Carnet n°290 Au jour le jour
Février 2023
Seul – à bout de force...
Las de l'étrangeté du monde...
Comme un cœur parmi les pierres...
A nous projeter trop bas – vers le plus commun...
Et roulant – avec le reste – dans notre chute...
Le cri de l'innocence au fond des yeux...
Nous abandonnant à toutes les larmes qu'exige notre vie...
Sans (jamais) pouvoir enjamber ni le langage – ni le bruit...
Devant la mort et les Autres ; notre mutisme (involontaire)...
Le silence et le monde ; dans leur face à face...
Équipé(s) pour la faim et la nuit...
La bouche parfois béante – parfois béate...
L'âme engourdie qui tente sa chance...
A travers tant d'opportunités apparentes ; (presque) jamais rien des profondeurs...
La torpeur et le manque ; la respiration en surface...
Et, aux lèvres, ce filet de bave ; entre torture et débilité...
Et cette (incompréhensible) folie de poursuivre sa route ; quoi qu'il arrive ; quoi qu'il nous en coûte ; de trouver un passage au milieu des tombes et des survivants (provisoires)...
Passionnément ; la montée du jour...
Le risque de vivre...
Au-delà des choses ; des découvertes...
Blanc ; comme l'étoile ; et la main assassine...
Sans jamais voir l’œil ; la disparition...
Offrant à l'âme ce rougeoiement tenace...
Adossée à la mort ; la parole...
Le poème ; tel un (infime) rouage du ciel...
Comme un chant obstiné...
Une résistance au mutisme et à la folie ; à cette cavalcade indifférente du monde...
Plongés au dernier degré de l'absence ; ces Autres aux traces si minuscules – si dérisoires ; aux existences si burlesques – si funestes – si tragiques...
Contre l'épaississement de la gorge et du cri ; cette sorte de silence habité...
*
A nos côtés ; insistant(s)...
Et cette compagnie – commune – discrète – anonyme – inconnue – essentielle – permanente – singulière ; que l'on pare (si souvent et à tort) des couleurs (tristes) de la solitude...
Comme un cercle que l'on ignore ; et qui ne cesse (pourtant) d'inviter l'âme à se révéler – à se réaliser – à naître au jour ; comme l'exercice le plus simple – et le plus quotidien – et le moins pratiqué (sans doute)...
A la manière d'une bouée – d'une embarcation – d'une île – dans l'immensité mystérieuse...
Qu'importe les grilles apparentes ; et la férocité de ceux qui peuplent les rives et les eaux qui nous entourent...
Nous pénétrant ; nous explorant – par à-coups – de plus en plus inséparable(s) du reste – laissant l'âme, le corps, l'esprit et le monde s'emmêler et se confondre ; comme la découverte d'une seule figure – d'une entité à mille facettes – à géométrie (très) variable ; et que les yeux humains découpent (en général) en parts distinctes qu'ils considèrent comme des objets circonscrits et (quasi) hermétiques...
A travers soi – l'Absolu peut-être...
De l'indigence à l'apothéose...
Dans l'attente d'un réveil qui brise ce qui nous enserre ; la carapace du monde ; cette sorte d'incarcération...
Le corps fêlé – au supplice ; comme une gangue au fond de laquelle l'âme s'est (subrepticement) glissée ; comme dans un piège...
Et, à présent, un feu – des flammes – dans le néant ; cette ardeur désespérée (et désespérante) pour tenter de se rejoindre...
Le fond du jour...
La langue tirée au cordeau...
Comme sur des échasses ; (très) maladroitement...
A fouiller tous les recoins de la terre...
Le cœur et l'esprit – infirmes ; deux béquilles brisées – nous obligeant à ramper sur le sol...
Indifférent à la légèreté de l'air – à l'immensité que nous sommes (et qui nous environne) – cet espace insensé qui passe (somme toute – assez) inaperçu...
Habité(s) seulement par la peur et l'ignorance ; et ce fond de gravité ; l’œil hagard et la tête ahurie; essayant de nous aguerrir pour faire face au reste du monde qui nous semble si hostile – si étranger...
*
A l'approche des rives mortuaires...
Le temple vide...
Le cœur serré ; l'âme légère...
Le corps dans son coffre de bois dur...
Avec pour seuls témoins quelques oiseaux criards – (parfaitement) vivants – se querellant pour d'autres raisons que l'infini (présent pourtant autant dans leur existence – et leur chant – que dans l'horizon immédiat des trépassés)...
Accompagné par les larmes – quelques larmes (discrètes) – d'un frère à cornes (paissant non loin de là) et la prière silencieuse d'une poignée de pâquerettes – légèrement inclinées par le vent et la solennité (joyeuse) de l'instant...
Ainsi seront réunis les conditions – et les rares visages – pour la cérémonie qui initiera notre passage dans le monde suivant...
L'enlacement quotidien...
Dieu et la mort ; détenteurs des souffles – des élans...
La durée arrachée à l'espace...
Le cœur à cœur improvisé avec le monde – le silence...
Là où tout s'engouffre...
De terre – de ciel ; et d’absence...
Ce qui est – involontairement – prôné ; ce qui est – involontairement – vécu...
Entre la parole et la pierre ; cette étrange dérive...
Ce long voyage sous l'égide de la lumière...
Des instincts – de l'innocence – qui s'emmêlent (amoureusement)...
Sans la nécessité du monde ; sans même le besoin de la proximité des hommes...
Ce que l'on recueille ; un peu d'écume – un peu de sang – l'essence et l'origine (supposées)...
Sur le sentier de la cessation et de la nudité (du moins – en apparence) ; ce que peut constater le cœur (authentique) de l'homme...
*
Aussi sombre qu'étranger ; le monde offert – le monde proposé...
Sous le joug de l’œil et du temps...
Sans cicatrisation possible...
Porté(s) – comme la veille – et depuis toujours – par le reste...
Sans sourciller ; d'une chose à l'autre...
Cette existence (triste et grise) sur la pierre...
La terre arpentée...
Sous l'étoile couronnée – inventée – accessible...
Le sang versé...
L'horizon rouge au cœur de l'immensité...
Et dans les yeux – ce vide criant...
Partout – le reflet de soi – jusqu'à ce monde ignare...
Aux lèvres – un rictus discret ; une sorte de grimace indifférente...
La figure inexpressive sur laquelle se lisent (pourtant) le dégoût et la lassitude...
Jusqu'à l'impossibilité du recommencement...
Ainsi se dessinent tous les préludes de l'absence...
Nos vies de (funestes) mortels portés à l’aguerrissement – de moins en moins innocents (à mesure que s'esquisse l'histoire)...
A aller toujours – le rêve en avant...
Égaré dans la fissure ; le trait...
Ce qui marque et s'insinue...
Comme ancré dans l’œuvre de l'élargissement (naturel)...
D'un écart à l'autre ; la légèreté...
L'esprit (incroyablement) sponsal de la lumière – sans emprise – sans embâcle...
Droite ; dans son (dans ses) interstice(s)...
Sans alternative ; comme le parfait reflet du monde...
Le dédoublement de la douleur...
Sous la férule des tentatives de rejet – de refus – d'amoindrissement...
L'esprit (pleinement) arc-bouté contre le corps...
Dans une lutte acharnée ; une lutte à mort...
Toutes les forces qui s'escriment – qui s'obstinent – à expulser le monstre ; au lieu d'élargir l'espace ; et se faire accueillant ; hôte et réceptacle acquiesçant ; capable d'héberger le plus sordide – d'embrasser le plus vil – d'étreindre (avec tendresse) ce qui semble le plus éloigné de l'Amour ; prêt à s'effacer – à se laisser dévorer – à laisser l'entièreté de la place ; seule perspective en mesure d'initier une altération (voire une suppression) de la souffrance [lorsque l'on sait disparaître de manière (plus ou moins) complète]...
*
L’œil cintré...
Paupières (presque) closes...
Sans un regard...
Ignorant le réel – l'Autre – le monde ; les imaginant seulement...
Le reste – et soi – comme un rêve ; malgré les murs labyrinthiques – malgré l'apparente proximité – malgré ce qui (nous) heurte (à chaque mouvement)...
Sans lumière ; l'âme amorphe ; sans même la force de deviner...
Tout bêtement étranger(s)...
Serrés l'un contre l'autre...
Le cœur et le silence...
La bouche et le bruit...
L’œil et le monde...
L'âme et le vide...
La chute et l'envol...
Le corps et l'effacement...
La mort et l'éternité...
Ce qui nous anime ; et ce que nous contemplons...
A chaque instant ; à chaque recommencement...
Se heurter ; sans résonance...
Ce qui compte ; à coups de saccages...
Égaré(s) ; du sol aux cimes ; (à peu près) la même chose...
Le cœur errant ; sans même explorer l'inconnu...
Une sorte de crucifixion (mobile) ; la poitrine contre le vent ; et la tête (malgré elle) qui pend vers les racines...
La peau lacérée par tous les maléfices...
Féroce ; sans (réelle) dignité...
Au cœur des ténèbres ; jouet entre les mains de la mort...
Trop indécis ; trop insipide ; l'esprit et ce qui est goûté...
Quelque part – à la marge – au fond d'un trou...
Dans une sorte de halte obscène pour échapper aux sévices et à la sauvagerie...
Avec le monde de biais ; (juste) au-dessus...
*
Sur cette terre épineuse et pentue...
Contre le ciel ; la blessure – notre néant...
Un voile (discret) sur la nudité du monde...
Devant soi – là-haut ; une étoile...
Et plus bas ; des bavardages ; des mortels obéissants ; des bouches inquiètes qui fouillent la rocaille...
Comme des ombres ; des traces sur la neige...
Ces (pauvres) vies qui passent...
Avec nos gestes ; un surplus de sommeil ; sans doute – l'un des seuls apprentissages possibles...
Debout ; les yeux fermés...
La lumière que l'on cherche – aveuglément – dans les ténèbres...
Les mains tendues devant soi – jusqu'à l'autre bout de la terre...
Dans le même sillon ; sans jamais voir le jour...
Le monde ; dans son reflet qui ricoche sur l'étendue brumeuse...
Le souffle éternel – en chacun...
L'aube et le sommeil ; sous leur masque grossier ; et qui aiment à se mélanger en toute chose – en chaque élan ; là où s'initient la structure et le mouvement...
Sous la lumière capable de métamorphoser ce qu'elle éclaire...
Au plus près ; au plus large ; (presque) jamais là où nous l'attendons...
Présente jusque dans les plus profondes fondrières...
Qu'importe l'échec – l'ampleur – la vérité – de ce que nous vivons...
Ce qui enveloppe la peur – le chemin et la mort...
Nos pas ; dans la (parfaite) continuité du voyage...
La chair tendre ; tremblante ; tandis que nous respirons ; tandis que nous traversons l’épaisseur du labyrinthe ; tandis que l'âme et le monde se révèlent l'un dans l'autre ; tandis que la langue et le pas approchent du silence ; avant que la mort ne nous emporte ailleurs ; avant que le temps ne nous porte vers un autrement...
*
Gracieuse – la danse des âmes...
Le tournoiement des couleurs dans la lumière...
Ces pas – tous ces pas – dans l'invisible ; le cœur au bord de l'indicible ; le plus sensible habité...
Si près du feu – de la source...
Le souffle (imperceptible) du temps sur la pierre...
Et nos fronts rayonnants...
Entre l'herbe et le vent ; le sourire aux lèvres ; comme si la joie s'était affranchie des circonstances...
La ligne portée à la rencontre...
Le ciel déployé sur tout le territoire...
Avec des ombres ; et des traces sur la pierre blanche...
Des étoiles ; et toutes les possibilités réunies ; dans la main – le geste qui sait...
A travers la matière – le monde ; l'espace – ce qui doit arriver...
Le vent ; encore...
Cette furieuse traversée de l'espace...
Contre soi ; les forces d'immersion...
Et ce qui nous hante ; soudain – redressé...
Des coups de hache pour détacher le bruit de la parole ; l'esprit de la matière...
Des signes à la silhouette gracile...
Vers la raréfaction – le tarissement ; et la possibilité (patente) du renouveau – de la transformation – du saut dans le silence ; vers l'issue la moins fatale...
De chaîne en chaîne ; ce tourbillon...
La figure intacte...
Sous cet amoncellement de couleurs...
La chambre simple ; la voix sans tremblement...
Qu'importe que la nuit nous ait pénétré(s)...
A travers le ciel ; l'âme qui se risque en dépit des périls que le monde recèle...
*
Parfois dedans ; parfois trop tard...
A l'angle du jour que la nuit a choisi...
Insidieusement – amoureusement ; la cendre...
Quelque chose de la blessure ; du retard...
L’œil triste...
Et le reste qui vacille ; emporté par quelques tourbillons ; éphémère(s)...
En nous ; ce qui s'érige ; une sorte de verticalité naissante...
Comme attrapé par le silence sous-jacent ;
L'idée et le mot ; à la place du ciel – trop souvent...
A la manière d'un couperet...
Comme une incidence sur le voyage – la volonté...
L'univers construit de travers...
A l'heure des réparations...
Le déferlement de l'invisible...
Et ces mains tremblantes ; et ce cœur battant...
Par-dessus la croix ; l'invisible...
Ce qui n'ose se dire en ce monde...
Sous quelques rais de lumière ; le temple et la prière...
Au bord de la perte ; déjà...
Des traces de blanc sur la pierre grise...
Quelques soubresauts sur le territoire...
A point nommé ; cette sorte de récompense...
Le reflet du ciel dans l'astre ; et la prunelle ; si mal regardé(e)(s)...
D'un autre monde – sans doute...
A cette heure où se dévoile (où peut se dévoiler) la vérité...
Le souffle perturbé par le vécu aveuglé...
Le feu croissant à mesure que s'estompe le gouffre ; la possibilité...
Ce qui pourrait provoquer le ruissellement de la substance ; et son débordement dans l'âme...
*
La joie-monde – soustraite du carcan...
Adossé contre la hampe ; inconfortablement...
Dans l'épuisement de ce qui s'est passé...
De part et d'autre de l'étendue rocheuse...
Sans bruit ; sans rien voir...
A cet instant ; le centre entrevu ; jamais atteint...
Au milieu des pierres ; le cercle – l'immobilité...
Appuyé contre la perte ; le salut...
A grandes pelletées de vent...
L'écoute ; le seul labeur – la seule possibilité – de l'homme...
Ainsi confondus ; l'âme et le point du jour...
A se heurter sans raison...
Malgré mille détours ; les obstacles du monde et du temps...
Les lèvres rêches ; et des mots du dedans ; quelque chose de soi (immanquablement)...
Ce qui se dresse – face au néant...
Parmi nous – (presque) sans effet...
Ici et là ; entre quelques étoiles...
Aussi vaste que l'espace...
Aussi lointain que l'origine...
Quelque chose qui veille ; de vivant...
Là où l’œil reste ouvert...
A mesure que l'argile se désagrège...
Sous le règne de la poussière ; le vide jamais déclinant...
Sans personne pour séduire ; et nous plaire...
A notre rencontre ; le rien qui fleurit...
Comme un chant au-dessus du ciel...
Par-delà le silence et la fusion...
Le secret délibérément exposé...
Au terme de toute les pertes ; l'âme si légère...
*
Dans le flot continu ; le monde et le temps...
L'espace mortifère...
Passages de mendiants et de rois ; mélange de bruit et de matière – dans le silence (presque) jamais célébré...
Comme mille traces de fumée à suivre...
Des pas dans la neige ; la nuit...
Automatiquement reconduits...
La douleur d'un Autre ; enfoncé(e)...
Le poids du rien ; des choses sans nom ; au fond de l'âme...
Ignorant cette voix qui nous appelle...
Dans le vide abyssal ; le cœur en désarroi...
Ici – contre soi ; tout près du ciel...
Ailleurs ; autrement que la vie assassinée...
Trop souvent prisonnier(s) de ce qui nous protège – nous soutient...
Là – contre soi ; la tentative d'un abri...
Dans l'optique d'une fuite...
La perspective du repli...
Sans pouvoir faire face ; à peine regarder...
La tête enfouie quelque part ; plus haut – plus bas ; ailleurs...
A côté de soi ; malgré le bleu qui s'est installé ; présent, sans doute, depuis tous les commencements ; et bien avant même – peut-être...
*
La terre répandue en prière...
Jamais rongée par l'ombre cachée sous les paupières...
Au-delà des mots – bloqués dans la bouche par d'étranges éboulis de pierres ; la raison des Autres transformée en paroles de plomb...
Le doigt arraché à la gâchette ; indocile – obéissant encore à la mémoire du corps méfiant – hostile à toute forme d'étrangeté – à la chair du reste – aux intentions dissimulées – à ce que représente le monde...
Là-bas ; au loin ; au large...
Quelque part derrière soi...
A l'origine de toutes les séries visibles – tangibles – terrestres ; et présent déjà dans ce qui leur succédera...
Lumineuse ; comme la bouée de l'ensemble – l'immensité...
Devinant (bien sûr) toutes nos attentes ; et leur devenir ; ce qui nous propulsera au-dedans ; ce que nous abandonnerons au monde...
La pierre chantante...
Contre la nuit installée...
Autrefois plus bas ; ailleurs – enfoui(e) peut-être...
Dans notre absence ; les figures assassinées...
Avec comme des mains dans le ciel...
Un buste béant – penché – semblable à un abîme...
Et sur la tête – une couronne cabossée...
Des yeux ; sous lesquels poussent des chemins...
Aveuglément ; tantôt vers l'obscur – tantôt vers la lumière ; l'immensité blanche...
Et entre la pierre et la prière ; la possibilité de la couleur – le monde étalé ; et, parfois même, la transparence...
Ce qui s'installe sous la couronne...
Le cœur – comme autrefois (bien sûr) – battu par les vents ; mais inaliénable – à présent...
Vers soi ; animé...
Le jour et l'histoire du monde...
Toutes les comédies inventées ; et qui s'achèvent (à peu près toujours) par le même drame...
Mille égarements – quelques détours – vers le bleu...
Ni leur ; ni nôtre ; sans appartenance...
Au milieu des fables et des gerbes de lumière...
*
Venir – aussi – à soi...
Prière seule – peut-être – non advenue ; éclipsée par trop de volonté...
Poussières d'or qui fascinent – qui continuent de fasciner – les yeux fermés...
Avec des noms auréolés de mystère...
Et des êtres dévoués à la dissémination de la semence...
Simplement ; quelques mortels sur notre chemin ; envahi par la terre ; la signature de ce monde promis à la perte – condamné à l'abîme...
Parvenu(s) ; le vide ; la voix...
Au plus fort de la tempête ; l'Amour enflammé...
Les formes entremêlées – folles – (trop souvent) insatisfaites...
Et de nouvelles choses pour contenter les impératifs du nombre...
Peu à peu – oublié le jeu initial...
Transformé, malgré soi, en naufrage – en sépulture (et, parfois, en charnier – en nécropole) ; dans un (lent) dépérissement sous l’œil (parfois amical – parfois narquois) de ce qui a initié le monde – le voyage...
En soi ; ce qui nous accompagne...
Sur toutes les voies de la terre ; entre elles (parfaitement) tissées...
Main sur le bâton ; au cœur des obstacles et des reflets...
Guidé(s) vers le haut – au-dedans – peu à peu...
Puis disposé(s) au milieu des pierres...
Nous montrant le seul chemin ; la seule direction parmi tant de possibles...
Le peuple des rives ; au cœur de leur territoire...
Sans arbre – sans forêt...
Sans voix pour dire la douleur – pour célébrer la beauté...
Le ciel ouvert – simplement – (atrocement) nuageux – encombré – parsemé de rêves qui entravent la vision – qui voilent la réalité...
Quelque chose de l'illusion et du poing levé ; et cette plainte continue qui s'élève depuis le premier frémissement – avant (bien avant) même la naissance du monde et du temps ; et qui se perd – s'abîme – s'efface – avalée – engloutie par l'immensité...
*
Au plus bas ; là où la glaise rejoint le ciel...
Là-haut ; là où la terre devient miracle ; merveille...
La clé de tous les voyages ; de tous les exils...
Tous les membres de la parentèle rencontrés – et retrouvés – sur ces pentes abruptes...
Et le cœur qui – peu à peu – se réchauffe...
Comme un feu (un feu nouveau) au fond de l'âme – elle, depuis si longtemps, éconduite – délaissée – abandonnée – ressuscitant, à présent, sous le regard fraternel – spacieux – sans sentence – qui autorise cet étrange balancement entre le ciel et la chair – entre l'Amour et la faim...
Réconcilié(s) – en quelque sorte...
Comme un passage à gué ; entre Dieu et les étoiles...
Devant ; des yeux qui interrogent...
Méfiant face à la neige offerte – face aux caresses invisibles – face aux malentendus de l'hiver...
Malheureux ; en dépit des épaules – et, parfois, des mains – qui se touchent...
Le jour – dans la main – recroquevillé...
Dégagé de tout langage...
Sur la blancheur ; la terre emportée...
Notre nom – dans le monde – chaviré...
Entre la tempête et l'étendue...
Au cours de ces quelques pas que l'on nous accorde...
Aux cimes recouvertes ; retiré...
Face au vent qui dissipe toute consistance...
La parole d'un Dieu que le ciel efface...
Entre deux eaux – le cri qui monte – au milieu des stèles dressées...
Et cette angoisse qui se propage ; qui prolifère – au détriment de la soif...
Nous pardonnant pour toutes les fois où nos gestes chiffonnèrent les âmes ; où nos paroles découragèrent les premiers élans de l'innocence ; à califourchon sur le monstre – dans cette posture inappropriée...
*
Au fond du filet ; enhardi...
A l'ombre des pierres ; vivant...
A se soustraire aux alliances trop nombreuses ; étouffantes...
L'âme rampante (et désabusée) – sous le sommeil...
Là où s'affrontent le monde et la liberté ; là où s'affrontent les créatures et l'innocence...
Sous ses airs belliqueux ; personne pourtant...
Assis dans l'espace ; à s'émerveiller du silence (trop rare) dans la parole...
Trop près de ce cœur dépossédé...
Dans ce désert sans sable – sans lumière...
A attendre un chant qui ne viendra pas atténuer la danse folle des hommes...
Qu'importe nos pensées incandescentes...
Pris dans le tumulte – le déclin – la débâcle – en dépit de la persistance du miracle – au-delà...