Carnet n°297 Au jour le jour
Juillet 2023
Par bonheur ; le jour délicat – le chant de l'invisible – le parfum de la terre dans la mémoire ; et le goût inaltérable du ciel...
Ce par quoi l'âme doit passer ; après que le cœur s'est arrêté ; après que le sang se fige dans les veines...
Dans le silence éternel du temps...
Au fond de l'abîme habité ; la souffrance autant que la joie – le seul et la multitude ; l’entièreté du monde avec ses possibles et ses entraves...
La danse du vivant infestée d'images et de mots ; ce qu'invente l'esprit pour rendre la pierre (plus) vivable...
Ici ; dans l'âme et le silence ; la justesse ; contrairement au monde – à la langue – gorgés de méprises et d'approximations...
*
Le dos – droit ; comme la terre – un arbre – peut-être ; comme une fenêtre sur le monde et la nuit ; comme une chose assez peu distincte du reste...
Trop tard – peut-être ; trop longtemps après les premiers frémissements...
L'âme et les pages du livre ; écornées...
Seul – dans le passage ; avec tout ce noir blotti contre soi...
Sans même aller ; l'âge déjà...
Comme une vieille étoile éteinte ; dérisoire (si dérisoire) dans l'immensité ; et le regard de l'homme – et le regard de l'Autre...
A notre place (pourtant) dans l'attente d'une joie – d'un ravissement...
Quelque chose né de l'ombre ; et qui est parvenu à s'en affranchir...
Des larmes ; comme une résistance ; une manière pacifique – innocente – de contester...
Du sang le long du glaive ; s'écoulant ; après avoir transpercé la chair ; le cœur du monde – de l'homme – de l'aube – de la roche – de la bête...
Et les eaux – et les prières – et les chants – pour balayer les traces funestes ; le sort effroyable de la matière...
En attendant l'aube – l'Amour ; la violence (insoutenable) de la terre ; plongé(s) au cœur même de la tragédie...
Vêtu de ciel et de peau...
Enveloppé d'argile et d'invisible...
Au seuil de l'évidence – le plus tangible...
Au seuil des remontrances – la liberté...
Et le chemin qui invente – et qui façonne – le pas ; pour se retrouver...
Comme le jour passé – comme le jour passant ; la lumière à travers nos cris ; à l'image du désir – une faiblesse – peut-être...
La marque – le manque – d'une rencontre...
Le regard porté au-dedans ; et au-delà ; essayant de découvrir – tentant de trouver une issue – un nuage – un mirage – une solution ; une présence – sans doute...
Depuis toujours ; le sommeil ; cette chape de plomb apportée par la nuit...
Des couleurs sombres posées contre soi ; et qui passent de main en main (au fil des générations)...
Le rêve ; le sens de l'histoire peut-être...
Comme un cri qui monte jusqu'aux lèvres ; pour que le monde sache enfin ; apprenne à voir ; commence à regarder...
Éclairés ; la marche – le pas – les jours...
Quelque chose du monde ; sans aide – sans personne...
Affranchi de cette terreur sans écho...
Entre le masque et l'oubli ; un étroit passage – un peu de lumière – l'issue tant recherchée – le doigt dans la chair – la blessure ; là où est la douleur – à l'exact endroit d'où sort le cri...
L'espoir encore ; comme une promesse...
Entre les mains des hommes – entre les mains des Dieux...
Sous le règne triomphant de la terre – du provisoire ; les armes brandies par-dessus les instincts...
A se frotter au monde ; aux aspérités – à l'épaisseur...
A l'horizontale ; puis, à la verticale ; et inversement ; cherchant (en vain) comment être vivant ; comment se tenir (réellement) debout ; comment être un homme...
Comme un parfum – un peu de consistance dans le néant des vies ; comme une malédiction inoculée depuis le plus faible de l'âme ; à peine une morsure mais qui – insidieusement – distille son poison pendant des siècles...
La tête chavirée – basculée vers l'arrière – sous l'effet puissant de la drogue ; de cette illusion qui, peu à peu, envahit le cœur et le sang...
Debout – les yeux entrouverts – entre sommeil et somnolence ; enchaînant les gestes mécaniques et se croyant lucides – éveillés...
De la terre et de l'engourdissement ; entassés dans le regard – les mains ; et les poches pleines de cette argile sombre parsemée d'éclats...
Vivants se disent-ils ; créatures de l'ombre – à peine...
Une fois de plus ; le corps criblé de lumière – jusqu'à la douleur – jusqu'à l'étourdissement...
Le vertige du monde – peut-être ; ou le délire de l'homme – qui sait...
En attendant le regard ; en attendant la joie...
Au-delà même de la chair – de la terre ; ce qui nous est (chichement) offert...
L'alliance – le mariage ; et la trahison...
La gorge serrée ; comme si une main – une poigne – nous saisissait...
Les cadavres ; les blessures et le sang – l'impossibilité...
Et quelque chose du manque ; par-dessous...
Entre la caresse et la cuirasse ; un chemin nous est proposé – se dessine ; une issue – l'éternité peut-être...
Échapper aux hordes et aux tribus...
Aller par-delà le monde – par-delà la terre et le ciel partagés...
Vers un peuple sensible à l'invisible et aux origines...
Moins crédule qu'innocent ; sachant repérer les méprises et les impostures...
Œuvrant au rythme de la sève qui monte...
Le cœur louant tous les règnes...
Encore plongé dans les eaux tourbillonnantes du monde...
S'enivrant de tous les contentements...
Sous le ciel ; l'âme bleuie déjà...
Riant seul ; au milieu des murs effondrés ; au cœur du labyrinthe d'autrefois...
Espace – vaste espace, à présent – qui laisse libre cours à l'âme ; et qui livre à la justesse et à la possibilité de la graine...
L'ensemencement du monde...
*
La main posée sur la solitude ; touchant sa chair – sentant sa texture – appuyant comme sur du moelleux...
Apprenant à mourir ; à éprouver tous les deuils...
L'ultime rive ; la dernière île peut-être...
Sans lèvres – sans l'Autre – sans simulacre...
L'existence et le bleu ; rassemblés ; comme un bagage ; le seul baluchon que l'on ait jamais porté...
Abandonnant les os et le sang à la terre...
Nous rapprochant du plus familier...
L’œil et le ventre ; cheminant ensemble...
Face à l'auditoire en demi-cercle...
Ignorant tous les secrets ; ceux de la terre et ceux des Dieux...
Participant au spectacle ; et (assez) prépondérant dans son rôle de témoin ; spectateurs – aux mains enchaînées – d'un monde collé contre eux...
Sur les voies moissonnées ; l'âme prise dans les filets du temps – se hâtant – précipitant le sable ; dans le vide – déjà ; chutant ; immobile...
A craindre encore les rumeurs du monde et les grondements de la terre...
Fenêtres ouvertes sur la nuit et les sentes nocturnes...
Au rythme de l'éclair ; et la foulée rapide ; et l'âme pensive qui erre dans ses rêves d'altitude et de grandeur...
Alors que rien ne peut s’achever ; alors que tout (toujours) est à recommencer...
A deux doigts des larmes – du sang – de la neige...
Si proches ; la vie – le monde – toutes les possibilités...
Ce qui initiera un chemin ; le sens du destin...
La prochaine étape de ce voyage sans fin...
*
La couleur du monde sur la peau ; et l'âme poreuse...
Couvert de cette boue grise ; et de ces pierres bleues quelques fois...
Face au vent ; le cœur sur le visage...
Dans les mains de celui qui écoute et qui voit...
La fièvre jetée sur l'appel...
A la haute saison des carences...
A hauteur d'un ciel raclé par les ongles de ceux qui prient...
A fêter la ressemblance des images – à regretter l'enfance perdue ; à fustiger les origines et la longue déchéance...
A participer aux agapes (à toutes les agapes) terrestres et au déclin (à l'inévitable dépérissement) de ce monde finissant...
Sous l’œil de la pluie ; ces larmes blanches ; et cette nuit des temps anciens...
Les malheurs qui guettent aux coins du monde – aux coins des yeux ; et sous leurs airs méfiants ; par-dessus la moelle intacte...
L'essence même de la chair – trop peu souvent – reconnue et visitée...
Le cœur encore si infranchissable...
L'âme assujettie au monde ; et ces jours – et ces lignes – qui ne parviennent à s'affranchir de la langue...
Sous le même silence ; depuis tant d'années...
Les mains liées par le doute ; trop de questions ; et trop peu de réponses...
Et la même possibilité ; à chaque fois ; ce passage qui échappe au temps (et à l'essentiel des hommes)...
*
L’œil vif sur les jeux serviles ; en ces lieux où se tiennent tous ceux qui veulent vivre ; condamnés à mendier leur part ou à s'en emparer par la force...
Les uns derrière les autres face au (terrible) festin ; comme dans la longue file d'attente devant la porte des cimetières...
La chair louée par Dieu ; proche du ciel par sa fièvre ; et ses souvenirs des premiers temps...
A la manière d'une danse ; à la manière d'un crime...
Sous la lumière basse (et bleue) de l'aube...
Le reflet de l'invisible ; hanté par le mouvement...
Au cœur du vivant ; avec tous les troubles (entremêlés) du manque et de l'abondance...
Les flammes lancées contre les croyances...
La figure imposante du monde...
Le casque par-dessus le front étoilé...
Là où le sommeil s'exerce ; là où le sommeil s'impose ; et condamne...
Là où la bonté détale ; s'enfuit à toutes jambes...
Dans le haussement du sombre hissé par les mains en prière...
La terre grillagée contre le vent...
A remonter la fumée noire des charniers...
L'âme songeuse ; le séant en sueur...
Comme un cœur à la traîne dans cette longue file descendante...
L'enfance des confins ; en ce lieu où règne-nt le rire – le ciel et le rire...
Sans caresse – sans sanglot...
Sans effroi face au silence qui habite les recoins...
Sous une étoile aussi lumineuse que le jour...
Quelques feuilles à la place du rêve...
Et la solitude revêtue comme une cape...
Animé par la vie triomphante ; et le souffle animal...
Dieu dans la main ; et sous les canines luisantes ; et dans la chair inerte...
Davantage que les songes et le sang...
Dans le jour facilité...
Au même titre que l'Amour et l'abandon...
A travers cette enfance continuelle...
L'humilité et la sauvagerie de vivre encore...
Et cet appel (inépuisable) vers la lumière...
A notre tour ; la toile tendue par les vents...
La lanterne à la main ; au milieu de la tempête...
Affaibli et consentant...
Le souffle peu aisé ; comme si les yeux s'étiraient (péniblement) par-dessus l'enfance...
Embrassant ce qui nous quitte ; ce qu'il (nous) faut abandonner...
Au cœur de la grande nuit qui se replie...
A l'arrière du silence...
Sous le bleu un peu lisse – un peu usé – des voyageurs...
A l'ombre de l'âme ; porté par des chants et des mains inconnues...
Mal portant – peut-être ; mais le cœur paisible et clairvoyant...
*
A genoux – face aux yeux anonymes...
Le voile remonté...
Lèvres au ciel – psalmodiant leur prière...
Le fiel – comme une flaque – à nos pieds – s'asséchant au soleil – au milieu des images écornées...
Dans le silence désorganisé de l'âme ; dissimulé derrière les bruits – et le désordre – du monde...
A l'écoute – peut-être – d'une réalité inconnue que la route révèle (peu à peu)...
Et le bleu – et le vent – qui entremêlent leurs couleurs – faisant naître une rivière sans pareille ; une voie – peut-être – où l'on pourrait laisser glisser ses pas vers une démesure – un possible impartageable – quelque chose de la terre et de l'immensité – un lieu inaccessible peut-être...
Sous un ciel variable ; cette terre labile soumise aux caprices et aux ténèbres de l'enfance ; si peu raisonnable(s) aux yeux des prophètes et des sages...
Et cette laine qui pousse sur le dos de tous les hommes – bêlant à faire trembler le sol...
Rusant ou baissant les bras devant tant d'impossibilités...
Des têtes malheureuses à force de coups et d'impuissance...
Sous un ciel impénétrable; condamnés à la débilité des jeux ; le cœur (sans doute – encore) trop insensible...
Et cette chair habillée de vent – promise à la terre...
Et le cri de l'âme ; silencieusement...
*
Face à la terre la plus haute...
Les yeux poussant le ciel ; essayant de transformer la lumière ; et la couleur du jour...
Agitant nos bracelets de chair...
Courant sur tous les rivages...
Comme des enfants perchés sur les toits – jouant au-dessus des remparts d'une cité invivable...
Le cri scellé dans le geste ; cherchant à remonter vers le plein...
A travers ce défaut (si patent) de tendresse...
Coiffé à la hâte par la main des Autres...
Au seuil d'une sagesse recouverte d'étoffe brodée d'or et de richesse ; ostentatoire ; comme la coupe que l'on emplit de cette joie anguleuse et circonscrite qui réclame son lot de prières criardes ; comme s'il nous fallait vivre à genoux sur des pierres tranchantes ; comme si le monde n'avait rien d'autre à (nous) offrir...
Face au monde...
Sur le cercle se hissant...
Étrangement mêlé au songe...
La langue trop près de la tête...
Sur cette île entourée par les eaux sombres...
Entre les larmes et le miel des Autres...
Encore trop peu sensible ; trop étranger aux miracles et aux lois de l'invisible pour échapper au devenir ; et pouvoir rejoindre l'enfance...
A l'envers ; dans le déversement du ciel...
Fontaine sur la pierre offerte à tous les mendiants...
L'eau joyeuse éclaboussant la folie des fronts...
S'écoulant (à sa manière) entre les hommes et les alentours...
Ne sachant quelle couleur arborer ; se voilant de transparence...
Au cœur du cirque et des âges archaïques (un peu perdue – il va sans dire)...
La chair rouge livrée aux yeux et aux mains affamés...
Au nom de l'espèce – de la race ; quelque chose d'édifié – de guingois...
Englué(s) dans une perspective hiérarchique du monde ; de la brume au-dedans du front...
Et cette lumière à peine visible depuis la fosse où vivent les vaincus et les vainqueurs apparents...
Devant les yeux ; et en arrière du front ; ce rire indicible...
Jusque dans nos yeux trop graves et trop noirs...
Comme une caresse – un vent rafraîchissant – un saut dans la joie contagieuse...
Une enjambée – un pas immense – au-dessus du cercle des malheurs...
La langue poussiéreuse ; éreintée – sans doute...
A travers les mots et les impasses du chemin...
Sous le regard (étonné) des fleurs ; sous les branches (hébétées) des arbres...
A l'abri du sang – de la mort – des guerriers...
Au milieu des ombres qui remontent le cours du fleuve intranquille...
Jusqu'à la source ; dans les mains déjà – enfouie – dissimulée – discrète – tant que persistera la quête ; tant que se perpétueront les massacres...
Tant de cœurs dans le lointain ; et tous ces regards à désobscurcir...
Malgré l'incessant labeur du ciel sur les âmes égarées...
Entre la plainte et la confusion...
Quelque chose de la folie où se sont glissés – subrepticement – la gloire et l'éblouissement...
*
Des yeux perçants ; une âme douée de persévérance...
Les bras puissants ; et le cœur pacifique...
Sur ses jambes ; si près du lieu où brillent les étoiles – si près du lieu où naissent les vents...
La tête à genoux ; suspendue au secret...
Là où l'homme se balance entre les honneurs et l'humilité ; dans la proximité du mystère...
Passant encore ; dans cet écart croissant...
Les souvenirs (tous les souvenirs) piétinés...
Près des âmes qui ont revêtu leur costume de poils...
Là où le cœur bifurque ; là où la tête doit apprendre à s'égayer face aux malheurs...
En ces lieux de piteuses apparences ; là où Dieu s'est caché pour murmurer à l'oreille des plus humbles ; et les guider jusqu'à la lumière – en entraînant leurs gestes et leurs danses vers une joie sans orgueil...
Tranchant comme la pierre...
Et la chair tendre – si fragile...
A se frotter contre la rocaille et la sécheresse des âmes...
Les visages anguleux comme des choses...
Dans le labyrinthe du monde ; de l'esprit...
Au milieu des souffles de la terre...
Les têtes gorgées d'images et de signes...
Insensibles à la beauté du monde – au réel brut – abrupt – sans filtre...
Et penchant du côté de la folie et de l'absurdité plutôt que du côté de l'inconnu ; du côté du dogme plutôt que du côté de l'invisible...
Le cœur de l'homme si étrange – si peu familier des forces sous-jacentes ; et des lois qui régissent les lieux où il a cru bâtir son royaume...
*
Et d'autres voix – en nous – qui s'élèvent...
Du secret vers le plus simple...
Le ciel fréquenté ; le cœur en paix...
De l'invisible nourricier à l'âme frémissante...
Du lieu le plus haut vers le plus intime...
Et l'un dans l'autre ; qu'importe l'abondance ; qu'importe la pauvreté...
A la lisière ; à la lumière ; tout (à peu près tout) à démentir ; et tous les seuils (bien sûr) à inverser...
Sous le règne de la fièvre et du front...
La sagesse – pourtant – au fond du sommeil...
Discourant sur ses terres ; comme si le monde leur appartenait...
Le silence sous l'horreur et les ornements...
Reconnaissant ; le visage déployé...
Comme la lumière sur son territoire ; partout à son aise – jusque dans les plus obscurs recoins...
Et la joie promulguée sur toutes les pentes exposées aux rayons de l'astre...
L'âme et la chair ouvertes ; engagées dans la brèche...
Et le vent ; bouleversant tous les sommeils ; ébranlant les certitudes et la mainmise du dehors...
Le jour étagé ; à l'altitude offerte par la qualité de la veille...
Sans (jamais) perdre pied ; ce carré de ciel dans le regard...
A exister jusqu'à se confondre – jusqu'à s'effacer – jusqu'à disparaître ; et le peu qu'il reste (à la fin) à se partager...
*
Assis face à l'étendue...
Entre des bras étrangement longs et parfumés...
Dans le cercle ; hors de la cage...
Le temps amassé au fond des poches ; et autre chose par-dessus – comme un ciel – un abîme peut-être...
Et ce sursaut dans la langue ; comme du sang neuf versé hors de la tombe...
A arpenter encore la lumière – le reflet de la lumière ; et ces résidus de cendre...
De très haut ; par les fissures...
Entre le miroir et l'Autre ; ce passage où l'âme peut se faufiler...
Sur les traces du vent ; vers le précipice – assurément...
Et le souffle qui nous emporte...
A même le ciel ; (très) spontanément...
Nul conseil de sagesse...
Les choses de l'esprit...
D'une route à l'autre ; en passant, parfois, par l'ailleurs...
La condition de l'homme ; des créatures sombres...
Et les lois de l'ombre ; écrasante(s)...
Jouant déjà au cœur du royaume – pourtant...
En tous les lieux propices au monde – à l'Autre – à la solitude...
Au cœur de nulle part ; assurément...
Et – en soi – comme plongé au centre (à son insu)...
Au jour descendant ; le guide ; arrimé...
Avec le monde – mille choses – sur le dos...
A notre place – derrière les bêtes ; éclaireuses du mouvement – de la liberté...
Dans les herbes hautes ; mélangés les fronts et les têtes à cornes...
Membres du même cercle...
Sur des chemins (de plus en plus) silencieux ; où les silhouettes se ressemblent – se confondent – forment d'étranges alliances – pactisent, parfois, avec les étoiles ; en s'approchant (peu à peu) des promesses de la lumière...
*
La main infirme de ceux qui fuient – de ceux qui passent – de ceux qui raillent l'incapacité et la défaillance des Autres...
Le cœur dans sa carapace de cuivre ; et l'âme couleur de cendre...
Les yeux fermés ; comme deux billes opaques glissées sous les paupières – aussi malhabiles que celles qui s'affairent devant des pages pleines de signes à la recherche des lois qui régissent le cercle du monde – le cercle des vivants...
Les bras chargés de choses et d'ardeur ; et un peu de sensibilité ; ce qui nous est offert pour survivre...
Au son (perceptible) des flûtes invisibles ; les danses nouvelles et anciennes ; les danses d'hier et d'aujourd'hui ; les danses de toujours ; ce à quoi nulle âme ne peut échapper...
*
Le temps du chagrin et des malheurs rassemblés...
La langue du peuple léchant le miel du monde – sur la roche comme sur une lame effilée...
Sous le règne des instincts ; et le sang des vivants...
Entre l'ordre et le néant ; la loi de ceux qui se tiennent en rangs serrés...
Les lèvres gonflées d'orgueil et de haine ; crachant leur fiel à travers les barreaux...
Comptant, chaque jour, les nouvelles stèles dressées sur la pierre noire...
Au sommet des âges ; cette violence arc-boutée...
Et ainsi ; davantage – au fil des siècles qui passent...
A déverser leurs rêves sur ces fleurs trop blanches...
Les poches emplies d'espoir et de science...
Encore si loin du ciel – de la poésie – de l'innocence...
L'âme si étrangère au monde...
Saluant ce qui passe...
Sous le soleil ; souriant...
Au milieu de l'air et de l'herbe ; au milieu des Autres...
Agissant de mille manières...
Au-dehors comme dans l'intimité de l'étreinte...
Mille chemins ; mille regards – qui se croisent ; des cœurs et des peaux qui se frôlent – à peine...
A la saison inaugurale...
Loin des anabases chimériques – inventées...
Incorruptiblement ; la puissance et le rayonnement...
Sans (jamais) présumer des possibilités de l'esprit...
Ce qui monte ; ce qui s'élève en silence – si secrètement...
L'âme (de plus en plus) humble ; dans cette absence de nom qui se balance au-dessus des têtes et des choses – hélé par ceux (par tous ceux) qui peuplent ces rives faméliques et qui rêvent de se hisser eux aussi...
*
Quoi d'autre dans ses bagages sinon le regard et l'humilité ; l'impossibilité et la capitulation de l'homme...
De ces yeux – de ces pas – capables de percer l'épaisseur pour rejoindre l'autre côté de la peau – du monde – de l'esprit...
Comme une fenêtre dans le regard – comme des ailes à la place des pieds ; et l'espace suffisant pour se déployer...
Et dans le cœur cette évidence ; la source et l'absence de frontières ; à travers (tout) ce qui se manifeste...
Des mots ; comme une gifle ; et l'orgueil, peu à peu, défiguré – méconnaissable – et qui finit comme une chose tiède et avachie – une masse informe et affaiblie – qui s'effondre ; et qui se répand sur le sol...
Et les remparts détruits ; comme tous les voiles déchirés ; jetés aux pieds de ceux qui rêveraient de comprendre ; et qui sont animés par un élan – une brûlure – comme un appel (irrésistible) du ciel ; une ardeur que le mystère déchaîne ; et qui s'empare de leur âme encore inapte (bien sûr) à toute résolution...
Le jour ; au cœur des saisons...
Dans le fondement de la loi inaugurale...
La terre généreuse ; et l'âme incorruptible ; quels que soient les attraits – les scintillements – les invitations...
Du côté de l'esprit ; face à la puissance – face à l'autorité...
Sur des routes sans promesse...
Au cœur d'un réel sans alternative...
Sur la pente la plus naturelle – en quelque sorte...
A l'abri des hantises et des malédictions...
Le chant secret – invisible ; louant le merveilleux du monde ; et ses mille possibilités...
La soif étanchée par le ciel et la poussière...
Et le mystère – tenu (et révélé) par nos mains ancillaires ; et notre âme complice de toutes les veilles – de tous les jeux – de toutes les tentatives...
*
Derrière les couleurs et la chair agile...
Enroulé autour de l'âme ; mélangé à l'argile...
Autre chose que le sang ; en d'autres lieux que la terre...
Et des offrandes ; et des prières – en guise de filet...
L'invisible ; et les tempes marquées de son sceau – sans s'inquiéter de la malice des hommes – ni du vent – ni des chimères – ni du temps qui passe...
A contempler ce qui s'organise ; ce qui se déroule ; ce qui s'affale...
Les gestes trempés dans la douleur ; puis, dans la joie ; alternativement...
A vivre appuyé contre les forces sous-jacentes...
Puis, disparaissant avec ce qui, peu à peu, s'efface...
A s'offrir ainsi – l'air de rien – à l'invisible qui décide ; à l'invisible qui forge et qui s'insinue ; à l'insu de toute volonté...