QUELQUE CHOSE DU SANG ET DE LA PRIERE
EXTRAIT DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2020-2021)
Pas de sente paisible sur la pierre
Et le silence, parfois, comme la seule poésie possible
Ni homme – ni monde
Rien que soi – avec tout à l’intérieur
Et sur la page – quelques échos
Le corps au cœur de la danse
Et l’âme légèrement en surplomb
Rien – dans le miroir ; le reflet du monde – du vent – du soleil – du silence
Ce que le chemin nous apprend
Ce qu’il nous faut traverser
Ce qu’il nous faut découvrir
Ce qu’il nous faut abandonner
L’indéfectible solitude de l’âme au milieu des Autres
A l’abri de rien – de personne
Debout – dans la mélasse – à patauger dans l’impossibilité et l’indécision – sans même la force de rire – sans la moindre autodérision
La terre sous nos pieds
Les yeux dans l’azur
Le regard et le cœur – plus haut encore
en ce lieu où rien de ce monde ne peut se hisser
au-dessus des vents et de la poésie
au cœur du silence – au cœur d’un espace vivant
au cœur d’une présence (intensément) amoureuse
L'incroyable malice de l’Absolu qui nous a créé(s) presque entièrement endormi(s)
Il n’y a d’erreur – il n’y a de chemin
Abandonné(s) à nous-même(s) – imaginons-nous – alors que tout est (déjà) entre les mains de Dieu – cette présence invisible et silencieuse – que nous sommes aussi – que nous sommes peut-être davantage que ce magma de glaise qui, sans cesse, se redessine – se recompose – se réinvente...
En plein ciel ; et le monde comme une minuscule aire de jeux
En nous – ce bleu incommencé – sans rival – qui prend la couleur qu’on lui donne – qui se moque des noms dont on l’affuble et de tous nos élans pour lui mettre la main dessus
Quelques traces – dans le jour – avant la mort – sans importance
L’Amour – la seule chose entre nos mains
Le vide de l’âme et du foyer – vécu autrefois comme un malheur – une affolante malédiction – et comme une invitation au réenchantement aujourd’hui...
A vivre – comme si Dieu n’existait pas – comme si les Autres étaient des choses – comme si nous n’étions pas encore (réellement) des hommes...
Aussi froid au-dedans qu’au-dehors
Des chaînes à l’intérieur dont il faut apprendre à se défaire
La fièvre et l’intranquillité – les signes de l’homme qui cherche
A crier – à trembler – comme si notre vie avait quelque importance
Le monde comme il va – bruyamment – avec fureur – avec folie
Secoué(s) – comme les choses – dans les rêves et les mains des Autres
Presque rien – comme le reste ; un peu de matière – seulement...
A la merci des vivants
A aller avec ce poids énorme sur la nuque – comme un sac de terre qu’il nous faudrait trimballer partout – comme une part de nous-même(s) – la plus intime peut-être – ce qui fonde notre identité terrestre
Ce que nous croyons distinguer – derrière les apparences ; d’autres chimères
Un monde d’illusions – à perte de vue – en couches successives – impénétrables...
Auprès des arbres tronçonnés et des bêtes éviscérées ; avec la même blessure et la même tristesse au fond de l’âme et de la chair
L’œil et le langage aussi ouverts et libres que possible
La pierre – la peau – le ciel – tissés ensemble – sans bordure – sans limite – sans frontière
A essayer de graver sur la pierre le visage du silence – devant une foule de figures tristes et bruyantes – inattentives – indifférentes
L’esprit silencieux entre la pierre et la vérité
Au fond du cœur ; quelque chose de la joie – des nuages – des forêts
Une solitude vaillante et désencombrée
Notre nom patiemment écrit sur le sable du monde ; et qui sera bientôt effacé par les vagues
L'innocence et la nudité nécessaires pour accueillir ce qui vient ; ce qu’il faut soustraire et oublier pour être capable d’ouvrir les bras et d'embrasser
Des ombres et des rêves – pliés ensemble – dans tous les recoins du monde et de la tête
Épaule contre épaule jusqu’au dernier sommeil
Apprenant, peu à peu, à nous dégager des contingences et des embarras individuels – à nous transformer en instrument (détaché) des circonstances – à devenir la réponse (impersonnelle) aux nécessités du monde
A vivre comme si l’on était utile – comme si l’on n’était pas seul...
Notre tristesse devant tant d’indifférence
Dans la parfaite solitude du monde
Le cœur et les mains occupés aux nécessités du jour
Ce qui arrive – ce qui s’éprouve – ce qui se vit – malgré nous
Des fenêtres immenses dans l’épaisseur de l'âme – une manière d’inviter le vent et la lumière – d’apporter à la tête un peu de fraîcheur et de fantaisie – la possibilité de passer à travers les grilles qui retiennent la glaise
Et cette nuit sans intervalle appelée à durer encore – à durer toujours – peut-être...
Rien que des légendes écrites à la craie sur la roche pour autoriser le rêve et le mensonge ; et célébrer tous les mythes inventés depuis la création du monde
Quelque chose de l’âme et du silence au fond du poème
Si l’on pouvait imaginer ce qui se cache derrière nos figures grises – nos gestes tristes – nos silhouettes pesantes
Qui pourrait donc se souvenir de ce qui brillait en nous – et qui n’a jamais failli à son rayonnement – malgré la chair – les rêves – les malheurs – l’épaisse immobilité des existences...
Le sort commun ; un peu de rêve et de douleur
L'âme sombre et apeurée – en exil – très loin de l’aube entrevue
La vie comme une promesse jetée aux loups – aux bouches tordues par la faim
Yeux dans les yeux avec ce que nous rencontrons – arbres et bêtes – hommes et Dieu – vérité et silence...
Dans la joyeuse incertitude du chemin
Le sourire et le poème au fond du cœur
L’invisible en imperceptible étendard
Dans cette solitude sans confort – sans appui – mais non sans joie
Parfois le bleu – comme un peu de neige sur nos malheurs
Des arbres comme des frères irremplaçables ; la joie de vivre auprès d’eux – partageant leur silence et leur discrétion
A tourner autour de soi jusqu’à l’étourdissement...
Sans exigence – sans ambition véritable
Les yeux tournés vers le ciel et la poussière
Personne aux fenêtres de l’âme
Quelques lignes quotidiennes ; manière de faire vibrer – et de faire entendre – la résonance
Des seaux de poussière
Des amas à notre mesure
Oublier le monde et le temps – le labeur et les affaires
Se blottir contre l’immensité ; et attendre...
Cet étrange itinéraire – de la lumière vers la lumière ; et cet entre-deux des ténèbres – comme un rêve – peut-être...
Ces étranges chaînes qui nous relient ; des fils d’or – mille liens – tissés entre nos vies – entre nos plaies ; des douleurs et des cicatrices en commun
Et, à tout instant, la possibilité de se hisser au-dessus du monde – d’échapper à l’emprise des Autres – de la matière – de cette geôle qui (presque) jamais ne dit son nom
Le temps, à peine, d’aimer ; et tout se gâte déjà...
De la même matière que le monde – l’invisible
Cette faim de lumière dans ces ténèbres sans fenêtre
Nous autres – nous tous – comme d’infimes figurants dans la troupe vivante
La tête vide – de plus en plus…
Être – contempler – éprouver – seulement ; et tendre la main parfois ; comme la seule manière de vivre – peut-être...
Le front de plus en plus proche des entrailles
La solitude parfaite
Ni rêve – ni monde – ni délire
Au-dessus des étoiles et de la fièvre des hommes
La calligraphie de l’âme sur la peau – à l’encre blanche – que ne peuvent voir que ceux qui sont devenus indifférents aux promesses du savoir...
Une poignée de mots pour exprimer toutes nos reconnaissances...
Ni annonce – ni propagande ; une parole qui invite au retrait puis à l’intimité
Mille choses dérisoires avant le tombeau
Une étreinte entre l’âme et la lumière – entre la tendresse et la chair ; au-delà (bien au-delà) des voluptés ordinaires...
Vêtu de rien – d’un ciel nu – sans langage – sans apôtre – sans prophète
Dieu s’immisçant dans le jeu de la matière ; et allant parfois même jusqu’à s’incarner...
Nos lignes offertes à ceux qui se noient et qui, dans leur détresse, ont entrevu une terre de salut – un antre possible – le seul lieu secourable – assurément...
Tout ce que l’on absorbe comme anesthésique et somnifère pour échapper aux bourreaux – aux exécutions – aux corps qui tremblent – aux corps qui crient – aux corps qui saignent – à tous ceux qui meurent sous nos coups et notre indifférence
Derrière ce que l’on désire – derrière ce que l'on fait – derrière ce que l'on entreprend ; toujours une autre nécessité...
Dans le sang – l’ardeur d’une volonté non personnelle – ce qui fonde et bâtit le monde – les mondes – tout ce qui se compose – s’assemble et se désagrège – tout ce qui est soumis au reste et au temps
Une terre de gravats et de massacres où les âmes – par obligation – par nature profonde peut-être – pour survivre sans doute – se doivent d’être rudérales...
Ni victimes – ni bourreaux ; ce que partagent les suppliciés – la même croyance en la faute et en la nécessité du sacrifice – la seule (véritable) malédiction – sans doute...
Le monde ; des blessures en guirlandes parsemées d’épines
Au cœur ; toute la sensibilité du monde
Au milieu de la poitrine – ce soleil – dessiné à l’encre bleue – comme un rêve sur nos pages...
Des arbres à la place des tables
Du vent à la place des siècles et des visages
Et le vide sur lequel on s’appuie à la place
des pierres sur lesquelles, autrefois, on reposait
On n’arrache rien à l’âme ; elle s’offre et, avec elle, ce qu’elle contient – ce que Dieu et les Autres y ont déposé
De l’errance – d’ici au lieu de nos racines
Un peu d'âme et de ciel
Ce qu’offre – peut-être – la poésie
Personne pour déplacer les pions sur ce plateau démesuré que les hommes appellent le réel ; et qui, si souvent, ressemble à un champ de bataille – à un échiquier tragique et ensanglanté sur lequel se démènent des figures effroyables et horrifiées
Le monde – actionné par lui-même et le souffle premier du silence qui, un jour, donna naissance à la matière et au temps
Sur cette terre de disgrâce et d’infirmités
A mi-chemin entre l’extase et la dévoration
Tous nos visages au milieu des mots ; et Dieu qui se tient entre les lignes...
Nous ; comme le lieu de tous les possibles – de toutes les apparitions – là où peuvent s’exercer l’invisible – la magie – le merveilleux
Existence sans cérémonie – sans salut – sans solution
Destin crépusculaire où se mêlent – en proportions (très) inégales – la glaise et Dieu
Du noir plein la tête parsemé d’arcs-en-ciel et d’illusions
Au-dessus des flammes – la danse des prophéties
Ce que, chaque jour, nous léguons au monde – avec discrétion et sincérité
La tête qui musarde au-dessus des rêves communs
En équilibre sur ce qui ne nous appartient pas
De l’encre et du silence – sans doute – jusqu’au dernier jour ; sans doute – jusqu’au dernier souffle...
Ce que nous pesons au-dedans des vies – au-dedans des cœurs – au-dedans des têtes ; presque rien – à peine un dé à coudre dans le coffre immense – dans le coffre sans fond – des Autres ; à peu près rien – en somme ; mais que représentons-nous à nos propres yeux ?
Comme l’eau obéissante qui épouse le relief et les circonstances – qui devient le voyage lui-même – sans jamais s’embarrasser de ce qu’elle charrie...
D’un côté, le sang et de l’autre, le rêve
Et nous au milieu
Des mains qui se tendent – tantôt pour rassasier le ventre – tantôt pour cueillir une ou deux étoiles – tantôt (plus rarement) pour offrir ce qui est nécessaire – et parfois (de temps à autre) pour lancer vers la fenêtre des Autres quelques pages tachées d’encre – un peu de silence – un peu de vérité
Ce que nous inventons pour ne pas voir la nuit devant et derrière nous – au-dehors et au-dedans...
Rien que quelques grains de sable dans la main – quoi que nous fassions – quoi que nous désirions – quoi que nous possédions
Le reste appartient au vent – et, de temps en temps, à la poésie...
L’encre du ciel, de l'âme et du monde sur nos pages
Sur le sable – nos prières – nos rituels – nos festins – au ras du sol ; ce qui ponctue – et égaye parfois – nos minuscules tragédies
Dieu dictant son jeu et son silence
Un long silence sur la pierre ; nous n’obtiendrons pas davantage ; la signature de Dieu – entre mille – reconnaissable...
L’enfance demeure – malgré l’âge – les années – le temps qui a l’air de passer...
L’instant face aux siècles – face aux millénaires – face à l’histoire du monde – face à l'histoire de la matière – face à l'histoire du cosmos
Ce qui est offert – toujours – gracieusement
Rien que du temps et de la paresse – le monde qui s’abandonne – les pieds ici – la tête ailleurs – sous la férule du rêve et du souvenir
L'homme ; entre l’infime et l’infini – entre l’ignorance et la vérité...
Quelques jours – quelques respirations – le temps, à peine, d’ouvrir les yeux – de découvrir ce qui nous entoure – ce que l’on porte ; et nous voilà fauché(s) au milieu des désirs...
Cet éternel recommencement du voyage et du monde
Et la sente – toujours surprenante – du retour
Des collines – des pierres – des arbres
Et le ciel de part et d’autre des yeux
Ce que la vie impose
L’impuissance et la séparation
Des adieux et des larmes
Notre sensibilité incomprise – trop singulière peut-être ; la lucidité au-dessus du rêve – l’authenticité au-dessus de la ruse...
Ce qui – en nous – ne vieillit pas – échappe aux emprises – aux assujettissements – au passage (illusoire) du temps...
L’esprit à la conquête de lui-même ; le vide, sans cesse, créant et détruisant ses propres visages
Nos yeux – à peine – sortis de la roche et l’esprit loin (très loin) encore de pouvoir s’en affranchir...
Ce qu’il y a d’horizons et de désespérance en l’homme
Et cet Amour – au fond de l’âme – qui attend dieu sait quoi
L’invention d’un chemin – au moindre pas...
Un – ensemble – seul(s) – ce que nous sommes – qui que nous soyons...
Sans dévotion ostensible ; mais agenouillé à l’intérieur
Rien que du temps qui passe sous le front – sur la chair
Dieu – en lui-même – à travers nous
Quelque chose, sans doute, d’incompréhensible par la plupart des hommes
De l’agitation et du bruit ; mille manières de s’occuper – en dehors de Dieu...
Ça naît ; ça s'affaire ; ça s'agite ; ça se reproduit puis ça meurt – sans même le souci de la lumière
Des vies pour rien – des vies pour rire – au milieu des larmes, des malheurs et des tourments
Ce que l’on cherche ; la joie et la paix
Sous les arbres – auprès des bêtes – loin du cœur et des yeux des hommes
Dieu – cherché – et, si souvent, remplacé par ses propres reflets ; guère surpris (bien sûr) par cette inclination commune et la diversité des talents – des manœuvres – des chemins – pour le retrouver
Ce que le jour fait jaillir sur le chemin – dans l’âme – sur la page ; il serait insensé de s’adonner à la moindre prédiction ; non seulement on se tromperait mais on se priverait de la joie qu’offre l’incertitude...
Ce que nous portons – comme un abîme – la promesse de notre propre anéantissement...
Apprendre, peu à peu, à devenir le centre – les marges – le vide – la matière – le mouvement – les danses et les choses qui tourbillonnent...
Le front libre – la poésie et le geste silencieux
Des morceaux de monde – en nous – plus ou moins bien assemblés ; quelque chose du puzzle ; et ce qu’il faut de ciel – dans ce fouillis – pour commencer à s’interroger...
Les ventres avides de chair
Les âmes avides de ciel
Et nous obligés d’assouvir toutes les faims
Le ciel – en nous – sans besoin d’explication
Au fond de l'âme – notre seul royaume
L’existence comme un nid – un lit – un bûcher – un seuil – une frontière – sur lesquels coulent quelques plaisirs – quelques malheurs et son lot d’émotions...
Entre ce qui demeure et ce qui passe
Notre parcours – bâton à la main – dans le noir – au milieu des Autres – de l’indifférence
Coincés entre le temps et les instincts – peu de possibles
Des vies à la va-vite – des paroles pour ne rien dire
Des fantômes bavards et bruyants
Le poème – comme une prière lancée sans intention – sans destinataire – sans destination ; un geste naturel et gratuit ; presque rien – en somme...
Rien ne nous attend ; et nous n’attendons rien...
Au seuil d’une manière d’être au-delà de l’homme – peut-être...
Une fenêtre à la place des questions d’autrefois
Du silence et de l’immensité là où, naguère, les mots et les images se cognaient dans l’espace trop étroit de la tête
Au-delà du labyrinthe inventé
Le réel sans géographie – sans cartographie
que l’on découvre à chaque instant
et que l’on oublie l'instant suivant
Le lieu de l’émerveillement
Le chemin du non-apprentissage
Le regard sans mémoire
qui, sans cesse, perçoit pour la première fois ;
L’une des plus belles manières d’exister –
peut-être…
De simples histoires ; rien, jamais, de réel
L'homme sous le règne (toujours triomphant) de la bêtise
Ce que l’on a peint – malicieusement – sur nos yeux – pour que nous ne puissions voir que le plus tangible – la forme la plus apparente des choses...
L'homme si étranger à la poésie – comme éloigné des rives les plus habitables – les plus délicates – les plus sensibles – les plus propices à la beauté ; le cœur encore plongé dans le rêve et la grossièreté...
Sans l’Autre ; le monde oublié – le cœur libre – l’esprit affranchi de la crainte et du conflit – des rêves (trop communs) de grandeur et de conquête
La main innocente et attentive – prête à tous les usages
Le même cœur qui, peu à peu, s’élargit
Dieu détruisant tous nos édifices (et tous nos sanctuaires) de pierre et de papier pour laisser couler sur nos lèvres assoiffées l’eau première – l’innocence – le vent – la virginité
Le vide ; notre seule géographie – sans doute...
Et cette encre qui dégouline sur la page – comme si nous débordions d’un silence légèrement corrompu – comme si quelque chose, en nous, s’acharnait à vouloir se transformer en substance terrestre – en liqueur consommable par les hommes
Tout ce bleu tissé sous la peau
La couleur dominante – de plus en plus
Le monde comme le lieu de toutes les incompréhensions...
Rien – jamais – ne commence ; rien – jamais – ne s’achève – réellement
L’Amour en dessous – au-dessus – au-dedans – devant – derrière – partout ; et le manque en surface
Sans ami – sans ennemi répertorié – superbe-ment seul – l’espoir et la désespérance délaissés – libéré de toute forme d’attente – au seuil d’un autre monde (plus vaste que celui dans lequel nous avons l'air de vivre)
Nos pas dans l’invisible – sans l’aide des Autres – sans l’aide des Dieux
Aux confins de l’immensité
Ce en quoi l’on croit ; Dieu – le monde – les Autres – les livres – qu'importe les idoles que l’on s’est choisies
Le refus et les images ; la source de tous les chagrins
Auprès du peuple de la lumière, de la forêt et du langage
Ni rêve – ni sommeil
Ce qui est et la justesse des gestes engagés
Des colonnes de faits et de dates – sans intérêt – notre histoire – toutes les histoires – des bêtes – des hommes – des civilisations – des mondes – des périodes géologiques – des éons cosmiques ; le même déroulement – à quelques détails près ; rien qui ne résiste au temps – ni à l’oubli
Tout finit par glisser dans le silence ; les visages – les livres – les voix – les épopées – toutes nos inventions – toutes nos conquêtes – toutes nos tragédies ; poussière qui se dérobe...
L’alphabet du silence – appris patiemment – su, à présent, sur le bout des doigts et dont on insinue, parfois, quelques lettres dans la parole des livres...
Un chemin à coup de chiquenaudes dans l’épaisseur ; épuisant – interminable...
Des cœurs ignares – cruels – barbares – ensommeillés ; incapables encore d’approcher l’innocence et la beauté
L'existence prosaïque des hommes arc-boutés sur leurs biens et leurs droits – à l’affût de la moindre opportunité – cantonnés à la surface du monde et des circonstances
Tout un chemin à parcourir la tête baissée – dans une parfaite obscurité intérieure
La route toute tracée des existences
Comme une bête, en nous, habituée à sa tanière – à sa litière de paille – au foin qu’on lui jette chaque jour
Une vie marquée par l’authenticité et le repli ; une forme de réclusion austère et lucide – nécessaire pour échapper aux rêves et aux délires des hommes
Des gestes nus – couronnés par rien – par le vent, peut-être, qui balaye de vieux restes d’écume
Ce qu’il faut d’insolence et de folie pour parcourir l’existence dans la solitude la plus haute – sur le sentier des crêtes – au-dessus des Dieux et des légendes inventés par les hommes
Coutumier des aléas du jour et des déchéances nécessaires
Pas à pas vers le mystère – entre les horizons communs et l’infini
Un peu de rien ; ce que nous sommes – fort heureusement...
Des jours entiers à demeurer là – à contempler ce qui n’appartient à personne
Le ciel qui nous murmure à l’oreille des choses que nul ne nous a jamais dites – que nul ne pourra jamais nous dire
De plus en plus proche de ce regard sans crainte ; de cet espace qui échappe à l’exploitation – à la réification – aux impératifs de l’agrément et de la jouissance ; de ce lieu d’Amour et d’effacement où l’âme prime sur le ventre et la psyché
Une vie pleine de livres et de gestes humbles et poétiques
Hors des cercles du ciel – parmi tous les chiffonniers de la terre – sur des montagnes de déchets hautes comme des tours prospères – dans la puanteur et la lie
Des bruits au silence
De l’enfer au paradis
De la mendicité à la plus haute richesse
en un seul pas
Consentir à ce qui vient – à ce qui est offert ; le monde – les circonstances ; la seule porte possible vers la liberté sur cette terre où tout – presque tout – est effort et labeur – corvées et contingences – nécessité et tourments
L’air de rien – de plus en plus…
Pourquoi s'obstiner à vouloir offrir un peu de ciel – un peu de poésie – un peu de vérité – à ceux qui – (très souvent) à leur insu – ont décidé de fermer les yeux – de conserver leur cœur à l’abri du vent – des circonstances – des assauts du monde – de se soustraire à la moindre rencontre – de maintenir leur âme au fond d’un étroit cachot pourvu de grilles et de portes cadenassées
La tête d’un oiseau – l’âme d’une pierre – la silhouette du vent – proche de la tempête – des gestes vifs – comme du feu – un soleil
A se demander s’il est nécessaire d’offrir un peu de son âme à un autre que soi...
Ce que nous sommes ? Qui peut savoir ? A qui – à quoi pourrait-on se fier pour se connaître ?
Une voix étranglée – au fond de la gorge – devant les tristes spectacles du monde
Entre colère et désespérance – encore trop près (beaucoup trop près) des cris de ralliement et des mains qui égorgent
Ce que l’on porte ; Dieu au-dedans – le seul qui puisse réellement écouter et entendre ; le seul qui puisse nous satisfaire de ses gestes – de sa voix – nous combler de son Amour patient et inépuisable comme s’il était ici-bas la seule réalité tangible – bien davantage que nous – que le monde – que les Autres
Danse et calligraphie ; gestes de la terre et gestes de l’âme imposés par la joie ou les circonstances
Hors jeu – loin des bruits – du bavardage – des festins – des mille frivolités du monde ; les yeux attentifs à ce qu’offre la vie naturelle
Joyeux – dans notre labeur quotidien – heureux de notre petitesse – de notre anonymat – de notre fidélité à la terre et aux circonstances
Toute notre ardeur à vivre – et à témoigner de – l’essentiel
Un itinéraire sans colloque ni conquête
Les uns habillés de chair et de rêve – les autres de ciel et de vent
La bêtise que l’on vend en fiole et en boîte ; et que l’on achète par palettes entières...
La feuille – devant soi – livrée au ciel descendu – au silence consentant – aux saisons qui passent – à la terre qui se confie
Pas si loin de l’essentiel – sans doute...
La douleur au côté de l’immuable
De l’ombre – assurément – jusqu’au fond de l’âme...
L’affranchissement terrestre – l'une des rares possibilités...
Traces de ciel sur le sable
Seul – en compagnie de nos frères – au cœur de cette communauté d'âmes sauvages soudées par l’invisible et leur éloignement du monde humain
Nous – un peu au-dessus des méandres du monde et du langage – comme un oiseau qui surplombe les eaux d’un fleuve et qui y plonge, de temps à autre, pour se nourrir
En un lieu délaissé où les vents, les bêtes et les solitaires peuvent exister – se retrouver – sans crainte – participer à un monde (totalement) étranger aux hommes
La vie pleine et magnifiée dès que l’on parvient à se soustraire
De moins en moins de peurs et de visages
L’épaisseur d’une vie – une mince tranche de rien...
Le monde comme un magma ; et quelques trous pour le nez et les yeux ; de quoi respirer et s’orienter dans la mélasse
L’invisible – partout – jusqu’au bout des doigts
Dieu en notre for intérieur
A l’écart des hommes et des bruits du monde – dans le retrait et la solitude nécessaires au silence et à la contemplation
Une présence humble – sans intention – disposée à tous les rôles – à tous les usages nécessaires – au vide – à la tranquillité ou au déchaînement débridé des circonstances
La vie qui joue – qui se regarde faire – se faire et se défaire ; et nous autres – petites mains de la terre et du ciel – toujours, plus ou moins, gauches et malhabiles – obéissant à tous les désirs ; à toutes les nécessités
Le visage du vide – parfois déguisé en caresse et en mots tendres – parfois déguisé en violence et en brutalité ; toujours libre, naturel et spontané – et, à ce titre, parfaitement adapté aux circonstances
Pas à pas – vers la même couleur
Des larmes et du sang partout où règne l'homme
A l’orée des mains jointes – le ciel agenouillé
Sans posture – sans certitude
Et le regard infiniment aimant
L’âme un peu triste et perdue – comme si l'on était né pour une autre terre – une compagnie moins rustre – des malheurs moins incisifs...
Éduqué(s) dans l’idée d’un ciel trop haut – trop lointain – inaccessible – hors du cercle des possibles
Comme condamné(s) à la chair et à la faim
Ce qui est donné à vivre ; sans rien esquiver
Le cœur auprès de l’évidence
Et les mains dans la nécessité
Voyageur – celui qui passe d’une rive à l’autre – d’une existence à l’autre – d’une mort à l’autre – d’un monde à l’autre – dans un itinéraire jamais préétabli – dans une sorte d’errance très particulière ; et qui chemine tantôt vers l’infini – la délivrance – tantôt vers le fond du piège – la contraction – et contraint, bien sûr, d’alterner les élans et les destinations...
La parole, peu à peu, transformée en poésie – la poésie transformée en geste – puis, le geste transformé en silence…
La seule manière – sans doute – pour celui qui aspire à un peu de vérité
L'ignorance et le monde mis à l’écart ; eux qui ont trop longtemps régné sur notre candeur...
Au cœur d'un rêve démesuré – peut-être…
Une foulée après l’autre jusqu’au réenchantement
Le Divin déguisé en chair et en verbe
Haut – très haut – bien au-dessus des cris et des légendes inventées par les hommes
Parmi les simples
au cœur de la forêt
Notre refuge
Notre solitude
Quelque chose de la joie au milieu des malheurs – au milieu des tourments
Nous autres – dans nos funestes fonctions
A tisser ensemble les fils du monde et du temps
Il (nous) faudrait abolir la distance – effacer les frontières – accueillir l’infini et le chaos – devenir le présent – l’incertitude et le silence – pour invalider le temps – le règne du monde, des hommes et des choses
Le nous-monde – l’esprit tout entier
Que l’on aimerait se perdre dans le regard inoffensif des bêtes...
Le modeste travail des poètes pour élever l’esprit au-dessus des ambitions humaines ; pour élever le regard au-dessus de la nuit qui relègue l’innocence, la beauté et la lumière à des hauteurs infranchissables
Une voix sans couronne
A cœur découvert
Nous autres ; fragments de ciel trempés dans la glaise et les instincts – sous le règne du manque – du désir – de l’incomplétude
L’infini – au fond de notre âme – du sur-mesure absolument parfait
Ce que la lumière dicte à l’âme – en secret – à notre insu
La vie parfaite ainsi – dansante – mortelle – sans réponse
Le monde abandonné aux cœurs les plus sauvages et aux âmes indifférentes
Homme – s’il en est – à égale distance entre Dieu et la bête
Inconsolables – nous – les jouets du temps lorsque arrive la mort
Miroir – la parole offerte
Contraint de côtoyer nos pairs apparents alors que notre âme se sent infiniment plus proche des pierres – des arbres – des bêtes – des rivières – des nuages et du vent
Dans l’âme – cet élan naturel vers la vérité – la simplicité – la tendresse et la lumière
Ce que nous célébrons de notre vivant ; une forme très relative d’Absolu
Dieu – comme un feu au fond de notre soif – une brûlure sur nos lèvres trop bavardes
Notre parole ; rien que des choses glanées dans le sillon des jours – du temps qui passe – de l’expérience intimement vécue – hors des sentiers du monde
La solitude – l’une des seules certitudes – sans doute...
Notre seule ambition ; l’expérience permanente de l’Absolu
La vraie couleur du monde derrière les yeux
Notre besogne ; quelques ondes – à peine – à la surface de l’océan...
Cette voix discrète portée par l’encre noire ; manière, peut-être, de souligner, en ce monde si insensible, la possibilité d’une tendresse – la présence, au fond de l'âme, d’un espace moins obscur que le reste...
Deux bras qui se tendent vers l’impossible
Un geste – une tâche – sans doute
aussi vains que les autres
L’expérience quotidienne de l’Absolu
La possibilité (enfin) d’une danse joyeuse (et insouciante) au milieu du monde
Une solitude sans rivale
Le silence et le poème ; nos seuls bagages
Le chant et la danse de l’âme dans notre thébaïde – le séant sur la pierre – au pied d’un arbre – au cœur de la forêt
La magie d’une parole née on ne sait où qui virevolte dans l’âme – dans l’encre – sur la page – dans le cœur des Autres – peut-être – sans jamais se fixer – sans jamais avoir l’ambition de se graver quelque part
Les crimes des hommes commis au nom de toutes les bannières imaginables
Ce que les hommes gravent
sur la surface du monde – presque rien
Un peu de laideur sur tant de miracles
Un peu de poussière sur la roche blanche
Front contre front – paume contre paume – chacun arc-bouté sur ses frontières – protégeant le plus infime fragment de territoire
Le voyage – très souvent – transformé en séjour – à l’abri des vents du monde ; le sommeil plutôt que l’aventure et la lumière ; la pénombre et la nuit plutôt que la possibilité d’une issue – d’un envol – d’une délivrance peut-être…
Gravir – par le dedans – ce que le corps dissimule
Et après mille – dix-mille tentatives – parvenir (enfin) à l’apparence d’un seuil...
Derrière la pensée ; le lieu de tous les rassemblements – de toutes les connivences – de toutes les désagrégations
L’attention portée jusqu’à l’incandescence
Sur ce fil étroit – immense – sans fin – entre les berges – l’œil rivé tantôt sur le vide – tantôt sur le monde – selon le degré de fortune que nous prêtent les Dieux – les circonstances – le destin...
La vie et le monde au-delà des apparences
Les yeux comme deux soleils sur le monde
A la place des lèvres – un grand silence
Et l’Amour qui s’est substitué
à la quête – au labeur – à l’effort
Sur les talons de ceux qui (déjà) ne sont plus rien...
Cette incroyable inclination humaine à renoncer au véritable labeur de l’homme
Le long voyage jusqu’à l’explosion des apparences – jusqu’à l’éclatement des cercles d’identité – jusqu’au lieu de la tendresse inaugurale
Au fond des bois – parmi les arbres silencieux – aussi loin que possible de ce monde laid et monstrueux
En nous – hors de portée des hommes – le poème et la fraternité – célébrés comme le prolongement naturel de l’enfance...
Le rêve, l'espoir et la prière pour tenter de traverser la douleur...
Notre parole ; quelques traits esquissés à la craie sur la roche noire
Indemne à l’intérieur ; affranchi du destin – de l’infortune – de toutes les malédictions terrestres
Ce qu’il faut de temps à l’homme pour transformer ses instincts en sagesse – convertir sa violence en chant de célébration ; laisser émerger du sang et de la brutalité quelque chose de l’innocence et de la beauté
Tous les vivants – arbres – fleurs – bêtes et hommes – serrés les uns contre les autres – sans rien comprendre – sans main secourable – sans aide mutuelle – comme une traversée des enfers que presque nul ne reconnaît comme telle...
L’empire du rêve et du glaive
L’homme dans sa plus élémentaire horizontalité
A la pointe du possible ;
le ciel et le pas – ensemble
Sur quoi pourrait-on prendre appui ? Mais qui donc a dit qu’il (nous) fallait une assise ?
Entre nos lignes – des arbres – des collines – des nuages – de grands oiseaux sauvages – un grand silence – toute la beauté du monde – comme un parfum – une caresse ; quelque chose qui se goûte presque secrètement...
Le regard et le geste attentifs et fraternels
Sans exigence – sans idéologie – porté par la spontanéité – l’âme et les circonstances alignées sur les mêmes nécessités
Plus qu’une perspective – un mode de vie – une manière d’être au monde
L’existence frugale
L’âme sans provision
L’esprit dans sa vacuité initiale
Et le geste nu qui, peu à peu, s’apprivoise
Nul autre voyage – nul autre passage – qu’en soi – sans même la nécessité de l'Autre et du langage
Le ciel mille fois interrogé ; et nous offrant invariablement cet éloquent silence...
Le vivant dans sa gangue de glaise ; et l’âme au-dedans – prisonnière – à la fois consentante et réfractaire...
Un chant interminable pour célébrer l’éternité
Un chant démesuré pour célébrer l’infini
L’encre trempée dans la lave et le ciel brûlant
L’infini – à l’étroit dans le cœur – comme si l’on essayait d’entasser plusieurs ciels dans la poitrine ; il faudrait, pour y parvenir, une métamorphose de la chair et de l’âme – une manière plus vaste (bien plus vaste) d’être vivant...
La lumière considérée comme une intruse dans la pénombre à laquelle on s’est accoutumé
Là où s’achève le monde commencent (très souvent) la joie et la possibilité de l’étreinte
Au-dedans, le ciel qui, peu à peu, grandit pour retrouver l’entièreté de l’espace
Et la bouche qui essaie d’expliquer en vain
Seul – à présent – sans personne
Le vivant comme une trame enchevêtrée dans celle du monde et celle de la matière – elles-mêmes enchevêtrées dans celle de l’invisible
Et le tout comme un écheveau inextricable – le socle de tout ce qui existe
La vie – le geste – le poème – sans règle – naturels
Des yeux passablement ordinaires, peu à peu, remplacés par un regard déployé – enraciné dans les profondeurs de l’âme et d’un autre monde ; l’infini descendu – enfin accessible
Les prémices, peut-être, d'une existence libérée de l’espace et du temps
Rien – personne – nulle part ; la seule réalité – peut-être...
Vivant à la manière de ceux qui n’appartiennent à aucune généalogie
A l’intersection de tous les cercles – de tous les mondes – sans en choisir un seul
Si différent des Autres et si semblable à la fois...
De terre et de crachat – les créatures de ce monde ; de la glaise mélangée à la bave des Dieux
Plongé(s) dans cette nuit sans espérance – nous qui cherchons l’essence – l'Amour – la joie – le silence – la liberté – cette immensité immobile dont parlent tous les sages
La lumière sur nos souillures et nos prières – indifféremment...
Que traversons-nous – sinon la lumière – toutes les déclinaisons de la lumière...
La même prière, chaque jour, recommencée
La vie sur mesure ; la place et la fonction appropriées
Celui-ci ou un autre – en réalité – qu’importe le destin...
Une voix comme une autre – proche du silence pourtant – mais pas assez, sans doute, pour être entendu(e)...
Dieu – le dos recouvert d’un long châle – un peu de nuit et de mort sur les épaules pour contrebalancer l’ardeur et la clarté de son œuvre
L'homme – simple prolongement de la pierre – animé par le vent des hauteurs – le même que celui qui voyage entre les étoiles
L’épuisement (fort compréhensible) de l’âme face au silence du ciel – si rarement compris...
L'aveuglement et la partialité de ceux qui se réclament d’une quelconque discipline – d’une quelconque mouvance ; de ceux qui brandissent le moindre signe d’appartenance
Nous tous cherchant une réponse – un passage – un peu de réconfort ou d’Absolu – au milieu du sable – parmi la cruauté des mains et l’indifférence des yeux
Les Autres – ces (grands) absents...
Partout – le bleu sans interrogation – dans l’âme et devant les yeux ; l’immensité du regard au fond duquel tout se plaît à naître et à mourir
Ce que l’on ambitionne – ce que l’on arrache – ce dont on s’empare – ce que l’on amasse – à défaut de tendresse...
Quelque chose du sommeil – tissé en mailles serrées sous le front – comme un oreiller à l’intérieur ; et sur la pierre – un lieu de guerre et de conflit ; un lieu d’inconscience où l’on ne peut s’accomplir que par le rêve ou le sang...
Ce long voyage, à travers l’ignorance, pour chercher l’identité première que nous n’avons cessé d’enrober de désirs et de glaise – de couches épaisses d’artifices
L’âme toujours tournée vers ce qu’elle ressent – vers ce qui lui semble essentiel – vrai ou faux – jamais à tort...
Cette torpeur quotidienne d’aller dans la vie comme sur des rails
La parole heureuse ; parfois si proche du soleil
Des mots dans le prolongement du ciel
Rien qu’un sol où tout se passe
Et rien qu’une idée du ciel à laquelle on aspire
Les uns contre les autres – ensemble – à attendre la lumière
Des siècles au-dedans de cette cage – derrière ces grilles – au cours desquels on se sera éreinté à fouiller le sol – à briser les murs – à allumer toutes les lampes de la geôle pour trouver une issue et échapper à la détention – et allant parfois jusqu'à imaginer l’immensité – recroquevillé au fond d’un coin
Et il aura fallu s’abandonner (pleinement) à l’incarcération pour qu’une main étrangère nous soulève au-dessus du labyrinthe – au-dessus du couloir du temps – et nous pose au milieu du vide – sans socle – sans appui – flottant avec le reste au gré des courants et des appels à la liberté ; à la même place – exactement...
Notre périple – cet étrange parcours dans le sable et le vide
Une existence sans la nécessité des Autres
Et une parole sans la nécessité du moindre auditoire
Nul ne sait – n’a jamais su – ne saura jamais ; mais il est néanmoins possible de vivre – le cœur joyeux et l’esprit en paix ; il suffit de s’abandonner et de se laisser guider par ce qui surgit (circonstances, idées et émotions) ; et ainsi, éprouver et incarner parfaitement le mystère de l’existence
A la jonction de Dieu et du monde – la longue (et âpre) besogne des âmes
De la cécité ; et tant de manières d’ouvrir les yeux...
Ici – avant l’aube – notre (rude) besogne
Le pays de la parole désertée ; le lieu où s’invente et où s’écoute le poème...
L'existence ; une longue suite de circonstances qu’il serait vain de relier selon ses propres lois
L’homme et le Divin – très humainement emboîtés
A écrire encore comme s’il nous fallait expliquer le monde et le poème
Un seul mot suffirait ; et nous laisserions les érudits commenter
Du côté des sages qui ont déserté le langage pour inscrire (avec humilité) leur présence sur le sol ; le ciel (le grand ciel) perdu au fond de leur regard paisible et perspicace
La tendresse oubliée au profit des apparences et de l’efficacité
Nous éloignant – avec tous nos livres à la main ; seul – définitivement seul – le chapelet des espérances jeté (sans ménagement) dans les eaux noires du monde
De moins en moins homme à mesure que s’effiloche notre sympathie pour l’humanité...
Aucun Dieu penché sur nous – à l’extérieur
Une présence – en soi – à découvrir – à éprouver
La part qu’il faut abandonner à la lumière –
à l’incertitude – à la poésie
Ce qui fait naître le geste amoureux
Au plus haut – peut-être – du retrait ; là où règne le regard – notre capacité à aimer et à percer tous les secrets
Sans appui – dans une sorte de posture involontaire et incompréhensible
Sans ruse – sans distance – sans arrière-pensée ; l’âme qui abandonne, peu à peu, ses calculs – (enfin) prête à se laisser guider par les circonstances
La spontanéité comme la seule loi possible…
Les hommes qui continuent de pisser contre les arbres et de gratter la terre pour marquer leur territoire ; et qui défendent leur carcasse avec la même hargne que les bêtes féroces ; soumis, comme au premier jour, au règne de la faim, du terrier et de la terreur
L’esprit aussi partisan que semblent neutres les événements
La poésie pour essayer de dire le plus simple – l’essentiel ; ce que l’on voit – ce qui a été vécu – qui, peu à peu, forme la somme des expériences impersonnelles
Le cœur dispersé par l’inutile – blessé par les coups du sort – les coups des Autres – ces forcenés qui cherchent un peu d’espace – un peu d’espoir – un peu de lumière et de nourriture – pour survivre au milieu des malheurs
A se frayer un chemin à travers les ronces et les fleurs
Quelque chose du mystère dans notre besogne terrestre
De la joie à force d’obéissance – de marcher humblement dans les pas souverains des circonstances
Sur la ligne – la juste inclinaison
L’équilibre entre le silence
et la part la moins inexprimable de la vérité
Sur le fil de l’incertitude
Ni rail – ni machine
Le geste – la danse et le poème
Entre terre et ciel – la joie ;
la posture la plus naturelle de l’âme
Le vent, le feu et la lumière ; les seuls alliés possibles au cours de cette étrange traversée...
Sans désir ; habité par l’évidence du déclin et de la décomposition des choses
Au fil du temps – de moins en moins de rêves et de mensonges...
Du silence entre les mots et les lignes ; notre respiration
Ce qu’offre la solitude ; l’affranchissement (progressif) de tous les poids...
De jour en jour – le plus intime qui s’apprivoise – avec de moins en moins d’appuis et d’artifices
Dans la proximité curative du vide
Une longue série de miracles à la place du mystère
La fureur du vent sur notre (misérable) assise – sur toutes nos (absurdes) tentatives pyramidales...
Les pieds au-delà de l’innocence
Nous remuons ciel et terre pour un trésor dissimulé ailleurs ; partout disséminé à l’intérieur...
Un peu de tendresse – au-dedans ; plus secourable et opérant que toutes les consolations terrestres
A nous inquiéter pour notre avenir – comme si nous pouvions influer sur le destin – avoir le choix des fossés et des chemins...
Au cœur du territoire sauvage
Là où règnent l’essentiel ;
les choses les plus simples ;
toutes les nécessités naturelles
Sous le ciel – les feuillages et les chants d’oiseaux
Parmi les Autres – en silence
Le réel – jamais hors de soi (bien sûr)…
Pas le monde – l’image du monde
Une possibilité d’habiter l’âme et le monde – simultanément
Un regard – un peu de poésie – une attention et des gestes quotidiens ; notre manière d’être vivant – notre manière (un peu solitaire) d’être au monde
De l’autre côté du miroir – hors-champ – en dehors du labyrinthe – sur une aire sans sommeil – éloignée des cœurs trop étroits et des esprits trop abstraits – à l’autre extrémité de l’enfance – là où l’innocence, la beauté et la poésie sont les seules cimes possibles – désirables – autorisées
Le pas entre la solitude et le monde
L’apprentissage du mystère – son progressif apprivoisement – sa lente incorporation dans notre regard – nos gestes – notre manière d’être au monde
Dans le regard – l’émergence (perceptible) de l’infini qui sommeillait au fond des yeux
Heureux celui qui perçoit le jeu de l’infini et de la matière – l’essence au cœur des images assemblées...
Moins (beaucoup moins) seul(s) qu’on ne le pense...
Ce qu’il nous reste à parcourir pour vivre sans la nécessité des mots...
Un verbe sans visée – sans auditoire – au silence replié – comme dissimulé derrière l’abondance
Un froissement de lumière – un peu de blancheur – en vérité – dans tout ce noir – ce fouillis – qu’est le monde – qu’est la page
Sans personne à nos côtés – sans le moindre ami parmi les hommes
Entre nous et Dieu – des choses et d’autres ; rien qui ne puisse entraver notre dialogue...
Un gué au milieu des rêves
La vie intérieure ; l’essentiel – sous une apparence (très) quelconque
L’âme toujours soucieuse du reste
Le cœur infiniment respectueux
Qu’importe la tâche à effectuer pourvu que le geste soit habité...
Les genoux blessés à force de prière ; mais le cœur toujours rugissant – pas encore parvenu aux dernières extrémités de son désir...
Le ciel si bas – au-dessus de la tête – comme un couvercle gris qui ne laissera rien s’échapper
L’âme qui essaye de s’étirer jusqu’au bleu ; peine perdue – bien sûr ; pour rencontrer le ciel, il suffit de laisser l'âme se vider de ses désirs et de ses ambitions ; et lorsqu'elle devient suffisamment vide, le ciel descend naturellement
Les heures rêvées – les yeux grands ouverts
Si peu d’homme en l’homme – en réalité
Une conscience à peine embryonnaire
Jouets du secret divin ; et nous autres qui nous agitons sans comprendre grand-chose...
L’obsession du cœur jusqu’au dernier souffle
Des existences bien moins libres et personnelles qu’on ne le clame un peu partout (et un peu bêtement)...
Tout s’acharne à transformer la chair et l'âme – le cœur et l'esprit – la matière et la perception
La crainte perchée sur nos épaules ; au-dessus de la tête qui tremble en regardant l'horizon
Réfugié sur une étroite bande de terre que les hommes ont reléguée aux marges de leur monde ; avec des herbes – des arbres – des bêtes – réduits à vivre dans les interstices et les espaces à l’abandon ; le sauvage circonscrit à de minuscules intervalles dans la monstrueuse trame humaine
A l’abri des activités des hommes – une foule d’âmes invisibles ; une sorte de communauté hétéroclite qui jamais n’a bénéficié de la moindre considération – reléguée au plus bas – au plus vil – dont la vie n’a aucune valeur – n’existe pas même dans la hiérarchie humaine ; des sans-grade – les choses de personne (res nullius) – au destin discret – à la vie aventureuse ; et sans doute condamné(e)(s) à terme à disparaître
Laisser les circonstances se manifester selon les nécessités du monde
Le mystère et le monde – tantôt parallèles – tan-tôt encastrés (l'un dans l'autre) – tantôt parfaitement confondus – selon la probité du cœur et la clairvoyance du regard...
Au secours de rien
S’effacer plutôt et disparaître
Soi comme seul viatique
Nous – dans la trame – avançant – nous immobilisant – sans résistance – laissant le vent et l’invisible diriger les pas et les destins
L’exercice silencieux et solitaire de l’affranchissement
La terre et le ciel ; l’invisible et la matière ; la joie et la souffrance – découpés – disséqués – archivés comme s’il nous fallait des scalpels – des livres – des boîtes et des tiroirs – pour appréhender la vie – le monde – l’être – le mystère ; une perspective qui manque assurément d’ampleur – de légèreté – d’intelligence – de fantaisie...
Si loin – encore – de la vérité...
Une vie simple et sans apparat ;
l’élégance à l'intérieur
et l’apparente pauvreté au-dehors
Pourquoi diable ce que nous sommes ne nous apparaît pas (d’emblée) comme une évidence ?
Sur cette roche immémoriale – du haut de notre âge (ridicule) à nous imaginer maîtres du monde alors que nous valons moins que la première pierre...
Au cœur d’un jeu où tout glisse – où tout s’échappe – où tout s’écoule vers le bas ; sauf l'âme – peut-être – qui s'élève...
Le discernement et la sagesse du vivant (non humain) ; et cette prodigieuse bonhomie malgré les désagréments (nombreux) – les périls (innombrables) et la mort qui se dresse devant soi (presque) à chaque instant...
La vie la plus naturelle – la moins corrompue – du premier au dernier jour – aujourd’hui comme il y a des millions d’années...
De ligne en ligne – l'enfance qui réapparaît
Le ciel interrompu qui se réinvente
Ici ; sans même un cri ; sans même une prière...
A la manière d’un chant – le jeu de l’aube
A la manière d’un jeu – le chant du monde
Et nous – au milieu – cherchant (maladroitement) à résoudre l’équation ; et, à défaut, un chemin pour transformer l’existence en un espace où l’on pourrait laisser libre cours à la spontanéité et à l’imaginaire
Des pages d’une lucidité trop sombre – peut-être – pour que les hommes daignent s’y pencher...
Le ciel et la pierre
Et tous nos enfantillages
Au cœur même de la danse
Qu’importe ce que dessinent les circonstances pourvu que l’on sache vivre sans pesanteur – l’esprit sans prise et le cœur engagé
Offrant aux pierres – aux fleurs – aux arbres – aux bêtes – aux visages exclus des cercles du monde – un peu de tendresse et de dignité ; celles que leur dénient les hommes
Une main tendue vers ceux que l’on condamne à vivre sous le joug de notre aveuglement – de notre bêtise – de notre barbarie
Le vent et la lumière déposés sur nos pages – offerts au monde – à tous ceux dont l’existence manque (cruellement) de beauté – de fraîcheur – de poésie
Le cœur battant – comme une prouesse ; une chaîne de miracles
De l’origine au sang – grâce à mille explorations – mille découvertes – mille trouvailles
Et l’autre moitié du labeur à accomplir jusqu’au bleu ; le travail de l’âme ; passer de la substance organique à l’immensité invisible
Seul(s) – voilà notre chance...
Le monde comme un sac dans lequel on pioche pour trouver des vivres – des ressources – des outils – des alliés...
Les lèvres grimaçantes à force de voir l’indifférence des yeux et des âmes ; à force de côtoyer la cruauté et la corruption
Arbres comme endormis sous les copeaux ; assassinés – en vérité ; comme tous les autres – plantes et bêtes
A travers l’obscurité des cœurs, on comprend mieux la noirceur du monde...
Les instincts humains célébrés (sans la moindre exception) par les lois et les usages ; et tous ceux des Autres contrôlés – limités – éradiqués
Un chant né du fond de la colère pour déchirer les rêves – toutes les infamies – venger le supplice de tous les égorgés – à la manière d’une lame qui s’obstinerait à vouloir fendre l’écume – un acte très enfantin – éminemment réactif – à la hauteur (évidemment) de la douleur ressentie ; le pauvre tribut d’un cœur inquiet qui, par impuissance, brandit un drapeau et quelques armes inutiles...
Comme des enfants sur la plage qui inventent des jeux et des histoires – les pieds sagement rangés dans leurs sandales – la tête penchée sur le sable et qui lèvent parfois les yeux vers le ciel et l’horizon en se demandant ce qu'ils font là...
Au cœur d’une clairière
Aux premiers instants du crépuscule
Les arbres et le chant des oiseaux
La roche et les fleurs sauvages
Un chemin de terre qui serpente dans les collines
Et notre roulotte posée en ce lieu retiré –
cachée sur ce bout de terre –
au milieu de la forêt
La porte et la fenêtre grandes ouvertes ;
au-dedans et au-dehors –
le sentiment du plus familier ;
L’âme traversée par une très ancienne prière ;
et sur la joue – quelques larmes
discrètes et lumineuses
L’éternité – sans jamais compter les jours
Dans l'esprit des hommes, Dieu n'est sans doute qu'une récolte comme les autres...
L'espérance d’une présence ; une manière de consoler tous nos revers – le long et (inévitable) naufrage de toute existence
La fonction essentielle du vent ; semer le désordre dans nos existences et nos certitudes
Le bleu au front malgré la fréquence des malheurs et des tourments
Les mains jointes et les mains sur les yeux – soudain nécessaires à d’autres gestes – (sans doute) plus avisés...
L’Amour chanté dans tous les temples
Et le sol toujours aussi jonché
de larmes et de sang
Proche de l’enfer – cette façon de tourner en rond sur la terre...
Les tourments de l’âme chahutée par les remous des eaux trop noires du monde et du temps
Au tournis de la tête – nous préférons l’intensité de l’âme – le geste plein à la parole explicative – le silence au bavardage – l’engagement à la révolte – le chant et la prière aux rêves et aux distractions – la discrétion et l’anonymat à la gloire et aux médailles – l’effacement au sacre et au couronnement
Les mains libres plutôt que la caresse ou le châtiment...
De la lumière – encore – au jour de la mort – à l’heure du désordre – à l’instant du fracas
La vie ; le monde ; la mort – sans pouvoir imaginer d’autres perspectives...
La présence, au fond de l’âme, d'un silence et d’une joie qui ne nous appartiennent pas
Le regard sensible – de plus en plus vaste à mesure que le ciel et la pierre se fissurent...
Au loin, le monde dont les excès nous écœurent ; et la découverte (miraculeuse) de quelques intervalles au fond desquels nous nous jetons pour échapper au vacarme et à l’abjection
A chaque instant – les clés de l’enfance ; cette joie naturelle – cet allant spontané
Nulle tâche – nul labeur – à accomplir ; œuvrer à ses nécessités et laisser le monde – et les choses – suivre leur cours...
Au fond de l’âme – les seuls bagages nécessaires
La terre ; une minuscule pierre dans le jardin des Dieux
La main docile d’un scribe du monde
sous la dictée d’une voix d’ailleurs –
silencieuse – mystérieuse
Quelque chose (à la fois) de l’invisible
et de la douleur
Un peu de lumière – peut-être –
dans notre aveuglement ;
et, dans le meilleur des cas –
un (très) modeste avant-goût de l’aurore
Dans un coin du monde – silencieux – comme retranché – à l’abri des bruits et du temps
Sans peine – sans personne – sans tracas
Seul(s) – mais comment pourrait-on y échapper ? Et serait-il même souhaitable (et judicieux) d’envisager une autre compagnie que la sienne ?
Le sort des bêtes ; parquées – maltraitées – réifiées – qui donc s’en souvient – qui donc s’en soucie – en ce monde ?
De quoi manger et se distraire – et nous voilà satisfaits – (presque) heureux de notre sort – à besogner tous les jours sous l'égide des puissants et des lois
Sur toutes les scènes du monde – cet allant naturel pour la conquête et l’appropriation des territoires – sans la moindre empathie ; l’inclination agonistique – sans jamais compter les morts – les corps mutilés – les âmes blessées – les larmes et le sang qui coulent
Partout – des combattants – des rivières de sang et des charniers ; au-dehors comme au-dedans – la tristesse et la désolation
Des prières aux quatre coins du cœur – comme si nous pouvions façonner le vide – déformer la matière – transformer le cours des choses...
Notre main dans celle de Dieu ; ce qui dissipe toute ambition – tout effort – toute fatigue
Comme une danse jusqu’à la fin des jours
Des amitiés passées ; quelques-unes – belles – il est vrai
Et aujourd’hui – le face-à-face solitaire – avec ce que l’on est – avec ce que l’on porte ; l’essentiel – peut-être...
Sans autre recours que ce qu’abritent le cœur et le ciel…
De plus en plus nu ; de plus en plus réel – en somme
Une vie simple – entre cimes et silence – à la manière des quadrupèdes qui courent les bois pour échapper à la présence des hommes
Avec – au fond – peut-être – la seule chose qui compte (réellement) ; cette réserve d’Amour inépuisable
A la merci de rien qui n’est (d’abord) consenti – avant même l’émergence de ce qui a lieu
Rien à quoi se raccrocher – comme une évidence...
Au cœur de notre nature (véritable) qui remplace ce que nous croyons être – toutes ces images – tous ces fragments d’identité – que nous accolons à l’essence pour nous sentir vivants – pour nous sentir exister
Rien – ni personne – pas même Dieu – ni le moindre étendard – à hisser au-dessus de soi
Notre parfaite solitude à moins que cela aussi soit une illusion – une simple manière de voir...
Un instant – une vie – des siècles – l’éternité
Ce qui demeure
Ce qui passe
Et l’apparente répétition des choses
Mon Dieu ! Quel mystère ! Quelle misère ! Tant de drames – de merveilles – de beauté – d’indigence – d’incompréhension
Parmi les ronces – le cœur sauvage – libre – caché – intrépide – protégé – au milieu des épines – lucide quant à sa liberté – quant à ses illusions – quant à la nature de ce monde
Éloigné de tous les théâtres et de toutes les arènes – sans implorer quiconque – sans quémander la moindre chose
Mot après mot – comme si le questionnement n’avait de fin – comme si, sans cesse, la réponse devait se réinventer...
A chaque instant – la parole qui interroge – qui réplique – qui atteste – qui certifie ; à deux doigts, peut-être, de la vérité...
Des existences de sable et de vent ; et les hommes qui bâtissent des édifices illusoires et qui conquièrent (ou défendent) des territoires imaginaires...
La mort – partout – souveraine – maîtresse de tous les jeux
Et nous – toujours – qui que nous soyons – finissant sous les pieds ou dans l'estomac d’un Autre – plus grand – plus féroce – plus rusé
L’immensité – en soi – à creuser pour faire entrer un peu de lumière
L’œuvre ininterrompue de Dieu et du monde
Au bord d’un rêve – peut-être
Avec un peu de lumière au loin
Des mots en vrac
Et quelques rares pépites
dans le fouillis des phrases
Une œuvre sans importance
Au plus près de ce qui apparaît – à l’intérieur
Le rire des hommes en voyant leurs mains rouges – les corps sans vie entassés – comme une fête terrible et diabolique ; l’ardeur besogneuse – l’entrain des ensommeillés
Et nos yeux tristes ; et notre cœur en colère ; et notre âme qui s’essaye (en vain) à la neutralité et au surplomb – témoins de cette barbarie
Des mots – des lignes – des pages ; une parole pour le vent – le seul habitant de ces rives désertes et poussiéreuses
Le temps d’un sourire ; et tout aura déjà disparu
Pas même le temps d’une saison – comme la fleur sauvage qui n’existe pour personne
La pierre extrêmement friable sur laquelle reposent les jours
Obstinément – vers ce bleu entrevu...
L’affliction des hommes ; dans la proximité imperceptible d’un Dieu patient qui échappe au temps et aux vicissitudes du monde
Un œil sur l’être ; et l’autre sur le chemin
Sur le fil – la sente des saltimbanques
Tous ces instants – toutes ces heures – tous ces jours – si peu vécus – décomptés, sans doute, du temps véritable
Vivant – à peine – sur la pierre – sur la page – sur la pointe des pieds ; et, déjà, le vent qui nous emporte ailleurs...
Dieu que l’on peut implorer sans que rien se passe – auquel on peut tout faire endurer et qui ne sortira jamais de son silence – de sa tendre neutralité – de son acquiescement à toute épreuve
Sur la page ; l'expérience du monde – l’intimité de l’âme ; le feutre guidé par le besoin de justesse et de vérité
Entre le sol et la lumière – quelque chose du sang et de la prière
Nous ; un sommaire agrégat de matières que le vent trimballe d’un lieu à l’autre – au cœur de la même nuit
Le corps – pas davantage qu’un ventre – tout juste bon à être rempli ; et ce qu’il en sort – des têtes et des étrons
Hors des sentiers cannibales
Entre la bête et l’étoile
Encore de ce monde – en un sens
Le poème – ni refuge – ni récit ; une brûlure plutôt – un peu de lumière – une manière de faire naître le plus proche en soi ; de sentir, dans son âme, vivre le mystère
Toutes les œuvres humaines – et jusqu’aux plus atroces massacres – réalisées au nom de chimères
Debout – en apparence ; mais agenouillé à l’intérieur…
Le monde qui nous vend toutes sortes de rêves et de périples – comme s’il nous était impossible de rester sur place sans rien faire...
Nos têtes – si tristes – si pleines de désespérance – si ignorantes encore du règne (et des lois) de l’invisible
Le mystère intact – au milieu des artifices et des mensonges
Les jeux noirs de la faim
Des yeux avides et des yeux tristes –
des deux côtés de l’aventure
L’âme solitaire – loin des martyrs et des assassins
Là où l’on se trouve aujourd'hui ; presque au même endroit qu’au début du voyage...
Le ciel et la terre couchés ensemble sur le lit des possibles
Entre la vie et la mort – la métamorphose
Des dents davantage que des mots
L’usage commun de la bouche
Une voix passagère dans le ciel impérissable
Autant questionnement qu’offrande
Comme une espace laissé
à l’enfance et à la poésie
A l’extrême limite de l’humanité – peut-être...
Du vertige au bleu – d’un seul trait –
à petits pas – sans mérite – sans mémoire –
à la manière des oiseaux qui traversent le ciel
Le jour parcouru de bout en bout
Sans doute – le voyage le plus essentiel
Sur la page et les chemins – le feutre et la semelle – indissociables – qui puisent, dans l’âme et le monde, l’ardeur et la substance de la parole et du pas
Notre présence – de moins en moins étonnée – de plus en plus silencieuse...
Où que l’on soit – partout demeure l’asile
La vie circulant – de la source à la source – à travers toutes les aventures possibles
Notre vie – à l’image d’une échelle posée contre le mur d’une enceinte bordée d’horizons gris – un périmètre fermé – avec, au-dessus, mystérieux – attractifs – le ciel et la liberté – quelque chose d’invisible que l’on imagine étranger à la contrainte – à la souffrance – à la mort ; la seule issue pour échapper au destin que semblent dessiner les apparences...
Cette soif au milieu de la faim des Autres – comme si nous vivions sur deux planètes différentes – les yeux pris, pourtant, dans la même réalité...
Nulle part où aller – nulle part où se cacher – en vérité
Et partout – des pans de nuit à interroger
Au commencement – une foule de questions ; et, au fil du temps, de moins en moins de paroles et d’abstraction
Bien moins humain qu’autrefois ; à moins que l’humanité ne devienne davantage qu’une simple idée...
Le monde – au loin – bruyant – qui somnole
Des existences – sans question – sans réponse ; la tête et les mains occupées à on ne sait quoi
Et ici – une autre approche – la solitude – le silence – la poésie – le même labeur quotidien – quels que soient l’espace et le temps ; des lieux de présence et d'intimité
Un peu tout à la fois – sans vraiment savoir ; la confiance sur les lèvres – dans l’âme et la main
Quelques traces de temps sur la peau
Les visages – comme du sable
emporté par l’océan
Et le ciel jeté en désordre sur les jours
Et cette parole pour personne
Indéchiffrable – énigmatique – comme la nuit – l’obscurité du ciel – des âmes – du monde
Et tous nos gestes – toutes nos paroles – comme si nous pouvions changer le cours des choses...
L’inhumanité de ceux qui s’imaginent humains
Dieu ; et les hommes dans leur abstraction
D’un monde à l’autre – sans que rien puisse être saisi
Il faudrait, sans doute, supprimer les mots pour que puisse briller – hors de son écrin trompeur – la vérité
Au cœur du silence – là où vivent les sages – l’esprit au-dessus – le cœur engagé – l’âme attentive aux circonstances – parfaitement accordé(s) au cours des choses et à la variabilité (naturelle) des états
Ce à quoi nous ressemblons ; par-dessus notre nudité et notre dénuement
Sur cette longue route que le ciel dévore déjà...
Parmi les arbres – au milieu de la seule foule acceptable – silencieuse – accueillante – ouverte à la différence – aussi proche du ciel que de la terre – respectueuse de tous les peuples
Tous nos silences – sur la page – imprimés...
De moins en moins – comme une évidence...
Mille possibilités ; et toujours un seul chemin
Ce que dicte le réel
Ce que l’âme et le monde imposent
Des mots à seule fin d’honorer le chemin – l’effacement des territoires – la solitude – le cœur parfois visité par l’Amour ; comme un sourire immense destiné à personne – pour la simple joie des lèvres entrouvertes – de ce qui existe – de ce qui est offert
Au milieu de la boue et du brouhaha du monde
Et tout ce bleu qui s’invite sur cette tristesse
De moins en moins loin – la lumière
L’espérance comme une flèche incertaine décochée vers le ciel
Et toutes ces prières qui montent vers ces terres inconnues – comme nous tous qui allons dans l’existence – avec ce curieux mélange de curiosité et d’accablement – de peur et d’allégresse...
Ici ou ailleurs – ce destin ou un autre
Au fond quelle importance ?
Inlassablement – la lumière
Des paroles qui, mises bout à bout, forment de longues guirlandes de silence et de lumière
Condamné(s) à nous rejoindre – quoi qu’il (nous) en coûte...
La solitude – au-delà des rêves du monde
La poésie – comme un alcool – un antidote – une forme de vertige – d’évanouissement – pour supporter (tant bien que mal) la douleur d’être parmi les Autres
Passant – de plus en plus simplement...
Nous éloignant, de tous ces frères dont nous ne partageons que l’apparence
Blessé par cette barbarie aux allures civilisées
Nulle place en ce monde pour les âmes (un peu) différentes – (un peu) plus sensibles – (un peu) moins rustres et bestiales
Écrasé(s) entre le ciel noir et les ténèbres
L'encre quotidienne – douce ou abrupte selon les jours – simple (et vertigineux) instrument de l’immensité – du ciel et du silence – qui se répand en taches de joie sur l’âme et sur la page
Sans aucune échappatoire ; ce qu’il nous faut affronter
Le seul éblouissement ; la vérité – à l’intérieur...
Au milieu des ronces et des sanglots
Le règne – partout – de l’évanescence
Le monde, sans cesse, sur le point de s’effacer
Notre existence – comme la réponse (l’impérative réponse) à un appel...
L’effacement plutôt que la jouissance
La solitude plutôt que la foule
L’intimité plutôt que l’éparpillement
Le geste quotidien plutôt que la distraction
Seul – au milieu de personne
Dieu et le Diable – main dans la main – heureux de leur œuvre commune – fragile et provisoire – s’amusant de nos jeux – de nos élans – de nos tentatives – chacun encourageant (à sa façon) l’enfance terrée au fond de l’âme qui cherche à éclore
Tant de choses – de questions – d’expériences – sous la lumière
Ici – depuis si longtemps (depuis trop longtemps) – sans jamais rien comprendre
D’un seul trait – d’un seul geste – le monde – le silence – le poème
Des liasses de pages – comme l’exploration d’un recoin – d’un angle – d’un point de vue – peut-être...
Le cours des choses se passant de l'ardeur et de l’ambition de ceux qui s’imaginent indispensables – essentiels – irremplaçables...
Partout – la vaine besogne des hommes ; du bruit et de l’effervescence ; une manière de survivre à l’incompréhension et au désarroi
Le seul franchissement possible – en soi
Comme pris en tenaille entre le ciel et la pierre
Ce à quoi nul ne peut échapper malgré la prépondérance du rêve en ce monde
On a beau hurler ; nul ne se réveille – nul ne ressuscite
Ce que le monde honore ; la surface et les apparences ; la richesse des poches
A peine – au commencement de l’histoire...
Au fond – le miracle ; à la surface – la tragédie ; et ce qui différencie les uns et les autres ; la manière d’accueillir ce qui vient ; ceux qui acquiescent et sourient et ceux qui refusent et grimacent
Sur la même couche – Dieu et l’illusion – côte à côte – se tenant par la main – s’effleurant – se caressant – devisant gaiement – entretenant une relation tantôt amoureuse – tantôt amicale – infiniment respectueuse – à la grande surprise de tous les esprits portés à l’ordre – aux frontières – au manichéisme
Le ciel au contact de la fange – sans le moindre dégoût – sans le moindre mépris – la considérant comme une part de lui-même – inamovible et intransformable – aussi digne que les autres d’exister et d’être aimée...
Au milieu des arbres
A l’écoute de la sève qui monte
Parmi la mousse et les chants d'oiseaux
Le saut et l’immobilité – simultanément ; ce qu’enseigne toute sagesse
Auprès de soi – comme auprès d’un Autre...
Rien qui ne soit notre territoire
Ce que l’on finit par découvrir
en arpentant l'âme et le monde