quelque chose de l'image aussi
Sans même se souvenir
de celui qui ignore
Un peu d'enfance soulevée
La mort rangée quelque part
Et recouverte de choses et d'oubli
Comme un tourbillon d'écume
Et la danse du vent
riant – au-dessus – à gorge déployée
Ce qui nous brûlait autrefois
Au fond de l'âme
Devant les yeux
Tremblant face aux flammes
Implorant le feu
Le regard simple et ardent ; à présent
Comme si plus rien ne pouvait nous jeter dans le brasier
Comme si le cœur pouvait choisir sa manière de s'embraser
Dans les trémulations de la lumière
Une écuelle tendue sous les étoiles
L'âme remplie d'espoir
qui patiente sur la pierre grise
Appuyé contre le ciel
Le pas sur la route
Le visage tourné vers la lumière
Les yeux entre le rêve et la brume
Et l'âme quelque part
Comme si quelque chose – en soi – marchait tout seul
Sous le chant des grands arbres
La danse des fleurs
Le vol des oiseaux
Et les yeux ; et le cœur – tremblants à l'heure du rendez-vous
Sans jamais cesser
L'espoir et le sang versé
Les cendres et l'étreinte
[L'invisible et la matière main dans la main]
Par-delà le rêve et le mensonge
L'âme honnête
Et l’œil franc
Au coin du jour
Sous la lumière quotidienne
La voix douce
Le geste tranquille
Comme un léger flottement dans l'air
L'âme qui traverse les heures
Visage d'en face
Peau contre peau
Laissant tout se défaire
Laissant tout s'agencer
Comme si entre nos lèvres
se tenait un bouquet de fleurs vivantes
Nous regardant
Comme si l'enfance
était gravée
sur notre front
Le visage sur la terre
Collé contre la roche
Contre l'écorce
Contre le ciel simple
Contre le silence
Contre la mince enveloppe des choses
Contre la peau (si fragile) des bêtes
Contre ce qui s'approche
Contre ce qui frappe à la porte
Contre ce qui s'en va (à l'heure inévitable du départ)
Toute cette chair ; tout cet Amour ; tout ce qui ne se voit pas
Et qui fait trembler notre âme
Et qui nous fait vaciller quelques fois
La paume
Au bord du ciel
Abandonnant l'espoir
Abandonnant ses secrets
Invitant le visage et les larmes
Invitant le cri
Invitant la nuit
Et le moins désirable
Laissant à la vie le soin de décider
Le cœur – à présent – assez sage ; assez mûr ; assez façonné
Le jour brûlé
Comme si tout n'était qu'un rêve
Comme si tout méritait d'être jeté au feu
La chair vaincue
L'âme en peine
Le cœur arraché
La terre ravagée
La douleur cuisante
Et ce que la mort nous laissera
Le regard infirme
Et le rêve piétiné
Ce à quoi seront arrivé les hommes
Là
Les pieds dans l'écume
Le cœur en plein ciel
Et l'âme qui danse avec le vent
Notre manière d'être vivant
Notre manière d'aller de par le monde
A la nuit tombée
Le vent qui murmure
A travers les frondaisons
Le silence et la pluie
Quelque chose d'une parole
que très peu savent écouter
La main qui trace
son petit sillon d'encre sinueux
Une route peut-être
Un itinéraire imprécis
Vers la lumière
La fin du jour
La fin du monde
Une délivrance – sans doute
Ici où là
Comme ci ou comme ça
Sans que nul y puisse rien
Là où les yeux ne peuvent voir
Là où les pas ne peuvent aller
Lorsque le cœur réussit à s'ouvrir
Au commencement de tout
L’œil qui s'ouvre
L’œil qui voit
Le jamais vu
Comme la toute première fois
Ce que cherchent
Les yeux ; les mains ; l'âme
Ce refuge au cœur du monde
Cette lumière au cœur de la nuit
Cette paix au cœur du chaos
Si clair
Ce qui est vu
Ce qui est donné
Comme un miracle
Là où sont les signes
Alors que tout périt
Les mains tremblantes
Les yeux au fond du sommeil
Et l'arbre si droit dans la lumière
Et cette caresse du ciel sur l'âme
Dire ce qu'expriment les yeux des bêtes
Leur âme et leurs tremblements
Et leur plainte digne et silencieuse
Sous la main assassine et le rire indifférent des hommes
Parfois
Au lieu de dire
Se taire et sourire
Depuis toujours
La pierre
L'inconnu
La tendresse
Le mystère
Et ce que la lumière éclaire
Jusqu'à l'oubli
Cet étrange passage du temps
Immobile
Sous les feuillages
Aux confins du feu
Au cœur de la nuit froide et noire
Quelque chose en deçà de la mémoire
Un peu d'aurore
Un peu de vent
Ce qui luit
Et ce qui souffle
En soi
Encore
Assez mystérieusement
Traversant en silence ces siècles si bruyants
En secret
Comme si la mort
A chaque fois
Nous agenouillait
L'esprit ; le cœur ; la chair
Chavirés ; blessés ; meurtris
Par la sauvagerie du monde
[Qui – quelle créature – est né(e)
pour vivre au milieu de tant d'horreurs et d'adversité ?
Et qui saurait y résister sans la moindre protection ?]
Devant nos yeux
Le monde
Sans savoir
S'il nous faut rire ou pleurer
Rien qu'un peu d'ombre
Pour ces mains mendiantes et ces cœurs tremblants
Rien qu'un peu de ciel
Pour ces âmes passantes
Au cœur de la lumière
Cet Amour que l'on retrouve parfois au fond des yeux
Combien de rives nous faudra-t-il visiter ?
Combien d'obstacles nous faudra-t-il franchir ?
Combien de pièges nous faudra-t-il éviter ?
Combien d'étoiles nous faudra-t-il apprivoiser ?
Pour nous sentir vivant et en paix
Et retrouver l'innocence et la joie du premier jour
Sans plus savoir
Ce qu'est le silence
Ce qu'est l'oubli
Tandis que le monde s'affaire
Tandis que le cœur se croit encore vivant
Sous l'arbre
Sans ombre
Avec tous les reflets
abandonnés derrière soi
Comme notre hôte
Parfaitement
ouvert à ce qui passe
Parfaitement
impassible
et lumineux
Le visage dans l'écume
Et l'âme au milieu des étoiles
Avec – au fond du cœur – cette étrange flamme
Et – dans les yeux – l'innocence qui pétille
Entre le ciel et la poussière
L'aube décharnée
Les larmes au bord des paupières
Avec au-dessus des têtes
Un bout de ciel déchiré
Malheureux
En dépit de Dieu
[En dépit de toutes les preuves de son existence]
L’œil si lourd
Sous ce ciel sans charme
Sur cette terre pierreuse
Au milieu des yeux qui ne sont que des miroirs
Si las parfois du monde
Tout est liens et solitude
Le cœur amoureux de ce rire entêté – en nous –
qui ne veut ni se taire ni mourir
Avec encore quelques rêves accrochés à la poitrine
Au loin le cri de la chouette
Dans la forêt sombre
Et ce temps suspendu
Au-dedans de la roulotte
Et le silence joyeux
de celui qui est là
L'oreille attentive
Et le cœur reconnaissant
d'être l'hôte passager de ces lieux
En sa compagnie réconciliée
Loin du monde ; de la foule ; des Autres
Loin du royaume et de la monstruosité
Là
Sans question
Sans réponse
Dans la lumière
de celui qui commence à voir – peut-être
Au fond du cœur secret
Là où tout se rue dans le vide
L'horizon clair
Le bleu parsemé de feuilles
A l'abri des rêves et de l'écho du monde
Par-dessus les pierres
Par-dessus les blessures et le sang
L'âme délicate et silencieuse
Dans son refuge de terre
Infiniment reconnaissante
Quelque part
Au cœur du monde
Au milieu des prières silencieuses
Parmi ceux qui n'ont besoin ni de mots ; ni de mains
A nous emplir de la joie et de la beauté
que l'humanité n'a pas encore réussi à souiller
Le cœur plein de mensonges et d'épines
Comme si l'on vivait encore trop près des hommes
L'âme simple et joyeuse en ces lieux sans cérémonie
Sans même un visage ;
sans même un nom –
auquel se raccrocher
Rien que ces mots
Et ce sourire au-dessus des âmes
Au-dessus du monde
Et notre main –
et notre cœur – besogneux
Au loin
Le murmure
Le léger bruissement de la source
Caché au cœur des vivants
Par-dessous l'effervescence
Et par-dessous les cris
Entre la chair et l'âme
Et que les yeux reflètent quelques fois
Ces pages
Tantôt caresses
Tantôt poing levé
Parfois épreuve
Parfois rencontre
Sourire et lucarne sans pudeur
Presque toujours
Appel irrésistible
et absolue nécessité
Invariablement
Sur la pente du désamour
L'âme raidie
Le geste las
La main crispée
Glissant ; glissant
Jusqu'aux pieds du monde
Le cœur silencieux
Comme un ciel au-dedans
Affranchi de la nuit
En dépit du monde si proche
La vie
Pleine et joyeuse
Devant les yeux
Comme un feu tranquille et continu
Et cette allégresse au-dedans
pour célébrer ce qui passe
Un sourire enfantin
Lorsque – chaque matin – la lumière réapparaît
Quelque chose de la beauté
dans les yeux confiants
Peut-être la possibilité d'un cœur
et d'un monde – plus apaisés
L'homme
Tête en bas
Du haut de son vertige
Nous faufilant subrepticement – avec les bêtes –
dans les interstices laissés par les hommes
Deux étoiles à la place des yeux
Au fond de cette nuit trop noire
L'encre bâtisseuse ; à sa manière
Édifiant les possibles
Invitant la lumière
à se déployer dans la pénombre
Imprimant sur la page
le rêve des hommes
Œuvrant à l'exercice intime
Visant – peut-être – le plus précieux ;
et le plus lointain aussi – sans doute
La joie immuable de celui
qui se laisse mener par le vent
Qu'importe les lieux ; les paysages ;
les difficultés du voyage
Le cœur clair et lumineux
Cette joie douce et tendre
Qui mêle la gratitude et l'émerveillement
Face aux choses du monde
Face aux visages qui échappent au sommeil
Loin des injures et des offenses
Loin des brimades et des cris
La peau et l'âme contre l'arbre
La chair si près de l'humus
Le cœur si près du ciel
La tête entre les nuages et la poussière ;
entre la terre et la rosée
Encore (un peu) hésitante
La nuit habitée
Glissant sur la pierre
Sous les feux rouges du soleil
Obscurément
De plus en plus
Nous approchant du plus lointain reflet
Arc-bouté sur l'intime
En dépit de la cendre sous nos pieds
Le cœur bleui par la lumière
Comme de l'or entre les mains de Dieu
Devinant notre plus secret désir
Offrant le feu et le ciel ;
un peu de poésie et d'éternité
Aux limites de l'immensité
Ce qui se murmure
L'écho d'une parole lointaine (si lointaine)
Comme le prolongement apaisé du premier cri
De seuil en seuil
Jusqu'à la pleine liberté
Quelques rêves
Déposés sur la pierre ;
abandonnés par ceux qui s'avancent
le front bas ; l'âme inclinée
En ce lieu où chaque pas fait naître une fleur
où chaque mot est un oiseau qui s'envole
au-dessus des malheurs et des cris
Parfois poignard de pierre
Sur ce chemin d'infortune
La respiration sauvage
La sueur qui perle sur la peau
Et ces bracelets d'or aux poignets
pour célébrer la nuit poétique
Abandonné(s) au pied de la solitude
Les yeux brûlants
L'âme joyeuse
Au cœur de la rencontre
Le sang gorgé d'ardeur
La chair comme un chapelet
A réciter ensemble la même prière
Le cœur assis
Au cœur des saisons
Sur la pierre qui reflète le ciel
Miroir sans rêve
offrant un rire
aux reflets qui passent
Un peu d'aurore à ceux qui ont peur
Juste assez de lumière pour cesser de croire
Venu(s) – peut-être (qui sait ?) –
du fond d'un songe
Allant ainsi
de visage en visage
d'une âme à l'autre
Sans jamais se perdre
Sans jamais se retrouver
Là
Le regard souriant
Glissant d'un instant à l'autre
Jour après jour
Invariablement
Avec tant de force et d'ardeur
Le long du tremblement
Cette invisible tendresse
Douce et puissante
Si douce que coulent des larmes de joie
Si puissante que l'on sent la chair palpiter
Comme si l'on était étreint de l'intérieur
Le cœur posé
Contre les flancs de la terre
Si proche que l'on sent la respiration du monde
Si proche que l'on voit danser ensemble la vie et la mort
L’œil intime et silencieux
Anonyme (parfaitement anonyme)
Sous un ciel sans hasard
Après avoir délaissé le sillon de la soif
pour une petite pierre blanche
éclairée par la lumière
Aux mains du monde
Comme si nos vies et notre sang
n'appartenaient à personne
Comme s'il nous fallait obéir
aux impératifs des morts et des vivants
L’œil rivé au peuple des étoiles
Comme si notre destin en dépendait
A notre place
Hors de l'édifice
Loin de l'épaisseur du temps
Allant penché
Suspendu au même rêve
Comme le chant qui monte
Le poème se dérobe
échappe à l'âme de celui qui le compose
Sans rien imaginer
Entre mirage et merveilles
Au cœur de l'écume
Les yeux ; le bleu ; la blessure
Ce qui glisse lentement vers l'invisible
Lentement
Le plus lointain
A travers cette longue absence –
peu à peu – convertie en silence
Dans l'air
Comme un parfum d'enfance
Ciel et soleil des premières fois
Lorsque le cœur frémissait devant l'inconnu
Lorsque l'âme savait jouer avec légèreté
Lorsqu'il n'y avait ni peur ni mémoire
Lorsque les joues se coloraient de bleu
rien qu'à respirer
Sous le signe de ce qui reste ; de ce qui passe
Sans rien attendre ni de l'écho ; ni des reflets
Allant à travers tous les songes
De la terre vers le ciel
Du carré vers le cercle
Du plus infime territoire vers l'immensité
De la frontière vers l'obéissance
Là où se trouve la véritable liberté
Couronné du tremblement des humbles
Sans trône
Sans légende
Assis au-dessus du sommeil
Les lèvres si près du feu
Et le visage pas même étonné
devant les fantaisies du monde
Juchées sur la parole
Entre la bouche et l'arc-en-ciel
Promise à tous ceux qui cherchent
A tous ceux qui ont peur et qui prient
Un peu de tendresse
Un peu de lumière
Un peu de vérité
Assez – sans doute – pour oser
aller seul vers le silence
Quelque chose de la foudre
Au bord du poème
Passé de l'âme à l'encre
Comme un feu ; une faim
Et peut-être une colère – quelques fois
Et ce qu'il faut de lumière
pour aider l'âme à s'affranchir du monde
L'écho et le secret
Enchevêtrés
Dans la même parole
Déguisée tantôt en cri
Tantôt en murmure
Tantôt en silence
Sous le vent
Le monde et le silence
Les sages et les affamés
Et le long défilé des nuages (parfaitement) indifférents
Peu à peu
Le sourire et le silence
Au lieu des grimaces bruyantes d'autrefois
Aujourd'hui
Le cœur contre la pierre
Les reflets (tous les reflets) du monde
au fond du regard
Et ce que la main dessine
à l'encre noire
Le cœur encore nocturne et casanier
En dépit de la lumière
Ces étranges reflets
Au fond des yeux
Comme arrivé aux confins du songe – peut-être
L'âme transparente
Au cœur de l'énigme
Au cœur de la chair
Sans pouvoir faire (le plus souvent)
la moindre distinction
L'expérience (simultanée)
de la pierre et du regard
Ce qui est ressenti
Ce qui est entrevu
Et ce que l'on devine
entre les éclats et les reflets
Mille étoiles
Entre les mains
Et ne sachant qu'en faire
Le cœur métamorphosé
Abandonnant le cri et le couteau
à ceux qui poursuivent leur voyage
à ceux qui ne veulent pas quitter l'illusion