Carnet n°257 Notes journalières
Ce que le monde nous offre – le langage des hommes – des images – jamais la vérité…
Notre nom glorifié de manière insensée – comme tous les rêves – jetés en vrac – dans notre tête…
Seul(s) – sur la terre nue – nous – sur notre propre corps – parmi les arbres et les figures du rêve…
Quelques yeux pour nous regarder vivre et mourir…
Et nos forces épuisables qui, peu à peu, s’amenuisent…
Ici – à notre place – provisoirement – entré(s) sans effraction – et, bientôt, porté(s) ailleurs…
Vivre – mourir – revivre – à l’orée de toutes les expériences – de tous les apprentissages – nécessaires – un cœur déjà sur toutes les terres existantes – explorées et à découvrir…
Jusqu’au fond des tripes – des vagues – des remous – des tourments et des tourbillons – cette danse étrange des choses et des Dieux…
La lumière – près de la fenêtre – arrachée à quelques soleils inaccessibles – trop lointains…
A notre naissance – des yeux – le début de l’illusion – ou, plus exactement, la continuité du mirage – un autre versant de la même chimère…
Le jour et la nuit – le temps ; la parole imprécise – l’absence – la vérité – construites – décalées – corrompues – inexistantes, en somme…
Nous – sous le regard du monde – le ressac – sous le joug des instincts et des émotions…
Et quelques idées – quelques images – qui guident – maladroitement – nos gestes et nos postures – inappropriés – bien sûr…
Quelques grilles dans l’œil…
Transparentes – notre détention – notre chair – notre liberté ; illusions – bien sûr…
Lumière arrachée – coups et éclats…
Les étoiles, en nous, (trop) enfoncées…
Ce qui nous a précédé(s) – ce qui nous succédera – la même chose qu’aujourd’hui…
Une longue lignée à plusieurs têtes – tissée dans la trame…
Rien que des pentes et des hauteurs – des alliances et des désaccords…
Des danses autour de la même colonne – cet axe invisible – qui, en tous lieux – qui, en toutes choses – fait office de centre – à l’insu de ceux qui tournent…
Notre règne – notre illusion – notre néant…
L’incroyable (et absconse) chimère que l’on enseigne – que l’on alimente – que l’on sert – que l’on célèbre – partout…
Des failles agrégées – qui se côtoient…
Le rêve d’un ciel unifié…
Le sens donné à l’effervescence – à ces armées de visages rompus à l’exercice du remplissage – du vide à combler – qu’importe la manière – qu’importe la matière – pourvu que l’on échappe à l’ennui…
Nos souffles – accolés – derrière les mêmes grilles – presque incestueux – selon toute vraisemblance généalogique ; l’histoire de la matière combinée – nous dressant (à la fois) les uns contre les autres et vers le ciel – avec mille désirs (contradictoires) et mille doléances en tête…
Le déclin de tout destin – toutes nos gloires – misérables – toutes nos conquêtes – si dérisoires – ces victoires minuscules – le temps d’un éclair – à peine…
Un souffle – quelques souffles – et nous voilà raide mort – déjà…
L’air et la poussière – brassés et soulevés…
Le sillage du vent à travers le vide…
Quelques vagues empreintes sur les chemins…
Et le soleil – au loin…
Et l’ombre des grilles sur nos visages tristes – surpris – si enfantins…
Nous – nous écoulant dans le ciel inversé – redressant la tête (en vain) dans les éboulis…
Quelques pierres qui glissent sur la roche…
Tous les Sisyphes de la terre – à l’œuvre…
Les mains caleuses – le souffle court – et le bonheur devant nous – peut-être…
Et ce fol espoir d’un sens et d’une destination, peu à peu, pulvérisé par l’incessant passage des forçats (et le poids de la matière façonnée)…
La totale atemporalité du voyage – et son impossible achèvement…
La vie – l’infini – le mouvement – le silence ; l’emboîtement des circonstances – la chaîne sans fin des mondes et des événements…
Et en soi – en des lieux identiques et différents – une autre perfection – l’immobilité et la joie sans faille – affranchies de ce qui nous tracasse – de ce qui nous émeut…
La même perspective – peut-être – mais vue du dessus – du centre – de plus loin…
Maintenant – ailleurs – d’autres visages – d’autres voyages…
La matière jamais sclérosée malgré la grossièreté – la densité – l’inertie apparente…
Les vagues – ce qui pousse – ce qui mène – ce qui emporte – tantôt vers la pierre – vers la roche – dans un grand fracas – tantôt vers la nuit – comme une chute – une longue glissade – tantôt vers le ciel – comme une éclaircie – un envol – un surcroît de jour et de joie…
L’esprit – sans lieu – sans centre – épars et concentré – au fond des têtes – et entre elles surtout – planant – se faufilant – surplombant – s’enfonçant – partout présent – partout chez lui – même lorsque règnent l’absence et l’ignorance ; déguisement – simple déguisement – lointain éclat de lui-même – comme un reflet de nos abîmes communs – l’obscurité magistrale…
Immobile – là où on l’imaginerait vif – alerte – primesautier…
Fulgurant – comme l’éclair – de la nature même de la lumière – lorsqu’il nous semble tranquille – paisible – assoupi…
La pierre – l’ombre et la cage…
Le jour – le ciel – l’infini…
Tout paraît – apparaît – tout existe…
Tout adhère – appartient – fait partie – s’entrechoque – se dresse – en un instant – se désagrège et disparaît…
La vie – la nuit – le monde…
Rien – ni personne…
Du vent et de l’esprit dont on ne peut rien dire – qu’aucun mot ne peut définir – qu’aucune main ne peut saisir – qu’aucune pensée ne peut circonscrire…
Nous-même(s) et tout le reste – présents et/ou absents…
Qu’importe ce que nous en disons pourvu que nous soyons – pourvu que nous puissions être – dans notre manière d’être là – exactement – pleinement – ce que nous sommes…
Un sol sans fin – à perte de vue – et au-delà – une surface – un volume de matière – un continuum – un magma (presque) sans intervalle – avec quelques interstices où poser les yeux – un peu d’esprit ; les balbutiements d’une présence qui, peu à peu, prend conscience de son envergure…
Rien qu’un pas à franchir…
Une nuit sans retour…
Des bêtes – affamées – enfermées dans une cage…
Et le soleil – pour chacun – à l’intérieur ; Dieu peut-être – derrière l’absence, la sauvagerie et le chaos apparents…
Le monde – de part et d’autre d’un mur blanc – inventé – illusoire – aussi inconsistant et incongru que notre présence (putative)…
Moins (bien moins) qu’une charade – sans doute – une plaisanterie de (très) mauvais goût…
Des sons – des corps – superposés – enchevêtrés…
Un amas d’ondes – de vibrations – de matière ; mille secousses – mille strates qui se percutent et s’additionnent…
Des bruits – des gestes – et le langage ; la naissance des alphabets pour que la réflexion née de la distance puisse offrir un sens – mettre au jour les possibilités d’un chemin – d’un itinéraire dans ce fouillis chaotique et inquiétant qui étouffe et engloutit bien davantage qu’il n’aide et ne libère…
Nous – comme des objets emportés par le grand fleuve…
L’eau – le ciel – les berges – réunis…
L’océan comme destination intérieure…
L’immensité et le singulier…
Ce que nous oublions et arpentons – quel que soit notre état…
Les marges – le centre – les profondeurs – qui se rejoignent…
Nous – solitaires – conflictuels – solidaires…
Indivisibles – absolument – inséparables – malgré la fragmentation – la multitude – la distance – apparentes…
Arbres et nuages entremêlés – découpés dans la lumière – comme un monde en relief – (légèrement) ombragé…
Dans l’œil – le ciment et la passerelle par laquelle le ciel descend pour pénétrer et envelopper les choses ; et ce qui semblait triste – un peu morose – soudain s’embellit et s’égaye…
L’existence – le voyage – et nos lignes – ni belles – ni essentielles – personnellement nécessaires (seulement – sans doute) – comme les conditions indispensables à notre rencontre – nous et ce que l’on porte au-dedans – viscéralement – pendant un instant – éternellement…
De petites choses – quelques pensées parfois – un vaste monde – en vérité ; les éclats d’un Amour universel et singulier – des échanges avec ce qui nous est propre et ce qui nous est commun – le va-et-vient à travers le canal de la parole – de la caresse – entre l’entité grandiose – du dessus – surplombante – d’envergure – et ce que l’on apparente à l’individualité – ce qui advient en elles – entre elles – ce qui explose, parfois, dans le silence…
Ni cible – ni intention – ni chemin – pas même la nécessité d’un auditoire…
La joie et l’innocence de ce qui naît dans l’âme – sur la page…
Et chaque jour – cette danse vitale – sans séduction – sans obscénité – sans spectateur – incontournable…
Le roi – la couronne – le donjon – les remparts – exposés – sans défense – à la merci de la bouche des Autres – de leurs crachats – de leurs paroles – de cette salive que l’on gaspille, si souvent, en insultes – en éloges – en commentaires…
Ce qui s’accumule – ce qui disparaît – ce qui s’oublie – compte pour (presque) rien dans la somme des pages – sur cette balance précaire où sont posés, d’un côté, l’esprit, et de l’autre, l’existence – en équilibre (presque toujours) – et sans le moindre avenir – sans la moindre mémoire…
Un texte – des livres – sans identité – sans auteur – libérés des contraintes et des contours (factices) de la littérature…
Un peu de pluie et de soleil innocemment combinés – une miscellanée d’éclats, de visages et de silence – un peu d’attention à ce qui se présente – en désordre – si souvent ; entre l’essentiel (peut-être) et le superflu ; la simplicité – parfois ; un peu de sagesse – de temps à autre ; quelque chose né d’ailleurs – de plus loin – en nous – de toutes les profondeurs accessibles – de cet espace vivant qui se contracte et se dilate de manière incessante – l’infini qui respire à travers notre souffle – notre âme – notre tête – notre cœur – notre chair ; ce qui traverse l’homme – sans aucun doute…
Des mots – des lignes – mis bout à bout – comme un soleil, peu à peu, dessiné…
Une trajectoire – comme une flèche lente – très lente – pas à pas…
De l’éclat à l’infini – du sang à la lumière…
Rien d’emblématique – quelque chose du retour – de l’éparpillement qui (progressivement) se réduit – où les pièces finissent par se rassembler…
Des fragments – une longue suite de fragments – comme un seul chemin – pierre après pierre – bâti d’une main fébrile et (souvent) maladroite – authentiquement humbles et honnêtes – comme un cercle qui, de jour en jour, se rapproche du centre – du point – de l’immobilité – au cœur duquel se perpétuent le souffle – le rythme – la multitude et la danse…
Des paroles – contre la vitre sale – opaque – tachée par toutes les substances terrestres…
Et par-dessus – le soleil – comme un sourire – un peu de joie – la promesse avérée d’une lumière possible au milieu des souillures – de la mort – de l’obscurité…
Tout de l’éprouvé – de la faiblesse – de l’éblouissement ; le geste et l’horizon – confondus – à présent – identiques – de la nature même du voyage quotidien…
Le silence immense – comme la toile de fond – et les mains occupées à leur tâche – aux mille nécessités élémentaires – à l’esquisse d’un soleil sur toutes les peaux blessées…
Le lot du monde – le lot commun – et notre indispensable besogne…
Accolés à la dérive d’un monde perdu – tête et ventre brinquebalés par les remous – les vagues qui, une à une, se détachent de leur socle – comme des lettres destinées à tous les analphabètes de la terre – et qui roulent jusque sur la grève – et que l’on jette dans la première corbeille – comme une existence pour rien – presque vaine en apparence – mais qui conservent leur force et s’additionnent entre elles pour former toute la puissance à venir – le souffle du changement, en quelque sorte, à l’ère où pourront se réaliser (naturellement) toutes les transformations indispensables…
Nous nous éreintons à construire mille socles – mille ancrages – mille ossatures – pour prévenir – retarder ou échapper à – la dérive et (à) l’effondrement – la nature même des choses – toutes les forces opposées – une alternance entre l’édification et la déliquescence – la nécessité impérieuse – souveraine – de l’équilibre…
De trop étroits repères pour déjouer les confins – élargir l’espace – devenir le périmètre de son propre jeu…
L’ineptie de la question du sens de la marche – au vu de l’envergure de l’étendue – sans bord – sans centre – partout présente ; qu’importe, en effet, notre origine – l’orientation des pas et la finalité du voyage – nous y sommes déjà et ne pouvons y échapper (d’aucune manière) – qui que nous soyons – quoi que nous fassions – quel que soit le lieu où nous vivons – quel que soit le lieu que nous quittons ou rejoignons…
Au cœur – au seuil – toujours – du jeu – de la tragédie – de l’illusion – de l’hilarité ; comme plongé(s) dans un savant mélange qui, sans cesse, se transforme selon les circonstances et l’état d’esprit…
Par intermittence – la lumière – l’aveuglement – la peur et le rire ; quelques éclats du monde – le tranchant (affûté) de l’apparente contradiction – la jointure (parfaite) de l’apparente complémentarité…
Le vide – le désert – et la crainte de disparaître (en particulier)…
Et ce qui advient (ce qui finit, un jour, par advenir) ; ce qui acquiesce à toutes les sommes – puis, bien sûr, aux mille soustractions successives – à cet étrange périple vers l’effacement et la disparition ; quelque chose comme une coulée discrète qui emporte tout avec elle – les idées – les images – les désirs – les croyances – les corps et les visages ; tout submergé – absorbé – englouti par la même lave inquiétante – implacable – qui, peu à peu, laisse place à une étrange étendue lisse sur laquelle peuvent (enfin) se déployer le bleu et l’innocence sans intervalle…
Lové contre la peur – l’aveuglement…
Du sable sur toute l’étendue – avec, au loin, l’horizon – identique et changeant – comme la vie et la vérité – insaisissable…
L’univers qui se concerte – tantôt pour nous soutenir – tantôt pour nous faire chuter ; dans les deux cas – porteur d’un enseignement (selon ce que nous avons besoin de comprendre)…
L’âpreté du monde – dans l’intervalle – un manque – des masques – ce qui soulève le cœur – ce qui cloue l’âme à un avenir obscur – à une noirceur sans nuance – sans alternative – sans espérance…
Le tunnel que nous façonnons de nos propres mains ; chaque jour – une pierre supplémentaire…
Des rails – le chemin tragique de l’homme et du monde – de la matière…
A la source du feu et du silence – de l’univers et de l’inertie – indifférent – acquiesçant – irréprochable…
Ce qui rend (à nos yeux) l’origine absolument exemplaire…
Qu’importe le sommeil et la folie…
Le bleu qui joue avec son propre néant – et toutes les autres couleurs…
L’absence – comme le prolongement (évident) de la conscience…
Tout à la suite – et le rien comme possibilité ; une parmi mille – dix mille – autres…
Le monde – des parcelles douteuses – suspectes – incorruptiblement fidèles à la terre…
La joie dans la contiguïté du sacrifice (apparent)…
Des éclats et des blocs qui se prêtent à toutes les combinaisons – à toutes les opérations – auxquelles il faudrait soustraire toutes les interprétations (toujours étroites et parcellaires)…
Le cœur et les pages ouverts et hermétiques – comme une secousse – des remous – un peu de tendresse – supplémentaires…
Ce que réclament, à leur insu, ceux qui en ont besoin – et ce qui pourrait, peut-être, aiguiser chez chacun un surcroît de sensibilité…
Au pire – de l’air qui tremble – un peu de bruit – un peu de vent – de la douleur – ce qui s’écroule autour de nous – au-dedans – la tête à la dérive – le corps disloqué – la matière et l’invisible sens dessus dessous…
L’horizon exalté par le livre – repoussé par le pas – balayé d’un revers de main ; de plus en plus sage – en somme…
Une trajectoire de plus en plus évidente – de plus en plus invisible – de plus en plus incertaine…
Pas le moindre itinéraire – en vérité…
Une suite de pas – de passages – ici et là – d’un lieu à l’autre – sans raison – la force de la nécessité – sans doute…
Quelques foulées – un séjour parfois – très court – vite oublié(es) ; l’esprit vide – libre d’aller là où portent les circonstances – libre d’accueillir et d’effacer, de façon ininterrompue, ce qui advient – pour aimer chaque parcelle de vie – de terre – d’âme et de peau ; dans l’étroite intimité des choses – dans la plus haute proximité terrestre – peut-être…
Un poids énorme à porter sur sa courbe – une portion d’orbite – la somme des idées sur Dieu – le monde – la vie – les hommes – quelque chose de massif et d’imposant – imaginent peut-être certains ; absolument pas – presque rien – moins que rien – en vérité – plus léger qu’une plume – comme un imperceptible coup de vent – comme toutes nos responsabilités supposées – comme tous nos soucis – totalement inexistants…
Seul le geste qui engage – à l’instant où l’acte se réalise ; avant – rien – absolument rien – tombé dans l’oubli – après – on ne sait pas – on n’en sait rien – on ne veut surtout pas savoir – ce qui n’existera jamais – bien sûr…
L’eau – l’air – la terre – le feu – à partager – comme éléments constitutifs ; et l’espace qui s’offre à toutes les danses…
Ce qui nous est arraché – ce qui nous apaise – comme le reste – mélangés – contradictoires – apparents – si souvent – moins tranchés à mesure que l’on approfondit – que l’on s’enfonce dans les strates du réel et de l’esprit – bien en deçà du monde et de la psyché – à mille lieues en dessous…
La vie – le monde – tous les Autres – à travers nous – agissant…
Implantés là où l’obscurité demeure – où l’atrocité est encore possible ; une étape longue – décisive – si souvent – sur le chemin de l’ignorance…
Allégresse pour les uns – crève-cœur pour les autres – le sempiternel recommencement des forces – des limites transgressées – des choses que l’on s’arrache et qui disparaissent…
La joie et la malédiction d’être ensemble – de ne pouvoir être séparés…
A perte de vue – de la matière – des couleurs – des apparences…
Le réel – à travers notre vitre – avec cette teinte très (trop) humaine – à la lisière de la folie – au cœur de la raison pourrait-on penser – que nenni – comme des lambeaux de langage – des amas d’images – rien de très sensé…
Notre désœuvrement sur la pierre…
La foule – des paysages – que, parfois, l’on contourne – que, parfois, l’on traverse…
Masse informe – quantité non négligeable – sans contour – sans intervalle – qui nous happe – qui nous porte – qui nous emporte – qui nous avale…
Une triste figure parmi les autres…
Comme un surcroît de nuit et de douleur…
Nous – dans l’atroce nudité de l’homme…
Le vide qui, peu à peu, se dessine…
L’accueil à la lisière du geste…
Une perspective hors de soupçon…
Comme des lambeaux d’anxiété déterrés – et aussitôt exposés devant soi – puis précipités dans l’abîme…
L’oubli – partout présent – comme un feu immense – incroyable…
La nuit – la douleur – les chagrins – les tourments – peu à peu consumés…
Et le vent – son (fidèle) auxiliaire – qui éparpille les restes de cendre – qui laisse la pierre lisse – nette – comme neuve – de nouveau prête à accueillir nos errances – nos égarements – nos désœuvrements – tous ces jours passés à amasser mille choses – de mille manières – au cœur de ce que le vide a, en nous, amoureusement préparé…
Des lignes, parfois, féroces – une manière de redresser la courbe – de tordre la rigidité – de jeter aux orties ce qui est obsolète – de redonner souffle au plus désirable – comme une force de vie – un filet d’eau et de lumière dans un éboulis – un torrent de boue – quelque chose de merveilleux sous une apparence monstrueuse…
Le monde sensible – sans jouissance – sans hostilité – incroyablement digne – à l’écoute de ce qui l’entoure – de ce qui le traverse…
Comme une conscience renaissante – les linéaments, peut-être, d’une véritable humanité…
Nous – passant du sommeil au dénuement – à la manière d’une blessure qui, peu à peu, se referme – à la manière d’un blessé qui prend conscience qu’il n’est peut-être pas ce qu’il croyait ; aussi imaginaires que réels – que nul ne peut (véritablement) savoir…
Nous – à l’une des extrémités de l’étendue – cherchant à rejoindre, d’une manière plus ou moins habile, l’autre bord – ce segment qui semble nous manquer – la quadrature du cercle peut-être – ce fragment essentiel dont nous nous sentons séparés…
Comme un retour involontaire à la terre promise – sans exaction – sans conquête – sans vengeance – en un paisible (et pacifique) voyage…
Au gré des désirs du monde – l’obscurcissement – comme un trouble progressif – radical – rédhibitoire ; la fin (programmée) du soleil – l’écrasement de la tendresse – la fragilité piétinée – la sensibilité assassinée – le monde entier plongé dans son propre sang…
Des vagues rouges sur tous les territoires…
L’excès de frontières – notre besoin pathologique d’expansion…
L’hégémonie – la barbarie et le feu – laissant, derrière leur passage, des cendres et des larmes…
Et cette blancheur – et cette clarté – que réclame notre âme – provisoirement effacées – provisoirement oubliées – le temps que s’achève le rêve – ce monde souterrain aux parois si hautes dont le couvercle – le ciel inventé par les hommes – semble si lourd – inamovible – quasi hermétique…
Sans discernement – dans le flou et la blessure – la bouche ouverte – bave aux lèvres – sous le coup de l’ignorance et de la douleur – comme la proie d’une chasse inique – d’une traque atroce – au cours de laquelle il devient impossible de s’émerveiller – d’asseoir sur son sort un sourire insouciant – de faire naître le plus minuscule désir d’Amour – la moindre caresse…
Rien que des yeux fermés qui se ferment plus encore ; le ciel et l’océan qui se retirent…
Du bleu – encore – à nos pieds – malgré la nuit que l’on déchire – que l’on s’arrache – comme si l’on voulait éradiquer la lumière – substituer au soleil les restes irréductibles des ténèbres successives – accumulés par la bêtise et les âmes immatures – prêtes à croire à tous les mensonges – à sombrer dans tous les abîmes – pourvu qu’ils portent, en eux, un mince filet d’espérance ; la construction d’un salut illusoire – d’un chemin pavé de croyances et de chimères – le refus (catégorique) du territoire initial – le centre originel – ce point si dense – si immobile – l’antre de tous les mondes…
Et nous – au milieu de cette respiration erratique – douloureuse – au milieu des lueurs et des chants – comme envoûté(s) – étouffant – plongé(s) dans la restriction – à fouler un lieu hors de l’espace et du souffle qui nous appellent…
Le jour – comme la seule promesse à venir – une parole, trop souvent, prononcée à la hâte – un espoir en suspens – l’obscurité du monde remisée – l’exil définitif de la terre – peut-être…
Ce que nous enjambons – fastidieusement – cette généalogie trop terrestre – fabuleuse depuis ses origines…
Nos peurs devant une foule d’épouvantails endimanchés…
La transparence des désirs humains…
Notre avachissement et notre angoisse – sur le bûcher ; cette route étrange – tous feux éteints…
A peine une traversée – au cours de laquelle on a le sentiment que le monde – les Autres – la moindre rencontre – nous malmènent – nous blessent – nous attristent – nous écorchent vifs…
Nos pages – le socle du vent – le plafond du monde – le sous-sol du ciel (peut-être) ; des cris – des prières – des oiseaux ; quelque chose comme un flux continu – une longue série de lignes – comme des vagues successives – reliées invisiblement entre elles – aux origines – aux rivages sur lesquels, un jour, elles déferleront…
Au bord de la blessure creusée jusqu’à la mort avant de tomber en son centre – l’ordinaire s’écrivant – mêlé au merveilleux – suscitant, peu à peu, un quotidien émerveillé…
Le jeu au plus près de la mort…
Les mensonges et les impostures jetés au loin – devenus inutiles – obsolètes…
Le surgissement d’un tertre au milieu des épreuves grouillantes et des brouillons rassemblés – presque irréels – comme l’érection soudaine d’une montagne au milieu des murs – au milieu du labyrinthe terrestre – une sorte d’échappée au-dedans – au milieu des rêves et des monstres – de tout ce qui envoûte ou effraye ; comme éjecté de notre trajectoire initiale – un saut dans l’espace et le temps – presque un envol…
De dérive en abstraction – toutes les déclinaisons de l’absence – malgré l’espace – en nous – au-dehors – toujours vide – libre – totalement…
Le monde – ce fond de boue que l’on brasse – où l’on patauge – une conjonction de circonstances – des divergences – un gisement de rencontres et de passages pour des milliards d’années – jusqu’à la disparition apparente de la matière…
Une époque d’efflorescence et de multiplication qui voit émerger tous les possibles – d’incessantes combinaisons entre le vide et le mouvement…
L’ébauche d’une durée – d’une continuité ; l’esquisse d’une lignée – d’un emboîtement des formes – le jeu permanent de l’invisible et du concret – entre deux périodes d’immobilité où l’on célèbre la quiétude et le silence…
Tout – entre la fidélité (presque toujours suspecte) et la trahison (presque toujours nécessaire) – entre le rire et les larmes – entre la farce et la gravité…
Et ce sourire détaché du monde – du ciel – de la carte et de la terre (trop) fangeuse…
Nous – nous affrontant – puis, peu à peu, confronté(s) au vide – contraint(s) de lui faire face – de le laisser nous violenter (ce que nous croyons du moins) puis, de nous abandonner à son règne et à ses lois…
Nous – devenant de plus en plus rien ; tout qualificatif comme un mensonge – un dévoiement – presque une absurdité – à la fois fragment et le contraire de ce que nous sommes – ce que nous pouvons être – ou paraître – pendant quelques instants – presque rien – en somme – une brève apparence – le reflet trompeur d’une vague dans l’immensité que nous représentons – littéralement…
Comme entré(s) par effraction dans notre existence – au cœur – comme le prolongement de l’énigme mutante – sans cesse évolutive – où la matière est un détour nécessaire – un écart explicite et interminable…
Et – parfois – très proche de la vacuité sans socle – sans ascendance – primale – un étrange état – presque indéfinissable – tel un nouveau-né que l’on enfanterait indéfiniment – la possibilité d’une enfance perpétuelle…