EN PLEIN COEUR (VOLUME 3)
EXTRAITS DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2021-2022)
Au milieu des remous – des mouvements – des transformations
Un voyage chahuté – contrarié (si souvent) par la succession des vagues qui déferlent – qui poussent ici et là – qui emportent tantôt vers le continent – tantôt vers le grand large – au bord (toujours) de l'immensité
Vers l'engloutissement et la mort ; vers le découvrement de ce qui danse sous la chair ; l'apothéose peut-être de cet étrange va-et-vient au cœur de l'espace
Une sorte de transe
L'exil à la trace
De la captivité jusqu'au ciel
De la fiction jusqu'au réel
Et des milliers de pages noircies
L'écume dans nos craintes et nos sanglots ; dans nos désirs et nos défaites
Et le jour ; et la source – en amont du monde
Une présence au monde singulière et sans superflu ; dans la résonance directe du cœur – sans barrage – sans écran – sans résistance
Tantôt caresse – tantôt couteau ; le geste précis – le geste exact – qu'importe la beauté – qu'importe l'apparente barbarie
Un seuil à franchir plutôt qu'une issue favorable ; la sortie du labyrinthe ; qu'importe la douleur – qu'importe la jouissance ; des pas bruyants qui se hâtent
Le visage enfoui dans le silence – attendant on ne sait quoi...
Ni commencement – ni fin ; l'oubli et la continuité qui échappe au temps
Dans l'âme et la main ; le sol et le ciel réconciliés
Loin des cercles et des couronnements
Cette proximité avec la terre – les bêtes – le ciel – l'ineffable
Le vrai visage de l'homme – qui apprend, peu à peu, à s'extirper de la boue et du sommeil
Le vide comme manière de vivre – comme état d'esprit
De la terre et de la cendre
Sous un ciel incompréhensible
Les vivants en longue traînée de poussière
Ainsi offerte – ainsi exposée – l'énigme de vivre
Le cœur calciné – au cours de la course – avant (bien avant) que la tête ne s'en rende compte
Surgissant dans le rêve ; tantôt la marche – tantôt le repos – imaginaires
Ne sachant où aller – ne sachant que faire
L'existence et la douleur (souvent) trop abstraites pour atteindre le réel – l'impossible – la vérité
Jeté(s) dans le récit des Autres – comme si le monde existait – comme si le rêve était l'état le plus naturel – le plus commun
Et notre cœur qui palpite – pourtant ; comme si nous étions (réellement) vivant(s)
Pris au piège du monde – de mille manières...
Le cœur devenant (à son insu) – à force de coups – à force de sévices – à force de mutilations – l'outil loyal – l'instrument docile – des forces que la vie terrestre exacerbe et glorifie
La flèche et le vide qui s’interpénètrent
L'esprit-monde – sans méprise possible
Sur les choses – nos mains ardentes
Et notre étonnement
lorsque le cœur l'expérimente
Plus haut que la tête – les rêves ; et plus haut que les rêves – la possibilité du jour
Du sable dans la gorge et dans le sang
Des corps qui finissent en dépouille
Le cœur qui baigne dans ses propres larmes
Et l'esprit qui n'y comprend rien
Ce qui nous étreint
Ici – la nudité – le cœur en fête
L’œil au cœur de l'aventure
Le bleu au bord de la lumière
La danse qu'esquissent les Dieux
L'épaisseur et l'infini – côte à côte – à tourner ensemble – à s'entremêler
Et notre silhouette qui se découpe sur l'horizon ; et qui se détache, peu à peu, du rêve dans lequel on l'a plongée
Le geste tremblant ; comme un reste d'humanité
Et devant soi – le ciel – à une hauteur légendaire
A l'ombre des choses et du temps qui passe
Sur la pierre ; l'encoche des jours et la marche du monde
La preuve (s'il en est) de notre misérable existence
Crevasses et pointes saillantes ; tel que se dessine l'impensable
Sans erreur possible – le jour qui se lève sur le monde
Derrière nous – la peur ; et devant, peut-être, la délivrance ; le déchirement ; l’œuvre qui s'accomplit
Au cœur de la trame – le piège et l'issue ; ce qui nous sauve et ce qui nous maintient prisonnier(s)
Le va-et-vient des âmes indécises
Le corps tremblant – coloré – sous la lumière ; et nos instincts reptiliens
Des voix ; et l'Amour
Ce qui pourrait nous venir en aide ; et le hurlement des loups
La vie – comme une nuit de pleine lune où tout peut arriver
En chemin ; ici ou là – halte ou périple – seul(s) ou ensemble – sans raison ; et dans quel sens ? Qui saurait le dire ?
A proximité – à la périphérie – presque toujours...
Arc-bouté(s) contre l'inéluctable – comme si l'on pouvait lutter contre les forces du monde...
Dans l'intimité du pas
La terre caressante
Le monde qui s'étire
Sans défense – au milieu des Autres
Et jouet de ce qui s'impose
Sans doute – le seul destin
que peut offrir le monde
A fonds perdu – le sommeil ; les coups – les paroles blessantes ; les gestes infamants ; les mains qui meurtrissent la chair ; toutes les armes au service de la mort
Ce qui doit périr ; et ce qui doit subsister – ce qui périt ; et ce qui subsiste ; sans doute l'une des rares leçons de l'expérience terrestre ; encore que rien, en ce monde, ne puisse être affirmé avec certitude...
Sur le tracé de l'encre noire ; l'inconnu qui se dévoile
Comme des pierres sur le sentier – de petits cailloux abandonnés par l'infini pour retrouver le chemin – s'affranchir de l'histoire – se ressaisir et se délester du reste
Et au-delà de l'itinéraire ; l'exploration – le voyage – l'aventure
Indéfiniment – au cœur de l'être
De la même couleur que la sente ; notre nudité
Au cœur de la trame
Sans attache
Au-delà des grilles
derrière lesquelles les hommes se sont réfugiés
Au recommencement de tout ; la ligne et la lumière...
Le pas et le feutre dansants
Entre le ciel et la béance
Dans un joyeux écartèlement
Les hommes ; de la terre qui remue un peu – en bâillant...
Rien que des yeux fermés au fond de l'épaisseur
Les yeux perdus –
à force d'usure – à force d'attente
Au cœur du sang et des illusions
Au milieu des Autres
qui nous embarrassent ou nous indiffèrent ;
Dans un monde
qui ne semble pas (réellement) exister
Sous le joug de la lumière – déjà
La main nue qui, peu à peu, apprend le geste
A porter le plus rare ;
A offrir le plus précieux
A l'insu de tous
Vers les marges du monde –
là où les lettres et les noms deviennent inutiles
L'effacement – comme un signe –
la seule trace (si l'on peut dire)
Le vide et le rien ; [soi et le reste non séparés]
Les premières hauteurs – peut-être ;
à moins que le rêve ne s'approfondisse
La vie blessée – blessante – métamorphosée
La chair rouge et tuméfiée
Cette substance que perforent – que déchirent –
que dévorent – les Autres
De la matière à vivre
Ce que l'on expérimente ; de la fleur à l'oiseau
Le cœur creux et claquemuré
Recouvert de piques et d'écailles
Prêt à empaler tout ce qui passe
Des couleurs et des reflets
Ce qui ondule à la surface
La terre dansante
Sous la coupole grise du ciel
L'esprit au large
L'air et le geste libres
La lumière offerte
Et le bleu – à l'intérieur – qui remplace
toutes les promesses du monde
Le monde affairé
Le ciel à peine entrevu
Des rafles et des conquêtes
Des hommes et des montagnes – déplacés
De la sueur et de l'écume ; et son lot de morts –
pour remplir les interstices de la terre
Le doigt pointé vers l'horizon –
vers d'autres rives ; vers d'autres rêves
comme si l'Absolu (humain)
ne se déclinait qu'à l'horizontale
Le secret qui, peu à peu, se dévoile
Et toutes les choses laissées telles quelles ;
abandonnées au monde
L'emprise déclinante du monde
De moins en moins d'efforts – au-dedans
Et le dehors qui reflète tous les états
Le chant – la grâce et la lumière
La matière poétique (par excellence)
Sous l'emprise des forces qui nous gouvernent – qui nous malaxent – qui nous façonnent
Comme la pâte du monde entre les mains (habiles) de l'Amour – du silence – de la lumière
En bordure du monde – la lumière perceptible
De quoi éclairer ; et, éventuellement, ouvrir les yeux de ceux qui dorment
Le vent – des ailes ; et l'immensité à parcourir
De rêve en rêve jusqu'à découvrir
le lieu où nous sommes
Ce que nous apprend le voyage
Sous les étoiles – au milieu des bêtes endormies – sur la pierre qui écoute leurs râles et recueille leur sang
Au fond de soi – le sommeil ; et au centre – comme roulée en boule – la lumière
L'alphabet du ciel – laborieusement déchiffré – comme si l'on pouvait ainsi percer le mystère – dé-couvrir ce que le cœur renferme – arpenter le territoire des Dieux ; se laisser étreindre par la vérité
L'immensité à la place des yeux –
à la place de l'âme
Une terre d'accueil et de mélange
Un phare – une fenêtre – une main tendue
Comme une prière exaucée
La trame mise à nu
Tout contre soi
A même la chair
Le cœur qui bat
Des secousses et des allées et venues
Des corps – des cris – des mots
Ce qui demeure et ce qui se transforme
Aussi démuni(s) que le reste
Comme mille tourbillons dans le vide
Au-delà de l'histoire – (presque) toujours...
Ici – sans promesse
Adossé à ce qui ne peut se méprendre
La tête dégagée des enfers célébrés par le monde
Installé en pays (très) incertain ; avec, pour seul horizon, le poème silencieux
Il faudrait tout démolir – fracasser les têtes et la roche – briser les murs et la mémoire – oublier le hasard et le sommeil – déplier l'espace et le temps d'une extrémité à l'autre pour se rendre (enfin) à l'évidence ; il n'y a rien – nous ne sommes rien ; juste un peu de vide
D'une couleur à l'autre ; comme une vieille chair – mille fois – repeinte
Et ce que l'on porte ; et, dans un coin de l’œil, cette attente indécise et indéfinie
L'espérance d'une autre terre – d'un ciel moins haut – d'une existence plus joyeuse ; autre chose que cette veille indéterminée – que cette inertie de part et d'autre des yeux
A tâtons – dans le ciel
Le merveilleux et le sang –
inscrits dans le corps
Au cœur de la chair putrescible
La main mendiante
qui emprunte la lumière du dehors
Et nous – avançant – sans certitude –
vers d'autres possibles
Ce dont nous héritons ; quelque chose d'incompréhensible entre nous...
Le visible occupé à ses trébuchements
Et au-dessus (très au-dessus) – l'impensé – intouchable ; ce qu'aucun rêve ne semble convoiter
Du souvenir au consentement
Des instincts aux yeux ouverts
Parmi les loups qui rôdent
Dans le reflet aventureux de la lune
Le seul périple – peut-être
Et dire que nous n'avons encore rien vécu
La bouche close ; sans exemple à suivre – sans exemple à donner...
Les pieds nus sur la pierre
Le bleu au fond des yeux – encore invisible
Et le regard et la douleur –
aussi libres que le reste
Animé de l'intérieur
Comme l'arbre et la fleur
qui se dressent vers la lumière
Des fils arrachés – au-dessus des mains – au-dessus de la tête ; peut-être (un peu) moins pantin qu'autrefois
Paumes ouvertes face au monde insensé
Le visage de plus en plus impassible
Toutes les questions portées jusqu'au silence...
Des choses et des mots qui passent
Un peu du monde – un peu de l'âme –
un peu de poésie – peut-être
Quelque chose du sable et de l'immensité – qui demeure – qui s'écoule – qui demeurera et s'écoulera à jamais...
Des gestes et des lignes sans appartenance
La seule communauté envisageable
Ce qui nous met au monde – quotidiennement
Le sourire né de ce que l'on porte
Dans l'ainsité des choses
L’œuvre du vent sous le regard impassible de celui qui sait
En tout lieu – l'intimité – cette matière plus précieuse que l'or
A rebours – la course du silence
L'allure décroissante
Ce que la mort nous confie
Et ce que la solitude nous révèle
Nos yeux dans l'obscurité
La figure des hommes
à la chair épaisse ; à l'âme absente
De la matière qui advient – qui s'écharpe –
qui s'écroule – qui se succède –
qui se remplace
Des murs autour de la nuit – hauts –
(presque) infranchissables
Un labyrinthe ; et mille voies sans issue
Et des batailles autant que de têtes qui tombent
Et la vitre contre laquelle on se cogne
Une vie – des vies –
au milieu des pierres et du sang –
avec, partout, cette odeur de mort tenace
(et enivrante)
Des seaux de poussière
Du sommeil
Et des fenêtres closes
La place forte abandonnée
aux pilleurs et aux vents
Le carré d'herbe verte offert
aux déluges et aux tempêtes
Laissant apparaître – comme
un étrange jardin de lumière –
une sorte de présent (inespéré)
accordé aux yeux ouverts
Le silence qui percute le cœur et la pierre
En ce monde encore étranger
à la dimension magique de l'espace
De désillusion en désillusion vers ce qu'il reste...
Ce qui s'érige ; et la distance qui sépare de la lumière
La gravité du monde ; et de l'autre côté – un peu plus loin – le ciel – la neige et le poème
Du bleu ; et des passages que l'on obstrue à force de désirs ; à force de calculs et de bruits
Trop de sourires et de promesses ; trop de caresses et de mots – sur cette pente à gravir
Là où l'on séjourne
A l'abri du monde et des circonstances
Au cœur d'un passage –
entre la pierre et l'immensité
L'existence éprouvée ; d'une extrémité à l'autre – au cœur de l'obscurité
Du possible à l'impensable...
Là où nous nous effaçons ; ce qui nous prolonge jusqu'à l'infini
Assis en silence face au monde ; le verbe passionnément poétique
Une respiration naturelle – de plus en plus...
Profondément plongé dans la parole
L'absence de temps – au cœur des siècles
L'écho de l'origine dans l'univers
L'Amour à travers les saisons
La métamorphose des corps
Et ce qu'il reste au fond du cœur
L'obscurité éparpillée au milieu de la lumière
L'archipel intérieur ;
le lieu où se déploient les ailes
Le ciel à la place du monde
Ce qui, en nous, lentement s'éveille
Une étreinte qui dure
à la place des choses qui changent ;
à la place du sable qui s'écoule
L'âme tournée vers ce qu'elle porte
Plus haut que le jour – la modestie des visages – l'écoute discrète – la main qui caresse – le souffle rassurant sur ce qui, en nous, est livré à la peur – aux affres – à l'effroi
Quelques mots pour abattre les murs et rendre au sauvage sa liberté
Des bêtes – des roches ; des arbres jusqu'au ciel
Ainsi pouvons-nous faire face aux hommes et à la fatigue qui gagne, parfois, ceux qui luttent et résistent
Le dehors et le dedans – imbriqués sans savoir où l'un commence – où l'autre finit
La solitude comme une couronne sur le cœur en joie ; la tête si près du sol – si près des cimes – si près du ciel ; de la couleur de la neige
L'esprit qui voit – la main qui agit
Comme le ciel et le vent
Ni superflu – ni arrière-pensée
Ce qui s'impose – sans intention
La parfaite obéissance aux circonstances
Les mains clouées à la faim
Le ventre maître de la soif
Ce qui sépare l'Absolu des contingences
Et le ciel suspendu – au-dessus (très au-dessus)
des jeux auxquels se livrent
tous les vivants de ce monde
Des têtes et des soleils qui tournent – qui ont l'air de tourner...
Partout – le même rêve – en pointillé ; le monde en apparence ; et, en filigrane, l'esprit
En soi – qui émergent – les gestes et les nécessités du jour
Qu'importe le sommeil et les tragédies
Qu'importe la douleur du monde et le rire des assassins
Le ciel sans distance
A proximité de la source
Le monde en soi
Hors du temps
L'âme au cœur de ce qui vient
Tous les possibles – simultanément
Le sol comme espace de liberté
Le destin qui s'affine – qui se précise
Sans certitude – sans vérité
Du vent – de l'inconsistance –
derrière les apparences
Et l'âme réceptive qui tâtonne
Au soir de l'horizon humain
Des figures lointaines – de plus en plus
Ce dont nous n'avons plus l'usage
Au bord du sommeil – au bord de la mort
Là – parmi le sable et les débris
Pas d'apothéose – pas de perte légendaire ;
La vie – seulement – qui s'étiole –
qui s'éclipse – qui s'exile
Abandonnés ; le temps et les impératifs du monde
Au rythme de la lumière ascendante
Le front sauvage et silencieux – dans la seule couleur qui vaille – dans la seule couleur qui soit
Le cœur qui bat
Le rythme du monde
Le poids des siècles sur l'échine
L'obsession du visible à participer à la danse
Sans arrêt – sans retour ;
ce voyage vers l'inconnu
Aux confins de soi – le poème et la lumière
Ce qui vibre avec l'herbe et les étoiles
Ce grand ciel peuplé
par les Dieux et les oiseaux
Debout – les yeux ouverts – face au jour qui se lève ; et un sourire qui s'esquisse sur tous les millénaires passés...
Seul – à présent – sous le ciel d'hiver ; à contempler l'espace ; la vie spacieuse peuplée de silence
Le goût de l'ivresse sobre – de toute évidence ; l'intensité du vertige – au-dedans ; et le regard imperturbable qui traverse le monde ; et au-delà
Comme l'arbre – la verticalité un peu rigide ; et l'horizontalité qui cherche la lumière
Le chemin – à l'intérieur – déployé
[Ce qui – en soi – continue de croître vers l'invisible]
Vers l'origine – à reculons...
Seul – sur ce fil – silencieux – au cœur de l'incertitude – au cœur de l'inconnu ; ce qu'offrent les circonstances ; par-delà les baisers et les morsures des Autres ; ce qui s'impose – magistralement
Face au mur – l'ombre et l'arbre ; et ce restant de lumière
Et cette nuit qui n'en finit pas ; qui n'en finira jamais – peut-être...
Une lumière sur soi
A travers les contours mouvants de la tendresse
Ce qui nous circonscrit – d'une certaine façon...
Au bord – parfois – de ce qui nous précède...
Sur la terre des forfaits infamants
Quelque chose de l'oubli et du temps déconditionné ; le dessous de la boue ; au rythme du cœur qui bat
Et la résonance – au-dedans ; de la lumière
La langue brûlante
Le verbe prolifique
Ni question – ni réponse
Un portrait – une sorte d'état des lieux
donnant à voir l'abondance des visages
et des possibilités
Le fond des choses – pour soi – peut-être
Le ciel moins escarpé qu'on ne le pensait
Par-dessus l'enchevêtrement
Dans le même espace – partout
Sans dehors – sans dedans
Le vide vivant à même le cœur –
à même la peau – à même la pierre
Ici – comme happé par cet étrange mouvement –
à l'intérieur
Vers là-bas – sans pouvoir donner de nom –
ni à la danse – ni à la destination
Des pas légers
Sans prise
Porté par les courants
Ce qui bouge ; et ce qui contemple ;
l'un dans l'autre – indistinctement
Qui sait – qui peut savoir – où cela commence – où cela finit
Qui sait – qui pourrait – rassembler l'ensemble des pièces à emboîter pour tenter d'achever l'inachevable ; le (très) surprenant puzzle du vide et de la matière ; le mystère vivant ; l'ineffable plongé au cœur de la chair
La vie apparente – défaite
Et le cœur bleu – à présent –
(presque) parfaitement déployé
Ni sol – ni ciel
Sur la faille comme sur un fil
L'équilibre – les yeux fermés
Entre le mythe et la chute
Le vide habité
Des croyances et des promesses au lieu de l'inespéré
Dos au mur – les pieds dans le vide ; à même le ciel – déjà...
Au seuil d'un soleil dessiné par l'enfance
Avec des provisions de neige jusqu'à l'aube
Au-dessus du ciel inventé par les hommes
Sans cri – dans les flammes
Ce qui perçoit – (juste) au-dessus de la douleur
Le voyage ; au rythme de ce qui est vivant
Au milieu des danses et des chants sacrés
Les âmes avisées qui s'éloignent de ces lieux où bavardent – et se querellent – tous les fous
Des lieux obscurs où se mêlent la douleur et le cri
Un monde d'alliance entre les têtes apeurées et la nuit
Du vent ajouté au vent ; et l'étoffe qui s'effiloche (qui finit, parfois, par s'effilocher)...
L’œil – comme les larmes et la joie – solitaire
Le séjour voué (presque exclusivement)
au rapprochement – au labeur – à la vérité
De plus en plus près de la lumière
Et la lanterne à la main –
de moins en moins nécessaire
Au service de ce qui vient (juste) après la douleur...
Obéissant aux nécessités et à la tendresse
La sensibilité vive dans l'âme et sur la ligne
Sans effort – sans éclat narratif
Le cœur et la feuille – sans revendication
La parole dans son écrin –
tantôt le cœur – tantôt le feu
Penché(e) sur l'impossible –
après avoir fouillé (en vain) la terre et le ciel...
Parvenu(e) – peut-être –
au seuil d'une certaine clarté
Le silence sur les lèvres souriantes ;
Ce qui acquiesce à ce qui vient
En passant sous le ciel noir
Affligé par les apparences et les lois
L’œuvre des hommes
Les cœurs endormis
Et l'absence de lumière
Le ciel – au-dessus des guerres – du sang – des ombres qui glissent dans la glaise – grises – sombres – en ce pays d'absence et de tressaillements
Vers le haut ; de toute notre ardeur...
Un mot après l'autre ; à travers la nuit – l'énigme parcourue
Des lignes sans règle – sans dogme –
sans certitude – sans ambition
A la source de l'encre
Au cœur des cercles naturels
Le ciel célébré
Et la danse (joyeuse) de l'âme
qui précède celle des signes sur le carré blanc
Insensible(s) aux murmures de l'infini – à la parole caressante qui ricoche sur nos cœurs absents
Sous la caresse des vents qui parcourent l'espace ; l'âme intacte ; et la réserve de malheurs dans laquelle on pioche (abondamment)
Les jours en bandoulière – comme des cartouches de possibles...
Un monde de pierres et d'étoiles
Sous un ciel rompu ; sous un ciel disjoint
En dépit de ce que l'on clame un peu partout
D'un rêve à l'autre – sans jamais se rejoindre...
La voie qui nous invite ; et la sente qui s'impose...
Une manière de se tenir face au monde
Une voix pour dénoncer la trajectoire de l'homme ; les mutilations et les assassinats
La hache à la main ; prêt à défendre cet espace qui (pour l'instant) échappe à la barbarie
Chaque ligne – chaque geste – comme un acte de résistance ; une manière d'échapper aux hommes et à l'humanité – de nous rapprocher de ceux qui habitent au fond des bois
Le reflet du désir dans les yeux fatigués ; et celui de la lune aussi – aussi pâle que l'âme – que les lèvres – décharnées
Contre soi – la source ; et tous les rêves du voyageur
L'infini préservé des étoiles factices ; qui contemple ; et qui tressaille devant la terre – le ciel – l'infâme et le merveilleux
Qui ose défier les bruits et les ambitions des hommes
A travers la blessure des mortels ; l'évidence qui émerge de l'incertitude ; l'être – en dépit de tout
Inguérissable(s) ; et déjà guéri(s) – simultanément
Rien – malgré l'abondance et la multitude
L'énigme – sur la pointe du doigt –
emportée par la danse
Le vent qui n'épargne personne
Le monde et la poussière
Sous un ciel (incroyablement) nocturne
Et ce rire – sans égal ;
comme un passeur d'enfance
Le visage illuminé et l'âme étreinte
Les privilèges (méconnus) de la solitude
et du silence
L'étendue – à perte de vue – à l'intérieur
La pierre – le monde – le ciel ; en filigrane
Là où la ligne s'attarde
Là où l'encre et le mot deviennent le seuil
Qu'importe où l'on se trouve
Le cœur toujours à sa portée
En chacun – se perd – se dilue – l'infini – l'éternité – la joie ; la flamme vive des jours
L'âme – dans le ciel – déjà
Partagée entre le monde et la légèreté
Entre la blessure et le silence
D'une terre à l'autre ;
de manière (assez) équivoque
La nuit – à la hâte
Le cœur absent
Le monde et l'aube (parfaitement) repeints
Comme pour consolider l'illusion
Un pas peut-être – vers la lumière...
Des signes sur la feuille
Ni trésor – ni feuilleton
Ce qui s'offre ; le reflet du monde
cet étrange miroir pour les Autres
Collé au cours des choses ; sans idée – sans image – sans a priori – sans arrière-pensée
Le vide pas même en référence
Du silence et des mots jusqu'à satiété
Du vent dans la parole
Des lèvres qui cherchent
à s'abreuver à la source
Une manière (sans doute) d'échapper
à l'humanité – en l'homme – qui sommeille
Des bruits feutrés
Des pierres et des éboulis
Des brisures et des roulades
L'âme meurtrie
Le cœur (progressivement) arraché
Le jour qui se replie
A la hâte
Comme si la pointe du rêve avait déchiré
le ciel et le sommeil
La somnolence pierreuse ; l'acharnement à vivre – malgré l'horizon emmuré...
La couleur du monde
Et, à l'intérieur, cet espace et cette flamme
Des yeux comme l'on écrit
Le voyage ; d'un bout à l'autre de l'âme
Qu'importe que le bleu
nous ait (en partie) recouvert
Rassemblés – la pierre et le ciel
Notre visage humble et incliné
A la verticale du monde
Fidèle à la mort et à l'oubli
Au fond de l'âme ; ce qui est plus précieux que l'or...
Sur la sente des simples ; qu'aucune ombre ne peut arpenter
Sans croix – sans péché – sans cortège
La vie brute et le visage incliné
A humer l'essence du monde
Sur la pierre – au cœur du poème
Sous l'emprise – invisible – du bleu
L'expérience du monde ; entre la douleur – l'escroquerie et l'espérance
L'épaule et la tête appuyées sur l'écume
Piégé(s) – en quelque sorte – dans la matière et les exubérances de l'esprit
Obscurément – la nuit
Et le ciel – vers lequel on ne parvient
à hisser sa douleur
L'ardeur et le souffle qui manquent
Le sommeil – trop profond
Et la charge – trop lourde – peut-être
De long en large – sur le même rivage –
indéfiniment
Des éclats de vent
Sur un fil de lumière
Et la mainmise de l'Absolu
sur la sauvagerie et la sagesse
Quoi que l'on en pense
Quoi que nous fassions
Seul et solitaire ; et s'assumant (autant que possible)...
Dans les sous-sols de la joie ;
et, quelque part, du soleil
Hors du monde – assurément
A contempler le jour ; et le sommeil autour de soi
De plus en plus simples ; la vie – le geste – ce qui s'écrit...
Immobile(s) malgré la ronde des rêves et des étoiles...
D'hiver en hiver jusqu'à la saison de la lumière ; les gestes comme une longue prière
Le réel – en face...
Rien qu'un voile à déchirer pour apercevoir toute l'envergure de l'étendue
La lumière – au fond de ce que nous sommes
Au bout de cette longue veille
Dans le cœur confiant
Et quelques mots ;
avant le long silence
qui va tout recouvrir
Au cœur de l'absence ; l'hiver déjà ; l'hiver toujours – la seule saison (sans doute) dans le cœur de l'homme
Cette longue ligne – sans cesse – reprise (et prolongée) ; comme un seul trait de plume – vers la lumière
Du bruit dans le cœur de ceux qui vivent ; et du silence dans le cœur de ceux qui s'en vont
Jamais de vie simple – de pas simples ; et acquiesçant (trop rarement) à la mort au jour dernier
De l'origine à l'origine – en passant par quelques ténèbres
Le feutre et le pas qui, peu à peu, se confondent
Un seul chemin ; la page-vie – la page-monde ; l'existence qui offre son témoignage
Emporté – à son insu – vers l'immensité
Au cœur d'une nuit devenue introuvable
A même la trame ; qu'importe nos râles et nos désirs – nos prières et nos gémissements...
La main ivre qui pioche dans un sac
Un destin et l'enchaînement des circonstances
De l'absence ; des chutes et des manquements
Ce qui passe – en un éclair
Le temps d'un geste – d'un sourire
Sans compter les conséquences
Retrouver sous l'ombre et la terreur – l'épaisseur – les pierres entassées et le cumul des malheurs – ce qui nous constitue ; le joyau éparpillé – dispersé aux quatre coins du cœur
Des trappes – une (très) longue série de trappes – qu'il faut ouvrir ; des passages à travers lesquels il faut se glisser ; des seuils métaphysiques ; du ciel et de la boue – le voyage de l'homme
Partout ; l'infini déguisé qui se joue
de notre (merveilleuse) aptitude à l'illusion
Du temps ; au-dedans de tout
Et des douleurs qui s'acharnent
Ce qui nous convoque et nous condamne
L'absence ; le monde ; cette sorte de royaume
Sans répit – le ciel donné – le ciel reçu
La ligne qui retranche le monde
Dans une (inlassable) succession de signes
Le souffle initié par le vent
La terre à peine effleurée
Le cri parfois métamorphosé en voix
A travers un long voyage – assurément
Comme si l'on accompagnait les pierres
Au bord de l'innocence et de la confusion
A deux doigts de défaillir
Ce que l'on cherche ; davantage que soi ; quelque chose que révèlent la solitude et le silence...
Sur une terre ruisselante de sang – comme dans un champ de fleurs rouges
Et ces restes d'espoir – absurdes – sous notre front obstiné
Le front scellé dans la roche ; excroissance (vaguement cognitive) de l'argile
Et l'immensité au-dessus des têtes – toujours aussi incompréhensible pour l'essentiel des hommes...
L'en-bas du monde –
au cœur des pièges et des menaces
Entre la roche et le sang
Plongé(s) – à plein temps –
dans un bain de semences et d'excréments
L'essentiel de l'expérience terrestre
Le pas jamais hors du royaume...
De jour en jour – les yeux que l'on voit s'ouvrir ; et qui s'ouvrent réellement
Sans devenir – sans espérance – sans personne ;
de plus en plus...
Au cœur de ce qui est ;
ni vraiment centre – ni vraiment périphérie
Au-delà de toute géographie
Face à la lumière – le cœur palpitant
Les mains vides
Les bras ballants
Et l'âme toujours aussi peu commerçante
Au fond de l'âme ; des pierres – du feu –
une joie crépitante
Le socle des ombres qui dansent
Rien qui ne craigne l'ardeur
Rien qui ne craigne la clarté
Pas le moindre mensonge
Pas le moindre artifice
Pas le moindre déguisement
La vie brute et sauvage
Ce que le vent amène ; et ce que le vent emporte – follement embrassé
La quiétude et le jour
Le grand ciel – par devers soi
Ce que l'on attend – ce que l'on espère ; trop souvent – en vain...
La plaie cachée dans les derniers replis du cœur ; et la tête par-dessus – en (fausse) gardienne des souvenirs
Un voyage sans escale – sans (véritable) destination – dont nul ne comprend (vraiment) le sens...
Vers soi – de plus en plus...
Dieu – l'Amour – le silence – la joie – (presque) à ne plus savoir qu'en faire...
Du cri à la grâce sans une seule halte
Enfoncé dans la chair – le ciel – aussi peu épais que possible...
Sans quitter sa chambre – le voyage
Le défilé des lieux
devant les yeux de plus en plus impassibles
Le cœur qui s'éloigne du sommeil
L'âme à notre chevet
L'esprit immobile ;
pendant que le chemin se déroule ;
jusqu'à la disparition ; jusqu'au recommencement
Indéfiniment – la même boucle –
avec ses allers et retours
Ignorant(s) – sans même le savoir...
(Totalement) indissociable(s) du reste
Sans qualificatif particulier
Et appartenant (déjà) à l'immensité
Déjà condamné(s) à la solitude et à la perte
Quoi que nous fassions ; le jeu même de la traversée
Habité – animé – par ce que nul ne voit
Avec ce qu'il faut de terre pour obéir aux lois de la gravité
Du mystère – des désirs – des résistances et des prières
Ce qui entretient le monde – malgré soi
Seul(s) – face au même mystère
A pas lents – jusqu'au scintillement de l'étoile ; la face cachée du monde
Jusqu'à l'aube première ; jusqu'à l'espace où fut enfanté le vivant
Sur un chemin très ancien ; antérieur à l'émergence du temps
Seul ; et le cœur fraternel et amoureux...
A la jonction de tous les cercles
Pas un lieu ; une sorte d'enracinement
Le cœur en feu
Le front entre la terre et le ciel
L'homme dans son apprentissage du monde
Le ciel et la route – confondus
La joie et la liberté d'un chemin sans pénitence
Au plus près de la source ; ce qui surgit – sans pensée – sans parti-pris
Libéré des luttes byzantines – des baisers imposés – des aménités d'usage
Nous abandonnant au monde et au vent ; au vide et à la lumière
Devenant le reflet (sincère et désintéressé) de l'Amour – le temps d'une longue expiration
Et assassinant au souffle suivant
Laissant la perfection agir – s'incarner
L'esprit immobile tandis que la chair se déchaîne – se débat ; tandis que la tête s'éparpille ; tandis que les gestes tentent de corrompre (malgré eux – malgré nous) l'innocence et la beauté de celui qui ne sait pas (et qui obéit aux forces qui le traversent)
Dans l'herbe folle
Le lieu de l'aube
L'arbre et le ciel
La roche et la bête
Et nous – au milieu
Les talons sur le sol
Le front dans la nuit
Le séant sur la pierre
A l'abri des hommes
A l'instant où le jour se lève
Face à nous – la ronde des heures ; les dents qui mastiquent ; l'éternel recommencement de la faim et du temps
Ce qui traîne – ce qui tournoie – au lieu d'aller comme la flèche vers la source qui attend sa descendance
Le soleil à l'horizon – comme une tête rouge –
la figure tutélaire d'un Dieu gigantesque
Le cœur nu du monde – en offrande
Et nos vies – et nos gestes –
comme d'incessantes prières
Entre bêtise et sagesse – les pas de l'homme
Sans rien découvrir sinon le parfum des fleurs – l'ombre des arbres – l'immensité du ciel ; et la faim des bêtes qui règne partout sur cette terre
Avec quelques étoiles (parfois) au fond des yeux
Le visage triste ou rieur – inexpressif (l'essentiel du temps) ; comme si l'on ne comprenait rien au monde – aux circonstances – comme si tout avait la plus haute importance – jamais (presque jamais) comme si nous n'étions qu'un rêve
A travers le souffle – le feu
Le monde ; un autre nom pour se nommer
Sur le seuil de la même porte ;
Le vide – rien (à quelques vétilles près)
Ce qui nous distingue – peut-être – du ciel
Frère des bêtes – ami des arbres –
compagnon des fleurs et des pierres
Habitant de la forêt –
au même titre que le granite et la fougère
au même titre que le chevreuil et le chêne
Le destin sylvestre et solitaire
Proche du chant et de la source
A sentir – en soi –
croître l'Amour et l'indistinction ;
le monde de l'invisible
Muet – sans autre parole que celle qui s'écrit
Ancré dans le refus des siècles et de la modernité
Aussi libre que possible dans cet espace sauvage qui s'atrophie
Ici – ailleurs – qu'importe – la même ardeur – et le même silence (à la fin)...
L’œil du jour – l’œil du temps – face au visage du monde
Et l'éternité – complice de cette assise – de ce périple – de cette (perpétuelle) transformation
Sans peur ; ce qui a lieu ; et ce qu'il faut embrasser
D'un lieu à l'autre – sans jamais rien quitter
D'une nudité à l'autre – à travers l'abondance – à travers tous les déguisements
Et le ciel en gage ; au cours de ce long voyage ; vers le silence et le mystère
La terre comme un seuil ; bien davantage qu'une épreuve – bien davantage qu'un horizon
Une manière de vivre – de marcher – d'habiter le monde – de rencontrer ce qui nous entoure – ce que nous croisons – ce qui nous fait face ; les yeux ouverts – de plus en plus...
Le lent travail de l'âme sur la pierre
Et – peu à peu – le ciel et la clarté ; et le cœur comme une évidence ; la seule nécessité de l'homme (et de toutes les créatures animées)...
Au fond de la mélasse – l'usure et la fatigue
Et ça roule ; et ça glisse ; et ça chute ; et ça s'enlise dans cette nuit brûlante
Le périple terrestre – comme une fuite – une tentative de fuite – aussi vaine que l'espérance
Nous rapprochant de la vérité vivante de ceux qui respirent ; cette gloire humble – le front dressé face à l'épreuve – la tête baissée face au ciel
Sûr de rien ; mais jamais oublieux de l'essentiel...
Au centre de tous les cercles – dans l'intimité de ce qui existe
Les forces – en soi – qui nous animent ; et qui nous portent
Au plus près – toujours – du mystère qui, sans cesse, se réinvente
Un ciel davantage qu'une terre à habiter ; et d'autres fois (tout simplement) l'inverse...
Le monde traversé – de part en part
Des éclats d'étoiles
incrustés dans l'âme et la chair
De la neige – à notre seuil
Et le feu qui gagne – peu à peu – le fond du cœur
En attendant l'union – l'immensité –
le grand embrasement
L'apparence intacte ; en dépit du reste
Face au mur – le lointain inchangé
Le parfum du grand large ; et nos yeux aux aguets – cherchant une faille – un interstice – où se cacher – où se faufiler
Vers le voyage ou le repli – selon le tempérament – selon la destinée
La terre qui tourne – comme tous les astres – comme toutes les têtes
Nous y sommes (déjà) – bien sûr – sans réellement y être...
Qu'importe que tout tourne – que tout change – que nous ne nous reconnaissions pas
Le geste dans l'exact prolongement de la main ; et la main dans l'exact prolongement du cœur
Seul – au cœur de l'immensité
Le souffle – la voix
Le ciel étreint – au-dedans de la parole
Comme un geste ; une prière
Des embrassades en boucle –
offertes à la périphérie de l'immensité
Du bleu au bleu
L'incessante recomposition du puzzle
A travers notre labeur
Au jour annoncé
La nuit qui résiste
Le noir qui s'offre
à la place de la couleur escomptée
Comme si le bleu – à peine touché du doigt –
se retirait
Comme des traces rudimentaires d'Absolu ; des signes – une danse ; au milieu des mensonges et de la banalité
A chaque extrémité du temps ; le pressentiment de l'éternité...
Au milieu des morts et de la lumière
En notre propre compagnie
A la cime des arbres
Le jour matinal
La tendresse du chant qui monte
Et la joie qui ruisselle
A genoux – face à la lumière
Ce qui vient ; accueilli et honoré
Et le cœur couronné
A la hauteur appropriée
Le ciel à son comble
Le cœur rassasié
Face à la paroi parsemée
de pointes et de promesses
Mille éclats de tendresse
Et cette plainte qui monte
vers l'autre versant de la terre
Bien avant que nous ne soyons
Le règne hégémonique de l'écume
A voyager sans fin ;
comme s'il n'y avait de destination
Et la halte nécessaire – en soi
Au cœur du chant ;
notre manière d'habiter la terre
L'âme éprise du ciel
Et face à la feuille – le silence
De la joie ; et la parole (assez souvent)
prise au dépourvu
Sur cette pente du monde
Le cœur dans la poussière
Dans le bruissement du temps
Sans rien voir – sans rien savoir
Jusqu'au dernier soir
Jusqu'au dernier souffle
Jusqu'à la dernière poignée de terre
jetée sur la chair
D'une extrémité à l'autre – sans croyance – sans promesse – sans tromperie...
Au fond, la soif qui nous assaille
Et, à la surface, l'âme desséchée
La sève – jusqu'au bleu
Du sol au ciel – d'un seul trait
Comme un fauve – le cœur en cage
Et des rêves – en troupeau – que l'on harponne en gémissant – les yeux fermés
Au milieu des pierres
Face au jour – face à la lumière
La main tremblante
Devant le bleu approbateur ;
comme devant l'encre jaillissante
A perte de vue – le ciel ; toutes les possibilités
Et nous – passant (assez énigmatiquement) d'une combinaison à l'autre...
Aux lisières du monde – là où se terrent les ermites et les bêtes
Derrière d'épais taillis – au pied d'arbres centenaires
Au cœur du silence vivant de la forêt
Le jour et le ciel ; le cœur et le chant – apprivoisés
Ce pour quoi nous habitons loin des hommes
Assis devant l'étendue – devant l'inconnu ; la sébile tendue et les yeux fermés
L'itinéraire ; la direction de l'innocence
Les yeux ouverts et le cœur accueillant – de plus en plus...
Et cette joie qui, peu à peu, remplace toutes les questions
Jour après jour – le même abîme qui se creuse
Le monde ; de simples reflets sur la pierre nue
Remplis de ciel et de tendresse ; entre les pièges
Ni songe – ni vérité ; rien de définitif ; seulement – le sens des retrouvailles et de l'éloignement
La mesure de l'écart – en quelque sorte – que porte – malgré elle – malgré lui – toute existence – tout geste – toute parole – toute foulée
L'éternel mouvement – l'éternel voyage ; sans rien oublier ; ni la source – ni les plus lointaines périphéries
Face à la source – face à l'immensité
Au-dessus des heurts et des ports de tête altiers
Parvenu ici – sans aile – sans offenser personne...
Placé(s) ici (sans préavis) – entre le feu – le sommeil et la folie
A essayer (assez vainement) d'aller du côté du ciel
Mille chemins bordés tantôt de fleurs – tantôt de visages – tantôt d'étoiles
Jusqu'aux sources de la lumière
Et cette veille commune qui ressemble à un rêve
A genoux sur la pierre
La prière naturelle
Et le ciel qui se prête au jeu
Sous les arbres – encore
Assis sur la terre blanche
Le ciel sur l'épaule
Dans notre main – la lampe et le lointain
L'instant sans devenir
Le visage couronné malgré les murs
Au-dessus (bien au-dessus) du monde
Loin des yeux gris qui cherchent ; et des mains qui fouillent le sable sombre
Sur la roche – contemplant
Au-delà des voyages et des légendes...
Vivre à l'écart
Parmi les feuilles et le bois vert
En compagnie du monde accroupi
Sans image – sans étoile
Le soleil à l'intérieur
La plus haute besogne – parallèle à la course des étoiles...
Rien que le temps qui passe
Et, parfois, la possibilité du désastre
Le poème et le silence ; proches (sans doute) de la langue mystérieuse des arbres
Des gestes et des lignes pour rien ; pour la joie ; et le monde qui s'inquiète
Léger – léger ; comme le vent...
Sens dessus dessous
Le monde et le temps
Derrière la folie des visages et des horloges
Ce géant aux mains couleur de ciel
A petites foulées ; à travers nous qui passons
Ici – sur la rive des naissances et des morts
Dans un recoin du dehors
Sans frère ; sans parole à entendre
La bouche muette ;
Incapable(s) de vivre seul –
Incapables de vivre ensemble
La matière éprouvante et éprouvée
Un pas au-dedans ; un pas au-dehors
Sans rien comprendre ; sans rien apprendre ; inexorablement emporté(s) par le cours des choses
Aveuglément – dans les profondeurs
Et ce qui remonte avec les larmes
En plein vent
Le front orgueilleux écrasé contre la roche
Le soleil et la terre – dans leur mouvement
L'âme défaite
Comme condamné(s) à la joie
malgré l'emprise terrible des mondes
D'un changement à l'autre jusqu'au regard...
Un certain art de vivre – à mi-hauteur ; entre le monde et l'abîme – entre le monde et les cimes
Les mains et l'âme – débarrassées de ce qu'on leur impose
L'esprit capable – à présent – de boire l'aurore à longs traits
Ce que l'on voit avancer ; le plus humble et le plus sauvage
A foulées lentes – le cœur affûté
L'illusion du monde ; le vide vacant
A égale distance entre le sol et le ciel
Dans l'herbe et la terre – jusqu'à l'ultime pointe du jour
Mille idées ; mille réflexions – au lieu des faits – au lieu des gestes – au lieu de la lumière
Comme si les hommes étaient médiocrement occupés à commenter l'existence et à gloser sur le monde...
Le jour au coin du cœur
Du sous-sol aux crêtes – par le même chemin – sinueux et intermittent
L'émerveillement progressif – au cours de la marche ; vers ce bleu sans mémoire...
Face à la sauvagerie des corps vivants
Stoïque – sans supplication ; nous abandonnant au vent qui nous maintiendra à la verticale ; dans notre assise naturelle
Derrière les masques ; le visage (incroyablement expressif) de la tendresse
Seul(s) sous le rayonnement silencieux de la lumière
Une longue route ininterrompue
Avec des grilles – par endroits
Et le temps de part et d'autre
L'abondance recluse des deux côtés
Et l'âme soulevée, parfois,
par de très anciens restes de beauté
Nous tous ; modeste prolongement des Autres – du monde – de l'origine – de la vie – de la violence – de la mort – du vide – de la tendresse – de la lumière – du silence – de tous les possibles
Et dans un coin – s'imaginant séparés du reste ; les hommes incapables (si souvent) de sentir la parfaite inséparabilité des êtres et des choses
Le cœur brûlant qui embrase le monde
Et le silence que l'on réclame – un peu partout...
Une terre étrange ; un ciel étrange ; quelque chose pour personne
Une expérience sans témoin – sans commentaire ; des circonstances qui se déroulent (qui semblent se dérouler)
Ce qui a lieu – instant après instant
Le grand corps ; notre seule (véritable) famille
Et la solitude de ce qui voit
Ce qui circule – entre les pierres – entre les arbres –
entre les visages – entre les étoiles et les Dieux
L'invisible qui fait tressaillir les âmes
Le pas qui roule sur la pierre
Sans autre ressort que notre perte
Au centre du cercle qui, peu à peu, se dérobe
Du côté du regard et de l'effacement ;
de plus en plus
Sous les baisers du vent – amoureux
La main sur l'écorce
L'arbre et l'âme – réunis
Et l'invisible qui s'insinue ;
au-dedans de nos fissures
Des doigts jusqu'aux racines ;
le cœur tout tremblant
Le vide ; et le jeu des choses qui s'animent...
Affecté (de plus en plus) par cette humanité insensible – indécente – monstrueuse – méprisable
Bien décidé à nous éloigner (plus encore) de ce monde sans grâce ; et à refuser l'essentiel des privilèges que s’octroie l'espèce
La trajectoire des hommes
Tant de possibles ;
et si peu de certitudes (aucune – en vérité)
Sur nos épaules ; dans nos gestes ; sous nos pas ;
les mains du vent
Le vide qui enfante le jour – le monde – le ciel et la terre ; l'arbre – la bête – l'homme et le poème
Le début de chaque histoire...
Et tous les déroulements ; et toutes les fins – possibles ; que choisiront les circonstances successives
Sous des étoiles que personne ne regarde plus...
Rien qui ne dure ; rien qui ne reste
Le labeur incessant du vent sur l'âme –
la chair – le monde
Et cette clarté tourbillonnante
sur toutes ces histoires que l'on se raconte
L'épuisement du monde ; et ce grand trou – et ce grand feu – au cœur desquels tout est jeté ; et ce reflet du gouffre et des flammes dans les yeux égarés
A travers la parole (notre parole) ; le ciel – le miracle – la mort – le monde et la joie ; un peu de poésie – peut-être...
Cette absence de sol sous les pieds ; et cette baguette (intraitable) qui s'abat à chaque tentative de saisie
Le vide dans le vide ; ni chute – ni envol ; exactement ce que nous vivons
Ici – (si savamment) enchâssés – l'invisible et la matière – l'infime et l'infini
Et le cœur (presque toujours) gonflé de ce qui le traverse
Ce qui a lieu ; qu'importe le silence –
qu'importe l'agitation
De la pierraille sous les pas
Entouré(s) de lumière ;
et parcouru(s) de frissons
Les yeux tournés vers le ciel ; comme si quelque chose allait tomber ; comme si quelque chose pouvait arriver...
Un peu de ciel et de nuit au fond des choses
Le monde tel qu'il est ;
la trame du réel
Le contraire du hasard
Et l'évidence du regard
N'importe qui – n'importe quoi – ferait aussi bien l'affaire que nous – que l'Autre – que le monde – que le reste...
La vie (notre vie – toutes les vies) comme un baiser volé à l'infini ; et une douleur à désincarcérer
Au cœur de la douleur – la tendresse décelée ; loyale – impavide
En sa propre compagnie
Ainsi se vivent les élans – les rencontres –
les évidences ; la seule possibilité
Vers le grand désordre et la liberté
Au-delà de la performance et de l'ostentation
Au-delà du triomphe de l'intelligence
Ce qu'il reste du cœur – en ces contrées où l'on doit, sans cesse, se frotter à la pierre
Des pas – des pages – sans la moindre certitude – sans la moindre fioriture – axés (pour l'essentiel) sur la nécessité de l'infini et du poème
Le pied qui échappe au chemin
Et la créature – peut-être – à son destin
Vers une autre terre – manifestement
La lumière – à genoux
Nous suppliant
Au-dessus – encore
Vers l'Amour et la lumière ; à (tout) petits pas
Se hisser à la hauteur du vent
Au-dessus de la terre – simplement
Debout sur la pierre noire
Sous le ciel étoilé
L'infini dans les mains
qui se dressent (très lentement)
Le cœur et le monde – d'un seul tenant ;
sans la moindre séparation
De l'autre côté du rêve – en quelque sorte
Du haut du temps ; tant de choses révolues
Un pas en arrière ; et ainsi de suite
Vers ce lieu – vers ce temps –
d'avant la séparation
Par le même chemin – le retour
Comme un long (et lent) glissement
vers ce qui rayonne
Accoudé(s) au ciel (sans même le savoir)
En soi – au fond du secret – le silence et la danse
Sous la douleur
Du bleu et des fleurs
Seul – sous la lumière
Bien davantage qu'une manière de dire...
Aux côtés des arbres et des pierres
A proximité des bêtes tremblantes
au souffle puissant
La chair et l'âme – sauvages
Seulement le bleu – la route et la lumière
La seule possibilité
La seule manière d'approcher le ciel
Un œil sur le pas ; et l'autre sur la lumière
L'existence ; guère plus qu'un peu de vent – qu'un peu de peau – qu'un peu de sang
A peine quelques instants sur la terre ; quelques respirations – quelques pas ; et, le plus essentiel – sans doute ; ce que le cœur a compris...