QUELQUES JOURS EN MA COMPAGNIE (VOLUME 1)
JOURNAL (2025)
Note liminaire
Je suis nomade ; je vis dans un petit camion aménagé que j'appelle « la roulotte » et je bivouaque l'essentiel du temps dans la forêt.
C'est le livre de Christiane Singer « Derniers fragments d'un long voyage » où se mêlent la souffrance et la joie et où alternent les « petites et les grandes choses » de la vie humaine qui m'a donné l'envie d'écrire cet ouvrage. J'ai donc décidé d'en donner à lire les passages qui m'ont semblé les plus marquants. Ces citations serviront de fil rouge et encourageront peut-être le lecteur à découvrir cette autrice qui a passé son existence à témoigner de son chemin de vie et de son parcours intérieur... Au fil des pages, vous trouverez aussi des haïkus et quelques extraits des livres qui m'ont accompagné ces dernières semaines. Ils viendront, ici et là, agrémenter le récit.
Adresse au lecteur
Dans ces pages, tu trouveras quelque chose de moi, de toi, du monde. Et aussi, sans doute, quelque chose de notre époque bien que l'essentiel des fragments ont, je crois (du moins je l'espère) un caractère atemporel et universel.
Vendredi 27 juin
Décision
Il y a peu, j'ai décidé d'arrêter d'écrire comme si une force me poussait à me consacrer à l'essentiel ; à vivre l'essentiel...
Expectative
En attente de quelque chose
A l'écoute de ce que la vie va offrir
Portrait
Hors du sommeil
Là où le Divin devient le monde
(Sans doute) plus proche – à cet instant –
du miroir que du reflet
Portrait de l'homme
Ignorants, impuissants, fragiles, misérables. Voilà ce que nous sommes ! Et mêlé à ces « tristes choses » cet incroyable potentiel d'intelligence, d'Amour et de joie...
Truisme
Mon dieu ! Que la vie est rude. Et si merveilleuse pourtant...
Ce que l'on peut faire
On ne peut, bien sûr, vivre la souffrance des autres à leur place. Ni les porter sur leur chemin. Et parfois pas même les accompagner. Mais on peut les aimer. Et il y a mille manières d'exprimer son Amour.
A contre-courant
A l'heure où tout se pare ; où tout se cache
Notre (presque) parfaite nudité
Ignorance
Qu'y a-t-il au fond de soi que l'on ne connaît pas ?
Ce que l'on doit vivre
Mille possibles
Et un seul chemin
Se laisser guider par ce qui s'impose
Évidence
Et si vivre, c'était apprendre à mourir. Oui, bien sûr ! Vivre, c'est apprendre à mourir ! Mon Dieu ! Quel triste poncif !
Ce que nous portons involontairement
Ce que le cœur recèle sous les couches de peurs, de désirs et de ressentiments. Ah ! Si l'on pouvait directement accéder à l'essence ! Mais on le peut... mais comme le reste (tout le reste) cela ne dépend pas de nous...
Simplement s'asseoir
Parfois se taire
et simplement s'asseoir
ressentir et regarder
Et cela suffit à nous emplir de joie
Embarrassé
Si peu à l'aise en présence des hommes comme si je portais, en moi, « quelque chose d'inhumain »...
Incognito
Vie d'interstice et de discrétion
Là où vivent ceux que l'on ne voit pas
Là où vivent ceux que l'on ne regarde pas
Humbles interstices
Les yeux baissés sur le sol – sur ces herbes folles qui poussent partout où l'homme n'intervient pas. Fossés, accotements, bordures de trottoir. Infimes espaces abandonnés à cette vie sauvage que ni les piétons inattentifs ni les automobilistes pressés ne remarquent.
Bashô
« Les gens des siècles
ne remarquent pas les fleurs
du châtaigner près du toit »
Sans communauté d'appartenance
A côté de tout ; à côté de tous. Sans la moindre appartenance à un quelconque groupe humain.
A l'ombre des frondaisons
Le cœur sylvestre et solitaire
battant au rythme des saisons
se laissant traverser
par les nuages et le cri des oiseaux
sensible au soleil et à la pluie
bercé par le chant et les caresses du vent
fuyant les pièges et les épines du monde
partisan, malgré lui, de la même prière
Disparités de traitement
Plantes malingres et assoiffées sur le déclin. Au pied d'insolents et florissants bégonias en pot que les hôtes des lieux prennent soin d'arroser chaque matin.
Incurable
Ce qui est là
Sans remède
Et déjà dans les bras de la mort
Sans alternative
On ne choisit rien ; ni sa vie, ni sa mort, ni son destin, ni la joie, ni le chagrin. Tout nous pousse vers ce que l'on doit vivre. Tout nous est offert ; et c'est avec ce qui nous est donné que, presque malgré nous, notre existence se réalise...
Tendre flamme
Comme un feu
Cette longue étreinte
qui consume le jeu, les ombres et les mensonges
Affinités personnelles
En cette vie, mille choses m'ont intéressé. Mais dire l'homme, ce qu'est l'existence humaine et la manière de conduire sa vie m'ont toujours semblé les choses les plus essentielles...
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Se laisser conduire par ses nécessités intérieures.
Innocence
Dos au monde
Loin des rêves d'ailleurs
Loin des morsures et des tourments
Loin des parades et des écrans
Si près de l'enfance sans âge
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Aller comme va le monde ; à travers le cours des choses.
Perte progressive
Sans se hâter
ce que notre âme abandonne
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Être. Être sans principe, sans règle, sans loi. Écouter et obéir aux circonstances.
Une parfaite absence
D'oubli en oubli
jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien
Faire allégeance
L'obéissance joyeuse et consentie est, sans doute, la plus grande des libertés.
Ce que fait l'homme
A remuer les images
A patauger dans le sang
Sans jamais s'interroger
Sans jamais se soucier de la conscience
Centres d'intérêt
Ce qui me semble digne d'intérêt (sur le plan personnel) : le quotidien, la nature, le rapport aux non-humains, la poésie, l'art et la spiritualité
Issue
Sur ces pierres vivantes
Sous ce vent caressant
Sous ces arbres triomphants
Au cœur de la vie
Enfin la possibilité du monde
Humain, trop humain
On cherche l'altérité et, partout, on ne trouve que l'homme.
Face à face
Il n'y a de rencontre qu'avec soi.
Bonheur
Du silence
Des collines
Des arbres
De la poésie
Le cœur parfaitement comblé
Un peu de métaphysique
Tout est liens et solitude.
Infirmité
Face aux autres trop souvent ; et rien qui ne puisse faire naître la moindre fraternité...
Pas à pas
Peu à peu
Vers le silence
Exercice
Si seul
Dans cette chambre sans sommeil
Les pieds en déséquilibre
A ôter ; à soustraire
ce qui peut l'être encore
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Ne jamais fuir (autant que possible). Faire face à ce qui advient.
Christiane Singer
« Ainsi ne s'agit-il que de vivre ce qui nous rencontre. »
Gratitude
Lorsque la joie nous arrive
Mille choses y ont contribué
Et mille êtres y ont veillé
Des créatures de chair et de sang
et des âmes invisibles et bienveillantes
Aussi – en plus de la joie –
nous avons le cœur reconnaissant
Une présence incomparable
Si près de la mort ; à chaque instant. Mais qui s'en soucie réellement ? Ceux qui savent profondément qu'ils vont mourir ont une qualité de présence au monde, à la vie, aux autres et à eux-mêmes si belle, si innocente, si magistrale qu'elle rayonne à travers leur visage, leurs gestes, leur silence et leurs paroles.
Christiane Singer
« Il y avait trop de choses que je faisais autrefois sans y prêter l'oreille ni le cœur, et ne sachant jamais à quoi imputer la perte de qualité qui se manifestait dans le quotidien. Elle était là tout simplement dans la perte d'intensité, de contact entre ma conscience et les gestes que je posais sur cette Terre. »
Qui sait...
Au fil des mots ; au fil du rêve – peut-être...
Comprendre le silence
Le silence parvient à exprimer ce qui ne peut être dit ; et, quelques fois, cela est compris...
Goûter ce qui est offert
Depuis que j'ai décidé d'arrêter d'écrire, le temps se dilate ; l'écriture occupait une grande part de ma journée. Aujourd'hui j'occupe les heures à mille petites choses, je contemple et savoure les gestes les plus simples.
Christiane Singer
« Continuer d'écrire puisque la vie continue. »
Au fond
Une langue qui se fait (qui sait se faire)
l'écho d'un chant lointain
Peut-être ; sans doute – le plus intime
Inspiration
Assis dans la roulotte. Au milieu de la forêt. Le feutre à la main à essayer d'exprimer ce qui me traverse.
Féerique
Si vaste
Le jour
Devant soi
Dans sa longue traîne de lumière
Une écriture libre
Écrire sans la moindre exigence ; ni en terme de style, ni en terme de contenu. La contrainte a toujours bridé mon écriture. Je suis un adepte de l'anti-Oulipo.
Labeur quotidien
Sous cette lumière
Sans personne
Sans préoccupation
Sans hâte
Le feutre qui éructe lentement son encre
dessinant les traits d'une figure
que même l'âme ignore
Vers autre chose ?
Depuis quelque temps déjà (un peu avant que je ne décide d'arrêter d'écrire), je sentais que se dessinait une nouvelle étape de mon existence ; peut-être une nouvelle perspective – plus libre et moins rigide...
Funambule
Sur ce fil étrange qui relie on ne sait quoi
Entre la mort et le possible
Samedi 28 juin
Tristesse et ésotérisme involontaire
Bhagawan, mon dernier chien est mort il y a maintenant 7 mois. L'absence reste vivace et douloureuse. Et je repense très souvent à sa fin tragique. Il a agonisé1 pendant 9 jours après avoir été écrasé par un mini bus scolaire. Il a sans doute succombé d'une hémorragie interne2 non décelée par les vétérinaires qui ont passé plus de 3 heures à suturer la peau déchirée de ses pattes arrière et de son bas-ventre. Sa mort m'a anéanti. Au cours de cette longue et triste semaine, j'ai pu lui rendre visite chaque jour (sauf le dimanche où la clinique était fermée).
Après sa mort, il m'a été offert de « dialoguer » avec lui pendant environ 40 jours. Au cours de ces étranges échanges, il m'apprit des choses surprenantes (si éloignées de mon univers habituel). Ainsi je crus comprendre qu'il avait rejoint une sorte de communauté d'aideurs-facilitateurs (c'est ainsi que cela s'est présenté à moi) – des entités sans corps physique vouées à se mettre au service de celles et ceux qui avaient pris soin d'elles au cours de leur existence. Et je mis plusieurs jours à comprendre qu'il pouvait s'agir d'un sous-groupe d'anges (je n'ai jamais été très versé dans ce genre de concepts séraphiques), une espèce de sous-caste, des « cœur purs » en quelque sorte dénués de calcul et d'arrière-pensée animés seulement par le désir d'aider les êtres qui avaient veillé sur eux lors de vies précédentes. Et chose étrange (mais qui n’appelle aucun commentaire... ) : Bhagawan s'est fait écrasé dans un village qui s'appelle Billanges...
1. Il était assez grièvement blessé mais rien ne présageait qu'il allait mourir...
2. ou d'une lésion d'un organe vital
Christiane Singer
« Derrière l'incommensurable souffrance, j'ai vu l'abîme sans fond de la tendresse des mondes. »
Ce que l'on ne peut dire
Les joues gonflées
encore pleines de mots
face à ce silence qui nous attend
Début et fin
Ce qui désire
Et ce qui meurt
Sous la même lumière
Escapade sylvestre
Courte promenade cet après-midi. A petits pas. Et longue pause au cœur de la forêt au cours de laquelle j'ai lu, médité et contemplé (avec ravissement) ce qui m'entourait.
Apparences
Comme un défilé de lumière
à travers les ombres dansantes
« Parmi les arbres »
Je dévore (littéralement) le livre d'Alexis Jenni « Parmi les arbres ». Enfin un livre qui redonne à l'arbre une place digne de ce nom...
Communauté virtuelle
J'aime entourer ma solitude d'êtres sensibles aux non-humains et ouverts à « d'autres réalités ». Je me suis ainsi constitué une petite communauté virtuelle (auteurs et créateurs de vidéos et de podcasts) qui accorde une large place à des perceptions encore peu communes (mais qui se répandent, peu à peu, dans le monde humain). Et, parmi eux, quelques personnalités médiatiques comme Vinciane Despret, Nastassja Martin, Baptiste Morizot, François Sarano etc etc.
Indolence
Assis nonchalamment
sur les édifices et le nom des hommes
Si haut que tout semble dérisoire
Le confort et l'homme moderne
Je m'évertue à supporter la chaleur sans recourir à l'instrument de confort contemporain qui s'est généralisé ces dernières années ; je veux parler, bien sûr, du climatiseur dont le principe me semble particulièrement mesquin et représentatif de cette époque d'individualisme maladif qui consiste à refroidir son environnement immédiat en rejetant sans scrupule la chaleur hors de « sa bulle ».
De nos jours (et sous nos latitudes et dans d'autres parties du monde aussi sûrement), la climatisation a envahi tous les espaces privés et publics ; on la trouve à peu près partout : dans les logements, dans les véhicules, dans les magasins et les centre commerciaux, dans les bureaux et les administrations etc etc.
Pour ma part, je me refuse à fuir ce que le réel nous donne à vivre... Une manière archaïque, sans doute, de résister à la modernité mais aussi acte dérisoire de « solidarité et de communion » avec tous ceux qui doivent supporter sans échappatoire possible des températures élevées (en particulier les animaux et les plantes).
Insignifiance
Seul
Au cœur de cette résonance
Là où tout s'enflamme
Comme si plus rien n'avait d'importance
Liberté retrouvée
Depuis que j'ai arrêté d'écrire, je me sens plus libre ; moins contraint par toutes les règles que je m'étais imposées ; en particulier cet emploi du temps très rigide principalement centré sur l'écriture et la correction de manuscrits. Mes journées n'ont pas foncièrement changé mais je suis davantage disposé à vivre ce que m'offre le jour.
Tout
Sous le même regard
Ce qui passe
et ce qui demeure
Désencombrement
Au fil des années, on se déleste peu ou prou de mille choses. L'existence nous débarrasse (de manière brutale ou progressive) de tout ce qui nous entrave, de tout ce qui nous encombre, de tout ce qui fait barrage à la vie. Et me concernant, la liste est relativement longue ; emploi, logement, relations amoureuses, relations amicales, relations familiales, mes compagnons à quatre pattes... et l'écriture depuis quelque temps...
Apparition
Au-dehors ; ce qui nous dépossède
Au-dedans ; ce qui nous révèle
L'épiphanie de la soustraction
Graphomanie
Ces derniers mois, l'écriture était devenue pesante ; je m'y astreignais sans plaisir, soucieux seulement d'écrire quelques poèmes sans intérêt et m'obligeant à consacrer plusieurs heures par jour à corriger ces mauvaises pages. J'avais beau savoir que j'étais en train de m'éloigner de ce qui m'a toujours semblé essentiel dans l'écriture : témoigner de ma traversée de l'existence, consigner quelques notes quant à la manière de conduire sa vie et partager mes expériences intérieures, je continuais de m'empêtrer dans cette incurable graphomanie !
Inhospitalité
Au milieu des ombres
Le cœur tremblant
La chair vivante (si vivante)
Malgré la brume
Malgré le vent et l'âme blessée
Dimanche 29 juin
Quelques banalités sur la mort
La mort demeure évidemment l'une des grandes inconnues de l'existence. Et c'est pourtant la seule chose dont nous soyons sûrs en cette vie ; nul ne pourra y échapper... Le reste, évidemment, nous est parfaitement inaccessible : on ignore lorsqu'elle surviendra, la manière dont elle viendra à notre rencontre et s'il existe, selon la formule consacrée, « quelque chose après la mort ». Hormis ce dernier élément, la mort ne se distingue pas fondamentalement des autres événements de notre existence. Mais ignorer si « quelque chose de conscient* » subsiste après la mort physique la rend particulièrement angoissante. Disparaît-on définitivement ? Ressent-on quelque chose ? De la douleur ? De la tristesse ? De la joie ? Va-t-on quelque part ? Dans un autre monde ? Dans une autre réalité ? Se réincarne-t-on ? Sommes-nous absorbés par le grand Tout ? Tant de questions sans réponse...
* l'âme ou l'esprit selon les traditions culturelles et religieuses...
On pourrait lister un grand nombre de points communs (et même des parallèles) entre l'esprit pendant le rêve, lors d'un coma, lors d'un voyage astral ou d'une transe chamanique et l'esprit après la mort... En outre, quantité de personnes ayant vécu une expérience de mort imminente relatent des faits assez similaires (après avoir été déclarées cliniquement mortes) : vision panoramique, vision surplombante à 360°, extase, lumière etc etc qui laisseraient à penser que « quelque chose » continue à percevoir et à ressentir après le décès.
Vastitude
L’œil si large que tout s'est détaché
Le monde et l'idée du monde
L'idée du monde m'a très longtemps intéressé ; les actualités, les discussions âpres et passionnées sur les sujets les plus divers, les commentaires savants et argumentés. Mais depuis de longues années, j'ai délaissé tous ces bavardages... Seul le monde, à présent, m'intéresse ; et le monde, c'est ce qu'il y a autour de soi.
Christiane Singer
« Aujourd'hui, les histoires dans ma tête se lassent, elles ne se laissent plus tisser. Le monde s'effiloche. Ce n'est ni triste ni pas triste. Un autre espace se crée. »
Obéissance
Aux ordres de ce qui s'impose
A l'heure où le plus grand nombre
ne célèbre que le désir et le néant
Un peu de métaphysique
Ce que nous sommes ; ce qui demeure et ce qui passe.
Rien ne reste
En dépit de nos efforts, rien ne dure très longtemps. Tout – fort heureusement – n'est que mandala de sable.
Sensibilité
Le plus intime
au fond de l’œil humide
Vers plus de dépouillement encore
De moins en moins nécessaires ; les mots...
Déblaiement
Sans effort
Ce qui s'efface
Comme si était venu
le temps du vent et de la mort
Le plus essentiel
Comprendre et vivre « la vraie vie », voilà ce qui m'a toujours intéressé au plus haut point. Le reste m'a toujours semblé superflu...
Difficultés
Comment vivre – et dire – le silence et l'infini ?
Peu à peu
Un pas après l'autre
Un mot après l'autre
Et qu'importe où cela nous mène
Alexis Jenni
« Par la solitude et le silence, un monde s'ouvre, un espace de liberté où chacun peut se débarrasser du souci exclusif de soi, du besoin de reconnaissance et du désir de possession, pour se mettre devant l'essentiel. »
Emportement
Écrire dans l'urgence et la nécessité. Animé par cette force irrépressible. Il n'y a d'élan plus puissant et qui se transmet, peut-être, à celui qui parcourt ces pages...
Connaissance
Quelque chose – en nous –
sait (devine et comprend)
ce que le cœur et la tête ignorent
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Au jour le jour
Instant après instant
Comme doit se vivre la vie – sans doute
Gâchis
Tous ces instants où nous n'aurons pas aimé ; comme du temps que nous n'aurons pas réellement vécu...
Aller vers
A chaque instant
L'âme tendue vers la surgie du mystère
Ce qui vient à notre rencontre
Non-savoir serein
Sans question. Sans réponse. Dans l'innocence de celui qui ne sait pas et qui s'émerveille.
Personne
Personne là où il y a la foule
Personne là où l'on est seul
Et, trop souvent, personne
lorsque l'on se retrouve face à un autre
Question idiote
A se demander encore, de temps en temps, comment vivre... Vivant, un point c'est tout !
Élan
Sur cette terre si peu certaine
Des pas vigoureux
D'un lieu à l'autre
Comme si seul le voyage comptait
Témoignage
Écrire pour occuper les heures, mettre une partie de sa vie en mots, témoigner d'un regard – peut-être...
A découvert
Sous la lumière franche du jour
Le noir exposé par l'encre sincère
Le cœur dévoilé
Et quelque chose (aussi – peut-être )
de la légèreté de l'âme
Ce que l'on écrit...
Une parole pour soi
Certitude
Qu'importe ce qu'aura été notre vie, il n'en restera rien...
Impénétrable
Nous existons à peine
Un peu de matière
Et un puits d'ignorance insondable
par-dessus le mystère
Le seul héritage
Dans 100 ans, personne ne se souviendra de nous. Et il y a une grande beauté (et un grand soulagement) à se dire que nous ne laisserons aucune trace de notre passage sur terre. Le seul héritage est celui que nous porterons en notre for intérieur au moment de la mort et qui pourrait se résumer ainsi : ce que le cœur a compris.
Buson
« A chaque pétale qui tombe
les branches du prunier
vieillissent »
Égocentrisme
Ces pages ? Sans doute, un simple autoportrait... Serait-il vrai alors que chacun ne s'intéresse qu'à lui-même ?
Si humblement
Le chant à même la lumière
Sans autre leçon que celle du silence
Sans autre message que celui de l'hiver et des nuages
Ce qu'essayent modestement (très modestement)
d'offrir ces quelques pages
Un long détachement
Peu à peu, tout se détache ; les désirs, les croyances, les rêves, les activités, les êtres et les choses... Tout ce qui nous semblait important (ou nécessaire) finit, un jour, par nous quitter et/ou nous laisser indifférents... jusqu'au jour où il ne reste rien ni personne. Mais il n'y a là rien de triste ou de désespérant. Lorsque tout s'est détaché se dévoile la part essentielle que nous sommes ; l'être nu.
Destinée
Dire. Dire encore. Dire toujours...
Dire jusqu'au dernier souffle ce que la vie m'aura appris...
Tiraillé(s)
Quelque chose nous pousse
Quelque chose nous tire et nous appelle
Et mille choses nous traversent
Nous sommes le jouet de toutes les forces
Compagnonnage
Auprès des arbres et des livres ; mes chers compagnons.
Métamorphose
Là ; en plein cœur
La flèche bleue
qui transforme les soucis et les horizons
en oiseaux invraisemblables
qui dépose au cœur des ténèbres ;
au cœur du poison
mille larmes et autant de vérités
Se consacrer à l'essentiel
Arrivé à un âge où on n'a plus rien à prouver et où il devient vital (plus que jamais) de se consacrer à l'essentiel, c'est à dire se consacrer à l'être... comme dans certaines régions de l'Inde où après avoir passé de longues années à s'occuper des « mille choses du monde » (en général, sa famille et/ou son activité professionnelle – ce qui n'a jamais été mon cas), on quitte la société des hommes pour un lieu retiré propice à la réflexion et à la prière.
Identité
De plus en plus anonyme
De plus en plus personne
Mais avons-nous déjà été quelqu'un ?
Idée fixe
Vivre « la vraie vie » m'habite depuis si longtemps...
Amplitude
Réduire – peu à peu – l'écart
entre ce que nous fûmes et ce que nous serons
entre le monde et ce que nous sommes
Toujours plus loin
L'âme cambrée qui s'émerveille
Le regard posé au-delà de la chambre
au-delà du monde
au-delà même de la mort
Retour au calme
L'oreille attentive
au chant silencieux des arbres
à la nuit tombée
[lorsque les hommes ont quitté la forêt]
Lundi 30 juin
Espace intérieur et confort psychique
Notre « espace intérieur » (je l'appelle ainsi à défaut de pouvoir le nommer autrement) a un rôle prépondérant dans notre existence, notre manière de vivre et de faire face aux circonstances. Ainsi, son envergure a une répercussion directe sur la façon dont nous vivons ce qui nous traverse (événements, pensées, émotions, sentiments, embarras, gênes, douleurs, etc). Plus cet espace est vaste, moins les choses vécues nous paraissent difficiles et inconfortables. Et, inversement, plus cet espace est exigu, plus le psychisme se sent envahi au point où l'on peut parfois éprouver une sorte d'étouffement. Ce qui nous traverse est alors vécu de plein fouet, sans recul ni distanciation. Et la vie et les événements ont vite fait de devenir insupportables ; on se sent littéralement écrasé...
Christiane Singer
« J'ai touché le lieu où la priorité n'est plus ma vie mais La vie. C'est un espace d'immense liberté. »
Éruption
La lumière – peut-être
derrière le jaillissement des mots
Interrogation
Quelle est la grande affaire de ma vie ? De notre vie ? Qui peut savoir...
Opiniâtre
Là
Assis sur la pierre
Assis à sa table
A creuser son âme
Tant que tout ne sera pas vu
Tant que tout ne sera pas compris
Tant que tout n'aura pas été dit
Pour soi
Comme un sourire
à l'intérieur
adressé à personne
Mardi 1 juillet
Raccourci maladif
L'esprit s'accroche à ce qui passe – à ce qui le traverse et a vite fait de tout transformer en croyance, en certitude, en vérité...
Négligeable
Poussière peut-être
Poussière sans doute
Et après ?
Sans possession
Rien ne nous appartient. Pas même notre vie, bien sûr...
Mille possibles
A travers les rencontres
Toutes les déclinaisons du cœur
Sous le soleil
Longue promenade sylvestre malgré les fortes chaleurs.
Sous emprise
Inévitablement
Ce qu'est le monde
Comment pourrions-nous y échapper ?
Ces pages ?
Quelque chose de la chronique ; entre témoignage et petit manuel à l'intention de ceux qui s'interrogent...
Quête
Ce qui se cherche entre les lignes
L'Absolu de l'âme et du monde
Œuvre et travail sélectif
Depuis plus d'un an, je sélectionne les fragments les plus intéressants des textes que j'ai écrits dans l'idée de les rassembler en volumes. A quelles fins ? Je l'ignore. Sans doute pour clore ce qui a été commencé, laisser quelques traces peut-être, témoigner d'un cheminement humain qui ne me semble pas totalement inintéressant. Je doute pourtant que ce travail retienne l'attention de quelque éditeur...
La joie d'écrire
Depuis ma décision d'arrêter d'écrire, je renoue avec le plaisir de laisser aller ma plume au gré de ce qui me traverse.
Sans ambition
Aussi proche du ciel que de la pierre
Sans autre désir que ce que dicte le jour
Sans autre horizon que l'instant qui passe
Auto-analyse scripturale
Je crois que je suis non seulement en train d'écrire des pages qui « me ressemblent » mais aussi (et surtout) un livre que j'apprécierais en tant que lecteur. Un amalgame polymorphe et synthétique de choses vécues, ressenties et pensées. Quelque chose du journal, entre philosophie pratique, poésie et spiritualité. Léger et dense où l'on pourrait butiner selon ses goûts et ses penchants, ouvrir une page au hasard, lire un ou deux fragments puis refermer le livre pour sentir la manière dont cela résonne dans sa propre existence avant de rejoindre le cours de sa vie peut-être un peu mieux armé(e) et/ou un peu plus sensible au monde et au vivant...
Remèdes
Le cœur et l'esprit
L'intelligence et l'Amour
Ce qui sauvera le monde
Une prière pour ceux qui en ont besoin
Une pensée émue pour ceux qui souffrent, ceux qui sont malades et blessés, ceux qui vivent leurs derniers instants sur cette terre et ceux qui sont en train de mourir. Et Dieu sait qu'ils sont nombreux...
Allant
A pas vifs
Le geste vigoureux
Et les mots qui se bousculent
Comme si le temps nous était compté
Le plus essentiel
Être ; la seule nécessité – en vérité...
Soumission
Ce que le vent amène
Et ce que le vent emporte
Sérénité
Du silence. De la tendresse. De la joie. Et cette grande paix capable d'effacer jusqu'aux tourments les plus vivaces...
Humbles retrouvailles
Comme rendu au monde. Le cœur à genoux.
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Ne jamais faire de l'adversité du monde une affaire personnelle. Éviter de lutter contre les êtres, les choses et les événements. Y voir non seulement le jeu perpétuel de la vie qui nous bouscule un peu (ou, parfois, davantage...) pour nous faire quitter notre existence trop rigide, trop figée, trop peu ouverte mais aussi (et surtout) une invitation à la rejoindre et à s'inscrire dans son mouvement incessant...
Si profondément
Le plus précieux
Glissé au fond de soi
Au fond du reste
Si bien caché – parfois
que l'on croirait que le monde en est dépourvu
Écouter le corps
Somnolence et fatigue parfois le matin (je viens de changer de traitement médicamenteux). Et contre toute attente, je ne résiste pas au plaisir (jusque là inconnu) de m'allonger quelques instants dès que l'envie s'en fait sentir...
Comment dire ?
Comment dire ce qui n'appartient ni à l'homme, ni au monde, ni à la terre, ni au ciel ?
Pas assez poète
A témoigner avec ces mots simples. Si simples. Comme si le plus poétique de la langue m'était interdit...
Inévitablement
« Faire du soi-même » ; comme si l'on pouvait faire autrement...
Si peu de chose
Une vie simple
Un cœur simple
Et rien d'autre
Un rictus assumé
En voyant mes congénères – leurs gestes, leurs bavardages, leurs jeux – j'ai toujours esquissé une grimace un peu méprisante. Aujourd'hui pas moins qu'hier. C'est ainsi. On ne se refait pas...
Un peu tout
Au cœur du poème
Des traces de ciel et de silence
Des traces de monde et d'interrogations
Quelque chose qui nous ressemble
Ce dont nous avons besoin
Une âme, un cœur, des mains ; l'essentiel en somme...
Fausse croyance
Nous ne sommes clairement pas ce que nous croyons...
Notes imperceptibles
A la cime du regard
Le silence
Cette étrange musique
que seul le cœur entend
Interrogation
Et s'il n'y avait rien à comprendre ; rien à réaliser ; et qu'il nous fallait simplement vivre...
Encore vivant
Face à l'invisible
Le cœur battant
Le cœur tremblant
Koan
« Rien à faire, nulle part où aller. »
Foulée ancestrale
Pieds nus
à travers la forêt
sur ce chemin de terre
Voyage peut-être
jusqu'aux premiers hommes
qui vivaient au fond des bois
Aux origines
Au commencement du ciel
peut-être une larme...
Alignement
Le regard, le cœur et la main parfaitement indissociables. Et lorsqu'ils parviennent à s'aligner, on peut y voir le signe d'une certaine grâce et la preuve aussi, peut-être, d'un long et âpre apprentissage.
Angle parfait
Au fond de ce recoin du monde
A même l'immensité ; déjà
Ce qu'est, peut-être, la sagesse...
Dans les premières années de son existence, on apprend et on se construit. Puis on passe le reste de sa vie à désapprendre et à (se) déconstruire. Au terme de cet apprentissage (si tant est qu'il puisse s'achever), notre vie, nos gestes et nos paroles deviennent simples, justes et naturels. Peut-être est-ce cela la sagesse ?
Jacques Lacarrière
« A présent, je voyage pour désapprendre. Me déprendre de moi. Non plus être gravide mais me remplir de vide. »
Joie influente
Si bleu que tout s'égaye
Jusqu'au sommeil
Jusqu'aux plus obscurs replis
Jusqu'à la tristesse d'être au monde
Comme si on ne le savait pas...
C'est la prégnance de la mort qui, à la fois, nous terrifie et nous fait ressentir et comprendre le caractère précieux de l'existence.
Ce que nous sommes
Rien qu'un peu de chair et d'âme
Pas grand-chose en vérité
Pleine foulée
Lors de mes promenades journalières, je me moque bien du lieu où me mènent mes pas. Je savoure chaque foulée comme si elle portait en elle l'essence de la marche, du voyage et du monde. Et je suis tout entier en elle.
Une halte heureuse
Longue pause au milieu des pins et des chênes. Et cette joie incroyable d'être parmi eux...
Envergure brumeuse
Si près du bleu et des nuages ; notre vie
Entre inconsistance et immensité
Beauté
Le ciel baigné de lumière
Sur l'horizon du temps
La main posée sur la pierre blanche
Des éclats de monde plein la poitrine
Et les yeux emplis de larmes
Un peu au-dessus
Le cœur échappé de sa cage, se moquant du monde, des hommes et du temps. Contemplant le ciel et la course lente des nuages.
Tout est incroyable
Le plus infime brin d'herbe est une merveille ; un condensé d'énergie, de beauté, d'intelligence et d'ingéniosité. Le vivant à l’œuvre...
Encore plus haut
A la manière du soleil et de l'oiseau
Le regard sur le monde
Dans l'émouvante intimité des choses
Que se passe-t-il lorsque l'on devient sensible à l'autre – à un être humain, à une bête, à un arbre, à une fleur, à une pierre... ? On voit sa force et sa beauté. Et on comprend qu'il a fait de son mieux pour en arriver là et que tout a concouru pour qu'il soit tel qu'il est. Et, peu à peu, on entre dans son intimité. On devient familier. Et c'est bouleversant !
Un autre monde
Le cœur submergé par le silence de la forêt
Le sang si près de la sève et du ciel
Ce que je m'efforce de faire
Écrire ce que veut dire être au monde...
Ni l'un ni l'autre
Entre chimère et vérité
Ce que nous sommes
Ce que nous faisons
Ce que nous disons
Une heureuse proximité
Dans l'émouvante intimité des êtres et des choses, on n'est jamais seul. Partout il y a des frères à aimer...
Émerveillement
Cet après-midi, en descendant par la piste escarpée d'une colline, j'ai croisé le chemin d'un papillon d'un bleu si beau et si profond que je me suis arrêté quelques instants pour le regarder ; puis j'ai repris ma route le cœur émerveillé par la beauté du monde.
Sicut palea
J'adore cette formule latine qui aurait été, dit-on, la réponse de Thomas d'Aquin lorsqu'on lui a demandé ce qu'il pensait de sa « Somme théologique », un ouvrage dix fois plus volumineux que la bible : rien qu'un peu de paille. Voilà sans doute ce que l'on devrait penser de tout ce que nous avons réalisé au cours de cette vie...
Témoignage
Là où la lumière fait défaut
L'âme brumeuse
Et sous ce halo de faible intensité
Le récit de notre traversée
Un drôle de travail
Parcourir le monde (inutile d'aller bien loin ! La forêt d'à côté fait très bien l'affaire !) et noter ce qui nous traverse sur notre petit carnet, quel merveilleux métier ! Et je crains que je ne sache rien faire d'autre...
Périple
L'âme voyageuse
Si peu certaine de son ascendance
cherchant de lieu en lieu
son origine et sa place dans le royaume
Pourquoi écrivez-vous ?
A la question : « pourquoi écrivez-vous ? » Samuel Beckett, un jour, a répondu un peu laconiquement : « bon qu'à ça ». Moi, je ne suis pas même « bon à ça » mais quelque chose m'y exhorte inlassablement...
Mercredi 2 juillet
Mon travail
Ressentir le merveilleux de ce monde en dépit des malheurs et des tragédies. Et en témoigner.
Plus loin
Au-delà du regard
John Muir
« Et dans la forêt je pars, pour perdre mon esprit et retrouver mon âme. »
Encore une évidence
Notre vie et notre labeur en ce monde sont infimes mais ce sont les nôtres...
Instant
Devenir ? Quelle foutaise ! Comme si le temps existait...
Silence exigeant
Se taire (très) scrupuleusement
L'âme innocente
Le cœur si étranger à la ruse et au mensonge, à l'imposture et aux manigances...
A faire dans l'ordre
D'abord, être, vivre, ressentir, aimer et contempler. Puis, s'il a lieu, en témoigner.
Individualité
Si singulièrement vivant
Témoignage
Dire comment la vie nous traverse et nous transforme.
Une compagnie précieuse
Ce petit carnet. L'ami des heures tranquilles. Le compagnon de route de ma joyeuse solitude.
Le plus grand des arts
Être est le plus grand des arts. Et qui que nous soyons, quoi que nous fassions, la plus belle œuvre est ce que nous sommes...
Encore et encore...
Mille gestes quotidiens
chaque jour répétés
comme si tout recommençait
comme si rien ne pouvait finir
Humilité et transcendance
S'incliner profondément devant soi, devant l'autre, devant le monde et les circonstances, voilà l'un des nombreux chemins qui nous est proposé pour entrer en contact avec « ce plus grand qui nous habite »...
Pauvre en esprit
Le cœur simple – si simple
Tout est provisoire
Rien jamais n'est définitif. Tout n'est qu'étape et transition, passage et entre-deux. Et au-delà de la durée, instant après instant. Comme si le regard et le monde ne cessaient de se recréer...
Se taire
Comme si le silence suffisait...
Ce que nous sommes
Ouverts, poreux, fragiles, sensibles, autrement dit vivants. Exactement ce que nous sommes lorsque nous nous laissons traverser par ce qui s'offre, lorsque nous consentons à nous laisser bousculer et altérer par l'autre, le monde et les circonstances...
Présence nocturne
Sous la lune ronde
L'âme attendrie
Une larme qui coule
sur notre joue
Et un sourire qui se dessine
sur nos lèvres tremblantes
à la vue de ce visage immense
Jeudi 3 juillet
Solitude
Ce long voyage qu'il nous faut accomplir seul. L'essentiel de la route sans doute...
Ferveur
Autant de passion dans le sang
Et cette ardeur de l'âme à persévérer dans sa tâche
Hélène Dorion
« Je marche
entre mes ombres et ma quête de joie.
J'attends un geste de lumière
posé sur l'énigme fragile »
Triste disparition
Les yeux rougis par les larmes, l'âme qui vacille et le cœur inconsolable à la mort de ceux que l'on a aimés...
Sans espoir
Un jour vient le temps où l'on n'espère plus rien du monde...
Un étrange enchâssement
Au fond de l'âme, la douleur d'être né ; et plus profond encore, la joie d'être ; que les circonstances mélangent parfois jusqu'à l'étourdissement...
Encore une évidence
Il y a mille manières de traverser un chagrin...
Nourriture
Affamé de ciel et de mots
Umwelt
Il y a mille manières de vivre, mille manières d'être au monde... et mille manières de le percevoir. Le fameux Umwelt de Von Uexküll et Sebeok...
Teinte
De la couleur du cœur – le voyage
Sacerdoce
Est-ce que vivre est un travail ? Et si c'était la seule vocation possible...
Avec légèreté
Aller
comme le jour
comme le rêve
par-dessus le monde et les larmes
Manger et dormir seulement
Je me souviens d'une maxime bouddhiste qui nous conseille de vivre comme une vieille vache. De nous occuper seulement de manger et de dormir car, précise-t-elle, le reste ne nous regarde pas...
Est-ce donc cela être humain ?
Existant à peine
Sous le joug de l'inquiétude
Trop d'interrogations en tête
Et le sens qui fait défaut
Un présent symbolique
Hier j'ai profité d'une visite chez le garagiste (suite à un problème mécanique survenu il y a quelques jours) pour me promener dans les rues piétonnes de S. Et, devant une petite échoppe artisanale, un très beau pendentif m'a tapé dans l’œil : une howlite ronde bleu turquoise sertie d'argent sur laquelle est taillé un arbre de vie. Et, au revers du médaillon, les marbrures de la pierre ressemblent approximativement aux continents qui se détachent de ce bleu magnifique. On dirait la projection en quinconce de Peirce... Je me suis empressé de le mettre à mon cou. Et en sentant l'arbre et la terre sur ma poitrine, je me suis dit que c'était un beau symbole pour celui qui aime si passionnément les forêts et notre bonne vieille Gaïa...
Au fil du chemin
Voilà bientôt 7 ans que je passe l'essentiel de mon temps en forêt, dans cette roulotte que je pose ici et là au gré des routes et des chemins, au gré des envies et des possibilités.
A l'écoute
Épris de silence et d'obéissance
Le lieu que nous habitons nous ressemble
Au fil des années, j'ai peu à peu aménagé ma roulotte à mon goût ; canapé, coin salon, bibliothèque, tableaux, des citations accrochées au mur etc etc. Non seulement je m'y sens à mon aise mais plus le temps passe, plus j'ai l'impression qu'elle et moi nous nous ressemblons. Très quelconques vus de l'extérieur, petits et compacts mais assez intelligemment aménagés et plutôt spacieux à l'intérieur...
Une large palette
A tout instant. Dire – pouvoir dire. Et cette joie de partager l'infime et le dérisoire autant que l'essentiel et l'infini...
Vers le plus intime
A la distance qui favorise la fraternité...
L'intime et l'universel
Ces pages pourraient avoir l'air indécentes ; cette façon d'étaler sa vie et son intériorité et d'expliquer par le menu les mille petites choses de mon quotidien. Mais derrière ce qui semble personnel, n'y a-t-il pas l'intime qui, lui, recèle l'universel, autrement dit qui expose ce que nous sommes et ce que nous avons en commun ? Au diable donc la pudeur !
Christiane Singer
« J'ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon œuvre, toute mon écriture, était un partage de mon expérience de vie. »
Écrire
Face à la feuille blanche
Comme une promesse d'Absolu
Une rencontre
Peut-être un peu de poésie
Et, au pire, quelques mots griffonnés
pour échapper au néant
Protection
Enroulé(s) dans le temps comme pour échapper à l'insoutenable pesanteur du vide...
Incertitude
Je crois que j'écris comme je vis – sans savoir où je vais...
De l'autre côté
A l'autre extrémité de l'âme
Là où la caresse remplace le désir et la nécessité
Mimétisme
Je crois que j'écris comme l'arbre pousse. Dans toutes les directions à la fois...
Sans attente
Ne plus rien attendre du monde, des autres, de la vie, c'est (enfin) consentir à vivre, à se donner pleinement à ce qu'offre l'instant.
Insanité
Le monde affairé
Dans l'atelier des délires
Quelque chose comme une glissade
sur une pente savonneuse
Quelque chose comme une flammèche
devant un baril de poudre
Vie ardente
Si furieusement vivant
Ce qui nous pousse...
A l'ombre du cœur
A l'ombre du voyage
Toutes nos tentatives
Et tous nos élans
Le corps et l'esprit
Des médicaments pour réguler l'activité psychique et d'autres pour faire baisser la tension artérielle. Le corps et l'esprit tendus et anxieux ; c'est peu dire... Et, pourtant, l'âme est relativement sereine lorsque je vis à l'écart des hommes...
Le cœur généreux
Ce qui s'écrit
Sans doute le plus précieux (que « l'on possède »)
Ce qui s'offre sans presque rien en échange
sinon la joie du partage
sinon la joie de léguer (un peu) de son expérience
Instant de quiétude
Une lune immense à travers la fenêtre de la roulotte. Au cœur d'une large clairière. Au milieu des herbes hautes. L'âme silencieuse. Le cœur en paix et le corps en joie.
Bonchô
« Compagne du grand vent
une lune solitaire
roule dans le ciel »
Trésor royal
Riches (si riches) de ce qui nous habite. Comblés comme des rois...
Fourvoiement ?
Dire ce qui ne peut être dit
Donner à voir ce qui ne peut être vu
Partager ce qui ne peut l'être
Donner vie à cette impossible utopie
Et s'il nous fallait plutôt aimer
avant de disparaître...
Indifférents au miracle
Le corps est une merveille d'ingéniosité qui ne cesse de se perfectionner depuis des millions d'années. Nous en avons la preuve à chaque instant. Et, en général, nous n'avons pour lui pas l'once d'une gratitude...
Ouvertures
En ce lieu où il y a tant de fenêtres sur le mystère...
Une allure humaine
Aller au rythme du pas. Dans un voyage à notre mesure.
Fonctions
Accompagner ceux qui jouent
Réconforter ceux qui pleurent
Et secouer (un peu) ceux qui sont endormis
Ambivalence
Le cœur sain ou malade qu'importe ! Toujours porteur de son propre poison et de sa propre guérison...
Solitude
Aux marges du monde
Dans la chambre de la forêt
Le cœur libéré du nombre
A genoux sur le bleu ; déjà
Vendredi 4 juillet
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Considérer les êtres, les choses et les événements – toutes les sources potentielles de désagrément – comme faisant partie intégrante de soi permet de les supporter bien plus facilement...
A la lisière géographique
Au loin
De l'autre côté de la frontière
Nous avons déposé notre âme et nos bagages
Et, à présent, nous attendons
Paradoxe
Rien à dire aujourd'hui. Et je ne sais quelle force me pousse à prendre la plume pour l'écrire...
Désagréments
Ce qui nous accable
Cette proximité du monde
Ce que sont les hommes
Leur manière de vivre insensée
Le triomphe partout de la bêtise et des malheurs
Des infinies possibilités
Et si être vivant n'était qu'une modalité d'existence parmi mille autres. Parmi dix-mille autres peut-être...
Gesticulations
Devant moi, une araignée immobile au centre de sa toile ; parfaitement impassible. Presque autant que les herbes et les arbres qui l'environnent. Et je pense aussitôt aux bêtes qui s'animent (les animaux) pour se nourrir, se reproduire, fuir, jouer ou construire « leur foyer ». Et je songe à l'homme, cet étrange animal, qui passe une grande partie de son existence à gesticuler comme s'il ne pouvait vivre sans avoir l'esprit et/ou les mains occupé(es). Incapable sans doute de faire face au vide, à l'ennui et à l'angoisse de sa finitude...
A la lisière invisible
Aux confins du dicible
Juste avant le silence
Aux dernières limites de la parole – peut-être...
Flânerie
Le carnet en poche. A musarder sur les chemins. M'arrêtant de manière régulière pour observer une plante, un insecte, une pierre, le ciel ou un nuage, la forme particulière d'un arbre ou une topographie intéressante ou noter quelques pensées.
Cette manière d'être au monde en flânant, observant, contemplant, méditant, écrivant m'est si naturelle que je crois que je ne saurais vivre autrement. Et m'en priver serait une véritable torture...
Déambuler ainsi au cœur des collines donne à la marche un caractère savoureux et jubilatoire.
Observer et s'observer
Être l'entomologiste attentif, rigoureux et un peu rêveur de ce monde. Et ne jamais craindre d'être l'objet de ses propres observations...