Carnet n°236 Notes journalières
Epaule contre épaule – nous avançons dans l’impasse commune – sur la voie royale des foules…
Déjà la fin du jour – dans l’arrière-pays – au centre du lieu solitaire – le déclin de la lumière et l’affaiblissement du feu aussi…
La nuit et le froid qui, peu à peu, gagnent du terrain – investissent l’espace – deviennent notre cœur – notre visage – notre apparence…
Le cosmos au-dedans de la tête – autour de soi ; le même espace – d’un lieu à l’autre ; le lien entre les routes – notre âme peut-être…
Le monde – de jour en jour – qui s’éloigne…
Le vide qui se creuse – en soi…
Et quelques pierres dans les poches pour que les pas continuent de toucher terre…
Nous – sautillant – de roche en roche – d’île en île – sur les traces du feu et du vent passés…
Des arbres – des plaines – des routes désertes…
L’âme adossée au monde – à moins que cela ne soit le contraire…
Sur le sol – des empreintes – des signes de lutte – les hommes soucieux – les âmes préoccupées…
Des flammes et l’air qui s’embrase…
L’étreinte de la terre – des frissons de la tête aux talons…
Les poings dans les poches – le front baissé – pour affronter les Autres – pour affronter la nuit…
Au bord du jour – au centre de la chambre – parmi les bruits et les fantômes – à notre place – les yeux qui scrutent le ciel – l’arrivée de la neige derrière la vitre de la fenêtre délabrée – la tête sur les gravats – au cœur de ce vaste chantier (intérieur) dont l’envergure n’a rien à envier à celle de l’immensité qui nous fait face…
Tout se recroqueville devant les bannières trop haut dressées – fait bloc – devient si dense que l’on se transforme, malgré soi, en remparts – en forces de résistance…
Comme les prémices du déploiement – de l’adversité – de la multitude – du rééquilibrage nécessaire…
Les eaux – les vents – la déchirure de la trame – la terre foudroyée…
Et nous autres – le front incliné face au froid…
L’âme qui se dessèche sous le soleil – trop de soleil – dans un désert qui se prolonge au fil des pas – indéfiniment – là où les Autres refusent (catégoriquement) de nous accompagner…
Il faudrait – pour persévérer – réunir, en soi, la source et la soif – le ciel et la route – toutes les destinations – toutes les possibilités – et s’en remettre à la direction des vents…
Toutes les étoiles au bout des souliers – sous les semelles qui nous emportent plus loin – derrière la vitre – jusqu’au prochain virage – l’âme comme une fenêtre ouverte sur le monde et les chemins…
Comme un voyage – une longue marche sans sommeil…
Des cimes jusqu’au ciel – irremplaçables – hissées jusqu’aux lèvres pour être dites – comme une formule magique – un laissez-passer indispensable pour traverser le rêve – s’enfoncer dans la matière – disparaître dans l’invisible…
Une sorte de prière silencieuse…
Des tourments de surface – des tracas – à l’infini – comme si nos pas étaient cousus à la nuit – comme un long revers – une bande étroite éclairée du dedans par une lumière (imperceptible par les yeux et les âmes)…
Ici – dans la proximité du jour – se rejoignent le souffle et la substance – l’ordinaire et le plus lointain…
Dans l’authenticité de la parole…
Une lame sur laquelle se jettent toutes les choses ; les idées – les corps – les émotions – les objets – les visages…
Et le sol jonché d’éclats et de lambeaux – presque rien, en somme…
Derrière la porte – les bruits du monde – lointains – comme étouffés – l’épaule contre le mur – à la manière d’un étai pour l’âme – une forme d’appui pour notre verticalité bancale – et, dans ce contact – des échanges mystérieux – et la chair qui, malheureusement, gagne en épaisseur et en solidité – comme si l’assise – médiocre – inappropriée – contaminait autant l’invisible que la matière – condamnés par une sorte de gangrène sournoise – incroyablement pernicieuse…
La fluidité – l’air et l’eau – comme solidifiés – tel un sol fragile – précaire – instable – sur lequel rien ne peut (réellement) s’édifier…
La soif et la route – toutes nos foulées terrestres – vers ce que l’on imagine être la lumière – la traversée des ombres et du noir. Et nos lèvres serrées pour ne pas hurler de frayeur – de douleur – de désespérance – à mesure que les pas nous enfoncent en nous-même(s)…
Un long périple pour perdre le nord et la raison…
Sur le grand escalier de pierres – à contempler le chemin qui se perd au loin – entre le rêve et l’abîme – cette continuité, sans doute, imaginaire…
L’égarement dans les méandres proposés – le monde et l’esprit, peu à peu, arpentés – explorés – jusqu’à la parfaite correspondance de l’un avec l’autre – parties de nous-même(s) qui fusionnent progressivement – à mesure que l’on descend en soi – et que toutes les périphéries deviennent le centre…
L’exiguïté du monde – de l’âme – d’une extrémité à l’autre – la parole et ses échos permanents…
Comme une détention – au-dedans de l’existence – apparente – bien sûr. Quelque chose auquel on peut naturellement échapper – d’un seul regard – d’un seul éclat de rire – sans intention – de manière spontanée et innocente…
Nous – entier dans la parole – proche de la respiration – libre en un instant – tranchant comme une lame – sans épaisseur – évacuant les choses – le monde – les idées – les images – d’un seul geste – l’esprit vide et tendre – ouvert – sans nostalgie…
A hauteur de visage – légèrement plus haut peut-être – en surplomb de l’herbe et des têtes – sous la cime des arbres – nos amis – nos maîtres…
Jusqu’au bleu le plus intense…
Jusqu’à l’immensité rayonnante…
Jusqu’à nous-même(s) – agrandi(s) – retrouvant notre taille réelle – notre envergure originelle…
L’âme – comme une montagne – creusée de l’intérieur – explorée depuis ses souterrains – gravie depuis son socle – d’une extrémité à l’autre du silence…
Une hampe au milieu des cordes – non pour hisser des têtes et des corps démembrés – mais la nudité de l’âme – presque rien – comme un poème né de la source – un cri de joie dans le dénuement – silencieux – quelque chose qui pourrait révéler notre visage – notre seule identité – peut-être…
Les yeux clairs – ouverts – face au monde – mesurés à l’attente – la neige sur tous les chemins – les repères recouverts – et nous nous détournant, peu à peu, des visages – de la nuit – des secrets – des histoires – de l’illusion – de toutes ces choses humaines…
Aussi loin que possible…
D’une étape à l’autre – d’une hauteur à l’autre – en ne quittant jamais ni le sol – ni l’immobilité – comme un étrange (et surprenant) voyage…
L’âme – comme une pierre – dévalant sa pente – cherchant une place – son équilibre – parmi les choses – se laissant mener Dieu sait où…
Un monde arraché à l’espace et au temps – sans passage – sans passant – sans personne…
Nous-même(s) effacé(s) – avalé(s) par les profondeurs…
Des mouvements et des gestes – seulement…
Quelques coups de pied – inutiles – aux portes du ciel – rien devant – rien derrière ; juste une immense étendue déserte – comme un monde lunaire et enchanté – peuplé d’arbres et d’oiseaux imaginaires – de silence et de poésie vivante – quelque chose d’incroyablement beau – une manière (aisée) de souscrire à la hauteur et à l’envol…
Le socle du réel et des possibles…
L’écoute – comme une fleur à la place du sommeil – deux mains ouvertes à la place de la nuit – une âme affranchie des noms à la place du visage – de la tête – de tous les désirs au-dedans…
Une présence qui aurait effacé toutes les exigences…
Parfois – les eaux claires – d’autres fois – les eaux troubles – qui se mêlent à la voix – à la parole griffonnée sur la page…
Les hommes – entre le sommeil et la liberté – la tête trop pensante (bien souvent) – des yeux fermés – aveuglés – reclus derrière leur porte – dans un jour atténué – presque nocturne…
Sur le point de vivre – comme si plus tard – comme si demain – pouvait faire l’affaire – comme si la nuit était franchissable – comme si la mort n’était qu’un terme lointain…
Le langage – comme une échelle posée contre le mur de la raison – sur laquelle on s’obstine à monter au lieu de regarder le mur – les murs – la totalité du labyrinthe – depuis la corde du silence suspendue au-dessus du monde – au-dessus de l’esprit…
Le royaume qui émerge de la terre déserte – délaissée – infréquentée – trop dangereuse – comme un secret livré à ceux qui ont fait le chemin – qui ont expérimenté la solitude (sans jamais l’esquiver)…
La roue – en nous – qui tourne – autour de l’axe du vide et du silence…
L’âme et les lèvres sèches à force d’arpenter le monde – de fouiller parmi les détritus des vivants…
Trois quarts du feu consacré à la fuite et à la quête – au lieu d’attendre assis – immobile – les mains ouvertes – le cœur tourné vers le ciel qui se creuse (et s’assainit) peu à peu…
La nécessité d’une main qui tantôt nous retient – qui tantôt nous soulève ; Dieu – en nous – au centre de notre communauté fraternelle – présence vivante au cœur de l’âme – sous notre front – en chacun de nos gestes…
Dans notre (propre) compagnie – dotée de tous les attributs – de tous les qualificatifs – éminemment variée et variable…
Nous – dans les eaux bleues du ciel – purificatrices – rafraîchissantes – salvifiques…
Comme un bain d’innocence et de vérité…
Le ciel partagé – entier – entre nous tous – exactement la même part pour chacun – puis, l’ensemble indivisible…
Ce que nous longeons sans désir – les corps-briques empilés – les sourires figés – hypocrites – le monde séparé du ciel et du sol…
Et ce à quoi nous aspirons – la solitude – l’innocence des hauteurs – le jour-lumière…
Et toute notre existence – au milieu – dans cet entre-deux terrestre – triste et inconfortable…
Nous – tantôt debout – vacillant – en déséquilibre – tantôt à genoux – plaintifs et suppliants…
Et l’âme – au-dedans – identique – aussi maladroite – aussi malheureuse – que nous…
Et au cœur de l’esprit – la source de tous les élans – de toutes les prières…
Le bleu qui irradie la terre – le sol – les cris – les plaintes – le bleu qui fractionne le ciel…
Et l’âme au milieu – les bras levés – le front baissé – prête à se jeter dans le premier recoin – comme une manière d’échapper à l’incertitude – à l’angoisse – aux ombres démesurées qui nous menacent…
Un pas de côté – presque toujours – tantôt vers le haut – tantôt vers le bas – au lieu de se tenir immobile – à notre place dans ce lieu – dans ce lien – où tout peut se réunir – où tout peut se rassembler – là où le manque s’efface – là où tout devient inséparable…
Le jour – au réveil – dans notre chambre – dans cette boîte en verre éclairée – sans couvercle – emportée ici et là – qui se pose, pour un instant, là où la vie et les vents la poussent – quelque part – toujours – sans que la volonté (consciente) n’intervienne – qui voyage – malgré elle – malgré nous – de lieu en lieu – comme la parole – de lèvres en lèvres – en franchissant mers et montagnes – routes et visages – en un éclair…
L’étrange périple du sol aux cimes…
Du temps et des voix – pour nous faire croire en la possibilité de ce qui voit – en la beauté du monde – qui ne sont, en réalité, qu’un envoûtement – comme un rêve destiné à renforcer la fausse nécessité du sommeil…
Le poing serré dans l’attente – si peu attentif à ce qui nous précède – à ce qui nous entoure – à ce qui nous accompagne – les yeux rivés dans la même direction – le regard braqué sur cette étroite fenêtre – sur cet espace restreint – où rien – ni personne – ne passe jamais…
Le labeur crispé de l’homme immobile – inactif – que les gesticulations de ses congénères indiffèrent…
D’un instant à l’autre – sans que le temps – jamais – ne s’y glisse…
Aux portes de ce qui nous violente – tremblant – apeuré mais confiant…
L’ultime déplacement – l’ultime lieu – peut-être…
La tête qui, peu à peu, se retire – au cours de ce voyage au cœur de la soif – l’âme et le pas – puis l’âme et le ressenti – puis, enfin, le geste seulement – détaché des valeurs et des représentations – juste et spontané – comme soudé aux circonstances – puis balayé (impitoyablement) par l’esprit…
Sur la table – dans la tête – devant soi – dans chaque parole – toutes les choses de la terre – toutes les choses de l’invisible – une succession d’instants – des mains qui s’agrippent et des âmes qui s’abritent. Et partout, bien sûr, la violence du monde qui contamine (trop souvent) le regard et le geste…
Le plein jour – condamné parfois par la nuit présente – comme un espace clair et infini – incroyablement lumineux – soudain rétréci par l’obscurité – la nécessité (illusoire) des détours – la continuité du temps…
Tous ces destins – étrangers – familiers – qui n’appartiennent à personne – et dont personne ne peut se réclamer – qui arpentent cet infime carré de terre…
Séparés par un cri – au-dedans – une sorte de stupéfaction – et des lèvres entrouvertes qui martèlent leurs (infimes) différences et leur farouche volonté de différenciation…
Le corps taillé pour la lutte et la course…
Et l’esprit pour l’étonnement – le bruit – le refus…
Et l’étrange apprentissage de l’âme pour retrouver sa posture originelle ; le silence – l’immobilité – l’acquiescement…
La grande paix – la grande joie – la grande liberté – lorsque nous savons nous tenir au centre des cercles – lorsque nous savons nous abandonner à tous les élans naturels…
Ici – face aux visages – le monde accroché derrière le dos – la mine déconfite – l’âme pesante – surchargée – et la parole aux lèvres pour colmater la brèche – réparer la cassure – cet éloignement entre nous…
La tête et le regard au cœur du désordre – au cœur de notre soif – dans les turbulences orageuses et l’inconfort (si évident) du manque…
En face de soi – à tout instant…
Le même espace que nous fréquentons – le même air que nous respirons – la même inquiétude qui creuse nos traits – le même sol sur lequel nous vacillons…
Et, pourtant, tout qui – dans nos têtes – en apparence – nous sépare…
Ni tien – ni mien – ni sien ; la naissance du vent – nos péripéties – nos communes aventures – la mort et les vivants face à l’invisible – face à la lenteur et aux accélérations (imaginaires) du temps…
L’immobilité souveraine face à l’absence – face à toutes nos manières de vivre et de nous présenter en des lieux sans être (réellement) là…
Des yeux inclinés – comme l’âme et le front – aussi bas que le désir et l’orgueil qui, parfois, se dressent – à la manière d’une matière érectile et invisible qui se déploie avec exagération…
Sur la pierre – écarlate – impatient (bien trop impatient) – pareil à un feu – explosif – prêt à oublier les hommes – la vie passagère – à chercher tous les secrets du monde au fond de l’âme – à fendre la tête en deux pour résoudre la totalité du mystère…
Aussi provisoire et inconsistant que les murs – la chair – les bruits – la foule des vivants…
Un vertige dans l’œil affranchi du monde. Et une voix mystérieuse – encore – dans la tête…
Et le jour qui, peu à peu, descend dans la paume – le réel au centre de l’âme…
De l’autre côté du monde – là où la neige tombe – là où la blancheur tient lieu de loi – là où l’esprit se tait – n’a rien à ajouter au geste qui sait (parfaitement) contenter le cœur…
Ça surgit comme le vent – l’eau et le feu – dans une parfaite articulation des intervalles – sans demi-mesure – pour déchirer toutes les formes de résistance – briser les portes – défaire toutes les frontières – nous faire perdre haleine jusqu’au dernier souffle – jusqu’au silence nécessaire…
Comme une halte bienfaisante – un retrait réparateur – définitifs peut-être…
Du noir – du froid – de la solitude – jusqu’à l’arrachement – jusqu’au bleu (intense) de la guérison – jusqu’au-dedans de l’espace lumineux – accueillant – communautaire…
Nous – par-dessus l’orage et les tempêtes – ce qui colore le monde et offre à la terre sa violence et son désordre – tous les élans provisoires des vivants – toutes les faims – en particulier, celles de l’âme et du ventre…
Notre visage (presque entièrement) déployé au-delà de l’espace et du temps…
A l’ombre de ce qui marche à nos côtés – très au-dessus – aux prémices, peut-être, d’un genre nouveau – asexué – sans identité précise – provisoire et polymorphe…
Le visage au milieu du vent – puis le devenant – jusqu’à la parfaite coïncidence avec le regard en surplomb…
La neige étalée sur le jour – des fleurs et des allées – des amas de pierres et de temps – quelque chose de fragmenté…
Nous-même(s) – dans l’esprit et le langage des Autres – presque rien – des images impropres et inutiles – sans intérêt…
Quelques taches de peinture sur nos vitres sales – quelques dégradations dans notre chambre déjà dévastée…
Trop de façades et d’apparences – avec, derrière, quelques éclats de ciel et des détritus – tous les visages du monde épuisés – de cette fatigue parvenue au seuil de la lassitude – comme une illusion arrivée au bord d’elle-même – prête à plonger dans ses propres abîmes…
Sans autre présence que nous-même(s)…
De l’indifférence et de l’eau glacée – les principaux attributs du monde – sans doute…
De l’ennui – de la surprise – de l’absence…
Le plus invraisemblable à vivre – peut-être…
La progression naturelle de la compréhension qui débuta avec l’immersion au cœur de la sauvagerie terrestre – dans cette matière en désordre – désorganisée – profondément chaotique…
Une parole, à présent, aussi nécessaire que la soif – la vie et le langage solitaires – aussi naturels que possible…
D’un monde à l’autre – au même titre que tous les passagers provisoires – instinctifs – involontaires…
En un instant – disparaître – devenir tous ces Autres – en nous – qui réclament un peu d’attention…
De l’embarras – du manque – du silence – des paroles…
Quelques traits à négliger – puis, l’absence définitive…
D’une perspective à l’autre – presque toujours – en simple passager…
Au creux du jour – le plus familier – comme une halte – un instant – une fraction de seconde – le sens des pas et l’absurdité du langage – simple tentative – comme celle du corps cherchant l’étreinte – comme celle de l’âme cherchant l’éternité…
Il n’y a de manière de se rapprocher…
Nous sommes – depuis le commencement – inséparables…
Fixe – à soustraire – notre part – ce que nous croyons être – les choses les moins étrangères…
Ce à quoi l’on se heurte – d’une extrémité à l’autre – comme une commune manière de se tenir face au monde – dans la proximité du plus redoutable – dans le sens opposé des flèches indicatrices ; l’attention portée sur l’excès – le dedans ouvert et le dehors à explorer, puis à réintégrer à l’esprit – tout un monde, en somme, à redimensionner – mille choses à brûler et le reste à faire sien…
Ainsi l’être pourra l’emporter…
Dans les couloirs du temps – au milieu de toutes les choses qui passent – séparées par ce que l’on pourrait appeler la frontière des apparences…
Tantôt objet – tantôt visage – simple matière recombinée – infiniment variable et provisoire – longeant les murs – allant d’un territoire à l’autre – arpentant l’espace – le vide sans épaisseur – comme si le sol et le ciel n’avaient la moindre réalité…
L’œil pareil au jour – et les pas pareils au langage – les uns, fixes et immobiles – et les autres, simples et irrépressibles tentatives…
Le sol – le ciel – encore – comme la seule litanie possible…
Le monde tel qu’il est – dans sa plus grande nudité…
L’énergie et la conscience – le mouvement et l’immobilité…
Le bleu et tout ce qui le cherche…
Tout tangue – tout penche – jusqu’à la pointe du jour – jusqu’à l’émerveillement – condensé dans le tremblement des mots…
Une charge moins lourde qu’à l’accoutumée ; il aura suffi d’un peu de feu – d’un peu de vent – d’un peu d’oubli – pour alléger la tête – les jours – cet incroyable fardeau de vivre…
De la joie – de la neige – sans intention…
L’instant libéré de la certitude et de l’angoisse…
Le provisoire – sans cesse renouvelé…
Le voyage sans fin – à jamais…
Des traces de pas dans le ciel – lorsque l’invisible est décrypté ; la seule chose qui compte – la seule chose qui soit…
Reflets prépondérants des empreintes terrestres – ces infimes traits que nous dessinons avec l’âme – le corps – l’esprit – l’intention et les gestes ; toutes nos imperceptibles arabesques…
Des larmes, parfois, aussi belles et nécessaires que nos éclats de rire ; la preuve d’une âme (pleinement) terrestre – intensément vivante…
Nous seul(s) – nous regardant…
Et – au-dedans – la soif et le plus étranger – ce que nous n’avons encore réussi à apprivoiser…
Nos vies – comme un long périple – tantôt serein (très provisoirement) – tantôt chaotique et virevoltant (l’essentiel du temps) – avec, depuis la première heure, le jour (le plein jour) en bandoulière – et ce fil apparent qui surplombe tous nos abîmes – notre nuit et notre néant…
Notre parole – comme le silence – morcelée. Et dans chaque fragment – nous-même(s) essayant – tout entier(s)…
Fractale de la soif et du désir – de l’éparpillement au remède – de la surface à l’effacement…
Du ciel – hors des livres et des lèvres – dans le geste silencieux – libre de toute parole – de toute explication – autosuffisant, en quelque sorte – libéré des attentes à l’égard de ce qui pourrait en bénéficier…
Sur la route du dehors – des traces – des emplacements – des lieux de naissance – de passage et d’absence – des vivants et des morts ; les mêmes histoires – sans cesse réinvesties – sans cesse réinventées ; des mots – des désirs – des rapprochements – des blessures – ce qui, un jour (tôt ou tard), finit par se séparer et s’éteindre ; des excès et des rétractations – comme mille ressemblances – comme mille différences – entre le ciel et l’âme…
Toute l’étrangeté du monde dans l’esprit – et inversement (sans doute, bien plus encore)…
Une manière de tout confondre – de tout réunir – de tout mélanger – comme la plus juste façon (au vu de nos caractéristiques psychiques) de nous retrouver – de rejoindre l’essentiel – ce que nous n’avons quitté qu’en apparence…
Rien de réellement habité – en ces terres ; des êtres et des choses qui ont l’air d’exister – vides – sans autre consistance – ni d’autre épaisseur – que celles de leurs liens (pléthoriques) et de leur espace commun…
Un seul visage et mille reflets – comme un territoire parcellisé – parsemé d’images et d’apparences – d’air et de temps…
Avec, le plus souvent, un peu de crainte dans le souffle et cette ignorance sous le front des vivants…