ENTRE LE RÊVE, LE MONDE ET LA LUMIERE (VOLUME 1)
EXTRAIT DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2019-2020)
Partout – au-dehors – au-dedans – des mondes – des rêves – des étoiles – toutes les possibilités de la lumière…
Mortels – comme si nous ne le savions pas…
Éternels – comme si le temps n’existait pas…
Seulement quelques mots (pour soi)…
Partout – la mort et le silence ; et notre inquiète solitude.
Le monde – comme une surface à explorer – une matière à dissoudre.
Et le bleu des pleurs sur nos joues – comme un surcroît de beauté – un avant-goût de la joie – au cœur du voyage – au cœur de la tragédie.
Face au ciel – le front silencieux
Et dans l’âme – mille chants d’oiseaux
Et devant les yeux – le défilé des merveilles
et des malheurs
Le jeu insensé du monde – pour rien – sans raison – comme ça – pas même pour le plaisir du jeu.
Une route accidentelle – peut-être…
Les yeux fermés sur la nuit qui dure ; avec toutes les flèches du monde plantées dans la poitrine.
La tête entre le marbre et le sommeil
Et ces bruits – au-dedans – qui cognent
Et le silence – plus haut – qui se moque
de notre douleur et de notre effroi
L’impossibilité du monde
Rien qu’un trait
Des cierges plein les mains mais quelque chose de froid à la place du cœur ; comme si les termes de l’équation avaient été inversés…
Des feuilles – des poètes – des moines – des sages – des pierres – des arbres – des pas – quelques mots et le silence.
Notre vie de solitude.
Moins qu’un visage – une absence
Plus qu’un geste – une présence
Et entre les deux – l’homme –
sans cesse oscillant
Un lieu où l'on pourrait vivre d’encre et de pas – respirer à la manière des arbres et des nuages – tutoyer le ciel comme un (très) vieil ami – devenir sans hâte toute la lumière…
Du ciel noir, parfois, descend un oiseau aux ailes blanches – à la tête bleue – tout droit sorti de l’imaginaire (innocent) – pour affronter les temps crépusculaires – les heures sombres du désespoir.
Partout des pierres et des éclats de ciel – un monde de pas et de débris. Quelque chose comme un dédale et une voûte – mal éclairés – où l’on se heurte à toutes les choses du monde.
Pourrait-on inventer d’autres rêves – moins triviaux – moins irréels – quelque chose de la haute mer et de la poésie écrite au milieu de l’écume – sur d’étroits blocs de vent…
Parmi les vieux arbres aux branches noueuses et blessées – parfois arrachées – au pied d’une parole plus vieille que le silence – dans l’herbe – à côté de la rivière qui s’écoule vers la vallée – dans la solitude la plus pauvre – à genoux dans la lumière – le visage à peine éclairé par le soleil couchant.
Au cœur de notre vocation terrestre – au cœur de notre destin humain.
Le front investi – la tête, partout, célébrée – com-me s’il était naturel d’honorer la matrice du pire – cette étrange ingéniosité au service des instincts – grande pourvoyeuse de morts et de malheurs…
Le visage encerclé par le froid et les menaces ; et chaque visage ainsi – cerné par tous les autres...
Aussi éloigné que possible des masses. En marge même des marginaux.
Seul avec Dieu – les arbres – les montagnes – les pierres et le silence – quelque chose d’un Absolu vivant – tangible – palpable – évident – l’invisible (intense) qui pénètre l’âme – l’être – parcouru de joie et de vibrations.
Rien et tant – à la fois
Le vide – la terre – le ciel – et l’illimité
partout – au-dehors comme au-dedans
Nous autres – nous tous – seul(s) et réunis – le sort du provisoire – et, en lui, celui de l’éternel. Ce qui s’achève et ce qui ne peut prendre fin – le ciel et la cendre mélangés.
Notre chambre au fond d’un jardin sauvage – une forêt très ancienne ; et nous – à l’intérieur – au centre – vivant là en secret – sans miroir – sans témoin – dans les bras d’un Dieu rieur – aux gestes de glaise et au chant silencieux – aimé enfin – au milieu des arbres – sur la pierre blanche des chemins – enclin à célébrer la fraternité de toutes les âmes qui peuplent ces rives étranges et mystérieuses. Les yeux ouverts – le cœur sensible – la tête et le ventre apaisés – nous éveillant, peu à peu, à la joie et à la liberté sur cette étroite bande de terre posée entre le ciel et le monde.
La mort – comme un ciel noir – très bas – qui recouvre l’âme de ceux qui s'en sont allés et l’insouciance de ceux qui respirent (encore un peu).
Sans masque – sans empire – sur la pierre nue – ciel et silence en soi – chaque geste comme une prière précise – le regard déployé – posé légèrement au-dessus du monde.
La chair vieillissante – sans incidence sur la fraîcheur – et l’innocence – de l’âme.
Rien que des yeux – des enfants à chérir et des maladresses à pardonner ; le signe, peut-être, d’une sagesse très ancienne lorsque les têtes se tenaient loin de la torpeur – de la distraction – de l’inquiétude ; lorsque le silence et le vent régnaient partout – sans partage…
Présence noire – parfois – comme une ombre immense – une flaque de sang sur la terre sombre – un long cri plaintif dans le silence.
L'âme et la tête repliées au fond du cœur.
Des tourments – des blessures – du sang – l’inintelligence sacralisée. Partout – le règne de la prétention et de la douleur.
Breloques et babioles ; tous les trésors supposés des hommes et des âmes.
Nous ne possédons rien ; et ce qui reste ne nous appartient pas…
Nous sommes le vent qui souffle – le vent qui passe – et le sable soulevé – et les oiseaux emportés plus haut – emportés plus loin…
D’arbre en arbre – de crête en crête – le pas et la voix – à bonne distance de la mort – cherchant un lieu isolé – la place du chant et de la lumière – la proximité de l’aube qui délivre – le cœur du ciel sur terre – l’endroit de l’innocence.
Sur la terre triste – si triste – des hommes…
Dans la forêt – sur cette terre où vivent les bêtes – au cœur du monde sauvage – notre présence silencieuse – proche du ciel – proche du jour – au milieu des ombres ordinaires – comme un jardin abandonné – un lieu où peuvent régner ensemble l’Amour et la mort – sans haine – sans blessure – sans douleur.
L’âme couchée dans la rosée matinale – dans son bain de fraîcheur – avant sa rude besogne quotidienne ; l’effacement (délicat) des luttes et des résistances – la route à éclairer – les conseils à prodiguer – l’écoute et l’attention de chaque instant. Tâches indispensables qu’elle sera seule à accomplir – étincelle pugnace contre l’œuvre générale – celle du monde entier (à quelques exceptions près) guidé par la nuit épaisse (et inévitable).
De grands yeux ouverts sur le monde endormi.
Des bruits de rouages dans la tête – la visite d’un nuage – le calme de la chambre – quelque chose aux aguets…
Suffisamment éloigné de la foule pour entendre distinctement la voix de l'âme – comme un bref murmure – quelques paroles adressées à ce qui, en nous, est nocturne et enfantin – à ce qui, en nous, se laisse (presque toujours) aller à la tristesse et à la nostalgie.
La vie comme un songe – puis, comme un soleil.
Et nous – comme les pierres et les arbres – essayant, chaque matin, d'émerger de la brume.
Le monde que l’on prend pour un enfer ou un paradis – en oubliant l’écart avec ce qui est juste – en oubliant l’écart avec ce qui est vrai.
En nous – le baiser qui attend nos lèvres consentantes – infiniment désirable(s)…
A dormir dans l’empreinte immense des Dieux au lieu d'arpenter le monde – d’inventer sa sente – de danser avec toutes les ombres tremblantes qui vivent à nos côtés.
Du silence et de la lumière – comme l’air que nous respirons – les seuls éléments nécessaires – peut-être…
Épaisse – cette absence des hommes – (bien) plus douloureuse que la solitude.
Une halte dans la chambre de la forêt – dans l’intimité des arbres et des oiseaux. En ce lieu familier – parmi les nôtres – sauvages et solitaires – la parole dite pour nous-même(s) – sur ce carré sans frontière – où la vie et la mort – la terre et le ciel – se rencontrent dans le cœur de chaque habitant – où les limites sont ailleurs – dans notre refus de vivre au milieu des hommes.
On vit jusqu’au ciel – dans notre absence – sans interrogation – les lèvres pincées – aussi blanches que la neige – pour habiter hors des légendes – aussi près que possible des saisons.
Nous attendons la lumière – le sacre de l’invisible – comme d’autres le grand amour – les mains et le cœur tremblants – la mémoire vierge de toute image et les apparences en désordre.
Peut-être faudrait-il rire devant les reflets changeants du réel – mais notre œil, trop attristé par ce que renvoient les miroirs, ne peut se réjouir de ce qu’il voit.
Enfant d’un jour lointain – encore titubant – encore ensommeillé – fidèle (toujours) à la terre – malgré lui.
Tout s’obscurcit – avec la douleur – tout prend les traits de l'accablement. Comme une vilaine grimace. La beauté même semble laide – l’Amour même semble sans cœur.
L’âme souffre comme si elle était plongée au-dedans – comme si tous les doigts du monde étaient enfoncés à l’intérieur.
Le soleil sur les pierres blanches – le visage innocent dans la lumière ; et le reste – caché au fond de l'âme – à l’abri des regards ; ce qui est noir – impétueux – colérique – intraitable – le moins reluisant – la douleur – la peur – la puanteur – la désespérance – tous les manques – tous les manquements – hors-champ – relégués aux ombres de l’intimité – au chaos de notre solitude imparfaite – aux trop rares tête-à-tête avec soi.
Nous nous tenons là où nous avons jeté nos filets – juste au-dessus des pauvres remous de la surface – scrutant avec fébrilité la moindre émergence – attendant avec impatience que quelques proies – des choses – des têtes – des cœurs – des âmes – soient pris au piège et remontés.
Sans un regard vers le ciel – sans imaginer un seul instant que l’invisible nous tient dans sa nasse – que nous sommes (tous) entre ses mains.
Le sommeil qui s’étire – loin – très loin – si loin que nous allons, sans doute, continuer à dormir pendant des siècles – pendant des millénaires peut-être…
Un trou – un peu plus loin – attend notre venue – un passage sans soleil – avec, de l’autre côté du noir, des avalanches de lumière.
Plus beau que dans nos rêves les plus extravagants…
A la frontière du bleu et de la nuit – au milieu des montagnes – dans le froid solitaire – comme dans n’importe quel désert – l’âme partagée – autant que le monde – entre les apparences et l’invisible.
Tout s’empare de nous – comme si nous étions un lieu à investir – un espace à remplir ; ce que nous sommes – littéralement – malgré nous – une étendue vierge que l’on habille – que l’on meuble – que l’on décore – inlassablement.
A l’horizontale – ce mélange – cette étrangeté aux mille visages qui se plaint et se plie à toutes les nécessités.
Et ces hurlements dans l’âme – jamais entendu(e)s – jamais rejointe – le ciel scellé, pourtant, au milieu du front – et l’invisible comme axe central.
L’ébauche de l’homme – l’esquisse trop rapide (et trop élémentaire) des Dieux qui n’avaient, sous la main, qu’un peu de glaise et de vent.
Notre visage – rien qu’un miroir mille fois brisé – des éclats – des reflets – rien d’éternel – des fragments de monde – et un peu d’âme – quelques fois...
Les terres horizontales – de plus en plus étrangères – les rondes et les danses – le bruit – l’absence devenue maître du monde et du temps – les lois communes – la bêtise reine – les images trop grandes pour les têtes – envahissantes – la folie des cœurs carencés – les ventres affamés et assassins – l’imposture élevée au rang de vérité.
Dieu – le ciel – l’exil – notre seul refuge – pour renouer avec le silence et la solitude.
Comme un vieux rêve de contrebandier – avec des sacs emplis de fleurs et de parfums – des têtes gorgées d’éloges et de poésie – et des âmes débordantes de soleil et de gratitude.
Et nous autres – sur le chemin des crêtes – tout nus – en vérité – allant avec nos sandales usées et la besace (presque) vide…
Le grand vacarme de l’âme en réponse à l’insoluble question du « qui suis-je ? » Un interminable tohu-bohu suivi d’un long – d’un très long – silence (définitif peut-être)…
Du monde et de la lumière qui se mélangent dans nos veines – dans notre sang frémissant.
Des rives – du ciel ; et la main divine qui distribue la fortune et les malheurs ; du noir et des aventures – des fleurs et de la mort – et l’absence en hiver – et le déclin, le soir venu.
Pas la moindre âme qui vive ; et notre prison toujours aussi peuplée de fantômes...
Parmi les figures de pierre – à peine conscientes de la clarté du ciel.
Et nous – essayant d’expectorer la parole – la vérité balbutiante – la lumière enfouie au-dedans de tout.
La route (totalement) inutile pour celui qui voyage…
Ce qui surprend l'âme – cette route à l’envers – du ciel vers le ciel – qui échappe au monde et aux cœurs trop sages.
Un petit air de flûte pour éveiller notre premier Amour – notre tête sur l’oreiller – notre cœur retranché au fond de la chair – notre vie derrière ses remparts.
Présent(s) – comme un point – un signe – (et au mieux) une ligne – sur la longue liste de ce qui existe sur terre.
En nous – la vérité nue – que l’on pare et colore pour lui donner des airs attractifs – et dont on se fait le mensonger possesseur.
Des événements – un récit – le déroulement tragique de l’itinéraire ; et la proximité – l’intimité – l’accompagnement – qui se précisent – peu à peu – pas à pas.
Des portes dans l’immobilité – des routes et du vent – au cœur du même silence – des tourbillons et des bruits au milieu de l’infini.
Et nos têtes qui, parfois, cherchent à comprendre…
Les pieds dans le vide – les yeux bandés – sur cette étendue blanche – au milieu des pierres.
Soi – partout – sans autre visage – sans autre horizon.
Nous – démantelé(s) – presque entièrement – en éclats – en fragments – en lambeaux – nous éloignant, peu à peu, du centre – attiré(s) – emporté(s) – collectivement – par l’étrange magie du manège terrestre.
A travers le monde – comme le seul voyage.
Une route – en nous – à explorer. Et toutes les autres au-dehors à abandonner aux vents et aux pas – à la volonté des Dieux.
Le destin laissé à la providence.
Debout – face au monde – les grimaces à l’intérieur – invisibles – comme l’altruisme et la fraternité ; le cœur, sans cesse, attendri par ce qu'éprouvent les vivants – leur manière de s’attacher aux choses – aux uns et aux autres – comme si le vide et la solitude étaient insupportables – comme si l’encombrement et les conflits offraient davantage qu’un tête-à-tête avec ses propres visages.
Dehors – sous le soleil – sur les pierres – devant le monde – comme au théâtre – à attendre la fin...
Tout se dresse – entre nous – des murs – des secrets – des confidences – des colonnes d’air – des filets – des idoles – des attentes et des promesses (non tenues – intenables) ; comme si un barrage immense nous séparait les uns des autres – du ciel – d’un passage possible vers ailleurs – le dedans – loin des masques – des puzzles – du sommeil.
Dans la même allée que le rêve et l’oiseau – la marche possible – le ciel offert – la terre en contrebas – au carrefour des mondes – avec un pied déjà posé sur l’horizon.
Dans nos vies ; dans nos têtes – tout qui tourne – tout qui danse – comme si les Dieux secouaient les choses et les destins – comme s'ils prenaient un malin plaisir à mélanger ce qui est dépareillé – à rassembler ce qui refuse de s’unir – au nom de l’ensemble – d’une main joyeuse et désintéressée...
Ce que nous offre le destin et ce que le monde nous concède…
Contre nous – le froid – l’absence – l'obscurité ; et cette ardeur qui trône au centre du silence – comme un éclat – une impatience – une sorte de folie – au cœur de la tendresse.
En nous – cette faim harassante – jamais lasse de nous faire tourner avec les Autres – au cœur de ce grand cirque – au cœur de cette tragédie – à la recherche d’un peu de matière – de quelques objets – de quelques rêves – d’un peu de vérité – pour soulager notre manque et apaiser notre sentiment d'incomplétude incurable.
Nous – titubant – entre la joie et les Autres – le long de cette rive étroite où l’on peut voir l’âme se promener – sereine – sous le ciel – sans visage – sans sommeil – seule – comme il se doit – au-dessus de toutes les têtes.
Les hommes ; le peuple du rêve et de la souffrance – le peuple de la cécité et de l'absence – à genoux parmi trop de merveilles invisibles.
Du côté des pierres et des arbres – à jamais
Homme – (assez) approximativement
Plus proche de la bête et du sauvage
Entre l’ermite et le nuage
L’âme silencieuse
Un seul trait vers l’impossible – parmi mille lignes – dans un carnet dédié à la lumière...
L’hiver et la nuit terrassés – au-dehors – mais si vivants dans notre poitrine. Comme deux fauves affamés – prêts à nous dévorer – de l’intérieur.
Là – partout – à aiguiser leur couteau – alors que la tombe est toute proche – à quelques longueurs de bras (à peine)…
Vie d’oubli et d’invisibilité – comme un saut hors du monde et de la mémoire.
Entre les hommes et le Divin – comme une traversée du vide – solitaire – infailliblement solitaire.
Au fond du bleu – tous nos secrets
Avec un chemin entre le ciel et nous
Le règne du mélange et de la nudité
Le vide paré de tous les déguisements
Tout s’écrit avec le noir des jours – la lumière de l’éternité – tantôt gauche – tantôt avisé – l'âme tremblante – l’âme confiante – vacillante – brinquebalée (presque toujours) parmi les choses – avec, de temps en temps, une main heureuse – une main secourable – qui se tend vers nous.
Presque toujours tremblant – devant notre histoire – des lèvres pour nous raconter – une tête pour imaginer.
Et la suite à vivre – à écrire – à partager.
Le récit de notre insignifiance ordinaire – si commune – jour après jour – page après page…
Nous inventons des mondes – des visages – toujours quelque chose – un peu de compagnie…
Les jours privés de silence et de joie – de poème et de fantaisie ; une vie sous cloche – en deçà de tous les seuils – si restreinte – qui se range dans toutes les cases prévues (et appropriées) – pas si loin d’invivable…
Quelque chose – en nous – cherche un peu de tendresse – deux bras tendus – l’Amour et la lumière que chacun espère depuis toujours.
Dans le regard – deux ailes ouvertes et un ciel immense – l’innocence dans sa pleine liberté.
Et l’âme s’amusant à dessiner dans l’air de grands cercles mystérieux.
La soif et la route
Toutes nos foulées terrestres
vers ce que l’on imagine être la lumière.
La traversée des ombres et du noir
Et nos lèvres serrées pour ne pas hurler
de frayeur – de douleur – de désespoir
à mesure que les pas nous enfoncent
en nous-même(s)
Un long périple pour perdre le nord et la raison
Des yeux rougis par les initiales du feu…
Sur le grand escalier de pierres – à contempler le chemin qui se perd au loin – entre le rêve et l’abîme.
L’exiguïté du monde – de l’âme – d’une extrémité à l’autre – la parole et ses échos permanents.
Comme une détention – au-dedans de l’existence – apparente – bien sûr. Quelque chose auquel on peut naturellement échapper – d’un seul regard – d’un seul éclat de rire – sans intention – de manière innocente et spontanée.
A hauteur de visage – légèrement plus haut peut-être – en surplomb de l’herbe et des têtes – sous la course des nuages ; les arbres – nos amis – nos maîtres.
L’âme – comme une montagne – creusée de l’intérieur – explorée depuis ses souterrains – gravie depuis son socle – d’une extrémité à l’autre du silence.
D’une étape à l’autre – d’une hauteur à l’autre – en ne quittant jamais ni le sol – ni le ciel – comme un étrange (et surprenant) voyage.
L’âme – comme une pierre – dévalant sa pente – cherchant une place – son équilibre – parmi les choses – se laissant mener Dieu sait où…
Quelques coups de pied – inutiles – aux portes du ciel – rien devant – rien derrière ; juste une immense étendue déserte – comme un monde lunaire et enchanté – peuplé d’arbres et d’oiseaux imaginaires – de silence et de poésie vivante – quelque chose d’incroyablement beau – une manière (aisée) de souscrire à la hauteur et à l’envol.
Le socle du réel et des possibles.
L’écoute – comme une fleur à la place du sommeil – deux mains ouvertes à la place de la nuit – une âme affranchie des noms à la place du visage – de la tête – de tous les désirs au-dedans.
Une présence qui aurait effacé toutes les exigences…
Parfois – les eaux claires – d’autres fois – les eaux troubles – qui se mêlent à la voix – à la parole griffonnée sur la page.
Sur le point de vivre – comme si plus tard – comme si demain – pouvait faire l’affaire – comme si la nuit était franchissable – comme si la mort n’était qu’un terme lointain.
Le langage – comme une échelle posée contre le mur de la raison – sur laquelle on s’obstine à monter au lieu de regarder le mur – les murs – la totalité du labyrinthe – depuis la corde du silence suspendue au-dessus du monde – au-dessus de l’esprit.
Dans les eaux bleues du ciel – purificatrices – rafraîchissantes – salvifiques.
Comme un bain d’innocence et de vérité.
Un pas de côté – presque toujours – tantôt vers le haut – tantôt vers le bas – au lieu de se tenir immobile – à notre place dans ce lieu – dans ce lien – où tout peut se réunir – où tout peut se rassembler – là où le manque s’efface – là où tout devient inséparable.
D’un instant à l’autre – sans que le temps – jamais – s’y glisse.
Tout tangue – tout penche – jusqu’à la pointe du jour – jusqu’à l’émerveillement – condensé dans le tremblement des mots.
Une charge moins lourde qu’à l’accoutumée ; il aura suffi d’un peu de feu – d’un peu de vent – d’un peu d’oubli – pour alléger la tête – les jours – cet incroyable fardeau de vivre.
Des larmes, parfois, aussi belles et nécessaires que nos éclats de rire ; la preuve d’une âme intensément vivante – pleinement terrestre...
Nous seul(s) – nous regardant.
Avec – au-dedans – la soif et le plus étranger – ce que nous n’avons encore réussi à apprivoiser.
Des mots – des pages – où, malgré les apparences, le recours à la langue est secondaire.
En dépit de la profusion et de la truculence – pas si loin du silence.
Des gesticulations tantôt sensuelles – tantôt sévères – mille à chaque instant – ce que l’on touche – ce que l’on embrasse – ce que l’on repousse et rejette – les reflets du même visage qui changent au fil du temps – selon les postures et les circonstances.
La main et la bouche – selon les jours – selon les heures – prêtes à toutes les cajoleries – à toutes les infamies.
Des chaises vides – autour de soi ; les vivants attablés – très loin derrière – de l’autre côté du monde.
Ici – seulement – ceux qui ont faim de lumière – de vérité ; presque personne (en réalité) – des visages qui passent pendant un court instant – parfois tristes – parfois rieurs.
Les amis des grands arbres et des pierres – les amis des bêtes – qu’exploitent et assassinent ceux qui vivent de l’autre côté.
Et sur cette terre – rien pour les défendre – faire valoir leurs droits – notre sensibilité – sauf, peut-être, l’essentiel ; le plein acquiescement – l'accueil de tous les visages du monde – de toutes les figures du cœur – du règne (éternel) de tous les contraires.
Un regard – seulement – sur tous les paysages changeants.
Aux limites du corps – de l’âme – du monde – de l’esprit ; au-delà desquelles tout est vent autant qu’en deçà – là où il semble y avoir quelque chose.
Tout est vide – en soi – en vérité.
Nous – apparemment présents – au détriment de l’intelligence – comme s’il n’y avait qu’un seul règne possible – celui de l’ignorance déguisée tantôt en bêtise – tantôt en folie.
Là où l’on croit habiter – là où l’on croit vivre – dans ce trou de misère cerné par la nuit – avec, au-dessus, quelques étoiles et, de temps en temps, un peu de ciel bleu – histoire de donner à l’indigence une once d’espoir et de dignité.
Ce à quoi nous avons recours – un peu d’aide – un peu de rêve – selon les jours...
Nous nous rejoindrons un jour – lorsque « ensemble » voudra dire (signifiera vraiment) notre unique visage.
Nous n’aurons alors plus besoin de masques – nous pourrons vivre nus – comme des frères – dans la même innocence.
Devenir comme la joie innocente – ce qui demeure lorsque l’âme – le monde – la vie – se dérobent – lorsque sur notre visage ne restent que le ciel – quelques traces de ciel – un peu de terre pour recouvrir le sillon des habitudes – et un peu de vent pour sécher nos larmes.
Quelle distance nous restera-t-il à parcourir aux dernières lisières de l’aube ? Le même espace, sans doute, qu’au début du voyage...
Trop d’instincts – la terre comme un lieu à usages multiples – où l’on enfante – où l’on pleure – où l'on rit – où l'on meurt – où l'on tue – où l’on se réfugie – où l’on essaye de préserver l’homme – l’homme d’autrefois – sans réellement savoir celui que l’on pourrait devenir...
La solitude qui nous convoque – qui nous invite – comme le plus précieux des hôtes – qui nous tend la main comme si elle nous attendait depuis longtemps. Et cette joie qu’elle offre à celui qui la rejoint sans crainte – sans réticence.
Sur les lèvres – un grand sourire ; et dans le cœur – la certitude de la plus belle rencontre.
Nous – comme le monde – socle – surface et profondeurs – de tous les rapprochements – de tous les brassages – de toutes les combinaisons.
Nous croyons vivre – en réalité, nous ne persistons que dans nos croyances.
Le même horizon – partout où nous allons – l’ordinaire – le trivial – le plus quotidien – ce qui ne tient qu’à force de sommeil.
Devenir – comme si nous n’avions que cet élan-là ; rien d’autre ou trop enfoui – endormi, peut-être, lui aussi.
Désarmé par le jour et le temps qui passe – par les visages et l’indifférence – par le monde et l’absence...
Pas même certain d’exister ; un peu d’ombre vivante – peut-être...
Il faudrait savoir vivre ensemble sur la pierre – silencieusement – dans le respect de la solitude des Autres.
A gravir je ne sais quoi ; mille tentatives pour fuir – s’échapper – se réfugier quelque part – ailleurs – loin – très loin – là où nous pensons que nos rêves pourraient se réaliser – devenir (enfin) réels.
Du silence – que nul n’entend
De l’invisible – que nul ne perçoit
De l’indicible – dont nul ne parle
Ce qui est – ce que nous sommes –
au-delà des apparences
Ce que chacun ignore ;
et ce que nul ne reconnaît – pourtant
Des drames – comme des points de repère – les seules certitudes du voyage – ce à quoi nous rêvons (tous) d’échapper – ce pour quoi nous sommes (pourtant) venus ici-bas ; la possibilité de grandir – de découvrir la joie au-delà de la peine – derrière toutes les formes de tristesse – comme une étincelle dans la nuit terrestre.
Tout – au creux de la main – lorsque l’âme se baisse – sait se faire humble ; de l’eau – de l’air – du silence – des mondes oubliés – des chemins très anciens – des routes nouvelles – des terres inconnues à arpenter – ce que nous étions – ce que nous sommes et serons.
Ce qui se dresse – tels un poing – une flèche – un phare dans le ciel noir du monde – le souffle de l’invisible – puissant – innocent – sans intention – jamais né – et qui durera encore lorsque tout aura disparu.
D’un chemin à l’autre – comme si les lieux et les visages rencontrés n’avaient aucune importance...
Ce qui s’écrit – en nous – sans laisser le moindre signe – la moindre trace ; le plus essentiel que nous vivons – et dont nul ne sera jamais témoin.
Nous errons – partout – la tête pleine de jugements et de sortilèges – que seul le silence pourrait épuiser...
Sur une terre sans Dieu – sans miracle – vouée au labeur et aux jeux en attendant la disparition des malheurs et des instincts.
Un jour – mille saisons ; et ce que nous découvrons peu à peu...
Nous tremblons tous devant le monde – le ciel – l’inconnu – comme la feuille blanche sous la main de celui qui écrit – éveilleur de lumière ou noircisseur de pages.
Nous – dans le froid et l'obscurité – sous le ciel gris – à attendre désespérément quelque chose dont on ignore tout.
Tant de mots pour dire si peu de chose(s) ; et rien qu’un silence pour tout écouter.
Orphelin perdu et criard – et parent de tout ; et l’esprit qui se cherche encore – comme si Dieu pouvait se trouver hors de nous…
Nous errons sur tous les chemins – à la recherche d’un chant – de lèvres – d’une herbe rare – d’un carré de tranquillité sous le soleil – le lieu exact où nous pourrions être – nous satisfaire d’être – sans le moindre qualificatif – sans le moindre enjeu.
Nous tous – dans l’apparente solitude du voyage.
Des marches couvertes d’invisible
Des hauteurs en tous lieux
Et ce que nous prenons pour des ailes – illusion
Nous autres ; comme des enfants
malhabiles et turbulents
installés (selon leur degré de sensibilité
et de compréhension) sur les mille versants
de la même montagne
Le même mélange – toujours – qui, sans cesse, se transforme.
Des paroles comme une cascade continue. Le jour et la joie du poème ; comme des lignes jetées de plus haut – de cet espace courbe qui épouse tous les gestes – tous les pas – les désirs les plus tenaces ; notre manière de lever les yeux vers l’inconnu et de nous offrir sans retenue à ce qui nous réclame.
Avec, bien sûr, l’infini – au fond de l’âme – déjà.
Nous – dans le bleu – les yeux fermés.
Parfois – du côté du monde ; parfois – du côté du silence – une manière d’y voir clair – de s’abandonner aux forces insoupçonnées du vent – de rejoindre l’indéfinissable – puis, de se laisser dévorer.
Un peu de gris ; la bêtise qui s’obstine
Et quelques lignes pour punaiser le vide
sur les fronts
Une besogne – un labeur –
comme tous les autres – parfaitement inutiles.
On ne se libère de rien ; on apprend à vivre en détention – et à faire naître, en soi, le regard affranchi – en surplomb ; en devenant la texture et la couleur de ce qui nous entoure – jusqu’à basculer dans le monde des choses – cet autre versant de l’esprit – la dimension palpable – éminemment matérielle – de l’invisible.
Un tunnel – sous la page – qui mène, par mille détours, à l’espace le plus inattendu – au silence le plus inespéré.
Nous – recroquevillés sur nous-mêmes – sous la lumière diffuse qui joue avec les ombres.
Ce qui nous manque – à l’intérieur – cette zone sensible – cet espace au fond du cœur qui ne s’oppose à rien – qui accueille ce qui vient – ce qui passe – tous les élans – jusqu’aux faims les plus grossières.
La parole – presque aussi discrète que le silence.
Toute la beauté et toute la poésie du monde – honorées – célébrées – et transformées en or pour ceux dont les yeux et l’âme hésiteraient encore.
Dans la main – le bruit du vent et quelques traces de la nuit ancienne.
Et la lumière – déjà – du jour à venir.
La lame et l’oubli – à leur place – au second rang – juste derrière la main ouverte et la tendresse.
Tout existe déjà sur la pierre où nous vivons – sur ce petit carré de terre – sur cette parcelle offerte par les Dieux ; ne reste qu'à apprivoiser la nuit et à découvrir le mystère caché au fond du cœur.
L’existence – comme une promesse – d’abord – puis, comme un poignard – et, ensuite, comme un naufrage – puis (enfin) comme une île inespérée entre le ciel et l’océan – incertaine – comme notre chair – notre sang – notre voyage – notre espérance.
Des ombres qui passent – frémissantes – sans incidence – dans la lumière.
A peine sorti du sommeil – et voilà notre bouche déjà pleine de (fausses) vérités.
Le Divin – en nous – vivant
Le vide et le vent – à travers tous nos visages
L’espace et les pierres
Ce qui existait déjà – caché
Au fond de notre vacarme
Au fond de notre sommeil
Comme un soleil qui fleurit dans notre jardin
L’eau qui ruisselle à toutes les fontaines
La source dégagée
Le souffle et la lumière sur la terre
Au milieu de l’oubli et de la poussière
Le plus simple nous invite à toutes les extinctions – à se laisser mener par ce qui s’impose – à convertir toutes les questions en silence.
Jusqu'au plus joyeux acquiescement.
Notre pathétique crispation sur les misérables choses du monde...
Aucune trahison sur la pierre – l’Amour et le vent – fidèles au sang de la terre et à l’immensité bleue.
Ce que les jours – peu à peu – nous révèlent ; l’inclinaison de la pente – la hauteur des murs – l’épaisseur des remparts à franchir ; la distance qu’il nous reste à parcourir…
Chacun face à sa crédulité – à ses désirs – à son héritage ; ce qu’il offre au monde – en vérité...
L’esprit – comme coincé entre la mort et le temps – entre leurs promesses et nos frontières – toutes nos limitations – à l’épreuve – comme si nous avions oublié notre plus vrai – notre plus ancien – visage...
Par-delà les mots – la matière – les substances – les orifices – la porosité des surfaces – le vide et sa structure – l’espace et l’invisible – ce que nous emplissons de gestes – de choses – de rêves – de ciel et de sommeil.
Le jour – fidèle – malgré les itinéraires risibles – grotesques – indécents – malgré le sang et l’amoncellement des cadavres sur le sol – malgré le fourvoiement des âmes et la danse (si frivole) des identités.
Tout – passant d’un lieu à l’autre – d’un corps à l’autre – d'un monde à l'autre.
Découvrant – peu à peu – l’envergure de l’espace et la richesse de l'expérience.
A tâtons dans la géographie du rêve et du verbe – au lieu d’aiguiser le geste et la justesse – le non-savoir connaissant – l’obéissance libre – la joie et le goût des circonstances (présentes) ; le grand acquiescement pour que l’esprit et le monde dansent l’un dans l’autre.
Tout tourne – comme si nous étions là depuis trop longtemps ; au milieu des circonstances – des émotions – des choses à dire – des choses à faire – comme si personne ne se souciait (réellement) du monde.
Nous ne sommes qu’une main tendue vers le ciel ; qu'un œil tourné vers l’horizon – qu'une rive qu’on longe sans jamais accoster ;
Nous ne sommes qu'un signe – qu'une ligne parfois – énigmatique dans le grand livre du monde.
Nous aimerions disparaître – être happé(s) par le déséquilibre – et glisser jusqu’en bas – là où ont commencé tous les rêves.
A notre place – là où rien ne nous réclame – où les Autres – les rives – le vent – ne sont que les reflets de notre visage – et l’âme – toutes les âmes – le miroir parfait de la lumière.
Tout s’éloigne – tout se perd et disparaît ; nous ne sommes que des fantômes avides de chair et de certitudes.
Tout a l’air si proche – si neuf – les couleurs et les choses qui chantent – les jours qui passent – comme si nous nous étions échappé(s) de l’horloge – de cet atroce confinement dans le périmètre circulaire du cadran.
Nos vies – magnifiques et misérables – à l’apparence aussi monotone que les pages d’un calendrier.
Nous sommes la route infinie – découpée, parfois, en étapes – ceux qui voyagent comme ceux qui demeurent dans leur chambre – et le ciel au-dessus – au loin – qui surplombe le monde.
Le cri des vivants plus perceptible que celui des morts ; né de la même peur et de la même ignorance – pourtant ; face à l’inconnu qu’il va falloir affronter...
Le même mystère – autant ici qu’ailleurs ; et, trop souvent, la même incompréhension.
Ce que le vide – en nous – insère
Du bleu ; un peu de ciel au fond de la terre
Un regard discret et tendre
sur nos allées et venues
Des yeux près de la source – sans fierté – au milieu du monde – parmi tous ces Autres qui, soudain, n’en sont plus – devenus, comme par magie, des parts familières de notre visage.
Des lignes nues qui charrient quelques bouts de monde ; et ce qu’il faut de silence pour comprendre et s’émerveiller.
Rien – en nous – ne demeure
Seulement l’enfance
Comme le signe d’une sensibilité
toujours vaillante malgré l’indifférence ambiante
Personne – autour de nous – des pierres et des grands arbres – la forêt dense – épaisse – l’horizon impénétrable – l’eau vive de la rivière et quelques bêtes discrètes tapies dans les hautes herbes ; la beauté du ciel et l'âme joyeuse ensorcelée par l’étrange splendeur du monde.
Nous abandonne ce qui doit disparaître – le superflu – l’inimportant.
Tout nous quitte ; mille choses – mille visages – sur lesquels ce qui demeure n’a pas le moindre regard.
Des fables – des coups – des caresses – des espoirs et des désillusions ; toutes nos histoires – sans intérêt.
Et le silence (en nous) reconnu qui nous offre l’élan pour se départir ; pour se défaire.
Nos gestes – de plus en plus discrets
Et la lumière de plus en plus présente
Un songe – presque rien ; ce qui, pourtant, parvient à nous fermer les yeux.
Le monde – le seul lieu où vivre
Et cette nuit où nos pieds – notre tête –
notre âme – sont empêtrés
Les cris et les murmures du cœur ; le dérèglement du corps – les fragilités de la matière – le tremblement des étoiles – ce qui affecte les visages et les âmes.
Trop de danses – de ruptures – d’incertitude
Des fissures – des béances – des ruines –
comme un immense vertige.
Nous seul(s) – nous tous – face à la nuit.
Ça se resserre – en nous – au lieu de s’ouvrir
Ça résiste – partout – au lieu de s’abandonner
Ça parle comme un écho mécanique
Le silence a lieu – et nous ne l’avons,
pas une seule fois, accueilli
La vie – le monde – le temps – la mort – finiront, un jour, par disparaître.
Et l’esprit, sans doute, saura quoi faire en pareilles circonstances.
Une danse dans l’âme – dans la voix –
Comme un vertige
Dieu au cœur de la fièvre
De l’impatience et du feu
Au cœur des tentatives
Au cœur de l'oubli
Notre manière de nous rejoindre –
et de nous réjouir – au milieu du désastre
et des morts
Au fil des naufrages – de plus en plus rien...
La tête inconnaissante – devenue presque superflue aujourd’hui ; un peu de chair nécessaire au fonctionnement quotidien.
Le chant – la danse – le rire – expressions des profondeurs – naturelles – sans volonté – comme un hymne permanent à l’Amour – au vivant – au silence.
Nous – sans arrière-pensée – sans apprentissage nécessaire.
Le ciel sur terre décadenassé.
Un œil et un cœur ; des jours et des mains – nos seuls outils pour venir à bout du labyrinthe – se rendre compte de l’illusion – devenir réellement vivant.
Des fenêtres à perte de vue – comme les seules frontières – ce qui tient le monde à distance.
Avec tous nos rêves derrière les murs.
Quelque chose d’impossible à franchir malgré l’apparente facilité du passage.
Le cœur frémissant – les paumes tremblantes – comme notre front – sur cette terre équivoque et mystérieuse.
Ce qui résonne – au fond de nous – comme un secret – une onde de choc – le bleu retrouvé – notre seule envergure – sans doute.
Le soleil – mûr à point pour apparaître au fond du noir – dans la pleine obscurité des yeux – au cœur de l’âme attentive et aguerrie qui se tient à la périphérie du monde – au bord du silence – aux confins de l’infini et de l’éternité.
La terre ignorée – au bord d’un ciel désastreux – celui que l'on a maladroitement inventé pour essayer d'échapper à l'inconfort et à la tristesse ; à l’absurdité et au néant apparents de ce monde.
Toutes les portes fermées ; comme l’écrin de la plus précieuse invitation.
De l’absence et du cri à la chute – en soi – jusqu'à la découverte d’un soleil au-dedans.
L’absence, peut-être bientôt, convertie en regard.
Des rêves plus anciens que notre peau – plus anciens même que le monde – mille univers en un seul ; des routes – des cieux – des continents ; et des âmes plus courageuses (et plus tenaces) que nos pas – recommençant inlassablement leur voyage – du ciel vers le ciel – de la terre vers la terre – comme si la matière n’était qu'un état – un (très) bref passage.
Personne – aucune âme – aucune main – pour nous relever – pour nous réconforter ; le monde au-dedans – comme seul témoin et seule possibilité de tendresse.
Ne reste plus aujourd’hui que la lumière et la possibilité de l’Amour.
Sur ce sol ancestral – au-dessus des yeux, des étoiles – entre le ciel et le front – trop haut pour la main – et pas assez pour l’ambition.
Hors du sable – dans un nid d’étoiles ramassées ici et là et rassemblées un peu au hasard pour permettre au rêve d’exister – de briller au-dessus de nos têtes comme une guirlande mensongère.
Une manière, sans doute, d’éloigner la tristesse et la mort.
Quelque chose – en nous – ne peut ignorer notre besoin (impératif) d’Absolu – la nécessité de tous les épuisements – ce que doit connaître l’âme avant le plongeon et l’envol – ce que nous deviendrons, peut-être, après notre acquiesçante capitulation.
Comme l'arbre – silencieux – debout et nu – majestueux et vulnérable – à la merci d'un monde sans pitié.
Parmi nos frères – entrelacés – l’Amour sur toutes les lèvres – dans tous les cœurs – comme une respiration – naturelle – spontanée – au fond de l’âme.
Nos mains tendues vers le ciel – nos chants qui s’élèvent – comme une prière entendue par les Dieux.
Le bleu qui recouvre la soif – qui pénètre la chair – d’un bout à l’autre du corps – tous les recoins de l’âme – cherchant son assise permanente – celle qui saura résister à la mort – à la multitude des formes et des passages.
Nous – plus loin que le monde – plus loin que la faim – au seuil du silence et du vide déjà...
Des larmes dans notre sourire – quelque chose du monde ; comme une ambivalence – un surcroît de matière au fond du bleu seigneurial – une forme d’enfermement au cœur de la liberté.
Ce que nous incarnons peut-être – malgré nous.
Immobile(s) – comme si quelque chose – à l'intérieur – nous perforait ; un clou ou un regard – qui peut savoir...
Le monde et la nuit – amoureusement – sauvagement – enlacés.
Comme l'esprit et la mort – au-delà des apparences.
Ce que le vide nous enseigne ; ses parfaites épousailles avec la forme.
Dans notre poitrine – notre souffle – notre âge – le monde soustrait – comme une obligation en moins – la terre libre – rendue au vent – à ses propres veines – à cette respiration monumentale que lui ont confiée les Dieux.
La douleur et la tristesse clouées provisoirement en nous ; mais les ailes libres (déjà) – comme le souffle et le sang – malgré leur allure de prisonnier.
Tout est surpris dans les bras de l’Amour – même la haine – surtout la haine...
Nous – aussi proches de la terre que du mystère. Instables sur nos pieds d’argile – sur nos pieds de ciel – sur nos pieds de vent.
Nous – dans notre propre rêve – ou celui des Dieux – le visage rouge à force de rire – à force de honte – à force de colère parfois – distraits par tous les miroirs tendus par les yeux des Autres – effleurant le monde – le secret – la vérité – comme s’il s’agissait de choses ordinaires – trop anodines – trop insignifiantes – pour notre stupide ambition – pour notre bêtise et notre aveuglement incurables.
Échappé des saisons – de notre peine – de cette absurde obstination à chercher ; comme le ciel – la vie – la mort – comme le dialogue sibyllin entre les âmes – entre les arbres et la terre – comme le chant clair du jour ;
Nous éloignant – peu à peu – de la fureur cacophonique du monde.
Nous délaissons parfois le visage de la vérité pour quelques reflets charmants – une épaule affectueuse et rassurante – des lèvres suaves et réconfortantes – des livres – des paroles – une communauté – inutiles ; l’esprit en équilibre sur un tas de cendre ou de poussière au lieu d’embrasser la solitude – la nudité de l’âme – la beauté intacte du monde.
Tout brûle – même les étoiles – les étoiles plus que tout, peut-être...
Nous – nu(s) – au milieu de la danse – convié(s) au partage – à la fête – à toutes les formes de reconnaissance.
Au dernier jour du monde – un peu de tristesse ; comme si, en définitive, nous nous étions habitués à l'existence – à la bêtise – à la douleur – à la violence – à toutes les limitations de la matière et de l'esprit.
Le visage inquiet – comme un épais rideau sur notre joie – fragile – si dépendante des états et des circonstances. Le désespoir jamais très loin du rire – les rêves et le réel enchâssés – notre fièvre et notre angoisse de ne plus exister.
Et cette espérance insensée de vouloir vivre encore – de vouloir vivre toujours – de prolonger nos limites et notre détention.
Sous les yeux de ce qui nous a vu naître ; et à la merci de ce qui nous emporte.
Rien que du rêve et des chimères – histoire de pavoiser dans notre néant...
Des bouches et des mains assassines.
Des corps que l'on exploite – que l'on arrache – que l'on extermine – comme s’ils n’étaient pas vivants.
Des cœurs lacérés ; de la chair déchirée – et dépecée – comme si l'insensibilité et la faim étaient les seules lois de ce monde.
De la douleur sous les étoiles – sur ce coin
de terre livré à tous les désenchantements
Trop de murs pour échapper au temps
L'âme confinée
L’ignorance qui (nous) ferme les yeux
Le cœur trop usé de ne jamais servir
Habillé(s) d’herbe et de lune – grignoté(s) par le temps ; et ressassant les jours et les saisons – comme si l’on habitait la terre durablement – comme si l’on n’avait rien à perdre – comme si l’aurore n’était qu’un vieux rêve pour les fous.
Dans les yeux – une épaisseur sombre – la même que celle qu’abritent les âmes – comme une terre inculte où aucune fleur ne peut pousser.
Peut-être est-ce la nuit… peut-être est-ce le sang… ou, peut-être, est-ce seulement le visage des hommes.
La voie du monde – sans doute ; celle qui, un jour, nous ouvrira à ce qui existe derrière la faim.
Sommes-nous nés pour survivre ou pour aimer
Sommes-nous nés pour écouter ou éblouir
Ou ne sommes-nous nés que pour apprendre –
attendre et mourir
Avec, peut-être, des milliards d’existences –
pour (presque) rien
La nuit – transparente – comme le reste (tout le reste) – en dépit de ce que l’on voit – en dépit de ce que l’on (nous) dit.
L’étoile et l’oiseau – au-dessus de nos têtes – et des rêves aussi.
Et sous nos pieds – ce sang rouge – sur le sol ravagé – des corps – des morts – du sommeil.
Des grilles au fond des yeux – les mêmes que celles que l’on trouve autour de soi.
Des fleurs dans un coin et un peu de lucidité que nous saisirons plus tard – l'infamie et le songe passés.
Une voix – comme une arme – celle de la résistance – celle de la révolte et de la liberté – celle qui annonce les révolutions silencieuses – nécessaires – solitaires – intérieures – celles qui mettent le feu aux idées et aux images du monde – celles qui, emplies de gratitude et de respect, prennent soin de ce qui existe – des pierres et des vivants – celles qui transforment nos attentes et notre tristesse en joie libérée des circonstances et du temps.
De l’aube à l’aube – le même silence – ce chant né des hauteurs du monde – au croisement de la terre et du ciel.
Le dehors et le dedans réunis par le vent – l’éclatement des frontières – dans nos gestes les plus quotidiens.
Dans notre coffre – nos (minuscules) trésors – nos carnets que quelques-uns liront, peut-être, un jour...
Des rives – des miroirs – des rêves –
tous les visages de l’abîme
Personne ; et, pourtant, que de peines...
Des empires bâtis avec la salive et le sang.
Des hommes et des bêtes englués dans les viscères et la substance des vivants ; plongés dans cette nuit du monde qui semble impérissable.
Gouvernés par une poignée de privilégiés – juchés au-dessus de la bave et des charniers.
Ce qui ressemble à un voyage – à une marche – à un chemin – aussi peu réel que le monde – que les Autres – que le moindre visage devant nos yeux.
Des larmes sur nos joues – contre la vitre – derrière laquelle, un jour, tout disparaît.
L’infini jonglant avec lui-même – très haut au-dessus des têtes et du sommeil.
Personne ; pas le moindre visage – pas la moindre épaule – pas la moindre présence.
Notre cœur qui se déploie – devenant le monde – devenant l’espace ; tout ce qui existe comme avalé – apprivoisé – assimilé.
Rien que le jour – l’Amour – sans personne – sans la moindre possibilité de résistance.
Des étoiles sous notre front brûlant – impatient de quitter la nuit – de retrouver sa sente – le ciel – la lumière du jour – de rejoindre la terre promise qu'il espère depuis si longtemps.
Dans l'exploration illusoire du monde – la tête penchée – l’âme près du sol – à peine existante – à chercher partout – dans les livres – sur la terre et les visages – un peu de courage – un surcroît de vitalité – la langue oubliée des Dieux – ce qui nous consolerait de vivre – l’exacte contrepartie de nos malheurs.
A présent – en ce lieu où le sens prend tournure – sans démenti possible – autant que la plus haute absurdité – dans l’éloignement de ceux qui nous ressemblent – dans l’abandon des têtes amies – des têtes alliées – de toutes nos tribus imaginaires.
De dérive en dérive – jusqu’à l’exclusion – jusqu’aux dernières frontières du monde – jusqu’à l’autre bord – jusqu’à l’autre rive – jusqu’aux antipodes – ici même en réalité.
Parfaitement immobile – en quelque sorte...
Seul – sans manque – sans attente – sans réponse – sans remède – comme un peu d’air – au milieu du ciel – comme un trou – comme un tertre – un peu de terre – à même le sol ; posé là sans que le hasard et les Autres s’en mêlent.
Dans les ténèbres obstinées – le jour qui veille – attentif – derrière tout ce qui a l’air triste et sombre – derrière tout ce qui affiche une noirceur apparente et trompeuse.
Les lèvres de l’Amour dans nos veines buvant, malgré elles, le sang des Autres – amoureusement – pas même révulsées par la grossièreté de la faim en ce monde.
La main parfaitement alignée sur l’âme et l’infini ; ce que Dieu attend et ce qu’il est capable de réaliser – à travers nous.
Immobile – comme le jour – malgré l’affairement alentour – la gesticulation des vivants.
Au milieu des vents – au milieu du sable – le cœur et la chair emmêlés – quelque chose d’une apparence – comme une matière qui tressaille.
Ce qui danse sous nos carapaces
Le monde entier dans nos yeux immobiles
Mille mouvements au-dedans du vide
Rien ne peut mourir tant tout semble si parfaitement relié au reste – de mille manières...
Nous sommes la chance du monde et sa malédiction ; les intentions de l’âme et la vie blessée à mort.
Un monde – des mondes. Une existence – des existences – où, en vérité, il est impossible de mourir ; et où la mort demeure très largement incomprise.
Vivant – à travers tous les passages.
Vivant – sans jamais connaître de fin.
Il y a de très vieilles douleurs dans les couloirs de l’univers – de très vieilles douleurs et des âmes en fuite – et des âmes en quête – quelque chose d’incompris (et d’incompréhensible par la raison) – mille choses à défaire et des liens à retrouver ; se rendre compte de nos mensonges et de nos inventions – des ciels et des gouffres que nous avons artificiellement construits pour échapper à ce qui nous blesse ; à ce qui nous effraye ; à ce que l'on ignore.
Nous – avançant confusément – comme si l’innocence n’était qu’un mythe – un idéal hors d’atteinte – une crête invisible au milieu des vents.
Nous – croyant vivre – et ne cessant de mourir – en vérité ; Dieu et la douleur mélangés dans l'âme et la chair ; et la joie (encore imperceptible) présente au milieu de l'agonie que nous prenons (trop souvent) pour une danse.
Des traces sur nos lèvres – sur les chemins ; les traces tenaces de la lumière malgré le défilé des saisons et des visages.
Ce que nous offrons sans (véritable) intention
Quelques signes
et leur cargaison de baume et de venin.
Des lignes aussi inintelligibles que le monde
Une interminable leçon de modestie
Empêtrés dans les nécessités de vivre et l’incroyable vigueur des choses du monde.
Sans loi – sans nom – dans une veille sans espérance – sans ambition – soudé(e) à l’Amour et au langage – aux jeux du monde et des Dieux interprétés par l’esprit.
Dans le vertige du réel (aussi loin que possible de l'imaginaire) ; comme un enfant soudain séduit par la fraîcheur de l’eau – la tendresse de l’herbe – la beauté des nuages – toute la poésie du monde.
Le visage des jours sur l’âme et les mains – comme la peau d’un ancêtre que l’on aurait revêtue – quelque chose comme un reste de neige – le manteau du passé que l’on aurait traîné trop longtemps derrière soi et qui aurait pris la couleur de la poussière – la couleur des chemins.
Un sourire gris sur la figure – comme une tristesse figée – comme un masque qui découragerait le monde et la joie.
Un peu de vent sur les yeux – comme une prière – un poème – le langage silencieux des Dieux (sans commentaire – sans explication) – comme une caresse – un enchantement – avec l’envergure du rêve et la précision du geste – invitant le Divin dans les mains – sous les paupières – et la terre dans le sang – à se mélanger – à devenir l’élixir – pour instaurer la beauté partout où l’âme et le regard sont absents.
Ce qui – lentement –
glisse vers la transparence
Pour qu'il ne reste personne
Pour que l’Amour puisse se déployer
Devenir une onde – une vibration – un courant plutôt qu’une chose définie – circonscrite ; une fenêtre vivante – une route sinueuse et surprenante – une combinaison éphémère et changeante – plutôt qu’un visage – une hache ou une minuscule trappe cadenassée.
Nous n'avons qu'une ambition ; nous résoudre à toutes les absences – que le désert avance – et que lui en nous et nous en lui – apprenions à nous apprivoiser – à devenir l’autre sans la moindre étrangeté.
Toutes les vertus du silence – sans la moindre bannière – sans la moindre préférence.
Ce qui s’impose ; ce qui fait tout voler en éclats ; ce qui nous soustrait ; à travers le cours naturel des choses – impitoyablement.
De moins en moins – tels seraient, peut-être, la direction – le sens involontaire de la marche – jusqu’au seuil où tout s’inverse – où tout est identique – où tout s’achève et recommence – où dans l’acquiescement joyeux du plus rien, tout est offert.
Tout, un jour, finit par nous déserter. Ni Dieu – ni sens – ni message – et moins encore d’explication ; Seulement ce qui est ; et les gestes qui s’imposent.
Au fond – dans le monde – dans les yeux – rien ne change ; ça a juste l’air de vieillir – comme la peau et la chair – une apparence de déclin.
Avec, en filigrane, la vérité (inchangée) du premier regard – dissimulée (avec une grande intelligence) dans le cœur de chacun.
Nous – fascinés et désorientés par la magie du changement – l’avenir que l’on dessine à grands traits – comme les eaux prévisibles d’un fleuve – ce que l’on édifie à chaque carrefour dans la croyance en un improbable déploiement métaphysique ou l’espérance de circonstances plus favorables.
La tête si lasse – si lointaine – absente en quelque sorte – les yeux perdus dans la vaine élaboration des possibles.
A essayer de devenir – comme si l’on pouvait ainsi se réaliser...
Nous dansons – la tête déjà ailleurs – déjà plus haut – déjà plus loin – comme si le monde et l’espace traversés étaient de vieux souvenirs – de simples étapes sur l’itinéraire – une manière (presque involontaire) d’apprendre à embrasser le jour.
A s’imaginer pouvoir comme si nous étions le soleil ou un grand magicien – le réel avant l’aube – les règles d’un jeu cruel – la lumière guérissante – les bras incroyablement tendres de l’Amour – quelque chose d’infrangible – l’œil capable d’inverser tous les règnes et toutes les lois du monde.
Plus originel(s) que la matrice initiale – plus vivant(s) que la Vie – plus divers que l’infinité des visages – plus divin(s) que Dieu, en quelque sorte – et, en tout cas, bien davantage que ce à quoi nous ont réduit(s) les apparences.
Rien qu’une étreinte fervente – le ciel en fusion ; le partage impossible qui se réalise.
Nous sommes ce que l’on n'attendait plus – le rire derrière la farce – le rire derrière la douleur – le rire derrière le rire – l’envers du monde et de ses pauvres décors de carton-pâte – l’envers des visages – de tous les costumes – de toutes les façades – le dedans de tous les vivants – la caresse sur toutes les chairs engagées – l’espace où tout se meut – inconfortablement – si souvent.
C’est l’issue impensable qu’il convient de vivre…
Au bord du monde – seul – au-delà de tout désir – au-delà de toute pensée – sans autre témoin que celui qui vit.
Entre les mains du reste ; entre les mains des Autres – ni aux cieux – ni en enfer – dans l’entre-deux des mondes dont on ne peut rien dire.
Ni providence – ni malédiction ; dans l’écheveau complexe ; au cœur de la trame vivante (composée de milliards de fils entremêlés).
De temps à autre – une fenêtre – comme un voyage (immobile) – mille choses qui passent – qui bruissent – dans le silence – mille mouvements qui émeuvent l'âme – et des épines qui viennent (encore parfois) se ficher au fond du cœur.
Vide – le panier des rêves – comme le soir qui tombe sur la route – le début d’une nuit plus légère et plus lumineuse.
Sans gloire – sans honte – le même visage – à travers les épreuves – qui, peu à peu, s’efface – s’éclaire – révèle cet Amour et cette lumière – trop longtemps cachés – trop longtemps oubliés – trop longtemps relégués au rêve.
Comme un chant au fond du cœur – perpétuel et silencieux – sans exigence – comme un peu de neige offerte au monde assoiffé – une main tendre et délicate sur la peau du jour – du feu au fond de la mémoire – un peu de légèreté dans l’âme.
Rien du rêve ; plutôt un sourire au milieu des figures privées de sagesse – une étoile en plein ciel – quelques fleurs vivantes offertes aux cœurs inconsolables – un livre très ancien écrit sur la pierre, peu à peu, usée par le vent et la pluie ; fidèle, en somme, à l’insaisissable réalité.
L’heure la plus belle – la plus sauvage – la plus solitaire – vécue depuis le centre de tous les cercles.
Rien – pas même un nom ; le silence.
Dans un monde qui n’existe pas – là où il n’y a jamais rien eu ; nous y sommes – pourtant.
Nous ne franchirons jamais rien ; il n’y a jamais eu de frontières ; l’étendue entière – insécable – était déjà là – présente partout.
Nous sommes davantage que l’histoire ; une étendue bleue parsemée de terre et de trous – d'ombres et de reflets ; ce qui, rassemblés, ressemble à la vie – avec son ignorance – son mystère – ses liens et ses substances circulantes.
Et cette voix – en nous – rassurante – fascinante – évidente – qui crie au mensonge ; quoi que l'on dise...
Que sommes-nous réellement nous qui ignorons – nous qui ne voyons pas – nous qui sommes étrangers à toute forme de sensibilité – nous qui ne sommes pas encore (véritablement) des hommes.
Tant de mots – de gestes – de vent – pour presque rien.
Mille tourbillons d’air dans le vide.
A peine un souffle sur le visage de Dieu – entre les lèvres de la vérité.
Dieu partout – au cœur du monde – à travers nos gestes – au fond de nos tombes – jusque dans nos absences – joyeux et amusé – malgré la peine – la douleur – l’obscurité et la mort.
Invitant ceux qui vivent dans son intimité à délaisser le repos – la torpeur – le sommeil – pour embrasser (avec justesse et sincérité) la vie – le monde – les joies et les malheurs ; tout ce qui leur échoit.
Le silence qui danse – la tête jamais taciturne – les mains sur les hanches – vers le ciel – comme un arbre – comme un oiseau – quelques feuilles – quelques plumes – dans le vent – à la merci des orages et des tempêtes – jouant sous la pluie – dans les bourrasques – complice de toutes les pertes – de tous les obstacles – n’ignorant jamais la solitude au milieu de la multitude apparente.
Des visages au milieu du rêve – comme des étoiles au milieu du ciel – un semblant de lumière pour donner l’illusion d’un spectacle – une parenthèse dans la nuit sombre et sans fin.
Le silence – à l’abri des bruits – à l’abri des vents – à l’abri des Dieux… inaccessible par les choses du monde – sauf à creuser en elles ; sauf à creuser en soi.
Dans les filets d’une main qui nous soulève – l’œil aux aguets – là où les paupières sont encore closes.
Et au cou – ce lourd collier de chaînes.
Des mains que l’on abandonne à ce qui passe – comme un don supplémentaire – un surcroît d’offrande – une manière, peut-être, d’offrir à l'existence – au monde – au geste – un peu de densité – un peu de consistance – assez de chair pour devenir réels.
Toutes les formes et toutes les possibilités – en nous – prêtes à surgir et à se déployer.
Des couleurs – des parfums – des lunes – des rires – des mondes – tapis dans l’ombre – dissimulés avec prudence – en désordre – dans l’attente d’un souffle – d’un élan – pour jaillir et voir le jour.
A chaque carrefour ; à chaque instant – la douleur ou la possibilité de la délivrance – l’envol ou la poursuite (laborieuse) du voyage.
Le bruit ou le chant ; la fièvre et l’abattement ou l’Amour et le silence.
Depuis toujours – la même alternative.
Et nous – sans cesse – oscillant entre le réel et le rêve.
Une étoile ou un trou au fond du cœur ; et ce que l’on y jette ou y suspend malgré soi – perceptibles à travers notre façon d'habiter le monde – notre façon de nous tenir face aux Autres – notre manière de traverser les épreuves et les circonstances.
Paumes ouvertes – hors de l'ambition des hommes – hors des désirs du monde – épargné par le règne terrifiant de la folie – là où les ailes se déploient – deviennent le faîte de l’esprit hors de soupçon – l’envergure promise au-dessus des danses et du néant que l’on habille, trop souvent, de couleurs et de bruits – et que l’on habite d’une manière incroyablement restrictive et mensongère.
Le silence par-dessus la douleur et le courage – les mains tendues face l'indifférence des visages – comme l’aveu d’une impuissance – un coup d'épée dans l’eau – un élan de résistance inutile – les yeux, sans doute, encore trop gorgés de larmes et d'espérance.
L’infini au fond du ciel – au fond du chant – qui s'offre aux âmes libres – affranchies des vieilles lunes du monde – des anciens cercles d’existence – devenues réelles, en quelque sorte – comme le plus immuable en nous – ce qui échappe à notre fièvre (féroce) et à nos désirs (si puérils) de blancheur.
Quelques mots – quelques lignes – comme des flèches décochées contre des murs d’écume – imposants – massifs – impénétrables.
Parallèle au périple – le seuil accessible – notre seule chance.
L’émerveillement du regard affranchi du désir ; toute la beauté du monde offerte.
La rosée du matin – les étoiles – l’arc-en-ciel au-dessus des dédales...
Ce que devinent les yeux derrière le ciel sombre et menaçant.
Toutes les promesses de la terre et du vivant.
A travers ce long témoignage ; les confidences d’une âme chercheuse que la surface et les périphéries n’ont jamais su contenter...
Incarner le sourire – le jeu – le chant – le silence – qui naissent de l’innocence.
A la jointure du secret et de la lumière…
Des visages – une croix – contre notre joue.
Et ce que les larmes nous révèlent.
Ce que nos mains ont tenté de bâtir – des enclos – des frontières – des remparts – un lieu où vivre à l’abri de la fureur du monde – incapable, bien sûr, de nous protéger des démons à l’intérieur.
Assis au milieu des arbres – loin du labyrinthe composé de briques et de visages – de peurs et d’ambitions ; seul dans la multitude végétale – au cœur de cette étendue verte épargnée par l'infrastructure des hommes – abandonnée aux marges auxquelles nous appartenons.
Tout arrive à celui qui s’arpente – qui s’égrène – qui se désagrège.
L’infini à portée de la main.
Dans les affres de l’ombre et de l’assise – le monde devant nous – sur le sable – des larmes sur la joue – un sourire discret aux coins des lèvres – des images et des pensées – une manière de tracer sa route – à mains nues – sans privilège – sans concession.
Toute la beauté de notre voyage – peut-être…
Nous – seul(s) au monde – au seuil du réel – à proximité du lieu où veille l’Amour – aux lisières du silence – pas si loin, au fond, du sommeil des hommes.
Des poignées de prières lancées en l’air – par jeu – pour rire – sans destinataire.
Un peu de silence – un peu de poésie – offert à ceux qui s'abandonneront à leurs caresses et à leur magie.
Ce que nous sommes ; ce qui demeure et ce qui passe.
Des mots – des choses –
et quelques visages parfois
Ce qui s'avance et ce qui se retire
Ce qui s'éloigne et s'efface
La somme des soustractions
Jusqu'au jour suivant où tout recommence
Et nous – au milieu – avec nos larmes –
nos mouchoirs et nos yeux perdus
Installé(s) à même la terre – sur notre lit de pierres – occupé(s) à soulager le cœur fébrile – naïf – passionné par le monde et les dangers – par tout ce qui risque de le meurtrir.
La main tendue – les pieds sur une corde ; au cou – le même collier qu’au premier jour – qu’au premier pas – des fleurs – des rires ; et ce qu’il faut d’événements (et de souffrance) pour offrir une place de choix à la déception.
Par insouciance – par négligence – par ignorance – ce qui nous absente.
Les yeux dans les yeux – sans personne.
Un peu de tristesse à devenir ; comme si être pouvait attendre notre venue – comme si notre passé était glorieux et mémorable – comme s'il nous était possible de vivre un avenir prometteur.
Des paroles – des mythes – plein la bouche ; comme si l'on ignorait que l'on était composé d’éclats – de bouts d’histoires – de fragments des Autres – quelque chose qui n’existe pas réellement.
Une construction – une chimère – pour s’imaginer vivants – entiers – indestructibles – immortels ; ce que nous sommes, bien sûr, mais d’une autre manière.
Homme(s) de milliers de rêves – insaisissable(s) ; dans les yeux – dans la chair – dans l'âme – dans les mains – le même vide – les mêmes histoires – celui dont on est constitué – celles que l’on nous a racontées depuis notre naissance ; ce que l’on offre, en vérité, à toutes les enfances.
Notre passé ; inexistant – envolé – présent (tout entier) dans ce que nous sommes à cet instant ; notre manière d’offrir une réponse – ce que l’on est et ce que l’on donne – lorsque les circonstances réclament un geste – une parole – une présence.