Carnet n°321 Dans l'écume du mystère
Août 2025
Les yeux fermés de l'intérieur
Sous une avalanche de circonstances ordinaires
A travers l'épaisseur
La pointe du songe
Au milieu des cœurs hirsutes
A la résonance si proche du ventre
Sans un mot
L'âme tremblante
Et le reste figé sous la peau
Encore des signes vainement jetés vers le monde...
Ici ; sans être sûr de rien...
La nuit cadenassée
à hauteur des yeux
Et au-dessus
Et au-dedans
Peut-être la promesse d'une clé
A la pointe de la solitude
Le cœur en équilibre
Derrière la fièvre
La danse de l'âme
Le rire et la lumière
Assoupi parmi les pierres
le corps abandonné
Les mains vaguement en prière
Avec dans l’œil quelque chose de la lumière
Le cœur comme empalé par le chaos
incapable au milieu de ce monde
d'habiter la paix et le silence
La boue de l'homme
et ses éclaboussures sur le monde
et ses éclaboussures sur l'esprit
au point où le regard et le ciel parfois s'engrisaillent
Aveuglément
Nos petites aventures
Allant partout sans jamais fouiller là où il faudrait
La parole promue
un peu au-dessus de la langue
entre le poème et le silence
Au fond du temps
Derrière ces grilles infranchissables
A avancer péniblement entre le début et la fin
Cherchant vainement un chemin
Les Sisyphes des heures
[La posture de l'homme]
Les mains jointes devant soi
Comme si la vie était une aumône
Comme si la vie était une prière
[A la surface de l'être, de l'âme et du monde]
A peine effleurés
ce qui nous habite
ce que nous sommes
ce qui nous compose
Dans ce qui émerge de l'impénétrable
Quelque chose, peut-être, de la trahison
porteur d'une semence (presque toujours) infirme et dévoyée
La nuit encore
Et cette inclination à l'obscurité
Le cœur si étranger à la lumière
Dans le sillage du Seul
Essayant de nous réchauffer au faible feu de l'âme
Des feuilles et des forêts
Des mots et des pas
Un peu à l'écart du monde
Joyeux comme si le ciel était déjà en nous...
Les portes de l'âme grandes ouvertes...
A l'intérieur même de la lumière
ce qui tient lieu de vérité
A voir la course du monde comme une longue dérive désastreuse
En nous, quelque chose qui se plie à toutes les exigences
La tête épaissie par la consistance du rêve
Les mots bousculés par les remous du silence
Ce qu'il nous faudra, un jour, payer ; l'incroyable persistance de notre aveuglement
En nous, une autre lumière que celle du dehors
Comme par magie
ce que l'esprit dissimule
et ce qu'il fait apparaître
Au chevet du monde
Là où l'Homme passe, s'enfuit ou se désengage
Le cœur, l'esprit et le corps solidaires (jusqu'aux limites du possible)
Du ciel incrusté
jusque dans les pas les plus lourds
Nos vies ; un amas de branchages que la joie embrase
Sans rien trahir de l'origine ; le déploiement
De la nuit encore
A l'intérieur du secret
A la lumière de ce qui voit
En soi ; ce lieu où tout se passe
Le cœur, la tête et les mains vides qui, en un instant, s'emplissent du monde et qui, l'instant suivant, déposent sur la page ce qui les a traversés, ce qui les a nourris, froissés ou émerveillés...
A pas pesant parfois
Allant de par le monde avec cette foulée si humaine
Sous la mémoire
ce qui échappe aux éboulis du temps
Rien que de l'extraordinaire sous les yeux, au fond de l'âme, au cœur du monde, derrière les visages et les choses
Dire parfois ce qui nous émerveille
Et d'autres fois ce qui nous meurtrit
Si serré contre soi ; le monde
Comme condamné(s) au dehors ; sans le moindre ailleurs
Le cœur sans doute trop lâche et trop étroit pour explorer d'autres routes
Au bout du cri et du murmure ; le même silence ; antérieur et postérieur à toute expression ; et, si l'on est attentif, présent aussi dans ce qui se dit
Plongé(s) au cœur d'une nuit si profonde alors que tout flotte comme un rêve... Le monde, notre monde, l'existence, notre existence, l'histoire, toutes les histoires...
Ce qui danse devant nous
Comme si tout (enfin) commençait à vivre...
De l'autre côté de l'attente
Dans l'arrière-pays du silence
Là où tout danse au milieu du jour
A travers les mots
L'exploration de cette immensité si peuplée
La découverte des souffles de la trame
La multitude errante et dérivante
Tout ce qui invite au voyage
Au plus près de la lumière ; cet Amour sans résistance
Si bleue ; la danse
Comme si le ciel tournait dans nos bras
Comme si la terre devenait (enfin) un lieu à vivre
Derrière le saccage
L'enfance décimée
Le cœur dévasté
Et derrière le masque
le visage de l'homme
Et sous les apparences
ce que la terre et le ciel ont dicté
A travers le vent ; le passage
Du sol au ciel en un instant
Le cœur raviné par la furie des malheurs qui dévalent les pentes du monde
Essayer de dire le silence et l'infini
Tenter de transformer la parole en geste
et le texte en présence
et les offrir
comme si l'on voulait abolir les frontières
Voilà l'enjeu de ce qui s'écrit ici
Les yeux baissés
sur le monde
tantôt par honte
tantôt par pudeur
En ce monde où tout s'enchaîne
Les circonstances, les corps et les âmes
Au plus haut de la tendresse
l'obscurité embrassée
Le cœur hissé au-dessus de ce qui blesse
A travers la fatigue et le temps
Allant encore...
Si près de ce qui émerge
qu'il n'y a plus de différence
entre soi et le monde
entre l'âme et le sang
Des éclats de lumière
à travers l'épaisseur des mots
comme si quelque chose scintillait sous la langue
Sous la douleur
le renversement de l'âme
et le dévoilement progressif du mystère
La vie depuis toujours
La vie à jamais
La parole éruptive
comme deux mains jaillissant
de l'épaisseur du monde
de la pâte du temps
Le cœur renversé
énigmatique
sur son socle bancal
laissant entrevoir la pente et la chute à venir
à travers le sang qui coule
et édifiant déjà sa ruine
comme un triomphe
Au plus près du vivre ; la parole
offrant à l'existence une humble tribune
comme s'il (nous) fallait davantage que des gestes
L'encre restituant inlassablement l’œuvre de l'âme et du monde
Là où le temps faiblit
devient une faille
l'instant tente de s'extirper de sa gangue continue
pour se hisser sur la pierre
et au fond de l'âme
afin que cesse le rêve
et que soit célébré l'éternel
« Travaillé(s) » inlassablement par le mystère
Enchevêtrés
le minuscule et l'immensité
au fond de l'âme comme au cœur du monde
Le cœur effacé dans l'équation du rêve
comme si l'on voulait nous voler l'innocence
comme si l'on voulait remplacer le ciel et la lumière
par une épaisseur impénétrable
La faim, la semence et le meurtre
sans alternative
depuis que le monde est monde
Au terme du voyage
Au commencement de la danse
En ces lieux où l'on se moque des figures, du rythme et des pas
En ces lieux où la sauvagerie côtoie la plus haute intelligence
En ces lieux où la seule clé est le sourire et la joie de l'âme
Ici
sans mot dire
Le silence scellé au fond du cœur
Les livres ; ces si précieux amis...
Un écart à peine
sépare la danse du poème
la bête de l'homme
la terre du ciel
l'idiot du sage
C'est à partir d'une origine commune
que le monde s'est diversifié
et c'est grâce à cet infime décalage
que l'on peut distinguer ce qui a été engendré
De plus en plus proche des bêtes
Le cœur de plus en plus sauvage
Si tendre
ce regard sur le monde
La parole sylvestre
comme si la sève avait remplacé l'encre sur l'écorce blanche
Le cœur dévasté par le désastre
L'âme si noire à force de malheurs
La terre dévastée par le passage de l'homme
Ce que nous dit l’œil de la bête, le cœur des plantes, l'âme du monde
Cette célébration partout de la mort au profit d'une seule espèce
Ces génocides sans résistance ; presque sans voix pour s'indigner
Ce qui blesse – et attriste – ce qu'il y a de plus sensible en nous
Le cœur morcelé
à force de piétinement
malgré la beauté des choses et l'amitié du monde
Par-delà l'abondance et les excès
ce qui, en nous, aspire aux joies de la frugalité
sur cette terre où les ressources sont limitées
sur cette terre où piller est un sacrilège
Le cœur plein d'ombres et d'images
Quelque part
sur les décombres du monde
Sous cette lumière sombre
qui donne à la langue sa couleur
La parole tremblante
encerclée par les illusions du monde
usée par les usages prosaïques
cherchant un trou dans le miroir
une faille dans les reflets
Une trouée dans la nuit
pour témoigner de la beauté du réel
Lieu de vie et du voyage
Et socle du langage
Cette âme tachée d'encre et de monde
Expressément
L'Amour ou le massacre
selon la trajectoire de la lumière
Encore si près du sommeil
l'esprit et le monde de l'homme
comme privés de lumière et de sensibilité
A la verticale du plus vétuste
ce qui nous attend
Le sacré au milieu des larmes
Au fond de la nuit
Sous les étoiles
Nos malheurs comme amplifiés
De la même couleur que la nuit
Ce que nous élaborons pour tenter d'y échapper
Sur cette pierre un peu âpre
Le goût d'autre chose
et, peut-être, le plus inexorable
L'échine fuyante
sous les coups et les malheurs
Sans jamais rien atteindre
Le cœur comme empêché
Le doigt pourtant pointé vers la lune
Le bras pourtant tendu vers l'horizon
A courir en vain jusqu'au ciel
Ainsi trop souvent vivent les hommes
Sous la lune
L'âme aussi tremblante que les frondaisons
Le séant sur la pierre blanche
où se reflètent quelques étoiles
Le cœur absorbé par l'immensité nocturne
Matin d'herbe fraîche et de rosée
Matin encore empli de rêve et de nuit
alors que le soleil apparaît à l'horizon
C'est au fond du cœur que s'invente une joie affranchie des circonstances
Comme au dernier soir du monde
Le cœur en cendres
Les larmes qui coulent sur la joue, sur la pierre et le sang séché
A la manière d'une âme encore pleine d’innocence
Sans rien céder aux critiques, aux menaces, aux hurlements
Sur le socle mouvant du monde
Le soleil entre les mains
La courbure mystérieuse des destins
Et son lot de surprises
Pas à pas sur le chemin
Jetant tout dans le feu du silence
L’œil si vif qu'il pénètre le réel jusqu'à l'essence
Inavouable parfois
ce qui s'écoule du fond du cœur
Là où est le feu et la folie
Au cœur de la trame
comme au fond des yeux
Le Dieu céruléen
dépourvu d'images et de sang
sans croix ni couronne
Juste le cœur, l'infini et la lumière
A marcher là où le silence a laissé quelques traces...
Le désarroi du cœur parfois
devant l'impuissance de la parole
A se plaindre du temps passé et du lieu d'où l'on vient
A s'inquiéter du temps à venir et du lieu où l'on va
(Presque) sans jamais se soucier de l'instant que l'on vit et du lieu où l'on est
Dissoute l'obscurité
A l'instant où frappe la lumière
De la même manière que l'homme s'éclipse
lorsque apparaît le Divin
Depuis l'origine
Allant aussi loin que possible
puis retournant vers elle
Le destin de tout ce qui existe
Le cœur trempé dans tant de poèmes
que, dans les veines, l'encre et le rêve
ont remplacé le sang
Sans que nul ne sache
ce qui peut advenir
au cœur de la disparition
La danse de l'âme
entre la pierre et le ciel
sous le regard indifférent des astres
Au-delà des mots ; le souffle
Quelque chose de l'enjambement
Un allant ; une manière de s'élancer ;
de sauter par la fenêtre du réel ;
de s'offrir un grand plongeon
dans l'immensité
Le cœur
Au bord du précipice
A la frontière de la démesure
Porteur peut-être des tout derniers éclats de l'homme
L'invisible teinté du sang que nous faisons couler ;
et drapé de tous les linceuls du monde
Là où l'illusion n'est plus qu'un voile en lambeaux
qui ne sépare plus l'obscurité de la lumière
ni ce qui est vu de celui qui voit
Derrière l'illusion (cet enchevêtrement d'images)
le réel intact
Au pied du monde
Ce que les âmes ont abandonné
Achevé le temps du Dieu du dehors
Les yeux grands ouverts sur le sommeil du monde
Le bol tendu devant l’œil qui passe et la main indifférente
Mais sous un ciel qui a vu et qui offre son assentiment
en faisant tomber un peu d'or dans notre sébile
Sans jamais en avoir l'air
Le plus nécessaire
et le plus précieux
Derrière la mosaïque de figures
Le même visage
Derrière la fragilité et la finitude
La puissance et l'éternité
Derrière l'effervescence et le bruit
Le silence et la tranquillité
Cet incroyable mystère que nous sommes
Poème où tout est tissé de monde et de Divin
où tout se mêle à la douleur et au merveilleux
Qu'importe la mémoire
La parole aussi neuve et innocente
que l'esprit et l'âme en sont capables
Cette étrange poussière qui flotte devant l’œil qui donne au monde une allure de rêve
Comme si tout était recouvert d'un voile pulvérulent
L’œil témoin du ciel et du monde
des élans et des tentatives
des drames et des mascarades
de toutes les simagrées
de toutes les cécités
Par-delà les figurants et les assemblages
Le mystère
Et les questions (toutes les questions) de l'homme
Et l'écoute nécessaire pour résoudre toutes les énigmes
et percer tous les secrets
Une légère traînée de poussière derrière nos pas
ce que récoltera le monde après notre passage
Et pas davantage
Par-dessus les ornements
Le déploiement de la parole
Piétinant les rêves et le superflu
Pointant l'essentiel pour les âmes
Le bleu de l'enfance
faisant fi des désirs et des crimes
comme hissé à la pointe d'une hampe
et devenant, malgré lui, l'étendard des âmes innocentes
La lumière impliquée clandestinement
dans la boue et les légendes du monde
accompagnant même la bêtise hargneuse des foules
et l'aveuglement des assassins
S'investissant dans le dessein des civilisations
pour donner aux vies obscures
un peu de perspective et de clarté
Exilé du monde et de la page
L'âme et l'encre vagabondes
Hors de l'échiquier du monde
Une vie à la dérobée
dans les interstices et les marges
Le cœur écarté
comme si seule la fable comptait
comme si l'histoire avait plus de poids que le silence
comme si la nécessité empêchait de voir le bleu du monde
L'âme forgée par les épreuves
Le cœur mille fois écarté
pour survivre aux péripéties du voyage
La tête parfois plus proche de l'écume que de l'énigme
Autour du bleu
Le silence
L'âme sans âge qui danse
Les mots ciselés par l'expérience
Le chemin à travers l'obscurité
Sous les auspices du vent et de la solitude ; le voyage
Comme une très ancienne parole née, peut-être, du premier souffle
Tant de portes au fond du regard
et qui débouchent sur l'espace du cœur
cette immensité qui se prolonge
jusqu'aux plus lointaines périphéries du monde
Allant entre le sourire et l’effritement
dans cet intervalle terrestre
où tout finit par nous fausser compagnie
où tout finit par rencontrer la lumière
La porte de la chambre ouverte sur la forêt ;
sur les arbres, le ciel, les collines et l’horizon
Près du gîte des bêtes
Les yeux posés sur le vivant
Aux lisières du royaume sauvage
Le temps d'une nuit
Le temps d'une vie
La mort écartée d'un geste respectueux
Le regard posé au-delà des apparences
Aux confins du plus étrange
Là où le réel perd son déguisement
Par-delà la rudesse et l'indifférence
Le monde posé au-dedans du regard
qui échappe aux âmes trop peu tremblantes
et aux esprits trop engourdis
Entre les mains
Le cœur vivant
L'âme du monde
La pointe du rêve
Mille possibles
La souillure hissée
jusqu'au faîte de l'âme
Sans doute l'un des pires sortilèges
Le bleu répudié au profit du rêve
La peur enfilée comme un déguisement tenace
Dans la paume
Des lignes et un chemin
La vie ; la mort
Peut-être un destin
Nous écartant de la longue file
Allant là où il n'y a ni pair ni trace
Le cœur animal
Si proche du mystère
Libre et vulnérable
Sous ce ciel de neige
Cherchant une âme
peut-être un visage
un peu de chair
ou un abri
Arpentant indéfiniment
le monde sauvage
Accolé aux cendres
Accolé au temps
Parcourant le ciel et la terre
A la recherche de l'origine du monde
Le souffle précurseur
Explorant les mondes
S'insinuant partout
Vigoureux
Endurant
Indestructible
L’œil dénudé
comme l'âme et la chair
Allant sans charge
A travers le pays des hommes et de la langue
Entre les extrémités du temps
ne connaissant que trop la variabilité de l'âme
et la grande diversité des états
zigzaguant entre toujours et jamais
Des rêves sans couleur
des signes en noir et blanc
comme une étrange calligraphie
au fond de l'âme
quelque chose de l'absence
Aussi beaux que les paysages abrupts et pentus du cœur
A travers l'innocence
La seule étreinte possible
A la suite de cette longue filiation ;
quelques souffles, quelques signes, quelques pas
Là où la langue est un soleil
Entre les lèvres de celui qui parle
Le mystère et les mots tressés ensemble
comme le silence et la lumière
Au-delà du voyage
et des seuils franchis
L'itinéraire intérieur
déjouant toutes les chausse-trapes
du désir et de la mémoire
offrant à l'esprit le plus beau des promontoires
Dans la courbure naturelle du monde
La vie
Et le bleu-remède
Ce qui n'a de nom
qui illumine la danse et les pas
et qui donne à l'écart
le vertige des premières fois
Où que l'on soit
La possibilité du retour et du recommencement
Le cœur parfait
appuyé sur le vent
ouvert aux choses de la terre et du ciel
prompt à se prêter à tous les jeux
allant indifféremment vers le saccage ou la préservation
obéissant à l'Amour et aux exigences des situations
Le rêve enroulé autour du cou jusqu'à la suffocation...
Le geste arraché à l'absence
Si proche de l'invisible
Mêlant l'âme à toutes les choses de ce monde
Le ciel à genoux
devant tant d'ignorance, de maladresse et de sang
Faisant peu à peu glisser les choses hors de soi
jusqu'au parfait détachement
A travers les mots ; à travers la voix – c'est l'âme toute entière que l'on entend
Cet espace au fond du cœur qui – bien mieux que la tête – peut approcher la vérité
Auprès des arbres et de la lumière
Sans maître, sans croyance, sans vérité
Entre la pierre et l'infini
Au faîte de l'absence ; là où tout s'inverse et se révèle
A même la chair ; l'aventure
L'esprit engagé dans l'expérience
A partir du feu et du souffle
Le déploiement de la vie
Les pas bridés par le possible ;
rencontrant (inévitablement) les limites de la matière
Nous frayant un chemin
au milieu des vents
Allant ; allant
l'âme et la chair se frottant
aux aspérités du monde
Le cœur humide
Et le langage engagé dans l'expérience sensible
entre la roche et la feuille
entre le feutre et l'étoile
La parole aussi vivante que l'âme
Le réel mêlant l'infini et le monde ;
l'invisible et la matière
Le dicible et l'ineffable
sur fond de silence et de prière
Aux mains du réel
L'âme envoûtée
par la couleur des choses
et les textures du monde
D'une enfance à l'autre
sans jamais grandir
Au fond du cœur
Le plus précieux de l'enfance
Vivant
parfois à la manière des nuages qui traversent le ciel
parfois à la manière du ciel qui voit défiler les nuages
De l'autre côté du muret de pierre
L'envers de la fable
La face lumineuse du monde
Par-dessus le faîte
La vie vraie
et la lumière qui s'offre
au cœur arrivé au terme de son apprentissage
Par-delà les rives et les horizons
Par-delà la course folle des hommes
Par-delà ce que perçoivent les vigies
Par-delà les mythes et les fables
Sifflant dans le vent
Le cœur posé sur la grève déserte
L'esprit de celui qui regarde au loin
Et son inénarrable aventure vers l'invisible
qui règne sur les âmes de ce monde
Le cœur battant
A force d'épreuves et de voyages
A force de tours et de découvertes
Lancé dans le chenal des conquérants
Si obstinément
Loin des foules et des arènes
Jetant toutes ses forces
dans l'exploration du moins connu
La main de l'aube
Et la main du temps
Si serrées dans les nôtres
Le cœur sous les nuages
Au milieu des fleurs fanées
Entonnant une prière pour les vivants
L'infini s'insinuant
à travers les plaies de la chair
et les peines de l'âme
partout où règne la douleur
Sur cette ligne infinie
tant d'âmes se sont posées
ont cheminé avant et avec nous
accompagnant nos découvertes et nos pas
Dieu derrière nos yeux fermés
dans notre main tendue
dans notre poing brandi
partout où nous avons essayé de le remplacer
Dire l'homme, l'âme et le monde
Le geste
Le ciel
Et le poème
S'asseoir sous les frondaisons
et ressentir ; et regarder la vie
Pas après pas
Page après page
Sur le même chemin
Des mots
Parfois comme une caresse
Parfois comme un cri
Parfois comme une secousse
Seul le vent décide de la direction
L'âme, elle, se laisse mener
Face au poème
L'âme ravie
Et le cœur incliné
Ce qu'est chacun
exactement ce qu'il faut
Le cœur parfois aussi blanc que la neige
Face au ciel
Face au monde
Face aux hommes
Le même regard libre
mais le cœur attaché
Fidèle au jour
Fidèle au monde
Et à l'écart nécessaire
Au cœur même du jeu et de la trame
Au milieu de l'abondance et de la frivolité
Quelque chose de l'ascétisme et du dépouillement
Une parole où tout est emmêlé
Quelque chose de l'âme et de l'infini
Des bribes de monde
Et des fragments de silence
Un élan irrépressible vers l'invisible
Passager provisoire d'un monde précaire
Allant comme vont les bateaux, le vent et les étoiles
Sous la blessure invisible
Le soleil promis
Et l’œil encore humide
Au fond de la blessure
Quelque chose de la joie silencieuse
Une manière de sourire et d'être présent au monde
qui révèle l'état le plus secret de l'âme
Le cœur fripé
à force d'avarice
à force d'étroitesse
à force de repli
L'état du ciel
et l'état du cœur
après l'orage
A tâtons
dans l'obscurité
Le cœur qui cherche
Dans les tremblements de la chair
et les battements du cœur
Ce que révèle la rencontre
Le cœur étendu
sur sa terre originelle
Revenu d'exil
sans cérémonie
retrouvant intact son royaume
aussi seul aujourd'hui qu'autrefois
Si solitaire
celui qui va
explorer le monde
arpenter le dedans
ne supportant que Dieu pour compagnie
allant sans attache
sans jamais se contenter de l'horizon
L'aube au sortir du sommeil
Cette lumière rêvée
Cette lumière tant espérée
comme une cathédrale
après tant de songes et de prières
Seul dans la vastitude du monde
le cœur au-dehors
accroché à l'âme
qui surplombe le sommeil
qui enjambe la fièvre
qui arpente l'autre versant de la nuit
A voyager léger
et sans assistance
au gré des vents et des étoiles
Accueillant tout ce qui s'invite
ne laissant rien à la porte de l'âme
et qu'importe que le cœur ou la chair
soit caressé(e) ou meurtri(e)
Le geste
A la manière d'une calligraphie
Quelques traits invisibles
dessinés depuis les profondeurs de l'âme
Le cœur si serré par l'inoubliable
Au milieu des astres éparpillés
Au milieu des visages dispersés
La même énigme
Entre Dieu et l'homme
la distance nécessaire
à la découverte du mystère et des origines
En ce monde
où tout est si parfaitement divers
si parfaitement ajusté au reste
avant que l'homme ne saccage la terre et le vivant
et prépare (malgré lui) une ère nouvelle
où tout deviendra synthétique et immatériel
et où l'on vivra sous le règne
de la similitude, de l'interchangeabilité et du remplacement
Abandonné(s) à la vie
à la mort
au monde
et aux circonstances
comme un brin de paille
porté par le vent
Rien qu'un nom
pour croire en son devenir
en son déploiement
Sous les yeux de ceux qui ignorent
Emporté jusqu'à cette rive
où rien ne peut être bâti
aussi vide qu'essentielle
et que nul ne peut faire sienne
Le cœur porté par le voyage
jusqu'au point de retournement
Sur la terre
Sous le ciel
Au bord de l'énigme
Au-delà des fables, des possibles, du hasard
Ce qui, de loin, ressemble à une chute
Et, de près, à un envol
Et, de l'intérieur, à une délivrance
Quelque chose qui a le goût de la vérité
Coincée sous le sommeil, un peu de lumière
Toutes les choses
Tous les êtres
Tous les états
L'âme, la vie, le monde, le temps, la mort
Parfaitement réversibles
Sans raison
La vie qui danse
La nuit
Et le sommeil des hommes
Identiques depuis le premier jour du monde
Dans la compagnie d'un Dieu silencieux et sans préférence
Au cœur du destin
La ronde des visages
Mille détours et mille chemins
Sous un ciel sans consigne
Ce que l'homme – en général – relègue à l'obscurité
Vers le silence et la joie
Bien plus que ce qu'il y a à en dire...
Auprès de ceux qui n'ont ni rite ni croyance
L'âme au cœur de l'incertitude
La vie sans socle
Allant comme la fumée et les nuages
Sur ce chemin étrange
où rien ne peut survivre
Sans rien atteindre
Sans rien réussir
A patauger dans l'indécence et l’obscénité
Et ne trouvant rien qu'un gisement d'excréments
Aux premières heures du jour
Le plus clair du monde
La terre dans ses habits de lumière
Et cette joie si vive
Et ce regard si innocent
Au cœur de cette étrange géographie du langage
où le silence tient une place si centrale
La gorge sèche
à force de mots
à force de joie
Sous la magie des rayons du soleil
qui transpercent les sous-bois
donnant au monde
cette étrange atmosphère des premières fois
Agenouillé
devant les visages du monde
comme devant un paysage de sable
si fragile – si provisoire
qui sera bientôt emporté par le vent
et la main de Dieu
avec un sourire au fond de l'âme
Si vaste cette nuit
presque autant que le ciel et le mystère
Sur cette route étrange qui mène au silence
Encore dans l'écume du mystère
Au bord de l'oubli
Ce qui s'exhibe si humblement
Au-delà du cœur
Au-delà du temps
Ce qui échappe (si adroitement)
aux aléas de l'existence,
à l'hostilité du monde
et aux griffes inévitables de la mort
Le cœur affranchi des transactions
Le regard vaste et libre
La preuve qu'une alternative
est possible en ce monde
Quelque chose de vague
peut-être un territoire
peut-être un passage
un voyage sans doute
vers un lieu que chacun ignore
Accordé à la vie sans cesse changeante
Le cœur communautaire
et l'âme aventureuse
Franchissant seuil après seuil
Sans jamais s'en rendre compte
Le sort des bêtes fixé – malheureusement – par la faim et l'humeur de l'homme
Du fond de l'âme
Le voyage
Là où la terre se jette dans l'infini
Là où le monde pèse moins lourd que l'âme
Là où tout n'est plus que tendresse et vibrations
Le cœur parfois entaillé par la trame
Les tremblements de la chair face à la lumière
Le cœur de plus en plus sylvestre et solitaire
L'âme si proche du secret
Sur cet étrange sentier qui mène au mystère
Mille manières de vivre auprès de la lumière
Le cœur pressé de découvrir ; contraint d'explorer ; puis d'apprendre peu à peu à devenir le territoire à arpenter
Délaissant peu à peu les mots pour la vie sauvage
Le cœur infiniment reconnaissable
à travers cette manière d'être au monde
comme une signature infalsifiable
Réduits parfois à la langue
Les gestes de l'âme
comme empêtrés dans les mots
Vague éboulis
dans cette avalanche un peu absurde de signes
A écouter en soi
la respiration du vivant
A déceler ses origines et ses intentions
comme s'il s'agissait d'un livre ouvert
Le cœur bondissant
hors de l'alignement
animé par ce désir un peu fou (mais si légitime)
de faire cavalier seul
d'explorer l'existence et le monde à sa façon
Au cœur du mouvement
Mille fenêtres ouvertes
sur l'immobilité
Ni trace
Ni voix
Seulement un immense feu de joie
au fond de l'obscurité
En lettres blanches sur la grâce
cette étrange inscription
que ne réussissent à lire
que ceux qui se sont affranchis du langage
Une partie de l'âme
encore dans le sommeil
Et l'autre sautant à pieds joints
au cœur du merveilleux
Tant d'équivoques
dans ce que nous appelons la vérité
Écouter le monde au loin
Et le vent
Et les bruits de la forêt (tout proches)
Dans un sentiment de joie inouï
Le cœur innocent
posé sur la main ouverte
A regarder le monde
depuis la pointe de l'âme
Tout danse
Se sent vivant
puis, un jour, se désagrège
sous la lumière impassible
L'âme portée en étendard
flottant au vent
Et sur nos épaules nues
la couverture de l'innocence
Des traits sur la pierre
Des traits dans le ciel
qui se rejoignent dans l'atelier de l'âme
avant de se transformer en mots sur la page
Des mots hésitants
Et des gestes tremblants
comme si rien ne pouvait (réellement) s'afficher avec certitude
L'arbre
La fleur
La bête
La pierre
Le ciel
Le vent
Tel que nous vivons le monde
Et tel qu'il se dessine sur la page
Des larmes
Comme un élan de tendresse et de joie
Une douce ivresse
Qu'est-ce qui se cache au fond de la chair en plus du souffle et du feu ? Serait-ce donc un peu d'âme ?
Ce que l'on caresse ou encourage
et ce que l'on dévaste ou anéantit
sans même le savoir
à travers notre manière d'être au monde
Le ciel ancestral
sous nos yeux ébahis
Si brumeux
que l'on se croirait
plongé dans quelque rêve étrange
A mesure que le cœur s'éclaircit
le monde, bien sûr, devient moins sombre
L'âme explorée comme un territoire
Le cœur et le regard
la seule issue pour l'âme, l'homme et le monde
la seule perspective possible
pour transformer le destin terrestre
Au cœur de ce rêve d'arbres et d'oiseaux
de nuages et de rosée
de bêtes et de rochers
le monde célébré comme une fête
Au plus près du sommeil
cet élan mécanique
coupé du ciel et des étoiles
coupé de l'âme et des vivants
si bestial
si peu sensible
si atrocement humain
Blottis à l'intérieur
le parfum du Divin
le goût de la fête et du silence
mêlés au souffle de l'homme
Dans le vertige de l'écart
quelque chose de fou
quelque chose de vrai
affranchi des farces et des faux-semblants
Le rêve exposé
Jamais expliqué
Imbibant l'âme et le monde
les gestes et les yeux
Le goût si tenace de l'impensable
Nourrir l'âme, la terre, le reste
d'un regard ou d'un geste tendre et hospitalier
Le cœur si plein du mystère
Pourquoi irait-on explorer ailleurs...
Rétif aux malheurs
Les stoppant d'un regard
Les faisant rebrousser chemin d'un sourire
La joie si présente
si manifeste
si expressive
qu'elle accueille, nourrit,
transforme et emporte tout
Le cœur sauvegardé
dans sa gangue de poussière
sur ces terres arides et reptiliennes
où la tendresse et la lumière
se font bien rares
En soi
les malheurs et les tracas
enrobés de quelques paroles
et d'un peu de folie
pas assez sans doute pour jouer avec
et danser sur la pente de la joie
qui, vue depuis le monde, semble bien peu fréquentée
Partageant la misère
et l'opportunité d'y échapper
L'homme jetant ses dernières forces
dans cette civilisation sans avenir
Depuis toujours
Le cœur véritable
La lente métamorphose de l'âme
passant du néant à l'épreuve
puis de l'épreuve à la joie
au cours d'un long et rude périple
D'un même élan
Ce qui se perd
et ce qui se trouve
Depuis des millénaires
la faim, le désir et l'oubli
et son lot (inévitable) de meurtres et de profanations
Quelque chose, peut-être, qui ressemblerait à un destin
Ce que l'on rencontre
offrande aussi (bien sûr)
La tendresse et la lumière
par-delà la mémoire et l'imaginaire
Le cœur en friche
sans revendication
sans autre récolte que la joie
Les yeux à l'intérieur
Et le geste affranchi des nécessités du monde
L'âme aussi près que possible des choses de la terre et du ciel
Oublié l'alphabet du silence
comme l'atteste cette abondance de mots
L'expérience intérieure
Libre de toutes les mainmises
Écrasés par la monstruosité du monde
ces quelques fragments d'innocence
Pas à pas
au cœur des ténèbres
En retrait du monde
Le labeur discret
Le cœur silencieux
Mais l'âme vigoureuse
La forêt
Et les bêtes
Si organiquement
Comme si rien ne nous séparait
Le don et l'étreinte plutôt que l’échange
Le cœur
au sommet de l'échelle
depuis l'origine
bien plus que les instincts, la discorde et le chaos
bien plus que le désir, le sang et les lois de la terre
L'Absolu
infailliblement
en dépit de l'éphémère
La calligraphie du moins certain
sur les pages tremblantes du monde
Amoureux de ce qui nous donne cette étrange allure de nuage
Le fond de l'âme
si souvent ignoré
si souvent méconnu
comme si l'on préférait
la chair à la lumière
la surface à la profondeur
Soupesant la valeur de la parole esquissée
au regard de ses liens avec l'âme et la vie
Trait après trait
ignorant la gloire et la taille de l'auditoire
préférant s'offrir au ciel et aux nuages
Seul
et sans devenir
Le ciel parfaitement lové
sous les paupières
Si proche de tout ce qui a été estropié
Si proche de tout ce qui a été déconstruit
Plein de plaies, de bosses et de néant
mais le cœur joyeux à présent
Patiemment le poème
Comme s'est défaite la mémoire
Bout d'étoffe calligraphié
à la manière d'un sac et d'une fenêtre
gracieusement offert(s) aux âmes de ce monde
L'âme patiemment évincée
par le règne du monde
malgré les sourires et les poèmes
malgré le labeur incessant des innocents
Le cœur usé
par l'usage du rêve
avec encore un peu de souffle
quelques élans de vie
au fond de l'âme de ceux qui résistent
Au creux de la main
par-dessous les cales
l'innocence qui guette
la justesse du geste
Par-dessus ces pierres millénaires
notre âge ridicule
Quelque chose du silence dans tous ces mots offerts
Là où l'on fouille
pour pouvoir célébrer plus encore
la vie et le travail de l'âme
La terre dessinée
autour des saisons
dans l'axe de l'arbre et du soleil
la tête aussi haute que les montagnes
la chair-océan
et les âmes qui passent comme des nuages
Ce que l'on entend
à travers le hurlement des bêtes
toute la détresse du monde
Folie impétueuse dit-on
alors que les têtes acquiescent
ou essaient parfois de résister au chaos intérieur
à la danse tumultueuse des forces
qui s'opposent ou se chevauchent
Le monde, l'homme et l'âme tels qu'ils sont
Tout mélangé
Le délire et la sagesse
Le cri et le poème
La bête et l'homme
Le meurtre et la prière
Le rêve et la réalité
Au cœur des pas
La nuit qui se retire
Le souffle de l'âme
guidé par la naissance de la lumière
Le rêve commun
depuis toujours
au-delà des combinaisons de chair
au-delà même des désirs de l'âme
Le ciel et la paix
Et la terre libérée du délire et des prières
Et si au lieu de dire, il nous fallait seulement aimer
A l'intérieur
comme les pierres respirent
Le cœur par-dessus les murs
parcourant ainsi l'espace
Loin des assemblées
et du long cortège des âmes endormies
Au cœur de la matière dansante et bruyante
Ce qui peut être vécu depuis l'immobilité et le silence
A la cime de l'innocence
Le mystère
Une forme indicible de joie et de liberté
Bien au-delà du rêve et du poème
Le cœur si sauvage
après avoir longtemps erré autour du sommeil
s'extirpant du périmètre
enjambant la lisière
pour échapper aux jeux du monde
et aux ambitions des hommes
Derrière les rideaux du ciel
La clarté
comme à travers un rêve
Des restes de rêves
Et des jeux clandestins
Comme si tout était autorisé à revenir
Comme si tout était autorisé à se déployer
A travers le moins certain
A travers le plus précaire
L'étrange surgie du mystère
Incapable(s) de créer un monde frugal et joyeux
Haïssant le naturel et l’innocence
N’œuvrant qu'à la gloire destructrice de l'homme
Le cœur retiré
Imperceptiblement
Se redressant au rythme lent de l'arbre
Indifférent aux commentaires
aux critiques et aux compliments
Dans le sillage imperceptible du silence
Comme un souffle inconnu
ce bouleversement de la terre
si différent des révolutions d'autrefois
où hier et demain se tenaient par la main
où les choses suivaient leur cours naturel
où les gestes étaient le prolongement de la terre
où les têtes n'étaient pas encore totalement
plongées dans le délire et le rêve
Nous écartant peu à peu de l'élan initié par le souffle premier
Nous éloignant indiscutablement de la terre et du vivant
Le rouge étreint jusqu'à la moelle
jusqu'au fond de la douleur
puis, un jour, comme par magie oublié
A l'écoute de l'esprit de la forêt
sur le même versant que les pierres et les bêtes
si proche de l'humus
comme si l'écorce, les lichens et les poils
étaient notre peau
Sur un chemin qui, peu à peu, nous éloigne des hommes
allant avec les bêtes et les nuages à travers le ciel et la forêt
Comme un chien fidèle à la sauvagerie
Au commencement de l'encre ; cette folle envie de bleu qui donne à la phrase cet élan incontrôlable
Au plus loin de l'homme
Dans ce grand jardin
où poussent des arbres millénaires
où il n'y a ni mur ni meurtre
où il fait si bon vivre
où ne règnent que l'Amour, la solitude, le voyage et le poème
Si près de l'os que tout vibre au fond de l'âme
Rien que des pierres autour de soi
et le langage du sol et des montagnes
et les reflets du ciel
qui scintillent sur la pente
que nos pas ont choisie
Sur la scène
aucun visage
Juste le vent
et ce chant qui monte
du fond de l'âme
Moins loin qu'ailleurs
entre ici et le pas de côté
comme suspendu
au-dessus du monde
Ce qui tourne encore
au fond du ventre
au fond du cœur
au fond de la tête
au milieu des vents et de l'obscurité
Coupés
les fils du monde et du temps
L'existence réduite à l'ici et à l'instant
et qu'importe que nous soyons mortels
A l'autre bout de soi
un grand feu de joie
autour duquel nous sommes déjà tous réunis
Rien au-dessus de l'échelle du temps
Le même monde
où tout est encore condamné
à grimper plus haut
toujours plus haut
Face au ciel
Le cœur blessé
Et l'oiseau qui chante
Autre chose que soi
Peut-être le silence
Au fond de soi
Le vent
Et ce qui écoute
Des signes imprimés sur la page
Des pas peut-être vers le silence
Au cœur des saisons
Ce qui défile comme les nuages
Presque rien
Un peu d'âme
Un peu de terre
Un peu de vent
Et quelque chose à déployer
La terre et le cœur labourés
par l'angoisse et la mémoire
L'histoire de l'homme
L'histoire du monde
Sous la pluie d'automne
les morts pour compagnie
et des siècles de souvenirs
Sur les registres du monde
Tant d'histoires et de fins tragiques
Et ces larmes perpétuelles
Et ces désirs presque intacts
Le nom effacé
Le visage presque parfaitement dilué dans les liens
Sans rien trouver
sinon un peu d'âme et de chair
Allant partout où on l'appelle
Ne désirant rien d'autre que ce qui s'invite
L'âme, le geste et le mot parfaitement alignés
Et cette joie presque clandestine
qui surplombe ces lignes
L’œil dansant au milieu des voiles
tantôt caressé
tantôt percuté
tantôt traversant la brume épaisse des images et des idées
parfois collé à la trame du réel
parfois posé en surplomb des tentatives et des mouvements
Fils de la terre et des nuages
aussi fidèle à la danse qu'au ciel