SI PRES DE NOS LEVRES, LE SILENCE (VOLUME 4)
EXTRAITS DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2022-2023)
La tête à genoux ; comme suspendue au secret
Si près du lieu où naissent les vents et les étoiles
Dans la proximité du mystère
Auprès des âmes qui ont revêtu leur costume de chair et de poils
En ces lieux de piteuses apparences ; là où le cœur doit apprendre à s'égayer au milieu des malheurs
Dieu murmurant son secret à l'oreille des plus humbles pour les guider jusqu'à la lumière et entraîner leur danse vers une joie sans orgueil
Le cœur tranchant comme la pierre ; à se frotter contre la rocaille et la sécheresse des âmes...
Au milieu des souffles de la terre
Dans le labyrinthe du monde et de l'esprit
Le cœur de l'homme – si insensible à la beauté du monde ; si étranger aux forces sous-jacentes et aux lois qui régissent les lieux où il a cru bâtir son royaume
Le silence sous l'horreur et les ornements
Sous le règne de la fièvre et du front ; la sagesse – pourtant – dissimulée au fond du sommeil
Du lieu le plus haut vers le plus intime
Du secret vers le plus simple
Partout à son aise – jusque dans les plus obscurs recoins
Comme la lumière sur son territoire
Célébrant le vent qui ébranle le sommeil et les certitudes ; les chimères et les hantises ; toutes les mainmises du dehors et du dedans
A la profondeur et à l'altitude recommandées par la qualité de notre présence
Assis face à l'étendue
Dans le cercle
Hors de la cage
A même le ciel ; (très) spontanément
A notre place ; dans les herbes hautes ; au milieu des têtes à cornes ; au cœur de notre fratrie
Sur un chemin (de plus en plus) silencieux où les âmes se ressemblent – se confondent – forment d'étranges alliances – se mettent au service du mystère – de la beauté – de la lumière
Au son des flûtes invisibles ; les danses d'hier et d'aujourd'hui ; les danses de toujours – auxquelles nul ne peut échapper...
La tête toujours emplie d'espoir et de science ; encore si loin du ciel – de la poésie – de l'innocence
L'âme si étrangère au monde
Saluant ce qui passe
Sous le soleil
Souriant
Au milieu des Autres
Mille chemins ; mille regards – qui se croisent ; des cœurs et des peaux qui se frôlent – à peine
A la saison inaugurale
Loin des anabases chimériques – inventées
Incorruptiblement ; la puissance et le rayonnement
Sans (jamais) présumer des possibilités de l'esprit
Ce qui monte ; ce qui s'élève en silence – si secrètement
Quoi d'autre dans ses bagages que le regard et l'humilité ; nés de l'impossibilité et de la capitulation de l'homme...
Dans le prolongement de la loi inaugurale
L'âme honnête et le cœur vaillant ; quels que soient les attraits – les scintillements – les invitations...
Au cœur d'un réel sans alternative
La soif étanchée par le ciel et la poussière
Enroulé autour de l'âme et mélangé à l'argile
Autre chose que le sang
L'invisible
Et le cœur marqué de ce sceau – sans s'inquiéter de la malice des hommes – ni du vent – ni des chimères – ni du temps qui passe...
L'infini et l'éternité au cœur de ce qui passe
A s'imaginer l'égal des Dieux ; et oubliant que notre ventre est rempli d'air et d'excréments
Le cœur derrière ses barreaux de chair ; et l'esprit derrière ses grilles d'images et de mots
A vivre, chaque jour, entre le ciel et les malheurs
Au cœur de l'invisible
En dépit du monde
Au milieu des vents
En dépit des visages
Au dernier degré de l'innocence ; la neige
Loin des esprits fats et des cœurs empesés
Le cœur tendre qui applaudit la parole vraie – les bras ouverts et les gestes qui cajolent
Hors du cercle
A l'ombre du silence
Dans l'insécurité du refuge
La tête inclinée dans la pénombre commune
A travers ce qui peine et résiste
Le cœur s'offrant (d'un même élan) au ciel et à la poussière ; sans rêve – sans exigence
Moins à dire qu'à comprendre
Dans le silence et la grâce ; quelque chose du vent et des étoiles
Poussière vagabonde – poussière changeante
Sous le règne du ciel – du silence – de la mort
A revenir (encore et encore) pour embrasser ce qui peuple le monde
Au fil des saisons – au fil des âges de l'homme – des âges de la pierre – des âges cosmiques
Le visage penché sur ce qui souffre ; sur ce qui gémit ; sur ce qui appelle (et réclame)
Comme pour offrir aux Autres – au reste – ce qui leur est dû
A traverser l'existence comme l'oiseau parcourt le ciel ; sans laisser la moindre trace
Sur la pierre
A la manière des fleurs
Comme sur un trône de papier
Indifférent à toute mainmise et à toute autorité
A vivre sous le même soleil que les sages et les fous
Le coin de l’œil plutôt philosophe
A contempler les luttes et les concertations ; et découvrant, peu à peu, la source de la tendresse et la couleur des yeux aveugles
Soudain ; l'invisible au lieu de la cécité
La même poussière qu'autrefois mais délivrée du mensonge – de l'illusion – de la tristesse
Aux marges du monde ; cette solitude – peuplée – amoureuse – aimante – (très) joyeuse
Loin des foules hystériques et des histoires qui ravissent les hommes
Au-delà des mythes – des fables et des rêves
Le regard attentif à ce qui est devant soi
Ce rien de lumière offert par les gestes
Et cette joie dans le sillon des pas
La parole enfouie au fond du silence ; et qui émerge – peu à peu – à travers l'âme qui se révèle – la main qui s'anime – le feutre qui danse
Sous l'écorce des jours ; comme un soleil – un royaume – un univers
L'alphabet du réel plutôt que la conjugaison des rêves
A l'ombre du Seul...
A essayer de hisser le rire au-dessus des pierres et des peines
A vivre quelque chose que nul ne saurait expliquer
Au cœur même du mystère
A hauteur de l'infime
A l'écart des hommes et des Dieux
Parallèle aux sentes communes
Sur la route (déconcertante) des incertitudes
Ce qui respire ; dans les interstices creusés par la lumière
Un chemin sans hasard
Une chose à la fois...
La figure bleue
Qu'importe les ombres
Qu'importe le temps
Dans le prolongement de ce qui ne peut connaître l'épuisement
Les seuls bras tendus ; ceux qui pendent le long de nos flancs...
Au cœur de la blessure et de l'hiver
Dans la douleur et le froid
A endurer notre peine de pénitent
Le cœur solitaire sur la pierraille
A regarder par-dessus la confusion
Un chemin de pierre ; tantôt vers le rire – tantôt vers le pire
L'allégresse en dépit des figures grises
Pauvres mortels qui s'inquiètent et se querellent ; affolés – aveuglés – par le peu de jours qu'il leur reste
Le ciel silencieux au-dessus des cris de ceux qui rêvent d'échapper à la mort
Le partage qui se réalise
A travers une main apparemment inique
Dans l'exactitude du geste
et de la proportion – pourtant
Parfois rêve – parfois trésor – parfois papillon
Qu'importe ce que le destin dessine
Le ciel sans reproche (ni défaillance)
Le doigt pointé vers l'infini
Et les pieds pris dans les jeux du monde
Avant l'écriture
Avant même la parole
Quelque chose du ciel et de la pierre
Le visage rageur devant le monde
Le visage ravi devant le miroir
L’œil incontestablement fermé
Dans le sillage mystérieux de la lumière
Au milieu des arbres
Le front à hauteur d'humus
La peau couverte de fleurs sauvages
Le monde sous le regard (tantôt amusé – tantôt compatissant) de ceux qui ont fait un pas de côté
Loin des lois du père ; des rêves ; des guerres picrocholines ; de l'esprit labyrinthique ; de tout ce sable transformé en édifice
Dans un monde régi par les lois iniques – absurdes et ridicules des hommes
En des lieux où Dieu et le silence – la lumière et la vérité sont des choses parmi d'autres...
L'existence ; quelque chose de la farce et de la tragédie ; infiniment théâtrale
Sous le règne du dérisoire et du bavardage
Sans importance ; le monde ; au regard des rêves et des illusions
L'histoire du monde façonnée par ceux qui se pensent seigneurs et maîtres sans savoir qu'ils sont les instruments d'une main qui les utilise à des fins qu'ils ignorent (encore)
L'âme si proche du ciel ; dans cet écart infime qui la sépare du reste
L'éternité hissée au-dessus (bien au-dessus) des hommes et du temps
Et la tête (très légèrement) penchée sur l'éphémère
Le cœur en chemin ; comme une danse (involontaire) autour du silence et de la joie
Une existence naturelle et discrète ; ce qui, ici-bas, semble si peu désiré...
Le bleu qui recouvre les yeux – qui plonge dans le regard – qui colore l'âme – les mains – la peau ; qui cherche à détrôner l'or et le rêve ; toutes les lois du monde
De plus en plus visible ; à mesure que se dessine – et s'approfondit – ce sourire ; sur notre visage
Ce qui s'impose de manière manifeste ; la couleur de l'inaltérable
Et de l'âme – qui donc s'en soucie ; qui donc s'en souvient...
Dans les bras de la tendresse ; assurément...
La fraternité discrète ; manière, peut-être, de se hisser (sans volonté – sans orgueil) à la hauteur qui convient ; là où le ciel et les chants s'intensifient ; là où le silence et la pierre dansent ensemble
Si proche de nos lèvres ; l'invisible
Heureux de ces pages qui échappent au règne de la séduction et de la discorde
L'air que l'on fredonne ; et qui accompagne le chant des arbres au crépuscule ; lorsque les bruits des hommes se sont dissipés
L'apprentissage (parfois difficile) de la tendresse au milieu de la bêtise et de l'animosité de ceux qui oppriment et asservissent ; de ceux qui exploitent et assassinent...
A suivre (docilement) le cours des choses ; le rythme naturel des astres et du monde
Un bout de terre à l'écart des hommes où l'on peut (enfin) expérimenter le silence et la joie
A nous abandonner au bleu de toujours ; et à vivre – comme les bêtes – l'ardeur et l'intuition chevillées au corps
Sur la pierre
Sur la branche
Sous les poils et les plumes
Le cœur chantant
Partout le règne du dérisoire
Des histoires sans importance
[malgré d'émouvantes trémulations dans la voix]
Le ciel et l'innocence – piétinés à coups d'intentions – à coups de prières et de paradis mensongers
La terre piégée par le délire des hommes ; si peu soucieux des répercussions de leurs hourras – de leurs enivrements – de leur usage du monde
Abandonnés l'espoir et la volonté pour la possibilité d'une âme réellement engagée...
Sous les apparences du monde ; l'invisible à la manœuvre
Le dehors animé par le dedans
Qu'importe l'envergure du regard
Qu'importe l'opacité
A se réjouir de cette lumière sur la pierre – sur la danse et le silence qui nous entoure
Au milieu des Dieux et des histoires inventés
Dans les fissures creusées dans l'épaisseur
En ces lieux où la vérité relève de l'imposture
Dans l'entremêlement (joyeux) de l'âme et de la matière qui apprennent – peu à peu – à danser ensemble
Au cœur de cette démesure dérisoire...
L'impossible ; guère plus loin qu'une main qui se tend...
Au bord de l'impénétrable
Un puits de lumière
L'Amour qui abonde
L’étreinte vertigineuse
Un ruissellement de tendresse
L'éphémère rassemblé en horizons
Sans aucun versant à gravir
Sans aucun verset à réciter
Des fleurs – du ciel et de la joie
Ce qui est offert [très généreusement]
A attendre – patiemment – en soi – la venue de l'impossible
Dans le froid (éprouvant) de l'hiver...
Des visages et des choses ; à travers les grilles du monde et du mystère qui (si souvent) se confondent (ou se superposent)...
Entre le rire et les larmes
Le temps d'un (bref) passage
Ce qui est éprouvé
jusque dans les tréfonds de la chair
L'âme légère
Et le bleu à fleur de peau
Invariablement ; entre les murs et le sommeil
Le cœur rivé au même rivage
Le corps au milieu des mêmes visages
Sur cette grève étrange et trop peuplée
Des signes au-delà (bien au-delà) des mots
Par-dessus les légendes du monde
Par-dessus la pierre et le sang
Par-dessus les rêves et les ambitions
Par-dessus toutes les illusions
Tous les fils entremêlés dans la poigne du moins tangible
Ce qu'éructe le cœur ; des gerbes de mots et de silence ; un peu de lumière – un peu de poésie – peut-être ; comme un geste – un peu de vent ; au milieu du bruit et des hurlements
Le cœur défait par le voyage ; (très) amoureusement dénudé...
Au fond du regard ; quelque chose aussi de l'écume et de la trace
Au plus haut (peut-être) de ce minuscule tertre terrestre...
Au-delà des limites et de l'appartenance (apparentes)...
Le monde de moins en moins reconnaissable à mesure que l'immensité se déploie dans le regard
Sur la pierre et la table de bois – le contraire du sacrifice
Au cœur de la nuit ; en dépit de quelques restes de lumière
En deçà (bien en deçà) de l'innocence et de la poésie espérées...
Au milieu des herbes – des arbres et des bêtes de la forêt ; en ces lieux qui favorisent la guérison du cœur de l'homme
Au cœur de l'écume ; à travers l'épreuve (malaisée) de la matière
Le temps comme un trou ; un puits sans fond ; un ruissellement sans fin – à la manière d'une danse et d'un évanouissement
L'imposture du monde humain
La solitude – toujours – en filigrane ; en dépit du monde ; en dépit des Autres
Un peu d'argile sous le ciel
Un amas de songes et d'histoires
Des restes de poussière
Dans le fouillis du monde
Au milieu des mensonges
L'inextricable
Ce qui relève de l'impénétrable
Et ce qui relève du possible
Toutes les rencontres – à l'intérieur...
Des croyances et des mots ; ni parole – ni (véritable) prière ; plus proches du cri et de l'espérance que de l'intimité ; que de l'inconcevable
Aux marges du monde
Au bord du temps
Ce qui se révèle dans la simplicité de l'esprit
Les yeux à la manière d'un voile sur le monde ; (trop) rarement déchiré
Oublieux des rêves et des ambitions des hommes
L'homme barbotant dans son bain d'ignardise
A gigoter au milieu de ses reflets
Cherchant à jouir du monde ; et à retarder sa fin
Le corps (très) vaguement assouvi
Le cœur (très) vaguement satisfait
La tête saturée d'images et d'envies
L'esprit (presque) à son aise – ici-bas
Nous éloignant de la vie naturelle à mesure que se perfectionnent les abris et les outils ; à mesure que se complexifie l'organisation du monde
Au cœur du monde ; au cœur de la chambre – chacun protégé derrière ses douves et ses remparts ; mendiant les nécessités (visibles et invisibles) qui lui font défaut ; et offrant le surplus – tous les rebuts dont il n'a l'usage
Une lanterne au-dedans éclairant tous les échanges
Les yeux comptant les bénéfices ; mesurant les avantages – les gains de chaque transaction ; à l'aune des rêves établis
Le cœur atrophié consignant tous les trésors amassés ; de loin – ce que les hommes jugent le plus précieux...
Écoutant et contemplant ; depuis l'intérieur ; les profondeurs ; tous les passages
(Très) solitairement
Au milieu des fleurs et des chants
Le séant sur le sol
Ici-bas comme sur un trône
Au royaume des humbles
Partout ; la fièvre des hommes qui cherchent un bout de terre où ils pourraient s'installer ; et un peu d'or – un peu de gloire – de quoi apaiser la faim – les peines du corps – les tourments du cœur ; de quoi offrir à l'esprit quelques instants de répit ; un peu de tranquillité ; et, quelques fois (bien plus rarement), un peu de lumière pour essayer de comprendre...
La nécessité d'une intimité avec le reste ; quelque chose de la fusion – de l’absorption – de la dissolution ; une parfaite appartenance au monde
Et, parfois, la découverte d'une (très) ancienne lignée ; et une double ascendance ; une famille liée à la pierre ; et l'autre liée aux étoiles
L'âme si étrangère au sans nom
A marcher dans une (très) longue impasse qui, indéfiniment, repousse sa fin ; jusqu'au lieu où les vents balaieront tous les superflus et pousseront au retour
Comme convoqué(e)(s) (enfin) par une nécessité...
Couleur de chair et d'étreinte ; le cœur
Plus sensible aux tremblements qu'aux lois des territoires traversés...
Seul ; hors du cercle
Au milieu du silence
Les joues ruisselantes des larmes des bêtes ; et de quelques Autres (incroyablement humains)
Aussi près du monde (naturel) que du mystère (si savamment enchevêtrés le plus souvent)
Et le cœur engagé dans l'un et dans l'autre – d'une égale manière
Dans la célébration du plus intime en ce monde où les visages et les choses sont soumis au règne du masque et de la métamorphose
Notre émerveillement face à la lumière qui s'amuse à prendre les habits les plus obscurs...
Sous le règne de l'imperfection ; fort heureusement (à dire vrai)...
Les mains tremblantes
Et le cœur qui brûle encore
Auprès de ceux qui peuplent – si discrètement – la terre
Dans notre chambre du dehors
A sentir l'air et le vent ; le soleil et la pluie ; la chaleur et le froid
La masure installée au milieu des arbres
Les sandales aux pieds ; et l'âme proche (si proche) de la main qui œuvre sur la (petite) planche de bois
Le mystère – ressenti – (presque) dans chaque geste ; (presque) à chaque respiration
Et toutes ces têtes de papier qui trônent au milieu des vivants sans parole ; au cœur droit et sensible
Riche(s) des mille trésors de l'être ; réunis ; et d'un seul souffle ; embrassés
Hors les murs ; de l'autre côté
Aux confins des marges
Loin des gardiens du ghetto ; des temples factices ; des Dieux acolytes et des Golems dociles
Loin de ceux qui organisent leur existence en une longue ligne droite
Loin de ceux qui s'imaginent lucides et généreux
Loin de ceux qui se moquent de l'invisible et de la lumière
Loin de ceux qui n'ont jamais été traversés par la soif et la vraie vie
A s'épuiser dans l'étreinte au milieu des Autres ; au milieu des larmes et des gestes fictifs...
Une parole ; un poème – comme un peu de vérité – peut-être – au milieu de la poussière qui tourbillonne
Le règne du bleu – assurément ; en dépit du plus grossier ; en dépit de la tristesse ; en dépit de la nuit que l'on a fait nôtre...
Le retrait de la figure derrière ce qui s'exprime à mesure que l'être se dévoile ; à mesure que le mystère se révèle
Peut-être – la seule chose qui compte dans ce monde de postures et d'apparat
L'inévitable tumulte de la source qui se prolonge – qui se perpétue – qui se réinvente ; arrivée à notre hauteur ; se cognant à tous les angles ; se perdant dans tous les recoins ; inscrivant son empreinte sur la pierre – au fond de la chair ; dans les cœurs trop hermétiques et trop peu tourmentés
Au rythme de ce qui s'impose ; à travers la ronde des existences ; à travers la danse des choses
Une parole qui émerge de temps à autre ; un peu de vérité – un peu de poésie – peut-être – qui se dresse au-dessus de cet océan de cris et d'ignorance ; au-dessus de la torpeur ; au-dessus de l'apparente gloire de l'homme
A genoux
Les yeux plaintifs
Comme couché(s) sous le mauvais sort
Qu'importe l'encens
Qu'importe la prière
Face au ciel
La même grimace
Cette substance qui coule le long de nos mains ; le sang du monde – que nous ravalons – avec nos larmes
A l'écart des hommes
Loin des jeux et des enfantillages
Quelque chose du cri, peu à peu, transformé en silence ; et quelque chose de la mélancolie, peu à peu, transformé en joie
Nous élevant – peut-être – à hauteur d'homme
Des paroles et des pas ; à même la feuille ; à même la pierre ; sous la lumière du jour – en équilibre sur cette (longue) ligne invisible...
Du sable et des ombres
Sur la roche ; tous ces visages et toutes ces choses esquissés à la craie (de manière très approximative)
L'esprit prisonnier des filets du monde et du temps ; soumis aux règles du jeu inventées par les hommes ; sans voir l'amplitude de l'espace – sans même distinguer la lumière et la tendresse qui logent dans ses tréfonds
Le cœur des hommes et le cœur des bêtes
Au service du sang – de la danse – du soleil
Et dont la proximité et la ressemblance sont (trop souvent) mésestimées par les livres et les lois
Intimes jusqu'au tremblement – jusqu'au frémissement – jusqu'au hurlement – communs
Sur ces rives où rien n'est reconnu...
Au milieu des cœurs qui souffrent – des cœurs qui saignent et des cœurs qui soignent (trop rarement)
Les yeux au seuil de ce qui ne se voit pas
Entre la feuille et l'arbre ; le feutre et la pierre ; la ligne et le pas
Vers le grand large – peut-être
Hors de l'histoire qui se déroule
La tristesse et l'impuissance face aux mille désastres du monde ; face à tout ce qui crève...
Le bleu encore ; le bleu toujours ; ce à quoi l'on aspire – invariablement
Qu'importe les promesses du monde ; nous détournant – inévitablement – de tout ce qui (nous) en détourne
Le sans nom ; déjà là ; à la manière d'un royaume sous la neige du monde et les confettis colorés des hommes
Dans l'intimité de ce qui nous ébranle ; de ce qui nous explore ; de ce qui nous fait exploser ; de ce qui nous fait disparaître
Ce qui cherche à s'atteindre ; à se retrouver ; dans l'effacement des frontières...
A pieds joints sur l'évidence
Sans rien savoir ; sans rien deviner – de notre (véritable) visage
Au service – seulement – de ce qui est là ; de ce que l'on porte ; de ce qui nous habite (sans même nous en douter)
Quelque chose de l'immobilité dans le mouvement ; et quelque chose aussi (bien sûr) du mouvement dans l'immobilité ; presque imperceptible tant que rien n'a fait silence au-dedans
Le monde (peu à peu) recouvert de laideur et d'infamie par ceux qui rêvent d'habiter la lune et de collectionner les étoiles
En guise de médaille ; en guise de tatouage ; les épreuves du monde qui marquent l'âme – la chair et l'esprit
Des histoires plein la tête que les lèvres prennent plaisir à raconter...
A s'imaginer libre(s) alors que les pieds et les mains – le cœur et la bouche – de l'homme sont attachés à des fils emmêlés à ceux de la danse – à ceux de la trame – à ceux de la nasse ; que tirent les doigts habiles du mystère...
Au milieu de ceux qui dansent (qui continuent de danser) – les chaînes aux pieds – autour du feu – pour célébrer la terre et la liberté
La faim au fond du sang qui pousse au crime et réduit l'âme à une sorte de bête fauve (et furieuse) qui tente de briser (en vain) les barreaux de sa cage
L'air irrespirable du monde
Le ciel vidé de son essence et de sa lumière
Le rouge qui nourrit
(qui continue de nourrir) la terre
Et le noir que déversent
(que continuent de déverser) les cœurs
Ce qui ressemble à notre histoire ;
trait pour trait – notre visage et notre destin
Le bleu si lointain ;
et même plus de larmes pour pleurer
Quelque chose d'imperceptible par le cœur (et les yeux) des vivants
Comme un halo de lumière lié à notre manière de vivre – de respirer – d'entrer en relation avec le reste
Parfois ombre – parfois lueur – parfois étincelle – parfois candélabre – parfois fanal (bien plus rarement – il est vrai) dans la nuit du monde
Ce qui se voit – ce que certains voient – comme un nez au milieu de la figure
Comme une évidence ; l'espace à partager et les frontières piétinées par la danse
Au milieu de ce long défilé de têtes qui passent ; qui émergent puis qui tombent et disparaissent ; sans la moindre explication
Relié(s) ; sans autre obstacle – sans autre muraille – que ses propres absences...
Le feutre qui danse entre la joie et l'effacement sans rien espérer ni du monde – ni de ceux qui se pencheront (un court instant) sur les quelques traits qu'il aura esquissés sur ces pages
Nous abandonnant à ce qui nous anime – à ce qui nous éclaire – à ce qui nous enflamme
Funambule au milieu du vide ; au milieu des vents ; seul et sans appui (évidemment)
L'errance encore
Dans ce repli du ciel descendu
A la lumière des étoiles et du silence
Les mains tendues (sans impatience)
Et gravé sur le visage ; le sans nom
Dans les pas de l'éphémère ; le socle du monde balancé derrière soi
Pas davantage que de la neige qui brille – et qui fond – au soleil...
L'être ; en dehors des rails
Au grand dam des chiffres (et des statisticiens)
Au grand dam de ceux qui assassinent l'aventure
Au loin, ce qui emmure et enferme ; l'incarcération à laquelle échappe celui qui s'exile
Sous le règne de l'invisible qui se moque de ce que nous faisons ; quand bien même remuerait-on ciel et terre pour le découvrir et vivre dans son intimité
Au cœur de l'espace ; ce perpétuel brassage d'atomes – le cycle permanent des recombinaisons qui donnent naissance à de nouvelles formes – à de nouvelles générations – à de nouveaux mondes
Jusqu'à la fin des temps
Cette perpétuelle transformation ; le cours inéluctable des choses ; l'implacable déroulement de l'histoire – sans que rien puisse s'y opposer
Le cœur malheureux ; (presque) toujours voué au miroir et au manque
Des ombres clouées au rêve et à l'épaisseur
Vouées à l'ignorance et à la barbarie
Alimentant la ronde funeste des cœurs
qui tournent et tourmentent
Dans tous les sens – autour de l'abîme et du bleu
Au cœur du grand cirque ; quoi que nous fassions...
Du sable et de la nuit
Au cœur de l'enfer que nous avons façonné
Sans même envisager le funeste à venir
La risée des Dieux – peut-être ; la risée des Dieux – sans doute ; sur ces rives où la nuit s'est installée
La terre saccagée – négligée – oubliée
Comme tous ceux qui l'ont, un jour, habitée...
L'ivresse de la main agentive – du désir qui se projette – du pouvoir qui s'incarne – élargissant la plaie – aggravant la douleur – intensifiant les cris – déployant sur la terre entière le mythe de la civilisation qui feint d'ignorer son absurdité et sa barbarie
L'affirmation de soi et la soif de puissance ; et cette (absolue) tyrannie de l'expansion – dans la tête de tous les conquérants (petits et grands – illustres et anonymes) ; et l'origine du mal au fond du cœur de chacun
Comme plongé(s) dans cette longue nuit qui jamais ne verra l'aurore ; des esprits et des âmes piégés dans l'épaisseur et l'opacité
Sous cette lumière qui caresse le visage ; et qui éclaire l'âme – quelques fois...
Qui saurait dire ce qu'est le silence ; ce qu'est le regard ; et ce qu'ils offrent ; et ce qu'ils soustraient
Et comment décrire les visages et le temps – l'Autre – le monde et l'Absolu ; ce que nous traversons ; ce qui nous échoit ; ce que nous sommes
Dans le désordre et la confusion ; des fragments de ce que l'on perçoit
Les lèvres – de plus en plus – taiseuses
L'âme – de plus en plus – immobile
Le monde – de plus en plus – transparent
Quoi d'autre que l'espace ; que le vide – que le centre – que la tendresse et la lumière – que nous avons déjà atteints ; sans rien faire – sans même bouger
Tant de malheurs portés par les bêtes
Et tant de têtes tombées par l'épée
Du sang et des amas de chair
L'empire de l'homme
Sans conteste – le royaume du pire
Comme sur la scène d'un théâtre d'ombres
Des surprises et des retournements jusqu'au dénouement de la pièce – jusqu'à la fin du spectacle
Avec le ciel comme seul spectateur ; et son silence comme seuls applaudissements
A même le ciel ; l'existence installée
A chercher la tendresse et la lumière ; déjà présentes
[enfouies assez maladroitement (et à dessein – bien sûr) au fond de l'âme]
[Trop enfoncé(e)(s) dans la matière – peut-être – pour comprendre [et (se) réaliser]
Grassement offerts ; le destin et le dénuement...
Dérisoire et vertigineux ; le poids de l'existence
A travers la démesure de l'homme ; le royaume du sang et l'énigme de ce qui se joue...
De la fumée ; un passe-temps ; l'essentiel des existences ; à la manière d'un parcours propédeutique qui, un jour – au détour d'un chemin, pointera vers le centre – à l'intérieur ; ainsi commencera le (véritable) voyage qui mènera – après une marche plus ou moins longue – jusqu'au royaume
Sans solution ; l'existence ; qu'importe notre manière de faire face à l'usure et au merveilleux...
Hors du cercle des songes et des communes divagations
Enfoncé(s) dans la neige – jusqu'au cou ; jusqu'à hauteur d'âme ; au milieu des Autres qui sourient (un peu bêtement ou, parfois, un peu béatement) en s'imaginant vivre sous une bonne étoile ; heureux du minuscule carré de ciel au-dessus de leur tête qu'ils s'obstinent, chaque jour, à repeindre aux couleurs (changeantes) de l'espérance
Les pas englués dans l'épaisseur et le froid ; en plein hiver ; avec sur les lèvres – le givre des visages
Pauvres créatures élargissant la blessure de leurs jeux – la remplissant de leurs substances ; et se livrant à mille rituels – obéissant à mille croyances – pour réduire la distance qui les sépare de Dieu
Rien ni personne (bien sûr) ; et le besoin pourtant si farouche (si impératif) de découvrir son identité (véritable) ; la longue lignée et la grande famille auxquelles on appartient...
Pauvres pénitents peinant sur la pierre ; gravitant autour de la même croix – accablés par le poids du péché ; hantés par le salut des âmes ; priant leur Dieu et leurs saints ; agitant à tout-va leurs croyances et leur crucifix
Sans Graal – sans épopée – sans disciple (sans le moindre compagnonnage)
Seul avec le plus secret ; et le plus corrosif ; la connaissance célébrée au fond de l'âme
Face au ciel – face à ce qui se tient devant soi ; les yeux baissés ; la présence (si intensément) rayonnante quelque part dans ses tréfonds (et qui, parfois, irradie jusqu'au-dehors)
Le visage tourné tantôt vers l'Autre – tantôt vers l'abîme ; dont les frontières, si souvent, se confondent
Sous le ruissellement continuel de la lumière qui parvient à adoucir (un peu) l'existence de ceux qui sont condamnés à vivre (et à s'épanouir) au milieu des ombres – au milieu des rebuts – au milieu des pièges et des plaies à vif
Se découvrant là ; sans mot dire face à l'immensité et face à l'ordre (assez convainquant) de ce monde – au cœur de toutes ces peines et de toutes ces étreintes
Au cœur du vide – de l'essentiel – déjà ; au milieu des âmes et des choses ; au carrefour du visible et de l'ineffable
Comme une flèche ; la pointe de l'esprit
Le monde comme il va
La vie comme elle vient
Entre l'absence et l'intensité
Entre l'accablement et la lumière
Ce qui s'offre ; le cœur naturel et l'esprit poétique ; cette manière (si singulière) d'être au monde
Porteurs d'un peu de silence ; et d'un peu de lumière – parfois...
L’œil ouvert et l'âme obéissante
Invariablement penché sur la besogne du jour
Qu'importe l'intimité et le merveilleux ; tant que persisteront dans l'esprit la possibilité de l'après ; la possibilité d'un autrement – toutes les conjugaisons (imaginables) de l'alternative et du temps
L'âme attelée aux vents
Se laissant mener vers l'inconnu
Sans défi – sans enjeu
Sans engager le monde
Désertant l'épaisseur et la gravité
Se plaisant à goûter le bleu
dissimulé au cœur des choses
S'abandonnant à toutes les forces invisibles
Disposé à l'effacement et au règne de la plus grande subjectivité ; qu'importe ce qui nous fait face ; qu'importe les moqueries – les grimaces et les sourires en coin
Si près de nos lèvres ; le silence
Gesticulant dans leur gangue étroite ; essayant même de danser ou (pire) de s'échapper (à la moindre occasion) ; comme si la liberté consistait à s'extraire (ou à oublier) ; alors qu'elle trouve les sages parfaitement tranquilles – immergés et consentants – dans leur enveloppe de chair...
Sans rien définir ; sans rien délimiter
Dans le désordre et le foisonnement (qui dissimulent – presque parfaitement – le vide)
Le fond de l'indistinction par-dessous ce qui crépite et circule ; à travers la danse des éléments
Le dehors qui tourne autour du dedans ; là où se tient l’œil de l'être – le maître de l'immobilité et du mouvement
La vie qui vient ; la vie qui va ; et tout qui s'arrête ; et tout qui reprend ; et tout qui recommence et continue (évidemment)...
Les rails pulvérisés
En roue libre (à présent) ; en mesure (enfin) d'échapper au monde – aux hommes – aux lois – à l'idée de liberté
Seul ; et sans autre recours que soi (et ce qui est porté au-dedans)
Allant au-delà des horizons où s'arrêtent les yeux
De plus en plus, cette folle envie de fête silencieuse qui nécessite de vivre au-delà du périmètre ; de renverser les tables et les cartes du territoire ; de faire sauter les postures et les points cardinaux ; de faire table rase – en quelque sorte – afin de s'aboucher avec toutes les âmes dénuées de parole [mais pourvues de langage – (encore) incompréhensible par les hommes]
Heureux dans la compagnie des humbles – au milieu des rebuts et des sans-voix ; le cœur sensible à leurs tremblements – à leurs vibrations ; sans aucun souci des doigts pointés et du qu'en-dira-t-on
A vivre comme si le temps n'existait pas...
Intensément ; la danse
Dans la résonance des pierres
Et l'essence de l'âme
Sous les yeux moqueurs et incrédules
La danse féroce des créatures – animées par la peur et la faim ; et troublées (de temps en temps) par quelques éclairs d'intelligence ; comme des trouées de lumière dans l'épaisseur
Un rire – de temps à autre – pour se rappeler que nous ne sommes pas réduits, en ce bas monde, au labeur et au tombeau ; qu'il existe aussi un ciel qui, parfois, se laisse entrevoir...
Les larmes qui s'écoulent de l'âme vers la chair ; de la chair vers la peau ; de la peau vers le monde ; nourrissant la terre, peut-être, des plus invisibles aspirations des bêtes et des hommes...
Une existence sans rituel – sans prière – sans malice – sans mensonge ; aussi naturelle que possible
L'incessant voyage de la matière dans l’œil immobile ; ce qui se meut (indéfiniment) sous la lumière perpétuelle ; avec quelques éclipses, parfois, sous les paupières
A pas comptés ; à tourner en rond ; depuis tant de siècles – depuis tant de millénaires ; et puis, soudain, l'emballement et la furie ; le règne du désir et de la vitesse pour le (plus grand) malheur du monde
Et la multitude attelée à la tâche ; édifiant – bâtissant – agrandissant – développant ; déployant son ardeur et son imaginaire au profit de sa gloire (jusqu'à la démesure) ; à l'image, sans doute, de son architecture mentale ; œuvrant dans une sorte d’éblouissement obscur
Ainsi a-t-on précipité l'histoire – et, avec elle, toutes les créatures de ce monde – à la fois sous le diktat des hommes et dans le piège de l'essor et de la complexification
Poussant toutes les têtes à une étourdissante et funeste surenchère ; se taillant (en vérité) un scalp pour l'avenir ; dressant (sans même s'en rendre compte) une large et haute potence au bout de laquelle se balancera bientôt la dépouille de cette civilisation absurde ; et qui, dans sa chute et son pourrissement, deviendra, peut-être (espérons-le), le terreau d'un monde moins bête – moins ingrat – moins borné...
Sous la terre brûlée ; quelque chose qui se débat
Identique à ce qui circule dans le souffle et le sang
La vie brute – primitive – invincible peut-être ; malgré sa (très) grande fragilité
Ce que l'on entend (parfois) se dresser à la verticale ; vers le ciel
Quelque chose que nul ne peut ignorer
Comme une vibration dans les tréfonds de l'âme ; le plus précieux – sans aucun doute...
L'invisible à la place du monde ; et des âmes vivantes à la place des visages et des choses
Du silence et de la solitude
Le corps immergé
Le cœur libre
L'esprit en paix
Ouvert à l’insaisissable
Les infrastructures (internes et externes)
presque parfaitement démantelées
Vide et attentif
L'âme laissant agir les circonstances
et la porosité
[Réunissant ainsi toutes les conditions requises
pour rencontrer l'ineffable]
Au cœur de l'intimité inaltérable – déjà ; quels que soient les horizons ; oscillant sans cesse (selon la perspective et les circonstances) entre la distance et la dissolution
L'infime – toujours – à portée des yeux du plus grand...
Parmi les pierres et les rafales de vent
Le dehors et les frontières aussi inexistants que le reste ; en dépit des contours qui semblent circonscrire les formes ; en dépit du temps qui semble borner les existences...
Dans les fêlures de la matière ; un peu de lumière ; puis, la traversée de l'improbable (dans le meilleur des cas)...
Les yeux fermés ; se laissant guider par ce qui voit – à l'intérieur ; offrant ainsi au cœur la possibilité de découvrir le relief et la couleur du monde
Au plus haut de la terre ; émergeant (quelques fois) de la mélasse, un visage – un cœur – une paume tendue ; quelque chose d'apparemment vivant ; vouant au ciel une sorte de culte (vague et imprécis) encombré de croyances, d'appels et de rituels obscurs
En dépit des malheurs et des chagrins
L'âme qui conserve le rire et le souvenir du ciel
Nous ; le cœur vide – sans dogme – ni certitude ; offrant, selon les circonstances, une parole ou une main tendue pour essayer d'extraire (en vain) les malheureux de leur supplice (et de leur plainte)
Les yeux tristes ; les poings serrés et les joues ruisselantes ; éclaboussé (chaque jour) par l'écume ; et chamboulé par les cris qui montent de ce magma de matière ; apprenant (avec difficulté) l'impuissance au cœur de cet océan de malheurs
Le rude apprentissage de la place de l'homme ; les aspirations coincées entre l'épaisseur de la chair et les grilles du monde ; sous un ciel changeant et silencieux [et énigmatique à bien des égards...]
Les forces de l'en-bas ; comme une poussée verticale ; un chaos rassemblé et (maladroitement) redirigé vers l'immensité du haut et du dedans
Une sorte de danse
Au fond des yeux
Au fond de la nuit
Du rien à la plénitude ; puis, de la plénitude au lieu où ont émergé la discorde et le temps
Et tout au long de ce périple ; le règne de l'ombre ; la lumière ensorcelée ; le désir et la peur ; et les tremblements de ceux qui parcourent ces rives étranges et mystérieuses
Le bleu ; l'une des seules réponses à la grossièreté de ce monde – à l'insuffisance des âmes – à la médiocrité des existences ; absorbant tous les manquements et tous les malheurs jusqu'à ce que tout puisse parfaitement refléter la lumière
Entre vertige et turbulence
Sur la roche – au cœur de l'étendue ; une masse grise et monumentale
Et le souffle qui apprend, peu à peu, à la traverser ; et à l'habiter (très provisoirement) ; initiant le passage de la matière à la chair
Puis le gris qui s'assombrit (un peu) jusqu'au brun ; ou qui pâlit (un peu) jusqu'au rose ; éclairé(e) par la lumière qui cherche un interstice ; une anfractuosité pour s'y loger (en quantité infime)
Ainsi (sans doute) naquirent les premières créatures terrestres ; ainsi (sans doute) commença le règne du mouvement – à travers un chahut et un déborde-ment de gestes – de courses et d'ardeur qui engendrèrent mille tentatives – mille apprentissages – mille transformations
Entre collisions et collusions ; entre défi et fragilité
Et après avoir été (très laborieusement et très miraculeusement) façonnée, la matière vivante enjointe, elle aussi, d’œuvrer à la création ; entre réplication et prolongement ; dans les marges (très) étroites qui lui ont été octroyées
Toute une histoire – tout un destin ; qui s'écrit – qui se dessine ; à travers le cours des choses – l'évolution du monde – à l'infini
Au cœur de la lumière – déjà ; en dépit des corps meurtris...
A être là ; à vivre là ; sans rien comprendre – sans rien découvrir – sans rien décider
Côte à côte ; bien plus qu'ensemble...
Tirant sur nos chaînes – au milieu des ombres et des peines
Secouant (en vain) les barreaux de notre cage ; comme si l'on pouvait rompre ses attaches et échapper à la servitude
La corde si serrée autour du cou que le moindre mouvement – la moindre tentative d'évasion – nous serait fatal(e)...
Ce que nous sommes
La mort au bout de la vie
Et la vie au bout de la mort
Dans une sorte de prolongement
Entre recommencement et continuité
Et ainsi indéfiniment...
De l'incompréhension à l'impensable
Jusqu'au regard vivant
Les pas (toujours) dans le sens du vent
Cette fatigue tragique qui, peu à peu, nous accable ; nous écrase ; nous terrasse
A peine le temps de tourner la tête ; de faire quelques pas ; et nous voilà déjà en train de tomber à la renverse
Qu'importe que la lumière brille encore ; qu'importe que le fond de l'âme continue de désirer
Des bruits – de l'incertitude ; quelques visages aperçus (au loin) dans la brume ; puis la chute ; le noir et le silence
Et cette peur qui nous envahit avant d'être happé(s) par la mort
Qu'importe ce qui nous entoure
Des larmes de joie devant l'évidence...
De la vitesse à la lenteur
Et de la lenteur à l'immobilité
Ce à quoi (nous) invitent tous les chemins ;
toutes les déambulations
L'essence même du mouvement
et de la géographie
Le cœur sans résonance – sans écho ; vivant la déchirure et (presque) jamais la transformation
Le cœur recroquevillé – insensible et défaillant ; cherchant – pourtant – des étreintes avec ce qui passe ; même furtivement ; des amours à la dérobée ; de quoi enfanter de la différence et du toujours ; un peu de l'Autre ; un peu d'éternité...
Sur la courbe ; comme enraillé(s)
Condamné(s) à un destin sans dérobade ; à un périple sans au-delà
Le cœur persévérant jusqu'aux ultimes confins ; et là où il s'arrête ; espérant que le désir le mène plus loin – au-delà encore...
Faisant corps avec le monde et le vent ; avec ce qui s'inscrit dans la proximité
Traversant, peut-être, les premières frontières de l'impensable
La main tendue vers le monde – la misère – les cœurs déchirés – les corps infirmes et mutilés – les âmes hantées par le manque et l'absence
En vain ; tant tout est soumis au rêve ; tant la chair est blessée et la fable monstrueuse...
Partout – ici comme ailleurs ; le même désir de domination et de conquête ; comme si le monde était (encore) gouverné par le manque
Ce qui nous sied ; là où la lumière va ; là où l'âme se faufile (parvient à se faufiler)
Là où suinte le sang ; là où s'enferrent les yeux fermés
Près du bleu ; (tout) tremblant ; près du monde qui tourne
Partout où nous sommes ; partout où nous nous obstinons
Cette ombre grandissante sur le monde – sur les visages qui ne savent pas ; qui ne veulent pas savoir ; qui n'osent imaginer de peur que le ciel ne leur tombe sur la tête ; que le feu ne se propage sur la terre (et jusque dans le cœur et la parole) ; de peur que tout ne devienne invivable et incandescent ; que l'odeur de ce qui brûle ne soit infecte et insupportable ; et qu'il ne (nous) reste après que des cendres ; des cendres et des regrets...
Là où se cache le plus précieux ; le secret des vivants et des Dieux
Derrière ; encore derrière ; toujours derrière
Au cœur de l'invisible ; et comme mélangé au reste aussi
Sous la même lumière ; la faim et les prières
Autour du mystère ; des visages et des chemins
Quelque chose du manège
et de la circonvolution
En secret ; la dissolution et ce qui – en soi – goûte et jubile – sans rien attendre – sans rien affronter
Qu'importe l'hostilité du monde
Qu'importe les offenses et la douleur
Qu'importe les ténèbres et la mort
Partout – le règne du jeu et de la danse
Des choses à faire et du temps à tuer ; sans très bien savoir – sans très bien sentir – ce qui flotte autour des corps et des âmes
Et, parfois (trop rarement – sans doute), un rire – une étincelle ; comme pour se rappeler du bleu ; et quelque chose de notre présence ici-bas – sous ce ciel changeant et mystérieux
La danse du vide ; plus haut que le désir et le rêve ; l'expression de l'Absolu à travers ses prolongements ; à travers toutes ses possibilités
Habité(s) par cette lumière et animé(s) par cette ardeur qui n'appartiennent à personne...
Si peu de chose ; à peu près rien ; un souffle fragile et provisoire ; un bout de chair infime et (à peine) saillant qui semble (très légèrement) émerger de la masse sombre et grise composée de ces milliards d'Autres dont les postures et les gesticulations donnent sa couleur et son mouvement à la matière ; une sorte de magma (presque) immobile qui semble se déplacer au milieu de nulle part – qui semble piétiner dans le vide ; un peu de bruit – quelques bousculades – quelques gémissements – des heurts – des remous – des secousses ; mille contusions – mille fêlures – mille échanges – mille passages – lorsque les éléments se frottent ou se rencontrent ; de l'air (un peu d'air) qui tourbillonne...
Le front obstiné ; peu certain (si peu certain pourtant) du socle sur lequel sont bâties les légendes et les civilisations – toutes les histoires humaines ; ignorant – en définitive – ce qui est vrai et ce qui relève de l'invention
Ensemble – sous le ciel
Du visible à l'invisible ; d'un seul regard
L'obscurité et la lumière dans leur danse obscène et merveilleuse
Seul(s) pour nous accompagner
L'histoire de l'homme à travers son hégémonie dictatoriale ; écrasant et asservissant le reste (et l'essentiel des siens) avec le prétendu assentiment de Dieu et des étoiles
Ce grand cirque présomptueusement ascensionnel ; comme si l'humanité et les civilisations humaines pouvaient échapper au déclin et à la disparition...
La main caressante
Le cœur acquiesçant
La voix que l'on reconnaît
Les lèvres que l'on attend
Un long frisson sur la peau
A travers cette tendresse,
sans cesse, offerte et reçue
Le cœur comme seule lumière ; comme seule boussole
D'une abstraction à l'autre
Du sable et du vent entre les doigts
Et, un jour, plus rien
Seulement l'évidence du rêve et de l'absurde
Toutes les mains tendues pour prendre (ou quémander) ; et, bien plus rarement, pour donner (ou secourir)
Chacun tentant sa chance ; trouvant, ici et là, un peu d'or ou de tendresse ; et, parfois, un peu de lumière...
La terre creusée et parcourue (de long en large) – à la recherche d'un cœur – d'un rire – d'un visage – d'un trésor ; ce qui pourrait nous hisser – pour un instant – vers le ciel ; ce qui pourrait nous extraire de ce bourbier
Le cœur emmuré ; avec des restes (assez) conséquents d'indifférence ; dans la proximité du monde et du secret
Sans même savoir ce qui circule avec le sang
Si incrédule(s) face aux cris – face aux ombres – face aux souvenirs du premier royaume
Les yeux habités ; comme une fenêtre ouverte – un territoire infini – une lumière sans reflet
Au milieu des Autres et de la nuit
Promu(s) par le silence ; et le visage de l'innocence
Quelque chose de la beauté ; capable de faire taire la douleur et les cris
Assis sur la pierre ; l'herbe plus haute (beaucoup plus haute) que le nom
Et ce sourire sur les visages et les âmes – sur les circonstances et les choses – sur tous les reflets de l'ineffable (qui défilent en ordre dispersé)
Le corps dissous – avec le reste –
dans la matière
Le cœur vivant ; la force à l'intérieur
Et les yeux posés au-dessus du vent
La route intime
Anonymement ; dans l'espace
L'éloignement ; puis, le retour
Le souffle
Le monde
L'apparence
L'abîme et le vertige
Et cette fièvre jusqu'au non-sens
Et cet élan vers le plus proche
La vie miraculeuse
Et la main folle et fière de ses crimes
Et la possibilité du rêve ; et la possibilité de soi
Au cœur des mêmes profondeurs
Autour du mystère ; des danses – des mythes – des agenouillements ; une folle agitation
Et au cœur de la solitude ; la découverte d'un royaume inattendu – insoupçonné
Sans même le désir
Sans même le monde
Sans même le poème
Les yeux qui pétillent
A travers cette succession d'instants
Dans la lumière
L'âme dressée vers le ciel ; déjà
Cette joie dans l'âme et l'encre pour célébrer notre danse (étrange) avec l'écume et le mystère ; et la place (substantielle) de l'ombre
L'homme comme un funambule en proie à la folie ; et qui rêve (malgré lui) de faire basculer le monde dans sa chute...
Plus ni nom –
ni chair – ni visage
Sans défense
Sans la moindre frontière
Plus qu'offert – à la merci
Toutes les illusions anéanties d'un seul regard
Et ce qui subsiste ; l'absence de frontière ; et le centre qui avale tout ce qu'on lui offre ; les peines et les chagrins – les douleurs et les tourments – les visages et les choses – les espoirs et les prières
Sans doute – le plus élémentaire
Ce qui se savoure ;
sans pourquoi – sans comment
Des bribes de monde ; un ruissellement de joie
Sans que rien nous appartienne
De la gratitude au fond des yeux
Comme des retrouvailles
avec un visage trop longtemps oublié
Ce qui bruisse au fond de l'être
Cet incroyable frémissement de l'infini
entre nos parois de chair
A travers l'infinité des combinaisons
L’œuvre de l'invisible
Et le règne du possible
Le vent qui nous empale ; qui nous enfile ; comme si l'on était des perles – comme si l'on était des proies
Parfaitement incapable(s) de comprendre – et d'accepter – cette étrange machinerie qui semble briser les élans et qui, en vérité, les prolonge – les déploie – leur offre un regain d'ardeur ; sans compter (bien sûr) la félicité...
Au cœur de cette solitude enchantée qui côtoie le ciel – les cimes et les songes ancestraux
L'esprit affranchi de tous les sédiments
Et le geste juste et audacieux
Au milieu des sables
Au lieu exact où naissent les cris ; l'envie de fuir ;
toutes les nécessités
Dans cet espace nu
Tremblant ; vacillant – sous le regard
Comme un vertige face à ce que l'on ne voit pas
Sans autre bagage que la tendresse...
La couleur du ciel et la vie pleine d'autre chose ; sous cette épaisseur un peu sombre
Par-dessus le refus et la mélancolie
Par-dessus le temps arrêté et la faim suspendue
La bouche qui ne sait que dire ;
et qui se calque sur le cœur
et l'expression des yeux
pour célébrer (sans les mots)
le jeu – la joie – l'invisible
Sur le grand registre du monde ; la lumière qui sélectionne le meilleur ; en laissant toujours (bien sûr) une place au pire...
Sans hâte ; sur la boucle infinie qui se parcourt involontairement
Plus nu et plus intense
Moins aride et moins assoiffé aussi
Et le monde ; et les Autres ; et le reste
peu à peu, arrachés
à leur statut de décor et d'instrument
Et la blessure qui se referme
A mesure que l'on comprend
Le surgissement de la joie ; ce qui démantèle
les malheurs et ce qui se cherche encore
Les siens – partout ; sous ce grand ciel
Et le bleu au fond de l'âme
Dans la poussière et le sang
Et le rire qui, peu à peu, creuse sa place
Dans ce détachement des choses et des visages
Le cœur libre et la possibilité d'accueillir ;
qu'importe les nécessités de vivre
Comme un bruit de feuilles et d'écorce ; au fond de la voix
Au milieu des grands hêtres ; inspiré par leur beauté et leur lumière
Dans la même chambre ; au-dehors – avec le reste
Dans la surprenante intimité de l'invisible et du merveilleux ; à cette place que l'on nous a offerte