Carnet n°325 Tant qu'il y aura des jours
Décembre 2025
Parmi tant de signes insignifiants
le silence et la joie
comme des portes vers un ailleurs habité
Des restes de cœur encore portés par l'écume
Ce que la main dessine sur la page
sans rien comprendre à la lumière
Le vent, peu à peu, apprivoisé par l'âme
qui sait se faire aimante et attentive
Cet incessant contact
entre le manque et l'Absolu
Ce qui nous unit plus que ce qui nous distingue
pour bâtir un monde plus respectueux de la différence
Des lignes offertes au monde
comme une pierre lancée vers le ciel
Au son des tambours
l'âme qui s'avance
qui apparaît soudain
au cœur de la brume et de l'épaisseur
pour tenter de réconcilier
ce qui relève du monde
et ce qui relève du cœur
Derrière ce qui semble disparaître
l'émergence du plus grand soleil
et les plus hautes terres de l'enfance
Là où les rêves nous quittent
là où le secret se révèle
là où le monde et le mystère prêtent (enfin) à rire
Parmi les étoiles
les ombres de la nuit
dansantes elles aussi
à travers le passage
où se faufilent les âmes
Blotti contre la pierre
le cœur enfoui dans l'humus
à attendre la fin du jour
Sans que jamais s'éteignent
les désirs et les cris des hommes
Absent
comme si l'on était déjà hors du monde
comme si l'on était déjà la lumière
Tout converti
en beauté et en poème
jusqu'aux cœurs les plus barbares
De l'autre côté du cœur
un peu plus qu'un ciel
une incroyable lumière
capable de transformer
l'âme de tous les hommes
A la pointe du geste
cette caresse qui s'offre
à tout ce que la main touche
Seul au milieu des choses
le cœur comme abandonné
C'est le dedans qui exprime
ce que le dehors ne peut qu'effleurer
L'esprit silencieux
contemplant son œuvre
du haut de l'échelle
et laissant parfois couler quelques larmes
Dépossédé
jusqu'au fond de l'âme
et plus profondément encore
comme si rien ne nous appartenait
comme s'il n'y avait que le ciel
Porté jusqu'au silence et jusqu'à la lumière
Quelque chose entre les lèvres
comme un murmure
le dévoilement du secret – peut-être
A travers l'épaisseur de la chair
l'acuité du regard
quelques tremblements
le début d'un cri – peut-être
un reste de joie – sans doute
et une manière aussi (bien sûr) de dire merci
Au-delà du monde et du temps
le royaume de l'Amour
De l'autre côté de l'étrangeté
là où le monde est une absence
là où l'absence est une manière (pour l'esprit)
de retrouver le pays des couleurs
Ce qu'il faut de ressources et d'allant
pour traverser l'existence
parcourir le monde
et plus encore pour atteindre
le fond de l'âme
Par-dessus la ligne
celui qui marche
dans les pas de personne
Des jeux encore
pour célébrer
tantôt la vie
tantôt l'absence
Là où tout recommence
sans jamais prendre appui sur le passé
Seul
sans même couper tous les fils qui nous relient
La chair chaude des bêtes
contre la peau
dans ce fouillis de souffles et de poils
comme si se vivait là une fraternité d'âme
A même l'oubli
ce qui s'éternise
La terre étreinte et caressée
au lieu de la folie des hommes
à exploiter la roche
et à faire couler la sève et le sang
Les mains jointes
comme si elles renfermaient un secret
Le grand vide
au fond de l’œil
dans lequel
un jour, tout finira par disparaître
Plus vieux que le temps
ce qui succédera à l'homme
Au seuil de l'infranchissable
Là où tout a commencé
aux sources même du silence
avant (bien avant) que ne soient initiés
les jeux du monde
Les yeux posés sur l'ombre et le manque
au lieu de regarder l'autre versant de la vie
Des vibrations
une résonance
là où la danse remplace le sang
là où la joie remplace la faim
là où la vie se hisse sur les épaules de la mort
Dessinés tous ces murs érigés en labyrinthe
Et si, au fond, il n'y avait que la Vie...
Des wagons de lumière
sur le chemin du retour
La solitude plutôt que le théâtre du monde
Si près de l'âme
le reflet et le miroir
Au fond de la chair
quelque chose du ciel
qui, parfois, se laisse approcher
D'incessants allers et retours
entre l'âme et la langue
pour que l'encre est la couleur du ciel et du sang
Œuvrer à la nudité de l'âme
Le regard (si) reconnaissant
La chair et l'âme se laissant peu à peu
traverser par la lumière et le vent
Le cœur si près de la mousse
si près de l'arbre et de la feuille
que l'encre coule (presque) verte sur la page
Ce feu ardent au fond de soi
qui cherche à transformer le manque
Quelques instants
pour oublier la violence et la poussière
enjamber les désastres et les malheurs
rejoindre cette part de l'âme
qui échappe aux mains (impitoyables) de la mort
La parole hissée
au faîte de la solitude
là où il est (encore) possible
de dialoguer avec le monde
Attablé sans personne
avec en soi
tous les reflets du monde
Alors que la nuit s'étend
alors que la nuit s'éternise
quelque chose en nous apparaît (et se déploie)
la lumière d'avant le monde peut-être
Au même endroit que le silence
ce qui est si vivant
Le vent allié
guidant notre chemin
soufflant sur l'âme ses vœux
nous poussant là où il veut
nous poussant là où il peut
En des temps où Dieu
nous parlait sans intermédiaire
habitait l’œil et l'âme
autant que les lèvres et les mains
Dieu au fond de chaque fissure
attendant que l'on porte vers elle
l'attention et la tendresse nécessaires
pour apparaître (et se déployer)
Les yeux fermés devant Dieu
et fascinés face aux reflets du miroir
Ce que le geste nous apprend
bien plus que les livres (le plus souvent)
De l'autre côté
Là où il n'y a plus de frontière
Comme le chant de l'oiseau
le poème
emporté par le vent
La parole
offerte à ceux qui célèbrent et protègent la vie
autant qu'à ceux qui l'offensent et la meurtrissent
Le lieu où l'on vit
cette patrie aux frontières du plus sauvage
où l'Amour côtoie, sans doute, le moins sage
Le cœur parfois engoncé dans le poème
comme à l'étroit dans cette parole
qui (bien souvent) ne peut échapper
aux limites du langage
Au cœur du poème
Le ciel et la terre mélangés
qui donnent à l'encre cette couleur métissée
Chaque jour
ce qui recommence
Là où rien ne nous protège
Là où rien ne peut nous protéger
Pourtant là
quelque part
alors que si peu savent
où se trouvent le lieu et le chemin
Les mots lancés dans la joie – simples et clairs –
célébrant l'âme, le cœur, le monde,
le ciel et la vie commune
Affranchi de ces tourbillons de mots
le geste – fort heureusement
De désir en délire
jusqu'à ce que mort s'en suive
jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien
Alors que tout nous assaille
jusqu'à la désespérance (parfois)
quelque chose – en soi
ose le pas de côté
comme un suspens – un surplomb
qui permet, au cœur du plus sombre,
à la joie d'exister
Entre les mains des désirs et des images
à leur obéir si servilement
Tout contre les rêves
ce sommeil si profond
Le cœur happé par cette course folle
La tête parfois penchée sur le pire
Où trouver la beauté
dans ce monde sans âme ?
Rien jamais ne finira
en dépit de ce que l'on voit
en dépit de ce que l'on croit
En un éclair
les mots jetés sur la page
les yeux fermés
sur ce que le cœur octroie
Le sommeil sur la pierre
jusqu'à la fin des temps
Dieu
en voyant le monde
se posant les mêmes questions que l'Homme
La vérité est la vie
qui nous fait face
qui s'immisce en nous
nous invitant à un dialogue
fait non de mots mais de gestes
Paroles encore
qui cherchent
une vérité à vivre
Des mots
comme de la rosée sur le monde
Comme au fond d'un piège
Et autour de soi de hautes parois
et en soi une corde dont on ne sait
si elle monte ou si elle descend
Sur la pierre
silencieux
à contempler les spectacles du monde
Dans la respiration de l'arbre
de la lumière
suffisamment pour aller
à travers les saisons et les siècles
Toute une vie de dialogue
avec ce qui n'a de voix
Le monde blotti contre notre peau
dormant lorsque l'on dort
festoyant lorsque l'on festoie
posé devant soi comme un étrange miroir
Dans cette absence d'horizon
Le poème et le pas
A travers ces lignes
minutieusement alignées sur la page
ce qu'il faut de silence et d'espace
pour dessiner (assez maladroitement)
le visage de celui qui parcourt le poème
Paroles offertes
mais d'abord rencontre et dialogue
avec ce que l'on porte en soi
Allant et revenant
passant et repassant
explorant ainsi chaque parcelle du territoire
Un peu de lumière
un peu de joie
Rêve d'une lumière
qui éclairerait le monde
et qui troublerait suffisamment les âmes
pour imposer le silence
Depuis si longtemps déjà sous cette étoile
qui ne fait que briller au-dessus de la pierre
D'un ciel à l'autre
et ces ombres que l'on traîne partout avec soi
Sans rien attendre
Le cœur prêt à toutes les retrouvailles
Si aveuglément
ces cœurs fébriles et combatifs
allant fièrement à travers la nuit
les yeux hagards et brillants
pour déployer partout le rêve et la mort
Comme un appel
à privilégier l'Absolu
plutôt que le destin de l'homme
En ce lieu où même les mots privilégient le silence
De chimère en chimère
sans jamais connaître la fin du rêve
Comme une couronne de feu
sur la parole sacrifiée
offrant à l'âme
en plus de la cendre
un sort funeste
Au faîte du consentement
quelque chose de l'abandon
Et assez de tendresse
pour faire face à l'hostilité du monde
Ce que la parole contient
qu'importe le sens et le son des mots
l'âme de celui qu'elle a traversé
comme un morceau de cœur
livré à celui qui l'écoute ou la lit
Écartés les souvenirs et les images
qui ravivent artificiellement la douleur ou la joie
de celui qui pense ou se souvient
Couverts de larmes et de sang
les morts et les vivants
Le lieu du sommeil
et le lieu de la lumière
identiques pour celui qui sait
La vie et le vide si mélangés
dans le monde comme dans nos tréfonds
Rien entre les mains
Et l’œil aussi vide que l'âme
manière de se tenir disponible
et de renvoyer son vrai visage
à ce(lui) qui nous fait face
De la fumée et de la mort
comme un étrange baiser
à ce qui se tient impassible
Le peu que la vie nous prête
pour quelques instants
L'âme triste parfois
de voir l'opacité des yeux
et la brume du monde
gagner le fond du cœur
Le cœur parfois aussi lourd que la parole
Mille poèmes pour dire
ce qu'est (réellement) l'âme de l'homme
Du sang, du monde, des histoires
Qui peut savoir ce qui se cache derrière les apparences ?
Nous appartenons davantage à la question qu'à la réponse
Ainsi est fait l'esprit de l'homme
Qui donc se cache derrière le reflet du miroir ?
Le cœur à travers toutes les pensées
essayant (maladroitement) de dire ce que sont
l'âme du monde et l'essence de la vie
Le travail sensible du poète
La parole offerte à ceux qui n'ont pas de voix
Penché sur ces restes de lumière
qui gisent au milieu des gravats et de la poussière
Entre le rêve et l'impossible
le cœur et l'esprit de l'homme
ne sachant (le plus souvent) choisir
Antérieurs au temps
cet instant qui nous échappe
cette éternité à laquelle on ne comprend rien
Le monde fait de douleur et de lumière
par un Dieu peut-être inconséquent ou trop naïf
Si près de nous
ce que nous sommes
Plus vrais que la vérité
notre présence au monde
et tous les gestes que nous réalisons
Comme l'eau de la rivière
le flux de la pensée
débordant sur les berges
et allant, et allant
jusqu'au ciel et à l'océan
Les signes évidents
d'une présence intérieure
faite de silence et de lumière
ce qui offre à l'existence
perspective et consistance
Ce qu'il (nous) faut désapprendre
pour échapper à l'ignorance de l'homme
Le cœur traversé par tant de conscience et de mort
Sans rien affronter
le pas de côté
le regard glissant
ou dans le sens du courant
Les yeux éternels du jour
sur ce que l'on considère comme la nuit
Le cœur
arpentant tous les territoires
ceux de l'âme comme ceux du monde
Bien plus qu'une parole
cette longue prière
davantage feu que fumée
plus qu'une expression ; une ardeur
comme une flèche décochée vers Dieu
Existant comme un ajout
quelque chose d'excédentaire
surimposé à l'essentiel
à la substance même de la vie
Assez superflu en somme
Rien que des ombres éclairées par un grand soleil
Adepte de toutes les géographies
dialoguant avec – et dessinant – tous les horizons intérieurs
Au fond du précipice
là où tout se jette
là où tout se fracasse
là où la fin signe peut-être
le début d'une belle histoire
Si étrangère cette ombre qui nous suit
Mille existences que l'on s'invente
pour avoir l'air d'être quelqu'un
pour ne pas avoir vécu en ayant été personne
Là où les rêves ont le visage de la mort
Là où la mort n'est qu'un rêve parmi les autres
à travers ce destin où il n'y a, peut-être, ni nuit ni sommeil
Tous ces cris qui montent
du fond de l'âme et de la terre
comme une révolte des sans voix
face aux désastres et aux crimes
perpétrés par les Hommes
Si près du ciel
nos mains affranchies de l'écume
Ce que le cœur épuise et dilapide
à force de refus
Toute la richesse du monde
aux mains de quelques âmes cupides et insensibles
Dieu réfugié avec nous sous la voûte ?
Pas si sûr...
Des mots, des arbres et des chemins
Tant qu'il y aura des jours
Parfois désert
parfois source de tous les ruissellements
cet espace qui nous habite
Au-delà des règles de ce monde
au cœur de l'illisible et de l'indéchiffrable
là où le ciel écrit à la craie blanche
sur la roche des lois incompréhensibles
En soi
l'ombre, le fauve et la cage
et ce qu'il faut de solitude
pour trouver une issue
Penché sur le plus ordinaire
sans miracle
sans travestissement
la vérité au creux de la paume
Qu'importe l'histoire du monde
pourvu que nous tremblions
Tandis que tout est temps et soleil
nous continuons d'ignorer la mort et l'Absolu
Le cœur parfois empêché par la faim
l'antienne du ventre qui réclame sa ration
Plus haut que les cris et les chuchotements
là où tout se transforme en joie
même le monde piégé au fond de la douleur
Sous un étrange ruissellement de lumière
Le vent qui balaye tous nos jeux
nos superflus de noir et de matière
ce que nous avons édifié
pour vivre au cœur du chaos
ce dont nous nous sommes entourés
pour apprivoiser le néant
balayés d'un souffle salvateur et joyeux
(Un peu) au-dessus de cette épaisse fumée
qui maintient le monde dans l'obscurité
Des activités nécessaires et des gestes ordinaires
rien qui ne soit embarrassant et inutile
Là où l'origine s'est établie
autant que là où elle s'est déployée
Le cœur somnambulique allant les yeux fermés
vers ce rêve qui a des airs de fin du monde
Ce qui, en nous, s'ouvre
à mesure que la lumière au-dedans s'insinue
A travers la parole
ce qu'il faut de vie et de lumière
ce qu'il faut de rêve et de douleur
pour qu'elle puisse être comprise
Dans cette divagation organisée
le rôle si prépondérant de l'Homme
La vie propre du poème
dans son commerce non avec le monde
mais avec le cœur et l'invisible
Ce grand incendie en soi
causé par le feu de l'âme
Jetés dans le grand brasier du monde
les cœurs apeurés
la chair sacrifiée
et ces larmes qui coulent
devant l'inéluctabilité de l'incendie
A errer autour du festin
comme des bêtes affamées
A s'amuser sans risque avec la lumière
mais bien souvent à nos dépens
lorsque l'on joue avec la vie
Depuis le lieu où tout se transforme
mais où rien ne change pourtant
Comme un cri
au fond de l'écoute
qui voudrait percer le secret
Cette profonde tranquillité
au cœur de la danse des mots
Cette lumière au fond des yeux
comme si le jour se levait au fond de l'âme
Entre nos mains
cette éternité dont nous ne savons que faire
La forêt endormie
sous le regard de la lune
offrant aux yeux un spectacle
et à l'âme un poème
Le cœur plongé dans la lumière et le sang
Vers le lieu de toutes les migrations
nous aussi
Tant de mondes en ce monde
Et tant d'ombre qu'on ne les voit pas
La vérité des mots n'est rien
comparée à celle des gestes
Poussière et cendres
depuis toujours
Là où se sont immiscés les yeux
autant d'ombre que de lumière
Comme une ardeur au fond de l'âme
prête à fendre la fumée et l'épaisseur
Dieu penché sur chaque âme
De l'intérieur
Les mains célébrant la vie et l'impérissable
offrant leur aumône et leur prière
Sur nos joues
et dans nos veines
tout le sang et toutes les larmes du monde
Derrière les tremblements du ciel
le cri des bêtes et des Hommes
et ce qu'il faut de tendresse et de lumière
Le destin secret de l'âme
Parallèlement à ce que l'on vit
Quelle réalité inventons-nous ?
Et s'il n'y avait que le vide...
Trop d'étoiles à l'intérieur
pour qu'apparaisse la lumière
Jusqu'à ce que la nuit se transforme en jour
Des mots encore
comme si le langage
pouvait faire vivre la vérité
Du sang et des images
comme un déluge
Notre manière si infirme d'être vivant
C'est la soif qui nous fait chercher
au-delà des visages et des choses
au-delà de la réalité de ce monde
Le ciel
toujours à la distance appropriée
Le cœur sans cesse réapprovisionné
par les canaux de l'invisible
D'un ciel à l'autre
sans même s'en rendre compte
Entre nos mains
des monceaux de fleurs et d'épines
que l'on distribue ici et là
au fil du voyage
Presque indéracinable
ce qui loge au fond du rêve
Au fond de l'âme
du feu et de la joie
Et cette étoile qui brille
dans toutes les têtes
Le cœur parfois recouvert d'un long manteau noir
L'étrange géographie de l'invisible
qui nous fait réapprendre
d'une autre manière
toutes les leçons du monde
Le cœur alourdi par la mémoire
ces milliards d'images empilées
derrière lesquelles danse l'impensable
Un monde d'histoires et d'équations
où nul n'écoute
où nul ne comprend rien
Des mots pour révéler le silence
qui se cache derrière la langue
De plus en plus éloigné du monde
De plus en plus proche de soi
Dans les empreintes de tous nos devanciers
La géométrie de la parole
avec ses lignes, ses cercles
ses figures, ses tangentes
et ses combinaisons à l'infini
Absorbé par le monde
par le temps et l'infini
sans rien savoir de la destination
Le cœur
en pleine nuit
cherchant partout
un peu de lumière
Là où le jour se retire
La soif au bord des lèvres
L'âme courbée par les rêves et les chemins
Vivant de manière si abstraite
Certains sont aveuglés par le monde
Et d'autres le sont par Dieu
En silence
depuis toujours
sous la même étoile
A vivre (et à aimer)
comme si tout était séparé
comme si on avait oublié l'essentiel
La noirceur des nuages parfois
qui traversent le ciel de l'esprit
éclipsant les mille soleils
qui brillent au fond de l'âme
Des millénaires de paroles
Et des siècles de livres
qui, au fond, n'ont pas changé grand-chose
Le cœur battant depuis toujours
comme s'il n'y avait que le voyage
comme si la mort était une invention
Au cœur de l'insondable
le jour qui s'éclaire
et les gestes qui prennent le pas
sur les questions
Le cœur confiant
l’œil immobile
jetant sur les rêves
un regard tranquille
Si sûr de l'étreinte
alors que tout se querelle
depuis toujours sous la même étoile
Le cœur recueilli
passionnément contemplatif
posé entre les mondes
attentif à tous les vivants
Rien ne peut briser les chaînes
qui nous relient au reste (à tout le reste)
Sans rien espérer
Le visage penché sur le monde
Contre le corps
tout ce dehors
qui ressemble
tantôt à une caresse
tantôt à un piège
tantôt à une perche
Plus près que l'étoile, le reflet du visage
Et plus près que le reflet du visage
ce qui nous appelle au fond de l'âme
Nous cherchant dans la nuit
remuant le sang et la boue
en quête derrière le trouble et l'épaisseur
de cette part de ciel depuis si longtemps promise
depuis si longtemps perdue
Au cœur des eaux troubles de ce monde
des promesses et des poings brandis
son pesant de douleur et de sang
des paroles comme des perches
au bout desquelles pendent la mort et le néant
Dans son panier
(à peu près) toutes les choses du monde
un peu de lumière et de nuit
et tous les masques de la métamorphose
comme des mues que l'on rechignerait
à laisser derrière soi
La parole comme emmurée en elle-même
incapable de lutter contre la gifle ou le canon
incapable d'exprimer la beauté du monde
confinée seulement à l'apologie de la langue
sans autre finalité que sa propre expression
Dans la géographie du sommeil
tant de fausses vérités
Ce qu'il faut de silence
pour faire jaillir une parole juste
Trouver refuge derrière les apparences
Là où il n'y a plus de question
Là où le poème est aussi nécessaire que le pain
Sur cette terre
où la Vie est le maître-mot
où tout se mélange avec elle
jusqu'aux ténèbres
jusqu'à l'incurie
jusqu'aux plus hautes abstractions
Porté par les courants qui cheminent
entre la pierre et le ciel
entre le monde et l'invisible
au-dessus des gouffres
creusés par la main de l'Homme
Nous détachant des choses et des bruits
des promesses et des éblouissements
des espoirs nichés au fond de la nuit
de tous les rêves du monde
Modeste ouvrier du langage
usinant les mots avec un peu de lumière
pour offrir au monde quelques poèmes
Comme à l'origine
la main tendue
et le cœur en prière
Le cœur déserté
et ces rêves au fond de la tête
et ces pillages sans retenue
donnant au monde ce triste visage
Ce qui coule dans les veines
jusqu'à engendrer les malheurs
Effroyables nos alliances et notre étroitesse
source de tant de massacres
comme si le destin des autres nous était égal
La solitude et le silence presque assassins
pour ceux qui ne savent les habiter
Mille et un poèmes
presque rien en soi
Des mots
Des mondes
et le plus essentiel
qui se cache dans les interstices
Au bras de la mort
qui nous dépossède
de toutes les ambitions
Aussi proche du ciel que du néant
Comme un bruit étrange
là où le cœur tremble
quelque chose du temps
l'écho d'une déchirure
le murmure d'un monde oublié peut-être
Le ciel et l'ombre
réunis dans la même danse
sur cette terre
où tout sait si bien se mélanger
L'âme tendre
Et le cœur apaisé
Au cœur de la chambre
là où tout commence
là où tout s'achève
mais que nous ne savons habiter
le reste du temps
Du bleu encore
jeté sur le monde
et qui parvient parfois
à colorer quelques cœurs inassouvis
Témoin de tant de reflets
et de tant d'obscurité
que la parole parfois s'éparpille
que la parole parfois s'assombrit
Le silence de l'âme parfois entendu
par celui qui s'éloigne (un peu) des bruits du monde
Le cœur encore hésitant face à l'indéchiffrable
Le cœur rassuré par le feu et la lumière
qui logent dans ses tréfonds
Si discrètement
le jour qui se lève
derrière la fenêtre des yeux
Des pelletées de terre et de nuit
dans les yeux tournés vers le dehors
incapables encore d'esquisser
une petite révérence à l'intérieur
Au cours du voyage
mille perches tendues
et mille dérives possibles
La tête si proche d'un ciel qui n'existe pas
La tête si théâtrale
dans ses expressions
déroulant une à une
ses images comme
de petits tableaux
D'une absence à l'autre
sans se rendre compte
qu'il n'y a jamais eu personne
La chair soulevée
par les désirs du monde
emportée là où il y a
envie et jouissance
Si rétif à porter son nom avec orgueil
à redresser le buste avec fierté
laissant le vent tout effilocher,
tout balayer, tout emporter
Bien plus rayonnant
que l'éclat des mots
le cœur qui consent
La vie bouleversée
par toutes les fantaisies du destin
Nous écrirons
jusqu'à ce que le poème
puisse mener au-delà des mots
Sans même se souvenir
de ces empreintes dans la nuit
qui nous ont mené jusqu'à la lumière
La tête chargée de cette langue
vouée à célébrer le silence et l'invisible
Manière, sans doute, d'échapper
aux bruits et à la grossièreté de ce monde
Dans le huis clos de l'âme
les yeux scrutant l'abîme et la lumière
d'une égale manière
Le souffle et le rêve
mêlant leurs élans
dansant au milieu des apparences du monde
pour le plus grand malheur des hommes
Traqué(s) inlassablement par l'infini
qui aimerait, en nous, retrouver ses terres
Au-dedans du même rêve
cette noirceur et cette lumière
Le monde, les choses
et les circonstances tels qu'ils sont
sans rien enjoliver
sans rien enlaidir
sans rien ajouter
sans rien soustraire
sans rien transformer
sans rien esquiver
accueillis par le cœur qui a compris
Du bleu encore
jusqu'au fond des yeux
Aux confins du jour
le chant du temps
comme un murmure
susurré à l'oreille
de celui qui sait
habiter l'instant
En ces lieux de vertige
autour desquels tout tournoie
dans l'ivresse de l'enfance
excité par tous les jeux
auxquels se livrent les vivants
Au-dessus du cirque
où se jettent bien des malheurs
le cœur sans doute trop délicat et voyageur
pour y demeurer
préférant à la rudesse du monde
la tendresse et l'inconnu
Le ciel
au creux de la paume
L'esprit vagabond
éparpillé au milieu de ses désirs
A haute voix
ce qui se dit au fond de l'esprit
Sans même brandir le silence en étendard
Avec tout le sommeil engrangé
de quoi dormir pendant des siècles
Si fugace
la vie
l'amour
la parole
Au fond du regard
la nuit métamorphosée en lumière
et le cri transmuté en silence
Dans cette absence saisissante du Divin
l'homme plongé au fond de l'obscurité
Et tous ces gestes
Et toutes ces vies
qui, sans même le savoir,
aspirent au vide et à l'infini
Pas d'espoir
ni de désir
derrière nos grilles
mais un feu capable
de brûler toutes les images
et tous les rêves
Plus haut que la douleur
le cœur battant
et plus haut encore
le soleil qui se terre
au fond de l'âme
Allant comme les astres
dans ce cercle (presque) parfait
Si familier du ciel et des chemins
du secret des pierres
tremblant avec ce qui tremble
joyeux avec ce qui est en joie
traversant le monde et le temps
les yeux posés par-dessus
l'horizon et les reflets
Au bord du vide
le cœur blotti contre le temps
Hissé si haut que le soleil
apparaît en contrebas
Entre l'étreinte et l'éblouissement
Pieds nus
dans la forêt
le cœur battant
à l'affût des nuages et du vent
Soi
l'autre
le monde
qu'un rêve peut-être
Sous ce ciel sans commencement
la terre des mortels
le feu, la faim et la soif
sans cesse recommencés
Sans attente
les heures qui passent
De l'or recueilli
dans les mains ouvertes
Le geste est le langage de l'âme
Le cœur souriant
devant la simplicité des traits
qui se dessinent sur la page
Jusqu'au cœur de l'inoubliable
Par des chemins obscurs
la lumière
A nous attarder au cœur de l'imaginaire
au lieu de se laisser caresser par la lumière
Au pays de l'intime
quelque chose du silence et de la joie
une manière de se tenir au cœur de l'innocence
Bien plus loin que là où s'arrêtent les yeux
Dans les bras de l'infini déjà
Comme effacée l'obscurité du cœur
remplacée par ce qui brille au fond de l'âme
La main si lourdement terrestre
cherchant la lumière et le vent
Le jeu sans l'inquiétude
les yeux juchés sur le jour
en équilibre sur le fil
Le cœur en plein sommeil
Du vent et du sacré
au cœur du vide
Ce à quoi nous aspirons !
La figure infinie
tournée vers le plus infime
Passant en silence
sans un murmure
sans un signe
sans même un adieu
Là où le secret se déroule
A même le cœur et la peau
Les yeux si près du ciel
Les yeux si près de la pierre
que tout est vu bien au-delà des vivants
Depuis le dedans
jusqu'à l'origine
Funambule sur le fil de l'absence
se faufilant entre les vivants et les morts
La parole incandescente
comme si l'âme était en feu
A travers la fenêtre de l'âme
mille choses du dedans
et mille choses du dehors
parfaitement enchevêtrées
Pas de rature dans l'âme
Des soustractions et des oublis
Le cœur si près de l'enfance
allant sans rien savoir
sans nommer les choses
confondant (pour sa plus grande joie)
l'âme et le monde
le silence et le bruit
l'infime et l'infini
Le cœur penché sur les mains et les choses
offrant au monde une présence (et des gestes)
d'une grande pureté
Sous les feuillages clairs
au milieu des fleurs
le visage posé sur la pierre
le cœur parfaitement apaisé
Au-dessus des chemins et des reflets
Cette autre vie, cet autre monde
où la douleur n'a plus cours
A travers la fenêtre
le vent et les yeux détachés
Les doigts trempés dans la boue
et l'âme, dans le ciel
ainsi se compose le poème
Le pas libéré du chemin
au cours de cette traversée de l'invisible
Au cœur de ces signes vagabonds
l'âme attentive
le cœur vivant
et un surplus de tendresse
Quelques mots
lancés entre la terre et le ciel
essayant de parvenir en ce lieu
ignoré par les Hommes
Un voyage sans hasard ni fin
Là où tout est silencieux
l'âme et le monde apaisés
au bord d'un chemin
où tout continue de passer
Sous le ciel de décembre
le jour immobile
le cœur clair
et ce regard franc
qui ne s'attarde sur rien
Personne
dans ce rêve un peu fou
du vent et des étoiles
et des ombres qui courent partout
Des mots si solitaires
que le monde semble lointain
Mystérieusement vivant
entre le songe et la terre
entre le ciel et la nuit
En ce lieu
où le voyage prend fin
mais ni le pas ni le chemin
Au cœur de cette patrie
faîte d'âme, de silence et de magie
Comme un soleil
à chaque recoin de ce monde
Le monde ?
Des noms et des histoires de frontières
Le cœur traversé par le monde et les siècles
Au-dessous d'un ciel qui se souvient
Devant un Dieu sans exigence
le geste dicté par le cœur
et le cœur guidé par la nécessité
Sous le joug de ce qui habite l'âme,
l'esprit et les tréfonds de la chair
Au plus profond
cette lumière impérissable
qui illumine
jusqu'aux plus lointaines
périphéries du monde
Au fond du ciel
cette voix qui n'appartient à personne
Le monde et le temps
avalés par la lumière
L'encre bien déterminée à refléter le ciel
Encore si loin des plus hautes cimes
Tant de formes, de couleurs et de solitude
en ce bas monde
Par-dessus l'épaule
le vent qui emporte tout
Ce qui traverse tout
jusqu'au fond de l'âme et de la chair
Ce qui relève de l'être
parfaitement mélangé
au cœur, à l'esprit, à la chair
et qui se tient là dans l'invisible
Flottant parmi les âmes
la vie et la mort
en dépit de ce que l'on voit
en dépit de ce que l'on croit
Au cœur de ces siècles si sauvages
Vent et poussière
ce monde
pas grand-chose
presque rien (en vérité)
Ici
sans que rien se hâte
ni le monde
ni le temps
Au-dedans de cette nuit
qui cingle et qui encercle
les yeux fous et les cœurs assombris
Allant d'un pas maladroit
vers ce vieux rêve de poème parfait
En ce pays où le mystère indiffère
comme si nul ne le pressentait
comme s'il était trop profondément enfoui
De l'autre côté de la parole
là où le silence est la seule offrande possible
Libéré du monde et de la lumière
en ce lieu où plus rien n'a (vraiment) d'importance