ENTRE DIEU ET LA PIERRE (VOLUME 4)
Extrait du journal de l'auteur (2024-2025)
Cet œil
sur la pierre
qui lit le monde
qui voit le ciel
Et l'âme qui sait
comment les rassembler
dans le geste et les mots
Quelque chose de sombre
Quelque chose de fou
Dans cette longue procession
de masques et de grognements
Ce qui sert la soif
Et ce qui sert la farce
Emmêlés au fond de l'âme
Ce qui est compris le temps d'un instant
doit être oublié l'instant suivant
Si sombre parfois
Ce qui nous entoure
Ce qui nous habite
Ce qui nous traverse
Blâmant et accusant
Méprisant et meurtrissant
ce qui n'aspire qu'à l'innocence
Le pas en accord avec la soif
à mesure que l'on trouve son repos
dans la foulée
à mesure que l'on comprend
qu'il n'y a rien à chercher
Encore si obscurément l'Amour et la lumière
Ce qui nous affame
Et ce qui nous nourrit
si souvent confondus
L'incertitude
Ce qui finit par devenir le plus familier
Quelque chose de la liberté
au fond de la nasse
Qu'importe le nom de Dieu
Qu'importe la connaissance
Qu'importe la sagesse et l'envergure du regard
si la bouche ne sait sourire
si l'esprit ne sait accueillir
si l'âme ne sait s'émerveiller
si le cœur ne sait pardonner
A regarder le ciel
comme si la prière suffisait
Qu'opposer à l'inhospitalité du monde
sinon un cœur bienveillant
Quelques traits
Quelques taches
tracés peut-être pour rien
Aussi lucide que possible
malgré les grilles et la fumée noire
Le réel poli jusqu'à l'essence
Des mots
Comme un mince rai de lumière
pour éclairer le cœur et les yeux
et faire briller la poussière comme de l'or
Qu'importe le geste et la parole
pour peu que le cœur soit écouté
L'âme cambrée qui s'émerveille
Le regard posé au-delà de la chambre ;
au-delà du monde ;
au-delà même de la mort
Au fond des yeux
Au fond de l'âme
Le joyau et le poison
Tout ce qu'il nous faut soustraire
pour approcher la joie
Les lèvres closes
De plus en plus
à mesure que l'on sait
L'oreille attentive
au chant silencieux des arbres
à la nuit tombée
[lorsque les hommes ont quitté la forêt]
Loin des murs et du sommeil
Auprès des arbres et des fleurs
A l'ombre de ceux qui peuplent la forêt
Au fond de leur royaume
Là où seul le ciel est souverain
Le cœur de l'homme
si étrangement agencé
où tout se mélange
au sommeil et au miroir
Dans la même main
Le monde, le temps, la mort
Et dans l'autre ; l'oubli
A propos du ciel
Quelque chose de discret et de délicat
en dépit de l'immensité
L'âme, la pierre et l'invisible
Toute notre géographie
Une solitude silencieuse
L'âme et le verbe ardents
L'encre et le geste généreux
A jouer à côté du secret
comme si l'on préférait le rêve à Dieu
Ce qu'il faut d'effacement
pour habiter l'invisible
et témoigner du merveilleux
Paroles nées
de ce dialogue silencieux avec soi
S'abandonner
Sans doute – la plus juste manière
d'entrer dans le jeu de la vie et du monde
et de se laisser porter par ce qui est offert
Si irréel
le monde
du haut de l'esprit
Sur la même carte
L'âme, le ciel, la vie
avec des légendes annotées
de nos propres mains
Il n'y a de dehors
Tout est à l'intérieur
Qu'importe les visages et les lieux
Qu'importe les circonstances et les saisons
Tout nous accompagne
Tout est passage et initiation
Entre le ciel et la douleur
A l'exacte place de l'homme
Derrière le silence
Dieu
Les bras grands ouverts
Le cœur battant
L'existence ; un simple passage
Que restera-t-il de cette brève traversée ?
Rien sinon, peut-être, ce que le cœur
aura compris
Toute une vie de désillusions et d'adieux
Et qui sait ce qui existe au-delà ?
La figure de l'infini
Là où sont les reflets
Et là où ils ne sont pas
Aller
Jusqu'à l'impossible
Jusqu'à l'impensable
Et au-delà encore
Là où le sacré perd son nom
Aucune certitude
ni sur la vie
ni sur la mort
ni sur le monde
ni sur le temps
ni sur soi
ni sur le reste
Manière de dire peut-être
que rien ne peut être dit
L'âme étrangère
aux rites du monde
aux sacrifices
et aux jouissances
de la chair
Trouvant sa joie
dans un sourire innocent
Le cœur aux aguets
au milieu du tumulte
cherchant parmi les danses
et les calligraphies
quelques signes sacrés
l'évidence d'une présence
la figure du Divin
Au fond de soi
quelque chose de l'Absolu et des saisons
presque sans distinction
Pieds nus
A travers la forêt
Sur ce chemin de terre
Voyage peut-être
jusqu'aux premiers hommes
qui vivaient au fond des bois
Sans répit
Le temps
La vie
Le monde
Et ce qu'il faut trouver
au fond de soi
pour faire une halte
Une existence entière vouée aux soustractions
Parfois (de temps à autre)
Une présence au monde
gracieuse et émouvante
Une manière d'être là
au milieu des Autres
qui donne envie de pleurer
et de serrer dans ses bras
un cœur humain
en ces lieux d'indifférence et d'hostilité
Les joies de l'enfance
offertes à ceux
qui n'ont plus rien entre les mains
Sur notre table
Une feuille blanche
Un feutre noir
Et plus grand-chose à dire
Plus grand-chose à partager
Le cœur
affreusement usé
par les événements
ce dont il est le témoin quotidien
ces désastres qui sont
aux yeux des hommes
des fêtes et des festins
Comme du sable
Le monde, les choses, les destins
les visages, la parole
la vie, les rêves, la mort
Pure irréalité – en somme
Sur la même route
que ceux qui s'égarent
Tout aussi maladroit
Tout aussi ignorant
Allant au gré des nécessités
Allant au gré du vent
Le cœur consolé
par ce qui creuse – en nous – le silence
On serait fou d'Amour et de joie
si l'on savait...
Sans réponse
Sans pourquoi
La voix poétique
Et le cœur enchanté
Les yeux fermés
Au service de la lumière
Chaque jour
A travers notre besogne
l'approfondissement du passage
vers l'immensité
Au bord de la tendresse
Le doigt pointé vers le monde
Et au fond du cœur
ce qu'il faut de ciel
pour faire naître
le moindre possible
Auprès de ceux qui restent silencieux
Si vivants dans leurs gestes
Si aimants dans leur façon d'être au monde
Si sages dans leur anonymat et leur discrétion
Ne laissant rien paraître au-dehors
Et existant bien au-delà de la vie et de la mort
Sans autre faim que celle de l'Absolu
A mesure que la parole s'épuise
L'âme et la main s'accordent
deviennent inséparables
puisent l'une dans l'autre
donnent leur couleur
au geste et au fond des yeux
Sans trace
sans indice
le chemin
A se demander
s'il en est un
Des paroles comme des pierres
qu'on lancerait dans l'eau
pour le plaisir de les voir disparaître
et s'enfoncer dans les profondeurs
Dieu oublié
dans le geste
et dans la voix
en ce monde
où tout est poussière
et pourrissement
Autour de nous
tant de territoires
et de frontières
tant de pièges
et de remparts
tant de paroles inutiles
Comme si le monde
était le lieu du superflu
Au fond de la forêt
Là où il est encore possible d'échapper
à la folie des hommes
Au-delà du dicible ; quelque chose encore
L'infini
si mystérieusement présent
là où il semble si absent
là où il n'y a plus personne
apparemment
A travers l'épaisseur
La pointe du songe
Encore des signes
vainement jetés vers le monde...
Au milieu des cœurs hirsutes
à la résonance si proche du ventre
Sans un mot
L'âme tremblante
Et le reste figé sous la peau
Ici ; sans être sûr de rien...
La nuit cadenassée
à hauteur des yeux
Et au-dessus
Et au-dedans
Peut-être la promesse d'une clé
A la pointe de la solitude
Le cœur en équilibre
Derrière la fièvre
La danse de l'âme
Le rire et la lumière
Au fond du temps
Derrière ces grilles infranchissables
A avancer péniblement entre le début et la fin
Cherchant vainement un chemin
Les Sisyphes des heures
Le cœur si étranger à la lumière
Les mains jointes devant soi
Comme si la vie était une aumône
Comme si la vie était une prière
Des feuilles et des forêts
Des mots et des pas
Un peu à l'écart du monde
Dans le sillage du Seul
Joyeux comme si le ciel était déjà en nous...
Nos vies ; un amas de branchages que la joie embrase
En soi ; ce lieu où tout se passe
De l'autre côté de l'attente
Dans l'arrière-pays du silence
Là où tout danse au milieu du jour
Sous la mémoire
ce qui échappe aux éboulis du temps
Les mains vaguement en prière
Avec dans l’œil quelque chose de la lumière
Dire parfois ce qui nous émerveille
Et d'autres fois ce qui nous meurtrit
Essayer de dire le silence et l'infini
Tenter de transformer la parole en geste
et le texte en présence
et les offrir
comme si l'on voulait abolir les frontières
Voilà l'enjeu de ce qui s'écrit ici
Le cœur hissé au-dessus de ce qui blesse
Si près de ce qui émerge
qu'il n'y a plus de différence
entre soi et le monde
entre l'âme et le sang
Si bleue ; la danse
Comme si le ciel tournait dans nos bras
Comme si la terre devenait (enfin)
un lieu à vivre
La parole éruptive
comme deux mains jaillissant
de l'épaisseur du monde
de la pâte du temps
Les livres ; ces si précieux amis...
Le cœur dévasté par le désastre
L'âme si noire à force de malheurs
Quelque part
sur les décombres du monde
Sous cette lumière sombre
qui donne à la langue sa couleur
Le cœur trempé dans tant de poèmes
que, dans les veines, l'encre et le ciel
ont remplacé le sang
Le sacré au milieu des larmes
De la même couleur que la nuit
Ce que nous élaborons
pour tenter d'y échapper
La danse de l'âme
entre la pierre et le ciel
sous le regard indifférent des astres
Au pied du monde
Ce que les âmes ont abandonné
Une légère traînée de poussière
derrière nos pas
ce que récoltera le monde
après notre passage
Et pas davantage
Exilé du monde et de la page
L'âme et l'encre vagabondes
La tête parfois plus proche
de l'écume que de l'énigme
Autour du bleu
Le silence
L'âme sans âge qui danse
Les mots ciselés par l'expérience
Le chemin à travers l'obscurité
Sous les auspices du vent et de la solitude ;
le voyage
Hors de l'échiquier du monde
Allant entre le sourire et l’effritement
dans cet intervalle terrestre
où tout finit par nous fausser compagnie
où tout finit par rencontrer la lumière
La porte de la chambre ouverte sur la forêt ;
sur les arbres, le ciel, les collines et l’horizon
Près du gîte des bêtes
Les yeux posés sur le vivant
Aux lisières du royaume sauvage
Le temps d'une nuit
Le temps d'une vie
La mort écartée d'un geste respectueux
Le regard posé au-delà des apparences
Aux confins du plus étrange
Là où le réel perd son déguisement
Poème où tout est tissé de monde et de Divin
où tout se mêle à la douleur et au merveilleux
Dans la paume
Des lignes et un chemin
La vie ; la mort
Peut-être un destin
Allant sans charge
A travers le pays des hommes et de la langue
A travers l'innocence
La seule étreinte possible
Là où la langue est un soleil
entre les lèvres de celui qui parle
Le mystère et les mots tressés ensemble
comme le silence et la lumière
Dans la courbure naturelle du monde
La vie
Et le bleu-remède
Ce qui n'a de nom
qui illumine la danse et les pas
et qui donne à l'écart
le vertige des premières fois
Le rêve enroulé autour du cou
jusqu'à la suffocation...
Le ciel à genoux
devant tant d'ignorance, de maladresse
et de sang
A travers les mots ; à travers la voix –
c'est l'âme toute entière que l'on entend
Les yeux grands ouverts
sur le sommeil du monde
Auprès des arbres et de la lumière
Sans maître, sans croyance, sans vérité
Entre la pierre et l'infini
D'une enfance à l'autre
sans jamais grandir
La main de l'aube
Et la main du temps
Si serrées dans les nôtres
Le cœur sous les nuages
Au milieu des fleurs fanées
Entonnant une prière pour les vivants
Dieu derrière nos yeux fermés
dans notre main tendue
dans notre poing brandi
partout où nous avons essayé de le remplacer
Dire l'homme, l'âme et le monde
Le geste
Le ciel
Et le poème
Pas après pas
Page après page
Sur le même chemin
Au cœur même du jeu et de la trame
Passager provisoire d'un monde précaire
Allant comme vont les bateaux, le vent
et les étoiles
Sous la blessure invisible
Le soleil promis
Et l’œil encore humide
A tâtons
dans l'obscurité
Le cœur qui cherche
Si solitaire
celui qui va
explorer le monde
arpenter le dedans
ne supportant que Dieu pour compagnie
allant sans attache
sans jamais se contenter de l'horizon
A voyager léger
et sans assistance
au gré des vents et des étoiles
Entre Dieu et l'homme
la distance nécessaire
à la découverte du mystère et des origines
Sur la terre
Sous le ciel
Au bord de l'énigme
Dans la compagnie d'un Dieu silencieux
et sans préférence
Au cœur de cette étrange
géographie du langage
où le silence tient une place si centrale
La gorge sèche
à force de mots
à force de joie
Sur cette route étrange qui mène au silence
Le sort des bêtes fixé – malheureusement –
par la faim et l'humeur de l'homme
Là où la terre se jette dans l'infini
Là où le monde pèse moins lourd que l'âme
Là où tout n'est plus
que tendresse et vibrations
Le cœur innocent
posé sur la main ouverte
A regarder le monde
depuis la pointe de l'âme
Au cœur de ce rêve d'arbres et d'oiseaux
de nuages et de rosée
de bêtes et de rochers
le monde célébré comme une fête
Blottis à l'intérieur
le parfum du Divin
le goût de la fête et du silence
mêlés au souffle de l'homme
L'âme aussi près que possible
des choses de la terre et du ciel
Oublié l'alphabet du silence
comme l'atteste cette abondance de mots
L'expérience intérieure
Libre de toutes les mainmises
Des traits sur la pierre
Des traits dans le ciel
qui se rejoignent dans l'atelier de l'âme
avant de se transformer en mots sur la page
Le don et l'étreinte plutôt que l’échange
L'âme portée en étendard
flottant au vent
Et sur nos épaules nues
la couverture de l'innocence
L'Absolu
infailliblement
en dépit de l'éphémère
Soupesant la valeur de la parole esquissée
au regard de ses liens avec l'âme et la vie
ignorant la gloire et la taille de l'auditoire
préférant s'offrir au ciel et aux nuages
A l'écoute de l'esprit de la forêt
sur le même versant que
les pierres et les bêtes
si proche de l'humus
comme si l'écorce, les lichens et les poils
étaient notre peau
Par-dessus ces pierres millénaires
notre âge ridicule
Quelque chose du silence
dans tous ces mots offerts
La terre dessinée
autour des saisons
dans l'axe de l'arbre et du soleil
la tête aussi haute que les montagnes
la chair-océan
et les âmes qui passent comme des nuages
Ce que l'on entend
à travers le hurlement des bêtes
toute la détresse du monde
Tout mélangé
Le délire et la sagesse
Le cri et le poème
La bête et l'homme
Le meurtre et la prière
Le rêve et le réel
Et si, au lieu de dire, il nous fallait
seulement aimer
A travers le moins certain
A travers le plus précaire
L'étrange surgie du mystère
Sur un chemin
qui, peu à peu, nous éloigne des hommes
allant avec les bêtes et les nuages
à travers le ciel et la forêt
Comme un chien fidèle à la sauvagerie
Au commencement de l'encre ;
cette folle envie de bleu
qui donne à la phrase cet élan incontrôlable
Au plus loin de l'homme
Dans ce grand jardin
où poussent des arbres millénaires
où il n'y a ni mur ni meurtre
où il fait si bon vivre
où ne règnent que l'Amour, la solitude,
le voyage et le poème
Coupés
les fils du monde et du temps
L'existence réduite à l'ici et à l'instant
et qu'importe que nous soyons mortels
A l'autre bout de soi
un grand feu de joie
autour duquel nous sommes déjà tous réunis
Face au ciel
Le cœur blessé
Et l'oiseau qui chante
Autre chose que soi
Peut-être le silence
Presque rien
Un peu d'âme
Un peu de terre
Un peu de vent
Et quelque chose à déployer
Fils de la terre et des nuages
aussi fidèle à la danse qu'au ciel
Au fond de soi
Le vent
Et ce qui écoute
La parole exhumée du fond de la misère
pour dire l'inhumanité de ce monde
et les aspirations intactes des âmes
Comme un hurlement dans la nuit
Saison après saison
Le même chemin sur lequel
s'éteignent les hommes, les rêves et les étoiles
Aux limites du ciel
quelque chose du silence
par-dessus les ailes déployées
Assis par terre
au milieu des feuilles et des insectes
Le cœur emporté par le vent
L'âme
La terre
Les arbres
Le ciel
Toute notre géographie
L'hôte seulement de ce qui passe
Au cœur de l'ordinaire
Si intensément
Attelé à la tâche (assez) vaine d'écrire
Le cœur partagé entre le geste et le silence
De longues traînées de couleurs
derrière les mots du poème
Et le parfum enivrant de la terre mouillée
Avec le ciel par-dessus
Le cœur
Le vent
L'esprit
Et toutes les danses du monde
Et si c'était le réel
qui apparaissait sur la page...
Au-delà de ce qui a lieu
Peut-être un rêve
Peut-être une utopie
Peut-être une partie de la réalité
Qui peut vraiment savoir
Nous
Si humblement
La main et le mot offerts
Avec quelque chose sur l'épaule
La douleur du monde sans doute
Le silence et la forêt
Le livre et la pierre
La bête et le pas
Et quelque chose qui s'écrit
sur le versant le plus escarpé de l'âme
Une voix portée jusqu'au silence
Là où les ombres s'agitent
remuant l'épaisseur
à la recherche (sans doute) d'une pépite
fouillant la terre
soulevant de sombres strates
et n'amassant que des lambeaux de nuit
Essayant parfois de hisser la tête
au-dessus du monde ; de l'effroyable mêlée
cherchant un peu de solitude
pour pouvoir (enfin) goûter le jour
Entre deux tourments
ce rêve, cette soif
Ce qui, parfois, initie un voyage
un prétexte pour échapper
aux sentes grises de ce monde
Le cœur parmi les pierres
Au-delà de la mort
Notre âge secret
La plume un peu lasse parfois
devant l'ampleur de la tâche
accablée par le labeur des mots
et l'abondance de choses à dire
Entre la terre et la lumière
quelque chose
un œil juché sur un peu de chair
qui apprend, peu à peu, à voir
Allant sur la terre
comme dans le ciel
poussé par le vent
entre la roche et les étoiles
Si silencieusement
Le sommeil et les révolutions
Le cœur caressant
contre les poings du monde
laissant le silence recouvrir les bruits
laissant le vent tout emporter
Du côté de ceux qui n'ont rien ;
pas même le droit de vivre
(aux yeux de ceux qui se disent humains)
Un cœur, un esprit, des mains ;
tout ce dont nous avons besoin
pour accomplir le travail de l'homme
En ce monde de rêve et de douleur
Ce qu'il faut de lumière
pour rejoindre l'enfance
A même le cri
Le ciel et le contentement
L'enfance hissée à la pointe de l'esprit
Du côté du silence et de l'instant
sur l'autre versant du monde et du temps
Alors que partout règnent le ciel et la lumière
ici-bas tout sens dessus dessous
L'homme
porté à l'indifférence
au lieu de vénérer
la lumière et les tremblements
Au plus haut du ciel
le moins périssable
les mains jointes
et le cœur éprouvé
Le cœur sans mémoire
hissé jusqu'au plus sensible
en réponse à tous les jeux du monde
en réponse à toutes les questions de l'homme
La main tendue
Le cœur mendiant
La sébile sur le sol
Au pied d'un monde indifférent
Au fond de soi
L'appel et l'agenouillement
Au cœur d'un long défilé de visages et d'âmes
Au milieu des prières et des peines
Au fond de soi
comme une porte
qui déboucherait sur le secret
Au-delà du langage
Au voisinage du silence déjà
Au fond de l'encre
L'âme, la terre, le ciel
Et encore un peu de rêve
Enjambés le sommeil et l'absence
sur l'autre versant de la parole
là où le poème s'étire entre le geste et la danse
Au même endroit que la veille
au même endroit que la faim
le désir de lumière
Jongler avec la danse du monde,
la légèreté de l'âme et l'épaisseur des mots
Peut-être est-ce cela le travail du poète...
Ce qui demeure
en dépit des ombres
en dépit de la fugacité des vies
ce qu'il nous faut de lumière
Le cœur simple et lumineux
comme si quelque chose brillait à l'intérieur
comme si quelque chose
se souvenait du savoir ancestral
et se fichait des hommes
et des noms qu'ils donnent à Dieu
L'envergure insaisissable de l'esprit
Le vent dans les feuillages
La nuit tombée déjà
Et la pluie qui danse
sur le toit
Au fond du cœur
le ciel étreint
le ciel confiant
Le cœur converti en palimpseste
où le vent peut enfin écrire son œuvre
Le cœur attaché au chant de l'oiseau
aux âmes qui peuplent les sous-bois
aux danses folles et secrètes
aux vents et aux rivages
à cette parcelle du monde
qui, pour l'instant, échappe
à la main de l'homme
Le front contre l'aube
déchirant les mirages et l'écume
écartant les mains du rêve
jouant avec les ombres et le temps
Le poème dans sa robe de mots et de lumière
Sous la lampe
la page quotidienne
qui témoigne des aspirations
et des états de l'âme
autant que des pas et des jours qui passent
Sans le cœur
il n'y a de chemin
Seulement des pas qui s'enchaînent
Le monde laissé à la fantaisie
de ceux qui négligent le cœur et l'esprit
Dans nos mains
les flammes et les cendres du monde
La vie ? Le monde ?
Ce que nous faisons ?
Rien qu'un peu de paille
Et des rêves qui nous emportent
L'étreinte après tant d'entailles
Sans plus rien amasser
s'offrir au monde
et jouer avec ce qu'il donne à vivre
L'infini dans la paume de la main
Sous la dictée de la terre et du ciel
là où pousse la nécessité