Carnet n°247 Notes journalières
Autour de notre cœur – sans jamais l’atteindre…
Mille fois aimé(s) – si mal – et de manière si étroite…
Et nous – comme un songe pour les Autres – un objet – quelque chose dont on fait usage – maladroitement…
Existant(s) – comme brusquement tiré(s) de l’abîme – projeté(s) avec violence face à tous les miroirs…
Des éclats – de la neige – à l’infini…
Les mains glacées…
Et le cœur qui se resserre, peu à peu, jusqu’à l’implosion…
Sans cesse – ainsi allons-nous – ainsi sommes-nous mus – sans fin – sous le regard tendre de celui que nous habitons parfois – dont nous nous approchons et nous éloignons au gré des terres visitées – au gré des visages revêtus ; le seul acteur de ce perpétuel ballet – et nous autres à notre place de figurants (avec nos costumes et nos masques changeants)…
Sur la courbe de nous-même(s) – (presque) toujours à notre rencontre…
En lutte – les âmes suppliciées – sur les pierres – cette terre noueuse propice aux racines et aux ensablements…
Le bras levé – glaive à la main – nous pourchassant – nous martyrisant…
Harcelés de toutes parts – sans jamais apercevoir la fin de la guerre – le parfum de la moindre victoire – pas même le signe d’un armistice provisoire…
Tout qui s’étiole – tout comme l’écume – nos différences et nos ressemblances…
Et cette étrange lumière sur nos cris – nos attaches – notre nudité…
Dieu – peut-être – parmi les rêves et les étoiles – presque rien – un espoir à peine – au-dessus de nos têtes sanguinolentes et fatiguées…
Des rencontres – au milieu du sable – la mer au loin – comme le ciel – une utopie – un infini hors de portée ; l’autre extrémité de notre visage – peut-être…
Au milieu de nous – nos propres œuvres – nos propres travaux – le monde tel que nous l’avons bâti – tel qu’il nous dévore…
Les ombres creuses – au-delà des abris communs – dans leurs tréfonds – nos propres profondeurs – semblables à toutes les autres – en nous – accessibles – escamotables – et que l’on s’échange comme des éléments sans importance – des fragments identitaires sans la moindre valeur – hautement substituables…
Un peu de ciel – comme l’ultime déploiement peut-être…
Du chaos dans le ciel projeté par les hommes – bouts de terre lancés en l’air pour donner l’impression d’une envergure plus vaste – aussi trompeuse que l’horizon sur lequel divaguent l’œil et le pied…
Tout s’éloigne – s’épuise – à l’infini…
Ce qui nous rattrape – sans précipitation – sans espoir – sans prévision – jusqu’à la potence – jusqu’au seuil de toutes les possibilités…
Le monde pourchassé par l’esprit – comme le dernier postulat avant l’abandon…
L’empreinte indélébile de l’invisible sur ce que nous appelons nos vies…
Le mystère – enfoui – dissimulé – à portée du monde – et que nous découvrons par fragment – par strate – ligne après ligne – éclat après éclat – comme des bouts de silence entrevus – et chichement amassés – et (presque) toujours de la plus inepte manière…
Tout ce bleu – au bord du monde – comme une promesse – le jour enfin ouvert ; Dieu à notre porte – derrière la nuit…
Les bras ouverts – au fond de notre peur…
Ce qui tremble lorsque les vents nous emportent…
Sous la pluie – les arbres et les hommes ; dans le rêve des Autres – blessés – écrasés – arrachés – comme des herbes trop dociles – trop fidèles à la terre ; et, hors des têtes, comme des broussailles patientes sous leur petit carré de ciel – qui attendent les fruits à venir – comme une promesse d’abondance – comme une fête – un festin – avant le grand silence…
Ce que l’on devine – immobile – au-dessus de notre tête – entre le songe et la pluie – ce que la mort ne peut entamer ; un peu de nudité – là où nous osons prêter le flanc…
Au seuil de l’attente – au grand jour – à présent – comme ce qui est vivant et qui cherche son essence – sa vérité – les plus belles couleurs de l’aube…
A la source du monde – ni Dieu – ni le langage ; l’Amour et le vent…
Des lèvres inventées pour le silence…
Des paupières fermées – aptes à découvrir la vérité…
Et, entre les tempes, cette cargaison de désirs et d’impatience qui nous fait chercher…
L’Amour que découvrent, peu à peu, nos mains fébriles…
L’aube dévorée par l’abondance et le langage – dévastée par la violence et le crime – réconciliée avec le monde – à la source des choses et des yeux – prémices du regard…
Ce que nous révèle l’écoute – le silence – l’inconnu ; la perte et l’amour (inconditionnel) de la forêt – le règne tardif de la solitude – la joie du jeu et de la nécessité – ce qui se soustrait et ce qui se résorbe – la lumière qui irradie celui qui se soumet à la volonté du monde – ces courants qui nous traversent – sous le joug mystérieux de la puissance amoureuse…
Une nuit sans issue – dans la tête…
Une aventure solitaire – sans distance – le nez sur le bitume qui a remplacé la terre…
L’âge de rien – ni celui de partir – ni celui d’arriver – tout juste bon à attendre – en rêvant – la fin du voyage…
Au cœur de l’Autre – la limite que nous avons repoussée…
La terre et le ciel vidés de leur substance – libérés de leurs images – trop humaines…
Quelque chose capable de rompre le temps – de peupler toutes les solitudes – d’ouvrir, une à une, toutes les portes du réel…
Ainsi – en nous – ce que l’ignorance a creusé – le monde et l’âme apparemment défigurés ; et le vide qu’il nous faut (ré)apprendre à habiter…
Des pierres dans les poches – à jeter sur toutes les idoles inventées – sur toutes les divinités imaginaires – pour les recouvrir (et les faire disparaître) sous des couches de réel ; des emblèmes – des symboles – engloutis au cœur de la matière – accumulée – emplis et entourés de vide…
Nous – d’infatigables marcheurs – dans ce rectangle trop étroit – le dos voûté par le poids du monde – par le poids des Autres – toutes ces âmes affamées – toutes ces bouches à nourrir – encore trop éloignés de l’alliance ; l’espérance du salut commun – portée par les mains jointes en prière – l’orgueil bien dressé dans la poussière – comme l’une des plus substantielles empreintes humaines – au même titre que l’ignorance – ce qui trône, en nous, de manière irréfutable ; le règne de la folie qui s’imagine pensée raisonnable – et notre impuissance légendaire comme une verrue hideuse sur notre visage (si) enfantin…
La même solitude et la même conscience – partout – camouflées – vivantes – déguisées en autant de visages que compte le réel – l’ensemble des mondes…
Ce que la mort retient de notre destinée – et ce qu’elle insuffle à la route à venir – ce qui revient – ce qui n’a su être accueilli…
Qu’attendons-nous sinon le retour du printemps – le ciel et le vent dans les feuillages – l’éternel beau temps – le même jour qui se répète et recommence…
Nous – rayonnants de nos anciens séjours – avec cet air serein – auréolés de lumière…
Au seuil des rêves – ce qui s’achève – notre parole maladroite – l’ultime pause avant l’hiver – peut-être…
D’une métamorphose à l’autre – comme si seules les saisons comptaient…
Le cœur vulnérable – l’âme trop timide – trop chaste – presque pudibonde – mal à l’aise face au vide et aux secrets dévoilés – face à la nudité de l’espace – inquiète d’avoir à envisager le pire – l’insoutenable – ce que nous offrira toujours le monde – assurément…
Des zébrures – un peu partout – comme disséminées ici et là – pour rendre incertaines les lignes et les frontières – comme une espérance – la possibilité d’un mélange – des hachures – quelque chose d’imprécis – comme un monde dessiné au cœur d’un autre – mille mondes en un seul – incroyablement changeants…
Des archipels dans l’âme – le ciel – des monceaux d’îles habitables – ce qui invite aux interrogations et au partage…
Un reste de blancheur et un ancien vertige – éclairés de l’intérieur…
Une barque sur un peu de sable – aux reflets variables – tantôt noirs – tantôt dorés – parfois blancs (trop rarement sans doute) – de la même couleur que l’âme et le ciel – à chaque fois – exactement…
Comme si nous vivions tous le même voyage – au cœur du même espace – dans cette illusion de la nuit et du châtiment…
Dans le creux parfait de la forêt – invisible depuis la terre où vivent – où passent – où meurent les hommes…
Au fond de notre jardin – là où la joie et la tendresse se fréquentent – là où la déception plie sous le poids de notre présence (involontaire) – là où nous exultons sans espoir – sans image – au cœur de la solitude – au cœur de l’inespéré qui retrouve (enfin) son vrai visage – celui qui nous semble le plus lointain – le plus étranger – celui qui nous est, en vérité, le plus proche – le plus familier…
Ce que l’on dure – quelques instants – la tête jamais couronnée…
Le soleil trop tardif sur nos dérisions…
Un peu de pardon et de rire – et un peu d’insolence aussi – au milieu des épreuves – au milieu des malheurs – au milieu de la foule – au milieu des visages – tristes – ignorants – agités…
Ce que nous nous éreintons à faire pour échapper au vide – aux apparences – et qui nous y soumet – et qui nous y ligote – avec une force implacable…
Le début de l’errance – encore trop lointain pour amorcer le voyage – cette longue marche vers la disparition…
De cavité en cavité jusqu’à l’espace originel – jusqu’à la grotte matricielle qui enfanta le monde – les pierres ; l’antre de l’aube…
Et nous autres – qui regardons la lumière derrière les grilles que nous avons inventées – les yeux fébriles et les mains saisissantes – l’âme désarçonnée par les ombres et les aléas du temps…
Nous – nous éloignant des constellations humaines – ces images – ces bouts d’étoiles collés ensemble pour former une étrange cosmogonie dont chacun serait le centre fallacieux…
L’espace muet – impassible – devant nos bavardages – devant nos gesticulations…
L’éclat des yeux face au sommeil – aux offenses – le monde blessé à mort…
Et ce rire – et ce silence – comme l’unique réalité – le seul visage possible au milieu du chaos apparent…
Ce qui se dresse au milieu de l’esquisse…
Le monde – à travers quelques grilles – des taches de couleur derrière les barreaux…
Notre rencontre avec ce qui se rapproche – ce qui s’éloigne – ce qui s’efface et disparaît…
Ce qui – en nous – veille – parmi les yeux tristes – ce qui scrute la beauté dissimulée au fond des choses – derrière les visages – la vérité mystérieuse – insaisissable – au milieu des apparences…
Nous – au milieu des ombres et des offenses – le monde entravé – comme toutes les âmes de passage – rassemblées inconsciemment autour du vide – en silence – vibrant avec les sons – anesthésiées par la peur de l’abîme…
Le sable – sous nos pieds – désarmés devant la roche – les hommes en plein froid – dans le long sillage des nuits successives – comme de minuscules navires au milieu des eaux sombres – errant, en quelque sorte, dans les mille sillons tracés par les anciens ; des milliards de générations livrées à à l’ignorance et à la sauvagerie – sous un soleil trop lointain pour éclairer (et réchauffer) le cœur – l’esprit – le chemin…
Les jambes déjà ailleurs – la tête envahie – le cœur explosé – bien avant le grand âge – avec nos yeux et nos gestes inutiles – l’haleine chargée par des siècles de soif et d’errance…
Au bout d’une jetée qui ne mène nulle part – guère plus loin que le pas suivant (il faut s’y attendre) – et que l’on retarde (vainement) pour échapper à la chute…
La carcasse mutilée – sur le point de dépérir sous le regard (impavide) des Autres…
La nuit autour du cou – comme une corde féroce et inappropriée – imaginaire – au cœur de cette apocalypse que nous ont promis tous les prophètes…
Dans l’âme – en tête – le silence et le sang – presque à parts égales – ce qui nous fragilise et ce qui nous édifie (et nous redresse parfois) – quelque chose qui échappe à la volonté – comme une génétique de l’invisible et des profondeurs – les soubassements de la matière vivante – foncièrement vivace et expressive – en nous…
Le jour à rebours jusqu’à la transparence – jusqu’à la disparition…
Lorsque les mots décrivent le désert et qualifient la soif ; et lorsqu’ils deviennent eau – invitation (et initiation quelques fois) à l’assouvissement – au franchissement des obstacles et des frontières…
Des oiseaux – dans notre impatience – très haut – si haut que leur vol est imperceptible – et qui jettent dans notre sang le désir d’une arche moins cruelle – d’un ciel plus flamboyant ; quelque chose, en nous, d’incroyablement tenace – comme une obstination – une certitude irrécusable…
Ce qui, en nous, naît des tripes – toutes les faims qui nous étreignent et nous asservissent ; les ténèbres – dans l’âme – peu à peu consolidées…
Un peu de chair – entre les dents – de la matière – mille choses invisibles – dans l’espace – dans l’esprit…
Le monde – des bouches goulues – des ventres avides – des cœurs voraces ; la nuit insatiable…
La fragilité du feu sur l’immensité…
Et nous qui patientons docilement devant chaque porte – qui nous présentons selon la bienséance des lieux et de l’époque – qui n’osons jamais bousculer les lois et les usages – qui contemplons de nos yeux usés – et immergés dans les eaux sombres – les archipels trop lointains du silence – de la sagesse – de la félicité…
Des jeux bien pardonnables au milieu de la détresse – les terres enjolivées de la destruction – presque amusants depuis les hauteurs – si intrusifs – si tragiques – si désolants – lorsqu’ils rongent et déchiquettent la chair…
Le sang du monde versé – goutte après goutte – à travers la longue chaîne ininterrompue des esclaves – fers aux pieds…
Tous les alphabets de la terre et du ciel pour décrire le réel et l’imaginaire – tous nos enfantillages – les armures et le silence – la souffrance que l’on tente de parcourir d’une seule traite – la force d’enjamber les obstacles et d’éviter les catastrophes…
Nous – tout un peuple – en transhumance…
Sur les routes – par grappes – par paquets…
Sous les ordres des maréchaux et des rois fainéants…
Dans nos petits souliers et la poigne de la morale collective…
Le cœur (presque) joyeux – inconscient – vers l’abattoir – vers le mausolée…
Nos pas au milieu des Autres – toutes nos marches rituelles – vers la mort…
Et notre préhistoire qui dure encore – et qui durera jusqu’à la dernière goutte de sang versée sur la pierre – l’ouverture des remparts – des donjons et des cœurs – la peur exposée – et arpentée jusqu’à la source – avant l’aube et les grands soirs miraculeux…
Les corps perdus – la contrepartie de toutes les rançons exigées – ce que l’on échangera contre l’ignorance et la frénésie – l’incertitude contre l’inexactitude – le rôle du soleil et du vertige dans nos vies (misérables) – l’âme vivante affranchie du règne des choses…
Entre l’étoile et le pétale – l’homme et l’arbre – presque identiques – les pieds dans la terre – la tête au-dessus – un peu plus haut – qui sent l’air et le ciel – le vent enfanté plus loin – presque ailleurs – au large – en des lieux qui leur resteront (à jamais) inconnus…
A se consoler dans les bras des Autres – à se projeter dans un ciel rêvé (totalement imaginaire) – à prendre appui (avec trop d’ostentation) sur un sol instable – à s’enorgueillir de son appartenance – de son ascendance généalogique (plus ou moins prestigieuse) – le visage si naïf – et, au-dedans, cette tristesse – comme un hiver permanent – le déploiement de l’incompréhension – et dans le cœur – ce grand feu – ces flammes perpétuelles qui consument la chair et la possibilité du salut à travers l’avènement de l’invisible…
Notre vie en désordre – à cor et à cri…
Parmi les pierres et les chiens qui hurlent…
Sans le monde ; rien qu’un œil – l’âme exsangue – la chair dépouillée – nu et sans couronne – du vent – comme des bras – qui renvoie aux visages leurs reflets…
Nous-même(s) – trop lointain(s) – sur une surface aux couleurs (trop) sinistrement terrestres – noir et rouge – comme ce qui nous traverse – comme ce qui coule en nous – qui colorent notre corps et notre tête – qui imbibent notre cœur de leurs limites et de leurs poisons…
Nous – face à la beauté du monde – la bave aux lèvres – la sève bouillonnante – comme si nous étions les enfants de la terre et du soleil – englués dans le déchaînement des forces naturelles – spontanément – sans le moindre rituel – sans la moindre incantation…
Le roc et la chair blessée – fragile…
La folie des vivants – happés par la violence – face au mystère…
La bêtise punaisée sur le front et l’infamie qui colle à la peau…
Dans la tête – mille volcans et la plaine tranquille et secrète où se cachent les Dieux – à l’écart des choses humaines…
Messager d’un temps qui n’existe plus – d’un temps sans naissance – sans durée – un lieu plus exactement où l’on célèbre le rire et la simplicité – un espace de joie et d’apothéose – sans le moindre artifice – sans la moindre construction – où la pente est si glissante que rien ne peut y demeurer – où tout finit implacablement par disparaître dans le ventre énorme de l’ogre à la figure indéfinissable – aux manières innocentes – au sourire un peu sauvage – à l’existence et aux mœurs étranges – hors du commun…
Entre nous – le silence – l’espace – l’infini ; presque rien – comme une continuité disjointe par la distance à laquelle nous nous tenons les uns des autres – par les frontières inutiles et imaginaires qu’impose l’esprit…
Les bras tendus devant nous et notre âme, si frileuse, recroquevillée derrière…
Les bras devant soi – par peur – face à l’incertitude…
Les bras en croix – en prière – comme une espérance – une manière d’offrir sa faiblesse et son innocence…
A genoux – au fil des circonstances…
Le grand vent – partout – sur la misère et l’intelligence…
Le grand vide avant et après ; et au milieu – la guerre et le tohu-bohu – l’absence et la raison (apparente) – les impédiments et le faix de l’esprit – et le cœur toujours trop lointain…
Cette danse étrange à laquelle nous refusons de participer…
A courir toujours derrière la même étoile – l’illusion d’une présence dans l’obscurité – comme une lampe – une chandelle – au-dessus de nos têtes – au milieu de la nuit éternelle…
Des blocs d’ignorance que rien ne peut entamer – que rien ne peut effriter – que rien ne peut érafler ; prisonniers d’un monde sans lumière – sans espoir – profondément insensibles aux blessures de l’âme et de la chair – avec sur la peau et sous le front – des croûtes et des plaies – l’œuvre des Autres mêlée à sa propre besogne – toutes les blessures autorisées (et encouragées) par les Dieux – au nom de l’intelligence et de la sensibilité – pour satisfaire en chacun un désir (parfois inconscient) de vie plus dense – plus légère – plus intense – plus joyeuse et authentique…
Loin de tout – et de nous-même(s) – en particulier…
Seul(s) – comme si Dieu nous accompagnait – devenait l’avant-plan – l’accueil – les bras ouverts – les bras aimants – malgré la bêtise et la violence alentour…
Avec les mots – les choses qui nous emportent…
Le jour – sans raison – sans responsabilité – sans témoignage…
Ce que fabrique – naturellement – la main de l’homme…
Les ombres qui se dressent…
L’attention nue – insensible aux spectacles…
Nos tenues dépareillées…
Le travail – noir – laborieux – de la terre…
Les basses besognes de l’homme…
L’alignement parfait des rêves…
L’ordre précis et changeant du monde…
Notre manière – avant tout – de faire alliance…
Puis, un jour, sans surprise – le regard aimant et la vie miraculeuse…
Ce qui entaille le cœur – jusqu’à l’essence – jusqu’au silence – par-delà la douleur et la mort…
Le même jour – ici et là – sur toutes les routes – pente ou sente d’un instant – avec au-dedans – alentour – toutes les bêtes féroces de la nuit…
La pierre incarnée – jusque dans les bras du ciel – les paumes jointes du silence…
La bouche d’abord craintive – intimidée – puis grimaçante – qui, peu à peu, s’habitue et se détend – la tête qui quitte la scène et le monde des représentations…
La chair devenant bois, puis fer, puis terre rocheuse – socle et condition de la transfiguration…
L’intimité, sans doute, la plus haute – la plus sacrée…
Dieu – à notre table – dans nos gestes – dans nos mains – dans nos lignes – jouant avec les ombres de l’âme – dévalant et escaladant la lumière à même la chair – à même l’esprit – trempant ses doigts dans l’encre de notre feutre – insufflant la puissance et le vide entre les mots que le vent fait tomber des hauteurs…
Le monde grimaçant – orgueilleux – sans noblesse – sur la pierre – la neige – la lumière lointaine…
L’heure propice au règne de la matière – avant et après – des siècles de silence – la sagesse – la terre immobile – ce qui ne peut advenir au cœur de l’absence…
Le cœur encore trop pâle – encore trop étroit...
Le jour encore trop blanc – les âmes qui fouillent – engluées dans l’opacité – inefficaces – fébriles – sans sérénité…
Sur cette pierre – entre le soleil et la tombe – la mort incomprise – ignorée – la tête dans les mains – à rire – à rêver – à pleurer – à vivre sans jamais renoncer au sommeil…
Ni terre – ni regard – seul – et que le vent emporte – malmène – invite à l’abandon – contraint au mélange – pour restaurer le corps épris – les lèvres amoureuses – lové contre le silence…
Des fiançailles à hauteur de ciel…
L’attention seigneuriale et le geste ancillaire…
La chair retrouvant son origine…
Le sol se hissant jusqu’à Dieu…
L’Amour s’agenouillant au plus bas…
Tant de merveilles vues – éprouvées – exprimées – ici et là – dans le monde – la vie – les livres…
Comme une voile qui nous mènerait vers le large – l’horizon pélagique – l’immensité océane…
Le sang côtoyant le jour – et le bleu qui, peu à peu, circule dans nos veines ; le cœur devenant ailes et âme…
A l’envers du temps – ce que Dieu et l’Amour ont dissimulé – la posture la plus haute – la plus belle perspective (pour l’homme) – la confiance et l’humilité – la tendresse et la force – le sommeil disparu – comme effacé ; ce qu’ensemble nous pouvons sentir – le ciel bien davantage qu’effleuré…
L’eau glacée du monde qui coule sur notre échine – de haut en bas – de l’intérieur – comme si le sommeil était confié au vent – comme si la vie reposait sur les vagues et l’écume de l’océan – comme s’il fallait marcher ensemble pour se réchauffer – devenir ce que nous essayons vainement de fuir – ce visage – cet espace – ce silence – à la merci des ombres…
Un peu d’éternité offerte à ce qui vit sur la pierre…
Les mains posées sur les obstacles – ce qui nous hante – ce qui glisse ailleurs lorsque l’on tente de le saisir…
Une oreille parmi d’autres…
Des yeux sans lassitude – face au néant…
La même absence – quel que soit l’âge…
Dieu nous initiant…
L’envergure éparpillée – le vertige central – à la manière dont une douleur nous saisit – à la manière dont on s’acquitte d’une tâche – avec aisance et naturel – très terrestrement…
Le ciel – dans nos gestes – à l’aube naissante…
Le vide soutenant l’intérieur – l’œil illustre au centre de notre absence (consciente et volontaire) – dans nos abîmes et notre néant – sans cesse réinventé – jusque dans la détresse et la mort – célébrées – et dont on peut se libérer en un instant – aussitôt franchi le seuil du premier cercle…
Rien d’absurde – en ce monde – sinon, peut-être, notre ignorance obstinée – comme le fruit rudimentaire de l’infini et de la glaise – cet espace s’essayant à la gesticulation – comme un jeu d’interpénétration ; une manière d’apprivoiser la matière et d’approcher Dieu par son versant le plus sombre – le plus grossier – le plus triste et le plus rebutant – l’âme voilée qui dissimule maladroitement l’une de ses figures les plus intimes – les plus fragiles – et les plus corrompues, sans doute…
Le néant – à travers les âges – de la pierre aux nuées – sans usure – intact malgré la nuit – la douleur – la lumière…
Le vide et son absence ; les seules choses à vivre – à comprendre – peut-être…
Le ciel sous le front – à l’étroit – bancal – incliné – qui cherche au-dedans l’espace nécessaire…
Dans les yeux – tous les astres – tous les voiles – de la lumière déguisée et des falbalas…
La nuit consolante – ce qui séduit le cœur et la chair malmenés…
La faim qui roule sur le côté et le gouffre devant les yeux…
Le ciel partout – et l’âme lourde qui cherche un chemin…
La ruse dans le sang – bien avant la naissance – depuis que le jour est descendu sur terre – depuis que le silence a fait vœu de multitude…
Ce que l’on érige au lieu d’effacer ; l’indigence et l’azur – étrangement alignés…
Notre colère et notre bonne conscience…
Des interrogations – par milliers – et quelques maîtres (passables et provisoires)…
Le désir d’une parole libératrice – d’une existence libre – d’un verbe parfaitement incarné…
L’urgence oubliée – au cœur de l’homme…
Ce qui déferle et ce que nous évitons – la tête derrière la vitre – dans cette tanière – cet abri de verre – ce refuge de glace ; quelque chose de froid – pas même un miroir pour l’Autre – des yeux indifférents – des yeux moqueurs – des yeux qui jugent – toujours lointains – désengagés – à mille lieues du regard témoin…