Carnet n°294 Au jour le jour
Juin 2023
A se mouvoir dans le songe ; jusqu'à en perdre la raison...
D'un désert à l'autre ; au fond de la même chambre ; de l'étroit interstice...
Rien ; sinon l'azur et la terre ; et le temps qui semble passer...
Des images ; comme le prolongement (indéfini) du même séjour...
Dans la (fausse) tranquillité du rêve...
Si malhabile face aux métamorphoses ; le défilé des saisons ; l'effacement du ciel ; l'irrésolution du mystère ; l'incessante recomposition des mondes ; et l'interminable voyage des âmes...
Tout ce que l'on est – cherche ou fuit ; en somme...
Qu'importe notre existence ; ainsi vivrons-nous (continuerons-nous de vivre) tant que le silence – la tendresse et le discernement n'auront pas remplacé l'agitation – la volonté et l'aveuglement...
*
A marche contournante...
Le chemin comme emprunté de travers...
Ainsi le vent de face...
Des histoires d'herbe et d'ardeur...
Quelque chose d'assez grossier (évidemment)...
Et l'esprit si facilement berné par cette idée de trace et de territoire...
A cette heure ; trop peu raisonnable(s)...
Comme à cheval sur un rayon de lumière...
Fuyant le noir ; allant à travers les étoiles ; quelque part ; en un lien (authentiquement) avéré au cœur duquel rien ne peut se corrompre au contact de l'obscurité...
En soi ; cela est peu dire ; au centre de cet espace que l'on porte – aussi mystérieusement que nous nous obstinons à vouloir résoudre le mystère...
Au cœur de l'imprévu...
L'inavouable secret porté par les circonstances (chacune des circonstances)...
Livrant le chant et la lumière...
Le cœur rouge – en feu ; comme éclaboussé...
De toute évidence ; du côté du ciel et du chaos...
La patte attachée à un fil – pourtant...
Le front accolé au sol et au temps...
Nous réchauffant au soleil de l'exil...
Ermite (à part entière) désormais ; nomade du fond des bois...
L'âme proche des arbres et des bêtes...
Mille visages au gré des chemins...
Et la vie éternelle – fraternelle ; au-dedans...
N'ayant plus rien à partager avec les hommes...
Célébrant la joie et le silence auprès des siens (sans même le besoin d'en témoigner)...
*
En ces temps sensibles ; l'ouverture devant soi...
Et l'environnement attentif à nos gestes (à tous nos gestes)...
Nous hâtant – tâtonnant – autour de la béance tant cherchée...
Allant ; et dérivant ; jusqu'aux cendres humides...
L’œil cheminant avec le reste ; avec l'ensemble...
Et nous ; comme une particule dans le chaos ; dans l'immensité dansante (et déchaînée)...
Brinquebalé(e) – entraîné(e) ; la moindre brindille – le moindre tourbillon – le moindre scintillement...
Avant soi – le silence ; et après aussi (sûrement)...
Sous ce ciel parfait ; la terre (très) laborieusement engendrée...
La pierre s'essayant – apprenant à devenir la chair ; et la chair s'essayant ; vers un autrement ; moins fragile – moins funeste – moins tragique ; vers le synthétique – sans doute...
Le cerveau servile – et maintes fois utilisé (jusqu'à l'usure – jusqu'à la débilité) ; puis abandonné pour de plus ambitieux projets...
Le monde rétif – résistant – et tout de guingois ; à la traîne de ce qui se trame – de ce qui se concocte – souterrainement...
Entrecroisés ; l’abîme et la chair...
La matière-étendue...
Oubliés à force d'histoires
Et des ponts à redécouvrir ; et à restaurer ; pour que le cri rencontre la soif ; et que la soif rencontre la source...
Sur l'arche habitable ; sous la voûte recourbée...
Avec patience ; jusqu'à la transformation de tous les hurlements...
Au gré des couronnes ; et des coins découverts ; et des coins détestés...
Ce que l'on rencontre ; de la glaise qui baille et qui gueule...
Un monde de fables et de surgissements...
Au milieu de la chair affamée de chair ; digérant la chair ; ne cessant de se transformer en mille choses surprenantes...
*
Autour du même cercle bleu ; de (minuscules) carrés amovibles et clôturés...
La fumée des hommes ; (très) précisément mesurée...
Leur territoire ; comme un monde pétrifié ; dont on hérite ; et que l'on s'évertue à agrandir...
Le seul jeu (l'un des seuls jeux) qu'ils connaissent...
Des murs et des temples que l'on édifie ; et qui, jamais, ne feront apparaître la lumière ; juste l'image d'un Dieu servile et emprisonné ; pâle (bien pâle) reflet du mystère qui plaît aux âmes grossières...
Moins que l'herbe et la pierre qui s'abandonnent à la pluie ; moins que la terre naturelle sur laquelle nous vivons avec les bêtes...
La main en grâce ; et l'âme qui ne croit plus guère...
A genoux ; au-dessus du vide...
Sans la moindre renommée ; de plus en plus anonyme ; et invisible...
Célébrant la danse – les étoiles – la nuit ; d'une égale manière à la lumière...
Sans désir particulier ; pas même celui de changer la moindre chose en ce monde (si parfait)...
Simplement présent...
Dans le silence ; le cœur à son comble...
A (grands) coups de malheurs ; le désespoir des cœurs...
La vérité sous le nez ; pourtant ; sans en avoir l'air (bien sûr)...
Pour que l'âme apprenne à voir ; cet indispensable apprentissage du regard qui doit, en (tout) premier lieu, s'exercer à soustraire...
*
De tous les miroirs et de toutes les filiations ; nos reflets et les yeux regardés...
Déjà au-dedans des autres mondes...
Sur cette voie qui échappe au temps...
De mort en mort (de plus en plus somptueuses)...
Devinant ce que nous serons à terme ; et après aussi (bien sûr)...
Et sachant cela ; vivant de la plus intuitive des manières...
Entre nous ; trop d'étoiles ; le devenir et le néant...
Des mondes et des cieux ; là où l'on se trouve...
Encore séparés (trop séparés) ; évidemment...
Ce qui nous échoit ; la même chose qu'au-dehors (exactement)...
Le cœur qui se frotte à la pierre et à la peau des Dieux ; avec malice – avec désespérance et sagacité…
Sans (jamais) rien exclure des oracles ; ainsi se dessine – se construit – le sort de ceux qui s'imaginent pénitents...
Ce qui nous hante ; trop obstinément...
Sous la férule du genre ; de la famille ; de la communauté...
Condamné(s) à l'infâme tyrannie du personnel ; dont chacun (bien sûr) se réclame...
Et le reste ; comme oublié – relégué aux plus inaccessibles profondeurs...
A jongler avec les rêves et les territoires...
Oubliant (de manière si tragique) que rien – ni le monde – ni l'espace – ni les visages – ni les choses – ne peut être détenu et clôturé...
Et si étrange ; et si risible ; de nous voir essayer (nous autres pauvres créatures) de nous approprier des parcelles de vent ; quelques riens dont on se croit possesseur...
Sous le règne (millénaire – et encore inchangé) de la séparation ; entre loi – croyance et chimère – le monde (toujours) en construction...
*
En silence ; recueilli ; les mains encielées (et sortant des ténèbres – pourtant)...
L'âme à terre ; lumineuse malgré les cendres – malgré la grisaille du monde...
Comme couronné ; sans le moindre quidam alentour ; ni la moindre trace à suivre...
La folle équipée ; face au vide ; face à la lourdeur...
Confondant le nom et la chose...
Sur la terre-pensée ; dans l'antichambre de la mort ; dans le sas qui sépare des enfers...
Le destin ; quoi qu'il (nous) en coûte ; et d'une façon ou d'une autre – le chemin qu'il faut suivre...
La pierre et l'abîme ; et la peur – contre soi...
De nuit et d'absence ; le corridor méticuleusement arpenté...
Ici ou là ; qu'importe ; comme si l'on était à peine vivant (presque déjà mort)...
Piégé(s) par la nuit...
Cette (si brève) conservation de la matière...
Sous la lumière ; sans l'essentiel...
Des choses et d'autres ; et des visages à profusion...
Une multitude d'objets – de gestes et de jours – (assez) inutiles...
La laideur – l'indigence et le saisissement – à portée de rêve ; à portée de main...
Ce que nous partageons tous (sans pouvoir nous en défaire)...
En secret ; la vie – la perte...
Ce que l'on désire ; ce qui nous attriste ; et ce que l'on pleure...
Le sang sous la neige...
Et cette douleur (terrible) de ne rien savoir ; et celle (tout aussi terrible) de s'imaginer savoir...
Toujours à côté ; toujours séparé ; jamais juste ; toujours en peine...
En vie sans (réellement) être vivant ; et ainsi tant que durera l'ivresse – la cécité – le refus de s'engager ; le cœur (parfaitement) piégé dans la nasse cherchant, dans son délire, une rive trop lointaine alors que tout est là – déjà ; à notre portée...
*
Plongée dans le naturel ; en soi – alentour ; le même environnement...
(En partie) affranchi de l'homme et des artifices humains ; par-dessus le néant et la séparation – en quelque sorte ; avec des résidus (assez substantiels) de l'esprit étroit qui se favorise...
Continuant à être ; à distiller le bleu qui, parfois, abonde ; et, d'autres fois, ce qu'il reste (de manière assez absurde)...
L’œil en son royaume ; sans la moindre attente ; sans la moindre priorité...
Le visage de l'ombre ; des temps sombres ; des heures qui précédèrent l'avènement – la délivrance...
Celui d'avant la joie ; celui d'avant la couleur...
La gorge encore prise d'un haut-le-cœur en se souvenant de cette (terrible) emprise...
La nuit allant ; comme les peurs...
Et s'avançant aussi vers nous...
A travers le nombre – la haine ; cet inévitable basculement dans la barbarie...
Avec le même visage ; le Dieu de la douleur et du silence...
Oblitérant la joie pour l'essentiel des mortels...
A attendre ; les mains ouvertes...
Sans rien désirer ; sans rien saisir ; sans rien écarter...
Si proche(s) de l'Absolu et de la mort ; de nous-même(s) ; de tous nos semblables...
Le legs déchiré ; avec tout un chemin à réinventer ; et la tête – et la chair – à apprivoiser – à aimer – à célébrer – avec toutes leurs salissures et toutes leurs corruptions...
Dans l'impossibilité de vivre autrement ; autre chose ; condamné(s) à obéir aux circonstances ; à la confluence des nécessités ; à expérimenter ce qui nous échoit sans jamais rien décider...
*
Au milieu des éboulis ; la même lumière pointée par le doigt...
Moins longue – peut-être – la route...
Comme un retour vers le haut...
Vers l'élargissement vertical du monde...
Par la voie la plus escarpée...
L'âme (toute) frémissante...
Le verbe ; tantôt reclus dans ses tranchées ; tantôt perché sur son promontoire...
A entendre le vent ; et à le sentir devenir nôtre ; indissociablement...
Sans incident ; alors que s'opère l'effacement...
Encore assis sur cette grosse pierre ; le cœur moins morose (moins gris) qu'autrefois ; léger (bien plus léger)...
La pâte humaine – dans son gouffre – prise dans les filets de la lumière...
Le sommeil comme ensemencé...
Et l'invisible ; et l'horizon ; des perspectives oubliées...
Juste quelques pas avant de mourir...
Le cœur insensible...
Alors que d'autres (plus rares) tâtonnent ; avancent – reculent – s'égarent – emportés par le tournis de l'âme qui explore...
L'homme tentant de se dépêtrer ; obéissant aux nécessités du voyage...
Essayant d'échapper aux légendes millénaires dans lesquelles s'inscrivent toutes (à peu près toutes) les histoires humaines...
Au pays de Dieu ; la faim ; des loups...
Quelque chose (indéniablement) de la terre...
Au cœur de la magie de la chair ; et de ses misères aussi...
Des larmes – du sang – des chemins et des prières...
L’œuvre de mains savantes...
Et tous les rêves – sur la croix – qui s'épanouissent...
Toutes les créatures (à peu près toutes les créatures) de ce monde – épigones (qui s'ignorent) de l'origine ; héritières (involontaires) de tous leurs devanciers...
Entre murmure – chagrin – espoir et frémissement...
*
Le cœur sans séquelle ; en dépit des épreuves...
Plus libre qu'autrefois ; et sachant mieux accueillir ce que déteste la tête ; et sachant, à présent, mêler les pas et les paroles aux prières et aux étoiles...
Le verbe bleu ; comme des bouts de ciel ensemencés ; (très) discrètement souriant...
Moins de mots ; et moins du nom ; davantage du chant anonyme...
Ce qu'offrent les lèvres ; ce que la source déverse...
La mort livrée à l'immortel...
Ce qui se dit offert à l'indicible...
Moins (beaucoup moins) sérieusement humain...
Avec cette tendresse qui affleure...
Une plus juste manière de vivre – sans doute ; d'être vivant...
Quelque chose de l'arbre et de la pierre – de la rosée et du vent...
Pas exactement le même homme ; la gravité moins sévère ; réjouie – ravie – joyeuse...
L'aventure depuis si longtemps commencée...
Oscillant entre la poussière et l'Absolu...
Et, aujourd'hui, le cœur et l'absence de nom pour seules ambitions...
A regarder – impassible – les alliances se nouer et se défaire ; le déferlement de l'affection et de la haine...
Avec (toujours) cette tendresse (presque surnaturelle) au cœur de la violence déployée ; rayonnante – secrète – souveraine...
Et le scintillement (si perceptible) de la vérité – à travers toutes les illusions ; Dieu – comme une évidence – à travers toutes les circonstances...
Le voyage de plus en plus immobile ; à mesure que nous comprenons ; à mesure que l'âme reconnaît les lieux...
Et la chair ; et l'esprit – libres d'aller sur leur chemin ; alors que les bras s'offrent au monde – à ce qui passe ; et que le silence souligne – confirme – son approbation...
Le chant si humble face à ce sommeil si lourd – si imposant...
De l’innocence (un peu d'innocence) au milieu du tumulte et de la mort...
L'une des rares choses – peut-être – dont nous sommes capables...
*
La main – en soi – présente autant que la mort...
Durant le (peu de) temps qui passe...
De nouveau ; emmêlé avec le reste...
Jusqu'au plus grand nombre...
Très progressivement...
Comme une respiration ; un cœur qui bat...
Sans oublier le monde ; ces restes de soi...
Dérivant (très souvent) hors des cercles proposés...
Porté par les vents ; toutes voiles dehors...
Traversant l'obscurité et la lumière pour rejoindre l'après ; tous les au-delà possibles – successivement...
Par-delà la mort ; transformant (peu à peu) la sauvagerie et l'aveuglement...
Ce qu'offre – en vérité – tout voyage...
Si mortel(s) ; comme des ombres qui cheminent l'espace d'un instant...
Sur des pierres (presque) éternelles ; sous un ciel hérissé d'intentions...
Si loin (encore) de la nudité attentive...
Un voyage sans témoin ; et sans la nécessité du témoignage...
Du cœur noir à la transparence...
Sans rêve ; sans alliance...
Dans la compagnie de l'Amour ; que l'on découvre peu à peu...
Au seuil des fleurs et des choses écloses ; dans cette période qui succède à cette sorte de chaos du corps...
Avec un parfum (encore plus prononcé) d'automne et d'absence...
Et, en filigrane, les bruits du désert et de la nuit...
Et – partout – l'odeur des bêtes qui rôdent...
Dans l'éloge (plus qu'évident) de l'anonymat et de la figuration...
Le front (encore) dans l'ombre...
Et la lumière qui éclaire par-delà la chair et la mort ; offrant le seul chemin parmi tous les possibles ; toujours le plus juste ; le plus précieux ; exactement ce dont nous avons besoin...
*
Ici ; au milieu de la lumière ; dont notre visage est le parfait reflet...
Étranger au monde ; de plus en plus...
Vers le haut et vers le bas ; simultanément...
Laissant le désir hors du cercle...
Comme effacé par l'immensité...
Au-delà de la mémoire et du temps ; au centre de l'espace...
Au royaume de l'âme et de la pierre ; là où l'arbre donne le rythme et la direction ; là où l'on peut (encore) s'initier à la vie haute et intime – à la vie vraie ; là où nous sommes – là où nous marchons – là où nous allons ; autant que l'endroit d'où nous venons...
En ce pays de chair...
L'âme sans audace ; façonnée par la (longue) liste des ambitions communes...
Et la peur du scandale ; et la crainte de l'exil...
Ce qui affleure ; (très) timidement ; (presque) sans poids face à ce qui enfonce...
De la terre et du rêve ; et mille autres charges – sur les ailes (encore) repliées...
Gisant ; parmi tous les yeux fermés – sous ce ciel (apparemment) impassible...
Tout au long du mélange ; le chaos et la perte ; comme un voyage au terme duquel s'offre un orage de baisers...
Le territoire (substantiellement) agrandi ; proche de la plus large envergure...
Dans la compagnie d'un Dieu surprenant ; ce qui prolonge la route et le défilé du temps...
Dans l'ombre éparse ; se regardant...
Se détachant de tout triomphe...
La lucidité vive et modeste...
Le monde ; à travers l'éternité – transparent...
Presque rien – en somme...
Quelques soubresauts dans les bras du vide...
Une manière de s'approfondir ; d'apprendre à s'effacer...
*
Le cœur – trop souvent – annexé par le drame...
De lieu en lieu ; (presque) à chaque circonstance...
L'âme terrestre ; comme embrigadée par la chair et l'épaisseur...
La parole douloureuse ; comme exercice (simple exercice) de confession...
Et dans l'expectative (angoissée) de la sentence...
Sur nous ; à la fin des jours – à la fin des temps – sur le point de nous écraser ; un tombereau de jugements – d'interdits – de damnations...
Encore trop humain – sans doute...
Le cœur ; dans le balancement (erratique) du fil sur lequel le destin se tient en équilibre...
Des choses – des seuils ; du temps passé...
Comme de la neige accumulée ; et autant de visages croisés...
Condamné(s) à l'inepte (et récurrente) traversée des saisons...
A jouir par inadvertance ou par excès de volonté...
Les poches pleines de pierres ; et dans la tête – des prières entassées...
Des vies ; comme des ombres contraintes aux alliances pour faire face à la fatalité...
Le cœur trempé dans le sommeil ; et le crâne cogné à coups de marteau...
Ainsi la cadence que l'on s'impose...
Face au monde – de plus en plus dépossédé...
Jusqu'au terme de cette fatigue de vivant ; à chaque virage ; à chaque instant – à deux doigts de défaillir...
*
Au-dessus de la chute ; et du gisement...
Comme l'arbre et la lumière...
Comme le chant du moine et de l'oiseau...
Le cœur ciblé ; le cœur recommencé...
Moins vaniteux (bien moins vaniteux) que ceux qui paradent sur la rocaille ; que toutes ces âmes illettrées qui ne savent pas reconnaître une seule lettre de l'alphabet invisible...
Un peu de lune sur la langue...
Le miracle au-dessus du bavardage...
Au-delà de la bouche et du mot ; au-delà même des lèvres talentueuses ; des lèvres amoureuses...
Comme un tourbillon de liberté ; un imprévu dans le trop habituel humain...
Un saut du temps ; une faille ; une (véritable) surprise...
Et l'âme – bien sûr – qui se fait hospitalière ; contrairement au monde – à l'Autre – déjà recouverts d'un épais sommeil – d'une indifférence à toute épreuve...
Dans l'ombre du seul ; ce qui se vit ; ce qui s'écrit ; parfois absurde – parfois vertigineux ; toujours nécessaire...
Mais las du monde depuis trop longtemps ; dans l'expectation (si impatiente) de l'aube et du vide triomphant...
Puis, un jour, comme pénétré – de l'intérieur – par cette lumière inconnue...
Le regard éclairé ; et la chair réchauffée ; comme un surcroît de tendresse et de lucidité ; un (large) pan de ciel qui s'est offert...
L’œuvre de la faim sur ce qui peuple l'étendue ; la moindre rive...
Qu'importe l'or – l'encens – la prière...
Des courants de larmes et de sang...
Tantôt vers l'un – tantôt vers l'autre ; acteur et témoin ; bref passant...
Et ne pouvant s'en empêcher...
Attristant l'âme et meurtrissant la chair...
En ce monde si peu affamé d'ineffable...
En ces heures nocturnes ; accompagnatrices d'un autre sort ; révélant un autre monde ; la possibilité d'un destin plus conscient – plus léger – plus épanoui...
Une ville entière ; un pays entier ; un empire peut-être – à travers un chemin entièrement inventé...
Ce qui se glisse par la fenêtre – au fond des yeux – au fond de l'âme...
Sous le régime du cœur ; la parole (seulement) nécessaire...
A charge pour l'esprit de se défaire du faix ; et d'offrir le vide et la joie que l'on réclame...
*
Introuvable ; l'oasis des aveugles...
La tête criblée de rêves et d'étoiles ; aussi longtemps que les yeux puiseront dans la terre ; aussi longtemps que l'or sera la seule richesse du monde...
De quoi vivre un peu ; survivre grâce à la chance et au labeur...
(Presque sans regret) ; dans l'inconscience de son infirmité...
La bouche tordue par l'âpreté – la haine – le mensonge...
D'une douleur à l'autre ; sans étonnement...
Le corps à peine vivant ; l'esprit absorbé ; l'âme se dégradant – s'étiolant peu à peu...
Accompagnant (seulement) le nom – le legs – la filiation...
Comme couché(s) au cœur de la plaie ; sous le règne du mythe et du manque ; au fond du gouffre surpeuplé...
La chair et l'âme du monde que l'on enchaîne et que l'on assassine ; au nom du progrès ; au nom du confort de l'homme...
Le cœur caché du secret ; et l'horreur perceptible – comme une drogue...
L'Amour si loin de ces éclats rouges ; et habitant aussi leurs profondeurs (d'une manière apparemment paradoxale)...
Dérisoires ; nos pages – le jour – toutes les promesses de la lumière ; face à cette souillure – face à cette dévastation...
Changés en pierre ; chaînes aux pieds...
L'âme et la bouche enferrées dans l'épaisseur...
Le cœur et la tête scellées dans la fiente...
Ce qui a perdu (depuis très longtemps) son caractère d'étrangeté...
Parmi nous – pourtant – (bien) plus que des traces de ciel...
A la table de la bonne fortune ; discrète – invisible – anonyme...
Sur l'âme brûlante de déraison ; la démesure qui a remplacé le chagrin...
Comme allongé sur soi...
Dieu dans le chant ; à travers notre voix...
Et le bleu ; à travers le festin d'aujourd'hui et toutes les famines d'autrefois...
Le pays d'où nous venons ; le pays où nous vivons ; le pays où nous allons ; comme un hymne (un hymne éternel) à l'immobilité...
Comme une tristesse ; un reste de monde ; déposé(e) sur le bord de la route...
Quelque chose (à la fois) de la crête et du dedans...
Un bout d'abîme et un vieux résidu de nudité ; l'un en face de l'autre...
Et nous ; submergé par ce tête à tête ; par le flux et les relents ; par l'embrasement (soudain) de ce qui se cherche et s'affronte...
En haut du passage – peut-être ; en haut du passage – sûrement...
*
Au grand dam des hommes...
L'altitude de l'âme ; et l'impossibilité de s'y hisser...
Sur cette terre décadente – (strictement) continentale ; qui ne connaît le grand large qu'à travers les mythes et le récit des sages ; autant qu'à travers l'écume et les embruns charriés par les vents ; amenés avec les relents de chair putréfiée qui émanent des charniers (de tous les charniers) qui longent les rives où s'entassent les morts et les vivants...
Des joies (de petites joies) – des larmes (très souvent) – des vies (banales) ; si dérisoires – (infiniment) passagères...
Comme un tambour ; le cœur – la vie – le rythme...
Des vibrations sur le fil ; les barreaux de l'échelle...
Le temps à rebours ; le monde couché – à travers les yeux de ceux qui respirent ; et ses règles du jeu que nul ne comprend (vraiment)...
Au pays du monde ; des arbres haut comme des collines...
Et nos espiègleries (enfantines) ; et nos (interminables) parties de cache-cache avec ceux qui se tiennent debout ; dans le bruit et la prétention [et qui nous prennent pour leur congénère]...
Et notre souci de vivre comme les bêtes ; aussi loin des hommes que possible...
Dans le désordre des pierres – le tumulte tranquille du temps ; et le parfum (enivrant) des fleurs sauvages...
Comme un refuge – un repos – un sanctuaire – fragiles et passagers ; un retour à la terre natale...
Dans l’œil familier de ces bêtes – ces sœurs à cornes – le sauvage (en partie) apprivoisé ; et (très) largement emprisonné...
Et cette force tranquille face à la poigne (barbare et intraitable) des hommes ; et cette joie placide; et cette douce mélancolie – dans lesquelles nous puisons le courage – et l'ardeur – nécessaires pour résister à la mainmise de ceux qui pensent gouverner ce monde ; et qui ont la sottise de croire qu'il leur appartient...
*
A demi vivant ; assiégé(s) par le labeur et les images ; écrasé(s) par toutes les autorités (établies)...
A chanter encore ; sur ces pierres vouées à la nuit...
A prier encore ; sous ce ciel qui nous livre au sang ; à la faim et au sang...
Combien faudra-t-il donc d'histoires – et d'existences – pour déconstruire notre idée de l'identité et de l'appartenance ; pour apprendre (réellement) à briser sa gangue...
A réclamer encore de l'or – et le soutien du monde ; comme si cela pouvait nous aider à nous affranchir – à nous désincarcérer...
Vivre le moins inconfortablement la geôle et l'emprise ; voilà à quoi nous en sommes réduit(s) (pour l'essentiel)...
Dans les bras de l'hiver ; ce qui est délaissé – inentendu – balayé...
Le jour ; à la pointe de la veille...
Et le courage du solitaire...
Le cœur à la renverse ; dénudé sans indulgence – sans la moindre pitié...
Les lèvres joyeuses – pourtant – porteuses de la parole que le ciel a initiée...
De la couleur de la pierre ; et destinée à fendre l'épaisseur...
Homme aux pieds libres – sans âge – rompu à toutes les pertes ; œuvrant, à présent, sans sacrifice...
Plus vieux que le sang et l'indifférence...
Qu'importe les hommes et la mort...
Au milieu des simples ; au fond des bois...
Dans cette solitude sans égale ; dans cette joie que l'on partage avec les nôtres – le ciel ; la vie et le merveilleux qui nous entourent...
Deux rêves ; à contretemps...
L'oubli ; à la place du sablier...
Le chemin qui se devine – qui se profile – qui s'invite...
Un voyage sans trace – sans rumeur – sans personne...
La joie accolée au souffle ; tandis que la douleur se défait...
Moins de nœuds ; à moins farfouiller en soi...
Vers le Nord ; comme en témoigne le climat ; et le cœur plus vif – plus prompt – plus ardent ; à mesure que l'ascension se précise...
Ce qui sait – en nous ; comme une force inébranlable...
Comme un livre ouvert – pourtant – à travers ce qui vient – ce qui passe ; à travers la moindre circonstance...
Comme des flèches pointant vers le centre – cet espace que chacun recèle ; à disposition de ceux qui ont capitulé ; de ceux qui ont abandonné toutes leurs armes...
L’œuvre trop vivante du miroir...
S'insinuant partout ; jusque dans les profondeurs les plus lointaines – les plus invraisemblables – les plus insoupçonnées...
Et nous ; comme des îles ; comme des bouées surnageant au milieu des remous et des reflets...
Au cœur des courants et du chatoiement ; comme pris au piège...
Les yeux fatigués ; l'âme découragée ; le cœur (un peu) perdu ; comme enivré – déboussolé par cette hostilité ; et l'abondance des attractions et des scintillements...
Si loin du bleu – des forêts ; et des couleurs franches du mystère...
La source – les cimes ; sans masque...
Au fond de la plaie ; face à la mort...
Que le monde nous rebute ou nous enchante...
Et la neige ; et les paillettes d'or que l'on jette autour de soi ; et qui recouvrent le sol – l'issue – la moindre possibilité ; ce qui pourrait – pourtant – forcer la fortune ; nous aider à nous hisser jusqu'aux origines...
*
Moins que soi ; et le reste...
Tantôt surplus ; tantôt soustrait...
Qu'importe le délire et la violence...
L'instabilité de l'esprit et de la pierre ; et les instincts dans leur sac...
A sa rencontre ; (très) secrètement...
Nourri de chant et du sauvage...
A coups d'invisible...
Au centre du cercle cerné d'or...
Et le sommeil – en ce monde – qui navigue librement...
Le ciel parfois couvert – parfois étoilé ; au-dessus de tous les fronts...
Et cette écume nimbée de parole...
Loin de l’œil ; loin de toute poésie ; alors que nous exultons au fond des bois – au seuil de tous les deuils ; avec la mort ; tout autour – et au-dedans...
Dénué de soi ; en dépit du sang et de la pierre...
Rien ; ni personne ; ce qui semble avoir lieu ; des choses qui arrivent diraient certains ; de la matière qui s'anime – en quelque sorte ; de (très) brèves apparitions...
L'invisible derrière ; jamais très loin ; tirant des abîmes – pour un instant ; et y replongeant (assez vite) ce qui a eu l'audace – la folie peut-être – d'en émerger...
Un peu de poussière et de temps sur fond de bleu intouchable...
De l'écume ; et le mystère (toujours aussi) insondable...
Le nez baissé sur le sol et le sang...
A l'envers ; l'étreinte ; et l'âme (assez) sérieusement atteinte...
Sur le trésor dispersé ; un peu de neige et d'argile...
Et dans nos gestes ; et au cœur de ce que nous vivons ; l'innommable ; et tant de possibles ; et tant d'impossibilités...
Toute l'histoire du monde – en somme...
*
L'esprit offert ; et ce qu'il porte ; en plus du souffle ; en plus du cœur...
A la fois flèche et théâtre ; avant-scène de l'immensité et champ de bataille (effroyable)...
Associé (quasiment soumis) à une ardeur effrayante ; monstrueuse (si souvent) dans ses conséquences...
La réponse de l'homme ; face au monde et au mystère ; guère plus (bien sûr) qu'un instrument...
Des larmes ? Pour quoi – pour qui – donc cette tristesse ?
Ce qu'il (nous) faut expérimenter ; sûrement – un bref passage...
La lumière ; absente puis, réconfortante...
Et ce qu'elle éclaire ; comme une évidence, à présent, au milieu des croyances – au milieu des malheurs – au milieu des chimères...
Et la lampe ; et le mot ; illusions aussi ; cousus dans la même trame mensongère...
Au cœur du jour ; dans l'âme...
La peau tremblante ; sous la lumière...
Comme hissé au-dessus du monde ; au-dessus de tous les yeux indifférents – de tous les lieux inhospitaliers...
Comme si s'achevait là la traversée du plus âpre...
Comme libéré des corvées les plus communes...
Capable – à présent – de se consacrer à la découverte (rafraîchissante) des autres dimensions du monde...
Ainsi émerge-t-on, peut-être, de l'écume – de l'épreuve (incontournable) de l'écume – pour s'approcher de soi – aller à sa rencontre ; sur la courbe ascendante de l'effacement ; l'oubli en tête...
A s'étioler dans la (triste) compagnie de ses semblables...
Contraint d'assister aux bavardages et aux agissements les plus stupides – les plus futiles...
Et rien pour apaiser nos cris – et notre rage – séculaires ; hérités de ce séjour incompréhensible sous les étoiles...
Aux prises avec toutes sortes d'hostilités...
Et caché – avec le secret – au fond de soi ; le seul abri que nous continuons d'ignorer – ou de négliger (dans le meilleur des cas)...
Invalides et insatisfaits tant que nous refuserons le face à face avec ce que nous portons ; avec cet infini de lumière et de tendresse...
*
Déchiré par le haut...
A travers le ciel ; le fond du monde...
Et ces cris (tous ces cris) que reflètent les miroirs...
Les mains tendues en guise de drapeau ; et la faux sur l'épaule ; l'essentiel de la réponse face au mystère...
Par-dessus les apparences ; ces sortes de boucles qui suivent (très) fidèlement les reliefs de l'invisible...
Et la découverte stupéfiante de ses contours – de ses centres et de ses confins (apparents) ; inimaginables...
La nuit ; moins que la parole...
Comme le mutisme des étoiles...
A rebours des saisons ; le chemin...
Et par les interstices ; la somme...
Ce qu'il nous faudra (immanquablement) soustraire...
En harde solitaire ; nous éloignant pour des rendez-vous amoureux...
Jour et nuit ; sur la rocaille ; le long des rivières ; au milieu des arbres ; derrière les broussailles...
Comme une échappée vers l'enfance au visage tendre ; là où l'esprit se laisse porter par les forces qui le traversent...
L'âme étreinte par l'innocence et la sauvagerie...
Dénué de rêves...
Le ciel juste au-dessus des yeux...
Sous le ruissellement sacré du jour – l'aube ; l'éclaircissement sans explication
Tout ; comme une évidence ; à travers la clarté...
Des vagues de vent vers le large...
L'esprit libre ; la matière célébrée...
En passe de servir le monde comme l'air et l'eau – la terre et le feu...
Une infime parcelle de l'espace ; dans l'étrange intimité de l'infini...
Comme un peu de matière ; une sorte de pâte (informe et malléable) entre les mains du ciel...
Et le poids ; et la nuit ; et l'immensité...
Et cette tristesse ; et cet écrasement...
A chaque parole ; à chaque recommencement...
Et ce qui nous façonne ; inlassablement...
La vie (secrètement) enfoncée dans l'âme ; et (presque toujours) la méconnaissance de l'inverse...
Si près du jour ; si près de la mort...
A hauteur de tête ; à longueur de nuit...
La somnolence ; et le grand sommeil...
Ce qui remplace, peu à peu, le visage de l'homme...
La route (cette longue route) qui zigzague sur l'horizon...
Et ce gris qui alourdit la chair ; et qui attriste le cœur...
A s'interroger (encore) ; sans (jamais) se laisser porter...
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La nuit de l'ouest ; libre du monde et des étoiles...
Saupoudrant quelques feuilles de l'automne sur tous les jours – tous les siècles – vécus...
Sans doute – la manière la moins disgracieuse de se prêter aux jeux du monde ; sans s'y frotter intensément...
Derrière notre table de pierre ; à laisser la parole arriver – s'inscrire ; et se déployer ; vers le ciel – sûrement...
Sans même vouloir que les yeux des hommes s'y attardent ; sans même y attacher de l'importance...
A écouter (seulement) ce que nous portons ; ce qui nous traverse ; ce que nous traversons...
Légèrement ; sans rien dégrader – sans offenser personne (sinon, peut-être, les esprits sots) ; sans brandir le moindre étendard...
Le doigt discret pointant vers la lumière et la tendresse ; et révélant (plus sûrement) ce dont nous sommes constitué(s)...
Au pied de l'indicible ; celui qui n'a de nom ; qui se meut avec l'âme et le monde ; avec la respiration de l'homme et la course des bêtes ; celui qui s'éveille et s'endort avec l'esprit ; sans jamais deviner la nuit qu'il porte ; en dépit de son éternel sourire ;
Ce qu'il nous offre ; ce qu'il nous impose...
Le souci de l'herbe et de l'arbre arrachés...
Et la réparation que les habitants de la terre réclament...
Roulé contre les bêtes plutôt que contre les rêves ; plutôt que contre les hommes...
Lovés ensemble (tous ensemble) dans un terrier ; au fond d'une large galerie creusée sous la terre...
Au seuil du jour ; la lumière présente – diffuse ; à travers la transparence...
Au seuil d'un plus grand que soi ; se manifestant à l'intérieur...
Avec – partout – la même présence ; la même joie...
A la source du voir...
Aux confins des forêts...
L'âme et la lumière...
Ce pour quoi nous sommes né(s) – sans doute...
Là où l'ombre se reflète ; se régénère ; s'étale – s'amplifie – se déploie ; et qui se fracasse contre la plus infime part de solitude...
Aussi proche que possible de soi – du ciel – de toute aventure...
A voix haute – la parole ; et plus haut encore – le silence...
L'ultime précision de l'être ; dans cette marche fluctuante aux faux airs hasardeux...
L'âme et le corps ; comme un attelage asymétrique et bancal ; et dont la route paraît si tortueuse – presque aléatoire...
En tous lieux du ciel – déjà ; pourtant...
Sans le moindre orgueil ; et ici plutôt qu'ailleurs ; ce qui ressemble à nulle part...
Entre d'étroits interstices et de larges bandes ; l'impuissance et la solitude ; ce qu'il nous faut (impérativement) découvrir...
L'enfance prémonitoire ; dans le pressentiment de la fragilité du monde et de l'éphémère de nos vies si peu certaines...
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Temps d'apôtres à la bouche tordue ; à la parole grise ; à la tête lasse...
L’œil si serré contre soi ; en ce siècle de sang et de cécité...
En ces temps de hurlements et de cœurs blessés...
Ni fleur – ni pierre – ni arbre – dans leur panthéon édifié à la gloire du monde...
Ni bête – ni homme à la bouche droite ; au cœur plus large que le monde ; au sang si proche de la sève ; et à l’œil qui voit...
Dans la proximité de ce qui n'a de visage ; familier du vide et de l'invisible ; dont le chant célèbre les feuilles et les pétales ; tous ceux dont l'âme est silencieuse...
En plus de la danse – la joie – la beauté ; et la prunelle malicieuse...
Le songe à perte ; comme condamné(s) à ce trop peu de raison...
Comme prisonnier(s) ; comme séquestré(s) – contraint(s) d'évoluer au milieu des ronces du temps ; entre griffures et frissons – jusqu'au plus noir – jusqu'au plus tragique de ce séjour intranquille...
L'achèvement du vivant ; l'agonie ; et la continuité du malheur...
A travers le souffle ; le défilé inépuisable des saisons ; la douleur – jusqu'au dernier soupir...
De métamorphose en métamorphose ; et disculpé(s) (à la fin) de tous les crimes – de toutes les offenses ; dissimulée(s) au fond du secret peut-être – la culpabilité ; la peur et la culpabilité ; l'origine de la fuite – de la course – de la débâcle...
A travers cette écume si inquiète face aux puissances des profondeurs – face à la monstruosité apparente du monde ; ce qui se joue (si souvent) sur la pierre...
D'île en île ; l'itinéraire – à l'intérieur...
Soumis à l'incessante recomposition des rôles et de la terre ; notre passage – notre partage ; et ce qu'il restera – peut-être...
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Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage...
La neige par-dessus la terre...
Et ces barques (presque) immobiles au fond desquelles se glisse, de temps à autre, une silhouette ; une ombre que le jour a, peu à peu, façonnée ; et qui ne sera plus qu'un amas d'os et de souvenirs lorsqu'elle quittera ce monde ; lorsqu'elle sera emportée par les eaux – (irrésistiblement) aspirée par les profondeurs...
Et ces rails – tantôt parallèles – tantôt enchevêtrés – qui guident l'ardeur – les rencontres – les sévices – les pillages – les querelles – l'entière tonalité du voyage ; et les récompenses ; et les châtiments qui ponctueront ce bref périple...
Et cet exil (si compréhensible) des poètes – des nomades ; qui vivent toujours à l'écart – loin du cirque – loin des cris et des masques de cire...
Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage...
La neige par-dessus la terre...
Et ce qui s'achèvera, un jour ; le mensonge et l'insupportable face à la félicité – face à la lumière – chaque jour, grandissantes...
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Le ciel enjolivé ; trop agrémenté d'images...
Comme le fond du jardin – l'autre côté du monde ; auréolé de mystère...
Sous l'arbre encore ; un livre à la main – celui de la terre vivante...
Et le vent sur le visage...
Sans doute – au milieu du voyage...
Familier de la mort et du feu...
Fidèle aux ramures et aux nuages...
Nous tenant là ; près de ce qui passe ; près de ce qui se dit ; écoutant et offrant la parole nécessaire ; aussi utile que la lumière et le silence des fleurs...
La possibilité de l'aube ; qu'à l'intérieur ; en ce monde qui ne célèbre – et ne vénère – que l'inconscience et le chaos...
Adossé à l'ombre, peu à peu, grignotée...
L'azur – en soi ; autant que la lumière...
Au zénith de la poussière...
Les liens défaits ; à nos pieds – les plus grossiers (les plus élémentaires) ; et les plus subtils qui s'affinent – se renforcent – se déploient ; au lieu de l'abîme – au lieu du sommeil...
Sans trêve ; les yeux fermés sur les Autres – le monde – le temps...
Comme attendant (sans impatience) le début du jour...
Tâtonnant ; la main sur la paroi qui explore ; et découvre ce monde privé de soleil...
La tête trop prétentieuse pour s'accroupir – offrir à l'âme les richesses du sol ; et parmi elles, l'issue – le passage vers les hauteurs que nous cherchons (presque) toujours au-dessus des cimes – dans les sphères d'altitude que nous croyons côtoyer alors que l'esprit de l'homme ne s'est pas encore affranchi de sa lie souterraine – de sa gangue de glaise...
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Encore du bleu ; sans compter depuis quand ; sans compter les jours qu'il (nous) reste...
Grandissant ; à travers les épreuves ; à travers tous les adieux...
Si seul – à présent – que le cœur s'enfle – se gonfle – efface ses contours – agrandit son territoire – embrasse le monde – absorbe l'espace ; comme une bête en train de muer ; de l'intérieur – la métamorphose...
Devenu si sensible que les larmes ont remplacé le sang ; et cette tendresse que pulse le cœur...
Et la pierre inondée ; comme pour laver tant de tueries – de massacres – de cruauté ; des siècles – des millénaires – sanguinaires – cannibales – dévastateurs...
Du rouge à la transparence pour faire voler en éclats l'horreur et la bestialité – s'éloigner des âmes barbares et instinctives ; échapper à l'inconscience de ce monde...
Aux confins du jour deviné ; du ciel trop parfaitement dessiné ; sphérique ; à la manière d'un papier peint (vaguement céruléen) que l'on aurait collé au plafond...
Avec trop peu de diagonales et de place laissée aux marges...
Avec trop d'angles et de recoins où l'on pourrait cacher ce qui (nous) embarrasse...
Le cœur trop peu ouvert ; pas assez frémissant ; et des gestes plombés qui saccagent ; et des âmes qui s'approprient – et entassent – au lieu d'offrir – au lieu de partager...
Rien que des tâches à accomplir par ceux qui ont (tant bien que mal) conservé un certain sens du devoir ; et un immense espace récréatif dédié à la jouissance et au divertissement pour les Autres (pour tous les Autres)...
Ni joie – ni beauté ; des hurlements et de l’hystérie ; la nuit noire et la chair violentée...
Et des dunes – et des danses – encore ; à franchir – à expérimenter...
Autant qu'au temps des ancêtres...
Et autant d'âmes préoccupées par la possibilité d'une issue [d'une issue à cette (assez) misérable existence]...
Sans obéissance ; la volonté encore trop vive pour s'abandonner ; et se laisser porter par les circonstances...
A ânonner encore l'alphabet du monde offert (pourtant) avec tant de diligence...
Apprenant à naviguer (cahin-caha) au sein du royaume ; à conserver par devers soi les ruses et les trésors – toutes les richesses et toutes les supercheries...
Privés de cette ardeur – de cette audace – qui permettrait de se libérer des illusions...
Condamnés à la piété (la plus grossière) et à la préhistoire de l'âme ; à peine au début de la bipédie...
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Entremêlés ; le jour et la parole ; la terre et le plus sombre ; tout ce qui aspire à la lumière...
La plaie béante et ce qui élabore les calculs – les manœuvres – les stratégies...
Toutes nos aspirations d'ensommeillés (encore) asservis...
La rage de l'homme cherchant le fruit et la (juste) saison ; et charriant (malgré lui) les mille choses qu'il a refusées...
Ce à quoi nous résistons ; avec nos cris et nos traces...
Vivant (essentiellement) en meute ; et dans l'écume...
Rien face à la nudité ; juste l'immensité du crime ; et le poids de l'ignorance...
Comme si le cœur se nourrissait du sang (et l'esprit, des malheurs) des Autres ; le front boursouflé de colère et d'ambition(s)...
Au milieu de la brume et des vivants...
Au milieu des cris et des rencontres...
Entre l'espoir et la pluie ; l'histoire du monde ; et la récurrence des saisons...
Baignant (tout entiers) dans l'imaginaire...
S'imaginant libres ; et emmêlant les fils qui animent leur âme et leurs mains...
Se croyant secourables et solidaires ; et édifiant autour d'eux – et jusque dans leurs profondeurs – une longue suite de douves et de remparts...
Comptant sur leur ruse et sur leur(s) force(s) ; et refusant leur faiblesse (pourtant) légendaire...
Incroyablement labiles – comme toutes les choses de ce monde ; sous un ciel qui leur apparaît sans mystère...
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Des cris lancés contre le ciel ; à peine quelques échos – quelques éclaboussures ; malgré la chair déchiquetée...
Aux commandes ; Dieu – des mains – des forces – personne...
Aucune tête sous la couronne...
De la neige et du vent ; ce qui habille et dénude ce monde...
Des gueules ; de la glaise industrieuse et fertile...
A bouffer encore du sang noir ; de la bave au coin de la bouche...
Sous un déchaînement de violence et de hourras ; des larmes et des rires...
Une partie de la fange se flagellant ; et l'autre essayant de se défiler ; essayant de se faufiler entre les hurlements et les substances ruisselantes pour échapper aux massacres et à la mascarade...
Ici ; en ce pays où l'on se pense flamboyant ; grand(s) seigneur(s) ; les mœurs vulgaires – l'usage prosaïque – l'instinct vengeur – (bien) plus sûrement...
Éprouvé par l'ébranlement du monde...
Parmi les choses ; l'éclosion de l'infini...
A marche forcée ; ponctuée de haltes et de meurtrissures...
Le jeu de l'indignité ; (presque toujours) en faveur de l'offense – de l'avanie...
Du côté de la nuit et du bannissement...
Condamnés – sans même que nous le souhaitions – à la naissance – à la mort – aux saisons ; et, à terme, à l'acquittement – à la suppression du temps – au triomphe de l'étendue et de l'effacement...
L’œil ; et le visage – déjà bleuis par le ciel...
Au pays de la roche ; l'ardeur – la fatigue et la mort...
Et des larmes (un ruissellement de larmes) dans la lie ; jusqu'à la noyade ; asphyxiés par la tristesse au fond des fondrières remplies par nos pleurs...
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Bras tendus – bras en croix ; à genoux...
Silencieusement...
Solidement imprégné de misère et de foi...
Le cœur haletant ; peu disposé à digérer sa peine...
Hors du cercle – hors de la danse ; aujourd'hui...
Alors que – partout – la nuit s'affole ; alors que – partout – monte le cri...
L’œil mauvais ; et la figure fiévreuse ; salis par le désespoir accumulé...
Comme de gros blocs de pierre qui obstrueraient la vue et la respiration ; qui embarrasseraient nos âmes (trop) insensibles...
Le Dieu malicieux – dans ses œuvres ; se dissimulant là où l'on pense qu'il ne pourrait se glisser...
Pour de vrai – pourtant ; en dépit de tout ce noir ; en dépit de ces apparences désastreuses...
A hurler aussi fort que les loups...
Berné (depuis si longtemps) par le monde...
L'attente – au quotidien – d'une chose qui n'adviendra jamais...
Le jour au-dessus de toutes les têtes – de tous les cercles – de toutes les tombes...
La lumière ; et rien du songe ; comme si nous n'avions rien compris au réel – rien saisi de la réalité ; à vivre ainsi avec des cœurs de bête...
L'index tendu vers l'Autre ; accusateur...
Et l'enfer – en soi – dissimulé ; et que l'on se garde bien d'exposer...
Brandissant le fer et le bâton...
Dans une optique de potentat ; à renverser l'idée même d'utopie ; avant que le moindre monument – avant que le moindre territoire – ne puisse être édifié – ne puisse être circonscrit...
A mi-chemin ; les chaînes (en partie) brisées...
L'or du monde remisé là où nul ne pourra le trouver – ni en faire un usage dévoyé ou dégradant...
Dans l'oubli de soi – des choses ; entre les deux – peut-être...
Le jour inondé – et dépeint – par la parole...
Des gestes – des astres ; des mouvements qu'approuve l'infini ; infimes et cosmiques...
L'oreille sertie de silence ; et le cœur en joie...
L'âme – autant que l’œil – qui témoigne...
Par défaut d'oubli ; ce qui émerge – ce qui fait saillie...
Qu'importe l'âge et le temps...
Qu'importe le rire ou la grimace...
Nos rires et nos larmes – sans fin...
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A trop négliger l'âme ; le monde saccagé...
Qu'importe les rêves d'exploitation et de résistance...
Qu'importe que l'on renforce les colonnes de l'un ou de l'autre camp...
Sous l'ombre dévastatrice de la séparation...
Qu'on le veuille ou non ; ce qui alimente le crime...
L'essentiel qui affleure ; et que l'on frôle ; à désirer n'importe quoi ; à vouloir passer devant ; à espérer donner du sens (ou de l'importance) à chaque geste ; à ce qui n'en a pas...
Toujours le rêve – l'honneur – le lendemain ; au lieu de vivre la nuit et les circonstances ; l'envers du plus favorable ; ce qui nous est offert ; les mille états – les milles séparations – à expérimenter...
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La tête trop pleine d'espoir et de temps...
Sur la balance – déséquilibrée ; le désir et ce qu'il (nous) faut abandonner...
Si peu de plaisir ; si peu de profondeur...
A pleurer sur ce que l'on nous offre...
Rien ; ni étreinte – ni embrassade...
A rebours du courant naturel...
En retrait ; et l'oubli (trop difficilement) soustrait...
Comme un sac de sable déversé dans la bouche ; et le cœur qui s'embourbe – qui s'étouffe – qui suffoque – qui s’asphyxie...
Le privilège entre les dents ; la hiérarchie de la longueur...
L'apparence de la puissance...
Et à l'autre extrémité ; ce qui se tient à la merci ; presque une manière de vivre – de se tenir en offrande ; cette force qui tient à la fois du don et de la confiance – le service ancillaire offert à ce qui le réclame – à ce qui advient...
Un peu de neige sur notre douleur ; et nos confidences...
Reflets d'un Autre – en nous ; dans les profondeurs – comme un espace habité – et dissimulé au monde ; où la nuit règne autant que le jour ; où les couleurs et les larmes jaillissent – comme une eau vive – des fontaines...
Le ciel riche de la multitude des visages – des étoffes et des voix...
L'aube aussi proche que possible...
Le jeu et l'horizon – tournés vers le chant ; ce qui favorise la blessure...
Ce qui se dissimule ; ce qui jamais ne se définit par son nom...
Comme un regard (de plus en plus) éclairé – éclairant – sur l'invisible et les choses de ce monde...
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Encore du rêve ; sous nos manteaux colorés – derrière nos visages figés dans un sourire d'absent – emprunté à d'autres...
Debout ; et vivants – en apparence...
Des vies pétrifiées – immobiles – en dépit du mouvement – en dépit du désordre et du bruit...
De pauvres semences ; et de pauvres floraisons...
Et le fruit de leurs entrailles ; affublé de notre héritage – du legs commun ; les mêmes insuffisances – les mêmes négligences – les mêmes inconséquences...
Si bas ; sous ce ciel...
Et l'âme voyageuse – exploratrice – qui s'impatiente ; et les têtes (toutes les têtes) ébahies...
Et ce feu – et cette fièvre – qui nous fait défaut (et qui nous manque)...
A vivre – à croire – à espérer ; comme de pauvres idiots...