Carnet n°200 Notes de la vacuité
Oscillations précises – d’un jour à l’autre – d’un instant à l’autre. Forme élémentaire d’apparition – de changement – d’échange…
Naissances conditionnées – mystérieuses – cycliques…
Pas – bruits – mouvements – à la suite. Et des intervalles d’absence. Le lot commun – ce qui traverse l’esprit…
Des injonctions parfois – des retours souvent. Et les mille évacuations quotidiennes indispensables à la vacuité…
La persistance du jour. Et des éclats de nuit encore. Ombres nocturnes et fantômes plutôt qu’entités vivantes…
Davantage soi qu’un Autre – davantage rien que visage…
Le rôle du vent plus essentiel que le monde des idées…
Le réel au détriment du rêve. Le vide intense – profond. Et le silence plutôt que le tapage et la vie accumulative…
Ce qui est – sans construction – sans distinction – sans commentaire…
L’œil tranchant – lucide peut-être – plutôt que l’analyse. La précision plutôt que les méandres tortueux…
Aucune trace sinon celles du feutre qui accompagnent les mouvements – qui ne les commentent pas – qui ne les dissèquent pas. Simple corollaire de ce qui est – légère extension peut-être – léger pas de côté – rien d’additionnel – une sorte de distance et de retrait consubstantiels…
Quelque chose – en soi – qui s’apparente, peut-être, à Dieu – à une présence informelle sensible – sans la moindre assise en ce monde. Un œil innocent et désengagé – vide et neuf – à chaque instant…
Le chapitre en partie clos des tentations. Le monde sans objet de désir – simple décor – fugace et inévitable. Rien de plus…
L’essentiel au-dedans – monde, choses et visages inclus…
Ce qui passe et résonne à l’intérieur – les mille aspects de ce qui semble se produire sous les yeux…
Simple récit d’une expérience – l’inéluctable qui traverse l’esprit – les contenus provisoires de la vacuité…
Buée et traces de doigts sur la vitre silencieuse – nuages passagers dans le ciel aux couleurs et aux rythmes changeants. Rien qui ne vaille une description – un commentaire – détaillés…
La beauté de l’évanescent au contenu presque sans importance…
L’incarnation, peut-être, de l’invisible – l’un de ses visages singuliers…
Un regard – ce qui est – un ressenti fugace ; une pensée – une image – une émotion, parfois – nées d’un ailleurs mystérieux – introuvable – inconnaissable peut-être…
Question de l’origine, sans doute, insoluble et sans intérêt…
Abandon des constructions et de la conceptualisation pour la vie pratique et l’évidence…
Des instincts de nuisance – des calamités – une manière d’être inconsciemment vivant…
Le ciel – haut – très bas – et cette ligne d’horizon comme une étrange frontière illusoire…
Les yeux mentent autant que les émotions qu’ils soulèvent…
Rien de précis – simple question de perspective – de focus – de regard – où la distance demeure le point central – l’axe à partir duquel prend forme – et se matérialise – la réalité perçue…
Ce que l’on imagine réel n’est qu’une recréation du monde – sa représentation dans l’esprit. Etrange et mystérieux processus qui devrait nous faire comprendre que tout – en réalité – se déroule au-dedans…
L’extérieur est soit inexistant, soit insaisissable…
Mais nous nous obstinons, pourtant, à lui accorder une existence propre – une réalité indépendante…
Monde de croisements et d’entrecroisements – de lignes et de courbes distinctes et entremêlées – tantôt convergentes, tantôt divergentes…
Parfois – ensemble de points. D’autres fois – écheveau de fils. D’autres fois encore – des formes séparées par le vide – l’espace qui s’emplit de mille contenus reliés et disparates – nécessaires, la plupart du temps, à l’existence de l’ensemble (ou à l’existence d’une partie de l’ensemble)…
Des instances d’acharnement – des rondes cycliques – des pas récurrents. Le même itinéraire à quelques nuances et variations près. L’inlassable répétition du monde. Le retour infatigable des choses…
Des mouvements bruts – des gestes d’emprunt – conditionnés – nés des profondeurs inconscientes – non perçues – non habitées – presque jamais issus de l’attention – de la présence vierge et sans intention…
Et, pourtant, réside là une forme de justesse involontaire – dont les conséquences – tantôt plaisantes, tantôt délétères – agissent sur l’ensemble des intervenants (directs et indirects) des circonstances – dans un enchaînement implacable d’élans et d’effets …
Mille choses qui rendent la compréhension du réel – du monde – de soi – peu aisée – presque impossible ; trop de paramètres et de points de vue envisageables pour espérer un aperçu d’ensemble et une perception fine et profonde des mécanismes, des fonctionnements et des enjeux à l’œuvre…
Privilèges révocables – secrets périssables – retrait, puis disparition probable de tous les acquis. Une virginité à renouveler à chaque instant…
Ce que l’on construit – un surplus de chaînes – un rehaussement des grilles – une fortification de la détention…
Mieux vaut aller nu-tête – nu-pieds – et se laisser porter par les vents provisoires…
De l’espace vacant – la seule demeure où résider – le seul lieu où il nous est possible de vivre – à présent….
Le monde est trop encombré – trop bruyant – pour s’y établir de façon sérieuse…
Le dedans n’a pas son pareil pour nous libérer…
Manière d’appréhender plutôt que mode de vie apparent…
Manière d’être plutôt que perspective dogmatique…
Réductions extérieures bénéfiques – mais insuffisantes à la virginisation intérieure et à l’élargissement de l’envergure interne…
L’écart grandissant avec le monde, la normalité et les conventions humaines. Quelque chose de l’ordre de la liberté et de l’affranchissement…
Nulle autre loi que celles qui régissent le renouvellement du vide et la sensibilité présente…
Au-dehors – trop de bavardages et de vaine effervescence. Trop de tête et de traits d’esprit – et beaucoup trop de visages. Manquent le silence, l’Amour et la clarté nécessaire pour que les âmes se rencontrent – véritablement…
Les arbres et les pierres sont des êtres d’excellente compagnie – des frères de silence et d’acquiescement. Des maîtres de la liberté dont la fréquentation encourage la nôtre…
Rien de plus précieux que notre alliance intérieure – celle qui redonne au regard, son envergure – à l’âme, sa sensibilité – et aux gestes, leur justesse…
Manière autonome de vivre ses inévitables dépendances …
L’être qui redonne aux instincts leur place naturelle – sans les pervertir, ni les voiler par une sophistication apparente et inutile…
Rien de vraiment perceptible de l’extérieur. Rien qui ne ressemble à une révolution. Rien de vraiment frappant. Rien de changé en apparence si ce n’est, peut-être, une attention naturelle accrue – une manière silencieuse et affranchie d’être au monde – et une joie vivante – vibrante – au cœur de la solitude…
Plus ni prière, ni mendicité. Nul besoin de consolation – de distraction – de compensation. La complétude qui, peu à peu, retrouve sa place et ses droits – et occupe l’essentiel de l’espace vide – avec, de temps à autre, quelques retours (inévitables) de l’individualité avec ses manques, ses doléances et ses effrois – temporaires – plus vite balayés qu’autrefois – et entendus et accueillis lorsque s’imposent la nécessité et la primauté de l’Amour sur la vacuité…
Là où la densité métaphysique et l’envergure de l’Absolu doivent se transformer en légèreté – en pragmatisme fonctionnel – en actes simples, justes et précis…
Là où le fond – pensées, savoirs et mémoire – doivent s’effacer au profit du regard vierge et du silence – présence pleine et discrète – invisible sur le visage qui, aux yeux du monde et des autres, revêt encore – et seulement – les attributs humains les plus ordinaires…
Le vide tranchant et accueillant – cette aire-réceptacle – l’aptitude infatigable (et impitoyable) à déblayer ce qui s’invite – et le ressenti de l’instant – énergétique, intuitif et émotionnel ; nous n’avons rien d’autre…
Dieu – l’âme – le monde – inclus dans cette mystérieuse trinité…
Ardente simplification – le réel est ce qui est dans l’instant…
Ni avant – ni après – ni a priori – ni élucubration…
Instant après instant dans le regard réparé – restauré…
Une autre manière d’être à soi et d’être au monde…
Nul besoin d’amitié – d’alliance – de connivence – de distraction ; rêve et signes d’incomplétude seulement. Indices d’une intériorité déficiente – lacunaire – infirme – compensée par la nécessité du monde et de l’Autre qui font office de béquilles artificielles indispensables. Marques seulement d’une âme bancale – dépendante – non autonome…
Eléments communs de l’homme et de l’humanité ordinaires pour lesquels le monde est le monde – la vie est la vie – et qui le resteront, sans doute, pour l’éternité – sans que rien jamais ne puisse changer – sans que jamais ne puisse s’opérer la moindre transformation de la perception et de la perspective…
Données incomprises et invariantes – auxquelles on se résigne tant bien que mal – sans creuser – sans explorer – ni rien comprendre à ce qui nous constitue et à ce que sont, en réalité, l’homme, l’Autre, le monde, la vie et l’esprit…
Des existences d’insuffisance et d’incomplétude qui s’imaginent – présomptueusement – autonomes et indépendantes – et normalement humaines…
Ainsi trouve-t-on dans l’indigence et l’incompréhension communes prétexte à sa propre ignorance – à sa propre paresse – à sa propre incuriosité – sur lesquelles on s’empresse de poser le masque mensonger de la vertu, de l’intelligence et de la raison humaine…
Le déni, l’auto-illusion et la prétention – les pires armes de la psyché retournées contre elle-même…
D’un monde à l’autre – sans l’aval des anciens préjugés…
Oscillation entre l’habitude – l’âme surchargée – et la nouvelle perspective – le regard vide et vierge…
Soleil d’un horizon parfaitement blanc – sans promesse – et, au fond de soi, le retour encore possible des pluies ininterrompues – envahissantes – diluviennes – dévastatrices…
A mi-chemin – toujours – entre l’origine – l’envergure initiale – et les allées du dédale – les forêts sombres de l’âme…
Rien d’acquis – rien de définitif. La tête, à chaque instant, sur le billot…
Entre la foule – les amas – et l’oubli – la lame effilée…
La perspective d’un seul pas – comme suspendu. Rien avant – rien après – le décor et les bagages de l’instant…
Des larmes – encore parfois – tantôt comme sensibilité spontanée – belle et légère – tantôt comme résistance et résidu de l’individualité – appesantissement grossier d’un souvenir qui refuse l’abîme…
Souliers de glace – souliers de boue – souliers d’oiseau – sur leur territoire de prédilection – tantôt terre, tantôt ciel. Et le regard qui, jamais, ne s’attarde – qui, jamais, ne s’enlise. Présent à tous les croisements – à toutes les frontières…
Une autre mesure du temps – une autre envergure du monde. Et le seul pas présent…
Ni hasard, ni chance, ni infortune. Le plus réel à vivre – ce qui se reçoit et qui, aussitôt, s’oublie…
Ainsi tout se perd – jusqu’à ces grands airs que l’on prenait, parfois, lorsque l’on sentait sur soi un regard attentif ou (vaguement) séduit…
D’autres jeux à inventer – et qui s’inventeront sans effort – dans le rythme des circonstances…
Rien de défini – rien d’établi. Quelque chose de spontané – d’irréfléchi – enfanté par l’allure d’une danse naturelle et collective qui n’a nul besoin de visages et de noms ; ronde d’arbres – marelle de pierres – course de nuages – manège d’oiseaux…
Tout – englouti – dans le silence et l’oubli. L’envergure de la première heure. L’innocence retrouvée du monde. La liberté de l’âme. L’ivresse lucide du geste. L’intensité et le vertige du regard. La vraie vie, peut-être…
D’une autre teneur que l’alliance et le ralliement – quelque chose d’antérieur à la séparation. Un lien profond – souterrain – indéfectible…
Ce que la tête et les malheurs savent réinventer pour nous soumettre – encore et encore – aux chaînes qu’il ne faut jamais cesser de briser – et de jeter par-dessus son épaule…
De la roche – des arbres – le ciel – compagnons fidèles de notre voyage…
Errance et dérive plutôt qu’itinéraire…
Chemins de circonstances et de rencontres au-dedans qui tiennent autant au hasard qu’à la nécessité…
Des pas encore – et des gestes – quotidiens. Et la parole comme prolongement de ce qui se vit plutôt que de ce qui a été vécu. Quasi simultanéité entre ce qui s’expérimente et ce qui s’écrit. Pas de recherche – pas de fouille – très peu d’intellectualisation – très peu de souvenirs – ce qui résonne dans l’âme et jaillit à travers la main qui court sur la page. Pas d’intention – ni de message – et aucune nécessité de lecteur. Dialogue entre soi et soi, en quelques sorte – entre l’âme et le monde – entre le silence et ce qu’il contient à l’instant où le feutre se tient au-dessus de la feuille blanche…
Des traits qui s’impriment comme les bruits du monde dans l’espace…
Une manière d’être alerte – une veille attentive et sans autre ambition que celle d’être là – présent – à ce qui passe…
Sorte de mandala de l’oreille qui entend, de l’œil qui voit, de l’âme qui perçoit et de la main qui note ; ça arrive – ça se réalise et, aussitôt, ça s’efface…
Témoignage aussi peut-être, malgré soi, de la texture de l’intériorité. Vague descriptif de cette étrange envergure intérieure. Tentative sans volonté de décrire l’invisible – l’ineffable…
En cela, peut-être, ces lignes ressemblent à un récit de voyage…
Les routes et les visages du monde demeurent, pourtant, accessoires. Ils n’existent (presque) que comme décor – et déclencheurs – ou initiateurs parfois – des élans qui nous traversent…
La vie et le monde – en soi – et leurs danses étranges et mystérieuses dans l’âme… Et autant de contrées – et de dimensions – découvertes…
En cela, peut-être, sommes-nous (un peu) explorateur…
Lieu éphémère – lieu magistral – lieu éternel. Et le monde qui passe – visages et choses infiniment provisoires…
Tout – intriqué – au-dedans – si intriqué que le mystère demeure – pour la plupart – impénétrable…
Organisation et fonctionnement prodigieux – incessamment évolutifs – inégalés (et inégalables sûrement). Architecture mouvante – complexe – à l’ossature, pourtant, éminemment élémentaire – que nous découvrons peu à peu…
Le vide se creusant lui-même – s’emplissant lui-même – se vidant lui-même. Et les contenus à l’intelligence et à la mécanique presque autonomes – passant et repassant – sans cesse – émergeant – s’entretenant – se développant – et disparaissant – au cœur de l’espace éternel. Le multiple jouant – se déployant – et se rétractant – au sein de la présence sensible – devant l’œil témoin unique et démultiplié…
Lumière étonnante obscurcie par tant d’élans, de misères et d’allégresse – indescriptibles – absolument miraculeux…
Sophistication et complexification d’un système – façonnage permanent d’une matière initialement basique…
Merveilles – littéralement – engendrant tous les possibles – faisant apparaître l’infinité des combinaisons imaginables – jusqu’à l’extinction…
Voir l’Existant ainsi – à la fois – émerveille et désappointe ; être cela – tout cela – les milliards de cycles prévisibles et la nouveauté – cette clarté – cette vastitude – cette richesse – les clés de tous les passages – et cette cécité – cet aveuglement – cette ignorance – cette indigence – cette étroitesse – ces limitations atroces – tous ces instincts élevés au rang de lois (presque) indétrônables. Comment ne pas se sentir partagé – déchiré – inquiet – impatient – et étrangement serein et détaché face à toutes les situations offertes – face à tous les devenirs possibles…
Il y a tant d’intelligence et de folie dans ces créations – dans ces transformations incessantes – dans ce que nous sommes…
Incroyable et étonnante aventure de l’esprit et de la matière – très souvent – indissociables…
Bout de tout et globalité de l’ensemble – simultanément – et entremêlés…
Démesure et déraison que la psyché peine à imaginer – et auxquelles elle ne peut accéder – trop vaste (pour elle) sans élargir la perspective et devenir le regard infini – opérer le renversement nécessaire – inaccessible encore à la plupart des yeux terrestres…
Mille visages – mille routes – mille existences – qui ne disent, très souvent, que le mouvement – les forces mobiles irrépressibles. Et à peu près rien d’autre. Si – l’effleurement tragique de l’esprit peut-être…
Auprès de visages respectueux et innocents – à peu près tout est supportable…
Et cette compagnie – seule – semble possible…
Un creux – un trou – une béance – derrière les yeux – pas encore vide – une sorte de néant…
Le néant est une vacuité dépeuplée – désertée – abandonnée. Et le vide, une vacuité pleine et habitée. C’est la conscience qui donne à ce lieu son orientation – sa valeur – ses caractéristiques…
Sans conscience – il n’y a rien – il n’y a que motricité mécanique – objets en mouvement portés par leur propre élan (et celui des autres) – freinés par leur propre inertie (et celle des autres). Une sorte de monde magmatique déterminé et conditionné ; les danses tristes de l’ardeur, de l’absence et de l’agonie, en quelque sorte…
Soleil d’un autre jour – d’un autre monde – pas si différents, pourtant, de ceux où ont l’air de vivre les hommes…
Mots de (presque) rien – livres de sable. Inaptes, le plus souvent, à inverser les yeux – à désencombrer l’esprit – au mieux un encouragement à fouiller en soi – par soi-même…
Sinon vaines histoires – inutiles amassements – empilement tragique des savoirs – solidification des mythes, des certitudes, des frontières et de l’illusion – obstacles et épaississement des murs – élargissement et complexification du labyrinthe – accroissement inéluctable de la distance avec le centre…
Perte de temps, en somme…
Ici – à l’instant même – demeure le silence – le centre – le cœur de l’attention et du monde – l’axe central autour duquel gravitent tous les objets sur leur orbite singulière qui se croisent – s’entrechoquent – se mêlent – fusionnent – éclatent – enfantent – et se dispersent – engendrant, par leurs mille mouvements, d’autres objets et d’autres orbites – et ainsi de suite indéfiniment jusqu’au dernier souffle de l’ultime élan…
Puis, lorsque toutes les danses initiées par le dernier souffle s’achèveront, tout se resserrera – se recentrera – les orbites fléchiront – les objets s’interpénétreront – entreront les uns dans les autres – se rétracteront pour ne former qu’un seul noyau – dense et infime – immobile au cœur de l’axe central – au cœur du silence – jusqu’au prochain (et énigmatique) excès de jubilation ou de tristesse qui enfantera un nouveau souffle qui donnera naissance à de nouveaux objets et à de nouvelles orbites qui obéiront aux nouvelles lois de cette ère de multitude, de dispersion et de mobilité…
Et ainsi de suite – dans un cycle éternel – sans commencement ni fin…
Vertigineux – ce monde – cette existence – ces visages – ces pierres – cet instant…
Au cœur du plus impérieux, rien n’éclot parfois…
Vide sans contenu…
Brume à se morfondre…
Envahissement cérébral. Tout – au-dedans comme au-dehors – semble opaque. Formes spectrales. Tout glisse sans être vu – fantômes furtifs et silencieux…
La pierre – l’arbre – le vent – indistincts – confondus…
L’obscurité – et ce visage étrange et souriant. Rien d’atroce, ni d’effrayant…
Le même monde mais comme suspendu – au rythme ralenti – aux airs lointains – presque inaccessibles…
Dans un instant – demain – tout aura disparu…
Le noir – la lumière – l’oubli. Tout se manifeste ainsi – dans cet ordre irrévocable…
Depuis trop longtemps éloigné du monde humain pour y trouver la moindre chose sympathique – des objets utiles – certes – nécessaires à notre existence quotidienne…
Trop de jeux – de bavardages – de rires – trop bruyant – trop de choses et de mouvements inutiles – qui ravivent, aussitôt, notre fuite…
La nécessité – permanente – de l’éloignement et de l’exil…
Rien ne peut être arraché sans le consentement de l’âme ; tout s’impose dans la nécessité – le changement comme le reste…
Premiers pas – souvent – âpres – rudes – difficiles. Un élan soutenu, parfois, par l’effort – puis, la première ligne du sillon tracée – les pas avancent mécaniquement avec l’assentiment tacite de l’esprit. Et, au fil des jours, la nouvelle direction devient automatique – et, bientôt, routine et schéma d’habitude – évidence et voie incontournable….
Le monde – devant soi – sans autre solution que nous-même(s) – au fond de soi…
Ni proximité – ni intimité – coexistence tous azimuts – inévitable. Seule manière de vivre ensemble – les uns à côté des autres – avec la distance nécessaire à chacun…
Ça tourne en rond – et, parfois, à vide…
Machinerie aux élans mécaniques – sans conscience – sans esprit. Forces d’inertie seulement…
Le silence – alors – est toujours préférable aux frémissements de la structure…