QUELQUES JOURS EN MA COMPAGNIE (VOLUME 2)
JOURNAL (2025)
Samedi 5 juillet
Rencontre impromptue
Durant la promenade, je suis passé à une longueur de pas d'un chevreuil* assoupi derrière un bosquet. En cette période caniculaire, il devait se reposer. En me voyant, il a détalé. Je crois que l'on a été aussi surpris l'un que l'autre.
* un brocard de belle taille
Indistinction
Quelque chose de l'infini
Au cœur du plus trivial
Au cœur du plus quotidien
Amour et émotion
Les larmes coulent à chaque fois que j'entends quelqu'un raconter « sa rencontre » avec « l'espace d'Amour divin » qui l'habite (je l'appelle ainsi à défaut de pouvoir le nommer autrement). De grosses larmes qui me piquent les yeux et me brouillent la vue. Cette expérience je l'ai faite il y a plus de 15 ans et, pourtant, son souvenir est toujours aussi vif et chargé d'émotion. Sans doute est-ce la rencontre la plus déterminante de mon existence...
Christiane Singer
« Une force secrète coule en permanence. Rejoins-la. Il n'y a plus rien alors qui ne soit pas l'essentiel. »
Un nouveau dialecte
Il faudrait inventer une autre langue
faite de silence et de gestes
de présence et d'attention
Une langue parfaitement affranchie des mots
Vous avez dit spirituel ?
Voilà bien longtemps que je ne fréquente plus les cercles spirituels (et moins encore ceux que l'on appelle « les éveillés »). Et j'ai beau savoir ce que j'ai expérimenté et la manière dont cela a transformé mon regard et ma sensibilité, j'ignore totalement « où j'en suis » sur le plan spirituel. La plupart du temps, je m'en moque. Mais, parfois, je m'interroge comme si je cherchais (comme si quelque chose en moi cherchait encore) une garantie (un certificat peut-être?!) pour se rassurer et quelques indications qui me permettraient non seulement d'évaluer mon degré de compréhension mais aussi de me situer dans cette nébuleuse « des éveillés » dont les causeries inondent la toile. Quelle puérilité ! Et je ris de ce qui en moi est resté si enfantin...
Sans masque
De quoi aurions-nous l'air avec la figure nue ?
Marie-Claire Bancquart
A l'intérieur même de l'absence
une autre absence
comme une lune morte dans la neige
Un étrange mélange d'Amour et de matière
Le cœur plein de tendresse et de sang. Peut-être est-ce cela un être humain...
Au travers
Par-delà le silence
Ce qui cherche à traverser le rêve et le sang
Le trop humain ; le trop bestial – de ce monde
L'autre côté de l'âme
L'autre versant de l'absence
Une vraie rencontre
Face à soi. Le seul tête à tête possible – en vérité...
Au cœur du monde
De lieu en lieu
Sans rien avoir à prouver
Allant au gré des appels
Au gré des nécessités
Au milieu des peurs, des fissures et du fracas
Triste sort
Lorsque je vois des animaux de ferme (vaches, brebis, chèvres, cochons...) – et Dieu sait que j'en croise lors de mes balades ou sur la route – je ne peux m'empêcher de penser à la façon dont ils finiront leur vie ; égorgés et empalés sur un crochet avant d'être transformés en morceaux de viande. Et c'est déchirant* ! Je sais pourtant que l'essentiel des animaux (insectes et bêtes sauvages) achèvent leur existence dans l'estomac d'un autre (et en étant le plus souvent dévorés vivants). Mais il n'y a que l'homme pour organiser la mort de manière si programmée et industrielle... Ah ! Comme je déteste cet esprit rationalisant qui réifie le vivant !
* Je suis végétarien (presque végétalien) depuis plus de 25 ans...
Au mépris des conventions
Ce qu'il faut de joie ou d'indifférence pour oser danser au milieu des tragédies...
Des maîtres de vie
Les animaux non seulement m'inspirent mais me donnent le courage nécessaire pour faire face aux épreuves de l'existence. Les bêtes (toutes les bêtes) sont pour moi de véritables maîtres de vie !
Issa
« Un monde de douleur et de peine
alors même que les cerisiers
sont en fleur »
Proximité
Le cœur si près de la peau
Si près de la pierre
Si près du ciel
Si près du reste
que tout tremble
à chaque battement
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Seule compte – à travers notre manière d'être au monde – la façon dont nous entrons en relation avec les êtres, les choses et les événements. Le reste n'est qu'un habillage sans importance...
Tête à tête
Solitaire
Ne sachant conjuguer la rencontre qu'au singulier
Sans masque pour essayer de faire advenir
le plus authentique
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Aller toujours à l'essentiel. En toutes choses. Et selon le contexte et les circonstances, de manière directe ou par des voies détournées...
Rayonnement
Qu'importe la manière dont nous habillons notre être, ce que nous sommes rayonne à travers tous les pores de notre peau.
Chamarré
Bariolé de tristesse et d'enfance
Tout est vivant
Si peu de rencontres humaines. Peut-être parce que tout est vivant. Peut-être parce que tout est visage...
Malléable
Poussé
comme le nuage
vers des contrées inconnues
Nous pliant au règne de l'inconsistance –
de la transformation et du vent
Une qualité oubliée
L'innocence ; une vertu trop souvent négligée qui ouvre pourtant le regard et le cœur au merveilleux de cette existence...
Comme au premier instant
Au cœur du silence ; cette paix indicible
Quelque chose comme l'origine du monde
avant que ne jaillisse le premier souffle
Exhaustivité
Un peu de soi, un peu des autres, un peu du reste. Voilà ce que proposent ces pages. Avons-nous négligé quelque chose ? Avons-nous oublié quelqu'un ? Il ne me semble pas...
Bonheur
Allongé sur le dos. Les yeux posés sur le ciel. Me laissant imprégner – puis submerger – par le plus précieux ; cette joie tranquille d'être vivant.
Rêve
Quitter l'indécence et l'obscénité
Quitter la folie et la boue
pour découvrir un lieu
où la lumière remplacerait la mort
où l'Amour et l'innocence dicteraient
leurs règles aux vivants
Dévouement
Ce fol empressement à aider lorsque je vois un être en difficulté (un homme, une bête, une plante) ou lorsque l'on me demande quelque chose. Je m'attelle aussitôt à la tâche avec ferveur et dévouement reléguant mes propres activités au second plan. Du plus loin qu'il me souvienne, j'ai toujours fonctionné en faisant passer l'intérêt des autres avant mes propres intérêts. Je ne crois pourtant pas être affecté par le syndrome du sauveur (car si je sens qu'un être peut se débrouiller sans moi, je n'interviens jamais). Serait-ce alors une réelle et profonde empathie ? Ou, peut-être, ne suis-je après tout qu'un brave garçon ? Je l'ignore...
Inclinaison
Quelque chose de joyeux et de naturel
dans les pas qui cherchent leur pente
Évangile selon st Matthieu
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Consciencieux
Dans tout ce que j'entreprends pour autrui ou pour mon propre compte, je fais, selon l'expression consacrée, toujours « de mon mieux ». Je me jette sur ce qu'il y a à faire avec entrain et détermination, sans compter mon temps et en y investissant toutes mes capacités (physiques et intellectuelles). Et tant pis si elles ne sont pas à la hauteur des enjeux. Même en cas d'insuccès (et le résultat peut se montrer parfois décevant), je ne peux rien me reprocher puisque je m'y suis engagé de tout mon cœur...
Un singulier labeur
Silencieusement
Le travail de l'âme
Le cœur penché sur sa tâche
La main docile
L'âme tendre
L'esprit incliné
Ce qui se façonne
à l'ombre de la lumière
Maison commune
Dans la même chambre que l'arbre, la pierre et la bête
Sous le même toit de brume et d'étoiles
A proximité
Si proche de ce que l'on cherche...
Dimanche 6 juillet
Attention sereine
Longue méditation cet après-midi. L'esprit paisible et attentif. Plongé dans une lucidité tranquille.
Auprès de ceux que j'aime
Au milieu des arbres. Comme tous les après-midis.
A l'écart
A l'écart des hommes
Là où la vie échappe au rêve
Là où le temps n'a plus d'incidence
Là où tout redevient réel
Buson
« Rien d'autre aujourd'hui
que d'aller dans le printemps
rien de plus »
Un long apprentissage
Rencontrer ce qui surgit (êtres, choses, pensées, émotions, circonstances) nécessite une ouverture, une innocence, un abandon et une confiance auxquels on ne parvient qu'au terme d'un long travail sur soi.
Accepter
L'âme silencieuse
devant ce qui vient
devant ce qui passe
devant ce qui s'en va
Un passé visible
Comme l'histoire de l'arbre est toute entière dans sa forme présente, c'est tout notre passé qui est contenu dans notre manière d'être au monde.
Hospitalité
Plus personne
Seulement l'hôte des lieux
Blessure
Le cœur arraché par la cruauté du monde et l'indifférence des âmes.
Tristesse
Le cœur replié
face aux agissements de l'homme
Ce que l'on déchire ;
et ce que l'on meurtrit
comme si rien n'était vivant
comme si le monde n'était peuplé que de choses
Issa
« Je ne veux plus avoir affaire
à ce monde sordide
et se détache la goutte de rosée »
Au-dedans et en surplomb
Un regard hors d'usage mais qui pénètre tout jusqu'à la moelle.
Une douleur impérissable
A genoux encore
Le sang séché
sur l'âme et sur la peau
Et comme une blessure criante
Là quelque part
au fond de cette chose
qui a remplacé le cœur
Solitude
A vivre seul depuis tant d'années que la solitude me semble la chose la plus naturelle du monde...
A sa juste place
Une vie simple ; presque primitive
A l'écart du monde
Entre le ciel et la terre
exactement
Indifférence
Ce qui m'indiffère ; les jeux et le bavardage des hommes.
Bagage
A la manière des vagabonds
Allant avec pour seul viatique
un peu de tendresse
Au fond du cœur
Pour aimer le monde (le monde tel qu'il est, le monde tel qu'il va), il faut parfois puiser dans cette réserve inépuisable d'Amour qui loge au fond du cœur. Seuls nous manquerions de force et de provision...
Le plus vrai
Ce que nous faisons sans témoin révèle assez fidèlement ce que nous sommes.
Inepties
Des choses qu'il faudrait dire et qui sont tues
Des choses qu'il faudrait taire et qui se disent
Ainsi, trop souvent, agissent les hommes
Jugement
Si peu homme, mes semblables...
Âme et instinct
La soif plutôt que la faim
Sans se laisser distraire
par les nécessités du ventre
Vertigineux
Nous sommes composés de tous les fragments du reste, des autres, du passé, de l'univers entier depuis le début de la création. C'est abyssal ! Et tout cela tient dans si peu de chose...
Retranchement
De plus en plus ce que l'on est au fil des soustractions...
Célébration
L’œil, l'âme et la main qui célèbrent le monde et l'ineffable plongé au fond des êtres et des choses.
Une immensité vivable
Ce bleu si désiré
organiquement
L'infini
comme on respire
La lumière (enfin)
à notre mesure
Communion
Devant un arbre si grand et si beau que j'ose à peine le regarder. Je m'assois à ses côtés en fermant les yeux. Et je sens couler sur mes joues des larmes de tendresse et de joie. Quelque chose indéniablement du dialogue et de la communion...
Infirmité
Un murmure émietté par le vent
Des mots en ruine
Une parole comme amputée
Et un poème, sans doute, qui ne verra pas le jour
Si bien entouré
Au milieu de tous ces frères silencieux qui ont tant à nous apprendre. Et qui sont toujours prêts à nous réconforter...
Shiki
« D'immenses arbres
aux noms inconnus
cris des cigales »
Marche orientée
De moins en moins ; comme si c'était la seule direction...
Lundi 7 juillet
Rimbaud inversé
L'autre est un je
Connaissance résolue
Comprendre sans rien élucider
Divertissement pascalien
Pascal avait raison ; notre malheur tient à notre incapacité à rester tranquille dans notre chambre. Le monde serait très différent s'il n'était peuplé que par des êtres paisibles et solitaires, joyeux et satisfaits de leur existence. L'essentiel des activités de ce monde disparaîtraient. Et la vie serait bien plus sympathique. Mon Dieu ! Quel doux rêveur je fais parfois !
Tiraillé
Le cœur écartelé
Le destin de l'homme
Invariants et transformation de la perception
Si les êtres étaient plus sensibles et respectueux, le monde serait sans doute plus vivable. Et l'existence un peu plus facile. Mais rien ne changerait fondamentalement. Nous serions toujours confrontés aux mêmes problématiques existentielles : l'altérité, la douleur, la souffrance, la maladie, la vieillesse et la mort. Et imaginons un instant que ces problématiques n'existent plus ou soient en partie « résolues », il nous faudrait encore faire face à l'inévitable répétition des jours ou, si d'aventure on en venait à abolir la mort, il faudrait « gérer » l'immortalité...
Je crois que rien ne peut changer véritablement tant que notre perception demeure identique, tant que nous nous prenons pour une individualité. La clé du changement réside dans notre manière de voir et de comprendre ce que nous sommes. Le reste (tout le reste) n'est qu'une manière de rendre le réel plus facile et plus confortable, ce qui peut rendre la vie agréable mais cela ne résout en rien les difficultés que rencontrent tous les êtres vivants.
Travail d'équipe
L’œil et la main ensemble
Sous la férule du cœur
Et l'âme quelques fois
appelée en appui
pour que sur cette terre
le ciel se propage
Intelligence artificielle et spiritualité
Notre époque anxiogène exacerbe les craintes en tout genre. Et aujourd'hui où la « post-modernité » (terme qui fera sans doute rire nos descendants) encense l'intelligence artificielle, des voix nous mettent en garde contre ce qui représente, à leurs yeux, l'une des pires menaces pour l'humanité. De toute évidence, l'intelligence artificielle sera amenée à régler quantité de problèmes que le cerveau humain actuel n'est pas en mesure de résoudre et facilitera la tâche de l'homme de mille manières. Elle rendra l'existence plus facile ou la rendra plus malaisée selon l'usage que nous en ferons. Mais jamais l'intelligence artificielle ne pourra réaliser à notre place « le travail spirituel » nécessaire pour comprendre ce que nous sommes. Jamais.
Et si, un jour, l'intelligence artificielle accède à la conscience (ce qui n'est pas à exclure évidemment) et qu'elle est capable de créer des individus conscients et « réalisés » sur le plan spirituel, ils pourront éventuellement nous guider mais ils ne pourront jamais faire pour nous le chemin vers ce que certains appellent l'éveil. Soit dit en passant, l'IA pourrait aussi créer des individus belliqueux et colonisateurs désireux de remplacer l'humanité... Et, au fond, est-ce si grave ? Laissons donc à la vie terrestre le soin d'évoluer comme elle l'entend... En définitive, qu'importe ce qui sera créé, l'intelligence artificielle engendrera seulement des relations nouvelles avec une catégorie d'êtres aujourd'hui inexistants et une simple complexification des réseaux d'interactions et d'échanges. Mais sur le plan de l'énergie et de la conscience, cela ne changera absolument rien. Voilà donc des crainte bien inutiles...
Abandon
Quelque chose à dire
Quelque chose à faire
Et si nous laissions cela plutôt...
Simplement présent
Le cœur joyeux sans autre raison que celle d'être là.
Devant soi
Le mystère vivant là où les yeux ne voient que l'ordinaire.
Une tendre exaltation
La sensualité du pas et la sensibilité de l'âme lorsque nous marchons en forêt. A la fois la volupté et le Divin. Comment l'âme pourrait-elle ne pas se sentir joyeuse et comblée ?
Sans parure
Au plus nu
Au plus près du vivant
Au plus près de la vérité
Une médecine naturelle
Il y a dans la marche, et en particulier dans la flânerie sylvestre, un caractère profondément réparateur et salvifique.
Étreinte
Contre soi
Les battements de cœur de l'arbre
La respiration de la forêt
Les frémissements de la terre
L'essence de la roche
L'incandescence du vivant
Comme un feu insensé
Et cette incroyable résonance
au fond de la chair
Aveuglement
Ni passe-temps ; ni épreuve
La vie
Et ce que l'on en fait ; si peu utile
Ce que ne comprennent pas les hommes
Le terrier de l'âme
Le cœur parfois replié dans son trou lorsqu'il y a trop de bruit, trop d'humains, trop de cris. Lorsque l'Homme a envahi tout l’espace...
Dissimulé
Sous toutes ces couches sombres
Le bleu intense du monde
Dans nos profondeurs
C'est au fond de soi qu'il faut chercher le silence, la paix, la joie, l'Amour ; ce qu'il y a de plus précieux. La plus belle des rencontres...
Encore plus loin
Quelque chose au-delà du désir...
Mélancolie
Un fond de tristesse aujourd'hui. Bhagawan me manque... Tous les lieux où nous avons bivouaqué, tous les chemins que nous avons arpentés ensemble pendant près de 14 ans (et Dieu sait qu'ils sont nombreux) me font monter les larmes aux yeux. Bientôt 8 mois qu'il n'est plus de ce monde...
Blessure profonde
Quelque chose
sous le silence
Un cri peut-être
Le souvenir d'une déchirure
Ce que le temps n'a su soustraire
Ce qu'il faut comprendre
A l'abri de rien
A l'abri de tout
Simultanément
L'impuissance des mots
Comment les mots pourraient-ils témoigner de l'authenticité de ce qui nous traverse ? Comment pourraient-ils y parvenir ?
Être au service
Aujourd'hui, j'accepte de bon cœur d'être un instru-ment au service des autres. Je me laisse « utiliser » de mille manières et à toutes sortes de fins. Quant à moi, je ne réclame jamais rien. Je laisse la vie m'offrir ce qui m'est nécessaire. Et quand mon individualité exprime un besoin particulier, je tente d'y répondre par moi-même...
Partout présent
Ah ! L'Amour ! A travers tous ces visages...
Embâcle
Le dernier obstacle est notre orgueil.
Par-delà le visible
Parce que curieux ;
voyageant au-delà des yeux
Méditation
Assis en demi-lotus, les mains sur les genoux, le dos droit et le buste relâché, l'esprit attentif et détendu, devenant un espace conscient de ce qui le traverse momentanément, ne désirant rien, ne s'attachant à rien, ne retenant rien. Comme flottant en lui-même.
Dire avec distanciation
Les lèvres comme des fenêtres sur le ciel
Et ce rire comme si l'on habitait un autre monde
Koan (véhiculé dans certains milieux spirituels)
« On cherche ce que l'on est. On est ce que l'on cherche. »
Avec légèreté
Sans rien peser
L'âme, le geste, la vie, le mot
Ce qui se vit, ce qui se fait, ce qui s'écrit malgré soi
S'offrir et accueillir
Lorsque l'on n'est plus soumis à un emploi du temps, on s'offre à ce qui est là. On accueille ce qui s'invite ou se présente. On devient une sorte de réceptacle sans exigence.
Imprégnation
Le cœur pénétré par la danse des choses.
En exil parmi les siens
J'ai toujours souffert de ce monde rude et indifférent. Je n'ai jamais pu m'y résoudre ni y trouver ma place. Obligé de vivre en retrait et dans les marges, et me contentant d'observer. C'est seulement ainsi que je peux vivre parmi les hommes...
Question
Comment vivre là où il n'y a (presque) plus d'âmes vivantes ?
Tendresse débordante et relation à l'autre
Il y a parfois tant de tendresse dans mon cœur que je ne sais qu'en faire. Ça déborde ! Et ça se répand autour de moi à travers le regard. Tout alors me paraît intime ; les pierres, les herbes, les arbres, les bêtes, la terre, le ciel... Mais il est vrai que cette tendresse se manifeste rarement en compagnie des hommes. Sauf lorsque je vois un être solitaire, un peu perdu, triste ou malheureux, qui cherche à comprendre ce monde ou disposé à aider ceux qui ont besoin d'être soutenus ou accompagnés... Mais il y a, en général, trop de mécanismes de défense et d'arrières-pensées chez mes congénères pour que je puisse véritablement m'abandonner à ce sentiment en leur présence. Je pense que la plupart ne comprendraient pas...
Il y a chez mes semblables une barrière affective (ou, parfois, une forme de dureté relationnelle) qui agit comme un rempart ou un répulsif et qui rend presque impossible la moindre proximité.
Rares, très rares sont les rencontres d'âme à âme, de cœur à cœur en ce monde. Quelques-unes (que l'on compte sur les doigts d'une main) en l'espace d'une vie. Des rencontres brèves et intenses, puissantes et savoureuses, éminemment fraternelles...
Christiane Singer
« Ne jamais oublier d'aimer exagérément : c'est la seule bonne mesure. »
En ce lieu si singulier
Là où il n'y a plus rien à perdre ;
ni plus rien à gagner
Là où il n'y a plus ni mémoire,
ni devenir, ni destin
A la source de l'innocence
Mardi 8 juillet
Bivouac
Dans une clairière. Au milieu des hautes herbes.
Entouré
Le cœur au milieu des arbres et du vent
Issa
« Un jour de brume
la grande pièce
est déserte et calme »
Traumatismes
Je songe parfois à ce sanglier – une laie, je pense, massive et courageuse – tuée sous mes yeux. Poursuivie par une meute de chiens, je l'ai vue dévaler une colline, traverser une route puis, une rivière avant de s'engager sur une vaste étendue herbeuse où l'attendaient une flopée de chasseurs. Elle a zigzagué quelques instants avant d'être abattue à la lisière de la forêt. J'aurais tant voulu qu'elle parvienne à s'échapper mais le dispositif ne lui a pas laissé la moindre chance...
J'ai assisté à plusieurs mises à mort au cours de mes promenades automnales et hivernales. Et à chaque fois j'ai été bouleversé, triste et en colère...
Instinctuels
Sur la même pierre
depuis tant de millénaires déjà
Les entrailles plongées dans le feu
Le cœur plongé dans les instincts
Toutes dents dehors
Prêt à s'abattre sur sa proie
Torpeur
Au cœur de la rêverie
Tant de drames
Et les paupières baissées
comme au premier jour du monde
Amour, événements douloureux et apprentissage
Je crois que nous vivons exactement ce que nous devons vivre pour comprendre « ce que nous avons à comprendre ». Il n'existe pas, en effet, mille manières de prendre conscience des effets de nos actes sur les autres. Notre égocentrisme et notre insensibilité, nos représentations et nos croyances, nos habitudes et notre ignorance sont si ancrés qu'il nous serait quasiment impossible de nous mettre à la place des autres et de ressentir ce qu'ils ressentent si la vie ne « s'arrangeait » pour nous faire vivre de l'intérieur ce que nous faisons ou avons fait subir aux êtres (proches et moins proches) de ce monde. Il n'y a qu'en l'éprouvant dans sa chair, dans son cœur et dans son esprit qu'on réalise ce que les autres ont vécu. Il n'existe pas d'autres moyens... La vie ne nous soumet pas à des événements douloureux par sadisme. Je crois, au contraire, qu'il y a derrière ces circonstances éprouvantes un Amour incommensurable. Étant donné notre aveuglement, je pense que la vie n'a tout simplement pas d'autre choix...
J'ai bien conscience que cette manière d'appréhender la souffrance est très largement inspirée du bouddhisme (ignorance, sens donné à la souffrance, karma, etc etc) mais c'est ce que je ressens profondément...
Christiane Singer
« Ce qu'il y a à vivre, il va falloir le vivre. »
Éventail
Dans la mesure des possibles...
Affinité
Si proche de ce qui est nu et un peu cabossé...
Intimité
Si heureux là où il y a des arbres et du silence...
Apprentissage
Tout est expérience et initiation. Des pires drames jusqu'aux gestes les plus ordinaires...
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Après tout qu'importe qui nous sommes et ce que nous faisons ! Tâchons seulement de vivre de notre mieux. Et l'on mettra dans cette expression (« de notre mieux ») ce qui nous semble le plus approprié...
Horizon
Au-delà du monde et des mots
Le voyage
Toute réponse
Vers la seule issue possible
Creuser encore, creuser toujours...
Derrière l'espoir et la désespérance se dissimule l'inespéré. Voilà pourquoi il nous faut creuser jusqu'à l'essence.
En pays inconnu
Un peu plus loin que le rire et l’épuisement
Juste après l'horizon
Là où la perspective commence
à se décliner en incertitude
Un outil utile et délicat
Bien que le psychisme soit un merveilleux instrument pour s'orienter à la surface du monde, il n'est pas très adapté à la violence de la vie terrestre. Tant de gestes et de paroles peuvent le traumatiser...
Besogne
Cet œil
sur la pierre
qui lit le monde
qui voit le ciel
Et l'âme qui sait
comment les rassembler
dans le geste et les mots
Mentors, sentier de vie et affranchissement
Quelques écrivains auront marqué mon existence ; Sartre, Auster, Hesse, Gorki, Buten, Bobin, Pessoa, Krishnamurti, Juliet, Nietzsche, Haldas, La Soudière, Baret... Chacun m'aura accompagné un temps et aura joué un rôle dans mon cheminement. Mais depuis bien longtemps, je n'éprouve plus le besoin d'avoir un mentor à mes côtés. Le chemin se défriche seul (et sans même que je le décide). Pourtant je n'ai jamais cessé de lire mais, à présent, je butine ici et là, découvrant des ouvrages et des auteurs au hasard de mes lectures, des podcasts ou des émissions de radio que j'écoute presque quotidiennement. Mais je n'y cherche ni une inspiration ni un encouragement mais des amis passagers à la sensibilité et/ou à l'existence proche de la mienne. Et j'ai parfois le sentiment que nous formons une sorte de communauté virtuelle qui œuvre à bâtir un monde différent...
Une longue initiation
Ce qu'il faut de temps et d'apprentissages pour parvenir au plus simple, au plus essentiel, au plus nécessaire...
Délicieux instants
Ce soir. Merveilleux moments de communion. Allongé sur le canapé du coin salon. A ressentir le merveilleux de la vie.
Issa
« Pas d'autre bruit
que l'averse d'été
dans le soir »
Mercredi 9 juillet
Un labeur primordial
Être là simplement. Dans une présence de qualité. Peut-être est-ce seulement cela mon travail...
Combinaison
Poussières de roche et de lumière
Vers sa fin
Aller là où tout s'échoue...
Toujours se réjouir...
Chaque geste devrait être une extase. Et lorsqu'il l'est, le « faire » devient une célébration. Mais la vie est toujours changeante. Et de cela aussi, il faut se réjouir...
In situ
Au cœur même de l'expérience
Une apparente aporie
Et si tout était important
Et si rien n'avait d'importance
Et c'est avec cette énigme
qu'il nous faut apprendre à vivre...
Un imparable portrait
Nous sommes tels que la vie nous habite et tels que le monde nous traverse...
Enchevêtrés
Ce qui sert la soif
Et ce qui sert la farce
Emmêlés au fond de l'âme
A quoi l'on occupe ses jours...
De l'air que l'on brasse. Un peu de sable que l'on déplace ici et là. Voilà, en général, à quoi l'on occupe sa vie. Et dire que certains parviennent à s'en enorgueillir...
Endormi(s)
Les yeux bandés
A même le sommeil
Le monde tel qu'il va
Ce qui habite l'homme
Le cœur paré pour tous les délires et tous les désastres
Illusion
Les heures passent. Voilà l'une des rares certitudes que perçoit l'esprit. A moins, bien sûr, que cela ne soit qu'un leurre, une simple construction...
Oubli
Ce qui est compris
le temps d'un instant
doit être oublié
l'instant suivant
Incarcération et liberté
Notre main tendue à travers ces grilles de chair et d'images. Et l'âme libre d'aller et venir, de parcourir l'espace et le temps à sa guise...
Un renouvellement perpétuel
De l'autre côté du rêve
Là où tout est neuf
Là où tout se réinvente
Le plus beau des cadeaux
Le cœur souriant ; sans doute la plus belle des offrandes. Et l'une des plus belles promesses pour le monde...
Expérience(s)
Le cœur au bord de la trame
s'essayant au vide
s'essayant au ciel
s'essayant au silence
puis retournant au monde
sans l'espoir de le changer
Encore une évidence
Le miracle, c'est d'être là – vivant ; en dépit des épreuves, des peines et des tourments.
Insoluble
A chercher (en vain) la solution en ces lieux sans remède...
Un bonheur tranquille
Assis sur une petite route qui traverse le massif forestier. A l'ombre de quelques chênes rouvres. Pieds nus et un livre à la main. Je suis si heureux d'être là, me laissant bercer par le chant des cigales et le roucoulement de quelques pigeons ramiers.
Un peu au-dessus
Plus loin sur la pente
Dans les hauteurs de l'âme
Ce que j'ai appris aujourd'hui
Astuces pour reconnaître le chant de quelques colombidés (les plus communs sous nos latitudes).
La tourterelle turque : tour te relle (en boucle)
Le pigeon ramier : je suis uuuun pigeon
Le pigeon biset : Drouuu hou
Le pigeon colombin : douuu (sourd)
La tourterelle des bois : rouer (1 à 3 fois)
Inévitablement
Répétition et évolution. Le propre de la vie et du monde – inlassablement...
Être à l'écoute
Sans rien présumer
Sans la moindre croyance
Ce qui est ressenti
Richesse de la simplicité
Un seul mot parfois suffit...
Interstice
Un peu de silence et de lumière parfois entre les mots dessinés à la craie blanche sur la pierre noire.
Savoir se contenter
Quelques pensées notées sur mon petit carnet. Et me voilà heureux comme un enfant !
Singulier mélange
Entre le feu et la rosée
le poème
Variabilité
J'observe la vie qui me traverse parfois avec lourdeur et d'autres fois avec légèreté.
Ce qui est dit
Sous la lumière
ce ruissellement du langage
comme le prolongement de soi
le prolongement du vrai aussi peut-être
à travers la dissolution du rêve
Et par-dessous les mots
ce qu'il reste à voir
Un asile véritable
Le cœur aménagé comme un abri où je viens très souvent me réfugier.
Apprenti
Encore si obscurément l'Amour et la lumière...
Confiance
Là où va le vent
Là où se pose la plume
Parfois comme fleur au soleil
Parfois comme fleur sous la pluie
Sans même demander son chemin
A la manière des nuages
Se laisser porter par ce qui surgit
Quelque chose en moi aimerait vivre avec une qualité de présence minimale. Comme cela est enfantin ! Non seulement on désespère de ne jamais y parvenir mais on se prive aussi de la joie d'expérimenter la grande diversité des états. En la matière, il n'y a qu'une seule règle à suivre : se laisser porter.
Absolument
Il y a chez moi quelque chose d'incroyablement métaphysique. Presque tout est vu et vécu à l'aune de l'Absolu et des questions humaines fondamentales.
Ce qui s'écrit
Ce qui s'écrit sur ces pages
Sans parvenir à se fondre parfaitement avec le reste
Des résidus d'âme
Et, de temps en temps, quelques doléances
Ne rien faire ou presque...
Flânant, lisant, contemplant, observant, méditant, réfléchissant, goûtant et savourant ce qui me traverse. Et en témoignant. Voilà à quoi je passe l'essentiel de mes journées !
D'un seul trait
Sans hâte
la fièvre du feutre
ce galop mesuré
jusqu'au bout de la pensée
et au-delà encore
par-dessus l'âme
et parfois même jusqu'à l'infini
Des amours de chiens
Je crois que mes chiens ont été les êtres que j'ai le plus chéris en cette vie ; Yann, Férald, Holan, Goldmund, Drailla, Bhoumi, Galipot, Shin'ya et Bhagawan.
Tout est expression
Sans rien dire ; dire encore...
Le fantasme de l'inexistence
J'aimerais parfois être aussi inoffensif qu'un iule et me nourrir uniquement de débris végétaux pour n'avoir sur les autres vivants et l'environnement aucun impact négatif. L'inverse de l'agentivité en quelque sorte ! J’aimerais aussi devenir parfaitement poreux pour que tout puisse me traverser sans laisser la moindre trace. Bref j'aspire à la transparence ou, pour le dire autrement, à devenir « pur esprit » comme si j'étais habité par le fantasme de l'inexistence... comme si je voulais parvenir au faîte de l'être, là où l'on est de manière si intense et puissante qu'on n'existe plus, qu'on s'est dilué dans le reste...
Vers le silence et la nudité
Laissons dériver les mots et les rêves
Extirpons-nous de cette nuit trop peuplée
Enzo Bianchi
« Si je ne fais pas le mal, c'est par grâce. Si nous faisons le mal, la grâce nous a manqué. »
Un emploi du temps simplifié
L'essentiel du temps, je ne fais rien. Je vis le quotidien.
Sous le piège
Quelque chose de la liberté au fond de la nasse
Nouvelle aporie apparente
Le cœur si autarcique en ce monde d'interdépendance...
Conditions parfaites
La vie paisible
Et l'écoute du cœur
Ce qui nous rend vivant – si vivant
Énigmatique
Devant soi, cet infini incompréhensible. Et, en soi, exactement le même mystère...
Confusion
Ce qui nous affame
Et ce qui nous nourrit
si souvent confondus
Quelles questions !
En définitive, qu'aurons-nous vécu ? Qu'aurons-nous réalisé ? Bien peu de chose(s), il va sans dire...
Un étrange forage
Tout creusé de l'intérieur
jusqu'à tout voir
jusqu'à ne plus rien voir
jusqu'à la plus parfaite transparence
Qu'importe
Qu'importe le nom de Dieu
Qu'importe la connaissance
Qu'importe la sagesse et l'envergure du regard
si la bouche ne sait sourire
si l'esprit ne sait accueillir
si l'âme ne sait s'émerveiller
si le cœur ne sait pardonner
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Tendre la main sans rien attendre
A même la roche
Si sensible
Le cœur posé sur la pierre
A contempler le ciel et le monde
Une blessure incurable
En soi – une déchirure peut-être inguérissable...
Sans rien faire
A regarder le ciel comme si la prière suffisait...
Jeudi 10 juillet
Une nouvelle évidence
Rien jamais n'est définitif. Nous le savons, bien sûr, mais nous ne cessons de l'oublier comme l'attestent la plupart de nos comportements quotidiens.
Perforation
De l'intérieur
Les yeux
A travers l'épaisseur
Perçant le monde
jusqu'à la lumière
Bien caché...
C'est au fond du regard que se dissimule le secret.
Écho
De bout en bout
la nuit traversée
à travers la résonance
du moins certain
Une merveilleuse épiphanie
Lorsque le cœur rencontre le réel jaillit l'émerveillement.
De l'intérieur
Au plus près du poème
Ce qui traverse l'âme
Ibn Arabi
« Dans l'amour divin, Dieu nous aime pour nous et pour lui-même. »
La seule issue
Qu'opposer à l'inhospitalité du monde sinon un cœur bienveillant ?
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
C'est en écoutant ses nécessités intérieures que l'on peut offrir à sa vie ce dont elle a besoin. Être à l'écoute, c'est la seule règle pour conduire son existence.
Moments de béatitude
Il n'y a de plus grande grâce que des gestes quotidiens habités. Chaque instant alors devient saveur, joie et célébration.
Le rayonnement de l'être
En matière spirituelle, on ne peut rien enseigner ni rien transmettre par la parole. Mais on peut être ; et dans ce rayonnement – plus ou moins intense – toucher l'âme de ceux qui nous entourent.
Routine sylvestre
Comme chaque après-midi. Assis au milieu des arbres après quelques kilomètres de marche.
Échappatoire
A enjamber
chaque jour
le même seuil
pour échapper au monde et au temps
Hélène Dorion
« Je ne sais pas ce qui se tait en moi
quand la forêt cesse de rêver »
Une relation admirable
Un papillon s'est posé sur ma jambe. Je vois sa pompe aspirer je ne sais quoi sur ma peau. J'ignore de quoi il se délecte ainsi mais il a l'air de trouver ça à son goût. Ah ! Qu'il serait doux si nous pouvions entretenir avec tous les êtres ce genre de relation pacifique...
Issa
« Le papillon voletant
je me sens moi-même
une créature de poussière »
Écriture
Quelques traits
Quelques taches
tracés peut-être pour rien
Écart et acceptation
Je crois que j'ai renoncé définitivement à comprendre mes congénères et à trouver une place dans leur monde. Après tant de tentatives infructueuses, j'ai fini par accepter nos différences et me réjouir de vivre à l'écart de la société des hommes...
A quoi sert la parole ?
Des mots
Comme un mince rai de lumière
pour éclairer le cœur et les yeux
et faire briller la poussière comme de l'or
Observation du monde et émerveillement
J'ai toujours observé le monde (le monde humain et le monde naturel). J'ai commencé par essayer de comprendre les hommes avant de m'intéresser à d'autres formes de vie ; les roches, les végétaux, les animaux et les étoiles.
La diversité du vivant et la multitude des comportements sont fascinantes. Mais on peut très bien passer sa vie à décortiquer ce qui nous entoure sans éprouver le moindre émerveillement. S'émerveiller ne nécessite pas de connaître le nom et les relations des milles choses qui nous entourent. Et le savoir, bien trop souvent, empêche ce contact innocent et sans attente.
Entrer en relation en respectant ce que nous sommes et en respectant ce qu'est l'autre, voilà le plus essentiel. Et c'est pourtant un savoir-être que je n'observe que trop rarement chez mes semblables...
Un travail acharné
Le réel poli jusqu'à l'essence
Monomanie, intérêt personnel et appauvrissement
La vie est un juste équilibre entre mille choses. Et l'esprit de l'homme – autocentré, assez monomaniaque et rationnel – sacrifie non seulement le bien commun et l'intérêt des autres au profit de ses propres intérêts mais privilégie presque toujours ce qui se ressemble au détriment de la diversité (entre-soi, monoculture, pensée unique, culture de masse, mode, etc etc). Ainsi l'humanité appauvrit la vie et le vivant. Et elle n'a pas même conscience de scier la branche sur laquelle elle est assise... L'esprit de l'homme est ainsi fait ; c'est pourquoi j'éprouve une sympathie toute particulière pour ceux qui prennent soin des êtres et de leur environnement.
Doléances
A contempler parfois les reflets dansants du monde avec le cœur plein de remontrances...
Christiane Singer
« Il n'y a qu’un crime, c'est de désespérer du monde. »
Se laisser porter
Lentement
dériver vers le bord
vers la périphérie la plus lointaine
Presque de l'autre côté
Là où tout est silence et main tendue
Là où la bouche ne sert qu'à embrasser
Là où les mots ne sont plus nécessaires
Là où il y a des réserves d'Amour inépuisables
Une lente évolution
Il est vertigineux de penser que la vie est apparue sur terre il y a 3,8 milliards d'années et que le vivant n'a cessé depuis d'évoluer et de s'adapter.
Des pas bien sombres
Entre l'ombre et la boue ; assez aveuglément...
Vertige, quotidienneté et vie extraterrestre
Et il est encore plus vertigineux de penser aux milliards de milliards de milliards de galaxies dans un espace cosmique sans doute infini.
Mais qui y pense en enfilant ses chaussettes, en accompagnant ses enfants à l'école, en allant boire un verre avec des amis ou en faisant la vaisselle ?
Au vu de l'infinité des possibles dans le cosmos, il serait tout de même bien étonnant que seule la planète Terre soit habitée. Il existe sans doute mille autres formes de vie (enfin ce que nous appelons la vie) ailleurs... et, peut-être, pas si loin d'ici...
Des univers séparés et des relations très orientées
Un monde de renards, un monde d'oiseaux, un monde de scarabées, un monde d'humains où les interactions et les passerelles entre les espèces sont rares. Et lorsqu'elles existent, elles sont (en général) opportunistes ou conflictuelles et presque toujours au bénéfice de l'homme, cette « super espèce » à la conscience à peine embryonnaire...
Une différence
Au cœur du murmure
ce qui peut être partagé
Et au fond du silence
ce que l'on ne peut découvrir que seul (et en soi)
Une vision bien étroite
Bien des hommes voient le monde comme un décor et un grand sac dans lequel ils peuvent piocher pour satisfaire leurs besoins. Une vison, somme toute, très animale et grossière. Et, pour le reste, ils vivent entre eux en défendant bec et ongles leur tribu, leur territoire, leurs provisions. La vie est échanges et diversité ; et l'humanité l'a oublié, elle vit comme si elle était la seule espèce digne de ce nom...
John Muir
« Je me sentais complètement perdu au milieu de ces foules immenses, du vacarme des rues et de ces immeubles énormes. Je me disais souvent que cette ville, j'irais volontiers l'explorer si, comme une région de collines et de vallées sauvages, elle était vide d'habitants. »
Si limité
Jouir et se distraire* ; il n'y a bien souvent rien d'autre chez l'homme...
* auxquels on pourrait ajouter s'occuper mais qui n'est, en réalité, qu'un divertissement pascalien...
Marche arrière
A reculons ; jusqu'à la première étoile
Un brave assassin
On a tendance à penser que le pêcheur (à la ligne) est un être débonnaire et inoffensif. Comment peut-on oublier qu'il est d'abord et avant tout un tueur de poissons ?
En définitive...
Au terme de tous les sommeils ; la lumière et l'infini...
Prestidigitation
Comme un rêve, cette vie. Tout passe, se dilue, se mélange, s'oublie. Pourtant, tout a l'air si vrai lorsque cela est vécu. L'esprit est un incorrigible prestidigitateur. Il nous joue des tours qui nous fascinent tant que nous y croyons dur comme fer...
Sur le fil du rêve
Lentement
A la manière d'un rire qui se déploie
Sur le fil du rêve
Quelque chose par-dessus les murs et les toits
Sous un ciel (presque) parfaitement déconstruit
A travers l'âme, le corps et l'esprit
Tout passe, tout s'en va...
Le cœur usé à force de désirs. Puis, un jour, tout s'effondre. Et de nos amours, il ne reste plus rien...
Franchissement
Ce qui traverse le cœur
Ce qui passe par les yeux
Et qui patiemment atteint la main ;
imprègne le geste
Comme un sourire – un peu d'or –
au creux de la paume
Notre teinte naturelle
Ce qui irradie malgré nous ; la couleur de notre âme.
Équivoque
Au fond des yeux
Au fond de l'âme
Le joyau et le poison
Atmosphère ouatée
Comme un bruit de tendresse au fond du cœur ; à pas feutrés.
L'une des choses les plus importantes
Cette si précieuse amitié avec soi...
Attention
Le regard attentif
devant le ciel
et les mille petites choses
qui peuplent le monde
Une trop grande proximité
Au milieu des hommes et du bruit. Sans pouvoir y échapper...
Ôter encore, ôter toujours
Tout ce qu'il nous faut soustraire pour approcher la joie...
Un abri confortable
Au fond de cet épais silence. Comme enroulé dans une grosse couverture...
Ce qu'il faut retenir
Qu'importe le geste et la parole pour peu que le cœur soit écouté...
Un environnement parfait
Au milieu des livres et des arbres. Mon petit carnet à la main. Dans la roulotte posée sous les frondaisons...
Dévouement
Sous ce ciel qui s'offre au cœur confiant, à l'âme obéissante, à celui qui se met au service « d'un plus grand que soi »...
A travers ce qui est dit
Presque secrètement
Dans cette nuée de mots
Un doigt pointé
Une main tendue
La seule offrande qui compte
Ce qu'il faut deviner
Hélène Dorion
« Mes forêts sont un long passage
pour nos mots d'exil et de survie
un peu de pluie sur la blessure
un rayon qui dure dans sa douceur
et quand je m'y promène
c'est pour prendre le large vers moi-même »
Le mot ultime
Présence, présence, présence
Magie
Par-delà les noms
Le scintillement des choses
Et l'émerveillement de l'âme
Irradiation
Parfois, on est de manière si intense que cela rayonne à travers nos gestes et notre présence.
Un peu plus que de la matière
En soi
Quelque chose de vivant
Par-delà la chair et le sang
Rien que ça
L'âme au paradis. A travers ces battements de cœur involontaires et joyeux...