Carnet n°238 Notes journalières
Quelques surprises – sous les pieds – un air étrange – au fond de la poitrine – quelque chose de joyeux – entre les lèvres…
Une terre enfin habitée…
Derrière le souffle, la durée – derrière la durée, la perception erronée du temps – derrière la perception erronée du temps, la croyance en notre réalité – derrière la croyance en notre réalité, les injonctions de la psyché – derrière les injonctions de la psyché, les nécessités de l’origine – derrière les nécessités de l’origine, le mouvement de l’esprit – derrière le mouvement de l’esprit, le vide infini et éternel – la matrice non née libre de tous ses enfantements…
A présent – des fractions de jour – des fragments de silence – mélangés aux bruits et à l’obscurité…
Des parcelles de joie – comme des incises dans la torpeur quotidienne…
Nous – comme le monde – socles – surfaces et périmètres – d’un incroyable mélange…
Tout passe – s’agrippe – demeure (un peu) – pendant quelques instants – s’éteint – s’efface – disparaît – renaît et recommence…
Tout – dans notre regard et notre disponibilité – ce qui émerge – ce qui se propose – ce qui s’offre – ce qui s’impose…
Le dehors pénétrant au-dedans et le dedans se déployant au-dehors…
Les choses se transformant – devenant autre – exactement ce qu’elles doivent devenir…
Nous pourrions tout imaginer – tout envisager – en vain ; ce qui se produit n’a cure des plans – des hypothèses – des explications…
Cela se passe – inexorablement – inéluctablement – avec ou sans intention – avec ou sans témoin – avec ou sans l’esprit-conscience…
Juste – le cours inarrêtable des choses – la matière en marche – toutes les énergies en mouvement…
La nuit archivée – l’homme selon son désir – le jour, peu à peu, devenu désert – pleine solitude – comme un espace aride au milieu de la douleur…
Et notre voix – entre la nouveauté et la rengaine – comme quelques restes – quelques éclats d’un soleil très ancien…
La tête posée contre la nuit – tantôt comme un appui – tantôt comme une résistance – les pieds dans le vide – l’âme dans son gouffre – à ruminer la même parole – sans parvenir à se libérer de nos entraves – à franchir ce qui se dresse entre nous et l’immensité…
Prêts, sans doute, à s’éteindre ou à se disperser après trop d’infructueuses tentatives…
Nous et les arbres – nous et le ciel – tantôt comme des miroirs – tantôt comme des fenêtres – tantôt comme des seuils trop lointains – infranchissables – mais toujours ensemble – toujours reliés – quelles que soient les perceptions et les circonstances…
Nos vieux démons – de toutes les époques – vieillissant avec nous – grossissant de nos peurs – de nos colères – de nos frustrations – accumulées…
Des amas de tristesse sur l’âme et les épaules – des milliers de choses inutiles – le manque d’air et l’odeur permanente de la putréfaction – comme un piège qui, peu à peu, nous avale ; un trou – son propre trou – que l’on creuse à mesure que l’on amasse (inutilement) les expériences – à mesure que l’on entasse les scories et les commentaires…
Nous croyons vivre – en réalité, nous ne persistons que dans nos croyances…
Bleu – gris – noir – comme une force brute – une envergure immense – ce qui existe au-dedans et ce qui nous entoure – ce que certains ne perçoivent qu’au-dessus de leur tête…
Mais qui donc se soucie de l’âge (vénérable) du ciel – de son véritable visage…
Le même horizon – partout où nous allons – l’ordinaire – le trivial – le plus quotidien – ce qui ne tient qu’à force de sommeil…
Devenir – comme si nous n’avions que cet élan-là – rien d’autre ou trop enfoui – endormi lui aussi…
Des zébrures – parfois – blanches – bleues – lumineuses – incroyablement – comme des trouées d’air pur dans l’étouffement – un sursis – quelques instants supplémentaires hors du monde avant de replonger dans notre agonie…
Tout est trop rangé – chez les hommes ; chaque chose à sa place – séparée…
Des boîtes – des rangées de boîtes – bien alignées ; des choses pour ceci – des choses pour cela – ce qui différencie les morts et les vivants – ce qui sert et l’inutile – ce qui nous fait envie et ce que l’on déteste…
Le contraire du monde naturel où tout se mêle – s’emmêle – se mélange – dans un joyeux (et émouvant) chaos ; une désorganisation apparente – savamment élaborée – où le provisoire et la recombinaison permanente règnent sans partage – où tout est dans tout – exactement là où il doit être à l’instant où il s’y trouve – sans jamais la moindre place attitrée…
Ici ou ailleurs – qui donc pourrait s’en soucier…
Des toits – trop de refuges et de mots élémentaires – comme toutes ces vies insignifiantes – sans distance – sans interrogation – sans mystère – rythmées par la routine quotidienne où la chance tient (trop souvent) lieu de supplément d’envergure ; la seule issue – la seule liberté possible, en quelque sorte – comme un pas de côté – pas même un peu de hauteur – un simple écart pour supporter cette (triste et morne) existence…
Des mouvements linéaires – acharnés ; bien trop d’absence…
Rien qui ne compte vraiment…
L’inertie du premier élan dont on ne peut changer ni la direction – ni la vitesse – comme un mode automatique rendu mécanique et permanent…
Désarmé par le jour et le temps qui passe – par les visages et l’indifférence – par le monde et l’absence..
Pas même certain d’exister ; un peu d’ombre vivante – peut-être…
Nous – devant les Autres – mille choses – mille émotions. Et des adieux presque permanents…
La vie recouverte – comme la mort – mais par des choses et pour des raisons – différentes…
Ce qui nous sépare et nous disloque ; trop de frontières – et trop peu de soleil – entre nous…
Il faudrait savoir vivre ensemble sur la pierre – silencieusement – dans le respect de la solitude des Autres…
Debout – sur la terre – le dos appuyé contre le temps – à perdre, peu à peu, nos illusions et notre confiance en l’Autre – non qu’il soit étranger – trop absent seulement – perdu – accaparé par ses propres mouvements – aveugle et sourd à ce qui l’entoure – indifférent à la trajectoire de ceux qui gravitent autour de lui autant qu’à ceux qui ont épuisé tous leurs élans et qui sont simplement là – présents – sans intention – sans volonté – à l’écoute de ce qui naît – de ce qui passe – de ce qui s’efface déjà…
A gravir je-ne-sais-quoi ; mille tentatives pour fuir – s’échapper – se réfugier quelque part – ailleurs – loin – très loin – là où nous pensons que nos rêves pourraient se réaliser – devenir (enfin) réels…
Du silence – que nul n’entend…
De l’invisible – que nul ne voit…
De l’indicible – dont nul ne parle…
Ce qui est – ce que nous sommes – au-delà des apparences…
Ce que chacun ignore et ce que nul ne reconnaît – pourtant…
Des drames – comme des points de repère – les seules certitudes du voyage – ce à quoi nous rêvons (tous) d’échapper – ce pour quoi nous sommes venus ici-bas ; la possibilité de grandir – de découvrir la joie au-delà de la peine – derrière toutes les formes de tristesse – comme une étincelle dans la nuit terrestre…
Des mouvements – mille – des milliers – des milliards – une infinité – trop – presque toujours – simultanément – comme le signe d’une incompréhension – d’une impossibilité de s’ouvrir au silence – à l’immobilité…
Deux mondes – séparés – entremêlés – qui s’ignorent et se mélangent…
Nous-mêmes – pris entre deux feux – entre l’essentiel et la nécessité…
Ce qui vit et le témoin épargné…
La vie et la mort – presque toujours – insuffisantes…
Et la récurrence du domaine pour qu’un jour, tout s’éclaire – devienne limpide – transforme le jeu en évidence – en prolongement éclairé de la conscience…
Dans nos failles – l’éclat de l’incertain et la patine du temps. Quelque chose de l’exil et des profondeurs – sans distinction…
Et, de l’autre côté – l’horizon (presque) jaloux de notre absence de certitude…
Devenir – par la peur – ce que l’on exècre ; un jour trop précis – trop étroit – avec trop de certitudes – l’apparence d’une journée plutôt – un intervalle de temps – un espace exigu – un lieu où il nous est (réellement) impossible de vivre…
Des heures sans exigence – libres – sans préavis – et cette âme affranchie qui a refusé tous les contrats – tous les commerces avec la terre – les hommes – les étoiles – ce que nous haïssons – ce à quoi nous aspirons – et qui a, peu à peu, effacé la longue liste des désirs – des promesses – des espoirs…
Suspendu – provisoirement – au regard qui s’émerveille…
L’air par-dessus le monde – des fleurs éparpillées – un peu partout – dans l’âme et sur la terre – quelque chose d’imprévisible – de tendre (d’incroyablement tendre) – qui transforme tout ce qu’il touche – sans en avoir l’air – sans même que nous nous en apercevions…
De la grâce et du silence…
Tous les gestes de l’invisible – bien sûr…
Tout – au creux de la main – lorsque l’âme se baisse – sait se faire humble ; de l’eau – de l’air – du silence – des mondes oubliés – des chemins très anciens – des routes nouvelles – des terres inconnues à arpenter – ce que nous étions – ce que nous sommes et serons…
Le même mélange – toujours – qui, sans cesse, se transforme…
Du bout des doigts – ce qui se précise – ce qui nous importe – le regard apprivoisé – au bord du ciel – toutes les périphéries que nous transformons (malgré nous) en centre provisoire – là où nous sommes – là où nous passons (où nous ne faisons que passer)…
Ce que l’on appelle, peut-être, la vie humaine…
Ce qui se dresse – tel un poing – une flèche – un phare dans le ciel noir du monde – le souffle de l’invisible – puissant – innocent – sans intention – jamais né – et qui durera encore lorsque tout aura disparu…
Notre main dans celle des Autres – avant le pressentiment de la rencontre. Sans crainte – les visages côte à côte – des éclats de rire – quelques restes de désirs – sans personne à convaincre…
Des fronts fraternels sans arrière-pensée…
Des gestes tendres et silencieux…
Une attention active – une présence (intensément) vivante…
La marque de l’Amour et de ceux qui n’ont plus rien à prouver…
L’éternité sans la lune – sans l’incidence des saisons – sans la moindre restriction…
Ce à quoi nous assistons – le spectacle – la tragédie à l’œuvre – ce qui nous étouffe et participe à notre agonie – et la précipite sans doute ; le monde saisissant – la succession des tâches – notre manière d’être présent au monde – notre posture – le rôle que l’on nous confie – ce dont on pourrait (si bien) se passer…
Notre seule réponse – notre seul geste ; être présent – comme un pied de nez – comme une résistance – une indifférence à l’absence ambiante – (quasi) généralisée…
Le réel – le regain du réel – face à l’imaginaire et à l’abstraction…
Le monde – endormi – comme une rencontre manquée – impossible – une pente trop glissante pour l’âme chargée d’attentes – d’espoirs – de bagages – trop lourde…
Nous arpentons le monde à notre façon – de lieu en lieu – tantôt désert – tantôt peuplé – nous arrêtant à chaque étape du voyage à la place octroyée – le plus souvent aux marges délaissées par les tribus humaines…
Sans attente – assis sur quelques pierres – l’âme lasse – si lasse d’être soumise à la volonté du monde – à la volonté des hommes…
Défait – à présent – comme une feuille sous la pluie – un visage au milieu des Autres…
Un peu perdu – craintif et révolté – attentif à ce qui passe – à ce qui est – à ce qui s’offre – innocent…
La tête dans une spirale – le sort funeste de la pensée – les souvenirs et l’imaginaire – l’expansion des ténèbres – la raison qui se déploie – étalée jusqu’à l’épuisement…
Le chant – comme un éclat – le jaillissement de la beauté trop longtemps enfouie – sans le moindre signe de colère – d’impatience – le lien entre la vie intérieure et l’univers – comme une corde invisible sur laquelle serait assis le monde entier…
A genoux – dans la terre – trop de fois – la tête dressée – trop fière – refusant l’humilité – tous ces lieux de honte – sa réalité – sa seule réalité – la prégnance de la matière – son règne absolu – inflexible – incontournable – ce sol où elle est enfoncée en dessous du ciel – sous l’œil impassible d’un soleil qui semble tourner autour de nous…
Devenir – encore – comme une source affranchie – de plus en plus large – l’âme, peu à peu, obsolète – échappant (progressivement) à sa torpeur – au monde sommeillant…
De la vie souterraine – invisible – la même que celle des hauteurs – sans attente – sans souvenir – fragile et souveraine – libre et immobile – sage peut-être – aussi rude et longue que fut la nuit…
La terre – comme un socle – un décor – une couleur offerte à l’existence des vivants – dépourvus – limités – provisoires…
Le temps du rêve et de l’expectative…
Le lent (et surprenant) glissement vers l’hiver et la solitude – comme une ouverture (graduelle) de la perspective…
Le temps de l’imprépondérance du temps. Le rôle du vide et du sable dans notre absence – notre vie engloutie. La respiration saccadée – erratique – de la périphérie…
La fin des fantômes et la loi passagère de l’instant qui détrône ce que nous imaginions irremplaçable…
Le sens et la fenêtre – le monde au-delà de l’homme…
Ce que nous offrons comme une libération – trop souvent perçu(e) comme un outrage ou un malentendu…
Blessé(s) par ce que nous conservons au-dedans – comme une déchirure permanente – une douleur intermittente – comme l’héritage terrestre collé à l’envers de l’âme – au fond du cœur – sous la peau – vécu à chaque respiration (et dont nous ne saurons jamais nous défaire)…
Trace d’une existence inconnue – précaire – (hautement) improbable…
D’un chemin à l’autre – comme si les lieux – et les visages rencontrés – n’avaient aucune importance…
Ce qui s’écrit – en nous – sans laisser le moindre signe – la moindre empreinte ; le plus essentiel que nous vivons – et dont nul ne sera jamais témoin…
Des lignes – sans hasard – ouvreuses de voies – imprévues – qui tournent autour de nos têtes en dansant – semant sans moissonner – propageant la lumière sans rien inventer…
Parmi les loups de l’angoisse parqués aux périphéries de l’être – au cœur du monde…
Et nous autres – comme de la chair livrée à ces mâchoires affamées – monstrueuses – amassant le sommeil comme un trésor vain et miraculeux – à la manière des âmes prises au piège par leurs propres inventions…
Nous errons – partout – la tête pleine de jugements et de sortilèges – que seul le silence pourrait terrasser…
Une terre sans Dieu – sans miracle – vouée au labeur et aux jeux en attendant la disparition des malheurs – l’éradication des instincts…
Du monde à venir – sans attente – une simple possibilité – non envisagée – non anticipée – la prochaine étape – peut-être…
L’Autre sans témoin – sans même la nécessité d’exister (ou d’être reconnu)…
Une présence pourvue, à travers nous, de tous les instruments indispensables…
Ne rien convoquer – se réduire à l’accueil – devenir ce déploiement possible (et infini) – vivre à la manière du ciel et du vent – sans autre raison que celle d’être et d’exister – n’échapper à rien qui soit offert…
Qui règne sur soi – sur nous – pendant notre absence… Est-ce la même force – cette incroyable puissance – que chez les Autres – l’invisible et ces courants silencieux – énergétiques – qui nous portent – nous transportent – et qui constituent l’essentiel de notre nature – de notre destin – de notre voyage ; notre seule véritable aventure – sans doute…
Plongé(s) dans cette matière où est enfoui le secret…
Que savons-nous du monde, nous qui habitons de l’autre côté de la vérité…
Que savons-nous du silence, lorsque, en nous, les bruits grondent et que nos gestes – nos pas – nos paroles – ressemblent à une danse folle et incontrôlable…
Qu’avons-nous à dire – à révéler peut-être – si ce n’est le ridicule et l’absurdité de ce que nous croyons précieux et incontournable…
Rien qui n’existe déjà ou pourrait être envisagé…
L’instant et l’oubli – ce qui est et qui s’efface – seulement…
Devenir ce que nous ne pouvons qu’être – démuni(s) – humble(s) – sans identité-repère – le savoir-être porté jusqu’au bout des doigts – jusqu’à l’autre extrémité du monde…
Ce qui nous malmène – la confrontation – la saturation – le monde sans la distance – l’Autre dépourvu de respect – niant toute forme d’altérité (même minime – même élémentaire) et la possibilité de la moindre alternative humaine…
Le Divin silencieux – nous seul(s) face à nous-même(s) – puis, à nos côtés – puis confondus – parfaitement substituables – puis réunis (enfin) dans le geste – le pas – la parole…
L’être intact – parfait – sans la moindre séparation – sans le moindre décalage…
Ce qui s’impose – sans régner – le lieu du provisoire – des échanges – de la rengaine (et du ressassement parfois) – du merveilleux – du plus terrible et du tremblement…
L’espace libre et le territoire du vent – là où, un jour, tout finit par advenir et être, presque aussitôt, balayé…
Sans peur – sans arme – tranchant comme une lame – la matière comme de la chair – des fragments d’invisible sectionnés – et recombinés autrement…
Rien que des essais – un potentiel – des possibilités – et le plus nécessaire qui advient et se donne à vivre…
Les heures – les jours – ni heureux – ni malheureux – simplement indispensables au jeu et à l’émergence (progressive) de la vérité – peut-être…
Innocence – lorsque l’heure s’écarte du temps – l’esprit des idées – et l’âme de ses obligations…
Nous – presque toujours – dans l’ardeur incontrôlable des Autres…
Dès le matin – à courir vers sa première offense – son premier crime – l’aréopage des tyrans bien calés au fond de la tête…
Du feu et de la barbarie – et, au mieux, de l’indélicatesse – dirigés contre le moindre chant – le moindre élan de beauté – toutes les tentatives d’évasion…
Ce que nous nous acharnons tous à détruire – malgré nous…
Sans autre arme que le silence et l’absence d’intention – une présence au-delà de toutes les formes d’existence possibles…
Un cœur – deux mains – un sourire…
Et l’âme façonnée pour la joie – en plein ciel – malgré le monde…
Nous sommes – et veillons sur – tous les territoires – sans intrus – sans étranger – sans personne à reléguer à la périphérie…
Le centre – partout – sans frontière – sans compromis – comme une présence démultipliée et polymorphe…
Nous tous au cœur du cercle…
En commun – ce que nous partageons…
Et nos différences (apparentes) – simple prétexte aux luttes – aux guerres et aux conflits – à tous les enfantillages du monde…
Avec de la lumière et de la tendresse au milieu…
Et la source de tous les possibles à venir…
En réalité – rapprochement et éloignement dans les tréfonds de la même intimité – comme une respiration libre et naturelle – nécessaire à tous – à chacun – et au déploiement de tous les liens essentiels…
Le dehors – comme une invitation – le point de bascule vers l’intérieur…
Le jour divisé en deux – comme la nuit ; et chaque part cherchant l’autre – à se réunifier – à dissiper tous les malentendus…
On respire – comme un instinct naturel – le premier sans doute – celui sans lequel tous les autres ne pourraient s’exprimer – la condition même de toutes les existences terrestres – comme le souffle divin multiplié – incarné – inséré (provisoirement) au fond de la chair…
Identique au vide – ce qui nous annihile et nous accentue ; ce qui importe davantage que les mots – notre identité mensongère – ce qui existe au-delà des repères – au-delà des références – au-delà du temps – comme un intervalle inchangé – inchangeable – au milieu de ce qui passe – de ce qui naît – de ce qui meurt…
Insoumis à toutes les lois terrestres…
Nous sommes le fond des choses et ce qui semble exister – en apparence – l’obstacle et la disponibilité – les conditions déplorables de nos existences et la résolution (complète) de notre mystère. Insécable malgré la multitude visible et divisible…
La nuit – au milieu des âmes – au milieu des mots. Des procès – des masques – des jugements – des passages. Des instants qui s’enchaînent – la fausse continuité du temps – ce qui ne peut exister qu’en son absence – réelle – vécue – l’existence – le monde et les visages provisoires – ce que les Dieux nous ont confié(s) depuis le premier jour – le jeu inéluctable de la conscience et de l’énergie…
Des mots qui nous portent – nous emportent – nous transportent – comme l’un des (innombrables) courants du monde – ni le plus trivial – ni le plus précieux – celui qui convient aux amoureux – et aux adeptes – du langage – sans lequel leur existence serait immobile – invalide – étrangère aux choses de la terre et du ciel – indifférente à l’ordinaire – sourde à l’ineffable – aveugle à l’invisible – immodifiable et inutile en quelque sorte…
Une chose infime – momentanée – dans le vide existant et l’espace alentour. Des apparences qui semblent déloger l’essence de l’être – le plus précieux du monde. La surface de l’imperceptible – la part la plus tangible de l’infini – comme un fragment de temps dans l’éternité…
Infime segment de l’ensemble – détourné de son usage premier – de sa fonction originelle – miroir du tout avant d’être jouisseur (partiel) des choses – avant de se croire (modique et illusoire) possesseur d’une minuscule parcelle du périmètre…
Nous circulons sans trace – sans antériorité – dans la totale confusion du monde et du temps…
Le visage – au-dehors – dans l’intervalle – dans le suspens de toutes les formes de promesse. Egaré provisoirement – comme une parenthèse indéfinie dans l’immobilité…
Vivant (pour ainsi dire) sans les injonctions immatures de l’enfance…
Au seuil du jour – l’âme comme une coquille inhabitée – un mouvement fébrile – une manière de s’attarder (inutilement) dans le monde – cette nuit tragique – notre terre natale – sous le joug des choses et de l’ignorance…
Rien en notre faveur – tout se propose – tout se vit et s’expérimente – dans une forme permanente d’invitation – comme une initiation continuelle à l’au-delà de soi : mille – dix-mille rencontres – successives afin d’interrompre nos préludes excessifs – afin de commencer réellement le voyage – cette longue marche immobile – cet interminable périple…
Dessus – des jours – le monde dessiné à la craie – des routes que l’on arpente à pied – et des restes de nuit dans notre sillage…
Le ciel – quelques fois – et un long mur qu’on longe avec effroi – sans espoir – presque assuré de n’en jamais voir la fin…
Des lignes comme des graffitis…
Des feuilles comme des confettis…
Et notre esprit de part et d’autre de l’espace visible – une âme détachée du temps – de toutes les possibilités…
La main – le geste – comme les seules issues – la seule manière de vivre au cœur du réel…
Du silence sur la page – dans l’âme et la tête – et ce vide dans les mains – et tout autour – qui porte nos gestes – notre corps – la matière et l’esprit – (presque) sans mémoire – comme une rive infinie – infranchissable – munie de lames au service de l’oubli – autant qu’il y a de parcelles et d’édifices possibles – et pourvue de couches épaisses – confortables et réconfortantes – de tendresse – allouées à toutes les formes de perte et de détresse…
Des parois contre les mains – au-dessus – en dessous – devant et derrière – une vie comme dans une cage de verre – entourée d’espace – d’inconnu et d’incertitude…
Comme les bornes infranchissables de la matière…
Un condensé d’existence – l’incarcération de l’esprit – prisonnier apparent du monde – dans une forme de crispation involontaire et provisoire…
Et ce qui s’avance – en nous – dans la parfaite immobilité du cœur…