EN SON FOR INTERIEUR (VOLUME 2) deuxième partie
JOURNAL (2025-2026)
402
Dans ma vie quotidienne, je me sens profondément ethnographe comme si je séjournais ici-bas en terre étrangère ; je me montre particulièrement curieux des mœurs et des lois en vigueur, des différents domaines de l'existence et des différentes sphères du monde. Dans mon travail d'écriture, je me sens profondément artisan, œuvrant avec la matière brute de mes expériences et de mes observations, rabotant ici et là « mon témoignage » pour façonner une parole aussi dépouillée que possible. A ces « deux métiers », il faudrait, bien sûr, en ajouter un troisième – la toile de fond de mon existence – ce qui m'anime plus que tout : je suis ce que l'on pourrait appeler un chercheur d'Absolu – un chercheur métaphysique et spirituel. Et avec ces « trois professions », je crois que l'on résume assez bien la manière dont j'appréhende ce séjour terrestre.
403
D'incessants allers-retours
entre l'âme et la langue
pour que l'encre est la couleur du ciel et du sang
404
Une parole sans assurance
témoignant seulement d'une expérience
cherchant dans le regard et au fond de l'âme
la preuve de ce qu'elle affirme
405
L'inénarrable répétition des gestes et des jours
406
Jusqu'à la dernière heure
recommencer
407
Nos vies, nos idées, nos croyances sont (bien sûr) irrésistiblement conditionnées par notre culture, notre éducation, notre environnement et notre humaine condition. On n'est et on ne naît jamais « hors sol ». Et je me pose parfois cette question : que serions-nous, quels seraient nos pensées, nos certitudes et notre mode d'existence si nous l'étions ?
408
Comme un immense vertige
sur cette corde tendue
au-dessus de l’immensité
sans très bien savoir
où elle commence
et où elle finit
sans très bien savoir
où se trouve l'abîme
peut-être au-dehors
peut-être au-dedans
409
Tant de misère et d'espérance en ce monde. Et tant de possibles et de limitations aussi...
410
La tête si près de la pierre
L'âme si proche du ciel
qu'il ne sert à rien de renier le monde
qu'il convient seulement de se tenir en équilibre
sur cette étrange passerelle
411
Depuis bien longtemps, je ne parviens plus à me contenter de lire un seul ouvrage à la fois. J'ai toujours sur ma table 3 ou 4 (et parfois plus) livres en cours. Ainsi, en ce moment, je suis en train de lire le « Journal d'un moine zen » de Santoka, « Le chemin des humbles » de Rémy Bordes (les chroniques d'un ethnologue au Népal) et « Perpétuités » d'Anne-Marie Marchetti – une monographie sociologique sur les personnes condamnées à de longues peines d'incarcération en France à la fin du XXe siècle.
412
Des signes
pour nous défaire
de la pesanteur et du temps
déconstruire ce que nous appelons le monde
pour retrouver en soi
la souveraineté du vide
413
Plus haut que le monde, les mots
Et plus haut encore, le silence
414
Pieds nus sur la terre
le cœur simple
l'âme légère
l'existence sobre et frugale
Je ne connais de manière d'être au monde
plus saine et plus joyeuse
415
Sous mille soleils déjà
cette terre où s'épanouissent les fleurs
où le sensible est penché sur son avenir
où la caresse a remplacé le cri
où l'Homme n'est plus qu'un instrument de la vie
416
Je n'aime rien tant que ces longs après-midis oisifs et sylvestres passés à lire, à regarder le ciel, à savourer cette douce sérénité. Il y a quelque chose de profondément naturel qui me relie au monde et m'affranchit du temps.
417
Hors du rêve
le visage du monde
au-delà même des mots
418
Qu'est-ce qui fait la valeur d'un Homme sinon sa manière d'entrer en relation avec ce qui l'entoure – avec les êtres et les choses du monde et de l'invisible...
419
Dans nos mains
toutes les autres mains
Et dans notre cœur
toutes celles qui s'y sont refusées
420
Vivre dans la perpétuelle perspective du sacré où toutes les choses du monde et de l'âme sont une invitation à l'être et au Divin. Je crois qu'il n'y a de plus belle et plus profonde façon d'habiter la terre.
421
Par-dessus l'écume
l'aube bleue
son parfum et sa lumière
Impassible devant nos tremblements
comme au premier jour du monde
422
Où vont donc mourir les nuages qui traversent le ciel ?
423
Là où tout se disperse et se confond
comme les nuages
mêlant leur souffle, leur visage et leur nom
424
Là-bas, au loin, dans la vallée, le bruit des Hommes ; le cri strident des tronçonneuses, le vrombissement des moteurs de voiture et sur la colline qui me fait face, des coups de fusils... L'être humain omniprésent, omnipotent, roi autoproclamé d'un royaume où les êtres et les choses lui sont entièrement assujettis.
425
L'Homme englué dans ses propres délires
dans ses ambitions et son ivresse
fondés sur le sang versé
426
Dans cette absence saisissante du Divin
l'Homme plongé au fond de l'obscurité
427
Les choses du visible et de l'invisible, les choses du dedans et du dehors savoureusement mélangées comme si les frontières qui séparent artificiellement ces sphères se désagrégeaient peu à peu. Quel délice de ressentir cette porosité du cœur et du corps, l'esprit léger et flottant au milieu de cette nébuleuse changeante.
428
Infiniment poreux
tous ces morceaux de monde
que l'esprit de l'Homme a découpé
Sans la moindre frontière en vérité
429
Agir par nécessité et ne faire que ce qui advient spontanément
430
Sans courir
sans compter
allant et venant
comme les nuages et la neige
assez innocemment
431
Si sensible au vivant comme si le cœur des autres battait au fond de ma poitrine...
432
Au pays de l'intime
quelque chose du silence et de la joie
une manière de se tenir
au cœur de l'innocence
433
Ce qui nous unit plus que ce qui nous distingue
pour bâtir un monde plus respectueux de la différence
434
Convertir la langue en gestes et en présence. Ou, plutôt, délaisser les mots pour une manière moins abstraite d'habiter le monde...
435
Le geste est le langage de l'âme
436
Alors que tout se tait
un destin s'exprime
l'âme dessine le fil
sur lequel il faudra marcher
437
Cesser de voir le monde comme une menace ou un danger mais comme le reflet de son esprit
438
Quelque chose du ciel
peut-être un visage
un peu de chair tremblante
derrière ces murs menaçants
439
Au fond du même rêve
ce que nous sommes
et ce qui ressemble au monde
440
Vivant de manière si abstraite
441
Là où plus rien n'a de sens
comme si, au fond, il n'y en avait jamais eu
442
Mon écriture a toujours oscillé entre le journal, la réflexion, la poésie et la spiritualité. A l'intersection de ces quatre domaines. Mais ce que j'écris ne ressemble pas assez à un journal pour que je me considère comme un diariste, mes pensées ne sont pas assez développées pour me ranger parmi les philosophes, ma prose n'est pas assez poétique pour que je puisse me qualifier de poète et mon expérience intérieure n'est sans doute pas assez profonde pour écrire un livre de sagesse. Mes ouvrages sont une sorte de patchwork qui me relègue en dehors des classifications.
443
Entre l'âme et la pierre
Entre le ciel et le monde
Cette langue qui explore
l'intime et le lointain
444
Ce qui vient avec le poème
Des bouts d'âme et de monde
445
Mourir seul, blessé ou malade, c'est le lot d'un (très) grand nombre d'êtres vivants en ce monde.
446
De plus en plus sauvage
la foire d'empoigne
en dépit des règles et des lois
447
Lorsque l'on doit faire face à la douleur, à la souffrance, à la maladie ou à la mort, l’essentiel des activités de ce monde (nous) paraissent bien futiles.
448
Le cœur assailli
par le monde, l'attente et la nuit
si démuni face aux outrages
face aux outrances du langage
sans autre refuge que son secret
449
On se sent si démuni – si impuissant – face aux événements douloureux et aux forces brutes de la vie qu'il nous faut parfois un peu de temps pour les accueillir et accepter d'y voir les signes du changement et de l'évolution qui nous sont demandés...
450
Pareils au bleu du cœur
le sommeil et les absences
toutes les indélicatesses de ce monde
451
En cette vie, j'ai presque toujours marché sur un fil – en équilibriste maladroit. Aussi ai-je toujours craint de chuter au moindre souffle de vent ou au moindre faux pas...
452
Si mystérieusement la vie
comme un pont de pierre
qui rejoindrait deux rives inconnues
453
Quoi que l'on vive, la terre est toujours sous nos pieds et le ciel toujours au-dessus de notre tête
454
Dans les bras de l'infini déjà
455
Ah ! Quelle angoisse lorsque les événements viennent bousculer notre identité corporelle, psychique ou sociale !
456
Comme un surcroît de vent
presque une tempête
qui fait virevolter la poussière
au-dedans
457
C'est dans les épreuves que l'on peut mesurer le chemin (spirituel) parcouru et le chemin qu'il (nous) reste à parcourir
458
Si près du pas
Le visage de la douleur
Le dérisoire de ce monde
sans jamais entendre ce qui se murmure
sans jamais attendre les fruits de la prière
459
S'offrir pleinement à l'instant sans se soucier de ce qui s'est passé avant ni de ce qui se passera après...
460
A même l'oubli
ce qui s'éternise
461
Antérieurs au temps
cet instant qui nous échappe
cette éternité à laquelle on ne comprend rien
462
Remplir son âme du monde avant de mourir
463
L'incommensurable poids de la mémoire
sur le monde et l'esprit
464
Seul dans la nuit face à ses angoisses
465
Et cette inquiétude au fond de l'âme que l'on ne peut arracher
466
L'impression qu'un mal vous ronge de l'intérieur. Sans issue possible ni au-dehors ni au-dedans...
467
Qui s'affrontent donc au-dedans de nous
pour avoir le cœur en si grand désordre ?
468
Nos craintes et nos angoisses sont – en très grande partie – liées aux images et aux pensées que nous associons aux faits et aux événements.
469
Sur les décombres du connu
Le cœur posé à la manière d'un soleil
pour éclairer l'incertitude de la route
470
Il est difficile de s'offrir entièrement – de s'abandonner sans réserve – aux mains de la vie. On garde par devers soi mille espoirs et le désir secret d'un peu de certitude et de bonne fortune...
471
Entre le rêve et l'impossible
le cœur et l'esprit de l'homme
Ne sachant (trop souvent) choisir
472
C'est la couleur du rêve qui, un jour, nous fera douter...
473
Une fois n'est pas coutume, halte dans un bourg. Et assis sur un banc. A contempler le monde qui s'affaire autour de moi.
474
Au pied de ce qui demeure
Quelques âmes
et un peu de poussière
475
Ressentir la vie à l'intérieur qui circule et s'écoule ; qui se répand délicieusement dans le corps...
476
Ce feu au fond du cœur
qui réchauffe l'âme et le monde
de manière ininterrompue
477
N'être qu'un drap transparent et poreux qui se laisse traverser par ce qui l'entoure
478
Entre les mains d'une absence
qui oscille entre la tendresse et le monde
479
C'est dans nos instants de grande vulnérabilité que l'on se rapproche du monde humain ; que l'on comprend que les autres peuvent être un soutien précieux et momentané...
480
Là où rien ne nous protège
Là où rien ne peut nous protéger
481
Le cœur
en pleine nuit
cherchant partout
un peu de lumière
482
Si curieux des choses du monde et de l'âme
483
Bien plus loin que là où s'arrêtent les yeux
484
Jeté(s) là sans hasard pour être chahuté(s) par les événements...
485
Les uns contre les autres
dans tous les sens
l'histoire du monde
486
Comme un feu au fond de l'âme ; et de la douceur dans les gestes et les yeux. Comme si toutes les forces de la vie étaient présentes en soi...
487
De la lumière dans le sang
et nos pieds nus sur la roche
Le destin de l'homme
paré de sa richesse et de son infirmité
488
Les signes évidents d'une présence intérieure
faite de silence et de lumière
ce qui offre à l'existence
perspective et consistance
489
Ah ! Mon Dieu ! Que de souffrances, de merveilles, d'ardeur et d'inertie en ce monde !
490
Sous ce ciel sans commencement
la terre des mortels
le feu, la faim et la soif
sans cesse recommencés
491
La Vie ardente et aventureuse si désireuse, à travers les vivants, de tout expérimenter. Du plus extatique au plus abominable...
492
Le jeu
sans l'inquiétude
les yeux juchés sur le jour
en équilibre sur le fil
493
Du sang, du monde et des histoires
494
Il n'y a rien à craindre de ceux dont la main est guidée par le cœur. Mais il faut s'attendre au pire lorsque ce sont la tête et le ventre qui gouvernent les gestes.
495
Le cœur parfois empêché par la faim
l'antienne du ventre qui réclame sa ration
496
L'esprit de l'Homme galvanisé
par l'odeur de la peur, du sang et de la mort
497
Une immense tristesse en songeant à tous ceux (bêtes et plantes) qui en sont réduits à n'être qu'une simple matière au bénéfice ou au service de l'Homme...
498
Le cœur si proche de l'estomac
comment les yeux pourraient-ils se détourner
de ce qui peut assouvir la faim ?
499
Cette stupéfiante impression que rien – jamais – ne peut s'arrêter... ni la vie, ni le monde, ni le temps...
500
Si serrés les nœuds
que rien ne peut s'extraire de l'étoffe
501
La rudesse du monde et la tendresse de ce qui nous habite. Quel étrange et paradoxal présent offert aux créatures de cette terre...
502
Le lieu où l'on vit
cette patrie aux frontières du plus sauvage
où l'Amour côtoie, sans doute, le moins sage
503
Une vie de solitude et de frugalité
504
Si solitaire
sur la pierre nue
505
Sans autre outil que soi-même
506
Une existence presque sans distraction vouée à l'Absolu et au quotidien ; agrémentée d'écriture et de marches en forêt
507
La solitude plutôt que le théâtre du monde
508
Dans la vie solitaire et retirée, il y a peu de compensations et de consolations. La joie doit se chercher dans les profondeurs de l'être et l'agrément dans la quotidienneté.
509
Caché dans l'intimité de la lumière
Le secret
510
Au-dessus des chemins et des reflets
Cette autre vie
Cet autre monde
où la douleur n'a plus cours
511
Quelques plaisirs quotidiens : une halte au soleil, à travers la lecture, la rencontre avec un auteur, la contemplation du ciel ou d'un paysage, l'écoute d'un podcast ou d'une émission radiophonique, une sieste sur le canapé du salon, une pause au pied d'un arbre, l'écriture de quelques pensées ou de quelques poèmes, une rencontre inopinée avec un animal, deux carrés de chocolat pour le dessert, une tasse de thé, quelques instants passés à regarder la lune et les étoiles... De menues jouissances et de petites voluptés glanées ici et là au fil des heures...
512
Caché parmi l'enfance et les jeux
le grand secret
cette source capable
d'étancher toutes les soifs
513
Au fond de la chair
quelque chose du ciel
qui, parfois, se laisse approcher
514
En dépit des merveilles qui nous entourent et de l'espace divin qui nous habite, la vie humaine est souvent misérable. Les Hommes privés d'accès à Dieu s'évertuent à l'oublier en plongeant corps et âme dans les plaisirs et les distractions.
515
De chimère en chimère
sans jamais connaître la fin du rêve
516
Quelle joie lorsque la tendresse nous envahit... On a la sensation d'être caressé (de l'intérieur) par un flux délicat et bienveillant... et on se laisse littéralement parcourir par mille ondes délicieuses...
517
Des vibrations
une résonance
là où la danse remplace le sang
là où la joie remplace la faim
là où la vie se hisse sur les épaules de la mort
518
Alors que le plaisir et le confort matériel et psychique sont les motivations principales des êtres humains, seuls l'Absolu et la simplicité trouvent grâce à mes yeux. Non que je cherche le déplaisir et l'inconfort mais j'ai toujours préféré l'effort, le labeur et l'austérité à la richesse, aux distractions et à la facilité.
519
Là où s'éclipse la nuit
là où naît le poème
là où s'attarde la lumière
en ce lieu si souvent déserté par les Hommes
520
Être à soi même son propre feu et sa propre lumière
521
Au fond de l'âme
du feu et de la joie
Et cette étoile qui brille
dans toutes les têtes
522
Le cœur plongé dans cette clarté insondable
523
Tant d'histoires vécues et relatées depuis le premier Homme
524
La tête si théâtrale
dans ses expressions
déroulant une à une
les images comme
de petits tableaux
525
Des millénaires d'histoires
qui, au fond, ne veulent pas dire grand-chose
526
De nous il ne restera rien...
527
Passant en silence
sans un murmure
sans un signe
sans même un adieu
528
Soi
L'autre
Le monde
qu'un rêve peut-être
529
Tant de vanité et de prétention en ce monde où tout est, pourtant, si dérisoire
530
Personne
dans ce rêve un peu fou
du vent et des étoiles
et des ombres qui courent partout
531
L'esprit fou
plongé dans l'onirisme et le délire
porteur des initiales du monde
et honoré comme la pièce essentielle du jeu
sans laquelle s'écrouleraient tous les châteaux de sable
532
Vivre, c'est d'abord survivre. Et nous l'avons oublié... Dans nos sociétés modernes, tout est fait pour nous couper de l'essentiel et nous plonger dans le rêve du monde.
533
Tout contre les rêves
ce sommeil si profond
534
Vivre en véritable être humain et accueillir sa finitude avec dignité. Voilà deux tâches peu aisées pour l'Homme...
535
Le sommeil sur la pierre
jusqu'à la fin des temps
536
La vie, piège ou présent ?
537
Mystérieusement vivant
entre le songe et la terre
entre le ciel et la nuit
538
Dieu
en voyant le monde
se pose les mêmes questions que l'Homme
539
Quoi qu'il arrive, faire face à son destin...
540
La tête parfois penchée sur le pire
541
Sous les assauts de la soif
si consentant
542
En dépit de l'éternité, nous ne sommes que des êtres en sursis.
543
Et s'il n'y avait d'autre jour qu'aujourd'hui ?
544
L'impérissable
au cœur de l'éphémère
545
Avant de s'imprimer sur la page, chaque phrase me traverse avec force. Et j'aimerais qu'elle pénètre le cœur et l'esprit du lecteur avec la même intensité mais je crains que le papier ne lui ôte une part substantielle de sa puissance...
546
L'au-delà des mots
et le dedans de l'âme
ce à quoi invite le poème
547
Percevoir en chaque être, en chaque geste, en chaque chose la part sacrée de l'existence
548
Les mains jointes
comme si elles renfermaient un secret
549
Assis sur un rocher perché sur une petite colline, je regarde le lointain comme si j'étais un phare minuscule – une dérisoire vigie aux frontières du monde.
550
Le cœur placé au-dehors
comme un phare – un minuscule repère
pour les âmes égarées
551
A nous débattre sans fin dans cet incroyable chaos...
552
Si aveuglément
ces cœurs fébriles et combatifs
allant fièrement à travers la nuit
les yeux hagards et brillants
pour déployer partout le rêve et la mort
553
Regarder la vie et le monde avec l’œil affûté de l'entomologiste pour en percer les mœurs et les lois, les arcanes et les contradictions.
554
Allant et revenant
passant et repassant
explorant ainsi chaque parcelle du territoire
555
Pris dans le rythme routinier des journées où inlassablement les activités recommencent et où les gestes se répètent. Nous absorbant presque par mégarde. Entre saveur et résignation. Entre léger ennui et satisfaction. Comme si indéfiniment se répétait le même jour...
556
Rien jamais ne finira
en dépit de ce que l'on voit
en dépit de ce que l'on croit
557
Peu de rencontre avec mes congénères. Mais de longues interactions avec les pierres, les herbes et les arbres. Avec le ciel et ce qui m'habite. Et lorsqu'il m'arrive de croiser des bêtes, mon cœur alors exulte...
558
La chair chaude des bêtes
contre la peau
dans ce fouillis de souffles et de poils
comme si se vivait là une fraternité d'âme
559
Une vie tranquille et retirée. A l'écart du monde où les heures s'écoulent avec lenteur...
560
Attablé sans personne
avec en soi
tous les reflets du monde
561
Êtres et choses subissent mille transformations (et, parfois, de manière très radicale) mais rien ni personne ne peut être arraché au grand Tout.
562
Où va donc
celui qui vient de mourir ?
563
Sous le masque du rêve
la mort qui se balance
au-dessus du monde
la chair pétrifiée des bêtes
et la prière de quelques Hommes
564
Le poids de la vie qui glisse, peu à peu, au fond de l'âme.
565
Depuis le dedans
jusqu'à l'origine
566
Si près de nous
ce que nous sommes
567
Entre être et écriture... ainsi passent les heures et les jours...
568
Les doigts trempés dans l'encre
et l'âme, dans le ciel
ainsi le poème se compose
569
Un peu d'âme
Un peu de lumière
Une simple présence peut-être
Et parfois même qu'un sourire
ou quelques larmes
derrière cette profusion de mots
570
Sentir la vie couler en soi ; tendre et savoureuse, fluide et consistante
571
Comme un murmure
au fond de la solitude
et l'accueil du silence
et le reflet de mille autres mondes
572
Pour quelles raisons, le sacré n'a-t-il plus aucune place dans la société occidentale ? Sans doute parce que la consommation et la technologie s'y sont installées. Dans notre monde, on ne vénère plus que l'abondance et le progrès...
573
Les yeux posés sur l'ombre et le manque
au lieu de regarder l'autre versant de la vie
574
Un monde misérablement séculier où il n'y a plus ni attention, ni respect, ni bienveillance. Un monde qui a fait disparaître le Divin dans les cœurs et la vie quotidienne. Un monde de vitesse et de distraction où la lenteur, la profondeur et la contemplation sont jugées rétrogrades et/ou sans intérêt.
575
Que penser de l'incroyable fraternisation de l'esprit et du monde avec la folie ?
576
Par-dessus le désastre
le regard silencieux
577
Je me sens de plus en plus déconnecté de cette civilisation où tout n'est que bruit, frénésie et agitation, où rien n'invite plus désormais à l'être, à la sobriété et au silence, où le plaisir et le divertissement ont détrôné la joie et les liens profonds avec le monde, le sacré et le Divin.
578
Le cœur déserté
et ces rêves dans la parole
et ces pillages sans retenue
donnant au monde ce triste visage
579
De désir en délire
jusqu'à ce que mort s'en suive
jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien
580
Être présent ; simplement ressentir et contempler. Je ne connais de manière plus intense et profonde d'être vivant...
581
Sur la pierre
silencieux
à contempler les spectacles du monde
582
Il y a du merveilleux dans le quotidien que la plupart des yeux ne savent plus voir...
583
Au cœur de la chambre
là où tout commence
là où tout s'achève
mais que nous ne savons habiter
le reste du temps
584
Aux confins du jour
le chant du temps
comme un murmure
susurré à l'oreille
de celui qui sait
habiter l'instant
585
Je sens le Divin et le merveilleux de l'existence m'habiter de plus en plus amplement.
586
La figure amie
où se loge l'infini
tournée vers le plus infime
587
Le regard si reconnaissant
588
Partout où il y a le sacré
des larmes de joie
589
Au faîte du consentement
quelque chose de l'abandon
Et assez de tendresse
pour faire face à l'hostilité du monde
590
Lorsque la prière se fait aussi large que le ciel...
591
Au plus profond
cette lumière impérissable
qui illumine
jusqu'aux plus lointaines
périphéries
592
Là où le cœur s'installe
à la place de la sauvagerie
pour que cesse l'abomination ;
le règne de la monstruosité
593
Dieu prend la forme de tout ce que l'on rencontre ; au-dehors comme au-dedans
594
Le cœur qui partage sa tendresse
sous tant d'yeux indifférents
donnant aux âmes de ce monde
tout ce qu'elles réclament
595
Tout est bout de vie, fragment de monde
596
Tant de formes, de couleurs et de solitude
597
D'une extrémité à l'autre
dans cette patrie
faîte d'âme, de silence et de magie
598
Au cœur de l'hiver, lorsqu'il fait froid, qu'il pleut ou qu'il neige, ou à certaines occasions comme Noël ou le jour de l'an, je me dis très naïvement que les chasseurs dans un élan d'empathie et de bienveillance ne sortiront pas leur fusil. Et, bien sûr, il n'en est rien. Ce jour-là, les tueries et les massacres sont aussi nombreux qu'à l'ordinaire...
599
Comme un hurlement
au-dessus des cimes éternelles
le cri de Dieu peut-être
en voyant l’œuvre des Hommes
600
Depuis si longtemps déjà
sous cette étoile
qui ne fait que briller au-dessus de la pierre
601
Au milieu du rêve, quelque chose du monde
Au milieu du monde, quelque chose du rêve
602
D'un ciel à l'autre
et ces ombres que l'on traîne partout avec soi
603
Simplicité et solitude
604
Le cœur rebelle aux lois du monde
rétif à tous les rouages
à tous les cercles
à tous les systèmes
préférant la solitude des marges
605
Sous les feuillages clairs
au milieu des fleurs
le visage posé sur la pierre
le cœur parfaitement apaisé
606
Ce qui nous rend malheureux ? Vouloir qu'il en soit autrement...
607
A remuer en vain
tout ce sable et tout ce sang
608
Par le même chemin que les larmes
la joie ruisselante
le feu de l'âme
qui changent le chagrin
en neige des cimes
609
Ah ! Qu'il est parfois âpre et difficile de revenir au point zéro de l'être, là où il n'y a que vide et dénuement...
610
La main si lourdement terrestre
cherchant la lumière et le vent
611
A nous attarder
au cœur de l'imaginaire
au lieu de se laisser caresser par la lumière
612
Des milliers de pages comme les jalons d'un itinéraire où chemin intérieur et parcours extérieur, peu à peu, se confondent...
613
Mots et voyage sans distinction
614
Rencontrer – apprendre à rencontrer – tous les visages qui nous composent ; des plus laids aux plus attrayants... des plus détestables aux plus aimables...
615
Paroles offertes
mais d'abord rencontre et dialogue
avec ce que l'on porte en soi
616
Être indifférent à la théâtralité du monde
617
Au cœur des eaux troubles de ce monde
des promesses et des poings brandis
son pesant de douleur et de sang
des paroles comme des perches
au bout desquelles pendent la mort et le néant
618
Vent et poussière
ce monde
pas grand-chose
presque rien (en vérité)
619
Porteur de toutes les interrogations de l'Homme
620
D'un seul trait
la réponse à tous les pourquoi
621
Le silence susurré
à l'oreille de ceux qui veillent
622
Il y a en soi un foyer plus chaleureux et hospitalier que toutes les places au coin du feu.
623
Des mots abrités en lieu sûr
pelotonnés dans le poème
624
Au plus noire des heures
un reste de joie
la substance intarissable de l'âme
625
Les Hommes me font penser à ces troupeaux de bêtes naïves et insouciantes qui ignorent que leur vie est entre les mains du système et qu'elles ne sont destinées qu'à être exploitées et mangées.
626
Au cœur du sommeil
pas des hommes
pas des cœurs
pas des âmes
des mains agissantes
rudes et froides
déterminées
qui donnent la mort
sans trembler
et qui font reculer dans l'esprit
l'importance de la vie
627
L'Homme ordinaire ? Une cognition au service de ses désirs et de ses instincts. L'Homme sage ? Une sensibilité et une intelligence au service de la Vie... Le premier est englué dans une perspective égotique alors que le second agit de manière fonctionnelle en parfaite adéquation avec les circonstances.
628
Sous le joug de ce qui habite l'âme,
le cœur et les tréfonds de la chair
629
Devant un Dieu sans exigence
le geste dicté par le cœur
et le cœur guidé par la nécessité
630
On porte certaines phrases comme des viatiques ; elles nous aident à traverser les épreuves et à accéder à l'étape suivante du voyage...
631
L'encre bien déterminée à refléter le ciel
632
Paroles encore
qui cherchent
une vérité à vivre
633
Adhérer profondément à ce qui nous est donné à vivre. Je crois qu'il n'y a d'alternative...
634
Refusant
sans savoir
que le non est un naufrage
635
Le cœur consentant
à toutes les dimensions du monde et du temps
636
La plupart de nos désirs ne sont que des fantasmes hors sol éloignés de toute réalité.
637
Rêve d'une lumière
qui éclairerait le monde
et qui troublerait suffisamment les âmes
pour imposer le silence
638
Il y a encore en moi beaucoup de sentimentalisme
639
Comme un bruit étrange
là où le cœur tremble
quelque chose du temps
l'écho d'une déchirure
le murmure d'un monde oublié peut-être
640
Allant d'un pas maladroit
vers ce vieux rêve de poème parfait
641
N'obéir qu'aux nécessités de l'âme et de l'instant
642
Sous le souffle du monde
le cœur battant
l'âme et la peau tannées par les coups
jour après jour
sans révolte possible
sans dialogue possible
sous le règne impérieux des circonstances
643
Quelque chose, en nous, se souvient...
644
Pourtant là
quelque part
alors que si peu savent
où se trouvent le lieu et le chemin
645
Attendre sans savoir quoi... qu'un peu de ciel, peut-être, entre dans notre âme...
646
Dieu au fond de chaque fissure
attendant que l'on porte vers elle
l'attention et la tendresse nécessaires
pour apparaître (et se déployer)
647
Veiller sur soi et sur les êtres et les choses de ce monde avec plus de gratitude et d'attention
648
La fraternité des corps et des cœurs
allant ensemble
après le franchissement du dernier rêve
649
Laisser couler ses larmes comme si elles étaient un ruisseau de joie...
650
Seulement le cœur et l'esprit
pour affronter la barbarie
Seulement le vent et la pluie
pour nettoyer toutes ces ignominies
651
Que faire devant le labeur des Hommes qui s'acharnent à construire ce monde inhospitalier et la docilité des bêtes qui se laissent mener vers la mort ?
652
Le monde fait de douleur et de lumière
par un Dieu peut-être inconséquent ou trop naïf
653
Au fond de la perte
quelque chose du chant
comme une cloche pour initier le rire et la danse
et inaugurer l'expérience nécessaire
à la solitude et à l'abandon
654
S'arrêter quelques instants pour contempler la beauté du ciel et du monde
655
Attentive
l'âme redressée
à l'écoute de ce qui remplace les mots
656
Et si, au fond, il n'y avait que la Vie...
657
Aussi consistante que la terre, aussi légère que l'air, aussi fluide que l'eau, aussi ardente que le feu, aussi vaste que l'espace ; ainsi est l'âme de l'Homme naturel...
658
Là où tout a commencé
aux sources même du silence
avant que ne soient initiés les jeux du monde
659
Arpenteur de l'âme et du monde. Depuis tant d'an-nées déjà, je m'évertue à cartographier la géographie de l'Homme.
660
Si familier du ciel et des chemins
du secret des pierres
tremblant avec ce qui tremble
joyeux avec ce qui est en joie
traversant le monde et le temps
les yeux posés par-dessus
l'horizon et les reflets
661
Toute l'ardeur d'une pensée. Toute l'ardeur d'une prière. Et l'incandescence de l'âme. C'est parfois les seuls outils dont nous disposons pour résister à la folie de ce monde...
662
Quelques restes d'innocence
face à la monstrueuse machinerie du monde en marche
663
Mot après mot, phrase après phrase, livre après livre... sans savoir où l'écriture nous mène...
664
D'un jour à l'autre
D'une page à l'autre
Ainsi s'écrit le livre
Ainsi s'écrit la vie
665
Ligne après ligne
comme si la poésie
pouvait sauver le monde
666
Assis au milieu de mes frères aux longs bras nus et tortueux
667
Au cœur de cette tribu fraternelle
où l'on se sustente de tendresse et de poème
où l'on danse jusqu'à l'aube
serrés les uns contre les autres
en écoutant le cœur et la langue
s'entremêler en gestes et en mots
668
Simplement s'asseoir et se laisser pénétrer par la vie qui nous entoure... et ressentir la vie qui nous traverse...
669
Ici
sans que rien se hâte
ni le monde
ni le temps
670
Libéré du monde et de la lumière
en ce lieu où plus rien n'a (vraiment) d'importance
671
Il y a en soi un fond de joie naturelle que rien ne saurait abîmer...
672
Comme une réserve inépuisable de ferveur
au fond de l'âme qui croit
quelque chose entre l'Amour et l'espoir
qui donne à tous les gestes une allure de prière
673
Et cet infini qui loge au fond du cœur et dont, en général, on ne sait que faire...
674
Face à l'immensité
le cœur sans espoir
le cœur émerveillé
675
Être, écrire, marcher, contempler et m'occuper des tâches quotidiennes. Voilà à quoi je passe mes journées. Entre essentiel et nécessité.
676
Là où tout recommence
sans jamais prendre appui sur le passé
677
Il y a tant de réalités et de perceptions différentes du réel comme si nous étions mille yeux incrustés dans mille trames enchevêtrées...
678
Comme au fond d'un piège
Et autour de soi
de hautes parois
et une corde dont on ne sait
si elle monte ou si elle descend
679
Ah ! Cette folle envie de circonscrire le mystère, de pénétrer l'essence du réel, de percer tous les secrets du monde et de l'âme. Mon Dieu ! Quelle ambition insensée !
680
Le chemin de plus en plus glissant
à mesure que l'on approche de la vérité
681
Un voyage sans hasard ni fin
682
Certains jours, contempler parvient amplement à contenter l'esprit. Aussi n'y a-t-il rien à écrire sinon, peut-être, que l'âme est en paix et le cœur est en joie. On traverse les heures ainsi avec tendresse, saveur et sérénité. Et lorsque le jour s'achève, on a le sentiment qu'une vie entière est passée...
683
Sans attente
les heures qui passent
684
Si près du ciel
nos mains affranchies de l'écume
685
Les jours de chasse – lorsque l'on se retrouve au milieu des chiens qui hurlent et des coups de fusil, on redevient un être instinctif. L’œil et l'ouïe s'aiguisent... on est à l'affût du moindre bruit et du moindre mouvement comme si l'on était une bête traquée. Et je n'ose imaginer ce que doivent ressentir les animaux de la forêt...
686
Du haut de la mort
jeté à la face du monde
cet effroi qui traverse
l'âme et la chair des vivants
687
Une minuscule trouée dans les nuages. Comme un mince interstice qui laisse entrevoir un bout de ciel bleu et quelques rais de lumière. Et aussitôt le cœur un peu morose (par cette longue semaine de pluie) s'égaye... et l'on esquisse un petit pas de danse...
688
Alors que la nuit s'étend
alors que la nuit s'éternise
quelque chose en nous apparaît (et se déploie)
la lumière d'avant le monde peut-être
689
La solitude, les épreuves, les malheurs et l'adversité nous obligent à plonger au-dedans de nous-mêmes. C'est souvent ainsi que l'on découvre – et se familiarise avec – les richesses que l'on porte.
690
Parfois désert
parfois source de tous les ruissellements
cet espace qui nous habite
691
Ce feu ardent au fond de soi
qui cherche à transformer le manque
692
L'oreille attentive tantôt au silence, tantôt aux chants du monde et, quelquefois, à leur dialogue secret...
693
Le murmure de la roche qui se mêle
peu à peu au chant des étoiles
L'oreille de plus en plus fine et attentive
694
Quelque chose du chuchotement
ce qui se dit
si proche de l'écoute
comme un jeu étrange avec le silence
695
Rien ne compte davantage que la vie ; cette vie si fragile, si merveilleuse, si tenace qui s'infiltre partout et qui donne aux êtres toute leur beauté...
696
Ce qui traverse tout
jusqu'au fond de l'âme et de la chair
697
Au même endroit que le silence
ce qui est si vivant
698
Mon existence n'est que silence, murmure et danse de l'âme.
699
Des mots, des arbres et des chemins
Tant qu'il y aura des jours
700
Quelques moineaux qui virevoltent autour d'un buisson. Ah ! Quel ravissement pour l'âme et les yeux...
701
Tout converti
en beauté et en poème
702
Toute une vie d'apprentissage pour trouver le geste et la parole justes... et adopter une présence au monde parfaitement appropriée aux circonstances.
703
Œuvrer à la nudité de l'âme
704
Au cœur de l'invisible déjà...
705
Derrière notre silence
tant de questions abolies
comme si plus rien n'avait d'importance
comme si l'on n'avait jamais existé