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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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5 décembre 2017

Carnet n°67 La conscience et l'Existant - Chapitre 7 (suite)

Essai / 2015 / L'exploration de l'être

La Vie et l’Existant ne semblent, en réalité, qu’un gigantesque jeu — violent et merveilleux — et une permanente célébration… A hauteur d’Homme, peut-être pourrions-nous penser que nous nous apprenons les uns les autres (et, bien souvent, à notre insu) à mieux les regarder et à mieux les vivre. A mieux les comprendre et à mieux les aimer… mais sur le plan de la Conscience, tout ce « cirque » — aimable ou corrosif — semble (presque) sans importance… Est-ce qui est… et ce qui est n’altère jamais Le Regard…

_

Nous avons été contraints (pour des raisons d'ordre technique) de diviser la version numérique de cet ouvrage en dix parties.

Sommaire

Chapitre introductif

Chapitres 1 à 5

Chapitre 6 (début)

Chapitre 6 (suite)

Chapitre 6 (suite et fin)

Chapitre 7 (début)

 

 

LE MONDE D'APRES-DEMAIN

 

Les sociétés d’après-demain

 

Généralités

A ce stade, nous pourrions imaginer que les populations des différentes sociétés et des différents « grands ensembles » territoriaux aient des conditions d’existence et une qualité de vie relativement (très relativement) similaires et que les sociétés aient amorcé une réorganisation progressive de la production, des échanges, de la redistribution et de la consommation. Ces deux éléments pourraient être la conséquence, d’une part, de l’essoufflement naturel et progressif(1) du modèle sociétal dominant(2) qui pourrait fort bien, au cours de cette période, connaître une forme « d’asphyxie », engendré par ses effets dévastateurs sur les Hommes(3) et sur l’environnement (et se révélant, de plus en plus, inapte à améliorer les conditions d’existence et la qualité de vie des individus(4)) et, d’autre part, de l’émergence (concomitante) d’une « conscience collective » ou, du moins, d’un « sursaut d’éveil » des esprits, de plus en plus sensibles à la solidarité et à l’écologie et de plus en plus enclins et favorables à la transformation de la société en « système » plus solidaire entre les peuples et plus respectueux de l’Existant.

(1) Sur le plan de la Conscience, il semble raisonnable de penser (et nécessaire de souligner) que ce modèle basé sur la concurrence et l’individualisme s’éteindra lorsqu’il aura permis de livrer pleinement tout ce qu’il pourra offrir en matière de progrès, de sécurité et de confort...

(2) Fondé, pour rappel, sur l’individualisme, le productivisme, le capitalisme et le consumérisme.

(3) Avec leur écrasement et leur asservissement toujours plus vifs et puissants…

(4) A moins même qu’il ne crée, dans ses derniers élans (et ses ultimes soubresauts), une détérioration substantielle des conditions d’existence et de la qualité de vie que les individus ne seraient plus en mesure d’accepter…

 

D’une façon ou d’une autre (et quelles que soient les hypothèses), que les richesses soient encore très inégalement réparties, plus équitablement réparties ou réparties de façon totalement équitable au sein de (et entre) chaque société et chaque grand ensemble territorial, le modèle sociétal dominant sera contraint, tôt ou tard, pour la survie des individus (et de leur environnement — au sens large) de se transformer et de s’orienter vers l’écologie et la solidarité (nous argumenterons cette assertion ultérieurement…).

 

Les paramètres majeurs qui permettront une cohabitation* entre les différents modèles sociétaux, mouvements, communautés et sociétés seront leur capacité à la tolérance et au respect de la différence et leur volonté commune d’un « vivre ensemble » (d’un « vivre ensemble » côte à côte ou d’un « vivre ensemble » mélangé…). Ainsi (et ainsi seulement), tous les partisans de la tolérance pourraient vivre ensemble avec « leurs différences »… et « vivre cette différence » en tant qu’individus dans leur communauté, elle-même, pleinement intégrée (avec ses différences) à la société... A ce titre, les « intolérants » trop revendicatifs et agressifs (voire violents ou hyper violents), qu’ils soient des individus, des mouvements, des communautés ou des sociétés, pourraient faire l’objet de tentatives d’éducation (à « la tolérance ») et/ou être relégués dans des zones périphériques ou exclus du « monde »... Sur le plan planétaire, des zones pourraient leur être attribuées (ou ils pourraient se les « accaparer ») obligeant, dès lors, les autres sociétés et zones à se protéger plus ou moins drastiquement selon leur degré de dangerosité, d’agressivité et de violence.

* Et sans doute (à terme) une intégration respectueuse de toutes les sociétés et de tous les « grands pôles géographiques » à une société mondiale planétaire (ou quasi planétaire)…

 

Grâce au dialogue, à la concertation et à l’éducation*, les sociétés, qu’elles soient encore constituées en zones nationales (en nation) ou en ensembles géographiques plus vastes (voire, peut-être même, totalement unifiées au niveau planétaire) accepteront sans doute progressivement – peu ou prou enthousiastes ou résignées – l’idée d’un « vivre ensemble » global et protéiforme et pourraient représenter une part importante (voire même l’essentiel) de la population à laquelle finirait par se rallier l’ensemble des individus (excepté quelques irréductibles fondamentalistes « bornés et intolérants », arc-boutés sur leur identité et/ou leur idéologie, vivant dans des zones terrestres « non ralliables »).

* Soulignons encore, ici, (avec insistance) que le besoin de compréhension et de spiritualité sera un paramètre absolument déterminant. En effet, plus ce besoin se manifestera largement et profondément dans la population, plus la transformation des sociétés aura des chances de se réaliser rapidement et aisément…

 

A ce stade, il nous faut néanmoins envisager deux hypothèses :

 

- les différents modèles sociétaux, les différentes sociétés et les « grands ensembles géographiques » parviennent à s’harmoniser(1) et à créer les conditions d’une uniformisation (minimale) viable, nécessaire à la prise en compte de l’ensemble des individus ;

 

- les différents modèles sociétaux, les différentes sociétés et les « grands ensembles géographiques » ne parviennent à aucune harmonisation. Ils demeurent strictement séparés et suivent une évolution parallèle sans échange ni coopération(2).

(1) Il est raisonnable d’imaginer que les individus (et donc que les communautés et les sociétés) verront s’accroître leur besoin de compréhension et de spiritualité, condition très propice à l’amenuisement des idéologies, des sectarismes et des fondamentalismes, favorisant ainsi deux grands axes (reflets du psychisme humain) : l’orientation vers « le désir/sécurité » – axe central des alternatifs « sécuritaires » – et l’orientation vers le progrès/respect – axe central des alternatifs « progressistes » – qui apprendront à cohabiter et à cheminer ensemble pour voir émerger « toujours plus d’intelligence et d’amour », orientations qui constituent, évidemment, la « voie naturelle » par excellence (puisqu’elle s’inscrit dans une perspective qui « rapproche » des caractéristiques de la Conscience).

(2) On pourrait même imaginer, dans cette hypothèse, que les liens entre les différentes sociétés, au cours de cette période, se limitent peu ou prou à une forme de tourisme. Et l’on pourrait ainsi voir des « alternatifs sécuritaires » passer, par exemple, leurs vacances » chez des « alternatifs progressistes » un peu comme les occidentaux voyagent, aujourd’hui, dans les pays du tiers monde ou comme les citadins se rendent en villégiature chez les ruraux (ils regardent, goûtent, découvrent et « profitent » des attraits du dépaysement tout en conservant (globalement) « leur mode de vie » sans « se mêler » ni « se mélanger » véritablement aux autochtones…).

 

Si la première hypothèse se réalise, il est probable que les sociétés et les grands ensembles territoriaux se réorganisent et transforment progressivement leurs rapports de concurrence en coopération (de façon, plus ou moins, rapide et aisée) et éventuellement (à terme) puissent se spécialiser dans l’un des grands domaines-clés que nous avons déjà évoqués (et que nous aborderons, de façon plus détaillée, ultérieurement…).

 

Dans la seconde hypothèse, les différents modèles sociétaux, les différentes sociétés et les « grands pôles géographiques » ne parviennent à cohabiter harmonieusement ni à s’harmoniser. Les populations ne ressentent pas la nécessité de « se tourner » vers la solidarité et l’écologie et/ou le besoin de compréhension et de spiritualité. Elles continuent de « n’avoir d’yeux » que pour le progrès, le confort et la sécurité. Dans cette configuration, il est probable (ou il y a fort à parier…) qu’une scission du monde et de l’humanité pourrait se produire, les uns privilégiant la solidarité, l’écologie et la spiritualité et les autres privilégiant le progrès, la sécurité et le confort. Ces deux courants pourraient être alors amenés à s’organiser de façon autonome et à créer des sociétés, plus ou moins hermétiques, « contraintes » d’évoluer de façon parallèle (sans échange ni coopération)… évolution qui pourrait inaugurer l’avènement de sociétés « chaotiques », engluées dans un monde « de violence et de terreur » (voire même « d’apocalypse ») et entraînées dans une forme exacerbée de repli sur soi, vouées à un avenir sombre et mortifère et provoquant (à terme) leur déperdition (sans doute irrémédiable).

 

Ainsi, ces sociétés « chaotiques » (issues des sociétés tournées prioritairement vers le désir, le confort et la sécurité) pourraient très rapidement devenir (au vu des comportements de leurs membres) des sociétés hyper sécuritaires, hyper objectales (extrêmement gadgétisées et robotisées), hyper artificielles (hyper synthétiques, hyper chimiques), hyper distractives, hyper virtuelles, hyper « sensationnalistes », hyper sensorielles (avec une quête avide et effrénée de plaisirs en tous genres), hyper sexualisées, hyper mobiles et, sans doute, hyper violentes et hyper commercialo-monétisées où l’on pourrait imaginer que tout (absolument tout sans exception) puisse se monnayer jusqu’aux domaines les plus intimes et les plus « improbables » (les gènes, les émotions artificielles, les « bons » sentiments, les contenus psychiques ou imaginatifs latents et on en passe…) sans compter un risque (plus ou moins important) pour une frange de la population de voir se dégrader ses capacités sensorielles et cognitives (avec un « abêtissement » corporel et cérébral généralisé, induit par l’usage quasi exclusif des nouvelles technologies* et des intelligences artificielles) et sans exclure également (à terme) la possibilité de prise de contrôle des systèmes d’intelligence artificielle par une minorité d’individus qui asservirait la très grande majorité de la population… bref, une configuration générale qui pourrait initier une ère bien sombre…

* Comme si l’utilisation « paresseuse » de ces technologies(1) pouvait provoquer une réduction des capacités physiques et intellectuelles des individus qui en feraient un usage exclusif (ou excessif) en les rendant de moins en moins aptes à utiliser, de façon autonome et naturelle, leur corps et leur intellect…

(1) A ce titre, notons que les technologies actuelles comme les appareillages électroniques dédiés aux massages corporels ou à la retonification musculaire (sans effort) et la généralisation des applications sur smartphone, destinées à « coacher » les individus dans l’ensemble des sphères existentielles (confinant, bien souvent, au ridicule), incitent les individus à suivre et à appliquer bêtement des programmes « clé en main » sans prendre la peine de réfléchir (ou de ressentir leur corps), d’élaborer leur « propre méthode » ni même de remettre en cause ces « prêts-à-l’emploi » passifs et infantilisants

 

Quant aux sociétés théocratiques fondamentalistes (si elles existent encore), elles pourraient devenir des sociétés éminemment (ou totalement) liberticides qui continueraient à essayer de transformer, à coups « d’idéologies obscurantistes », le psychisme des individus de façon inappropriée et absolument non viable…

 

Il est néanmoins raisonnable de penser que dans ces sociétés « théocratiques » et « chaotiques » (si elles existent), les individus (sauf exception) seront, tôt ou tard, confrontés à un besoin de sens pour les uns et à un besoin de liberté pour les autres qui impulsera un besoin de compréhension et amènera progressivement à une forme de spiritualité et/ou à une soif d’émancipation (et engendrera, par conséquent, une transformation de ce type de société ou donnera naissance à des flux migratoires (plus ou moins) massifs vers les sociétés, adeptes du modèle sociétal majoritaire). En cas de survenance de cette hypothèse, tout ne serait donc pas totalement (et irrémédiablement) « perdu »… et un rapprochement et une harmonisation globale ultérieurs entre ces deux types de sociétés et le modèle solidaire et écologique seront toujours possibles (et envisageables)…

 

Au regard de l’ensemble de ces éléments, il apparaît avec évidence (et même avec clarté) que quelles que soient les hypothèses que nous retenons (harmonisation ou non harmonisation des sociétés), quels que soient les partages territoriaux, les violences et les conflits, les évolutions, les difficultés intégratives et d’organisation de la diversité qui vont occuper l’humanité (pour une — sans doute — assez longue période), le seul modèle possible et viable à long terme est le modèle progressiste, ouvert, solidaire et respectueux (n’en déplaise à quelques grincheux sectaires !) qui deviendra (à terme) ou s’imposera (par la force « des choses »…) comme le seul modèle sociétal…

 

Les raisons majeures de cette « hégémonie(1) » ou de ce « monopole(1) » pourraient se résumer ainsi : cette forme organisationnelle est le seul système collectif bénéfique non seulement à chaque individu et à l’ensemble de la société mais également à toutes les formes terrestres et à la totalité de l’Existant. En effet, quel autre modèle serait-il capable de prendre en considération tous les êtres, tous les individus et toutes les communautés en respectant « la différence » (quelle qu’elle soit…) ? Aucun probablement… Deuxième argument (majeur) : ce modèle est le seul à s’inscrire dans « la logique naturelle » de l’évolution des formes terrestres et de l’histoire humaine (dont nous avons donné un aperçu dans certains paragraphes de ce chapitre)… Et enfin (last but not least), il est le seul qui permette aux individus de « vivre » et de « retrouver » les caractéristiques de la Conscience et de les faire advenir (progressivement) sur les plans « mondain » et phénoménal(2)

(1) Les termes sont très inappropriés pour définir un modèle ouvert, solidaire et respectueux… mais nous n’en avons trouvé d’autres…

(2) Oui, rien de moins… Et notons, ici, que si cette forme d’organisation n’était pas (par le plus grand des malheurs) amenée à voir le jour, il y a fort à parier que la prédominance des « sociétés chaotiques » conduirait probablement à une impasse et (à terme) à une sorte de « fin du monde » (humain)… bref… à ce qui pourrait bien constituer la fin de l’histoire (si l’on peut dire !)…

 

Ainsi, dans un tel système organisationnel*, les sociétés traditionnelles (si elles existent encore) seraient respectées même s’il est probable qu’elles soient progressivement amenées à disparaître au fil des générations, attirées de plus en plus par les sirènes du confort et du progrès en intégrant le modèle progressiste. Les « alternatifs ethniques et/ou culturels » intégreraient également le modèle sociétal et seraient respectés dans leur différence et leur mode de vie. Les « alternatifs religieux pacifiques » pourraient vivre leur foi comme « bon leur semble » (là où ils le désireront ou là où on leur attribuera un espace). Les « alternatifs religieux violents » pourraient être défondamentalisés et « rééduqués » (au respect de la différence) et, progressivement, une partie d’entre eux comprendrait « l’étroitesse d’esprit » de son idéologie et finirait par se tourner vers des dogmes plus « ouverts » et tolérants… (ceux qui continueront à perpétrer des attentats ou à commettre des exactions pourraient être « neutralisés », « exterminés » ou « renvoyés » dans leur zone géographique ou relégués dans des zones prévues à cet effet). Les « alternatifs sécuritaires » finiraient par assouplir leur position et leur arsenal de surveillance et de protection en s’ouvrant progressivement au monde et à sa diversité. Le modèle sociétal dominant d’aujourd’hui et de demain (à supposer qu’il existe encore à cette époque) prendrait progressivement des mesures de plus en plus tournées vers le respect et la solidarité, tout en conservant son orientation vers le confort et le bien-être et en assurant la protection de chaque individu (encore soumis aux comportements délétères, liés à l’identification du psychisme à la forme). Et les « alternatifs progressistes » (qui ne seraient plus, de facto, des alternatifs) seraient reconnus comme des « éclaireurs éclairés » et verraient leur rang grossir avec le ralliement de l’ensemble (ou d'une part, sans doute, substantielle) de l’humanité.

* En supposant qu’il advienne, bien évidemment…

 

Selon la survenance des scénarios envisagés, la part de l’humanité qui intégrera ce modèle sociétal unique sera variable. Au mieux, toute l’humanité y sera associée. Mais, plus probablement, seule une partie en bénéficiera (selon les orientations et les événements), soit une part substantielle, soit une part conséquente, soit une part modeste, soit une part minoritaire et dans le pire des cas, une part ultra-minoritaire. Mais quelle que soit la proportion d’individus qui sera partie prenante à ce modèle sociétal, soulignons ici (avec force et détermination) que l’évolution des formes terrestres (en général) et l’évolution de l’histoire (humaine et/ou post-humaine) en particulier ne pourront, semble-t-il, advenir que grâce et avec cette frange de la population...

 

Que ces transformations s’opèrent sur l’ensemble ou la quasi-totalité de la planète, sur une zone étendue ou réduite, une harmonisation générale devra avoir (et aura) lieu avec une uniformisation minimale incontournable qui respectera néanmoins les différences, les spécificités et les particularités, instituant le modèle progressiste, solidaire et respectueux comme le seul modèle possible* pour l’humanité et ses successeurs.

* En effet, ce modèle est non seulement le moins éloigné des caractéristiques de la Conscience et le plus favorable, sur le plan phénoménal, à la liberté, à la sécurité, à l’amour et à l’intelligence mais il permet également la poursuite du progrès et du confort (si centraux dans le psychisme humain)... tout en respectant l’Existant…

 

A ce stade, nous pourrions dire que l’humanité (ou une partie de l’humanité) se considérera enfin comme « une grande famille » et appréhendera « réellement » le monde (l’ensemble de la planète ou la zone qu’elle occupe) comme son foyer… Mais toute vie familiale n’est pas exempte, vous en conviendrez, de difficultés et de problèmes (divers)… Et les relations, au sein de cette grande « confrérie fraternelle(1) », pourraient bien se révéler encore (plus ou moins) « difficiles » et/ou (plus ou moins) conflictuelles… Il est fort probable, en effet, que les membres de « cette grande famille » continuent d’entretenir des rapports ambigus et quelque peu « problématiques »… soulevant ainsi les épineuses questions de l’individualité(2), des comportements délétères (qui en résultent) et du respect de l’Existant.

(1) Oui (comme vous l’avez remarqué), nous avons, en « furieux adepte » de la périssologie, un « faible » pour les redondances inutiles et (un peu) ampoulées…

(2) Le sentiment d’être une entité séparée du « reste du monde », lié à l’identification du psychisme au corps.

 

Soulignons, une nouvelle fois (avec force), que ces éléments, qui ont toujours constitué une source de conflits au sein de la grande tribu humaine et de la grande communauté du Vivant et de l’Existant, pourraient être quelque peu améliorés par le dialogue, la concertation et l’éducation mais ne pourront néanmoins jamais être « dépassés », « transcendés » ou résolus (il semble, en effet, exister, des limites infranchissables…) tant que l’idée d’être « une entité indépendante » persistera dans le psychisme. Il est donc évident que seuls la prégnance du besoin de compréhension et l’avènement progressif de la spiritualité (et du cheminement spirituel) pourront favoriser et opérer un changement véritable. Ainsi (et ainsi seulement), l’humanité et ses descendants seront « mûrs » pour une ère nouvelle : l’avènement de la Conscience mineure qui inaugurera une diminution progressive de certaines caractéristiques psychiques et comportementales et favorisera l’émergence et le développement de certaines caractéristiques de la Conscience sur les plans individuel et collectif (la société restant toujours, à bien des égards, le juste reflet des individus et de leurs interactions).

 

Au vu de ces éléments, essayons à présent de dessiner l’organisation générale la plus représentative de la société d’après-demain en matière politique, judiciaire et économique ainsi qu’en matière de relations avec « l’extérieur » et d’organisation territoriale.

 

 

L’organisation sociétale générale

En matière d’organisation politique (et de mode de gouvernance), les sociétés d’après-demain pourraient permettre aux collectivités, sur le plan local, de s’organiser de façon toujours plus autonome, en les « laissant » devenir les principaux « lieux de vie » politiques et démocratiques. Les instances internationales pourraient également devenir prépondérantes en matière d’orientation politique, économique, sociale et environnementale… Et il est fort probable que le modèle démocratique continue de s’étendre sur l’essentiel des territoires et que les regroupements des nations se poursuivent. L’organisation politique pourrait alors devenir supranationale et mondiale.

 

En matière judiciaire (et policière), on pourrait assister à la poursuite de l’envolée inflationniste des lois, des décrets et des arrêtés dans tous les domaines de l’existence et dans tous les secteurs de la société à l’échelle nationale, supranationale et mondiale, à la poursuite du renforcement de l’arsenal policier et judiciaire au niveau planétaire et au développement d’un monde d’hyper surveillance et de contrôle en dépit des limites atteintes en matière coercitive par l’exacerbation des fonctions régaliennes (de l’Etat central).

 

Sur le plan de l’organisation économique, on pourrait assister à la réorganisation progressive des grands groupes industriels et commerciaux, à la généralisation des microentreprises et des prestataires de services multi-cartes ainsi qu’à la réorientation progressive des activités (avec la quasi généralisation des énormes centrales d’achat et la généralisation de la distribution des biens manufacturés à distance). Les grands ensembles territoriaux pourraient également favoriser la constitution d’oligopoles (pour les biens manufacturés) et la généralisation des échanges locaux (dans les autres secteurs). Les modes de paiement pourraient devenir totalement immatériels et sans support. Quant à l’organisation du travail, il est probable que l’on assiste à un essoufflement naturel du travail « tyrannique » et au développement d’activités professionnelles plus épanouissantes sur les plans individuel et collectif.

 

Sur le plan international, la mondialisation du commerce pourrait devenir paroxystique et montrer, elle aussi, des signes d’essoufflement (incapacité à répartir, de façon appropriée et équitable, les richesses et fortes dégradations des conditions de vie des individus sur l’ensemble du globe). Quant à la paix mondiale, elle pourrait être à portée de main avec l’émergence des premiers signes « réels » et tangibles d’une aspiration collective à faire de la Terre un espace commun harmonieux et équitable. Les flux migratoires internationaux (qui pourront demeurer très massifs) pourraient néanmoins connaître une relative stabilisation.

 

Et au sein des « grands ensembles territoriaux », on pourrait assister, outre à une hyperurbanisation et à l’expansion des grandes mégalopoles (malgré un essoufflement naturel et un « taux de saturation » urbain…), à une régénérescence et à une modernisation des villages et à l’essor massif (voire exponentiel) de nouveaux lieux de vie, de collectivités et de communautés locales, de plus en plus autonomes, mais également organisés en fonction de leur « idéologie dominante » (sécuritaire, solidaire, écologique, religieuse et/ou spirituelle) que les individus seraient alors libres de choisir selon leur(s) propre(s) aspirations et/ou « idéologie »…

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

De façon parallèle à leur incessante réorganisation et à leur permanent réaménagement sur le plan planétaire, les sociétés (et, en particulier, celles qui auront adopté le modèle sociétal majoritaire) continueront (sans aucun doute) de développer leurs études, leurs recherches et leurs savoirs dans tous les domaines.

 

Ainsi, il est fort probable qu’elles améliorent leur connaissance de l’Existant et puissent apporter des réponses toujours plus performantes à l’insatiable quête de satisfaction, de confort et de sécurité des individus. Voici, en quelques mots, les orientations majeures qui pourraient être prises :

 

- amélioration constante des réponses aux besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires ;

 

- baisse de la pénibilité ;

 

- amélioration substantielle du confort ;

 

- augmentation du plaisir, des possibilités, de la sécurité, de l’immédiateté, de la diversité, des objets de synthèse, de la robotisation, des substances chimiques, de la durabilité (corps et matière), de l’intelligence artificielle, de l’immatérialité, de la virtualité, de l’individualisation et des réseaux (de toutes sortes)…

 

 

De façon plus détaillée, on pourrait imaginer* que la société d’après-demain généralise l’agroalimentaire de synthèse mais également les petites cultures et les petits élevages bio, les robots médicaux, les organes synthétiques et les substances chimiques (avec le développement du transhumanisme corporel synthético-chimique curatif, prophylactique et de remplacement) et qu’elle crée un kit de santé synthético-chimique destiné à lutter contre les pathologies.

* Cette rubrique (à l’instar de quelques autres) accumule et empile les « on pourrait » et les « on pourrait imaginer »… Est-ce un manque d’imagination ? Oui, sans doute… Aurait-on pu procéder autrement ? Oui, nous aurions pu nous éreinter (et nous épuiser) à maintes reformulations langagières… mais, comme vous l’avez probablement remarqué, la « bonne tenue » stylistique et le recours à des procédés formels corrects(1) (ou appropriés) dans cette analyse nous sont apparus (sans doute à tort) secondaires (voire accessoires). Nous nous en sommes donc tenus à notre aptitude rédactionnelle naturelle (maladroite — aux expressions parfois tortueuses et alambiquées — mais naturelle…). Si nous nous étions adonnés à cet épuisant travail correctif avec davantage de zèle, peut-être aurait-il permis une lecture plus aisée (et moins indigeste)… mais cette étude (au regard de la somme d'informations et de paramètres qu’il a fallu organiser, structurer et exposer de façon relativement cohérente…) nous a semblé suffisamment lourde et conséquente (et, parfois même, exténuante…) pour ne pas nous livrer à une charge de travail supplémentaire et superfétatoire (et à un très ingrat labeur) qui aurait nécessité des efforts colossaux pour des résultats peu probants et/ou qui n’aurait (sans doute) pas modifié, de façon substantielle, le confort de lecture…

(1) Sans compter notre goût pour l’expolition, l’épithétisme et la périssologie… (voir le paragraphe liminaire de cette réflexion).

 

On pourrait imaginer que la société développe un cycle autonome et vertueux de l’eau (avec récupération et assainissement au niveau local), qu’elle généralise l’usage des toilettes sèches et la dépollution des systèmes de tout à l’égout par filtrage écologique et crée une matière synthétique polyvalente, autonettoyante, intelligente, adaptable aux besoins du corps, aux conditions climatiques et résistante aux infections et aux principaux agents pathogènes (bactéries, virus…).

 

On pourrait imaginer qu’elle généralise les habitats totalement autonomes en énergie et en eau, avec des lieux dédiés au bien-être, de plus en plus robotisés et informatisés et avec des systèmes de protection de plus en plus sophistiqués contre tous les types d’intrusion et d’agression (individus, animaux, insectes, pollens, poussières, bactéries etc etc) ainsi qu’une robotique informatisée télécommandable à distance s’occupant de la préparation des repas et du nettoyage du linge et de la maisonnée.

 

 

On pourrait imaginer qu’elle développe les véhicules solaires (terrestres et spatiaux), les véhicules « propres et intelligents » (avec navigation, plus ou moins, entièrement automatisée) de plus en plus autonomes, sécurisés et rapides, les véhicules terrestres ultra rapides et les véhicules spatiaux. Et qu’elle généralise l’hyper protection et les systèmes de reconnaissance faciale, digitale et oculaire en tous lieux privés et publics.

 

On pourrait imaginer que la société d’après-demain soit capable de réguler et de réparer les anomalies génétiques (concernant le corps mais aussi les « dysfonctionnements comportementaux » effectifs et/ou potentiels…). Qu’elle généralise les possibilités de rencontre (de tous types) et rende « accessibles » les rencontres avec des individus et des animaux dans des univers virtuels (des lieux et des mondes entièrement créés selon les désirs du psychisme…), qu’elle développe des modes de communication qui donnent la sensation d’un contact direct et « réel » (avec tous les sens) et qui permettent d’être relié, à tout instant, avec un – toujours plus – grand nombre d’individus « réels » ou virtuels, et qu’elle crée un kit communicatif et informatif avec une connexion simultanée et permanente à toutes les informations planétaires.

 

On pourrait imaginer (comme nous l’avons déjà évoqué dans les paragraphes précédents) qu’elle multiplie le nombre de lois, de règlements, de polices d’assurance, de contrats formels et d’assignements en justice dans tous les domaines, développe les forces de l’ordre et les milices privées et qu’elle généralise la surveillance individuelle et collective, les remparts et les systèmes de protection contre tous les types d’agression personnelle (avec des systèmes de protection et de réparation dans toutes les sphères relationnelles existantes).

 

On pourrait imaginer qu’elle généralise la médication allopathique chimique (antidépresseurs, anxiolytiques etc etc), la médication de confort (pour maintenir un degré de satisfaction minimal), les appareillages synthético-chimiques et les appareillages chimico-immatériels intégrés au cerveau (avec le développement du transhumanisme cérébral chimico-immatériel) et crée un kit de protection psychique.

 

On pourrait imaginer qu’elle permette la création de mondes virtuels très divers, à la fois très « dépaysants » et très « réalistes » au sein desquels les individus pourraient être amenés à vivre, à faire, à imaginer et à ressentir « des choses de plus en plus incroyables »… où le psychisme serait projeté quasi totalement et où chacun aurait le sentiment d’être le créateur et l’acteur principal des évènements... Et qu’elle développe et améliore les zones dédiées aux plaisirs et au bien-être familial et individuel, le tourisme spatial ainsi que les kits distractif et expressif.

 

On pourrait imaginer aussi qu’elle développe les intelligences artificielles et améliore les mises en réseaux permanentes et actualisées en temps réel des systèmes d’intelligence artificielle et des stocks de données et d’informations et crée un kit de connaissance de l’Existant (les savoirs). On pourrait imaginer également qu’une partie de la population puisse connaître (comme nous l’avons déjà évoqué) une assez nette régression de ses capacités cognitives (liée à l’inactivité cérébrale induite par l’usage permanent des intelligences artificielles) et qu’une autre (au contraire) développe ses capacités cérébrales (mnésiques, analytiques et de puissance calculatoire…).

 

On pourrait imaginer que les écoles, les universités et les grandes écoles se généralisent grâce (en partie) à un module d’apprentissage personnalisé (utilisant l’accès immédiat à tous les savoirs mis en réseaux et le développement des intelligences artificielles) et à l’augmentation des enseignements à distance. Et que la société soit amenée à explorer de nombreux et nouveaux domaines et soit en mesure de créer quantité de nouvelles disciplines.

 

Et l’on pourrait imaginer enfin qu’elle voit éclore les démarches spirituelles* individuelles (de plus en plus nombreuses) et se développer quantité de centres de « développement personnel » et de centres spirituels, créés pour répondre à l’émergence progressive, et plus ou moins généralisée, d’un besoin de compréhension et de spiritualité chez une grande partie de la population.

* De plus en plus d’individus seront (sans doute) amenés à s’engager dans les première et deuxième étapes du cheminement spirituel(1)

(1) Se référer aux parties consacrées aux étapes du cheminement spirituel sur le plan individuel.

 

 

Bref, nous pouvons imaginer qu’au cours de cette période historique l’ensemble des besoins et des désirs élémentaires soit globalement satisfait. Subsistera néanmoins (et sans doute) une insatisfaction qui impulsera deux grands mouvements :

 

- la poursuite de la transformation de l’Existant (afin de voir tous les désirs satisfaits) qui pourrait induire (peut-être) une cohabitation difficile (de plus en plus difficile) avec les autres espèces, les autres formes, les autres systèmes et les autres plans ;

 

- et un besoin de compréhension plus fort et plus prégnant qui débouchera sur une progressive généralisation du besoin spirituel.

 

NOTE : nous ne sommes pas naïfs au point de croire que les évolutions futures se manifesteront exactement selon le schéma présenté ici… il est possible (voire fortement probable) qu’elles suivent un rythme différent selon les avancées scientifiques et les progrès technologiques qui permettront des découvertes, des inventions et des applications qui se réaliseront plus précocement ou plus tardivement dans tels ou tels domaines et/ou dans tels ou tels secteurs. Nous pensons néanmoins que les tendances, les évolutions et les transformations s’inscriront globalement dans cette perspective…

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

L’individu médian d’après-demain sera la quasi exacte copie de l’individu de demain. Il consacrera l’essentiel de son temps à travailler pour obtenir un revenu (salaire) qui lui permette d’assurer la satisfaction de ses besoins physiques, matériels et psychiques élémentaires (alimentaire, logement, santé, mobilité, loisirs…). Ses principales autres activités consisteront à dormir, à manger, à se reposer et à se distraire (les loisirs et la virtualité exploseront).

 

En dépit d’un savoir élémentaire (acquis au cours d’une scolarité plus ou moins longue), sa compréhension et sa perception sensible seront encore relativement grossières, apparentes et superficielles. Et il restera essentiellement soumis au psychisme, aux désirs et à la recherche (toujours plus effrénée) de plaisirs.

 

En matière relationnelle, les comportements d’accaparement, de favorisation de l’intérêt personnel et de valorisation narcissique (bien que très fortement encadrés, surveillés et régulés par la société) seront toujours omnipotents et pourraient devenir à bien des égards (et dans bien des domaines) paroxystiques. Il entretiendra avec les autres individus (dans la sphère intime comme dans la sphère sociale) des rapports de domination et d’instrumentalisation toujours plus édulcorés et déguisés et des rapports de domination et d’instrumentalisation toujours puissants et toujours plus ou moins irrespectueux à l’égard des autres formes (animales et végétales) et à l’égard de l’environnement (au sens large) avec néanmoins (pour une partie de plus en plus importante de la population) le développement d’une inversion du processus d’instrumentalisation, l’essor progressif d’un respect (à la fois utilitariste et révérenciel) à l’égard de l’Existant et l’accroissement tangible des besoins de compréhension et de spiritualité...

 

 

Les rapports à l’Existant

 

Les relations avec les congénères (relations sociales et relations intimes)

Favorisation de l’intérêt personnel et stratégies d’entente avec rapports de force, de domination et d’instrumentalisation, toujours déguisés en politesse, aménités et autres règles de civilité, avec quasi absence de violence et d’agressions physiques et avec une réduction de la violence psychique malgré la persistance d’une dichotomie entre les individus de la sphère personnelle et les autres individus (essentiellement indifférence).

 

 

Les relations avec les animaux

Généralisation de la destruction de nombreux territoires et habitats (liée à l’explosion urbaine et à la surexploitation agricole et forestière). Poursuite de la réification et de l’instrumentalisation de certaines espèces animales (élevage, animaux de laboratoire) malgré la progression des droits de l’animal et la protection des espèces menacées (développement des réserves et des parcs naturels pour la faune sauvage). Sans oublier l’émergence possible (et le développement) des transformations génétiques sur les animaux.

 

 

Les relations avec les végétaux

Généralisation de l’amélioration de la sélection génétique pour la végétation comestible (fruits et légumes) et d’agrément (fleurs et plantes diverses). Généralisation des modifications génétiques. Et émergence d’un processus d’inversion dans la destruction de la flore sauvage, lié à la décroissance progressive de la transformation des espaces terrestres en zones agricoles, en zones urbaines et en réseaux de transport (réseaux routier et ferroviaire). Et fort développement de la protection de la biodiversité végétale et des zones naturelles aménagées (parcs, chemins dans la nature…).

 

 

Les relations avec les minéraux

Quasi disparition des énergies fossiles. Emergence des métaux de synthèse et développement de l’exploitation de nouveaux gisements.

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Généralisation de l’aggravation des altérations et de la pollution de l’air, de l’eau, des sols et des sous-sols avec l’émergence de zones quasiment « irrécupérables ». Et développement d’un processus de réparation et d’inversion des pollutions et des dégradations.

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Développement de nouveaux virus, de nouvelles bactéries et de nouvelles pathologies. Amplification des modifications génétiques sur les agents pathogènes. Et développement de nouvelles formes de prophylaxie et de nouvelles thérapeutiques.

 

 

Les relations avec l’espace

Fort développement des recherches, de la connaissance et de « la conquête » spatiales avec le développement (éventuel) du tourisme et de l’habitat « spatial minoritaire de masse » (dans des zones cosmiques relativement proches).

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Si découverte de formes non terrestres, relations avec forte défiance et méfiance (agressivité défensive selon leurs intentions et leurs degrés de violence et « de Conscience »).

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Rites et croyances. Très lente émergence des linéaments d’une communication (« post-mortem » entre autres)…

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

Omnipotence et omniprésence des sociétés humaines (avec l’explosion de la croissance démographique et urbaine et la généralisation de l’accaparement des territoires par les êtres humains) avec la destruction de nombreux habitats et de nombreuses espèces animales et végétales en dépit du développement de zones « réservées » à la faune, à la flore et à la vie sauvages.

 

 

APARTE INTUITIF (ultra simple, voire simpliste) sur l’évolution de l’individu sur les plans matériel et intellectuel et sur l’évolution des sociétés depuis les premiers pas de l’humanité

 

Evolution naturelle de l’individu sur le plan matériel : survie, conditions d’existence et qualité de vie élémentaires, conditions d’existence et qualité de vie confortables, conditions d’existence et qualité de vie très confortables (et « luxueuses »). Fabrications et outils « naturels », fabrications et outils composés d’éléments « naturels », fabrications et outils sophistiqués composés d’éléments « naturels » élaborés et synthétiques, fabrications et outils synthétiques très sophistiqués, fabrications et outils synthétiques et « immatériels »…

 

Evolution naturelle de l’individu sur le plan intellectuel : croyances, réflexions et représentations élémentaires, réflexions et représentations sophistiquées, besoin de sens et de compréhension « confortables(1) » (et parfois éloignés de « la vérité »), besoin de sens et de compréhension de plus en plus justes et proches de « la vérité », besoin de ressentis, de perception et de compréhension de plus en plus vastes, de plus en plus profonds et de plus en plus justes – véritablement éprouvés(2) (de façon individuelle).

(1) En adéquation avec les représentations mentales…

(2) Avec l’avènement généralisé de la spiritualité, il y aura une perception et une compréhension plus directes, plus fines et plus profondes qui nécessiteront moins d’explications intellectuelles et rationnelles…

 

Evolution naturelle des sociétés : davantage de paix, davantage de liberté, davantage de savoirs, davantage de connaissance, davantage « d’artificialité* », davantage de liens, davantage de possibilités, davantage de confort, davantage de sécurité, davantage d’espace (un plus vaste territoire)...

* En matière « d’artificialité », notons, ici, par exemple, que le port des chaussures, les divers modes de locomotion mécanique et les habitats bétonnés semblent naturels aujourd’hui mais apparaissent comme très fortement « dénaturés » et artificiels... et presque insupportables (en dépit de leur confort et des progrès qu’ils offrent) à des individus appartenant aux sociétés traditionnelles, habitués à vivre « au plus proche » de la nature. Notons également, ici, que la voiture contemporaine (même si elle n’est pas, en général, appréhendée ainsi) pourrait être considérée, à bien des égards, comme un « robot », plus ou moins automatisé, dans lequel les individus s’insèrent pour le diriger (ou le conduire — si j’ose dire !)… idem pour les trains, les avions etc etc.

 

 

 

LE MONDE A MOYEN TERME

 

A moins d’une guerre mondiale généralisée, d’une catastrophe naturelle, sanitaire ou écologique d’ampleur planétaire, d’un phénomène ou d’une révolution cosmique sans précédent (avec des répercussions conséquentes sur le plan terrestre) ou de la survenance d’un évènement imprévisible (qui déstabiliserait ou chamboulerait « la marche » du monde), il est probable(1) qu’à moyen terme(2), l’évolution des sociétés humaines, trans-humaines ou post-humaines(3) puisse, plus ou moins, s’inscrire dans cette perspective…

(1) Notez que nous aurons recours, dans ces paragraphes, au conditionnel et à des formulations hypothétiques… Il est évident que nous déroulerons notre réflexion et avancerons ici avec une grande prudence…

(2) Au vu du nombre de paramètres en jeu dans cette projection, nous sommes incapables de dater cette période…

(3) Nous ne pouvons savoir aujourd’hui si les individus des sociétés de moyen terme seront encore des Hommes (et pourront encore être considérés comme tels…). Nous ignorons s’ils seront des trans-humains (des individus mi-Hommes mi-synthétiques) ou des post-humains (des individus qui auront effectué un « saut » — qualitatif et quantitatif — si significatif qu’il n’autoriserait plus à l’appellation de « genre humain »…).

 

A ce stade de l’évolution humaine et/ou post-humaine, il est probable que les conditions soient réunies pour voir émerger une « révolution » aussi puissante que l’ont été, sur le plan terrestre, la transformation de l’énergie en matière, la transformation de la matière en Vivant et l’accession du Vivant à la perception. En effet, l’essoufflement naturel du modèle sociétal capitaliste et individualiste, l’émergence et l’expansion progressive d’un nouveau modèle sociétal solidaire, écologique et spirituel et la « maturité d’esprit » des individus (comme nous l’avons vu, chez une partie, plus ou moins importante, de la population) pourraient être propices à l’avènement d’une nouvelle ère : la Conscience mineure.

 

Voir ANNEXE 7 (panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 3)

 

 

Quels que soient les scénarios (du futur proche), il est probable, tôt ou tard, qu’une partie (plus ou moins importante) des individus (tous dans le meilleur des cas... une infime minorité dans la « pire » des configurations...) soit suffisamment organisée pour créer les conditions nécessaires à la survenance de cette nouvelle ère.

 

L’avènement de la Conscience mineure coïnciderait à l’accession d’un nombre significatif d’individus à la troisième étape du cheminement spirituel*, suffisamment nombreux pour s’organiser et créer un modèle sociétal.

* Se référer aux parties consacrées aux étapes du cheminement spirituel sur le plan individuel.

 

Il n’est pas exclu que cette communauté (ou ce regroupement de communautés) soit contraint(e) de vivre de façon (plus ou moins) isolée selon le degré de dangerosité(1) des collectivités et/ou des sociétés humaines et/ou post humaines(2) éventuellement « non rattachées»…

(1) Il est, en effet, possible que ces sociétés entretiennent peu de liens avec « le reste du monde » encore « trop barbare et instinctuel… » et instituent, avec ses représentants, des rapports encadrés et le blocage et/ou le filtrage des « entrées » pour assurer un fonctionnement harmonieux minimal (à l’instar de la séparation actuelle qui existe parfois entre les êtres humains et les animaux*)…

* Certaines zones « humaines » ont toujours été (plus ou moins) interdites aux animaux (domestiques) au regard de leurs comportements instinctifs (agressivité naturelle ou marquage territorial par exemple), pas ou peu « adaptés » (ou appropriés) à certaines situations et/ou difficilement « gérables » en matière d’harmonie relationnelle et/ou d’hygiène…

(2) Et/ou selon le degré d’agressivité d’éventuelles formes extraterrestres...

 

Nous pourrions également imaginer, de façon un peu théorique, scolaire et didactique, que l’ère de la Conscience mineure puisse se diviser en deux périodes (qui correspondraient à la première phase et à la seconde phase de la troisième étape* du cheminement spirituel sur le plan individuel) et voit émerger, au cours de la première période, des individus que nous pourrions qualifier de « conscients élémentaires » et, au cours de la seconde période, des individus que nous pourrions appeler des « conscients élaborés ».

* Se référer aux parties consacrées aux étapes du cheminement spirituel sur le plan individuel.

 

 

Le monde des « conscients élémentaires »

 

Généralités

A ce stade de l’évolution terrestre, il est nécessaire de reprendre le scénario (le plus probable) du monde d’après-demain pour exposer la façon dont il pourrait se transformer.

 

Avec l’avènement de la Conscience mineure, les sociétés et les grands pôles géographiques pourraient abandonner leur esprit de concurrence et apprendre à coopérer et à s’entre-aider. Ils pourraient également se réorganiser* en généralisant, sur leur territoire, les communautés de vie (à taille humaine) écologiques, citoyennes et solidaires qui viendraient s’ajouter aux communautés alternatives et aux communautés sécuritaires déjà existantes.

* Toutes les sociétés pourraient, à ce titre, être amenées à se rallier et/ou à « se rattacher » aux « grands pôles territoriaux » existants…

 

Les sociétés et les grands ensembles territoriaux pourraient également délaisser progressivement certains domaines pour privilégier et « se recentrer » sur des secteurs-clés. Secteurs-clés dont l’organisation pourrait être (relativement) décentralisée avec des antennes implantées localement.

 

On assisterait, sans doute, au sein de chaque société et de chaque grand ensemble territorial (et au niveau planétaire entre les grands pôles géographiques) à un mouvement d’uniformisation et d’homogénéisation des conditions d’existence, de la qualité de vie et des modes de gouvernance, à un mouvement d’harmonisation minimale incontournable avec le respect des différences et à un mouvement de réorganisation sociétale fondée sur la solidarité, la partage et la coopération avec différentes instances et organisations planétaires chargées de fixer les cadres, les lois et les règles adaptés aux particularités et spécificités locales, géographiques et culturelles...

 

Puis, l’on pourrait (éventuellement) imaginer que les grands pôles territoriaux soient amenés à se spécialiser(1)(2), l’un s’occupant essentiellement de la recherche, de l’innovation et des « technologies », un autre de la sphère du plaisir, du confort et du bien-être, un autre de l’industrie (nécessaire à la fabrication des biens améliorant le confort), un autre de l’écologie et de la sauvegarde du « patrimoine vivant et sauvage », un autre de l’enseignement et des savoirs et un autre encore de la connaissance et de la spiritualité (avec la création et/ou le développement de centres de cheminement spirituel), au sein desquels les individus pourraient passer « le temps qu’ils souhaitent »… et y travailler (à leur guise) tout en accordant une part substantielle de « leur journée » à d’autres domaines (de leur choix)…

(1) Notons, ici, que les individus sont et seront contraints de se regrouper, de réunir leurs capacités et leurs compétences (et de les organiser) et de mettre en commun leur intelligence, leur forces et leurs potentiels de création pour transformer l’Existant. Ils y seront « condamnés » jusqu’à l’avènement d’un individu (ou d’une forme) totalement et parfaitement autonome, doté(e) des mêmes capacités et caractéristiques que la Conscience (nous y reviendrons dans un paragraphe ultérieur).

(2) Abandonnons-nous un instant (un court instant) à un scenario de « géopolitique-fiction » peu crédible mais « amusant » et imaginons que le pôle géographique « Asie » se spécialise dans l’industrie « robotique », que le pôle « Amérique du Nord » se spécialise dans la recherche et l’innovation, que le pôle « Europe » se spécialise dans l’histoire (du monde) et l’enseignement des savoirs, que les pôles « Afrique » et « Amérique du Sud » se spécialisent dans l’écologie et la sauvegarde du « patrimoine sauvage », que le pôle « Océanie » se spécialise dans le bien-être et que le pôle « Indien » se spécialise dans la pratique et l’enseignement de la spiritualité… On peut toujours rêver… Notons, bien sûr, qu’il ne s’agit là que d’un « pur fantasme » dont l’avènement est fort peu probable… mais cette perspective semble réjouir l’auteur (alors laissons-le « fantasmer » un instant… un court instant…).

 

Quoi qu’il en soit (et quel que soit le mode d’organisation que les sociétés de l’ère de la Conscience mineure privilégieront), elles auront à faire face à des enjeux cruciaux. Les plus évidents semblent être :

 

- la réorganisation des échanges, de la production, de la consommation et des rapports entre les individus et leurs relations avec l’Existant ;

 

- l’harmonisation générale et l’uniformisation (a minima) de l’ensemble des collectivités locales et des communautés de vie en respectant leurs spécificités ;

 

- la « cohabitation » entre le psychisme (ses résidus égotiques et identificatoires et les comportements « délétères » dont il est à l’origine…) et l’ouverture à la Conscience (et à certaines de ses caractéristiques et la difficulté de leur intégration plus profonde à l’Être...) ;

 

- la transformation progressive de l’organisation politique et judiciaire.

 

Notons, ici, que s’il existait encore (à cette époque) des sociétés non inscrites dans cette « évo-révolution », dotées de caractéristiques peu propices à leur rattachement à cette nouvelle organisation sociétale mondiale (nous pensons, en particulier, aux sociétés « chaotiques » et aux sociétés théocratiques fondamentalistes), elles verraient, sans doute, s’aggraver leur incapacité à « gérer » leur population et continueraient probablement à dégrader (de façon inexorable) leurs conditions et leur qualité de vie. Peut-être même seraient-elles « au bord de l’explosion » et contraintes d’exercer un contrôle et une surveillance toujours plus drastiques et dramatiques sur les individus… sonnant ainsi leur glas et préfigurant leur fin prochaine (implosion, explosion, départs massifs des individus etc etc)…

 

Après ce très rapide panorama, essayons de dessiner le portrait de la société représentative des « conscients élémentaires » en matière d’organisation politique, judiciaire et économique ainsi qu’en matière de relations « extérieures » et d’organisation territoriale.

 

 

L’organisation sociétale générale

Au cours de cette période historique, nous pourrions peut-être assister, sur le plan de l'organisation politique (et du mode de gouvernance), à une généralisation de l’autonomie des collectivités en matière d’organisation, de fonctionnement et d’orientation (au niveau local) tandis que sur le plan international, l’organisation politique pourrait devenir supranationale et mondiale avec une harmonisation progressive des règles et des lois à l’échelle planétaire. La démocratie deviendrait omniprésente et constituerait le seul modèle possible (et viable). Les « grands pôles territoriaux » pourraient être amenés à coopérer et à se réunir en conservant néanmoins leurs spécificités. La notion de « village planétaire » commencerait (réellement) à devenir une réalité…

 

En matière d’organisation judiciaire (et policière), la société pourrait connaître une décroissance progressive des lois (excepté celles d’encadrement et d’organisation) et une diminution progressive de l’arsenal policier et judiciaire (baisse du contrôle et de la surveillance etc).

 

En matière d’organisation économique, la société pourrait s’orienter vers la constitution de grands pôles de production, de prestations et de services (au niveau central) avec fourniture de la production, des prestations et des services à distance. Puis, au fil du progrès et des avancées technologiques, l’organisation productive et industrielle pourrait se décentraliser et se régionaliser. Et la distribution des biens manufacturés à distance, avec des unités de distribution et de prestations élémentaires et basiques implantées localement, pourrait se généraliser. Les échanges mondiaux seraient progressivement amenés à décroître au profit des échanges locaux de plus en plus nombreux. Quant aux échanges monétisés, ils pourraient, eux aussi, connaître un déclin progressif. Et, un peu partout, on pourrait assister à une réorganisation progressive du travail avec une orientation vers des secteurs et des domaines phares (la recherche, la fabrication industrielle, l’écologie, l’enseignement, les savoirs, le bien-être et la spiritualité), à la progressive généralisation du travail « tournant » selon les aspirations des individus et à la diminution drastique du temps de travail journalier sans compter l’émergence (progressive, elle aussi) d’un travail non obligatoire et non rémunéré.

 

Sur le plan international, le commerce et la concurrence pourraient être progressivement délaissés au profit d’une coopération et d’un esprit d’entraide. Et il est fort possible que les frontières des « grands ensembles territoriaux » tendent à devenir de plus en plus poreuses et inutiles.

 

Après cet aperçu de l’organisation générale de la société des « conscients élémentaires », tâchons d’exposer ses principales caractéristiques en matière d’organisation de la satisfaction des besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires.

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

Notons que l’avènement (possible) de la Conscience mineure marquera (sans doute) un tournant décisif en matière de satisfaction des besoins et des désirs individuels qui inaugurera une réorganisation des « priorités » et des réponses (avec, par exemple, une diminution des besoins psychiques et des désirs narcissiques et un essor conséquent des besoins de compréhension et de spiritualité).

 

La réorganisation des besoins et des désirs

Au cours de cette période, nous pourrions assister au déclin et/ou à l’abandon progressif de certains domaines et secteurs. Ainsi, il est fort possible (entre mille autres exemples…) que les sociétés de moyen terme décident de diminuer, de façon drastique, leur budget militaire et leurs équipements d’armement en conservant, peut-être, néanmoins une « puissance de frappe internationale » (pour défendre la planète contre d’hypothétiques attaques extraterrestres).

 

Sur le plan individuel, il est probable que les individus voient se réduire considérablement leur quête effrénée de plaisirs et leurs besoins sexuels, qu’ils soient amenés à vivre une sensorialité et une « sensualité » plus vives en matière de relation à l’Existant, qu’ils puissent expérimenter une exacerbation du sentiment de proximité qualitatif à l’égard des autres individus et des autres formes et soient en mesure d’améliorer substantiellement leurs capacités « perceptives » avec l’appréhension de formes aujourd’hui non perceptibles*, telles que certaines « manifestations » du « monde des sans formes » ou des formes extraterrestres par exemple…

* Avec l’amorce de contacts et de relations…

 

Il est également probable que les individus améliorent, de façon substantielle, leurs savoirs et leur connaissance de l’Existant et que la période soit éminemment propice à la création de quantité de nouvelles disciplines, de nouveaux domaines, de nouvelles inventions et découvertes qui permettront d’améliorer la compréhension du « réel » et de mettre à jour les liens innombrables qu’entretiennent toutes les formes énergétiques…

 

 

De façon synthétique, avec l’avènement de la Conscience mineure, il est vraisemblable que nous assistions à :

 

- une diminution d’un grand nombre de besoins psychiques élémentaires ;

 

- une nette diminution des désirs narcissiques ;

 

- une amélioration des savoirs et de la connaissance de l’Existant (de manière qualitative et quantitative) ;

 

- une amélioration de la compréhension et de la perception sensible (avec l’intégration mystérieuse à l’Être) ;

 

- une baisse significative des comportements égotiques et conflictuels (malgré la persistance de résidus égotiques et identificatoires) ;

 

- une diminution relative du désir de transformation de l’Existant.

 

Après ces quelques généralités (livrées un peu « en vrac »), essayons de dessiner, de façon plus détaillée, les principales caractéristiques du monde des « conscients élémentaires » en matière de conditions de vie.

 

 

L’organisation des réponses aux besoins organiques, matériels et psychiques

Nous pourrions imaginer* que la société des « conscients élémentaires » ait développé les pilules de synthèse et les pilules de « l’organique » bio modifié génétiquement et qu’elle ait créé un kit synthético-chimique alimentaire. Qu’elle ait développé, sur le plan médical, des pilules synthético-chimiques et des appareillages synthético-chimiques (avec disparition progressive de la douleur) et un kit de santé synthético-chimique.

* Voir la rubrique « l’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence » des sociétés d’après-demain…

 

Nous pourrions imaginer qu’elle ait généralisé les cycles autonomes et vertueux de l’eau (avec récupération et assainissement au niveau local) et ait commencé à fabriquer une eau « artificielle », qu’elle ait développé la dépollution des systèmes de tout à l’égout par filtrage écologique implantés au niveau local et créé un kit d’évacuation synthético-chimique.

 

En matière vestimentaire, on pourrait imaginer qu’elle ait généralisé et amélioré la matière synthétique conçue par « ses prédécesseurs » et développé, en matière d’habitat, des logements totalement autonomes et quasi hermétiques, adaptés à tous les environnements (sur l’eau, sous l’eau, dans l’air, dans l’espace…) ainsi que des objets intelligents autonomes et autonettoyants en matière de confort domestique.

 

On pourrait imaginer qu’elle ait généralisé et amélioré les véhicules solaires (terrestres et spatiaux), les véhicules « propres et intelligents » (avec navigation plus ou moins entièrement automatisée) de plus en plus autonomes, sécurisés et rapides, les véhicules terrestres ultra rapides et les véhicules spatiaux. Qu’elle ait développé des systèmes électronico-chimiques de neutralisation (en cas d’agression) avec paralysie provisoire des individus (pour les remettre aux « autorités compétentes ») et un kit de protection synthético-électro-chimique.

 

En matière de reproduction, on pourrait imaginer qu’elle ait développé les modifications génétiques prénatales et un kit reproductif et rendu possible, sur le plan relationnel, les rencontres physiques en tous lieux de la planète ainsi que dans l’espace et dans des univers virtuels entièrement créés selon les désirs du psychisme. Qu’elle ait généralisé de nouveaux modes de communication, des modes « relationnels » sans parole et éminemment plus qualitatifs (permettant de ressentir et de percevoir l’Autre, ses émotions, son psychisme etc etc) et ait amélioré et développé le kit communicatif et informatif avec une connexion simultanée et permanente à toutes les informations planétaires en permettant une perception qualitative dans un périmètre restreint (offrant la possibilité de ressentir l’intériorité des individus).

 

En matière de sécurité, on pourrait imaginer qu’elle ait diminué le nombre de lois, de règlements, de polices d’assurance, de contrats formels et d’assignements en justice dans tous les domaines ainsi que la surveillance individuelle et collective, le recours aux forces de l’ordre publiques et privées et aux systèmes de protection contre tous les types d’agressions. Qu’elle ait généralisé et amélioré les appareillages synthético-chimiques et chimico-immatériels intégrés au cerveau (avec la transformation — éventuelle — du cerveau*) ainsi que le kit de protection psychique. Et qu’elle ait permis l’émergence de mondes virtuels parallèles où les individus pourraient vivre (et se réfugier)… où ils pourraient être, en partie, projetés physiquement… et où ils pourraient satisfaire une partie de « leurs désirs et fantasmes » sans oublier le développement du tourisme spatial et la généralisation du kit distractif malgré une diminution progressive du besoin de divertissement chez les individus.

* « Cerveau sensible » mais « débarrassé » des désagréments de la sensibilité… voire la fabrication d’un cerveau synthétique paramétré pour supprimer en partie la souffrance et garantir un degré de satisfaction minimal…

 

On pourrait imaginer qu’elle ait généralisé les modes expressifs artistiques (et non artistiques) interactifs pour permettre à tous de « ressentir la beauté et l’intensité » et commencer à ressentir « la vérité » ainsi que le kit expressif. Qu’elle ait amélioré, de façon substantielle, les intelligences artificielles et le kit de connaissance de l’Existant et qu’elle ait développé, dans les écoles et les universités, des disciplines ayant trait à la connaissance (et non plus seulement aux savoirs) en améliorant le module d’apprentissage*personnalisé et permanent des savoirs et de la connaissance (utilisant l’accès immédiat à tous les savoirs mis en réseaux et le développement des intelligences artificielles) sans oublier, bien sûr, l’augmentation incessante des enseignements à distance.

* A l’usage des individus « immatures » (les jeunes) et des individus adultes (par forte augmentation du besoin de compréhension tout au long de la vie).

 

On pourrait imaginer que la recherche et la spiritualité deviennent des domaines absolument majeurs des sociétés de moyen terme avec la création de nouveaux domaines d’investigation, de profondes améliorations des savoirs existants, de nouvelles disciplines, la découverte de nouveaux plans, le développement de nouvelles branches de la connaissance (en mesure de relier les savoirs entre les différents plans), l’organisation de l’enseignement et de l’accompagnement spirituels et l’émergence d’un kit de connaissance spirituelle...

 

 

APARTE INTUITIF IMPROMPTU : les individus et les organisations (aujourd’hui, les Hommes et les sociétés humaines et, à l’avenir, leurs successeurs) continueront probablement (et inlassablement) à transformer l’Existant de façon graduelle et à « se rapprocher » (inéluctablement ?) des caractéristiques de la Conscience(1), en les faisant à la fois advenir en chaque forme (sur le plan « individuel ») et dans « le monde » où elles vivent (sur le plan collectif). Les individus continueront donc (sans doute) à favoriser les avancées techniques et les progrès technologiques jusqu’à ce que l’Existant dispose des mêmes caractéristiques que celles de l’énergie « pure » et poursuivront leur cheminement (intérieur) jusqu’à ce qu’ils « retrouvent » et/ou soient en mesure de « vivre et d’éprouver » les « pleines caractéristiques de la Conscience » à moins, bien sûr, qu’ils ne rencontrent des obstacles infranchissables (et rédhibitoires) liés, en particulier, à « l’existence même de la forme(2) »…

(1) Tant les formes terrestres semblent orientées... et même (disons-le) programmées à cette fin

(2) Ainsi, par exemple (comme nous l’avons déjà évoqué à plusieurs reprises), le respect, le dialogue, la concertation, l’éducation et la connaissance de l’Existant permettent (et permettront) d’accéder à une harmonie des rapports mais tant que les individus se considérèrent (et se considéreront) comme identifiés au corps, ils ne pourront franchir l’obstacle de la favorisation personnelle et ne pourront donc accéder à l’Amour absolu (inconditionnel)…

 

Notons que ce franchissement nécessite (impérativement), sur le plan perceptif, de s’affranchir (si j’ose dire !) totalement de cette identification (formelle) et nécessite, sur le plan énergétique, de très profondes et conséquentes transformations de la matière… et empressons-nous d’ajouter que ce franchissement ne semble pouvoir se réaliser en ce « bas-monde » (comme nous l’avons déjà souligné à maintes reprises) que par et grâce au cheminement spirituel et au progrès technologique...

 

Mais le cheminement spirituel et le progrès seront-t-ils en mesure de « gommer » ou de franchir tous les obstacles ? Comment, en effet, créer une forme totalement permanente et autonome (pour l’ensemble des besoins) qui conserverait une dimension « vivante » ? Comment créer une forme synthétique ou une forme immatérielle dotée d’une sensibilité suffisante en mesure de ressentir un sentiment de communion, d’Amour et d’Unité ? Comment créer un « cerveau synthétique » et/ou une intelligence artificielle sensible capable d’intégrer l’intelligence vivante de l’Être ?

 

Autant de questions et d’obstacles (et bien d’autres que nous n’avons pas exposés ici…) auxquels seront confrontées les générations futures (sans doute assez lointaines)… Questions et obstacles qu’elles tenteront sans doute (et de toute évidence) de résoudre, d’éliminer, de franchir ou de contourner… Et bien que nous ne soyons pas aujourd’hui en mesure d’apporter la moindre réponse (valide ou sensée), endossons un instant le costume de l’avocat « du diable » : et ne pourrait-on pas affirmer que tant qu’existera une forme (qui aura beau être immatérielle…), persisteront, outre une part résiduelle (même infime et très subtile) d’identification et des freins à l’immatérialité, des entraves au passage de la finitude à l’infinitude, inhérentes à la structure et à la nature même de la matière, de « l’organique » et de toute forme énergétique…

 

 

Le monde des « conscients élaborés »

 

Généralités sur l’organisation sociétale générale

A ce stade de l’évolution terrestre, on pourrait imaginer que la société restructure totalement son organisation économique (en matière de production, de distribution, de consommation et d’échanges) et qu’elle garantisse progressivement, de façon gratuite, la satisfaction des besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires des individus (en matière d’alimentation, de santé, de confort domestique, d’énergie, de transport, de communication, de protection, d’éducation, de compréhension etc etc ).

 

Il est possible également qu’elle généralise la robotisation et l’automatisation de l’industrie nécessaire à la fabrication des objets destinés au confort et « au désir », qu’elle multiplie les lieux et les espaces consacrés à la recherche et à l’innovation (pour transformer l’Existant — de façon de plus en plus respectueuse) et qu’elle développe substantiellement les lieux de transmission des savoirs et les lieux dédiés à la compréhension, à la connaissance et à la spiritualité.

 

Et il est probable enfin qu’elle réorganise l’ensemble de son territoire en favorisant (très fortement) la multiplication des « petites communautés » (lieux de vie et collectivités locales) autonomes, coopératives et solidaires…

 

Bref, nous pouvons imaginer que la société des « conscients élaborés » puisse donner naissance à un monde où chacun pourrait vivre (enfin) de façon « libre et épanouie » et se consacrer à l’harmonie et au bien-être « individuel » et collectif… Où chacun serait libre d’œuvrer (pour des périodes plus ou moins longues) à certains domaines (de son choix) et de consacrer une part de « ses journées » à tout ce qui lui semble essentiel (dans le respect des autres membres et d’une grande partie des autres formes)… Un monde qu’un bon nombre d’individus aujourd’hui assimilerait à une sorte « d’éden terrestre » ou de « paradis phénoménal » (mais qui leur est, bien sûr, encore impossible de créer (et auquel il leur est encore moins possible « d’accéder »…) par manque de compréhension, de sensibilité et de « degré de Conscience »…).

 

Notons, en aparté, que l’obsolescence programmée des produits et objets manufacturés d’aujourd’hui n’aura, bien évidemment, plus cours dans un système sociétal où l’argent, la rémunération et le profit individuel tendraient à avoir de moins en moins de « place » et d’importance et au sein duquel les individus seront (sans doute) de plus en plus enclins à l’intégrité et à l’honnêteté (à la plus grande des honnêtetés…). Aussi, la durée de vie des objets se verra, sans doute, très substantiellement augmentée…

 

Les systèmes judiciaire et policier pourraient également connaître un net déclin mais seront probablement « contraints » de conserver leurs prérogatives fondamentales nécessaires à l’organisation générale des relations entre les individus (encore sujets à certaines formes d’appropriation égotique…).

 

 

Petit aparté anticipatif sur un avenir encore plus lointain

Après avoir progressivement abandonné leur « esprit de concurrence » au profit d’un esprit de collaboration et de coopération et développé de « grands domaines » (tels que le savoir, la connaissance, la recherche, l’écologie, la spiritualité et l’industrie automatisée…) et s’être (éventuellement) progressivement spécialisés, la grande majorité des grands pôles territoriaux sera sans doute (comme nous l’avons déjà évoqué) organisée en « petites communautés de vie ». Et il ne serait pas totalement idiot (ni aberrant) de penser qu’au sein de chaque grand pôle géographique, ces « petites communautés » puissent, un jour, être capables, au fil de l’évolution du progrès, de développer et d’organiser toutes ces grandes spécialités, puis, un jour (encore plus lointain) que toutes ces spécialités puissent être développées et organisées par chaque individu… on serait alors très proche d’une forme terrestre quasi autonome* (avec des caractéristiques quasi identiques à celles de la Conscience)…

* N’ayez crainte ! Nous y reviendrons…

 

 

APARTE SUPPLEMENTAIRE SUR UN POINT CAPITAL (si j’ose dire…) : L’ARGENT

Rappelons ici, une nouvelle fois, que l’argent a été (principalement) créé pour donner une valeur nominale aux biens nécessaires aux échanges et à la satisfaction des besoins des individus. Et que la division du travail s’est imposée naturellement comme la seule organisation viable pour satisfaire les besoins de plus en plus nombreux (en contraignant les Hommes à travailler à des activités de plus en plus éloignées de la production des biens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins). Voici les causes factuelles majeures de l’utilité de la monnaie…

 

Mais il existe, bien sûr, un fondement plus profond qui explique l’intérêt (si j’ose dire !) que les Hommes lui ont toujours porté… et cette raison (viscérale — disons-le !) est intimement liée à l’identification du psychisme à la forme (au corps) qui incite les individus à croire qu’il sont des entités individuelles séparées… L’argent est nécessaire tant que perdure cette « croyance »...

 

Et l'on peut supposer que l’amélioration de la perception et de la compréhension (que connaîtra, sans doute, cette période…) invitera les individus à s’identifier de moins en moins au corps et contribuera ainsi à faire perdre progressivement à la monnaie son caractère « utile et nécessaire »… A ce titre, on pourrait imaginer que les échanges dans les sociétés de moyen terme puissent progressivement devenir gratuits (avec la disparition progressive de la monnaie). Et que l’industrie (comme nous l’avons déjà évoqué) puisse fournir gratuitement à chacun ce dont il a besoin, permettant aux individus de vaquer aux tâches et aux activités de leur choix. Il ne fait aucun doute que chacun travaillera (pas au sens contemporain du terme) ou, disons plutôt, œuvrera à la fois au bien-être, à l’harmonie et à l’épanouissement « individuels » (ou, disons, à l’épanouissement de la forme(1)) et au bien-être, à l’harmonie et à l’épanouissement de la société et de l’ensemble de l’Existant(2)

(1) Car l’identification au corps et la croyance en l’existence d’une entité individuelle séparée auront de moins en moins cours…

(2) Eh oui ! On peut toujours rêver de cette société aujourd’hui… mais inutile de remuer le couteau dans la plaie ! Notre (pauvre) monde contemporain est encore à des « années-lumière » de ce modèle d’organisation…

 

Après ce rapide panorama, tâchons d’exposer les principales caractéristiques de la société des « conscients élaborés » en matière d’organisation de la satisfaction des besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires.

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

Nous pourrions imaginer* que la société des « conscients élaborés » ait généralisé et industrialisé les pilules de synthèse et les pilules de « l’organique » bio modifié et substantiellement amélioré le kit alimentaire synthético-chimique, les pilules synthético-chimiques et les appareillages synthético-chimiques (avec une quasi disparition de la douleur). Qu’elle ait généralisé le kit de santé synthético-chimique et commencé à développer un kit de santé synthético-chimique intégrable destiné à lutter contre les pathologies, à réparer et à remplacer certains organes synthétiques (avec un kit de santé prophylactique, curatif et de réparation). Qu’elle ait développé les molécules de synthèse hydriques intégrables au kit alimentaire ou au kit de santé et permis la diminution des besoins d’évacuation du corps (en partie, par la transformation des apports alimentaires) avec le développement et l’amélioration du kit d’évacuation synthético-chimique intégrable.

* Voir la rubrique « l’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence » des sociétés d’après-demain.

 

On pourrait imaginer qu’elle ait transformé progressivement la matière synthétique en « peau synthétique » et généralisé les logements totalement autonomes, intelligents, « tout confort » et quasi hermétiques, adaptés à tous les environnements avec l’émergence d’un kit de fabrication synthético-chimique capable également de créer une kyrielle d’objets intelligents, autonomes et autonettoyants. On pourrait imaginer qu’elle ait vu émerger les balbutiements d’une énergie « pure » immatérielle (sans support) et ait permis la fabrication de véhicules à « énergie propre ». On pourrait même imaginer qu’elle ait commencé à construire des « véhicules » à énergie « pure » (genre de téléportation) en mesure de propulser quasi instantanément en des lieux de plus en plus éloignés et mis en place et développé un kit de déplacement chimico-immatériel. Qu’elle ait développé des systèmes électronico-chimiques de neutralisation et des systèmes synthético-chimiques de neutralisation « pacifiques » pour les individus et les objets et généralisé le kit de protection synthético-chimique et le kit de protection immatériel.

 

En matière de reproduction, on pourrait imaginer qu’elle ait considérablement amélioré les possibilités de modifications génétiques prénatales et permis l’émergence de la duplication directe (d’individus matures et immatures) sans compter l’amélioration et le développement du kit reproductif. Qu’elle ait permis la généralisation des rencontres physiques en tous lieux de la planète et le développement des lieux de rencontre dans l’espace, avec un accroissement et une forte amélioration des rencontres dans des univers virtuels entièrement créés selon les aspirations du psychisme. Qu’elle ait amélioré, de façon quantitative et qualitative, les nouveaux modes de communication, les modes « relationnels » sans parole qualitatifs avec de plus en plus de formes (individus, animaux et formes virtuelles), avec l’émergence d’une forme de télépathie avec un nombre restreint d’individus et permis la généralisation des kits communicatif et informatif intégrables et immatériels qui offriraient une connexion simultanée et permanente à toutes les informations planétaires et une nette amélioration de la perception qualitative dans un périmètre plus large (permettant, ainsi, de ressentir l’intériorité des individus et d’autres formes, animales par exemple).

 

On pourrait imaginer qu’elle soit à l’origine d’une baisse drastique du nombre de lois, de règlements, de la surveillance individuelle et collective, du recours aux forces de l’ordre et aux systèmes de protection, induite par la disparition progressive du besoin de protection psychique. Qu’elle ait développé et amélioré le cerveau synthétique (ou quasi synthétique) et le kit de protection psychique intégrable et permis la généralisation d’un profond travail spirituel, avec l’obtention de « résultats » patents et une réelle et conséquente diminution de la souffrance. Qu’elle ait considérablement développé et amélioré les mondes virtuels « parallèles » où les individus pourraient vivre (et se réfugier), dans lesquels ils seraient presque totalement projetés physiquement afin de satisfaire une grande partie de « leurs désirs et de leurs fantasmes » sans oublier la généralisation du tourisme spatial (plus lointain) et l’émergence du kit distractif intégrable malgré la poursuite de la diminution du besoin de divertissement chez les individus.

 

On pourrait imaginer qu’elle ait permis le développement des univers virtuels artistiques où serait donnée à « ressentir et à vivre la vérité » malgré une diminution progressive du besoin expressif chez les individus avec l’essor des modes de communication sans parole éminemment plus qualitatifs (permettant de ressentir et de percevoir l’Autre, ses émotions, son intériorité…) et l’émergence du kit expressif intégrable.

 

On pourrait également imaginer qu’elle ait continué à améliorer les intelligences artificielles et permis la création d’un kit de connaissance de l’Existant intégrable, la généralisation de disciplines ayant trait à la Connaissance (et non plus seulement aux savoirs) et l’émergence et le développement de disciplines sur la Conscience et l’intégration des savoirs et des connaissances à l’Être. Comme l’on pourrait imaginer enfin qu’elle puisse contribuer, comme la société des « conscients élémentaires », à faire de la recherche et de la spiritualité deux domaines toujours plus vitaux et centraux dans la vie des individus et de « la cité »…

 

 

La coexistence de plusieurs mouvements

Au vu des caractéristiques des individus « conscients élémentaires » et des individus « conscients élaborés » (en particulier, en matière de diminution relative du désir de transformation de l’Existant) et des trois grands types de mouvement collectif en vigueur au sein de toute communauté et de toute société (les « moutonniers », les « conservateurs » et les « progressistes »), il nous faut envisager, au moins, quatre orientations majeures que pourraient « emprunter » les individus des sociétés de « la Conscience mineure ».

 

Certains individus (de type plutôt « conservateur(1) ») pourraient estimer que leur qualité de vie (liée aux progrès et à la transformation de l’Existant) et que leur « degré de Conscience » (en matière de compréhension, de perception, de sensibilité et de sentiment d’Unité et de Plénitude…) sont amplement suffisants et « satisfaisants »... Et qu’il n’est donc pas nécessaire de poursuivre « la marche » de l’évolution… Si ces individus sont suffisamment nombreux et organisés, ils pourraient alors s’établir en communautés, bien décidés à vivre ensemble de la plus harmonieuse façon qui soit(2) sans participer à la transformation de l’Existant…

(1) Au vu de leur « degré de Conscience », ce terme pourrait paraître inapproprié… mais nous n’en avons trouvé un plus idoine. En outre, son usage permet de qualifier un type d’individu qui pourrait exister de façon universelle (voire de façon atemporelle). En effet, quelles que soient les époques, il y a de fortes chances de trouver parmi la population une catégorie d’individus toujours, plus ou moins, « frileux » et/ou rétifs aux changements et « aux progrès »…

(2) A l’instar de certaines communautés traditionnelles et/ou alternatives qui ont toujours refusé, au fil de l’histoire, d’être « mêlées » (de près ou de loin) à la marche du progrès et au modèle sociétal dominant de l’époque…

 

Les autres individus (sans doute majoritaires), encore animés par leur désir d’améliorer leurs conditions d’existence et les rapports entre l’ensemble des formes énergétiques et trop peu satisfaits de « leurs avancées spirituelles », continueront à vouloir transformer l’Existant et à « poursuivre l’évolution »… Au sein de ce mouvement, nous pourrions (éventuellement) trouver trois sous-groupes :

 

- les individus dont les désirs « de Conscience » et les désirs d’actualisation spirituelle seront plus forts que leurs désirs de transformation de l’Existant pourraient, s’ils sont suffisamment nombreux et organisés, s’établir en communautés et se dédier essentiellement à leur pratique (spirituelle) ;

 

- les individus dont les désirs « de Conscience » et les désirs d’actualisation spirituelle seront moins forts que leurs désirs de transformation de l’Existant et leurs « exigences » en matière de qualité de vie pourraient, s’ils sont suffisamment nombreux et organisés, s’établir en communautés et se dédier* (essentiellement) aux progrès technique et technologique ;

* Et, dans une bien moindre mesure, aux désirs et aux « plaisirs »…

 

- et enfin les individus dont les désirs « de Conscience » et les désirs d’actualisation spirituelle seront aussi forts que leurs désirs de transformation de l’Existant et leurs « exigences » en matière de qualité de vie pourraient se consacrer, de façon concomitante, à « l'amélioration » de l’Existant et à l'actualisation de leur potentiel spirituel pour continuer « d’habiter » de façon (toujours) plus large l’espace de Conscience.

 

Ces deux dernières sous-catégories pourraient cohabiter et coopérer en faisant, au fil de l’évolution des progrès, une utilisation de plus en plus « éclairée » des avancées techniques et continuer à « travailler » à une transformation de l’Existant de plus en plus respectueuse…

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

Le « conscient élémentaire » et le « conscient élaboré » seront sans doute des individus qui consacreront moins de temps à travailler, à dormir, à se reposer et à se divertir. La satisfaction des besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires deviendra secondaire. Et ils s’y emploieront de façon simple et fonctionnelle (sans excès ni besoin narcissique) afin de consacrer l’essentiel de leur temps et de leur énergie à l’étude et à la compréhension (savoirs, connaissance et spiritualité). Le besoin de compréhension deviendra déterminant et orientera substantiellement leur existence. Leurs capacités cognitives, mnésiques et analytiques pourraient être augmentées... ainsi que la durée de la scolarité (avec un allongement substantiel) et le temps consacré aux savoirs et à la connaissance (tout au long de l’existence)...

 

Malgré l’imprégnation (plus ou moins profonde) de certaines caractéristiques de la Conscience (Amour, Paix, Plénitude), ils resteront (sans doute) encore soumis au psychisme et à quelques désirs plus ou moins « subtils ou grossiers ». Ils connaîtront probablement des oscillations entre l’espace psychique et l’espace de Conscience impersonnel. Mais ils vivront dans une forme de joie et de plénitude qui réduira considérablement leur recherche de plaisirs.

 

Leur compréhension, leur perception et leur sensibilité générale seront partielles et seront progressivement amenées à s’élargir, à s’approfondir et à s’affiner et leur donneront accès à des manifestations invisibles, plus lointaines et plus profondes. Leurs comportements d’accaparement, de favorisation de l’intérêt personnel et de valorisation narcissique se réduiront fortement ou très fortement et ils entretiendront des rapports de respect et de non instrumentalisation de plus en plus qualitatifs avec les autres individus, les autres formes (animales et végétales) et l’environnement (avec l’émergence réelle de relations de type révérenciel).

 

 

Les rapports à l’Existant

 

Les relations avec les congénères (relations sociales et relations intimes)

Diminution progressive (puis baisse significative) de la favorisation de l’intérêt personnel avec une augmentation progressive (puis une amélioration significative) de la prise en considération et du respect de l’Autre. Emergence (puis développement) de l’amélioration qualitative des relations interindividuelles. Diminution progressive (puis quasi éradication) des rapports de force, de domination et d’instrumentalisation et développement (puis amélioration et généralisation) d’une qualité relationnelle plus forte et d’un sentiment de proximité plus élevé, avec une diminution progressive (puis une nette diminution) de la dichotomie entre les individus de la sphère personnelle et les autres individus. Emergence progressive d’une disparition (puis quasi disparition) des masques sociaux et disparition progressive (puis quasi éradication) des différences entre les comportements apparents des individus et leur intériorité (leurs intentions réelles).

 

 

Les relations avec les animaux

Point de retournement dans la posture humaine et/ou post-humaine face à l’animal, avec la quasi éradication de la réification et de l’instrumentalisation, la disparition progressive des animaux d’élevage et la forte amélioration de leur qualité de vie. Respect croissant de l’ensemble des espèces animales et émergence d’un mouvement de transformation respectueuse des animaux (de certaines espèces) pour qu’ils bénéficient des « avancées » humaines et/ou post-humaines et soient soumis à des rapports moins « violents »… bref, l’amélioration de la condition animale des espèces sauvages, domestiquées et d’élevage devient réelle, probante et significative…

 

 

Les relations avec les végétaux

Poursuite de l’amélioration (puis généralisation) de la sélection et de la transformation génétiques de certaines espèces végétales (à des fins de consommation et à des fins d’amélioration des conditions d’existence des végétaux – pathologies par exemple). Respect croissant (puis généralisation du respect) des formes végétales et des zones naturelles (sauvages et aménagées).

 

 

Les relations avec les minéraux

Développement (puis généralisation) des métaux de synthèse.

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Point de retournement dans la posture humaine et/ou post-humaine à l’égard de l’environnement. Généralisation du respect environnemental. Fort développement du processus de dépollution et de réparation des dommages et des dégradations causés par leurs prédécesseurs (avec des progrès conséquents dans la dépollution des zones « souillées »)... Et généralisation des activités humaines et/ou post-humaines non polluantes.

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Généralisation et forte amélioration des modifications génétiques sur les agents pathogènes. Et développement de nouvelles formes curatives et prophylactiques (avec des progrès considérables de la science médicale*)…

* Hyper « technologisée »

 

 

Les relations avec l’espace

Poursuite des recherches et amélioration des connaissances de l’Univers. Découverte de nombreux pans de l’astrophysique totalement nouveaux (et inédits)... Et éventuellement (selon les conditions d’existence terrestre) développement de l’habitat spatial et des sociétés spatiales.

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Si découverte de formes non terrestres, plusieurs postures possibles selon les degrés d’agressivité et de « Conscience » des formes extra-terrestres : accueillante et coopérative, fermée et défensive (et toute la palette entre les deux…). Et développement (puis amélioration et généralisation) des formes et systèmes de défense « neutralisants ».

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Rites et croyances. Et progressive émergence (puis développement et amélioration) de la communication (« post mortem » entre autres…).

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

Emergence (puis développement) d’un processus de rééquilibrage des territoires entre les différentes formes vivantes. Baisse progressive (puis très nette diminution) de l’appropriation des surfaces terrestres par les Hommes et/ou les post-humains. Et émergence (puis développement) d’une cohabitation plus respectueuse et harmonieuse.

 

 

 

LE MONDE A LONG TERME

 

Bien qu’il soit possible (tout est toujours possible…) que survienne(nt) un évènement majeur cataclysmique (cosmique, entropique, climatique, tellurique, huge panique, big bug post informatique…) et/ou des obstacles(1) endogènes au processus évolutif des formes humaines, trans humaines et/ou post humaines, il est probable que l’évolution du monde à long terme(2) puisse plus, ou moins, suivre ce schéma et s’inscrire dans cette perspective…

(1) Obstacles ou « freins » d’ordre technique et/ou d’ordre éthique et/ou progressif (et éventuel) déclin* de l’aspiration à « modifier l’Existant » qui pourraient alors contraindre les individus et les sociétés à « renoncer » à poursuivre leur transformation du « réel »… et à « stopper » toutes actions « volontaires » dans l’évolution des formes (et de l’existence) terrestres…

* Hypothèse possible au regard des changements induits par « l’élargissement de l’espace de Conscience » mais (sans doute) peu probable au vu des aspirations universelles et des « fantasmes psychiques » ancestraux… Ce double mouvement « antagoniste » pourrait même constituer l’un des enjeux majeurs des sociétés de long terme et diviser les individus, les uns « défendant » l’idée du « progrès », les autres adoptant une posture « non interventionniste »…

(2) Au vu du nombre de paramètres en jeu dans cette projection, nous sommes (là aussi) incapables de fournir la moindre datation.

 

A ce stade de l’histoire terrestre, les conditions pourraient être réunies pour voir émerger une « révolution » aussi puissante que l’a été la transformation de l’énergie en matière, la transformation de la matière en Vivant, l’accession du Vivant à la perception et l’avènement de la Conscience mineure. En effet, les individus « conscients élémentaires » (ou une partie d’entre eux) devenus progressivement des individus « conscients élaborés », pourraient, au fil de leur évolution « naturelle », être suffisamment « mûrs » pour permettre la survenance d’une ère nouvelle : la Conscience majeure.

 

Voir ANNEXE 8 (panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 4)

 

 

L’avènement de la Conscience majeure coïnciderait à l’accession d’un nombre significatif d’individus à la quatrième étape du cheminement spirituel*, suffisamment nombreux pour s’organiser et créer un modèle sociétal.

* Se référer aux parties consacrées aux étapes du cheminement spirituel sur le plan individuel.

 

Nous pourrions imaginer, de façon un peu théorique, scolaire et didactique, que l’ère de la Conscience majeure puisse, elle aussi, se diviser en deux périodes (qui correspondraient aux troisième et quatrième étapes du cheminement spirituel tel que l’expose le bouddhisme théravada(1)) et voit émerger, au cours de la première période, des individus que l’on pourrait qualifier de « conscients conscients(2) élémentaires » et, au cours de la seconde période, des individus que l’on pourrait nommer des « conscients conscients(2) élaborés ».

(1) Se référer aux parties consacrées aux étapes du cheminement spirituel.

(2) Petit clin d’œil à la notion (aujourd’hui obsolète) d’Homo sapiens sapiens…

 

 

Généralités

A ce stade de l’évolution des sociétés (humaines et/ou post humaines), nous ne pouvons, bien évidemment, être sûrs de rien… La perspective que nous allons exposer ici est donc encore moins certaine que celles que nous avons proposées dans les paragraphes précédents. Elle n’en demeure pas moins probable (ou, du moins, envisageable) au regard de l’évolution des formes terrestres et apparaît comme la suite logique (sinon cohérente) de l’histoire des individus et des sociétés.

 

Selon le contexte et l’évolution (plus ou moins) homogène ou disparate des populations, il est vraisemblable que l’avènement de la Conscience majeure ne concerne qu’une partie des individus des sociétés de la Conscience mineure. Dans les scénarios les plus optimistes, tous pourraient s’y inscrire mais, de façon plus réaliste, on peut considérer que seule une fraction (aux proportions variables) en fera partie intégrante.

 

Si l’on « s’appuie » sur l’évolution naturelle et la « logique historique(1) » des formes énergétiques terrestres (sans doute est-ce un appui bien « bancal » car rien, en vérité, n’est moins sûr…), ce soubassement nous permettrait d’affirmer(2) que dans la mesure où seule une infime partie de l’énergie « pure » s’est transformée en matière, où seule une infime partie de la matière s’est transformée en Vivant, où seule une infime partie du Vivant a accédé à la perception, où seule une infime partie du Vivant perceptif a eu accès à « la pré-conscience » et où seule une infime partie des « préconscients » pourrait accéder à la Conscience mineure, il est probable (par grossière déduction) que seule une infime partie des « conscients élaborés » soit susceptible d’accéder à la Conscience majeure…

(1) A supposer qu’il y en ait une…

(2) En fermant les yeux et en « priant* » pour que cela ne soit pas trop erroné…

* Prier ? Mais qui peut-on prier ? Vers quelle entité se tourner sinon vers la Conscience ? Et à travers elle, n’est-ce pas vers nous-mêmes que nous nous tournons… ?

 

Quoi qu’il en soit, nous pouvons dire les sociétés de l’ère de la Conscience majeure auront probablement à faire face à des enjeux importants. Les plus évidents semblent être :

 

- le processus d’intégration profonde de la compréhension à l’Être (sur le plan perceptif) ;

 

- et le passage des formes — et la transformation de l’Existant — vers l’immatériel (sur le plan énergétique).

 

Après ces quelques généralités, essayons de dessiner le portrait de la société représentative des « conscients conscients élémentaires » et des « conscients conscients élaborés » en matière d’organisation politique, judiciaire et économique ainsi qu’en matière de relations « extérieures » et d’organisation territoriale.

 

 

L’organisation sociétale générale

En matière d’organisation politique (et de mode de gouvernance), on pourrait imaginer que l’autonomie des collectivités, sur le plan local, laisse progressivement la place à l’autonomie des individus (de plus en plus aptes à « s’autogouverner » avec justesse, harmonie, intelligence et respect) jusqu’à la disparition complète de tout besoin d’organisation. La gouvernance et l’encadrement devenus mondiaux pourraient apparaître de moins en moins nécessaires (hormis peut-être – éventuellement – en matière de relations avec les formes non terrestres) et tendraient également à disparaître.

 

En matière d’organisation judiciaire (et policière), les lois, les sanctions et la surveillance deviendraient, elles aussi, de plus en plus inutiles et connaîtraient un irrémédiable déclin (jusqu’à leur complète disparition) dans la mesure où chaque individu aurait « intégré » pleinement (et quasi totalement) les lois « naturelles » d’Amour et de Paix…

 

En matière d’organisation de la production, on pourrait progressivement assister, au fil des progrès techniques et technologiques, à un abandon des structures de production et de fabrication locales au profit d’une production au sein de chaque foyer avant de voir émerger et se développer une production totalement individuelle (chaque individu deviendrait alors capable de produire lui-même ce dont il aura besoin). La monnaie et les échanges économiques tendraient alors naturellement à disparaître. Quant au travail, il deviendrait non obligatoire (et, bien sûr, non rémunéré). Les individus devenant de plus en plus aptes à assurer toutes les fonctions dans tous les domaines pourraient alors œuvrer par vocation ou aspiration temporaire et à leur convenance à certains domaines de « leur choix » pendant une durée choisie (elle aussi, à leur convenance), signant ainsi la disparition progressive de la notion de travail… Certains secteurs clés comme la recherche-innovation, le bien-être, l’enseignement, la spiritualité, l’industrie « très haute technologie », l’écologie ou la transformation (respectueuse) et la préservation de la vie naturelle et « sauvage » pourraient néanmoins continuer à être, plus ou moins, organisés sur le plan collectif et bénéficier des recherches, des avancées et des travaux « individuels » jusqu’à ce que toute recherche (et amélioration) devienne totalement inutile…

 

La planète et le territoire spatial deviendraient progressivement un gigantesque espace commun de paix, d’entraide et d’harmonie au sein duquel chaque individu serait libre de circuler et de demeurer (le temps qu’il « souhaite ») sur le territoire et l’espace de « son choix ». Le processus graduel de disparition de l’habitat transformerait alors, peu à peu, les « lieux de vie » en espaces de rencontre et d’échange (plus ou moins provisoires ou ponctuels) entre les individus se retrouvant simplement, de temps à autre, pour « la joie » de partager et d’être ensemble…

 

Après ce panorama (relativement grossier) de l’organisation générale de la société à long terme, essayons de donner ses principales caractéristiques et ses grandes orientations en matière de conditions de vie et de réponses aux besoins des individus.

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

 

Le monde des « conscients conscients élémentaires »

Nous pourrions imaginer* que la société des « conscients conscients élémentaires » ait généralisé les pilules de synthèse alimentaires (fabriquées quasi individuellement), le kit alimentaire synthético-chimique capable de fabriquer de « l’organique » génétiquement modifié, de l’organo-synthétique et du synthétique « pur » et qu’elle ait développé un kit alimentaire synthético-chimique intégrable.

* Voir la rubrique « l’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence » des sociétés d’après-demain.

 

En matière de santé, on pourrait imaginer qu’elle ait généralisé les pilules de synthèse, les appareillages fabriqués quasi individuellement, les robots chirurgiens personnels, les kits de santé synthético-chimiques intégrables, capables de fabriquer de « l’organique » génétiquement modifié, de l’organo-synthétique et du synthétique « pur » (avec quasi éradication de la douleur) et qu’elle ait permis l’émergence et le développement d’un kit de santé immatériel. On pourrait imaginer qu’elle ait généralisé les molécules de synthèse hydriques intégrables au kit de santé ou au kit alimentaire intégrable, développé la fabrication hydrique immatérielle et permis la baisse des besoins d’évacuation du corps et la récupération d’une partie des déchets pour réutilisation « corporelle » après avoir été transformés en énergie. On pourrait également imaginer qu’elle ait généralisé et amélioré le kit d’évacuation intégrable et permis l’émergence d’un kit d’évacuation immatériel.

 

On pourrait aussi imaginer qu’elle ait permis la transformation de la « peau synthétique » en une sorte de combinaison polyvalente, avec branchements synthético-chimiques de différents kits.

 

En matière d’habitat, on pourrait imaginer qu’elle ait développé la fabrication de logements autonomes, hermétiques, intelligents et intégrables progressivement à la combinaison polyvalente et ait commencé à développer un kit de fabrication immatériel.

 

En matière énergétique et en matière de mobilité, on pourrait imaginer qu’elle ait développé une énergie « pure », des véhicules à énergie « pure » (genre de téléportation) qui pourraient propulser quasi instantanément en des lieux encore plus éloignés et qu’elle ait généralisé le kit de déplacement intégrable et amélioré le kit de déplacement immatériel.

 

On pourrait imaginer qu’elle ait généralisé les systèmes synthético-chimiques de neutralisation pacifiques et les systèmes de protection et de neutralisation pacifiques immatériels pour les individus et les objets et amélioré le kit de protection immatériel.

 

On pourrait également imaginer qu’elle ait généralisé les modifications génétiques en matière reproductive, développé la duplication directe (clones et avatars) et permis l’émergence du kit distractif intégrable et le développement et l’amélioration du kit reproductif intégrable.

 

On pourrait également imaginer qu’elle ait permis le développement des rencontres physiques en tous lieux et dans tous les univers « réels » et virtuels, qu’elle ait amélioré (de façon quantitative et qualitative) les moyens de communication et les modes « relationnels » sans parole qualitatifs (avec de plus en plus de formes – individus, animaux et formes virtuelles – grâce au développement d’une sorte de télépathie avec un nombre important d’individus) et qu’elle ait amélioré les kits communicatif et informatif intégrables et immatériels offrant une connexion simultanée et permanente à toutes les informations planétaires et une perception qualitative dans un périmètre de plus en plus large (qui permettrait de ressentir, avec toujours plus de finesse et de profondeur, l’intériorité des individus et d’autres formes, animales et végétales par exemple).

 

On pourrait imaginer qu’elle ait quasi-totalement éradiqué les lois, les règlements, les forces de l’ordre et les systèmes de protection, qu’elle ait généralisé le cerveau synthétique (ou quasi synthétique) et le travail spirituel avancé, avec des « résultats » toujours plus probants (et avec une quasi éradication de la souffrance) et qu’elle ait développé et amélioré le kit de protection psychique intégrable. Qu’elle ait permis la généralisation des mondes virtuels « parallèles » où les individus pourraient séjourner et s’établir (et dans lesquels ils seraient presque totalement projetés physiquement pour vivre selon leurs aspirations) et qu’elle ait développé et amélioré le tourisme spatial (encore plus lointain) et le kit distractif intégrable en dépit d’une baisse drastique du besoin de divertissement chez les individus.

 

On pourrait imaginer qu’elle ait généralisé les univers virtuels artistiques où serait donnée à « ressentir et à vivre la vérité » malgré la baisse drastique du besoin expressif chez les individus, liée au développement des modes de communication sans parole éminemment plus qualitatifs, à l’amélioration du kit expressif intégrable, au développement des intelligences artificielles très sophistiquées et à la généralisation du kit de connaissance de l’Existant intégrable. Et qu’elle ait permis une très nette amélioration des capacités cérébrales (mnésiques, analytiques et de puissance calculatoire…) des individus ainsi qu’une amélioration substantielle de leurs capacités de compréhension et de perception, de plus en plus fines, de plus en plus vastes et de plus en plus profondes (avec la généralisation de l’intégration de la Connaissance à l’Être, la généralisation des disciplines ayant trait à la Connaissance et des disciplines sur la Conscience ainsi que la généralisation d’un module d’apprentissage intégrable des savoirs et de la connaissance personnalisé et permanent — utilisant l’accès immédiat à tous les savoirs mis en réseaux et le développement des intelligences artificielles) sans compter la multiplication des nouveaux domaines d’investigation, des nouvelles disciplines et des nouvelles connaissances concernant la quasi-totalité des plans de l’Existant et la généralisation du kit de connaissance spirituelle intégrable, plaçant la spiritualité au cœur même de la société.

 

 

NOTE : si certaines communautés humaines, trans-humaines et/ou post-humaines envisageaient, à l’avenir, de créer des sociétés dans lesquelles la plupart des formes (voire toutes les formes) pourraient entretenir des rapports de respect, d’harmonie et d’amour, il semblerait logique, à leur début, qu’elles diminuent, de façon drastique, le nombre de formes admises dans cette société (quitte à retrouver par la suite, au fil de leurs « découvertes transformatrices et respectueuses », davantage de diversité…) en ne sélectionnant et n’en autorisant l’accès qu’à celles qui sont capables* d'entretenir (au moins potentiellement) ce genre de relation…

* Et/ou « mûres »...

 

Aussi, les sociétés humaines, trans-humaines et/ou post-humaines qui aspireront à transformer l’Existant pourraient, peut-être, être amenées ou contraintes à vivre (de façon plus ou moins provisoire) dans des sortes de bulles gigantesques hermétiques (et immatérielles) au sein desquelles tous les paramètres essentiels pourraient être « maîtrisés » : les paramètres ayant trait à la dimension physiologique (synthético-physiologique ou synthétique) des formes énergétiques comme ceux qui concernent leur dimension relationnelle... Mais il ne fait aucun doute qu’il faudra compter avec « l’imprévisibilité* » (et la « malice ») de la Conscience, de l’énergie et de la Vie et avec le potentiel créatif des interactions (même contrôlées et maîtrisées) entre les formes qui réserveront, au fil des travaux et des recherches, sans doute de nombreuses (et bien étonnantes ou détonantes) surprises…

* Il convient de se méfier des perspectives (dont celle-ci) qui ambitionnent de modéliser l'Existant avec un (trop grand) souci d'exhaustivité... La Conscience, l'énergie et la Vie ont plus d'un tour dans leur sac... elles demeurent, fort heureusement, extraordinairement créatives et imprévisibles pour contredire et démolir toutes les modélisations, les « mises sous cloche » (si j'ose dire !), les conjectures et les vaines tentatives de projections anticipatives !

 

Notons néanmoins qu’il semble (à peu près) évident que le psychisme (et, à travers lui, la Conscience) aspire à créer une forme ou le plus de formes possibles pleinement consciente(s) dans un univers fini et temporel (?) qui aurai(en)t exactement les mêmes qualités, capacités et possibilités que la Conscience (sans forme, infinie et atemporelle). Des formes ou des individus qui pourraient répondre à l’ensemble de leurs besoins (et disposant de la possibilité ou non de les satisfaire — avec toute la palette des degrés et des intensités — voir l’évolution des kits), qui pourraient vivre en tous lieux et en toutes zones (totalement sécurisés, ultra-protégés, protégés, semi-protégés, peu protégés et totalement naturels et sauvages), qui seraient infiniment adaptables aux changements induits par l’évolution des formes et de leur interactions et à tous les milieux (avec l’actualisation permanente à toute nouveauté…), qui vivraient dans le plus grand respect sans rien « utiliser » ni détruire et de la façon la plus autonome qui soit, avec exactement les mêmes capacités et caractéristiques que la Conscience (Amour et Intelligence). A ce titre, il serait amusant (et, sans doute aussi, un peu « effrayant »…) d’établir le portrait d’un individu (ou d’une forme) qui aurait toutes les possibilités (créatives) de la Conscience mais qui « disposerait » d’un degré d’Amour et d’Intelligence bien « inférieur » et le comparer* au portrait d’un individu (ou d’une forme) qui aurait exactement les mêmes possibilités et les mêmes caractéristiques que la Conscience (y compris, bien sûr, son degré d’Amour et d’Intelligence)…

* Peut-être nous y prêterons nous ultérieurement… ou peut-être pas… selon la somme de travail qui nous attend (et qu’il nous faudra encore, de toute évidence, fournir pour déployer cette réflexion aussi loin que possible…).

 

Peut-être existera-t-il des individus qui n’aspireront à transformer l’Existant que pour leur espèce (et/ou leurs descendants) afin d’accéder à l’autonomie absolue (invulnérabilité, permanence, liberté totale…), à la Plénitude-Complétude, à l'Amour et à l'Intelligence sans se préoccuper des autres formes et des autres espèces, ni manifester le moindre désir de créer entre elles des interactions plus harmonieuses et plus respectueuses (ou, du moins, moins violentes)… autant de thématiques et de questions que nous sommes incapables de développer aujourd’hui et auxquelles nous ne pouvons, bien évidemment, (décemment) répondre…

 

Après ce bref aperçu du monde des « conscients conscients élémentaires », essayons de dresser le portrait de la société des « conscients conscients élaborés » ?

 

 

Le monde des « conscients conscients élaborés »

De façon synthétique, nous pourrions dire que les « conscients conscients élaborés » pourraient développer, améliorer et généraliser les avancées et les possibilités des sociétés antérieures au point de créer un monde phénoménal incroyablement proche de l’univers nouménal...

 

De façon plus détaillée, nous pourrions imaginer* que la société des « conscients conscients élaborés » ait généralisé le kit alimentaire synthético-chimique intégrable et les pilules de synthèse alimentaires totalement et directement intégrées au corps et ait considérablement amélioré (voire achevé) le kit alimentaire immatériel.

* Voir la rubrique « l’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence » des sociétés d’après-demain.

 

Dans le domaine de la santé, on pourrait imaginer qu’elle ait généralisé les pilules de synthèse et les appareillages intégrés directement au corps, capables de créer des remparts (quasi infranchissables), de s’adapter aux nouvelles pathologies, de créer eau et oxygène (si cela s’avérait encore nécessaire) et de remplacer « ce qui a besoin de l’être » quasi instantanément (avec éradication totale de la douleur). Et qu'elle ait permis la généralisation du kit de santé immatériel et la généralisation des molécules de synthèse hydriques intégrées directement au corps par l’intermédiaire soit du kit alimentaire soit du kit de santé immatériel.

 

On pourrait imaginer qu’elle ait généralisé le kit d’évacuation immatériel et la transformation intracorporelle des déchets (toujours plus résiduels) en énergie avec (éventuellement) vidange occasionnelle des résidus non transformables.

 

En matière « vestimentaire », on pourrait imaginer que la peau synthétique régénérative et protectrice soit devenue une sorte de combinaison immatérielle, munie de multiples branchements (eux aussi immatériels) pour « accueillir » de multiples kits chimico-immatériels dont un kit de fabrication immatériel en mesure de créer (de façon quasi immédiate) tous les objets possibles et nécessaires comme, par exemple, un habitat dans tous les types d’environnement.

 

On pourrait imaginer qu’elle ait généralisé l’énergie « pure », les véhicules à énergie « pure » (genre de téléportation de « tout ce que l’on désire »…) qui propulseraient instantanément en presque tous lieux (voire dans tous les espaces-temps) ainsi que les kits de déplacement immatériels, les systèmes de protection et de neutralisation pacifiques immatériels pour les individus et les objets et les kits de protection immatériels. Qu’elle ait également nettement amélioré les kits reproductifs immatériels intégrables qui permettraient une duplication directe (quasi immédiate et à volonté) mais aussi la télépathie, permettant un sentiment de proximité avec toutes les formes ainsi que les kits communicatif et informatif intégrables immatériels qui offriraient des possibilités de rencontre physique en tous lieux et dans tous les univers « réels » et virtuels et une perception qualitative dans un périmètre très étendu (qui permettrait de ressentir, avec une grande finesse et une grande profondeur, l’intériorité de toutes les formes (humaines et/ou post-humaines, animales, végétales, minérales, « invisibles » et extra-terrestres…).

 

On pourrait imaginer qu’elle ait totalement éradiqué les lois, les règlements, les forces de l’ordre et les systèmes de protection avec la disparition du besoin de protection psychique chez les individus, et qu’elle ait généralisé l’achèvement du travail spirituel (avec l’éradication quasi-totale de la souffrance) et/ou le kit de protection psychique intégrable immatériel.

 

On pourrait imaginer qu’elle ait permis la création d’une quantité incroyable de mondes virtuels « parallèles » où tout serait (presque) possible… et où les individus pourraient vivre grâce à la généralisation des intelligences artificielles très sophistiquées et au kit de connaissance de l’Existant (savoirs et connaissance) intégrable immatériel en dépit de la quasi éradication du besoin expressif et de la généralisation du kit expressif intégrable immatériel et des modes de communication sans parole éminemment plus qualitatifs.

 

On pourrait imaginer que les individus « conscients conscients élaborés » aient développé des capacités cérébrales mirifiques (mnésiques, analytiques et de puissance calculatoire…) leur donnant accès à une compréhension et à une perception quasi-totales (avec une quasi complète intégration de la Connaissance à l’Être) grâce, en partie, à la généralisation des modules d’apprentissage intégrables et immatériels des savoirs et de la connaissance, personnalisés et permanents (utilisant l’accès immédiat à tous les savoirs mis en réseaux et le développement des intelligences artificielles), mais également à la généralisation des disciplines ayant trait à la Connaissance, des disciplines sur la Conscience et l’intégration des savoirs et des connaissances à l’Être sans compter le développement prodigieux des nouveaux domaines d’investigation, des nouvelles disciplines et des nouvelles connaissances sur la quasi-totalité des plans de l’Existant et la généralisation du kit de connaissance spirituelle intégrable immatériel, offrant plus que jamais à la spiritualité une place totalement centrale dans la vie des individus…

 

 

La coexistence de plusieurs mouvements

A l’instar des individus de la Conscience mineure, ceux de la Conscience majeure (les « conscients conscients élémentaires » et les « conscients conscients élaborés ») pourraient fort bien se sous diviser en quatre grands mouvements :

 

- les individus satisfaits à la fois de l’Existant et du degré « de Conscience » atteint qui pourraient « décider » de ne plus participer à la transformation de l’Existant et vivre simplement de la plus harmonieuse façon qui soit… ;

 

- les individus plus soucieux de la dimension spirituelle que des « conditions d’existence » de l’Existant qui pourraient se dédier essentiellement à leur pratique et aux « enseignements » (accompagnement spirituel des autres individus et (éventuellement) des autres formes) ;

 

- les individus plus soucieux des « conditions d’existence » de l’Existant que du degré de Conscience « vécu » qui pourraient se consacrer principalement à la recherche et aux progrès techniques et technologiques (pour mettre en œuvre les ultimes transformations nécessaires à la création d’une forme totalement autonome…) ;

 

- et, enfin, les individus soucieux à la fois d’achever la transformation de l’Existant (pour obtenir des conditions de vie optimales et des relations harmonieuses entre toutes les formes de l’Existant) et d’intégrer « pleinement » l’espace de Conscience qui pourraient se consacrer, de façon concomitante, à « l'amélioration » de l’Existant et à l'actualisation de leur potentiel spirituel pour pouvoir « habiter » l’espace de Conscience de façon pleine et totale…

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

L’individu « conscient conscient élémentaire » et l’individu « conscient conscient élaboré » se consacreront probablement très naturellement et très majoritairement (puis exclusivement) à l’Être, à la contemplation et aux actions « conscientes » dans tous les domaines investis, à l’épanouissement « individuel » et collectif de toutes les formes terrestres (et non terrestres) sans favorisation, valorisation ni accaparement « personnels », avec un respect quasi-total (puis total) de l’Existant malgré la persistance de quelques résidus égotiques et identificatoires subtils (puis très subtils).

 

La satisfaction des besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires deviendra éminemment accessoire. Et ils s’y emploieront de façon éminemment simple et fonctionnelle afin de consacrer l’essentiel de leur temps et de leur énergie à l’intégration (profonde) de la compréhension à « l’Être ».

 

Leurs capacités cognitives, mnésiques et analytiques pourraient connaître une très forte expansion. Et ils ne seront plus soumis au psychisme ni aux désirs et verront une stabilisation de « leur vécu » dans l’espace de Conscience impersonnel. Ils vivront de façon quasi permanente (puis permanente) dans la Joie, l’Amour, la Paix et la Plénitude.

 

Leur compréhension, leur perception et leur sensibilité générale seront étendues, très étendues (puis quasiment complètes) et leur permettront d’avoir un accès direct « au réel » (sans l’intermédiaire de la pensée et de l’intellect). Ils seront capables de voir, de comprendre et de ressentir profondément (puis entièrement) à peu près toutes les formes existantes… et entretiendront avec elles (et l’ensemble de l’Existant) des relations animées par un quasi perpétuel (puis permanent) sentiment d’Unité et d’Amour inconditionnel et un profond et authentique respect révérenciel.

 

 

Les rapports à l’Existant

 

Les relations avec les congénères (relations sociales et relations intimes)

Quasi éradication (puis totale éradication) de la favorisation de l’intérêt personnel avec une quasi équanimité (puis une totale équanimité) entre soi et les autres. Généralisation des relations éminemment qualitatives. Disparition totale des rapports de force, de domination et d’instrumentalisation. Fort développement du sentiment de proximité et de « familiarité bienveillante » avec l’Autre (puis quasi généralisation du sentiment d’Unité) avec peu de différenciation (puis aucune différenciation) entre les individus de la sphère « personnelle » et les autres individus et avec une quasi coïncidence (puis une totale coïncidence) entre les comportements et l’intériorité.

 

 

Les relations avec les animaux

Eradication totale de la réification et de l’instrumentalisation. Disparition complète des animaux d’élevage. Généralisation du respect pour l’ensemble des espèces animales (les animaux sont considérés à part entière comme des « frères »…) puis disparition totale de la différence entre humains ou post-humain et animaux. Développement (puis généralisation) de la transformation respectueuse de certaines espèces animales pour qu’elles bénéficient des « avancées » humaines ou post-humaines et soient animées par des rapports moins « violents ».

 

 

Les relations avec les végétaux

Généralisation du respect pour les formes végétales et les zones naturelles (sauvages et aménagées). Généralisation de l’amélioration de la sélection et de la transformation génétiques de certaines espèces végétales (à des fins — éventuelles — de consommation et à des fins d’amélioration des conditions d’existence des végétaux pour diminuer et éradiquer leur fragilité organique – pathologies par exemple). Puis quasi disparition de la différence entre humains ou post humains et végétaux.

 

 

Les relations avec les minéraux

Généralisation des métaux de synthèse puis arrêt quasi-total des besoins minéraux.

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Quasi éradication (puis éradication totale) de la pollution et des destructions environnementales.

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Forte amélioration des modifications génétiques. Progrès considérables des nouvelles prophylaxies et des nouvelles thérapeutiques. Puis quasi complète immunisation contre les agents pathogènes.

 

 

Les relations avec l’espace

Compréhension globale et accès à la quasi-totalité de la création « énergétique » et cosmique (puis à l’ensemble de l’espace cosmique « énergétique » et non « énergétique »). Développement possible (puis généralisation éventuelle…) des sociétés spatiales (selon les conditions d’existence terrestre et les aspirations des individus).

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Si découverte de formes non terrestres, plusieurs postures possibles (selon les degrés d’agressivité et de « Conscience ») : accueillante et coopérative, fermée et défensive (et toute la palette entre les deux…). Et généralisation et très substantielle amélioration des formes et systèmes de défense neutralisants.

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Généralisation et affinement de la communication (« post mortem » entre autres…).

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

Développement et forte accélération du processus de rééquilibrage des territoires entre les différentes formes vivantes et existantes. Très forte diminution de l’appropriation des surfaces terrestres par les Hommes et/ou les post-humains. Et développement (puis généralisation) d’une cohabitation respectueuse et harmonieuse.

 

 

 

LE MONDE A TRES LONG TERME

 

A ce stade de l’évolution terrestre, humaine et/ou post-humaine (fort lointain, doit-on le préciser…), on pourrait tout imaginer… mais les conditions pourraient être réunies pour voir émerger une « révolution » aussi puissante que l’ont été, sur le plan terrestre, la transformation de l’énergie en matière, la transformation de la matière en Vivant, l’accession du Vivant à la perception et l’avènement de la Conscience mineure et majeure. En effet, les individus « conscients conscients élémentaires » (ou une partie d’entre eux) devenus progressivement des individus « conscients conscients élaborés », pourraient, au fil de leur évolution « naturelle », être suffisamment « mûrs » pour permettre la survenance d’une nouvelle ère : la Pleine Conscience.

 

Voir ANNEXE 8 (panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 4)

 

 

L’avènement de la Pleine Conscience coïnciderait à l’accession d’un nombre significatif d’individus à la cinquième (et ultime) étape du cheminement spirituel*.

* Se référer aux parties consacrées aux étapes du cheminement spirituel sur le plan individuel

 

Nous pourrions imaginer, de façon un peu théorique, scolaire et didactique, que l’ère de la Pleine Conscience puisse voir émerger des individus « conscients conscients complets », dotés exactement des mêmes caractéristiques que la Conscience « originelle ».

 

Et ce monde pourrait constituer l’ultime étape des formes terrestres et n’être accessible qu’à une infime partie des « conscients conscients élaborés »…

 

 

Le monde des « conscients conscients complets »

 

Généralités

Comment imaginer un tel univers ? Il n’y aurait sans doute plus, à proprement parler, de société ni d’organisation. Chaque individu serait à lui seul « une société » et entretiendrait avec l’ensemble de l’Existant des liens respectueux et harmonieux car il aurait « intégré » pleinement les lois « naturelles » d’Amour, de Paix et d’Intelligence… Les individus seraient totalement libres, autonomes et autosuffisants. Et circuleraient librement. Ils seraient en mesure de Tout voir, de Tout comprendre, de Tout rencontrer, de Tout ressentir, de Tout aimer et de Tout créer…

 

Dans cet univers, il n’y aurait donc ni organisation politique, ni organisation judiciaire, ni organisation économique, ni organisation des relations avec « l’extérieur », ni même organisation territoriale et spatiale dans la mesure où chaque individu (vivant pleinement l’espace de Conscience) serait affranchi de tous conditionnements et capable de s’autogouverner de façon éminemment juste et respectueuse…

 

Chaque individu pourrait alors (si « l’envie* » lui prenait…) créer à loisir des univers entiers qu’il pourrait peupler à sa guise... où il pourrait séjourner et inviter d’autres individus (de sa catégorie), créer, dans ces univers, des individus capables, eux-mêmes, de créer perpétuant ainsi un cycle infini et une vertigineuse mise en abyme en multipliant les mondes, les plans, les systèmes, les interactions et les possibilités... un peu comme tente d’y œuvrer, aujourd’hui, le psychisme avec l’imaginaire mais, cette fois-ci, de façon « réelle » et concrète…

* Par « pur » jeu ou « pure » célébration et/ou selon les exigences et impératifs situationnels…

 

Notons que cette capacité créative et cette liberté (totales) ne seront (sans doute) accessibles qu’aux individus pleinement et totalement conscients. A ce titre, soulignons ici l’existence (probable) d’une analogie avec (entre autres périodes) la situation humaine contemporaine.

 

En effet, les Hommes d’aujourd’hui disposent d’une liberté très « élémentaire » (liée à leur asservissement par le travail, à l’organisation sociétale et aux obligations — de toutes sortes — auxquelles ils doivent « faire face »…). Et il est fort probable que si l’humanité bénéficiait aujourd’hui d’un temps libre et d’une liberté accrus, la très grande majorité n’utiliserait pas ce temps et cette liberté « à des fins » de compréhension et de sensibilité mais pour s’adonner au « désir, au plaisir et à la distraction »… Voilà, sans doute (en partie), la raison principale de leur « degré de liberté » si sommaire (et rudimentaire)…

 

Si les Hommes étaient plus naturellement (et spontanément) enclins à se consacrer à la compréhension et à « œuvrer intérieurement », ils verraient sans doute se réduire considérablement le poids et le carcan des contraintes auxquelles ils sont assujettis… comme s’il existait une sorte de « loi tacite et implicite » entre l’accroissement des capacités créatives, de transformation et de liberté et l’amélioration du degré de compréhension et de perception (jusqu’à « atteindre » la pleine Conscience)… Comme il semble exister également une « loi (tout aussi) tacite et implicite » entre l’accès à l’autonomie et le degré d’amour (réellement ressenti), « rendant » ainsi impossible l’autonomisation (et donc l’autonomie absolue) sans une « progression » du sentiment de proximité (jusqu’au sentiment d’Unité et d’Amour absolu)… « Loi » qui enjoint aux individus de coopérer et de s’entraider jusqu’à ce que l’un et l’autre soient effectifs…

 

Bref, nous pourrions avoir le sentiment que ces deux « lois » agissent comme des garants(1)… afin que l’augmentation « des possibilités et des libertés » soit toujours et naturellement utilisée « à bon escient »(2)… et ne puisse « tomber » entre les mains d’individus « spirituellement immatures » qui en feraient (sans aucune doute) un usage inapproprié et/ou en mesure « d’ouvrir la porte » à bien des dérives…

(1) « Lois » qui rendent totalement caduque (et non viable) l’idée (évoquée dans l’un des paragraphes précédents) de comparer deux individus, l’un disposant de toutes les caractéristiques de la Conscience, et l’autre doté d’une liberté et d’une autonomie totales sans sentiment d’Amour et d’Unité…

(2) Ou, du moins, ne soit pas à l’origine de conséquences majeures et/ou de dégâts irréversibles…

 

Quoi qu’il en soit, nous pouvons dire que « la société » de l’ère de la Pleine Conscience aura probablement à faire face à des enjeux essentiels. Les plus évidents semblent être :

 

- le processus d’autonomisation complète des individus sur les plans individuel et collectif ;

 

- la disparition progressive de toutes structures collectives d’organisation et d’encadrement ;

 

- les conséquences des deux points précédents sur la réorganisation des rapports entre les individus ;

 

- et la poursuite et l’achèvement (éventuel) de la transformation respectueuse de l’Existant (amorcée par leurs ancêtres et menée par leurs prédécesseurs).

 

Après ce survol (général) du monde à très long terme, que pourrions-nous dire de l’univers des « conscients conscients complets » ? A quoi pourrait-il ressembler en matière de conditions de vie et de réponses aux « besoins » des individus ?

 

 

L’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence

Nous pourrions imaginer* que le monde des « conscients conscients complets » voit se généraliser les apports nutritifs immatériels intracorporels (avec un transhumanisme corporel immatériel) ou puisse signer l’éradication totale des besoins alimentaires. Qu’il permette une prophylaxie, des soins et une réparation immatériels intracorporels de façon immédiate ou la disparition des besoins de santé. Et qu’il permette également des apports hydriques immatériels intracorporels ou l’éradication des besoins hydriques et la transformation des résidus, par mécanisme intracorporel immatériel, en énergie « pure » ou l’éradication des besoins d’évacuation des déchets.

* Voir la rubrique « l’organisation des réponses aux besoins et les conditions d’existence » des sociétés d’après-demain.

 

On pourrait imaginer que le monde des « conscients conscients complets » permette la généralisation d’une sorte de film immatériel protecteur, intelligent, adaptable et évolutif, capable de créer des remparts neutralisants contre tous les types d’agression (climatique, pathogène, attaques diverses…) qui signerait l’éradication du besoin « vestimentaire ». Et qu’il permette la création d’une sorte de bulle immatérielle* protectrice, intelligente, adaptable et évolutive, capable de s’adapter également à tous les types d’environnement (y compris l’espace bien sûr) et de créer, elle aussi, des remparts neutralisants contre tous les types d’agression (climatique, pathogène, attaques diverses…), signant ainsi l’éradication du besoin de logement et, bien évidemment (et depuis déjà fort longtemps), des tâches domestiques et garantissant une invulnérabilité ou une quasi invulnérabilité pour les individus et les objets.

* Cette « bulle » pourrait être une fonctionnalité du « film protecteur vestimentaire » en mode « extension »…

 

On pourrait également imaginer qu’il permette l’intégration d’une énergie « pure » (sur le plan individuel), une duplication directe immédiate et à volonté et des déplacements instantanés en tous lieux et espaces-temps, offrant la possibilité de faire toutes les rencontres possibles avec toutes les formes existantes ou créées, en tous lieux, dans tous les espaces-temps et dans tous les univers (existants ou créés) et offrant la possibilité d’être relié en permanence (avec une connexion directe et totale — très fine et très profonde) à toutes les formes de l’Existant, de façon éminemment qualitative, et, avec un total sentiment d’Unité.

 

Et nous pourrions imaginer enfin que le monde des « conscients conscients complets » permette l’éradication du besoin de protection psychique, l’éradication du besoin distractif, l’éradication de la souffrance ainsi que l’éradication des besoins de support et de stockage des données et des informations par omniscience globale instantanée et généralisation de l’Être comme « connaissance incarnée ». Bref, vu d’ici (et de notre époque), il s’agit incontestablement d’un autre monde… ce que d’aucuns pourraient qualifier légitimement de « science-fiction »…

 

 

A l’instar des individus de la Conscience mineure et de la Conscience majeure, on pourrait imaginer qu’il existe, au sein des « conscients conscients complets », plusieurs sous-catégories d’individus :

 

- ceux qui « réintègreraient » l’espace de Conscience « originelle » (peut-être, les plus « conservateurs » – entre guillemets) ;

- ceux qui demeureraient en silence et en paix au sein de l’espace « terrestre » (les « pleinement satisfaits », rien à ajouter, rien à ôter, rien à changer …) ;

- et les individus désireux de « mettre en pratique » leur puissant potentiel créatif qui « décideraient » de créer de nouveaux plans et de nouveaux univers, à l’instar de la Conscience « originelle », en poursuivant la mise en abyme et le jeu célébratoire de la Conscience à travers de multiples créations (nous y reviendrons dans les paragraphes consacrés aux perspectives possibles de la trame de l’Existant)…

 

 

Le portrait de l’individu médian (représentatif de la société)

L’individu « conscient conscient complet » sera un être pleinement réalisé (totalement conscient), libre, autonome, vivant pleinement (et de façon permanente) l’Amour et l’Intelligence, la Paix, la Joie et la Plénitude. Doté d’un pouvoir créatif infini, capable de créer des formes, des mondes et des univers de façon aussi puissante que la Conscience « originelle » et, peut-être même, avec des potentialités et des capacités encore plus « incroyables »… on pourrait du moins l’imaginer au vu de la lenteur de l’actualisation du potentiel des formes énergétiques terrestres qui auront mis des milliards d’années à « retrouver » les caractéristiques de leur « source originelle » et à se « doter » de ses capacités créatives…

 

 

Les rapports à l’Existant

Sentiment d’Unicité et d’Unité totale et parfaite. Communion silencieuse et « bienveillante » avec toutes les formes de l’Existant.

 

 

Les relations avec les congénères (relations sociales et relations intimes)

Sentiment d’Unité totale et parfaite.

 

 

Les relations avec les animaux

Sentiment d’Unité totale et parfaite. Disparition complète de la différence entre humains ou post-humain et animaux. Et généralisation de la transformation respectueuse de certaines espèces animales afin de diminuer la souffrance de leur condition et la violence de leurs relations…

 

 

Les relations avec les végétaux

Sentiment d’Unité totale et parfaite. Quasi disparition de la différence entre humains ou post humains et végétaux. Et généralisation de la transformation respectueuse de certaines espèces végétales afin de diminuer et d’éradiquer leur fragilité organique.

 

 

Les relations avec les minéraux

Sentiment d’Unité totale et parfaite. Arrêt complet des besoins minéraux.

 

 

Les relations avec l’environnement (au sens large) eau, air, terre

Sentiment d’Unité totale et parfaite. Eradication complète de la pollution et des destructions environnementales.

 

 

Les relations avec les agents pathogènes

Sentiment d’Unité totale et parfaite. Complète immunisation contre les agents pathogènes.

 

 

Les relations avec l’espace

Sentiment d’Unité totale et parfaite. Tout l’Existant non terrestre est connu (il est non seulement connu mais peut être visité…).

 

 

Les relations avec les formes extraterrestres (non terrestres)

Sentiment d’Unité totale et parfaite. Posture d’accueil ou « d’indifférence bienveillante » selon les formes extra-terrestres (agressives ou non agressives) avec invulnérabilité en cas d’agression ou d’attaque.

 

 

Les relations avec les formes énergétiques immatérielles (les « morts » entre autres…)

Sentiment d’Unité totale et parfaite. Communication directe (comme avec toutes les autres formes).

 

 

L’impact général sur l’organisation des territoires entre toutes les formes

Généralisation d’une cohabitation harmonieuse et de liens respectueux.

 

 

Eh bien ! Nous voilà (enfin) arrivés au bout du bout (possible) de l’évolution de l’Existant et de l’existence terrestres… à ce qui pourrait bien constituer l’ultime étape pour les formes et les individus de notre « petite planète », perdue (rappelons-le) au milieu du cosmos… La suite demeure trop hypothétique et inimaginable pour tenter d’en livrer, ne serait-ce, qu’une infime représentation…

 

 

Remarque subsidiaire : il est frappant de constater, à la lecture de ces chapitres, à quel point transparaissent, au fil des pages, outre les tics stylistiques et langagiers* de l’auteur, sa formation universitaire « initiale », sa fâcheuse (et inconsciente) propension à l’ethnocentrisme et sa tendance au « contemporanéisme »… éléments qui, espérons-le, n’auront pas (trop) biaisé la validité (supposée) et la légitimité (possible) de cette perspective et n’auront pas influé, de façon trop directe et grossière, sur l’évolution factuelle des formes terrestres, exposée dans cette réflexion…

* Se référer au paragraphe liminaire de cette analyse.

 

Après cette longue (très très longue) analyse chronologique (relativement « apparente » et superficielle*) de l’Existant terrestre que nous avons déroulée aussi loin et aussi largement que possible…, il convient à présent de l’affiner et de l’approfondir (du moins de nous y essayer…)...

* Nous pourrions dire que cette réflexion s’est déroulée jusqu’à présent (et pour l’essentiel) à hauteur d’Homme… nous sommes, en effet, restés (à bien des égards) à la surface « des choses »…

 

24 novembre 2017

Carnet n°22 Traversée commune Livre 6 - Exercices journaliers

Journal / 2007 / La quête de sens

Ces triviales pensées et ces modestes évènements ont pour principal intérêt d’éclairer la lente et difficile progression de celui qui franchit les étapes (avec ses incontournables allers-retours) et de mettre en lumière l’inévitable décalage entre la vérité fragile et momentanée des éclaircies - ressenties dans l’espace solitaire - et leur difficile exercice quotidien dans l’espace du monde…

 

 

EXERCICES JOURNALIERS propose deux séries de fragments entrecroisées, SENTIER DE SCRIBE et DU CÔTE DE CHEZ SOI.

 

LE SENTIER DE SCRIBE

Et DU CÔTE DE CHEZ SOI

Traversées singulières.

Ces triviales pensées et ces modestes évènements personnels ont pour principal intérêt d’éclairer - de l’intérieur - les fragments des Livres 1 à 5 (notamment le livre 1 Mondes Obscurs et le livre 4 L’entre-deux). Ils permettent de suivre la lente et difficile progression de celui qui franchit les étapes (avec ses incontournables allers et retours) et de mettre en lumière l’inévitable décalage entre la vérité fragile et momentanée des éclaircies - ressenties dans l’espace solitaire - et leur difficile exercice quotidien dans l’espace du monde…

 

Deux types de lectures sont possibles. Une lecture alternée (lire les fragments sans se soucier de leur positionnement sur la page) ; une lecture spécifique (pour SENTIER DE SCRIBE, lire les fragments situés à gauche et pour DU CÔTE DE CHEZ SOI, les fragments situés à droite).   

 

Partie 1

Carnet existentiel

Carnet de vie. La vie comme voyage. Long et difficile périple vers soi. Récit sans autre trame que les évènements extérieurs et les paysages intérieurs qui se révèlent à ta conscience.

(6.1)

Cercles vertigineux 

Tu ne cesses de tourner en rond.

De tourner en rond jusqu’à l’étourdissement. Jusqu’à la folie. De tourner en rond dans l’espoir d’ouvrir la brèche de ton regard étroit. De tourner en rond jusqu’à ce que l’infini t’apparaisse au-dedans. Et il arrive (souvent) que la tête te tourne…

 (6.2)

 

LE SENTIER DE SCRIBE

Traversée singulière.

Traversée singulière de l’homme qui écrit chaque jouravec rage en tentant de comprendre l’origine de ce besoin singulier. 

 

DU CÔTE DE CHEZ SOI

Traversée singulière.

Traversée singulière de l’homme solitaire (en marge du monde) qui cherche obstinément (et aveuglement) la lumière en son cœur en blâmant l’obscur chemin des Hommes.

 

LE SENTIER DE SCRIBE

Traversée singulière

(à gauche)

 

DU CÔTE DE CHEZ SOI

Traversée singulière

(à droite)

 

L’une et l’autre se répondent, s’opposent et se complètent parfois…

 

Antre

Tu passes en solitaire la plus grande part de tes journées. Tapi sous tes feuilles, tu ignores le monde. 

(6.3)

Pèlerinage

Tu entreprends un long périple vers toi-même, une longue marche vers tes paysages inconnus. Pèlerinage intérieur où il te faut emprunter les chemins du dehors, traverser les villes et les villages, les montagnes et les plaines. Un voyage comme une parenthèse de soi. Une parenthèse de soi pour se retrouver. Se retrouver seul et isolé, cheminant en silence dans un environnement propice au recueillement et à la réflexion. Il t'arrive parfois de penser (et souvent tu le penses) que ce périple n’est qu'une nouvelle fuite. Qu'un nouveau projet du faire* dans l’espoir d’accéder à un être* différent.

(6.4)

Parcours 

Tu notes ton itinéraire. Tu n’y trouves guère d’intérêt excepté (peut-être) celui de poursuivre ta route en navigant à vue vers des contrées plus hospitalières.

(6.5)

Retrouvailles

Tu remarques que la nécessité pousse chaque homme à emprunter un chemin singulier, le contraignant ou l’invitant à avancer dans une direction ou dans une autre, l’obligeant (consciemment ou non) à satisfaire ses aspirations et ses exigences les plus profondes.

 (6.6)

Ecritures

Tu écris pour comprendre et recueillir quelques parcelles de vérité enfouies en toi. Tu écris sans cesse (et sans fin). Tu te crois inépuisable. Et infini.

(6.7)

Double handicap

Tu as toujours été habité par un unique besoin : avancer dans ta quête et permettre aux autres d'avancer dans la leur. Tous les autres domaines n'ont jamais eu, à tes yeux, aucun intérêt. Et tu admets que cette mission a toujours été un lourd handicap. Handicap à vivre en ta compagnie et en compagnie du monde. En ta compagnie car toute chose, toute situation, toute activité a toujours été écartée si elle n’était pas jugée suffisamment nourrissante pour ta quête. Et en compagnie du monde car peu d’êtres ont été sensibles (ou réceptifs) à ta démarche (leur quête étant vouée - toute entière - non à la vérité ou à la transcendance, mais tournée plus trivialement, plus ordinairement vers le confort, le mieux-vivre et le bonheur personnel (idée très étroite du Bonheur qui t’a toujours semblé affligeante et méprisable, source de condescendance pour tes semblables, à l’origine (sans doute) de ton exclusion du monde).

(6.8)

Gouffre mystérieux

Tu as besoin d’expulser les mots. De les jeter sur une feuille blanche, un bout de papier déchiré (à la hâte). Tu écrirais sur n'importe quoi…

(6.9)

Maîtres à bord

Tu sais qu’aucun homme n'est en mesure de diriger ni de contrôler substantiellement les pans primordiaux de son existence. Nul n'est maître des aspects essentiels de sa vie. Et cette absence de maîtrise n'a que peu d'importance. Elle invite simplement chacun à suivre le chemin que la vie lui trace continuellement.

 (6.10)

Exercice

Tu choisis l’écriture comme exercice, comme thérapie, comme anti-thérapie, comme tu ne saurais le dire…  tu t'en moques puisque tu écris (puisque tu t'écris…).

(6.11)

 Abyssale origine

Malgré tes frayeurs, tu tentes de descendre au plus profond… de remuer tes profondeurs pour toucher quelques insoupçonnables et ignobles parts de toi-même. Et s'il t’est donné la force, le courage et l'opiniâtreté de les parcourir jusqu'à leur extrémité, tu ne serais guère surpris de voir jaillir quelques scories à la surface de ta vie. Note. Tu persévères dans cette folle entreprise pour tenter d’en découvrir les racines, le Mal originel que l'Homme porte en lui depuis la nuit des temps, depuis que l'Homme est homme, depuis que le Monde est monde. Avec l’espoir (secret) de t’en affranchir.

 (6.12)

Nouveau paysage

Tu écris tout. Sans recherche, sans affèterie, sans même le désir d'être lu. Tu écris. Avec lourdeur, avec excès et sans détour. Avec le secret désir (pourtant) de partager ton chemin.

(6.13)

Halte à la bêtise

Depuis quelques jours, tu es coincé  dans le petit deux pièces glauque du centre-ville où tu loges depuis quelques années (comme un rat dans un trou). Contraint de subir l’indicible bêtise des voisins, parfaites illustrations (car exemplaires à tous les égards) du genre humain.

 (6.14)

Réveil

Quelques réflexions te surprennent au saut du lit. A peine levé, tu te jettes sur ta table de travail.

(6.15)

Colorations

Dans cette ville terne écrasée par le ciel radieux, tu observes les âmes grises et les cœurs noirs qui se croisent au pied de sombres arcs-en-ciel. Et tu blâmes la transparence (affligeante) de ces tristes couleurs urbaines…

 (6.16)

Tumeur

La modernité te semble parfois une excroissance… une monstruosité… une boursouflure de la condition naturelle de l’Homme.

 (6.17)

Tentative

Tu plonges dans l'écriture avec force, violence et frénésie. Animé d’un sentiment d'urgence. Tu crains de perdre les mots pour dire ce qui te traverse.

(6.18)

Original

Tu ne peux faire de la vie un brouillon. Tu ne peux l'écrire à la volée pour en établir les plans, le déroulement et la conclusion. Les erreurs, les ratures, les hors sujets, eux aussi, seront sur la copie. Evidemment… Mais tu t'interroges. Qui ramassera les feuilles lorsque retentira, à la fin des cours, la sonnerie ? Et qui se chargera de la correction ? Quant à la note, il est préférable de ne pas y penser… Et tu te désoles de ce regard de mauvais élève consciencieux…

 (6.19)

Plumitif

Ni écrivain, ni romancier, ni prosateur, ni poète, tout juste un écriveur de lignes…

(6.20)

Grand art cesbronien

Tu regardes ta vie comme un brouillon définitif et à jamais inachevé où belles phrases et ratures n’ont aucune importance, comme si, en fin de compte, vivre était le seul chef d’œuvre.

 (6.21)

Notes indignes

Une multitude de pensées, de sentiments, de sensations te traversent. Une multitude d’évènements (insignifiants pour la plupart) traversent ta vie. Tu les notes. Tu leur ouvres un espace sur la feuille blanche. Tu t'y emploies avec rigueur et acharnement. Comme si tout était digne d'être écrit.

(6.22)

Exposition dérisoire

Tu traverses l’existence (et parcours le monde) en collectionneur d'expériences. Tu collectionnes les expériences comme d’autres collectionnent les figurines en bois ou les étiquettes de boîtes à fromage. Tu éprouves une jubilation dans cet art de l'accumulation non tant par goût de l'amassement mais dans la distance qu'elle t’oblige à porter sur les évènements de ta vie. Comme tous collectionneurs, tu as cette propension exécrable à l'entassement, à la surenchère et à l'exposition trop ostentatoire… mais aussi celle plus noble de l'échange et du partage. Tu donnes à voir dans ces pages toutes tes expériences, petites, insignifiantes, triviales, ordinaires, quotidiennes… Tu exposes toutes ces petites choses qui font la vie, qui font ta vie (et la défont aussi parfois). L'entrée est gratuite et pourtant personne ne se pousse dans la foule. Pas de queue au guichet. Tu sais que l'ordinaire et la médiocrité n'ont jamais fait recette.

 (6.23)

Exercice vain

Tu écris tout. Happé par le souci de l’exhaustivité.

(6.24)

Handicap

Incapable de vivre, tu es (encore) rongé par ton besoin trop prégnant d'exister...

 (6.25)

Vacarme

Ton mental ne sait demeurer silencieux. Tu aimerais parfois trouver le bonheur des pauvres d’esprit.

 (6.26)

Enigme

Tu écris. Mais tu es bien en peine (encore une fois) de comprendre la nécessité qui te contraint à déverser les mots qui se bousculent sur tes pages.

(6.27)

Apparences contradictoires

Ta vie révèle tant de paradoxes apparents dont il convient de gommer l’évidence…

 (6.28)

Vertige

Les mots encombrent ton esprit. Et tu remplis ces pages pour te désencombrer. Et remplir ta vie. Simple rééquilibrage entre le trop-plein et le vide. Dans un mystérieux transvasement des sphères.

(6.29)

Double besoin

Tu remarques que les Hommes n’apprennent, n’agissent et n’évoluent que mûs par la nécessité… besoins multiples qui s’unissent en un double besoin fondamental : celui d’être reconnu et aimé et celui de faire taire (de réduire à néant) la peur archaïque (et fondamentale) de leur disparition…

 (6.30)

Transformation

Le plaisir d'écrire laisse presque toujours place au mécontentement, à la rage et à la violence qui s'étendent progressivement sur l'entière surface de la page.

(6.31)

Double violence

Tu ne peux réfréner ta violence. Le rejet (souvent inconscient) d'une partie de toi est sans doute à l'origine de ta violence, violence intérieure d'abord que tu exerces, souvent à ton insu, envers quelques parties de toi-même, et violence extérieure (simple reflet de ta violence intérieure) que tu exerces à l'encontre de quelques parties du monde.

(6.32)

Déchirure

Tes mots écorchent les feuilles. Et ton âme blessée les jette à la face du monde.

(6.33)

Boulet

Tu traînes sur le monde un boulet de haine et de mépris. Un boulet qui ralentit ta progression. Tu aimerais le décrocher, t'en délester, le jeter en contrebas. Tu aimerais l'abandonner. Mais tu sais ce geste inutile.

 (6.34)

Filtres

Tu ne t’agites devant ton clavier qu’à tes instants de fragilité. Lorsque la vie te sourit, belle et gracieuse, tu te satisfais de la vivre, de l’accueillir avec joie (toute la joie qu’il t’est possible de lui offrir). Lorsqu’elle devient – ou plutôt lorsqu’elle se révèle à toi filtrée par ton regard triste, morose ou colérique – tu ne peux l’accepter. Viennent aussitôt dans son sillon la colère qui gronde, l’ennui, la désespérance… et l’odieuse (et irrépressible) envie de lui tordre le cou avec les mots que tu jettes - avec rage - sur la feuille.

(6.35)

Equité

Certains jours, tu es rongé par une langueur d'âme. D'autres jours, par une exaspération. Et tu essayes d’accueillir ce salmigondis d'émotions avec la même équanimité.

 (6.36)

Désagrégation

Ta rage s’effrite au fil des mots jetés sur la page.

(6.37)

Guerre éreintante

Il y a en toi trop de combats. Et tu t’épuises à batailler toujours.

 (6.38)

Gratitude

Tes livres sont tes seuls véritables compagnons. Eux seuls savent te redonner quelques espoirs.

(6.39)

Froideur cinglante

Depuis tes plus jeunes années, tu arpentes les chemins du monde protégé par une carapace de froideur arrogante. Tu as toujours refusé de laisser le monde entrer dans ton cœur. Tu rêves secrètement depuis l'enfance que ses habitants se cogneraient contre cette paroi glacée et finiraient par glisser à tes pieds. Mais c'est toujours l'inverse qui se produit. Tous te fuient comme l'abominable, l'infréquentable homme des neiges. Et tu sais que tu mourras seul enseveli sous des tonnes de glace.

 (6.40)

Passages

Tu ouvres chaque livre comme une page sur le monde, une fenêtre sur la vie, une porte qui révèlerait tes propres paysages.

(6.41)

Mystère caché

Qu’y a-t-il au fond de toi qui refuse de se laisser voir ? Et si tu t’en approchais… ?

 (6.42)

Read-food

Tu te nourris des livres comme tu engloutis la nourriture des fast-foods. Tu t’empiffres jusqu’à l’écœurement. Et tu avales sans digérer.

(6.43)

Pulsions

En soirée. A proximité d’une enseigne de restauration rapide qui fait la joie des enfants et la gloire de l’uniformisation du monde. Tu regardes une jeune fille assise dans une voiture stationnée sur le parking. Tu l’observes avec insistance. Tu la vois ouvrir le sachet de son hamburger. Approcher son nez, sentir, renifler, s’arrêter, relever la tête, s’approcher de nouveau et renifler encore, hocher la tête comme en proie à une intense réflexion avant d’engloutir, d’une gigantesque bouchée, son met peu raffiné. Et tu éclates de rire. Un rire grinçant en songeant à la grande majorité des hommes qui nie leur animalité !

 (6.44)

Appétit accumulatif

Tu lis beaucoup. Tu cherches des réponses. Mais la médiocrité des livres t’afflige et te laisse sur ta faim. Tu désespères de ne rien trouver. Et ce jeûne t’est insupportable.

(6.45)

Boue 

Il est de ces jours longs et plats qui te confinent à l’ennui et à la colère. Ils t’irritent à un point tel que tu t’y enlises. Embourbé dans les chimères que tu t’évertues à combattre.

 (6.46)

Lanark

Lanark d’Alasdair Gray. Style particulier et atmosphère inspirante. Depuis longtemps l’envie te taraudait. Depuis longtemps, tu n’avais plus ouvert un roman.

(6.47)

Rencontres solitaires

Fin de soirée télévisuelle. Tu regardes une émission populaire dont la règle est de permettre à une personne de vivre la vie d’un autre. Cette stupide rencontre (de boîte à images) attendrit ton cœur et te redonne (presque) l’envie de rejoindre la tourmente du monde. Comme si les rencontres te manquaient. Tu es pourtant l’unique responsable de cette mise en retrait des hommes.

 (6.48)

Inintérêt

Tu ne trouves aucun intérêt à noter ces phrases. Tu penses à une foison d’activités plus intéressantes auxquelles tu es incapable de te livrer. 

(6.49)

Contraintes

Aujourd’hui, tu ressembles à un voyageur fatigué. Tu entreprends les choses avec paresse. Tu ne sais comment te secouer. Tu invectives ton manque de discipline. Tu en appelles à l’autodiscipline. Tu lui cries de ne pas t’abandonner. Tu la supplies de te contraindre. Tu te redresses. Tu sens la paresse se dissoudre et le courage revenir. Tu lui lances un vibrant appel. Tu lui cries que tu l’attends. Que tu soutiendras son effort. Que tu appuieras sa marche vers toi. Tu lui cries de ne pas flancher. Tu l’encourages.

 (6.50)

Misère

Les pauvres mots qui sortent de ta pauvre tête t’affligent.

(6.51)

Doute

Au fond, à quoi bon écrire…

 (6.52)

Ouverture

Tu ne peux dire cette rage au cœur qu'avec des mots. Tu ne peux dire ton infinie solitude qu'avec des mots. Tu ne peux dire ta désespérance qu'avec des mots. Les mots te sauvent et t’ouvrent la voie. Les mots sont une porte qui t’ouvre à la vie.

(6.53)

Charge apathique 

Tu as parfois comme une incompréhension à être (encore) en vie. Tu éprouves un émerveillement et une grande lassitude. Tu te sens vide et sans force comme si la vie s’était retirée.

 (6.54)

Pudeur

Tu écris pour raconter ce que jamais tu n’oserais exprimer à haute voix.

(6.55)

Impossible indulgence

Tu éprouves un mépris irraisonné (et indomptable) lorsque tu croises des êtres qui te semblent indignes d'intérêt. Mon Dieu ! Comme tu es méprisable de ne trouver en eux aucun attrait, aucun signe, aucune source qui pourrait faire naître à leur égard un peu de bienveillance.

 (6.56)

Répit

Les mots glissent parfois sur la page blanche avec bonheur et facilité. Tu frappes les touches avec joie. Tu apprécies cet exercice salvateur. Médiocre mais salvateur.

(6.57)

Paresse puérile

Installé devant ta machine à écrire. Face à la fenêtre ouverte, tu écoutes les enfants jouer dans la rue. Tu éprouves une joie innocente à entendre leurs cris. Tu sais que jamais tu ne pourras retrouver ce divertissement imaginatif et ludique dont l'enfance seule sait (si bien) se nourrir. Nourrir n'est pas le mot juste mais tu ne te sens guère enclin à en trouver un plus approprié. Tu n’en as ni le courage, ni le goût en ce jour de paresse où tu te contrains à glisser.

(6.58)

Coït furtif

D’où viennent tes mots ? D’où vient ton besoin d’écrire ? Eternelle question. Les phrases se déversent par giclées dégoulinantes. Elles te traversent avec force comme une poussée de sève printanière. Et tu dois, par hygiène (mentale bien sûr), en déverser le trop plein sur l’innocente virginité de la page blanche. Tu en éclabousses chaque parcelle comme d’autres se videraient d’un surplus de semence sur une petite culotte immaculée. L’écriture, plus qu’un accouchement, est pour toi un coït furtif et violent. Ni préliminaire, ni caresses, tu t’enfonces dans les mots avec toute la dureté d’un membre dressé. Aucun sentiment. Aucune tendresse. Droit à l’essentiel. Tu éjacules les mots. Tu soulages ton esprit de ses obsessions terrifiantes. Tu es un farouche adepte de l’écriture salvatrice et hygiénique, de l’écriture libératrice. De l’onanisme scriptural.

(6.59)

Sotte ignorance

Tu sais (par ouïe dire) qu’il est de bon goût dans certains salons (pour afficher sans doute son bel esprit) de s'extasier du travail et de la vie des artistes… écrivains, peintres, sculpteurs. Quelles sottes gens ! Ignares consommateurs culturels ! S'ils savaient ! S'ils avaient la moindre idée du travail artistique… leur admiration se transformerait aussitôt en pitié… malgré le talent de quelques-uns et le génie de quelques autres. Ecrire, peindre, sculpter… créer plutôt que vivre ! Quelle souffrance ! Que de combats acharnés ! Il n’y a, à tes yeux, plus d’invalidante infirmité ! Et que tous ceux qui souffrent d'autres handicaps te pardonnent…

 (6.60)

Fidèle compagne

La page blanche restera à jamais ta seule véritable amie. Fidèle et peu soucieuse de tes oublis, de tes manquements et de tes infidélités. Merveilleuse et dévouée page blanche que tu abandonnes à son sort inutile pendant de longs mois. Et te voilà de nouveau à la recouvrir de ton pitoyable apitoiement. Des maigres évènements de ton misérable voyage.

(6.61)

Oblitération

Tu constates (avec tristesse) qu’en cette ère d’omnipotence (et d’invasion) publicitaire, la  communication est devenue une odieuse opération de séduction qui offre une vision réductrice, partielle et partiale du réel où l'on occulte délibérément l'anodin, l'ordinaire, le disgracieux, l'indigne, l'innommable, l'inmontrable, toutes ces choses qui représentent pourtant la moitié du monde, la moitié de l’humanité, la moitié du réel.

 (6.62)

Compagnonnage

Lecture de L'usage du monde de Nicolas Bouvier. Tu as toujours été fasciné par les écrivains marcheurs et les arpenteurs de chemins qui aspirent à des vérités plus grandes - plus hautes, plus profondes et plus larges - (ceux qui aspirent à des vérités transcendantes). Tu les as toujours considérés comme des amis secrets, des compagnons de route silencieux qui encouragent la poursuite de ton chemin.

(6.63)

Alter ego

Tu notes (avec dépit) ton besoin (irrésistible) de trouver quelques compagnons de route. Cette irrépressible nécessité de trouver d'autres toi-mêmes… si semblables… (et pourtant si différents), si proches… (et pourtant si lointains). Cet insatiable besoin de rencontres… comme pour alléger (un instant) ton insupportable solitude… encourager tes pas… et poursuivre ta marche.

 (6.64)

Traçabilité

Qu'il est difficile de tracer son chemin. Et peut-être plus difficile encore d'en retracer les pas…

(6.65)

Noctambules

Tard dans la nuit. Une émission avec Bobin, Sœur Emmanuelle et quelques autres : Orsenna, Yves Simon et le couple Delerm. Thème : écriture et spiritualité. Tu savoures ton bonheur. Tu te sustentes de cette bulle d'air pur dans l'air vicié de l'apparence. Dans le monde télévisuel habituel. Factice et mensonger.

 (6.66)

Dévoilement

Tu sais qu’écrire est le signe d’une insuffisance. Tu écris pour ôter les voiles obscurs qui recouvrent ton regard sur la vie.

(6.67)

Edifice

Tu notes un propos de Martine Delerm (la compagne de Philippe Delerm). Leur dernier livre (écrit en commun, elle chargée des illustrations, lui des textes) devait avoir à l'origine pour titre : les petites sagesses. Mais avec l'âge, dit-elle, ce qui semble si évident, ce qu'il faut penser et vivre, la vie même vient le contredire. Comme si la vie venait dévoiler notre supercherie et nous révéler d'autres vérités. En définitive, toutes les petites leçons tirées au fil du chemin, au gré des évènements et des expériences, sont bien fragiles… transitoires (oui, c'est exact !) et pourtant absolument essentielles à cette fondamentale construction de nous-mêmes et à la nécessaire poursuite du voyage.

 (6.68)

Leçon

Tu n’écris que pour apprendre à mieux vivre.

(6.69)

 Desseins

Tu aimerais tant élargir ton indéfectible étroitesse humaine.

 (6.70)

 

Unique lecteur

Tu n’écris (et ne lis) jamais que pour toi.

(6.71)

 Attachements

Tu as conscience que tu es attaché à ta personne d'une incroyable manière. Pitoyable et pourtant incontournable manière. Comme si pour évoluer dans ton existence, il te fallait progresser dans le récit de ce carnet. Tu y vois - une fois de plus - la preuve irréfutable de ton double attachement au faire et à l'être de surface.

 (6.72)

Observateur privilégié

Au fond, tu n'écris que pour t'assurer du réel de ta vie et devenir le témoin de ton existence.

(6.73)

Affaire personnelle

Encore (et toujours) des pensées qui n’intéressent que toi. Fragments d’un radoteur névrosé et narcissique.

 (6.74)

Noir sur blanc

Tu regardes avec tristesse la noirceur des mots sur la blancheur éclatante des pages. Et tu es inconsolable.

(6.75)

Tristesse

Aujourd’hui, mauvaise journée. Un jour sans joie. Comme une âme sans cœur. Comme une bouche sans rire.

 (6.76)

Vanité suffisante

Tu relis avec emphase tes paragraphes pompeux et ampoulés enveloppés de périphrases pédantes.

(6.77)

 Enlisement

Tu te sens lourd. Ecrasé par le vide que tu portes en toi. Tu ne connais de fardeau plus pesant. Il pèse sur ton âme entière qui s'enfonce plus bas que terre.

 (6.78)

Nécessités

Eternelles questions. Pour quoi ce besoin d’écrire ? Et cette immense difficulté à dire… ?

(6.79)

Pathologique

Tu ne cesses de t’interroger (en vain) sur ton besoin maladif d’écrire.

 (6.80)

Névrose

Tu remplies la page blanche comme le vide de ton existence. Tu es soumis au besoin compulsif d’exister. Tu te livres, corps et âme, au triste sort des névrosés. Victime de tes obsessions idéatives. Et de tes (évidentes) prédispositions psychasthéniques.

(6.81)

Absolu-ment

Tu es un cérébral existentiel obsessionnel. Tu t’égares dans de vulgaires et essentielles interrogations métaphysiques. Tu tentes de parcourir l’Absolu en boucle. Et tu t’épuises dans cette recherche - relativement - éreintante.

 (6.82)

Culpabilité

Tu relis le paragraphe que tu as écrit sur la haine des autres. Et tu es profondément bouleversé. Tu te savais haineux mais tu ignorais à quel point. Et tu éprouves une intense culpabilité à l'être si profondément, si intensément, si radicalement.

(6.83)

Harcèlement

Tant de choses t'exaspèrent…

 (6.84)

Insuffisances

Tu blâmes ta pauvreté langagière pour exprimer tes idées, tes sentiments, tes joies et tes peines. Tu fustiges les mots dont le sens pervertit tes perceptions (et que la lecture achève de déformer). Tu fustiges ta palette expressive insuffisante à traduire ce qui te traverse.

(6.85)

Insignifiances

Tu attaches un soin particulier à exprimer tes pensées et à noter tes sentiments. Mais au fond quelle importance ! Le monde s’en indiffère.

 (6.86)

Ennui

Tu écris paresseusement. Depuis des mois, tu te consacres sans enthousiasme à ce journal. Tu en perçois l’insignifiance, la médiocrité et l’inutilité. Mais tu es bien en peine de t’investir dans une autre activité. Tu refuses de bailler aux corneilles, de t’agiter dans quelques stupides tâches ménagères. Alors tu écris un peu par dépit, un peu par lâcheté et beaucoup par ennui… entrecoupé parfois par un vague sentiment de joie.

(6.87)

 Désolation

Aujourd’hui, tu désespères d’en être réduit à la désespérance. Tout être et tout faire t’ont abandonné. Et tu ne sais que faire de cet état qui t’insupporte. Tu te résignes à le laisser suivre son médiocre cours. 

 (6.88)

Abandon

Tu renonces à poursuivre les développements de ton récit. Tu éprouves trop d’agacement. Son aspect purement descriptif, le manque de plaisir d’écrire sans compter la fadeur et la maladresse de tes formulations t’y font renoncer. Tu espères les reprendre plus tard avec plus de bonheur, de spontanéité et de naturel. Tu ne peux t’empêcher de croire qu’il y a encore quelque chose de prématuré dans ce vain exercice de description et de tentative d’analyse.

(6.89)

Saut

Tu acceptes ton dénuement. Ta vulnérabilité. Ton insignifiance. Tu t’acceptes tel que tu es. Et tu n’es rien. Tu prends conscience de ta vraie nature. Et du défi à relever. Aucune autre attitude ne peut t’aider sur ton chemin. Tu refuses l'agitation, l'effervescence et le faire tous azimuts. Tu refuses les frétillements, fumeux prétextes à fuir le vide qui t’appelle et qui a tant de choses à te révéler. Tu es prêt pour cet exercice de haute voltige. Tu t’y prépares. Longuement. Et tu t’impatientes d’y faire tes premiers pas. D'accomplir le grand saut sans filet. Sans le dérisoire filet du faire.

 (6.90)

Leçons d’altruisme

Aparté avec J.C Carrière, invité d’une émission radiophonique. Eclectique curieux, ouvert et généreux. Ces qualificatifs sont bien pauvres à le caractériser. Conteur et passeur d’histoires. Voilà peut-être qui lui siérait davantage… Scénariste et auteur qui a réussi à amputer le « je » à ses récits au profit d’un « vous » plus généreux et moins égotique. Cette préférence pour le « vous » ouvre chez toi une lucarne où tu entrevois une autre fonction à celui qui transmet (car à tes yeux, celui qui exprime et donne à réfléchir en est souvent réduit à partager ses propres expériences, intuitions et interprétations… Voilà sans doute une vision très bornée et étriquée de celui qui transmet ! Mais tu es un être étroit et borné par ton indéfectible égotisme. Tu demeures - il est vrai - un indécrottable égocentrique narcissique ! D’aucuns sont plus naturellement humbles et soucieux de faire partager les expériences d’Autrui… Voilà pour toi une belle leçon d’humilité et d’élargissement. Tu te promets à l’avenir d’y réfléchir et d’ouvrir l’éventail de tes horizons.

(6.91)

Encouragements

Tu écoutes Orsenna parler de son dernier bouquin (un livre de grammaire sous forme de conte) ; les difficultés "à rester dans le ton… à trouver la note juste" (ce sont ses termes) et les multiples versions jetées à la corbeille. Ses commentaires t'incitent au courage et à la persévérance.

 (6.92)

Espérance

Tu achèves ta lecture. Tu poses ton livre. Tu secoues ta torpeur et tu rejoins la joie de vivre que tu espères.

(6.93)

Nuages

Tu contemples (un instant) les nuages dessinés au crayon dans le ciel qui dansent au-dessus des toits. Et tu vois, au loin, le soleil envelopper son sourire d’une longue cape grise…

 (6.94)

Notes colorées

Tu continues d’écrire quelques phrases grises sur le papier blanc dans l’espoir (sans doute) de leur donner une autre couleur.

(6.95)

Substitut

Tu sais que chacun (quoi qu’il fasse) est en train d’être. Mais tu devines que peu d’Hommes en ont conscience. Tu les vois partout s’agiter en vain, accomplir une foule de choses, se jeter dans de multiples activités car à défaut d'avoir conscience d'être, tous désirent ardemment se sentir exister. Et malheureusement, tu n’échappes nullement à la règle.

 (6.96)

Tâches d’encre

Le flux (créatif) jubilatoire qui t’anime s’étiole au fil des mots. Et n’en restera bientôt que quelques taches sur la page.

(6.97)

Combat interne

Tu es parfois pris entre la frénésie de la quête et un fort sentiment d'inutilité. Tu es le territoire de luttes intestines. Et tu ne sais que faire. Tu essayes d’accueillir cette apparente ambivalence. Tu t’évertues, dans une vaine et sempiternelle tentative, à lâcher prise.

 (6.98)

Obscurs Passages

Tes mots sont un égarement qui te perd et t’éclaire.

(6.99)

Encombrement

Tu n’accordes aucune place véritable à ceux qui vivent avec toi (tes proches). Tu refuses (totalement) d’accueillir ceux qui vivent à tes côtés (tes voisins et tes amis). Et tu fermes ta porte (catégoriquement) à ceux que tu croises (tes connaissances, les passants et les inconnus).

 (6.100)

Joie morose

Il t’arrive de regarder avec tristesse ta misérable jubilation à jeter les mots sur la page.

(6.101)

 Aveuglement

Tu ne donnes jamais au monde le sentiment qu’il est nécessaire. Tu ignores que sans lui, tu ne serais pas.

(6.102)

Avis

Tu trouves tes phrases abruptes, péremptoires, intransigeantes, arrogantes, misanthropes. Tu leur donnes le qualificatif qu’elles méritent. Et tu t’en moques. Tu poursuis ton chemin. Ton petit sentier de mots.

(6.103)

Tragi-comédie

Propriétaire est, à tes yeux, le mot le plus incongru, le plus comique et le plus pathétique que tu connaisses (acquérir artificiellement une infime parcelle du monde et un minuscule fragment de la vie pour avoir l’illusion d’en jouir davantage…) Mais il représente aussi le mot le plus morbide et le plus criminel qui soit, le mot guerrogène par excellence (l’extension de soi par l’objet et la chose…, sorte d’expansion égocentrique par réification du monde…).

 (6.104)

Variations non-capitales sur la chose

Tu regardes autour de toi. Et tu vois un monde de propriétaires. Tu notes que cette volonté d'appropriation est à l'origine de tous les conflits et de toutes les guerres… Partout, au nom de cette odieuse (artificielle et illusoire) idée de propriété, les animaux, les hommes et les nations se battent et s'entretuent. Tu sais que tout propriétaire usurpe une chose qui ne lui appartient pas… (mais qu'importe puisque l'usurpateur est le premier dupé!). Le propriétaire jouit d'un bien, d'un espace ou d'un être parce qu'il croit les posséder. Mais il ignore que chacun peut jouir de toutes choses sans les posséder le moins du monde.

 (6.105)

Style

Le style – dit-on – est affaire de vision du monde. Comment qualifier ton regard sur le monde ? Lourd, abrupt, violent, réprobateur, cynique, intransigeant. Tu ne peux prétendre au moindre style avec un tel regard sur le monde. Tu n’es qu’un pauvre prosateur. Un plumitif rageur.

(6.106)

Lassitude

Nombriliste, autocentré, égotique, égoïste, névrotique. Tu blâmes ces caractéristiques qui te désespèrent.

(6.107)

Affliction

Tu pleures sur tous les livres du monde. Mais tes pages sont bien en peine de te consoler.

(6.108)

Obscur tissu

Ta tristesse est un voile gris sur les couleurs de la vie, une lourde étoffe qui assombrit le monde.

 (6.109)

Paysages désolants

Tu ne peux ignorer qu’il y a souvent une grande détresse à tout vouloir montrer et un grand désespoir impudique à le faire.

(6.110)

Désenchantement

Tu te donnes (sans conteste) en partage à des esprits indifférents et à des cœurs étroits et insensibles. Simples reflets (sans doute) de toi-même.

 (6.111)

Face cachée

Tu exposes (dans tes pages) le laid, l’indigne et le raté. Tu dévoiles l'immontrable. Tu fais œuvre (malgré toi) de salubrité publique.

(6.112)

Derrière le voile

Les façades et les vitrines t’indiffèrent. Tu n’aimes que les sous-sols, les caves et les arrière-cours. Tu ne trouves grâce qu’à l'envers des décors.

 (6.113)

Aveu

Tes phrases débordent, coulent sans répit, se répandent et finissent leur course dans ces combinaisons de signes alphabétiques, que tu lis sur ces pages, lecteur… toi qui comprends (peut-être) la folie, la sagesse, l’impudeur, la colère, l’amour, la haine, les joies, les peines, le désespoir et l’espérance de l’auteur avec lequel tu partages le fond universel.

(6.114)

Persona

Tu as toujours observé (narquois et méprisant) l’assemblée des Hommes : des ombres fantomatiques sur la (grande) scène du petit théâtre du monde.

 (6.115)

Longue liste

Tes ouvrages ne feront jamais que quelques livres de plus. Pour ton plus grand malheur.

(6.116)

Enigmatique jonction

Tu devines que tous ceux qui ont réalisé leurs rêves, qui sont parvenus à satisfaire leurs aspirations et leurs désirs profonds, qui ont atteint leurs objectifs et leurs buts, y sont, en dépit de leur volonté, de leurs efforts, de leur détermination, de leur travail, de leur acharnement, presque totalement étrangers. Cette obtention est, à tes yeux, le fruit d'une conjonction mystérieuse. Comme si la vie leur avait octroyé par différents canaux - l'époque, la mode, l'air du temps… - les conditions propices pour satisfaire leurs aspirations.

 (6.117)

Pages à l’enclume

Ta langue est si plate que tes mots, à force de coups, sortent petits et cabossés… à peine lisibles, visibles, perceptibles, audibles. Ils sortent amoindris et anéantis. Sans relief sur la page.

(6.118)

Chemin conditionné

Tes aspirations ne sont peut-être que la voie que la vie t’a tracée. Et le monde dans lequel tu évolues et les évènements qui te sont donnés à vivre les conditions de sa réalisation.

(6.119)

Pathologie létale

L'électrocardiogramme plat des morts. A juger la platitude de tes phrases, tu es sans conteste un auteur mort-né… Et tu regardes avec tristesse (une infinie tristesse) la lente courbe déclinante des lettres mortes qui jonchent tes pages...

(6.120)

Miroir

Tu devines que tout reproche est illégitime mais sans doute jamais sans fondement.

 (6.121)

Craintif élan

Tu perçois l’écriture comme une façon d'aller vers le monde. Une façon timide et timorée. Tu aimerais sortir de ta tanière de papier. Apprendre à être au monde plus courageusement.

(6.122)

Antidote

Pour sortir de ta torpeur quotidienne, tu songes (parfois) au jour où la mort viendra te chercher. 

 (6.123)

Coquille

En dépit de tes aspirations (velléitaires), tu continues à passer tes journées, le cœur tapi sous tes feuilles de papier. L’esprit recroquevillé sur ta table de travail. Et tu attends que la vie passe et aille frapper à une autre porte.

(6.124)

 

 

Partie 2

Activité

Dire le monde. Et donner à lire ce qu’il te renvoie, est-ce là un métier ?

(6.125)

Faux paradoxes

Le cheminement dans la vie et la voie ne sont qu'en apparentes contradictions… contradictions que le bon sens ordinaire ne peut appréhender…

 (6.126)

 

LE SENTIER DE SCRIBE

Traversée singulière.

Traversée singulière de l’homme qui poursuit son modeste sentier d’écriture malgré son renoncement à la publication.

 

DU CÔTE DE CHEZ SOI

Traversée singulière.

Traversée singulière de l’homme qui se rapproche du monde et découvre quelques éclaircies prometteuses dans l’obscur habituel de son âme.

 

 

LE SENTIER DE SCRIBE

Traversée singulière

(à gauche)

DU CÔTE DE CHEZ SOI

Traversée singulière

(à droite)

 

L’une et l’autre se complètent, se répondent et s’opposent parfois…

 

Singerie

Tu reprends ta vieille machine à écrire. Tu l'avais remisée au fond d'un tiroir. Et il te plaît de la ressortir. Sentir ses touches sous tes doigts. Tu t’accroches à cette image de l'écrivain comme un singe habile à ses branches. Tu t’y agrippes pour ne pas tomber.

(6.127)

Déception

Tu voulais débuter ces pages par une note d'espoir. Noter ta maigre progression sur le chemin. Mais tu es encore trop meurtri par les rafales d'une brise légère que tu as pris pour un ouragan déchaîné. Tu attends que l'orage s’éloigne.

(6.128)

Gouffre

Tu notes que tu uses jusqu’à la corde ces sempiternelles (et misérables) métaphores de la chute et du déluge.

(6.129)

Combats pacifiés

Tu as conscience que la paix ne se conquiert jamais définitivement. Qu’elle s'acquiert progressivement, au cours d’une longue série de luttes acharnées contre soi et le monde.

 (6.130)

Paysages

Après ta lecture de l’usage du monde de N. Bouvier, tu éprouves (une nouvelle fois) le besoin de faire de ta vie un voyage, de dessiner les paysages avec le regard distancié du voyageur, d’esquisser les méandres rencontrés en chemin ; sentiments, impressions, humeurs, vies traversées, Vie parcourue...

(6.131)

Présent

La vie t’offre l'occasion de découvrir peu à peu le sens de la marche. Simple question de mûrissement.

 (6.132)

Bousculades

Les idées (comme autrefois) se bousculent sur la page. Tu aurais aimé écrire sur ta lente progression vers l'intériorité. Depuis quelques temps, l'idée te taraudait. Mais tu n’en trouves ni le temps, ni le courage ni l'envie. Et tu ne t'y engageras pas davantage aujourd’hui. Tu te contentes de noter à la hâte quelques idées pour répondre au sentiment d'urgence qui t'habite et satisfaire celui – plus sage (et plus inaccessible encore) – d'apprendre avec elles le détachement nécessaire.

(6.133)

Préparation

Cette vie est, à tes yeux, une convalescence et un apprentissage. Convalescence (nécessaire) pour guérir de cette souffrance de vivre, du mal-être permanent, de cette douleur (et de cette gêne) induite par la présence des Autres - ces autres qui t’insupportent, te blessent ou t’effraient. Pour apprendre à mieux vivre en ta compagnie et en compagnie du monde. Et l’apprentissage laborieux – presque fastidieux – de l’écriture comme un étroit chemin de délivrance. Mais ton espoir d’atteindre des horizons moins obscurs en cette vie te semble bien mince. Malgré quelques pas sur le chemin (de pitoyables avancées en vérité), tu crains que ces horizons demeurent, aussi obscurs qu’à tes débuts - un peu moins peut-être - mais insuffisants à trouver la lumière. Aussi ta seule ambition est-elle de préparer l’existence suivante. Transformer le fumier en compost, faire grandir en toi quelques pans mystérieux (de ton âme, de ton esprit ou de ta conscience, tu ne saurais dire) que la mort ne pourra t’arracher. Ces attentes te semblent, elles aussi, vaines et dangereuses. En effet, pourquoi attendre ? Pourquoi espérer ? Alors qu’il conviendrait d’être en cet instant. Mais ces attentes sont tiennes. Et tu tentes de les satisfaire, avec toute la douceur dont tu es capable. Et Dieu sait que ton incapacité est grande. Elle te ralentit sans cesse - presque chaque jour - mais tu as conscience qu’il t’appartient de cheminer en sa compagnie.

 (6.134)

Virulence

Tu jettes (toujours) tes phrases avec violence. Tu les jettes (toujours) avec hargne. Avec haine. Tu sens (encore) la colère gronder à travers chaque mot. Tu regardes ta colère (elle prête à sourire). Mais tu es incapable de la recevoir avec douceur, avec compréhension, bienveillance et patience. En ces instants de violence, ces mots restent lettres mortes.

(6.135)

Colère

Ta colère éclate. Tu te lèves pour regarder par la fenêtre. Et tu observes le ciel. Toujours aussi vaste. Et tu observes la terre. Toujours aussi belle. Et tu observes la course du vent emporter ta colère vers des contrées moins ombrageuses. Ton ressentiment devient (progressivement) nuage. Amas vaporeux qui s’évanouit et se dissout dans l’infinité du ciel.

 (6.136)

Impulsion

Tu songes à un livre de Kerouac. Un livre magistral, lourd de sens, de pages et de mots, abondamment illustré de dessins et de photos, accumulant des pensées en tous genres. Il t'en reste un souvenir vivace et éclatant - presque envieux - qui vient conforter (et nourrir sans doute) ton besoin frénétique d'écrire TON livre magistral

(6.137)

Compagnon de route

"TON" t’apparaît (aujourd’hui) comme un pauvre, dérisoire et pathétique article possessif. Tu as beau le mépriser et vouloir t’en délester où que tu ailles, tu le traînes derrière toi comme un boulet. Mais tu as le sentiment qu’il demeure (en dépit des apparences) ton plus efficace atout à poursuivre la marche.

 (6.138)

Dettes

Au fil des livres, tes dettes s'accumulent. Jamais il ne te sera donné de les rembourser. Tu aimerais rendre grâce ici à tes créanciers. Leur crier ta gratitude infinie. A Paul (Paul Auster), tu lui dois d'être parti. Tu lui dois tes premiers voyages. Tu lui dois tes explorations dans les contrées lointaines du monde et l'inaccessible pays de l'écriture. A Hermann (Hermann Hesse), tu lui dois tes premiers émois de chercheur existentiel. Tu lui dois d'avoir découvert le chemin. A Maxime (Maxime Gorki), tu lui dois l'écriture du voyage. Tu lui dois tes carnets de routes. Tu lui dois tes interminables pérégrinations dans les douloureuses contrées du Monde et de l'écriture. A Howard (Howard Butten), tu lui dois le rire dérisoire et salvateur dans cette averse de pleurs et de cœurs émiettés. Tu lui dois l'innocence dans cet océan d'amertume. A Fernando (Fernando Pessoa), tu lui dois tes égarements. Tu lui dois tes fuites dans l'imaginaire et la folie. Tu lui dois d'avoir franchi les portes du non-retour. A Emile (Emile Cioran), tu lui dois la reconnaissance et le partage de votre misère humaine. Tu lui dois la poursuite désespérée de toi-même. A Christian (Christian Bobin), tu lui dois une grande part de lumière. Tu lui dois les éclaircies du cœur dans l'obscur de l'âme. Tu lui dois beaucoup. De t'avoir sauvé peut-être de l'abjection de toi-même et de l'absurdité du Monde.

(6.139)

Plénitude

Aujourd’hui, tu éprouves une joie immense. Une lumière inespérée -  une de celles trop rares qui t’est offerte dans le gris habituel de ta vie. La joie d’écrire. Ecrire ces quelques mots. Regarder par la fenêtre. Sentir le doux soleil d’hiver sur ton visage. Lire quelques phrases d’André Dhôtel, quelques lignes d’Antoine Bloom, un mot de St Thomas et laisser la douceur envahir ton cœur. 

 (6.140)

 

Hommage

Les auteurs qui t’accompagnent t’ouvrent à la lumière du monde. Ils te réconcilient à la vie et à la douleur de vivre. En refermant leurs livres, tu retrouves ton existence le cœur attendri.

(6.141)

Maladresse

Tu sais qu’il n’y a pas d’instant insignifiant. Mais des regards maladroits sur les évènements ordinaires.

(6.142)

Propre touche

Tu décides de renoncer à imiter les écrivains que tu vénères. D’échapper à cette affligeante erreur de jeunesse. Pour apprendre à creuser ton propre sillon. A « faire du toi-même ». Exercice éreintant, et moins clinquant sûrement, mais plus honnête et en définitive salvateur… la seule véritable issue qui soit…

(6.143)

Double mission

Tu comprends que la vie t’assigne une double tâche. Trouver une place en ce monde qui te permette d'être toi-même.

 (6.144)

Commandement

Tu sais qu’il ne faut en rien t’obliger. Simplement laisser mûrir. Et apprendre, sans hâte, l’effort de la patience. 

 (6.145)

Amère comparaison

Jamais ton écriture n'aura la tendresse bienveillante de tes mentors. Jamais tes mots n'auront leur douceur rassurante et enveloppante. Tes mots sont violence. A chaque mot martelé avec force, elle s’imprime sur la page blanche lacérée.

(6.146)

Âpre tâche

Tu apprends à tout accueillir. Tu apprends à ne rien rejeter. Ni ton incapacité à accueillir ni ta volonté farouche de tout rejeter.

 (6.147)

Efforts soutenus

Tu sais que l’accueil (des évènements) nécessite un long, lent et fastidieux effort de désappropriation non de toi-même mais de vieux, profonds et inenracinnables mécanismes auxquels tu t’identifies.

 (6.148)

Ecœurement

Tu accumules, notes, textes, fragments, expériences. Et tu éprouves parfois le besoin de te désencombrer.  

(6.149)

Obstruction

Tu devines aisément que tout savoir est un encombrement. Un encombrement (sans doute) nécessaire à une meilleure compréhension du réel mais qui obscurcit, dans le même temps, davantage le vrai visage de la vie.

(6.150)

Vérité ignorée

Savoir a toujours été, à tes yeux, la marque des gens cultivés. Et connaître celle des gens intelligents (non au sens logique ou rationnel du terme mais au sens vrai).

(6.151)

Obstruction (bis)

Tout savoir est, à tes yeux, un encombrement qui empêche de porter sur la vie un regard frais et spontané, de porter sur le monde un regard juste, de porter sur les autres un regard désencombré de toi-même. Tout savoir est pour toi un encombrement qui empêche de vivre la réalité de la vie telle qu'elle est. Un encombrement (enfin) qui empêche d'adopter une parole ou une action toujours en phase avec le mouvement naturel de la vie.

 (6.152)

Lent processus

Tu notes (avec tristesse) qu'il faut un long (un très long) apprentissage pour comprendre l'impérieuse nécessité de désapprendre.

 (6.153)

Insuffisance satisfaisante

Tu admets (enfin) que toute connaissance est insuffisante… mais jamais vaine puisque qu’elle vient s’ajouter et s’imbriquer aux précédentes, favorisant ainsi quelques avancées encore invisibles au mûrissement de la conscience.

 (6.154)

Pas à pas

Tu sais (en définitive) que, de vérités transitoires en vérités transitoires, tu progresses (lentement) vers le vrai visage de la vie.

 (6.155)

Support passager

Tu conserves les livres le temps d’y puiser la force et le courage de poursuivre ton chemin.

(6.156)

 Perception inconsciente

Tu remarques que la grande majorité des Hommes utilisent la connaissance comme bouclier contre les dangers présupposés du monde et de l’avenir. Ils aspirent à la connaissance pour s’adapter, pour continuer à exister… comme s’ils obéissaient à un désir de vie en eux… un besoin inconscient de perpétuation d’eux-mêmes et de ce qui les habite…

 (6.157)

Malentendus

Tu tentes vainement de tout dire. Tout dire. Et si peu à dire… Et dire que personne n'entend…

(6.158)

Lucarne fraternelle

Tu imagines que le monde serait plus fraternel (et plus vivable) et la solitude plus tolérable (et sans doute plus clairement et rapidement salvatrice) si chaque être rencontré pouvait voir dans les yeux des autres une fenêtre ouverte sur lui-même.

 (6.159)

Vocifération

Tes livres sont un hurlement désespéré dans le désert du monde. Tu t’interroges sur l’indifférence et l’incompréhension de tes contemporains à l’égard de ton œuvre (mais en est-ce vraiment une ?) Tu entends ce cri avec effroi. Et tu blâmes (aussitôt) d’abriter ce besoin de reconnaissance.

(6.160)

Typologie du don

Tu songes à 3 catégories d’êtres parmi les hommes, ceux qui prennent (se servent) sans donner, ceux qui donnent en espérant (consciemment ou non) recevoir et ceux (très rares) qui donnent sans attendre.

 (6.161)

Triste donateur

Tu n’es pas encore de ceux qui trouvent la vraie joie dans le don. 

 (6.162)

Renoncement

Un jour, tu décides de renoncer à publier ta pauvre littérature. Le choix s’impose à toi. Toi qui cherchais la lumière, tu demeuras sans doute à jamais obscur aux yeux du monde. Tu emprunteras l’autre chemin.

(6.163)

Vagues envies

Tu renonces à écrire pour rejoindre le monde. Pour aider les hommes. Et partager ta pauvre et insignifiante expérience. Tu t’imagines aide-soignant, infirmier, médecin. Pourquoi ? Tu as toujours détesté les médecins. Le rôle qu’ils s’attribuent. Tu aimerais être au plus près de la souffrance. Tu songes à aide-soignant, à infirmier. Tu trouves le courage d’y penser. Mais tu es pétrifié de peur. Tu crains que cette place ne te convienne pas. Aucun rôle, aucune fonction ne t'ont jamais satisfait.

(6.164)

 Naufrage

Tu relis le récit qui a précipité ton renoncement à l'écriture. Tu le parcours d'un œil rapide en quête d'une qualité. Tu y trouves quelques phrases satisfaisantes. Quelques rares îlots dans un océan de médiocrité. Tu n’y trouves qu’une piètre consolation. Insuffisante à te sauver de ton naufrage (du naufrage de l’écriture).

(6.165)

Disgrâce

Ton renoncement à l’écriture précipite ta chute. Tu dois tomber le masque. Abandonner ton statut d’écrivant (de misérable écriveur de lignes). Perdre l’illusion de ta différence (de ta supériorité) pour rejoindre la masse laborieuse. Retrouver la foule qui doit se résigner à sa commune ordinarité.

 (6.166)

Exigences contingentes

Aujourd’hui, tu aspires à trouver une activité encline à satisfaire tes exigences. Tu es audacieux. Tu crois que le monde ouvrira les portes à tes chimères. Tu te rends à l'agence pour l'emploi. Cette recherche t'enrage et t’écœure. Tu dois rentrer dans le rang. Quitter ton piédestal pour aller gagner ton pain. Comme les autres à la sueur de ton front qui dégoulinera bientôt d'ennui et de tristesse.

 (6.167)

Absence de relief

Tu relis quelques pages de ton dernier livre. Tu trouves tes phrases d'une platitude désespérante. Tu blâmes ton manque de légèreté, ton manque de profondeur et de consistance. Le temps et le travail (mille fois recommencé sur la page blanche) sont inutiles. Tu frôles le désespoir. Un désespoir qui te contraint à regarder avec aigreur la boue dans laquelle tes lignes n’ont cessé de t'enfoncer.

(6.168)

Chimères

Tu te crois (encore) artiste. Mais tu es un artiste raté. Misérable jusque dans l'image reflétée par les yeux du monde. Tu imagines être doté d'une puissance créatrice peu commune. Mais tu te leurres. La vanité t’aveugle. Tu es plus bas que terre. Plus bas que ceux que tu méprises. Et tu reçois cette désillusion comme une belle leçon d'humilité. Une belle leçon dont le sens t'échappe encore.

(6.169)

Vain combat

Tu notes cette pensée avec tristesse. Ton renoncement à l’écriture est une douleur.

(6.170)

Surprise

A l'agence pour l'emploi, une annonce attire ton regard triste et désabusé. Désabusé d'être là (d'en être encore là), de devoir revenir en ce lieu maudit dès que le doute artistique t'étreint.

 (6.171)

Nouvel espoir

Tu trouves (enfin) une activité digne de toi-même. Digne de tes exigences : un médiocre travail auprès des handicapés. Pour aider ceux qui parviennent encore à t'émouvoir. Et participer (à ta façon) à la marche du monde.

 (6.172)

Traversées

Tu relis quelques pages de l’usage du monde de Nicolas Bouvier (ton livre de chevet depuis ton renoncement à l’écriture). Cette lecture te secoue de ta torpeur et éclaire le quotidien de sa lumière dépouillée. Elle te redonne la joie de poursuivre la marche. Et t’invite à noter ces mots sur ce carnet.

(6.173)

Obligation

Tu t’évertues, en dépit des aléas de l’existence, à vivre ce que la vie te donne à vivre. A vivre les sentiments et les émotions qui te traversent. Les évènements et les histoires que tu traverses.

 (6.174)

Artifice manichéen

Tu comprends que livrer bataille (contre soi ou contre le monde) revient toujours à scinder la vie. Cette séparation grossière renforce l’opposition artificielle entre le beau/le laid, le bien/le mal, le vrai/le faux, le normal/l’anormal. Cette perception est non seulement artificielle et subjective mais elle est fausse. Tu sais que la réalité est plus subtile… et du moins toujours ce qu'elle est, indépendamment de nos jugements et de nos perceptions.

 (6.175)

Unique voie

Tu sais que seule importe ta façon de vivre avec ce qui t’échoit (advient ou t’incombe).

 (6.176)

Inversion

Contrairement à ce que beaucoup croient ou imaginent, ce n'est pas les Hommes qui forgent leur destin. C'est la vie qui le leur façonne.

 (6.177)

Poursuite de notes

Après de longues semaines de silence, tu reprends la plume (malgré toi). Pour répondre à l’impérieuse nécessité

(6.178)

Enracinement

Quand bien même ta vie semblerait absurde au plus grand nombre, qu'importe si à tes yeux, elle a sens.

(6.179)

Impossibilité

Tu éprouves (toujours) le besoin idiot de tout noter. Tu continues (malgré toi) à te livrer à l’impossible tâche : écrire la vie.

(6.180)

Remerciements

Tu as le sentiment que l'écriture (domaine nécessaire où ton talent est, pourtant, inexistant) appartient à un processus d'apprentissage commencé antérieurement (il y a quelques vies à peine peut-être). Tu crois qu'il en est de même avec la spiritualité. Tu es intimement convaincu que ces deux domaines, expression et spiritualité, véritables nécessités pour toi en cette existence, t'ont été offerts pour poursuivre ton chemin. Et malgré l'insignifiance de tes avancées en ces deux domaines, ton cœur souvent s'emplit de gratitude envers la vie. Et tu tentes de lui rendre grâce de t'avoir offert ces merveilleux présents. Dans tes instants les plus heureux (ou les plus accueillants peut-être), tu te surprends à la remercier de t'avoir offert cette existence humaine, l'une des seules à ta connaissance - connaissance encore étroite et superficielle - qui porte en elle la potentialité de la liberté (liberté intérieure qui seule mérite, bien sûr, de porter ce nom).

 (6.181)

Exhaustivité (bis)

Le souci d'exhaustivité continue de te hanter. Tu éprouves (plus que jamais) l’aberrante nécessité de faire de tes maigres évènements un carnet de voyage. Sans comprendre cette nécessité. Tu te demandes si chaque paysage mérite d'être décrit. Ta raison te porte à croire le contraire. Et pourtant ton cœur t'y contraint avec une folle frénésie. Ce souci d'exhaustivité révèle, à tes yeux, tes paysages intérieurs et l'expression de tes constantes familières (tes fondamentaux singuliers) ; l'agacement, l'exaspération, l'insatisfaction, la haine et le mépris. Tu sais que ces évènements extérieurs ne sont en réalité que les déclencheurs externes d'une réalité intérieure.

(6.182)

 Prisme

Tu sais que la façon dont tu vois le monde (extérieur) n’est que le reflet de ton monde intérieur.

 (6.183)

Traversée

Tant de pensées traversent ton esprit… Mais d’où jaillissent-elles ?

(6.184)

Incapacités

Le téléphone sonne. Tu décroches. Et ton interlocuteur expulse, à travers le combiné, son maigre fardeau de peines, son petit ballot de chagrins. Il se décharge de sa difficulté de vivre trop pesante. Tu l’écoutes. Mais tes peines sont trop lourdes pour que ton écoute soit dénuée d'agacement. Ses paroles t’exaspèrent. Mais tu continues d’écouter. Tu es le seul sur lequel il puisse déverser sa douleur de vivre.

 (6.185)

Paradoxes

Comment dire le bonheur et la souffrance de cheminer ? Comment exprimer la joie et le désespoir d'avancer ? Comment parler de l'espoir… et de l'illusion de poursuivre sa route ?

(6.186)

Ténébreuse affaire

Tu sais que nul ne peut marcher sans lumière. Tu y vois là la ténébreuse affaire des Hommes et l’obscure farce de leur vie.

 (6.187)

Longue marche

Tu remarques que tu as souvent recours à la métaphore du passant (Rimbaud). Tu aimes la marche. L’horizon des contrées inconnues et des contrées reconnues que tu traverses (ou retraverses).

(6.188)

Soutien

Tu éprouves (toujours) le besoin puéril de t’entourer de références spirituelles et d'êtres sur la voie de l’intériorité. Comme pour conforter et appuyer ta propre démarche, fragile et bancale.

 (6.189)

Contamination

Tu crois que le monde pollue ta démarche et ralentit ta marche. Mais le courage (et la volonté) te manque pour t’engager dans une solitude véritable. Trop lâche peut-être… insuffisamment préparé sans doute… Tu penses que cette orientation se manifestera lorsque les conditions seront propices et bénéfiques à ton cheminement.

 (6.190)

Repères

Tu écris. Sans cesse. Contraint par un irrépressible besoin. Tu passes tes nuits à relater l’expérience de ta traversée. Pour offrir tes repères au monde. Tu aimerais tant guider les pas des Hommes sur leur chemin.

(6.191)

Essor

Tu remarques que les Hommes sont, à leur naissance, de petits points minuscules qui aspirent et apprennent (très vite) à s'étendre et à s'élargir. Autour de toi, la plupart des activités humaines tend vers cette horizontalité. Et tu vois les hommes s’en satisfaire. Toute leur existence est vouée à cette seule dimension : ils travaillent à étendre leur action, leur pouvoir, leur propriété sur l'entière surface du monde. Peu parviennent à découvrir la verticalité, dimension pourtant fondamentale, qui, seule, permet de donner un sens véritable à l'horizontalité. Les seuls qui peuvent y accéder sont ceux qui ont perçu la vanité (l'inutilité et l'orgueil) de toute démarche horizontale.

 (6.192)

Destinataires

Tu écris à l'humanité qui se cache au cœur du monde. Tu écris à la partie du monde qui te ressemble.

(6.193)

Eclatante ambition

Tu n’as qu’une ambition : démystifier les territoires éclairés du monde et tenter d'en éclaircir les parcelles les plus obscures. Redonner à l'Humanité sa vraie place. Lui donner à être dans sa totalité.

 (6.194)

Paradoxe

En dépit des éventuels propos (ou intentions) humanistes, altruistes ou fraternels de l'écriture, tu sais qu’elle peut s'avérer (et s'avère souvent) une activité foncièrement égoïste.

(6.195)

Solitudes reliées

Etre de liens et de solitude. Tu sais que tu ne peux échapper à ta condition, à ton destin et à ton chemin.

 (6.196)

Aspirations

Tu aimerais écrire moins. Exister* moins. Vivre davantage. Et apprendre à être*.

(6.197)

Exercice ardu

Etre*… y a-t-il un exercice plus difficile ?

 (6.198)

Impossibilité

Tu as tant de choses à dire que tu n'écriras jamais.

(6.199)

Exercice spirituel

Tu récites à haute voix une merveilleuse parole d’Ignace de Loyola : En toutes choses, agis comme si tu étais seul, et en toutes choses, agis comme si le résultat ne dépendait que de Dieu seul. Tu notes cette belle phrase pour tous ceux (dont tu es) qui agissent (en toutes choses) pour le résultat et les fruits étroitement escomptés, pour tous ceux qui espèrent et sont accaparés par l’attente et insuffisamment portés à la présence et à la conscience pour goûter avec joie à ce qu’ils entreprennent. 

 (6.200)

 

Indécence

Tes pages sont un écran. Elles te séparent et te protègent du monde. Elles sont le vêtement qui voile ton impudeur et t'autorise à exposer sans crainte ta nudité.

(6.201)

Paradoxes nécessaires

Au fil des pas, tant de besoins contradictoires s’opèrent en toi.

 (6.202)

Intolérance

Tu éprouves une grande intransigeance à l'égard des êtres, domaines ou situations où ne point ni l'intériorité ni la spiritualité. En ces endroits (ou à leur proximité), tu sens parfois venir à toi (plutôt monter en toi) un sentiment désagréable d'agacement et de supériorité.

 (6.203)

 Fantasme

Tu laisses jaillir les mots, bribes enfouies de ton inconscient, prompt à te révéler les obscurs chemins vers la lumière.

(6.204)

Apprentissage

Dieu (s’il existe) est à l’intérieur. Le tien n’est (sans doute) qu’un apprenti-disciple paresseux et indiscipliné.

 (6.205)

Récurrence

Redondance ou pléonasme… au fond quelle importance puisque (volontairement ou non) tu ne cesses de te répéter.

(6.206)

Conduite

Tu fais confiance (malgré tout) à ton intelligence fondamentale sans omettre l'idiot qui est en toi (et l'abruti qui parfois te gouverne).

(6.207)

Imprégnations

Tu relies quelques pages de ton journal. Et tu t'aperçois que tu réponds inconsciemment à toutes les interrogations sous-jacentes qui jonchent ces lignes à l'aide de phrases ou de propos lus ou entrevus ici et là. Comme si tu t'efforçais, à ton insu, de t'imprégner de vérités empruntées à d'autres plus avancés sur le chemin.

(6.208)

Impedimenta

Tu t’interroges sur ton bagage mortuaire. Qu'emporteras-tu avec toi ? Ton être fondamental et les couches qui le voilent encore… Tu tentes dès à présent de travailler à leur dévoilement. Tu sais que tes aspirations profondes, tes penchants, tes obsessions, tes lubies, tes peurs et tes travers en sont les plus grossiers révélateurs.

 (6.209)

Palimpsestes

Tu poursuis ton rêve (malgré tes déboires) : écrire LE livre qui effacera toutes les pages du monde.

(6.210)

Les âmes ordinaires

Tu observes le triste sort des âmes ordinaires. Tu vois la folie furieuse des Hommes qui tentent d’échapper au morne ennui de leur existence. Et leur désespoir lorsqu’ils ne parviennent à y échapper. Tu aimerais leur crier : Patience ! Vous aussi, vous connaîtrez un jour le douloureux bonheur de cheminer sur l’âpre chemin de la joie.

(6.211)

Adroite gaucherie

Tu penses que la maladresse est bonne en toute chose, y compris en littérature…Elle seule, à tes yeux, peut dévoiler à l’humanité sa véritable identité.

(6.212)

Messages sibyllins

Tu observes l’étonnante diversité du vivant. Tu contemples les mystérieuses combinaisons du réel. Totalement indéchiffrable. Tu as beau balbutier quelques lettres de son alphabet… sa langue te demeure incompréhensible. Tu reconnais ton incapacité à décrypter le langage de l’absolu qui confine les êtres du monde relatif à l’illettrisme… 

 (6.213)

Ambiguïtés

Il t’arrive d’écrire des pages d'une grande noblesse, généreuses et altruistes. Et il t’arrive de vivre comme un être infâme. Tu sais qu’il n'en peut être ainsi pour le quêteur spirituel. S'il lui arrive d'être égoïste (et cela lui arrive très régulièrement), la spiritualité y est étrangère.

(6.214)

Foi sélective

Tu crois peu en l'Homme. Tu crois en sa potentialité. Tu as quelques espérances en cette potentialité enfouie sous d'innombrables et tenaces couches d'ignorance, de bêtises et d'aveuglement. 

(6.215)

Compulsion

Tu refermes ta machine à écrire. Et tu t'empresses de la rouvrir comme si une urgence t'y contraignait. Une urgence révélatrice de l'attachement aux idées qui te traversent et qu'il t'apparaît nécessaire de fixer. Tu as conscience que cette attitude est contraire au détachement et, dans une moindre mesure, à une certaine forme d'ouverture aux autres. Tu sais qu’elle prouve sans détour que tu écris non pour ceux qui pourraient lire ces pages (par un hasard inespéré) mais pour toi et toi seul.

(6.216)

Le sens des liens

Tu es seul. Et avec les autres. Et tu as l’intuition que cette apparente contradiction donne sens à ta vie (et à toute vie). Tu ignores de quelle façon. Ce questionnement demeure néanmoins, à tes yeux, le plus essentiel qui soit. Tu as le sentiment qu’il abrite le plus insondable mystère des êtres : le lien qui les unit.

 (6.217)

Précipitations

Tu jettes sur une feuille une idée inaboutie (avant qu'elle ne soit parvenue au terme de son propre voyage). Tu en connais l’inutilité et le danger. Tu sais que l'idée affleure à ta conscience amputée d'une grande part de sa substance. Et tu prends le risque de compromettre les avancées de ton propre voyage.

(6.218)

 Environnement

Tu admets que le chemin intérieur nécessite (à ses débuts) une atmosphère propice et inspirante. Et tu reconnais (à contre cœur) ta dépendance à ce support.

 (6.219)

Idée

Tu te tais. Tu attends l'instant propice… lorsque l’idée enfin arrivée à son terme, saura te dévoiler le secret qu'elle renfermait.

(6.220)

Evolution parabolique

Tu remarques que les paraboles étaient autrefois dans les livres sacrés. Les Hommes s’en servaient pour décrire quelques parcelles de vérité. Aujourd’hui, elles prolifèrent sur les toits et les balcons. Et les hommes les utilisent pour capter des images frelatées sur le petit écran bleuté. Et tu admets (avec tristesse) que le monde a bien changé…

 (6.221)

Satisfaction

Lorsque tu vois les livres qu’affectionnent tes contemporains, tu éprouves quelque fierté devant l’insuccès de tes pages.

(6.222)

Incomplétude

Ceux qui ne lisent pas manquent du manque. Cette phrase de C. Bobin t’intrigue. Tu ne peux imaginer un être qui ne puisse ressentir ce sentiment d'incomplétude et l'irrépressible besoin de le combler, de trouver une réponse - et à travers elle LA réponse – en mesure de satisfaire cette sensation de vide et de déchirement. Tu sais que toute action vise à combler consciemment ou non ce besoin. A tes yeux, toute vie est la tentative éperdue de satisfaire cette quête. Lire ou ne pas lire n'a aucune importance. Toute quête est puissante. Plus forte - indéniablement - que la misérable volonté consciente des hommes.

 (6.223)

Œuvre de méfiance

Tu éprouves quelques méfiances à l’égard des éditeurs (et de leurs goûts littéraires). Tu n’as pas la crédulité de penser qu’ils n’apprécient que la littérature…

(6.224)

Religion nouvelle

Note. Depuis longtemps, l’hôtel des ventes a remplacé l’autel des églises… signe (évident) que le commerce est devenu religion…

 (6.225)

Calcul littéraire

Tu aimes les livres. Et tu détestes les livres de comptes. La seule littérature (pourtant) qui intéresse les Hommes (et les éditeurs).

(6.226)

Obscurité

Les Hommes sont tous, à tes yeux, (et à différents degrés) des marchands de sommeil. Et tu les regardes, effrayé, effaré, poursuivre leur marche dans les ténèbres.

 (6.227)

Réel distordu

Tu notes une phrase de Joyce : « toute fiction est une autobiographie fantasmée ». Tu t’empresses d’ajouter : « Toute fiction est une dangereuse et tendancieuse distorsion du réel ». Et tu n’as aucune envie (pour ta part) de mentir au lecteur. Aucune envie de participer au mensonge collectif qu’offre la plupart des œuvres. Tu estimes que le lecteur mérite mieux qu’un éloignement de lui-même…

(6.228)

Frontière

Tu sais que l'être en chemin éprouve souvent le besoin d'un environnement, d'un entourage (lieu et compagnons) propices à sa pratique (calme, sérénité, silence…). A un certain stade (tu ignores lequel, mais il t'arrive de l'éprouver), tu sais que l'environnement n'a plus guère d'importance. Toute situation (calme, agitée, difficile, heureuse, chaotique…) devient un support de pratique.

 (6.229)

Œuvre de mystification

Tu notes que la grande majorité des livres laisse les lecteurs aussi pauvres qu’ils y sont entrés. Plus pauvres peut-être car ils les ont confortés dans le mythe universel.

(6.230)

Erreur d’appréciation

Tu enrages (souvent) contre les esprits étroits. Tu trouves détestables, ces esprits étriqués qui se préoccupent de leurs seuls désirs sans se soucier des autres. Mais tu sais que cette exaspération n’a aucun sens. Elle ne révèle que ta propre étroitesse. Tu aimerais plaindre ces malheureux dont la vie ne cesse de malmener les prédispositions égotiques et dont les désirs sont si rarement satisfaits par les évènements.

 (6.231)

Sombre arpentage

Tu refuses de divertir le monde. Tu aimerais (à travers tes pages) aider les Hommes à explorer leurs terres obscures. Les inciter à remuer leurs fientes et leurs scories. Les encourager à plonger au cœur de leur être pour qu'ils y découvrent leur propre joyau.

(6.232)

Insatiable désir

Tu connais l'avidité des hommes. Chez la plupart, elle est tournée vers le sexe, l'argent et le pouvoir. Chez quelques-uns vers les nourritures intérieures. Mais n’est-ce pas la même avidité qui les gouverne… Tu t’interroges. Comment aller au-delà de ce désir insatiable ?

(6.233)

Chemin chaotique

Tes pages tentent de retracer l’itinéraire d’une quête douloureuse et désordonnée. Et salvatrice sans doute.

(6.234)

Invisibilité

Tu ne perçois que les liens tangibles entre les êtres et les choses. Tu n’as accès qu'à la surface visible (et étroite) de cette trame qui les unit. Les liens invisibles et mystérieux échappent totalement à ta conscience. Et c'est sans doute là que se cache l'un des plus grands mystères de la Vie. Inaccessible à ton esprit humain.

 (6.235)

Enormité

Les pages de ce carnet : un récit fragmenté, construit à volonté (involontairement sans doute) et déconstruit à dessein.

(6.236)

Truismes

A tes yeux, rien n’est immobile. Pas même l’immobilité. Et tu devines que rien n’est éternel. Pas même l’éternité.

 (6.237)

Désert

Tes mots sont d’infimes grains de sable. Perdus dans le désert des bibliothèques. Et égarés dans l’esprit du monde qui tourne en rond.

(6.238)

Distance 

Tu mesures la distance qui te sépare des autres. Et tu es bien en peine de la trouver. Tu ignores si cette distance existe. Tu ignores sa consistance et l’espace dans laquelle elle se situe.

 (6.239)

Encouragement

Tu aimerais que le lecteur lise ces pages comme tu les as écrites, qu’il éprouve les émotions qui t’ont traversé, que ces lignes fassent naître en lui l'ennui, la joie, l'absurdité, la peur, le désespoir, le mépris, le triomphe, la fragilité, l'exaltation, la fierté, l'incompréhension et l’irrépressible besoin de poursuivre son chemin.

(6.240)

Energie essentielle

Essentiel : tout est là… essence-ciel, carburant terrestre pour destination céleste (comme l’exprimeraient peut-être les chrétiens). Toute foi nécessite, à tes yeux, une grande énergie. Energie nécessaire pour suivre le long et difficile chemin de la délivrance…

(6.241)

 

Paradoxe

Tu écris (presque toujours) dans un accès d’égoïsme. Un accès d'égoïsme généreux qui te jette dans les bras d'ignobles sentiments et de viles émotions que tu aimerais voir disparaître. Tu y vois là (une nouvelle fois – tu ne cesses de le répéter) l'un des plus prégnants et déstabilisants paradoxes de cette activité.

(6.242)

Egoïsme altruiste

Le monde critique (parfois) ta pratique spirituelle solitaire (en la qualifiant de démarche égoïste). Tu aimerais lui rétorquer qu’on commence toujours par soi pour en finir avec soi et commencer véritablement avec le monde.

 (6.243)

Désexpansion

Tu apprends progressivement à t'oublier. Tu accordes une place plus grande aux autres. Et tu aspires à leur re-donner leur place réelle : la seule qu'ils méritent, celle qu’ils n'auraient jamais dû perdre, celle qui a toujours été la leur : la totalité de l'espace. Avant d'y parvenir, tu sais qu’il te faudra parcourir un long chemin. Chercher d'abord ta place, allant peut-être jusqu'à pousser quelques-uns pour l'étendre (ou la trouver), puis apprendre progressivement à en limiter l'expansion, puis à limiter cet espace lui-même, puis encore (très progressivement) en restreindre les limites, jusqu'à réduire cet espace au point où il se confonde à la totalité de l'espace…

 (6.244)

Aération

Espaces entre les mots. Espaces creux. Espaces pleins. Espaces lourds de silence. Espaces légers comme la brise du matin qui empourpre les joues. Tu respires. Aération vitale. Oxygénation salvatrice pour donner souffle à ton existence ordinaire.

(6.245)

Longue chaîne

Ta vie : de petits riens mis bout à bout. De petits riens, à chaque fois, uniques, inestimables,  irremplaçables.

 (6.246)

Géographie langagière

Tes paroles profondes sonnent creux. Tu es un être plat au voyage sans relief.

(6.247)

Points de vue

Lorsqu’il t’arrive de t’apitoyer sur ton sort (et tes malheurs), tu blâmes ton apitoiement. Et tes attentes. Tu remarques que tu considères la vie comme un dû. Et non comme un don.

 (6.248)

Tragique

Tu es un auteur (vraiment) dramatique. Et tu n’as malheureusement aucune pièce de théâtre à inscrire à ton œuvre…

(6.249)

Edicule ridicule

Une œuvre édifiante. A tous points de vue…

 (6.250)

Surface creuse                                      

Tu as parfois le sentiment d'être l'auteur des profondeurs… profondeurs superficielles de l'âme humaine.

(6.251)

Triste trinité

Tu notes cette observation. Elément psychanalytique d’ordre collectif. Chez la grande majorité des hommes le « surmoi » omnipotent et écrasant… et le « ça » incontrôlable (par définition)… semblent tirer à hue et à dia un « moi », frileux, timoré, apeuré…  et inévitablement désemparé… qui, en réaction (comment pourrait-il en être autrement ?) se met à gonfler - à gonfler indéfiniment -  (comme pour prendre sa revanche). Et les hommes ont l’illusion de croire qu’ils sont  maîtres de leur vie… ? Quelle idiotie ! Quel mensonge ! Et quelle hérésie !

 (6.252)

Plate architecture

Tes fragments sont un espace labyrinthique où se perd le fil d’une pensée creuse.

(6.253)

Acrobatie

Malgré la platitude de tes pages, tu t’échines à demeurer vertical en ce monde horizontal… en risquant bien sûr (à chaque instant) un tour de rein…

 (6.254)

Juste inversion

Tu crois écrire la vie. Mais c’est elle qui t’écrit à travers tes pauvres lignes.

(6.255)

Vérité enfouie

La vérité se cache peut-être entre les mots… au fond des choses que tu passes sous silence.

 (6.256)

Avertissement

Ceci (bien sûr) n'est pas de la littérature.

(6.257)

Avertissement (bis) au lecteur

Désormais ces pages t'appartiennent comme tout ce dont tu t'empares….

 (6.258)

 

Partie 3

Nouvelles terres

Tes pas te mènent sur un étrange sentier. Il s'ouvre à toi et te laisse pénétrer ses horizons. Il te donne l'espoir et le courage de poursuivre ta route. C'est un chemin lumineux, un chemin difficile, un chemin magnifique, un chemin porteur de sens qui éclaire la vie. Et ton passage ici-bas.

(6.259)

Bagage essentiel

La gratitude devient ton unique bagage… le seul passeport indispensable pour arpenter les chemins du monde, le cœur en paix et l’esprit émerveillé. Tu as conscience que beaucoup paieraient cher pour l’acquérir… Et tu en connais le prix : un douloureux (et parfois coûteux) travail sur toi à chaque regard étriqué sur la vie, sur le monde et sur toi-même, à chaque pas voué à l’attente égotique du mieux

 (6.260)

 

LE SENTIER DE SCRIBE

Traversée singulière.

Traversée singulière de l’homme qui poursuit (malgré quelques doutes) son modeste sentier de scribe afin d’offrir quelques pâles repères aux Hommes.

 

DU CÔTE DE CHEZ SOI

Traversée singulière.

Traversée singulière de l’homme qui poursuit son périple sur ses chemins ombragés et qui entrevoit, derrière la pénombre éclairée, la lumière.

 

LE SENTIER DE SCRIBE

Traversée singulière

(à gauche)

 

DU CÔTE DE CHEZ SOI

Traversée singulière

(à droite)

 

L’une et l’autre se complètent, se répondent et s’opposent parfois…

 

Après le silence

Tu écris. Tu reprends la plume. Tu t’y sens contraint. Plusieurs mois séparent le jour où pour la dernière fois tu as noté les affres dans lesquelles tu t'enfonçais. Tu n’as pas écrit depuis un an. Un an de silence. Et quelques pas de plus sur le chemin. Quelques pas que tu crois déterminants pour la suite du voyage.

(6.261)

Aspirations

Tu inities un nouveau cycle, de nouvelles attentes et (sans doute) de nouveaux déboires. Aspiré dans la spirale de tes modeshabituels de fonctionnement : sensations et sentiments si familiers... Ah! Risible et invincible force intérieure qui te tient sous son joug écrasant ! Sous son poids, tu frétilles et te débats... avec le vain espoir de t'échapper. Mais il t'est impossible de te soustraire à sa force. Elle te contraint à la suivre. Et tu t'exécutes, l'énergie vissée au corps et la mort dans l'âme. Cette force intérieure est ton salut et ta peine. Elle est ta joie et ton désespoir. Elle est ta liberté et ta prison. Et tu rêves, un jour, de t’en délivrer.

 (6.262)

Besoins

Tu éprouves (toujours) le funeste besoin d’écrire et l’impérieuse nécessité de comprendre.

(6.263)

Dons obscurs

Tu obéis aux forces mystérieuses qui t’animent. Ces forces te guident et te découvrent peu à peu. Elles impriment à ton destin son itinéraire. Tu ignores leur origine. Tu imagines qu’elles viennent des efforts et de l’énergie que tu as déployée depuis la nuit des temps, depuis que le monde est monde, depuis que la vie t’habite.

 (6.264)

Sentier d’écriture

Tu poursuis (malgré toi) ton sentier d’écriture. Ecrire pour aider le monde. Réconforter et secourir les hommes. Les sauver de leur ignorance. Les éclairer de tes faibles lueurs. De tes pâles repères. Tu poursuis avec désespoir ta noble, prétentieuse et stérile ambition.

(6.265)

Présent  

Tu aimerais débusquer l’être pour l’offrir aux êtres du monde.

 (6.266)

Déversement

Tu aimerais recouvrir le monde de joie. En emplir les cœurs et les heures pour sauver les êtres de la douleur de marcher en silence dans la solitude et l’obscurité.

 (6.267)

Outils médiocres

Tu écris en désespoir de cause. Tu sais que l'écriture et la lecture sont des instruments dérisoires pour toucher l’humanité du monde.

(6.268)

Incapacité

Tu sais qu’aucun mot, aucun livre n’a jamais délivré des peurs, des angoisses et des frustrations. Seuls quelques-uns (bien rares) ont su encourager le monde à sortir de l’ignorance.

 (6.269)

Confiance

Pour améliorer le sort du monde, tu crois modérément aux discours des penseurs, aux livres des intellectuels, aux recherches (et aux avancées) des scientifiques, aux prêches des religieux, aux actions militantes des mouvements associatifs, syndicaux et autres mouvements de lobbying, aux programmes et aux réformes des hommes politiques mais tu as une totale confiance en ceux dont l'âme se laisse traverser par la vie. Tu sais qu’ils ne se réclament (le plus souvent) d’aucune paroisse ni d’aucune chapelle. Et qu’ils demeurent libres, anonymes et solitaires.

 (6.270)

Vaine entreprise

Tu songes, avec tristesse, à la vanité de l’écriture. A cet exercice illusoire. Et tu penses (avec une plus grande tristesse encore) à tes livres. A leur médiocrité. Tu as longtemps rêvé (en secret) d’écrire des pages sages et profondes. Mais tu sais aujourd’hui que même si tes ouvrages contenaient toute la sagesse du monde - la quintessence de la sagesse universelle -, ils seraient inutiles aux hommes. A présent, tu sais que tu n’écris que des livres que tu aimerais lire. Et rien de plus.

(6.271)

Indispensable inutilité

Tu sais que le seul travail de l’Homme est de transformer son regard. Toute autre tâche est vaine. Mais tu remarques que l’inutilité est souvent nécessaire à l’Homme. Elle lui permet de réorienter son travail (et ses activités)… lorsqu’il se sent (ou se sait) dans l’impasse.

 (6.272)

Sous le ciel

Tu ressens toujours avec force l’envie de fixer les insignifiances de l’instant. Tu les notes avec soins. Tu évoques les deux mouches posées sur la table basse que tu n’as cœur à chasser en ce début d’hiver et auxquelles tu offres (en quelque sorte) l’hospitalité et la chaleur du foyer. Tu évoques la canette vide, les miettes du repas éparpillées, les livres posés sur le canapé, le mur de l’immeuble d’en face, la gouttière grise et sale, les câbles électriques qui pendent sur le mur et le ciel vaguement étoilé au dessus du monde, indifférent aux activités des hommes, à leur agitation ou à leur ennui. Indifférent et compréhensif (bienveillant sans doute) comme s’il les autorisait à être ce qu’ils sont (d’insignifiants petits êtres au regard posé sur eux-mêmes) en attendant de le rejoindre dans son infinité…

(6.273)

Trajectoire

Tu devines que toutes les vies ne sont qu'une seule et même quête… quête qui enjoint les êtres d'aller par monts et par vaux, de cheminer ici et là, d'emprunter de nombreux sentiers qui ne sont souvent que des impasses (des impasses incontournables). Tu remarques que les hommes cheminent longtemps vers l'extérieur en quête d'une réponse. Parallèlement à cette recherche extérieure, tu constates qu’ils cheminent aussi vers eux-mêmes (pour se construire et mûrir). Certains prennent conscience (avec parfois un grand désespoir) du caractère fondamentalement insatisfaisant de toutes réponses extérieures (toujours décevantes) et finissent par se tourner progressivement (en désespoir de cause et/ou par la force des choses) vers l'intérieur. Ils cheminent ainsi quelques temps, creusant aveuglément leur chemin au-dedans. Au fil de leur progression, leur perception s'approfondit et s'élargit… et le chemin ouvre leur regard sur l'extérieur. Ils apprennent alors progressivement à inclure davantage les autres et à cultiver (presque à leur insu) l'oubli d’eux-mêmes.

 (6.274)

Etape

Tu as l’intuition que toute vie (absolument toute vie) est une étape vers la transcendance (même celles qui semblent en être les plus éloignées). Sachant cela (ou plus exactement sentant intuitivement cela), tu te demandes comment ne pas être tolérant et bienveillant à l'égard de toute vie. Mais tu as beau en être convaincu, tu ne parviens que très rarement à faire taire ton intolérance et ton mépris. Il te reste donc, de toute évidence, bien du chemin à parcourir…

(6.275)

Accouchement

Lecture de La nuit privée d'étoiles de Thomas Merton. Autobiographie d'une vocation spirituelle. Tu observes cette difficile et douloureuse naissance à soi-même, enracinée dans la violence, l'incompréhension et le doute. Et tu contemples (admiratif) le long chemin initiatique.

(6.276)

Ultime débat

Malgré les conflits, les doutes et l’incertitude, tu sais, en définitive que la spiritualité détient toujours le dernier mot.

(6.277)

Obligeance

Tu aimerais exprimer ta gratitude (ta joie et ta reconnaissance) d’avoir vécu en compagnie de tous ceux dont les livres ou la vie ont traversé ton existence.

(6.278)

Débordement

Il arrive que ta tendresse déborde. Tu la vois submerger ton cœur et s'écouler le long de ton regard pour se répandre sur le monde. Comme si ton cœur ne pouvait garder pour lui seul cette abondance de gratitude. 

 (6.279)

Dettes (bis)

Au fil du chemin, tes dettes s'amoncellent. Et tu aimerais (de nouveau) rendre grâce ici à tes créanciers. Continuer à leur crier ton infinie gratitude. A Charles (Charles Juliet), tu lui dois ton premier vrai compagnonnage. Tu lui dois d'avoir marché à tes côtés (presque d'égal à égal) jusqu'aux confins du tunnel, jusqu'à la frontière de l'obscur et de la lumière. A Maurice (Maurice Maeterlinck), tu lui dois l'émerveillement, la bouffée d'air du fabuleux dans cet univers triste de raison étouffante. A Vincent (Vincent La Soudière), tu lui dois le réconfort et les encouragements dans l'indicible solitude de la quête. Tu lui dois la poursuite du chemin. A Georges (Georges Haldas), tu lui dois les chants clairs de la petite fontaine et le murmure de la Source. Les éclaircies (et l'éclairage) du ciel ouvert sur la terre (encore trop) noire des Hommes. Tu lui dois les encouragements à poursuivre ton sentier de petit scribe de l'essentiel.

(6.280)

Dépucelages

Devant tes deux grandes passions (uniques centres d’intérêt), l’écriture et la spiritualité, tu ne peux oublier le piètre amant que tu es. Tu te sens médiocre et inexpérimenté. Cette vérité te semble si évidente que tu juges inutile d'en dire davantage. Toutes tes lignes suintent l'impuissance de l'amant besogneux que ses maîtresses rejettent. Tu sais que toutes deux hésitent à se livrer et tardent à s'ouvrir. Mais tu ne désespères pas qu'elles t'éduquent. Tu vas vers elles pour qu'elles t'apprennent. Et tu leur enjoints de t’apprendre avec douceur et indulgence.

 (6.281)

Malgré nous

Tu prends la plume pour noter une pensée qui enjoindrait les hommes à davantage d'humilité, celle de ne s'attribuer aucun mérite, ni dans ce qu’ils sont, ni dans ce qu’ils font. Tu as le sentiment que les hommes sont assez étrangers à ce qu’ils vivent (intérieurement et extérieurement).

(6.282)

Essentialité

Tu vois le monde s’affairer à ses affaires essentielles* (diverses et très communes). Tu t’interroges sur cette diversité. Et sur la subjectivité de l’essentialité*. Tu t’en étonnes car les enseignements intérieurs (quelles que soient leurs traditions et leurs fondements dogmatiques) semblent définir une essentialité identique et universelle. Tu supposes donc qu’il existe une pré-essentialité diverse, preuve indéniable de l’infinité des itinéraires qui mène à l’unique chemin…

 (6.283)

Place essentielle

Tu poursuis la lecture de Thomas Merton et sa nuit privée d'étoiles. Et tu entrevois la place phénoménale que pourraient (ou que devraient) occuper les ouvrages existentiels et spirituels en littérature. Tu sais que seuls ces livres peuvent (réellement) conforter et encourager le lecteur dans son existence, dans sa démarche, dans sa quête. Tu fustiges les créations artistiques de divertissement et d'évasion. Tu sais que peu d'Hommes ont initié une démarche intérieure personnelle qui offrirait à ce genre d'ouvrages une place prépondérante. Tu te désoles que ces livres occupent un espace si limité (du moins quantitativement) en littérature. Ils demeurent, à tes yeux, pourtant absolument essentiels à l'humanité (et à son devenir).

(6.284)

Gravité

Tu vois le monde refuser la gravité du chemin. Tu t’interroges sur ce refus. Tu sais que la légèreté est un chemin emprunté par différentes catégories : les inconscients, les idiots, les résignés, les désespérés (parfois) et les êtres très avancés sur le chemin (à quelques pas sans doute de la vérité).

(6.285)

 Itinéraire

Tu regardes le monde. Et tu comprends que toute vie est une partie du chemin vers la transcendance (vers Dieu, Allah, l'Atman, le Soi, Bouddha… qu'importent les façons de la nommer).

(6.286)

Confidence

Tu rêves (encore) de réaliser l’Oeuvre qui révolutionnera l’humanité. Tu te surprends à rêver en te prenant au jeu de ta propre création. Obsédé par ta quête illusoire, tu te perds dans ses méandres labyrinthiques. Englué dans ton travail - dans ton labeur titanesque et jubilatoire - tu espères, à chaque nouvelle œuvre, produire enfin celle qui révèlera au monde la Vérité, celle qu’il attendait pour sortir des miasmes fétides où vous vous trouvez, tous deux, englués. A chaque nouvelle réalisation, tu espères. Tu sens cette vérité à ta portée. Tu es victime d’une incroyable illusion d’optique, écrasé sur ta table (ou sur ta toile) par ta quête fébrile, trop absorbé par l’œuvre à faire, par l’histoire en cours, tu te fourvoies et t’enlises dans un monde imaginaire où tu finis par te perdre.

(6.287)

Sujet essentiel

Tu as toujours regardé la vie avec étonnement. Elle demeure (aujourd’hui encore), à tes yeux, la plus mystérieuse et merveilleuse énigme qui soit. Tu sais qu’il n’existe en ce monde aucune question plus digne ni plus essentielle, aucun sujet d’étude, d’exploration, d’investigation et d’expérimentation plus extraordinaire.

 (6.288)

Obscurcies

Tu contemples l’ombre des mots sur la blancheur des pages. Tu vois les petits bâtonnets tristes et recroquevillés sur l’espace ensoleillé. Et ton cœur (soudain) s’illumine.

(6.289)

Joyau

Tu découvres la joie. Et elle devient, à tes yeux, la plus grande richesse du monde. Comme de l’or qui permettrait d’échapper à la misère, au dénuement et à l’ignorance. Comme de l’or qui balaierait la tristesse, l’amertume et la souffrance. Tu comprends que la joie est un trésor à partager. Et tu aimerais partager cette joie avec le monde. Avec ceux que tu aimes, avec ceux que tu rencontres, avec les inconnus, avec tous les êtres qui peuplent la terre. Tu aimerais la partager sans cesse, en inonder la terre, en disséminer sur le chemin et dans le cœur des Hommes, partout où ils cheminent, partout où se pose leur regard, partout où s’attarde leur âme.

 (6.290)

Joie indicible

Tu éprouves (aujourd’hui) une joie ineffable à voir les mots se dessiner sur la page. Comme s’ils jaillissaient du grand mystère…

(6.291)

Disproportion

Il y a tant de grandes choses en toi. Et tu te demandes pourquoi elles s'acharnent à sortir si petites. Serait-ce lié aux limites de ta condition humaine ? En conserverais-tu inconsciemment la plus grande part par devers toi ? Serait-ce ta perception qui les déforme et leur donne un poids et une dimension qu'elles n'ont pas ? Pourquoi ces grandes choses ne sortent-elles donc pas à leur vraie mesure ?

 (6.292)

Toile nocturne

Tu aimes la nuit. Les profondes heures de la nuit. L’abyssale étendue nocturne. La toile de fond de tes questionnements où se déroule le fil de tes pensées.

(6.293)

Refuge

Chaque nuit, tu te réfugies dans ta retraite solitaire. Et dans le silence du monde, tu écoutes le bruissement des pensées furtives…

 (6.294)

Sains voyages

Tu n’as nul besoin de produits hallucinogènes et de voyages lointains pour voir la face cachée du monde. Tu luttes contre le sommeil. Et tu découvres des paysages inconnus, des univers étranges, des horizons mystérieux. Une foule de terres à explorer.

(6.295)

Paysages changeants

Tu expérimentes les déformations de la conscience. Par la fenêtre, ton regard ordinaire voit un arbre. Mais ta conscience altérée perçoit un étrange cylindre immobile surmonté d’une multitude de rubans agités par le vent ou un monstre inquiétant aux bras armés de mille lames scintillantes. Et ta conscience élevée perçoit un frère de sève et d’écorce.

(6.296)

Derrière le voile

Journal IV de Charles Juliet. Proche compagnon de tes nuits. Et quelques similitudes : le besoin d’écrire, l’incessant questionnement et l’âpre labeur qui sourd entre les mots. Et quelques divergences : le tempérament, le décor et les chemins qui s’écartent derrière le rideau de la nuit (quand pointe la lumière).

(6.297)

Lueur

Tâche ardue que celle d’éclairer le monde… misérable lanterne cernée par l’obscurité… par la nuit noire de l’ignorance…

 (6.298)

Jaillissement 

Au petit matin, tu tires les rideaux. Et tu vois jaillir la lumière qui éclipse la nuit profonde du monde.

 (6.299)

Premier spectacle

Tu assistes (parfois) à la naissance du jour comme au premier matin du monde.

 (6.300)

Services

Tu aimerais mettre ta sensibilité, ton intériorité et tes modestes découvertes au service de l’humanité. Tu aimerais t’octroyer un immodeste et présomptueux rôle. Fantasmagorique. Bénéfique. Peut-être… Tu l’ignores.

(6.301)

Transmutation

De tes lunes, tu tentes de faire un soleil. Tu essayes de dissiper tes nuits pour cheminer en plein jour.

 (6.302)

Livre

Tu lis (toujours) avec appétit. Tu crois (à juste titre) que l’œuvre des livres est d’ouvrir l’esprit. Mais tu ignores le travail de l’esprit sur le cœur. Quand les livres auront (véritablement) assuré leur tâche, tu sais que ton esprit saura ouvrir ton cœur. Et que l’un et l’autre se passeront de livres. Qu’ils s’aideront mutuellement à s’élargir. Et tu imagines (alors) que tu brûleras ta bibliothèque.

(6.303)

Connaissance ciblée

Tes apprentissages, tes expériences, tes rencontres, tes intuitions, tes réflexions participent au lent mûrissement de ta conscience. Elles parcourent le long chemin de la tête au cœur avant d’atteindre leur cible.

(6.304)

Ecritures

Jacques Vigne, psychiatre méditant. Vit dans un ermitage à Bénarès. Activités principales : écriture et méditation. Fond intéressant en dépit d’un style littéraire peu abouti. Mais pourquoi faudrait-il toujours se soucier de la forme ?

(6.305)

Temps inconnu

Tu constates que le passé antérieur est un temps peu usité à ton époque. Tu sais que la conjugaison karmique a toujours été peu aisée en occident.

 (6.306)

Arpenteur solitaire

Lecture du dernier ouvrage de Nicolas Bouvier. Marcheur solitaire. Infatigable arpenteur de la surface du monde et des horizons intérieurs. Routes et déroutes, entretien au crépuscule de sa vie. Tu as l’étrange (et sans doute fausse et prétentieuse) impression que tes pas t’ont conduit à l’exact endroit du chemin qu’il a quitté prématurément.   

(6.307)

Déformations

Sensibilité nocturne aiguë (accrue), résonance intérieure amplifiée… serait-ce le manque de sommeil qui déforme ainsi ta conscience… ? Ou prendrais-tu tes vessies pour des lanternes… ?

 (6.308)

Auteur confirmé

Lecture de Jean Grosjean. Propos dogmatiques à l’égard de Dieu. Sa parole manque d’amour. Serait-il un pèlerin intérieur trop avancé pour toi ? Tu le crains.

(6.309)

Chemins présents

Tu sais que le chemin commence là où tu es. Là où tu en es. Que le chemin n'est autre que les évènements qui te sont donnés à vivre, ceux que tu espères, ceux qui viennent à toi, ceux qui te traversent, ceux qui te frôlent et ceux qui s'éloignent (à ton approche). Inutile donc tout voyage ! Car tout est voyage. Inutile tout projet ! Car toute expérience est nécessairement instructive et signifiante. Tu ne le répèteras jamais assez ! Il te suffit de vivre…  vivre la vie simplement… vivre en toute simplicité en acceptant ce que l'existence – cette longue randonnée vers soi et sans doute (en définitive) vers les autres – te donne à vivre…

 (6.310)

En tête du cœur

Double lecture. Aphorismes percutants de Rugpa et réconfortants logions (paroles nues du Christ) de St Thomas. Tu éprouves un sentiment spirituel ambivalent. Tu as l’impression que ton cœur penche vers le Christ et ta tête s’appuie sur Bouddha…

(6.311)

Vœu silencieux

Tu aimerais murmurer : Moines du monde, unissez vos prières pour que s’ouvre le cœur des hommes…

 (6.312)

Points de fuite

Tu adores les points de suspension. Comme si ta pensée refusait ses limites. Comme si ta pensée était en recherche d’horizons plus lointains…

(6.313)

Pas à pas

Tu notes que le pas décisif est celui que tu effectues… à chaque instant…

 (6.314)

 

Devoir de modestie

Tu écris. Et tu te prends (parfois) pour Dieu. Tu n’es (pourtant) que le scribe du souffle qui te traverse.

(6.315)

Sage parole

Comme le dit l’ecclésiaste, il y a un temps pour chaque chose. Et par crainte, par habitude, tu refuses de goûter à la richesse de chaque expérience…

 (6.316)

A découvrir

Tu ne peux dire l’indicible. Tu dois inventer un vocabulaire nouveau. Découvrir un mode expressif révolutionnaire pour convaincre l’humanité indifférente qui t’entoure.

(6.317)

Tentative

Tu devines (pourtant) que l’art n’est qu’une vaine tentative. Incapable de représenter le réel.

 (6.318)

Marche journalière

Tu es un marcheur de l’ordinaire. Tu chemines dans l’espace sans relief du quotidien. Et tu escalades, chaque nuit, la surface glacée des pages. Chaque jour, tu essayes d’avancer d’un pas.

(6.319)

Candélabre

Travailleur de la nuit. Ouvrier des jours sombres. Tu œuvres pour qu’advienne la lumière en ton cœur. Tu aimerais tant devenir un modeste candélabre pour guider les Hommes dans la nuit de l’ignorance.

(6.320)

Grains de poussière

Tu t’interroges sur ton œuvre inachevée et anonyme. Tu te demandes ce qu’elle deviendra. Tu imagines quelques grains de poussière sous les pas de ceux qui cheminent.

(6.321)

Dés-ambition

Tu acceptes de ne pouvoir sauver le monde. Tu te contentes d’aider ceux que tu croises. Tu sais que tu ne peux que les encourager à se sauver eux-mêmes.

(6.322)

Baroudeur des pages

Le mot lourd et l’écriture pesante, tu poursuis ton voyage en surpoids langagier. En maladroit baroudeur des pages, tu creuses ton sillon sans vraiment laisser de traces. Et tu t’inquiètes (parfois) que nul ne suive tes pas.

(6.323)

Règle fidèle

Tu sais que tu n’as à rougir de rien si tu obéis fidèlement (aussi fidèlement que possible selon ton entendement) à ce que la vie te dicte.

 (6.324)

Concordance

Tu sens tes doigts (en cet instant) effleurer les touches du clavier. Tu accompagnes leur danse au rythme des pensées. Tu regardes cette chorégraphie singulière. Tu sens les fines extrémités de ton corps en harmonie avec les pointes de ton esprit.

(6.325)

Légèreté

Tu as la sensation d’une douceur enveloppante et d’un bien-être presque aérien. Tu as l’impression d’échapper à ton ordinaire tellurique. D’œuvrer à ton désancrage terrestre.

 (6.326)

Illusion

Tu te rêves (parfois) poète solitaire. Et maudit. Mais tu te trompes. Tu as l’âme vide.

(6.327)

Le jour et la nuit

Tu t’étonnes (toujours) de l’éclat de tes nuits. Et de la pâleur de tes jours.

(6.328)

Cri sourd

Tu aimerais crier : poètes du monde, unissez vos vers pour que l’humanité vous entende…

(6.329)

Unique organisme

Tu aimerais tant que les Hommes deviennent les uns pour les autres, la main, le pied, la jambe, la tête, le cœur d'un seul et même corps.

 (6.330)

Ombres écrasantes

Tu te rêves parfois (Ô orgueilleuse ambition) le syncrétique amalgame d'un Jabès, d'un Michaux et d'un Pessoa. Tu es le doux rêveur d'un songe apocryphe. Leurs ombres seules t'écraseraient…

(6.331)

Gap

Tu constates (une nouvelle fois) le grand écart permanent, l’effroyable abîme entre la réalité de ton existence et tes aspirations.

 (6.332)

Réunification nécessaire

Tu sais que nul ne peut parvenir fragmenté en fin de course. Que chacun doit franchir la ligne réunifié. Et tu ne cesses, chaque jour, d’œuvrer à ton rassemblement.

 (6.333)

Faux plat

Tes phrases sont si plates qu'il est bien difficile de percevoir ta pensée. Et dire que tu invites le lecteur à se hisser jusqu'à toi…

(6.334)

Défis

Un soir. Tu regardes une fourmi grimper à la verticale sur un mur. Et tu notes (avec admiration) ce petit défi de la physique. Et tu songes au pouvoir d’élévation de l’humanité en te demandant si les Hommes sauront un jour relever l’immense défi métaphysique.

 (6.335)

Dévoilement

Tu notes une phrase d’Henry Michaux : J'écris pour me parcourir. Quant à toi, tu as, plutôt, le sentiment d’écrire pour découvrir l’identité véritable de l’Homme… lever les voiles sombres qui dissimulent ses paysages intérieurs et explorer la vie (et les horizons) qui l’habite.

(6.336)

Esprit

Tu ne cesses d’explorer ton esprit. Il te semble vide, clair et intelligent. Tu apprends (peu à peu) à découvrir sa nature, son essence et son fonctionnement. Et tu t’étonnes de ne percevoir ni sa taille, ni sa forme, ni sa couleur, ni son contenant, ni son contenu.

 (6.337)

Voyage antérieur

Tu imagines que l’imagination n’est qu’une lointaine mémoire. Et chaque jour, tu entreprends une longue excursion dans le passé ancestral du monde.

(6.338)

Bruissement

La nuit, tu écoutes le murmure des arbres qui te parlent de la nuit obscure des jours anciens et du soleil qui se lèvera (sans doute) demain.

 (6.339)

Matin brumeux

Après une nuit de veille, tu découvres la magie du matin. La conscience encore enivrée par le voile légèrement flottant des perceptions nocturnes dissipe le mensonge de ton regard habituel sur l’ordinaire du monde. 

 (6.340)

Exercice de vérité 

Tu remarques que la plupart des auteurs mettent un point d'honneur à faire de la littérature. Qu’ils aspirent à devenir des techniciens du mot, des experts narratifs, des professionnels de la syntaxe, des spécialistes stylistiques, des maîtres du procédé littéraire, ou même des créateurs langagiers, voire des apôtres du Verbe. Tu ne peux t’empêcher de penser qu’ils relèguent (malgré eux) l'écriture à une simple et stupide activité. A tes yeux, il devrait leur importer d'exprimer le Vrai de la Vie. Qu'importe leur façon de le dire. Le reste n'est pour toi que littérature.

(6.341)

Minuscule fragment

Tu fréquentes (encore) les bibliothèques. Au fil de tes découvertes, tu comprends que chaque œuvre n’est qu’une infime parcelle du réel. Qu’aucune ne peut représenter la réalité dans sa complexité et son incessant mouvement. L’art, à tes yeux, est un échec cuisant. Une représentation partiale, fragmentaire et mensongère du réel.

 (6.342)

L’essence des pages

Tes pages contiennent-elles l'essentiel… ? Tu en doutes… Sans doute (bien sûr) ne le contiennent-elles pas. Mais comment connaître l'essentiel ? Comment en être certain ? Et comment l'écrire ? Comment exprimer l'impossible ? Comment accéder à l'inaccessible ?

(6.343)

Silence plein

La présence te conduit (parfois) au silence. En ces instants, tu n’as nul besoin de mots, d'explications ou de verbiage. Tu laisses advenir le merveilleux de la vie (car tu en perçois, avec une vive acuité, la dimension totalement merveilleuse).

(6.344)

Juste vitesse

Tu remarques que la lenteur est l’une des conditions de la splendeur. A la fois porte d’accès et attitude naturelle et juste pour percevoir l’infinie beauté du monde…

 (6.345)

Utopie

Ah ! Si tu pouvais dire la vie autrement qu'avec des mots… mais comment dire l'indicible…? Comment fixer l'infixable…? Comment donner l'instantané d'un flux…?

(6.346)

Aveu d’impuissance

Que peut la pauvreté de ton langage face la richesse de la Vie ?

 (6.347)

Ouverture permanente

 A défaut de solutions, tu t’évertues à accueillir la vie à chaque instant.

 (6.348)

Espaces

L’espace entre tes fragments serait-il la juste place du silence… ? Et l’espace entre ton inspiration et ton expiration, l’interstice où se dissimulerait le grand mystère… ?

(6.349)

Simples évidences

A celui qui cherche (trop obstinément), tu aimerais formuler cette double question-réponse : qui peut te dire ce qu’est vraiment la vie ? Rien ni personne. Et qui peut t’aider à la connaître davantage et à la vivre mieux ? Toute chose.

 (6.350)

Convergences

Tu devines que l’écriture et la spiritualité te mèneront vers des terres identiques : l'amour et la connaissance.

(6.351)

Elément mouvant

Tu as toujours perçu la vie comme un immense puzzle (un puzzle infini et en perpétuel mouvement) dont chaque existence, chaque événement serait une pièce, à la fois minuscule, unique et irremplaçable.

 (6.352)

Ambition littéraire

Tu ambitionnes d’initier un nouveau courant littéraire : le mouvement essentialiste (l’écriture essentielle). Phrases simples, denses et polysémiques, à la fois éléments du récit et entités autonomes. Mélange de  poésie de l’ordinaire, de philosophie existentielle et de spiritualité. Pour accompagner le lecteur dans son cheminement…

(6.353)

Double condition

Au seuil de la mort, deux choses te semblent essentielles : partir le cœur apaisé (sans regret sur sa vie passée) et s'en aller l'esprit serein (sans crainte de ce qui va arriver).

 (6.354)

Spiriposophie

Poésie, philosophie, spiritualité. L’esprit poétique ordinaire de la sagesse.

(6.355)

Genres mensongers

Un soir. Tu sors d’une librairie. Une question en tête. Tu t’interroges sur le roman et l’essai, seuls genres majeurs de la littérature. Tu constates que le monde n’accorde sa confiance qu’au mensonge et à la raison. Tu te questionnes sur cette apologie du mythe et de la pensée.

 (6.356)

Spiriposophie (bis)

Aux confins des trois disciplines. Au centre de leur intersection, tu ambitionnes ta place.

(6.357)

Dons

Tu aimerais exercer le plus beau métier du monde. Tu aimerais être. Voilà, à tes yeux, la seule activité qu’il serait raisonnable que l’on t’autorise à exercer. Tu imagines que la joie serait ton salaire. Tu serais payé de gratitude et de fraternité. Voilà pour toi le seul commerce et la seule monnaie dont tu serais digne. Mais tu blâmes la force simoniaque qui te pousse à cette pitoyable métaphore marchande. Tu oublies que ce travail t’est offert et qu’il t’appartient d’en offrir en retour, avec une infinie gratitude, les fruits à tous ceux qui tendent la main. Tu sais que chacun tend la main (et le cœur) dans l’espoir d’éclairer son ignorance et de réchauffer son âme qui se consume de solitude. Tu sais que chacun est un mendiant d’Amour. Alors tu te promets de donner, de donner avec joie, de donner de tout cœur, de donner sans compter, de donner sans espérer, de donner aux uns et aux autres, de te donner (à toi-même), de donner de toutes tes forces, de donner tant que la joie te donne, de donner encore lorsqu’elle se retire et de donner plus encore. Tu comprends que donner est ton seul travail lorsque la joie a fait le sien en toi.

 (6.358)

Désarticulation

Tu es (toujours) en quête d’idées (et de perceptions) nouvelles. Tu cherches à t’étirer. A te distendre. Et tu ignores que tu œuvres à ta rupture. Et à ta dislocation.

(6.359)

Rassemblement

Tes perceptions et tes idées nouvelles sont tes éclaireurs, tes coureurs de tête. Elles guident et orientent ton chemin. Et tes perceptions habituelles (ordinaires) ton peloton. Tu aimerais œuvrer à ton rassemblement. Rapprocher la tête du cœur.

 (6.360)

Décalage

Tu l’admets : tes pensées sont plus avancées que ta façon d’être.

(6.361)

Regroupement

Il t’arrive de délaisser la fuite en avant des perceptions et des pensées nouvelles. De tenter de faire mûrir les moins avancées d’entre-elles. Pour t’actualiser. Et te regrouper.

 (6.362)

Scribe

Au fil des pages, tu apprends à devenir un homme de l’être ordinaire. Et un modeste scribe de l’essentiel.

(6.363)

Désappropriation

Tu crains qu’il faille apprendre à devenir pauvre de Tout pour pouvoir goûter (véritablement) aux richesses du vivant – et à la joie d’être au monde.

 (6.364)

Sacrifice

Tu ne cherches jamais à tout prix (surtout au prix du mensonge) le Poétique. Tu privilégies toujours l'Authentique à l’esthétique. 

(6.365)

Dévouement

Tu es fidèle à toi-même (non au sens commun mais au sens vrai). Tu découvres la meilleure façon de rester fidèle à la vie.

 (6.366)

Préférence

Tu préfères (toujours) le Vrai même mal dit à la poésie.

(6.367)

Espoir désespérant 

Tu n’adoptes, en matière de marche intérieure, aucun volontarisme (aucun effort volontariste excessif). Tu évites de revêtir un costume rigide et élégant - aux yeux des autres, mais inauthentique qui ralentirait ta marche. Tu espères moins et réfrènes tes attentes. Tu t’adonnes au faire sans espoir et sans espérance. Tu t’adonnes au faire en poursuivant ta route dans une foi sans espérance. Cette idée te semble moins contradictoire qu’autrefois. Elle te semble néanmoins encore souvent incompréhensible. Il t’arrive pourtant de ressentir avec force la vérité de cette foi sans attentes. Elle te procure une détente incomparable. Tu sais qu'aucune activité ni aucun autre regard te permettraient d'atteindre la douce quiétude dont elle a su t'envelopper. Mais tu en connais le danger : t'attacher à cette sereine détente. Sans saisie, les choses adviennent comme un cadeau, comme une bénédiction, qui viennent couronner tes efforts de ne pas saisir. Et tu prends garde de ne pas tomber dans le piège de l'attente que cette idée pourrait faire naître en toi.

 (6.368)

Famille d’adoption

Tu rêves (en secret) d’appartenir à la longue lignée des auteurs essentiels (mi-chercheurs - mi-philosophes - mi-poètes). De t’asseoir, au bas des marches, à ta modeste place.

(6.369)

Distance

Aujourd’hui, tu apprends à vivre au plus près de toi-même. A proximité du monde. Très proche du monde.

 (6.370)

Spiriposophie (ter)

Tu observes, dépité, l’espace dépeuplé. Les 3 cercles asséchés. L’espace vide de croisements. Et le petit homme assis au centre qui pleure. 

(6.371)

Victoires ouvertes

Tu apprends à ne pas fuir les épreuves. Tu apprends l’indifférence devant la victoire et la défaite. Tu sais que l'essentiel réside dans la façon dont tu y fais face, la façon dont tu les accueilles, la façon dont tu les traverses. 

 (6.372)

Probabilité

Tu crois de moins en moins au hasard. Tu sens que tu es à l'origine des situations et des évènements que la vie pose sur ton chemin.

(6.373)

Homme de l’être

En dépit de tes insuccès, tu préfèrerais que l'on dise que tu as essayé de devenir non un homme de lettres mais un homme de l'être car dans les premières, seul ce dernier t'intéresse.

(6.374)

Apprentissage

Tu as l’intuition que chaque être est en vie pour apprendre à être. Voilà, à tes yeux, l’unique raison de notre présence… en cette vie… en ces multiples vies ici-bas…

 (6.375)

Inentendement

Tu aimerais continuer à dire l'indicible. A raconter la part exprimable de l'ineffable.

(6.376)

Paroles silencieuses

Tu aimerais bannir les mots. Inventer des mots silencieux. Trouver des mots au-delà des mots. Pour dire le silence et le merveilleux. Pour dire la joie et l’essentiel. Pour réconcilier l’être, la vie et les Hommes.

 (6.377)

A-tentation

Tu refuses de tenir le lecteur en haleine. Tu t’abstiens de le précipiter dans le récit. Tu t’interdis de l'éloigner de lui-même. Tu ne veux pas le tenir à distance de la vérité.

(6.378)

Insaisissable

Dans ces pages, tu te mets à nu. Mais tu décèles le mensonge de ton honnêteté. Tu sais que la vérité échappe à ta conscience.

 (6.379)

Lieu de rencontres

Tu notes (à l’instar d’Eri de Luca) que chaque livre est un lieu de rencontres. Un espace où se croisent une foule de personnages : auteur, lecteur, narrateur, protagonistes, symboles, consciences, inconsciences (pans obscurs du monde), univers réels, imaginaires, passé, futur, présent. Rencontres multiples et infiniment renouvelables…

(6.380)

Merveilleuse diversité

Tu remarques, émerveillé, qu’au même instant, la vie se déploie sous une infinité de formes. Cette simultanéité des évènements te fascine. Au même instant, tu perçois la mort, la naissance, l’amour, la haine, la joie, la souffrance, le bonheur, le désespoir, la gravité, l’insouciance, la flânerie, le labeur, le voyage, l’immobilité. A l’instant où tu écris ces lignes, tu prends conscience qu’une multitude d’êtres meurent, naissent, se suicident, font l’amour, dorment, construisent, travaillent, flânent, se reposent, voyagent, lisent, écrivent. Et tu songes, émerveillé et le cœur gratifiant, à la vie, à chaque instant, dans son œuvre continue et simultanée.

 (6.381)

Travail du souffle

Tu éprouves en écrivant un double sentiment d’omnipotence et d’humilité. Tu ressens la toute-puissance du créateur, façonnant les histoires, modelant le destin des personnages, inventant les mots et les concepts, découvrant les idées. Et tu ressens l’humilité de celui qui reçoit ce souffle mystérieux. Tu as conscience de n’être que le réceptacle de ce souffle. Et tu reconnais ton impuissance à le faire naître. Ton seul mérite consiste à favoriser les conditions pour l’accueillir. Et ton seul travail à le capter lorsqu’il te traverse.

(6.382)

Juste place

Note. Ton dénuement est une richesse. Ta vie dépouillée te place (toujours) au cœur de l’essentiel.

 (6.383)

Provenance

D'où viennent ces lignes ? Les as-tu imaginées ? Les as-tu vécues ? Jaillissent-elles des profondeurs abyssales de ta mémoire ?

(6.384)

Pauvre imaginaire

Tu blâmes la pauvreté de ton imaginaire. Tu ne peux créer un univers hors des références du monde. Tu ne peux imaginer un autre espace. Ta structure psychique en fixe les limites. Tu fais appel inconsciemment à un référentiel de concepts dans lequel tu puises tes maigres ressources imaginatives. Tu es incapable de repousser les frontières de tes références et des concepts humains. Tu ne peux échapper aux conditionnements de ton psychisme. Tu ne peux t’évader de ce monde clos. Tu n’imagines qu’à partir du connu.

 (6.385)

Pot-pourri

Tu avertis le lecteur alimentaire. Tu l’informes qu’il ne trouvera, dans tes livres, ni cuisine gastronomique, ni repas familial, ni met raffiné, ni plat de cantine, ni bouffe de cafétéria, ni sandwich de pique-nique improvisé, ni rebus de poubelle. Tu le préviens qu’il trouvera profusion de nourritures (un pot-pourri, divers victuailles, quelques recettes savoureuses, savamment et amoureusement préparées, quelques restes indigestes, quelques truffes délicates mêlées à quelques épices, bref une étrange bouillie à la saveur particulière). Tu lui conseilles de choisir, de laisser, de reprendre, de déguster, de recracher, de vomir et de digérer les aliments proposés et (surtout) d’en transformer quelques-uns en nutriments.

(6.386)

Ustensiles utiles

Tu as conscience que les êtres ne sont les uns pour les autres que les instruments de la vie. Et tu sais qu’il est vain (inutile et présomptueux) de croire autre chose.

 (6.387)

Cercle étroit

Tu vois ton œuvre comme un point minuscule (et invisible) circonscrit dans l’infinité. Tu sais que tu demeureras sans doute - à jamais - l’auteur des horizons limités.

(6.388)

Confiance

Tu agis dans le monde. Tu interviens dans l’existence des hommes. Mais tu t’interroges sur la justesse de tes actions. Tu penses qu’il faudrait laisser faire la vie. Tu te dis parfois que tu fais, toi aussi, partie de la vie. Tu remets en cause ton libre arbitre et ton pouvoir de décision. Tu ne sais qu’en faire. Ils te pèsent. Tu ne sais comment agir dans le monde, comment intervenir dans l'existence des autres êtres. Tu agis en ton âme et conscience. Mais elles te semblent si limitées et si étroites que tes actions te paraissent injustes et inappropriées. Tu aimerais adopter la décision et l'attitude justes. Tu essayes de ne suivre aucun idéal. Tu tentes d’agir dans l'instant selon la situation. Tu fais confiance à la vie qui souffle en toi et qui te dicte l'action à ta mesure, selon ta perception et ta compréhension. Tu œuvres avec prudence dans la confiance.

(6.389)

Double

Tu es un être ordinaire. Et les idées qui te traversent te semblent différentes. Elles te semblent peu communes. Tu t’interroges sur cette ambivalence. Tu aimerais comprendre l’origine de ce paradoxe, dévoiler cette double identité. Tu te demandes pourquoi l’être des surfaces recouvre si hermétiquement l’être des profondeurs.

(6.390)

Chemins apparents

Chez la plupart des Hommes, tu vois l’agitation de surface dissimuler (en vain) le vide et l’immobilité intérieurs et chez quelques-uns (bien rares) tu perçois la profondeur et l’étendue sous l’apparente immobilité des jours…

(6.391)

Empreintes subjectives (universelles)

Tes livres ne sont, en définitive, que les traces de ton expérience. Ton expérience commune et singulière du monde.

(6.392)

Recours

Tu t’évertues à laisser les êtres du monde puiser en toi les ressources pour qu’ils trouvent en eux la force d'accueillir la vie et le courage de poursuivre leur chemin.

 (6.393)

 

19 novembre 2017

Carnet n°13 Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Ce livre intéressera principalement les êtres en quête, les chercheurs existentiels et autres arpenteurs de vie, toutes celles et tous ceux qui cherchent un sens à leur existence ou qui se trouvent sur l'avant-chemin spirituel. Vous y trouverez des repères, des interrogations, des recommandations, des témoignages, des points de vue, des messages et des conseils que j'ai consignés au fil de mes livres et au fil de ma quête pour tenter d'éclairer chaque chercheur dans sa propre vie et lui permettre ainsi d'avancer sur sa propre voie.

 

 

Préambule

Un grand nombre d’ouvrages témoigne d’histoires humaines ordinaires, histoires qui évoquent le plus souvent l’Homme plongé dans son ignorance et son égocentrisme aux prises avec ses angoisses, son mal-être et sa quête égotique et infructueuse (centrée essentiellement sur la satisfaction de ses désirs).

Beaucoup d’ouvrages traitent également de l’Homme sage, de l’Homme réalisé parvenu à un état de détachement empreint de joie et de sérénité qui (après un long chemin intérieur et de rudes épreuves spirituelles) accède au bien-être, à l’éveil, à la réalisation située au-delà de l’ordinarité commune.

Mais peu évoquent le passage, la transition de cet état de mal-être et de quête (parfois fébrile) aux premiers pas sur le chemin intérieur. Peu retracent l’itinéraire de l’Homme situé dans cet entre-deux, de l’Homme encore englué dans son ordinarité et pas encore établi sur le chemin spirituel, de l’Homme qui aspire à sortir du marécage du monde (en y étant encore entièrement ou en partie empêtré) et qui ignore le chemin à emprunter, de l’Homme égaré qui marche vers une sagesse qu’il sait encore inaccessible.

Ce livre tente (sans doute trop succinctement et peut-être maladroitement) de combler cette insuffisance en redonnant sa place à cet Homme à la croisée du monde conventionnel et du monde intérieur, qui chemine de l’extérieur vers le centre de son être et qui tente de progresser de l’étroit vers l’ouvert au-delà des chemins balisés et souvent à contre-courant des règles et des normes communément établies. Telle est l’ambition de ces pages. Puissent-elles soutenir le lecteur et l’encourager dans sa démarche et son cheminement. Puissent-elles l’inviter à s’ouvrir au monde infini qui l’habite… et l’aider à donner sens (un sens véritable) à sa vie pour qu’il apprenne enfin à mieux vivre avec lui-même, avec le monde et les aléas de l’existence.

 

 

Introduction

J’ai écrit ce livre pour permettre à chacun - et en particulier à ceux qui le souhaitent - de bénéficier de ma modeste – et néanmoins relativement longue – expérience de quêteur de sens.

Ce livre intéressera principalement les êtres en quête, les chercheurs existentiels et autres arpenteurs de vie. Toutes celles et ceux qui cherchent un sens à leur existence ou qui se trouvent sur l’avant-chemin spirituel. Si vous pensez appartenir à l’une de ces catégories, vous y trouverez quelques informations et quelques encouragements qui vous aideront peut-être dans votre cheminement.

Cet ouvrage vous propose de nombreux extraits de mes livres précédents, sélectionnés sous l’angle exclusif de la quête existentielle. Vous y trouverez des repères, des interrogations, des recommandations, des témoignages, des points de vue, des messages et des conseils que j'ai consignés au fil de mes recherches (et au fil de mes livres) pour tenter d'éclairer chaque chercheur dans sa propre vie et lui permettre ainsi d'avancer sur sa propre voie.

Mon ambition n'est pas de vous indiquer le chemin de mes découvertes car il appartient à chacun de trouver ses vérités et à chacun de bâtir son chemin. Mon seul dessein est de vous apporter une aide et un réconfort éventuel si vous êtes désespérément à la recherche d'un sens à votre existence.

Avant de vous laisser arpenter cet espace, j'aimerais vous dire que d'autres aussi marchent (ont marché et marcheront encore) à la recherche d'eux-mêmes, cheminant avec la même peine, menant avec obstination cette même quête.

J'aimerais aussi vous dire de ne jamais désespérer d'être sans réponse et sans vérité et qu'il n'est pas vain de continuer à chercher jusqu'à l'obsession un peu folle, la signification, le sens de sa présence ici-bas. 

Je vous souhaite une bonne et fructueuse quête.

 

 

Qu’est- ce qu’un chercheur existentiel ?  

Un quêteur de sens est le terme générique qui définit un être qui cherche un sens à la Vie - un sens singulier et/ou universel. Selon l'avancée de ses recherches, le quêteur peut être qualifié de chercheur existentiel (un être qui cherche encore un sens à l'extérieur de lui-même) ou de chercheur intérieur (un être qui, après s'être frotté et très souvent cogné aux quatre coins du monde, poursuit son chemin et sa quête de sens en empruntant la voie de l'intériorité).

 

Mais quelles que soient les différences (et parfois même les nuances) qui définissent le quêteur de sens - qu'il soit chercheur existentiel ou chercheur intérieur - ce dernier aspire fondamentalement à trouver un sens à l'existence. Je n'ai jamais entendu ces termes dans une autre bouche que la mienne et ne les ai jamais vus sur d'autres pages que celles que j'ai écrites. Je m'en étonne... mais rassurez-vous, je n'ai pas la présomption de croire que je suis le premier à tenter de nommer une catégorie particulière d'êtres humains qui cherchent à comprendre le sens de la vie. Bien d'autres avant moi s'y sont penchés... et sûrement avec plus de succès et de rigueur.

 

Il n'en demeure pas moins que ces termes me semblent appropriés pour définir et qualifier ce genre d'individus. Dans cet ouvrage, je vais tenter (sans doute maladroitement) de définir le quêteur de sens, d’établir son portrait (si tant est qu’il en ait un), de mettre en évidence son itinéraire, d’éclairer le lecteur sur le regard qu’il porte sur le monde et sur la vie, de passer au crible les différentes phases de sa trajectoire, de rendre compte de son évolution vers l’intériorité et d’évoquer enfin les premiers pas qu’il effectue sur le chemin intérieur et les transformations majeures qui s’opèrent en lui.

 

 

Le chercheur existentiel

Tentative de définition

Généralités

Chacun homme est à la recherche du bonheur et d'une certaine forme de sagesse dans son existence, mais bien peu s'engagent délibérément et entièrement dans une véritable quête. Chacun se forge, au fil de la vie, une philosophie existentielle (intuitive ou réfléchie, grossière ou élaborée) qui impulse les choix importants et colore en grande partie la conduite de vie, mais peu d'Hommes ressentent la nécessité intérieure de s'engager pleinement dans une longue et difficile démarche de compréhension de la vie. Contrairement au plus grand nombre, la recherche du sens de la vie est fondamentale, voire vitale pour le chercheur existentiel (il s'y emploie de façon permanente et quasi obsessionnelle). 

 

 

Que cherche-t-il exactement ?

Le chercheur est en quête d'une vie idéale conforme à ses aspirations et aux exigences contraignantes du réel. Il aspire à concilier ses idéaux intérieurs à la réalité et au monde qu'il considère souvent comme des entraves à sa réalisation et à son épanouissement personnels. Il s'investit dans des projets qu'il juge susceptibles de satisfaire ses exigences intérieures. Le chercheur arpente la Vie en enchaînant les expériences existentielles (passant de l'une à l'autre sans cohérence apparente, guidé par cette seule quête qui constitue le fil rouge de son existence). Son parcours et sa trajectoire sont souvent jugés (par les autres) comme chaotiques et incohérents. Souvent instable professionnellement, le quêteur rêve de trouver et de s'engager dans une activité à même de répondre à toutes ses attentes.

 

 

Quel genre d'être est-il ?

Le chercheur existentiel est inconsciemment ou non un être en quête d'absolu, un être fondamentalement métaphysique. Un être, de par l'inaccessibilité de sa quête, souvent mal dans sa peau, un être régulièrement en proie au mal-être, un être en souffrance. Un être décalé, un être à la marge, un être de l'entre-deux, pas réellement inclus dans le monde ni véritablement exclu du monde, un être à la fois acteur et spectateur du monde. Un être globalement insatisfait (en recherche quasi permanente d'amélioration voire de perfection). Un être qui se sent (le plus souvent) différent de la plupart de ses congénères, en décalage par rapport au monde, tout en étant globalement et en apparence très semblable. Un être très souvent grave - à l'incurable gravité existentielle - qui éprouve toutes les peines du monde à goûter aux plaisirs et aux joies de l'existence. Un être qui éprouve l'irrépressible besoin d'évoluer et qui déteste, le plus souvent, toute forme d'immobilisme et d'ankylosement. Un être curieux et ouvert d'esprit, à l'affût du monde et de lui-même. Ses questionnements ont trait aux aspects essentiels et fondamentaux de la vie. Le chercheur cherche dans les domaines les plus divers des éléments de réponses à ses questionnements (dans les livres, dans l'art, dans les sciences, dans les rencontres...). Un être solitaire (à l'indéfectible solitude) qui ne sent aucune appartenance profonde à un groupe humain particulier et qui se sent plutôt appartenir à l'espèce humaine et plus largement encore à la grande famille des êtres vivants. Le chercheur existentiel n'aime généralement pas les groupes. Il chemine seul et vit sa quête dans une très grande solitude (solitude d'ailleurs souvent délibérément choisie) même s'il vit parfois cette solitude avec beaucoup de difficultés notamment dans les périodes d'incompréhension, de doute, de remise en question et les crises de mal-être. Le chercheur existentiel est souvent à la recherche dans son entourage et ses relations d'appuis et d'encouragements propres à nourrir et à conforter sa quête. Il a l'intuition d'une sagesse qui lui reste néanmoins encore inaccessible.

 

 

Comment perçoit-il le monde ?

Le chercheur existentiel éprouve souvent un sentiment d'incompréhension à l'égard des activités humaines les plus courantes et les plus répandues (ce qui provoque souvent une certaine forme de mépris à l'égard de la gente humaine, voire parfois une franche misanthropie). Le chercheur est un être qui ne peut souffrir (la plupart du temps) les valeurs véhiculées et prônées par ses contemporains qu'il juge, en général, superficiels et sans intérêt englués dans les divertissements et les distractions tous azimuts, motivés par une recherche effrénée de confort, par l'appât du gain et du pouvoir et par un goût excessif pour le paraître... Il est souvent acerbe et critique à l'égard du monde. Le chercheur se moque de la réussite sociale, du pouvoir et de l'argent. Seule sa quête a quelques valeurs à ses yeux. A ce titre, il s'engage d'ailleurs souvent dans une démarche artistique professionnelle ou amateur (écriture, peinture, photo...), l'un des rares domaines susceptibles, à ses yeux, de le faire avancer dans sa recherche.

 

 

En résumé

En résumé, il serait raisonnable de définir le chercheur existentiel comme un chercheur de vérité, de sagesse et de bonheur qui aspire à donner un sens à son existence et à son humanité et un sens (un sens universel) à la Vie. Le chercheur existentiel est un être en quête d'une place dans le monde qui lui permettrait de concilier ses exigences intérieures (idéaux et aspirations) et les exigences du réel. C'est un être ouvert d'esprit, curieux de lui-même et soucieux du monde qui cherche à comprendre les aspects fondamentaux et universels de l’Homme, de l’existence et du monde humain. C'est un être qui aspire à vivre pleinement et harmonieusement avec lui-même et mieux vivre en compagnie des autres. C'est un chercheur d’Absolu, à l'affût permanent de nourritures existentielles. C'est un être qui tente de se nourrir de toutes choses; d’expériences, d'évènements, de livres et de rencontres. Cette quête répond à une aspiration profonde, un besoin indispensable, une nécessité absolue, presque (voire totalement) vitale. Et l'existence du chercheur existentiel n’est souvent qu’une longue succession de recherches infructueuses (étapes nécessaires à la poursuite de sa quête).

 

 

Les grands cycles de la quête existentielle

La quête du chercheur existentiel obéit presque toujours à un cycle (à l'infaillible mécanique). Ainsi, le chercheur alterne souvent des périodes d'enthousiasme - phases pleines d'allant et fort prometteuses - et des phases de repli sur soi, de désœuvrement et de dégoût existentiels. 

 

 

L'insatisfaction 

Le chercheur existentiel est un être toujours insatisfait et toujours déçu par les expériences qu'il vit et les projets qu'il réalise. Il remet souvent (voire toujours) en cause l'existence qu'il est en train de vivre (existence qu'il juge la plupart du temps insatisfaisante, décevante, navrante, déprimante...) 

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : A l’origine, il y a l’ennui. Toujours il y a l’ennui. L’ennui et le dégoût. Le dégoût de soi et celui du monde que l’on contemple à travers le miroir de l’âme et des hommes. Le regard acerbe et la plume acérée n’épargnent personne. On fustige l’horreur, on blâme la médiocrité, ces reflets si perceptibles de nous-mêmes. Mais il ne faut pas s’y tromper, il n’y a que notre propre faiblesse que l’on voudrait voir anéantie. Ainsi, de railleries en récriminations, l’ennui se propage - en mal insidieux qui se nourrit de lui-même -. Le spectateur du monde s’en délecte jusqu’à plus soif. Quant à l’observateur autocritique, il ne parvient guère, lui, à s’en repaître indéfiniment. Il finit par se lasser. Sa vision sardonique du monde l’interpelle, ou plus exactement réussit à l’interpeller. Il ne peut se résoudre à sombrer totalement dans ce qu’il hait et récuse. Il aspire à la différence, à être différent de ce monde qu’il ne peut souffrir. 

 

 

La réflexion 

Déçu, le chercheur se met alors en quête... quête d'une idée, d'un projet qui pourrait enfin lui permettre de trouver une vie harmonieuse conciliant idéaux et aspirations intérieures et faisabilité. Lors de cette phase, le chercheur se met à réfléchir. Il cogite à la recherche d'une nouvelle expérience à même de satisfaire ses exigences (nouvelles et/ou anciennes). Il se laisse aller à la réflexion, se laisse traverser par maintes idées et maints projets (parfois réalisables, souvent irréalistes (voire utopiques)), il recherche des informations en lui, dans la vie des autres (d'éventuels exemples pour lui) et dans le monde. Il envisage de multiples possibilités, passe en revue toutes les éventualités qui s'offrent à lui. Bref, le chercheur est en pleine effervescence mentale et existentielle.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Alors arrive l’attente. L’attente de tout, l’attente de rien. D’une clameur à l’horizon. Presque imperceptible. D’un bruissement léger du vent dans la frêle ramure de la vie. L’attente d’une métamorphose invisible qui amorce soudain l’idée du voyage. Le cœur part alors en quête. Il s’obstine à imaginer quelques destinations promises, une terre inexplorée, un paradis depuis longtemps rêvé. L’esprit les considère, les juge, les jauge et finalement se laisse mener vers un espace dicté par une intuition inconsciente. 

 

 

La préparation au changement de vie

Une fois l'idée ou le projet trouvé (non sans mal d'ailleurs), le chercheur s'active à mettre en œuvre l'expérience dans laquelle il souhaite s'engager. Il entreprend alors de nombreuses démarches pour se jeter dans l'aventure.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Ensuite viennent les longs préparatifs ; fastidieux et euphoriques, pleins d’angoisse et de bonheur. Puis l’impatience détrône l’ennui. L’attente se fait alors plus prégnante, plus trépignante. La traversée du monde est là, imminente, à portée de main.

 

 

La mise en œuvre du choix existentiel

Le chercheur s'engage (formation, remise à niveau, stage, nouvelle activité, création...). Bref, le chercheur se donne les moyens de réaliser son nouveau projet. Et le bougre y travaille dur. Plein d'allant et débordant d'enthousiasme, il croit avoir enfin trouvé LA solution à TOUS ses problèmes et ses difficultés. Il est certain que ce choix est le bon et cette nième recherche l'ultime réponse.

 

 

La réalisation du projet

Le chercheur entre alors dans une phase nouvelle. Il entre de plein pied dans le nouvel univers qu'il a choisi. Les premiers temps, malgré quelques doutes qui parfois viennent l'étreindre, le chercheur est heureux de sa nouvelle existence. Puis, avec le temps, quelques jours, quelques semaines ou quelques mois (voire peut-être même quelques années pour les chercheurs les plus opiniâtres), le malaise resurgit, le mal-être vient de nouveau frapper à la porte. Le chercheur est de nouveau en proie à l'insatisfaction et à la déception car cette nouvelle vie se montre encore une fois fort différente de celle qu'il avait imaginée... et donc fort décevante.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Après l’attente et le choix d’une terre nouvelle à explorer, après les démarches et les formalités, voici enfin venu le temps du départ, le temps de la traversée et de la découverte. Et qu’importent les terres traversées... Ses seuls compagnons seront la solitude et ce regard distant sur ces bouts de landes inconnus, loin des terres conquises et apprivoisées. Au cours de ce voyage, le marcheur découvrira mille paysages, ressentira mille choses, éprouvera mille sentiments. Ainsi au fil des pas, au fil des pages, il pourra rencontrer l’étonnement, l’ennui, la joie ou la honte, il pourra côtoyer le plaisir, les doutes ou l’incompréhension. Il pourra éprouver aussi (et l’éprouvera immanquablement) le mal être, le bonheur et la sérénité avec cet étrange sentiment d’avoir enfin trouvé son chemin et la crainte terrifiante de s’y perdre. Et au bout du voyage, le marcheur comprendra qu’il s’est de nouveau fourvoyé sur une route qui n’était pas la sienne.

 

 

Le retour à l'insatisfaction

Déçu mais aussi plus riche de cette nième expérience, le chercheur existentiel se remet en quête d'une nouvelle idée, d'un nouveau projet. Ainsi est la vie du chercheur existentiel...

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : En dépit du ressentiment et des regrets, le voyageur sortira de cette traversée avec un moi nouveau, un moi plus riche de lui-même. Et en quittant cette étroite bande de terre, il retrouvera avec joie sa liberté. Il s’arrêtera un instant puis très vite repartira ailleurs – en arpenteur de vies – à la recherche de nouvelles terres à explorer, à la recherche de contrées plus lointaines et plus riches de sens et d’expériences qui lui indiqueront l’horizon, l’horizon d’un avenir plus prometteur encore.

 

 

Les grandes thématiques de la quête existentielle

Voici les thèmes principaux qui accompagnent le chercheur sur son chemin et qui occupent parfois son esprit jusqu'à l'obsession.

 

 

Les questionnements fondamentaux

Ces questionnements sont incessants. Ils harcèlent sans discontinuer le chercheur existentiel. Ils peuvent intervenir à tout moment de la journée (voire plusieurs fois par jour à certaines périodes). Ils ont principalement trait au sens de l'existence, à la recherche de la "vraie vie", à la quête de la sagesse et aux fondements de ses essentialités.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Je n’ai eu de cesse, au cours de cette vie, de m’interroger sur le sens de l’existence. Et toujours, je me suis heurté à l’étroitesse de ma compréhension. Etrange, obscur et absurde phénomène que ce passage ici-bas. Les raisons de cette présence en ce monde m’échappent et m’échapperont peut-être jusqu’à mon dernier souffle. Comment répondre dès lors à une telle question ? Exit donc cette vaine interrogation. Que nous reste-il alors ? Si ce n’est le sens particulier qu’il nous faut donner à cette vie à défaut d’en trouver un plus universel.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Que faisons-nous donc de nos journées ? Beaucoup de travail, beaucoup de sommeil et quelques heures que nous gaspillons en repas, en repos et en tâches ménagères et que nous dilapidons en divertissements et autres menus plaisirs. Mais où est donc la vraie vie ? Quelle est-elle vraiment ? Et comment avoir le temps avec cette vie-là de la découvrir et de la vivre ? J’ai toujours eu le sentiment désagréable de marcher à côté de ma vie et d’en subir une qui n’a jamais vraiment été mienne. Que faire alors ? Comment se donner l’illusion de choisir pleinement son existence ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Pourquoi ce qui intéresse les hommes n’est-il jamais l’essentiel ? Souvent je me pose cette question, simple d’apparence, et pourtant… Feignent-ils de l’ignorer ? S’y consacrent-ils en cachette au plus profond de leur solitude et de leur intimité ? N’y songent-ils jamais (j’en doute, mais qui sait peut-être ?). Je les vois s’entretenir avec le plus grand sérieux sur les sujets les plus futiles, dignes d’aucun intérêt. Même les plus intelligents s’y soumettent. Pourquoi ? Et qui suis-je, moi, pour penser que je suis l’un des rares à me préoccuper de l’essentiel ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Quelle est la vraie, la seule, l’unique question à laquelle il vaille la peine de répondre ? La question la plus essentielle à la vie de tout chercheur existentiel ? Voici cette question déclinée de trois façons à la fois identiques et différentes! Quel sens donner à son existence ? Quelle orientation lui donner ? Quelle direction prendre ? 

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES : L'essentiel n'est ni de vivre riche, ni de vivre mieux ou vieux, ni même de vivre en bonne santé mais de savoir pour quoi l'on vit, cela donne à l'âme un inestimable contentement.

 

 

Le mal de vivre

Terriblement présent dans la vie du chercheur, le mal de vivre est une sorte de compagnon de route, à la fois terrifiant et nécessaire à la poursuite du chemin. 

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Toujours j’oscille entre celui que je suis et celui que je souhaiterais être. Et cela m’écartèle, sans cesse, sans aucun répit, comme un condamné à perpétuité.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : De nouveau, ce sentiment de flottement, cette impression de glisser hors de la vie, cette sensation d’égarement de vous-même. Le mal de vivre comme plaie incurable. La mort même, je crois, ne saurait me délivrer de cette blessure.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Aujourd'hui, j’ai couru tout le jour, happé sans résistance par cette odieuse nécessité de vivre. Cette odieuse nécessité de subvenir à mes besoins vitaux. Ô qu’est terrible de se consacrer à cette vile activité qui m’ordonne l’agir. Agir, voilà à quoi je passe mes stupides journées. Rongé, fébrile et diaboliquement frénétique, voilà le personnage qu’il me faut revêtir aujourd’hui. Et j’ai l’étrange sensation d’être littéralement rongé de l’intérieur, de n’être plus que la proie facile et malheureuse d’un système auquel je ne peux me soustraire. Cette vie me ronge. C’est là ma redoutable impression. Pourtant, rien, ni personne ne m’a contraint à m’infliger ce retour au monde. Personne ne m’a forcé à retrouver ce gouffre. Quelle torturante contradiction ! C’est seul que j’ai décidé d’y revenir ! Tu dois penser, mon cher I. que ce retour au monde est une belle absurdité ! Oui ! Tu as raison ! C’est une terrible absurdité qui broie mes jours pour me laisser sans force le soir venu, vide d’envies et de désirs. C’est là une affligeante nécessité qui accapare mes jours et hante mes nuits en m’obligeant à l’acharnement jusqu’au délire ridicule de l’obsession. Agir, réussir. Agir, réussir. Aujourd’hui, ces deux misérables mots me poursuivent et me contraignent, chaque jour, à revêtir la parure grotesque et malsaine de l’acteur du monde que je me refuse à devenir. Ô mon cher I., si tu pouvais ressentir ma douleur…. Je ne suis plus aujourd’hui que l’ombre de moi-même, un misérable pantin endimanché à qui le monde fait perdre la tête. Ô pauvre de moi ! Pauvre de moi ! Et cette infâme pitié que j’éprouve en regardant ma vie. Pauvre pantin bercé par le chaos du monde.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Aujourd’hui le ciel s’est assombri. Et votre joie de vivre s’est envolée. Elle s’était posée quelques instants sur vos jours, puis comme un papillon volage, elle vous a quitté pour d’autres fleurs aux pétales plus attrayants. Avec elle est partie la lumière des beaux jours. Peut-être a-t-elle deviné le ciel gris de vos pensées, senti l’inéluctable retour de l’orage ? Alors elle a préféré vous abandonner à votre tristesse, soucieuse de protéger ses ailes délicates. Et elle s’est éloignée, trop fragile pour affronter le grondement sourd de votre désespoir. 

 

A présent, les nuages sombres de la mélancolie sont proches, menaçants, comme annonciateurs d’une averse de désespérance. Mais vous ne savez lire dans ce ciel si vaste et si changeant. Vous êtes à sa merci, résigné à vous plier à la fureur du déluge comme une fleur délicate incapable de se protéger de la pluie cinglante de la douleur. Alors inquiet, vous attendez que s’éloigne le tourment. Et dans votre attente impatiente et anxieuse, vous priez pour que reviennent les rayons de la joie en espérant le ciel clair de l’espérance comme un ultime appel à votre joie de vivre papillonnante.

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : Certains jours, je me dis que le plus dur c’est d’en être réduit à rien. Je suis rien, rien, rien, c’est ça la vérité. Ni un fils, ni un père, ni un amant, ni un ami. Juste un type qui pense en rond dans sa tête. Un type qui n’arrive même pas à se supporter quand il est tout seul. C’est pas croyable d’être comme tu es, Docspi ! Mais rien n’y fait. Plus je me dis ça, moins je me supporte. Et pourtant je suis bien obligé. A cause de mon histoire... J’ouvre mon cahier. Ce vieux cahier tout déglingué que je range dans mon armoire. Et puis j’écris ce que j’écris maintenant. J’écris que je suis rien, rien, rien du tout et que c’est ça la vérité. J’écris plein de trucs comme ça. En les écrivant, ça fait du bien. Ça fait du bien ! je crie. J’écris que je crie que ça fait du bien. C’est vrai que ça fait du bien. Je me sens plus calme. Alors j’écris que je me sens plus calme. C’est idiot mais c’est comme si ça me soulageait d’un poids. Comme si c’était pas moi qui vivait ça. Mais un autre. Un autre que moi qui souffrirait à ma place.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Après cette journée passée trop loin de moi-même, me voilà perclus, épuisé, exténué. Ce soir, je suis au bord de la rupture. Et comme un ivrogne qui se précipite sur sa bouteille, je prends la plume pour te raconter. Pour t’écrire, dans une frénésie diabolique, ces mots que tu trouveras peut-être incohérents et dénués d’intérêt. Mais je t’écris, mon cher I., pour retrouver ma vie véritable, cette vie que j’ai roulée dans la boue, cette vie que j’ai trahie, cette vie à laquelle je n’ai pas cru et qui, elle non plus, n’a pas voulu croire en moi. Je voudrais tant te raconter l’enfer misérable dans lequel je me suis jeté…

 

(extraits) PAGES DE VIE : Ce matin, au réveil, vous ressentez une étrange fêlure comme si une vieille cicatrice s’était rouverte pendant la nuit. Et ce matin, vous êtes seul avec elle. Elle est là dans l’antre de votre âme, recroquevillée au creux du cœur, à l’abri des regards. Nul ne pourrait vous aider à vous en soustraire. Et il vous serait d’ailleurs impossible de l’extirper. Comme une bête apeurée, cette fêlure a trouvé refuge en vous. Depuis des années, elle vous accompagne. Peu à peu, vous avez appris à vous connaître. Et au fil des années, vous vous êtes habitué à sa présence sans jamais pourtant réussir à l’apprivoiser. Et malgré ce lien étrange qui vous unit, malgré cet apparent attachement, vous ne cessez de lui jeter des regards haineux, désireux de mettre fin à cette cohabitation forcée, animé par le puissant désir de retrouver votre liberté. Chaque jour, cette fêlure grignote davantage votre cœur. Chaque jour, elle vous insuffle son poison sournois qui asphyxie peu à peu votre existence. Chaque jour, c’est elle qui assèche davantage votre espérance et pourtant vous continuez de la nourrir.

 

Autour de vous, le silence. Vous êtes seul face à la bête traquée, cette féroce amie qui ronge votre vie, incapable de la débusquer et de lui tordre le cou pour que se taise la meurtrissure, incapable de lui arracher ne serait-ce que quelques plumes ! Et même si vous parveniez à la terrasser et à la traîner jusqu’au dehors, qui accepterait de partager avec vous cette misérable pitance ? Autour de vous, chacun a regagné sa solitude. Les amitiés se sont dérobées. Chacun a retrouvé sa cicatrice, s’est replongé dans son tête à tête avec sa bête immonde.

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : Handicapé pour la vie. C’est dur de se dire que l’on est né comme ça. Et puis le temps passe, mais ça n’efface rien. C’est toujours là. Et c’est toujours aussi douloureux. Personne ne peut rien pour vous. C’est comme ça, c’est la vie. Pourtant quand je m’apitoie sur mon sort comme aujourd’hui, ça me met dans une drôle de colère. Une colère noire que personne ne voit jamais. D’ailleurs personne ne voit jamais rien, ni la colère, ni la tristesse, ni rien d’autre. Chez ceux qui vivent à côté de nous, on ne voit que le bonheur, et le plaisir, et la joie de vivre. Ça nous fait envie. Et pour le reste, on ne montre pas qu’on l’a vu. On le garde pour nous. Juste pour se dire qu’on est pas si malheureux au fond. Pourtant des problèmes, on en a tous. LUI les siens et moi les miens. C’est comme ça. Et on doit tous faire avec. On peut pas faire grand-chose pour aider les gens avec leurs problèmes, sauf à les écouter. Et au fond ce n’est pas grand-chose écouter les gens. Certains jours, j’aimerais bien crier à ceux qui vivent autour de moi que j’ai vu leur tristesse. Mais je n’ose pas. Je les regarde sans rien dire. Dans ces moments-là, je me sens tout proche d’eux…

 

(extraits) PAGES DE VIE : Absent, sans inspiration devant la copie blanche du jour. 8 heures d’examen chaque matin depuis de longues années. Et cela fait bien longtemps que vous n’apprenez plus vos leçons ; vous n’avez plus rien à dire, plus rien à écrire.

 

Aujourd’hui, c’est au-dessus de vos forces de rester là, assis la tête sur votre cahier à attendre la récréation, à attendre ainsi, l’esprit ensommeillé, près du radiateur qui brûle votre impatience. Aujourd’hui, vous êtes un cancre et vous ne craignez plus d’être expulsé du lycée triste des affaires du monde. Vous n’avez qu’une envie; être renvoyé à votre école de liberté.

 

Aujourd’hui, vous êtes las de voir tous ces élèves appliqués autour de vous, tous ces élèves consciencieux toujours prêts à lever le doigt dans l’espoir d’une récompense, d’un bon point ou d’une image et qui jettent à la ronde le regard satisfait de ceux qui ont compris, un œil sur vous, méprisant et arrogant et l’autre, si doux si mielleux, au maître d’école ravi. Aujourd’hui vous êtes fatigué d’écouter des heures durant tous ces vieux professeurs ennuyeux qui déchiffrent avec peine leurs notes délavées par l’ennui et déchirées par les années perdues. Vous êtes fatigué de toutes ces conversations sur les cours, les notes, les devoirs à rendre pour le lendemain, de toutes ces simagrées aussi creuses qu’inutiles.

 

Vous ignorez les raisons de votre présence ici, dans cette pension austère où chacun s’engage pour l’éternité, cloué dans cette salle d’étude pendant de longues journées et obligé de se mettre au lit la soirée à peine commencée au lieu d’aller jouer au dehors. Il n’y a pas de place ici pour les mauvais élèves, les enfants insoumis, rebelles à l’autorité du maître qui préfèrent sauter le mur pour aller courir après leurs songes et aller cueillir les étoiles. Vous avez toujours détesté votre métier d’élève. Vous avez toujours préféré rester chez vous, seul dans votre chambre, avec vos jouets, vos billes de rêves et vos poupées d’ennui, isolé du monde. Vous avez toujours aimé jouer avec des riens, des bouts d’écorce et des larmes noires de pluie, des jeux sans importance. Une feuille et un peu d’encre, et vous partez pour un long voyage immobile au pays de songes, dans le monde infini et mystérieux des mots. Et même si vos jeux n’amusent personne, et même si les adultes vous trouvent encore trop enfant, ce n’est pas grave parce que vous y croyez, vous, à ces histoires, à ces fables enfantines où vous êtes l’aventurier sans peur qui saute d’aventure en aventure, de mot en phrase, toujours invincible, toujours vivant.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Quelle joie ai-je à vivre chaque jour qui passe ? Je n’ai aucune joie à vivre car je ne sais pas vivre… au fond, je ne sais et ne fais qu’essayer d’exister. Et du présent, je ne peux saisir que le sentiment qu’il m’échappe. Non, le présent ne m’a jamais exalté. Son insipidité, oui, je la connais. J’ai cette profonde et douloureuse connaissance de la routine du quotidien, avec cette absence de l’âme, ce vide et cet ennui si caractéristiques du désœuvrement existentiel. Je connais aussi cette obsession un peu folle et un peu maladive de l’avenir, et n’utilise bien souvent le présent qu’à préparer ce futur qui m’angoisse comme pour essayer d’en atténuer l’incertitude. Eternellement pris entre l’enclume (l’insipidité du présent) et le marteau (l’angoisse du futur), ma vie ne peut que crier sa douleur tant elle me confine à la souffrance de vivre, à l’éternelle insatisfaction d’être.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : Il y a parfois une grande tristesse à être au monde… une infinie tristesse éclairée de petites joies dérisoires…

 

Il y a tant de grandes choses en moi… pourquoi s'acharnent-elles à sortir si petites ? Est-ce lié aux limites de ma condition humaine ? En conserverais-je inconsciemment la plus grande part par devers moi ? Est-ce ma perception qui les déforme et leur donne un poids et une dimension qu'elles n'ont pas ? Pourquoi ces grandes choses ne sortent-elles donc pas à leur vraie mesure ?

 

 

L'ennui existentiel

On pourrait appeler indifféremment cet état singulier ennui existentiel ou désœuvrement métaphysique. C'est un vide que l'on porte en soi. Une absence totale de points d'accroche, de points d'attache avec la vie, avec le monde et avec soi. C'est une sorte d'abîme dans lequel il arrive au chercheur de glisser.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Un après-midi pluvieux. Inerte. Figé dans l’immobilité du jour. Je suis là, silencieux. Sans haine. Sans joie. Simplement là et sans désir. Je ne fais rien. Je n’ai envie de rien. Pas même l’envie de ne rien faire. Je regarde l’ennui qui s’est approché. Il est entré d’un pas lent, paisiblement. Il est venu s’asseoir sans bruit, à mes côtés. Et il est resté là. Maintenant je l’observe, les yeux hagards. Je le vois. Je sais qu’il me parle. Je le sens s’immiscer en moi. Je devine ce qu’il veut ; encombrer mon âme qui rechigne à se suffire d’elle-même. Que puis-je faire ? Que dois-je faire ? Que faire lorsqu’on est soumis ainsi à la désespérance d’attendre ? Rien… seulement regarder la vie comme une offrande de chaque instant. Et peut-être aussi l’écrire… pour mieux s’en persuader.

Même dans l’ennui, il ne faut jamais désespérer de retrouver l’encre noire tarie. Les mots finissent toujours par revenir. Mais ils sortent fragiles, après ce désert de silence. Apeurés d’être livrés à la sauvagerie de la feuille blanche, ils s’écoulent avec lenteur, encore trop effrayés de retrouver la cruauté du monde.

 

Au plus profond de l’ennui, je sais désormais que je ne serai plus jamais seul. Les mots m’accompagneront comme des amis muets, heureux de m’écouter. Ils seront toujours là, prêts à me réconforter et à me distraire. Et toujours il y aura à dire parce que je suis bavard des mots que je m’écris à moi-même. Aujourd’hui, l’écriture me console du fardeau des jours, avec ce rêve dérisoire de colorier d’un peu d’encre la pâleur de l’ordinaire, malgré la peur secrète d’échouer devant la platitude de l’habituel que mes mots sont impuissants à égayer.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Aujourd’hui encore, l’attente m’a enseveli, portant à son paroxysme mon dégoût des choses. Depuis quelques semaines, cette attente me laisse sans force, suçant le peu d’énergie qu’elle avait jusque-là épargnée. Et une fois de plus, je me sens glisser dans le creux du monde.

 

La matinée entière, je l’ai passée à relire le recueil de nouvelles écrites par un ami. J’y ai puisé un peu de vigueur qui m’a permis de traverser les heures jusqu’à midi. Le recueil achevé, je me suis replongé dans mes propres récits, curieux de connaître ce que j’en percevrai. Les résultats furent mitigés, sans grande conséquence sur mon humeur.

 

Dire que je suis préoccupé par l’accueil que l’on pourrait réserver à mon manuscrit n’est pas un vain mot. Et si maux il y a, ils restent bien faibles, bien en deçà des tourments qui m’assaillent depuis maintenant plus d’un mois. Cela fait effectivement trente jours que j’ai eu la prétentieuse idée de faire parvenir l’un de mes manuscrits à quelques éditeurs. Bien mal m’en a pris ! Et qu’ai-je fait là, sinon me jeter avec plus d’avidité encore dans l’angoisse de l’attente ? Comme si ma démission (Oui, j’ai décidé de quitter cette insipide activité où je m’enlise depuis bientôt un an) ne suffisait pas à me ronger les sangs. Mon séjour ici s’achèvera bientôt, dans quelques semaines, dans quelques mois tout au plus. Et je redoute maintenant avec d’autant plus de craintes les évènements futurs vers lesquels je bouscule mon existence, effrayé par cet effroyable abîme dans lequel je précipite ma vie.

 

Aujourd’hui, de tous côtés l’attente m’accapare, me harcèle et me jette dans l’aboulie. Alors comme pour endiguer l’oisiveté de mes jours et lutter contre l’angoisse, je m’abreuve de lectures lénifiantes; les vagabonds d’Hamsung, les grands chemins de Giono. Seuls les livres sont ainsi capables de transformer cette inactivité en une occupation constructive, en réflexions qui parviennent peu à peu à vous dégager de cette paresse contrainte et contraignante pour vous diriger d’un pas encore prudent vers une remise à plat de vous-même. En définitive, la lecture qui permet si souvent d’agrémenter l’ennui, vous offre aussi, presque à votre insu, le plus merveilleux de tous les présents, celui de vous permettre de porter un regard nouveau sur votre vie, d’en tirer quelques vagues conclusions pour poursuivre votre chemin vers de nouvelles espérances.

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : Certains jours, je m'ennuie. C'est comme ça. Tout m'ennuie. Les autres, ma vie, le monde entier. C'est pénible. C'est le cas aujourd'hui. Je ne sais pas quoi faire. Comme tous les dimanches, je tourne en rond dans ma chambre avec des pensées qui tournent en rond dans ma tête. Tout me fatigue. J'ai fermé la porte à clé pour être tranquille. Parce que si l'on venait à me déranger, ça serait pire que tout. Dans ces moments-là, je deviens presque méchant. C'est comme une horreur que je serais obligé de faire sortir de moi. Je peux rien contrôler. Je gueule, je m'emporte, je dis des bêtises et des méchancetés que je ne pense même pas. Et ça fait mal à celui qui les reçoit en pleine figure. Et ça tombe sur n'importe qui, le premier qui passe, le premier que j'aperçois. Alors, dans ces moments-là, je préfère rester seul. Comme ça, je ne fais de mal à personne.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Les heures passent et la journée touche déjà à sa fin. Alors j’égrène le temps qui passe, en me laissant happer sans force ni résistance par les maigres évènements qui parsèment mes jours. Je vaque ici et là sans grand enthousiasme, porté par les seules contingences du quotidien et quelques dernières affaires à régler (avant mon départ définitif), dont la charge alourdit plus encore mon fardeau de fatigue. Aussi, chaque soir, je rentre épuisé par tant de vide. Je dois alors m’allonger pour trouver la force d’amorcer ma soirée. Et après ces quelques instants de repos, je parviens enfin à m’extraire de cette léthargie paralysante, bien décidé à profiter des dernières heures du jour, dernières heures que je passe maintenant à l’extérieur, le plus loin possible de l’ennuyeuse quiétude de l’appartement. Ainsi depuis quelques semaines, j’ai pris l’habitude de m’engouffrer parmi les joggers du soir dans la chaleur moite de ce début d’été. Moi qui me suis toujours moqué de ces coureurs à pieds, depuis bientôt un mois maintenant, je les rejoins presque chaque jour sur les berges du fleuve, m’efforçant de courir quelques kilomètres avant de céder presque toujours aux plaisirs moins éreintants de la marche qui s’accommode plus volontiers à mon penchant paresseux. Et chemin faisant, je laisse vagabonder mes pensées, ne leur imposant qu’une seule chose ; qu’elles m’aident à retrouver un peu de force pour le lendemain. Je n’ignore pas que ces sorties ne sont qu’une façon un peu lâche de tromper mon ennui. Je m’y astreins donc sans effort, prétextant auprès de S. une vague préparation physique en vue de la randonnée prévue cet été. Mais je sais qu’il n’en est rien. Je me résous seulement à rejoindre ce flot de citadins sportifs pour m’épargner l’angoisse terrifiante du désœuvrement, désœuvrement désormais permanent qui exacerbe plus encore mon inappétence à emplir plus intelligemment mes soirées. Et sans ces courses effrénées, je crois que mes jours sombreraient dans un vide absolu, un vide bien trop dangereux pour que je puisse m’y soumettre aujourd’hui. Aussi, chaque soir, je dois m’évertuer à extirper de mon corps le vide de mes journées, en croyant m’extraire de l’attente et de l’ennui, et en entrevoyant, à travers ces quelques gouttes de sueur, l’émergence de ma nouvelle vie.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Si peu de choses à vivre, si peu de choses à dire. S’occuper l’esprit comme nécessité absolue, pour ne pas sombrer à nouveau dans l’ennui. Accepter d’Être et de vivre sans ce petit rien de joie que procure l’esprit en mouvement. Accepter cet état larvaire. Vivre les heures au gré des insignifiances où elles vous promènent. Guère loin, cela il faut s’y attendre et s’y résoudre. Le temps passera, cette fadeur de vivre aussi. L’espérance n’est pas ailleurs. Temps libre que je dilapide en repos et en divertissements médiocres. Au mieux, je batifole. D’un plaisir à l’autre. D’une activité à l’autre. Et me reste le dégoût de ces choses mal ébauchées que je n’ai ni la force ni le courage d’achever.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Aujourd’hui, terrible journée d’ennui. Temps vain. Heures vides, minutes inutiles. 24 heures de ma vie envolées, irrémédiablement perdues. 24 heures qui n’ont servi à rien, si qui m’ont permis de m’ennuyer en pleurant sur mon sort… Ah ! La belle affaire ! Serait-ce là la seule activité dont je sois digne ?

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Parfois le vide m’étreint en arrivant sans crier gare pour passer la journée en ma compagnie. Le dimanche en particulier, ce jour si propice à l’ennui. Pourtant, à ce jour béni du repos, j’y songe souvent dès lundi, m’imaginant déjà profiter de ses heures paresseuses, ou programmant quelques activités plaisantes, sûr dès lors de prendre, le fameux jour, du bon temps et de vaquer enfin à ce qui me plaît. Et lorsque arrive dimanche, je m’atèle consciencieusement aux tâches prévues, sans joie ni plaisir, en pensant déjà à lundi.

 

Le dimanche est un jour bien traître. Aussi perfide que l’ennui qu’il amène avec lui. On s’y traîne sans savoir si l’on va s’en sortir. Et pourtant si. Lundi finit par arriver. L’ennui après l’ennui. A défaut de mourir d’ennui, cette vie est à mourir de désespoir…

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : Dehors, j'entends la voix des camelots haranguer la foule des chalands qui se pressent devant les échoppes. C'est jour de marché aujourd'hui. Et les jours de marché me donnent cette occasion presque inespérée de tromper un moment mon ennui. Comme peut très bien le faire d'ailleurs la contemplation des nuages dans le ciel ou celle plus idiote des rideaux qui s'agitent quand je laisse ma fenêtre entrouverte ou celle des fissures du plafond dans lesquelles je me sens glisser vers un ailleurs plus salutaire. Mais les jours de marché, c'est différent. C'est la réalité, la vraie qui s'agite sous mes fenêtres. Je regarde tout ça, tous ces gens qui traînent leur caddie, leur gosse dans les bras, leur chien en laisse, en couple ou en famille. Tous ces gens faussement occupés qui s'agglutinent devant les stands en traînant leurs pieds et leur ennui derrière eux. J'ai un haut le cœur! Je vois plus qu'un mouvement informe qui coule devant mes yeux qui ne regardent même plus la foule. Je vois plus que le grand marronnier immobile qui regarde tout ça d'un air moqueur et amusé. Je vois plus que le coin de ciel bleu et les nuages qui passent au-dessus de ma tête derrière le béton jauni de l'immeuble d'en face. J'entends les cris des enfants et des marchands forains. J'entends quelques bribes de conversations écœurantes et qui m'écœurent plus encore. Je sens tout ce flot me submerger. Et pourtant je suis là-haut, assis à ma table devant mon cahier, loin de ce monde ignoble qui me donne la nausée.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : L’ennui finit toujours par entrer dans les âmes solitaires et figées, en quête perpétuelle de mouvement. L’ennui s’immisce toujours dans l’immobilité de nos jours, au plus calme de notre vie. Ô Homme ! Fuyez l’ennui ! Fuyez cette plaie du cœur, cette meurtrissure de l’âme ! Jetez donc les pelures du temps ! Et avancez avec lenteur en regardant le cœur palpitant de la vie pour apprécier chaque instant comme le plus inestimable présent.

 

 

La critique acerbe du monde

La critique du monde est sans doute un passage obligé pour le chercheur. Comment en effet (en tout cas au début de la quête existentielle) ne pas porter un regard critique sur l'aveuglement et la bêtise du monde ? Comment se taire sans cautionner l'étroitesse, la mesquinerie et l'égoïsme humains qui s'étalent en ce monde et que l'on brandit souvent (un peu partout) comme l'affligeant étendard de l'humanité ?

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Les hommes m’insupportent ou m’ennuient. J’aimerais tant qu’ils m’indiffèrent. Je ne connais que trop leurs jeux stupides. C’est un misérable spectacle. Je voudrais fuir le monde pour vivre seul, seul, seul. Mais c’est impossible, je m’insupporte déjà…

 

(extrait) PAGES DE VIE : L’après-midi touche à sa fin. Vous rentrez chez vous après avoir passé la journée à l’extérieur, trop loin de vous-même. Toutes ces heures, vous les avez employées à être là-bas avec eux, ces autres dont la présence à chaque instant vous encombre. Toute la journée, vous avez dû vous résoudre à rester parmi eux à entendre leur bavardage, leurs rires, leurs bruits. Eux, ce sont vos collègues. Et toute la journée, il vous a fallu trouver le courage, le courage un peu lâche de ne pas vous enfuir. Et ce soir, en les quittant, la nausée vous prend. Dans votre tête, les bruits de la journée s’entre choquent en résonnant à l’infini comme un écho démultiplié.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Depuis 6 mois vous vivez dans cette ville. Vous y êtes venu pour travailler. Votre premier vrai travail. 6 mois d’ennui et d’apprentissage du monde. Ce que vous avez appris ? Cela tient en quelques mots : « si peu de choses ». Des choses que l’on peut découvrir n’importe où, que l’on peut voir n’importe quand ; l’hypocrisie, l’égoïsme, la médiocrité, la bêtise des gens. Etait-ce si important de connaître cela ? Vous ne le savez pas. Pas encore, il est trop tôt.

 

Ce « si peu », vous l’aviez déjà aperçu dans le monde, mais jamais de si près, jamais le nez si proche de la fiente, de la saloperie humaine. Et aujourd’hui, ce « si peu », vous avez du mal à l’avaler, des arêtes d’indignation plein la bouche et cet arrière-goût d’amertume qui vous brûle la gorge. Ce que vous avez vécu ? 6 mois de faux-semblant et de simulacre. 6 mois d’une mauvaise pièce où les acteurs ânonnent leurs répliques médiocres sur une immense scène d’ennui. Ce que vous avez vu ? L’angoisse que l’on dissimule, l’angoisse qui transpire derrière les masques imperturbables d’indifférence, la peur qu’ont les acteurs de perdre leur beau rôle, la crainte qu’on leur vole le haut de l’affiche.

 

Il n’y a pas de place ici pour vous, dans cette troupe d’acteurs sans éclat, aux représentations si fades, si conventionnelles. Il est temps à présent de regagner votre loge, de laisser les artistes à leur mauvaise farce et à leurs jeux en bonne société. L’heure est venue de baisser les rideaux du monde, loin du cirque et de ces pantomimes ridicules, loin de ces pantins désarticulés si effrayés d’être délaissés par le grand marionnettiste et de se voir jetés dans la grande malle sombre de la vérité. Il vous faut ranger votre costume et vos accessoires pour reprendre la route, votre chemin d’étoiles. 6 mois pour comprendre que vous brûlez d’envie de rejoindre la troupe des clowns solitaires qui parcourent le monde, la troupe des clowns tristes qui s’arrêtent ici et là pour donner quelques représentations, quelques misérables spectacles qu’ils ne jouent que pour eux-mêmes et qui poursuivent leur chemin en versant des larmes de rire sur leurs joues blanches.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : J’ai toujours détesté les hommes. Du plus loin qu’il me souvienne… leur vie m’a toujours semblé sans intérêt ni consistance. Tous tentent de la remplir en courant après quelques rêves dérisoires : qui d’une reconnaissance, qui d’un succès, qui d’un plaisir, en quête perpétuelle de petits riens dont la réussite semble étonnamment les contenter.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Une pause avec quelques personnes du service où l’on m’a affecté pour une mission spéciale de quelques jours. Aujourd’hui – mon dernier jour parmi eux – je les accompagne. Chacun prend un siège et s’installe autour de la table. On prépare le café, sort quelques biscuits et les conversations s’engagent ; le menu du déjeuner, les courses et la préparation des menus de la semaine, les dimanches en famille et les sorties dans les parcs d’attraction. Chacun alimente la discussion, évoquant ses souvenirs, donnant son avis, interrompant les autres. Les histoires personnelles se suivent dans une ronde ininterrompue de monologues entrecoupés. Tous semblent se repaître de ce tour de table informel, pas le moins du monde empêtrés dans cette caricature de la communication humaine, ni même interloqués par ce simulacre de vie sociale. Chacun semble même y trouver plaisir, dévoilant l’originalité de son quotidien ou arborant avec fierté les merveilles de son ordinaire. Parmi ces joyeux drilles en quête de bavardages – aussi stériles qu’incessants – je me sens bien ridicule, moi qui n’ai aucune histoire à conter. Pas un seul mot. Discret comme un spectateur au théâtre qui ose à peine s’éclaircir la gorge. En les écoutant, j’ai le sentiment d’appartenir à un monde lointain. Pas si différent pourtant sauf … peut-être pour l’essentiel... Quant au reste, il nous rapproche ; la pente de la facilité, l’étroite médiocrité, l’ordinaire de la routine. Mais jamais je n’ai pu me livrer à ces farces sérieuses où chacun espère faire impression par son jeu, son costume ou ses répliques. Cet autre en moi toujours me l’a interdit m’imposant de contempler le ridicule du monde auquel nul ne peut échapper ; que nous nous agitions ou que nous soyons spectateur, le ridicule est toujours là, fidèle à nos vies.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Avec le soleil, les hommes sont réapparus. Ils ont envahi la ville, pris d’assaut la campagne. Partout, ils ont assiégé le monde. Nul endroit où me réfugier. Je les vois d’ici se répandre dans les rues, sur les chemins, submerger la terre, en couple ou en famille. Les éternelles promenades dominicales. Nonchalantes et désœuvrées. A chaque printemps, la même rengaine qui confine ma liberté à l’intérieur.

 

Mais d’où me vient cette haine irrépressible pour les hommes ? Ce dégoût qu’ils m’inspirent et ce dégoût que j’exècre. Et ma haine qui s’exaspère dans cette incapacité à sortir. Même ici, seul dans cet appartement, l’atmosphère est irrespirable.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Sur un parking désert, près des quais. Accoudé à la balustrade, je regarde l’étroit bâtiment qui surplombe une immense place. Le long mur vitré dévoile l’intimité des foyers, la vie familière des familles. J’observe la façade illuminée qui expose au regard du monde les secrets des hommes. Les uns dînent, penchés devant leur assiette, d’autres, confortablement installés dans un fauteuil, regardent les secrets du monde à travers la fenêtre du petit écran bleuté. D’autres discutent autour d’un verre. D’autres encore vaquent à leurs quotidiennes occupations, rangent, nettoient, lisent et que sais-je encore. Mais tous se dévoilent en étalant un fragment d’eux-mêmes, une parcelle de leur vie, en se croyant à l’abri, maladroitement abrités derrière ce grand mur transparent. Et chez eux, je ne perçois rien de différent ! Rien ! Absolument rien d’exceptionnel ni d’extraordinaire ! Ils sont comme nous tous, avec les mêmes gestes, les mêmes poses, les mêmes activités, la même existence, aussi insignifiante, aussi ordinaire, aussi médiocre que la nôtre!

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Je regarde ce monde étranger. Je regarde les hommes qui y vivent. Que font-ils ? A quoi aspirent-ils ? A la vie des champs, hors des sentiers battus de la ville ? A la liberté, loin des carrefours oppressants où s’agglutine la foule ? Non, ces hommes-là ont des vies simples, archaïques, limitées aux seuls besoins essentiels ; manger, boire, s’occuper, s’enivrer, dormir, se reproduire et se donner quelques plaisirs que l’on ne peut imaginer que frustres, fugaces et bestiales. Voilà les seules activités de ce monde ! Triste univers que celui-ci ! Pauvre et affligeant, où toute délicatesse est exclue, interdite toute pensée, bannie toute subtilité, inexistante toute évolution. Un monde figé dans la terre, un monde immuable de mâles durs et abrupts, tout en aspérités grossières, un monde immobile depuis la nuit des temps et qui le restera sans doute à tout jamais.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Ce jour-là, je ressentis pour la première fois une inclination totale et absolue à la misanthropie. La crise passée, je t’en avais fait part. Et tu m’avais parlé, je m’en souviens, de crise misanthropique profonde. Tu avais vu juste. Quelques temps plus tard, j’eus l’absolue certitude qu’une véritable modification s’était opérée et qu’il me faudrait bientôt me résoudre à une restructuration complète de ma place en ce monde. Et quelques semaines plus tard, en effet, j’éprouvais le farouche désir d’occuper cette place de misanthrope à plein temps, de me consacrer entièrement à cet emploi de spectateur du monde solitaire et enragé. C’était-là un sentiment si fort que rien, je crois, n’aurait pu m’en détourner. Et dans cet élan qui, chaque jour, m’éloignait davantage des hommes, un détachement bien heureux de la chose matérielle m’avait, à son tour, pénétré, m’exhortant de ne plus toucher à rien qui put avilir mon rôle de contemplatif sardonique et solitaire. L’art se devait d’être alors mon unique souci et ma seule nourriture. Je me souviens de tes moqueries quant à mes ambitions misanthropico-artistiques. Pourtant, inconcevables me paraissaient le moindre effort, la moindre tentative d’agir autrement avec et en ce monde. Et ne parlons pas de celle de participer à sa marche stupide ! J’avais fait le deuil de ces misérables activités humaines. Oui, mon cher I., j’avais définitivement renoncé à cette incommensurable médiocrité. Planant au-dessus de la masse laborieuse et misérable des hommes.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : Autrefois les hommes étaient abrutis par le travail. Aujourd'hui, ils sont abrutis par les loisirs et les distractions. Quand les hommes apprendront-t-ils enfin à se désaliéner ?

 

Si nous naissions avec 2 grandes ailes, 4 longues jambes, 4 bras puissants, un esprit et un cœur larges, profonds et ouverts, la condition humaine (avec ses 2 jambes et ses 2 bras tous bêtes, son esprit étroit et son cœur froid et fermé) nous paraîtrait un supplice.

 

Les Hommes sont d'étranges aventuriers. Ils partent à la découverte de contrées lointaines, s'aventurent dans le cosmos et l'univers mais éprouvent les plus grandes réticences à explorer l'espace qui les habite.

 

Le monde cherche des guides, des modèles et des réponses toute faites pour le guider (vers le bonheur, la sagesse, la vérité). Le mimétisme est le signe d'une grande puérilité et d'une affligeante paresse. C'est se méprendre sur la quête. Nul effort ne peut être épargné à celui qui chemine.

 

 

Les nourritures existentielles

Les nourritures existentielles s'avèrent totalement indispensables au chercheur. Elles lui permettent d'alimenter substantiellement sa quête. Elles lui sont absolument vitales. Aussi est-il à l'affût de la moindre nourriture... celle qu'il trouve dans les livres et les rencontres, dans l'art et la vie même... partout où son regard et son esprit se posent et se laissent aimanter.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Au plus profond du doute, toujours vous allez vers les livres. Vous allez à leur rencontre y trouver le salut de votre âme. Dans ces instants en dérive, souvent vous prenez un livre au hasard de votre bibliothèque. De tous ces livres, votre vie s’est nourrie. Et presque tous ont marqué votre esprit au fer rouge de leurs vérités. L’empreinte y est encore gravée comme la marque d’une appartenance, la seule qu’il vous soit possible de revendiquer.

 

Du plus loin qu’il vous souvienne, vous êtes toujours entré en lecture comme l’on entre en religion, avec foi et renoncement, en ouvrant chaque livre comme un chapelet de souffrance que vous égrainez page après page, en effleurant chaque mot comme les grains d’un chapelet de vérité infinie.

 

Chaque livre vous offre ainsi sa force, la force de poursuivre votre chemin de vie et la lecture de vos années. Chaque livre imprime en vous ses lettres de noblesse, vous livrant ses mystères et vous divulguant au fil des pages vos propres secrets. Par chaque livre vous êtes touché, touché par la grâce de ses vérités qui réchauffent votre âme frigorifiée par la froideur cinglante du monde.

 

En général, vous ouvrez un livre au hasard, vous laissant guider par les phrases qui s’offrent à vous. Et souvent la première phrase suffit à rallumer votre foi chancelante. Vous la laisser pénétrer votre cœur, espérant qu’elle s’y agrippe pour le remplir de l’amour qu’il vous manque. Il arrive pourtant qu’aucune phrase ne parvienne à gravir votre souffrance, à se hisser jusqu’au cœur du mal, à franchir les portes de votre foi vacillante. Avec l’habitude, d’un seul regard, vous savez si une phrase sera assez généreuse à vous réconforter et à vous laisser puiser en elle le sang qui fera renaître votre foi agonisante comme la promesse en un avenir plus clair.

 

Mais parfois, vos livres sont impuissants à apaiser l’incertitude, alors vous les quittez pour aller vous réfugier dans une petite librairie du centre-ville, découverte par une après-midi pluvieuse, une de ces journées sombres où votre âme, dans son égarement, cherchait une petite chapelle déserte pour y retrouver la force de croire. Dans cette librairie, vous y entrez avec respect et recueillement. Vous en poussez la porte avec précaution en prenant soin de la refermer sans bruit derrière vous. Vous aimez à y déambuler à votre aise, aux heures où les fidèles, trop fiers de leur foi ostentatoire, l’ont déserté. Vous avez toujours détesté ces bigots prêchant aux infidèles, leur missel sous le bras. Vous avez toujours préféré les impies à la foi hésitante qui blasphèment de temps à autre, incertains du Christ et des Evangiles et qui s’égarent de religion en athéisme, de certitude en défaillance. Vous vous sentez si proche de ces compagnons de souffrance, de ces frères de misère qui avancent avec tant de maladresse sur leur chemin de vérité. Une fois entré dans cette librairie, dans ce havre de lecture, vous laissez votre regard contempler ces murs fragiles, construits dans la foi, mot après mot, phrase après phrase, d’illumination en vérité, vous regardez avec ferveur ces murs bâtis dans la quête de soi comme une recherche éternelle de Dieu. Vous pouvez y passer des heures entières entre la prière et la méditation examinant ici un ornement, là une œuvre magistrale car ici, comme dans toutes les librairies et les bibliothèques du monde, dans tous ces temples sacrés, il n’y a pas un Dieu, unique et tout puissant, mais des milliers, des millions crucifiés sur la croix de l’ignorance, abandonnés à l’indifférence et à la bêtise des hommes et offerts à ceux qui recherchent la foi. Ici comme dans tous les panthéons du monde reposent des milliers, des millions de Bibles, toutes semblables dans leur recherche du divin et pourtant, à chaque fois unique, irremplaçable, différentes par les chemins célestes qu’elles empruntent. Dans ces cathédrales de vérité, vous aimez à vous recueillir en livrant votre âme à la prière. Ainsi, de livre en livre, vous poursuivez votre chemin de croix comme une longue route vers vous-même.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : J’ai toujours aimé l’acte de lire, me nourrir de la vérité des mots. Les avaler sans grâce, avec goinfrerie, et puis laisser faire le lent le travail de la digestion. Puis le temps passe. Et quelques jours, quelques mois ou quelques années plus tard, ces mots enfin me nourrissent. Jusqu’ici peu de livres – bien trop peu de livres – ont alimenté ma vie, forçant mon destin, poussant mes choix vers les jours, les mois et les années à venir. Pourtant, voilà quelques temps, j’ai découvert Christian Bobin. Au début, rien. Trop de poésie, trop de saveur. Puis un jour, tout, enfin presque tout, et très vite quelques livres lus dans la foulée, avec bonheur, avec intensité. Beaucoup de liens obscurs et merveilleux entre lui et moi, sur le vrai des choses ; la vie, l’enfance, la solitude, l’écriture et le silence… Des dizaines de phrases poursuivent ainsi leur cheminement en moi. Aucune n’est restée figée. Toutes m’ont traversé avec force, avec cette force légère, bien trop délicate pour me violenter. Aucune n’est restée, mais chacune m’a consolé du fardeau de vivre. Je n’en citerai qu’une, une seule, celle qui aujourd’hui (à cette période précise de ma vie) prend toute sa résonance. Je ne pourrais pas la restituer fidèlement. Et quand bien même je le souhaiterais, je n’y parviendrais guère. Il n’y aurait d’ailleurs aucun intérêt à le faire. Pour retrouver cette phrase admirable dans son état le plus pur, il suffirait de revenir à son origine, d’ouvrir le livre étincelant dont elle est issue. Cette phrase, la voici : « L’espérance nous arrive avec la vie future qui s’installe dans la vie présente». Bobin la livre plus légère, avec la grâce de son écriture. Je n’en restitue ici qu’une pâle copie, mais mon regard se pose ailleurs, dans le tintement de cette phrase sur ma vie, dans son apport essentiel à mon existence.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : J’écoute la parole de Bobin. Sa voix enregistrée sur une mauvaise bande me délivre de ces tristes figures. Et je suis ébloui de tant de clarté, ébloui par cette voix qui me parle et me découvre ; la vie tranquille, paisible, calme. Peu de rencontres, peu de visages, l’entêtement enfantin, laisser ce qui dérange, ce qui nous attriste et nous blesse, le bonheur d’écrire pour espérer combler la faille qui nous sépare du monde et nous éloigne de nous-mêmes, le bonheur d’écrire pour emplir la brisure de notre propre vie, le bonheur d’écrire pour donner aux insignifiances, à toutes nos insignifiances la noblesse d’une reine couchée sur le drap d’une feuille blanche.

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES : Ouvrir un livre comme une page sur le monde, une fenêtre sur la vie, une porte que l'on ouvrirait sur soi.

 

 

La quête d'un équilibre

L'équilibre est une aspiration centrale du chercheur existentiel. Elle demeure à ses yeux un idéal qui lui permettrait de concilier ses nécessités intérieures et la réalité du monde. Elle représente sans doute pour cet être de l'entre-deux, toujours insatisfait et vacillant, une possibilité de donner à son existence une réelle dimension protéiforme.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Un samedi après-midi. Premier jour du week-end, premier espace de temps libre où les heures s’étirent, interminables, comme un long soupir d’ennui, un immense bâillement de paresse. Mais il ne faut guère se soucier des apparences, presque toujours aussi menteuses qu’un habit aux éclats trop brillants.

 

Le samedi est le premier jour de votre semaine, celle qui compte, celle qui vous permet d’exister entre deux longs week-ends de travail inactif. Le week-end, c’est 5 jours pour rien, juste de quoi vivre - juste de quoi assurer le vivre - une misère de jours, un gaspillage inepte du temps, la plaie béante du monde, pour ceux qui appartiennent encore au monde, à ce monde du travail inactif.

 

Pour les autres, les pestiférés du monde, les sans travail, la plaie est différente, la souffrance est ailleurs, dans la désespérance de l’abondance de temps, dans cet excès de temps désœuvré qu’ils vivent jusqu’à l’écœurement. Pour eux, que de liberté, que de temps ! Et que faire de cette liberté ? Que faire de ce temps ? Ceux-là souhaiteraient sûrement voir leurs journées asservies par la contrainte, par le poids d’une activité, n’importe laquelle, mais une qui leur redonnerait le leurre d’une place - même minuscule, même infime - dans le regard du monde. Pour ces infortunés, l’envie doit être forte, puissante de regagner la terre des vivants, la terre des hommes qui vivent dans ce monde à l’aise ou chichement – et qu’importe – sans jamais véritablement se donner le temps d’exister. Mais pour vous, vivre dans l’aisance ou vivre humblement, la différence est infime. Et même si bon nombre d’Hommes construisent leur vie entière sur cette différence, dans cette poursuite effrénée de l’argent-roi, de l’argent-dieu, prêts à s’agenouiller et à courber l’échine leur vie durant pour recevoir quelques hosties métalliques à la fin de chaque mois comme la preuve de sa Toute-Puissance et du bien-fondé de leur vie, qu’elle vous semble étrange cette course folle du temps à occuper ! Comme si les uns disposaient de trop de temps sans savoir qu’en faire sinon le soumettre aux chaînes de la contrainte et que les autres passaient leur vie à attendre ou à rêver ce temps qui leur échappe sans parvenir à le rattraper.

 

Pour vous, comme pour bien d’autres, ces frères solitaires, ces chercheurs de contrées radieuses, le samedi est un jour de liesse, un jour de labeur et de joie où vous partez aux champs les outils à la main et le cœur léger comme un paysan heureux de retrouver la terre de ses pensées, libre de débuter son ouvrage où bon lui semble, libre d’écouter le chant des oiseaux, libre enfin de laisser à demain ses travaux pour aller flâner sur les chemins alentours contempler la beauté du monde et y cueillir quelques idées comme un bouquet de fleurs sauvages. Le samedi est pour vous un jour de labeur paresseux, un jour de paresse laborieuse où vous laissez filer le temps, votre filet à papillon sur l’épaule pour attraper les idées légères qui traversent votre vie. Vous les attrapez encore avec beaucoup de maladresse soucieux pourtant de ne pas meurtrir leurs ailes fragiles. Vous les regardez un instant puis vous les relâchez. C’en est assez pour les croquer sur votre petit carnet. Voilà votre travail ! Vous êtes paysan, chasseur de papillon, laboureur de pensées et croqueur d’idées futiles. Et le reste de vos jours, vous vous reposez à votre bureau en rêvant à ces terres promises, à ces baisers volés aux fiancées volages de vos semaines.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : J’attends ta lettre désespérément. Ici, rien n’a changé. Je suis toujours en proie à cette effervescence mentale, courant tout le jour comme un ravagé, sautant, m’époumonant et m’agitant dans un tourbillon stérile et superflu. Avec cette sensation de voir mes vérités s’éloigner de ma vie et se dissoudre peu à peu. Comme si j’étais tiraillé par le doute de ma propre vie… Cette décision soudaine de m’investir dans le monde, d’y creuser ma place, mon trou, me met décidément bien mal à l’aise. Les luttes intestines dont je te parlais continuent de me ronger. Je suis toujours écartelé de l’intérieur. Entre l’oppressante nécessité de vivre, son terrifiant cortège de contraintes, de costumes et d’angoisse et cette malheureuse volonté d’exister, sa douce quiétude et sa merveilleuse liberté. Entre, je ne cesse de me balancer. Comment t’expliquer … ? Tu sais bien, toi, mon cher I., mon goût pour la flânerie, mère de la créativité. Si tu savais comme je souhaiterais y revenir… profiter de ces jours tranquilles et vagabonds pour explorer et exprimer le monde. Mais tu sais aussi que ce rôle nécessite une distance, un détachement réel, entier, qui n’accepte aucun compromis, qui rejette toute compromission avec le monde.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Aujourd’hui, je sens venu le temps de déblayer ma vie de l’inutile qui l’encombre ; la pesanteur de ce travail de bureau, les chaînes de cette vie sociale, tout ce ramassis d’obligations auxquelles je me suis insidieusement soumis. Le changement depuis longtemps s’est immiscé en moi. Ma tête et mon cœur en débordent… ne reste plus alors qu’à en emplir ma vie. Je garde donc espoir et commence même à croire aux lendemains qui chanteront, qui égaieront ma triste espérance d’aujourd’hui. Car demain, ma vie - je le sais - courra dans les champs de l’écriture, entourée d’animaux, entre le ciel et la terre, loin du monde et du cœur des hommes. Et derrière ce rêve, j’entrevois le pluriel de la vie auquel mon âme entière aspire ; les journées de labeur qui vous apporte le pain et la joie auprès des animaux, ensoleillées de quelques heures d’écriture. Le retour à l’amour de la vie, au rire et à la légèreté pour me guérir de la gravité et du sérieux de ces sombres mois d’attente.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Pourquoi cette nécessité de nourrir ma vie dans cet équilibre fragile, toujours fluctuant, en perpétuelle mouvance, que chaque jour il me faut reconquérir ? Pourquoi cette dualité si forte des aspirations ? Comme si ma vie n’était qu’une existence scindée, compartimentée, avec des journées plurielles, une vie plurielle. Des années partagées, cloisonnées, quelques mois en autarcie, replié sur soi, et le reste du temps, plongé au cœur de la ville, submergé par le tumulte citadin. Pourquoi ce besoin d’intellectualiser mon quotidien ? Et pourquoi celui de pragmatiser mes réflexions intérieures ? Pourquoi cette nécessité de relier les deux en une entité forte et indissociable ? Curieux équilibre à ressentir, à atteindre et à perpétuer.

 

(extraits) PAGES DE VIE : A présent, vous êtes chez vous. Les bruits se sont dissipés, lentement remplacés par le vide et le silence. La soirée est maintenant avancée et vous avez le sentiment qu’il ne vous reste que quelques miettes, quelques miettes de temps. Et vous avez faim de vivre, vous avez faim de vous-même. Mais comment apaiser cette faim avec quelques miettes ? Il vous reste si peu de temps pour les grignoter…

 

L’appétit tarde à venir. Il ne peut ignorer que vous ne lui accordez que les restes d’un mauvais plat. Alors pour le contenter, vous vous mettez à chercher, à fouiller les tiroirs de votre cœur. Vous les sortez, vous les retournez, vous les secouer. Et que trouvez-vous ? Le silence et un amas de bruits inutiles, échos agonisant de cette journée agitée. Alors, vous faites l’inventaire et vous rangez, vous séparez les bruits du silence pour découvrir caché derrière cet amoncellement écœurant un ravissement savoureux recroquevillé sur lui-même.

 

Depuis longtemps la nuit est tombée lorsque vous vous mettez à votre table. Vous avez pris soin auparavant de disposer une belle nappe à carreaux sur la table de vos rancœurs. Tout est prêt. Votre repas sera frugal, frugal mais d’une exquise saveur. Ce soir, vous dînerez de rêves retrouvés que vous déposerez sur l’assiette blanche de votre cahier.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Ce matin, je fus envahi par une étrange impression. Celle d’être écartelé par deux nécessités contradictoires. Comme si toutes deux m’imposaient de me partager et de courir vers elles dans le même élan. Comprends-tu mon désarroi, mon cher I. ? Comment peut-on être à la fois l’acteur et le spectateur de ce monde ? Tu sais bien que c’est là chose impossible. Alors pourquoi ces deux nécessités s’acharnent-elles ainsi à vouloir cohabiter ? Réponds-moi, je t’en prie. J’ai tant de peine à les entendre ensemble. C’est là une épreuve insurmontable. Je t’en prie, dis-moi comment concilier ces deux servitudes qui brûlent mes jours et consument mes nuits ? Je t’en prie, réponds-moi. Et dis-moi comment passer de l’une à l’autre, comment réaliser ce rêve utopique, cet irréalisable compromis. Je t’en prie, j’attends ta réponse avec impatience.

 

 

L'irrépressible nécessité d'avancer

Tout chercheur existentiel aspire à progresser dans sa quête. Il lui faut avancer coûte que coûte. Nulle place pour l'immobilisme. Cheminer est à ses yeux son seul salut et son unique dessein. 

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Tu n’es pas sans savoir, mon cher I. que la vie a toujours été, à mes yeux, un chemin (chemin de croix et d’ornières) sur lequel chaque jour il me fallait avancer. Et aujourd’hui, je me sens bien désemparé face à cette impérieuse nécessité que je ne comprends plus guère et qui me pèse bien plus qu’autrefois. (...) Et tu sais bien, mon cher I., que je préfèrerais mourir plutôt que renoncer à cette absurde quête de sens. Tu comprendras donc qu’il me soit impossible de me délecter par désespoir des maigres plaisirs que cette vie peut m’offrir. Et je désespère de cette impossibilité.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Ce soir, vous peinez à écrire comme si chaque mot ravivait votre plaie de vivre comme une brûlure sur votre joie. Depuis quelques jours, vos journées se vident et vous êtes incapable de remplir la page blanche du soir.

 

Depuis toujours, vous allez ainsi, dans la vie comme dans l’écriture, d’un mot à l’autre, d’une histoire à l’autre, avec peine, de douleur en souffrance en cherchant vos mots, en cherchant votre vie poussé par cet impérieux désir d’en venir à bout. Mais cette recherche est sans espoir car les mots et la vie filent entre vos doigts, insaisissables, comme un ruisseau de chagrin qui achève sa course dans l’océan noir de vos pensées.

 

Depuis quelques temps, la vie ne nourrit plus vos jours et les mots n’apaisent plus votre faim de vie. Pour vivre des mots, vous avez oublié les mots à vivre. Et vous vous égarez dans les mots comme dans la vie, incapable d’endiguer la force chavirante de ce mélange. Vous passez des mots à la vie aspiré dans le cercle de votre confusion, dans la ronde enivrante de la vie et de l’écriture. Sur la page blanche, vous rayez les mots comme des amis inutiles, incapables de vous réconforter. Avec eux, vos rencontres s’espacent puis s’estompent. Alors meurtri, vous regagnez votre chambre de solitude en tirant sur vos épaules fragiles la lourde couverture d’un livre, mille fois parcouru. Et vous restez ainsi cloîtré dans l’absence, au seuil de la vie, au seuil de l’écriture.

 

Puis un jour, d’autres mots, d’autres amis surgissent. L’écriture revient et la vie réapparaît comme s’ils refaisaient surface des abîmes de l’absence, l’absence qui nourrit l’oubli. Puis vous oubliez l’oubli. Et de nouveau sur la page, vous écrivez quelques mots, quelques signes de vie. Ainsi, jour après jour, vous poursuivez votre chemin de mots à noircir vos pages de vie.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Mes journées sont vides, mais je me refuse à sombrer dans le répit. Du désœuvrement, je tomberais dans le néant. Et ma conscience, même affaiblie par la fièvre, ne saurait être dupe. J’imagine alors que je me laisserais doucement dériver vers la déchéance, comme un homme tombé à la mer, qui se sait irrémédiablement perdu. Non, je préfère encore me résigner à ce rôle de naufragé, agrippé à cette embarcation de fortune, construite à la hâte avec quelques débris de mon passé. Oui ! Je suis comme ces naufragés accrochés à un morceau d’épave de leur enfance, sur le point d’être englouti par les vagues de l’attente, avec le faible espoir de voir surgir bientôt une île, comme une terre d’espérance. Et sur elle, j’espère bientôt pouvoir échouer pour faire entrer mon âme en convalescence. Et mes forces revenues, je me sentirais alors le courage de partir à la découverte de ces frontières nouvelles pour y dénicher quelques trésors. Là, je pourrais enfin me sentir tel un Robinson heureux, remerciant le ciel d’avoir échappé à son destin de matelot, contraint à l’obéissance et soumis aux seuls ordres de la capitainerie et bénissant la terre de s’être soustrait à son destin de naufragé ballotté par l’effroyable tyrannie du monde. Enfin, je pourrais apprendre à vivre seul sur cette île, face à mes incertitudes et mes faiblesses, puis je les apprivoiserais pour vivre en leur douce compagnie. Et peut-être trouverais-je alors la paix et la joie, encouragé par ces nouveaux compagnons de silence et de solitude ; une sérénité tranquille et indifférente à ma médiocrité et à la sordidité du monde. Un havre qui me protègerait des hommes et de moi-même comme un pas supplémentaire vers la contrée radieuse de mon existence.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Etrange sentiment, celui d’avoir enfin trouvé sa voie. Et aussitôt la peur qui m’envahit, cette peur indicible de ne plus savoir ni même d’avoir envie de faire autre chose. La peur de ne plus souffrir, celle d’avoir trouvé, la peur d’être heureux, celle de se satisfaire de cette chose effrayante que d’aimer faire ce que l’on fait. La peur d’y consacrer sa vie entière, celle de s’y consacrer chaque jour avec plaisir, de se lever chaque matin avec cette joie farouche qui vous envahit, la peur de rentrer chaque soir avec cette fatigue sereine et heureuse, et celle de n’avoir plus d’autres envies que de vaquer à ces inévitables et triviales tâches domestiques ; travailler, manger, boire, dormir, et se divertir… Quelle tristesse, cela serait ! La peur de perdre cette soif de soi, et celle de perdre cette recherche obsessionnelle du sens de l’existence, la peur de perdre celui que je suis et celle de devenir un autre que j’ignore et que je méprise déjà.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : J’éprouve comme un irrépressible besoin de pluralité, un besoin de goûter tous les univers du monde, un peu ici, un peu ailleurs, un peu plus loin, là-bas… Expérimenter la vie, découverte après découverte, avec cette angoisse, cette joie et cette tristesse si caractéristiques du voyageur. M’emplir d’existences, de richesses et de malheurs pour me fortifier et avancer vers moi-même.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : J’éprouve l’irrépressible besoin de nourrir mon esprit. A quoi bon pourtant ? M’arrive-t-il parfois de penser. Pourquoi satisfaire cette nécessité ? Et aussitôt, je pense à tous ces hommes qui m’entourent ici, englués dans leurs instincts ordinaires. Serait-ce pour ne pas devenir comme eux ? Pour ne pas m’animaliser ? Pour ne pas sombrer dans l’instinct bestial qui seul semble les maintenir en vie ? Pour ne pas devenir à leur image, des estomacs sexuels et utiliser ce don de penser autrement qu’à poursuivre ce genre de desseins, pour aller au-delà du sexe et de l’acte de se nourrir. Oui, pour exister et construire sa vie par-delà le divertissement, le plaisir et le besoin. Pour bâtir ses piliers existentiels sur d’autres valeurs plus élevées et plus nobles. Oui, résonne en moi cette impérieuse nécessité d’aller plus loin, d’aller plus haut, de franchir mes propres frontières si étroites et que je franchis pourtant toujours avec peine, avec effort, comme paralysé par le doute, la souffrance et le bien-fondé de cette démarche, démarche incomprise, incompréhensible par le monde, par mon entourage, par mes proches qui me susurrent à l’oreille : « Mais à quoi bon chercher ? La vie est si simple, difficile mais si simple ; un toit, de quoi manger et un peu d’affection font toujours l’affaire.» Mais la vie peut-elle se limiter à cette affaire ? N’avons-nous pas besoin d’autre chose ? N’y a-t-il pas un autre sens à découvrir, à atteindre, à suivre et à vivre peut-être? Oui, un sens à vivre tout simplement.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : L’absence de tout mouvement de pensée, la disparition de toute volonté d’évolution engendrent une forme de repli sur soi, une consolidation excessive des convictions que l’on érige alors en principes absolus, inaltérables, vice rédhibitoire à la compréhension de l’Autre et de ses différences. Ces Autres qui forment le reste du monde, leur existence, leurs idées, leurs actes, tout cela est alors rejeté en bloc avec force et violence. Beaucoup d’hommes sont ainsi. Des esprits ankylosés, figés, prisonniers de leur pensée étroite. Des esprits immobiles enlisés dans leurs médiocres et fallacieuses vérités.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Les années passent comme les jours, insoucieuses de nos déboires, en traçant ce chemin que nous suivons pas à pas et où je chemine aujourd’hui comme un automate aveugle et ignare. Où et quand ce chemin s’arrêtera-t-il ? « Tais-toi» me dit une voix, « tais-toi et marche ! ». Je me tais et poursuis la marche, le pas résigné et songeur, continuant d’hésiter à chaque carrefour.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : Si l'on demandait à chacun de dessiner la carte des souffrances et des bonheurs humains, nul ne s'entendrait ni sur les territoires ni sur l'itinéraire pour traverser l'existence sans encombre.

 

Il y a dans la vie de chaque Homme, des parcelles de bois sombres, des clairières lumineuses, des coins de terre obscurs et des bouts de ciel bleu, une infinité de paysages inexplorés. Le vrai voyageur quitte sa demeure pour aller arpenter ce monde.

 

 

Le sentiment de différence

Le chercheur existentiel se sent foncièrement différent de ses congénères (sans l'être véritablement, bien sûr). Il a le sentiment que ses aspirations et ses centres d'intérêt sont peu partagés par les autres hommes. Le plus souvent, il se croit seul à poursuivre une telle démarche et se pense très isolé dans ses aspirations existentielles et/ou son itinéraire de vie. 

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Conversations entendues cet après-midi au café, à la table voisine où étaient assises trois jeunes femmes. Très vite, on comprend. L’ennui, l’habitude et la routine. Un mari, des enfants et un travail. Souvent, on emplit sa vie ainsi, malgré nous, trop écrasés par les conventions. La normalité comme seule issue, avec dans la voix cette légère intonation qui trahit notre résignation forcée. Comme si nous n’osions dire qu’à demi-mot : « Que voulez-vous ? C’est ainsi … »

 

Pourtant, en général, nous nous félicitons tous de ce bonheur sans grâce, trop faibles ou trop lâches pour y renoncer, trop effrayés peut-être d’avoir à éprouver l’écrasante pesanteur du changement, ses incertitudes et le doute qu’il nous insuffle ; la rançon de l’exaltation. Nous préférons nous enfoncer dans le fauteuil confortable de la routine, nous laisser bercer par la mollesse des années, où chaque jour le corps se fait plus pesant, plus lourd d’accablement, plus difficile à mouvoir. Le temps passe. Et avec lui, les déplacements se font plus lourds encore, plus lents, plus espacés et plus difficiles. Et bientôt on ne se déplace plus que du travail au foyer, du foyer au centre commercial, puis on retourne chez soi dans l’inertie du quotidien. Incapable de courir vers d’autres horizons, vers l’inconnu des songes, trop engourdis par l’éventualité de perdre nos petits trésors de confort si laborieusement accumulés. Quelle bien triste résignation que celle qui emprisonne nos vies, qui enracine nos désirs et qui enferme notre espoir dans le cercle exigu du quotidien, inchangé, inchangeable. Qu’il est difficile de faire le grand saut, de sauter sur l’autre berge par-dessus l’abîme effrayant avec la peur au ventre, la peur de se perdre dans la grande faille du vide. Aussi préférons-nous nous enfoncer toujours plus loin dans cette longue impasse du quotidien, y ajoutant chaque jour, quelques pavés pour, le lendemain, y poursuivre notre route. Quelle désastreuse erreur que cette tentative obstinée de faire sans cesse reculer la fin de cet étrange chemin qui a beau durer une vie entière, mais qui n’en demeure pas moins une effroyable impasse, une terrible voie sans issue.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Flot submergeant de citadins, pour la plupart employés de bureau. Tous les voyageurs semblent se connaître. Conversations futiles et rires idiots. De quoi parlent-ils ? Famille et travail, sans exception. Qu’ils me semblent étriqués et peu naturels, engoncés dans leur costume, avec leur eau de toilette bon marché, leurs cheveux soigneusement coiffés, si propres sur eux pour rejoindre leur bureau. Je détourne la tête pour regarder mon reflet dans la vitre. Et j’y vois un homme aux vêtements froissés, aux cheveux hirsutes, à la mine fatiguée qui rêve déjà à ses prochaines aventures campagnardes, saines et aérées, loin des bureaux et de ces petits employés, loin du monde, loin de lui-même et de toutes ces pâles existences de pantins écrasés par les conventions artificielles de cette vie citadine.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Le train me ramène vers P. Hautes collines vallonnées où paissent quelques troupeaux. La rame est bondée. Beaucoup d’hommes d’affaires. Tous portent le même costume. Sombre strict, impeccable. Les mêmes souliers de cuir noir. Les mêmes chaussettes grises. Seule la cravate les différencie. Colorée, vive et joyeuse, choisie dans un médiocre élan d’originalité. Sur le visage, le même sourire. Faussement naturel, exagérément courtois. Le même regard satisfait et suffisant où brille une lueur trop forte, exagérée d’arrogance et d’orgueil. Mais sous la pellicule de fierté, on perçoit le vide, la tristesse et la mort. Et tous peinent à cacher cet abîme effrayant, cette fissure d’avec le monde qu’ils ont creusée au dedans, et dans laquelle ils se sont enterrés, dans laquelle ils se sont enfouis et dans laquelle ils ont fini par s’enliser, se coupant ainsi de leurs proches, de leur prochain et de la vie même. Je les regarde avec pitié et je pense à mon existence, à ce qu’elle sera et à ce que je souhaite lui offrir, m’imaginant déjà là-haut, seul, loin de ces regards trop pleins d’eux-mêmes à courir après mes vérités.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Décalage. Décalage entre eux et moi. Gigantesque et imperceptible décalage. Comme un immense abîme, comme une mince frontière qui nous sépare. Tout respire notre dissemblance, si visible. (...) Avec eux, j’hésite entre l’indépendance délibérée et les rapprochements maladroits dans une sorte d’atermoiement un peu lâche, sans me résoudre à opter pour la liberté ou l’intégration, pris entre les feux de la solitude et de la compromission. Entre ostracisme subi, rejet réciproque et exclusion volontaire. Je pressens pourtant une vague préférence pour la reconnaissance comme si je souhaitais être reconnu membre indépendant de ce collectif, soucieux ainsi de perpétuer mon originalité au sein du groupe.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Brusque énervement face à cet univers, à son ignorance incurable, devant ce mur de stupidité érigé en forteresse inexpugnable. Et pourtant je me tais. J’écoute simplement ces hommes qui haïssent la différence et qui la rejettent loin, très loin d’eux-mêmes dans une sorte de peur instinctive, de cette peur maladive d’être contaminé, comme si cette contamination pouvait leur être fatale. Non, jamais la différence n’est comprise et plus rarement encore acceptée. Les hommes préfèrent camper sur leurs maigres certitudes étroites et rassurantes.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Fuir le monde, la vie courbée, pris au piège de l’insipide fadeur des rapports humains, assujetti à l’hégémonie des fonctions sociales qui écrasent et anéantissent les êtres. Soumis et obéissant. Jamais. J’aspire trop à la liberté. Conserver cette liberté de penser, d’agir, d’exprimer, cette liberté de vivre et d’exister. Oui, la liberté d’exister tout simplement. Je ne revendique rien d’autre que cette liberté indépendante, rien d’autre que ce droit à la non appartenance, que ce droit à la différence dans ce monde où toutes ces choses sont si éhontément bafouées et où tous ceux qui s’en proclament subissent peu ou prou en victime l’ostracisme de la masse qui perpétue et propage la maladie de la normalité. Normalité si louable à leurs yeux, si obsolète et si écrasante aux miens. Non, je ne revendique rien d’autre que cette liberté d’exister autrement et de vivre ma différence.

 

 

La solitude

Le chercheur existentiel est un être foncièrement solitaire. Sa quête l'exige... et son sentiment de différence le soumet souvent à cette solitude. Malgré la souffrance qu'elle peut parfois engendrer, elle demeure sans doute sa meilleure amie et sa plus fidèle alliée.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Le vent s’engouffre par la fenêtre entrouverte. Dehors, le mauvais temps rugit, abattant sa colère sur les hommes. Je contemple le ciel sombre qui précipite les nuages vers l’horizon. Ils passent devant la fenêtre en un éclair et disparaissent aussitôt derrière le mur du ciel. Balancés par la furie du déluge, les arbres se penchent dangereusement.

 

J’aime ce temps. Lourd, triste, impétueux et gonflé d’orgueil qui s’abandonne à son inquiétude et à son mécontentement comme s’il faisait écho à ma propre colère. Il sait que son humeur fâcheuse nous déçoit et nous malmène, mais il ne s’en soucie guère et préfère être l’esclave de ses seules mouvances intérieures.

 

Depuis vingt jours, il pleut. Une pluie bienfaitrice qui redonne à la terre son pur visage. Une colère du ciel qui cache le vide effrayant du monde. Les hommes se cachent, terrés chez eux à se lamenter de cette pluie ininterrompue. Je les vois cachés derrière leurs murs, à l’abri du ciel ombrageux, trompant leur ennui devant les éclairs bleutés de leur téléviseur. Je les imagine protégés derrière leurs rideaux à maugréer devant l’impossibilité de sortir, contraints de reporter leur escapades de chalands assoiffés, obligés de différer leur promenade désœuvrée dans les rues marchandes du centre-ville. Décidément je ne comprendrais jamais ce besoin insatiable des hommes à la consommation, ce besoin compulsif d’amasser le monde pour le faire entrer chez soi, ce besoin quasi vital de se gaver du bonheur de posséder, comme si tous se laissaient mener par l’insidieuse mélodie de l’accumulation, bercés jusqu’au tournis par la valse insatiable de cette étrange sensation de plénitude éphémère et inconsistante.

 

Vingt jours de pluie qui ont débarrassé les rues de l’impureté des foules et de leurs courses stériles, et autant de jours où je me suis purifié de la saleté du monde. Vingt jours de désert abandonnés par les foudres de la consommation aux rares amoureux de la pluie. Depuis vingt jours, ce temps sombre a éclairé mes promenades, et les a illuminées de tranquillité et de joie. Chaque jour, je pus ainsi m’emplir de solitude sur les chemins déserts de la ville et récolter cette pluie de printemps comme de l’or tombé du ciel. Vingt jours pendant lesquels je pus goûter sa fraîcheur qui me caressait le visage et venait enrichir ma joie, en déambulant sur les voies tranquilles, l’âme heureuse dans cette tourmente des paysages, l’esprit avide d’orage et de solitude, et le cœur riche de me retrouver enfin seul au milieu du monde. Heureux dans cette solitude retrouvée.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Chaque soir, je rentre par le petit sentier qui mène au cabanon. Je regarde le soleil qui tombe derrière les collines en illuminant, à cette heure du jour, le ciel de cette lumière bleue orangée si particulière. Ma journée s’achève ainsi à la nuit naissante. Je rentre chez moi. Loin des bruits de la ville, loin du monde et de sa vaine agitation, loin de toutes ces exubérances citadines. Je rentre chez moi, sale, puant et fatigué, mais heureux. Heureux de cette journée et de ces quelques lignes que j’écris chaque soir sur mon cahier. Heureux de cette vie de labeur, rude et authentique. Heureux de cette solitude et de cet isolement. Heureux d’être seul au monde avec ma vie et mes vérités, sans l’Autre qui n’a pas de place ici. Ici, où je n’ai aucun compte à rendre excepté à moi-même. Oui, j’aime cette existence. Cette existence sans fard, loin des apparences et de la superficialité de mes contemporains. Cette existence qui embrasse la réalité nue et parfois cruelle de la nature, à mille lieux de la barbarie insidieuse du monde qui cache si souvent son nom, sa violence et sa perfidie pour mieux tromper les hommes.

 

(extrait) DOCPSI OU LES MAUX DU DESTIN : On a beau dire, on est tout de même bien seul. Même ici, avec les miens. J'ouvre le cahier. J'écris : On a beau dire, on est tout de même bien seul. J'hésite à écrire avec les miens. Je ferme le cahier. Non, je ne peux pas écrire avec les miens. Jamais personne ne m'a appartenu et jamais personne ne m'appartiendra. Je suis ainsi. Seul et sans attache. Moi qui étais si possessif. Je me demande pourquoi ça a disparu. Je réfléchis. La déception de ceux dont j'ai croisé le chemin, ceux qui ont partagé ma vie et ceux dont j'ai partagé la vie ? C'est idiot ! On finit toujours pas décevoir ou être déçu. Je n'aime pas ça. Mais qui aime ça ? Personne, je crois. J'ai appris à ne plus avoir envie de décevoir ni que l'on me déçoive. Je préfère rester seul. C'est dur. Très dur. On souffre beaucoup. Parce que les autres ont tellement de bonnes choses à nous offrir.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Les heures paisibles et le temps vide, à occuper. Les heures méditatives et sereines. Les longues heures de solitude à écrire, à rêver et à se laisser lentement imprégner par la beauté sauvage du monde. Loin de la férocité citadine, dans mon refuge solitaire. Si loin de cette société cruelle, machine à broyer les hommes et à anéantir les vies, machine à asservir le monde. Ici, je suis libre et seul. Seul, libre et soumis aux exigences de cette liberté à laquelle je me suis délibérément astreint, par choix, par nécessité. Pour survivre à ma solitude, à mon isolement, à la rudesse de cette existence simple, belle et authentique.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Nous sommes seuls. Evidemment, nous sommes éternellement seuls. De la naissance à la mort. Et entre ces deux extrêmes, nous entourons notre solitude de présence(s) pour oublier ou pour atténuer cette souffrance de cheminer seul dans le monde. Mais que peut la présence d’autrui face à l’intrinsèque solitude qu’est la nôtre ? Face à cette solitude qui fait de nous des êtres foncièrement et irrévocablement livrés à nous-mêmes ?

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : Aux yeux du monde, le solitaire est sans doute l'individu (l'être) le plus suspect qui soit. On le perçoit (sûrement) comme un homme indigne de toute compagnie. Mais pourquoi ne s'interroge-t-on jamais sur l'indignité de toute compagnie?

 

Nous sommes tellement prisonniers de notre vie, tellement occupés par nous-mêmes que nous avons toutes les difficultés du monde à accorder une place réelle à ceux qui vivent avec nous (nos proches), à accueillir (y faire entrer) ceux qui vivent à nos côtés (voisins, amis) et à ouvrir la porte à ceux que nous croisons (connaissances, passants, inconnus).

 

Notre vie est une étrange synthèse, un étonnant mélange d'un trop plein de soi et d'un immense désert de l'Autre.

 

Vivre, c'est marcher seul dans un désert peuplé d'ombres. Et lorsqu'il nous arrive de nous cogner contre elles, on s'en trouve déboussolé, désorienté, ne sachant plus quel chemin emprunter…

 

Nous n'accordons souvent une place aux autres dans notre vie que pour emplir un espace que nous ne savons ou ne parvenons pas à combler nous-mêmes.

 

Notre vie est souvent une terre aride, impropre à faire naître (et croître) toute rencontre.

 

Nous ne rencontrons jamais personne. Le plus souvent, nous ne croisons que des fantômes égarés qui se fuient eux-mêmes, et au mieux, des fantômes affamés qui errent dans le monde à la recherche d'eux-mêmes.

 

Dès qu'il sortait de chez lui, il revêtait une carapace de froideur arrogante pour ne laisser entrer le monde dans son cœur. Car il en avait toujours eu très peur et il rêvait secrètement depuis l'enfance que ceux qu'ils croiseraient se cogneraient contre cette paroi glacée et finiraient par glisser à ses pieds. Mais c'est toujours l'inverse qui se produisait. Tous le fuyaient comme l'abominable, l'infréquentable homme des neiges. Et il mourût seul enseveli sous des tonnes de glace.

 

Lorsque je me sens fragile et vulnérable, je reste chez moi, le cœur recroquevillé sur ma table de travail. Dans ces instants, il arrive (pourtant) que la vie se bouscule devant chez moi, frappe à ma porte, m'appelle par la fenêtre et je fais comme s'il n'y avait personne, je me cache, le cœur tapi sous mes feuilles de papier et j'attends que la vie passe et aille frapper à une autre porte.

 

 

Le désespoir

Le désespoir est un sentiment fréquent chez le chercheur existentiel. Signe de son incessante insatisfaction et de son irrépressible (et parfois utopique) besoin de concilier sa vie et ses exigences intérieures. Le désespoir peut inaugurer une crise existentielle grave et dévastatrice qu'il lui faudra traverser. S'il en sort (et il n'y a aucune raison qu'il ne parvienne à s'en sortir), il s'en trouvera assurément aguerri et renforcé dans sa démarche.

 

(extraits) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Il n’y a plus rien à faire. J’ai tout essayé. Le monde est trop laid, trop lâche et trop cruel. J’ai donc décidé de rester seul avec moi-même, avec mon dégoût du monde et l’horreur de ce que je suis. C’est ça ou la mort. Et quand bien même je le souhaiterais, je ne peux me résoudre au suicide. Je suis trop lâche, je dois me résigner à vivre.

 

Devant l’indifférence du monde, j’ai choisi le silence. Le silence de la colère. Le silence de la douleur. Le silence des mots que la voix ne peut exprimer. Le silence de la solitude. Le silence de la pièce close. A l’abri du monde, replié sur soi, terré derrière ma table de travail.

 

Parfois je m’imagine être un autre, un de ces hommes qui aime la vie, qui aime sa vie, un de ces personnages heureux, fier de ce qu’il est, de ce qu’il fait et de ce qu’il possède. Moi, je ne suis rien, je ne fais rien. Je ne possède même pas ma vie. C’est à elle que j’appartiens. Et c’est elle qui me livre aux évènements que je me résigne à suivre en geignant et en traînant les pieds.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Aujourd’hui, tout me semble inaccessible. Vivre même est au-dessus de mes forces.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Hier, après avoir terminé ta lettre, je me suis couché au bord du désespoir. Et ce matin, c’est le dégoût et l’angoisse qui m’ont réveillé. Je me suis levé avec un profond sentiment d’écœurement. Se lever a été, je t’assure, cauchemardesque. Puis lentement mes ignobles activités m’ont tiré de ce coma. Je m’y suis consacré tout le jour en traînant ma carcasse et mon apathie, l’esprit totalement absorbé par ces vaines occupations. Et seule, la tension nerveuse, je crois, me fait encore tenir debout ce soir. A l’intérieur, je me sens si vide, presque mort. Et pourtant, je n’en continue pas moins d’avancer chaque jour, cahin-caha sur cet étrange sentier qui m’éloigne de moi-même sans véritablement me rapprocher du monde. J’ignore si je tiendrais longtemps encore. Ces derniers jours, mon courage et mon endurance (bien médiocres, t’en souviens-tu) ont été rudement mis à l’épreuve. Et je les sens ce soir au bord de la défaillance. Crois-moi, mon cher I., cette course folle me désespère et m’épuise ! Si tu savais comme ce retour au monde me ronge… je ne suis plus aujourd’hui que l’ombre de moi-même. Je dois avoir l’air d’un fantôme sans vie qui court dans la nuit après ses rêves illusoires. Je ne suis plus qu’un ersatz de ce que j’étais et qui en oublie jusqu’à l’essentiel en poursuivant jusqu’à l’épuisement cette obsession désespérée.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : La désespérance d’attendre. Une vie entière à attendre... Et ce temps qui passe me désespère... Mais qu’attendons-nous en cette vie, sinon la joie, sinon l’impossible bonheur de vivre ? Cette vie est décidément sans espoir. Elle nous exhorte d’espérer. Et nous, pauvres hommes, avons l’inconscience de la croire et la folie de soumettre nos vies à cette vaine espérance…

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Ces quelques jours de réflexion m’ont été salutaires. J’ai pris une décision que je pense sans appel : je renonce définitivement à mon retour au monde. Est-ce là un choix judicieux ? Je l’ignore. Pourquoi et comment me suis-je décidé ? Je ne saurais davantage te répondre. Peut-être me demanderas-tu alors ce qu’il reste de toute cette stupide frénésie dans laquelle je me suis jeté ? Rien, mon cher I., il n’en reste rien. Quelques pages griffonnées, une succession d’efforts anéantis et l’inébranlable certitude de m’être de nouveau fourvoyé sur un chemin qui n’était pas le mien. Et aujourd’hui, comme autrefois, j’ai le sentiment d’être un vagabond sur le bord de la route qui ne sait où aller et qui préfère, par dépit, s’asseoir sur le bas-côté pour regarder passer ses congénères (pressés) qui poursuivent leur chemin avec opiniâtreté, sûrs de leur destination et confiants dans leur trajectoire. Oui, mon cher I., je crains de n’avoir toujours été qu’un éternel ébaucheur, qu’un éternel faiseur de projets inaboutis qui préfère regarder passer le monde sans se mêler à sa course stupide. Oui ! Crois-moi, mon cher I. ! Chaque pas en cette vie n’aura été pour moi qu’un éternel recommencement. Et le monde n’aura été qu’un dédalle de sentiers labyrinthiques dans lequel je n’aurais cessé de me perdre et qui m’aura toujours ramené à l’endroit même où j’avais commencé mon voyage. N’ai-je pas d’ailleurs toujours été l’infatigable adepte (et le laborieux marcheur) de mes longs et ineptes voyages immobiles ? Tu sais, mon cher I., il m’arrive pourtant de ressentir l’infinité des possibles qu’offre le chemin de la vie. Mais lorsque mon regard embrasse ces horizons ouverts, tous se referment à mon approche. Comme s’ils m’étaient inaccessibles… La distance, tu le sais bien, m’a toujours découragé. Aussi dois-je me contenter de regarder l’horizon, les pieds englués dans la fange de ma velléité paresseuse, en me consolant avec d’hypothétiques projets qui ne verront jamais le jour. Mes rêves, tu le sais aussi, ont toujours été obscurs, et mes idées toujours échafaudées durant la nuit, à ces heures de grâce où tout me semble possible, où mes pensées prennent corps et où mes projets deviennent réels et accessibles. Mais au réveil, ces songes merveilleux ne sont malheureusement plus que ruines, incapables d’affronter la réalité et d’entrer dans l’incontournable lutte avec le réel. Aussi ces songes, restent-ils en moi, découragés, anéantis, écrasés par les efforts qu’il me faudrait déployer pour les faire naître. Pourquoi se recroquevillent-ils ainsi ? Pourquoi ? Est-ce l’incertitude qui m’habite ? Ce doute terrible qui me confine à l’indécision ? Oui. Peut-être… peut-être n’est-ce après tout qu’un manque de confiance en la vie ? Oui, voilà sûrement l’origine de cette indécision : mon manque de foi en la vie. En définitive, peut-être ne crois-je en rien ; ni en la vie, ni en moi ni en mes idées. Je n’ai d’ailleurs en cette vie aucun espoir. Et c’est-là un lourd handicap pour s’investir dans un projet, se consacrer à une « œuvre » ou mener à terme quelque activité ! Comment veux-tu dès lors, mon cher I., qu’aboutisse la moindre de mes entreprises ? Je n’ai rien à prouver, ni à moi-même ni au monde. Je ne souhaite ni briller, ni réussir. Je n’obéis le plus souvent qu’à mon bon vouloir, par plaisir ou par nécessité. Et je n’aspire surtout qu’à vivre en paix avec moi-même. Oui, je crois que ma vraie motivation est là : vivre en paix avec moi-même. Et dans mes jours fastes, c’est cette aspiration qui donne un sens à ma vie et à l’œuvre que je tente d’accomplir. Et dans mes jours sombres (autrement dit la plupart du temps), cette aspiration même disparaît. Je n’éprouve plus alors ni plaisir ni nécessité à vivre et à poursuivre mes travaux. Ne me reste plus qu’un sentiment d’absurdité à l’égard de tout. Aussi dois-je me contenter de regarder avec envie et ironie ce monde qui s’agite en frétillant bêtement autour de moi.

 

 

L'art et la création

La création artistique (au sens large) est souvent l'un des rares instruments à la disposition du chercheur existentiel pour mettre en œuvre sa quête. Elle lui permet d'élargir sa compréhension (du monde, de la vie et de lui-même), de poser parfois quelques repères, de mettre à jour une cohérence dans sa démarche (ou sa trajectoire de vie) et de lui assurer une matière (infiniment renouvelable) nécessaires à la poursuite de ses recherches.

 

(extraits) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Ecrire comme exercice nécessaire à la poursuite des jours. Ecrire comme acte de survie. Ecrire la vie comme une traînée de poussière sur notre passé.

 

Ecrire comme nécessité absolue, comme nécessité fondamentale. Ecrire pour alléger le fardeau de vivre. Ecrire chaque pensée, chaque sentiment, chaque acte trivial et quotidien. Ecrire chaque jour vécu comme une œuvre unique.

 

(extraits) PAGES DE VIE : Aujourd’hui, vous sentez que votre écriture s’est transformée, qu’elle s’est muée en une chose nécessaire et presque vitale. Mais il vous faudra maintenir l’écriture à distance et ne lui accorder plus de prestige ni d’autorité qu’elle ne voudrait s’en donner car l’écriture n’est pas la vie. La vie est ailleurs. La vie habite sans doute une région encore inaccessible pour vous. Vous devrez donc poursuivre votre chemin hors de l’écriture, emprunter un chemin plus ancré dans la vie, approfondir votre connaissance des contrées existentielles découvertes et partir à la recherche d’autres encore inconnues. La vie s’y trouve sûrement. Et il vous faudra sans doute marcher longtemps avant de la rencontrer… Peut-être l’avez-vous d’ailleurs déjà effleurée lors de vos promenades ? Peut-être même vous a-t-elle déjà souri ? Et vous, sot que vous êtes, vous deviez encore avoir la tête dans les étoiles à suivre l’un de vos chemins de mots, et vous êtes passé sans la voir. Alors, à l’avenir, soyez plus attentif à la vie, cherchez-la davantage et avec plus de soins ! Restez vigilant ! Soyez à l’affût du monde !

 

Jamais l’écriture ne pourra vous servir de corde pour vous hisser jusqu’à la vie, ne voyez en elle qu’une façon de trouver une meilleure prise pendant l’ascension. L’alpinisme est un sport à haut risque. Et l’existence comme la haute montagne recèle mille dangers. A chaque instant, au moindre faux pas, la chute vous guette. La chute abyssale, la longue glissade vers le gouffre du désespoir et sûrement la mort au fond du gouffre.

 

L’écriture n’est qu’une façon de mettre en scène votre vie, qu’une façon supplémentaire de vous envelopper dans votre égotisme. D’ailleurs ce que vous écrivez, cent fois, mille fois, des millions de fois peut-être, d’autres avant vous l’ont déjà écrit… alors au fond quelle importance ce que vous écrivez ? Il n’y a aucun crédit à accorder à l’écriture. Vous écrivez, c’est un fait, vous éprouvez l’impérieux besoin d’écrire, mais au fond est-ce qu’écrire a quelque importance ? Au diable donc ce que vous écrivez ! Fuyez comme la peste ce sentiment absurde et pernicieux que développe bon nombre de ceux qui écrivent. Et promettez-moi de ne jamais vous sentir écrivain ! Promettez-moi de ne jamais espérer appartenir un jour au cercle étroit des lettrés et des auteurs reconnus. Je vous en conjure, prenez garde à ne pas vous ensevelir sous cette mascarade puérile, insensée et égocentrique. Ne prenez jamais plaisir à jouer aux martyrs de la page blanche, ne vous enchaînez pas aux délices perfides de l’inspiration, prenez soin de ne jamais vous enfermer dans l’écriture car vous vous couperiez de l’essentiel ; vous négligeriez la vie, la vraie. Alors, je vous en conjure, levez-vous, éloignez-vous de vos phrases, écartez-vous de cette quête pesante du mot juste, refermez votre carnet et rejoignez le monde, retrouvez la vie ! Oui ! Prenez soin de vivre, de poursuivre votre existence ! Ne désertez jamais la vie ! N’abandonnez jamais la chance de vivre et le bonheur d’être, celui d’écrire suivra, soyez en sûr ! Pour bien écrire, il vous faudra d’abord bien vivre, non une vie riche d’évènements, une existence foisonnante d’aventures, mais une vie intense où vous saisirez chaque seconde qui passe pour en extraire l’entière substance, non dans le dessein dérisoire de l’écrire mais afin de comprendre la vie, d’apprivoiser votre existence et de mieux les vivre toutes deux. Parce que la vie et votre existence méritent qu’on les empoigne ainsi, tout en elles nous invite à recueillir leur saveur. Une existence simple pourra vous combler de bonheur et de joie pour peu que vous sachiez entendre le souffle de la vie. Alors, je vous en conjure une dernière fois, oubliez vos ombres d’écriture, quittez votre table et vos crayons et regagnez le monde, rejoignez la terre des hommes, retrouvez la vie, retrouvez votre vie! Construisez votre existence et vos livres, croyez-le, se bâtiront d’eux-mêmes. Vivez ! Et la vie vous donnera matière à vivre et à écrire !

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : Être comme les autres, à se dépêtrer dans le labyrinthe étroit du quotidien. Rien d’autre ou presque et cela contente l’âme. Bien des gens vous le diront, et chez bon nombre d’entre eux vous le verrez. Tout en eux transpire cela, tout en eux suinte ce goût si mesquin et si ordinaire pour la matérialité. Et puis, un peu plus tard, un autre jour, c’est là ! Vous le sentez ! Ça revient ! Ca ressurgit d’on ne sait où, et ce besoin de dire et de témoigner vous reprend ! Ca sort en jets brûlants, comme un volcan trop longtemps endormi, comme une renaissance, avec l’envie de partager ce magma informe qui se déverse sur votre vie, avec la joie de dire cette souffrance de vivre. Et ça vous brûle de l’intérieur ! Et ça vous ronge au dedans ! C’est une force irrépressible qui vous submerge et vous projette, impuissant dans une jubilation triste, joyeuse et frénétique.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : La joie de construire de ses mains ; bois, pierre, fer, terre… La joie de donner forme. Le plaisir immense – et presque maternel – de donner vie. S’approprier les éléments pour les ennoblir avant de les rendre libres.

 

(extrait) UNE TRAVERSEE DU MONDE : L’écriture est un exercice cathartique, une sorte d’exutoire thérapeutique inoffensif où l’on peut déverser sa violence sans se détruire ni porter préjudice à autrui. On peut s’y perdre et y sombrer. Mais le plus souvent, l’écriture nous sauve de nous-mêmes et de cet abîme d’avec le monde. Je crois que j’écris pour cette raison, pour ne pas sombrer dans la folie de la destruction systématique de cette inhumanité que je porte en moi et que le monde porte en lui.

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Si tu savais comme j’aspire encore à cette vie de création, à ce rôle d’estivant qui musarde la tête hors du monde ! A cette vie inspirante et inspirée ! Voilà tout ce à quoi j’aspire. Voilà tout ce à quoi j’ai toujours aspiré. De toute mon âme. Toi, tu connais ma joie à laisser mon esprit se remplir du monde pour le déverser sur la page blanche. Tu connais ma joie à interpréter le monde et la vie que je traverse. Te souviens-tu, mon cher I., tu me demandais souvent : mais que veux-tu faire ? A quoi aspires-tu ? Aujourd’hui, je te répondrais que je n’ai plus qu’un seul souhait : redevenir attrapeur d’idées, témoigneur de vie, musardeur du monde. Voilà les seules activités qui me semblent dignes en cette vie. Voilà les seules activités qui combleraient mon existence. Mais non, ce monde ne me permet pas d’occuper ce rôle. Je dois me contenter de l’occuper en amateur, en dilettante en définitive. Si tu pouvais ressentir ce que je ressens, mon cher I…. je me sens si misérable et si malheureux de ne pouvoir me consacrer à ce qui me semble le plus essentiel en cette vie. Comment pourrais-je dès lors trouver le courage de m’engager dans une autre activité ? Comment pourrais-je devenir actif, efficace et professionnel dans une autre activité (forcément détestable à mes yeux) ? Comment pourrais-je m’y résoudre ? C’est impossible ! Mais cette impossibilité me paraît presque secondaire au regard de ma profonde inaptitude artistique. Car c’est elle, en définitive, qui m’exhorte à quitter l’art pour rejoindre le monde. Si tu savais, mon cher I., comme je trouve mes œuvres pitoyables ! Je me sens plus minable encore que le plus minable des artistes (plus médiocre encore que le plus médiocre d’entre eux) ! Oui ! Mon cher I., j’ai conscience de mon insignifiance artistique. Conscience de ma médiocrité créatrice. Et ce regard lucide sur moi-même m’est plus insupportable encore que mon incapacité à m’investir dans les activités de ce monde ! Comment aurais-je pu alors me résoudre à m’engager dans l’art et à dévoiler au monde ma médiocrité ? Le monde, sois-en sûr, aurait fustigé ma démarche et aurait ricané de mépris en voyant mes travaux. Et il aurait eu raison, mon cher I. ! Non ! Crois-moi ! Je n’ai d’autre choix aujourd’hui que de renoncer à l’art pour emprunter le pâle chemin de la normalité, écœuré de ce monde et dégoûté de moi-même. Oui ! Je dois me résigner la mort dans l’âme, à courber l’échine et à rentrer dans le rang. Me résoudre à l’obéissance et au respect des lois absurdes de ce monde qui détruisent et soumettent ma vie – et je crois, la Vie même – sous sa botte stupide, en forçant tous ceux, comme moi, qui s’y soumettent en renonçant à eux-mêmes. Et si tu savais comme je m’en veux aujourd’hui de cette lâcheté, de ce manque de courage, de cette inaptitude à choisir ma vie, de cette incapacité à assumer mes choix et à suivre mes aspirations les plus profondes. Comme si un petit je ne sais quoi de lâche n’avait de cesse de me ramener à l’insidieuse normalité du collectif. Oui, mon cher I., je bute sur le moindre regard inquisiteur de ce monde, effrayé de révéler l’image de ma différence, paralysé d’être relégué au rang des ratés, incapable d’assumer ma préférence, ma différence, mon existence - mon existence que je place pourtant au-dessus de tout - mais qui n’est rien puisque je ne m’y consacre guère que dans l’ombre. Je t’en prie, écris-moi. Sauve-moi de ce naufrage !

 

(extrait) OBSESSIONS MISANTHROPIQUES : Vous savez, me dit-il, j’ai beaucoup réfléchi là-bas. Beaucoup marché aussi. Dans les collines. Et j’ai pensé à Van Gogh. Comment d’ailleurs aurais-je pu ne pas songer à lui ? N’est-il pas l’archétype de l’artiste maudit ? Puis, M. fit de nouveau silence (comme pour réfléchir). Après cette pause (qui dura… de nouveau, pas loin d’une éternité…), il a repris sa rêverie d’une voix étrangement lointaine (et je dirais, presque absente). Vous savez, me dit-il, chaque jour, j’allais à sa rencontre… pour le regarder peindre. Chaque jour, je tentais de l’approcher pour lui dire mon admiration, mais à chaque tentative, il s’empressait de ranger ses pinceaux pour disparaître derrière les collines. Comme s’il refusait de… enfin… comme s’il n’aspirait qu’à la solitude… Vous savez, me dit-il, son pas était fébrile et d’une grande violence, comme si une force mystérieuse le contraignait à poursuivre sa quête obsessionnelle de solitude pour achever son oeuvre. Vous savez, me dit M., à chaque fois qu’il disparaissait derrière les collines, je songeais à cette vie d’artiste si particulière, à cette vie de solitude et de folie, à cette vie de misère livrée à l’indifférence des hommes. Oui, je n’ai cessé d’y penser, durant toutes ces après-midis ensoleillées où ensemble, lui et moi, nous battions la campagne parcourant les champs et les prés, gravissant les collines, à la recherche d’une idée, d’un paysage, en proie à l’insatisfaction, en quête d’une émotion, d’une sensibilité… en prise avec l’idée émergente, insoucieux de tout, des hommes, du monde, de la gloire, de l’argent, de la reconnaissance, tournés vers notre seule quête… et pétrifiés d’angoisse à l’idée de manquer notre vocation. Ah ! Si vous saviez comme j’aime ce Van Gogh-là ! me dit-il. Bien sûr, je n’ai ni son génie ni même son talent, mais nous sommes tous deux frères dans l’âme, nous sommes tous deux de cette race d’artistes désespérés, brûlant nos jours à remplir l’espace de la toile avec la misère de nos vies, avec nos âmes d’écorchés et notre cœur à vif. Puis M. a levé la tête comme pour sortir de ce songe étrange. Je n’ai rien dit. Je l’ai laissé à ses rêveries. Je me suis levé et j’ai quitté le square en songeant à l’étrange et désespérant destin des artistes… si souvent étrangers à eux-mêmes…

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES : Librairies, bibliothèques et littérature regorgent de faux livres. Les vrais livres sont rares. On les reconnaît non par la beauté de leurs phrases, ni l'attrait de leur histoire mais par la lumière qu'ils font en nous.

 

 

Des chercheurs existentiels "célèbres"

Voici une courte liste (non exhaustive, bien sûr) d'Hommes plus ou moins connus qui, à mes yeux (à travers l'idée que je me fais de leur cheminement existentiel et/ou de leur œuvre), peuvent être qualifiés - à des degrés divers - de chercheurs existentiels : Vincent Van Gogh, Jacques Brel, Nicolas Bouvier, Hermann Hesse, Constantin Brancusi, Henri Michaux, Antonin Artaud, Emile Cioran, Jean Paul Sartre, Andy Goldsworthy, Albert Camus, Samuel Beckett, Richard Moss…

 

*

 

De la quête existentielle à la quête intérieure

Toute quête existentielle a de réelles chances d'aboutir et de se transformer en quête intérieure (ou spirituelle).

Après s'être cogné aux 4 coins du monde (sans trouver le moindre élément de réponse satisfaisant), le quêteur se trouve confronté à l'absurdité de la vie. Il ne lui reste alors souvent d'autre issue que la mort (ou l'idée de la mort).

Après avoir cherché désespérément un sens à la vie à l'extérieur (dans le monde, dans des idées, dans des projets, dans un mode de vie ou un mode de pensées...), le quêteur se sent découragé et parfois anéanti. Il peut alors insidieusement glisser vers le néant (dépression, idées suicidaires, dégoût existentiel profond...).

Comme bon nombre d'étapes transitoires, cette phase de transition est particulièrement critique. Elle peut se révéler extrêmement douloureuse et absolument terrifiante. Mais elle constitue souvent une étape incontournable et nécessaire à la poursuite du chemin. La proximité et la prégnance de l'idée de la mort peuvent s'avérer un moteur puissant de recherche. Pétri de doutes et d'incertitudes, le quêteur cherche alors désespérément en lui quelques maigres ressources pour traverser cet immense désert de solitude et d'absurdité. Progressivement, il parvient à trouver la force d'émerger de cet état de déréliction profond et finit par entrevoir un peu de lumière au bout du tunnel. Et chemin faisant, le quêteur a l'intuition (parfois la certitude ou la conviction inébranlable) que sa quête peut se poursuivre en cherchant la réponse en lui-même. Cette idée, encore nébuleuse, s'éclaircit progressivement. Et il lui apparaît bientôt avec force qu'il n'existe à présent qu'une seule direction, qu'un seul chemin possible : chercher en soi les réponses à ses multiples questionnements. Et après maintes hésitations, le quêteur s'engage alors sur le chemin intérieur, apprenant progressivement à transformer sa perception du monde et de la vie. L'existence prend alors un sens véritable et une dimension nouvelle.

Ainsi débute la quête intérieure (ou spirituelle) qui peut s'inscrire (et s'inscrit souvent d'ailleurs (mais pas toujours)) dans une tradition religieuse qui apporte au quêteur un cadre et un socle, à la fois théorique et pratique, souvent nécessaire à la poursuite de son cheminement.

 

(Extraits) PENSEES VAGABONDES :

Se cogner aux quatre coins du monde, puis poursuivre le chemin en soi.

 

Puisqu'il est impossible de transformer la vie, les êtres et les choses de ce monde, il est sage (sinon de bon sens) de transformer sur eux notre regard.

 

Regarder en soi, c'est partir à la recherche de sa propre lumière… et découvrir bientôt une lueur qui n'est que le reflet singulier de LA Lumière qui habite chacun.

Toute réelle transformation procède d'une métamorphose du regard. Toute métamorphose du regard provient d'une lente et longue évolution. Toute évolution trouve son origine dans une très progressive exploration de soi-même qui prend, elle-même, sa source dans le besoin irrépressible de répondre à l'insatisfaction fondamentale de notre vie. Ainsi, l'insatisfaction est sans doute l'un des plus puissants moteurs de recherche de l'humanité.

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR... :

 (…) Monsieur Arnaud a froncé les sourcils.

 - Vous avez l’air de vous plaindre des difficultés du voyage ! Il n'y a pourtant aucun doute, jeune homme ! Ce voyage est merveilleux… je reconnais qu’il est parfois difficile et source de souffrances… mais les épreuves ne sont pas inutiles. Vous pouvez me croire ! Tout ce que vous avez enduré a un sens ! Les épreuves et la souffrance sont des chances formidables pour les chercheurs…

- Les épreuves et la souffrance… des chances formidables ?

 - Eh oui ! Bien sûr ! dit monsieur Arnaud avec un grand sourire (ravi sans doute de trouver là une occasion supplémentaire de me donner quelques explications…).

- C’est très simple ! dit-il, vous avez cherché le trésor un peu partout, n’est-ce pas ? Vous avez visité de nombreux quartiers sur cette Planète, vous vous êtes installé dans certains en croyant y découvrir les joyaux… vous avez cru les trouver… mais vous les avez perdus… ensuite vous avez essayé de les récupérer… mais vous n'y êtes pas parvenu… alors vous êtes parti… vous avez commencé à errer ici et là… vous avez vécu une période de grandes souffrances… mais vous avez eu l’intelligence de poursuivre votre chemin… et vous avez fini par arriver dans ce quartier…

- Ne prenez pas mes paroles à la légère, jeune homme ! Je vous livre ici la clé qui ouvre la porte du quartier des Chercheurs du Dedans ! Sans cette traversée du Labyrinthe, jamais vous n'auriez découvert le chemin intérieur. Si vous n'aviez pas visité la Planète, par quel miracle, dîtes-moi, auriez-vous trouvé ce quartier… Avant d'arriver jusqu'à nous, il vous a d'abord fallu comprendre que les joyaux des autres quartiers n'étaient pas les vrais joyaux. Cela a été, il est vrai, source de grande souffrance. Mais sans cette épreuve, vous seriez resté dans le quartier qui vous semblait le plus propice à trouver les joyaux… N'est-ce pas d'ailleurs ce qu'il vous est arrivé dans le quartier des Boîtes ? Comme la plupart des Grands Dôms, vous y avez séjourné longtemps… très longtemps… trop longtemps sans doute… Mais heureusement que vous avez fini par perdre ces joyaux… et que vous avez poursuivi votre chemin… ces souffrances, ces épreuves et cette traversée de la Planète ont donc été nécessaires pour arriver ici…

- Oui… peut-être…, ai-je dit, peut-être avez-vous raison, monsieur Arnaud mais… pourquoi certains résidents découvrent le quartier des Chercheurs du Dedans… ? Et pourquoi certains empruntent le chemin intérieur alors que d’autres ne soupçonnent même pas son existence… ?

Monsieur Arnaud eut un petit sourire moqueur.

 - Eh bien ! Hum ! hum ! dit-il, je viens en partie de vous donner la réponse, jeune homme… mais peut-être souhaiteriez-vous quelques explications supplémentaires?

J’ai hoché la tête en guise d’approbation.

 - Eh bien ! dit-il, chaque résident de cette Planète est mû par une force intérieure qui le pousse à voyager. Cette force permet à chacun de trouver son chemin à travers les différents quartiers de la Planète… chacun s’arrête dans le quartier qui semble répondre à ses attentes… là où il pense pouvoir trouver une partie des joyaux. D’autres résidents, en revanche, ne parviennent jamais à se satisfaire des faux-joyaux ou des bouts de vrais joyaux qu’ils ont trouvés. Aussi, changent-ils sans cesse de quartiers… allant ici et là… pour tenter de découvrir les vrais joyaux et le trésor. Et vous appartenez sans nul doute, jeune homme, à cette catégorie de chercheurs ! Aujourd'hui, cette force intérieure vous a conduit ici, dans le quartier des Chercheurs du Dedans, car vous sentez à présent, au fond de votre cœur, que seul le chemin intérieur peut vous mener au trésor…

Monsieur Arnaud a fait une courte pause. Puis (après un instant d’hésitation), il a ajouté :

 - Mais vous savez, jeune homme, nous sommes tous sur cette Planète des chercheurs de trésor… et tous les résidents du Grand Labyrinthe finiront un jour par emprunter ce chemin… ce n'est qu'une question de temps… (et de mûrissement intérieur…) lorsqu’ils comprendront enfin que les joyaux et le trésor ne peuvent être trouvés à l’extérieur… qu’il est vain de les chercher dans les autres quartiers, ils viendront ici… et se tourneront tout naturellement vers le chemin intérieur.

 

 

Le chercheur intérieur

Dans cette partie, je tenterai d’abord d’établir le portrait du chercheur intérieur, puis j’aborderai brièvement – de façon partielle et relativement superficielle – la quête intérieure (ou spirituelle). La raison majeure de ce survol tient au fait que je n’ai guère de distance quant à mon propre cheminement, initié il y a quelques années. Je n’en suis guère – à mes yeux – qu’aux prémices de cet étonnant, merveilleux et parfois déroutant chemin intérieur. Dès que ma pratique et mon cheminement me le permettront (ce qui nécessitent une lente imprégnation et un long mûrissement), j’aborderai plus largement cette thématique dans mes prochains ouvrages.

 

Je me contenterai pour l’heure d’énoncer quelques principes et axes principaux de la quête intérieure (les effleurant d’ailleurs à peine car je ne les connais encore que très peu), invitant chacun à suivre son intuition et à choisir avec soin sa propre voie qu’elle soit ou non inspirée – à des degrés divers – par telle ou telle tradition spirituelle.

 

Si cette thématique vous intéresse tout particulièrement, je suis persuadé que vous trouverez de quoi sustenter votre curiosité, ou mieux de quoi nourrir votre appétit, par la lecture, l’imprégnation et la pratique proposée dans de très nombreux ouvrages sur le sujet.

 

Tentative de définition

Le chercheur intérieur est un être sur la voie de l'intériorité. Un être qui chemine intérieurement. Autrement dit qui opère une transformation progressive de son regard sur le réel (perception plus large, plus profonde et plus fine).

 

Le chercheur intérieur ne se contente pas de revêtir les parures extérieures d'une quelconque tradition spirituelle ou religieuse (rites et attributs parfois ostentatoires d'une pensée dogmatique extérieure à lui-même). Le chercheur chemine très progressivement vers certains aspects de la Vérité dont il a l'intuition et dont il s'imprègne jusqu'à les faire siens. Le chercheur ne s'épargne aucun effort, il se bat, se débat parfois, il avance, glisse, tombe, recule et poursuit enfin sa marche éreintante, exténuante et merveilleuse vers certains éléments de la vérité qui le dépassent (situés au-delà de son identité propre) et qui se trouvent paradoxalement déjà en lui… éléments de la vérité recouverts d'un fatras de connaissances inutiles, d'émotions passagères et pourtant tenaces, d'a priori encombrants, de croyances superfétatoires qu'il lui appartient de déblayer lentement et de défricher méthodiquement afin de faire grandir l'espace intérieur nécessaire à une progression plus profonde et à une croissance de sa conscience (au-delà d'elle-même...) éléments de la vérité enfin qu'il lui faut expérimenter pour qu'ils deviennent partie intégrante de son être.

 

Le chercheur intérieur prend conscience qu'il n'est pas un être figé et immobile (aux vérités définitives et solidement établies) mais un être en évolution, un être en devenir, un être en transformation permanente. Alors même qu'il peut encore éprouver un sentiment de stagnation dans son existence ou qu'il peut encore juger les évènements extérieurs en apparence défavorables, il sait que la vie et les évènements lui permettent de poursuivre son chemin quoi qu'il arrive.

 

Le chercheur diminue progressivement ses attentes à l'égard de la vie. Il tente d'accueillir tout ce qui se présente à lui, les évènements extérieurs et les évènements intérieurs que sont les émotions, les sentiments, les gênes, les souffrances…

 

Le chercheur apprend à se contenter (contentement très éloigné de la résignation…). Il accueille ou s'évertue à accueillir et à accepter réellement les situations extérieures et intérieures qui se présentent à lui car elles ont et prennent sens dans son existence.

 

Le chercheur est un être qui apprend à accueillir davantage la souffrance (en général) et sa souffrance (en particulier). Malgré un sentiment de mal-être qui peut bien sûr encore parfois l'étreindre, il ne se débat plus avec autant d'âpreté pour s'en défaire.

 

Le chercheur accueille plus volontiers son sentiment de non appartenance à un groupe (soit parce qu'il a trouvé sa place au sein d'une quelconque communauté, soit parce qu'il se satisfait de poursuivre son chemin sans place véritablement reconnue).

 

Le chercheur prend conscience que l'idéal après lequel il court n'est qu'un concept. Il comprend qu'il n'existe ni chemin idéal, ni rencontre idéale, ni être idéal, ni vie idéale. Il apprend alors à composer (avec joie et encore parfois avec un peu de tristesse) avec les exigences du réel.

 

Le chercheur sait qu'il peut travailler (travailler intérieurement s'entend) avec toute chose, avec toute personne, avec tout évènement dans n'importe quel lieu et dans n'importe quelle situation. Tout est en mesure de nourrir ce travail intérieur pour lui permettre de progresser sur le chemin.

 

Le chercheur prend conscience que le sentiment de différence qu'il éprouvait n'était qu'une séparation virtuelle avec les autres induite par une mise à distance (parfois involontaire ou inconsciente) qui favorisait un réel sentiment de séparation ou de différence avec ses congénères. Il s'aperçoit progressivement qu'il n'était (et n'est) pas aussi séparé qu'il le pensait.

 

Le chercheur apprend à donner à son incurable gravité quelques airs de légèreté, à considérer les évènements existentiels avec plus de distance et d'humour. Il apprend à goûter avec plus de saveur (et même parfois) avec plus de plaisir aux joies (petites et grandes) de l'existence.

 

Le chercheur développe une curiosité accrue (et toujours plus grande) pour la vie, notamment pour les évènements quotidiens et pour les éléments mineurs de la vie ordinaire traditionnellement (et conventionnellement) considérés comme triviaux ou insignifiants.

 

Le chercheur apprend à considérer la vie, le monde, les autres avec un regard neuf et spontané et (quand cela lui est possible) avec un regard émerveillé car il prend conscience de la beauté de toutes choses aussi insignifiantes, ordinaires ou laides qu'elles puissent paraître.

 

Le chercheur éprouve progressivement davantage de gratitude pour la vie et à l'égard de ce qui lui est donné à vivre car il prend conscience de l'extrême préciosité de l'existence (et de tous les phénomènes du vivant), de la beauté et de la rareté de chaque instant qu'il considère de plus en plus comme un merveilleux présent offert par l'existence.

 

Le chercheur s'ouvre davantage aux autres et au monde. Il ne renie certes pas sa solitude (et son importance) mais il éprouve moins le besoin d'un repli forcené. Il est moins enclin à trouver dans sa solitude un abri contre les dangers, les errements ou les égarements du monde.

 

Le chercheur accepte davantage le monde et cherche de moins en moins à le transformer. Il prend conscience qu'il n'est qu'un élément du Tout, qu'un maillon de l'ensemble et qu'il est impuissant à tout contrôler et/ou à tout régenter. Il s'aperçoit progressivement que la vie est parfaite ainsi, telle qu'elle est… même s'il a parfois encore quelques difficultés à l'admettre.

 

Le chercheur a l'intuition d'une sagesse qu'il découvre progressivement et dont il imprègne peu à peu son regard et son existence.

 

 

La quête intérieure

Comment définir la quête spirituelle ou intérieure ? 

La quête spirituelle représente, à mes yeux, une transcendance, un dépassement de soi, un élargissement de conscience, une démarche non égotique, une voie qui procède d'une absolue nécessité intérieure, un long, difficile et merveilleux chemin que chacun découvrira sans doute un jour, une lente maturation intérieure, une extraordinaire possibilité d'actualiser notre potentiel humain, et sans doute la meilleure façon d'apprendre à devenir des êtres humains à part entière.

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR... :

 - (…) Le chemin intérieur est une voie périlleuse et difficile. Inutile de s’y précipiter ! Si vous souhaitez avancer sur ce chemin, il vous faudra d'abord ouvrir votre cœur et élargir votre esprit… ce sont là les premiers pas sur le chemin…

- Ouvrir mon cœur et élargir mon esprit… ? 

(…) Monsieur Arnaud a planté ses yeux dans les miens.

 - Pour ouvrir votre cœur et élargir votre esprit, il vous faudra laisser venir à vous tous les évènements du chemin… sans en rejeter un seul… il vous faudra apprendre à accueillir chaque chose, chaque être et chaque événement du voyage… qu'ils vous semblent porteurs de joyaux ou non, qu'ils vous semblent agréables ou désagréables n’a aucune importance… vous devrez tous les laisser entrer dans votre cœur… pour l’attendrir… et les laisser pénétrer dans votre esprit… pour l’éclairer ! Alors soyez sûr que vous avancerez sur le chemin du Dedans ! Mais n'allez pas imaginer que c'est là une tâche facile… il s'agit sans doute de l'un des exercices les plus difficiles de ce voyage…

(…) Monsieur Arnaud m'a regardé avec un air de moquerie évident.

 - Il n'est sans doute pas inutile que je vous rappelle, jeune homme, qu'il est extrêmement dangereux de s'aventurer sur ce chemin sans l’aide d’un professeur sérieux et expérimenté ! Vous savez... ceux qui arrivent dans ce quartier sont un peu… comme des P’tits Dôms… incapables de marcher seuls… le chemin du Dedans est si long, si difficile et si dangereux que ceux qui s’y aventurent seuls prennent tous les risques… croyez-moi, jeune homme ! Sur ce chemin, les dangers sont innombrables… et il n’est pas rare de voir certains chercheurs se perdre en route…, tourner en rond jusqu’à la fin de leur voyage, ou même se rompre le cou à la première ornière… Oui ! Croyez-moi, jeune homme ! Ce chemin est une véritable ascension ! Et y cheminer n’est pas, comme l’on le croit un peu naïvement, une partie de plaisir… ceux qui s’imaginent que le chemin du Dedans est un sentier doux, tendre et plaisant ne sont pas au bout de leurs peines et de leurs surprises… Le chemin intérieur est un chemin rude et merveilleux qui monte vers la Lumière ! C’est un chemin abrupt et difficile ! Et il est plus sage d’y cheminer en compagnie d’un professeur et au sein d’une école.

 - (…) Tout chercheur doit entreprendre un long et éprouvant voyage pour découvrir le trésor… au fil du chemin, nous devons tous surmonter de terribles épreuves pour élargir notre conscience… et si nous savons garder ouverts notre coeur et notre esprit… à chaque instant et en toutes circonstances… alors ils s’élargiront progressivement… et lorsque ils seront suffisamment larges pour y accueillir chaque chose… chaque être… et chaque événement du voyage… alors nous comprendrons que notre conscience était entravée par leur obscurité et leur étroitesse…

Petit Lam a ouvert les yeux, il a posé sur moi un regard plein de bonté et a poursuivi son étrange enseignement.

 - En réalité, dit-il, malgré les apparences… notre conscience a toujours été aussi large et aussi vaste que l'espace qui nous entoure… et aussi lumineuse que le soleil dans le Ciel…. et lorsque que nous découvrons enfin sa nature véritable… nous comprenons… que l'étroitesse de notre cœur et l'obscurité de notre esprit… nous aveuglaient… et nous empêchaient de voir que le trésor était là… qu'il a toujours été là… à chaque instant de notre voyage…

(…) Petit Lam a pris une longue inspiration, il a joint les mains à hauteur de la tête et du cœur et a longuement expiré. Puis il a posé de nouveau sur moi un regard d’une infinie bonté.

 En définitive, dit-il, notre voyage est très simple… il peut nous sembler compliqué et incompréhensible car… au début du chemin… nous ne comprenons pas le sens de nos pas... aussi nous mettons-nous à courir désespérément après le trésor… cherchant un peu partout et très maladroitement les joyaux… mais le chemin nous apprend peu à peu à découvrir une autre façon de chercher… les évènements de notre voyage… les personnages que nous croisons… tout ce que nous rencontrons sur notre chemin… nous invite à élargir notre conscience… et celui qui résiste à cette ouverture naturelle et progressive ne cesse de souffrir… nul ne peut résister indéfiniment à cette force intérieure… cela peut prendre du temps… mais le voyage trouve véritablement son sens dans cette ouverture… et si nous savons avancer patiemment sur ce chemin… nous prendrons conscience que tout ce que nous rencontrons au cours de notre voyage… tous les évènements… sont de merveilleuses occasions de grandir à l'intérieur… de progresser sur la voie... et d'avancer vers le trésor…

 

 

Le déroulement de la quête spirituelle 

A l'aune de ma pratique, je serais tenté de définir ce déroulement comme une sorte de cheminement en spirale qui va progressivement vers l'élargissement, un cheminement fait d'avancées et de reculs apparents où alternent cycles de repli sur soi et de participation au monde, phases de crises, de luttes et d'angoisse et phases d'éclaircies, de détente et de sérénité où l'on apprend à travailler avec honnêteté sur soi et les évènements que nous traversons et où l'on gagne très progressivement en paix, en joie et sans doute aussi en intelligence (de cœur et d'esprit)...

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR... :

 - (…) L’intelligence, mon garçon, n’est pas seulement affaire d’esprit comme le pense la plupart des résidents. L’intelligence n’est pas uniquement affaire de raisonnement logique et d’accumulation de connaissances assez souvent d'ailleurs… bêtement empilées les unes sur les autres. Il s’agit là d’une forme très grossière d’intelligence ! Cette forme est nécessaire mais insuffisante. L’intelligence est beaucoup plus vaste ! Elle revêt de multiples aspects selon les avancées de chacun sur le chemin. Ainsi, l’intelligence peut prendre la forme de la persévérance si l’on poursuit son voyage avec courage malgré les difficultés que l'on rencontre. Elle peut aussi prendre la forme d’une nécessité intérieure qui pousse le chercheur à aller ici et là, à visiter certains quartiers, à en contourner d’autres ou à s’arrêter dans ceux qui lui semblent propices à ses attentes. Mais quelles que soient les formes que prend l’intelligence, tôt ou tard, elle amène le chercheur à comprendre qu’il existe une vérité qui dépasse son entendement habituel. Ainsi, le joyau de l’intelligence ouvre progressivement l’esprit du chercheur à cette vérité ! Il l’amène d’abord à regarder dans son cœur et à l'ouvrir très progressivement. En définitive, où qu’il soit sur le chemin, l’intelligence est le joyau qui fait avancer le chercheur vers le trésor ! Et s’il sait marcher avec patience et persévérance, le chercheur finit par comprendre que les autres joyaux se trouvent en lui… et qu’il lui appartient de les découvrir.

(…) A chaque étape du voyage, mon garçon, le chercheur découvre une nouvelle facette du joyau de l’intelligence. C’est un joyau qui ne cesse de grandir pour élargir et éclairer l’esprit de la Conscience ! Et plus l’esprit de la Conscience s’élargit et s’éclaire, plus le chercheur regarde dans son cœur ! Et plus il regarde dans son cœur, plus il voit sa profondeur et son étendue. Il s’aperçoit alors que son cœur peut accueillir bien plus de choses qu’il ne le pensait. Alors le chercheur continue à ouvrir son cœur et à y accueillir chaque chose car ces choses lui semblent de plus en plus familières (un peu comme s’il accueillait une partie de lui-même). Et le chercheur finit par prendre conscience qu’il n’y aucune différence entre ce qu’il y a au fond de son cœur et ce qu’il y a au dehors. Et un jour, à force de patience et de persévérance, si le chercheur parvient à garder ouverts son esprit et son cœur en toute circonstance, alors il comprend que la beauté est partout. Le chercheur découvre alors le joyau de la beauté! Et il peut enfin goûter à toutes les merveilles rencontrées sur son chemin. Car toute chose, tout être, tout évènement lui semblent merveilleux ! Alors naît progressivement en son cœur une bonté et un Amour inconditionnel pour toutes les choses et pour tous les êtres. Le chercheur découvre alors le joyau de la bonté ! Son cœur s’emplit de gratitude envers Tout et tous, envers le voyage, envers les paysages, envers le chemin, envers ses ornières et ses difficultés, envers ses joies et ses plaisirs. Et cette découverte lui procure une confiance inébranlable dans le voyage et une grande force pour poursuivre son chemin. Grâce à cette confiance, le chercheur découvre le joyau du pouvoir. Il comprend alors qu'il peut poursuivre son voyage contre vents et marées… et avancer sur son chemin malgré les tempêtes… Grâce à cette confiance, à cette force et à cette ouverture, le chercheur découvre peu à peu la richesse, la vraie et la seule richesse qui soit sur cette Planète, la richesse du voyage. Et il comprend enfin que le trésor n’est autre que le voyage lui-même avec ses découvertes successives. Et le chercheur peut enfin goûter avec joie à chaque instant du voyage ! Et il continue sa route sans peur et sans contrainte, avec un cœur toujours plus spacieux et un esprit toujours plus lumineux… Il apprend à épouser les méandres du chemin, à se lier d’amitié avec tout ce qui le traverse et tout ce qu’il rencontre… il comprend qu’il n’y a aucun trésor à chercher… car il sait que le trésor est partout, en lui, en l’autre, en chaque chose, en chaque être, en chaque rencontre, en chaque évènement… il sait que le trésor est là… partout où ses pas le mènent…

 

  

Les principaux dangers de la quête spirituelle 

L'ésotérisme, la superstition, les faux maîtres spirituels, le sectarisme, la foi aveugle, les croyances sans ressenti personnel, le syncrétisme, le prosélytisme (plus ou moins) forcené, l'idéalisation, l'absence de doute, le décalage entre l'Être et l'apparence de l'Être, l'enfermement dans un cadre de pensées dogmatiques, le manque d'ouverture, l'intolérance.

 

 

Les obstacles majeurs au cheminement spirituel 

La croyance d'avoir enfin trouvé la vérité, l'isolement et le repli sur soi, l'excès volontariste, la déconnexion avec le réel, le nomadisme spirituel, le matérialisme spirituel.

 

 

Les thématiques de la quête intérieure

Voici les principaux thèmes qui accompagnent le chercheur sur son chemin et qui initient une transformation progressive de son regard.

 

 

Une importance accrue accordée au travail intérieur

Le chercheur comprend peu à peu la nécessité de tourner son regard vers l'intérieur. Il substitue donc au regard critique habituellement tourné vers le monde et les évènements extérieurs un regard attentif sur la façon dont il reçoit et accueille intérieurement les évènements qu'il traverse. Il apprend progressivement à chercher en lui l'ouverture et la force de recevoir le monde tel qu'il se présente à lui (et si possible tel qu'il est) sans chercher à blâmer la vie ou à rejeter sur d'autres la responsabilité des souffrances éventuellement engendrés par les évènements et les aléas de l'existence. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Tourner en rond… jusqu’à ouvrir la brèche de notre regard étroit. Tourner en rond… jusqu’à ce que l’infini nous apparaisse au-dedans.

 

Il y a en nous tant d’horizons inexplorés… tant de vérités à découvrir… Chacun est à lui seul un monde infini.

 

Les difficultés nous semblent venir de l'extérieur, mais seuls les obstacles sont en nous.

 

Un regard bienveillant transforme le monde.

 

Certains jours, nous n'avons plus ni la force ni le courage de marcher… il nous faut alors puiser en nous plus profondément encore pour trouver la force et le courage d'accueillir le découragement et l'apathie… c'est aussi cela poursuivre le chemin en soi…

 

En cette vie, chacun doit tenir son rôle, celui que la vie lui a octroyé. On trouve son rôle en écoutant la vie en soi.

 

Savoir, c'est ingurgiter des connaissances empilées les unes sur les autres et plus ou moins intelligemment organisées. Connaître, c'est s'imprégner d'une vérité jusqu'à la faire sienne. Savoir est la marque des gens cultivés, connaître celle des gens intelligents (non au sens logique ou rationnel du terme mais au sens vrai).

 

Mille fois sur le chemin, remets tes pas… Mille fois en ton cœur, recueille les pleurs…

 

Ce sont nos pensées, nos actions et notre regard qui donnent au monde sa couleur, son éclat et son relief.

 

La façon dont nous voyons la vie n’est que le reflet de notre monde intérieur.

 

Elargir son cœur sans le déchirer… voilà une tâche peu aisée…

 

Notre monde croit davantage en ceux qui ont des réflexions qu'en ceux qui ont des convictions. Le monde accorde en effet à ceux qui ont des réflexions (ou mieux qui élaborent et construisent un raisonnement purement réflexif) plus de crédit et de valeur, voire parfois l'encense plus que de raison. Cette bizarrerie tient sans doute au fait que la plupart des hommes choisissent aveuglement leurs convictions, par facilité, par paresse, par commodité, pour ne pas avoir à réfléchir et être confrontés à leurs propres doutes. Mais c'est oublier que chez d'autres, les convictions sont l'aboutissement transitoire (et encore très largement ouvert et évolutif) d'un long cheminement, qu'elles tirent leurs origines de nombreuses réflexions, qu'elles se sont progressivement construites par la raison, qu'elles ont été enrichies par l'intuition et étayées enfin par la sensibilité et l'intelligence du cœur (dont les intellectuels, à tort, se méfient tant). Il ne faut jamais oublier qu'avoir des convictions n'empêche nullement de réfléchir, ni d'avoir des réflexions, ni même d'avoir des doutes ou de remettre ses convictions en doute. Pour conclure, je dirais : les convictions sont des aboutissements réflexifs et intuitifs en cours d'évolution, des réflexions en marche (en cours). Dès lors, les convictions ont sûrement plus de valeur (sinon plus de poids et de maturité que de simples réflexions) puisqu'elles sont, elles-mêmes, des chemins réflexifs et intuitifs, des réflexions intuitives en cours de fabrication (d'élaboration) et il est inutile ni de les décrier, ni de les discréditer, ni de s'en méfier davantage que de tout autre raisonnement.

 

 

Une fixation égocentrique moins forte

Le chercheur adopte progressivement un regard moins autocentré et moins égocentrique. Il sait que la vie et le monde peuvent continuer à tourner sans lui. Il apprend peu à peu que les autres sont plus importants et plus essentiels que sa propre personne. Il tente alors de trouver un équilibre entre lui (la reconnaissance de son identité particulière) et les autres, équilibre sans cesse fluctuant orienté vers un effritement progressif de l'ego.

 

(extrait) PENSEES VAGABONDES :

Nous croyons construire notre vie. Il n'en est rien. C'est la vie qui, à travers nous, fait son œuvre.

 

L'illusion de construire notre vie en toute liberté tient à notre impression d'avoir le choix et à notre libre arbitre, mais c'est ignorer les forces mystérieuses qui les sous-entendent et qui nous poussent à opérer ces choix.

 

La vie ressemble à un immense puzzle (un puzzle infini et en perpétuel mouvement) dont chaque vie serait une pièce, à la fois minuscule, unique et irremplaçable.

 

Oser mourir à soi-même, c'est se donner la chance de renaître au monde. Mais on ne meurt jamais complètement, on apprend progressivement à entretenir un rapport différent au monde.

 

Apprendre à s'oublier, c'est commencer à accorder une place plus grande aux autres… jusqu'au jour, où il nous est enfin possible de leur re-donner leur place réelle : la seule qu'ils méritent, celle qui n'aurait jamais dû perdre, celle qui a toujours été la leur : la totalité de l'espace. Avant d'y parvenir, il nous faut parcourir un très long chemin… d'abord faire sa propre place, allant parfois jusqu'à pousser quelques-uns pour l'étendre (ou la trouver), puis apprendre progressivement à en limiter l'expansion, puis à limiter cet espace lui-même, puis encore (très progressivement) à en restreindre les limites, jusqu'à réduire cet espace au point où il se confonde à la totalité de l'espace…

 

La compagnie des autres est parfois une gêne (une source de nuisance), souvent un réconfort, un faire-valoir ou un tremplin et toujours un miroir. Il est rare que nous soyons (véritablement) avec les autres pour eux-mêmes.

 

On commence à aimer les autres quand on commence à se mettre à leur place. Mais ce n'est là qu'une sorte de projection (tout à fait) égocentrique. Une sorte de premier pas vers l'Amour d'Autrui quand on commence à mettre sa propre personne à la place de l'Autre. Il faut un long et difficile travail sur soi pour aimer l'autre sans qu'intervienne nullement notre propre individualité.

 

Se dépouiller de soi-même, c'est devenir plus riche de l'essentiel.

 

Notre plus grand malheur est de nous croire importants… Nous le sommes sûrement… mais sans doute pas comme nous l'imaginons…

 

Nous ne sommes les uns pour les autres que les instruments de la vie. Il serait vain de croire autre chose.

 

La vraie liberté est d’accepter de devenir le serviteur enjoué de la vie.

 

 

Simplicité et retour à l'essentiel

Les préoccupations du chercheur se recentrent sur les aspects les plus fondamentaux de la vie. Il simplifie, décomplexifie et décérébralise des pans entiers de son existence et de sa quotidienneté. Il recentre ses essentialités en apprenant à se défaire des préoccupations secondaires (souvent liées aux conventions et aux regards du monde) et en se focalisant davantage sur les éléments primordiaux qui donnent véritablement sens à la vie humaine. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Au début nous sommes dans "le faire" pour échapper sans doute aux abîmes de "l'Être". Malgré les multiples invitations à la solitude que nous offre la vie, nous luttons de toutes nos forces pour éviter de nous retrouver seuls face à nous-mêmes. Puis vient l'incontournable étape de "l'Être" qui nous éloigne progressivement du "faire" frénétique que nous avons toujours connu. Progressivement, l'Être gagne en force et en vitalité. Lorsqu'il parvient enfin à se suffire à lui-même, il donne au "faire" jusque dans les moindres gestes et les actes les plus anodins une justesse et une harmonie insoupçonnables.

 

La solitude est une compagne exigeante et d'abords difficile. Mais lorsque la séduction a opéré, (qu'elle est parvenue à nous séduire), il est rare - très rare - que nous soyons déçus.

 

Une vie : de petits riens mis bout à bout. De petits riens, à chaque fois, uniques, irremplaçables, inestimables…

 

Cheminer vers soi consiste à ôter une à une les pelures que nous avons revêtues pour nous protéger des dangers du monde et de la vie pour découvrir enfin notre nudité et notre vulnérabilité. C'est cette fragilité qui nous rend invincible et nous donne la force de nous tenir debout dans toutes les tempêtes.

 

Aussi accueillant qu'une cellule de monastère… voilà pour moi l'image même de la convivialité ! N'est-ce pas là l'endroit le plus accueillant et le plus propice à faire naître la Joie?

 

L'homme ordinaire cherche toujours l'extraordinaire. L'homme sage ne cherche rien. Il sait que l'extraordinaire est partout, il le voit dans l'ordinaire de chaque être, de chaque chose, de chaque geste, de chaque situation.

 

La vie assigne à tout homme une double tâche : trouver une place en ce monde qui lui permette d'être lui-même.

 

Se préparer à la mort, c'est apprendre que toute chose a une fin irrémédiable.

 

Il faut chercher partout car partout est la réponse. Il ne faut rien chercher, la réponse se dessinera lorsque vous serez mûr pour la voir et l'entendre. La réponse est déjà en vous, recouverte sous des tonnes de couches qui la dissimulent. Notre travail consiste à ôter une à une ses couches. Notre effort doit porter sur ce besoin de nudité.

 

La seule chose qui m'importe est le bagage que j'emporterai par-delà la mort.

 

Au seuil de la mort, deux choses me semblent essentielles: partir le cœur apaisé (sans regret sur sa vie passée et satisfait de ce que l'on a vécu) et s'en aller l'esprit serein (sans crainte de ce qui va arriver).

 

Vivez non pas comme si chaque instant était le dernier mais comme s'il pouvait être le dernier.

 

 

Ouverture, renversement des valeurs et curiosité accrue

Le chercheur apprend à poser un regard plus large et plus profond sur le cours des choses et sur l'existence. Le bons sens populaire communément admis par les Hommes lui semble erroné, du moins simpliste ou éminemment réducteur. Loin de s'arrêter aux apparences (toujours très superficielles) et à la tendance naturelle de l'Homme à l'anthropocentrisme, le regard du chercheur s'établit au sein d'un cadre plus large au-delà des tendances humaines ordinaires, au-delà de l'égocentrisme et de la vision étroite de l'Homme, au-delà de la mort et du cadre existentiel strictement humain. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

N'avoir aucun a priori sur ce qui devrait être, mais apprendre à porter un regard frais et spontané sur ce qui est.

 

Eriger ses vérités en dogmes, c'est vouloir se protéger du doute. Vouloir se protéger du doute, c'est vouloir le tuer. Et vouloir le tuer, c'est vouloir tuer la vérité qui, sans le doute, ne peut exister.

 

Gardons-nous de juger la vie et le monde, apprenons à rester humbles, ouverts et sans a priori et tous deux, croyez-le, sauront nous révéler, derrière leurs tristes et parfois terribles apparences, toute leur beauté.

 

S'appauvrir est incontestablement l'une des plus sûres façons de s'enrichir.

 

Perdre, c’est gagner en humilité et en dénuement. Savoir perdre est une immense victoire sur soi-même.

 

Lorsque la vie nous détourne de notre chemin (celui que nous avons construit ou plus exactement l'illusion d'avoir construit, celui auquel nous aspirons profondément), c'est toujours là un détour nécessaire, une étape indispensable pour nous rapprocher de nous-mêmes.

 

Tout sentiment de contrainte n'est pas une entrave à la liberté mais une invitation à se libérer d'une vision grossière et erronée de la liberté. Mais qu'il est difficile de s'en persuader lorsque nous sommes mis à l'épreuve…

 

Se perdre, c'est retrouver une partie de soi trop longtemps oubliée, écartée.

 

La vie rêvée, la vraie vie n’est autre que celle que nous vivons.

 

Refuser toute protection, toute carapace, toute fuite face aux aléas de la vie, c'est apprendre à se tenir debout dans la tempête.

 

La recherche de plaisir, de confort et de sécurité est un mauvais guide sur le chemin. Refuser de les suivre systématiquement nous épargnera bien des impasses.

Donner du bonheur aux autres n'est pas les divertir d'eux-mêmes, c'est au contraire les aider à explorer (et à arpenter) leurs terres obscures, leur permettre de remuer leurs fientes et leurs scories, bref, les encourager à plonger au cœur de leur être pour qu'ils trouvent leur propre joyau.

 

La souffrance est un aiguillon efficace, elle est sans doute notre meilleure amie. C'est elle qui nous pousse sur le chemin. Mais il faut du temps pour s'en rendre compte et plus encore pour pouvoir lui rendre grâce.

 

Lorsque vous croisez 2 femmes et que vous trouvez l'une belle et l'autre laide, c'est que vous avez encore besoin d'apprendre à voir, d'apprendre à affiner votre regard pour trouver partout la beauté !

 

Il est idiot et inutile d'avoir peur que la vie nous reprenne ce qu'elle nous a donné. La vie ne donne ni ne reprend rien. La vie transforme, nous transforme et se transforme. Vivre, c'est se transformer sans cesse. Craindre le changement, la métamorphose, la transformation, c'est tout simplement avoir peur de vivre.

 

Henry Michaux écrivait : "J'écris pour me parcourir". Quant à moi, je dirais : "J'écris pour nous découvrir… lever (ôter) les voiles sombres qui (cachent) dissimulent nos paysages intérieurs et explorer la vie (et les horizons) qui nous habite.

 

Ô Vie, puisses-tu me nourrir de chaque chose ! Il serait plus juste d'écrire : Ô Vie, puisses-tu me donner conscience de me nourrir de chaque chose !

 

Un homme qui pleure dans une maison, une maison située au cœur de la ville, une ville située au cœur d'une région, une région située au cœur d'un pays, un pays situé au cœur d'un continent, un continent situé au cœur du monde, un monde situé au cœur d'une planète, une planète située au cœur d'une galaxie, une galaxie située au cœur d'un univers, un univers situé au cœur du cosmos lui-même sans doute situé au cœur d'une dimension infinie… 2 remarques alors : nous sommes toujours au centre, au cœur de l'univers. Et que représente (que signifie) la souffrance d'un homme dans cette immensité?

 

 

Un sentiment de séparation moins fort

Le chercheur prend conscience de la distance illusoire qui le séparait jusqu'alors du reste de l'humanité. Il comprend progressivement que cette séparation était le fruit d'un sentiment de différence exacerbé et d'une mise à distance inutile avec les autres Hommes.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES : 

C'est en vivant loin du monde que l'on vit parfois au plus loin de soi-même… et à d'autres périodes, il arrive que cela soit l'exact contraire…

 

On ne peut oublier le monde en vivant au plus près de soi-même.

L’homme n’aime souvent que ceux qui lui ressemblent et ce qui le rappelle à lui-même. Il faut pourtant apprendre à aimer la différence. C’est elle qui nous enjoint de repousser sans cesse les limites de notre (in)tolérance, à accepter progressivement des pans entiers de nous-mêmes et à accueillir toujours davantage l’autre qui devient progressivement notre prochain, puis notre proche, et sans doute par la suite une réelle partie de nous-mêmes.

 

Devenir les uns pour les autres, la main, le pied, la jambe, la tête, le cœur d'un seul et même corps.

 

 

Une transformation du regard

Le chercheur modifie son regard sur le monde et sur l'existence. Il apprend à ne plus se débattre avec les évènements qui lui sont donnés à vivre. Il sait qu'il appartient au monde et à la vie, qu'il en est l'un des éléments… qu'il doit traverser la vie et se laisser traverser par elle… qu'il fait partie intégrante du monde et que le monde l'habite… Les évènements prennent sens dans son existence et trouvent place dans son cheminement. Cet ancrage fait croître en lui une confiance toujours plus grande pour ce que lui offre la vie. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

La vie n'est que dynamique, et nous autres, êtres humains, ne savons principalement que la vivre statiquement. Notre désir de la figer à jamais est sans doute notre plus grand malheur. Voilà pourquoi nous sommes toujours (éternellement) avec elle en porte à faux.

 

Tout contrainte (ou sentiment de contrainte) n'est pas une entrave à la liberté mais une invitation à se libérer d'une vision grossière et erronée de la liberté. Mais qu'il est difficile de s'en persuader lorsque nous sommes mis à l'épreuve…

 

Toutes nos épreuves sont essentielles… et pourtant si dérisoires… à moins que cela ne soit l'inverse, que toutes nos épreuves soient dérisoires… et pourtant si essentielles.

 

Ne dit-on pas que la vie est un éternel recommencement… jour et nuit, saisons, poussière qui s'accumule chaque jour, qu'on enlève et qui se redépose le lendemain, repas que l'on prépare, que l'on mange et que l'on fait disparaître, comme si la vie voulait nous apprendre le transitoire de chaque chose, de chaque geste, de chaque acte… éternelle leçon des jours qui passent.

 

Au-dessus des nuages, nul mauvais temps, mais un ciel infini. En dessous, un voile de grisaille percé de quelques éclaircis. Mais à y regarder de plus loin, les choses apparaissent différemment. Au-dessus des nuages, un ciel bleu et infini. Et au-dessus du ciel bleu et infini, le noir le plus sombre, l'obscurité la plus grande. Toute élévation demeure un mystère !

 

Ne rien craindre de la Vie car elle nous ouvre, nous offre ou nous invite au meilleur chemin qui soit.

 

Nous ne connaissons qu'une infime partie du chemin. La vie humaine n'est sans doute, elle-même, qu'une essentielle et modeste étape sur le chemin de la vérité.

 

Toute confrontation au monde est d'abord une confrontation à soi-même.

 

Le monde est un étrange miroir où nos travers sont mille fois grossis…

 

C'est en se frottant au monde que l'on découvre les aspects les plus anguleux de soi-même mais c'est souvent loin du monde (dans la plus grande solitude) que l'on apprend à en raboter l'essentiel. Et c'est en retournant au monde que l'on peut apprécier le chemin parcouru et le chemin à parcourir… i.e la qualité du travail effectué et l'ampleur de la tâche à accomplir.

 

Dans le vaste théâtre du monde, nul n'est irremplaçable mais chacun est indispensable.

 

On croit vivre pour toujours les uns avec les autres, mais, bien sûr, il n'en est rien… Il n'y a rien de plus faux. On s'accompagne un temps, allant ensemble sur le chemin pour (quelques instants), quelques heures, quelques mois, quelques années, quelques décades... La vie a vite fait, un jour, de nous séparer… (tôt ou tard elle nous sépare), que nous nous quittions, que nos chemins divergent ou que la mort vienne à frapper… et notre chemin se poursuit ailleurs continuant à croiser d'autres destins…

 

L'un aime les femmes petites et menues, l'autre les hommes grands et imposants. Mais qui aime-t-on vraiment derrière ces autres que nous croyons aimer ?

 

Apprends à faire de toute chose une rencontre… de tout geste une découverte… de toute situation un territoire à explorer…

 

 

Une plus grande capacité à accueillir les évènements

Le chercheur espère moins de l'existence, non qu'il se résigne à vivre les évènements avec fatalisme mais il apprend progressivement à les percevoir non comme extérieurs à son parcours (évènements subis et "accidents de la vie") mais comme partie intégrante de son cheminement et de son intériorité.

 

Ainsi, cherche-t-il moins à contraindre et à modeler le réel comme il le faisait autrefois (et comme le font la plupart des Hommes) afin que l'existence satisfasse ses attentes mais il apprend au contraire à accueillir la vie qui vient comme elle arrive. Il sait par expérience que ses déceptions seront toujours à la hauteur de ses espérances. Aussi, sans attente (ou en les ayant substantiellement réduites), il peut accueillir ce qui se présente sans craindre la désillusion.

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

S'ouvrir à soi-même, c'est commencer à s'intéresser à l'humanité… commencer à s'intéresser à l'humanité, c'est essayer de découvrir la place de l'Homme… essayer de découvrir la place de l'homme, c'est le premier pas métaphysique vers la quête du sens de la vie humaine, c'est l'avant chemin de la spiritualité…

 

Le fait même d'appeler certains évènements des épreuves révèle à quel point nous ne savons pas encore les appréhender pour ce qu'ils sont.

 

Le découragement est le signe d’une attente trop grande à l’égard de la vie, une incapacité partielle ou totale à accueillir les évènements en cours, la vie qui vient et la vie à venir.

 

Trouver sa propre verticalité, indépendamment de toute chose et de tout être, la laisser grandir et tenter de lui rester fidèle en toutes circonstances.

 

Quand le monde devient (ou du moins te semble devenir) trop hostile, ne fuis pas, ne te recroqueville pas, trouve refuge en toi pour trouver le courage et la force d'accueillir les évènements et de poursuivre ta route !

 

Se retirer en soi comme l’on fermerait les volets, pour se protéger des lumières du monde, regagner la vie obscure et (réapprendre) retrouver la lumière en nous.

 

A la naissance, les Hommes sont de petits points minuscules qui aspirent et apprennent très vite à s'étendre et à s'élargir. La plus grande part des activités humaines tend à (vers) cette horizontalité. Et beaucoup s'en satisfont amplement. Toute leur existence est vouée à cette seule dimension : ils travaillent à étendre leur action, leur pouvoir, leur propriété sur l'entière surface du monde. Peu parviennent à découvrir la verticalité, dimension pourtant fondamentale, qui, seule, permet de donner un sens véritable à l'horizontalité. Les seuls qui peuvent y accéder sont ceux qui ont perçu la vanité (l'inutilité et l'orgueil) de la seule démarche horizontale.

 

Chercher en soi toutes les ressources… non pour lutter ni combattre… mais pour accueillir et embrasser.

 

Apprendre à se libérer de nos peurs et de l'emprise du regard du monde, c'est commencer à devenir plus libre.

La nécessité intérieure fournit une incroyable énergie. Elle est sans doute notre moteur le plus puissant. Elle permet d'avancer, de traverser les épreuves et les échecs, de sortir des impasses. Sans elle, la volonté serait anéantie à la moindre difficulté. Elle permet la persévérance qui nous offre l'énergie de poursuivre quoi qu'il arrive…

 

Il n'y a aucun combat à mener. Ni contre la vie, ni contre le monde ni contre soi. Si combat il doit y avoir, il doit être mené pour maintenir l'exténuant (et parfois insurmontable) effort que nécessite l'acceptation et l'accueil de toute chose.

 

Le monde comme maison et la vie pour refuge. Sur tous les chemins, partout, j'aimerais me sentir chez moi…

 

Les désillusions sont comme des repères sur notre chemin. A chaque fois qu'on les rencontre, elles nous indiquent une nouvelle direction à prendre. Et nous tournons ainsi à chaque carrefour qu'elles posent sur notre route… jusqu'au jour où l'on s'aperçoit qu'il est vain d'espérer du chemin, et qu'il nous faut tout simplement marcher sans rien attendre… sur le chemin qui est le nôtre…

 

Espérer, c'est s'attendre à être déçu toujours. Ne rien attendre, c'est retrouver (revenir) le réel.

 

Il ne faut pas craindre de fréquenter ceux qui nous semblent infréquentables (pour toutes sortes de mauvaises raisons), car ils nous invitent, malgré eux, à explorer une partie de nous-mêmes que nous ne voulons pas voir.

 

Il ne sert à rien d'égayer la vie quand on est triste. Il nous faut seulement accueillir avec joie notre tristesse.

 

Ouvrir son cœur ne le fragilise qu'en apparence (puisque l'on y accueille la souffrance, cela peut nous rendre triste ou abattu), mais en profondeur, il s'en trouve assurément fortifié.

 

Les aspérités de l’existence sont des coins d’ombre où l’on se brûle souvent. Pour qui sait y demeurer, elles deviennent un abri réconfortant et un tremplin vers la Lumière.

 

Ne s'attendre à rien est le plus sûr moyen d'aller sur le chemin.

 

Apprendre à devenir le chemin lui-même à chaque pas…

 

Ouvrir sa vie à tous les vents (tous les vents du monde)… vents bons et mauvais, vents forts et faibles, tous nous poussent vers nous-mêmes.

 

Apprendre à tout accueillir… apprendre à ne rien rejeter… pas même son incapacité à accueillir… ni même sa volonté farouche de tout rejeter.

 

Quel déchirement de laisser la souffrance ouvrir en nous un espace… Que de luttes pour tenter de refermer cette plaie béante qui nous brûle… Mais quelle Joie de sentir progressivement cet espace s'élargir et s'ouvrir à toute chose…

En apprenant à accueillir progressivement la Vie, on trouve la Joie. Quand on a trouvé la Joie, la Vie s’invite naturellement.

 

Accepter de ne rien contrôler (ni ses états intérieurs ni les évènements de notre vie) en ayant une confiance toujours plus grande en la vie constitue un pas immense sur le chemin vers la sérénité.

 

Laisser être est un exercice métaphysique profond et d'un grand intérêt. Il nous révèle à bien des égards notre personnalité profonde et les points d'attache de l'armure que nous nous sommes échinés à façonner des années durant pour nous réfugier dans notre petit monde et nous protéger du grand (du grand monde).

 

Ne s'accrocher à rien est le plus sûr moyen d'aller plus libre. Ne s'accrocher à rien ne signifie pas être indifférent mais se laisser traverser, accueillir sans retenir, laisser partir sans s'agripper…

 

Ne jamais faire le jeu du monde, mais laisser la vie édicter ses règles.

 

Chaque instant est un adieu au précédent. Ainsi passe notre vie… d'adieu en adieu… et les morts aussi nous quittent de cette façon…. eux qui étaient encore vivants l'instant d'avant.

 

Accepter de ne pouvoir sauver le monde, contribuer peut-être à sauver quelques êtres, s'aider sûrement à se sauver soi-même (non par égoïsme, mais par réelle impossibilité de venir en aide aux autres). Au fond, on ne peut se sauver que soi-même… on ne peut qu'encourager les autres à se sauver…

 

On ne renonce à rien, ce sont les choses qui se détachent. Elles tombent comme un fruit mûr pour enrichir le sol qui donnera toute sa force à l'arbre dépouillé.

 

(Extraits) LE PETIT CHERCHEUR... :

 - (…) la plupart d’entre nous obéissons à nos désirs tout au long du voyage ! Et c’est un cycle infini dans lequel nous ne cessons de nous empêtrer… une ronde infernale dans laquelle nous ne cessons de tournoyer… Nous croyons être libres en essayant de satisfaire nos désirs. Mais ce que nous appelons communément la liberté n’est en réalité que le plus avilissant des esclavages. Et nul ici bas ne fait exception à la règle ! Nous voyageons tous sous le joug puissant de nos désirs… Nous leurs obéissons tous comme des esclaves enchaînés ! La vérité est que nos désirs sont nos maîtres ! Et tous (autant que nous sommes) tentons vainement de manipuler les évènements du voyage à seule fin de répondre à nos attentes… Aussi la plupart d’entre nous rejetons tout ce qui entrave notre recherche… tout ce qui nous semble indigne, dangereux, douloureux et inconfortable ! Nous fuyons comme la peste ce que nous ne voulons pas… ce que nous n’aimons pas… ce que nous ne désirons pas ! Mais qui, sur cette planète, jeune homme, peut se vanter de toujours trouver ce qu’il désire… ? Qui peut se vanter de toujours pouvoir échapper à ce qu’il n’aime pas… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux choses désagréables ? Aux échecs… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux critiques… ? Aux déceptions… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper à la souffrance et à la douleur… ? A la disparition de ce qui nous est cher et de ceux que nous aimons… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux maladies… ? Au chagrin… ? Et au passage dans l’autre Monde… ?

J’ai réfléchi un instant.

 - Eh bien… personne, monsieur Arnaud ! Je… je crois que nous sommes tous confrontés à ce genre d’évènements au cours de notre voyage. Personne ne peut éviter ce genre de désagréments.

 - Eh oui ! dit monsieur Arnaud, tous ces évènements font partie du chemin. Voilà pourquoi il est vain de les rejeter! Et courir après ces désirs est tout aussi inutile puisqu’ils sont en nombre infini… vous savez, jeune homme, manipuler le voyage à seule fin de satisfaire nos désirs et nos attentes est un exercice illusoire qui nous enchaîne à une insatisfaction toujours plus grande. Ce sont nos désirs et nos attentes les responsables de nos déceptions et de nos souffrances ! Ce sont eux qui nous enferment… qui nous emprisonnent dans un monde étroit, dans un monde labyrinthique dont nous sommes le centre unique… un monde dans lequel nous ne cessons de nous enliser tout au long de ce voyage… un monde dans lequel nous ne cessons de nous perdre… un monde qui nous empêche d’ouvrir notre cœur et d'élargir notre esprit…. un monde replié sur lui-même qui entrave notre quête du trésor… et qui nous interdit d’aller sans crainte sur le chemin… un monde qui nous confine au refus et à la peur d’aller explorer la vastitude du monde qui nous entoure… Voilà, pourquoi il est préférable, jeune homme, d’accepter tout ce qui se présente à nous sans distinction ! Apprenez à devenir libre de vos désirs ! Apprenez à réduire vos attentes à l’égard du voyage et à accepter tout ce qui se présente à vous sur le chemin ! Apprenez à laisser chaque chose, chaque être et chaque événement entrer dans votre cœur ! Alors, progressivement, votre cœur s’élargira ! Et au fil du temps, il deviendra si large et si grand qu’il pourra y accueillir toute chose et tout être ! Il deviendra si large et si grand qu’il pourra accueillir tous ceux qui souffrent sur cette Planète ! Et dans votre cœur, ils trouveront un grand réconfort ! Apprenez aussi à laisser chaque chose, chaque être et chaque événement pénétrer votre esprit pour l’éclairer ! Et si vous laissez votre esprit accueillir chaque chose, progressivement vous comprendrez qu’il n’y a aucune différence entre l’intérieur et l’extérieur, aucune différence entre qu’il y a au fond de votre conscience et ce qu’il y a au dehors…, progressivement vous comprendrez qu’il n’y aucune différence entre les évènements douloureux et les évènements agréables, qu’il n’y a aucune différence entre vous et les autres résidents de cette Planète… et qu’en dépit des apparences, Tout est semblable et que nous sommes Tous identiques… vous comprendrez alors que nous appartenons tous à ce Tout et que ce Tout est présent (et observable) en chacun de nous… Et lorsque vous aurez totalement et réellement compris cette vérité au fond de votre cœur et de votre esprit et qu’ils sauront Tout accueillir sans rien rejeter, alors ce jour-là, la Lumière inondera votre Conscience. Ce jour-là, jeune homme, vous découvrirez le trésor ! Alors, vous pourrez accueillir tous les évènements du chemin avec joie… vous pourrez voyager sans peur… vous pourrez voyager partout sans contrainte et sans crainte … et aller le cœur en paix là où le chemin vous conduira…

 

 

Une capacité d'acceptation accrue

Par un travail introspectif assidu (émotionnel, intuitif, ressenti et analytique), le chercheur prend conscience de certaines parties sombres de sa personnalité qu'il avait pris soin jusqu'à présent d'ignorer ou de camoufler. Cette exploration intérieure progressive lui permet de découvrir la similitude des aspects intérieurs de son être et des éléments extérieurs de la vie. Ainsi, il comprend peu à peu que chaque chose et chaque être sont composés d'éléments proches ou semblables. Cette prise de conscience fait naître en lui une plus grande tolérance pour lui-même et pour le monde. 

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Nous sommes des êtres limités… de mille façons. Pour s'en convaincre, il suffit de voir la quantité limitée de souffrances que nous pouvons accepter… Nous avons pourtant le potentiel de dépasser ces limites… être en chemin, c'est travailler à cet élargissement…

 

Le rejet (souvent inconscient) d'une partie de soi est sans doute à l'origine de notre violence, violence intérieure d'abord que l'on exerce, souvent à notre insu, envers quelques parties de nous-mêmes, et violence extérieure (simple reflet de notre violence intérieure) que l'on exerce à l'encontre de quelques parties du monde.

 

Apprendre à accepter ses parts d'ombres, c'est commencer à trouver en soi un peu de lumière.

 

Nous avons le droit d'être idiots, mauvais, méchants, médiocres. Nous le sommes tous à certains instants et à des degrés divers. Ces aspects de nous-mêmes que nous tentons vainement de camoufler appartiennent aussi à notre humanité. L'ignorer, c'est s'exposer à une fuite en avant toujours plus grande, c'est construire une image fausse et partielle de nous-mêmes, c'est donner du poids à un leurre dont nous serons tôt ou tard les premières victimes.

 

Croire en son intelligence fondamentale sans omettre l'idiot qui est en nous et l'abruti qui parfois nous gouverne...

 

Livrer bataille (contre soi, contre les autres ou contre le monde) revient toujours à scinder (artificiellement) le monde, d'un côté le Beau, le Bien, le Vrai, le Normal, d'un autre, le Laid, le Mal, le Mensonge (le Faux), l'Anormal. Cette perception est non seulement artificielle et subjective mais elle est totalement fausse. La réalité est sinon toujours plus subtile du moins toujours ce qu'elle est, indépendamment de nos jugements et de nos perceptions.

 

 

Sentiment d'indépendance et de gratitude

Le chercheur prend conscience de l'indéfectible solitude inhérente à la condition humaine. Il comprend qu'il est seul (qu'il est né, qu'il vit et qu'il mourra seul) et s'en satisfait (ou tente à tout le moins - au début du chemin - de s'en satisfaire). Il n'est plus systématiquement en quête d'une façon d'exister par, grâce ou dans le regard du monde. Il apprend peu à peu à rendre grâce à la vie pour ce qu'elle est et pour ce qu'elle offre à chaque instant, quels que soient les évènements (qu'ils lui semblent porteurs de joie ou de tristesse).

 

(extraits) PENSEES VAGABONDES :

Nous sommes à la fois résolument seuls et irrémédiablement liés aux autres. C'est avec cette double vérité qu'il convient d'apprendre à vivre… Ne pencher ni du côté de la solitude morbide (et du repli) ni sombrer dans la dépendance aliénante…

 

Ne jamais rien avoir à prouver à quiconque ni à soi-même… l'un des meilleurs moyens de se délester de fardeaux inutiles, une façon de ne jamais se laisser dérouter… et enfin une libre possibilité d'avancer vers soi…

 

Chacun devrait travailler à sa mesure… à son rythme… selon ses goûts et aspirations… sans se soucier ni du talent (le sien et celui des autres) ni du regard indifférent ou méprisant du monde.

 

N'avoir à rendre de compte à personne… mais devoir à peu près à tous.

 

Ne pas se laisser dérouter par le monde… mais rendre grâce à tous ceux que l'on rencontre.

 

Nous devrions remercier tous ceux qui nous agacent ou nous exaspèrent car ils nous révèlent, malgré eux, les aspects de nous-mêmes que nous détestons. A chaque fois que nous les croisons, ils nous offrent l'occasion de nous ouvrir à ces aspects que nous refusons de regarder.

 

Encourager les autres à s'aider eux-mêmes (à trouver en eux les ressources nécessaires) est sans doute la meilleure façon de leur venir en aide.

 

Nous pouvons avoir recours à tous les conseils, à tous les repères et à toutes les indications du monde, mais nul ne peut apprendre à marcher sans devenir son propre guide.

 

Il n'y a pas de chemin idéal. Chacun doit partir et avancer avec ce qu'il est et possède et à partir de l'endroit où il se trouve. Chacun doit cheminer à son rythme et à sa mesure sans chercher à imiter quiconque mais en cherchant en lui le chemin et la force de poursuivre sa route.

 

 

Des chercheurs spirituels "célèbres"

Voici une courte liste (non exhaustive, bien sûr) d'Hommes plus ou moins connus qui, à mes yeux (à travers l'idée que je me fais de leur cheminement et/ou de leur œuvre), peuvent être qualifiés - à des degrés divers - de chercheurs intérieurs (ou spirituels): Thomas d'Aquin, Thérèse de Lisieux, Charles Juliet, Christian Bobin, Paul Claudel, Dan Millman, Louis Lavelle, Théodore Monod, Vincent La Soudière, Arnaud Desjardins, Krishnamurti, Maurice Bellet, Jean Marie Kerwich, Georges Haldas...

 

4 mars 2026

Carnet n°325 Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

Parmi tant de signes insignifiants

le silence et la joie

comme des portes vers un ailleurs habité

 

 

Des restes de cœur encore portés par l'écume

 

 

Ce que la main dessine sur la page

sans rien comprendre à la lumière

 

 

Le vent, peu à peu, apprivoisé par l'âme

qui sait se faire aimante et attentive

 

 

Cet incessant contact

entre le manque et l'Absolu

 

 

Ce qui nous unit plus que ce qui nous distingue

pour bâtir un monde plus respectueux de la différence

 

 

Des lignes offertes au monde

comme une pierre lancée vers le ciel

 

 

Au son des tambours

l'âme qui s'avance

qui apparaît soudain

au cœur de la brume et de l'épaisseur

pour tenter de réconcilier

ce qui relève du monde

et ce qui relève du cœur

 

 

Derrière ce qui semble disparaître

l'émergence du plus grand soleil

et les plus hautes terres de l'enfance

 

 

Là où les rêves nous quittent

là où le secret se révèle

là où le monde et le mystère prêtent (enfin) à rire

 

 

Parmi les étoiles

les ombres de la nuit

dansantes elles aussi

à travers le passage

où se faufilent les âmes

 

 

Blotti contre la pierre

le cœur enfoui dans l'humus

à attendre la fin du jour

 

 

Sans que jamais s'éteignent

les désirs et les cris des hommes

 

 

Absent

comme si l'on était déjà hors du monde

comme si l'on était déjà la lumière

 

 

Tout converti

en beauté et en poème

jusqu'aux cœurs les plus barbares

 

 

De l'autre côté du cœur

un peu plus qu'un ciel

une incroyable lumière

capable de transformer

l'âme de tous les hommes

 

 

A la pointe du geste

cette caresse qui s'offre

à tout ce que la main touche

 

 

Seul au milieu des choses

le cœur comme abandonné

 

 

C'est le dedans qui exprime

ce que le dehors ne peut qu'effleurer

 

 

L'esprit silencieux

contemplant son œuvre

du haut de l'échelle

et laissant parfois couler quelques larmes

 

 

Dépossédé

jusqu'au fond de l'âme

et plus profondément encore

comme si rien ne nous appartenait

comme s'il n'y avait que le ciel

 

 

Porté jusqu'au silence et jusqu'à la lumière

 

 

Quelque chose entre les lèvres

comme un murmure

le dévoilement du secret – peut-être

 

 

A travers l'épaisseur de la chair

l'acuité du regard

quelques tremblements

le début d'un cri – peut-être

un reste de joie – sans doute

et une manière aussi (bien sûr) de dire merci

 

 

Au-delà du monde et du temps

le royaume de l'Amour

 

 

De l'autre côté de l'étrangeté

là où le monde est une absence

là où l'absence est une manière (pour l'esprit)

de retrouver le pays des couleurs

 

 

Ce qu'il faut de ressources et d'allant

pour traverser l'existence

parcourir le monde

et plus encore pour atteindre

le fond de l'âme

 

 

Par-dessus la ligne

celui qui marche

dans les pas de personne

 

 

Des jeux encore

pour célébrer

tantôt la vie

tantôt l'absence

 

 

Là où tout recommence

sans jamais prendre appui sur le passé

 

 

Seul

sans même couper tous les fils qui nous relient

 

 

La chair chaude des bêtes

contre la peau

dans ce fouillis de souffles et de poils

comme si se vivait là une fraternité d'âme

 

 

A même l'oubli

ce qui s'éternise

 

 

La terre étreinte et caressée

au lieu de la folie des hommes

à exploiter la roche

et à faire couler la sève et le sang

 

 

Les mains jointes

comme si elles renfermaient un secret

 

 

Le grand vide

au fond de l’œil

dans lequel

un jour, tout finira par disparaître

 

 

Plus vieux que le temps

ce qui succédera à l'homme

 

 

Au seuil de l'infranchissable

 

 

Là où tout a commencé

aux sources même du silence

avant (bien avant) que ne soient initiés

les jeux du monde

 

 

Les yeux posés sur l'ombre et le manque

au lieu de regarder l'autre versant de la vie

 

 

Des vibrations

une résonance

là où la danse remplace le sang

là où la joie remplace la faim

là où la vie se hisse sur les épaules de la mort

 

 

Dessinés tous ces murs érigés en labyrinthe

 

 

Et si, au fond, il n'y avait que la Vie...

 

 

Des wagons de lumière

sur le chemin du retour

 

 

La solitude plutôt que le théâtre du monde

 

 

Si près de l'âme

le reflet et le miroir

 

 

Au fond de la chair

quelque chose du ciel

qui, parfois, se laisse approcher

 

 

D'incessants allers et retours

entre l'âme et la langue

pour que l'encre est la couleur du ciel et du sang

 

 

Œuvrer à la nudité de l'âme

 

 

Le regard (si) reconnaissant

 

 

La chair et l'âme se laissant peu à peu

traverser par la lumière et le vent

 

 

Le cœur si près de la mousse

si près de l'arbre et de la feuille

que l'encre coule (presque) verte sur la page

 

 

Ce feu ardent au fond de soi

qui cherche à transformer le manque

 

 

Quelques instants

pour oublier la violence et la poussière

enjamber les désastres et les malheurs

rejoindre cette part de l'âme

qui échappe aux mains (impitoyables) de la mort

 

 

La parole hissée

au faîte de la solitude

là où il est (encore) possible

de dialoguer avec le monde

 

 

Attablé sans personne

avec en soi

tous les reflets du monde

 

Alors que la nuit s'étend

alors que la nuit s'éternise

quelque chose en nous apparaît (et se déploie)

la lumière d'avant le monde peut-être

 

 

Au même endroit que le silence

ce qui est si vivant

 

 

Le vent allié

guidant notre chemin

soufflant sur l'âme ses vœux

nous poussant là où il veut

nous poussant là où il peut

 

 

En des temps où Dieu

nous parlait sans intermédiaire

habitait l’œil et l'âme

autant que les lèvres et les mains

 

 

Dieu au fond de chaque fissure

attendant que l'on porte vers elle

l'attention et la tendresse nécessaires

pour apparaître (et se déployer)

 

 

Les yeux fermés devant Dieu

et fascinés face aux reflets du miroir

 

 

Ce que le geste nous apprend

bien plus que les livres (le plus souvent)

 

 

De l'autre côté

Là où il n'y a plus de frontière

 

 

Comme le chant de l'oiseau

le poème

emporté par le vent

 

 

La parole

offerte à ceux qui célèbrent et protègent la vie

autant qu'à ceux qui l'offensent et la meurtrissent

 

 

Le lieu où l'on vit

cette patrie aux frontières du plus sauvage

où l'Amour côtoie, sans doute, le moins sage

 

 

Le cœur parfois engoncé dans le poème

comme à l'étroit dans cette parole

qui (bien souvent) ne peut échapper

aux limites du langage

 

 

Au cœur du poème

Le ciel et la terre mélangés

qui donnent à l'encre cette couleur métissée

 

 

Chaque jour

ce qui recommence

 

 

Là où rien ne nous protège

Là où rien ne peut nous protéger

 

 

Pourtant là

quelque part

alors que si peu savent

où se trouvent le lieu et le chemin

 

 

Les mots lancés dans la joie – simples et clairs –

célébrant l'âme, le cœur, le monde,

le ciel et la vie commune

 

 

Affranchi de ces tourbillons de mots

le geste – fort heureusement

 

 

De désir en délire

jusqu'à ce que mort s'en suive

jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien

 

 

Alors que tout nous assaille

jusqu'à la désespérance (parfois)

quelque chose – en soi

ose le pas de côté

comme un suspens – un surplomb

qui permet, au cœur du plus sombre,

à la joie d'exister

 

 

Entre les mains des désirs et des images

à leur obéir si servilement

 

 

Tout contre les rêves

ce sommeil si profond

 

 

Le cœur happé par cette course folle

 

 

La tête parfois penchée sur le pire

 

 

Où trouver la beauté

dans ce monde sans âme ?

 

 

Rien jamais ne finira

en dépit de ce que l'on voit

en dépit de ce que l'on croit

 

 

En un éclair

les mots jetés sur la page

les yeux fermés

sur ce que le cœur octroie

 

 

Le sommeil sur la pierre

jusqu'à la fin des temps

 

 

Dieu

en voyant le monde

se posant les mêmes questions que l'Homme

 

 

La vérité est la vie

qui nous fait face

qui s'immisce en nous

nous invitant à un dialogue

fait non de mots mais de gestes

 

 

Paroles encore

qui cherchent

une vérité à vivre

 

 

Des mots

comme de la rosée sur le monde

 

 

Comme au fond d'un piège

Et autour de soi de hautes parois

et en soi une corde dont on ne sait

si elle monte ou si elle descend

 

 

Sur la pierre

silencieux

à contempler les spectacles du monde

 

 

Dans la respiration de l'arbre

de la lumière

suffisamment pour aller

à travers les saisons et les siècles

 

 

Toute une vie de dialogue

avec ce qui n'a de voix

 

 

Le monde blotti contre notre peau

dormant lorsque l'on dort

festoyant lorsque l'on festoie

posé devant soi comme un étrange miroir

 

 

Dans cette absence d'horizon

Le poème et le pas

 

 

A travers ces lignes

minutieusement alignées sur la page

ce qu'il faut de silence et d'espace

pour dessiner (assez maladroitement)

le visage de celui qui parcourt le poème

 

 

Paroles offertes

mais d'abord rencontre et dialogue

avec ce que l'on porte en soi

 

 

Allant et revenant

passant et repassant

explorant ainsi chaque parcelle du territoire

 

 

Un peu de lumière

un peu de joie

 

 

Rêve d'une lumière

qui éclairerait le monde

et qui troublerait suffisamment les âmes

pour imposer le silence

 

 

Depuis si longtemps déjà sous cette étoile

qui ne fait que briller au-dessus de la pierre

 

 

D'un ciel à l'autre

et ces ombres que l'on traîne partout avec soi

 

 

Sans rien attendre

Le cœur prêt à toutes les retrouvailles

 

 

Si aveuglément

ces cœurs fébriles et combatifs

allant fièrement à travers la nuit

les yeux hagards et brillants

pour déployer partout le rêve et la mort

 

 

Comme un appel

à privilégier l'Absolu

plutôt que le destin de l'homme

 

 

En ce lieu où même les mots privilégient le silence

 

 

De chimère en chimère

sans jamais connaître la fin du rêve

 

 

Comme une couronne de feu

sur la parole sacrifiée

offrant à l'âme

en plus de la cendre

un sort funeste

 

 

Au faîte du consentement

quelque chose de l'abandon

Et assez de tendresse

pour faire face à l'hostilité du monde

 

 

Ce que la parole contient

qu'importe le sens et le son des mots

l'âme de celui qu'elle a traversé

comme un morceau de cœur

livré à celui qui l'écoute ou la lit

 

 

Écartés les souvenirs et les images

qui ravivent artificiellement la douleur ou la joie

de celui qui pense ou se souvient

 

 

Couverts de larmes et de sang

les morts et les vivants

 

 

Le lieu du sommeil

et le lieu de la lumière

identiques pour celui qui sait

 

 

La vie et le vide si mélangés

dans le monde comme dans nos tréfonds

 

 

Rien entre les mains

Et l’œil aussi vide que l'âme

manière de se tenir disponible

et de renvoyer son vrai visage

à ce(lui) qui nous fait face

 

De la fumée et de la mort

comme un étrange baiser

à ce qui se tient impassible

 

 

Le peu que la vie nous prête

pour quelques instants

 

 

L'âme triste parfois

de voir l'opacité des yeux

et la brume du monde

gagner le fond du cœur

 

 

Le cœur parfois aussi lourd que la parole

 

 

Mille poèmes pour dire

ce qu'est (réellement) l'âme de l'homme

 

 

Du sang, du monde, des histoires

 

 

Qui peut savoir ce qui se cache derrière les apparences ?

 

 

Nous appartenons davantage à la question qu'à la réponse

Ainsi est fait l'esprit de l'homme

 

 

Qui donc se cache derrière le reflet du miroir ?

 

 

Le cœur à travers toutes les pensées

essayant (maladroitement) de dire ce que sont

l'âme du monde et l'essence de la vie

Le travail sensible du poète

 

 

La parole offerte à ceux qui n'ont pas de voix

 

 

Penché sur ces restes de lumière

qui gisent au milieu des gravats et de la poussière

 

 

Entre le rêve et l'impossible

le cœur et l'esprit de l'homme

ne sachant (le plus souvent) choisir

 

 

Antérieurs au temps

cet instant qui nous échappe

cette éternité à laquelle on ne comprend rien

 

 

Le monde fait de douleur et de lumière

par un Dieu peut-être inconséquent ou trop naïf

 

 

Si près de nous

ce que nous sommes

 

 

Plus vrais que la vérité

notre présence au monde

et tous les gestes que nous réalisons

 

 

Comme l'eau de la rivière

le flux de la pensée

débordant sur les berges

et allant, et allant

jusqu'au ciel et à l'océan

 

 

Les signes évidents

d'une présence intérieure

faite de silence et de lumière

ce qui offre à l'existence

perspective et consistance

 

 

Ce qu'il (nous) faut désapprendre

pour échapper à l'ignorance de l'homme

 

 

Le cœur traversé par tant de conscience et de mort

 

 

Sans rien affronter

le pas de côté

le regard glissant

ou dans le sens du courant

 

 

Les yeux éternels du jour

sur ce que l'on considère comme la nuit

 

 

Le cœur

arpentant tous les territoires

ceux de l'âme comme ceux du monde

 

 

Bien plus qu'une parole

cette longue prière

davantage feu que fumée

plus qu'une expression ; une ardeur

comme une flèche décochée vers Dieu

 

 

Existant comme un ajout

quelque chose d'excédentaire

surimposé à l'essentiel

à la substance même de la vie

Assez superflu en somme

 

 

Rien que des ombres éclairées par un grand soleil

 

 

Adepte de toutes les géographies

dialoguant avec – et dessinant – tous les horizons intérieurs

 

 

Au fond du précipice

là où tout se jette

là où tout se fracasse

là où la fin signe peut-être

le début d'une belle histoire

 

 

Si étrangère cette ombre qui nous suit

 

 

Mille existences que l'on s'invente

pour avoir l'air d'être quelqu'un

pour ne pas avoir vécu en ayant été personne

 

 

Là où les rêves ont le visage de la mort

Là où la mort n'est qu'un rêve parmi les autres

à travers ce destin où il n'y a, peut-être, ni nuit ni sommeil

 

 

Tous ces cris qui montent

du fond de l'âme et de la terre

comme une révolte des sans voix

face aux désastres et aux crimes

perpétrés par les Hommes

 

 

Si près du ciel

nos mains affranchies de l'écume

 

 

Ce que le cœur épuise et dilapide

à force de refus

 

 

Toute la richesse du monde

aux mains de quelques âmes cupides et insensibles

 

 

Dieu réfugié avec nous sous la voûte ?

Pas si sûr...

 

 

Des mots, des arbres et des chemins

Tant qu'il y aura des jours

 

 

Parfois désert

parfois source de tous les ruissellements

cet espace qui nous habite

 

 

Au-delà des règles de ce monde

au cœur de l'illisible et de l'indéchiffrable

là où le ciel écrit à la craie blanche

sur la roche des lois incompréhensibles

 

 

En soi

l'ombre, le fauve et la cage

et ce qu'il faut de solitude

pour trouver une issue

 

 

Penché sur le plus ordinaire

sans miracle

sans travestissement

la vérité au creux de la paume

 

 

Qu'importe l'histoire du monde

pourvu que nous tremblions

 

 

Tandis que tout est temps et soleil

nous continuons d'ignorer la mort et l'Absolu

 

 

Le cœur parfois empêché par la faim

l'antienne du ventre qui réclame sa ration

 

 

Plus haut que les cris et les chuchotements

là où tout se transforme en joie

même le monde piégé au fond de la douleur

 

 

Sous un étrange ruissellement de lumière

 

 

Le vent qui balaye tous nos jeux

nos superflus de noir et de matière

ce que nous avons édifié

pour vivre au cœur du chaos

ce dont nous nous sommes entourés

pour apprivoiser le néant

balayés d'un souffle salvateur et joyeux

 

 

(Un peu) au-dessus de cette épaisse fumée

qui maintient le monde dans l'obscurité

 

 

Des activités nécessaires et des gestes ordinaires

rien qui ne soit embarrassant et inutile

 

 

Là où l'origine s'est établie

autant que là où elle s'est déployée

 

 

Le cœur somnambulique allant les yeux fermés

vers ce rêve qui a des airs de fin du monde

 

 

Ce qui, en nous, s'ouvre

à mesure que la lumière au-dedans s'insinue

 

 

A travers la parole

ce qu'il faut de vie et de lumière

ce qu'il faut de rêve et de douleur

pour qu'elle puisse être comprise

 

 

Dans cette divagation organisée

le rôle si prépondérant de l'Homme

 

 

La vie propre du poème

dans son commerce non avec le monde

mais avec le cœur et l'invisible

 

 

Ce grand incendie en soi

causé par le feu de l'âme

 

 

Jetés dans le grand brasier du monde

les cœurs apeurés

la chair sacrifiée

et ces larmes qui coulent

devant l'inéluctabilité de l'incendie

 

 

A errer autour du festin

comme des bêtes affamées

 

 

A s'amuser sans risque avec la lumière

mais bien souvent à nos dépens

lorsque l'on joue avec la vie

 

 

Depuis le lieu où tout se transforme

mais où rien ne change pourtant

 

 

Comme un cri

au fond de l'écoute

qui voudrait percer le secret

 

 

Cette profonde tranquillité

au cœur de la danse des mots

 

 

Cette lumière au fond des yeux

comme si le jour se levait au fond de l'âme

 

 

Entre nos mains

cette éternité dont nous ne savons que faire

 

 

La forêt endormie

sous le regard de la lune

offrant aux yeux un spectacle

et à l'âme un poème

 

 

Le cœur plongé dans la lumière et le sang

 

 

Vers le lieu de toutes les migrations

nous aussi

 

 

Tant de mondes en ce monde

Et tant d'ombre qu'on ne les voit pas

 

 

La vérité des mots n'est rien

comparée à celle des gestes

 

 

Poussière et cendres

depuis toujours

 

 

Là où se sont immiscés les yeux

autant d'ombre que de lumière

 

 

Comme une ardeur au fond de l'âme

prête à fendre la fumée et l'épaisseur

 

 

Dieu penché sur chaque âme

De l'intérieur

 

 

Les mains célébrant la vie et l'impérissable

offrant leur aumône et leur prière

 

 

Sur nos joues

et dans nos veines

tout le sang et toutes les larmes du monde

 

 

Derrière les tremblements du ciel

le cri des bêtes et des Hommes

et ce qu'il faut de tendresse et de lumière

 

Le destin secret de l'âme

Parallèlement à ce que l'on vit

 

 

Quelle réalité inventons-nous ?

Et s'il n'y avait que le vide...

 

 

Trop d'étoiles à l'intérieur

pour qu'apparaisse la lumière

 

 

Jusqu'à ce que la nuit se transforme en jour

 

 

Des mots encore

comme si le langage

pouvait faire vivre la vérité

 

 

Du sang et des images

comme un déluge

Notre manière si infirme d'être vivant

 

 

C'est la soif qui nous fait chercher

au-delà des visages et des choses

au-delà de la réalité de ce monde

 

 

Le ciel

toujours à la distance appropriée

 

 

Le cœur sans cesse réapprovisionné

par les canaux de l'invisible

 

 

D'un ciel à l'autre

sans même s'en rendre compte

 

 

Entre nos mains

des monceaux de fleurs et d'épines

que l'on distribue ici et là

au fil du voyage

 

 

Presque indéracinable

ce qui loge au fond du rêve

 

 

Au fond de l'âme

du feu et de la joie

Et cette étoile qui brille

dans toutes les têtes

 

 

Le cœur parfois recouvert d'un long manteau noir

 

 

L'étrange géographie de l'invisible

qui nous fait réapprendre

d'une autre manière

toutes les leçons du monde

 

 

Le cœur alourdi par la mémoire

ces milliards d'images empilées

derrière lesquelles danse l'impensable

 

 

Un monde d'histoires et d'équations

où nul n'écoute

où nul ne comprend rien

 

 

Des mots pour révéler le silence

qui se cache derrière la langue

 

 

De plus en plus éloigné du monde

De plus en plus proche de soi

 

 

Dans les empreintes de tous nos devanciers

 

 

La géométrie de la parole

avec ses lignes, ses cercles

ses figures, ses tangentes

et ses combinaisons à l'infini

 

 

Absorbé par le monde

par le temps et l'infini

sans rien savoir de la destination

 

 

Le cœur

en pleine nuit

cherchant partout

un peu de lumière

 

 

Là où le jour se retire

La soif au bord des lèvres

 

 

L'âme courbée par les rêves et les chemins

 

 

Vivant de manière si abstraite

 

 

Certains sont aveuglés par le monde

Et d'autres le sont par Dieu

 

 

 

En silence

depuis toujours

sous la même étoile

 

 

A vivre (et à aimer)

comme si tout était séparé

comme si on avait oublié l'essentiel

 

 

La noirceur des nuages parfois

qui traversent le ciel de l'esprit

éclipsant les mille soleils

qui brillent au fond de l'âme

 

 

Des millénaires de paroles

Et des siècles de livres

qui, au fond, n'ont pas changé grand-chose

 

 

Le cœur battant depuis toujours

comme s'il n'y avait que le voyage

comme si la mort était une invention

 

 

Au cœur de l'insondable

le jour qui s'éclaire

et les gestes qui prennent le pas

sur les questions

 

 

Le cœur confiant

l’œil immobile

jetant sur les rêves

un regard tranquille

 

 

Si sûr de l'étreinte

alors que tout se querelle

depuis toujours sous la même étoile

 

 

Le cœur recueilli

passionnément contemplatif

posé entre les mondes

attentif à tous les vivants

 

Rien ne peut briser les chaînes

qui nous relient au reste (à tout le reste)

 

 

Sans rien espérer

Le visage penché sur le monde

 

 

Contre le corps

tout ce dehors

qui ressemble

tantôt à une caresse

tantôt à un piège

tantôt à une perche

 

 

Plus près que l'étoile, le reflet du visage

Et plus près que le reflet du visage

ce qui nous appelle au fond de l'âme

 

 

Nous cherchant dans la nuit

remuant le sang et la boue

en quête derrière le trouble et l'épaisseur

de cette part de ciel depuis si longtemps promise

depuis si longtemps perdue

 

 

Au cœur des eaux troubles de ce monde

des promesses et des poings brandis

son pesant de douleur et de sang

des paroles comme des perches

au bout desquelles pendent la mort et le néant

 

 

Dans son panier

(à peu près) toutes les choses du monde

un peu de lumière et de nuit

et tous les masques de la métamorphose

comme des mues que l'on rechignerait

à laisser derrière soi

 

 

La parole comme emmurée en elle-même

incapable de lutter contre la gifle ou le canon

incapable d'exprimer la beauté du monde

confinée seulement à l'apologie de la langue

sans autre finalité que sa propre expression

 

 

Dans la géographie du sommeil

tant de fausses vérités

 

 

Ce qu'il faut de silence

pour faire jaillir une parole juste

 

 

Trouver refuge derrière les apparences

Là où il n'y a plus de question

Là où le poème est aussi nécessaire que le pain

 

 

Sur cette terre

où la Vie est le maître-mot

où tout se mélange avec elle

jusqu'aux ténèbres

jusqu'à l'incurie

jusqu'aux plus hautes abstractions

 

 

Porté par les courants qui cheminent

entre la pierre et le ciel

entre le monde et l'invisible

au-dessus des gouffres

creusés par la main de l'Homme

 

 

Nous détachant des choses et des bruits

des promesses et des éblouissements

des espoirs nichés au fond de la nuit

de tous les rêves du monde

 

 

Modeste ouvrier du langage

usinant les mots avec un peu de lumière

pour offrir au monde quelques poèmes

 

 

Comme à l'origine

la main tendue

et le cœur en prière

 

 

Le cœur déserté

et ces rêves au fond de la tête

et ces pillages sans retenue

donnant au monde ce triste visage

 

 

Ce qui coule dans les veines

jusqu'à engendrer les malheurs

 

 

Effroyables nos alliances et notre étroitesse

source de tant de massacres

comme si le destin des autres nous était égal

 

 

La solitude et le silence presque assassins

pour ceux qui ne savent les habiter

 

 

Mille et un poèmes

presque rien en soi

 

 

Des mots

Des mondes

et le plus essentiel

qui se cache dans les interstices

 

 

Au bras de la mort

qui nous dépossède

de toutes les ambitions

 

 

Aussi proche du ciel que du néant

 

 

Comme un bruit étrange

là où le cœur tremble

quelque chose du temps

l'écho d'une déchirure

le murmure d'un monde oublié peut-être

 

 

Le ciel et l'ombre

réunis dans la même danse

sur cette terre

où tout sait si bien se mélanger

 

 

L'âme tendre

Et le cœur apaisé

 

 

Au cœur de la chambre

là où tout commence

là où tout s'achève

mais que nous ne savons habiter

le reste du temps

 

 

Du bleu encore

jeté sur le monde

et qui parvient parfois

à colorer quelques cœurs inassouvis

 

 

Témoin de tant de reflets

et de tant d'obscurité

que la parole parfois s'éparpille

que la parole parfois s'assombrit

 

 

Le silence de l'âme parfois entendu

par celui qui s'éloigne (un peu) des bruits du monde

 

 

Le cœur encore hésitant face à l'indéchiffrable

 

 

Le cœur rassuré par le feu et la lumière

qui logent dans ses tréfonds

 

 

Si discrètement

le jour qui se lève

derrière la fenêtre des yeux

 

 

Des pelletées de terre et de nuit

dans les yeux tournés vers le dehors

incapables encore d'esquisser

une petite révérence à l'intérieur

 

 

Au cours du voyage

mille perches tendues

et mille dérives possibles

 

 

La tête si proche d'un ciel qui n'existe pas

 

 

La tête si théâtrale

dans ses expressions

déroulant une à une

ses images comme

de petits tableaux

 

 

D'une absence à l'autre

sans se rendre compte

qu'il n'y a jamais eu personne

 

 

La chair soulevée

par les désirs du monde

emportée là où il y a

envie et jouissance

 

 

Si rétif à porter son nom avec orgueil

à redresser le buste avec fierté

laissant le vent tout effilocher,

tout balayer, tout emporter

 

 

Bien plus rayonnant

que l'éclat des mots

le cœur qui consent

 

 

La vie bouleversée

par toutes les fantaisies du destin

 

 

Nous écrirons

jusqu'à ce que le poème

puisse mener au-delà des mots

 

 

Sans même se souvenir

de ces empreintes dans la nuit

qui nous ont mené jusqu'à la lumière

 

 

La tête chargée de cette langue

vouée à célébrer le silence et l'invisible

Manière, sans doute, d'échapper

aux bruits et à la grossièreté de ce monde

 

 

Dans le huis clos de l'âme

les yeux scrutant l'abîme et la lumière

d'une égale manière

 

 

Le souffle et le rêve

mêlant leurs élans

dansant au milieu des apparences du monde

pour le plus grand malheur des hommes

 

 

Traqué(s) inlassablement par l'infini

qui aimerait, en nous, retrouver ses terres

 

 

Au-dedans du même rêve

cette noirceur et cette lumière

 

 

Le monde, les choses

et les circonstances tels qu'ils sont

sans rien enjoliver

sans rien enlaidir

sans rien ajouter

sans rien soustraire

sans rien transformer

sans rien esquiver

accueillis par le cœur qui a compris

 

 

Du bleu encore

jusqu'au fond des yeux

 

 

Aux confins du jour

le chant du temps

comme un murmure

susurré à l'oreille

de celui qui sait

habiter l'instant

 

 

En ces lieux de vertige

autour desquels tout tournoie

dans l'ivresse de l'enfance

excité par tous les jeux

auxquels se livrent les vivants

 

 

Au-dessus du cirque

où se jettent bien des malheurs

le cœur sans doute trop délicat et voyageur

pour y demeurer

préférant à la rudesse du monde

la tendresse et l'inconnu

 

 

Le ciel

au creux de la paume

 

L'esprit vagabond

éparpillé au milieu de ses désirs

 

 

A haute voix

ce qui se dit au fond de l'esprit

 

 

Sans même brandir le silence en étendard

 

 

Avec tout le sommeil engrangé

de quoi dormir pendant des siècles

 

 

Si fugace

la vie

l'amour

la parole

 

 

Au fond du regard

la nuit métamorphosée en lumière

et le cri transmuté en silence

 

 

Dans cette absence saisissante du Divin

l'homme plongé au fond de l'obscurité

 

 

Et tous ces gestes

Et toutes ces vies

qui, sans même le savoir,

aspirent au vide et à l'infini

 

 

Pas d'espoir

ni de désir

derrière nos grilles

mais un feu capable

de brûler toutes les images

et tous les rêves

 

 

Plus haut que la douleur

le cœur battant

et plus haut encore

le soleil qui se terre

au fond de l'âme

 

 

Allant comme les astres

dans ce cercle (presque) parfait

 

 

Si familier du ciel et des chemins

du secret des pierres

tremblant avec ce qui tremble

joyeux avec ce qui est en joie

traversant le monde et le temps

les yeux posés par-dessus

l'horizon et les reflets

 

 

Au bord du vide

le cœur blotti contre le temps

 

 

Hissé si haut que le soleil

apparaît en contrebas

 

 

Entre l'étreinte et l'éblouissement

 

 

Pieds nus

dans la forêt

le cœur battant

à l'affût des nuages et du vent

 

 

Soi

l'autre

le monde

qu'un rêve peut-être

 

 

Sous ce ciel sans commencement

la terre des mortels

le feu, la faim et la soif

sans cesse recommencés

 

 

Sans attente

les heures qui passent

 

 

De l'or recueilli

dans les mains ouvertes

 

 

Le geste est le langage de l'âme

 

 

Le cœur souriant

devant la simplicité des traits

qui se dessinent sur la page

 

 

Jusqu'au cœur de l'inoubliable

 

 

Par des chemins obscurs

la lumière

 

 

A nous attarder au cœur de l'imaginaire

au lieu de se laisser caresser par la lumière

 

 

Au pays de l'intime

quelque chose du silence et de la joie

une manière de se tenir au cœur de l'innocence

 

 

Bien plus loin que là où s'arrêtent les yeux

 

 

Dans les bras de l'infini déjà

 

 

Comme effacée l'obscurité du cœur

remplacée par ce qui brille au fond de l'âme

 

 

La main si lourdement terrestre

cherchant la lumière et le vent

 

 

Le jeu sans l'inquiétude

les yeux juchés sur le jour

en équilibre sur le fil

 

 

Le cœur en plein sommeil

 

 

Du vent et du sacré

au cœur du vide

Ce à quoi nous aspirons !

 

 

La figure infinie

tournée vers le plus infime

 

 

Passant en silence

sans un murmure

sans un signe

sans même un adieu

 

 

Là où le secret se déroule

A même le cœur et la peau

 

 

Les yeux si près du ciel

Les yeux si près de la pierre

que tout est vu bien au-delà des vivants

 

 

Depuis le dedans

jusqu'à l'origine

 

 

Funambule sur le fil de l'absence

se faufilant entre les vivants et les morts

 

 

La parole incandescente

comme si l'âme était en feu

 

 

A travers la fenêtre de l'âme

mille choses du dedans

et mille choses du dehors

parfaitement enchevêtrées

 

 

Pas de rature dans l'âme

Des soustractions et des oublis

 

 

Le cœur si près de l'enfance

allant sans rien savoir

sans nommer les choses

confondant (pour sa plus grande joie)

l'âme et le monde

le silence et le bruit

l'infime et l'infini

 

 

Le cœur penché sur les mains et les choses

offrant au monde une présence (et des gestes)

d'une grande pureté

 

 

Sous les feuillages clairs

au milieu des fleurs

le visage posé sur la pierre

le cœur parfaitement apaisé

 

 

Au-dessus des chemins et des reflets

Cette autre vie, cet autre monde

où la douleur n'a plus cours

 

 

A travers la fenêtre

le vent et les yeux détachés

 

 

Les doigts trempés dans la boue

et l'âme, dans le ciel

ainsi se compose le poème

 

 

Le pas libéré du chemin

au cours de cette traversée de l'invisible

 

 

Au cœur de ces signes vagabonds

l'âme attentive

le cœur vivant

et un surplus de tendresse

 

 

Quelques mots

lancés entre la terre et le ciel

essayant de parvenir en ce lieu

ignoré par les Hommes

 

 

Un voyage sans hasard ni fin

 

 

Là où tout est silencieux

l'âme et le monde apaisés

au bord d'un chemin

où tout continue de passer

 

 

Sous le ciel de décembre

le jour immobile

le cœur clair

et ce regard franc

qui ne s'attarde sur rien

 

 

Personne

dans ce rêve un peu fou

du vent et des étoiles

et des ombres qui courent partout

 

 

Des mots si solitaires

que le monde semble lointain

 

 

Mystérieusement vivant

entre le songe et la terre

entre le ciel et la nuit

 

 

En ce lieu

où le voyage prend fin

mais ni le pas ni le chemin

 

 

Au cœur de cette patrie

faîte d'âme, de silence et de magie

 

 

Comme un soleil

à chaque recoin de ce monde

 

 

Le monde ?

Des noms et des histoires de frontières

 

 

Le cœur traversé par le monde et les siècles

 

 

Au-dessous d'un ciel qui se souvient

 

 

Devant un Dieu sans exigence

le geste dicté par le cœur

et le cœur guidé par la nécessité

 

 

Sous le joug de ce qui habite l'âme,

l'esprit et les tréfonds de la chair

 

 

Au plus profond

cette lumière impérissable

qui illumine

jusqu'aux plus lointaines

périphéries du monde

 

 

Au fond du ciel

cette voix qui n'appartient à personne

 

 

Le monde et le temps

avalés par la lumière

 

 

L'encre bien déterminée à refléter le ciel

 

 

Encore si loin des plus hautes cimes

 

 

Tant de formes, de couleurs et de solitude

en ce bas monde

 

 

Par-dessus l'épaule

le vent qui emporte tout

 

Ce qui traverse tout

jusqu'au fond de l'âme et de la chair

 

 

Ce qui relève de l'être

parfaitement mélangé

au cœur, à l'esprit, à la chair

et qui se tient là dans l'invisible

 

 

Flottant parmi les âmes

la vie et la mort

en dépit de ce que l'on voit

en dépit de ce que l'on croit

 

 

Au cœur de ces siècles si sauvages

 

 

Vent et poussière

ce monde

pas grand-chose

presque rien (en vérité)

 

 

Ici

sans que rien se hâte

ni le monde

ni le temps

 

 

Au-dedans de cette nuit

qui cingle et qui encercle

les yeux fous et les cœurs assombris

 

 

Allant d'un pas maladroit

vers ce vieux rêve de poème parfait

 

 

En ce pays où le mystère indiffère

comme si nul ne le pressentait

comme s'il était trop profondément enfoui

 

 

De l'autre côté de la parole

là où le silence est la seule offrande possible

 

 

Libéré du monde et de la lumière

en ce lieu où plus rien n'a (vraiment) d'importance

 

6 mai 2022

Carnet n°273 Au jour le jour

Août 2021

La tête et la main qui fendent l’air – qui dessinent des mondes invisibles – qui dansent au milieu du vent ; notre existence à tous – en somme…

 

 

L’épaisseur du vide – si dense – que nous nous sentons vivants – entourés (durablement) – malgré le provisoire des vies et du monde ; comme un caillou lancé dans une mare – quelques ondes auxquelles répondent des résonances plus profondes – immergées dans l’invisible bleui par les yeux…

Un sens – en soi – avisé de l’infini et de l’éternité – sans doute…

 

 

Un bruit sourd – dans les hauteurs silencieuses – notre étonnement…

Des jours (très) géographiques comme des bornes dans le désert – une route sinueuse qui se dessine, peu à peu, au cœur du néant – comme un étrange prolongement de soi…

Ici et ailleurs – là où l’on se trouve – presque au même endroit qu’au début du voyage…

 

 

Sur l’épaule – ce pesant bagage – ce ballot de choses et d’idées – parfaitement intégré – devenu strictement personnel…

Le temps de compter les jours – nos pas – de fermer les yeux – de tourner la tête – et voilà notre charge (prodigieusement) alourdie – comme si nous étions aimantés ; et le monde – les images et les pensées – des morceaux de ferraille à accumuler – et qui, à force d’être entassés, obstruent la vue et l’esprit – sans même que nous nous en rendions compte…

 

*

 

Entre la vie et la mort – la métamorphose…

Le ciel et la terre couchés ensemble – sur le lit des possibles…

Des batailles et des conquêtes…

De la folie et de la férocité…

Des corps sauvages qui dévalent des pentes – comme une déferlante…

Un peu de sommeil – un peu de beauté…

Cette nuit – cette douleur ; et cet espoir – promis à tous…

 

 

Des lambeaux de jour et d’attente – à même la lumière – à même l’éternité – comme contrepoids, peut-être, à la noirceur et à la célérité du monde et des existences…

Plus qu’une menace – un envahissement permanent sur la pierre…

Au fil des saisons qui passent – le règne de l’interminable…

 

 

La faim – comme une épaisseur supplémentaire – un surcroît de terre ajouté à la terre…

Des dents davantage que des mots – l’usage (commun) de la bouche…

Un souffle pour respirer – presque jamais pour tenir parole…

Une voix – parfois – passagère – dans le ciel impérissable ; une onde – quelques ondes – offertes au monde…

Autant questionnement qu’offrande…

Comme une marge laissée à l’enfance et à la poésie…

 

 

Le vide – en son cœur…

Moins présent que la semence qui ruisselle…

Le ventre qui s’arrondit davantage que l’esprit curieux – que l’esprit qui explore…

L’homme qui s’éreinte à vivre – malgré lui – plus à la manière des bêtes que de manière humaine – en l’honneur (bien sûr) de ce qu’il continue d’ignorer…

 

 

L’œil limpide – lucide ; et les lèvres muettes…

Le cœur ouvert – appuyé contre l’air alentour – sans inquiétude…

A l’extrême limite de l’humanité – peut-être…

 

 

Engagé dans l’oscillation permanente – le va-et-vient des forces – au cœur de l’immobilité ; cette étrange mécanique de l’âme – du monde – du vide…

Toute une vie qui tient dans la paume et l’acuité de deux hémisphères…

Remué par le vent – puis, fendu en deux – sans un cri – sans un commentaire – sans même que les Autres et la parole s’en mêlent…

Une manière – très simple – de passer ; le cœur dans le compagnonnage de la solitude…

 

 

Ici – sans personne – depuis des millénaires – sans doute – vivant et offert – jour après jour ; l’instant comme le seul axiome – à genoux pour franchir tous les seuils – sans autre témoin que le regard qui nous habite…

 

 

Du vertige au bleu – d’un seul trait – à petits pas – sans mérite – sans mémoire – à la manière des oiseaux qui traversent le ciel…

Le jour parcouru de bout en bout…

Sans doute – le voyage le plus essentiel…

 

 

Des pierres – des jambes – pour aller plus loin – découvrir le monde au-delà de l’horizon – faire le tour des possibles – éprouver la faillibilité des visages et des âmes…

Notre parcours commun – les uns derrière les autres – dans cette longue file ininterrompue…

 

*

 

Ici – dans le même ciel qu’autrefois – dans le seul ciel possible – à nous voir tantôt lumineux – tantôt dans la fange – comme si nous étions le prolongement de nos propres racines – la matrice qui enfanta l’abîme et le monde – le vide et la bêtise…

Notre demeure définitive – en somme – où que nous allions – qu’importe en quoi nous nous transformons…

L’assise triomphale pour l’âme – la nuit – le voyage ; ce qui nous emporte et nous engloutit…

 

 

Comme des fleurs fanées – toute l’énergie déployée vers le monde – et le reste en sommeil…

Dieu enfermé – emmuré au cœur de cette léthargie…

Des figures nombreuses et remplaçables ; la parfaite interchangeabilité des corps – des rôles et des fonctions…

Mille rêves au fond de la même vacance…

 

 

Le silence que l’on mérite – comme les jours et l’espérance – ce chemin qui serpente entre nos colonnes et nos fenêtres….

Dans le même espace – tantôt le cloître – tantôt l’infini – la même liberté et la même détention – qu’importe l’angoisse – le feu – les cris…

Notre épuisement et notre limite…

Tout ce que l’on porte – en soi…

 

 

Le bleu des lettres qui nous construit – puis, qui nous déshabille…

Le temps de la solitude – sans appui – sans accompagnement…

Une parenthèse et une destination ; le périple fractionné en tronçons…

La fin (progressive) de l’emprise ; l’accès au silence ; les bienfaits de l’exil et de l’éloignement…

 

 

Le jour et le vent – sur la page – en de grandes envolées…

L’âme bleue tournée vers le ciel – en soi (déjà) – comme le reste…

Le continent de la soif qui s’amenuise – peu à peu…

Le tête différente d’autrefois – moins rageuse – plus ardente – moins subjuguée par le monde – conforme à la sensibilité la plus exigeante…

Intensément solitaire – comme un privilège et une promesse d'ouverture (et de silence)…

La joie – au-dedans – qui fait son chemin…

 

 

Sur la pierre – l’éloignement – l’ambition de l’homme incarnée – les rives du temps asséchées…

Ce que le vide a creusé ; la soustraction de soi – du monde – de l’Autre…

L’air libéré des cages et de la détention – affranchi de toutes les chimères et de tous les adossements…

 

 

Entre nous et l’être – un pas – mille portes ouvertes – le cycle de la matière et du temps – l’invisible à franchir – à traverser – d’une foulée continue ; le seul voyage nécessaire ; comment pourrions-nous (encore) en douter…

 

 

Sans bruit – comme la neige – notre présence – notre respiration – le parfum et la couleur de l’innocence – l’espace et le monde que l’on porte – involontairement…

Entre le centre et le temps – l’oubli…

Et les choses si serrées contre soi – comme une crainte – une phobie, peut-être, de l’abandon – comme si nul ne savait que tout appartient au cœur – que rien – ni personne – ne peut en être exclu…

Le monde – immobile – dans l’esprit – vaillant – courageux ; ce qu’aucun autre ne pourrait nous confirmer…

 

 

Contre le ciel – la dépossession – ce qu’il nous faut abandonner…

L’attente des eaux et du vent – tous les éléments nécessaires à la respiration et au voyage…

Le viatique de toute traversée ; de l’abondance à la nudité…

 

 

Aller sans halte – sans jamais ralentir – dans les soubresauts – les heurts, au-dedans, confondus avec les battements du cœur – quelques querelles intestines (inévitables)…

Sur la page et les chemins – le feutre et la semelle – indissociables – qui puisent, dans l’âme et le monde, l’ardeur et la substance de la parole et du pas – cette justesse – cette vérité – au fond de soi…

Une terre blanche sur laquelle s’appuient les pieds et la main…

Un horizon parcouru – sans compagnon – sans recours (véritable) au langage…

 

 

Des grilles – devant soi…

Des frontières sur toute l’étendue…

L’âme qui, peu à peu, s’épuise et s’assèche…

L’esprit qui s’aventure – qui s’éreinte, en vain, à maintenir une distance avec le monde – à s’affranchir des bassesses et des hauteurs édictées par les hommes…

Mille manières de se soustraire aux règles et aux lois – à toutes les constructions et à toutes les inventions humaines…

Et la force (involontaire) de s’abandonner à ce qui nous porte – naturellement…

 

*

 

Sabre à la main – dans le passage…

Un oiseau posé sur l’épaule…

Les yeux – comme le cœur – aussi bleus que l’infini – de la même couleur que le regard et le monde…

La langue trempée dans toutes les eaux de la terre – la substance des âmes…

Sur la feuille – la même solitude qu’autrefois – heureuse à présent ; le temps de l’accompagnement abandonné dans un coin – derrière soi…

 

 

Le prolongement de la parenthèse – comme une longue dérivation – un supplément de séjour – la tête en avant – la tête fière et redressée – la tête enterrée – soumise à toutes les emprises…

Une fuite – une sorte d’éloignement – l’antithèse du voyage…

Une couardise confortable sans le moindre risque – sans la moindre exploration…

La vie des hommes – cette sorte d’attente ennuyeuse qui ne dit (presque) jamais son nom…

 

 

Au-dehors – l’absence et la destruction ; la continuité du néant intérieur…

Le vide désincarné – sans personne…

Le froid et ses brûlures au fond d’un puits insondable…

Un seul désir – un seul horizon…

La matière obscure plongée dans le souffle et le sang…

Et le ciel que l’on ambitionne – comme si nous en étions séparé(s)…

Privé(s) de lumière – sur ces allées de pierres – ce sable sombre…

Le monde – comme un écho lointain – des parois contre lesquelles résonnent toutes nos souffrances ; les murs qui encerclent nos supplications et nos infirmités…

 

 

Seul le silence – à l’altitude du ciel…

Le monde et la langue – bien en dessous…

Et notre manière d’être – entre les deux – penchant tantôt d’un côté – tantôt de l’autre – le plus souvent (il est vrai) vers les bas-fonds et la grossièreté ; une inclinaison sans (véritable) surprise au vu de l’extrême prosaïsme des existences…

 

 

Porté(s) par le mystère…

La blancheur sur les épaules de l’invisible à laquelle se mêlent l’opacité de l'âme et les eaux noires du monde…

Et cette marque – comme une incise – au fond de la chair – les aspirations du cœur – la nécessité du jour – de la lumière – peu à peu, plus forte que la faim…

Dieu – en nous – à demeure – qui (progressivement) prend ses aises – retrouve la place qu’occupaient les choses terrestres…

 

 

Sur la terre – la face tournée vers le sol – dos au miracle – les yeux fermés – gesticulant au rythme des désirs et des ambitions ; le manque à la source de tous les élans – cherchant – labourant – récoltant – amassant ce que réclame le corps – tout entier(s) occupé(s) à la survie de la matière et à son renouvellement…

L’amoncellement des pierres – de l’herbe – de la chair ; et la prolifération des ventres – l’envahissement et l’exploitation (tous azimuts) des territoires – les mains occupées à leur tâche – l’âme et l’esprit absents – comme ensommeillés – emmaillotés – prisonniers de la glaise accumulée en couches épaisses – attendant peut-être – attendant sans doute – une fouille – une faille – quelques vibrations – pour émerger de cette léthargie et pouvoir (enfin) s’atteler à leur (véritable) besogne…

 

*

 

Autre chose – en soi – que la douleur – cette matière – cette obscurité…

Davantage qu’un territoire – un espace lacunaire – une terre parcourue par le souffle et le sang…

Là où l’on s’attarde – dans cet angle – ce recoin – en ce lieu précis où, un jour, jaillira la lumière…

 

 

La terre jaune – luxuriante – si peu humaine avec ces chemins éparpillés qui échappent aux règles et au temps…

Comme un feu dans le silence et la parole – partout où l’on s’évertue à être présent…

Des flammes vives et accueillantes qui dévorent ce qui doit être anéanti et oublié…

Notre soif et la source accrochée à la hampe tenue par la main malicieuse du Diable – cet enfant du jour mal-aimé – et qu’il faudrait reconsidérer pour trouver le passage vers Dieu et favoriser la réconciliation entre ces deux (faux-)frères ennemis dont les luttes semblent dévaster toutes les âmes…

 

 

La nuit traversée – de bout en bout – par la connaissance…

L’instant de l’extinction – le sol sur lequel on s’efface – le ciel dans lequel on se fond…

Rien qu’un sourire et un restant de braises impatientes…

Comme une éclaircie (une brève éclaircie) dans le sommeil…

 

 

Au seuil du verbe – trop de visages – comme un encombrement – un amas d’ambitions indécentes…

Un surplus de feuilles et de mots pour affronter l’aube ; la charge trop pesante pour prétendre à la candeur et à la nudité qu’exige le passage…

 

 

L’encre piégée sur la feuille – l’espace blanc – le mot et la tache – le sens et l’infini que l’on croit circonscrits…

Illusion – bien sûr – tant le trait est fragile – provisoire – déficient – altérable ; un peu de poussière dans la poussière…

La jubilation et la vérité du jaillissement – la justesse de l’instant ; et jamais davantage…

 

 

Un peu de neige – sur la route – nos fenêtres fermées – comme si l’on pouvait faire face à la beauté – seulement nous mesurer à elle (involontairement) par un excès (naturel) de laideur – notre âme et notre visage sans l’appui de ce qu’ils portent – réduits à leur surface – à leurs traits singuliers – comme abandonnés par ce qui pourrait les relier au reste – à l’ensemble – à la beauté intrinsèque du monde…

 

 

Comme un souffle entre nos lèvres – la main de l’invisible guidant notre main – dans le monde – sur la page – devant ce que l’on appelle les Autres (sans savoir s’ils existent vraiment – sans savoir de quoi ils sont constitués)…

Le silence au fond du cœur – protégé par le froid extérieur – la chair tendue – la peau comme une illusoire frontière…

Et le vent – et la lumière – que nous partageons – au-dehors et au-dedans (selon les critères établis par les hommes)…

L’air et la clarté disséminés partout – jusqu’au fond des formes sans consistance...

Nous autres – manifestés de manière si provisoire – si apparente…

 

*

 

Là où tout s’écoule – l’immobilité…

Une fenêtre au milieu de la nuit…

Notre présence soutenue par la lumière…

Un peu de légèreté au milieu de la pesanteur…

Dissimulé – en soi – ce feu étrange – qu’aucun océan ne saurait éteindre – et qui se propage à travers la chair – les gestes – les pas et la parole – notre manière de nous tenir face au monde – notre manière d’affronter les épreuves – de franchir les obstacles – de jouer avec les circonstances…

Tout au long du voyage – cette courte traversée – cette ardeur qu’attisent tous les vents…

 

 

La parole – étendue – qui frappe au cœur – comme un prolongement de l’âme (vivant) – une manière d’effacer la distance – d’abolir le temps – de réduire l’espace à une résonance et à une intensité – comme un modeste fanal qui permettrait d’échapper au sommeil et, peut-être, d’initier un chemin…

Parfois cri – parfois caresse – main tendue – presque toujours – qui frappe – qui invite à se débarrasser de l’épaisseur – du superflu – et qui (nous) exhorte à offrir l’attention et l’ardeur requises à l’essentiel et à la nécessité – à s’abandonner à ce qui nous porte – à entamer le seul voyage que nous devrons tous, un jour, entreprendre…

 

 

Des lignes – comme pour un poème…

Du courage et de l’effroi – la joie comme une étoile singulière…

Et ce grand vide au fond de l’âme – au fond du ventre…

Et rien à la place de la faim monstrueuse ; si – un discret sourire sur les lèvres – comme une ode à la joie – au silence – à l’invisible…

 

 

L’eau de la rivière sur la roche ; inéluctable – sur sa pente ; polissant, peu à peu, la pierre et lui arrachant quelques particules qui se déposeront un peu plus loin – en contrebas…

Ainsi éprouvons-nous, parfois, cette solidité apparente et provisoire ; couches de sédiments (plutôt) qui, de temps à autre (assez rarement), donnent naissance à une montagne…

 

 

Que sommes-nous donc face à la neige des hauteurs – face à la beauté (éclatante) du monde…

Un peu de ciel – tombé en nous – éparpillé – comblant, ici et là, quelques failles – quelques anfractuosités – pour qu’un chemin puisse se dessiner sur ces éboulis sauvages – aussi bleus que cette étrange entité au-dessus de nos têtes…

Et un jour – peut-être – à force de curiosité – de courage – d’exploration – rejoindre ce dont nous avons cru être séparé…

 

 

La langue – au centre – là où tout se rejoint – là où tout disparaît – comme une manière de combler le désir de multitude et le manque…

Et cette course – ce déplacement – cette fuite – au-delà du monde – hors du temps – au cœur du périmètre sacré du silence et de la page…

A notre place – partout – assurément…

 

 

Au sol – le jour éteint – et, au-dessus, la lumière – pleinement affirmative…

Au cœur de cette avalanche d’éclats – de ce bombardement d’éclairs – dont on nous a fait croire qu’ils pourraient exister en dehors de nous – comme si nous n’y étions pour rien dans la construction de ce mythe – de cette merveilleuse aventure – de ce long (et périlleux) voyage vers l’affranchissement…

 

*

 

L’étreinte des mots et du ciel – qui poussent (ensemble) la porte derrière laquelle sommeille l’esprit – trop enrobé de chair…

Une sorte de tendresse – un coup de poing – un coup de tonnerre – une caresse – une invitation à jeter dans les flammes ce que nous considérons comme le plus précieux – à sentir le sol sous ses pieds et l’envergure de l’âme ; le vide – partout – qui nous habite et que nous habitons…

Quelque chose de rare et d’insensé capable de traverser l’espace et d’échapper au temps…

 

 

Contre la nuit – la parole – au seuil du ciel – comme un chahut – une bousculade – de la lumière – un peu de soleil – et toutes les routes qui se dessinent sur la terre ; des visages (mille visages) à délaisser (tous – sans la moindre exception) – un feu à découvrir et l’oubli comme la seule perspective (réellement) nécessaire…

Ni trace – ni sourire ; pas même un peu de poésie…

Ni doute – ni question – sans la moindre tristesse…

Indécis, pourtant, face à l’immensité qui se découvre ; la joie au cœur – au milieu du désert – au milieu du désastre – seul(s) sans le poids du monde – sans le poids des Autres…

Et sur le bûcher – rien que du vent et du silence – au-dessus des cris (parfaitement) inaudibles…

 

 

Au cœur de l’hiver – les portes fermées – la chair vieillissante – la raison détournée de son usage habituel…

La vie et le monde – comme du théâtre – mille situations – où l’esprit – le corps – le cœur – sont engagés ; si essentiels – si consistants – si crédibles – autrefois ; source de tant de tracas – de tant d’espoirs et de larmes versées – devenus aujourd’hui (presque) sans importance – comme un rêve – une hallucination ; le délire, peut-être, d’un somnambule égaré dans un univers inventé – fantasmé – (strictement) fictionnel…

 

 

Là où l’on se résout – au cœur du monde – du vivant – de la substance – en ce lieu où se mêlent l'invisible et la matière – le souffle et le lointain…

Bien davantage qu’un parcours – un cheminement ; une marche – au-dedans – pour rejoindre l’origine…

 

 

Le ciel agrandi par l’espace que l’on offre à l’âme – par l’importance que l’on accorde à la lumière et au silence – dans le geste – sur la page – au cœur du quotidien…

Tout emporté – vers l’équilibre et les hauteurs – cette complétude (en général) inaccessible à l’homme…

Avec la nuit et les instincts pleinement intégrés à la perspective…

 

 

Ce que nous enjambons – sans un regard…

Ce qui nous échappe – presque tout – l’essentiel de l’âme et du monde…

Comme une étendue inconnue que seul le vent parcourt…

L’apparition des choses – leur froideur – leur proximité…

Et quelques interstices où se cacher…

Et cette corde – comme un chemin vers le jour – une manière de s’abstraire de la surface – de descendre en soi…

Ce qui nous résout – ce qui nous atteint…

 

 

La même matière – la même substance – ici et là – déguisée de mille manières ; des plus élémentaires aux plus folles vêtures – comme si le monde était un spectacle – et la vie, un bal costumé…

Et pourtant – peu (très peu) de rire sur la terre – comme si la fête était ailleurs – comme s’il nous fallait apprendre à jouer – à vivre – à regarder – autrement ; le seul apprentissage indispensable à l’homme – sans doute…

 

*

 

Partout – en soi – ce qui bouge et l’immobilité…

Ce qui s’estompe et se déploie ; cette respiration qui échappe au temps…

Le rien – le plus indésirable – peut-être – que nous sommes – sans même le savoir – et dont nous nous rapprochons peu à peu – malgré nous…

Le visage et l’effroi qui (progressivement) s’effacent devant l’aube naissante…

Notre présence – de moins en moins étonnée – de plus en plus silencieuse…

 

 

Nous – nous croyant séparé(s) de tout – ensemble – indissociables – dans l’abîme comme dans la lumière – qu’importe la matérialisation (provisoire) de l’espace…

Où que l’on soit – partout demeure l’asile…

 

 

Derrière la voix – le geste – la ligne poétiquement tracée – un (irrécusable) sillon de lumière – parfois juste un trait fugace – d’autres fois le sol irradié jusque dans ses profondeurs…

Quelque chose de l’âme qui a (brièvement) entrevu l’immensité ; entre l’évidence et le ressenti – cette clairvoyance…

 

 

D’un monde à l’autre – inquiet – comme si le chemin se dessinait pour la première fois…

D’un jour à l’autre – la même incertitude – le même périple…

Et sur l’itinéraire – l’intensité (progressive) du regard et le rythme (de plus en plus lent) des pas – la nécessité (inconsciente) des retrouvailles qui offre l’ardeur et l'intention…

Le soleil d’abord vécu dans le sang – puis, dans l’âme ; la seule direction – le seul sens du voyage – sans doute ; ce long périple vers la joie – la lumière – l’immobilité…

 

 

Le feu – en nous – attisé par l’invisible et les choses du monde…

Avec une trappe – au fond – un abîme dans lequel tout finit par disparaître…

Ce dont nous nous coupons – par inclinaison naturelle…

Nous – occupé(s) – englué(s) – par la surface ; et toujours imparfaitement séparé(s) du reste…

 

 

Les épaules larges pour soutenir la masse – l’épaisseur du monde…

La solidité de la matière apte à porter son surplus et ses excès…

Et, comme corrélée, cette infirmité à accueillir ce qui surgit – cette insensibilité au monde – cette indifférence à la souffrance – à l’existence – des Autres…

Un surcroît de chair – des amas de terre séparés par des douves larges et profondes – infranchissables – dans lesquelles stagne une eau sombre et nauséabonde – comme des îles au cœur d’un même océan ; et le ciel au-dessus – présent – inutile – (totalement) hors de portée…

 

 

Des colonnes et des routes – aussi haut – aussi loin – que possible – en vain…

Ce que l’invisible dissimule à l’esprit – aux yeux – trop grossiers – aux âmes frustres et rudimentaires…

Peine perdue tant que nous ne saurons nous immobiliser – suspendre notre ardeur à la surface du monde – opérer un changement de plan vers l’intérieur et initier une forme de verticalité – réunir les conditions propices à un renversement du regard – à une ouverture au-dedans – comme un élargissement, un plongeon et un envol simultanés ; bref, nous consacrer (pleinement) à l’exploration de l’espace – du vide – de toutes les profondeurs et de tous les recoins qui fondent notre identité…

 

*

 

L’oubli du nom – comme une coulure sur le sable – avalée – absorbée…

Et le soleil qui brille – à présent ; autrefois sur l’impossible – sur l'impensable…

L’apparence du monde ; et nous autres, créatures vivantes, comme de minuscules protubérances – des brins d’herbe – une (simple) hypothèse – et pas davantage ; une sorte d’épiphénomène – au milieu de mille autres – de dix-mille autres – de milliards d’autres...

Et de l’émergence à la disparition – l’incarnation de l’absence – au cœur du vide…

A vrai dire – rien (ou pas grand-chose)…

 

 

Tels une forêt de syllabes – des lettres éparses – des mots et des phrases étrangères au monde – aux Autres – au temps…

Un chant clair et des étreintes ; mille choses à voir – à découvrir – à embrasser…

Une feuille – des feuilles – un arbre – des arbres – notre support et notre soutien…

Des oiseaux – toutes les merveilles de la terre ; et tous leurs secrets…

Le ciel – le mystère – ce qui n’appartient au rêve ; le fleuve qui coule derrière l’horizon ; le chemin non pensé qui mène à l’enfance et à la lumière…

 

 

En soi – le silence – par-dessus le chaos – les cris et les chuchotements – par-dessus l’ombre – les étoiles et la solitude…

Là où tout est vertige et intimité…

L’espace sans contour, peu à peu, transposé sur la page ; la voix et l’encre – le feu et le sang – exactement la même chose ; ce qui est nécessaire à la vie – le corps – le monde – la poésie…

 

 

Du fond de l’âme – cette soif jaillissante…

Les yeux qui cherchent – partout – sur la terre – l’assouvissement – ce qui désaltère…

Plus loin – sur la route – de l’autre côté du monde – au creux de cette boucle qui quitte le sol – l’asphalte – pour s’infiltrer à l’intérieur – par les lèvres – la parole parfois ; le cœur creusé avec constance – avec obstination – par la marche et les circonstances…

Là – présents – au fond du manque – de l’obscurité – de la douleur – contre lesquels nous apprenons, peu à peu, à nous blottir – cette quiétude – ce silence – cette tendresse ; et toute la joie du monde épargnée par les tourments et les malheurs qui hantent la terre…

 

 

L’exiguïté du monde – de la tête – de la parole…

Un périmètre – un cercle – un point – dans l’immensité ; des vibrations – quelques ondes qui se propagent à peine plus loin que leur centre…

Et nous – appuyés dessus (de tout notre poids) – comme si notre volonté et notre insistance pouvaient faire la différence…

 

 

Un monde – parallèle à ce monde – où tout – chaque chose – chaque visage – est comparable en densité et en envergure ; un monde où le feu vaut le froid – où la terre vaut le ciel – où le silence n’est jamais aussi proche de celui qui s'est abandonné à l'invisible – aux forces du réel – à la nécessité de la métamorphose – à cette étrange transformation du regard…

Du dehors et du dedans – il ne reste que deux mots inutiles – sans usage ; rien que du vide – et, selon les circonstances, un peu de tristesse ou de joie…

 

*

 

Le regard circulaire – continu – sur le monde – l’œil sur la pierre et les chemins…

Auprès des arbres sédentaires…

Des cercles ; et quelques oiseaux migrateurs…

Devant soi – le spectacle de l’enfance…

L’innocence inconsciente et barbare…

Comme une dérive – un brouillard ; un peu d’eau sur une pente stérile et rocailleuse…

Le souffle encore (trop) puéril et superficiel – comme si la vie espérait davantage – comme si le jour, pour s’offrir, attendait que nous grandissions – que notre âme mûrisse (suffisamment)…

 

 

Le parfum du monde – le long de la route ; avec quelques haltes et quelques respirations (indispensables)…

Le ciel retranché – quelque part – dans l’eau souterraine…

Avec, de temps à autre, un sourire et des résurgences…

Un monde – en soi – qui demande à éclore…

Le cœur indéchiffrable qui se dissimule – qui se dérobe – comme une île invisible et mystérieuse qui s’éloigne à notre approche…

Des circonstances – le langage des phénomènes qui s’écrivent les uns sur les autres – et qui, ainsi, défrichent leur chemin…

 

 

Seul – comme si tout était derrière soi – la tête remplie – la tête qui s’affaisse – la tête qui s’efface, peu à peu – à mesure que le temps disparaît…

Des instants lumineux qui emportent des pans d’obscurité…

Des objets oublieux d’eux-mêmes et des lieux sans séparation…

L’espace et la parole – en archipel ; et une myriade de rives et de naufragés…

 

 

La douleur (si souvent) aiguë (et inconsciente) du mutisme et de l’imitation ; et la joie (palpable – tangible – si évidente) du silence et de l’itinéraire singulier qui s'invente – qui se dessine…

Un chemin à l’écart des Autres – où chaque pas creuse un abîme et allume un feu…

Un monde – mille mondes – parallèles au monde…

Un temps – un temple – sans parole…

Et cette intimité croissante entre les choses et l’âme qui chemine…

 

 

Sous nos yeux – des portes inutiles et l’œuvre (controversée) du vent…

Un pied dans l’abîme et l’autre sur les hauteurs…

Une traversée du monde et du temps…

Ce dont il faut se séparer ; et l’ajustement nécessaire pour laisser advenir – et être capable d’accueillir (le cœur joyeux) ce qui s’impose…

 

 

Quelques souffles – sur la pierre – le bâton à la main – l’âme et la bouche proches de l’immensité…

Plus haut – là où l’on a commencé à creuser…

Tous les nœuds dénoués sur la corde ; et ce fil sur lequel glissent – et dansent – les pas…

Des gestes-source – en quelque sorte – capables de guider jusqu’à la confusion – jusqu’au vertige – jusqu’à la parfaite immobilité…

 

 

L’épaisseur de la soif – de la nuit – de la matière…

Dans la paume – un peu de neige – deux ou trois oiseaux migrateurs – et, au-dessus, un ciel négatif – contourné – et, plus bas, le sol et l’altitude – et, un peu partout, la possibilité de la métamorphose…

 

*

 

L’oubli du monde – un désert – mille grimaces – le défilé des Autres et du temps – des paroles et des voyages ; mille futilités…

Et notre œil – solitaire et incorruptible – qui, en ces lieux et en cette (navrante) compagnie, cherchait l’impossible…

Et le ciel – à présent – le vide où ne flotte aucun homme – aucun Dieu ; le silence – ce qui nous ressemble – là où plus rien ne peut être convoité…

 

 

Rien qu’un centre autour duquel nous ne cessons de tourner (en rond) – comme une danse – des pas et des gestes – interminable(s) ; et des choses que l’on place entre nous et la possibilité du retour…

La périphérie contingente – et nécessaire (apparemment) – infiniment changeante et remplaçable…

Comme des instruments de la lisière ; mille tourbillons et mille jets de sable qui donnent le rythme (et son allure) à l’ensemble…

L’apparence du monde – tel qu’on le devine – tel qu’on l’envisage…

 

 

Rien à construire sinon la transparence ; offrir aux yeux – aux pierres – aux fleurs – le manque du bleu – cette soif – l’irrépressible nécessité de l’étreinte…

Et entendre (être capable d’entendre) dans cette nuit sans voix – la douleur – ce qui bouge – ce qui se donne – ce que l’on enseigne en ce monde ; rien qui ne fasse consensus – du rêve et du sommeil – ni joie ni intimité…

Des résonances lointaines (trop lointaines) – des âmes frustres (trop frustres) – une obscurité épaisse (trop épaisse) – et trop peu d’intériorité pour s’affranchir de cette cécité terrestre…

Rien que des songes (et des chimères) – quelques syllabes (très maladroitement prononcées) – un peu d’imaginaire ; et cette nécessité du ventre qu’il faut (inlassablement) satisfaire…

 

 

Le sol – l’orage – le vent – la pierre et l’altitude – jusqu’au bleu qui nous reflète…

D’une hauteur à l’autre – sans la moindre corde…

L’espace comme arraché à lui-même ; le vide en train de jouer avec ses propres éléments…

 

 

Dieu – toujours – au détriment des Autres…

L’œil égal – ni triste – ni engagé – contrairement à l’âme…

Le cœur infiniment terrestre ; et le regard qui dépasse toutes les extrémités (perceptibles) – au-dessus (bien au-dessus) des hypothèses et des contingences – au-delà des rêves les plus fous et des promesses les plus hasardeuses – totalement étranger au monde – aux (tristes) réalités de ce monde…

 

 

Face à face – entre nous – les yeux dans les yeux – jusqu’à l’émergence des racines – de l’espace commun – la cohésion de l’ensemble – comme une évidence…

Dans l’âme – dans la voix – reconnues – toutes les inclusions – l’esprit sans sommeil – attentif – à l’écoute – comme une montagne – de la roche lucide – au milieu des eaux stagnantes et sombres…

 

 

Le jour – toujours nouveau – s’offrant comme il nous porte…

Une clarté décelable depuis tous les lieux du monde – depuis toutes les périphéries – même les plus lointaines – même les plus inhospitalières…

Notre plus sûr versant ; notre seule appartenance…

 

 

Notre vie – à l’image d’une échelle posée contre un mur – le mur d’une enceinte bordée d’horizons gris – un périmètre fermé – avec, au-dessus, mystérieux – attractifs – le ciel et la liberté – quelque chose d’invisible que l’on imagine étranger à la contrainte – à la souffrance – à la mort ; la seule issue pour échapper au destin que semblent dessiner les apparences…

 

*

 

A la surface du monde – si léger – comme dans des vêtements trop larges – un corps qui flotte – dans les mains, des fleurs vivantes qui, peu à peu, dépérissent à mesure que le rêve s’achève…

Une masse pesante – de plus en plus lourde et épaisse – qui s’enfonce dans la terre – de plus en plus incorporée et souterraine ; la seule réalité accessible – la seule évidence ; et cette tristesse – et cet accablement – (absolument) écrasants…

 

 

La parole des arbres au-dessus de notre roulotte posée à leur pied…

Ni histoire – ni doléances – ni gémissements…

De la sagesse et de la lumière – à même le tronc – à même la sève – sur chaque feuille qui reflète le ciel…

La même musique – le chant de la terre livré sans message – à notre mesure – en tenant compte de nos infirmités…

Le silence incarné – la réponse du vide à tous nos questionnements – à toutes nos inquiétudes – à toutes nos incompréhensions…

Et un sourire – semblable à une flèche – à un (éternel) recommencement…

Le jour ainsi célébré – autant que nos impossibilités…

A l’intérieur – en dessous – notre propre visage – comme affranchi du sommeil…

 

 

Une gorgée de soufre – les yeux fermés…

Davantage de contraintes à mesure que l’on gagne en hauteur – que l’on atteint une altitude plus exigeante…

En contrebas – la roue du temps qui piétine – en quelque sorte ; le monde en train de s’essouffler – de s’enliser – de perdre patience…

Et, à notre place, les mains et la voix d’un Autre – comme si le plus proche était le moins visible…

Quelque chose d’insensé – devant notre visage – indifférent à notre cécité et à notre violence – à notre goût (funeste) pour la séparation – à notre (fâcheux) penchant pour le mensonge et le conflit ; une particule d’Amour et de liberté – malgré notre immaturité – comme un signe – un encouragement – une invitation à s’élever davantage…

 

 

Le surgissement de soi – à nouveau – la terre qui émerge d’elle-même – le vent qui enfante le souffle…

L’être – sur sa roue – son chemin – travaillant – expérimentant – sans en avoir l’air – amalgamant – égalisant tout sur son passage – là où la psyché ne cesse d’opérer des distinctions – des différenciations…

L’un jaillissant sans jamais se tarir ; l’autre s’épuisant à la surface…

Main dans la main – nous composant…

L’âme et le geste – équivoques ; la fièvre et la fraîcheur mélangées – emportées ici et là – au fil des pas et des courants rencontrés…

 

 

L’issue – parfois – là où s’affaisse (et se disloque) notre compagnie – là où s’efface notre propre accompagnement…

Livré – sans fard – sans défense – sans appui – à ce qui se présente ; à la merci de ce qui surgit ; l’Autre – la terre – le ciel – toutes les eaux glacées du monde…

Nous offrant en partage – plus dense – plus léger – plus vivant – que jamais…

 

 

L’effacement – la disparition – l’évidence du mystère – de la vérité vécue – comme un processus naturel au-delà de l’individualité ; le prolongement, en quelque sorte, de l’individuation ; la continuité de l’horizontalité (plus ou moins entièrement) déployée ; les linéaments d’une verticalité involontaire et spontanée…

La fin de l’épaisseur et de la solidité…

L’émergence de l’inconsistance lucide et incertaine…

Le bleu – le jour – succédant à la marche bancale – au vacillement – à l’opacité ; comme une trouée de lumière dans l’épaisseur sombre de la chair et de la psyché ; l’esprit – le corps – qui s’initient à la joie – au vertige – à l’intensité…

 

*

 

Comme caché en soi – soustrait de la surface – préférant le chant à la cacophonie – le silence au brouhaha du monde…

Une furtive traversée sur la pierre ; quelques saisons – à peine…

Un peu d’espace pris à l’espace…

Comme coincé dans un coin – entre une rangée de fleurs et une procession de visages…

La vie circulant – pas à pas – de la source à la source – à travers toutes les aventures possibles…

 

 

Avant la naissance – de proche en proche – le même voyage – le regard orienté un peu différemment – au milieu des ombres et des reflets…

Le corps dénaturé par les excès de la terre…

Des jardins transformés en désert…

Du granite puis, de l’argile – des montagnes et de la poussière…

Et la teneur des messages – inaudibles au milieu des cris ; ce que l’on parvient, parfois, à lire à la hâte sur les lèvres impatientes…

Et, de temps à autre, de l’espace et du silence (trop rarement – il est vrai)…

 

 

Une route – un périple – au milieu de mille étrangetés…

Ce qui serpente – ce qui se dessine – ce qui s’arrête et tergiverse ; un envol sans retour possible…

Et offert au corps – offert à l’âme – un surcroît de légèreté – à chaque foulée joyeuse et involontaire – à chaque coup d’ailes supplémentaire…

Sans direction (véritable) – à la manière d’une ronde interminable avec, déjà, un pied au centre des cercles – et l’autre errant – vagabond – aventureux – qui explore tous les chemins – toutes les pentes – toutes les périphéries…

Et en tous lieux – mille visages – semblables – différents – mille circonstances – mille expériences qui affinent la perspective – qui élargissent l’identité – qui font se déployer l’envergure (si l’on parvient à maintenir ses yeux et son cœur ouverts) ; l’incroyable (et fabuleux) apprentissage de l’être et du monde…

 

 

D’où l’on vient – ce à quoi l’on succède – des paroles en l’air – le plus souvent – des actes irréfléchis – pour l’essentiel…

La tête (très fortement) séparée du sol – l’âme, du ciel et le cœur, des Autres…

Comme un grain de sable sur une grève immense (et incompréhensible) dont on ne perçoit qu’un infime tronçon…

Le feu vacillant – l’idée trompeuse d’un bleu saisissable – à notre portée – comme s’il nous suffisait d’allonger le bras ou de tendre la main pour en attraper un peu…

A rebours du monde – la nécessité de l’intériorité comme socle de l’invisible et de la verticalité – auxiliaires (incontournables) du plus précieux…

Segment minuscule et négligeable porté (pourtant) par l’ensemble…

 

 

Avant nous – le monde – la marche millénaire – les ombres ancestrales – ce qui monopolise l’espace et l’attention…

Les lieux (tous les lieux) où se jouent les destins…

Le vent – la neige – le sommeil – (presque) toujours en contradiction…

Le tremblement des fleurs et des âmes…

Le temps fractionné – comme émietté ; et l’érosion des reliefs ; et la solidité (manifeste) des arbres…

L’uniformisation atroce (et galopante) des têtes et du monde…

Et, de temps à autre, quelques embruns – la fraîcheur (réparatrice) de l’océan…

Et, plus rarement – quelques trouées de lumière – comme une invitation du ciel à la clarté…

L’immensité au-dessus – en dessous – au-dedans – consubstantielle au regard – qu’importe l’envergure incarnée…

 

*

 

Au-dedans de cette lumière – comme une manière d’éclairer le jour – ce qui nous précède et marche avec nous…

Une sorte de prédisposition intérieure…

Comme un espace – une distance – pour vivre – respirer – regarder le monde – les choses et les visages qui nous entourent…

Le lieu de l’immobilité où s’opère, parfois, la métamorphose…

 

 

Nous – entre le ciel et les toits…

Le regard à la limite des yeux – comme clôturé – avec l’horizon tout autour et les nuages par-dessus…

Amassant l’argile au lieu d’essayer de lui échapper…

Et, un jour (presque par hasard) – un peu de repos et de hauteur ; une halte nécessaire pour dépasser l’étrangeté – franchir le pas – s’insinuer dans le passage étroit qui débouche sur l’étendue (que dissimule le temps) pour que les yeux deviennent comme deux oiseaux qui virevoltent – au seuil de l’immensité…

 

 

Paroles brûlantes – autant que l’âme – autant que le sang…

Et aux racines du silence – nos feuilles blanches…

Le feu et l’innocence – unis pour accueillir le poème – ce geste involontaire – cette danse avec l’infini et les éléments…

Le parfait prolongement de la terre et du ciel – dont la page devient, en quelque sorte, le promontoire – pour que leur labeur se diffuse au-delà de la trame apparente et puisse ainsi nourrir l’ensemble du tissu que composent toutes les créatures terrestres – célestes – cosmiques…

 

 

Le bleu – si passager – comme sur un plateau – pourtant…

Des choses qui ont l’air – seulement l’air ; des apparences (totalement) incompréhensibles…

Notre attente impatiente…

Et cette ressemblance que nous cherchons partout – en vain…

Et l’invisible qui nous rapproche – malgré nous…

 

 

Ici – en même temps qu’ailleurs – le ciel et la fatigue – ce qui meurt et ce qui fleurit – à la surface de la terre…

Des bouches à nourrir – des lèvres qui se plaignent – des mains qui se tendent ; des âmes sans espace – sans fraîcheur…

L’inattention et son remède ; la seule possibilité pour éradiquer la misère…

 

 

Le désir parvenu à sa perte ; et le même processus – la même mécanique – chez l’homme (et chez bien d’autres créatures vivantes)…

A la croisée de l’argile et de la lumière – penchant (en général) davantage vers la plèbe que vers le ciel…

Et le reste du monde (encore) non reconnu…

Quelque chose d’infime et d’infini ; indissociables – impossible à partager…

Et le bleu qui s’installe sur nos différences [pour qu'elles se déploient et que chacun puisse devenir (pleinement) ce qu'il est – sans effort – sans retenue]…

 

 

Toute l’étrangeté du monde – soudain – ravivée – effacée – comme les surprises de la langue ; et notre besoin de sommeil…

Aujourd’hui – pas la moindre relation (humaine) – pas davantage qu’autrefois…

Un puzzle à réaliser par temps de disette et de sécheresse ; et cette soif au milieu de la faim des Autres – comme si nous vivions sur deux planètes différentes – les yeux pris, pourtant, dans la même réalité…

 

*

 

Vie et vent – intriqués – des lieux – ce qui s’enracine et se balaye ; et ce qui se laisse emporter…

Le dénouement et la continuité…

Le silence brisé – retrouvé – par ce qui respire et résiste…

Sur la feuille – des signes ; quelques traces du ciel – sans doute…

 

 

Invisible – parmi les Autres – sous le joug réjouissant de l’anonymat…

Une indigence et des ténèbres – apparentes – qui, dans le secret des profondeurs, octroient une liberté insoupçonnée – inégalable peut-être…

En soi – dans ce face à face – ce qui se révèle ; ce qui surgit comme une évidence…

La solitude – la joie – l’intensité…

L’inimportance du monde et de l’Autre…

L’être et le silence – sans personne – sans rivaux ; et tous les possibles étalés devant soi – à égales distances des yeux et des mains…

 

 

Ce qui s’enchaîne – les liens – les lieux de détention – le désir et les âmes – les choses et les pas – les chemins et les découvertes – les voyages et l’inertie – la matière et cette incessante nécessité de l’étreinte…

Nulle part où aller – nulle part où se cacher – en vérité…

Et partout – des pans de nuit à interroger…

L’abîme et la mort – l’espace dans lequel on vit et celui depuis lequel on regarde le monde…

Quelques fois – très proches – d’autres fois – plus éloignés – presque lointains…

Mille perspectives et cette ténacité à toute épreuve…

 

 

Dans le froid – quelques flammes tardives – comme un feu inespéré – plus qu’un espoir – une présence au milieu de la neige et des ombres grandissantes…

Quelqu’un – peut-être – au cœur du désert – au cœur de la désespérance – qui peut savoir…

 

 

Dans cet éloignement de soi – à la manière d’un glacier dérivant – avec, coincée au cœur, l’ignorance ; des actes et des mots inutiles – de part et d’autre de la paroi gelée…

Et la fonte – pas avant le déluge…

Et cette surprise – sous la neige ; rien – le moins possible – de toute évidence…

 

 

Prisonnier(s) d’un jour sans cesse recommençant – condamné(s) à la faim et à la sauvagerie – les instincts dans le sang – tenus en (très) haute estime – instruments nécessaires à la survie et à la perpétuation de l’espèce…

A chaque instant – la tête enivrée et la chair complice – reconduites dans la danse…

Le monde et les visages – tels que nous les connaissons…

 

 

Là – comme un manque – au fond de l’âme – une fraction de quelque chose – une incomplétude ressentie – manifeste…

Le sens d’un voyage qui, peu à peu, se dessine…

Au commencement – une foule de questions…

Et, au fil du temps, de moins en moins de paroles et d’abstraction…

Un recentrage et un élargissement…

La vie plus riche – comme simplifiée…

L’instant – le silence – l’intensité – (quasiment) les seuls repères (s'il en est)…

D’une extrémité à l’autre du monde – en un coup d’ailes…

Au-delà du connu et du commun – au seuil de l’étendue – au bord de cette immensité entrevue…

La matière – de moins en moins étrange – comme apprivoisée – (presque) entièrement acceptée…

A contre-sens des Autres et des excès…

De plus en plus proche des pierres – des bêtes – des plantes…

Bien moins humain qu’autrefois ; l’humanité devenant, sans doute, davantage qu’une (simple) idée…

 

*

 

Une lampe derrière soi – la nuit qui se referme sur la saison – la forêt…

Le monde – au loin – bruyant – qui somnole…

Des existences – sans question – sans réponse ; la tête et les mains occupées à on ne sait quoi…

Ici – une autre approche – la solitude – le silence – la poésie – le même labeur quotidien – quels que soient l’espace et le temps ; des lieux de présence et d'intimité…

Un peu tout à la fois – sans vraiment savoir ; la confiance sur les lèvres – dans l’âme et la paume…

Le lointain – léger ; ce qui n’arrive jamais par mégarde…

Une flambée de joie – dans cette clairière qui échappe aux saisons et aux heures – sans (véritable) avenir – comme nous-même(s) – comme nous tous…

Emporté(s) par le désordre (fabuleux) des destins ; quelque chose entre l’origine et la mort…

 

 

Le moins déchiffrable qui se dissipe – qui s’élève vers le ciel rieur – emporté par quelques oiseaux désenchantés (des anges, sans doute, déguisés en bête)…

La poésie des hauteurs envolée – déjà oubliée – comme un effleurement – un réenchantement possible…

Comme un miracle – sur la page ; et tout ce vide – à côté – au-dedans – des mots…

 

 

Quelques traces de temps sur la peau ; les visages – comme du sable – emporté par l’océan...

Et le ciel jeté en désordre sur les jours…

Une parole pour personne…

Par la fenêtre – rien que des silhouettes ; rien que des fantômes ; un monde à peine esquissé – la fin des temps – peut-être – comme si tous les Autres avaient refusé l’invitation – comme si les Dieux nous avaient abandonné(s)…

 

 

L’ombre – fraction de l’étendue – une halte sur ses arrêtes franches – le sens aiguisé des profondeurs…

A quoi se heurter sinon à la soif et à l’abstraction du monde…

Point d’orgue du silence – à la place du bavardage incessant – perpétuel…

Ici et là – de part et d’autre du mystère – notre présence – ce long voyage immobile – du ciel jusque dans nos tréfonds – jusque dans nos moindres recoins – dans un aller et retour interminable…

Partout – étrangement – le même lieu – les mêmes visages – la même envergure ; ce que nul ne pourrait imaginer avant le début de ce périple…

 

 

A nouveau – le monde – les choses – la perte de l’intimité ; et, peu à peu, l’absence – comme un engloutissement…

La tête inattentive – l’inévitable retour de l’étrangeté…

Comme englué(s) dans la matière – davantage qu’un tégument – une succession de couches – du centre jusqu’aux plus lointaines périphéries ; partout – en réalité – sur toute l’étendue – parsemée ici et là – et entourée – d’immenses poches de vide – des abîmes – des béances – invisibles et incontournables…

Comme condamné(s) à la substance et à la vacuité – indissociables – à perpétuité…

 

 

Vivant – entre l’être et la chose ; une traversée – des haltes et des disparitions…

Ce qui passe – ce qui demeure – ce qui se révèle…

La méconnaissance (profonde) du monde – qui peut-être – qui sans doute – n’existe pas (ou alors d’une manière très partielle – infime particule prise dans une trame immense et invisible)…

Nous autres – le même miroir et ses mille reflets ; la multitude – tous nos visages ; au cœur de la même unité – éparpillée…

 

*

 

Les heures tardives du silence…

Et ce vent – et cette route – qui serpentent entre les pierres…

Indéchiffrables – énigmatiques – comme la nuit ; l’obscurité du ciel – des âmes – du monde…

Et tous nos gestes – toutes nos paroles – comme si nous pouvions changer le cours des choses…

 

 

Cause perdue – le désastre – le vain labeur de l’infime – face aux courants du monde – aux jeux de l’immensité…

La volonté – la chair – le langage – comme un peu neige – quelques gouttes – sur un feu – un peu de nuit (totalement ridicule) en plein soleil…

L’effacement et le renouvellement des forces ; le monde réinventé – à chaque instant recommencé – qu’importe que nous participions au mouvement – à la résistance ou à l’inertie…

 

 

De rêve en rêve – toujours plus loin – comme si nous voulions nous rejoindre – atteindre les extrémités du silence – franchir les plus lointaines frontières de l’infini – comme si notre sommeil avait davantage d’envergure que le réel et le rêveur…

Tout tourne en rond – bien sûr – autour du même centre – proche – multiple – démultiplié – comme des insectes (d’insignifiants insectes) autour de la lumière…

 

 

La beauté distribuée par des mains malicieuses et maladroites – qui en déversent ici de pleines cargaisons – qui en saupoudrent là – qui traversent d’autres lieux sans rien offrir et qui feignent d’en oublier quelques-uns ; et Dieu – et les vents – qui, à cette malice première, ajoutent leur propre espièglerie – en creusant – en soufflant – en balayant – en emportant – en mélangeant le dessus et le dessous – le centre et la périphérie – la surface et les profondeurs – le devant et le derrière – achevant de tromper les yeux et nous invitant à initier d’autres instruments pour percer les apparences du monde…

 

 

Le monde – des murs dressés qu’il faut raser…

La terre fracturée – la surface recouverte de frontières et d’éclats…

Le sol en pièces…

Le ciel fissuré…

L’univers fractionné…

Et toutes les têtes à terre ; le jour lapidé – éclaté – en lambeaux…

Tout – nous – nous heurtant sans cesse ; comme des fragments (totalement) séparés du reste…

 

 

La matière – le souffle et le feu – réunis – en désordre – comme coincés (ensemble) sous la peau…

Avec une cognition infirme – peu propice à la compréhension – porteuse de pensées et d’angoisse ; une perception trop restreinte pour comprendre l’organisation générale de la trame…

L’ensemble – comme une construction laborieuse – conceptuelle ou imaginaire – et non comme une évidence – une expérience vécue – une réalité éprouvée…

 

 

Une faim viscérale ; rien d’essentiel…

Le ciel et la matière ressentis depuis le manque – malgré l’espace d’un seul tenant – malgré l’étendue sans recoin…

A se retrouver ainsi – les uns avec les autres – les uns auprès des autres – les uns au milieu des autres – les uns contre les autres – les uns dans les autres – comme une grande famille – un grand corps composé – et entouré – de vide…

Le réel – malgré la mort – les naissances – le large éventail des formes et des substances terrestres…

 

 

Le jour – à proximité – au cœur même du support…

L’ossature de la route – de la langue et de la matière…

La lumière – la vacuité – la sensibilité – la tendresse – déguisées – accoutrées – de mille façons…

 

*

 

Les saisons endiablées – entre quatre murs – au milieu des Autres et du froid…

Des rives éphémères – et (en partie) effondrées…

Rien sur la terre – sur la carte ; pas la moindre confiance – une suite d’événements – l’enchaînement implacable (et parfois terrible) des circonstances…

Les âmes prisonnières – comme condamnées à subir les vibrations du temps – sans accord – sur la chair – qu’importe les noms – qu’importe la pierre…

Des blessures et de la douleur ; et cette torpeur qui confine au refus – à la mollesse – à l’inertie ; comme un engourdissement et une indifférence à ce qui n’est pas soi…

 

 

Le même écho – sur la page – au fond de la voix…

Le silence premier – par colonnes entières – à présent – sur les pentes et les terrasses – le même alphabet impatient – le sens que l’on cherche – la mémoire qui engrange – la tête qui compte – qui collecte – qui entasse…

Le même jeu – presque absurde – pour de rire – depuis l’origine – comme un funambule composé du fil sur lequel il est condamné à marcher sans fin et qui chercherait une issue – une réponse – un instant d’évasion – mille solutions chimériques – à l'extérieur (hors de lui-même)…

 

 

Distrait – la tête baissée – la nuit et le temps triomphal – comme une légère boursouflure à la naissance qui, chaque jour, double de volume…

L’irruption du labour et de la collecte – au milieu de l’ignorance-reine ; le surgissement du labeur et de l’espérance…

De la sueur – du rêve et des étoiles – des promesses par brassées…

Nous sommes l’ombre projetée contre les murs ; et la pierraille…

 

 

D’un sillon creusé en silence – auquel appartiennent les mots…

Une écoute discrète – le sens et le son – farouches – qui s’approchent – main dans la main – dans notre paume ouverte – comme un oiseau timide qui se pose quelques instants avant de s’envoler vers des lieux plus tranquilles…

Notre seule outrance – sans doute…

 

 

L’éloignement – comme seul chemin – le support du vide – la solitude (parfaitement) adaptée à nos exigences…

Telle une montagne face au monde – une sorte d’emplacement naturel – un espace où la beauté – l’émerveillement – la poésie – sont possibles…

Sans distance – entre soi et le ciel…

Le silence et la parole – l’un dans l’autre – l’un après l’autre – sans interruption…

 

 

La vie inanimée – de prime abord – en se fiant (seulement) aux apparences ; mais lorsque l’on s’approche (que l’on daigne s’approcher) – lorsque le regard se fait plus attentif – légèrement inquisiteur (peut-être) – mille manières d’interagir et mille vibrations se révèlent…

Une même surface – la même épaisseur – avec des nœuds – des creux – des renflements – une respiration ; la même terre occupée – peuplée de mille souffles différents…

Et les mêmes arabesques – subtiles – invisibles – entre le monde inanimé et le reste – entre toutes les formes vivantes – entre le plus grossier et l’ineffable ; tous les objets – choses et visages – entièrement reliés – comme un réseau – une immense trame – profondément enraciné(s) à l’espace et à l’origine…

 

 

Le cœur ouvert – comme un point minuscule au-dehors – une chose – un processus – apparemment anodins ; une infime fraction de la matière qui s'inscrit, de manière profonde et ontologique, dans la marche du monde – dans le cours naturel des choses ; une façon [(très) involontaire] de participer à la métamorphose collective du regard…

L'âme et le geste – de plus en plus attentifs et disponibles – en moins de temps qu’il ne faut pour fomenter une révolution…

L’être – sans cassure – sans dommage – œuvrant sans la nécessité des armes et du sang – comme instance puissante et pacifique – incontournable – irremplaçable ; en ce monde (et ailleurs) – sans doute – le plus précieux…

 

*

 

Devenant – du dehors – comme un visage posé dans un intervalle – une (longue) parenthèse du monde – une fraction de temps sans usage…

L’enfance disjointe…

Des impératifs humains – risibles – ridicules – atroces et funestes…

Ce que la psyché invente – ce que le savoir retient ; une manière de fourbir ses armes – d’amasser de la poudre – d’aguerrir ses penchants guerriers – à seule fin de survivre…

 

 

Contre le vent – le pays natal – toute notre ascendance – la tribu entière – la vieille (et grande) famille patriarcale – les gestes et la langue prosaïques – la distraction et la faim ; tout ce qui occupe – et intéresse – les hommes – depuis le commencement du monde…

La tête pleine de fadaises ; l’âme et l’esprit inoccupés ; le cœur sec comme un fagot…

L’inhumanité de ceux qui s’imaginent très humains ; le néant incarné (si l’on peut dire)…

 

 

Derrière le geste – l’inconsistance…

Et ce que l’on avance – en parole…

Quelque chose d’aveugle et d’inconséquent – comme une porte posée au milieu de nulle part – au milieu d’un désert ; un acte inutile – absurde – décoratif en quelque sorte – et mille autres alternatives – et la possibilité (bien sûr) de se frayer un chemin partout ailleurs…

Quelque chose pour rien – porteur (seulement) d’espoir et de néant ; le comble de la bêtise ou, peut-être, une manière de rire de ce qui semble si grave (et si sérieux) aux yeux des hommes…

 

 

Côte à côte – d’un bout à l’autre du rivage – l’eau et le sable – les courants et le limon – ce qui demeure et ce qui est emporté…

Sous les mêmes étoiles – le même labeur…

 

 

Sur la terre – l’ombre inclinée…

L’œil interrogateur…

La ligne tracée par le lancer de dés…

Des idées (un peu vagues) sur la lumière et la nuit ; rien que des idées ; ni expérience (réelle) du monde – ni vécu (suffisant)…

Dieu et les hommes dans leur abstraction…

Des images qui, peu à peu, s’effritent et s’effacent…

Le vide et les derniers échos du sommeil…

Le ciel qui se défait – laissant (parfois) émerger notre nudité apparente…

 

 

Comme des nœuds – dans les bruits – des sons prisonniers…

L’usage externe de l’écoute ; comme un débordement naturel – légitime…

D’un monde à l’autre – sans que rien ne puisse être saisi…

 

 

Des mots et des chemins ; les mêmes reliefs – la même foulée…

Le ciel – (bien) davantage qu’un décor – (bien) davantage qu’un simple figurant…

Le silence sur les lèvres et les hanches…

Quelque chose qui se transforme – quelque chose qui se fige – immobile pendant quelques instants avant de reprendre sa route vers le ciel enfoui – une manière, peut-être, d’entrer en prière sans croyance – loin du spectacle de la foi – de cette foire spirituelle – célébré(e) par les masses…

Et la joie qui s’offre – comme le fruit d’une assise – d’une ascèse – naturelles – sans rituel – sans clergé – comme le sifflement d’un oiseau qui perce l’épaisseur de l’hiver – une transformation de l’espace et de la géométrie…

 

 

Trop invisible – comme un défi au temps et à la raison ; le jour comme un fantôme – une béance…

Et le silence (vainement) interrogé…

Il faudrait, peut-être, un effondrement du langage pour que puisse briller – hors de son écrin trompeur – la vérité…

 

*

 

Ce que l’on cherche – à tâtons – dans le noir – ce sourire sans nom de l’enfance – une caresse sur l’âme – sur la joue – cette récompense que l’on croit mériter ; un lieu, peut-être, au-dedans du silence – un visage et une voix – un compagnon – un ami – ni trop proche(s) – ni trop distant(s) – parfaitement adapté(s) à notre solitude…

Cette part de nous-même(s) – que si peu connaissent – que si peu ont entrevue…

 

 

A notre mesure – suspendu(s) au-dessus du monde – entre le bûcher et la source…

Les formes plantureuses – la bouche aguicheuse – comme pour échapper à l’ombre – à l’oubli – à la relégation…

Comptant sur l’Autre – les Autres – davantage que sur nous-même(s)…

Au-dehors – l’amour – par l’embrasure – dans un coin du monde – sur un coin de table ; une silhouette dans la nuit – un souffle chaud (et rassurant) dans le cou…

Épaule contre épaule – sans personne…

Entre l’absence et l’immensité…

Et toutes les fables, soudain, qui se dissipent (en même temps que l’essentiel des illusions)…

La seule question et la seule perspective – véritables – hors du temps ; et des siècles – des millénaires – nécessaires pour y répondre – pour s’y résoudre et s’y établir (de manière satisfaisante)…

Entre le plus précieux et la poussière – la meilleure (ré)solution…

Ni pause – ni frénésie (et moins encore de paresse et de précipitation) ; le rythme spontané – l’allure régulière – la foulée facile…

Un pied dans le monde – et l’autre dans le vide ; le même espace – en vérité ; un pied au cœur des saisons – et l’autre au cœur de l’éternité ; le même instant – quoi qu’en pensent les hommes…

En silence – là où vivent les sages – l’esprit au-dessus – le cœur engagé – l’âme attentive aux circonstances – parfaitement accordé(s) au cours des choses et à l’intermittence (naturelle) des états…

 

 

Plongé(s) dans cette nuit sans oreille – à la bouche avide – démesurée – engloutissant, sans jamais s’interrompre, des pans entiers de monde et de temps…

Un empierrement des âmes et des cœurs pétrifiés – la matérialisation de l’impuissance ; l’espérance en éclats…

La terre féroce – sous des étoiles éternellement reconduites…

La figure grimaçante et estropiée…

 

 

En soi – la faille et l’immobilité – le manque et l’offrande – la joie et l’égarement – l’ignorance et l’intimité…

Ni contraires – ni opposés – ni (parfaite) symétrie – ni contrariétés ; toutes les faces du même visage – tous les versants de la terre – réunis…

Ce que nous sommes ; par-dessus notre nudité et notre dénuement…

 

 

Le jour ensemencé…

Le signe d’une attente trop longue – trop impatiente…

L’engagement trop volontaire – sous le joug du désir – comme si l’on était capable de faire naître la lumière…

Une déchirure supplémentaire – un surcroît de prétention et d’inhumanité ; le prolongement (manifeste) de l’incompréhension…

 

 

Un pas de côté – hors du monde à présent – affranchi des longues transhumances saisonnières…

Sans carte – ni boussole – la source renouvelée du voyage ; un pas après l’autre – sans savoir – sans destination…

Amoureux du regard – qu’importe les chemins et les paysages…

Une traversée immobile et silencieuse – porteuse de paroles et de mouvements…

Sur cette longue route que le ciel dévore déjà…

 

*

 

Ce qu’il faut déchirer avec les étoiles – l’épaisseur – ces moissons de rêves qui obstruent le ciel…

La porte ouverte – les clés autour du cou ; et suffisamment de silence pour faire face à l’absence…

Le vieux monde emporté avec tous les résidus d’autrefois – tous les relents d’hégémonie et d’exploitation…

Et personne pour entendre le chant – ouvrir les yeux sur ce qui résiste…

Les âmes qui flottent dans l’invisible – guidées par l’indésirable – la profondeur de l’air – la persistance de l’écho et des chaînes dans le geste libérateur…

Ni pont – ni brume – ni lanterne ; l’expérience d’une autre possibilité…

L’être et les choses – dans cette cellule étroite ; avec, par-dessus, notre fatigue et notre espérance…

 

 

L’absence conjuguée à tous les temps – inscrite sur toutes les figures laides et ligneuses – rouges et boursouflées…

Le néant dans les yeux clos – déployé jusqu’au fond de l’âme…

La main portée par les circonstances ; l’esprit fataliste…

Sans question face à l’inexplicable…

La tête baissée – le dos voûté – la respiration dans ses limites – le bras tendu au-dessus de l’horizon – comme enfermés dans le périmètre autorisé…

Le lieu du sommeil et du temps…

Quelque chose du jour déguisé – de la lumière ensevelie…

Le règne (glorieux) de la distraction sans retenue…

En soi – des réserves d’images – pour l’éternité…

La vie – comme un rêve énigmatique – qui se déroule (peu à peu) ; peut-être – sans doute – le fond de la nuit…

 

 

Sans jamais s’interrompre – le temps – le monde – le cours des choses – illusoires pourtant…

L’instant nu – de plus en plus intense – manifeste…

L’intimité – comme une présence au bord de la fusion – à la limite de la rupture…

Le signe d’une sagesse – d’une amitié…

Au-delà de la joie escomptée…

 

 

Sans incidence – sur cette portion de monde – la tête ponctionnée – comme un sac au fond duquel on piocherait – comme un piège qui, peu à peu, nous engloutirait…

La lumière – sous le sol – dans le ciel – au fond de l’âme obnubilée par ce qu’elle porte – les origines…

Et sur la pierre – peu de ressemblances ; des différences apparentes – une variation de la même couleur ; rien de la cassure que semblent percevoir les yeux…

De simples morceaux d’espace – chacun à sa place – obéissant (à leur insu) aux lois de la matière – aux nécessités du monde – aux exigences de l’ensemble et de l’invisible – accolés – parfaitement réunis et emboîtés – comme un assemblage sans le moindre interstice – sans la moindre séparation…

Rien d’inutile – à la manière du soleil ; et la même envergure ; l’immensité qui échappe à la perception ordinaire…

 

 

Ce qui passe – un peu plus haut que les étoiles…

La disparition du monde – la transformation des états – l’inévitable…

La clarté – de long en large…

Des routes qui mènent au voyage ; et le voyage à l’infini…

La perte et l’inconnu – jusqu’au vide ; ce à quoi nous sommes (tous) destiné(s)…

 

*

 

Des jours – des cœurs malmenés – en déroute (très souvent)…

Le chemin parcouru qui a creusé – en nous – le nécessaire – l’incontournable…

Cet espace qui semblait si loin – et si abstrait – autrefois – comme une cathédrale de papier…

Et, à présent, cet agenouillement devant ce tabernacle (si réel) – cette plongée en soi après la longue traversée de la nef et du cœur…

Plus ni cierge – ni prière ; Dieu – en nous – de sa propre voix – nous invitant à poursuivre le chemin – l’excavation – la transparence du jour ; l’espace à restituer entièrement…

La vie comme elle va – (pleinement) consentie ; le geste et la posture – ancillaires – inclinés – la gratitude au-dedans…

La fin de l’initiation – des préliminaires ; l’invitation (enfin) à la vraie vie

 

 

La vie au-dehors – piétinée – si compréhensible dans ses défenses et ses assauts – dans ses volte-faces et ses rebuffades…

La guerre – avec ses blessés et ses morts – en pagaille – dans le désordre (récurrent) de la terre…

Des ombres – des traces – des échos ; rien qu’un long supplice et un peu de sommeil…

Depuis longtemps – pourtant – la même promesse – cette paix tant désirée que l’on oublie pour un surcroît de terre et de chair – la moindre offense…

Diable ! Tant de sang et d’ignorance qui suintent à travers les fissures du sol et de l’âme…

Notre peine – à tous – depuis des siècles – des millénaires – depuis le début du monde…

Cette souffrance et cette peur – cette incompréhension – si familières…

 

 

Fractions de l’Autre – des Autres – en soi…

Un puzzle vivant qui, à chaque instant, se réinvente…

Des morceaux agglomérés – circonscrits qu’en apparence…

Du vide et ce qui a l’air d’exister…

Dans le jeu – sous le joug – de toutes les illusions…

 

 

Des gestes pour rien – des paroles perdues…

Les caresses et les poignées de main du vent ; des coups de pouce et des coups du sort…

A mi-chemin entre la solitude et ce que nous portons…

 

 

Une vie à la surface du monde – au contact des choses – sans espace – sans profondeur – sans intimité…

Une vie en retrait – retirée – à distance des Autres – entre le ciel et l’intériorité – entre l’infime et l’immensité…

Quelque chose sous les yeux – au fond du regard ; la même ligne – comme l’origine et le prolongement du cours des choses – parfaitement confondus…

Chaque instant – hors du temps…

Chaque geste – comme l’émergence des circonstances ; continuité ou conclusion induite par la situation – par toutes les situations simultanées – imbriquées – par l'ensemble des événements du monde…

 

 

Ensemble – jaillissant – nous morcelant – jusqu’à l’effacement – jusqu’à la disparition – jusqu’au renouvellement…

La respiration ininterrompue de l’espace…

Le vide vivant – à travers notre manque – notre soif – toutes nos maladresses…

 

*

 

Des arbres – comme la seule foule acceptable – silencieuse – accueillante – ouverte à la différence – aussi proche du ciel que de la terre – respectueuse de tous les peuples…

En ces lieux parcourus – le mystère qui s’entrouvre…

Ni nuit – ni chiffre – ni conjecture…

En deçà de toute mémoire…

Le temps de l’eau et de l’enfance…

La mousse maternelle…

La vie incertaine et imprévisible…

Le point de bascule avant de toucher le sol – la poussière…

 

 

Voyageur du dedans – sans trace – sans repère – le sourire aux lèvres et le bâton à la main…

Sans la moindre étrangeté dans la tête…

Sans horaire – hors du temps…

Les poches et les mains vides…

Arpentant l’espace – découvrant les choses jusque dans leur intimité…

Laissant les pensées – les images – défiler…

La respiration alignée sur le rythme…

Le pas foulant l’automne et les collines…

La barbe grisonnante approchant l’invisible – l’éternel…

Tentant de donner un nom à l’ineffable – de circonscrire l’infini – dans un seul geste – une seule parole…

L’oreille tendue – la bouche tordue en une moue attentive (légèrement inquiète) – le cœur confiant – comme si le monde était un jardin – et l’existence une expérience théâtrale totale…

Un fragment d’espace déambulant dans l’espace – en lui-même ; la seule rive possible – davantage que le rêve et l’ambition des hommes…

 

 

Du rêve à l’espace morcelé – jour après jour – comme autant de nuit(s) accumulée(s)…

Des murs plus hauts – des routes qui serpentent davantage – une voix qui doit hurler tant nous nous sommes éloignés…

Une séparation qui nous emporte – des cœurs déchirés – des bouts d’âme arrachés – l’être comme sur le point de se fissurer…

 

 

Le feu noir – la vie en miettes – sans éclaircie – le néant à la place du vide – la peur à la place du bleu – le lieu de tous les possibles – de toutes les confusions…

Et les impératifs du rêve – du monde qui rêve – qui accroissent notre perte ; l’égarement sans espoir d’échappée…

 

 

Des visages – des jeux – le peuple – les yeux fermés – que la mort décime – que la frivolité occupe – engoncé dans ses inventions – dans ses illusions baroques…

Et plus loin – à l’écart – à la périphérie du monde – des lieux où la route éreinte – accroît la fatigue et la nudité – mène à l’ardeur sans usage et à l’immobilité…

Des rives désertes – désertées – qui transforment le regard et la pierre – le geste et le ciel…

Un soleil plus large – une joie jamais feinte – le vide en tête et quelques signes, parfois, comme une invitation – une marque de ralliement – une manière d’inventer un passage – mille passages – entre la roche et le silence – entre l'harassement et la félicité – un parcours unique – parfaitement adapté à chacun ; le seul chemin – le seul voyage – à réaliser…

 

*

 

L’enfance penchée sur le plus intime – le silence – l’Amour – à travers le jeu – le rire – le geste innocent…

Quelque chose de spontané – comme un espace et une voie naturels – avec des cris et une respiration saccadée…

Avec assiduité – ce voyage – jusqu’à l’automne – jusqu’à l’hiver – au cours duquel les cheveux blanchissent et la voix se tait et devient plus sage…

 

 

Ces rives étrangères – sans langage – où on lutte – où l’on crie – où l’on se débat – avec sa cohorte de rêves et d’ambitions…

Des itinéraires précis – millimétrés – sans surprise – sans détour ; et autant de victoires et de grains amassés que de larmes et d’outres de sang versées…

L’encre noire de l’homme qui dessine sa monstrueuse géographie – ses propres barbelés derrière lesquels il enferme le monde – l’air – la roche – les étoiles – toutes les choses et tous les vivants de la terre…

 

 

L’espace creusé au bord de la tristesse – sans parole – sans passage – sans passant – dans la solitude la plus familière…

Et cet étonnement à nous voir de part et d’autre de l’abîme – un peu partout – en vérité – comme éparpillé(s) – entre la lumière et la mort – entre la surface et les profondeurs…

Du centre jusqu’aux plus lointaines périphéries – le même silence – le mystère éclairé [et parfois (en partie) éclairci] – la sagesse et la folie – le ciel et l’épaisseur – l’immobilité et la furie…

Dans une invariable oscillation ; l’âme qui chemine – qui se découvre – partout ; nous – le mystère – dans notre œuvre nourricière et légitime…

 

 

L’œil percé par la puissance des choses – qui traverse la chair – qui pénètre l’âme…

A la mesure de notre joie – la transformation de notre visage (trop strictement humain)…

Cette place dans les profondeurs ; et la perspective des Dieux épousée…

Ce que nous portons sur cette route étrange qui allège, peu à peu, notre charge – notre embarras – notre pesanteur…

Pas – gestes et paroles – emportés – avec joie et légèreté – vers des lieux plus lumineux et des usages plus dignes – plus adaptés au monde et aux circonstances ; comme le signe d’une humanité retrouvée…

 

 

Au cœur de cette langue qui n’est pas la nôtre – au milieu de tous et de l’inertie – cette terre et ces pierres que l’on amasse – depuis trop longtemps relégué(s) à l’inessentiel – au plus que superflu – condamné(s) à la surface du séjour – du passage – de la traversée – à faire fructifier – et boursoufler – mille formes de croyances – à construire un chemin au milieu des fantômes – des idées – des apparences…

Trop brièvement – ici – pour se faire (malgré soi) le support du mensonge et du néant…

 

 

A nouveau – le jour – l’alignement du monde et de la parole – pareil à un soleil – à un horizon clair – clairement identifié – au-delà de tous les horizons humains perceptibles et imaginables…

En plein vide – comme en suspens…

A côté – de plus en plus loin – de ceux qui ont décidé d’avoir l’air – de faire semblant…

Vivant – le cœur projeté par-dessus l’âme et la chair – par-dessus le corps-interstice – battant – respirant – à découvert…

Les linéaments de l’homme – peut-être…

 

*

 

Quelque chose s’approche – toujours – et se dresse – parfois un mur – parfois le vent – parfois le soleil et la joie…

Derrière les apparences – ce qui résiste au monde ; derrière les ultimes résistances – ce que l’on ne connaît pas ; derrière ce que l’on ne connaît pas – l’enfance qui affirme son allégeance aux apparences – l’enfance qui regarde le monde – l’enfance qui se joue des résistances – la confiance face à l’inconnu…

Un sourire – un ciel – une corde ; et la poursuite (bien) plus joyeuse du voyage…

 

 

Ni question – ni exigence…

Plus proche de la source que de la trace…

Des mouvements – de toutes parts ; et une tranquillité au fond du regard…

Ce que l’on cherchait – autrefois – plus haut que le ciel – plus puissant que le vent ; dans toutes les particules du monde – fragiles et dérisoires – parmi la cendre et la poussière – des extraits de roche – dans le désarroi et la folie – dans la nuit et les ventres qui digèrent – dans les mains tendues et les yeux perdus – dans les volte-faces et les manigances – dans les caresses – les guerres et la violence – partout où nous sommes – partout où nous vivons – jusque dans nos bassesses et nos absences…

Le vide ; et la conscience – habituellement utilisée – corrompue – dévoyée – devenue, soudain, sans usage – sans emploi…

Seul – à présent – face à ce qui vient – au milieu des tourbillons qui parsèment (très momentanément) la vacuité...

 

 

Loin de la parole commune et coutumière – née de l’habitude et de l’opacité ; plutôt celle qui habite un lieu que nous ignorons – et que nous continuerons d’ignorer – ailleurs – ici même – plus haut et plus bas – qu’importe ce qui nous traverse – qu'importe ce que nous traversons…

Et tous nos silences – sur la page – imprimés…

 

 

Le vide découpé en jours – en seuils – en points critiques – à la surface du monde – dans tous les lieux investis par l’homme – et, de l’autre côté, le souffle – l’air – le ciel bleu et les profondeurs – toutes les merveilles et l’immensité d’un seul tenant…

D’un côté, la cassure et l’attente d’une récompense – d’une réparation – de simples consolations – très souvent ; et de l’autre, l’attention détachée – amoureuse – capable d’accueillir tous les fragments – tout ce qui s'invite – approche – advient…

 

 

Derrière ce qui se manifeste – la pierre et la lumière…

Et ce qui se détache au cours de la traversée…

L’âme engagée – la sente qui nous révèle et nous transforme – au-delà de l’expérience – au-delà de l’existence vécue – au-delà des apparences et de la parole qui en témoigne…

Nulle loi ; rien d’étranger – rien de rejeté…

Le dépassement et la mesure – quelque chose, sans doute, à préciser (à éclairer peut-être) ; les premiers pas – le début d’un chemin – d’une initiation – d’une métamorphose – d’une perspective un peu folle…

Vers l’unité – à foulée lente – naturellement…

Et le geste inaugural – comme l’une des rares récurrences ; à chaque nouvelle étape – chaque jour – à chaque instant – le recommencement perpétuel du voyage…

De moins en moins – comme une évidence…

 

 

L’infini circonscrit dans le geste ; d’abord resserrement – détention – réclusion – puis apprentissage (très progressif) de l’immensité – de l’envergure – de la liberté ; la limite et la contraction accueillies – acceptées – puis dépassées ; ni pour – ni contre – sans parti-pris – sans idéologie – sans rien à défendre – sans rien à combattre – sans rien assujettir – le cours des choses – tel qu’il va – tel qu’il vient…

Ce que dicte le réel – une obéissance sans alternative ; mille possibilités ; et toujours un seul chemin ; ce que l’âme et le monde imposent…

 

*

 

De la terre – des étoiles – et cette marche – et cette âme – infatigable – interminable…

Quelque part – nulle part – où est donc la frontière – le seuil – le franchissement…

Des désirs d’autrefois – nulle trace…

Le temps libéré de lui-même…

L’homme soumis à l’errance – à la déambulation – comme l’énergie contrainte de circuler…

Le présent entre les mains ; et les paumes aventureuses…

Des instants – rien que des instants – qu’importe l’âge et l’époque…

Des syllabes nouvelles – le rythme de la parole dicté par la lumière et le silence…

Et ce trop-plein – encore – de choses à écrire – qu’importe le sens – le cercle des lecteurs – la taille de l’auditoire…

Des mots à seule fin d’honorer le chemin – l’effacement des territoires – la solitude – la chambre parfois visitée par l’Amour ; comme un sourire immense destiné à personne – pour la simple joie des lèvres entrouvertes – de ce qui existe – de ce qui est donné…

 

 

Des sauts – des élans ; ce qui s’imprime – comme l’origine du monde – sur la matière…

Les âmes disjointes et séparées…

Les pertes successives – comme des prières…

Dieu qui, en nous, invite à la nudité – à nous rejoindre…

A la source des lieux et du temps…

A la manière d’un soleil gigantesque…

En équilibre sur toutes les épaules – avançant – l’âme, au-dedans, frémissante…

Tout – tous – embarqué(s) dans cette incroyable ascension sans échelle…

La fraîcheur de l’innocence et le feu ardent du cœur – nécessaires pour franchir les premières hauteurs…

L’infini qui se déploie dans la poitrine ; la fin de l’exil…

L’existence – au-dessus du sol – précieuse…

Dans le sein de Dieu – au plus intime – au milieu des Autres – des apparences et des illusions – célébrant le centre – le monde – les visages et les choses ; l’être, à travers nous, découvrant son ampleur – sa diversité – sa plénitude…

 

 

La parole et la pierre – alignées ; comme le sol et la page – le cœur et la main…

Derrière le temps amassé – et expulsé – le vide entrevu…

Nous – nous soustrayant toujours davantage…

 

 

La course interrompue – la tête surélevée – un pas de côté – comme un surcroît de silence et de lumière…

L’âme désempêtrée ; la matière percée jusqu’à l’essence…

Comme si le dehors n’avait jamais existé…

 

 

A travers la parole – le même silence – au-dehors et au-dedans – comme un pont entre les mondes – lorsque l’attente cède la place à l’écoute – lorsque l’immobilité se substitue aux exigences…

 

 

Des routes – des visages – des itinéraires – des pas engagés…

Les vestiges éparpillés de l’infini – ce qui se mêle pour constituer le monde…

Plus haut, le ciel – en dessous, les tombes – et entre les deux, l’espace des choses et des vivants…

Les vents – le souffle – ce qui porte tantôt à l’intérieur – vers le centre – tantôt à l’extérieur – vers la périphérie…

Des haltes – des interstices – des parenthèses…

Le séjour qui, parfois, se prolonge – le voyage qui continue – qu’importe les circonstances ; qu’importe ce que nous sommes et ce que nous faisons ; l’insignifiance de l’essentiel – au regard de l’envergure de ce qui est – de ce qui nous porte…

Comme des taches – un peu de couleur – sur l’immensité blanche – la transparence des choses – l’invisible…

 

*

 

Au gré des jours et des saisons qui passent – les souvenirs qui, peu à peu, s’effacent…

Et le mystère ainsi mis en évidence – exposé ; des fragments de la source éparpillés au fond du cœur – au fond des choses – qui (progressivement) se révèlent…

Davantage (Ô combien !) qu’une manière de dire ; la vérité agissante vécue (et qui le sera, un jour – bien sûr, par tous ceux que le doute habite encore)…

La seule réponse possible aux questions des illettrés…

Le frémissement de la chair ; au contact de tous les soleils intérieurs…

Cette intimité vibrante (et savoureuse) avec le monde…

 

 

L’aube – comme un signe – au-dessus de tous les piétinements…

Un cercle autour de soi…

Et l’âme embarquée – malgré elle – comme si le corps était un temple provisoire…

Un peu de matière suspendue…

Mille choses à déconstruire ; soustraire et se dévêtir pour que brille cette nudité comme une lanterne au fond du noir…

Au milieu de la boue et du brouhaha du monde…

Et tout ce bleu qui s’invite sur cette tristesse (de plus en plus étrangère)…

De moins en moins loin – la lumière…

 

 

Au-delà des grilles – rassemblés – au-dessus des tombes – l’envol (inoubliable) de ceux qui quittent le monde…

Derrière les murs – en ces lieux où (en général) se lamentent – et se prosternent – les vivants – les yeux rouges et le cœur gonflé de larmes…

L’espérance à tire-d’aile – comme une flèche incertaine décochée vers le ciel…

Et toutes ces prières – et toutes ces âmes – qui montent vers ces terres nouvelles – comme nous tous qui allons dans l’existence – avec ce curieux mélange de curiosité et d’accablement – de peur et d’allégresse…

 

 

Au ras du sol – la tête et le pas qui insistent – comme une résistance absurde (et immature) à la verticalité naturelle de l’homme…

En nous – la bête qui s’agrippe – qui s’accroche…

Et la foulée lente à travers les couleurs dont l’ultime – sur un tertre – sera, un jour, couronnée par la transparence…

 

 

La figure du feu sur la neige…

L’incendie des routes – comme des vagues successives qui restreignent les possibles – les destinations – tous les lieux propices au voyage et à l’évasion…

Vers l’immobilité – de plus en plus – comme l’état le plus favorable au souffle – capable de rapprocher l’intime et le (plus) lointain – de révéler le bleu caché au fond du cœur – au fond des choses…

La légèreté du mouvement ; l’invisible à l’œuvre ; le monde et la joie à demeure…

 

 

Sur la terre ancestrale de ceux qui ont quitté ce monde…

Face à soi – le désert – aussi silencieux qu’au-dedans…

Les premières difficultés et les premières hauteurs – franchies…

La couleur la moins sombre du périple…

Et les reflets – à l’intérieur – de l’étendue…

Le pas de plus en plus lucide ; et la terre arpentée moins (beaucoup moins) aveuglément…

 

 

L’oubli – la perte du nom – de moins en moins de visages et de rencontres…

La solitude – (très) amoureusement…

Et cette ardeur accrue à la perpendiculaire du monde…

Entre nous – le vide et la lumière ; le vent puissant ; l’expression du Divin – à travers le regard et le geste ; l’ineffable dont nul ne peut mesurer le poids sur nos existences…

 

*

 

Ceci ou cela – ici ou ailleurs – ce destin ou un autre…

Tout égal – tout pareil – tout qui passe – sans (réelle) importance…

Et l’essentiel alors (s’il en est un) ?

Notre manière d’être présent (bien que nous n’ayons aucun choix sur notre façon d’être au monde)…

Quoi donc alors ?

Être soi-même – sans rien renier ; incarner toutes les parts que nous sommes – toutes les parts que nous portons – telles qu’elles sont – telles qu’elles se présentent (à l’instant où elles se présentent) ; et ainsi, peut-être (rien n’est moins sûr) assumer son rôle (variable – provisoire – circonstanciel) – occuper la place qui est (supposément) la nôtre – celle que chaque situation impose – dans tous les cercles qui composent l’infini…

Rien de plus – rien de moins ; le plus proche de soi – de la vérité – sans doute…

 

 

Le lieu de l’indifférence et de la mort – sur le terrain où nous défient les fleurs…

La beauté rayonnante – l’assise souterraine – pour des siècles de vie – à la merci des Autres – offertes – jouant des pétales et des couleurs – généreuses en pollen – indéfiniment provisoires…

L’existence de l’être – sans (jamais) en avoir l’air…

Souveraines en tous les lieux où semblent régner l’indifférence et la mort…

 

 

Le jour penché sur notre épaule – par pure amitié – en hommage à ce que nous fûmes – à ce que nous sommes – à ce que nous serons (à jamais) – en hommage à ce que nous vivons l’un et l’autre parfois ensemble – d’autres fois (presque) séparément…

Comme notre ombre – comme l’herbe et le ciel – comme la lumière – la tristesse et la nostalgie – comme la douleur – comme le monde et la joie – comme les Autres – les arbres – les choses – tous les visages d’ici et d’ailleurs – un peu plus loin – beaucoup plus loin ; cette (incroyable) parentèle – cette immense fratrie oubliée ; notre seule appartenance ; et le vide géniteur (bien sûr)…

 

 

Le vide consistant ; le monde sans épaisseur…

Ce qui est (secrètement) désiré – sans volonté (véritable)…

Le cours des choses – des aléas – qui s’inscrivent dans l’histoire lorsque l’on marche (précautionneusement) sur le fil du temps ; et plus encore – l’instant sans ascendance – sans descendance – orphelin et séparé de tous les autres (simples possibilités – potentialités – pour ceux non avenus et entièrement intégrés à l’instant présent pour ceux qui ont déjà eu lieu) ; le corps – le cœur – l’esprit – éprouvant le chaud et le froid – le haut et le bas – la tristesse et la joie – comme le seul Absolu possible (et imaginable) – à chaque fois – la seule chose à vivre – la seule chose qui puisse exister – comme si le reste n’existait pas…

 

 

Le bruit du monde au fond de l’abîme – ce que nous créons – ce que nous inventons – en gesticulant – en empruntant des routes – en gravissant des murs – en essayant de franchir les frontières du périmètre dans lequel on nous a condamné(s) à vivre…

Immergé(s) jusqu’au cou – dans les eaux souterraines – le bleu au fond de l’âme jamais entrevu…

Le mirage jusqu’à la déraison…

Quelque chose entre la bêtise et l’obstination – la sente arpentée – les semelles usées jusqu’à la corde – les pas mécaniques – la tête déconnectée du corps – déconnectée du reste…

Sur le bord du chemin – l’espérance – l’ailleurs déjà – comme un suspens – une halte – et tous ceux qui ont abandonné la partie – et le monde à lui-même…

Le début d’un autre rêve – peut-être…

 

 

A la fois l’œil et l’étendue – l’invisible et la matière – l’espace et le cœur sensible et engagé…

Dieu – ce qui (nous) semble si dérisoire…

Le temps ramené à sa plus petite unité non mesurable…

L’infini – partout – jusque dans nos gestes les plus ordinaires – ce qui sort de nos lèvres ; l’œuvre de l’âme et de la main sur la page…

L’infini ouvert qui s’entrouvre en chacun ; notre besogne commune et singulière…

 

*

  

L’âme morte – mille fois – sans rayonner – comme une ombre jetée au fond d’une crevasse de chair animée…

Rien de perceptible sinon cette tristesse inexplicable dans les yeux…

Une douleur – comme un oubli…

 

 

Voué(s) aux choses de la nuit – aux ruines et au froid – au monde profondément terrestre…

Ce côté rugueux auquel nul ne peut (réellement) échapper ici-bas…

Comme un décor – au cœur d’une immense arène – avec mille tragédies – sur fond de solitude – gorgée de corps-à-corps ardents – de tête-à-tête sanglants – de face-à-face funestes…

Le mariage du glaive et des grilles – de la poussière et du sang ; la vie et la mort (très intimement) entremêlées…

Une enfance sans soleil – sombre et triste ; les balbutiements d’une humanité affligeante …

 

 

Inlassablement – la lumière…

Les voiles de la nuit – la violence de la terre…

Les pierres – les arbres – les bêtes – les hommes – comme des marionnettes soumises aux exigences des Dieux…

Et des fleurs dans la voix – la parole claire – adressée à ce qui, chez quelques-uns, commence à émerger sous les paupières – dans le regard – au bord du cœur…

Le monde jeté au fond de ce puits démesuré – (passablement) inquiétant…

Et ces âmes – trop lourdement chargées – qui s’épuisent (assez vainement) à remonter…

Et ce bleu – jamais découvert – pas même imaginé – à l’intérieur ; cet espace vif – vivant – vibrant – sensible – la seule entité, en ce monde, capable d’accueillir (sans jamais se plaindre ou nous blâmer) nos pirouettes et nos pitreries – nos sanglots et nos jérémiades – toutes nos (vaines) gesticulations – toutes nos (piètres) tentatives pour exister – comprendre – nous échapper…

 

 

Plus loin qu’autrefois – dans l’œil – la chair – le pas…

Tous les livres sur nos lèvres – dictés mot après mot – éructés par l’âme…

Le silence limpide qui, parfois, se transmute en parole – en poésie…

Une manière, sans doute, de toucher (en partie) le cœur humain – de remuer un peu la terre – d’essayer d’engager l’immensité dans l’histoire des hommes – dans l’histoire du monde…

 

 

Le vent – sur toute la largeur de l’existence…

Tous les bruits du monde ; à l’abri – comme calfeutré à l’intérieur – les oreilles qui dépassent – à peine…

Le jour – pour personne…

De nouveau – seul – au cœur des collines – de la forêt ; et l’ombre de la mort – au-dessus de notre tête – qui nous survole en cercles lents – prête à fondre sur nous en un éclair…

 

 

Entre l’axiome et l’abîme – peu de vérité…

En un instant – hors de soi – comme éjecté…

Les yeux tournés vers le ciel des hommes – le front bas – les mains jointes (en prière) – une manière d’être au monde avachie – sans tenue – la tête et le cœur séparés – juste à côté des jambes…

Enfermé(s) dans l’enceinte commune – en quelque sorte…

Incapable(s) d’aller plus loin – de franchir la moindre frontière – d’échapper au périmètre (étroit) des indigents…

L’esprit inquiet – les pieds coincés sous la pierre – enchaîné(s) à l’histoire façonnée par tous ceux qui nous ont précédé(s) – par tous ceux qui s’éreintent à nos côtés (aussi impuissants que nous)…

Piégé(s) dans le même espace – entre l’axiome et l’abîme…

Et plus loin – sur l’autre rive – sur l’autre versant – le ciel et la lumière – inaccessibles ; ce que les hommes (certains hommes) apparentent à la vérité ; le prolongement du même mensonge – de la même illusion…

 

*

 

Les hommes à genoux – à la saison des morts – sur le chemin (périlleux et douloureux) de l’agonie – le visage sombre – plus même un visage – un masque de cire – l’âme et la chair terrifiées – pétrifiées – si peu préparées à l’échéance – incapables de faire face au défi des jours – de reconnaître le rôle souverain de la métamorphose et de l’oubli…

Nous – à chaque instant – au tournant de l’essentiel…

Sans arrêt – sans répit – sur la voie secrète et mystérieuse du mûrissement…

 

 

Dans un coin (oublié) du vide – face à ce regard indescriptible – au-dedans – bien plus vaste que le monde – l’univers – nos ambitions…

La cible rêvée – inaccessible…

Et l’errance des pas et du langage…

Cette impossibilité d'être rejoint…

 

 

L’existence – comme un quiproquo…

Un espace inhabitable – un refuge restreint à l’air vicié – un guet-apens – une sorte d’embuscade préparée par tous nos ascendants…

Un point lumineux – quelque part – encore invisible…

Et les jours qui coulent – comme l’eau de la source ; et la mort qui, à chaque instant, se rapproche – sournoise – la bouche ouverte – l’œil retors – l’outil sur l’épaule – le geste, à chaque fois, imparable et silencieux – se cachant derrière nous – au-dessus de notre inexpérience – au cœur de notre terreur – de notre crédulité – prête à s’abattre – à initier le dernier souffle – à nous fermer les paupières – à nous précipiter vers Dieu ou (selon la sensibilité – selon la maturité) vers le prolongement de l’absence ; dans tous les cas – vers une nouvelle expérience…

 

 

Le corps ramassé sur lui-même – l’esprit replié – l’âme roulée en boule ; comme la seule réaction possible face à la rudesse du monde ; se terrer face à la terreur exercée par les Autres (tous les Autres) ; une manière de se faire encore plus minuscule – à défaut de pouvoir fuir ou disparaître…

Le destin de (presque) tous les hommes et de (presque) toutes les bêtes…

L’existence réduite à un seul possible ; un monde sans alternative…

 

 

Le silence et le vent – sur la page…

L’encre noire – (très) lointain reflet du bleu…

Une manière d’affirmer sa présence face à l’indifférence – face à la faim…

Le malheur des créatures – conforme à leur aveuglement…

En chemin – au jour – au monde – ce que nous sommes (aussi pleinement que possible)…

 

 

La chair brute – revisitée – assouplie parfois – au même titre que l’esprit et l’âme…

La matière pendante – la tête étroite – le cœur confiné – soumis à des exercices visant à retrouver l’ardeur et l’envergure nécessaires à l’humanisation de ceux qui se disent – qui se prétendent – humains…

Le gage d’un monde meilleur (ou, du moins, plus vivable)…

 

 

Ce qu’il faut effacer – soustraire – oublier – pour pouvoir s’adosser au vide et devenir, peu à peu (ou, parfois, de manière soudaine) ce qu’il reste lorsque tout a disparu – lorsque nous sommes parvenus à nous débarrasser des choses – des noms – des visages – du monde et du temps…

 

*

 

A l’intérieur – le temps retroussé – le chemin à rebours ; avec le cœur du monde retenu par le souffle – et poussé aussi parfois – emporté par les eaux et le vent – vers les âmes et la lumière…

Au-dedans – tous les extrêmes et une partie (substantielle) du centre – comme au-dehors – et l’autre part ? On ne sait pas – on n’en sait rien – personne ne cherche – n’a jamais (réellement) cherché – à savoir… comme partout ailleurs – la même unité et la même densité – on le devine – on le suppose – on le ressent parfois – ainsi tout se dessine et a l’air d’exister…

Le vide joyeux dansant avec toutes les formes – toutes les frontières – tous les au-delà…

 

 

Le soleil au-dessus des arbres – le ciel parfait – à l’intérieur – avec des forêts grandes comme des continents – peuplées de bêtes et de rochers – les uns et les autres amoureux de l’ensemble jusqu’à la folie…

Des cascades de signes et de lumière…

Des paroles et du silence – qui, mis bout à bout, forment de longues guirlandes de joie que l’on accroche à toutes les poitrines consentantes…

Traversées par des rivières – et des âmes qui ont jeté tous leurs atours et toutes leurs cartes – se fiant aux dés des Dieux – parcourant l’étendue à grandes enjambées sans rien connaître du monde – de leur identité – de la géographie des lieux…

Un instant – des instants peut-être – où se télescopent toutes les époques – toutes les phases du temps…

La voix haute dans cette encre (presque) magique – comme une main – une hampe – un crochet – voués à inverser tous les rôles – toutes les figures et toutes les latitudes – offrant au lieu de prendre – caressant au lieu d’asséner – dispersant et effaçant au lieu de bâtir et de dresser…

Aussi frêle qu’autrefois – discrète et attentive – aussi superflue qu’essentielle – nécessaire seulement lorsqu’elle se manifeste naturellement ; comme la vie qui vient – comme la vie qui va…

 

15 août 2023

Carnet n°296 Nomade des bois et des hameaux – vie d'un ermite itinérant (seconde partie)

Juillet 2023 

14h45 – 15h préparation pour la rando

 

Se préparer pour la marche quotidienne

Harnaché pour la rando du jour ; sandales(1) (de marche), short court(1), t-shirt sans manche(1), sac à dos dans lequel on glisse une bouteille d'eau et une pochette(2) qui rejoignent la paire de jumelles et divers accessoires (couteau, corde, ficelle, poncho etc etc) rangés dans l'une des poches principales. Un parapluie(3), le sac de rando(4) de Bhagawan et notre inséparable bâton(5) viennent compléter la panoplie.

Voilà ! On est prêt à emprunter la première sente venue !

(1) ou, selon la saison, chaussures de randonnée, pantalon treillis et pull

(2) qui contient notre porte-cartes, nos lunettes et les clés du camion

(3) parapluie de randonnée contre les averses et le soleil – s'il fait réellement chaud et que le sentier n'est pas à l'ombre – que l'on attache à l'aide d'une sangle élastique

(4) Sac de transport porté en bandoulière transformé en sac de rando ; renforcé avec des bretelles allongées (et consolidées) muni d'un coussin (moelleux) et capable de supporter, chaque jour (expérience à l'appui), près de 9 kg sur des kilomètres et des kilomètres...

(5) un vieux bâton en bambou trouvé, un jour, sur le chemin

 

Journal poétique (extrait)

A demeure ; l'idée du monde

Et qui tourne – s'édifie ; pierre après pierre – d'une perspective à l'autre

Sous toutes les couleurs ; le rêve et la beauté

Le visage du réel affranchi des reflets

Au-delà du sombre et du chatoyant

A travers le feu ; et derrière le miroir

Au cœur du cercle ; aux côtés du vent – de la mort – de la joie ; déjà (parfaitement) entouré(s)

 

Sac à dos, voyage et poupées russes

Vivre en roulotte revient, d'une certaine façon, à voyager (à la fois de manière pratique et symbolique) avec un énorme sac à dos. Lorsque l'on prend la route, on emporte avec soi tout ce que l'on possède*. Dans cette perspective, on pourrait dire que le camion constitue la première – et la plus grosse – des poupées russes.

* Nous n'avons entreposé aucun objet personnel chez des parents, chez des amis ou dans un entrepôt de stockage destiné aux particuliers. Tout est rangé dans le camion ; et il ne nous faut pas moins de 3 bonnes heures pour le débarrasser de tout ce qu'il contient...

Lorsque l'on part en randonnée l'après-midi, on emporte un sac à dos qui contient les objets les plus importants(1) (nos papiers, nos lunettes et les clés du camion) et le nécessaire pour la marche(2). Sur les chemins, on pourrait donc dire que l'on porte (et emporte avec nous) la deuxième poupée russe – bien moins volumineuse que la première...

(1) ceux qui nous permettent d'adopter ce mode de vie et ceux – incontournables – qui nous donnent une « existence légale » dans la société des hommes...

(2) voir la rubrique précédente

Lorsque l'on doit renouveler nos provisions alimentaires dans une grande surface commerciale, on n'emporte que la pochette (évoquée quelques lignes plus haut) que l'on pourrait considérer comme la troisième poupée russe du dispositif...

Lorsqu'il nous arrive de nous promener nu* en été, on ne porte (bien sûr) ni vêtement, ni chaussures, ni sac à dos. Notre bagage se limite au corps, à l'esprit et à ce que l'on porte à l'intérieur. Et cette nudité pourrait être considérée comme la quatrième poupée russe...

* lorsqu'il n'y a personne aux alentours... On est un adepte assez enthousiaste – et assez convaincu – du naturisme. Ah ! Le bonheur de marcher dans le plus simple appareil ou de se baigner nu dans la rivière...

Enfin, lorsque nous mourons, nous délaissons le corps (en tout cas le corps organique) et, à cette occasion, il nous semble que l'esprit* voyage à sa manière vers d'autres lieux – vers d'autres mondes – vers d'autres cieux. Et cet esprit (presque pur esprit) pourrait, sans doute, être considéré comme la cinquième (et dernière) poupée russe...

* qui cesse, peut-être, en ces circonstances, d'être perçu comme strictement personnel

C'est ainsi que l'on appréhende le voyage – tous les voyages (les petits et les grands)...

 

Antoine de Saint Exupéry

« Celui qui veut voyager heureux doit voyager léger. »

 

Journal poétique (extrait)

Le souffle ardent ; intensément solitaire

A travers le monde – le pas – le vent – la poésie

Et les bêtes dans leur passage ; et certaines âmes dans leur voyage

A travers ce qui monte ; la source inconnue ; apprivoisée

Le poids de ce qui s'en va ; et la légèreté du reste

 

Journal poétique (extrait)

Comme un tambour ; le cœur – la vie – le rythme

Des vibrations sur le fil ; les barreaux de l'échelle

Le temps à rebours ; le monde couché – à travers les yeux de ceux qui respirent ; et ses règles du jeu que nul ne comprend vraiment

 

Il existe d'autres mondes – d'autres dimensions du réel

Inutile d'établir la liste des mondes possibles (ou probables). Limitons-nous à ceux qui sont accessibles à l'esprit humain à travers l'hypnose, le rêve, le sommeil profond, le coma, la mort, les expériences de mort imminente, le voyage astral, la transe chamanique ; au cours de ces moments ou de ces expériences, quels univers – quelles contrées – traversons-nous ? Sommes-nous capables de répondre à cette question de manière satisfaisante...

Et qui sait où nous étions (et ce que nous étions) avant notre naissance et où nous irons (et ce que nous deviendrons) après notre mort ? Les religions offrent toutes quelques explications (avec des différences et des points communs) qui s'avèrent (en général) peu utiles...

Aucune réponse recevable ne peut être apportée ; il convient de chercher par soi-même (et, surtout, de se laisser trouver...). Selon sa sensibilité et sa compréhension* pourra s'esquisser une conviction ou une intuition, capable peut-être de se transformer en certitude – en évidence inébranlable – lorsque l’expérience intérieure offrira suffisamment d'éclairages et de précisions...

* qui évoluera, sans doute, avec l'expérience et la maturité...

 

Ibn Arabi

« Aller vers Lui est l'essence de l'ignorance, le repos en Lui est l'essence de la Connaissance. »

 

Journal poétique (extrait)

Ici ; au milieu de la lumière ; dont notre visage est le parfait reflet

Étranger au monde ; de plus en plus

Vers le haut et vers le bas ; simultanément

Laissant le désir hors du cercle

Comme effacé par l'immensité

Au-delà de la mémoire et du temps ; au centre de l'espace

Au royaume de l'âme et de la pierre ; là où l'arbre donne le rythme et la direction ; là où l'on peut (encore) s'initier à la vie haute et intime – à la vie vraie ; là où nous sommes – là où nous marchons – là où nous allons ; autant que l'endroit d'où nous venons

 

Journal poétique (extrait)

Temps d'apôtres à la bouche tordue ; à la parole grise ; à la tête lasse

L’œil si serré contre soi ; en ce siècle de sang et de cécité

En ces temps de hurlements et de cœurs blessés

Ni fleur – ni pierre – ni arbre – dans leur panthéon édifié à la gloire du monde

Ni bête – ni homme à la bouche droite ; au cœur plus large que le monde ; au sang si proche de la sève ; et à l’œil qui voit

Dans la proximité de ce qui n'a de visage ; familier du vide et de l'invisible ; dont le chant célèbre les feuilles et les pétales ; tous ceux dont l'âme est silencieuse

En plus de la danse – la joie – la beauté ; et la prunelle malicieuse

 

Lorsque la méditation remplace la marche

Les jours de pluie(1), il nous arrive de remplacer la marche par une séance de méditation(2). On s'installe(3) alors entre la table et le meuble de la cuisine – les jambes croisées en position du demi-lotus(4). On balance (très lentement) le buste à la recherche d'une verticalité équilibrée et confortable, puis on laisse la détente(5) et la paix se déployer naturellement. Et l'on demeure ainsi, le corps et l'esprit à leur aise, en se faisant le témoin à la fois attentif et détaché des sensations et des pensées, laissant tout advenir, laissant tout passer, laissant tout s'effacer ; n'étant rien, ne devenant rien ; un espace vide (peut-être) – une conscience-présence sans nom – indéfinissable – inappropriable...

(1) lorsque la pluie est dense et ininterrompue

(2) méditation formelle assise

(3) sur le vieux tapis qui sert à nos exercices physiques quotidiens

(4) posture que le corps prend naturellement tant elle nous semble naturelle aujourd'hui – nous avons pratiqué la méditation formelle pendant de nombreuses années (il y a longtemps) et, chaque jour, lors des pauses que l'on s’accorde, durant notre marche, on adopte, de manière naturelle, cette position qui nous paraît stable et confortable...

(5) un état entre le relâchement et la vigilance – ni trop tendu ni trop relâché – à la manière des cordes d'un instrument de musique comme le précisent certains préceptes du bouddhisme zen

 

Muso Soseki

« L'esprit affairé, le monde immense est trop étroit. L'esprit vacant, un coussin est assez large. »

 

Journal poétique (extrait)

Ne plus y être ; et y être encore

Entre le désir et la pierre

Ne nous agrippant à rien

Des paroles comme un ciel découpé ; et offert

Davantage – peut-être – que le monde – les étoiles et les rêves – réunis

Mais moins que la première fleur pourtant

Malgré l'infini qui – entre les doigts – se tend

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'intimité (redoutable) de l'espace

Le visage penché sur le silence

Et le rire ; comme une respiration de l'invisible

A l'écoute du plus haut – en soi

Derrière ces rives étrangères ; l'inconnu

A travers des lèvres sans bouche ; des signes sans support ; jusqu'au premier souvenir – jusqu'au plus fantasque des sauts dans la matière

Et toujours passant – bien sûr

 

Méditations formelle et informelle

Aujourd'hui, on ne pratique la méditation formelle qu'à de très rares occasions – lorsqu'elle s'invite spontanément ; on ne s'y adonne jamais pour parvenir à quelque état (comme on le faisait autrefois). On s'assoit – une jambe repliée sur l'autre – sans rien chercher – sans rien fuir – seulement pour la joie d'être assis sur le sol...

Cette absence de pratique formelle n'est pas une paresse ; elle s'est imposée à mesure que la méditation informelle* – cette attention sereine et naturelle – s'est installée dans nos activités journalières et nos gestes quotidiens. Aujourd'hui (et depuis quelques années) l'esprit n'éprouve plus le besoin de vivre autre chose que ce qui est là – que ce qui, à cet instant, est offert par la vie, par le monde et les circonstances, il ne cherche plus à parvenir à quoi que ce soit...

* non formelle, non assise – qui advient, de manière naturelle, dans les activités et les gestes de la vie courante

Il n'y a plus ni désir, ni projet. Il y a cette tranquillité sous l'écume des gestes et des pas qui, parfois, s'animent encore avec vivacité. Il y a ce qu'il y a ; et cette joie, et cette paix malgré l'agitation du monde, du corps et de l'esprit quelques fois – malgré la tristesse, la nervosité ou l'inconfort. Tout est vécu d'une façon (assez) égale...

Les états et les événements sont accueillis comme ils arrivent, comme ils se présentent. On ne les transforme pas, on ne les amplifie pas, on ne les atténue pas, on cesse de jouer avec...

 

Tao Hsin

« La méthode authentique consiste à ne rien faire de spécial ».

 

Notes diverses

Il n'y a rien à changer à ce qui est, ni en soi, ni en l'Autre, ni en ce monde...

 

Journal poétique (extrait)

A se résoudre au feu – à la bêtise – au sacrilège ; à la matière malmenée

Comme de la fumée entre le sol et le ciel

Au-dessus des pierres ; et au-dessus des siècles

A coups de boutoir – sous la même étoile

A consentir jusqu'au rêve – jusqu'au sommeil – jusqu'à pactiser avec les forces les plus noires – les plus souterraines

 

Séance martiale

De temps à autre, on s'offre également une séance de bâton martial (avec l'un des nombreux bâtons rangés dans la roulotte). L'occasion de s'exercer à quelques mouvements (directs et circulaires) contre un ou plusieurs adversaires fictifs – une sorte de danse avec la terre et le vent – un exercice auquel on prend un réel plaisir. Une chorégraphie aérienne qui nous donne des airs de grand singe qui gesticule, avec une certaine grâce, à quelques centimètres du sol...

En de plus rares occasions, il nous arrive aussi de sortir quelques couteaux et étoiles de lancer ainsi qu'une cible fabriquée avec quelques planches épaisses ; et tel un adepte du kyudo(1), on se livre à une sorte de long exercice méditatif(2) qui requiert une forme d'attention libre et ouverte, un vide et un effacement ainsi qu'une synchronicité entre le souffle, la main et l'absence d'intention; une manière d'expérimenter la dissolution (partielle) des frontières entre l'esprit, le corps, le geste et l'espace et d'expérimenter la fusion entre le mouvement, la cible et l'arme projetée.

(1) Tir à l'arc japonais – activité pratiquée par les adeptes du zen au même titre que la calligraphie, la cérémonie du thé ou l'art de l'arrangement floral

(2) séance qui dure, parfois, plusieurs heures

En dépit de notre attitude pacifique, cette pratique martiale s'avère violente (on le ressent très intimement – pénétration agressive de la pointe d'acier dans la chair tendre du bois – activité symboliquement très masculine) ; elle génère, malgré la douceur et l'absence d'intention malveillante, une sorte d'énergie négative ; aussi ne s'y exerce-t-on que de manière (très) occasionnelle...

 

Journal poétique (extrait)

Ce qui sait – en nous ; comme une force inébranlable

Comme un livre ouvert – pourtant – à travers ce qui vient – ce qui passe ; à travers la moindre circonstance

Comme des flèches pointant vers le centre – cet espace que chacun recèle ; à disposition de ceux qui ont capitulé ; de ceux qui ont abandonné toutes leurs armes

 

15h – 15h15 en balade / en rando

Un pied devant l'autre sur une sente étroite qui traverse le massif forestier. Au milieu des hêtres et des pins. On marche en silence – attentif à ce qui nous traverse et à ce que nous traversons ; l'esprit vide, humble et respectueux. Allant là où se dirigent les pas* – là où le cœur et l'intuition nous guident – au gré des pistes et des pentes.

* sans le moindre enjeu sportif

 

Notes de la forêt

A larges bords ; les chemins. La possibilité du monde ; la possibilité de soi. A égales proportions ; selon la sensibilité et les prédispositions.

 

Notes de la forêt

A dévaler les pentes ; à explorer le royaume caché. Entre les troncs et le cœur vertical.

 

Journal poétique (extrait)

Au milieu des éboulis ; la même lumière pointée par le doigt

Moins longue – peut-être – la route

Comme un retour vers le haut

Vers l'élargissement vertical du monde

Par la voie la plus escarpée

L'âme (toute) frémissante

 

Rencontre forestière

Cet après-midi, on a croisé une martre. Sur un étroit sentier dans les sous-bois. Elle a traversé à quelques mètres devant nous. Elle s'est arrêtée un instant, nous a regardé(s) puis a sauté derrière le talus et s'est éloignée – échappant à notre regard... Belle et furtive rencontre !

 

Journal poétique (extrait)

Le ciel ; quelque chose du monde

Là où s'attardent les bêtes ; et les âmes silencieuses

 

Instants de communion

Longs instants de communion silencieuse avec ceux qui peuplent la forêt...

Un regard – un geste – pour une pierre – un rocher – une fleur – un arbre – un insecte ; et quelques paroles toujours pour les vaches, les brebis, les chèvres, les chevreuils, les oiseaux, les lézards, les serpents, les chats, les renards, les chiens et les sangliers rencontrés...

Mille gestes – mille regards – mille attentions – à l'intention des bêtes – visibles et moins visibles. Comme si notre humanité essayait (assez maladroitement) d'offrir – de partager (un peu) – ce qu'il y a de plus beau (et de plus respectable) en l'homme...

Une humanité qui ne place le bipède ni au centre – ni au-dessus – des autres créatures ; un vivant parmi d'autres vivants. Et pas davantage...

 

Notes de la forêt

Si proche des arbres – des bêtes ; de ceux qui s'enivrent de terre et de liberté.

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur touché par le plus simple ; cette fraternité sauvage ; sous les mêmes étoiles que les hommes – pourtant

La terre naturelle – authentique ; véritable peut-être ; sans croyance – sans préjugé – sans interdit

Le règne du passage et de la nécessité ; le règne de l'éphémère et de l'essentiel

L'appartenance et l'indistinction sur chaque visage ; relié(e)s (très) instinctivement

Et le pressentiment du plus proche – du plus profond – du plus commun ; ce qui manque – si cruellement – à l'esprit humain

 

Organisation et attitude humaines funestes

Affligé(1) par l’œuvre de l'homme – par ce que l'organisation humaine (à laquelle on appartient et à laquelle on participe malgré soi(2)) fait subir aux êtres – à tous les êtres – de ce monde ; une terre, un sous-sol et des océans indûment pollués et exploités, des végétaux piétinés, arrachés, mutilés(3), plantés de manière industrielle – réduits à un usage alimentaire, à un moyen de chauffage ou à un décor revitalisant, des animaux réduits à des conditions de vie infâmes (de la viande sur pattes) ou qui voient leur territoire drastiquement restreint et/ou saccagé et des hommes réduits à l'état de misère et d'esclavage...

(1) selon les jours, attristé ou en colère

(2) d'une manière ou d'une autre

(3) Partout le spectacle désolant de haies lacérées ou taillées jusqu'au moignon – jusqu'au sang, de grumes entassées, de parcelles essartées, de territoires abîmés, détruits, vandalisés par la brutalité indifférente et irrespectueuse des engins mécaniques ; tondeuses, débroussailleuses, tronçonneuses, scies démesurées et engins forestiers monstrueux qui coupent et découpent – détruisant – déchiquetant – écrasant indistinctement tout ce sur quoi ils passent et anéantissant en quelques secondes le lent, beau et patient travail du vivant...

 

Notes de la forêt

Et cette réminiscence cruelle des ambitions humaines ; visibles jusqu'ici – au fond des forêts ; cette lèpre qui exploite – qui saccage – qui fait feu de tout bois pour tirer profit. Au nom de l'odieuse (et pitoyable) souveraineté de l'homme.

 

Notes diverses

Beauté encore ; beauté toujours – de ce monde parallèle au monde – de ces vies qui s'inscrivent dans les marges laissées par le peuple dominant ; volontaire – régulateur – exploiteur – industrieux.

Paroles à charge (évidemment) ; éminemment réactives aux dégâts commis ; et à la blessure ressentie.

 

Journal poétique (extrait)

L'absence conjuguée par toutes les figures noires et hostiles ; (atrocement) prétentieuses

Le regard menaçant ; le bleu oublié au fond de la béance

Et le silence pour appuyer toutes les sentences prononcées

Les paumes pleines de haine et de (fausses) vertus

Au cœur même du sommeil ; l'autorité et le monde réifié ; l'empire des hommes

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur – trop souvent – annexé par le drame

De lieu en lieu ; (presque) à chaque circonstance

L'âme terrestre ; comme embrigadée par la chair et l'épaisseur

La parole douloureuse ; comme exercice (simple exercice) de confession

Et dans l'expectative (angoissée) de la sentence

Sur nous ; à la fin des jours – à la fin des temps – sur le point de nous écraser ; un tombereau de jugements – d'interdits – de damnations

Encore trop humain – sans doute

 

Au moins deux manières d'appréhender la crise écologique (et climatique) actuelle

Au vu des problématiques et des enjeux contemporains – la crise écologique et climatique – l'extinction des espèces – la disparition de la biodiversité – les ambitions et aspirations (aveugles et aberrantes) des sociétés humaines(1), la monstruosité de leur organisation et les nombreux préjudices qu'elles engendrent, 2 camps principaux semblent s'opposer ; d'un côté, les partisans du (soi-disant) progrès, du monde d'avant qui avance (du monde de toujours qui progresse vers un idéal assez mal défini – et même absurde(2) à certains égards – toujours plus de confort, de bien-être, de facilité(2)) et, de l'autre côté, ceux qui ont pris conscience de la nécessité d'un changement radical de paradigme, de perspective et de priorités...

(1) d'un grand nombre de sociétés humaines

(2) comme s'il nous était possible de répondre (grâce au progrès technique) à nos exigences croissantes – qui semblent tendre vers un infini irréaliste, déraisonnable et fou...

 

Journal poétique (extrait)

La chair et l'âme du monde que l'on enchaîne et que l'on assassine ; au nom du progrès ; au nom du confort de l'homme

Le cœur caché du secret ; et l'horreur perceptible – comme une drogue

L'Amour si loin de ces éclats rouges ; et habitant aussi leurs profondeurs (d'une manière apparemment paradoxale)

Dérisoires ; nos pages – le jour – toutes les promesses de la lumière ; face à cette souillure – face à cette dévastation

 

16h15 – 16h30 pause pendant la rando

 

Haïku

« Dans la forêt

au milieu des nuages

la salle de méditation »

 

Notes de la forêt

Une bête – au milieu des siens – au milieu des fleurs. Le séant posé sur la pierre ; dans le mimétisme de la roche ; la rudesse et l'immobilité ; un support à lichen ; une alliance avec la mousse ; si l'on restait ainsi pendant des jours et des semaines – pendant des mois et des années – pendant des siècles ; dans ce contact direct avec le sol et le ciel ; laissant le vent et la pluie œuvrer aux rapprochements – aux assemblages – aux communions.

 

Rencontre sylvestre

Debout – immobile – sous un grand chêne dont on ressent (avec évidence*) la bienveillance – une sorte de tendresse pour le petit bout d'homme qui le regarde – émerveillé – le cœur empli de gratitude et de respect. On sait – on sent – qu'il comprend – qu'il perce – en une fraction de seconde – ce qui nous habite à cet instant. En un éclair, il devine ce qu'abrite notre cœur – la nature de nos intentions...

* presque avec certitude

Et on le (et on se) regarde encore plus intensément – impressionné – une main timide sur son écorce rêche – comme un grand-frère – un vieux sage (à la sagesse encore inaccessible à l'homme) – commeun être – quelqu'un – qui aurait tant à nous apprendre si l'on savait l'écouter – si on prenait le temps de vivre à ses côtés...

 

Notes de la forêt

Et le vert sur la peau qui a – sans doute – commencé sa métamorphose ; le corps façonné par la patience et l'immobilité.

 

Journal poétique (extrait)

Auprès des arbres encore ; sous un ciel plus haut ; sans autre horizon

Le vide ; et l'absence de temps

Le règne du seul et de l'ensemble

A la cime du cœur ; vers l'envol

Au-dessus de l'abîme et des bruits

Rien qu'en se tenant là ; parmi ceux qui écoutent ; si verticalement présent(s)

 

Journal poétique (extrait)

Le verbe ; tantôt reclus dans ses tranchées ; tantôt perché sur son promontoire

A entendre le vent ; et à le sentir devenir nôtre ; indissociablement

Sans incident ; alors que s'opère l'effacement

Encore assis sur cette grosse pierre ; le cœur moins morose (moins gris) qu'autrefois ; léger (bien plus léger)

La pâte humaine – dans son gouffre – prise dans les filets de la lumière

 

Rencontrer l'Autre

Écouter le monde, écouter les arbres et la roche. Ressentir les vibrations et les énergies. Être humble, poreux, ouvert, attentif, vide (suffisamment vide de soi – vidé de soi), disponible, sans volonté, sans a priori. S'effacer. Ne plus désirer, ne rien attendre. Écouter... Alors la connexion – la communication – avec les non-humains peut s'établir...

 

Le monde de l'esprit et des esprits

L'esprit. Les esprits. Celui de la terre, celui de la forêt, celui des arbres, celui des plantes, celui des roches, celui des bêtes, celui des hommes. L'esprit des morts et des vivants. Partout présents, provisoirement insérés au cœur de la matière ou momentanément affranchis de la chair. Ici même – et partout – ressentis – entraperçus* – en particulier lorsque l'attention se dilue, semble sortir de la boîte crânienne pour flotter – devenir assez inconsistante pour se situer, à la fois, nulle part et (un peu) partout. Le regard parvient alors à percer (un peu) le visible et le monde des apparences, à traverser le rideau de la matière et des images, à faire disparaître (momentanément) les frontières les plus grossières entre les formes.

* encore très superficiellement – sans doute...

 

Journal poétique (extrait)

Adossé à l'ombre, peu à peu, grignotée

L'azur – en soi ; autant que la lumière

Au zénith de la poussière

Les liens défaits ; à nos pieds – les plus grossiers (les plus élémentaires) ; et les plus subtils qui s'affinent – se renforcent – se déploient ; au lieu de l'abîme – au lieu du sommeil

Sans trêve ; les yeux fermés sur les Autres – le monde – le temps

Comme attendant (sans impatience) le début du jour

 

Le contact avec la terre

Les pieds nus sur le chemin qui caressent le sol, qui sentent la terre, l'humus, le sable, les graviers, les racines, les pierres, toutes les aspérités. Ce qui vibre dans le sous-sol. Et le vent sur le visage, et la sueur sur la peau, et le souffle dans la poitrine, et l'ombre des arbres, et la joie (la joie tendre et enveloppante) qui nous envahit. Comme si l'on était parvenu à ouvrir quelques canaux de connexion avec le monde – avec le réel – avec la matière et l'invisible – avec nous-même(s) sans doute...

 

Notes de la forêt

A la folle saison du désamour. Le retour en grâce de la solitude (de toutes les solitudes). Entre la mousse et le nuage – entre l'humus et le vol de la buse. Et dans l'herbe mouillée aussi (bien sûr). Cette fragrance des bois ; narines dilatées. La sauvagerie dans l'âme ; et dans les mains aux doigts courts et solides.

 

Notes de la forêt

A la jointure de ce qu'offrent l'âme et la terre. Dans le bleu du monde (sans oublier le gris qui, parfois, le traverse).

 

Journal poétique (extrait)

Déchiré par le haut

A travers le ciel ; le fond du monde

Et ces cris (tous ces cris) que reflètent les miroirs

Les mains tendues en guise de drapeau ; et la faux sur l'épaule ; l'essentiel de la réponse face au mystère

Par-dessus les apparences ; ces sortes de boucles qui suivent (très) fidèlement les reliefs de l'invisible

Et la découverte stupéfiante de ses contours – de ses centres et de ses confins (apparents) ; inimaginables

 

L'un et l'autre

L'esprit et la matière – l'un dans l'autre – entremêlés – notre état (l'état des êtres vivants) en cette vie incarnée. Et d'autres fois – à d'autres moments – presque pure matière – comme la roche et la pierre ou presque pur esprit – comme après la mort...

 

Journal poétique (extrait)

Tâtonnant ; la main sur la paroi qui explore ; et découvre ce monde privé de soleil

La tête trop prétentieuse pour s'accroupir – offrir à l'âme les richesses du sol ; et parmi elles, l'issue – le passage vers les hauteurs que nous cherchons (presque) toujours au-dessus des cimes – dans les sphères d'altitude que nous croyons côtoyer alors que l'esprit de l'homme ne s'est pas encore affranchi de sa lie souterraine – de sa gangue de glaise

 

16h30 reprise de la marche

 

Notes de la forêt

Dans l'humus sombre ; la sueur et la sève mêlées. Des pas tantôt légers – tantôt besogneux. Le cœur de chair ; le cœur du chemin ; le cœur de l'arbre ; au milieu de la forêt. Ainsi se dessinent les jours et le voyage ; silencieusement ; les pas qui caressent la pierre ; la semelle enhardie ; l'âme enivrée par la substance – excitée par la semence – des sous-bois.

 

Apprenti botaniste 

Malgré nos longues marches quotidiennes dans les forêts et les sous-bois, sur les routes et les chemins, nos connaissances botaniques restent modestes. Un peu moins de 200 espèces de plantes nous sont assez familières pour les reconnaître (et en donner les principaux usages) alors qu'il en existe, sous nos latitudes, environ 8000* ; et 386 000 sont répertoriées dans le monde (sans compter, bien sûr, toutes celles que l'on ne connaît pas – et qui doivent être nombreuses).

* dont 1000 que l'on peut utiliser à des fins culinaires et/ou médicinales – 300 sont toxiques et, parmi elles, 50 sont mortelles

Notre rapport au vivant – assez fortement teinté de respect – réduit, de manière radicale, nos prélèvements botaniques. On éprouve, en effet, une grande réticence à utiliser les plantes pour notre usage personnel. On a déjà peine à piétiner le moindre brin d'herbe ; on est donc très peu disposé à arracher les feuilles d'une plante et les rares prélèvements que l'on s'autorise consistent à couper*, ici et là, quelques feuilles ou quelques sommités fleuries en laissant toujours la plante vivante et en essayant de ne pas perturber, outre mesure, son cycle ou sa croissance...

* lorsque la plante pousse abondamment sur la zone (ou la parcelle)...

 

Quelques plantes comestibles et/ou médicinales* estivales et automnales

Coquelicot, bardane, cirse, sauge des prés, achillée millefeuille, valériane, mauve, vipérine, campanule, millepertuis, mûre, centaurée, brunelle, reine des prés, angélique des bois, origan, verveine, carotte sauvage, polypode, vergerette, amarante, picride, chénopode, armoise, renouée des oiseaux, benoîte, pariétaire, pourpier, presle, fenouil sauvage, acanthe, tanaisie, ravenelle...

* que l'on trouve en abondance sous nos latitudes

 

Instants d'exaspération

Moments d'énervement parfois lorsque des nuées d'insectes s'invitent, en plus de la fatigue, au cours d'une marche qui se prolonge de manière inhabituelle (lorsqu'il nous arrive de nous perdre, lorsque la chaleur se fait trop accablante, lorsque l'on a suivi – par inadvertance ou par défaut de signalisation – un autre itinéraire...).

Un homme comme les autres (bien sûr) avec ses limites et son étroitesse...

 

Notes de la forêt

A travers la pente herbacée – une sente étroite – le pas harassé. Et quelque chose qui surgit ; quelque chose de l'abandon ; l'annihilation de la volonté – en quelque sorte ; Dieu – les forces – qui nous portent.

 

Journal poétique (extrait)

Piégé(s) par la nuit

Cette (si brève) conservation de la matière

Sous la lumière ; sans l'essentiel

Des choses et d'autres ; et des visages à profusion

Une multitude d'objets – de gestes et de jours – (assez) inutiles

La laideur – l'indigence et le saisissement – à portée de rêve ; à portée de main

Ce que nous partageons tous (sans pouvoir nous en défaire)

 

Pollution forestière

Il nous arrive de croiser des « randonneurs motorisés » – 4x4, motos cross et autres quads – qui arpentent les pistes et les sentiers forestiers, les pentes et les montées à la recherche de sensations fortes – qui dégradent les chemins et détruisent les plantes, en pétaradant pendant des heures, et tournant parfois en rond sur le même circuit, distillant à la ronde leur pollution sonore, visuelle et olfactive. Et nous les regardons passer, selon les jours, avec colère ou affliction...

Pauvres forêts ! Pauvres randonneurs ! Pauvre ermite !

 

Journal poétique (extrait)

Toutes ces choses déchirées ; autour de soi

Et dans ces gestes ; le fond de l'âme

Le cœur chaviré par tout ce noir

Au plus sombre du rêve – sans doute

 

Mésaventures forestières

Il nous est arrivé(1), à plusieurs reprises, d'être pris au milieu d'une battue(2) – encerclé par un groupe de chasseurs et leurs chiens – coincé entre des 4x4 lancés à pleine vitesse et une meute hurlante courant derrière une harde(3) de sangliers. Devant l'imminence du danger, une (salvatrice) décharge d'adrénaline transforme le randonneur placide et contemplatif en « bête de guerre » alerte et vigilante (comme si de vieux instincts archaïques se réveillaient). La situation est analysée en une fraction de seconde et, selon le contexte(4) et la configuration des lieux, en un éclair, l'esprit prend une décision(5)  ; s'aplatir au sol, se cacher derrière un tronc d'arbre, nous signaler en criant, rebrousser chemin, courir à travers bois, continuer à marcher sur le sentier...

(1) au cours de nos balades hivernales (la période de chasse débute en septembre et s'achève fin février)

(2) chasse au grand gibier comme l'appellent les thuriféraires de l'activité cynégétique

(3) On a coutume d'appeler « compagnie » un groupe de sangliers mais ce terme nous semble trop « humainement » connoté...

(4) qui évolue à chaque instant

(5) Au cours de l'une de ces rencontres, à peine quelques secondes après nous être réfugié sur un petit sentier perpendiculaire à la piste sur laquelle on marchait, un tonnerre de détonations (pas loin d'une cinquantaine) a décimé une groupe entier de sangliers à quelques dizaines de mètres de l'endroit où l'on se tenait (à la fois) tremblant, en colère et malheureux... Et à plusieurs occasions, on a été le témoin direct de sangliers abattus – devant nos yeux ; drames qui jamais ne nous laissent indemne...

 

Journal poétique (extrait)

Le nez baissé sur le sol et le sang

A l'envers ; l'étreinte ; et l'âme (assez) sérieusement atteinte

Sur le trésor dispersé ; un peu de neige et d'argile

Et dans nos gestes ; et au cœur de ce que nous vivons ; l'innommable ; et tant de possibles ; et tant d'impossibilités

Toute l'histoire du monde – en somme

 

Journal poétique (extrait)

L’œuvre de la faim sur ce qui peuple l'étendue ; la moindre rive

Qu'importe l'or – l'encens – la prière

Des courants de larmes et de sang

Tantôt vers l'un – tantôt vers l'autre ; acteur et témoin ; bref passant

Et ne pouvant s'en empêcher

Attristant l'âme et meurtrissant la chair

En ce monde si peu affamé d'ineffable

 

Mantra pour les temps difficiles

Ce n'est rien, ce n'est pas grave, c'est juste la vie. Un petit mantra qu'il nous arrive de répéter, lors de déconvenues ou d'événements douloureux ou peu favorables. Lorsqu'on a l'impression que la vie s'acharne avec malice...

 

Notes de la forêt

Les muscles saillants à force de montées éreintantes ; le souffle et la sueur ; le pas lent et caressant ; la tête comme effacée. La joie de l'effort – de la marche sans but – presque errante. Dans la juste foulée ; l'âme et le monde – indistinctement ; l'infini que nous sommes et qui nous porte.

 

Indistinction et indissociabilité

Ce monde aux formes apparentes distinctes prend, parfois, des allures (bien réelles) de soupe énergétique – de magma de matière – où rien ne peut être différencié. Une sorte de lave mouvante dont rien ni personne ne peut s'extraire comme si tout était à la fois indistinct et indissociable, comme s'il était impossible de se séparer (de nous séparer) du reste du monde – de ce qui nous semble si loin – si étranger – si indésirable...

On est alors contraint (malgré soi) de faire corps – et d'être solidaire (ne pouvant nous en désolidariser) – avec « cette chose » – avec ce grand Tout – et avec tous les éléments qui le composent (et qu'importe qu'ils nous semblent plaisants ou déplaisants).

 

Édouard Glissant

« Rien n'est vrai, tout est vivant. »

 

Notes de la forêt

La peau et l'âme poreuses – respirant les alentours – devenant ce qui les entoure ; l'abolition éprouvée des frontières. Juste des yeux ; et un cœur qui bat ; et un souffle comme une cadence – la respiration du monde ; et le reste mélangé – indistinctement.

 

Journal poétique (extrait)

A quoi ressemblerait notre visage ; sans l'origine du temps – sans l'incessante succession des noms et des titres dans la mémoire

Un point minuscule – peut-être ; muni de prunelles délicates (et perçantes) et d'un cœur discret et ardent

A la manière d'une fête perpétuelle ; d'une danse sans cérémonial ; au faîte de l'absence – la plus légère – la plus consciente

 

Journal poétique (extrait)

Comme un peu de matière ; une sorte de pâte (informe et malléable) entre les mains du ciel

Et le poids ; et la nuit ; et l'immensité

Et cette tristesse ; et cet écrasement

A chaque parole ; à chaque recommencement

Et ce qui nous façonne ; inlassablement

 

Journal poétique (extrait)

La nuit à vif ; comme le temps retroussé ; la voix qui puise dans le langage

Un chemin à gravir ; à inventer

Avec des ombres – des reflets – des gémissements

Un semblant de ciel sur les vivants

La vie ; la chair – se laissant traverser

Dans une sorte de long épuisement sans (véritable) interrogation ; un songe – peut-être

 

Il n'y a personne en ce monde

De manière (assez) similaire, il nous arrive également de ressentir (avec force et clarté) que le monde n'est pas le monde – qu'il n'y a personne ici-bas – aucun homme – aucune bête – aucune créature. Seulement des mouvements – des élans et des courants – d'énergie comme si les uns et les autres (qui semblent exister en apparence) n'étaient que des ombres – des silhouettes – des formes animées et instrumentalisées par un enchevêtrement monstrueux de forces irrépressibles (parfois opposées – parfois complémentaires).

Malheureusement, cette perception est, en général, assez vite balayée par une perception plus habituelle (et, sans doute, plus commune) où les apparences retrouvent une certaine consistance...

 

Feng Kan

« Fondamentalement rien. »

 

Notes diverses

Tout réduit à l'essence – à sa condition ludique et métaphysique ; en tant qu'élément et parfait dépositaire du reste. Liens encore – liens toujours ; sans doute – la seule chose qui soit.

 

Journal poétique (extrait)

Si mortel(s) ; comme des ombres qui cheminent l'espace d'un instant

Sur des pierres (presque) éternelles ; sous un ciel hérissé d'intentions

Si loin (encore) de la nudité attentive

Un voyage sans témoin ; et sans la nécessité du témoignage

Du cœur noir à la transparence

Sans rêve ; sans alliance

Dans la compagnie de l'Amour ; que l'on découvre peu à peu

 

Journal poétique (extrait)

Dénué de soi ; en dépit du sang et de la pierre

Rien ; ni personne ; ce qui semble avoir lieu ; des choses qui arrivent diraient certains ; de la matière qui s'anime – en quelque sorte ; de (très) brèves apparitions

L'invisible derrière ; jamais très loin ; tirant des abîmes – pour un instant ; et y replongeant (assez vite) ce qui a eu l'audace – la folie peut-être – d'en émerger

Un peu de poussière et de temps sur fond de bleu intouchable

De l'écume ; et le mystère (toujours aussi) insondable

 

Journal poétique (extrait)

L'esprit offert ; et ce qu'il porte ; en plus du souffle ; en plus du cœur

A la fois flèche et théâtre ; avant-scène de l'immensité et champ de bataille (effroyable)

Associé (quasiment soumis) à une ardeur effrayante ; monstrueuse (si souvent) dans ses conséquences

La réponse de l'homme ; face au monde et au mystère ; guère plus (bien sûr) qu'un instrument

 

Journal poétique (extrait)

Et tous ces vents sur la pesanteur ; pour chambouler les rites inventés par les siècles ; manière de s'assurer de la consistance de la matière – des existences ; de donner un sens à ce chaos ; à cette souffrance

Le théâtre des vivants – entre édifice et plaisanterie ; entre funeste et espérance ; pas si loin du secret en définitive

 

17h-30 – 18h retour de balade

On range notre équipement de randonnée, on se déshabille, on enfile « nos vêtements d'intérieur* », on se désaltère (une longue gorgée bue directement à la bouteille) et l'on s'assoit un instant sur la banquette du salon.

* caleçon ou pagne en été – pantalon de jogging en hiver

 

Buanderie provisoire

Après une balade sous la pluie, le camion se transforme (provisoirement) en étroite buanderie. On y tend, ici et là, des cordes pour y suspendre nos affaires trempées ; short (ou pantalon) accroché à proximité du t-shirt, le sac et le coussin de Bhaga dans la salle d'eau, le sac à dos, le pull et les sandales (ou les chaussures de marche) entre la cellule et la cabine etc etc. Après s'être (consciencieusement) essuyé avec une serviette-éponge, on enfile quelques vêtements de rechange et on prépare une infusion que l'on savoure confortablement installé sur le canapé du salon en regardant, par la fenêtre, la pluie tomber...

 

Journal poétique (extrait)

Parmi les pierres ruisselantes de pluie

Et le parfum enivrant de la terre

Au milieu des arbres séculaires

A même le sol mouillé ; l'âme et les pieds nus

Au fond des bois ; là où les hommes et le temps ne pénètrent plus

Le visage fouetté par l'averse et le vent

Et le cœur déjà au ciel ; bien à l'abri

Goûtant par l’œil et la peau la grandeur – et la beauté – du spectacle

 

Orages d'été : entre étuve et inondation – le dilemme

En été, la roulotte se transforme (assez rapidement) en fournaise. Aussi a-t-on l'habitude de laisser les portes(1) et les fenêtres ouvertes jour et nuit (les fenêtre latérales et les lanterneaux). Mais la situation devient problématique lorsque surviennent les orages d'été – en particulier la nuit(2). En effet, si on laisse les baies ouvertes, la cellule peut être inondée en quelques minutes(3)(4) et si l'on décide de les fermer, l'atmosphère devient (très) vite irrespirable(5).

(1) Durant les nuits les plus chaudes(lorsque les températures nocturnes ne descendent pas au-dessous de 20°C), la porte de la cellule est laissée ouverte. On fixe alors à l'entrée une sorte de grille en bambou(constituée de 2 longs bâtons verticaux et de 5 bâtons placés horizontalement fixés ensemble à l'aide de boulons et d'écrous papillon) pour permettre à l'air de circuler à l'intérieur sans être importuné par d'éventuelles intrusions importunes (humaines ou animales).

(2) période de la journée où l'on est censé dormir...

(3) en particulier, en cas de fortes pluies

(4) Les jours de pluie intermittente, on passe la journée à ouvrir et à fermer la porte et les lanterneaux. 5 fois, 10 fois, 20 fois, 50 fois en l'espace de quelques heures. Comme si l'on était investi d'une vocation temporaire ; à la fois groom et gouvernante qui assurent la protection et la bonne tenue de la maison...

(5) On étouffe littéralement – et laisser les fenêtres entrebâillées s'avère insuffisant pour que l'air circule de manière satisfaisante

Face à ce dilemme(1), on a opté pour une solution en demi-teinte (mais qui a fait ses preuves(2)) : on accroche (à l'aide de pinces serre-joint) un large carré de toile cirée (transparente(3)) aux extrémités de chaque baie vitrée(4) (baies latérales et lanterneau principal) sur lequel on place deux aimants pour éviter que le vent ne le soulève. Ainsi peut-on laisser les fenêtres ouvertes sans que la pluie entre à l'intérieur...

(1) Seuls ceux qui ont vécu (même de manière temporaire) dans un véhicule en été – camion – camping-car, roulotte ou caravane – peuvent comprendre « l'enjeu » de cette problématique ; ça n'a l'air de rien... Et pourtant...

(2) même en cas de fortes pluies ; même lorsque le vent se met à souffler

(3) pour conserver, pendant la soirée, un peu de luminosité et une visibilité sur l'extérieur...

(4) soit 3 morceaux par baie, le premier disposé sur le côté gauche, le deuxième sur le côté droit et le dernier faisant la jonction entre le premier et le deuxième.

 

Journal poétique (extrait)

Si fugace ; le temps du monde

La durée de la terre ; de la chair ; des noms que l'on célèbre

Des nuées de visages et de choses ; sous la voûte sombre ; sous le soleil sans écart

L'instant (à peine) d'un orage d'été

 

La hantise de l'infiltration

Lorsque la pluie tombe (forte et drue) durant plusieurs heures ou lorsqu'il pleut à verse (sans discontinuer) pendant plusieurs jours, une crainte (légitime) traverse la tête du nomade ; celle de l'infiltration ; l'eau qui s'insinue par les baies ou à travers des joints défraîchis peut, en effet, inonder l'intérieur de la cellule et/ou faire pourrir la structure en bois de l'habitacle(1).

La hantise du nomade(2) !

(1) à ce titre, les concessionnaires de camping-cars conseillent de réaliser, chaque année, un test d'étanchéité de la cellule (à l'aide d'un testeur d'humidité) afin de détecter d'éventuelles infiltrations et d'y remédier au plus vite...

(2) et d'un bon nombre de camping-caristes !

 

Journal poétique (extrait)

La pluie sur la peau

L'âme qui s'éveille – peu à peu – au froid et à l'humidité

A trembler sous les coups des hommes – sous les coups du temps

Au cœur des braises – au-dedans ; le cœur qui se soulève – noirâtre ; prêt à renaître du dessous des cendres ; et à recommencer

La tête tournée vers l'embellie plutôt que vers le rêve

 

17h45 – 18h15 séance d'écriture (retranscription des notes de la veille)

On sort notre carnet d'écriture, on en détache les pages écrites la veille (et parfois les jours précédents). On allume l'ordinateur et on commence à retranscrire – mot après mot – phrase après phrase – un œil sur la feuille manuscrite et l'autre sur l'écran et le clavier.

 

Notes de la forêt

Dans notre paume ; la ligne et la feuille ; le destin du carré blanc et la destinée de l'âme ; que chaque pas, en ce monde, dessine. La joie (humble et sans exubérance) du solitaire qui marche – guidé par la main qui le porte ; et par un cœur – une sensibilité – qui dessine, peu à peu, l'itinéraire.

 

Journal poétique (extrait)

Des lignes ; pour personne

Sous les yeux du monde – pourtant ; si loin de la danse

Au cœur de notre chambre – mobile – ouverte à tous les vents ; roulotte sur les chemins ; le destin désincarcéré ; en dépit des apparences ; en dépit de l'étroitesse de la matière

Et alentour ; et plus haut ; et partout – l'invisible ; dans toutes les profondeurs

Au milieu des existences aux chaînes brisées

Rien d'une surprise (bien sûr) ; l'être à travers toutes ses possibilités

 

Journal poétique (extrait)

A l'âge de la rouille

Les yeux écarquillés ; la parole infirme

Des larmes de joie ; là où l'être se repose

Vivant (si vivant) ; le feu à l'intérieur

Pour soi seul ; à présent

Au seuil de l'autre monde

Ivre de ces lignes bleues que d'une main légère – que d'une main joyeuse – le ciel dessine ; quelques signes – quelques traces – qui caressent – effleurent à peine – la terre – ces rives isolées où nous vivons

 

18h30 Trouver un lieu pour passer la nuit

Il arrive (pour mille raisons possibles(1)) que l'on ne puisse passer la nuit à l'endroit où l'on s'est stationné durant la journée. Il nous faut donc reprendre la route pour trouver un lieu de bivouac plus approprié(2).

(1) lieu trop visible, trop bruyant, trop fréquenté, trop pentu etc etc

(2) repéré le matin en camion, repéré lors de la balade quotidienne, repéré sur la carte ou qu'il nous faut trouver au hasard de la route

La carte de la région dépliée sur la table, les lieux déjà visités marqués d'un point*, on jette un œil attentif à la zone non encore explorée à la recherche d'une piste forestière.

* Légendes qui permettent, en un coup d’œil, de voir tous les lieux où l'on a passé la journée et/ou la nuit, les villages et hameaux qui n'offrent aucune possibilité de stationnement diurne et/ou nocturne, les lieux découverts et non encore explorés etc etc

 

Notes de la forêt

Et dans le dégradé de verts de la carte ; l'invitation au voyage – à l'exil – à la découverte. L'appel des profondeurs et de la solitude ; l'exploration de nouveaux horizons. A l'altitude qui convient.

 

Immersion forcée en territoire humain

Il nous arrive parfois de ne trouver aucun lieu désert, aucun lieu sylvestre, aucun lieu à l'écart du monde pour passer la nuit*. On doit alors se résigner à trouver une place sur un parking ou dans une rue, au cœur d'un village. Et on se gare là, au milieu des voitures, stores baissés – rideau occultant tiré entre la cellule et la cabine – en nous faisant le plus discret possible. Les dimensions relativement réduites de la roulotte (guère plus longue qu'une grosse berline ou qu'un pick-up) nous permettent de nous garer à peu près n'importe où.

* en particulier en hiver lorsque les chemins forestiers sont boueux et/ou peu praticables

Et de l'extérieur, le camping-car ne jure pas (outre mesure) au milieu des voitures et des camionnettes environnantes – il s'insère (sans trop dépareiller) dans le paysage villageois. Malgré l'éclairage à l'intérieur de la cellule, aucune lumière n'est perceptible du dehors. Le camion semble inoccupé comme si ses propriétaires l'avaient déserté pour aller passer la nuit chez des parents ou des amis qui habitent l'une des maisons alentour...

 

Journal poétique (extrait)

A notre place ; en retrait – touché par le silence

Sans résistance face à ce que l'on ne reconnaît pas

Le soleil joyeux dans le sang

A deux pas de l'enfance ; le regard – émerveillé

Le ciel serré contre soi

 

Observer le monde

La cellule du camion constitue un poste d'observation du monde – forestier – animalier mais aussi humain. Ainsi lorsqu'il nous arrive de nous stationner dans un village, sur un parking de départ de randonnées ou, plus rarement, sur une aire de loisir (parc, lac etc), l'occasion nous est donnée d'observer, depuis la table de travail ou installé sur la banquette arrière du coin salon, le comportement des hommes. Sans véritable surprise...

En général, le « bipède moyen » se montre autocentré, porté à défendre ses intérêts (et ceux de sa famille ou de sa communauté), il semble peu soucieux des autres humains (et moins encore de l'environnement, des animaux et des végétaux), il aime bavarder (de tout et de rien – et pendant des heures) avec ses congénères et il paraît apprécier les barbecues, l'alcool, la musique et les loisirs (farniente, apéro, pétanque, partie de foot, moto cross – selon l'âge et les goûts). Il fait preuve d'une indifférence à l'égard de (presque) tout ce qui n'est pas lui, suit son mouvement (comme une pierre suit sa pente) sans s'occuper du mouvement des autres (excepté si ce mouvement vient perturber, freiner ou arrêter le sien)...

Et depuis quelques années, il ne semble pouvoir se défaire d'un petit objet rectangulaire* qui accapare ses doigts, ses yeux et sa tête de façon quasi permanente – oubliant que le moteur de sa voiture tourne – que ses enfants se sont éloignés de l'aire de jeux – que son chien l'attend depuis 1/4 d'heure – qu'il existe un monde avec des êtres et des choses réels...

* qui l'accompagne en tous lieux et à toute heure du jour et de la nuit

Voilà un portrait peu flatteur... mais est-il si éloigné de la réalité ? Certaines caractéristiques sont-elles exagérées ? Il semble, malheureusement, assez conforme à ce qu'est l'homme contemporain...

 

Ralph Waldo Emerson

« Le profond aujourd'hui que tous les hommes dédaignent, la riche pauvreté que tous les hommes haïssent, la solitude peuplée, toute aimante, que les hommes abandonnent pour le bavardage des villes. »

 

Haïku

« On s'affaire, on s'affaire

pour chercher quoi

au juste ? »

 

Journal poétique (extrait)

La garde – les poings serrés – abandonnés ; les genoux au sol ; inutile toute forme de résistance – toutes nos fiertés – après tant de soustractions

L’œil-vigile pourtant ; pas dupe (jamais dupe) des filouteries de ce monde

Là où les flèches sont tombées ; comme tant de royaumes – dans cette sordide pénombre

De la boue façonnée sur la pierre ; légèrement érigée ; sans exception – sans lumière

Sur ces rives où seule compte la chair

A quelques pas de l'or – pourtant ; ce qui brille dans l'invisible

 

Journal poétique (extrait)

Introuvable ; l'oasis des aveugles

La tête criblée de rêves et d'étoiles ; aussi longtemps que les yeux puiseront dans la terre ; aussi longtemps que l'or sera la seule richesse du monde

De quoi vivre un peu ; survivre grâce à la chance et au labeur

(Presque sans regret) ; dans l'inconscience de son infirmité

 

18h45 On installe un petit tapis élimé entre le coin salon et les sièges de la cabine. On y pose notre séant – jambes croisées en demi-lotus – pendant quelques instants (manière de « vider l'esprit » et de retrouver une connexion plus fine – et plus intense – avec le corps et l’environnement). Puis, on effectue quelques exercices corporels(1) (assez élémentaires) que l'on complète, en fin de séance, par 2 ou 3 postures de yoga(2).

(1) entretien des muscles du buste et des bras pour compléter le travail musculaire naturel des jambes réalisé au cours de la marche quotidienne

(2) que l'on pratiquait assidûment autrefois ; aujourd'hui on se limite aux postures dont on apprécie particulièrement la beauté et les effets plaisants (et bénéfiques)...

  

Entretien et aguerrissement du corps et de l'esprit

Ces exercices physiques sont pratiqués (bien sûr) pour l'entretien (musculaire) du corps, mais ils nous permettent également de satisfaire notre goût pour l'effort, notre besoin de dépassement(1) et notre appétence pour la martialité ; une manière d'affermir le corps et d'aguerrir l'esprit (une partie de l'esprit) qui (nous) semble nécessaire pour faire face au monde – à la part la plus hostile du monde – et contrebalancer, peut-être, notre grande sensibilité(2).

(1) aller toujours un peu au-delà de ses possibilités...

(2) la « dimension féminine » de notre esprit que nous avons appris à chérir (et à remercier) au fil des années...

 

Journal poétique (extrait)

Le vivant ; ce qui existe ; dans nos murmures

En nous ; entre le bruissement et le chaos

D'une heure à l'autre ; d'un siècle à l'autre

Sur le fil qui serpente entre les mondes (qui se chevauchent et se prolongent)

Sur la roue obscure qui mêle la terre et les pas ; le ciel et la lumière

Et là – quelque part – la possibilité d'un passage ; la possibilité du retour

 

19h – 19h15 préparation du repas de Bhagawan

On sort les casseroles, une flopée de boites qui contiennent les divers ingrédients qui composent son repas* (viande, abat pour le jus, pâtes, haricots verts), quelques croquettes, divers ustensiles culinaires (ciseaux, louche, passoire, balance alimentaire, couvercles de casserole). On met les ingrédients à cuire dans un peu d'eau et l'on surveille, d'un œil attentif, la cuisson.

* ses problématiques de santé nous contraignent à lui administrer divers médicaments mais aussi à préparer des rations ménagères équilibrées et adaptées...

 

Haïku

« Du panier en osier

monte le parfum

des pommes sauvages »

 

19h45 – 19h55 préparation de notre repas

Après le repas de Bhagawan, on s’attelle à la préparation* du dîner qui consiste, le plus souvent, à réchauffer un fond de boîte de conserve, quelques féculents (préparés pour plusieurs jours) et une moitié de steak végétarien.

* beaucoup plus rapide

 

20h – 20h15 dîner.

 

Au menu

Un demi-steak de soja avec des haricots verts et des pommes de terre, un bout de fromage, une ½ banane, 2 biscuits*, 2 carrés de chocolat au lait et une ½ pomme.

* A l'heure du dessert, Bhagawan a également droit à quelques friandises ; une madeleine émiettée ou une part de quatre-quarts présentée dans une petite coupelle en verre

 

Haïku

« Je lève ma coupe

face

à la montagne du sud »

 

Régime alimentaire

Les menus ne varient guère(1) au fil des jours – au fil des saisons. De temps à autre, la confiture de fraise remplace la confiture de prune, le riz alterne avec les pommes de terre ; les concombres avec la salade ; et le seitan(2) s'invite, parfois, dans l'assiette à la place du tofu...

Régime quasi végétalien (et végétarien depuis plus de 20 ans). Par conviction ; un choix qui s'est brutalement imposé(3)...

(1) Au cours de la saison hivernale, on se livre parfois à la confection de quelques plats inhabituels ; poêlée de châtaignes (ramassées au cours de nos balades), préparation de compotes etc etc

(2) Gluten de blé

(3) On n'a jamais eu beaucoup d'appétence pour la nourriture. Et, au fil des années, cette inclination s'est renforcée...

 

Han Min Yimg

« Le chant des oiseaux, le cri des insectes, ouvrent l'esprit au sens du vrai ; le Tao se révèle dans les fleurs et les herbes. L'homme éveillé trouve en toutes choses sa nourriture. »

 

Journal poétique (extrait)

Chaque jour comme un surcroît de ciel

Sous l'étoile montante ; la terre claire

Sur le seuil ; comme l'arbre et la fleur

A la jonction des invisibles

La chair simple ; et le rouge au cœur

 

Repas méditatif

Manger en silence face au monde dans la quiétude crépusculaire

 

Notes de la forêt

Le plus sacré du silence ; sans la moindre dissipation. Dans les profondeurs et l'effacement.

 

Notes de la forêt

A la table des géants ; le festin invisible. La fête silencieuse ; et rien de l'estomac. Le cœur plutôt apprêté pour le rire ; sans parure ; oublieux de tout ce qui n'est pas la joie.

 

Un départ précipité

Il y a quelques semaines, après plusieurs jours passés au même endroit – en pleine forêt – dans une large et belle clairière, on a dû se résoudre à quitter les lieux (un peu précipitamment) en début de soirée(1). Alors que l'on s'apprêtait à passer à table, 4 ou 5 voitures(2) sont arrivées en trombe (moteurs vrombissants, dérapages et musique tonitruante) et, après quelques « tours de piste », se sont arrêtées à quelques mètres du camion. Les occupants en sont descendus pour s'installer un peu plus loin – avec au programme (réjouissons-nous des festivités!) ; feu de bois, barbecue, partie de foot, partie de pétanque, rires et éclats de voix sur fond sonore musical assourdissant et ininterrompu. Comprenant que cette bande de joyeux drilles allait passer la soirée (voire, peut-être, une partie de la nuit) à proximité de notre bivouac, on a transvasé le contenu de la poêle dans une boîte, on a verrouillé les placards, on a fermé les baies et on est parti sans demander son reste(3).

Voilà aussi à quoi peut ressembler la vie nomade ! Se tenir prêt à partir dans l'instant...

(1) aux alentours de 20h-20h15

(2) chacune occupée par 3 à 4 jeunes

(3) aussi naturellement et discrètement que possible...

 

Charles Baudelaire

« Si tu peux rester, reste, pars s'il le faut. » 

 

Journal poétique (extrait)

Des cris lancés contre le ciel ; à peine quelques échos – quelques éclaboussures ; malgré la chair déchiquetée

Aux commandes ; Dieu – des mains – des forces – personne

Aucune tête sous la couronne

De la neige et du vent ; ce qui habille et dénude ce monde

Des gueules ; de la glaise industrieuse et fertile

A bouffer encore du sang noir ; de la bave au coin de la bouche

Sous un déchaînement de violence et de hourras ; des larmes et des rires

Une partie de la fange se flagellant ; et l'autre essayant de se défiler ; essayant de se faufiler entre les hurlements et les substances ruisselantes pour échapper aux massacres et à la mascarade

Ici ; en ce pays où l'on se pense flamboyant ; grand(s) seigneur(s) ; les mœurs vulgaires – l'usage prosaïque – l'instinct vengeur – (bien) plus sûrement

 

Journal poétique (extrait)

Encore du bleu ; sans compter depuis quand ; sans compter les jours qu'il (nous) reste

Grandissant ; à travers les épreuves ; à travers tous les adieux

Si seul – à présent – que le cœur s'enfle – se gonfle – efface ses contours – agrandit son territoire – embrasse le monde – absorbe l'espace ; comme une bête en train de muer ; de l'intérieur – la métamorphose

Devenu si sensible que les larmes ont remplacé le sang ; et cette tendresse que pulse le cœur

Et la pierre inondée ; comme pour laver tant de tueries – de massacres – de cruauté ; des siècles – des millénaires – sanguinaires – cannibales – dévastateurs

Du rouge à la transparence pour faire voler en éclats l'horreur et la bestialité – s'éloigner des âmes barbares et instinctives ; échapper à l'inconscience de ce monde

 

Journal poétique (extrait)

Éprouvé par l'ébranlement du monde

Parmi les choses ; l'éclosion de l'infini

A marche forcée ; ponctuée de haltes et de meurtrissures

Le jeu de l'indignité ; (presque toujours) en faveur de l'offense – de l'avanie

Du côté de la nuit et du bannissement

Condamnés – sans même que nous le souhaitions – à la naissance – à la mort – aux saisons ; et, à terme, à l'acquittement – à la suppression du temps – au triomphe de l'étendue et de l'effacement

L’œil ; et le visage – déjà bleuis par le ciel

 

Partout chez soi, nulle part chez soi

Ne pas céder (ne jamais céder) à la tentation de l'installation. Ne pas s'approprier un lieu dont la tranquillité et/ou la beauté ravive « nos vieux instincts » d’accaparement...

Combien de fois s'est-on laissé surprendre par cette « mentalité de propriétaire » ; maugréant et dévisageant le moindre pékin traversant ou stationnant sur « notre territoire » provisoire...

De passage ; éternellement de passage...

Simple passant (bien sûr)...

« Partout chez soi, nulle part chez soi » comme le dit l'adage des voyageurs.

 

Journal poétique (extrait)

Là – ailleurs – dans l'abondance du présent

L'âme courbe ; et la main tendue

La voix qui enfle ; qui serpente entre les bruits

Sans erreur possible

A cet instant ; au-delà des mondes ; au-delà de l'imaginaire

A la fois ancré dans le silence et le feu

Sans doute – inexistant

 

Lieux-refuge

Par définition, le mouvement caractérise la vie nomade. L'ermite itinérant ne cesse de changer de lieux – arpentant, jour après jour, les routes et les chemins. Il peut néanmoins éprouver, de temps à autre*, le besoin de faire une halte – de s'octroyer « une pause » – dans son incessant périple.

* et pour mille raisons possibles

Et il n'est pas rare qu'il dispose de ce que l'on pourrait appeler « des lieux-refuge », quelques endroits où il se sent particulièrement à son aise – où il a le sentiment d'être « comme à la maison » ; des endroits découverts lors de ses pérégrinations ou un terrain prêté(1) par un.e ami.e ou un membre de sa famille ; un lieu où il peut s'installer pendant quelque temps(2) ; une manière de « se poser » comme on le dirait d'un oiseau migrateur, une manière de « souffler un peu » comme on le dirait d'un voyageur lancé dans une longue course.

(1) ou mis à disposition

(2) pour quelques jours ou quelques semaines, quelques mois – si nécessaire

Malgré la grande beauté de ce mode de vie, il est indéniable que le nomade doit maintenir, jour et nuit, une forme de vigilance minimale(1)(2) – en particulier lorsqu'il vit seul(3). Exposé de manière (quasi) permanente au monde, l'esprit et le corps conservent une (très légère) tension. On reste donc aux aguets ; on regarde, on écoute (on évalue les bruits), on repère, on jauge et calcule (instinctivement) les risques et les possibilités. Et l'ermite itinérant peut occasionnellement(4) ressentir le besoin de s'accorder un intermède dans un espace « parfaitement » sécure où il pourra se détendre corps et âme...

(1) Vigilance adoptée par la très grande majorité des animaux sauvages (à l'exception, peut-être, des prédateurs les plus imposants). Tous, en effet, restent sur le qui-vive, prêts à faire face ou à s'enfuir, prêts à lutter et à défendre leur peau si nécessaire...

(2) Seul l'homme moderne* qui a, peu à peu, neutralisé l'essentiel des dangers et des menaces de son environnement (autres prédateurs, affrontements inter et intra-spécifiques, risques pathogènes etc etc) peut fermer les yeux (dans tous les sens du terme) et se laisser gagner à la torpeur. Ce qui semble assez commun et répandu en ce monde. Et force est de constater que ce relâchement a engendré chez l'homme une sorte d'assoupissement permanent – une sorte de somnolence constante – un état peu enviable, peu propice à vivre et à ressentir la vie (et le vivant) avec force et intensité et peu favorable à l'attention (et à la disponibilité affûtée) que requièrent la découverte (et l'exploration) de l'espace et des richesses que l'on porte à l'intérieur...

* ainsi que les animaux de compagnie qui vivent en ville

(3) contrairement à d'autres voyageurs qui vivent à plusieurs, en famille ou en clan, et qui peuvent donc s'appuyer sur la vigilance des autres, l'ermite itinérant ne peut, en effet, compter sur personne (sinon sur son attention, son intuition et son discernement ainsi que sur la vie, sur ce qu'il porte et sur la confiance qu'il leur témoigne)...

(4) très occasionnellement

 

Haïku

« Allègre

dégagé des affaires du monde

ici, enfin, libre »

 

Premier lieu-refuge

Une large clairière sur un chemin de terre et de pierres – une impasse d'environ 2 km au milieu d'une forêt clairsemée (essentiellement des chênes verts et des érables de Montpellier) – fréquentée uniquement l'hiver par les chasseurs. Les villages alentour se situent à 5 ou 6 km. On y séjourne, en général, au printemps et en été*.

* Pendant plusieurs mois, nous y avons passé toutes nos nuits (on était contraint de rester dans la région pour effectuer des analyses bimensuelles auprès du vétérinaire qui s'occupe de Bhagawan). Pour rester discret (et éviter de se faire repérer par d'éventuels promeneurs), on quittait les lieux après le petit déjeuner, vers 9h30 – 9h45 pour passer la journée dans les environs (en changeant de spot diurne assez régulièrement – et tournant ainsi, pendant plusieurs mois, sur une vingtaine de lieux différents) et l'on revenait le soir vers 19h en prenant soin qu'aucune voiture ne nous suive ou ne nous croise avant de nous engager sur la piste de terre. Un lieu, une zone et une région que nous connaissons relativement bien (et dans laquelle on se sent un peu comme chez soi).

 

Journal poétique (extrait)

La terre – au milieu des étoiles ; comme un bain d'enfance

Encore la nuit ; malgré la couleur – la lumière

Et ce bleu ; sous les arbres

A l'abri des lourdeurs humaines ; des horizontalités trop grossières

Un anneau à chaque doigt

Et le cœur au fond du regard ; à mesure que les noms deviennent fenêtre ; à mesure que l'espace remplace le monde – la fièvre – le rêve ; à mesure que disparaît l'écume

 

Deuxième lieu-refuge

Un lieu cryptique – dissimulé dans la forêt – à l'écart de la piste forestière. Un endroit que l'on affectionne particulièrement ; caché – désert – pas (ou très peu) fréquenté – un ou deux randonneurs tous les 2 ou 3 jours. Des pins (douglas) – quelques hêtres et quelques bouleaux. Un ruisseau sous les frondaisons. Juste la place pour poser la roulotte. Une foison de chemins pédestres à proximité (mais pas trop près du lieu de bivouac). Du silence, une ambiance et des odeurs sylvestres, plongé (véritablement) au cœur de la forêt. Accessible par une piste carrossable (mais assez cabossée) d'environ 4,5 km. Un petit paradis que l'on fréquente de temps en temps et sur lequel on reste toujours plusieurs jours...

 

Journal poétique (extrait)

En ces lieux ; l'invisible

Des mots – des seuils ; le soleil

Qu'importe ce qui guide les pas ; et la parole

Penché(s) sur le temps qui passe ; comme une eau intarissable

Et la nuit ; et ce qui nous relie

Comment pourrions-nous l'oublier

 

Troisième lieu-refuge

Au fond d'une impasse mal goudronnée (de quelques kilomètres) au cœur d'un hameau abandonné (3 ou 4 habitations relativement bien conservées). Au sommet d'une étroite colline – la roulotte posée à proximité d'un chemin de terre (herbacé et caillouteux) fréquenté occasionnellement par quelques promeneurs* (habitant les hameaux alentour) – entre deux bâtiments en ruine et un vénérable noyer – entouré de friches et d'anciens vergers. A bonne distance de la route qui traverse le massif forestier. Lieu que l'on fréquente de manière régulière lorsque l'on est de passage dans la région.

* que nous saluons avec courtoisie lorsqu'ils passent devant la roulotte et avec lesquels il nous arrive, parfois, d'échanger quelques mots

 

Journal poétique (extrait)

Dieu ; plus intensément

Autant que l'âme et la matière

La terre si haut perchée ; le ciel si accessible

Plus ni exil ; ni étrangeté

L'étreinte – le silence – l'origine

 

Dernier lieu-refuge

Un terrain familial que l'on utilise en cas de nécessité ; une sorte de pied-à-terre – un endroit où l'on peut déposer sa roulotte, effectuer de menus travaux qui nécessitent une immobilisation du camion pendant quelques jours ou qui imposent que l'on passe la nuit hors de la cellule*.

* pour éviter, par exemple, les odeurs et la toxicité de certains produits lorsqu'il nous arrive de peindre ou de vernir le mobilier « fait maison »

 

Journal poétique (extrait)

Au pays du monde ; des arbres haut comme des collines

Et nos espiègleries (enfantines) ; et nos (interminables) parties de cache-cache avec ceux qui se tiennent debout ; dans le bruit et la prétention [et qui nous prennent pour leur congénère]

Et notre souci de vivre comme les bêtes ; aussi loin des hommes que possible

Dans le désordre des pierres – le tumulte tranquille du temps ; et le parfum (enivrant) des fleurs sauvages

Comme un refuge – un repos – un sanctuaire – fragiles et passagers ; un retour à la terre natale

 

20h30 – 20h45 vaisselle

Le repas achevé, on pose la poêle et les couverts* dans l'évier, on essuie la table et le plateau et l'on s'attelle au nettoyage des divers ustensiles de cuisine en prenant soin d’utiliser l'eau avec parcimonie.

* après les avoir soigneusement essuyés à l'aide d'un papier essuie-tout

 

Une micro pollution quotidienne(1)

Lorsque l'on vit en roulotte dans les bois, on ne dispose (bien sûr) de tout-à-l’égout. Une fois la vaisselle terminée, il nous faut jeter(2) au-dehors les eaux grises du jour(3). On déverse donc le contenu de notre cuvette (soit environ 2 litres d'eau) à quelques mètres du camion(4) – et, si possible, sur un espace vierge d'herbes et de plantes (pour ne pas les endommager avec certains composants irritants)

(1) en plus du gazole utilisé...

(2) On pourrait les stocker dans la cuve d'eaux grises fixée sous la cellule mais cela nous contraindrait à fréquenter plus régulièrement les aires de camping-car qui disposent d'un lieu dédié à cette vidange...

(3) Les eaux grises de la vaisselle (2 litres d'eau avec un peu de liquide vaisselle 100% biodégradable) et les eaux grises de la douche (environ 2 litres d'eau avec un peu de savon 100% bio)

(4) loin de tout cours d'eau (bien sûr) : ru, ruisseau, rivière

 

Journal poétique (extrait)

Pierres et visages – sous le ciel haut et cru

Un peu de bruit ; ce qui bouge

Étrangement attiré(s) par les étoiles

La matière ; obscurément

 

La réserve d'eau

200 litres répartis dans une cuve de 100 litres et 5 bidons de 20 litres auxquels s'ajoutent le bac du filtre à eau (environ 5,5 litres) et quelques bouteilles d'eau en réserve...

De quoi tenir approximativement 3 semaines (un peu moins en été*)

* période au cours de laquelle on s'hydrate davantage.

Cette autonomie nous évite de nous aventurer, de manière trop fréquente, dans les cimetières (presque tous dotés d'un robinet) et les aires réservées aux camping-cars*

* aire destinée aux voyageurs qui met à leur disposition (gratuitement le plus souvent) un robinet d'eau potable, des prises électriques (pour se raccorder au réseau si nécessaire) et un lieu pour déverser les eaux grises et les eaux noires

Le réapprovisionnement s'effectue, en général, à l'aide d'un bidon de 20 litres(1) ou d'un arrosoir(2). Et l'on essaie (autant que possible) de se ravitailler à des heures où nos congénères désertent l'espace public(3)...

(1) En faisant la vaisselle ou en prenant sa douche, on ne peut oublier le labeur (souvent long et fastidieux) que nécessite le remplissage de la cuve et des jerricans, et l'on est (beaucoup) plus enclin à utiliser l'eau avec parcimonie...

(2) selon la hauteur entre le sol et le robinet et la discrétion que nécessitent les lieux – plus ou moins habités ou fréquentés

(3) en début d'après-midi ou après la tombée de la nuit

On s'astreint également à se réapprovisionner sur la route – dès que l'occasion se présente* (robinet en libre service derrière une salle polyvalente – derrière une mairie – en passant devant un cimetière ou à proximité d'une aire de services pour camping-cars déserte etc).

* L’œil du nomade s'aiguise au fil de son périple – au fil de son expérience. Étonnante et remarquable devient sa capacité à repérer un point d'eau, des poubelles pour les ordures, pour le verre, pour les déchets recyclables, un endroit pour se poser durant la journée, un lieu à l'ombre, un lieu pour passer la nuit etc etc

 

Journal poétique (extrait)

L'épreuve du vide ; au cœur de l'abîme

Et toute chose considérée comme une charge – un encombrement

Dans le silence nu des pas qui tâtonnent ; sur le fil tendu entre le temps et l’absence de temps

Au-dessus (bien au-dessus) du royaume des hommes ; là où le vent s'avère un allié crucial et dangereux

Le destin et la mort ; en équilibre – sur le balancier

Si loin du sommeil – de l'écume – de l'imposture

En ce lieu où règne – en souverain solitaire – l'oubli

 

Journal poétique (extrait)

Au soir assagi ; le mouvement encore

En amont de toutes choses

Au cœur de l'opposition des forces ; de ce qui se heurte avec violence

Sans cri – sans douleur – sans étendard

L'amoncellement du feu et du vent qui (perpétuellement) ruissellent

Dans le sillage de l'eau ; le vide creusé – en relief

La matière du jour et la matière de la nuit ; se précipitant

Dans la danse tempétueuse

L'accord parfait à même le chaos ; pas moins réussi que la ronde des Dieux

 

Trouver de l'eau potable en hiver

En hiver, les points d'eau potable se raréfient drastiquement (mise en hors gel dans la plupart des communes) ; il faut donc faire preuve d'ingéniosité et/ou d'audace ; repérer les toilettes publiques non fermées avec lavabo(1), les fontaines de certains villages où l'eau coule à flots (même en hiver), les imposantes fontaines vertes en fonte (qui, en général, restent ouvertes) et les rares aires de camping-car dont la borne(2) continue de fonctionner durant la saison froide, ou, pour les plus téméraires, déplacer la dalle de béton qui donne accès à la trappe souterraine du robinet d'alimentation d'eau dans les cimetières et les aires de camping-car suffisamment isolés afin de pouvoir utiliser le robinet extérieur (sans oublier, bien sûr, de remettre le système hors gel après utilisation).

(1) en utilisant un court tuyau pour faire la jonction entre le robinet et l'arrosoir

(2) borne composée de 2 robinets – un pour l'eau potable et l'autre pour nettoyer la cassette des toilettes chimiques utilisées dans la très grande majorité des camping-cars

 

Journal poétique (extrait)

Comme effacé par la lumière et le mouvement

Sans ombre – sans écho ; un (simple) ruissellement – une (parfaite) dissolution

Sous des yeux stupéfaits ; cet étrange bouleversement

 

Une sobriété joyeuse

Une sobriété (très) joyeuse(1). On consomme peu d'eau (5 litres pour boire et faire la cuisine, 2 litres pour la vaisselle et 2 litres pour la douche, soit moins de 10 litres par jour). On consomme peu d'électricité(2) (le strict nécessaire pour recharger nos outils de travail et s'éclairer). Seul bémol, le gaz qui permet de faire fonctionner le réfrigérateur, le chauffe-eau et les feux de la gazinière : environ 1 bouteille de 15 litres de propane par mois.

(1) et des gestes en conscience...

(2) voir la rubrique « le dispositif électrique »

 

Journal poétique (extrait)

Le trésor ; et le surcroît

Au plus bas du monde

Au plus près de l'âme

Au fond du plus rien – en quelque sorte

Et ce qu'il (nous) a fallu abandonner pour y descendre – s'y retrouver – s'y rejoindre

Un travail de titan (pour l'homme – si familier des ajouts – des accumulations – des amoncellements)

Jusqu'au dernier geste soustractif ; et moins encore

 

Journal poétique (extrait)

Dans la transparence discrète de l'effacement

Sous l'arbre ; la main posée

En ce lieu d'exil ; à l'écart de ce qui se gonfle d'orgueil

Le cœur à deux doigts du bleu

 

Distance, refus, accueil, douleur et inconfort

Quelques problèmes de santé nous astreignent à une prise de médicaments quotidienne. Ces défaillances corporelles engendrent, de manière cyclique et régulière, un inconfort qu'il nous faut accueillir – qu'il nous faut accepter.

A l'instar des événements qui peuvent nous blesser (ou nous attrister) et des émotions (ou des sentiments) désagréables qui peuvent nous traverser, il convient de faire corps – d'être un – avec ce que nous vivons et expérimentons.

En réduisant la distance* avec la sensation, l'émotion ou l'événement déplaisants, on parvient assez aisément à s'unir avec ce qui nous semble fâcheux, incommode ou désagréable ; un peu comme comme si nous l'absorbions – comme si nous l'intégrions – pour que ce qui nous semble extérieur devienne partie intégrante de ce que nous sommes ; et la difficulté ressentie cesse (presque aussitôt) d'être difficile à vivre – le problème cesse d'être problématique...

* jusqu'à nous coller contre ; peau contre peau en quelque sorte...

A l'inverse lorsque nous nous arc-boutons sur notre refus de vivre ce qui se présente ; lorsque nous essayons de mettre l’événement (la sensation ou l'émotion) à distance ; lorsque nous résistons à ce qui est là – en le considérant comme un corps étranger à combattre – ce que nous refusons se renforce et devient encore plus difficile à vivre...  

 

Notes diverses

Est ce qui est ; et l'on devient ce qui est – sans le moindre écart.

 

Journal poétique (extrait)

La terreur accréditée ; et la terre (étonnamment) consentante

Irrépressiblement la proie

Que le regard et le souffle s'habitent ou qu'ils fassent défaut

Perdu(s) à jamais ; dans la trame des chemins ; et la cendre à venir

Sans retour possible ; sans même la possibilité d'un ailleurs

 

Journal poétique (extrait)

Comme des bêtes dispersées par l'orage ; et que l'aube appelle

Au milieu des rêves ; comme déposées

Assis – vagabond ; par-dessus le chaos ; là où tout s'avance – là où tout ébranle ; jusqu'à la plus parfaite familiarité

 

Accueillir : le « oui » à la vie

On ne refuse rien de ce qui est donné à vivre. Nos préférences* n'ont pas disparu mais elles s'effacent (presque) toujours face aux circonstances (face à ce qui s'offre – face à ce qui s'invite – face à ce qui s'impose).

* Il est assez naturel de préférer être en bonne santé plutôt que malade ; et selon ses goûts et sa sensibilité, on préfère le pamplemousse aux myrtilles, l'été à l'hiver, vivre dans les collines boisées plutôt que dans une grande ville etc etc

 

Journal poétique (extrait)

Comme sommeillant à la lisière du temps

Sous le ruissellement (perpétuel) de la lumière

Le reflet dansant de l'enfance

Comme un rêve ; un flot d'images astreintes à la mobilité

Une foule d'ombres (en fait) sans pourquoi

Des regrets et des cruautés

Ce que nous n'avons su éviter

 

Journal poétique (extrait)

Au-delà des pas hasardeux ; ces parts de ciel accessibles ; lorsque le temps et l'horizon se resserrent ; lorsque la route se rétrécit ; lorsque les choix n'en sont plus – deviennent d'impératives nécessités

Ce qu'il y a ; ce qui demeure – sous les ruines – le sol craquelé

 

20h45 – 21h Rituel vespéral

 

Modeste présent

Offrande journalière* à nos amis des bois ; miettes de repas mais aussi « friandises » à l'intention des fourmis, des belettes, des martres, des renards et des sangliers.

Une manière de compenser notre « intrusion » sur leur territoire ; malgré notre discrétion et notre attitude respectueuse, notre présence en ces lieux perturbe, parfois (on le sent) les habitudes et les déplacements des habitants de la forêt.

* en période de canicule, il nous arrive aussi d'offrir un peu d'eau à quelques fleurs, à quelques plantes, à quelques jeunes arbres en souffrance (causée par un stress hydrique estival de plus en plus fréquent en cette ère de dérèglement climatique)

 

Journal poétique (extrait)

Face aux grands chiens des collines ; farouche(s)

Au cœur de la forêt foisonnante

Le regard fauve ; fébrile

Dans cette lumière du soir

Sous les apparences de l'automne ; le jour qui se retire

L'âme (encore) désirante qui s'approche

Dans l'écume du plus sauvage

Aux marges du monde ; notre tentative d'habiter au plus près de la lumière – au fond de notre trou – dans l'oubli de l'humain ; quelque chose qui, peut-être, se dessine

 

Journal poétique (extrait)

A distance de soi – encore – quelques fois (de temps à autre)

Hanté (toujours) par ce qui bouge ; les bruits ; les malheurs qui courent devant nos yeux

Les arbres – les pierres – les rivières – que nous chérissons

Et les bêtes ; nos égales devant Dieu ; et ceux qui les assassinent

Cette fraternité d'enfance qui se risque hors du cercle des conventions (très au-delà du plus commun)

Plus folle – et plus sage – que les rêves des hommes

 

Journal poétique (extrait)

Au cœur de cette fraternité silencieuse ; immense

Loin des murs ; loin des Autres

Ensemble ; comme si de rien n'était ; comme si la vie – le monde – la mort – avaient été (parfaitement) compris – accueillis – apprivoisés

 

21h collation

Une infusion avec une friandise au caramel

 

Haïku

« A une tasse de thé

je confie

mon sentiment poétique »

 

Un instant, mille instants quotidiens

Seul et silencieux face à la beauté du monde

 

Haïku

« Appuyé à la porte

dans le crépuscule je regarde

les montagnes bleues »

 

Le temps est une construction de l'esprit

Le temps est une illusion – une construction de l'esprit qui appréhende les événements de manière linéaire – additionnant les instants et les transformant en durée* – séparant le présent de ce qui a eu lieu avant et de ce qui adviendra après. Mais inutile de chercher à saisir le passé et l'avenir, l'un et l'autre n'existent pas ; ils semblent exister grâce à la mémoire et à notre capacité de projection mais nul ne pourra jamais vivre dans le passé ou dans le futur. Tout ce qui est vécu aujourd'hui – tout ce qui a été vécu avant et tout ce qui se vivra après – ne l'est – ne l'a été et ne le sera que dans l'instant – dans le présent.

* un peu à la manière d'un film composé d'images juxtaposées – 24 images par seconde qui défilent et donnent le sentiment d'un mouvement...

« Ici et maintenant » dit l'adage zen.

 

Notes de la forêt

Sans devenir ; le temps aboli. A la vue du sourire un peu triste – et un peu solitaire – d'un enfant aux yeux sensibles – à l'esprit à l'affût ; lorsque le vent perce les frondaisons ; lorsque le vent éparpille les images et les pensées ; lorsque nous devenons simplement sensations.

 

Journal poétique (extrait)

Le songe à perte ; comme condamné(s) à ce trop peu de raison

Comme prisonnier(s) ; comme séquestré(s) – contraint(s) d'évoluer au milieu des ronces du temps ; entre griffures et frissons – jusqu'au plus noir – jusqu'au plus tragique de ce séjour intranquille...

L'achèvement du vivant ; l'agonie ; et la continuité du malheur

A travers le souffle ; le défilé inépuisable des saisons ; la douleur – jusqu'au dernier soupir...

De métamorphose en métamorphose ; et disculpé(s) (à la fin) de tous les crimes – de toutes les offenses ; dissimulée(s) au fond du secret peut-être – la culpabilité ; la peur et la culpabilité ; l'origine de la fuite – de la course – de la débâcle

A travers cette écume si inquiète face aux puissances des profondeurs – face à la monstruosité apparente du monde ; ce qui se joue (si souvent) sur la pierre

D'île en île ; l'itinéraire – à l'intérieur

Soumis à l'incessante recomposition des rôles et de la terre ; notre passage – notre partage ; et ce qu'il restera – peut-être

 

21h – 21h15 séance d'écriture

Fenêtres ouvertes. Lumières éteintes. Seule une veilleuse posée sur la table et entourée d'un abat-jour* est allumée. Le soleil s'est couché depuis quelques minutes et la pénombre commence à s'installer. On sort un feutre et notre carnet d'écriture. Un œil au-dehors, un soupir de satisfaction et la main se met presque aussitôt à dessiner une longue série de traits secs et rapides (presque illisibles) sur la feuille blanche – réceptive – offerte. Un instant de rencontre – un dialogue avec ce que l'on porte – une manière de devenir l'instrument – le scribe – de l'espace qui nous habite...

* abat-jour « fait maison » pliable, fabriqué en carton et recouvert à l'intérieur de papier blanc pour réfléchir la lumière vers l'unique ouverture orientée de manière latérale (vers la table) et qui empêche la lumière d'être perçue de l'extérieur.

 

Haïku

« Un havre de paix

Quelques feuilles écrites

De l'encens qui brûle »

 

Notes de la forêt

Et le monde – ainsi – sans doute – éclaboussé par ces échos – ces ruissellements de ciel et d'innocence.

 

Journal poétique (extrait)

Le langage amendé – en quelque sorte

A se risquer aux limites de l'intelligible ; pour inventer un passage – une passerelle peut-être – entre l'ancien monde et un autre ; le suivant sans doute

Une manière de vivre – et de célébrer – la vie – la terre – le mystère ; le silence et le verbe ; la joie en étendard involontaire

 

Journal poétique (extrait)

La nuit de l'ouest ; libre du monde et des étoiles

Saupoudrant quelques feuilles de l'automne sur tous les jours – tous les siècles – vécus

Sans doute – la manière la moins disgracieuse de se prêter aux jeux du monde ; sans s'y frotter intensément

Derrière notre table de pierre ; à laisser la parole arriver – s'inscrire ; et se déployer ; vers le ciel – sûrement

Sans même vouloir que les yeux des hommes s'y attardent ; sans même y attacher de l'importance

A écouter (seulement) ce que nous portons ; ce qui nous traverse ; ce que nous traversons

Légèrement ; sans rien dégrader – sans offenser personne (sinon, peut-être, les esprits sots) ; sans brandir le moindre étendard

Le doigt discret pointant vers la lumière et la tendresse ; et révélant (plus sûrement) ce dont nous sommes constitué(s)

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'épaisseur de la nuit ; les yeux abandonnés

A travers le temps – le cercle – le mystère ; le déploiement (sans obstacle) de la lumière

Et cette vue dégagée à présent – imprenable – sur l'ombre – l'étendue ; le bleu (un peu blafard) du poème

 

Journal poétique (extrait)

Le geste poétique ; sans intention – la tête effacée

A la place de la nuit ; le sourire

Penché non sur le mot mais sur le vide

Le visage accroupi

En ce lieu déserté par les hommes

Et tous les arbres ; et toutes les bêtes – autour de soi ; la peau à portée de tremblement

Vers le jour – la fraternité – la transparence – (substantiellement) partagés

Ainsi vécues ; les joies essentielles de l'effacement

 

Dans la pénombre

On passe toutes les soirées d'été et une bonne part des soirées d'automne et de printemps sans le moindre éclairage pour éviter d'attirer les insectes nocturnes(1) (qui se feraient piéger à l'intérieur) et éviter de nous faire repérer par les voitures et les promeneurs qui pourraient circuler sur les pistes et les routes alentour(2).

(1) en particulier les papillons de nuit mais aussi les frelons qui, contrairement aux guêpes et aux mouches, sont attirés par la lumière – à 2 reprises, un frelon s'est introduit dans le camion ; intrusion relativement dangereuse puisque l'on est allergique aux piqûres d’hyménoptère...

(2) malgré les arbres, dans l'obscurité, la moindre lumière peut être perçue à des kilomètres à la ronde

 

Journal poétique (extrait)

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage

La neige par-dessus la terre

Et cet exil (si compréhensible) des poètes – des nomades ; qui vivent toujours à l'écart – loin du cirque – loin des cris et des masques de cire

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage

La neige par-dessus la terre

Et ce qui s'achèvera, un jour ; le mensonge et l'insupportable face à la félicité – face à la lumière – chaque jour, grandissantes

 

Dispositif électrique

250 kWh de panneaux solaires. Ce qui nous offre une autonomie suffisante pour nous éclairer le soir (en hiver), charger un ordinateur portable, un téléphone portable, 2 lampes de poche et utiliser quelques accessoires électriques (rasoir – ventilateur* etc etc)...

* indispensable en été ; l'intérieur de la roulotte devient (assez vite) une véritable étuve...

Un convertisseur permet d'obtenir du courant en 220V. Et deux batteries de 95 Ah complètent le dispositif qui répond (très largement) à nos besoins électriques (très modestes – il est vrai) – y compris lors de la période hivernale où le soleil (en général) se fait plutôt rare* et où son inclinaison est loin d'être optimale pour recharger les batteries avec les panneaux solaires...

* variable, selon les régions (bien sûr)

 

Journal poétique (extrait)

Pourquoi Diable – de passage

Si peu équipé(s) pour les réponses

A travers la tête ; (trop) aveuglément

A s'imaginer percevoir le réel ; le temps qui s'écoule

Le front obstiné ; obscurci

Bricolant des solutions avec quelques bouts de ficelle trouvés sur le chemin

 

Journal poétique (extrait)

L'évidence du sol – du souffle – du centre

D'un lieu à l'autre ; sans se déplacer

Dans la jonction ; la (perpétuelle) continuité

Alignés ; sous la lumière

Comme si la nuit n'existait pas

Comme si l'aurore était une invention

 

Rencontre crépusculaire

A quelques dizaines de mètres de la roulotte, on aperçoit, soudain, dans les sous-bois, une troupe de sangliers – la mère avec ses marcassins (âgés de quelques mois) et un juvénile d'une précédente portée, groin au sol, à la recherche, sans doute, de quelques vers ou de quelques racines.

 

Journal poétique (extrait)

Par petites touches ; les créatures façonnées

Se dispersant ; partageant le sacrifice ; et le trésor commun

Terre et ciel – scellés ensemble ; durant cette traversée – à genoux

 

Instant de fin de journée

Les derniers instants du jour. Face à la fenêtre – face à l'horizon. Le feutre posé sur la table. Quelques pages noircies de mots devant les yeux. Et cette joie qui nous étreint – qui nous enveloppe – qui rayonne peut-être...

 

Haïku

« Un dernier rayon

illumine

les pics enneigés »

 

Notes diverses

Au cœur de la création – dirait-on ; et à la marge du monde aussi. Ainsi – sans les yeux des Autres.

 

Journal poétique (extrait)

Du bleu dans l'herbe

Le sol métamorphosé

Le monde serré contre soi

A la saison du détachement

Personne ; seulement la lumière ; la lumière et l'infini

L'Amour – sans doute – qui nous a pris dans ses bras

 

21h30 – 21h45 espace récréatif

 

Séquence de fin de soirée

On range le feutre et le carnet dans un angle de la bibliothèque, on pose la tasse sur le plan de travail de la cuisine, on fixe la table sous la banquette du coin salon, on tire les rideaux, on ferme les stores et l'on s'installe sur le canapé avec, selon les jours, un livre ou nos écouteurs pour suivre une émission à la radio, reprendre le podcast ou le film documentaire commencé la veille.

 

Journal poétique (extrait)

En soi – les chimères ; mains tendues ; aussi mortelles que le reste

Sous la même lumière ; et les saisons changeantes

Sans importance – sans impatience ; jusqu'au dénouement

 

Et le monde (bien sûr) continue de tourner

On ne se tient guère informé de l'actualité du monde (humain). On ne peut néanmoins échapper aux événements majeurs que distille la radio (que l'on écoute de manière régulière*).

* essentiellement des podcasts et, quelques fois, des émissions en direct. Et le journal de la mi-journée de temps à autre

Mais, au fond, à quoi bon écouter les malheurs et les (petites) joies de ce monde – les affres et les turpitudes de nos contemporains ? Qui peut ignorer que depuis que l'homme est homme, la terre est témoin des mêmes histoires qui se répètent indéfiniment* au fil des jours, au fil des années, au fil des siècles ; un monde inlassablement occupé par le plaisir, la richesse, le pouvoir, les revendications territoriales, les parades, les alliances, les crimes, les trahisons, les petites (et les grosses) « combines » et miné, de façon régulière, par diverses catastrophes individuelles et collectives (d'origine humaine ou naturelle). Et qui peut ignorer que le cours de l'histoire tend toujours, depuis que le monde est monde, vers plus de possibilités, vers plus de confort et de facilité(s)...

A quoi bon, dès lors, demeurer dans l'écume du monde ?

* sans varier d'un iota

 

Haïku

« Dans la montagne pas de calendrier

les saisons passent

on ne sait quelle année »

 

Journal poétique (extrait)

Au fond de la gorge ; le jour inépuisable ; le souffle lumineux ; si peu advenus – (presque) toujours inconnus

Et le désir ; et la nuit – bus jusqu'à la déraison ; sans interroger l'absence – sans interroger l'espace – ni la possibilité d'un Dieu désincarné

Les paupières lourdes ; entre l'extase et le sommeil

Un long filet de bave entre les lèvres entrouvertes

A dormir encore ; en dépit du corps redressé

 

Journal poétique (extrait)

Le ciel enjolivé ; trop agrémenté d'images

Comme le fond du jardin – l'autre côté du monde ; auréolé de mystère

Sous l'arbre encore ; un livre à la main – celui de la terre vivante

Et le vent sur le visage

Sans doute – au milieu du voyage

Familier de la mort et du feu

Fidèle aux ramures et aux nuages

Nous tenant là ; près de ce qui passe ; près de ce qui se dit ; écoutant et offrant la parole nécessaire ; aussi utile que la lumière et le silence des fleurs

La possibilité de l'aube ; qu'à l'intérieur ; en ce monde qui ne célèbre – et ne vénère – que l'inconscience et le chaos

 

Le téléphone portable, un outil polyvalent

Le téléphone portable est une boîte à outils indispensable ; il constitue l'un des rares moyens pour nous relier au monde humain. Outre ses usages nomades (GPS, applications pour voyageurs(1), applications pour localiser les commerces et les stations essence), il nous sert essentiellement de dictionnaire, d'encyclopédie(2) et de radio. Il nous permet également d'écouter des podcasts et de regarder, de temps à autre, des documentaires(3). Et il nous arrive aussi d'en faire usage comme téléphone (appels d'ordre pratique pour les réparations à effectuer sur le camion et des appels assez irréguliers avec les membres de la famille).

(1) que l'on utilise « à l'envers » en quelque sorte, évitant soigneusement tous les lieux répertoriés pour les nomades – touristes et vacanciers essentiellement – infrastructures pour les voyageurs, aires de services, sites touristiques, sites remarquables, parcs de loisirs etc

(2) Wikipédia en particulier

(3) Youtube et Arte

 

Haïku

« Joyeux

j'ai oublié

les intrigues du monde »

 

Journal poétique (extrait)

Parcourus ; le monde et le refus

La route dans le vent

Et l'intériorité qui affleure ; sous la peau – les paupières

Face au ciel ; la paroi contre le dos

Et ce silence – au milieu des cimes ; sauvage(s) – nécessaire(s) – paroxystique(s)

Les lèvres grandes ouvertes

Avec déjà l'essentiel en soi ; au milieu du fouillis des images

 

Les yeux au ciel

A observer (pendant près d'une heure) la beauté du ciel nocturne – le lent et lointain mouvement des étoiles. Sous le plafonnier cosmique jusque tard dans la nuit...

 

Journal poétique (extrait)

Entre nous ; trop d'étoiles ; le devenir et le néant

Des mondes et des cieux ; là où l'on se trouve

Encore séparés (trop séparés) ; évidemment

Ce qui nous échoit ; la même chose qu'au-dehors (exactement)

Le cœur qui se frotte à la pierre et à la peau des Dieux ; avec malice – avec désespérance et sagacité

Sans (jamais) rien exclure des oracles ; ainsi se dessine – se construit – le sort de ceux qui s'imaginent pénitents

 

Des frères humains

Rencontres radio (ou podcasts) avec une humanité « choisie » – sensible et éclairée*. L'un des rares liens au monde (humain) que l'on apprécie...

* autant qu'elle puisse l'être

Et parmi ces rencontres, quelques-unes qui restent en mémoire : Lhasa de Cela, chanteuse – Anouk Grinberg, actrice – Thierry Thieû Niang, danseur et chorégraphe – François Sarano – plongeur et océanographe – David Le Breton, ethnologue – Félix Billey – aventurier existentiel – Edmond Baudouin, auteur de BD – Olivier Roellinger, cuisinier – Isabelle Laffon, autrice, comédienne et metteuse en scène – Madeleine Riffaud, résistante, journaliste et poétesse – Olivier Quénardel, père abbé de Citeaux, Claudie Huntzinger, plasticienne et romancière...

Hommes et femmes qui nous émeuvent (jusqu'aux larmes – très souvent) – qui nous enchantent et nous réconcilient, d'une certaine manière, avec cette part si belle (et si émouvante) de l'humanité et une partie de nos frères humains...

 

Journal poétique (extrait)

En ces heures nocturnes ; accompagnatrices d'un autre sort ; révélant un autre monde ; la possibilité d'un destin plus conscient – plus léger – plus épanoui

Une ville entière ; un pays entier ; un empire peut-être – à travers un chemin entièrement inventé

Ce qui se glisse par la fenêtre – au fond des yeux – au fond de l'âme

Sous le régime du cœur ; la parole (seulement) nécessaire

A charge pour l'esprit de se défaire du faix ; et d'offrir le vide et la joie que l'on réclame

 

22h45 – 23h ablutions quotidiennes

 

Rituel (journalier) de fin de soirée

Prendre sa douche constitue une activité à part entière. Il ne s'agit pas, comme dans la vie sédentaire, de se glisser dans la baignoire, de laisser couler l'eau à sa guise, d'y rester pendant des heures et de laisser sa serviette par terre en sortant de la salle d'eau...

En outre, pour un nomade qui vit dans un espace si restreint, la salle de bain fait, très souvent, office de débarras où l'on entrepose (parfois pêle-mêle(1)) mille choses utiles(2) qui n'ont trouvé de place plus appropriée.

(1) ou de manière organisée et fonctionnelle – ce qui est notre cas...

(2) Dans notre roulotte, la salle d'eau – qui mesure 1 mètre 30 de longueur sur 70 cm de largeur – accueille, en plus du mobilier habituel dévolu à la toilette et à l'hygiène, un placard et une étagère amovibles « fait maison », un petit meuble fourre-tout (amovible également) sur lequel est fixé le filtre à eau (pour l'eau potable), un panier pour le linge sale, un ventilateur colonne (pour les journées estivales étouffantes), une caisse pour les fruits et légumes, quelques planches, les plateaux pour les repas, un étendoir (pour les vêtements et les serviettes), des fixations pour un tableau que l'on accroche près du coin salon (en mode sédentaire), un panier pour les éponges de cuisine, une claie de séchage (pour les micro-prélèvements botaniques) et deux socles-rangements qui accueillent, chacun, un bidon d'eau potable de 20l.

Aussi pour prendre sa douche*, on doit ôter une bonne part des objets entreposés pour les placer dans « la pièce à vivre » puis (bien sûr) les replacer une fois ses ablutions terminées. Sans compter l’essuyage des parois, du sol et du caillebotis pour éviter (dans endroit si fermé et exigu) d'endommager l'habitacle par un excès d'humidité...

* et être en mesure de tirer les rideaux et de fermer la porte en plexiglas

Prendre sa douche dans une roulotte nécessite donc de la manutention et un temps non négligeable*. Un vrai rituel de fin de soirée !

* environ 10 à 15 minutes pour dégager l'espace, préparer la pièce et attendre (en hiver) que l'eau devienne suffisamment chaude (grâce au chauffe-eau), 10 minutes de douche (passées essentiellement à se savonner – en utilisant un bol et en se rinçant en quelques secondes avec un mince filet d'eau) et 15 à 20 minutes pour essuyer tous les éléments de la douche et remettre en place les objets déplacés.

 

Journal poétique (extrait)

Mille images piétinées ; celles de l'Autre – celles du monde – celles de la nuit

Tailladées dans l'esprit ; la chair toujours indemne – vive – ardente

Et contre nous ; la douceur et la suavité

Quelque chose de la tendresse qui s'offre

Affranchi du temps et des injonctions ; et de l'idée même de liberté

Et au-dessus de nos têtes ; des étoiles suspendues – pendantes ; au cœur du vide exactement

Là où l'esprit et la pierre dansent ensemble

Dans l'intensification du silence et du chant ; cette joie si singulière d'être au monde

 

La douche estivale

Le plaisir inégalable de la douche en été (pendant près de 6 mois en vérité). Un caillebotis* sous les étoiles...

* fabriqué avec du bois récupéré

Le flexible de la douche glissé par la fenêtre de la salle d'eau nous permet d'utiliser le pommeau à l'extérieur. Et une sorte de bras articulé* (extrêmement rudimentaire) permet d'actionner le robinet mitigeur à travers l'étroite ouverture...

* fabriqué en bambou (avec un vieux bâton de marche inutilisable)

Une serviette, du savon. Et la joie de se laver face au panorama, face à l'horizon, face au spectacle vivant de la nature estivale.

 

Haïku

« Le bruit de l'eau

dit

ce que je pense »

 

Journal poétique (extrait)

De la couleur de l'eau ; le regard et la main – libres

Dans l'intimité des choses ; devenu elles – en quelque sorte

Soi ; et le reste du monde – comme effacés – absorbés ; sans la moindre extériorité

Au cœur du cercle bleu ; là où l'on naît ; là où l'on respire

Et ce qui passe ; comme un rêve (l'impression d'un rêve)

Une longue marche ; une longue suite de pas et de mots – pour tenter d'approcher la transparence

 

Journal poétique (extrait)

La nuit ; moins que la parole

Comme le mutisme des étoiles

A rebours des saisons ; le chemin

Et par les interstices ; la somme

Ce qu'il nous faudra (immanquablement) soustraire

 

23h30 – 23h45 fin de soirée

Le silence nocturne entrecoupé, de temps à autre, par le hululement d'une chouette hulotte(1)(2) qui marque sa présence et son territoire. La lune, au loin, rousse, belle, majestueuse dans un ciel qui oscille entre le noir et un bleu sombre et métallique. La nuit prend tranquillement ses aises. Quelques insectes s'affairent discrètement. Enveloppé par la beauté et la quiétude des lieux – au cœur de la forêt. Et l'âme qui savoure – qui se délecte – qui se réjouit...

(1) chouette hulotte mâle

(2) ou, d'autres soirs, par « l'aboiement » d'un chevreuil qui alerte ses congénères d'une présence importune ou d'un danger

En nous – devant nos yeux – la même féerie – le même spectacle – le cycle éternel du monde...

 

Haïku

« Avec la lune

je m'attarde

à danser »

 

Notes de la forêt

Véritablement ; le pays de la poésie ; là où le cœur reflète l'infini...

 

Journal poétique (extrait)

Le chant déchiré ; des étoiles qui bruissent

Désenfermé par le ciel ouvert – très haut ; fenêtre dans l'ombre des orages

Quelque part – encore imperceptible – le silence

Et cette joie prémonitoire de l'absence – du bleu

 

Journal poétique (extrait)

L'enfance en fête

L'âme ragaillardie

A jouer avec le ciel et la boue (d'une manière assez différente)

Entre la chambre et le ciel

Et ce qu'il reste à découvrir ; et ce qu'il reste à traverser

 

23h50 préparatifs avant de se coucher – installation du lit

 

Au cœur du silence

Sous la nuit étoilée. La chambre ouverte sur la clairière. Parmi les hautes herbes que le vent fait danser.

Dans le silence sylvestre ; ce qui se révèle – les liens de l'invisible – l'indissociabilité de soi et du monde – le socle commun des choses ; ce qui nous tient (tous ensemble)...

La beauté de l'être – comme un pur don – sans but – sans raison – sans explication. Comme une lumière – une présence – fragile – dans la pénombre...

 

23h55 La pluie s'est mise à tomber – une pluie fine et légère...

 

Minuit passé

Bercé par les gouttes qui dansent sur le toit. Comme un délice – une douceur – l'âme enfouie sous la couette – au contact et à l'abri des éléments naturels. Quel bonheur !

Si près des étoiles ! Si près du paradis !

Et l'on s'endort. Le corps en joie. Le cœur en paix. Demain sera un autre jour...

 

26 novembre 2021

Carnet n°268 Au jour le jour

Mars 2021

L’errance – comme une folie indocile – une force qui nous jette tantôt dans le vide – tantôt dans la poussière – à mi-chemin entre le sol et le ciel ; une étrange migration qui nous fait revêtir d’innombrables visages et visiter des lieux (presque) sans importance…

Animé(s) par ce feu – vers l’immensité – cet espace vivant dont jamais nous ne quittons le centre…

 

 

Sur cette pierre – la figure intranquille – l’âme aux aguets – la poésie comme vision – comme témoignage (singulier) – comme nécessité inventive ; le lieu – l’un des lieux – de notre présence – de nos échanges – de nos rencontres ; le terrain de tous les possibles – au même titre que l’âme – entre ciel et forêt – et ce qui y pousse est (presque) toujours teinté d’exil – de solitude – d’effacement…

L’expérience quotidienne de l’Absolu…

 

 

L’héritage dilapidé – la terre brûlée – Dieu ignoré – méprisé – les bêtes que l’on égorge – le sol et le ciel transformés en territoire – les drapeaux et les barbelés qui font office de frontières et de mâts de cocagne – tous les visages jetés les uns contre les autres pour défendre leur périmètre dérisoire – nouer des alliances – étriper leurs concurrents – tous leurs opposants – la méfiance et la haine sous le front – la peur au ventre (presque à égale proportion avec la faim) – le glaive à la main et le poignard à la ceinture ; ainsi vivons-nous – écrasé(s) par l’une des plus anciennes malédictions – cette ignorance orgueilleuse qui frappe tous ceux qui s’imaginent lucides – hautement conscients et civilisés – des êtres supérieurs qui ne parviennent pas même à s’affranchir des instincts les plus grossiers ; de simples bêtes à figure humaine…

 

*

 

L’étreinte inhumaine qui rend caduque la séparation – comme un éblouissement – un miroir brisé en mille éclats – Dieu et tous ses reflets – dans le noir – soulevant les songes et la poussière…

Le souffle infini qui donne à chaque geste le bleu de l’immensité – le point de non-retour – l’extinction définitive de la peur…

La possibilité (enfin) d’une danse joyeuse (et insouciante) au milieu du monde…

Nous – enlacé(s) – sur le dernier barreau de l’échelle de la liberté – avec l’étendue, au-dedans, tremblant(s) d’émotion…

 

 

Le sommeil et la mort qui ruissellent sur les vivants – un jeu réitéré – un jeu sans fin – comme un soleil blessé – déchiré – que l’on voudrait enterrer sous des amas de plaintes et de cris…

Une solitude sans rivale…

Suspendue au silence – la nuit guerrière – vampirisante – scélérate – tous ses outils à la main – pour nous crucifier – elle, douée d’une farouche sauvagerie – et nous, trop crédule(s) pour lui résister…

Quelques éclairs dans la langue – sur la page glacée – le monde fiévreux – en souffrance…

Le sort de tous les voyageurs qui essayent de se frayer un chemin…

 

 

Nous – dégoulinant de peur et de sang – le regard hypnotisé – l’esprit taillé à la serpe – comme drogué – au bord d’un fleuve rouge – sur un sable aux reflets sombres – angoissants – la bouche ouverte pour boire la rosée déposée sur les fleurs – l’oreille à l’écoute du monde – ou ce qu’il en reste – et la foulée, presque folle, qui court sur la terre mouillée par nos larmes…

La cécité de l’homme – de l’âme – occupés à leur besogne…

 

 

Derrière les colonnes de l’invisible – les Dieux hilares…

Au-dessus du monde – l’Amour déployé…

Le rire – au cœur du silence…

Ce que révèle la parole – ce qui circule avec elle – et ce qu’elle fait naître au fond des âmes…

Au-delà du langage des étoiles…

Le vent qui devient le messager et l’étendard…

 

 

Sur la pierre – notre royaume – ce qui s’élève comme un chant – au-dessus des têtes – au-dessus des murs – l’infini bouleversé par notre (si dérisoire) entreprise…

 

 

Sans voir – à tâtons – sur le fil qui surplombe l’abîme – sans peur – sans faute – la mort à nos côtés – avec la joie qui se dessine sur notre visage…

En soi – le secret vivant – le mystère dévoilé – l’instant vécu et habité – sans triomphe – sans descendance…

Le temps dépecé – comme un dialogue entre le silence et la lumière – ce que laisse, parfois, apparaître l’encre jetée spontanément sur la page…

Le feu et les vagues – jouant ensemble – enfantant les jours – les formes – les circonstances – toutes les danses autour de l’antre – toutes les matrices gravides – gorgées des plus viles substances – savamment mélangées – promis à des rives privées d’horizon – aux marges des cercles de la tendresse – là où la haine – l’ignorance et les instincts – prédominent cruellement sur l’intelligence – la sensibilité et l’Amour ; l’une des pentes les plus glorieuses de l’enfer – des lieux profondément sombres et enténébrés – un immense territoire où les créatures s’agitent – s’étreignent – se bousculent – sans Dieu – sans le moindre respect – plongées (seulement) dans la ruse et le mensonge – dans l’espérance et la poussière…

 

*

 

Penché(s) vers le sol – ce que nous avons creusé…

Captif(s) de ce qui n’étreint pas – bêtement piégé(s) par les promesses des visages et de la pierre…

Les mains jointes contre les malheurs – contre la mort et l’oubli…

La bouche plus noire que les mots qu’elle crache…

Partout dans l’air – ce parfum de punitions et de (menues) récompenses – ces reliquats d’enfance insuffisamment éduquée…

L’avenir – bleu et l’effacement – la voix discrète qui pourra guider le monde – l’humanité aveugle – touchée (depuis trop longtemps) par la disgrâce…

Et un pas de côté (immense et inévitable) pour éviter la dévastation…

 

 

Le même sort que la nuit et les damnés…

L’oreille à l’écoute et l’œil attentif – pour n’oublier personne – veiller à ce que nul ne se cache – et ne disparaisse – dans les replis que les hommes ont inventés pour échapper à la souffrance – à leur destin…

La chair parsemée de blessures et de cicatrices mal refermées – la montée progressive des larmes – les yeux embués – à compter le nombre de jours qu’il reste – ce qui, pour l’instant, n’a encore succombé au désastre – à l’effroyable hécatombe ; la valse des défaites et des épuisements…

Les bras en l’air – implorant le sol – le ciel – tous les Dieux de la terre – dans un sursaut d’espoir – de vie et de rage – les derniers tressaillements de l’âme aux prises avec la tristesse et l’agonie…

La chair qui, bientôt, s’effacera – comme le nom que nous avons porté durant ce (bref) séjour ; une disparition anonyme et solitaire – sans le moindre témoin – dans la terre noire – aussi fertile et désolée que (presque) toutes les existences…

 

 

Les ailes que nous avons abandonnées pour le sol – la vie souterraine – au milieu des pierres…

Dans notre souffle – dans notre sang – un désert – des chemins – des traces de pas – et la terre en déroute…

Le ciel – dans son propre sillage…

Et deux têtes étreintes – façonnées ensemble – l’une dans la glaise et l’autre dans le vent – par les mains de l’invisible – l’une dans l’autre – en vérité – et qui, tour à tour, occupe le devant de la scène – selon les nécessités et les circonstances…

 

 

Les yeux – comme seule tunique ; le poème – comme seul bagage…

Le ciel inventé – et invité – dans un monde insensible et nostalgique…

Les vivants livrés aux jours – aux Autres ; et les morts à l’abîme – sans sépulture…

Au milieu des ombres – tout au long de cet étrange séjour…

 

 

Aux lèvres – quelques mots – des paroles de justice ; de longues siestes au pied d’arbres gigantesques (et bienveillants) ; l’air dans les poumons – le sang qui afflue dans la voix – le soleil au-dedans de la tête – les joues dégoulinantes de larmes – les paupières battantes – si ému de retrouver l’enfance – la solitude joyeuse des années blanches – le cœur ouvert – sans vérité – sans prophétie – l’âme au creux de la paume pour distribuer des poignées de joie et d’ardeur à ceux dont les yeux sont tristes – à ceux que l’on a privé de langage articulé – à ceux qui passent devant nous la main timide et (discrètement) tendue – à tous nos frères qui s’imaginent (à tort) abandonnés par les puissances divines et les forces mystérieuses du monde…

 

*

 

La bouche criante de vérité – la parole authentique [et pas toujours (très) agréable à entendre] – sur des pages que ne liront jamais les foules endormies…

Les âmes plongées dans la terre noire dont les plaintes recouvrent les livres – et le nom de tous ceux qui ont tenté de découvrir une issue à la douleur – à l’ignorance – au sommeil et à l’illusion…

L’absence et la mort – face à notre visage…

Les premiers balbutiements de notre existence ; la joue posée contre le sol jonché de pierres et de sang…

Une silhouette sombre avec, dans le dos, deux ailes maladroitement dessinées – deux moignons – deux appendices – à peine – pour l’essentiel de l’humanité ; deux bouts de chair qui pendent – un organe sans usage – et un instrument à développer – un instrument à venir peut-être – pour quelques-uns – dans le meilleur des cas…

 

 

L’âme – comme le visage – contre le ciel…

L’existence – à genoux ; l’agonie – le cœur battant ; et la faiblesse de croire qu’à la fin, deux mains surgiront pour nous porter ailleurs…

Le lointain – comme des vagues inconnues qui auraient la décence de se rapprocher (peu à peu) – qui pourraient devenir de plus en plus familières à mesure que nos pas se dirigeraient vers le centre ; comme un effacement naturel et progressif de la distance et des frontières…

 

 

Dieu – dans tous les esprits récalcitrants…

L’étendue vivante face à toutes les résistances…

L’infirmité et l’absence – le monde dévisagé – et reconnu dans son incapacité et ses insuffisances ; la ligne de fracture entre nous – les hommes et le Divin…

Une déception supplémentaire à surmonter…

Et deuil après deuil – au fil des désillusions et des effondrements – la voie (extraordinaire et surprenante) de la nudité et de la guérison qui, peu à peu, se dessine…

 

 

Sur cette sente silencieuse – la tête encore pleine d’échos – le ciel rouge – enflammé – au-dessus des rives sacrifiées…

Sans restriction – jusqu’à l’ultime mirage…

L’aube sur notre visage – le chant et la danse de l’âme – dans notre thébaïde – le séant sur la pierre – au pied d’un arbre – au cœur de la forêt…

 

 

La joie et la lumière – dans le sang – au cœur des vents qui balayent l’odeur âcre des holocaustes – à bonne distance des hommes et de la laideur que (presque) tous célèbrent…

 

 

La tentation de la tristesse – là où le monde a anéanti tous les possibles – tous les horizons ; les rives et l’âme défaites – comme si l’absurdité était notre seule raison de vivre…

 

 

Sous le front – la fièvre…

L’errance des pas…

Quelque chose qui s’oppose à l’approfondissement – à l’exploration des profondeurs…

Un voile sur le sommeil – un refus franc – et (quasi) rédhibitoire – de la lumière…

La primauté du noir sur les yeux ouverts – la nuit hissée partout comme une distance nécessaire entre nos vies et la vérité…

L’obscurité envahissante de la terre et du théâtre – le royaume de l’illusion où le mensonge est une arme – un outil – que l’on brandit – dont on se sert – pour participer à toutes les fêtes – à tous les festins – très souvent, les seules fenêtres du labyrinthe…

 

*

 

Simple et dénudé – le fruit de l’effacement…

La joie – à travers les flammes (purificatrices) de l’oubli…

Le vent – jusqu’au fond de la mémoire – qui balaye la poussière des souvenirs…

La lumière au cœur de l’écrin vide – qui révèle autant la beauté de ce qui vient que celle de ce qui accueille…

La vie – sans ombre – sans sommeil…

 

 

Nous – devenant, peu à peu, une trace imperceptible sur l’épaisseur – semelles de vent – l’empreinte de l’invisible…

Nos pas légers (de plus en plus) sur la roche…

La liberté qui affleure – le sol à peine effleuré…

Les prémices – peut-être – de l’envol – au-dessus du monde – des hommes – de l’humus – de toutes ces couches de matière successives – à l’inconséquente gravité…

 

 

On glisse dans la joie comme l’on sort du sommeil – ébaubi par la succession (presque) aléatoire des possibles et des états…

 

 

La magie d’une parole née on ne sait où – qui virevolte dans l’âme – dans l’encre – sur la page – dans le cœur des Autres – peut-être – sans jamais se fixer – sans jamais avoir l’ambition de se graver quelque part…

 

 

A vivre – à jouer – comme les enfants – comme si c’était pour de faux – juste pour rire – à la manière d’une farce – d’une blague que l’on se ferait à soi-même ; et tant mieux si d’autres s’amusent et rient avec nous – et tant pis s’il n’y a personne ; notre rire nous suffit ; ainsi le monde est déjà plus joyeux…

 

 

Les crimes des hommes commis au nom de toutes les bannières (imaginables)…

Des larmes sur le sang – comme une eau purificatrice (par seaux entiers) qui tenterait (vainement) de laver toutes nos souillures…

La tristesse muette – impuissante – face au nombre – face à la puissance des forces destructrices…

 

 

La parole – trop discrète – trop peu entendue – face aux feux du monde – à tous les jeux organisés sur les tombes de ceux qui partagent notre secret – les yeux baissés devant l’humanité – le front redressé au-dedans – portés par les Dieux et les forces de l’invisible – qui transforment toutes les servitudes terrestres en liberté – en affranchissement…

La mort – comme la disparition des apparences ; tremplin – en vérité – vers des terres qui s’offrent à toutes les âmes sacrifiées – à toutes les âmes crucifiées sur les autels sordides de la matière…

 

 

Notre chant qui s’abandonne à l’obscurité du monde…

Sur le sol – sur les cimes – qu’importe les cris et les louanges – la parole dressée qui résiste à tous les désirs d’ailleurs – à tous les désirs d’autrement…

La vérité et le sourire qui font face à la bêtise et à la paresse…

 

 

Ce que les hommes gravent sur la surface du monde – presque rien…

Un peu de laideur sur tant de miracles…

Un peu de poussière sur la roche blanche…

Des échelles fragiles – bancales et inutiles – vers les premières hauteurs alors qu’il faudrait, sans doute, commencer par explorer ce qui nous anime – le feu de l’antre au cœur de nos profondeurs…

Fiers de leurs menus butins ; et si étrangers au mystère – et si ignorants encore du véritable trésor…

La lente (trop lente) usure des œillères (tragiques) que nous portons à l’intérieur – si imperceptibles que presque tous s’imaginent dépourvus d’entraves perceptives…

 

*

 

Tout arrive – tout a lieu – tout s’efface – sans aucun socle ; l’être et le reste – séparés – isolés ; et les circonstances qui gravent les initiales du monde au fer rouge sur notre chair – des lambeaux de matière qui finissent par dessécher au soleil ou par pourrir dans les entrailles de la terre…

 

 

L’œuvre, sans cesse, remise sur le métier – et s’élargissant peu à peu – comme l’âme et la perception ; les traces du ciel sur notre (progressif) dérèglement…

D’alliance en alliance jusqu’à l’incarnation de la parfaite nudité ; exposé – à la merci de tous les Autres ; l’être frémissant dans la lumière du jour – la peau tremblante sur la pierre autant que la main – autant que le feutre noir – qui griffonnent sur la page quelques traits – un peu de beauté – un peu de vérité – peut-être – qui sait…

Le silence éclairé par notre labour – notre labeur – dans le seul sillon que nous ayons jamais creusé…

La vérité qui jaillit – qui s’efface ; la seule qui vaille – la seule qui soit…

 

 

Au-dedans – ces peurs amassées depuis l’enfance – comme de la neige que l’on aurait entassée dans un coin ; il suffirait d’un peu de chaleur – d’un peu de lumière – pour faire fondre l’inutile et retrouver la virginité de l’étendue ; quelque chose de lisse – de simple – parfaitement articulé au reste – révélant ainsi toute la magie du monde dans la jointure invisible des choses – assemblées sans colle – sans couture – comme les éléments d’un puzzle vivant magistralement emboîtés (quels que soient les mouvements, les échanges et les transformations)…

Le glissement du ciel vers la couleur – puis, le retour [très progressif – et souvent (très) laborieux] du vide et de la transparence…

Le règne inépuisable de l’invisible au cœur duquel alternent et se chevauchent (sans ordre apparent) la parfaite vacuité – les spectres – les résidus et les déguisements…

 

 

L’indigence et la fierté guidant le peuple – la crasse ; le drame du monde – l’histoire de l’homme – la terre et le vivant sans autre promesse ; l’hécatombe intime et collective…

 

 

A notre place – sur cette île – paroles aux lèvres transcrites sur la page – en silence…

Ici – le feu – contre la fumée du monde…

Le brasier contre la cendre – la possibilité de l’innocence contre le commerce et la guerre…

Le temps d’un souffle ; la naissance et le déclin d’un royaume…

Le langage pérenne à travers le provisoire des visages et des choses…

Dans le livre – la marque de l’incertitude et des ailes pour apprendre à vivre au-dessus des décombres – au-dessus des âmes tristes et fantomatiques…

 

 

La terre imaginaire où les larmes sont, peu à peu, transformées en allégresse – où les cris deviennent des chants – où le plus évanescent prend des airs d’éternité…

Au fond des entrailles – la matrice inventive et exultante ; l’anti-nourriture de la lumière (dont nous nous gavons – nous autres – âmes trop avides – trop sombres – trop épaisses)…

 

 

Front contre front – paume contre paume – chacun arc-bouté sur ses frontières – protégeant la moindre parcelle – le plus infime fragment de territoire…

Des refus et des querelles – le sol jonché de violence et de morts…

Partout – l’affrontement et la confusion – la méconnaissance de l’abîme où nous sommes (tous) plongés…

Et le pressentiment des ténèbres éternelles si la main tendue ne remplace le sommeil et le glaive levé…

Des yeux – des cœurs – qui doivent apprendre à s’ouvrir si l’on aspire à une autre terre ; une (véritable) révolution pour contrecarrer un poids – une ignorance – une inertie – (plus que) millénaires…

 

*

 

Une longue file – devant et derrière nous – en dépit de la solitude – de toutes les solitudes…

Le monde divisé – fragmenté – qui tente maladroitement de s’étreindre…

Une plainte – un cri – une voix – pour que quelqu’un – quelque part – nous entende…

Il faudrait, sans doute, un élan révolutionnaire (et, apparemment, contre nature) pour que notre oreille devienne attentive à tous ces échos lointains – pour que notre cœur puisse être (rien qu’une fois) totalement transpercé – pour que nous puissions espérer atteindre, un jour, le point culminant de la tendresse…

 

 

Sans complicité – cette solitude dansante – le monde au loin – toujours trop loin – à sa juste place – peut-être…

La nuit – ici – ailleurs – comme la seule ligne d’horizon…

L’œil vif qui contemple les guerres et les agonies – cette manière qu’ont les hommes de fermer les yeux et de vivre dans la dénégation du monde – des Autres – hissant leurs désirs (tous leurs désirs) jusqu’au soleil…

 

 

Le cours inévitable – abominable – salvateur – des choses…

Rien en plan – tout glisse – à sa mesure – selon son poids et le degré de la pente où on l’a posé…

Du souffle – quelques respirations ; et cette chose en commun avec la peur et la mort…

Le voyage – très souvent – suspendu – transformé en séjour souterrain – en existence enterrée – à l’abri des vents – du monde – des destins – dans l’obscurité de la terre…

La pénombre et la nuit – le sommeil plutôt que l’aventure et la lumière – la marche sur les chemins offerts – exposée à la vie – aux dangers – à la possibilité d’une issue – d’un envol – d’une délivrance peut-être…

 

 

Ce qui suinte par les fissures de la chair ; le sang – le ciel – toute la tristesse de l’âme…

Ce que la poitrine retient ; un cri sans fin qui, peu à peu, se transforme en paroles ; une désespérance que l’on convertit – malheureusement – en fol espoir – en promesse intenable…

 

 

Gravir – par le dedans – ce que le corps dissimule…

Après mille – dix-mille tentatives – parvenir à l’embrasure – l’apparence d’un seuil…

La pensée qui tressaille – et derrière (juste derrière) l’espace – le lieu de tous les rassemblements – de toutes les connivences – de toutes les désagrégations…

 

 

L’attention portée jusqu’à l’incandescence…

Les bords déchiquetés qui retrouvent leur lisibilité…

Le monde – non comme des signes à déchiffrer (ou comme des symboles à décrypter) – mais comme des motifs – une variation infinie de motifs – à découvrir – à regarder – à étreindre – à unifier…

 

 

Le réel exposé et l’âme repue…

Rien de grave sous le verbe ; au-dessus de la poésie – la terre et le ciel enlacés – la tendresse qui se cherche – qui se précise – qui se peaufine…

La légèreté engendrée par l’extinction du temps…

Le monde immédiat et la présence qu’il suppose (et qu’il réclame)…

Ce que nous sommes tous capables d’être – ce que nous sommes tous capables d’offrir…

 

*

 

Le vent – parfois – comme la figure de l’ennemi lorsqu’il cingle le visage – le souffle en pleine face – comme un fouet – une gifle – douloureuse – déstabilisante – dévastatrice ; un apprentissage (pourtant) bien davantage qu’un adversaire ; le rôle primordial de la posture – ni frontale – ni résistante – tête baissée – toujours – et dans le sens du courant ; et il en est de l’air comme des eaux du monde…

 

 

Nous appartenons à la sente et au soleil – au souffle et à la nuit – aux cimes et à la mort – aux ténèbres et aux étoiles – à Dieu – au monde – à la vie ; nous appartenons à tout ce que nous croyons ne pas être ; et jamais nous ne nous appartiendrons ; comment pourrait-on s’appartenir ; nous n’existons pas (réellement) – nous ne sommes pas ce que nous imaginons…

 

 

La main lancée vers l’espace – la tête dressée sur la terre – la figure dévisageant déjà l’horizon – le jour suivant – le pas à venir ; et entre les dents – dans la panse – de minuscules bouts de chair arrachés au corps (décharné) du monde – et devant nos yeux, les restes encore fumant de la dernière civilisation humaine…

Le feu (vif) au fond de l’âme et les cendres de la terre ; notre incompréhension et notre solitude – au milieu de tout ce noir – de tout ce sang – de tous ces morts – comme un rêve – ce charnier à ciel ouvert – ce champ de bataille (immense) où l’on patauge dans la fange et la matière organique – où l’on doit enjamber les corps épars et refroidis…

Nous – descendant à la nage le fleuve-océan – au cœur de l’enfer…

 

 

Quelques graines – dans les poches – dans les mains – notre seul trésor – au fond du cœur – dans l’esprit – brûlant – incandescent – lorsqu’on l’approche – et comme une roche noire – glacée – inutile – à mesure que nos pas nous en éloignent…

Et nous – sur ce fil étroit – immense – sans fin – entre les berges – l’œil rivé tantôt sur le vide (l’invisible) – tantôt sur le monde (la matière) – selon le degré de fortune que nous prêtent les Dieux – les circonstances – le destin…

 

 

Le ciel – en nous – reposé…

Et ce sourire dans la main offerte…

Le front large – ouvert – exposé – comme le reste – comme le cœur…

La vie – le monde – au-delà des apparences…

 

 

Au large – de plus en plus loin – le monde – au-dessus – à nos côtés – le visage de Dieu – et nous confondu(s) – à l’intersection de tous les cercles – sans drapeau – jusqu’à l’ultime parcelle de l’étendue…

 

 

La parole – la poésie – face à l’ignorance – à l’aridité – la seule force pour affronter le monde – s’élever au-dessus du bruit – de la bassesse – de la médiocrité – avant d’accéder (éventuellement) au silence ; l’unique réponse possible – réelle – entendable – qui n’entache ni l’écoute – ni l’Amour – ni les esprits prisonniers des gesticulations et de la cacophonie…

 

 

La vague et le rivage – habités – comme le grand large – la tête engloutie par l’immensité et les profondeurs – sensible à la multitude et à la diversité des décors…

L’âme prête à suivre le flux et le reflux – les courants – l’immersion et l’envol – la perte jusqu’au vertige – jusqu’au délire…

Si peu affamée de rêve – si encline à échapper au mensonge et à l’illusion…

Les yeux grands ouverts – comme deux soleils sur le monde ; à la place des lèvres – un grand silence ; et l’Amour qui s’est substitué à la quête – au labeur – à l’effort…

Un battement de cils dans le ciel…

L’aube et le crépuscule réunis dans la paume…

A présent – la quiétude face au déroulement naturel – inévitable – des choses…

 

*

 

Ce qui nous consume – la perte du centre – notre errance à travers la trame – notre voyage parmi les fantômes et les morts ; des vivants, nulle trace – des silhouettes affamées qui délirent – qui divaguent – qui apaisent leur faim avec des bouts de chair découpés et qui vivent sur une terre – et sous un ciel – inventés – presque imaginaires – construits pour échapper à l’effroyable (et sinistre) réalité du monde…

La civilisation du ventre – du songe et du refuge ; le règne perpétuel du sommeil et de l’avidité…

 

 

Le cœur – si souvent – brûlé par l’impuissance et l’impossibilité ; et la maturité croissante de l’âme à travers la perte – le deuil – la (très progressive) compréhension…

Sur les talons de ceux qui (déjà) ne sont plus rien…

 

 

Les pieds nus sur la pierre lisse – un univers entier dressé dans l’imaginaire – avec les instincts – le sang – la nuit – le vent – ce qui nous rapproche des monstres et de la mort – d’horribles créatures…

Et notre veille – les yeux fermés – l’esprit ailleurs – déjà assoupi…

Ce que nous prenons pour le monde – notre vie ; pas davantage qu’un rêve…

 

 

La folie d’un tremblement sensible devant la douleur et l’indifférence du monde…

Ce que nous portons comme une chaîne et une alliance scellées au fond de l’âme…

Le cœur qui, peu à peu, se déchire – des lambeaux qui, peu à peu, se détachent – et sur lesquels se jetteront toutes les mâchoires féroces et affamées…

 

 

Monde de pierres qui roulent – fiévreuses – gesticulantes ; des fragments de trame animés ; le temps lancé à travers les mailles…

Et nous – un peu bête(s) – au carrefour des circonstances – seul(s) au cœur de la multitude – comme tous – comme chacun – ne sachant que faire – plongé(s) dans l’incompréhension…

Des tentatives – seulement – sans jamais pouvoir s’affranchir des fils et de l’étoffe…

 

 

Nos mains posées à la verticale – fendant l’air – luttant contre l’adversité – des monstres imaginaires – peut-être – tous les dangers du monde – les fausses promesses et les faux prophètes – ceux qui nous caressent d’une paume lisse et cruelle – toxique et mortifère – le couteau dissimulé derrière le dos qui attend notre assoupissement pour se planter dans notre flanc…

Les mains inquiètes et inutiles…

Il nous faudrait apprendre à vivre sans espoir – sans prière – nous satisfaire de ce que nous offrent Dieu et le monde – les yeux et les bras ouverts – l’âme et la chair (parfaitement) nues – (entièrement) exposées…

 

 

La page aussi blanche que le cœur est noir – puis, l’invitation du mélange et du gris ; l’œuvre du nuancier ; le jour et la nuit dans leurs alliances et leurs cabrioles – la pénombre et la lumière dans leurs étreintes et leurs enfantements…

Le cœur et la feuille – les changements de couleur – et l’émergence, peu à peu, de l’encre et de la transparence – la naissance des traces et de la liberté ; les liens les plus intimes – peut-être – entre l’âme et l’écriture…

 

*

 

Des masques de carnaval – le monde inhabité – de fausses fêtes et des jeux de dupe…

Des routes qu’empruntent les corps qui tournoient – ensemble – si seul(s) – ensemble – des fantômes parés de guenilles passé minuit – passées les grandes heures de la séduction…

A présent – l’inconsistance révélée – la béance criante – des coquilles vides – les paupières alourdies par la fatigue – la drogue – toutes les illusions…

 

 

Le regard – sans support – sans contour – les yeux fermés ; l’hiver, en tous points, qui continue – la vie sans embellie malgré les lumières – les couleurs – les confettis – comme des voiles sur l’horizon…

A notre place – le néant – quelques larmes qui coulent sur notre visage grimaçant – nos existences inutiles passées à jouir – à profiter (mais Diable ! de quoi donc ?) – comme si, au fond, nous n’avions que cela…

 

 

Du bleu – partout – jusque dans les tourbillons d’air qui parcourent la tête et le monde…

La vie frugale – sans les malheurs…

La soif asséchée à la source…

Les étoiles dansantes – les pierres blanches – innombrables – le fleuve serein dont les méandres nous étreignent…

La forêt encerclée par les contours de l’immensité…

La solitude – comme abandonnée à elle-même…

Ce qui pourrait ressembler à une forme d’absence – et qui s’avère (pourtant) l’une des plus hautes formes d’intimité terrestre – au cœur du monde et des choses – sans personne – sans la nécessité de ceux qui parlent – de tous ceux qui s’imaginent vivants…

L’Amour léger – au-dedans du corps – comme une longue (une très longue) caresse – de l’intérieur – sur la chair frémissante ; le feu et l’âme, à leur place, œuvrant à leur (principale) besogne…

 

 

La stérilité des jours – du monde…

La mécanicité des gestes – la psyché embarrassée – à fendre des pierres jusqu’au coucher du soleil…

L’âme plus qu’absente – presque morte déjà…

L’ennui et la douleur – un peu de frivolité pour oublier notre indolence face au mystère – notre inclination à laisser filer notre chance – à renoncer, malgré soi, au véritable labeur de l’homme…

 

 

Au cœur de l’oubli – le cortège des choses – le long défilé des visages – toutes nos infortunes – toutes nos incompréhensions – face au tumulte du monde…

Les conquêtes – l’anonymat – l’angoisse – tout ce à quoi nous livrent notre ardeur et nos instincts ; ce feu aveugle et suffocant guidé par l’absence…

L’errance funeste et le poids de plus en plus écrasant du mensonge ; et le passage (très lointain encore) qu’il nous faudra franchir en dansant…

Le long voyage abstrait jusqu’à l’explosion des apparences – jusqu’à l’éclatement de tous les cercles d’identité – sans la moindre délicatesse – jusqu’au lieu inespéré de la tendresse inaugurale…

Le strict nécessaire pour nous rejoindre – nous retrouver – un jour – peut-être…

 

 

Le masque collé au visage qui autorise toutes les frasques – tous les excès – toutes les incartades…

Le bras agile – sans tremblement – qui porte, en lui, la puissance – la violence et la mort – qui défie – qui s’empare – qui bâtit – qui invente et assassine pour le seul plaisir – le seul profit – de son maître…

A quand des yeux pour voir le déguisement ; à quand des mains pour arracher notre cagoule ; à quand une conscience suffisante pour renoncer aux jeux (toujours trop noirs) du monde…

 

*

 

A nos côtés – le regard désenvoûté – en surplomb des aventures communes – la lumière et le vent croissant à mesure que l’étendue se déploie – que le vide s’étend – retrouve sa place et son règne – à mesure que le corps se désarc-boute – que l’âme abandonne ses résistances – à mesure que le monde s’éloigne – que l’esprit recouvre sa perfection – à mesure que la voix – la chair et le ciel – retrouvent leur connivence – à mesure que l’issue devient passage et le passage, l’étendue même – la totalité de l’espace – l’infini vivant et silencieux…

L’histoire de quelques existences – de quelques larmes – de quelques cris – des milliards peut-être – des milliards sans doute…

La durée du long (du très long) gémissement des vivants…

 

 

Le mot – le monde – la grâce – lorsque la voix plonge dans les profondeurs – parvient au silence – à transformer la folie et l’errance en beauté…

L’esprit et la vie dénudés – porteurs d’éveil et de tendresse – la caresse à la main – comme un instrument – offerte (à la manière d’un élan initial et d’un appui pérenne) aux souffles naturels qui viendront parachever les ruptures et les déchéances – donner au monde ce qui lui manque – comme une série d’éclairs dans la pénombre – une clarté patiente et assidue au cœur de la confusion…

Le dégorgement de l’inutile au profit de la nudité…

Le rôle infaillible de l’effacement afin de vivre, à terme, une existence (sans cesse) renaissante et désencombrée…

La part du voyage qui succédera à l’impatience ; la fin (si attendue) du feu inerte…

 

 

Sur le visage – la lèpre invisible – comme un masque – une voix mensongère qui enfante une parole viciée – caduque – profondément séductrice et délétère – porteuse d’anathèmes – de malheurs – de ténèbres…

Et nous – en retrait – le temps abandonné à ses velléités d’éboulis – parmi la faune des bois – les arbres dressés et silencieux – aussi loin que possible des flèches et de la surface assassines – à l’abri dans les fissures délaissées d’un monde enlaidi et monstrueux – envahi par les chants et les actes meurtriers…

Et en nous – hors de portée des Autres – le poème et la fraternité – célébrés comme le prolongement naturel de l’enfance – honorés (à notre manière) par une foule d’anonymes (apparemment) inanimés – mais incroyablement solidaires et vivants…

 

 

Au cœur de la vague – sans le moindre héroïsme – debout – sur la terre endormie – le corps habité – contrairement à celui des dormeurs…

La verticalité comme un phare – une route – un pont entre le feu et toutes les prophéties – entre la figure craintive et grave des hommes soumis à l’inquiétude (à une forme d’angoisse qui tiraille et tenaille) et un espace de joie et de quiétude (légèrement frémissantes) – entre l’ignorance et les balbutiements d’une âme (réellement) vivante et fraternelle…

Une manière d’échapper à la folie commune – à la tristesse ambiante – à la déchéance, sans doute, la moins enviable – à cette longue (et douloureuse) amputation – à cette chute (inévitable) vers la terreur et la désespérance…

Un léger redressement pour éviter le ruissellement éternel des larmes et le dévalement mortifère (et sans fin) sur la même pente – noire de monde et de chagrin…

 

*

 

A l’assaut du monde – du roc – des failles…

A marche forcée vers la mort – sans jamais espérer pouvoir, un jour, embrasser les lèvres (amoureuses) de l’aube…

Pas à pas – au rythme (forcené et effrayant) de la tragédie – sous l’emprise des brumes matinales…

L’épaisseur et la perdition plutôt que le baiser salvateur…

Le cœur battant dans le bruit et la fureur des Autres…

Le regard voilé au détriment du discernement et de la clarté…

Notre (profonde) assuétude à la torpeur et aux habitudes – à la manière d’un maléfice inhérent aux yeux formés dans l’écume et à la chair soumise au souffle et à l’ardeur…

Peu (trop peu) familier de l’esprit des confins et de l’âme (véritablement) aventureuse…

 

 

Ce que le désespoir nous apprend ; la possibilité de la grâce – la possibilité de la mort – notre impuissance – les forces qui nous habitent – la direction prise, à notre insu, pour entrevoir l’étendue – cet espace au-delà de l’épouvante et de la joie…

 

 

Le cœur plaqué contre ses propres parois – rouges et brûlantes…

Couché(s) sur notre lit de sable infertile…

La douleur vive que l’on apprend, peu à peu, à murmurer – et à dissoudre quelques fois – comme si nous étions Dieu – comme si nous étions fou(s) – comme si, en ce monde, tout était possible – comme si, en ce monde, rien ne comptait vraiment – comme si, en ce monde, tout était égal ; la chair et le ciel – les saisons et la mort – le silence et la faim ; toutes les gesticulations mentales et corporelles – tous les mouvements organiques involontaires ; le destin de la terre – du monde – des âmes – les tempêtes qui se déchaînent dans les têtes – à la surface du globe – dans l’espace cosmique ; tout – comme le simple déroulement de l’histoire inaugurale – la simple transformation de la substance divine – notre laborieuse traversée des étendues invisibles et matérielles…

 

 

Les paumes et les larmes noires…

Plutôt basculement que charivari…

Le corps las d’attendre (avec impatience) le jour…

L’âme épuisée – au bord de la rupture…

Le monde hilare et grimaçant – planté devant notre visage – l’air aussi menaçant que pathétique…

La souffrance – le rêve et l’encens…

L’espoir et la prière pour tenter de traverser la douleur…

Pieds nus sur la braise – parmi les morts posés au hasard – de part et d’autre du chemin…

 

 

Ce qui nous interroge – les yeux fermés – l’âme réceptive – comme la peau délicate d’un enfant – sensible à la tendresse et à la proximité de ceux qui l’entourent – que l’on aimerait chérir comme notre parentèle et qui (en général) se moquent de ce que l’on est autant que des étoiles et des trésors inconnus – qui méprisent le monde (tous les Autres) autant que le mystère originel…

 

 

Nous – comme l’oiseau et la transparence – inquiet(s) du sort – de l’air – de l’épaisseur du ciel…

A peine un murmure recouvert par toutes les plaintes du monde…

 

 

Le chant dressé dans le sang – au rythme des jours – l’ardeur qui balaye le temps passé – qui mêle l’œil et le chemin…

Toute la vie – au-dedans ; derrière le miroir – tous les âges ravagés – toutes les pages envolées ; le règne assidu de l’absence…

Le soleil et l’immensité – à cœur découvert…

Aux confins de la tristesse – cette attente qui nous semble interminable…

 

*

 

La mort écartée ; la trace de l’homme – de l’ignorance – de la folie – comme si l’on pouvait échapper à la douleur – au nécessaire – à l’inévitable…

Orné(s) de chair – comme une disgrâce – le sang tantôt brûlant – tantôt engourdi – le corps calciné – le corps écartelé – aux bords du monde – le silence méconnu auquel les hommes ont toujours préféré le bruit – l’agitation – le bavardage – toutes les choses qui éloignent de la vérité et de la joie…

 

 

L’homme – porteur de sa propre perte (autant, bien sûr, que celle du monde) – sans douceur – avec orgueil et démesure – indifférent aux Autres – au reste (à tout le reste) – aux fenêtres tissées dans l’invisible qui ouvrent sur des perspectives inconnues – imperceptibles (et incompréhensibles) par la psyché…

Le monde et la tête à l’envers – comme un temple, peu à peu, transformé en prison par la bêtise – la cécité – la folie – tous nos gesticulations absurdes…

Au-dehors – la fatalité qui s’écoule – qui se déploie – qui se répand…

Indemne à l’intérieur – affranchi du destin – de l’infortune – de toutes les malédictions (terrestres)…

 

 

A la racine commune – le ciel et la transparence – le cœur incandescent…

Et tout qui, peu à peu, se transforme – aux extrémités ; la fange épaisse et le froid…

La nuit qui nous assujettit – qui nous emprisonne – qui nous enchaîne ; et à laquelle on apprend (très progressivement) à échapper…

 

 

La vérité épargnée par tous nos signes – toutes nos traces – nos mille hiéroglyphes – inaccessible – indéchiffrable – par toutes nos (piètres) tentatives – la pauvreté du langage – son étroitesse – nos limitations – les frontières de l’esprit – cette distance (trop grande) avec le monde – les Autres et les choses – l’abondance et la primauté des idées et des images (sur le réel) – l’inconsistance et l’inertie de notre perception ; tous ces obstacles qui nous empêchent d’appréhender l’insaisissable – l’invisible – l’infini – l’ineffable…

 

 

Le monde – au-dessus – la rumeur – au-dessus – l’inquiétude – au-dessus – le poème – au-dessus – le soleil – au-dessus – l’éternité – peut-être – ou en désordre – tout mélangé ; et, à travers – de part et d’autre – de bout en bout – le feu – le rêve et le sang – les conditions de la diversité et de l’enchevêtrement – la possibilité de la blessure et de la guérison – et au cœur – au centre et au-delà – l’être indemne – serein et joyeux quels que soient les états – les échanges – les transformations…

 

 

Ce qu’il faut de temps à la terre et aux fleurs pour révéler leur beauté…

Et ce qu’il faut de temps à l’homme pour transformer ses instincts – convertir sa violence en prière et en chant de célébration ; quelque chose de l’innocence et du silence qui émergerait, peu à peu, du sang et du poison versés…

 

 

Entre ce qui cingle et l’étreinte – le corps attentif – alerte – comme revivifié…

Sous le joug des jours changeants…

Entre les larmes et l’orgueil – le visage dissimulé dans la lumière…

L’esprit aux aguets – la main tendue – avec un étrange halo au-dessus de l’âme…

 

 

Autour de nous – personne – excepté les fleurs – les bêtes – les arbres – tous ceux que l’on n’entend pas – tous ceux que l’on ignore – tous ceux que l’on méprise – tous ceux que l’on dédaigne…

La mort et l’Amour – comme encerclés par toutes les craintes – toutes les exigences…

Le feu et le flux – le signe de notre puissance et de notre fragilité…

La discontinuité des choses – l’intermittence des états – cette énergie erratique et cet œil si vaste – si ancien – clignotant…

Et le monde indifférent à toutes les sagesses – la nôtre (si basique – si triviale – si élémentaire) et celle des prophètes [plus noble et (bien) moins approximative] dont on devine, à peine, l’envergure – la justesse – la splendeur…

 

*

 

Enchaîné(s) – exténué(s) – comme usé(s) précocement – l’esprit et le ventre obscurs – à lutter désespérément contre la solitude et la faim…

Emmuré(s) vivant(s) au cœur de la folie du monde…

La voix étranglée par la trahison…

L’âme ivre de son propre vertige – de ses propres mensonges…

Si loin de la beauté – si étranger(s) à l’idée même de Dieu…

 

 

La nuit – sur l’autel et le bûcher (minuscules) que nous avons (laborieusement) édifiés…

Et la vie du monde – comme si de rien n’était – les pieds dans la fange – la bouche pleine de peines et de cailloux – la tête secouée par le vent – à genoux – le séant dans la poussière – soumis à la mécanique sourde des hommes…

Et, au loin, quelques flammes et un peu d’encens pour accompagner nos (pauvres et pitoyables) prières…

 

 

Rien qu’une langue – quelques mots pour découvrir l’horizon et son secret – devenus (soudainement) sans attrait – caduques – (totalement) inutiles – comme une rive trop lointaine bordée d’étoiles prometteuses et mensongères…

Rien qu’une langue – un rythme – un souffle – ce qui s’impose sans (jamais) rien édifier ; sans intérêt – les livres et les œuvres (à réaliser) ; plutôt la liberté que la gloire ; plutôt l’anonymat (et l’impersonnalité des profondeurs) que la (misérable) célébration du nom…

Rien qu’une langue – comme un surcroît de silence et de tendresse – malgré la nuit – malgré les armes et la mort…

Un peu de poésie (peut-être – qui peut savoir ?) pour survivre au milieu de la multitude piégée (avec nous) au fond du gouffre – le cœur et la tête plongés dans les malheurs…

 

 

La vie infirme – amputée – orpheline – elle si ancienne – si proche des premières étoiles – du vent originel – des feuilles et du ciel poétiques…

Couronnée d’insuccès – comme il se doit – comme la seule issue possible pour échapper à la tombe – à l’étroitesse – à l’esprit léthargique…

La privation – la détention – jusqu’à l’insupportable – pour créer l’élan suffisant – le désir insatiable d’un voyage sans escale vers le soleil – l’immensité – l’étendue et la clarté pérennes…

 

 

Le meurtre dissimulé derrière les gestes – derrière les lèvres ; le monde – comme chaque visage – amoureux de lui-même – indifférent au sort du reste…

Des existences plongées dans l’ignorance – éloignées de toute vérité – insoucieuses des Autres – prêtes à s’embraser à la moindre velléité de passion mais qui demeurent, au fond, assoupies – plongées dans un demi-sommeil lénifiant qui donne le sentiment de protéger des périls du dehors…

La tentation et la proximité de la mort avant l’heure…

Le temps de l’exil – de l’éloignement du peuple et des foules agglutinées – de tous nos pairs apparents…

L’élévation au-dessus de la nuit souveraine et débordante…

 

 

Les secrets de la page poétique – exposés – dévoilés aux yeux curieux et attentifs – offerts aux âmes qui errent entre les rêves – à la part de l’esprit qui veille au-dessus du monde et des étreintes instinctives…

 

*

 

La soif étanchée par la pierre et le pas…

La tête libérée du livre…

L’âme disloquée – les entrailles de l’invisible éparpillées – offertes et distribuées ici et là selon l’ardeur des cœurs et l’intensité des mains tendues…

N’existant presque plus en tant que volonté – en tant que résistance au poing levé…

Sans désir – sans autorité…

Résidu et détritus – parmi d’autres – dans les éboulis (permanents) du ciel qui roule sur toutes les pentes de la terre…

 

 

L’âme jamais étreinte – la chair mal aimée…

Les eaux glacées du monde qui, peu à peu, inondent la terre – les âmes – puis, qui recouvrent l’échine – l’indifférence des regards – les silhouettes qui se détournent – les cœurs – les mains – qui (presque) jamais ne délaissent leur besogne pour vous saluer – pour vous serrer contre eux…

Le chant de la solitude – de plus en plus attrayant à mesure que l’on s’éloigne de la foule…

 

 

Dans les interstices – dans les failles de la terre des hommes – délaissé(e)s par tous les Autres…

Notre existence cachée – quasi secrète…

La lumière que l’on ensemence – à travers mille gestes – mille pas – mille paroles – humbles – simples – dédiés au silence…

Et la joie qui inonde le regard – l’âme – le visage…

 

 

Loin des murs – loin du bruit – sous le ciel et les feuillages – notre vie à l’écart – sur ce chemin sans confort – sans facilité – sans hostilité – où, peu à peu, le blanc et la transparence remplacent les couleurs criardes (et artificielles) du monde humain ; le bleu – le jaune – le vert – seulement – portés sur l’étendard de l’innocence – en discrets pointillés…

 

 

Dans la main – ce feu invisible – qui jette sur la page quelques paroles silencieuses…

L’encre – comme reflet – graviers et grains de sable – lancés sur ce carré fertile – ce jardin blanc – que d’Autres, un jour, pourront (peut-être) visiter – qu’ils pourront (peut-être) arpenter à leur convenance pour y cueillir (ou y ramasser) quelques éclats encore vifs (ou un peu émoussés) et les porter (avec un peu de chance) en leur for intérieur – en lieu sûr – à la manière d’une obole – d’une assistance – comme de minuscules festins offerts à leur âme affamée de vérité…

Le cœur encore débordant de poésie…

 

 

Autour de nous – rien que des regards et des miroirs ; mille facettes – mille reflets…

Autant d’histoires que de visages qui survivent – se racontent – fragmentés – sur le sol déjà jonché d’éclats de lumière et de nuit…

Des plaintes et des cris ; ce qui chemine sans jamais pouvoir échapper aux rives désuètes de l’enfance – ces prémices qui n’ont que trop duré…

Toutes ces âmes engluées dans les strates épaisses de la naïveté – et qui reprennent espoir à chaque nouvelle circonstance – à chaque nouvelle rencontre – à chaque nouvelle possibilité…

Les proies de l’esprit – (toujours) friand de mythes et de récits – emportées par les eaux cruelles du monde vers les bouches voraces de quelques démons qui sommeillent dans les sous-sols – dans tous les interstices de la terre…

Tous les vivants – arbres – fleurs – bêtes et hommes – serrés les uns contre les autres – brinquebalés vers l’abîme – sans rien comprendre – sans main secourable – sans aide mutuelle – comme une traversée (terrible) des enfers que nul ne reconnaît comme telle…

 

*

 

Parmi la roche – notre sang – les événements du monde – la terre des bêtes et des hommes – le refuge des oiseaux…

L’inquiétude et la douleur en partage…

Et mille querelles pour tenter de remédier à la distribution initiale…

Le sommeil – n’importe où – pourvu que le lieu soit peuplé de vivants…

Des charniers et de longs fleuves rouges qui déversent leur cargaison dans l’océan…

Si loin du ciel – nos âmes de glaise – encore si peu initiées au voyage…

 

 

Les yeux aveugles – comme collés sur la chair que l’âme a (trop longtemps) hésité à pénétrer ; un abri guère confortable – si peu réconfortant – le temps d’un (très) bref séjour – au cours duquel on se frotte – et se cogne – les uns aux autres – comme d’infimes bouts de matière interchangeables – sans rien savoir – sans rien comprendre…

Un gouffre – l’abîme – le noir – comme un piège dont nul ne parvient jamais à se dépêtrer…

Et ce soleil – au-dedans – qui tarde à se lever…

 

 

Des gestes de refus ; de l’obscurité – de l’indifférence ; un espace de silence corrompu…

Un fanal (pitoyable) – tenu à la main – pour éclairer médiocrement les pas – le chemin – les lieux que l’on traverse – les rares visages que l’on rencontre – tous ces fils sur lesquels chacun chemine de manière solitaire – comme si l’on ignorait que rien ne peut être étranger à la trame…

Le ciel – si haut – le cœur si las – et la vie pesante et fangeuse – soumise à toutes les gravités….

L’existence – comme une longue marche – un lent tourbillon – un bref éclair – un dérisoire passage – au milieu d’une nuit dont nul (en dépit de quelques éclaircies) ne verra jamais la fin…

 

 

Le jour descendu sur nos marches – la vie ouverte – le destin déguenillé – sans ciel – sans terre – sans le moindre tapis où poser les pieds…

L’assise – en soi – sans (véritable) certitude – comme si tout pouvait se transformer d’un instant à l’autre – comme si rien n’avait (réellement) d’importance…

Le tout relatif à tout – l’emboîtement et le désemboîtement permanents des éléments mobiles du grand puzzle invisible…

Le monde – comme un reflet de l’espace…

Simultanément – le rire et la tendresse…

Le geste – dans une prière perpétuelle…

 

 

Contre nous – la croissance des ombres – le temps – le progrès – l’invention et la nostalgie…

Le peuple armé qui vilipende tous les solitaires…

Les cœurs qui frissonnent devant les grandes heures du monde…

Rien que des territoires et des citadelles – à défendre – à conquérir ; et des histoires à raconter…

Des géants enlacés postés à toutes les frontières…

La force – toutes les forces – vouées aux devoirs – aux croyances – à toutes les servitudes…

L’homme dans sa plus élémentaire horizontalité…

L’empire du rêve et du glaive – des rives désolées – des terres immobiles – situé(s) sur l’aire des malédictions…

 

 

Ici – sans souci – au cœur de l’espace – des forêts – des montagnes – sur cette route qui serpente entre les certitudes – loin des lieux connus et des habitudes…

Aucun fantôme – aucun mystère – au milieu des fleurs – des bêtes – des rivières…

La vie joyeuse et passante ; l’âme dans son allégresse solitaire…

 

*

 

A la pointe du possible – le jour – le pied qui s’avance – le ciel et le pas – ensemble…

La lumière – à nos côtés – au-dedans – notre essence dans son tégument de chair et d’excréments…

Rien de sacré – rien de profane…

Ni merveille – ni souillure ; le même gisement…

Et nous – comme pente – comme promontoire – comme élan…

Le dévalement – le plongeon – l’envol – sans excès – sans retenue – là où nous sommes immergés avec le regard – dans nos rythmes et nos nécessités naturels…

 

 

Sans autre cime à gravir que le silence ; et à son faîte déjà – lorsque cessent le bavardage et le défilé des images…

Quant au reste – quant au monde – sur quoi pourrait-on prendre appui sinon sur les mots et l’abîme ; mais qui donc a dit qu’il (nous) fallait une assise…

 

 

Le corps sur sa pente escarpée – au milieu des eaux du fleuve – dans le ciel intermittent – dans la tyrannie des obsessions – comme l’esprit et l’âme ; sans maître – sans possesseur – sans personne – comme les soldats d’une même armée – les lignes d’un seul poème…

Le souffle et le regard – sans rien oublier – sans rien mépriser – ni le jour – ni le vide – ni le temps…

 

 

Rien que des ornières – pas le moindre chemin – des failles où il faut se résoudre à vivre – des abîmes à traverser pour retrouver l’enfance…

L’ouvrage (le véritable ouvrage) de l’homme – parmi tant de jeux – de mensonges – de simulacres…

 

 

Le chemin vivant – sans naissance…

Des mains qui frappent sur la peau tendue des tambours…

Le rythme qui s’imprime autant que le ciel et l’abîme…

Pas à pas – sans apprentissage – sans tremblement…

Ni fureur – ni inquiétude…

L’ardeur et la simplicité au service de ce qui est en soi – et partout ailleurs…

L’invisible et le rocher – là où s’invente la route…

Dieu s’initiant au voyage…

Sur les mêmes sentes que les hommes et les fantômes – qui peuplent la surface – qui hantent nos souterrains…

 

 

Ce qui jaillit de la matière – les substances du renouvellement…

La somnolence et l’affrontement tenaces – initiés dès les premiers instants…

Entre les lignes (nos lignes) – de grands oiseaux sauvages – la beauté du silence – comme un éclatement – une caresse – un parfum ; quelque chose qui se goûte – presque secrètement…

Mille vérités qui guettent sur la page – autant que de flèches décochées…

Ailleurs (autour de soi) – trop de langages dédiés au fourvoiement et au sommeil ; des livres sans essence…

Du feu et du ciel dans le sang – dans l’âme et la main – pour que l’encre trouve son souffle – s’enracine au-delà du connu et des (fausses) certitudes – dans un bout d’immensité descendu – peut-être – pour que l’Amour puisse procéder, à travers les signes, aux ablutions nécessaires et pénétrer la chair…

L’innocence et le vide offerts à la possibilité de l’Autre – à la possibilité des Autres peut-être – qui sait ; une forme de connaissance – singulière – sans prétention…

 

 

Le pays du rêve et des étoiles – ce qui brille et embrume – le sommeil et le ciel fantasmé autant que l’existence et le monde…

Notre unique ressource – peut-être – pour échapper à la rudesse de la vie terrestre…

 

 

Le chant de la roche et de la forêt…

Le vent – sur la terre et le visage…

Le corps en ces lieux sans homme…

Sans désir – sans tentation…

Le vide – à la source…

La nudité – le soleil et le vertige…

Cette façon de vivre – seul – la fraternité – le regard et le geste attentifs…

Sans exigence – sans idéologie – porté par la spontanéité – l’âme et les circonstances alignées sur les mêmes nécessités…

Plus qu’une perspective – un mode de vie – une manière d’être au monde…

 

 

Les bêtes – à nos côtés – dans le commencement du cercle – tissé avec l’espace…

A la place du sang – l’ardeur ; sans doute, le plus réel de ce monde…

La nudité cheminante sur le chemin invisible…

Rien au nom de la terre – au nom du ciel – pas le moindre échafaud – pas le moindre étendard…

Une simple fenêtre sur cette portion d’infini – notre périmètre…

La lumière qui s’avance – qui nous envahit – qui pénètre l’épaisseur de la matière – qui la décortique et la désagrège – et qui s’unit au feu pour enfanter de nouveaux horizons – de nouvelles perspectives – quelque chose d’étranger aux limites – à la privation – à la détention – qu’a toujours (plus ou moins) expérimenté l’esprit humain…

 

*

 

Inséparables – comme l’âme et la solitude – notre épaule et la pesanteur (insupportable) du monde…

Le baiser lancé aux étoiles – aux vents agissants – occupés à leur (indispensable) besogne…

Une larme qui coule le long de la joue à la vue des bouches hideuses – grimaçantes – déformées et des poings levés et agressifs – sous le joug de cette irrépressible faim et de cet irrésistible besoin de conquête – l’écume portée aux lèvres et aux mains fébriles – rassasiant l’ambition et les intestins – satisfaisant le corps pressé – l’esprit impatient…

Pas un geste – pas un murmure pour apaiser le cri des bêtes – annihiler la souffrance par une sorte de contrepoids mental – une déflagration jaillissant du fond de la poitrine ; pas la moindre émotion exprimée en ce monde enragé…

Pas même un vague point d’honneur à montrer que nous sommes sensible(s) – vivant(s) a minima sous cette épaisseur mécanique…

Rien – seulement – le bruit sourd de la chute de ceux que l’on abat…

 

 

Là – dans l’empreinte démesurée des géants…

Le souvenir de la fête et des premiers temps – avant la longue série de questions qu’on lance au ciel – comme l’aveu d’une impuissance et d’une incompréhension – une sorte d’obsécration rationnelle et élémentaire…

La (terrible) mainmise des Dieux sur la terre des vivants…

 

 

L’humanité – comme les bêtes – à genoux – sous les grands arbres dressés qui finiront, eux aussi, par être arrachés à leur verticalité…

Entre la solitude et l’impossibilité de la rencontre – le passage étroit – ici et ailleurs – dans la foule et les déserts – le cœur trop lisse (bien trop lisse) taillé dans le même bois que le manche des haches…

Respirant à peine – pas encore tout à fait mort…

 

 

La vie captive des rivages – la même sédentarité sous le soleil – l’existence aux accents éternels et coutumiers…

Tout – excepté la source…

Et à l’autre extrémité – l’errance – la danse joyeuse (et presque inconsciente) au milieu des malheurs…

L’incertitude devant soi ; rien, sous le front, qui résiste – qui s’arc-boute…

La liberté tissée au milieu des vents…

Au-dessus de l’épaisseur – le silence…

Nous – comme des enfants abandonnés par la lumière…

Quelques graines offertes – et déposées au fond de l’âme – au cœur du monde – en tous les lieux propices et secrets…

 

 

L’existence frugale – l’âme sans provision…

L’esprit – dans sa vacuité initiale…

Le geste nu – qui, peu à peu, s’apprivoise…

Nul autre voyage – nul autre passage – qu’en soi – sans même la nécessité du langage…

L’Autre – le monde – entre décor et illusion – qui peut savoir…

Les Dieux de la terre – sous nos pas…

Les Dieux de l’invisible – au-dessus des âmes…

Qui pourrait – qui saurait – deviner la suite de la longue histoire du vivant et celle de la minuscule histoire des hommes…

Qui pourrait – qui saurait – libérer le Divin prisonnier de nos images et de nos espoirs – enfermé derrière les barreaux de toutes nos cages…

A vivre comme si l’on ignorait qu’il fallait affronter ses peurs au lieu de se déresponsabiliser – assumer ce que l’on est au lieu d’accuser le reste de l’univers [à seule fin de supporter notre (supposée) faute originelle]…

Au cœur du cercle des dépossédés – assiégé(s) par les malheurs et les malédictions – sans être capable(s) de dénicher le secret, caché au centre, qui préside à la destinée du monde – des âmes – de l’immensité…

 

*

 

Le ciel mille fois interrogé – sans réponse…

Ce si merveilleux silence…

 

 

Le geste complice du vent – fidèle – comme le pas – infiniment savoureux…

Rien qui ne pèse – la vie sans charge – sans surplus – légère malgré la pesanteur – malgré la gravité…

Le cœur façonné pour l’acquiescement – et éduqué au refus depuis si longtemps (pour notre plus grand malheur) – et naturellement redressé, à présent, afin de ne plus jamais surseoir à sa tâche…

Sur la page – à nos lèvres – ce qui se vit – ce qui s’éprouve – ce qu’expérimente l’âme – rien de plus – rien de moins ; toutes nos foulées entre la terre et l’infini – aiguillées par le silence et la nécessité – toutes les exigences de l’invisible – de la matière – des circonstances…

 

 

Ce que le sang assombrit…

Ce qu’offrent les lèvres et les fleurs sauvages…

L’arrière-plan de la page – le fond de l’âme…

Le chemin qui serpente – la douleur et le vent – ce qui extirpe du sommeil et éveille (parfois) les dormeurs les plus impénitents…

Le feu – ce qui nous rend vivant – (bien) plus encore qu’autrefois…

L’horizon pourrait se retrancher du jeu – resterait Dieu – à nos côtés ; au fond de notre âme – cette double présence – en quelque sorte – celle qui n’échappe à rien et celle qui s’affranchit de tout – la pérenne et l’évanescente ; ce que nous sommes, de manière exhaustive, à l’intersection des axes – tourné(s) (à la fois) vers la terre et le ciel – attentif(s) et souriant(s) – insouciant(s) – offrant toujours à ce qui s’avance le plus bel emploi – et qui transforme le quotidien en un seul geste continu – hautement délectable – où le monde – le cœur et la main – sont parfaitement alignés…

Sans doute – l’existence la moins corrompue qui soit…

 

 

Le monde – sans viscère – flottant – sans consistance – parmi les vents cosmiques…

Infime caillou sur l’axe empalé – fixe et libre – proche de l’errance immobile – de l’ivresse et du vertige…

Un monde d’histoires et d’épaules affaissées – où l’invisible règne au milieu des charges – des cris et de la poussière – où nul n’est comptable de ses actes – où les mouvements mécaniques décochent des flèches – ébranlent des montagnes – stoppent des éboulis – font tomber la foudre et la pluie – participent à toutes les circonstances – engendrent (sans distinction) naissances et funérailles…

Et nous – qui nous faufilons entre le jour – les ombres et la possibilité…

La tristesse – presque la désespérance – malgré le soleil dessiné sur la carte…

 

 

L’espace jamais amoindri par l’abondance et la progéniture…

Le sang mélancolique à force d’affûter les pointes…

L’âme rustre – hirsute – inemployée ; et les substances de reproduction aiguisées – prêtes à l’emploi (et dont à peu près tous font usage)…

Le blé – le pain ; et l’enfance (des cheveux bouclés aux cheveux blancs) – jusqu’à la (quasi) complète calvitie – jusqu’au flétrissement (général) de la chair ; le labeur et la sueur – le culte de l’effort si souvent déguisé en paresse ; le confort de plus en plus prégnant – de plus en plus régnant – comme le paramètre le plus essentiel – le plus fondamental – pour compenser des millénaires de rudesse et d’âpreté – lutter contre la condition terrestre naturelle et la rendre (un tant soit peu) supportable – et plaisante (autant que possible)…

La fabrique des fantômes de terre – sans âme – cousus en pointillé – qui dansent sans grâce au milieu des édifices et des morts ; le funeste sort des hommes…

 

*

 

De la boue sèche qui s’émiette – sous l’action du soleil – du vent – du temps…

Le vivant dans sa gangue de glaise – l’âme au-dedans peut-être – prisonnière – consentante – réfractaire – un peu les deux, sans doute – qui peut savoir…

Et ce feu – dans la parole – sur la page – dans le livre – qui précipite cette désagrégation – cet effritement – notre disparition apparente et périphérique…

L’inutile – le contingent – sur le bûcher purificateur – et salvateur (à tant d’égards)…

Un seul mot ; et le cœur pourrait (enfin) se dévêtir entièrement – se défaire de toutes ses armures et de toutes ses ombres…

L’encre trempée dans la lave – et le ciel brûlant…

 

 

La conscience – ses balbutiements – au plus bas – gravissant, peu à peu, sa propre pente (la seule qui soit)…

De la matière brute qui se complexifie pendant des millénaires et qui façonne les conditions d’une cognition élémentaire – approximative – les linéaments d’une distance vaguement (très vaguement) réflexive…

L’esprit dans ses tourments – dans ses tentatives – pris (malgré lui) dans le tumulte du monde – pointé vers le bas – vers le plus concret – le plus grossier – les contingences nécessaires à la survie organique – à son possible développement – à son irrépressible évolution…

Comme des ailes – des moignons de chair – greffés sur l’argile et qui attendraient l’apparition du sang et des rémiges – de l’appareillage complet – pour tenter l’envol – et réussir, un jour, à s’envoler pour de bon – afin de rejoindre sa demeure – son refuge – sa matrice – le point originel – le passage vers l’immensité – la liberté hors cage – hors sol – l’infini expérimenté sur la pierre – au milieu du ciel et des Autres…

 

 

Le jour ajourné – considéré, en ce monde, comme un intrus ; trop éclatant – trop lumineux – pour la pénombre à laquelle on s’est accoutumé…

L’infini – à l’étroit dans le cœur – mal logé – comme si l’on essayait d’entasser plusieurs ciels dans la poitrine ; il faudrait, pour y parvenir, une métamorphose de la chair et de l’âme – une manière plus vaste (bien plus vaste) d’être vivant…

 

 

Le territoire opaque – enseveli par notre besoin d’assurance – de certitudes – de garanties – qui, à l’œil nu – à première vue – semble plus aisé – plus transparent – plus propice à la liberté – et qui s’avère, à mieux y regarder, un labyrinthe étroit – une minuscule geôle entre quatre murs épais et infranchissables – un funeste mausolée…

 

 

Un chant interminable pour célébrer l’éternité…

Un chant démesuré pour célébrer l’infini…

Là où s’achève le monde, commencent (très souvent) la joie et la possibilité de l’étreinte…

La fraternité sans crainte – sans exigence – sans servitude…

Un siège pour chacun au cœur du cercle des initiés…

Plus de nom – plus d’illusion…

La tendresse de l’œil et du geste…

Le pas aguerri – (foncièrement) non agressif – (fondamentalement) non conquérant…

La douceur comme un règne naturel ; moins loi (bien sûr) que disposition spontanée – que posture qui s’impose…

Le jour et la pierre – enfin réunis – enfin compatibles – complémentaires…

Plus ni désespoir – ni espérance…

La vraie vie – diraient certains – au seuil franchi du quotidien…

 

*

 

Tout s’ordonne autour de l’invisible – en couches successives et entremêlées – des combinaisons de matières – de textures – de densités ; des monceaux de substances ; des alliages – des alliances – des épousailles…

Ce qui s’entasse et s’emmêle – à l’infini – dans un furieux désordre…

L’espace – le monde – le cœur – à la périphérie de l’esprit…

Tout en orbite – autour du centre – et nous tous – et chacun y compris (bien sûr)…

La connaissance – comme du vent qui emporte tous les savoirs – toutes les certitudes – et qui nous laisse (absolument) vide(s) et seul(s)…

 

 

Le silence – l’innocence – sans appui – sans auxiliaire – à la merci du reste – (totalement) exposés – – (totalement) démunis face à la malveillance – au remplissage impromptu – irrépressible – à la corruption (inévitable)…

Comme l’espace et le vide – davantage (Ô combien) contenants que contenus ; et qu’importe ce qui les emplit – ce qui semble les dégrader ou les pervertir ; indemnes – intacts – jusqu’au noyau – jusqu’à l’essence – en dépit des apparences…

Le socle sur lequel tout prend appui – sur lequel tout se fonde – sur lequel tout finit, un jour (plus ou moins vite) par se disloquer – par se résorber…

 

 

Tout s’oublie – tout s’efface – au seuil de l’affranchissement ; les contraires s’absorbent – trouvent leur équilibre – penchent d’un côté ou de l’autre – s’associent aux vents et aux activités (innombrables) des hommes et des Dieux pour redresser ce qui a été tordu et tordre ce qui a été redressé…

Ainsi va le monde – ainsi allons-nous – à travers les forces invisibles…

Et, au-dedans, le ciel qui, peu à peu, grandit et retrouve, de proche en proche, l’entièreté de l’espace avant de disparaître et de (tout) recommencer…

 

 

Les mains devant soi – la bouche ouverte – grimaçante – silencieuse – balbutiante – qui essaie d’expliquer – de discourir – en vain…

Il n’y a personne – et tant d’indifférence chez ceux qui semblent présents ; des fantômes – de l’absence affamée d’elle-même – occupée à elle-même – désertant tout Autre – le monde…

 

 

Sans ordre – nos affects – ce qui nous traverse – sous la lumière – plus apparents que le reste – nos profondeurs – le silence – l’espace au fond duquel le corps, parfois, est porté – un courant – des courants – un souffle chaotique – infini – discontinu – semblable à nos intermittences multiples…

Sur la même route – en quelque sorte…

 

 

Lanterne à la main – devant toutes les douleurs possibles – imaginables – celles de l’âme et celles du monde – la matière enveloppée et l’esprit mis à nu…

La vérité d’abord comme une brûlure – puis comme un métal incandescent qu’il faut battre sur l’enclume pour éprouver l’authenticité et la résistance du matériau – s’il s’étire – tromperie et illusion – s’il se tord – simple jeu de l’esprit – s’il demeure intact et nous fait lâcher notre outil – la voie se précise – un passage se dessine ; ne reste plus qu’à s’ouvrir à l’espace pour permettre au dehors d’assurer la continuité du dedans – de devenir le prolongement de l’immensité lumineuse – discrète – d’un seul tenant…

L’âme et le geste deviennent alors une présence de rayonnement involontaire et d’ensemencement ; parcelle sans écart avec le centre ; clarté et justesse alignées sur l’essentiel – qu’importe les mouvements et les circonstances…

 

 

Un monde de pointes et de clous – de failles et d’interstices – gorgé de cette violence fratricide et inconsciente…

Des grilles – des cages – des querelles…

Le versant le plus sombre peuplé d’obsessions et de jeux cruels…

Et de l’autre côté – un voile épais qui cache la lumière…

Et notre visage au milieu des Autres…

L’enfer au fond duquel nous avons été jeté(s)…

Une chute soudaine – suivie (le plus souvent) d’une interminable glissade…

La même histoire déclinée dans tous les coloris possibles – sur tous les territoires…

Le pays de l’acharnement – de l’espoir et de la fatigue…

 

 

A nouveau – comme à chaque instant – ce que l’on nous arrache ; la langue – les ailes – ce qui nous semble le plus familier – la proximité des arbres et du ciel – l’intimité avec les herbes et les bêtes – la solitude régnante – le vide habité – notre lit de paille et notre foyer – ce qui se délite sous l’étreinte et la parole – et les baisers tenaces de l’Amour…

Notre liberté régénératrice – (foncièrement) revivifiante – comme si l’on plongeait l’âme au cœur de la source…

 

 

La beauté des fleurs – un émoi dans la poitrine – toute la sagesse feinte pulvérisée – comme la soif – les lois et le monde – toutes ces chimères devenues si caduques – si inutiles – si impuissantes face à la force des vents et du silence ; notre présence sans charge – sans verrou – heureuse et insouciante – au-dessus des frontières dessinées par les hommes – par l’esprit…

 

*

 

Le lent et laborieux travail du soc et de la bêche sur la terre opaque et hermétique – si difficile à comprendre et à aérer…

La besogne assidue – obstinée – de l’homme ; et la (très progressive) transformation des bras durs et noueux en tendresse sensible et amoureuse…

Le ciel revigoré – une sorte d’inversion – de renversement (quasi complet) – après des millénaires de désordre – de faillite – de basculement au fond des marges – d’oubli excessif (presque total)…

La langue enfin qui se libère – l’âme qui retrouve sa place – sa fonction – son rôle premier – essentiel – déterminant pour l’avenir du monde…

Comme la renaissance d’un corps condamné – agonisant – à la limite du cadavre – jeté, sans ménagement, au fond d’un fossé…

Le soleil et le vent entrant soudain dans une bibliothèque où l’on n’entassait jusqu’à présent que des pierres noires et friables…

 

 

L’âme aussi nue que le corps – au seuil d’un monde nouveau – très ancien pourtant – mais vierge depuis la naissance du temps qui a réussi (en un clin d’œil) à corrompre l’espace – toutes les géographies – et à ébranler (de manière décisive) la perception naturelle et instinctive de l’instant en créant l’idée et la sensation de la durée…

De la poussière – à nouveau – et le chemin libre – entièrement dégagé…

Le cœur – comme un abîme – un ciel – une immense étendue – deux bras grands ouverts ; l’Amour presque totalement déployé – comme la seule chose réelle – la seule chose qui existe réellement – dans ce fatras d’illusions où le corps et la psyché – toute la matière et une part (non négligeable) de l’invisible – se débattent sans espoir ni possibilité de s’affranchir de ce magma à l’aide des outils (très) rudimentaires que l’on a mis à leur disposition…

 

 

Sur l’échafaud – la parole – la soif – le silence…

Le monde qui s’agglutine – qui se dilapide…

La mémoire qui s’enflamme – qui se déverse ; tout qui se vide…

La terre et les sous-sols fouillés à coups de pioche…

Un parterre de fleurs à chaque fenêtre…

Et chez presque tous – le visage masqué – le regard en feu – le geste corrompu…

Des existences de bourreaux tranquilles gagnés par la fièvre des exécutions…

 

 

La bouche diserte – disante – essayant d’exprimer l’ineffable – en vain (bien sûr)…

Devant les yeux – l’océan de la langue – le verbe et la poésie descendus de leur estrade – flirtant avec l’écume et les vagues – sans jamais s’éloigner ni des profondeurs – ni de l’immensité…

 

 

Les yeux trop noirs pour percevoir l’incessant labeur de l’âme – l’interminable besogne de la mort…

Trop d’opacité et de remparts pour accompagner le soleil dans son voyage familier…

Assis à l’ombre du plus lointain – aux marges du monde (réellement) vivant – sur l’infâme muret des habitudes – adossé(s) au sac (énorme) des souvenirs et des idées – inattentif(s) aux choses du dedans – aux sensations intérieures – au temps figé imposé par le réel – au (si bref) passage des Autres – plongé(s) dans le même songe – la même illusion – depuis trop d’années – la tête prisonnière du rêve qui nous imposa la fréquentation des hommes – à la manière d’un impératif de la plus haute importance – une chimère comme une autre (bien sûr) – comme toutes les précédentes – à jeter dans les abîmes noirs de la mémoire…

Et sur toutes les rives terrestres – tous les livres à jeter par-dessus – comme tout ce qui réclame sa part – tout ce qui s’imagine en droit de recevoir…

Et naturellement – le (véritable) voyage remis à (un peu) plus tard…

 

*

 

Le jour enterré – plaqué au sol, puis enfoui sous les pas ; tassé – piétiné – rendu à la terre – couleur de poussière et de mort…

Et depuis – au-dessus – les vivants qui divaguent – qui se croisent – qui se cognent – qui tournent au fond de la même obscurité – qui vivent dans le tumulte et leurs tourments souterrains…

L’opacité et la pénombre épaisse – à l’abri de toute lumière…

Ainsi la bêtise et la nuit ont pris le pouvoir et règnent, depuis cet étrange enterrement du jour, sur la terre entière…

 

 

Des assauts – la route entièrement tracée – les ténèbres fracassées à coups de hache – la folie tranchante de l’esprit pris au piège – prisonnier – qui tente d’échapper à toutes les trappes – à toutes les voies du labyrinthe…

La figure qui s’essaye au rire – les lèvres qui s’essayent à la complicité – les bras qui s’essayent à l’étreinte ; mille manières de fuir – de s’éloigner des monstrueuses mâchoires – du resserrement (implacable) des murs qui rétrécissent l’espace à quelques respirations avant l’asphyxie (inévitable)…

Le rêve – les larmes – les sauts – toutes les issues possibles – imaginables – plutôt que l’écrasement et la suffocation ; la vie – mille vies – étroites et étouffantes – et, au-delà, le ciel qui tantôt s’affaisse – qui tantôt s’efface – au milieu des gravats – à six pieds sous terre – sous les éboulis du monde d’autrefois…

La déchéance au cœur des ruines ; et le contact de la roche brûlante sur la peau – la chair et la glaise qui s’étreignent – qui se mélangent – qui enfantent ; et nous – devenant – monstres et montagnes – enclave noire où ne subsistent que les cris et la mort…

 

 

Des millions de jours – des millions d’étoiles…

Les deux pieds plantés dans l’invisible – sous le ciel et le vent…

Assis là où d’Autres auraient combattu et essayé de conquérir…

Seul – à présent – sans personne…

La figure éloignée des rêves – au-dessus des chairs qui se frottent les unes contre les autres – sans tendresse – de manière presque involontaire – à leur insu (pour ainsi dire) – sous le joug d’un (très) puissant désir et le poids (conséquent) de traditions millénaires…

 

 

Le vivant – comme une chaîne – une trame – enchevêtrée à celle du monde et à celle de la matière – elles-mêmes enchevêtrées à celle de l’invisible…

Et le tout comme un écheveau inextricable – le socle de toutes les choses – l’extension du centre déployé – hors duquel rien n’existe – hors duquel rien ne peut exister…

Des tours – des casques – des allées ; mille imprévus…

Mille chemins – mille possibilités…

Mille combinaisons – à la fois concurrentes et complémentaires…

D’infimes fragments qui composent l’ensemble – porteurs d’efflorescence et de forces d’anéantissement…

Et tout nourrit – et porte à croire en – cette réalité – l’unique perspective perceptible par l’homme – insoucieux du monde – aux yeux duquel il n’existe guère – considéré (seulement) par sa famille – sa tribu – sa communauté – comme un maillon nécessaire…

Le temps d’une existence – de quelques blessures reçues et infligées – de quelques objets et de quelques territoires conquis et amassés…

Le sort terrestre – cette incarcération en commun – dans le désordre – le chaos – les uns contre les autres – dans cette suffocante promiscuité – et irejoignable(s) pourtant – si seul(s) – si isolé(s) – si désespéré(s) – face au reste du monde…

Et dans les yeux – cette tristesse apparente ; et dans le cœur – ce que l’on ne peut voir – deviner seulement – toutes ces larmes qui ne couleront jamais…

 

*

 

Le plus simple – ce qui nous est promis – comme la pente dévalée – la pierre à sa place – (très) provisoirement – avant le prochain éboulis…

La montagne océane – quelque part…

 

 

La chair que la nuit creuse…

Le jour que l’on approfondit…

Là, le désir et là, l’inintention…

Là où l’on trépigne – là où l’on se laisse glisser…

Ni faux – ni vrai – ni pire – ni meilleur – absolument égaux ; tout égal…

Ce qui s’impose au cœur incarcéré – ce qui s’impose au cœur émancipé…

Sur la courbe descendante – et, parfois, le saut impromptu et salvateur – à la manière d’une surprise survenue au terme d’une longue journée grise…

Un sourire – une larme – notre (pitoyable) sensibilité de mortels – alternante – intermittente – si médiocre – si peu éclairée…

 

 

Le corps occupé à sa tâche – l’esprit inattentif au labeur acharné des Autres – de la lumière…

Une étendue qu’il faut traverser les yeux fermés – le cœur qui doit découvrir sa ressemblance avec le reste (tout le reste) – sans avoir recours aux consolations offertes par la roche – sans cracher la moindre gorgée de fiel – digne et droit – silencieux – en parcourant toute la zone enfientée – des éclats de pierres au fond de la bouche et l’âme encore plongée dans les ténèbres invisibles…

Une longue série d’épreuves et d’expériences – si souvent douloureuses – insurmontables ; mille sollicitations – mille leurres – mille hostilités – et cette maigre récolte – une ou deux misérables graines – cachées dans nos profondeurs – et dont il faudra extraire l’essence en arrivant au seuil du dernier monde – sous les quelques lampes restées allumées – avant le passage incontournable dans le sas secret du silence ; ainsi se poursuivra le voyage – l’esprit confiant – tous feux éteints…

 

 

Dominés – broyés – toutes les figures de l’innocence – tous les signes de la frugalité…

Le corps couronné…

Le soleil qui – dans l’âme – prend la place de l’angoisse…

Le monde assis – devant nous – à l’écoute…

Les dents, peu à peu, écartées de la faim…

L’aube embrassée – la vérité au bout des lèvres…

Notre seule prière – sans doute…

 

 

La lumière et l’étendue – ce qui ne semble pénètrer ni le fer ni la brique ; et ce que contiennent, pourtant, les armures et les remparts…

L’encre sage – éblouissante ; et la bêtise et l’infamie – à parts égales – au-dedans…

Dans le jardin immense et silencieux – des visages – des pierres alignées ; et, sur eux, la tendresse du regard…

L’infini qui – à travers nous – s’accomplit – pulse – vit – s’épanouit ; le seul vêtement de ceux dont chaque geste – toute l’existence – semblent justes…

La vie – la terre – la poésie – sans règle – naturelles…

 

 

Le goût du soleil dans l’abondance…

Le confort du devenir affranchi de l’incertitude ; un tombeau – en vérité ; un couvercle de plomb sur l’existence et le monde ; un labyrinthe étroit – un abîme creusé dans le sable – un périmètre circonscrit en deçà (bien en deçà) de l’horizon – une liberté proportionnelle à la longueur du nez – de ses idées restreintes et confinantes…

L’histoire de l’homme – une espèce de fantôme au milieu des légendes ; pas grand-chose – presque rien – pas même un franchissement – un peu de vide – un peu de vent qui tourne sur lui-même – au milieu de nulle part…

 

*

 

La charge renversée – tous les tombeaux ouverts – les pelles jetées dans la terre – les amas éparpillés…

A tire-d’aile – le silence et la parole jaillissante – la ligne verticale jusqu’au vertige ; au faîte incontestable du monde ; à hauteur d’âme peut-être ; à peine au-dessus du sol – sans doute…

Tout juste ce que l’on appelle un homme ; le début de la liberté – une infime part d’affranchissement – ce qu’il faudra (bien sûr) approfondir et peaufiner…

 

 

Le ciel tailladé – la nuit par terre – dépecée – plus qu’une pelisse sombre et immobile – vidée de son sang – de toutes ses substances…

Le monde désenturbanné – l’immensité en désordre – fragmentée – dispersée – jetée au hasard des visages – des cœurs – des routes – sur tous les territoires possibles – réels et imaginaires…

 

 

Le cœur battant – sans équivalence – le monde à demi – affranchi de tous ses règnes – les lois et la puissance démembrées…

Et cette errance du nombre – la multitude trimardante – qui se hâte sans savoir – sans destination – par habitude – par aveugle obéissance à l’ardeur…

La fange et l’affluence – extraites de cette veille attentive – si singulière – si désintéressée – si impersonnelle…

Des yeux passablement ordinaires, peu à peu, remplacés par un regard déployé – enraciné ailleurs – dans les profondeurs de l’âme et d’un autre monde ; l’infini descendu – retourné – enfin accessible…

Les prémices, peut-être, de l’existence libérée de l’espace et du temps…

 

 

Au croisement de l’horizon et du foyer – les pires légendes – le monde – l’origine et le temps – totalement réécrits…

Les mensonges officiels qui tentent de résister face au soleil – à la vérité – et qui persistent – et qui se renforcent – dans la psyché des hommes – et qui, en s’additionnant, créent les représentations collectives – des voiles épais* qui s’ajoutent aux limites et à la partialité perceptives et cognitives existantes ; ce qui dénature – et dissimule – plus encore le réel…

* Des voiles épais qui nécessitent un profond (et assidu) travail de sape et d’effacement pour disparaître et permettre une réinitialisation – une revirginisation du cerveau et du regard ; et des dizaines – des centaines – des milliers – d’années pour disparaître « naturellement » (sans qu’intervienne la moindre démarche de « nettoyage psychique et mental ») dans la mesure où d’autres images – d’autres mythes – d’autres illusions – sans cesse viennent les conforter – les transformer – les remplacer…

Rien – ni personne – nulle part ; la seule réalité – peut-être…

 

 

A distance des Autres – des pas – du temps ; promis, quelque part, à une sorte de géométrie des sables – entre signes esquissés et enfouissement – entre apparente facilité d’installation et instabilité – là où naissent les visages – là où s’édifient les tours et les routes – là où se construisent les exils et les rassemblements…

 

 

Le monde – dans notre errance – dans nos incertitudes – l’âme qui veille et se frotte à l’inconnu…

Le chemin livré à l’ombre et aux pierres noires ; toute l’hétérodoxie du voyage…

Et cette folle ambition qui persiste – qui demeure ; pouvoir, un jour, étreindre la lumière…

 

 

A la rencontre de soi – du soleil ; notre seul serment librement gravé dans les vents – et dont nous serons, bien sûr, la seule preuve – le seul écho – le seul témoin…

 

*

 

La nuit fendue par les battements réguliers du cœur…

L’ivresse du territoire – puis, un jour, le monde désossé…

La convoitise et la jouissance auréolées d’infamie et de pitié…

Sur la pierre stable – les pas fiévreux et querelleurs…

Les esprits envoûtés par toutes les promesses de fortune et de beauté…

A couteaux tirés – rien que des crimes et des intervalles sans Amour…

Ce qui brille au fond des yeux ; la rancune – les éclats de la vengeance – la brusquerie à mains nues – à mains armées ; la lutte en lettres capitales…

La poudre – la cendre et le ciel…

Le feu – le sang et les larmes…

Mille champs de bataille et dix-mille guerriers – insensibles à la lumière – comme si, en ce monde, la violence était la seule voie possible…

Un accroissement des illusions – le mensonge et la fraude érigés en totem…

Et sous les piliers du monde – le vide – l’effroi et la poussière…

Et nous autres – malheureux – pauvres débiles – ahanant depuis des millénaires devant la même leçon de choses

 

 

Tous les viatiques écartés – suspendus au-dessus de nos têtes tantôt comme des mâts de cocagne – tantôt comme de funestes potences…

Nu(s) – sur le chemin improvisé – en des lieux trop sauvages pour les âmes et les édifices qui s’imaginent civilisés…

Tout hissé jusqu’à l’existence et la langue naturelles – dépourvues d’ascendants et d’artifices…

Vivant à la manière de ceux qui n’appartiennent à aucune généalogie…

 

 

La vie qui nous exile – loin du monde – du bruit – de l’infamie – des pas obscurs – de l’épaisseur opaque…

Le sommeil – lointain – pas même un souvenir…

A présent – la solitude – les arbres – l’enfance…

La lumière que l’on jette sur la page – comme le seul labeur possible – pour la joie – un peu de musique – la résonance – le prolongement du silence – et un peu d’Amour aussi sûrement…

Des lettres – des mots – une parole – que l’on sème à la volée – au hasard des routes et des pas…

Le soleil de l’errance sur notre visage ; et les lèvres qui arborent un sourire énigmatique…

A la place des ténèbres – l’absence d’horizon ; la clarté qui offre à la même perspective une multitude de textures et de teintes ; toutes les parcelles de l’infini à découvrir et à goûter…

 

 

Le reste du chemin – comme l’ultime distance à parcourir – sans ornement – sans même une couronne de feuilles et d’épines – sans même une alliance au doigt ou un bandeau de poils (ou de tissu) autour du crâne ; nu au nom de rien – pas même un peu de lumière en étendard…

A l’intersection de tous les cercles – de tous les mondes – sans en choisir un seul…

Le jour pas mieux que le noir…

Le visage pas mieux que l’arbre…

L’âme pas mieux que la bête…

L’Amour pas mieux que les instincts…

La joie pas mieux que les malheurs…

L’apaisement pas mieux que la faim…

L’achèvement pas mieux que la quête…

Ni passé – ni avenir – ce que le pas – le geste – le regard – étreignent et embrassent ; ce qui advient (toujours) à titre provisoire…

 

*

 

Par veilles et vérité – intermittentes…

Ce qui doit demeurer – momentanément ; et ce qui doit être dissous…

La hache et l’enfance sur la même berge – l’une en face de l’autre…

Et ces jours maculés de boue qui – pourtant – invitent à la joie…

Contre la paume – le sang des pairs – des frères – de tous ceux qui vivent…

La certitude pyramidale – des liasses de mots volés – avec cette minutie maladive – le sens de l’obéissance et des traditions – sans (jamais) la moindre culpabilité…

 

 

Le voyage confronté à ses propres manquements et à ses propres turbulences…

D’un côté – la régression et l’effondrement ; et de l’autre – le silence et l’effacement…

A égales distances – et quelques restes d’indigence – ce que peut réussir à enfanter le murmure ; la possibilité des rois…

 

 

Près du sol – la fin – à la lisière de la forêt – quelque part – en un lieu qui favorise la nudité et le dénouement…

Au grand jour – à l’angle opposé – là où si peu se tiennent – géométriquement parlant (bien sûr) – de l’autre côté de l’obscurité – très loin de la réalité du monde qui privilégie toujours les alliances – les mariages – les associations ; mille choses – mille entremêlements – là où la lumière ne peut exister sans le sang et la pénombre – là où le noir scintille d’une clarté étrange et nous approche avec une parfaite innocence…

La terre – d’un bout à l’autre – comme le silence – des bouts d’existence…

Une parole moins nue que le geste ; peut-être – la moindre des nécessités…

 

31 décembre 2021

Carnet n°269 Au jour le jour

Avril 2021

Enraciné(s) dans l’entaille – la fêlure – la faille – cette blessure inhérente au vivant – recouverte de chair et d’invisible…

Un peu d’âme pour le voyage…

L’instinct territorial – peu à peu déclinant – et supplanté, un jour, par l’immensité bleue…

Le périmètre éparpillé qui, peu à peu, se rassemble…

Les bords noirs du ciel – réajustés au centre ; l’abolition naturelle de toutes les périphéries…

Comme un retrait dans la lumière et une entière liberté octroyée au feu…

La blancheur sans racine – sans menace ; la continuité de la terre ; le pendant du sol (si l’on peut dire) ; de plus en plus proche – comme une succession (spontanée) de gestes de rapprochement…

 

 

La main contre la vitre – à tenter de repousser quelque chose – quelques périls – quelques menaces – un peu d’invisible offert – la dose d’inconnu et d’incertitude nécessaire…

L’âme encore trop près de la peur ; l’angoisse au cœur – comme l’axe central de la vie figée – ralentie – circonscrite à un cercle dont le rayon ne dépasse (presque) jamais la longueur du bras – le nez posé sur tous les horizons – le souffle entre la bouche et le mur – notre détention – cet espace d’asphyxie – et le ciel si bas – si lourd – posé comme une (fausse) protection juste au-dessus du front…

Et dans cette vie installée – ce que nous avons érigé en confort et en protection – un mausolée où dorment tous les vivants…

 

*

 

A deux pas du monde – à deux doigts de la violence ; toujours un peu à côté – de plus en plus – en vérité…

La périphérie habitée – celle qui permet d’explorer le centre (et de l’apprivoiser)…

Si profondément séparé des Autres et si semblable à la fois…

Conscient autant des différences que des ressemblances…

L’aube et l’obscurité sur le visage…

Plus rien de désirable ; la vie telle qu’elle est – telle qu’elle s’offre – telle qu’elle vient…

Asile en soi – sur cette rive commune et inconnue des Autres (de la plupart des hommes)…

Dans le sillon du vent – la même lumière qu’à la proue (avec un surcroît d’expérience et de matière)…

La vie dans l’abîme – (presque) sans effroi…

 

 

Jamais dans le voyage d’un Autre…

Le chemin à faire – celui qu’imposent les circonstances…

Quelques pas dans le jardin du monde…

Loin des visages – auprès des arbres – dans la quiétude solitaire – la présence animale…

Ni bavardage – ni parole inutile ; un chant près de la source entonné pour ceux qui sont là – tous ceux qui sont capables d’entendre…

Le possible – devant nous – dans la poitrine – le souffle qui sait transformer la peur en tendresse et le désespoir en ravissement…

Le nom oublié des choses et la nuit métamorphosée en vide…

Et pour nos signes – prêts à s’exposer aux yeux du monde (quelques rares regards – en vérité) – un peu de sable et de joie…

 

 

Parfois – le recours à rien – pas assez fréquemment (cependant) ; manière de défier le monde et tous les horizons célébrés – toutes les rives plébiscitées – de déjouer tous les stratagèmes d’intégration – d’appartenance – d’utilisation – d’échapper à toutes les assuétudes collectives…

 

 

Penché(s) au-dedans de l’âme – nous-même(s) – le rivage et l’étendue – rien d’une manie – plutôt un retrait – une distanciation – une sorte de réclusion ouverte sur l’infini…

En soi – la cellule où s’est réfugié le Divin – dédoublé – dans le chaos et la violence extérieurs – dans l’(inévitable) affrontement des éléments – des composants de matière ; et dans les profondeurs intérieures – sereines – détachées des affres et des tourments du monde…

L’équivoque – le changement et l’immuabilité – à tout âge – à tout instant – en somme…

 

 

De pauvres murailles contre le fracas – comme si nous avions quelque chose à protéger – comme si nous pouvions échapper aux turbulences du monde…

Dans le ciel – le plus grand savoir ; et sur la pierre – les plus grands malheurs…

Nulle part – au-delà de toute frontière – le secret de l’effacement – à l’intersection de tous les cercles ; définitivement, le seul périmètre…

 

 

De terre et de crachat – la nature du monde – de la glaise malaxée et un peu de la salive des Dieux…

Et de cette fange – et de cette bave – sont, peu à peu, apparues les conditions d’émergence de l’homme…

Ainsi naquit l’humanité – une multitude quelconque – très vite éblouissante – très vite prometteuse – qui réussit (en, à peine, quelques millénaires) à s’enliser dans une posture très décevante en se mettant exclusivement au service d’elle même et en reléguant le reste (tout le reste) au statut de ressources et d’instruments…

 

 

Au croisement des routes – des mondes (pas tous imaginaires) – des collines et des fragments de profondeurs – les corps à même la terre – de la même nature que la roche et la glaise…

Et l’âme assise – si souvent retranchée au fond de l’œil – à l’abri des mains et des lèvres des Autres – capable de tout voir sans jamais être vue…

 

 

Dans nos murmures et nos prières – son lot de syllabes imprononçables – incompréhensibles…

L’usage d’une autre langue dans la langue – qui ignore les règles terrestres – où abondent des signes (plus ou moins tangibles) de silence et d’invisible…

Ce qu’il y a au-dessus du langage des Dieux – ce que méconnaissent (encore) la plupart des hommes…

 

 

Des solitudes fragmentées – comme éléments du même ensemble – un corps unique aux innombrables visages…

Des mouvements – l’immobilité – à travers les vies et la mort ; mille morts – dix-mille morts – successives – comme autant d’étapes et de voyages – au même titre que ce qui est vécu au cours de chaque existence…

 

 

Les yeux et les mains tournés vers ce qui attire – ce qui danse – ce qui brille ; des leurres – des appâts – très rarement porteurs d’une possibilité de renversement du regard – trop aimanté – trop absorbé par le monde des formes et des choses…

Un cadavre devant nous – puis mille – puis dix-mille – avant de pouvoir tourner les yeux au-dedans et laisser passer la lumière croissante…

Le corps – le cœur et le monde alignés – à chaque circonstance – (presque) à chaque instant – l’âme parfaitement consciente de la présence (intacte) de l’Absolu dans toutes les dimensions de l’espace et de l’esprit…

 

*

 

Vide – comme les heures lointaines – la nuit pâle – le jour à peine entrevu…

Sous le soleil – trop de naissances et de tentatives…

L’abondance comme hypothèse – comme voie à envisager pour faire face à la vulnérabilité et contrebalancer l’inévitable échéance de la mort…

L’être et tous ses visages – ses innombrables apparences…

Sans fin – ni commencement – seulement le rythme et l’illusion de la durée (dans l’esprit des hommes)…

Tout se joue au cœur de notre absence…

Pas même témoin(s) – pas même figurant(s) – absolument personne…

En deçà du rêve – la terreur et le fouet – et, au-delà, le silence…

Et nous – alternant l’angoisse – la blessure – et la fin du bavardage…

Le seul ultimatum ; des pas légers (si légers) au seuil de l’enfance…

 

 

L’alphabet chuchoté – le chant qui prend forme à travers la main qui dicte la parole ; une manière de sentir le parfum des fleurs plutôt que de souscrire à cette folle inclination à les distinguer – à leur donner un nom – à toutes les recenser…

L’invisible et la poésie plutôt que l’inventaire et la pharmacopée…

En plein silence – prêt à embrasser la nuit – le vent et l’inconscience du monde…

Plutôt la solitude que les sentinelles sur leurs remparts…

De qui – de quoi – devrions-nous avoir peur…

Moins de chaos et de séparation dans le regard capable de discernement – et les mains qui invitent à se rapprocher…

Toute l’intimité du ciel et du sang – enfin goûtée…

 

 

La neige éparpillée sous les pas – à mesure que l’hiver avance – que la blancheur s’intériorise – devient la part centrale – le témoin de notre transformation – de la métamorphose de la nuit intime ; l’inversion du sol et du ciel – et leur progressif assemblage ; nous à la jonction – ciment du monde – peut-être…

 

 

Toutes les créatures hantées par le vide – le rêve d’une autre réalité – moins âpre – et automatiquement reconduite – prolongée par tout ce qui la peuple – comme celle où nous avons l’air de vivre – dans un équilibre – une sorte de va-et-vient permanent entre l’ensemble et ses multiples composants…

 

 

De l’autre côté de la mort – qui sait ce que le vide renferme – ce qui subsiste malgré nos craintes ; sans doute – la même frilosité que sur ce versant qui, un jour, fait basculer vers l’abîme – l’en-bas de tous les mondes…

 

 

L’enfance – trait pour trait – au pied de la lettre…

La peau retournée qui laisse apparaître une lumière naturelle très ancienne – originelle (à ne pas en douter)…

Le temps déconsidéré – de plus en plus – comme le commencement du monde et la valeur des naissances…

Trop de choses dans la malle que nul jamais n’emportera ailleurs – de l’autre côté…

Adepte du silence plutôt que de la parole partagée (malgré la profusion des mots)…

Plongé dans l’ombre plutôt que dans la cécité…

Au jour le jour – tel que le chemin se dessine – se précise – nous révèle…

Oubliées l’ambition et la grandeur…

Les pieds joints et les bras grands ouverts – dans l’étendue ; l’envergure…

Deux yeux – un regard – un soupçon de vérité – au cœur de cette immensité sans nom ; notre chevelure – notre robe – notre apparence et nos profondeurs – à bien des égards…

 

*

 

Tragique – peut-être – comme tout ce qui est vivant – aussi merveilleux que stupide – de toute évidence ; comment pourrait-on y échapper…

Des larmes qui sèchent…

Le rire de l’exil ; sans ombre – sans géographie particulière…

En des lieux sans usage – inutiles – (totalement) délaissés – les plus rares – les plus fabuleux – ceux qui ne répondent plus aux impératifs humains – aux (innombrables) critères de rendement et de qualité (imposés par la norme) – aux exigences de la bêtise commune – outrancière…

Des fenêtres – en nombre – autant que de regards possibles – décalés – atypiques – libérés de la saisie – de la volonté de richesse et d’efficacité ; et très éloignés aussi du rêve – la conscience, comme le reste, intermittente…

L’abandon aux sentes non foulées – perdues – qui n’ont jamais intéressé les foules…

Des pas sans risque et sans (véritables) prédécesseurs…

Ce type d’existence et ce genre de perspective – dédaignés par ceux qui ne peuvent vivre qu’agités – gesticulants – cherchant, sans doute, dans cette fièvre – cette frénésie – un épuisement – l’extinction de leur ardeur – le prolongement du sommeil dans lequel ils se sont installés…

 

 

Quelque chose nous attend – dans l’intervalle…

Entre – là où l’on se trouve – à tout instant…

 

 

Le temps que le monde et les visages se dissipent…

Des pierres ; et sur ces pierres, des danses étranges et circulaires au rythme des tambours frappés par des mains invisibles – le vent, peut-être, dans les frondaisons ; la musique imperceptible des profondeurs ponctuée par quelques chants d’oiseaux…

La forêt – notre seul territoire…

Et notre présence – tantôt geste – tantôt poème ; et les mains qui battent la mesure…

Le cœur vivant – l’enfance en plein ciel – assurément…

 

 

Plongé(s) dans le cri – la douleur – le cœur vivant de l’infortune – le destin terrestre – la chair – cette matière malléable – erratique – orageuse – boursouflée d’invisible et d’indigence – à l’imaginaire fertile – particulièrement encline au sommeil – et délétère en (presque) toutes circonstances…

Une poitrine pour donner la résonance nécessaire ; et des lèvres pour expulser le souffle…

Tous les spectres et toutes les grandeurs reconnus…

Porteur(s) de tous les contenus et de tous les possibles ; en nous – toute la diversité du monde présente…

Comme une malle sans fond dont le contenu serait, sans cesse, renouvelé par l’existence…

Une souffrance sans fin – impartageable…

 

 

Le regard et l’abîme – concomitants…

Au-dehors – la gravité du visage ; et au-dedans – la légèreté de l’âme…

Vivant(s) – comme si nous avions échappé à la mort – à la fin du monde – au néant peut-être…

La main de l’Absolu dans nos cheveux défaits – et qui pénètre la peau – et qui pénètre la chair et la boîte crânienne pour s’infiltrer entre les hémisphères – dans la matière grisâtre – et qui balaye tous ses contenus – images – idées – souvenirs – pour y insuffler le vide indispensable – la nécessité du ciel au cœur du monde – au cœur des jours…

L’immensité jusqu’à l’obsession – pour donner un peu d’envergure (et de consistance) aux existences si prosaïques – si futiles – des hommes…

 

 

Au pied des arbres – le monde – comme un secret désir ; imaginer toutes les mains se presser contre les troncs et les âmes vénérer l’invisible et la plus tangible verticalité…

Vivant(s) – comme membre(s) à part entière du cercle…

 

*

 

Des dérives craintives – au cœur du gouffre – l’éloignement involontaire des bords – l’exploration du centre et des profondeurs…

Le chemin discontinu – la (surprenante) découverte des cercles disjoints – des interstices plus nombreux qu’on ne le pensait – vides – vierges – totalement dépeuplés – lieux d’habitation idéals pour nous autres atypiques et marginaux…

Sans bruit – le long de nous-même(s) – le souffle proche du silence – de la source – le visage presque au faîte du jour tant la joie est grande d’avoir déniché notre prolongement extérieur – la parfaite continuité de l’âme et de l’esprit – l’étendue symbiotique – l’intermittence heureuse – comme s’il existait des lieux-miroirs non labyrinthiques – des formes matérielles de résidence-reflet…

Des places libres entre l’infini et l’entre-soi – d’incroyables réceptacles…

 

 

Le jour – de moins en moins lointain – à l’inverse des promesses qui, sans cesse, repoussent l’horizon – la possibilité – l’avènement…

Simple – comme une île – un sourire – dégagé du temps et des attractions du monde…

La soif au cœur – centrale – sans dérobade possible – sans prétexte – sans mensonge inutile…

L’esprit et le monde tels qu’ils sont…

Le visage penché sur le chemin ; d’autres voies envisageables…

La solitude du regard et ce qui demeure – bien sûr…

L’existence déchiffrée en un instant – dans une folle (et improbable) fulgurance – la vérité entrevue à travers la grille des habitudes – l’ombre explosée – avant de glisser et de disparaître – puis tout qui s’oublie excepté le silence qu’elle a éclairé – qu’elle est venue révéler ; nous – en une fraction de seconde…

 

 

Nous – à l’abri du monde – des affres – des cris – de l’émoi des membres écartelés par les contraintes et la soumission…

La foule odieuse et ses lois qui engorgent les têtes – qui polluent et rétrécissent l’esprit – qui mutilent les âmes et la chair – comme envoûtée par le désir et l’enfermement…

Les ventres affamés qui se remplissent de morts – les visage plaintifs et les cœurs analphabètes…

Quelques signes – quelques feuilles – un espace de liberté – la voie (l’une des voies) qui mène(nt) au-dessus du labyrinthe – au cœur de l’immensité…

 

 

La terre brûlante – écarlate – de la fièvre et du sang – le saccage des rives et le massacre de leurs habitants – une constante dans la pitoyable histoire des vivants…

Tous les soleils – tous les miracles – assassinés ; le refus de l’invisible et du merveilleux – l’inaptitude (quasi) ontologique à l’enchantement…

Plutôt le sommeil que le voyage…

Plutôt le rêve que le franchissement…

La détention des cœurs et des bouches cousus – genou à terre – à partager quelques restes de joie – l’espoir d’une embellie avant les funérailles…

 

 

Des cris – des substances – des orifices – ce qui se frotte – s’assemble – se déchire – de la matière – l’esprit troublé par les élans et les cabrioles – complice de mille manières…

Quelques soucis – l’invisible qui se rétracte – quelques vibrations – un peu d’air brassé dans l’espace…

Des lieux asymétriques où l’on ignore – où l’on rejette – le moindre signe de mansuétude et de verticalité ; tout un monde souterrain situé en deçà – très en dessous – des ouvertures – parallèle aux étoiles – comme le pendant tellurique des rêves et de l’inconsistance…

La vacuité, peu à peu, plombée et obturée par les (multiples) emboîtements et la pétrification (progressive) des âmes…

 

*

 

Dans la nuit – l’œil fermé – la main tremblante – l’âme (bien) trop peureuse…

La figure tournée vers l’horizon – l’au-delà – nos espérances – comme un long couloir à parcourir – imagine-t-on – erreur (bien sûr) – plutôt une étendue sans repère ; ni nord – ni sud ; ni est – ni ouest ; ni haut – ni bas ; ni proche – ni lointain ; quelque chose d’insensé – de (quasi) magique – un lieu non géographique – sans centre – où, plus exactement, tout peut faire office de centre – et le devient en un instant – au même titre que tous les autres fragments de l’espace – que tous les autres ailleurs (si l’on peut dire)…

La roue immobile de l’invisible que pourchassent – maladroitement – impitoyablement – obsessionnellement – le monde et les hommes…

Une traque stérile et sans fin – jusqu’au point de retournement…

 

 

Moins qu’un nom – moins qu’un visage – à présent…

Disparu celui qui interroge – qui discrimine – qui n’aspire qu’à savoir et à comprendre – jeté, avec le reste, dans le feu du ciel – clair – vaste – qui illumine tous les versants de l’esprit et du monde – qui donne aux gestes cette justesse sans rivale – qui répond à toute demande par un sourire – un silence – un acquiescement entier et discret…

Rien d’ostensible – le contraire de l’orgueil ; bien davantage que l’humilité – quelque chose de l’effacement – une sorte de mort nécessaire à l’éclosion d’une attention plus vaste – plus fine – incroyablement précise – d’une présence au-delà des lieux et des frontières qui délimitent le ciel et la terre – le dehors et le dedans ; Dieu en haut des marches – peut-être – nous ouvrant à sa lumière – l’invisible flottant autour de nous ; et nous – nous drapant de leur tendresse – de leur envergure…

 

 

La voix amputée par le cri…

Entre les cages – l’invisible et ce qui se transmet ; le tragique héritage des vivants…

Des histoires parallèles – un monde de tiroirs et de désordre – un fatras d’images et de chair articulée…

Des blessures – des bandages – des gestes de survie ; partout, des instruments de premiers secours…

La multitude agitée sous son chapiteau d’étoiles ; palais pour les uns – cachot (bien) trop peuplé pour les autres ; la même embarcation, pourtant, sur l’étendue immobile et éternelle…

Et nous tous – qui devrons, un jour, apprendre à vivre et à mourir…

 

 

Une parole sur sa pente – qui slalome entre l’indifférence – les brimades et les têtes endormies…

Du temps à l’intérieur et toute une cargaison de vide…

Des secousses et de la joie pour briser le carcan des horloges…

Notre présence double – à travers l’instant et l’éternité…

Notre totale ambivalence – pleinement assumée…

 

 

De la neige noire sur tous les orifices du langage ; un abîme en surface – l’infini originel dans les profondeurs ; le plus tangible – le plus grossier – le plus mortel – en apparence ; et dessous – au-dedans – alentour – partout où il est possible de jouer avec le vide – et de le remplir momentanément – le plus subtil – le plus précieux – l’atemporel – ce qui subsiste malgré les assauts – les tentatives et les vertiges – ce qui demeure malgré le progrès et les civilisations – ce qui résiste au temps et à l’absence de temps…

L’aube et l’ivresse poétique ; nos modestes traces sur l’indéchiffrable…

 

*

 

Tout nous ressemble – l’histoire du monde – la danse des choses – ces pauvres figures tristes qui regardent l’univers sans comprendre – les épaules lourdes sous le poids (insupportable) des malheurs…

L’âme et la parole ouvertes…

Le ciel – la vie – sans les Dieux…

L’impossible et l’ineffable – au cœur du plus incorruptible…

Notre besogne naturelle et quotidienne – sans effort ; ce qui est nécessaire et ce pour quoi l’on est fait ; ce qui s’impose spontanément – sans réflexion – sans ambition – sans réclamation…

 

 

Ce qui tourne autour d’un centre – à l’orée d’une étreinte parfaite et solitaire – et, en attendant, des baisers pour rien – pour essayer de combler ce qui ne peut l’être de cette manière…

Des traditions – l’intégration de tous les corps étrangers – le labeur essentiel de la chair après sa survie et son besoin d’expansion…

 

 

En tous lieux – dehors…

Une existence sans réalité ; et, peut-être, une réalité inexistante…

L’exil du monde et la mémoire suspendue…

Rien que la source et mille fontaines…

Rien que la lumière et mille obscurcissements…

Rien que du silence et nos bruits – tous nos bavardages – tous nos commentaires – comme si la parole était nécessaire – comme si la parole avait déjà sauvé quiconque du monde – des Autres – du désespoir – des affres de l’existence…

Plongé(s) dans cette nuit sans espérance – sur des rivages – parmi des fleurs – avec un peu de bleu au fond des yeux – au fond de l’âme – nous qui cherchons l’essence – un peu de joie – un peu de liberté – notre envol au-delà de la terre – au-delà des hommes – au-delà des religions et des Dieux – une sente qui mènerait au silence et à l’éternité – à cette immensité immobile dont parlent tous les sages…

 

 

Libéré(s) – profondément joyeux – comme un retour ontologique à l’essence – le noyau sous les changements de la surface – affranchi(s) de l’incessante variabilité des apparences du monde – comme si nous échappions enfin au kaléidoscope…

 

 

Un saut et une chute simultanés…

Ce qu’éprouve l’esprit au contact de la matière – de son efflorescence – de sa disparition – de son absence…

Le monde coloré et ce qui demeure immobile – inchangé – à l’intérieur du vertige…

 

 

Prisonnier(s) – ni des traces – ni de la blancheur…

Le jour immaculé sur nos souillures et nos prières – indifférenciées…

Vide ou respiration – qu’importe ce que nous vivons pourvu que rien, en nous, ne résiste – pourvu que l’acquiescement nous précipite au cœur des choses – dans la plus grande intimité (possible) avec le monde – et très au-dessus…

A la manière d’un mort – le plus pleinement vivant – libre des cercles et des articulations – libre des visions et des hiérarchies…

Personne – dans la cage – le seul espace possible pourtant – au cœur – infini – sans bord – sans frontière – sans jointure ; tout – d’un seul tenant ; et nous – pris dans la trame – bien sûr…

 

 

Ni assaut – ni protection – exposé de tous les côtés – le soleil sur chaque versant – et l’ombre au centre – éclairée – qui s’en amuse…

De la légèreté du sol – des pas – de la parole…

L’être – au centre de toutes les solitudes – de toutes les distinctions ; et nous – indemne des rôles – des visages – du (petit) théâtre extérieur…

 

*

 

Que traversons-nous – sinon la lumière – toutes les déclinaisons de la lumière…

 

 

L’heure de la pénombre – la transparence des jours à travers le gris ordinaire – un peu de vérité au cœur du rêve…

 

 

Les yeux fermés sur l’inquiétude – sans horizon – le ciel criblé de flèches…

La même prière, chaque jour, recommencée…

 

 

La vie sur mesure – l’uniforme approprié…

 

 

Le sommeil noué à la tête – le silence apparent et agité – quelque chose qui écartèle – qui souligne le paradoxe…

Des jours entiers – des existences entières – à gesticuler dans l’immobilité – le cœur assoupi et les mains maladroites…

 

 

Une voix comme une autre – proche du silence pourtant – mais pas assez, sans doute, pour être entendu(e)…

 

 

La présence prescrite pour traverser le monde – percevoir le chant – éprouver la vérité…

Devenir ce qui est caché – invisible ; ce que nul ne peut sentir le cœur (trop) fermé…

 

 

Les substances circulantes de la source – furtives – fugitives – quelques fois…

Un écho restreint aux dimensions du corps ; une courte respiration à défaut de ciel…

 

 

L’espace entre l’âme et la voix qu’il faut habiter sans image – sans message programmé – spontanément – comme tout geste – comme toute chose…

Ni faible – ni étranger – la seule voie possible – deux ou trois foulées entre les rêves – dans la direction qu’imposent les circonstances…

 

 

A l’intérieur – la transfiguration du devenir…

La mâchoire, autrefois si serrée, remplacée par un sourire – une confiance sous le front – le ciel vivant dans les gestes nécessaires…

 

 

Une voix sans maître – affranchie de l’engourdissement et de la prétention…

La tête à la renverse – et l’âme par-dessus – dans la juste vision de la roue qui tourne…

La solitude agissante – les lèvres légèrement entrouvertes pour laisser passer la parole et lui offrir – comme un écrin – un écho plus large – moins limité…

Le monde-palimpseste et la terre-parchemin – réceptacles permanents et évolutifs de toutes nos tentatives poétiques (plus ou moins abouties)…

 

 

Le regard redressé – les épaules voûtées – la nuit-encéphale et le besoin de nudité…

Et cette folie qui tient lieu, parfois, de langage – parfois d’épopée…

Une forme de respiration souterraine…

Dans la bouche, des syllabes – et dans l’âme, du silence…

Des bruits pour rien – sans destinataire – sans véritable ascendance ; des balbutiements préparatoires – à la limite du borborygme…

Aucune entente sur la pierre ; ni écoute – ni présence – du feu et des insultes que l’on se crache au visage – de l’huile (brûlante) et des pierres que l’on jette dans l’arène ; ni espace – ni allier – ni armistice – jamais le moindre repos – jamais le moindre répit ; des coups pour rien ; une triste succession de craintes et d’ambitions…

Celui-ci ou un autre – en réalité – qu’importe le destin…

 

*

 

Goûter le silence – la beauté – à l’intérieur…

Le regard concret – semblable à ce qui est contemplé ; dense – léger – précis – abandonnant la jouissance – l’affliction et le discernement – à ceux qui n’ont encore réussi à se hisser jusqu’à la nudité nécessaire…

 

 

Parmi nos vestiges – quelques paroles tombées des arbres et du ciel – de ces hauteurs surhumaines ; l’inconnu offert à la somnolence – aux corps et aux cœurs assoupis qui s’abîment et meurent sans rien découvrir – sans rien connaître du monde et des âmes…

Les yeux ignorants – l’esprit plongé dans les eaux troubles de la terre…

Des saisons entières – tenaces – reclus dans le lointain – sans un sourire – sans une main tendue…

Des ombres sans présence – sans invitation – condamnées à tourner dans tous les souterrains du voyage – exclues des cieux – des cercles – des danses – étrangères à toute forme de liberté et de poésie…

 

 

Du vent encore – des lieux de perdition – l’errance brûlante qui consume les destins…

Sur la page – le sol – nos premières racines et, peu à peu, l’exil qui s’impose – l’éloignement comme un nécessaire retour sur soi ; et de ce face-à-face, le progressif apprentissage des visages – l’ouverture à la terre et au ciel – le monde naturel et la vie sans artifice…

Du vent encore – comme la seule manière de déblayer, dans l’âme et sur la pierre, tous ses embarras…

 

 

Dans cette forme si ancienne qui respire – l’être étant…

 

 

Un son – une seule syllabe – dans le silence…

Rien – ni en tête – ni dans la bouche…

Le vide originel et la pierre…

La montagne et l’homme…

L’arbre et l’animal…

Des traits dans l’air – sur le sable – ce que tracent les mains (avec précision)…

Rien des cernes et de l’angoisse d’autrefois…

Le corps qui vieillit – naturellement…

La science de l’immobilité qui, peu à peu, s’apprivoise…

Toutes les tâches à réaliser – sans la moindre préparation…

Une seule respiration – un élan continu – comme le mouvement du soleil dans le ciel – juste et authentique – inévitable…

Rien à ôter – rien à ajouter – à cette parfaite démesure ; le temps (simplement) annihilé…

 

 

La main qui danse – l’âme appuyée…

De stèle en stèle – sur la même échelle – au-dessus de la neige et du silence – dans cette partie du ciel apprivoisée…

L’expérience si ancienne du geste – comme une aube spontanée…

 

 

Le Tout et ses parties – inséparables…

La parole plantée quelque part – comme une fleur dans la terre – mûre et suffisamment sage pour respecter la nécessité (et le déroulement) des saisons…

De l’hiver à la lumière – mille fois recommencé ; la nuit et le soleil – à l’infini…

La joie et l’éblouissement au fil du sillon tracé – puis, emportés peu à peu – partout – exactement là où il faut être…

 

*

 

Ce qui s’enchaîne – sans jamais s’arrêter…

Des pertes – sans personne ; ce qui se consume – ce qui, peu à peu, disparaît…

Des mouvements au cœur de l’absence…

De temps à autre – un regard qui émerge – qui éclot – qui s’épanouit – qui apprend l’éternité et l’intermittence – au milieu du labeur des eaux qui serpentent entre la roche – entre le plus proche et le plus lointain…

Ce qui meurt et recommence – indéfiniment…

 

 

Sur terre – sous les paupières – cette étrange inclination à se laisser glisser sur la pente que dessinent les circonstances – sans jamais interrompre la marche vers l’origine (et comment le pourrait-on ?) – ce retour en soi indéchiffrable par les Autres et la raison…

La solitude verticale – comme un axe primordial – premier sans doute – à l’intérieur ; du vide inorganique autour duquel tout s’est construit – et que l’on a, peu à peu et maladroitement, enrobé de couches successives ; enturbanné d’inutile – en quelque sorte…

 

 

Le cœur et le ciel mêlés qui cherchent le lieu de leurs noces…

Des mots soudain descendus – soudain prononcés – sortis de nulle part…

Et derrière soi – des pages et des pages – par milliers…

Et devant soi – rien (à peu près rien) – tout ce que l’on ignore – l’inconnu qui attendrit et l’incertitude qui sauve du savoir mensonger…

Davantage de présence et d’oubli – peut-être ; qui pourrait se targuer de deviner ce que nous sommes – ce que nous deviendrons ; et à quoi bon ? rétorqueraient les sages…

 

 

La terre et la tête ruisselantes ; et portées par la furie des flots – la bêtise et la folie – la substance apparente du monde qui recouvre l’œil et le jour – l’essence de tous les passages – la lumière d’avant le temps…

 

 

Des mondes jaillissants – avec la marche – la solitude – la fréquentation des forêts…

Le ciel dans notre voix – sans chagrin…

Présent – disponible – inoccupé…

L’attention entre l’extase et la neige…

Le lieu – en soi – affranchi du savoir et du refus…

La chair fécondée et enfantante…

Les points de ressemblance dissimulés sous les couches visibles – apparentes…

Un seul visage auquel rien ne peut être arraché…

 

 

Les yeux et les mains – de couleur sombre – aux mouvements mécaniques et irréfléchis – plongés, en réalité, en pleine lumière – issus du geste témoin inaugural – perpétués par le souffle régénérateur…

Dieu – à son aise – à travers nous…

 

 

Les doigts – simple prolongement de la pierre – animés par le vent des hauteurs – le même que celui qui glisse entre les étoiles…

Dieu – le dos recouvert d’un long châle – un peu de nuit et de mort sur les épaules pour contrebalancer l’ardeur et la clarté de son œuvre…

Un temps de recul – un peu de distance – pour goûter le mélange et la multitude jetés (presque) au hasard sur les destins – sur les chemins – selon des lois qui semblent, aux yeux des hommes, savantes et mystérieuses…

 

*

 

Un regard de première main à la place de l’œil emprunté – habitué – presque fermé…

Le monde invisible – enfin perçu – autant que ce qu’il abrite ; l’essence et la surface…

Les choses goûtées – le temps suspendu – comme éteint (si l’on peut dire)…

A la place des mots – du silence – entre les lèvres ; pas la moindre image sous les paupières…

L’avenir avalé par l’origine…

Et derrière nous – tous les horizons…

Et ces lignes qui, peut-être, n’en finiront jamais de témoigner – comme si dire la vie – le monde – l’âme – l’esprit – était, pour nous, le seul labeur – la seule œuvre – le seul ouvrage – possibles…

 

 

Quelque chose de la fleur – en chaque lettre ; des mondes entiers au-dedans des mots…

Sur les pages – sur chaque page – l’âme – la terre – le ciel – réunis – bruts – singuliers – exposés dans leur nudité et leur fragilité ; la beauté incertaine – la vérité passagère – une furtive traversée au cœur du vide – nécessaire comme tout ce qui émerge de la gangue commune – cette masse informe et magmatique…

Sans récompense – ce voyage…

Un fond de ciel, peut-être, derrière les yeux…

Une présence, trop souvent, oubliée…

Des chants d’oiseaux juchés à des hauteurs inaccessibles…

Des heures si vastes ; et la nuit si profonde…

Ce que l’eau charrie avec les pierres ; des chiffres – des reflets – des calculs et des stratégies – toutes les ruses (mesquines et compréhensibles) des craintifs et des affamés ; rien qui ne mérite de demeurer – en soi – sur nos rives…

Et le cœur qui, peu à peu, apprend à se libérer…

 

 

Le ciel réapparu – dans la chair naissante – vieillissante – mourante – et renaissante – indéfiniment ; l’œuvre du recul et de l’inachèvement consenti…

Ce qui nous apaise – ce qui échappe à la vie organique – aux sens – à l’absence – à toutes les disparitions…

La mort, pourtant – en général, vainement tenue à distance…

Les esprits qui feignent l’intelligence – les livres, le savoir – et les hommes, la sagesse…

Un monde d’illusions (plus ou moins) crédibles et lumineuses où les apparences ont, peu à peu, détrôné l’essence – où l’obscurité, à présent, fait office de lampe et tient lieu d’issue et de langage…

L’air du temps – (presque) totalement vicié(s)…

 

 

Les paupières mi-closes – sous la lune…

Un peu de clarté – un semblant de vie – en attendant la grande malle noire…

Des mains et des places à occuper ; rien de très enthousiasmant – histoire de satisfaire les désirs les plus élémentaires – quelques emplois pour essayer d’échapper au néant que nous avons édifié…

Des existences vouées à l’attachement et à la pénombre…

Et dans l’œil – cet abîme et ce vertige – que rien ne peut guérir – que rien ne peut combler…

 

 

L’âme et la peau – barbouillées de ciel ; et, sur les épaules, le long manteau des Dieux…

Et, en guise de chevelure, des fils d’or mêlés aux feuillages…

L’arbre – l’invisible et le Divin…

 

*

 

L’épuisement (fort compréhensible) de l’âme face au silence du ciel – si rarement compris…

A la manière d’une précipitation au fond d’un gouffre – comme une accélération du désastre – une totale perdition – le refus (rédhibitoire – et vécu ainsi) de l’ultime recours…

Nous – avalé(s) par l’immensité noire – la voracité de l’abîme – la prégnance du désespoir et de l’absurdité ; des sommets de solitude insupportables…

En réalité – un passage nécessaire pour goûter la vie et le monde – au-delà des images – au-delà du langage…

La permanence d’un acquiescement total pour lutter contre le froid – la naïveté et l’abjection des hommes – avec lesquels on se familiarise à mesure que l’âme devient mature…

 

 

L’inconnu au cœur du sang – la nuit chimérique…

Ce que le feu fait naître au voisinage du monde…

Très proche – sans rêve – la charge allégée…

Ce que les Autres – leur absence – ont creusé en nous ; les frontières – puis, la proximité et le lointain, peu à peu, indifférenciés…

L’invisible – à force d’assauts et de délicatesse – de plus en plus perceptible et reconnaissable dans ses danses mystérieuses avec le réel le plus tangible – avec la matière la plus grossière…

L’âme à maturité – peut-être – enfin apte à la simplicité ; encline à la vie humble et discrète – à l’esprit attentif – au geste naturel et respectueux…

 

 

La solitude – sans voix – sans mémoire…

Et la sente de l’âme – à travers le monde – à travers notre vie ; son indispensable (et inévitable) – besogne – en quelque sorte – perçue comme inutile et douloureuse puis, comme magique et essentielle (très souvent dans cet ordre-là)…

L’être autrefois si lointain – presque inconnu – aujourd’hui établi et sans limite…

En nous – comme il se doit – le labeur incessant…

 

 

Ce que le visage révèle et fait disparaître…

Le règne de l’invisible enroulé dans les apparences…

L’étroitesse de tous ceux qui se réclament d’une quelconque discipline – d’une quelconque mouvance ; ceux qui brandissent le moindre signe d’appartenance …

La trajectoire (principalement nocturne et souterraine) des êtres – (presque) toutes les voies célestes…

Et, au bout du compte, le déploiement naturel du ciel…

 

 

Les premiers mots que la bouche ait prononcés…

Les Autres et le reste du monde que l’on apprend, peu à peu, à mettre à mort…

Au cœur de la forêt – comme un détour nécessaire ; une invitation à la halte – au pas de côté…

La nécessité intérieure prise en compte…

 

 

L’expansion de l’origine – son déroulement (quasi) continu ponctué d’intervalles – comme des orifices de respiration indispensables au rêve et au sommeil – des interstices de repos auxquels peuvent prétendre l’œil et l’âme – soumis, au cours de ce périple, à une intense – à une irrépressible – à une radicale – transformation…

 

 

A travers la chute – le commencement de l’épreuve – une autre perspective où le vide et le souffle deviennent égaux – renoncent à leurs (incessants) conflits aux conséquences dramatiques ; membres à part entière de l’édifice et de la déconstruction…

 

 

A l’angle exact de la trace et du temps – l’œuvre des livres – la parole-témoin ; le jaillissement des mille mondes abrités au fond de la mémoire ; de la terre et du ciel enchevêtrés – plus ou moins habilement organisés – le plus souvent, en désordre – entre le fouillis et le chaos – comme au commencement de l’univers – après le vide – la naissance explosive et la construction anarchique des galaxies ; l’histoire qui se répète, à une échelle plus intime ; la permanente réinvention du réel ; la sempiternelle déclinaison des cercles et des assemblages ; entre l’anomie – le tohu-bohu et l’arrangement (plus ou moins échafaudé et cohérent) ; indéfiniment – le même cycle (à quelques variations près)…

 

*

 

Contre soi – l’ombre muette – le sang séché des Autres – la multitude et l’impossible – immobiles ; les restes de nos amours minuscules ; rien, en somme, sous la lumière lucide ; un tas d’insignifiances ; mais, en secret – (presque) en cachette, le plus précieux ; le silence, à l’intérieur, impalpable et majestueux…

 

 

Sous le visage – le commencement – la naissance du jour – son surgissement – comme une émergence inespérée du plus profond (et du plus lointain) sommeil ; la chair indemne malgré les blessures (nombreuses) – le tranchant des pierres – les recoins anguleux du chemin – les yeux des Autres constellés de pointes – d’épines – d’éclats…

Comme une respiration dans l’air qui précéda le temps…

Et, au fond des yeux, la lumière ; et, au fond de l’âme, la substance noire des morts oubliée…

 

 

Le jour habituel – quotidien – dissimulé – entravé, parfois, par les habitudes – le monde mensonger – sans consistance – sans joie – sans vérité…

Un pays aux airs d’ailleurs – enfoui dans le cœur assoupi et les pas mécaniques…

L’ouverture – à la manière d’un accident (la plupart du temps) dans cette longue ligne droite – cet interminable sillon qui, si souvent, s’enfonce et se rétrécit – devient (quasi) souterrain…

Comme une sorte de fenêtre détachée des temps anciens – avant que le monde n’impose ses masques et ses chimères…

La vie en terrasse – face à la mer – en quelque sorte…

Et au fond des yeux – et au fond du cœur – ce regard océanique ; l’immensité d’un seul tenant – sans ces (abominables) frontières inventées par la tête…

 

 

Un saut – du sommet terrestre – dédoublé – vers le ciel et l’en-bas (le plus bas peut-être) – à travers la même fenêtre – comme un engagement total et un complet détachement simultanés…

La blancheur qui recouvre le monde – ses failles et ses aspérités – uniformisant toute la surface – manière de souligner les ressemblances et l’insignifiance des différences entre les émergences de matière – trop souvent (presque exclusivement – en vérité) perçues dans leurs délimitations – en tant que formes singulières dotées de frontières apparentes…

Et dans cette perspective – comme un surcroît de grandeur et de beauté ; ce que chacun pourrait éprouver – au quotidien – au lieu du rêve – au lieu de l’illusion…

 

 

Le long d’une ligne invisible – le silence – nos profondeurs – le monde épargné par nos exigences – notre brutalité – tous nos sévices…

Ce qui est perceptible grâce au regard désengorgé…

 

 

Des traces de griffes dans le vide – insignifiantes – imperceptibles – comme le nom que l’on porte – et que l’on accroche parfois au bout d’une hampe – et que l’on brandit (un peu partout – avec orgueil) comme une signature – une identité – dont se moquent (éperdument – et chacun à sa façon) les Autres – le monde – le silence…

Il suffirait d’un regard – une légère inclinaison du cœur – une morsure du réel – un peu de neige sur l’âme – pour comprendre l’impossibilité du bannissement et de la chute – l’impossibilité d’être évincé du cercle des initiés – du triangle de la tendresse…

Le vide – le centre et ses périphéries (apparentes) – indissociables de l’essence et du reste…

Nous tous – chacun d’entre nous – sans la nécessité d’élever la voix – de se mettre sur la pointe des pieds – de jouer des coudes ou de redresser la tête ; notre permanente vérité – abyssale et réticulaire ; ce que nous sommes intrinsèquement – ce dont nul ne peut être exclu ou écarté…

 

*

 

Le monde sans visage – à l’issue du retrait…

Le sommeil, peu à peu, vaincu par les saisons…

Ce qui succède au piège (à l’incroyable piège) des naissances…

Le jour initié par lui-même – lorsque les conditions sont réunies – et qui advient, comme tout le reste, lorsqu’il est temps que cela advienne ; la nécessité comme seule force impérieuse…

Qu’importe le labeur et la pénombre…

Qu’importe l’alignement ou l’éloignement des étoiles et des planètes…

Le silence et la pierre – main dans la main ; et, à travers nous, tous les gestes et le spectacle…

 

 

L’âme attentive à la position des dés lancés par la main (vigoureuse) des Dieux…

Ni hasard – ni prédestination – dans la soif et le sommeil…

Nulle part – toujours là où cela se rapproche…

Le destin – comme dernier écho du silence – ultime soubresaut de la matière naturellement léthargique…

Et, parfois, au cours du voyage, l’interrogation – mille interrogations ; ce grand charivari qui officie sous le front des hommes…

Les pas qui imposent leur rythme et la direction…

Et, très rarement, la surprise du ciel avant l’effacement – avant la dissolution ; comme un clin d’œil – un interstice – une parenthèse – un (très) bref avant-goût de la lumière…

 

 

Au bord de soi – l’invisible et la fraîcheur – comme un antidote à l’inertie pestilentielle que porte toute certitude – toute immobilité sans profondeur – qui n’est enracinée qu’à des traditions – à une longue série de rêves monotones – qui usent les heures et les âmes – qui détournent l’esprit et le monde de l’éternité qui veille – et qui veillera toujours – sur la ronde cyclique des cercles – sur la grande roue où sont accrochés les mondes…

 

 

Seul – dans le vide et la voix…

Devant nous – des chemins enneigés…

Le désir très ancien de gestes précis…

Un regard détaché du temps et de la mémoire…

Une âme plongée dans toutes les profondeurs…

De la trempe des héros ordinaires et anonymes…

Et, au-dedans, l’humilité – la discrétion et le respect – considérés comme les seules couronnes possibles avant l’effacement…

L’esprit – le monde et la main – parfaitement alignés ; engagés dans la même perspective – unis comme un seul corps…

Une existence belle – pleine et joyeuse – sans la moindre mutilation…

 

 

Le corps et le langage inventifs…

De la matière et des alphabets non pétrifiés – la condition première pour qu’émergent la danse et la poésie…

Et l’apparition (progressive) du regard attentif et détaché – comme élément nécessaire à la justesse du mouvement et de la parole…

Le mot et le pas – affranchis ; les signes discrets (et éloquents) de l’âme libre…

 

 

Ce que l’on abandonne – par endroits ; du souffle et des murmures dont peuvent s’emparer toutes les figures du monde ; des reliquats d’invisible et de matière – un surplus de soi – humblement et involontairement octroyé à ceux qui vivent dans le déficit ou la pénurie – l’un des plus beaux présents peut-être – sans doute le nutriment le plus précieux ; de l’énergie vitale qui s’offre à tous les usages possibles – selon la nécessité de ceux qui s’en saisissent…

 

*

 

Choses vécues – vivantes – redoutablement tenaces – mille démons dans leur boîte au couvercle d’argile…

Des jours obscurs ; l’ordinaire quotidien amputé de lumière – plongé dans le manque…

Nos vies sans face-à-face – le lieu (misérable) des images et de la mémoire…

Et des miroirs – partout – pour prolonger l’asymétrie et l’infirmité…

Un monde – des existences – de figurants ignares et angoissés – condamnés à gesticuler sans conséquence…

 

 

Des pas et des mots denses – la silhouette massive – puissante – vibrante des forces de la terre – la tête gorgée de vide et de monde – vive – encline (très encline) à la besogne…

Tout cherchant une réponse – un passage – un peu d’Absolu – au milieu du sable – parmi la cruauté des mains et l’indifférence des yeux…

Les Autres – ces (grands) absents…

Et la nuit, si pugnace autrefois, qui, peu à peu, s’effrite – s’écroule – s’effondre…

Dans la solitude – la semence et la lumière – la clarté verbale et la proximité de la source – l’évidence du miracle…

Du cri au chant – des grands froids au feu qui anime – qui réchauffe – qui abrite…

Les griffes rentrées au-dedans…

Et le sourire qui se dessine dans cet éloignement des visages – les lèvres qui tremblent devant tant de silence et de beauté…

Partout – le bleu sans interrogation – dans l’âme et devant les yeux ; l’immensité du regard au fond duquel tout se plaît à naître et à mourir…

 

 

Les horreurs du monde – dans le langage – simplifiées ; nulle charge sur la nuque – nul regret dans le crâne…

La magie qui opère sous les immenses voûtes du silence…

Tous les paysages du ciel – inventés et décryptés…

Ce qui réussit à s’enfanter sans la moindre compagnie…

Les visages alliés et l’entrecroisement des choses…

Le parcours de la matière ; de la particule à la complexité…

Le vide errant – le vide creusé – le vide capable de s’inventer d’autres formes et d’autres noms…

Les racines secrètes du monde et des existences où doit plonger – profondément – tout désir poétique…

 

 

La lumière oblique sur l’itinéraire frontal – cette longue série de pas conquérants – avançant et reculant – au gré des espaces et des obstacles – gorgés de ce feu puissant – ininterrompu – avec, à la ceinture, tous les instruments de la guerre – les armes qui sèment l’horreur et la mort – et, derrière soi, mille têtes – mille générations – la terre et les âmes en charpie – abandonnées à leur sort – à l’indifférence des bêtes et des hommes…

La malédiction dans le sang – croissante ; et l’intelligence piétinée…

Des cris – des désirs et des lames – de plus en plus fines et aiguisées…

Ce que l’on ambitionne – ce que l’on arrache – ce dont on s’empare – ce que l’on amasse – à défaut d’Amour et de tendresse…

Le cœur misérable des hommes…

Et sur notre figure commune – face au monde – les traits de la tristesse et de la désespérance…

 

*

 

Sans exigence – le visage comme endormi – l’âme présente qui laisse jaillir les gestes et les mots – sans se prononcer – sans préalable – sans arrière-pensée…

Un temps vécu sans le diktat du monde et des horloges – sans la folie humaine – affranchi du culte voué à l’efficacité et à l’amassement – l’ardeur libre de poursuivre ou d’interrompre la (très) longue litanie…

Du bleu – dans les mains – sur la langue…

La nuit – sur nos lèvres – dans la chair – en train de faner…

 

 

Ce lieu sans ailleurs – ce temps sans avenir – sans mémoire – cette manière d’être sans autrement ; tout engagé – détaché – proche et lointain – parfaitement aligné – à la mesure des circonstances…

Et, au-dedans, un peu de jour et de nuit – mélangés ensemble…

 

 

Entre la source et le monde – ces ombres mouvantes – ces silhouettes bancales et déséquilibrées ; du feu et des embrasements…

De la chair que l’on frotte – que l’on caresse – que l’on ingère…

Des visages vivants et des visages inertes – de la peau découpée et de la peau frémissante…

Un tas de fables et de légendes ; autant d’histoires que de jours – au fil de l’existence – au fil des générations…

Des fantômes, peu à peu, rongés (et affaiblis) par le temps et qui finissent, tôt ou tard, au fond d’un trou ; et nous autres – et nous tous – à recouvrir la terre de terre ; une pause, à peine le temps d’un souffle – d’une absence de souffle, dans la danse folle – au milieu de la glaise et de la poussière – tournoyantes…

Une multitude saisissante – sans rien ni personne – en dépit des apparences – devenue, aujourd’hui, une évidence si triviale ; la réalité terrestre qui se décrypte – seule – devant nous…

 

 

Emmuré(s) – à l’intérieur – comme un double cercle – deux rangées d’obstacles et de barbelés qui nous séparent du centre…

Un océan au-dedans – inaccessible…

Et mille expériences pour en témoigner…

Le dos courbé et l’âme inclinée…

La figure noire et les ailes froissées…

Mille tentatives pour trouver la destination – le rythme des pas – la juste trajectoire – pour s’affranchir de la volonté et de la détention – fouler simultanément l’air et le sol – échapper aux grilles et aux visages mensongers de la liberté – amorcer l’envol en privilégiant, de manière spontanée, la perspective qui surplombe les contraires – qui éclaire l’espace au-delà des oppositions entre les partisans et les détracteurs – la seule qui puisse (véritablement) nous libérer des antagonismes et des contradictions…

 

 

Ce qui périclite derrière les paupières – cette nuit faite de poignes et d’errance…

La langue des morts – retourné(e)(s) dans les tombes…

La mer qui se retire au-delà des rivages et des yeux…

L’abîme creusé qui soigne nos blessures – toutes les chairs meurtries par les coups de ceux qui conquièrent…

Des mots et des livres – non pour les yeux – offerts au cœur ; des lignes et des phrases – entre le rêve et le réel – entrevus par l’œil de l’âme qui décrypte les secrets du monde dissimulés sous la surface des choses et des visages maladroitement recouverts de noms – capables de refermer les déchirures – d’assembler les fragments et les parcelles isolées et de réunir, en une aire unique, tout ce que l’on a outrageusement séparé…

 

*

 

Au cœur de l’innocence – l’intime ; ce que nous sommes – un – unis – ensemble – et, au pire, la manière (plus ou moins sensible et respectueuse) dont on tisse des liens avec les Autres (lorsque l’on se sent encore séparé du reste)…

Ce que sont le monde et l’existence – tous les mondes – toutes les existences…

 

 

La rive première – ce non-lieu – gravée dans le silence qu’abrite le fond de l’âme – le mystère exposé – et judicieusement dissimulé à la chair cognitive trop grossière qui en ferait un usage (totalement) indigne ; le mystère et ses lois que les bêtes et les hommes prendraient, sans doute, pour un territoire ; comment pourrait-on oublier qu’il y a encore beaucoup (beaucoup trop) de faim et d’instincts chez tous les vivants de la terre…

 

 

Les hommes – au loin – sur l’autre rive…

Toutes les figures de l’absence – réunies…

Des fantômes très bruyants ; et l’âme indocile qui tourne en rond dans sa cage ; et qui se cogne à tous les recoins du labyrinthe où on l’a (malencontreusement) enfermée…

Pas assez de chants et de prières entonnés sur la terre…

Pas assez de beauté et de tendresse dans les agissements et les gestes…

Et cette grâce – et cette intelligence – qui nous fait défaut – pour échapper au dédale – l’accepter – comprendre la nature de l’esprit et de l’espace…

Davantage qu’une marche vers soi – il faudrait creuser un tombeau – un abîme – puis s’y jeter – la tête et l’âme les premières – et savoir percevoir, à travers tous les bruits et tous les cris – au milieu de la peur – de la détresse et de la cacophonie, la beauté fébrile du silence – les vibrations de l’invisible – la lumière dans notre chair – dans notre voix ; ce qui bat – au cœur du plus intime des choses du monde – dans tous les univers – au fond de chaque poitrine…

 

 

Ce qu’il faut faire émerger des profondeurs…

La tête posée sur l’étendue – dans l’immensité intérieure…

Le ciel et la mort – et leur étrange reflet dans les yeux grands ouverts…

Qu’importe les visages – les alphabets – les circonstances…

Ce qui surplombe les émotions et le langage…

La lumière – le silence – l’éternité…

 

 

La souffrance contenue dans chaque larme ; la fraternité diluée dans toutes les eaux du monde…

Et notre inquiétude – le front plissé face aux Autres…

Toutes les armes qui se perfectionnent – l’âme qui s’aguerrit – au fil des batailles – au fil des générations…

L’Amour éparpillé dans le sang qui coule – concentré dans l’œil qui se ferme – la poitrine tremblante avant le dernier soupir…

Des gisements de feu reportés à un très proche avenir…

Et le souffle qui continuera à alimenter les vents du monde – à faire grossir la masse des vivants – à faire de la terre la somme de toutes les haleines terrestres – la somme des inspirations nécessaires…

 

 

La folie au-dedans et un nom au-dehors – comme une étiquette – une marque de distinction – qui contribuent à toutes les insanités du monde…

Quelque chose du sommeil – tissé en mailles serrées sous le front – comme un oreiller à l’intérieur – et sur la pierre – le matelas noir des insomnies – un lieu de guerre et de conflit – un lieu d’inconscience où l’on ne peut s’accomplir que par le rêve ou le sang…

L’horreur du monde à laquelle participent tous les mensonges ; notre propagande et les aménités d’usage…

 

*

 

La nuit parfaite – buissonnière – joyeusement solitaire – sans épaisseur – sans enfermement – très éloignée du désir festif des Autres – comme une voix frêle dans le silence – presque imperceptible – comme deux paumes innocentes qui se joignent vers le ciel – une porte ouverte sur l’immensité – un trou de serrure qui laisse apparaître l’infinie blancheur de l’espace – une main sur notre épaule à mesure que s’approfondit la prière…

 

 

Le jour dans notre cellule – bien avant le dernier épuisement – l’ultime tentative…

Quelque chose dans l’ordre du monde – comme un espace qui se substitue au fouillis et au brouhaha antérieurs – une possibilité au cœur des apparences ; un appel d’air du vide aux conséquences joyeuses ; le plus beau des présents – peut-être…

Comme une cassure – nette – précise – du dernier maillon de la chaîne – qui ouvre sur la seule forme possible de liberté…

Le sourire aux lèvres et la joie dans l’âme – humbles – discrets – impersonnels…

Sans doute – la plus savoureuse manière d’être vivant…

 

 

L’absence qui se conjugue à tous les temps ; des masques et des postures – du vide tourbillonnant – l’invisible relevé dans toutes ses tâches – partout – la même inconsistance et la même frivolité – les œillères du rêve sous le front – les mains attachées derrière le dos…

Nous – nous avançant, peu à peu, au cœur de l’abîme – au seuil de nos dernières forces – jusqu’à l’ultime frontière – peut-être – comme si, en vérité, il n’y avait personne – ni monde – ni chose – ni question ; de simples circonstances ; ce qui – apparemment – a lieu ; et nos yeux pas même pour en témoigner…

 

 

Hanté(s) par le jour – les lois de l’inertie – l’âme inaccomplie – les mensonges du langage – tout ce qui nous détourne du centre – de la vérité…

La tête et les mains – lourdes de tous leurs manquements – ce que l’on ressent au fond de la chair rougie par l’expérience…

La gorge pleine de sable et de cendre – en plus du sang…

Le cœur comme un brasier mal éteint – plongé par intermittence dans l’obscurité…

Avec des élans et des à-coups – des reliquats d’ardeur – insuffisants toutefois pour transformer le regard sur le monde…

Nous – comme seul(s) [et simple(s)] témoin(s) de nous-même(s) – amputé(s) d’une large part du champ de vision naturel – condamné(s) à cet engluement de surface identitaire qui (nous) confine à une quasi cécité…

 

 

Seul – sous la neige – le soleil dans le geste – dans la voix – sur la page – l’âme – la chair et la main – parfaitement éclairées – les ailes déployées – battantes dans le ciel dédoublé – l’espace au-dedans et l’espace au-dehors – dans cette continuité qui échappe au temps – aux yeux guidés par la pensée…

L’être face à la mort – au provisoire des choses du monde – à l’inconsistance de ce qui semble exister…

Plus proche de l’essence que des apparences…

Plus proche du vide que de ce qui en émerge…

Plus proche de la lumière que des ombres projetées…

Le regard et les sens affranchis des orifices – désenvoûtés en quelque sorte…

 

*

 

Distraitement – le jour que l’on a enfoui…

Le monde sans réserve – les figures de l’errance – le cœur banni – le diktat du temps – des images et des lois ; le démembrement de l’innocence – le retournement de l’esprit comme si le mystère avait perdu tout attrait…

 

 

Une pause – des lettres peintes en bleu – en silence – partout où persiste le refus – le recouvrement de la source – l’émergence possible des yeux libérés du sommeil…

Ce qui se poursuit en nous – l’indéchiffrable à travers les gestes et les circonstances – des chemins et des visages (les nôtres en particulier) – la nuit et l’invisible – la voix consentante et la gratitude…

Le délaissement des bagages et des ruines – les charges et la poussière de la mémoire – pour rejoindre ce qui nous appelle – depuis le premier jour ; l’acquiescement…

 

 

Rien au-dehors – du passé et des morts – et quelques regrets aussi – peut-être…

La trace des ombres sans écho…

L’oubli et le sol sur lequel on traîne…

Ce long voyage, à travers l’ignorance, pour chercher et apprendre à découvrir, peu à peu, l’identité secrète – l’identité profonde – l’identité première que nous n’avons cessé d’enrober de désirs et de glaise – de couches épaisses d’artifices…

Et cette cisaille – au fond du cœur – qui se tient prête à l’usage pour trancher l’inutile – tous ces misérables amas…

Hors du cercle – pour toujours – avons-nous cru ; et le Graal qui était là – invisible – depuis toujours – dans le vide – et qui attend encore nos mains tendues – nos paumes ouvertes – l’innocence suffisante de l’âme…

 

 

Du ciel – sans espace – une image – un symbole – un ailleurs que l’on réserve pour après – pour plus tard – comme une vague récompense – une sorte de terre lointaine – un lieu sans géographie – pour l’âme des morts ; une simple croyance sans aucune réalité quotidienne…

 

 

Le sol recouvert de larmes et de sang – d’os et d’excréments ; les substances – la matière – essentielles des vivants…

Et dans les airs – le reste de l’espace ; et cette double interrogation : quelle place pour l’invisible – et quels genres de forme peuplent ce que nous ne voyons pas…

 

 

L’écho du silence et le reflet du bleu contre nos tempes ; et, devant les yeux, ces vieux papiers jaunis par le temps…

D’un côté – l’immensité ; et de l’autre – le cercle minuscule – encombré et rafistolé…

D’un côté – ce qui existe (à tout instant) ; et de l’autre – ce que l’on ne cesse de faire revivre artificiellement…

L’homme à la jonction du rêve et du réel…

L’âme toujours tournée vers ce qu’elle ressent – vers ce qui lui semble essentiel – vrai ou faux – jamais à tort…

 

 

Sur l’autre versant du monde – l’errance joyeuse et involontaire – le règne de l’incertitude et du non-savoir…

Plus proche de l’origine que de l’étoile…

Plus proche de la lumière que de la nuit orpheline au fond de laquelle sont emmurés les hommes…

Plus proche du silence que du bavardage et de la parole animée…

Sans secret – l’âme libre et exposée – à la merci de chacun…

L’être sans attribut et sans usage ; sur cette pente – immobile…

 

*

 

Des jours et des vies – sans épaisseur – graves pourtant – lourds et pesants – sans joie et sans mystère – avec pour seule couronne le sommeil et le repos – cette torpeur quotidienne d’aller comme sur des rails…

Et, en soi, l’étendue assombrie par cette opacité nocturne ; et la tristesse aussi coutumière que les pas…

 

 

Entre le ciel et l’abîme – l’enfance qui se balance – joyeuse…

La parole heureuse – parfois, si proche du soleil…

Les jours et les mots qui se jettent – les uns après les autres – sur la page – sur le sol – vers la mort ; les lignes et les gestes qui offrent leur langue solitaire et lumineuse que le vent – les forces de l’invisible – emportent à travers la plaine – par-dessus les rives trop peuplées de ce monde ; et qui toucheront peut-être – un jour – là-bas – plus loin – qui sait ? – une âme sensible – le cœur ému d’un enfant…

 

 

Des traces de lumière – en chaque question – en chaque réponse – et au cœur du silence (principalement)…

Comme un trésor – un joyau – sous le déchirement des apparences ; une délicatesse dissimulée par la violence et la grossièreté…

Et notre désarroi dans cette nuit trop noire…

Le regard – plus loin que le vent – plus loin que l’ultime frontière inventée ou entrevue – au-delà du froid et de la brusquerie – au-delà des offrandes et des prières – au-delà du monde et du petit peuple des hommes aux yeux fermés…

Et la même envergure – et la même beauté – parfois – dans notre pas – dans notre geste – dans notre parole ; le signe, sans doute, que l’étendue – au-dedans – se déploie…

 

 

Ici – sur cette roche proche du cœur – commence l’autre perspective du monde – le silence et la parole profonde – la caresse intense et l’intimité avec les choses – l’acquiescement et le regard – la lumière et la sensibilité…

La fin de l’ignorance et de la peur qui gangrènent les âmes…

Le ciel plutôt que la nuit parsemée d’étoiles…

 

 

L’étrange saveur des pas hors du cercle – aux marges infréquentées du monde et au-delà…

Rien que la pierre et le regard – parfois confondus…

Au milieu de l’espace – l’invisible…

Des bêtes – des arbres – des fleurs ; notre (belle et grande) solitude…

L’existence à même le sol – le ciel et la terre – sans le moindre accablement…

 

 

Le verbe sans hauteur – pour témoigner de l’enfer vécu et du paradis possible…

Toutes les configurations du réel et de l’esprit…

 

 

Les pires parricides – et toutes les filles et tous les fils – orphelins ; le monde sans ascendance – à quatre pattes – cherchant une direction – un lieu vivable – une anfractuosité dans le temps…

 

 

Des mots dans le prolongement du ciel…

Un triangle de lumière dans la nuit trop fidèle…

 

 

La docilité de la langue et des âmes – comme un troupeau de signes et de chair…

Quelques flammes – un élan – un peu de feu qui avance – entre le fouet et l’attraction – entre la crainte du monde et cet irrépressible désir d’immensité…

 

*

 

L’ardeur d’avant la trace – l’émanation directe – l’émanation première peut-être – de la source…

Ce qui a précédé toutes les espérances – tous les désarrois ; notre regard – la perspective commune – avant le déchirement du monde…

Au cœur du froid et du vent – à présent…

Au cœur de la nuit aux mains charitables…

L’offrande du jour – l’offrande d’une vie – pour contrebalancer tous ces sortilèges millénaires…

Et pourtant – partout – le bleu immobile – sans usage – sans emploi – à la disposition de ceux qui le désirent – de ceux qui le goûtent – de ceux qui l’habitent ; et, en un instant, leur âme – leur souffle – leur geste – en sont emplis…

 

 

Dans notre pas – notre bouche – notre geste – le seul ciel (terrestre) envisageable – la seule incarnation possible de l’immensité…

 

 

Des étoiles et des créatures – tournant sur elles-mêmes – les yeux brouillés et le front inquiet ; la danse dans le sang qui se prolonge – qui se propage au-dehors – sous le ciel impassible – dans l’espace immobile – dans le regard attentif ; toutes les orbites – ce qui circule – la vie – le monde – le temps – endiablés – l’énergie intime et l’énergie cosmique – se réinventant, sans cesse, dans la durée…

 

 

Le jour espiègle – souriant – heureux même de nous voir nous débattre dans la nuit – l’humeur et l’âme aussi sombres que la couleur du monde – que la pénombre de notre chambre ; il sait qu’un seul geste – dans le regard – suffirait à nous éclairer – à tout rendre lumineux – à le rejoindre sans effort – à vivre à ses côtés – à le laisser nous effacer…

 

 

Dans le jour – les mains jointes et le cœur ouvert…

Sous les étoiles – le même rivage ; et, pourtant – à l’intérieur, toute une géographie transformée…

 

 

La parole courbe qui (enfin) s’incline – comme une forme de révérence – un respect pour le silence et l’étendue – soucieuse autant du monde que de l’origine…

 

 

Des rangées successives de murs…

La nuit éparpillée par les mains du savoir qui ensemencent le discernement et la distinction – et qui font fructifier, à leur insu, la cécité et les malheurs…

 

 

Aucun ciel sur la pierre – de l’espace sans socle – sans appui – qui vient visiter ceux qui l’invitent – tous ceux qui sont suffisamment mûrs pour le recevoir…

Le vide et l’âme – les seuls instruments nécessaires ; le reste, bien sûr, n’est que décor et contingence…

 

 

Vivants – assis sur le secret ; et enterrés, en lui, à leur mort…

 

 

Jamais d’heure inauguratrice – de temps commencé – de terme définitif…

Des instants – des entre-deux – des intersections – des cercles qui s’entrecroisent – d’infimes périmètres parfois – entre l’espace – la matière et le temps…

 

 

Tout ouvert – malgré les frontières dessinées – malgré les limites définies…

La multitude foisonnante et le fouillis – comme simples prolongements – minuscules protubérances – de l’espace – excroissances provisoires – à la manière d’un spectacle offert pour lui-même auquel, bien sûr, chacun participe et dont chacun est témoin – œil ou regard qu’importe…

 

*

 

Cette lourde charge qui nous cloue – nous perclut – nous assomme – nous cisaille – nous enterre…

Et, au-dessus, ni ciel – ni soleil – ni soutien…

Et, au-dedans, ni paix – ni joie – ni espoir – et aucune raison de vivre particulière…

L’ordre mécanique des choses et du monde – des pas et des sentes qui, à force de piétiner – qui, à force d’être empruntées – creusent le même sillon – jour après jour – de plus en plus profond…

Et sous le front – le poids de la désespérance ; et rien derrière le visage – quelques vieux masques décrépis qui dissimulent fort mal tous ces fantômes qui hantent la tête de ces silhouettes à la foulée fatiguée…

 

 

Vers le centre – en s’éloignant du monde et du temps…

 

 

Trop de cercles surimposés au réel pour être réellement compris et (honnêtement) célébré…

Le plus souvent – des sourires et des aménités – un mimétisme affable – devant l’estrade sur laquelle se tiennent quelques sages institués ; un aréopage de savants supposés qui savent manier les signes et les mensonges en dissimulant les choses sous d’implicites symboles…

Du vent – entre les oreilles – sans doute la meilleure chose pour l’auditoire et les présomptueux ; la terre entière – à bien y regarder…

 

 

Des fragments de vérité sur l’échafaud ; au cours de l’exécution et quelques instants avant que la tête ne roule sur le sol…

Et des ailes qui poussent dans l’esprit des suppliciés…

La nuit qui s’éloigne – le ciel plus bas que jamais…

Le vide qui accueille les morts…

Dans le retrait – cette écoute particulière de l’essentiel – la dispersion du plus frivole – l’inécessaire – l’extinction de l’épuisement ; l’attention aiguisée ; l’invitation de l’immensité – le goût du silence ; l’invention, peut-être, d’une terre nouvelle…

 

 

Des malheurs sur la pierre…

Des morts sans funérailles – abandonnés sur le sol – au fond des eaux…

Le (petit) peuple de la terre…

Des séjours et des sphères – mille différences apparentes ; et la même faim qui anime la chair – le cœur des entrailles…

 

 

Un murmure – quelques syllabes – ce qui émerge des profondeurs – au sommet de la solitude désintéressée ; un mouvement de rupture – une sorte de retournement de l’esprit – de l’espace – la parole devenant, au cœur du silence, un geste comme un autre – attentif et juste – parfaitement adapté aux circonstances…

Ni agenouillement – ni embarrassement ; la posture – au-dedans – naturelle – discrète et inclinée…

 

 

Les paumes parfois dressées – parfois tombantes…

Confiant – abandonné aux courants qui nous portent – nous emportent – nous font chuter ou échouer sur quelque rivage – sans le moindre désir d’une autre réalité – que les choses prennent une tournure différente ; ce qui s’impose – ce qui a lieu – ce qui s’accomplit – le plus naturellement du monde…

 

 

Parfois pente – parfois dédale…

Parfois opacité – parfois discernement…

Parfois douleur – parfois agrément…

Le destin sans cesse reconduit – sans cesse prolongé – sans élan supplémentaire – jusqu’à l’extinction de tous les mouvements…

 

 

L’innocence et les saisons…

De l’ombre et de la lumière…

L’usage de la blancheur et le regard-témoin…

Jamais rien de fixe – ni les détours – ni les impasses – ni les effondrements ; aussi libre(s) et erratique(s) que les vents ; ce que nous vivons sur la terre…

 

 

Sur le bas-côté de la route – cette attente immobile – interminable…

Trait pour trait – le visage impatient de l’enfance…

Et sur la voie principale – la sauvagerie (évidente – manifeste) du monde – et l’assentiment (supposé) de la lumière…

Des âmes – par endroits – entre l’exil et l’illusion – entre l’histoire et la vérité…

Des bouches criantes et affamées – tout qui gesticule comme au fond d’une malle…

Sans un regard pour les lignes jetées en pâture – offertes en partage…

Les lèvres et les pieds pleins de terre – abandonnés à leur sort (strictement) matériel…

Des destins souterrains et sans grandeur…

Des spectres auxquels on a donné un nom pour leur faire croire qu’ils appartiennent à la précieuse famille des vivants…

 

 

Dans l’œil – le même abîme que sous les pas…

Tout – plongé au-dedans – à l’intérieur…

 

 

La vie et la mort – et toutes les consignes des Dieux qui font office de lois…

Des cris avant le trou – pendant les funérailles – puis, autant sur la tombe que sous la terre…

Des cercles entrecroisés que l’on s’échine à vouloir séparer pour éviter la douleur et la folie…

Rien qu’un sol où tout se passe…

Rien qu’une idée du ciel à laquelle on aspire…

Et – entre les deux – tous les malheurs et cette pitoyable agonie…

Avec, parfois, des pelletées de poussière qui brouillent la vue et rendent – fort heureusement – les choses (plus ou moins) indistinctes…

 

 

De la cendre dispersée – le même sentier que l’on emprunte pour boire dans la coupe des Dieux – devenir prisonnier des alphabets et des images – se jeter au cœur du vide (l’âme et les pieds en avant)…

L’enfermement du ventre ; et les Autres – et le monde – et la mort – dont on apprend, peu à peu, à s’affranchir…

 

*

 

Le cœur bigarré – la nuit qui nous entoure comme un sous-sol vivant – éprouvé de l’intérieur…

Des ombres inattentives et des temples désertés…

La succession des heures en expansion…

Le corps – réceptacle du temps – de l’histoire du monde – des mythes et des traditions ancestrales…

Tout – réuni – depuis le premier jour – aujourd’hui ; tout concentré – à cet instant même…

Des milliards de cercles présents dans la chair et l’âme…

L’esprit et le vide vivants – palpables (si tangibles)…

L’œuvre (grandiose et admirable) de l’invisible – permanent et inépuisable…

Tous – sur cette pente qui fait glisser chacun jusqu’à l’aube…

 

 

Les arbres silencieux – attentifs et sensibles à nos intentions – à notre intonation…

La même intuition et cet ancien regard en commun – comme la poursuite de l’échange et sa (progressive) transformation en étreinte – le signe que nous étions autrefois suspendus ensemble au-dessus du vide – que nous partageons la même généalogie – une ascendance commune ; l’Adam et l’Eve cosmiques (et non anthropomorphiques) – l’espace et l’énergie sans commencement…

Les uns dans le retrait des hauteurs ; les autres dans le bavardage et la gesticulation…

Les uns dans le silence et la paix ; les autres dans le vacarme et l’agitation…

Face au monde – l’épuisement (progressif) du temps et l’éclosion (encore timide) du jour…

Les uns contre les autres – ensemble – à attendre la lumière – l’avènement de la première heure…

 

 

Contre la peau des vivants – ensemble – le vide et l’invisible…

Un regard sur toutes les parcelles et sur tous les sentiers – sur tous les lieux où l’on vit côte à côte…

Et émergeant – entre les lèvres – quelques lettres combinées de l’alphabet – des cris et des plaintes…

A l’approche du jour – personne – pas la moindre doléance – ni la moindre onomatopée…

La mémoire du monde enfouie – éparpillée au fond de chaque tombe – veillant, peut-être, auprès des morts…

Et vivants – notre corps et notre cœur – sans la pesanteur ni les stigmates du temps…

Vierges pour accueillir la lumière – un peu de lumière…

Au-delà du dédale – la franchise et la transparence – qu’importe les reliquats de terre qui entravent encore notre route…

Qu’importe les conflits et les querelles qui gangrènent encore l’espace…

Un peu d’amertume aux lèvres et, au fond des yeux, l’immensité océane – présente – en minuscules carrés de lumière – cette clarté indélébile qui éclaire tous les passages – toutes les traversées – qu’importe l’obscurité – qu’importe le sens et la durée du voyage…

 

 

A genoux – et la bouche naturellement cousue…

A travers la fenêtre – l’étendue…

L’âme face à tous les refus – acquiesçante…

Le cœur (très) docilement incliné…

Et devant les yeux – la vie et la mort – tous les spectacles du monde – ce qui s’effrite à l’air libre – sous le soleil – le souffle et les mains (le plus souvent) très peu concernés…

Notre périple – cet étrange parcours dans le sable et le vide…

 

*

 

Ce que la nuit édifie autour de nous – des murs de pierre – de minuscules étoiles construites en boue séchée – de la distance et de la tristesse…

Toute l’inintimité du monde – sans la lumière…

 

 

Des siècles d’étrangeté au-dedans de cette cage – derrière ces grilles – de l’autre côté du monde – un temps d’affairement et d’épuisement pour trouver une issue – échapper à la détention – en vain (bien sûr)…

On s’est éreinté à chercher aussi loin que possible – à fouiller le sol – les sous-sols – à ébranler les murs – à allumer toutes les lampes de la geôle – à imaginer l’espace et l’immensité – recroquevillé au fond d’un coin…

Et il aura fallu s’abandonner (pleinement) à l’incarcération pour qu’une main étrangère nous soulève au-dessus du labyrinthe – au-dessus du couloir du temps – et nous pose au milieu du vide – sans socle – sans appui – flottant avec le reste des choses au gré des courants et des appels à la liberté ; à la même place – exactement…

 

 

Cette encre jetée dans quelques anfractuosités du monde – quelques sillons – quelques pages – comme un chemin incertain – encourageant peut-être – qui se dessine ; un périple à travers l’épaisseur – le seul voyage nécessaire (sans doute) ; du plus lointain vers la plus grande intimité – de la périphérie jusqu’au centre du cercle ; toute une pente à remonter en soi – et cette dégringolade extérieure – parfaite – rédhibitoire – sans même le désir d’une parole – de trouver une issue – d’opérer le moindre changement ; ce qui est offert – la vie et le monde tels qu’ils se présentent ; ni difficulté – ni problème – ni (bien sûr) besoin de percevoir un sens ou une résolution ; le cours des choses – les circonstances ; et l’abandon total à l’étendue ; pas même une épreuve – ce qu’il nous faut (simplement) vivre et éprouver ; l’inévitable – en somme…

 

 

Ce qui apparaît comme mutilé – le rêve – le réel et le souvenir – ce que nous croyons être – le monde – le regard et l’existence des Autres ; tous ces pitoyables assemblages d’éléments disparates ; l’essentiel peut-être…

Des bouts de chair et un peu d’invisible – sans espace – sans silence…

De simples amas de pierres et d’étoiles…

Nous tous – privés de sourire – de ciel – de joie…

 

 

Le monde – des cages et des tiroirs entrouverts…

Comme le soleil – ces lignes…

L’asymétrie et le parallélisme…

Quelque chose de l’intensité et du cri – comme une force et une expulsion nécessaire – totalement irréfléchies…

Les rives intimes et les jeux solitaires autant que les berges surpeuplées et la gesticulation des foules…

 

 

Des blessures et des pièges – un langage sans alphabet – une forme de mutisme – des sons inarticulés – la conjonction du monde et de l’expression d’avant la parole…

Un long glissement – puis, un saut – comme un retour à l’origine…

Une existence sans la nécessité des lèvres – des Autres – du moindre auditoire…

 

 

Un long sommeil – au-dedans du rêve – des yeux ouverts – des apparences…

Des circonstances – comme l’on secouerait un somnambule – une tête avachie sur un oreiller…

D’imperceptibles vibrations pour cette vie (trop) léthargique…

Une forme de repos que, sans cesse, l’on reconduirait – que l’on recommencerait sans même s’en rendre compte – ajournant ainsi la découverte des mensonges et de l’abîme – reléguant à plus tard – et à jamais peut-être – la conscience du vide…

 

*

 

Une parole morte – depuis trop longtemps…

Sans voix – devant la terre agonisante…

Le fil du temps étiré jusqu’à la cassure – puis, tout qui s’accélère – mille secousses – et les hommes qui s’imaginent moins indifférents – et moins pleutres ; simples conjectures – pure imagination – évidemment…

L’existence rayonnante – ce que nous refusons – comme un jeu – notre dernière marelle – identique à celle de l’enfance ; de la terre au ciel en quelques pas – la tête accaparée par le territoire à atteindre – les yeux rivés sur le palet qu’on lance devant soi – le cœur prisonnier des ombres – de ces petites cases dessinées à la craie sur le sol…

 

 

Serait-il possible que nous existions réellement – comme semble l’attester la présence du sang dans nos veines – la chair douloureuse – ce fragile tégument de matière – le cœur ému – la poitrine, si souvent, envahie par la tristesse – et mille émotions différentes – et la psyché engluée dans son étroit labyrinthe…

L’esprit pleinement engagé dans ce qui se vit – dans ce qui s’éprouve – et au-dessus (très au-dessus) des pulsations – du désordre – des fragmentations ; inaccessible – en somme…

 

 

Des lieux et des choses – ce qui advient – des rires et des larmes ; et cette peur – et cette faim – qui nous animent ; mille manières de vivre – mille voies possibles – jusqu’à la joie – jusqu’au silence – jusqu’au parfait alignement de l’âme et des circonstances – jusqu’à l’avènement de la main juste qui humblement – discrètement – effleure l’espace – le monde – les visages…

 

 

Un lieu où vivre – des failles où se cacher – l’immensité intérieure affranchie de la matière mortelle…

Pour les uns – illusions – de bout en bout ; pour les autres – le vertige permanent…

Sans muraille ni langage – sans même, bien sûr, la nécessité du monde…

 

 

L’infini – devant soi – qui nous traverse…

La seule amitié possible et la seule tendresse offerte – héritées du silence – et qui se réalisent – et qui s’éprouvent – lors de sa découverte – à l’intérieur…

Ce que les visages semblent offrir – il est vrai – en apparence ; de très lointains – et de très imparfaits – reflets – à l’insu de tous (bien sûr) – ce que nous serons seulement capables de donner tant que nous nous prendrons pour des créatures distinctes – des fragments de l’immensité – tant que l’Amour ne nous aura pas traversés de part en part – et emplis de tous les côtés – de fond en comble…

 

 

L’espace transfiguré – la neige qui, peu à peu, se substitue au noir…

Des ombres et des cris – ce qui se soulève sous le poids de la souffrance – le trop long côtoiement du monde exagérément humain ; cette triste humanité qui ne représente qu’une infime fraction des ventres et qui maintient, pourtant, sous sa botte l’essentiel des bouches et des âmes…

Quelque chose de l’hégémonie – de l’aveuglement – de l’abomination…

Le triste spectacle des vivants et les misérables jeux auxquels se livrent tous les habitants de la terre…

Des vies de malheurs et d’infortune – la cécité des hommes et l’absence de ciel en référence – l’épaisseur du monde et l’opacité des consciences…

Rien – pas la moindre fulgurance…

Le néant à l’intérieur et la confrontation au-dehors…

Le devenir comme seule espérance – pitoyable – inapproprié – de toute évidence…

 

 

Du sol – du ciel – des astres – ce qui émerge – ce qui tourne – ce qui disparaît…

La danse des choses dans l’espace…

Des bruits et des visages – ce qui trépigne en attendant la lumière – un peu de vérité – sous le front – pour éclairer tous les mouvements – toutes les formes de présence ; les mains naturellement jointes pour honorer le vide et les étreintes…

 

*

 

La nuit par-dessus la terre ; et la magie par-dessus la nuit…

Le silence – partout – à travers l’épaisseur…

La matière soumise aux hommes et au temps…

Et – fort heureusement – la bonté intrinsèque du feu – du vent – de l’espace – sans lesquels n’existerait que la désespérance…

 

 

Le regard incliné – contrairement à la certitude (erronée) des bras puissants…

L’invisible qui nous enserre – et la liberté goûtée grâce à cette proximité…

 

 

La tête – comme la vie – obstinée – ressassante – mais (en général) moins (beaucoup moins) inventive…

 

 

La hache des vivants – sous le soleil – qui s’abat – et s’abat encore…

Le carnage (quasi) permanent des figures animales et végétales – et les têtes que l’on décapite par nécessité ou par agrément ; d’interminables rangées à décimer – des lignées entières à exterminer…

Des ombres sous la roue atroce qui écrase les destins…

Et toutes ces lames qui fauchent – comme si nous étions prisonniers de la mort – et condamnés à mourir – oui, bien sûr – mais dans quelles conditions – à la chaîne – réunis dans ces longs corridors sans lumière où la peur et le sang sont les seules substances qui suintent de la chair – des âmes incarcérées…

Le chemin assombri et la permanence des vagues torturantes…

Les saisons qui passent et l’inanité du langage…

Des errances – mille voyages – et, le plus souvent, des destinations inverses à la source…

Trop de distractions – sous les paupières et dans les arènes du monde…

Le vide – partout – qui se cherche encore…

 

 

La tête assidue – dans l’espace – qui cherche la blancheur – l’innocence du geste et de la voix – derrière les cris et la douleur – dissimulées parmi les ombres…

L’avènement de la lumière…

Le ciel présent – l’invisible dans la matière…

Ce qui peut-être – ce qui sans doute – fait de nous des hommes…

 

 

L’œil et la langue engourdis – et cet incessant brouhaha où nous sommes plongés – indifférent aux têtes prêtes à exploser…

Les rives assourdissantes qui pourraient renverser les âmes – nous détourner de cette vision étagée des vivants…

Le vide – partout – au-dedans ; et la solitude silencieuse comme un axe autour duquel tournent toutes les existences…

Avec, le plus souvent, tout le poids du monde sur le dos…

 

 

Nul ne sait – n’a jamais su – ne saura jamais ; mais il est néanmoins possible de vivre – le cœur joyeux et l’esprit en paix…

Il suffit de s’abandonner ; et de se laisser guider par ce qui surgit – circonstances et émotions ; et ainsi, éprouver (intensément) et incarner (passionnément) le mystère de l’existence…

 

 

Parmi – à côté – mais, le plus souvent, un peu plus loin – caché dans les interstices du monde humain ; « entre », sans doute, le mot le plus juste pour définir notre posture – notre position…

 

 

La blancheur de l’esprit – dépouillé – sans ses images – sans ses vieilles lunes misérablement dressées dans la nuit…

La respiration involontaire – comme le reste (tout le reste) – entre le vide – le jeu et le langage…

 

*

 

L’absence de Dieu au-dedans du monde…

L’absence du monde au-dedans de Dieu…

Et à la jonction du temps et des extrêmes – les âmes et leur longue (et âpre) besogne…

 

 

A la source – le silence…

Et au-delà – avec l’eau qui coule – la création du monde et quelques interrogations…

Puis, très vite (trop vite) – les paupières lourdes de sommeil et le souffle corrompu – exactement à l’autre extrémité ; aux antipodes – là où naît le point de départ du voyage retour…

Ainsi le cycle, sans cesse, se réalise – se perpétue…

 

 

De la cécité – et chaque réponse qui, peu à peu, glisse vers le silence – la seule possibilité ; il y a tant de manières d’ouvrir les yeux…

 

 

Le bleu à rebours – de seuil en seuil – jusqu’à la destination initiale…

Le bleu au bord du monde – la voix qui s’en emplit – manière, peut-être, d’offrir un peu de ciel – de ne pas trop barbouiller le blanc de la page avec cette encre noire…

Donner à voir le jour dans la chair des hommes – un peu de souffle et de soleil – de la lumière et l’ardeur nécessaires pour creuser en soi l’espace – le vide propice – le vide parfait pour laisser émerger le bleu au-dedans – au bord de l’âme et de l’abîme – entre le plongeon et l’envol…

 

 

Debout – sous la pluie inauguratrice – à frotter quelques restes de peinture sur la peau excoriée – la vie présente que l’on aperçoit à travers les trous qui parsèment la carte ancienne du monde – inventée par les hommes pour se déplacer sur la terre et découvrir (éventuellement) une route vers le ciel…

 

 

En soi – comme nous le sommes nous-même(s) – au fil de l’air – de (très) longues dérives – le cours sinueux des choses…

Et ici – dans la juste nécessité…

 

 

Autrefois – le monde plein la bouche – aujourd’hui régurgité – comme si plus rien n’était désirable – comme si plus rien ne tenait au ventre…

Le silence – l’origine étendue…

Sur la pierre – notre salive séchée…

Et au-dedans – le feu et la chair presque minérale…

Et l’esprit qui s’amuse à jongler avec le vide – le regard et le langage ; le jeu le plus naturel du monde – loin (très loin) de nos pitreries anciennes…

 

 

De l’air – des gestes sans manigance…

Une chevelure claire et aérée – l’œuvre de la lumière et du vent…

Sur la page – ni gouffre – ni dôme ; des lignes foisonnantes et délicates – une respiration – le rythme imposé par tous nos penchants entremêlés ; notre manière, peut-être, d’être présent et de nous absenter du monde…

Comme un chemin qui se dessine – un itinéraire qui s’esquisse – humblement (très humblement) – à travers nos pages, vers ce qui nous attend – l’immensité sans préemption – sans autre condition que l’alignement de l’esprit et des circonstances et notre implacable aspiration à l’effacement…

 

 

La solitude et le silence, peu à peu, apprivoisés – seuls compagnons dans cette longue marche vers l’aube…

Sur la pierre – la joie – tout au long de la traversée – sous la férule de la mort (de moins en moins terrifiante)…

 

*

 

La lumière mouvante – de rive en rive – qui éclaire, une à une, les ombres – les cachettes intérieures où nous avons dissimulé toutes nos panoplies – la surdité – la cécité – le mensonge – tout ce que nous nous sommes échinés à feindre – les plus éclatants soleils ornementés avec de la peinture rouge et or – tous les souffles secourables qui imitent avec une (trop) grande habileté le vent naturel – les discours et les gestes apocryphes – les répliques parfaites du ciel – la tendresse allongée à nos côtés parsemée de piques – de pointes – de piquants – toutes les formes d’absence manifeste – caractérisée…

Le monde entier – en somme – encore immature – toujours englué dans son tégument de terre et d’excréments…

La nuit invivable – inaliénable – où nous vivons…

 

 

Rien que ce froid au-dehors…

Et cette neige – à l’intérieur – comme notre seul manteau – un peu d’innocence – le seul antidote à l’indifférence – au sourire faussement loyal de chaque visage…

 

 

Sur la pierre grise – des jours d’angoisse…

La vie – le monde – qui rétrécissent – à vue d’œil…

Le souffle qui circule dans la chair – comme le sang…

L’invisible et les substances les plus grossières…

La fertilisation de la terre et du temps…

Et, quelques fois, le lieu du silence et de la poésie – par intervalles – par intermittence – comme des interstices de joie – un peu de couleur dans le noir aux allures tantôt de pénombre – tantôt de ténèbres – comme une porte minuscule – une trappe discrète – pour échapper au sommeil profond – au sommeil commun…

 

 

La terreur du monde – chaque jour – vérifiable…

Des échelles bâties pour se hisser au-dessus des danses – pour échapper à la ronde funeste des choses…

Ici – avant l’aube – notre (rude) besogne…

 

 

Le soleil face au ruissellement – aux yeux noirs de la peur…

Ce qui commence avec la fixité…

Le ciel que l’on écartèle – à force d’inconscience et de volonté…

Des gestes sans cesse inachevés pour réparer la déchirure initiale et tous les morcellements successifs…

L’infini et la respiration de l’ensemble – à travers tous les sorts – les os enrobés de chair – la roche enrobée de terre…

Tout ce qui appartient à la (longue) liste des choses du monde et ce qui n’a pu encore être nommé (et défini) par le langage…

Instruments des Autres et de l’esprit…

La naissance des têtes – jusqu’au vertige…

Mille fois le même éblouissement – mille fois le même pourrissement…

Ce qui recouvre le sol et ce qui s’enfonce en nous…

La mort mille fois décrite – comme une seconde peau – notre nature première peut-être – le terme récurrent du cycle…

La difficulté des yeux à s’ouvrir…

L’éternel recommencement ; l’incessant labeur de la matrice ; tous les enfantements simultanés…

Des figures qui apparaissent – qui passent – mille choses que l’on ignore – des rives où l’on vit et patiente (tant bien que mal)…

L’ombre et la lumière qui se chevauchent…

Le temps – le monde – qui s’occupent – qui s’emplissent – qui s’égrainent – avant la fin du monde – avant la fin du temps…

 

*

 

Le pays de la parole déserté(e) – le lieu où s’invente et s’écoute le poème ; comme un chant – un léger bruissement de feuilles – comme un rêve – le plus délicat – jeté par-dessus le mur qui sépare ce qui ne peut être séparé ; parfois le sommeil – d’autres fois, la justesse – parfois l’infini – d’autres fois, les entraves et les restrictions ; ce qui advient (toujours) de manière naturelle…

Nous obéissons – comme un instrument – mille instruments ; à la disposition du vent…

Et ne règne – invariablement – que ce qui s’impose…

 

 

Le bleu qui circule entre les visages et les choses ; mille énigmes – en toute saison…

Et ce grand rire au milieu du monde…

Un chemin peut-être – des vibrations dans l’air – la lettre et le mouvement…

Et nos pas qui résonnent dans le silence – au fond de l’abîme…

Nous – partagé(s) – de l’intérieur – offert(s) comme un alphabet – une langue – peut-être – destiné(s) aux rencontres amoureuses et aux communautés fraternelles…

Le sacre de la neige dans la voix…

 

 

Rien que des légendes – un monde pluriel – toutes les figures de l’origine…

Un temps pour soi avant l’abandon…

Un ravissement avant d’atteindre le tertre…

Sous le flux continu des reflets – puis, le sol qui s’ouvre sur le ciel – au-dedans de la pierre…

L’existence et la chair – comme un songe…

Et la nuit – épuisée – qui s’interroge sur l’avènement (si soudain) de la lumière – à la lisière (peut-être) du dernier jour…

 

28 octobre 2021

Carnet n°267 Au jour le jour

Février 2021

Creuser – en son nom – sous tous les catafalques de terre – sous le sang séché des dépouilles…

Et le nôtre – comme nos larmes – qui ruisselle entre les pierres – touché à mort par la cruauté et l’indifférence des peuples…

L’œuvre et la joie validées par le silence – malgré la tristesse – malgré le monde…

Et le soleil déclinant – au-dessus des tombes…

 

 

Nos légendes et nos torpeurs – les unes nous suivant – les autres nous précédant…

Dans la nostalgie des états d’antan – le souvenir embrumé – enjolivé sûrement…

Et nous tous qui tardons à devenir des hommes…

 

 

Une enfance mortelle – malheureusement…

A nous entendre avancer – le souffle court – très laborieusement – la foulée sans ardeur…

Les mains caressantes qui, parfois, traînent encore sur les choses…

Le monde enfoncé dans sa gangue…

Les rêves rehaussés jusqu’au ciel…

L’existence poussée à l’extrême – jusqu’à ces terres de l’impossible – postérieures à la souffrance – quelques rives – sans homme – sans trace – sans avenir – sans mémoire…

Et nos pas – et notre voix – si souvent – harassés et sans courage – qui se souviennent de ces pitoyables reliquats de fête – les yeux mi-clos – en ces temps anciens où nous étions fascinés par les fausses extases de la chair triomphante – sur la crête des jours juvéniles où, gorgés de vie et d’orgueil, on croquait la vie – le monde – sans crainte ni conscience – comme si nous étions les rois de la terre…

 

*

 

De passage – dans l’enclos du monde – sans conscience – le plus souvent – de la chair animée – animale – mue par la peur et la faim – à se débattre – à tenter d’échapper (en vain) au désastre – l’âme (vaguement) intriguée par les formes – les couleurs – la lumière – cherchant un langage – une proximité – appropriés – quelque chose de commun – quelque chose en partage…

 

 

Dans l’intimité de l’enfance et de la douleur – sans question – sans parole – sans réponse – le cœur enfoncé dans la terre – les yeux dans l’air sombre de l’abîme entrevu – au-dessus – l’accomplissement et l’apparente fraternité de nos compagnons de voyage…

Et ici – nous autres – alignés – entre le ciel et la misère – avec un peu de tristesse et un peu de gaieté au fond du cœur…

Une partie de l’humanité qui se dérobe – et l’autre remplacée par le silence ; une présence étrangement débonnaire…

 

 

Nous – bâti(s) comme des murs – avec inquiétude…

Des projets – des efforts – des ruines (très bientôt)…

La surface et les fondations – l’effritement et la dislocation…

La verticalité bancale – limitée par la crainte et la pesanteur…

L’Amour soumis au secret – et nous, à la futilité – au pragmatisme et au bavardage…

Des rites trop solennels face à la spontanéité des vents – leur force naturelle – impérieuse ; trop d’adoration et pas assez de tendresse incarnée…

Trop d’absence pour l’attention et le labeur exigés…

L’unité et la multitude comme momentanément désaccordées…

Le Divin dévoyé et la vérité…

Puis – un jour – tout, à nouveau, qui se mêle – se réemmêle – sans mesure ; tout qui redevient possible – insensé – ineffable ; les choses et l’invisible – l’énergie et la conscience – retrouvant leurs jeux – leurs danses – leur intimité…

 

 

Au défilé des nuages – le silence répond ; et aux œuvres trop impatientes – et trop prétentieuses – aussi…

La même récompense – à terme – tôt ou tard ; la compréhension – le plus juste incarné…

 

 

Dieu – en nous – debout – sans fierté – heureux de notre labeur – des élans vers le sensible – la vérité sans rivale – humble – protecteur – infiniment amoureux…

Sans rêverie – sans protection…

Quelque chose du feu exposé – de l’enfance insoumise et, sans cesse, réinventée…

Ni lieu – ni franche lumière – le rôle de l’origine dans nos doigts engourdis…

L’alliance – dans le sourire – la résonance intérieure – l’acquiescement spontané aux circonstances…

La vie – sans image – sans intention – qui se déploie…

L’inquiétude qui s’amenuise à mesure que la douceur gagne le quotidien – remplace le savoir et la lutte – la politesse – toutes les fausses aménités…

 

 

Moitié ciel – moitié bête – avec un peu de pensée – quelques restes d’homme encore mal digérés…

Et l’on s’avance ainsi – à contre-courant de la foule – dans un monde difficile – sans gaieté – à l’identité incomplète…

 

 

Nous – au-dedans – immobile(s) – comme les morts – certains (la plupart) par paresse – comme une inertie – et quelques autres (assez rares) – par sagesse – comme une manière terrestre singulière de donner vie au silence – à l’infini – à cette présence qui échappe à tous les mouvements – à ceux du monde comme à ceux du temps…

 

*

 

Le temps creusé – le grondement sourd du monde – faillible – défaillant – comme un grand jardin où l’on s’abîme – où l’on se perd…

Aux confins de notre territoire – au-delà de la vue – de notre trouble – presque une ivresse – un allant retrouvé – un regain de force pour franchir les eaux dormantes – rejoindre la source – pénétrer le mystère de la multitude et de la lumière…

A cette étape du voyage – si proche de soi – de tout – hors du temps…

Dans la perpétuelle venue de la peine – pourtant – sans protestation – dans les limites de notre entendement – de nos possibilités…

Confiant en cette bienheureuse alliance avec l’Absolu – cette présence au centre – attentive – sans répit – qui sait accueillir nos éloignements – nos errances autant que nos douleurs et nos lamentations…

Ici – en ce lieu – la réponse à toutes les formes d’ignorance et d’opacité – et davantage même – l’évidence de l’invisible qui règne sur notre singulière destinée…

 

 

La danse – au-delà des horizons ténébreux – tachés par le rêve et la ruse – comme ces rives où le mensonge scintille entre les dents – à travers tous les sourires ; d’affreuses grimaces – en vérité…

La figure et l’âme de l’homme – du marbre et du béton – quelque chose de (très) froid – lisse – en surface – en profondeur – le contraire des battements du cœur – ce que l’on opposerait volontiers à la sensibilité et aux tremblements…

L’absolue incertitude de vivre – d’être là plutôt qu’ailleurs – notre manière d’être au monde – respirant – survivant – sans règle – sans principe – comme nous le pouvons – aussi simplement que possible…

 

 

Le soleil détourné des hauteurs – comme le chant des oiseaux – rendus au quotidien – à la vie ordinaire…

L’espace agrandi – le ciel et les forêts – à l’intérieur…

Les chemins de la terre – quelque chose d’une aube à inventer – d’une lumière à refléter…

 

 

Nous – dans l’enfance solennelle – celle qui précède la raison – qui succède à la sauvagerie…

Immodeste(s) – avec cette fierté dans la posture – sur la pointe des pieds – pour paraître plus grand – plus sage – davantage…

La figure ronde et rouge – énorme – facile à distinguer du reste du corps – petit – malingre – fragile…

Une tête grosse comme un œuf – juchée sur une minuscule brindille…

La misère dissimulée – bien entendu – comme l’ignorance…

Dans la bouche – des mots d’apparat – pour se donner des airs – faire semblant…

Des chimères – partout – et des croyances – pour cacher la détresse – la vulnérabilité – l’inachèvement…

Au cœur d’un rêve démesuré…

Et très (trop ?) souvent – cette phase de l’enfance – dans l’âme – le regard – qui dure sans jamais faiblir – sans jamais flétrir – jusqu’au dernier jour – jusqu’à la dernière heure – jusqu’à l’instant fatidique de la mort…

Seul(s) – leurré(s) et leurrant – trahi(s) et trahissant – sans que les pieds ne touchent réellement terre ; une vie – un voyage – une légende plutôt – peuplée de songes et d’images…

 

*

 

En ermite – de l’autre côté – là où les arbres sont éternels – parmi l’entourage animal – le cri et la révolte – en commun – comme la fuite dans les marges et la crainte de l’homme…

Dans notre cercle – sauvage(s) et communautaire(s) – libertaire(s) peut-être – libertaire(s) sans doute – sans jamais nous quitter – nous corrompre – loin des mauvais rêves – loin des fantasmes (si funestes) du monde…

 

 

Du ciel à la roche – sans un geste – la lumière – en un éclair – et nous autres – en sens inverse – très (très) laborieusement…

 

 

Instable(s) – jusqu’au sommet – ensuite, l’équilibre n’est plus de mise ; la justesse prend les rênes et nous pousse en avant – en arrière – sur les côtés – et parfois vers les extrêmes – et nous fait côtoyer la tempérance et les excès – sans que nous en soyons perturbés – sans jamais nous faire chuter ; dans l’air – le ciel – il n’y a que des pirouettes et des trajets – ni terre – ni gravité…

Ici – dans la simplicité de l’être – du monde – au pays du bleu – au pays du vent et de l’immensité – seul(s) – sans nid – sans plume – le cœur en désordre – l’oubli dans une main et l’Amour dans l’autre – à arpenter les chemins sans raison – pour la (seule) beauté des pas – à nous mettre au service de ce qui est là – pour la nécessité du geste – pour la lumière et la joie qui se manifestent…

Sans âge – sans repos – le chant de la tristesse et le chant de la tendresse – sur les lèvres…

A la source du temps – là où l’œil et le cœur se rejoignent – se pénètrent – enfantent – se régénèrent…

 

 

Entre la fleur et la cendre – devant nous – l’horizon lointain – au-dessus – le soleil sur son orbe – l’eau qui s’écoule et qui emporte nos certitudes…

Des ombres – des jours – des nuits – sur la pierre…

Le temps des choses et de l’absence – l’impossibilité de l’innocence…

Tous nos passages et notre mélancolie – jusqu’au dernier jour de l’hiver…

De déchirure en déchirure – retenu(s) par cette longue chaîne qui emprisonne les âmes…

Et, chaque jour, cette transparence sur la page avec, en filigrane, le ciel et les étoiles – nos soupirs – notre faim – notre pauvre corps et notre esprit impatient – si pressé de rejoindre le lieu de ses prières…

 

 

Aux sources des chimères – quelques entités malfaisantes – dans la bouche – des étincelles et quelques mensonges très brillants – ceux qui donnent aux vies un peu d’éclat et à ce vieux gris un air un peu moins sinistre et décati…

Un peu de joie incontestable – ce goût du paraître – quelques sacrifices – pour combler le vide – d’étranges sourires pour dissimuler la tristesse – la longue série de défaites successives – l’âme rompue – comme l’ardeur – à genoux sur cette terre triste – sans amour et sans amitié – comme tous les Autres – aux prises avec l’indifférence du monde – dans un coin – désenchanté – au lieu d’affronter les yeux brûlants – les yeux féroces – impitoyables – de la vérité…

 

*

 

Le théâtre des ombres – encore – des pantins à la peau et aux gestes sans éclat – les genoux défaillants – comme l’âme et le cœur ; l’ossature – au-dedans – faible et bancale – guère adaptée à la rudesse terrestre – à la sauvagerie du vivant…

 

 

Tête nue – parmi les simples – au cœur de la forêt – notre refuge – notre solitude…

Le jour qui monte – comme un trophée porté par une main immense – cachée derrière l’horizon peut-être…

Contre nous – l’obscurité que nous chérissons – l’obscurité contre laquelle nous luttons – sans bien savoir la façon dont il faudrait agir – malgré des siècles d’expérience et l’âge de l’humanité…

A déambuler encore le poignard à la ceinture – parmi les âmes – parmi les ombres…

Et – au loin – cette rumeur – ce brouhaha – l’écho bruyant et malheureux des hommes – la proximité du monde – notre crainte – notre (excessive) obsession – comme une phobie salutaire…

Et notre cœur – à l’abri – caché dans une anfractuosité de la roche…

 

 

Il faudrait – sans doute – dépasser le sang et la haine – l’impuissance et la mort – pour se réjouir de la présence des hommes…

Un monde – des mondes – parallèles – fort heureusement – emplis de joie et de flammes – le ciel peuplé de mystères – gorgé de lumière…

Et notre longue veille – jusqu’à l’aube – un collier de fleurs vivantes autour de la poitrine – et la tête couronnée de feuilles blanches et vertes que le vent fait tressaillir et qu’il fera, un jour, rouler sur le sol…

 

 

Toutes ces lignes blanches sur la matière rouge du monde – des pointillés – des barbelés – sur la chair vive et uniforme – contre lesquels on ne peut rien…

 

 

Des fils au-dessus des mains – reliés aux jointures – aux étoiles ; des paumes qui caressent – qui réconfortent – des paumes qui assènent et qui frappent – comme de grandes ailes dans le vide…

Un peu de vent pour faire circuler le sang (et le faire couler aussi – bien sûr)…

Les yeux fermés face à la violence – face à l’invisible – face à toutes ces forces – à tous ces courants venus d’ailleurs – on ne sait d’où…

Dans le cœur – une gêne – un embarras – comme une façon de nous inciter à sortir du noir – de l’abîme – de l’incompréhension…

 

 

Le cœur aussi bas que possible – trempé dans le plus vil – les immondices du monde – et, au-dessus, la tête qui sanglote – qui se lamente de cette chute – de cette malédiction…

Au fond du noir – la dépravation et des portes inconnues – davantage d’espace – son lot de nuit(s) supplémentaire(s)…

L’œil – le long des murs – la peau qui racle contre le crépi ; le visage en sang – les masques qui se déchirent – et sous les masques, d’autres masques – et derrière le visage, d’autres visages ; l’être habillé à la manière d’un oignon – au cœur duquel trône l’essence – le noyau – le vide – l’espace lumineux – l’infini féroce – le silence de l’âme pénétrée par la vérité et le chant du monde – entremêlés…

Quelque chose de la joie – au milieu des malheurs – au milieu des tourments…

Nous – parmi les Autres – puis, nous – au milieu de rien – au milieu de nous-même(s) peut-être…

 

*

 

Sous les yeux – l’évasion – la terre chaude des tropiques – un rêve loin du bagne – la mer – sous l’immensité céruléenne…

Les paupières closes – lourdes et sombres – pour séparer le réel du songe – l’agréable du reste – protéger l’imaginaire, en quelque sorte, des assauts incessants de l’enfer ; pour que le cœur et la vie puissent durer encore un peu…

Une manière – peut-être – une manière – sans doute – de surseoir au suicide – d’échapper à cette longue (et atroce) agonie que l’existence nous impose…

 

 

D’un jour à l’autre – la vie et la tête machinales – comme l’âme et les gestes – les mains vaguement occupées à leur besogne…

Ce qui semble passer – avec le temps – sans la moindre rencontre – sans la moindre intimité…

Du sable et du vent sur le sol des suppliciés – avec, au-dedans, un feu minuscule et ronronnant – tout juste de quoi rester en vie – de quoi continuer à ronronner…

La vie noueuse – à l’intérieur – délaissée…

Ce que l’on amasse – chichement – plutôt que l’aventure – les merveilles du monde et de l’esprit…

Et cette posture reprise – et démultipliée à l’infini – à perte de vue ; la quantité agissante – la multitude uniforme et univoque – jouant avec l’écume – insensible au monde – à la marche – aux profondeurs – à l’envergure – à toutes les étoiles que l’on voit briller dans le lointain…

 

 

Le ciel – déplié devant soi – les énigmes de la terre exposées – en désordre…

Ni repère – ni voyage ; il (nous) faudrait plutôt épuiser la distance – enjamber les frontières – accueillir l’infini et le chaos – devenir le présent – l’incertitude et le silence – pour invalider le temps du monde – le temps des hommes – le règne des choses…

Se présenter avec – puis, comme – un surplus de tendresse sur ce qui nous blesse – sur ce qui nous égare – sur tous ces voiles qui nous deviennent de plus en plus étrangers…

En nous – l’étreinte – le soleil et la rosée…

Le nous-monde – l’esprit tout entier…

 

 

Une danse – parfois – un passage à travers les paysages du monde…

L’immensité emprisonnée dans une fiole – rendue au grand large – à l’infini ; l’océan-maison qui nous abrite…

 

 

Des rêves de noctambule – au-dessus du jour – au fond des précipices ; partout – les mêmes chimères humaines…

Le sommeil du cœur endimanché – la torpeur de tous ceux qui mentent – qui revêtent des parures et des déguisements – des masques épais qui ressemblent à la chair rose du visage…

Et ainsi grimés – nous nous rencontrons ; dans une ronde de pétales à laquelle succèdent, très vite, des heurts – des cris – des épines – tout un florilège de douleurs qui mettent fin au délire – à l’ivresse – au vertige…

 

 

Nous autres – dans nos robes funestes…

A tisser ensemble les fils du monde et du temps…

A nous balancer entre la terre et le ciel…

A nous mettre en route – paresseusement – l’âme (déjà) épuisée – un peu perdu(s) – les yeux posés devant soi – guère plus loin que le bout de son nez…

Toutes nos errances – nos oscillations – nos atermoiements – le sort (tragique) de la foule…

D’une terre sans horizon à l’aube silencieuse que si peu devinent – que si peu découvrent – que si peu rejoignent…

Et ce que trace notre feutre – quotidiennement – sur la page ; le chemin à éviter – le chemin à emprunter – peut-être – les malheurs – les espoirs et les tourments – à déposer comme un faix inutile ; les prochains pas – peut-être – les prochains pas – sûrement – qui pourraient – pourquoi pas ? – nous précipiter dans un autre monde…

 

*

 

La vie – la mort – la route – sur fond de nuit…

Et cette pluie – ce sommeil – sur le monde – comme du plâtre qui rigidifie les existences et les cœurs…

L’indifférence – comme une stèle de marbre érigée aussi haut que notre tristesse – aussi haut que notre (invisible) sensibilité…

Sur la balance – le poids des Autres – presque rien comparé à notre figure – à nos désirs – à nos besoins – à la longue liste de nos exigences…

Malheureux – écartelé(s) depuis le premier souffle qui déchira notre poitrine…

L’œuvre cinglante du vent sur notre feu (trop) fragile – provisoire – encore balbutiant…

 

 

Ici – (presque) sans jamais jouer le jeu du monde – à l’écart – autant que possible – l’âme et la vérité unies dans le geste – la parole – à chaque instant – à chaque ligne…

Seul – assez éloigné des lieux qui emprisonnent – des yeux tristes – des regards obliques – des âmes bancales et indigentes – de la misère et des merveilles humaines – ce qu’il y a, sans doute, de plus bouleversant…

 

 

En avance sur la lumière – la peur et l’horizon – la souffrance – les yeux baissés – et les larmes face à la mort…

La chair frémissante – l’âme tremblante – à moitié dévorées par le monde et le désespoir – l’esprit et les Autres – aussi absents que le reste…

Nous – ici – à peine éclairé(s) par les flammes grises de quelques (funestes) pensées – un feu minuscule – artificiel – inventé – qui s’est substitué au jour véritable…

 

 

Soutenu – tout entier – par l’invisible…

Ce qui naît – ce qui se dresse – ce qui tombe – ce qui meurt – sous le même soleil – au fond de la même nasse – au milieu des formes et des couleurs…

La caresse du vent sur l’âme – sur la peau – le cœur rouge et frémissant – au rythme du chant de ceux qui ont réussi à percer les secrets du silence…

 

 

Au bord du monde – à notre porte – cette lueur que l’on devine – un léger tremblement dans le noir – au loin – la tête tournée – comme l’âme – vers cette possibilité…

La blessure infligée à la terre – au vent et à la pluie – comme un rêve trop cruel – peut-être…

Toutes les peurs – à peine cachées – dans l’encre qui gicle sur la page – des nausées et des pans entiers de monde vomis par le feutre rageur – et quelques prières offertes par le feutre silencieux et incliné…

Que l’on aimerait se perdre dans le regard inoffensif des bêtes…

Dieu – la mort – l’Amour – présents dans la danse des lettres qui s’esquissent – dans la ronde des mots qui s’impriment…

L’aube – peut-être – devant nous – visible mais hors de portée…

 

 

Dans la nuit – ce que nous cherchons – ce qui nous attire – ce qui nous dissuade – tous les prétextes possibles au sommeil…

Le rêve – le fol espoir – au lieu de rester debout – dans la neige – au cœur de ce blanc indéchiffrable – sans rien savoir…

Les yeux perdus – les yeux confiants – proches des bêtes – des arbres – de l’inconnu – de la source – peut-être – ce que, de toute évidence, nous ne saurons jamais…

 

*

 

Hommage à Shin’ya (le 8 février 2021)

Le corps enseveli sous des tonnes de terre – la mort – nous y sommes – déjà…

Et cette tristesse lourde comme l’absence ; le poids d’avant – tellement léger – à présent ; les membres liés – déliés – libérés…

Au-delà des peurs – au-delà de l’angoisse – notre voyage parmi les pierres – dessous les pierres – au-dessus du sol ; après l’horizon – le voyage encore – le voyage comme un instant – une suite d’instants – peut-être – l’invention d’une durée – sans doute…

L’identité de réserve à l’instant du dernier souffle – à l’instant où le tombeau se referme – comme une signature – et des fleurs noires par-dessus notre tête…

Le sommeil après le sommeil…

Ce qui se dessine et ce qui se dessinera – plus précisément – lorsque le ciel nous soulèvera encore plus haut – loin de la terre-mausolée – loin de la terre épaisse – au cœur de cet espace – au cœur de cette clarté – entrevus – et qui nous portent – et qui nous emporteront vers d’autres pays – le monde au loin – vers la foule anonyme ; et les visages qui, peu à peu, s’effacent…

Dans le souffle – dans l’esprit – la lampe – le désir – l’intention – peut-être – d’un monde plus fleuri – l’oubli de toutes les couleurs – des larmes et le vent – la tristesse et l’absence – encore – la solitude sans gravité – dans l’air commun – et partagé – les peurs déjouées jusqu’au sourire – quelques murmures – comme une longue prière…

Des pierres – à nouveau – et, devant soi, le livre des possibles grand ouvert ; et notre alliance – comme le reste – comme l’Amour et le silence – en devenir – perpétuel(s)…

Nous – ici – encore un peu ; et nous – toujours – là où règnent le souffle et la lumière…

Et – chaque jour – comme une promesse – nous entonnerons – ensemble – silencieusement – les lèvres tremblantes – à peine perceptible – un modeste chant de joie…

 

 

Le jour rouge – comme les mains et le front…

Le sang de l’arbre aussi – lorsqu’on le coupe – lorsqu’on l’arrache…

Le monde mis à sac…

Et les mots pour dire notre misère et notre faim…

La trace des ancêtres au fond de l’âme – plus qu’une empreinte – une présence réelle – déterminante…

Des hurlements à la place de la langue…

Et le modeste travail des poètes pour élever l’esprit – le monde – plus haut que les édifices et les ambitions des hommes – pour élever le regard au-dessus de la nuit qui relègue l’innocence – la beauté – la lumière – à des hauteurs infranchissables…

 

 

Les saisons – parfois – cruelles – devant notre dénuement…

La figure immense et fragile de l’oiseau en cage – à la merci des mains qui le nourrissent – la porte fermée…

Les grilles couleur d’or qui maintiennent captifs tous les possibles…

L’indigence et la faiblesse – l’atroce férocité de la détention…

Comme des bêtes soumises à la naissance et aux instincts terrestres…

Sans généalogie – sans héritier – offert(s) à l’usage – à l’agrément des Autres…

La détresse – comme une couverture au-dedans de l’âme…

Meurtri(s) et affaibli(s) par les coups du sort – les coups des hommes…

L’absence de Dieu comme le seul espoir – en quelque sorte…

Le destin piétiné – et notre colère – et notre impuissance – et le vent qui nous rappelle (si cruellement) l’existence extérieure – la liberté – notre enfermement…

 

*

 

De la même couleur que le monde – notre pelage – nos piètres ambitions – nos visages trop fardés…

Les étoiles en supplément – dans les projets les plus fous – de quoi donner à l’argile – à toute cette bassesse terrestre – des airs vaguement célestes – des airs d’ailleurs – des airs d’horizon ouvert – la possibilité du possible…

Quant à ce qui s’offre à notre vue ; des figures sans grâce – des masques de carnaval – de quoi écarter l’innocence et la beauté…

Quelque chose de disloqué – qui s’apparente à la mort…

Et les bords du mystère où peut encore – fort heureusement – s’inventer le poème…

 

 

Des lieux sans loi – des hommes sans Dieu – notre terre – notre temps – éternellement – peut-être – à moins que nous nous affranchissions du rêve…

 

 

Une voix – cri autrefois – devenu murmure – puis, silence – à lire – à écouter – attentivement – patiemment – sur le rebord d’une table – au milieu des arbres – sous le ciel – songeur et solitaire…

 

 

Une enfance sans fable – quelques clochettes accrochées au bout des peurs – et que l’on entend encore tintinnabuler trop souvent…

Et les doigts au bout du jour – lorsque la lumière est habitée – lorsque l’effacement est (parfaitement) compris…

Aligné sur la source – l’immensité du regard…

 

 

Le souffle ouvert – comme une fenêtre – et ce vent – et ce vide – de l’autre côté – à l’intérieur – moins (bien moins) monstrueux qu’ils en ont l’air…

Quelque chose de l’infini – sur la route – déplié…

Le premier barreau de l’échelle – peut-être ; et l’humilité nécessaire à l’ascension – sans doute…

 

 

La couleur du ciel – figée – reflet des fleurs – reflet du sang…

Le sol et la roche – à la texture rugueuse – aux teintes sombres – constellés de taches vives et de lumière…

Et nous autres – dans la nuit – tête baissée vers la mort – ne sachant où l’on pourrait dénicher le secret – la réponse à toutes les énigmes – la résolution du mystère…

 

 

Aussi intenses que la soif – la peur et la faim ; animal métaphysique ; il est peu dire (pour les moins grossiers)…

Fragment de ciel – d’invisible – trempé dans la glaise – dans les instincts – sous le règne de l’incomplétude – du manque – du désir…

La poitrine tremblante face au sang et au Divin…

 

 

Comme des chiens dans la plaine – les Dieux hirsutes et les vagabonds – à courir à travers l’écume – de toutes leurs forces – l’âme pleinement engagée – quelques pas – une longue course jusqu’à la mort – jusqu’aux ultimes confins de la terre…

Braillards et joyeux – les cris qui égayent le cœur – les yeux et les foulées…

Un parfum d’enivrement qui flotte dans l’air – le monde héroïquement piétiné…

Le jour qui rayonne – la nuit crispée sur ses désirs et ses frustrations…

Et cette fuite inexorable vers le pays du silence…

 

 

Derrière les yeux – ces fenêtres closes depuis le premier jour – cet espace étranger – si intime (pourtant) – où tous les visages se saluent – fraternellement – sous le regard silencieux – souriant – de cette présence amoureuse qui nous habite – qui nous comble – au centre – en secret – avec une incomparable tendresse…

Et nous – si rétif(s) (en général) à exercer notre (véritable) besogne ; ouvrir les yeux pour regarder le monde – les choses – depuis le dedans (affranchi(s) du prisme de l’individualité)…

 

*

 

Quelques pas – encore – à bout de force – la main tenue par la main d’un Autre…

Et ce cri coincé au fond de la poitrine – dans un recoin isolé – inexploré – introuvable…

Le visage solitaire…

L’âme sans dédain…

L’air et la parole modestes…

Sans couronne – à cœur découvert…

Et ce murmure – et ce baiser – offerts – comme si nous habitions dans l’épaisseur de la tendresse…

Et serré – contre nous – le monde sans solution – sans réponse – sans échappée possible…

 

 

L’infini – aussi courbe que notre silhouette penchée ; même le mensonge est épousé – du sur-mesure absolument parfait…

Des rêves – des signes – le temps des larmes – ce que l’on privilégie – malgré nous…

Aux yeux-soleil – aux yeux-miroir – nous implorons le dévoilement du langage crypté – plus de rires que de discours – moins de drames et l’abolition du sacrifice ; le seul geste nécessaire – en vérité…

Ce que la lumière dicte à l’âme – en secret – à notre insu…

 

 

Retranché – en dessous du soleil – comme ces êtres souterrains qu peuplent les sous-sols de la vérité – qui cherchent à tâtons dans l’obscurité – qui errent pendant des siècles – qui parcourent d’étranges quartiers – et qui réussissent, parfois, à rejoindre quelques rives prometteuses ou à se retrouver, un jour, sans crier gare – en un clin d’œil – aux portes de l’immensité après avoir franchi, un à un, tous les seuils nécessaires…

Dans le geste et l’attention silencieuse…

Le vide qui (enfin) se touche – qui (enfin) s’éprouve – qui (enfin) se vit…

Ce qui – en nous – se dévoile – se dénoue ; et ce qui est emporté par les eaux sales comme du gravier gris…

Et, aujourd’hui, sur une stèle de neige – les deux pieds au centre du cercle – au centre de l’étendue – face au monde – les yeux posés sur l’infini…

 

 

A l’origine du monde – le père et la mère des Dieux – peut-être – ou bien la matrice (invisible) chargée de tous les enfantements…

Sans péché – dans un élan spontané – totalement irréfléchi – par goût du jeu et de l’invention – sans jamais songer à l’avenir – aux inévitables (et, parfois, lourdes) conséquences…

La puissance créatrice – un souffle phénoménal – comme la respiration longue et profonde d’un colosse – jetant sa chair – son cœur – son œil – aussi loin que possible – en exil pour (très) longtemps – s’éparpillant en multitude – obéissant parfaitement aux forces centrifuges – allant jusqu’aux plus lointaines périphéries – seul(e) et égaré(e) – passablement démuni(e) – et voué(e), inéluctablement, à retrouver la source – à remonter jusqu’à l’origine…

Nos efforts – nos tentatives – à tous…

 

 

Le temps à la manœuvre – l’oubli des rituels – la terre rubescente qui, peu à peu, se gorge de la substance des vivants…

Ce à quoi nous obéissons (tous) depuis des siècles – depuis des millénaires…

Le monde bruyant – plongé dans un immense tapage qui ressemble, à s’y méprendre, à une forme d’indifférence silencieuse…

Des jours (pourtant) au verdict implacable…

Une rupture atroce – radicale – inaugurale – puis, des alliances sans véritable compréhension – sans véritable réconciliation ; des pactes et de tristes compromissions…

L’être – et, à travers lui, les têtes et les choses corrompues par les usages – l’impossible probité – main dans la main – tel qu’on nous voit (apparemment) et dont chacune dissimule un poignard – une peu de poudre – toutes les armes nécessaires pour se défendre – lutter – s’approprier – conquérir – ce que l’on devine (bien sûr) en regardant les jeux terribles (et abominables) du monde…

 

*

 

Ce qui nous somme d’obéir à la nuit – aux injonctions de l’esprit endormi – et, parfois, d’échapper à l’abîme…

Le vent – au centre du visage – à l’intérieur – comme un souffle naturel – sauvage…

L’enfance à la fenêtre et le monde en ruines…

Ce qui flotte dans l’œil – l’infâme parfum des éventrations – comme un vertige…

Tous les angles abandonnés à la poussière…

Des restes de voyage – à nous obstiner dans le même labyrinthe – à piétiner au fond de la même impasse…

 

 

Agenouillé(s) devant le Dieu des pierres – la tête sur le sol parmi les feuilles et les racines – l’homme et l’humus – et toutes nos prières tournées vers la même direction – cette infime partie du ciel fantasmée – onirique – irréelle peut-être…

Le parfum de notre présence – la terre animale – un œil sur l’immensité et l’autre encore plongé dans les abîmes terrestres – cette existence de fange – de désirs – de possibilités ; comme un vague espoir peut-être…

 

 

Sur cette embarcation qui nous berce – qui nous leurre…

Sur ces flots inconnus…

Sur cette étendue particulière – l’immensité – l’infini peut-être…

Dans notre déguisement – ces vêtements trop larges – prêtés par Dieu sait qui…

Sous le soleil – dans la nuit – notre tête et nos entrailles…

A rêver de ponts et de débarcadères – de rives et d’enfance hospitalières – de terres de joie et d’existences guérissables – propices à l’étreinte et à l’intimité – comme si nous devinions le sort promis à tous ; le monde – des mondes – parallèles à celui – trop triste – où nous vivons…

L’âme lacunaire et la perception déficiente – cette abrupte réalité avant l’aube…

La légèreté – l’évanescence sans mémoire – le surgissement intense et perpétuel de ce qui, sans cesse, recommence…

Et toutes les déflagrations qu’il nous faudra vivre pour qu’émerge le jour – cette lumière identitaire qui nous somme, à chaque instant, de la rejoindre – de la redécouvrir…

 

 

Encore accroché(s) aux griffes du temps – comme à un monstre nourricier – la figure ambivalente de la nécessité dévoreuse…

Au fil des saisons – le ciel changeant…

De la clarté promise – rien (ou à peu près)…

Quelques failles – des fragilités – d’infimes vibrations – peut-être – dans l’épaisseur – dans l’opacité sombre…

A tire-d’aile vers un autre voyage – un autre séjour ailleurs – aussi habilement que possible…

 

 

Au cœur de l’espace – les rêves (presque aériens) des hommes – l’air intranquille face aux vents qui soulèvent – qui déportent – qui nous mènent, d’une manière maladroite, vers d’autres terres…

Et nous – où que nous soyons – qui que nous soyons – inlassablement penché(s) sur notre tâche – une besogne (le plus souvent) sans intérêt – sans (véritable) récompense – une forme de consolation plutôt – ce qui nous est nécessaire pour nous sentir capable(s) d’échapper aux malheurs – au défilé perpétuel des jours tristes et gris…

Puis, un jour, on quitte – sans même s’en rendre compte – le territoire du temps ; une évasion discrète qui ouvre, au-dedans, un espace immense – insoupçonné – insoupçonnable – la terre et le ciel réunis qui s’effacent – le cœur battant – le cœur invulnérable – éternel…

 

 

Au-dedans de l’homme – l’espoir et la blancheur – une île minuscule au milieu des eaux – un reste d’innocence…

Le vide – le vent – l’origine ; et la matière changeante – mouvante – passablement inquiète d’être livrée au souffle – à l’espace – au temps…

 

 

Sous notre flanc – les vestiges de la source – un peu de lumière au cœur de la chair – au cœur du châtiment…

Vivant – comme une fleur en exil – cachée sous la neige…

 

*

 

La danse grave (et lourde) des peines et l’air léger des hauteurs…

Cette étrange asymétrie – en nous – entre le haut et le bas ; et la même inégalité entre le proche (le plus intime) et le lointain…

Quelque chose entre la pesanteur et l’étoile…

Ce que l’on porte (tous) – nous autres – les vivants de ce monde…

 

 

A tant creuser qu’il ne reste plus rien – même le désespoir (autrefois si proche) s’est effondré avec le reste – l’espérance – la moindre perspective…

Demeure l’instant – à présent – dont on peut sentir l’incroyable vérité – l’épaisseur et la vibrante intensité ; la seule consistance possible née de l’alignement des cercles – à l’exacte intersection du regard et de la sensibilité…

 

 

Notre existence – les yeux ouverts…

Un reliquat de lumière oublié – ainsi commence-t-on à vivre (en général)…

Notre naissance – comme un cri et un soudain oubli de l’essentiel – les poings liés dans un monde peu charitable – et l’existence se poursuit ainsi – (le plus souvent) cahin-caha – sur cette pente (assez) douloureuse…

Au centre de cette étendue d’air et de feu – la tête baissée – les yeux tournés vers le ciel – le pas lourd – les idées futiles – l’âme noire et le visage taciturne – nos existences tristes et frivoles…

Dans un coin sombre – les souvenirs – tous les souvenirs – les rêves et le temps – et l’envie persistante d’une autre vie – plus douce – plus grande – plus réelle – une rive – des monts – des mers – un monde où il ferait bon vivre – à l’abri de la folie ambiante – des manques – des excès et des consolations – qui délimitent nos frontières – nos horizons – et la ligne de démarcation, peut-être, entre les fous et les sages…

Et nous – bien sûr – encore indécis – qui doutons de tous les chemins – qui traînons les pieds – qui hésitons à chaque carrefour – comme si la rupture avait été – initialement – définitivement – consommée…

 

 

Au cœur de la parenthèse – l’essentiel inversé – la lumière qui échappe au rêve – à l’ambition – au désir…

La folie univoque des foules – gesticulantes – endiablées – inutiles – hissant sur leurs mâts de cocagne mille emblèmes pour soutenir – et célébrer – l’hérésie collective – toutes les insanités du monde…

 

 

Le cœur pincé – honteux du refus – l’impossibilité – de notre vraie couleur…

La nuit – la douleur – les secrets – et ces larmes intarissables face au temps perdu – aux heures mensongères – comme une brûlure sur la peau – de l’acide jeté au fond de la plaie – la matière – vive – écarlate – presque entièrement rongée – un pitoyable lambeau de chair…

L’esprit que l’on doit anesthésier tant le réel – la souffrance – sont insupportables…

Ainsi commence – parfois – la nécessité du sommeil ; et ainsi – très souvent – se poursuit le rêve – le règne du masque – l’éclosion de toutes les couleurs que nous inventons pour survivre à nos blessures…

Mille histoires par-dessus le silence et la neige – mille horizons – mille épaisseurs – pourvu que la transparence – cette fragilité – soit ajournée – dissimulée – protégée des assauts du monde…

 

 

Le monde et l’aube – et leurs jeux antagonistes – presque symétriquement inversés…

Et notre voix – entre ces deux rives – intermédiaire, en quelque sorte, entre le silence et la folie – entre notre visage et l’effervescence – cette douleur inépuisable – interminable – que l’extinction du temps ne saurait faire disparaître…

Ontologiquement atteint(s) – blessé(s) – (presque) entièrement voué(s) aux failles – à la faiblesse – à l’incomplétude – (presque) entièrement programmé(s) pour emprunter un quelconque chemin de guérison…

 

*

 

Le monde meurtri – le temps des morts – le cœur sensible – l’esprit entre l’aube et l’enfer – comme s’il ne pouvait choisir – comme s’il fallait qu’il se positionne à l’intersection des deux cercles pour que nous puissions éprouver – et honorer – notre figure humaine…

L’âme – (sans doute) encore trop embarrassée – dans l’immaturité de l’Amour…

La vie parfaite ainsi – silencieuse – mortelle – sans réponse…

 

 

La chair trop délicate pour la vie terrestre…

La psyché enivrée pour supporter la charge – la douleur – les affronts – la violence des batailles…

Un immense chaos ; rien qu’une petite danse – en vérité…

La blancheur des visages – des vies exsangues – face au miroir – face au néant…

Et les eaux rouges – toutes les substances – la matière souillée – qui déferlent – en cascades – sur le monde…

 

 

Notre chagrin – à peine un murmure…

Parmi les fleurs – nos adieux…

Une vie de désirs – sans prière…

Une vie souterraine – sans profondeur…

Une vie de tournis et d’apparat – le règne des masques – du déguisement – de l’effervescence ; le défilé des apparences…

La tête des hommes gorgée de croyances – d’illusions – de mensonges…

Des histoires – des légendes – la même trame – à peu près toujours les mêmes ressorts – la même malédiction…

 

 

De hautes flammes et le chant (presque) imperceptible des vivants…

Un voyage sans intention – sans destination – précises…

La longue course pour s’éloigner de l’angoisse…

Avant nous – la vérité…

Après – l’Absolu peut-être…

Et au cours de la traversée ; rien de particulier ; quelques remous – quelques tourments…

Le jeu des pas et de la source…

Et entre nous – cette distance et ce rapprochement – comme un ressac permanent…

 

 

Seul – face au soleil – comme un vertige…

Le Divin – au bout de nos doigts parfois agiles – parfois maladroits…

A essayer (bêtement) de compter les jours qu’il (nous) reste…

Aussi obstiné(s) qu’ignorant(s) – aussi fragile(s) qu’affamé(s) – ainsi est-on né – et ainsi vit-on – les yeux fermés sur l’invisible qui nous porte – sur l’espace et la lumière que nous abritons…

Fier(s) et revigoré(s) par la puissance de nos espoirs – comme un moteur – un leurre commun…

 

 

Une vie – un nom – nés des cendres et d’un chant mystérieux…

Nous – si vigoureux – si entreprenant(s) – en rêve – en plein sommeil…

 

 

Les yeux – face au tumulte – la vie et la mort – ce qui nous constitue – au-dedans – à la périphérie – ce tégument d’effervescence qui protège la quiétude – le silence – l’essence – au centre – le noyau si rarement rejoint par les vivants…

 

 

Dieu qui s’invente, à travers nous, de nouvelles folies ; cette danse – ces ailes – au cœur des ténèbres – les parois de nos abris et nos mains souillées de sang…

La poussière et la cendre – après les ouragans – les incendies…

Le déchaînement des âmes et des éléments…

L’incapacité humaine à survivre au-delà des contours – au-delà du territoire autorisé – au-delà du périmètre décidé par les Dieux…

La matière lacérée par les vents – happée, comme la psyché, par le vide – tous les abîmes – réels et inventés…

L’éternité récurrente de notre visage – de l’espace – de tous les interdits…

Et la probabilité (infime) d’un franchissement…

 

*

 

L’existence humble et engagée – gouvernée par l’élan naturel qui puise sa force dans le silence et l’attention…

Le regard et la flèche…

Et cette poitrine – sensible – qui se gonfle – qui suffoque – qui se contracte – à la moindre émotion – fidèle aux mouvements de l’âme – aux étreintes et aux reniements…

Le corps animé et pensant…

La matière comme prolongement de l’esprit – comme support de la psyché – de la pensée…

Le cercle et la boucle…

Et nous autres – qui tentons de donner vie à toutes ces alliances infrangibles – irréfragables – hautement souveraines – malgré leur invisibilité…

 

 

Des ombres accompagnatrices – dans la course…

Des soleils – la nudité de l’âme – l’attention indispensable pour que le cœur puisse obéir aux impératifs du jour – aux injonctions du monde…

Ni règle – ni loi – et moins encore de principe (bien sûr)…

Ce qui s’impose – ce qui insiste – ce qui s’attarde – ce qui nous tient – ce qui nous somme…

Le geste – le pas et la parole…

Ni choix – ni alternative – à la manière d’un ordre – d’une (irrésistible) nécessité – comme une flèche décochée à travers nous…

Une pente – une marche – des éboulis – ce que nous ignorons ; tous nos actes – parfois avec fracas – toujours magnifiquement…

Le cœur vivant – le cœur entaillé – le cœur joyeux ; très humain – en somme…

 

 

L’hiver et la route – la saison de l’enfance – notre éternel vagabondage…

Le mystère qui, peu à peu, se dévoile – la peur et l’ignorance qui, peu à peu, se transforment en non-savoir et en confiance…

L’évidence du Divin – malgré les bêtes – malgré les hommes – malgré la nuit et la mort – de plus en plus tangible…

L’âme – toutes les âmes – qui cherchent leur chemin au milieu du monde – au milieu du silence – au cœur de la solitude et de l’absence…

 

 

Seul et solitaire ; fidèle à cette étrange manière d’être vivant – discret – en retrait – habitant les interstices du monde – aussi éloigné des hommes que possible – se forgeant, peu à peu, une réelle (et profonde) humanité (très différente des représentations et des poncifs que véhiculent les foules – – et presque opposée, à certains égards)…

 

 

Poussé vers l’horizon…

La feuille libre – toutes nos habitudes…

A piétiner – à étouffer – sur le sol des Autres – des illusions…

Du vent pour protéger la joie – la hisser hors de nos griffes – de nos paumes féroces…

De l’ombre – encore – comme si le soleil était trop haut – trop loin – toujours hors de portée…

Sous le joug de l’absence – tous nos agissements – absolument irresponsable(s)…

 

 

Nos traits trop juvéniles pour panser les plaies du monde – guérir la chair et l’âme – donner à notre figure ravagée des airs de fête – un peu d’incarnation…

Comme de la pierre qui s’effrite – du sable en guise d’intimité…

Des éloges – des parades – une foule de mensonges – pour (presque) rien…

 

 

Le franchissement du détroit – à l’âge difficile…

Le destin affranchi – l’épreuve surmontée grâce à notre fidélité au monde naturel – l’invisible labeur de la lumière – la chair et l’âme portées l’une par l’autre – jusque dans les plus difficiles conditions du séjour – du voyage…

Nous – encore dans l’enfance endormie – mais porteur(s) d’une confiance (inébranlable) dans les ficelles du grand démiurge…

L’invisible à la manœuvre – et le silence changeant – et parfois déguisé – sur tous nos chemins – sur toutes nos pages blanches…

 

 

Les heures dramatiques du monde abandonné aux âmes indifférentes – aux mains les plus armées – les plus sauvages…

Le cours des choses le plus trivial…

Au cœur de notre civilisation – l’infidélité à l’origine – le dévoiement de la matière et du temps – l’innocence corrompue – ce qui risque de basculer au moindre tressaillement – comme une belle opportunité – un juste retour aux traditions les plus joyeuses…

 

*

 

Vivant ensemble – séparés par des murs – des monstres – des ombres – affleurant à la surface du monde – aux confins du temps mesuré…

Du souffle et de la force – dans notre attente…

Une vie de désirs – de prières – à genoux…

Des jours discrets – sans tapage…

Le soleil à ses heures – autant que la nuit…

(Incroyablement) éphémère – à la lisière de tous les Autres…

 

 

Sans lassitude – le corps quitté – à danser (joyeusement) au-dessus de l’abîme – au milieu du néant – la figure cajolante de la mort à nos côtés – présent(s) – sans réellement savoir si nous penchons du côté du rêve ou du côté de la réalité – la douleur (facilement) contenue – aisément supportable – à gravir en pure perte – pour la (simple) beauté du geste – des parois abruptes et glorieuses – comme une évidence – une sorte d’exercice – une manière d’éprouver les limites du ciel – la qualité de notre état – pour se rendre compte du vide et de l’absence – de la vaine gesticulation des âmes…

Nous – seul(s) – sans nier le monde des formes – attentif(s) à la moindre émotion – obéissant toujours aux injonctions des Dieux et des vents…

Effaçant quelques rires et quelques grimaces qui pourraient corrompre les figures (toutes les figures) du possible et enlaidir (plus encore) le monde…

 

 

Des ombres – de la brume – jusqu’à l’aube…

Les pas qui se laissent guider par les forces de l’invisible…

Le soleil qui frappe le front – l’exacte lumière et l’angle précis – qui réchauffe l’âme engourdie – encore ensommeillée – qui initie le prolongement (inespéré) du plein jour dans le cœur – dans le sang…

La possibilité (enfin) de l’infini – comme la plus belle expression – la plus belle extension – de nous-même(s)…

 

 

Dieu et le néant – dans nos propres ténèbres – des obstacles et des résistances – et tout ce sable qui conforte l’absurde cruauté du monde à la surface…

Des larmes jusqu’à l’aube – des chants psalmodiés par des lèvres tristes…

Notre cœur frappé par toutes les famines – toutes les infamies…

Les coups du sort et les âmes sapées dans leurs fondations – tremblantes – croulant sous un (trop) lourd bagage – le poids du monde – le sang des Autres…

Nos jours – notre vie – notre mort – (absolument) sans remède…

 

 

De la besogne pour (au moins) mille ans – pour franchir les barricades – atteindre les hautes fenêtres dessinées par les Dieux – et se rendre à l’évidence ; il ne sert à rien de quitter le cercle (central) de l’immobilité…

 

 

La conscience claire – malgré les humiliations – les interrogations sans réponse ; la solitude qui a, peu à peu, creusé un espace dans nos profondeurs…

L’esprit de plus en plus silencieux – la sensibilité de plus en plus vive…

Humain – peut-être – au nom de tout un peuple – dépossédé – encore trop sauvage…

Et le verbe nécessaire à la rencontre – véhiculé – humblement offert…

 

 

Du cri au cœur délaissé – notre préférence pour la douleur accueillie et assumée…

Ni plainte – ni appel – inutiles ; des tremblements plutôt face à la mort – à la cruauté – aux assassinats…

Les yeux grands ouverts face aux dépouilles – aux moribonds – aux meurtriers…

Le réel ardent et rageur – tranchant – et, parfois, hautement mortifère…

Ni drogue – ni anesthésiant – la lame acérée face aux images – aux croyances – aux illusions…

Dieu – en un éclair – puis, le poing qui s’ouvre peu à peu – l’âme de plus en plus libre – jour après jour – le même voyage – ce qui semble pourtant différent selon l’angle – la posture – la perspective – adoptés…

Une route – une étendue ; et toutes nos chaînes qui se brisent – une à une…

 

*

 

Les morts – quittant, peu à peu, nos vies – sortis de nos existences par effraction (si l’on peut dire) – sans crier gare – s’échappant en quelques secondes – et retrouvant, en quelques jours, l’enfance – les rêves bleus que nous faisions autrefois lorsque nous nous serrions les uns contre les autres – la tête aujourd’hui pleine de ces souvenirs embrumés où se mêlent la nostalgie et l’imaginaire – l’haleine imperceptible et la course invisible qui, sans doute, se poursuit – l’âme tremblante et la peau toujours frémissante – peut-être…

 

 

Partie en plein hiver – au cœur de la saison silencieuse – rejoindre – qui sait – un plus grand silence encore ; la parfaite – et, sans doute – heureuse – continuité du voyage sur une autre rive soumise à un temps différent – à des couleurs plus claires – peut-être…

Et – ici – au milieu de l’absence – nos prières et nos gestes quotidiens – ce que nous faisions hier – ce que nous avons toujours fait et ce que nous ferons toujours – et accroché à la poitrine – cet étrange collier de rires et de larmes – quelque chose de très doux – de très léger – d’infiniment tendre – né de la rencontre du ciel et de l’âme ; une forme de blancheur – comme un ruban d’innocence qui entoure – et enveloppe – le cœur et la chair…

Nous – ensemble – malgré ce que l’on croit – malgré ce que l’on pense (en général) – au-delà du monde et des apparences…

 

 

Les jours accomplis – les Dieux – qui nous accompagnent – à travers les fleurs et les oiseaux – l’Amour présent qui s’engage…

Des traces de ciel sur ces terres belles et, si souvent, malheureuses…

Tant de ressemblances entre les vivants et les morts – de quoi interroger nos manquements et nos maladresses…

L’inconnu et l’éternel retour – comme, peut-être, les seules permanences…

 

 

Notre désarroi face à l’imposture fiévreuse du monde…

Le sang – la chair – la souffrance…

Cette longue nuit solitaire malgré les rumeurs et les bruits de fête…

Les rails des années – les quais bondés – sans véritable voyageur…

Le passé (progressivement) décomposé – la joie triste de tous ceux qui vivent sur terre et qui persistent à croire en l’existence de lendemains qui chantent (en l’existence de lendemains plus enchanteurs)…

Et nous – à l’écart – dans cette marge délaissée – sans espoir – sans héritier – très attentif à nos gestes et à notre besogne – à nos pas et à nos pages – à nos paroles consignées dans la solitude – comme les rêves et les étoiles – comme chaque songe et chaque soleil – destinés, peut-être – un jour, à faire office de repère – de borne – de doigt pointé vers l’Absolu ; notre seule espérance – très présomptueuse – bien sûr…

 

 

Dans les fossés de l’histoire – là où naissent les véritables révolutions – discrètes – presque invisibles – infiniment solitaires – intérieures – qui emportent – et soulèvent, avec elles, le monde – les choses et les visages – tous les règnes – toutes les règles et toutes les lois en vigueur…

Une légère inclinaison du regard – les paupières (très) largement ouvertes – le cœur juste derrière les lèvres – juste sous la peau – battant à tout rompre – cherchant un espace – mille autres perspectives que celle que nous lui avons imposée – une sorte d’assise réelle – une envergure – mille frissons – la vérité – l’intensité et la profondeur nécessaires – dans chaque geste – à chaque respiration – dans chaque ligne de notre long (très long) poème…

Notre bouche et tous les horizons embrassés par la lumière ; toutes les choses – accueillies – et aimées – d’une égale façon…

 

*

 

La tête contre le ciel – les pieds en bas – à patauger dans la fange – et l’âme dans la crasse amassée – déposée là, par poignées minuscules, à chaque geste d’inattention…

Guère étonné de faire fuir l’Amour – d’écarter la possibilité du silence ; le visage de Dieu devenu bien trop hideux…

Le destin de l’homme – au cœur du monde – au cœur du vivant – comme un rêve qui tenterait d’affronter la mort à mains nues…

Plus martyr(s) qu’apôtre(s) – il va sans dire…

 

 

Tous les lieux du séjour – envolés – partis en fumée…

La défaite journalière – perpétuelle…

Des chants solitaires et sans espoir…

Et ces hanches endiablées – sans personne – comme une très vieille habitude qui se perpétue, aujourd’hui, sans plaisir – sans la nécessité d’un héritier…

Tant de choses incomprises ou passées sous silence – impartageables – impartagées…

Cette marche vaine – cette existence passée à arpenter – en long et en large – ces rives sans réponse – ces terres tristes peuplées de fantômes et d’illusions…

La route déserte – de plus en plus – à mesure que l’on avance…

Et l’oubli qui se creuse – qui devient central – l’axe essentiel – comme une porte vers la liberté – dont on passe le seuil – sans savoir si l’on en réchappera – sans savoir si l’on restera prisonnier de cette audace un peu folle – si l’on passera le restant de ses jours enchaîné aux souvenirs – plongé dans le gouffre sans fond de la mémoire…

Des larmes pour personne – à présent ; une tristesse comme pour elle-même et compatir, sans doute, à la douleur de ce qui nous habite – de ce qui nous entoure…

Et la joie – ce que nous abritons – étouffant – abandonnés sous des amas d’idées – d’images – de croyances – de demi-vérités ; tous les reliquats d’avant – du monde – dont nous ne parvenons à nous défaire ; un seul geste – un simple baiser – pourtant – suffirait à balayer ce superflu et rendre notre vie (bien) plus légère…

 

 

Le jour frôlé par les tempes obstinées…

Des traces dans la neige – l’invisible – que l’on suit – pas à pas – trop fidèlement sans doute…

Plongé(s) dans un acharnement qui finit par ressembler au sommeil…

Trop peu de doutes et de liberté pour s’effacer – devenir suffisamment vide(s) – demeurer attentif(s) – à l’écart de tout projet – de tout programme – réellement disposé(s) à accueillir le monde et la lumière…

 

 

De l’or – du feu – des fleurs – notre lot de misères et de caresses – quelques forces engrangées pour engager l’âme et l’encre – les pas sur le chemin – les lignes sur la page – la possibilité prometteuse d’une chair et d’un esprit éveillés – bien davantage qu’un vertige…

Un œil qui flotte dans l’air – sans emprise – avec ce qu’il faut d’ombre accrochée à la poupe – dans le sillage de notre dérisoire passage…

 

 

Des ailes blanches nées de notre désir d’envol – cet élan offert par les Dieux…

Libéré(s) des jougs ordinaires…

L’âme bavarde qui s’entortillait autrefois – devenue muette – presque immobile – portée par les courants naturels jusqu’au dernier cercle – le lieu-frontière entre l’air et la terre – entre l’immensité et nos racines terrestres…

Du songe au ciel – un long passage façonné – et rendu possible – par l’effacement et l’oubli…

 

 

Le cœur tremblant – au-dessus des tombes et des vivants – au-dessus des pentes et des gouffres qui encerclent le feu et retardent l’inévitable retour vers la source – ce voyage d’ordinaire si difficile – si souvent douloureux – qui allège nos ombres et notre charge – au cours duquel chaque souffle et chaque goutte de sang sont, peu à peu, remplacés (à notre insu) par la nécessité – le vide et la lumière…

 

*

 

Un silence sans mensonge – sans romance – aussi abrupt que le vide – de la même nature ; la parentèle de l’invisible…

L’ineffable parfaitement décliné – peut-être…

 

 

Obstiné jusqu’au dévoilement des profondeurs – jusqu’à recouvrer sa (pleine) liberté – sans filtre – plongé dans les excès – comme les bêtes – comme les hommes – comme les Dieux – comme tous les ignorants – comme tous ceux qui s’imaginent faibles – fragiles – mortels – et qui devinent qu’il existe, en eux – quelque part, une chose indéfinissable qui échappe au temps et aux assauts du monde – une part affranchie de tous les attributs terrestres – de toutes les caractéristiques que nous connaissons ici-bas…

 

 

Plongé au cœur de l’Amour – comme une fleur dans la terre – vouée à s’épanouir – à laisser la lumière la nourrir – l’éclairer – l’embellir…

 

 

Dieu – reconstitué en argile d’après l’image première – d’un seul souffle – d’un seul trait…

L’univers et l’horizon – la multitude – le dehors et le dedans – façonnés par la même main – d’un seul tenant…

Et toute la poésie du mystère – enlacé avec le reste – dissimulé au cœur du plus intime…

 

 

Là – dans le saisissement des mots – fragile – incroyablement provisoire – à travers la langue – le rêve – la vérité affranchie – comme un chant – le vide déguisé en circonstances…

A travers la fable – le plus bel âge de l’enfance – sans peur – sans larme – armée innocemment pour affronter le monde – pour regarder le jour…

Le plus élémentaire reflet de la lumière…

 

 

Trop de fables et de peurs dans nos vies…

L’absence si bien célébrée ; et chaque jour qui relègue l’enfance au passé – ce qui entrave la marche et obstrue le chemin…

Et l’œil qui se tient près de la source et qui devient, peu à peu (et comme par magie), regard ; la seule possibilité pour échapper à la tristesse – au sort commun…

 

 

A travers la fenêtre – les yeux – ce qui nous traverse – ce qui passe ; la vie – le monde – le temps – tous les contenus possibles – tous les contenus imaginables – mais qui donc s’interroge (réellement) sur le contenant – sur cette énigme du contenant – serait-ce l’espace vivant – l’attention – la présence – la conscience – qui sait ? – qui peut savoir ? – serait-ce cette aire sensible au sein de laquelle tout se déroule – au sein de laquelle tout a lieu – au sein de laquelle tout naît et tout prend fin – serait-ce l’infini perceptif qui accueille les perpétuelles transformations du monde – de la matière – de l’énergie ; la même chose exprimée de différentes façons…

Et nous – qui ne faisons que passer ; et – en nous – ce qui regarde – immobile ; ce que nous avons l’air d’être et ce à quoi nous avons accès…

 

 

Sur l’échafaud du temps – les jambes tremblantes – l’âme inquiète – le destin qui se glisse à travers les gestes et les pas – les circonstances et les rencontres (des plus essentielles aux plus anodines)…

La peur qui vient d’en bas – de la terre – de très loin – le doigt pointé vers le monde – les Autres – l’horizon – l’avenir supposé…

Les yeux qui cherchent un refuge – une île – un point d’appui – un tertre minuscule où l’on pourrait se tenir debout – continuer à vivre comme autrefois – comme toujours peut-être (imaginent les plus naïfs) – dans notre perception si étroite – si limitée…

Un autre monde – un autre trou – un autre chemin – de quoi durer encore un peu – qu’importe ce que l’on trouve pourvu que cela nous aide à ajourner l’angoisse et la nuit – pourvu que cela nous aide à reléguer la mort à un jour lointain…

 

*

 

Vacillant(s) – entre deux mondes – deux perspectives – deux figures – le noir et la poussière…

La lumière (bien sûr) est ailleurs – inhabitée…

 

 

Si épaisse – notre nuit – la porte – ce qui nous sépare…

Le monde comme infortune…

La force de se tourner vers les apparences…

Une réflexion initiée dans l’obscurité (et qui résiste très mal à la lumière – à la moindre clarté)…

Et plus que tout – le même clou – constamment enfoncé dans le doute – cet interstice, entre nos certitudes, devenu, peu à peu, béance ; la chair crucifiée sur le bois et la matière sanglante plantée dans l’invisible – support de ce qui naît – de ce qui passe – de ce qui disparaît…

Avec sur le visage – cette souffrance si familière…

 

 

Parfois – le battement des paupières ; l’œil comme un papillon maladroit – collé à la chair – épuisé après tant d’élans et de tentatives – harassé par ses vols illusoires – à essayer de vivre comme s’il était libre et léger – affranchi de la terre et de la gravité…

 

 

Nous – débris – exténué(s) par le temps – au milieu des odeurs âcres – et nauséeuses – du sang et de la faim…

Et toutes ces ruines – ces tombes – ces dépouilles – qui nous entourent – comme un rappel incessant de la défaite – du provisoire – de la précarité – de la chute inéluctable…

Rien que du noir – du rêve – du vent – des élans – toutes nos vaines (et pitoyables) tentatives ; puis, un jour, le corps qui s’affaisse (à son tour) – la main qui tombe – avec le reste ; la fin, à nouveau, qui arrive – qui se précise – la vie passée – la vie qui passe – la mort encore – après on ne sait pas – après on n’en sait rien – on s’imagine – on échafaude – on essaie de deviner – on invente – seulement – la tête appuyée sur toutes ses croyances ; l’esprit toujours avide – toujours friand – des (pauvres) histoires qu’il se raconte…

 

 

Cette lumière d’autrefois qui affranchissait de la faim – de la soif – qui réchauffait le monde et la poitrine – qui éclairait l’esprit et l’immobilité – a, peu à peu, revêtu le déguisement (funeste) des ténèbres…

De la monotonie – peut-être – à l’extrême précarité…

Les fenêtres condamnées et les âmes labiles…

Le manque et l’indigence jusqu’au dernier souffle – à présent…

 

 

Peu de densité – presque aucune consistance ; l’existence et la psyché des hommes – en état de flottement – comme entre deux eaux – la torpeur les yeux grands ouverts – toutes les forces et le peu d’attention – à la manière d’un désir instinctuel – engagées dans l’élan immédiat – puissant ou fragile – incroyablement changeant et fantasque – passant d’un appétit (ou d’une envie) à l’autre…

Comme des pierres qui dévalent – en rêve – la pente où on les a posées ; un mouvement aveugle – univoque – que rien (presque rien) ne peut arrêter ou détourner sinon, peut-être, une oscillation ou un caprice intérieurs…

Des vies d’écume et de vent – des têtes absentes – des âmes perdues – ce que nous sommes – ce que l’on offre au monde – ce qu’on lègue à ceux qui nous suivent…

Et en matière d’humanité – (à peu près) rien d’autre ; et il serait vain d’espérer davantage…

 

 

Le visage fermé – le cœur glacé – glaçant – la tête ailleurs – le front cadenassé – la peau et les postures bleuies par le froid – l’insensibilité des gestes – la mécanicité des pas – la nuit qui a tout recouvert – de bas en haut – de haut en bas – sans rien épargner – sans rien oublier ; le sommeil – la course et le dédain ; ce qui nous condamne à la fréquentation (perpétuelle) des marges – à l’exil quasi permanent – à vivre loin du monde – loin des hommes – loin des Autres – au plus près de soi – là où le ciel a commencé à s’ouvrir…

 

*

 

Quelques signes encore – des ondes – une fuite – un envol (possible) – notre traversée des terres sauvages – le retour au pays natal…

Au fil des jours – au fil des pas – le même ciel au-dessus des berges changeantes – soumises aux hommes et aux saisons…

Dans les yeux – cet éclat – comme un minuscule soleil – ce qui nous a été octroyé – la main ouverte – sans rien implorer – sans la moindre supplication – franche et naturelle – sans un seul geste mensonger pour attendrir ou apitoyer – belle (si belle) – à vrai dire – dans son authenticité…

Pas une seule parole – mais de la lumière…

La vie et l’Amour inouï…

 

 

Le pas solitaire – la prière pour d’Autres ; des années d’errance et d’incertitude ; mille choses pensées – imaginées – tentées – réalisées – plongés (comme nous le sommes) dans l’ignorance de la destination – du déroulement du voyage – du visage de Dieu ; si nous les connaissions (ou avions même la moindre idée de ce qu’ils sont), il va sans dire que nous resterions immobiles et silencieux – à notre place…

 

 

Ce qui œuvre – à travers nous – quelque chose dont on sent, parfois, le poids et, d’autres fois, la présence joyeuse ; le Divin – en nous – exilé – comme enfermé dans nos (lamentables) gesticulations – dans nos (tristes) tribulations de pantin enchaîné…

Et pour le plus grand malheur de tous – le même verdict depuis des siècles – depuis des millénaires – depuis la naissance du monde – sans doute ; inséparables – indissociables – condamnés à vivre – à essayer de vivre – ensemble – avant d’être capables de se rejoindre de temps en temps – puis, de se séparer – à nouveau – encore et encore – comme à chaque fois – comme pour la première fois – hostiles et étrangers l’un à l’autre – les uns aux autres – comme un jeu que rien – ni le temps – ni la mort – ne peut arrêter…

 

 

Le regard posé au-dessus des remparts – sur l’horizon – cette infranchissable frontière…

Dans notre enclos – à attendre – à peaufiner la décoration – à agrémenter le temps de l’ennui – à occuper les jours – le vide – le silence – pour échapper à l’inévitable face à face…

 

 

Si près de l’enfance – de la haute lucarne qui précéda l’opacification et l’épaississement de nos attributs perceptifs qui nous plongèrent dans la nuit noire et assiégée – hors du cercle des voyages – excluant toute possibilité de retour vers l’origine…

En exil – hors de nous-même(s) – en quelque sorte…

 

 

Agenouillé – la tête contre le sol – au cœur des ruines – des vestiges des civilisations barbares – l’ancien monde (si l’on peut dire) – si vivace encore aujourd’hui – si enclin à se renouveler – à se réinventer – inusable – presque éternel à en juger par la durée de son règne…

Nous-même(s) – entre les murs reconstitués – aussi vieux que l’univers – aussi rusé(s) que ceux qui réussirent à survivre à toutes les fins du monde – à tous les anéantissements…

 

 

L’âme plongée dans l’humus – l’air humide des forêts – sur son lit de feuilles – comme la main qui s’active à sa besogne – dans un rythme égal et quotidien – sans royaume – sans traîne – sans couronne – auréolé de silence et de joie – en pleine solitude – entre le ciel – l’immensité – et la terre – aussi loin des foules que possible – dans les interstices (minuscules) du monde – coincé entre les frontières inventées et les limites humaines – à la lisière des possibles…

Homme – s’il en est – à égale distance entre Dieu et les bêtes…

 

*

 

Dans la naissance du cri – cette vérité – l’innommable – ce qu’aucun langage ne pourrait traduire – le son brut et archaïque des entrailles – la matière souffrante et ce qu’elle exprime – ce qu’elle révèle – ce qu’elle voudrait nous faire entendre (et nous faire comprendre – sans doute) – comme un jaillissement puissant – terrible – comme une déflagration née des tréfonds de la chair…

 

 

La souffrance qui foudroie – comme frappe – et cingle – le vent…

Le bivouac précaire – à peine un camp sommaire – (délibérément) provisoire – quelques nuits tout au plus…

Le chemin des ténèbres et le chemin de la lumière – et nos pas – et notre esprit – qui s’emmêlent – qui courent dans toutes les directions à la fois…

Chaque jour – sa ration de gestes et de nécessités – quelques foulées – quelques lignes – un peu de silence – en attendant l’aube prochaine…

 

 

Tout s’éloigne – à portée de main pourtant – l’esprit comme un sac où s’entassent des bouts du monde – dans lequel on pioche selon ses goûts et sa faim…

Aujourd’hui – le vide a presque entièrement remplacé la besace ; les paumes sont sages – et ouvertes ; rien n’a disparu – rien n’est nécessaire ; avec le reste – le désir et l’appétit s’en sont allés…

 

 

Tous ceux que l’on exploite – que l’on ampute – que l’on assassine – pour notre usage – notre (détestable) agrément…

Un peuple d’inconscients et de meurtriers ; partout – le règne de l’absence…

Les mains aussi rouges que l’âme est triste et noire – les ombres pesantes – comme une enfance inattentive et capricieuse que (presque) tous nos gestes perpétuent…

L’altitude – une simple espérance ; pour l’heure – nous vivons (et c’est peu dire) au ras du sol…

 

 

Inconsolables – nous – les jouets du temps – lorsque arrive la mort…

Tout passe – bien sûr – nous le savons…

Seule demeure l’absence ; le vide – en nous – autour de nous – qui se renforce – qui se perpétue…

Au milieu des larmes – de l’effroi – de l’incompréhension – d’abord – avant que naissent le sourire et la joie – l’acquiescement tranquille à l’évidence…

 

 

Des désirs et des horizons qui se suivent…

Des ambitions et des lieux qui s’imposent…

Des visages – des tas de visages – sur le chemin – des croisements – quelques caresses parfois – jamais de (réelle) rencontre – des mains et des cœurs qui s’attachent – seulement…

Des choses que l’on amasse – des idées et des souvenirs que l’on assemble – (très) laborieusement…

La grande aventure des circonstances – des lieux que l’on aménage – que l’on décore – comme si le séjour allait durer…

Des vies d’ombre et de seuils (presque) jamais franchis – réduites au périmètre autorisé – au territoire que l’on nous a octroyé…

 

 

L’attente d’une aube – entrevue en rêve – réelle – profonde – sans dérobade possible…

A la place de toutes les choses du monde – pour porter aux lèvres un peu de lumière – un peu de joie – goûter l’essence pour la première fois – tout devenir plutôt que cette main tendue dans le vide – inerte – pétrifiée dans sa quête – dans sa (pauvre) mendicité…

Consentir au jour – à la seule issue envisageable – le visage si près du ciel – l’âme debout parmi les fleurs ; à notre place – peut-être – enfin…

 

*

 

Ce qui pourrait nous troubler – nous briser – avant l’éternité…

Qu’il faut donc de souffle et de patience pour savoir attendre…

Au pays de la douleur – le feu – le vent et l’immensité comme seuls appuis…

L’oubli du monde – des hommes – des circonstances…

La plainte portée si haut qu’elle devient notre seul étendard – l’unique chose que nous tenons entre nos mains – devant Dieu – avec, sur les joues, des larmes intarissables…

 

 

Un pas vers l’écart – vers l’intime – le lointain – une manière de marcher et d’habiter le monde…

La clarté devant soi prise pour un soleil – la lumière des Autres…

Sans miroir – la parole offerte…

Comme au cœur du désert – le silence…

Solitaire – sans personne à blâmer – sans territoire à conquérir – l’effacement plutôt – pas même une ambition – une simple perspective – une simple nécessité ; ce qui s’impose – en vérité…

En deçà et au-delà – à réunir – et dont il faudrait retrouver le centre – et construire – inventer – peut-être – l’intersection – un périmètre sans frontière – sans limite – Dieu sans le défi du monde et le monde sans le pari de Dieu ; quelque chose – un regard – un sourire – une tendresse peut-être – que l’on habiterait et que l’on pourrait poser au-dehors et au-dedans – qui serait – qui pourrait être – tout et rien à la fois – sans équivoque – sans arrière-pensée – sans jeu de pouvoir ; une manière de tout réunir – de tout assembler – en désordre – et d’aimer, d’une égale façon, l’harmonie et le chaos…

Ne rien meurtrir – n’outrager personne – aimer et accueillir – sans jamais se limiter aux apparences ; vivre – au-delà des règles – au-delà des lois – toutes les formes – tous les états – toutes les identités ; ne rien empêcher – ne rien interdire – accepter d’être ce qui vient – de servir ce qui s’impose – ainsi, peut-être, serons-nous capable(s), un jour, de devenir ce que nous sommes – réellement…

 

 

Le cœur collé au monde – si tendre sous la mitraille ; le bleu dévoyé par le noir – le rouge – le poids de l’or – l’esprit querelleur des peuples – la bêtise (presque incurable) des foules…

Le ciel nu – au-dessus – silencieux – qui acquiesce au cours (inévitable) des choses – comme la plus efficiente manière d’être présent – en laissant arriver ce qui doit arriver – trop souvent, le seul chemin pour comprendre ce qu’il faut comprendre et transformer l’ignorance et la barbarie en sensibilité et en lumière…

 

 

Le visage affublé d’un rictus inutile – qui s’impose néanmoins comme une résistance – un rejet de la stupidité et de la violence – reflet d’une impuissance mal vécue ; comme à chaque fois – presque à chaque geste – presque à chaque parole – touché en plein cœur par les flèches – toutes les flèches – décochées par le monde – la foule des dominants et des normopathes – sur tous les solitaires – les sans défense – les atypiques – tous ceux qui habitent les marges – qui vivent hors des cercles artificiels inventés pour se croire identique à tous les Autres…

Quel sombre chemin – quel sombre destin…

Le corps – le cœur – l’esprit – déformés par la douleur – contraints de vivre parmi leurs bourreaux – de se soumettre aux puissances d’instrumentalisation – d’irrespect et de destruction – de côtoyer la prétention et la médiocrité – de subir l’ignorance et l’intolérable proximité des hommes – nos pairs apparents alors que notre âme se sent infiniment plus proche des pierres – des arbres – des bêtes – du vent – des rivières et des Dieux…

 

*

 

Dans ce long virage – l’absence – les chutes successives – l’incertitude permanente – les yeux face à l’inconnu…

Dans l’âme – cet élan naturel vers la vérité – la simplicité – la tendresse et la lumière…

L’incompréhension de l’inconscience et de la cruauté…

Les mains sur les yeux – le cœur dur – comme s’il ne fallait rien regarder – comme si le monde était un champ de bataille intransformable et désespérant…

La vie comme une illusion – un orage permanent – quelque chose d’indomptable ; un vent froid auquel il faudrait se soumettre…

 

 

Rien ne sert d’explorer l’écume ; il n’y a que dans les profondeurs que se vivent les véritables aventures ; et ce qui, en nous, éclot – et grandit – sans même que nous nous en apercevions…

 

 

Un infime rectangle – une minuscule portion de l’étendue…

Rien d’important – un peu d’Amour – un brin de poésie – quelques couleurs contre l’angoisse – contre la mort et la nuit…

Rien d’important certes – mais ce qui importe – l’essentiel même peut-être car, sans doute, n’avons-nous que cela…

 

 

Un peu de joie contre le chagrin et la mort…

Un peu de lumière contre l’inertie et les tourments…

Et toute notre tendresse arc-boutée contre le ciel noir – sans violence – sans la moindre volonté – présente seulement comme un soleil innocent posé contre la glace – une proximité salvatrice pour le cœur et la chair – une manière, peut-être, de faire fondre ce qui n’existe pas (réellement) ; un état – à peine – pour un autre – ni meilleur – ni moins bon – simplement plus confortable pour le vivant…

 

 

Toujours de fausses valédictions – certes honnêtes et émues – mais si ignorantes encore…

L’opacité et les œillères qui voilent la lumière – la possibilité d’une autre couleur – d’une terre moins triste – moins funeste – moins lointaine…

Ce que nous célébrons de notre vivant – une forme très relative d’Absolu…

Ensemble – dans la solitude – une vague espérance d’éternité…

 

 

Des signes irréels pour compenser l’angoisse et la terre si limitée – comme un monde par-dessus le monde – une autre sphère sur celle qui nous a toujours laissé sans voix – qui nous a toujours paru inintelligible ; une façon (pourtant) d’appréhender ce qui paraît si tangible de la plus abstraite manière ; la preuve, sans doute, d’une connivence entre l’invisible et la matière…

 

 

Dieu – comme un feu sur notre soif – une brûlure sur nos lèvres trop bavardes…

L’âme éclairée – comme le monde et le rêve – leur nature révélée…

Et dans nos mains – le vide par-dessus la poussière…

Et dans nos gestes – l’accord et la voix – ce qui danse à l’air libre…

Peu à peu – l’infini et l’intimité – ensemble – merveilleusement vivants…

 

 

A l’origine du monde – la gravité des étoiles ; le vide tombé de lui-même – ne sachant comment se rejoindre – et nous déléguant – nous abandonnant (un peu lâchement) cette tâche sans tenir compte de nos faiblesses – de nos inaptitudes – de nos limitations…

Et cette longue route – et cet interminable voyage – comme une besogne sans fin que, chaque jour, il (nous) faut reprendre…

 

*

 

Rien pour éviter la chute – l’effondrement…

Doit tomber ce qui, un jour, a été érigé…

Doit s’éparpiller ce qui, un jour, a été assemblé…

L’usure – le vent – la gravité…

Et jamais trop de lumière à nos fenêtres…

Et jamais le cœur trop sensible…

Et tout ce que nous devons brûler pour accéder à un autre monde – à une autre perspective…

 

 

Des oiseaux plein la tête – sous la voûte…

Des chants qui égayent la vie sur les pierres noires…

Rien que des cendres et des rêves avant que le doigt ne désigne l’œuvre du feu – la besogne nécessaire à l’émergence de la joie…

Ni plainte – ni recommandation…

Le jour – en un seul mot…

Dieu et notre présence – identiques de la naissance à la mort – durant cette (quasi) parenthèse du temps ; à peine – un voyage – bien plus sédentaire que nomade ; une sorte de séjour – le plus souvent – sans miracle – entre la douleur et le sommeil…

 

 

En ce monde – l’aube inutile – perçue comme un empêchement – une pauvreté – quelque chose de trop aérien – de trop peu réel – pour ce monde qui encense (presque exclusivement) le rêve et la terre…

La nuit – toujours – au détriment de la lumière…

Nous – dans l’ombre – sous un soleil très lointain – étranger – sans regret tant les songes nous accaparent – tant les malheurs du monde nous indifférent – tout entier(s) occupé(s) à notre tâche – à nos soucis – à nos gesticulations…

L’impossibilité du miracle inscrite dans la semence et le sang – l’esprit trop lacunaire – trop (beaucoup trop) de psyché – d’embarras et de tourments – si insensible(s) encore – et toutes ces frayeurs dont nul ne sait que faire…

Des existences bien trop terrestres pour espérer une humanité aux yeux ouverts…

 

 

Lieu sans fin – comme ce voyage – cette fuite – ce retour inéluctable vers la lumière ; la suite permanente du dernier jour – mille déchirures à recoudre – mille plaies à soigner – mille brûlures à panser…

Mille gestes – mille choses à faire – pour réparer ce que nous avons patiemment dévasté ; frotter les taches – apaiser les cœurs – consoler les âmes – guérir les corps – apprivoiser les tourments et les malheurs ; chaque jour – remettre sa besogne sur le métier – apprendre à voir – à rire – à vivre – à remplacer la peur par un peu de joie ; se rapprocher, peu à peu, de cet Amour grandiose…

En deçà et au-delà (bien en deçà et bien au-delà) des convenances – la tendresse et la fraternité que nous n’avons – pour l’heure – connues qu’en espérance…

 

 

Un matin de joie – au bord de la source – près des pierres baignées par l’eau de la rivière – les pieds plongés dans le courant – le front à l’air libre – et l’âme, au-dedans, tremblante – frémissante…

La parole naissante – à l’ombre des feuillages – qui se dépose sur la page – comme un peu de craie sur la roche ; le jaillissement tranquille des mots – jamais de souvenirs – jamais d’inventions – ou alors involontaires – dictés par je ne sais quel visage du silence – un peu nostalgique peut-être – un peu trop ambitieux sans doute – rien que des choses glanées dans le sillon imperturbable des jours – du temps qui passe – de l’expérience intimement vécue – hors des griffes du monde – et qui savent échapper à l’avidité des créatures ; un peu de lumière, parfois déguisée en ombre – jetée presque au hasard par les mains habiles – par les mains précises – d’un ciel ardent – exalté – impassible…

 

*

 

Des cercles – une infinité de cercles – distincts en apparence – identiques dans leur nécessité de frontière – si semblables dans leurs règles et leur contenu…

Et, au-dessus, Dieu qui se moque en riant – tantôt tendrement – tantôt férocement – de tous les encerclés – qui s’amuse à brouiller les pistes et les confins – qui emmêle les périmètres et les voix – qui invite vigoureusement au mélange – à déverrouiller toutes les circonférences – à faciliter toutes les intersections et tous les passages…

Un appel vibrant à la multitude et à la diversité – dès le premier geste – dès le souffle inaugural…

 

 

Sans contour – les ombres – entre elles…

Des larmes à la place des étoiles…

Des jours sans vigueur…

Des crépuscules rougeoyants qui se succèdent sans hasard…

Du sommeil – en quantité – jamais salvateur – jamais revigorant ; chaque matin – comme des couches de torpeur supplémentaires…

La croissance du mal – l’intensification de l’ignorance…

Le soc – le glaive – l’hostilité…

Des territoires – des bêtes – des Autres – éventrés…

Qu’importe la mort pourvu que brillent les couronnes…

Qu’importe le sang et les massacres pourvu que la terre nous appartienne…

Qu’importe les fleurs pourvu que nos poches regorgent d’or et d’argent…

Qu’importe le monde et le ciel pourvu que nous vivions comme des rois – comme des Dieux…

Le vrai visage des hommes (on peut le craindre)…

 

 

Des courbes entre nos mains – des lignes – des pages parfois – le soleil dans ses hauteurs…

Et nous autres – trop honnêtes et trop humbles – pour nous accorder un peu d’altitude – la moindre faveur…

L’âme dans ses fulgurances – le rire et la joie lorsqu’il s’agit de partager le livre et le pain…

L’offrande au monde et l’offrande aux Dieux ; notre seule véritable besogne – ici-bas…

 

 

Ce que ni le monde – ni le temps – ne peut dérober – l’être-vide qui, peu à peu, se retrouve – se reconstitue – en se défaisant de ses voiles – de ses embarras – de ses empêchements – pour recouvrer sa parfaite intégrité et cette (si précieuse) intimité avec les choses – celles que réclament Dieu et l’existence – pour vivre pleinement – sans la moindre distance – sans la moindre réserve – sans la moindre retenue…

Parfaitement présent(s) – totalement affranchi(s)…

 

 

Par poignées entières – ces cris jetés à la face des Autres – la souffrance – l’offense – l’humiliation – séduit(s) – rejeté(s) – malmené(s) par la danse sauvage (et permanente) des alliances et des trahisons…

Les désillusions – l’éradication des croyances – l’effondrement de toutes les certitudes ; nos plus précieux apprentissages…

 

 

L’évidence de la lumière dans les yeux vides et confiants…

Une route – comme toutes les routes – où l’on finit par se perdre ou par se lasser des choses et des visages qui nous accompagnent – sur laquelle on enchaîne les pas de manière mécanique – sans plus savoir pour quoi l’on continue de marcher…

Le monde – comme une pente – une illusion supplémentaire – quelque chose qu’il faudrait creuser jusqu’à l’essence – comme l’existence – comme ce que les hommes appellent Dieu et l’âme – comme ce que nous sommes et ce que nous portons…

La solitude – l’une des seules certitudes – sans doute…

Rien que le désert ; et l’esprit – en soi – qui sonde – qui jauge – qui regarde ; le corps qui goûte – qui souffre – qui jouit ; et le cœur, bien sûr, qui éprouve – qui s’engage – qui s’aventure…

Le regard et la sensibilité qui s’aiguisent et se déploient – les signes – la preuve – que nous existons à la fois comme voyageur et hors de tous les cercles dédiés aux mouvements…

 

*

 

Le cœur, parfois, évidé par le rêve et, d’autres fois, par l’Amour – la place vacante, tantôt par le refus de ce qui est vécu – l’aspiration à l’ailleurs – tantôt pour accueillir (pleinement) ce qui vient…

Deux causes – deux mouvements – une seule direction…

La vie qui passe – en un (si bref) éclair…

Ce qui prépare au ciel et ce qui prépare au sommeil…

 

 

Un peu de fatigue avant la mort – le repos et l’arrachement – moins, sans doute, que la continuité du voyage…

Ce périple sans fin – comme un permanent va-et-vient entre l’origine et son déploiement – ses détours – quelques circonvolutions entre le centre et ses périphéries ; la sempiternelle histoire du rapprochement et de l’éloignement – comme assujetti(s) à un mouvement perpétuel…

 

 

Les aventures de la chair et du nom – de vie en vie – à travers toutes les morts – jusqu’à l’effacement (cyclique et provisoire)…

Identifié(s) à notre façon de nous tenir debout – à notre manière de marcher – de traverser le monde – de faire face aux circonstances…

Seul et sans vanité – conscient de notre inimportance – prêt à devenir ce qui s’imposera – naturellement à l’écoute ; engagé (malgré soi) dans cette perspective où la tête pèse de moins en moins par rapport au reste – une infime parcelle d’espace au cœur de l’immensité…

Notre (seule) aspiration humaine ; l’expérience permanente de l’Absolu ; et son jeu – et notre ressenti – intermittents – entre intensité et absence – entre intimité et indifférence – entre joie et désespérance ; sur le fil – toujours – qui relie tous les extrêmes – dans cette marche – dans cette oscillation perpétuelle ; sans cesse actionné(s) par le monde – les circonstances – l’invisible…

 

 

La tête redressée qui émerge des feuilles – sourire aux lèvres – riche de tous les secrets découverts lors de la fouille…

La vraie couleur du monde derrière les yeux…

Le cœur clair et calme – qui sème, dans son sillage, quelques cailloux…

Sans fièvre – sans appui – sans héritier – libre des pentes – des Autres – des inclinaisons…

Quelque chose – en soi – du franchissement…

Enclin à révéler le trésor dispersé dans l’âme des vivants…

Notre besogne ; quelques tourbillons – à peine – à la surface de l’océan…

 

 

A l’abri des Autres – des assauts – des coups de force – derrière ses remparts – l’âme au cœur de sa fragilité consentie – et assumée – conçue néanmoins pour le voyage et l’aventure – confinée par la crainte du monde – encerclée par les menaces et les dangers – contrainte de défaire ses propres nœuds pour goûter le ciel – la terre – le vent et l’immensité – ce qu’offre la liberté lorsque l’on a compris que le seul piège – et les seuls obstacles – sont ceux que nous avons créés ou inventés au-dedans…

L’horizon vertical après avoir osé passer la tête à l’extérieur – l’espace évidé sous le front – comme réinitialisé par la déconstruction et l’effacement…

La marche dans le sens du courant – à visage découvert – sans personne – sans appui – sans bâton…

 

 

Partout – à travers la lumière – ce qui nous ressemble…

La visite des uns et des autres ; mille rencontres possibles – mille effacements – mille oublis ; ce qui invite à participer à toutes les danses…

La nudité et la transparence – de moins en moins étrangères…

 

*

 

Au milieu des ombres tenaces – pénétré par le vide – à la manière d’un rayon de lumière – comme un jaillissement intérieur ; la preuve d’un soleil doué d’ubiquité…

Ici – au cœur du silence – offert à toutes les faces de l’invisible…

L’oubli des images et de toutes les dilapidations…

Sans guide – sans prétention – comme une feuille sur laquelle tout peut être écrit – donné – repris – raturé – effacé – sans le moindre dommage – sans le moindre regret…

L’annonce de la fin du temps – comme la chute (interminable) d’une pierre dans un abîme sans fond ; l’éviction d’un fardeau – de mille souvenirs – de mille promesses – inutiles…

L’honnêteté absolue de la marche et de la perspective alliée à la rectitude incorruptible de l’âme…

 

 

La chair tendre – les bras accueillants…

Tout contre soi – la flamme et le chemin – le souffle et le ciel – notre pas et notre respiration – la vérité passagère et sans formule – momentanément éprouvée ; le geste et le jour – sans la nécessité du langage…

La quiétude – au milieu du chaos – au cœur du noir – plongé(s) dans la poussière – au ras du sol…

 

 

Un espace sans ascendance – voué à tout déléguer – propice à toutes les extensions – à toutes les expressions – à toutes les explorations – et qui invite toutes les têtes à retrouver leur origine et leur parentèle ; sans doute, la seule (véritable) ambition – sans doute, la seule (véritable) besogne – sans doute, la seule (véritable) finalité – de l’existence et du monde…

 

 

Fleurs et flèches – sous la neige – avant l’effondrement…

Le regard glissé par-dessous la nuit pour dévisager le sommeil des vivants…

A pas comptés – jusqu’à la somme des blessures – jusqu’à la somme des dissimulations – impatient (très impatient – pourtant) de découvrir, derrière l’affreux décor terrestre fabriqué par les hommes, la beauté naturelle du monde – la beauté naturelle des choses…

 

 

Cette voix – portée discrètement – par l’encre noire – comme pour souligner – sur cette terre froide – en ce monde si insensible – la possibilité d’une tendresse – la présence d’un espace moins obscur que le reste…

Le ciel franchi – à genoux – sur le sol – le front baissé – l’âme humble – docile – obéissante – et redressée au-dedans – nu des pieds à la tête ; il n’y a, sans doute, d’autre manière…

 

 

Le feu au fond qui tient notre cœur au chaud ; le lent travail de Dieu et du silence – sur l’âme…

L’abandon progressif des horizons – la somme des pertes qui se précise…

Sous les yeux – l’air brûlant et la brume des jours…

Et notre joie – insoumise – démesurée…

 

 

Tout recule à notre approche ; et tout approche lorsque nous savons nous effacer…

L’esprit assurément affranchi des peines alors que le reste (tout le reste) baigne (plus ou moins profondément) dans les malheurs – la souffrance – les tourments…

Une vie humble – à l’air libre – qui ressemble à un regard sans exigence – au-dessus de la terre – le ciel (en partie) apprivoisé – au cœur des alternances (inévitables) – dans un monde imparfait où se succèdent les éclipses et les fulgurances…

Deux bras qui se tendent vers l’improbable…

L’Amour possible en dépit de l’absence…

Un geste – une tâche – sans doute, aussi vains que tous les autres…

 

 

A travers la houle – la colère ; à travers la clarté – un feu – pour résister à l’indifférence du monde…

Notre singularité – comme un cri inentendu pour essayer de lutter contre le règne magistral de l’interchangeabilité…

 

*

 

Ce qui nous tend la main – comme un ciel précisément déployé – ce que dissimulent (si souvent) tous les assemblages – ce que l’on délaisse (en général) – ce à quoi l’on ne prête guère attention – comme un air d’ailleurs – un parfum inconnu – qui nous inquiètent – qui nous effrayent – que l’on préfère ignorer…

Nos yeux qui regardent – capables de regarder – seulement après le seuil de l’angoisse – de la paresse – de l’épuisement – franchi…

 

 

La présence et le geste – la seule chose à faire– la seule œuvre à réaliser – en ce (bas) monde…

Devenir cette étendue animée qui sait se faire présente – en toutes circonstances – qui sait nous étreindre et nous embrasser – sans jamais nous retenir prisonnier(s)…

 

 

L’horizon – comme en suspens – dans le regard immobile – la vie qui grouille sur le sol – en nous – sous les pierres ; la lumière blanche – le jour lisse – légèrement favorable – l’âme sans ses vêtures d’usage – aussi dénudée que la neige et l’enfance – à la merci du silence – à la merci des imbéciles et de tous les affamés du monde…

Qu’ils se nourrissent donc de notre joie – tous ceux qui ignorent – tous ceux qui ont faim…

 

 

L’oreille – le plus près possible de l’écoute – les yeux, du regard et l’esprit, du silence – suffisamment nu(s) et effacé(s) – suffisamment attentif(s) – pour savoir se faire présence – le feu lové au creux de notre main en attente…

Au cœur du seul foyer possible – en ce monde fantomatique – sur ce sol froid – sur cette terre gorgée de sang – saturée de peines et de querelles ; la tête qui dépasse – à peine – d’un immense champ de fleurs et d’ossements – comme une île dérisoire entourée d’un vaste océan de larmes et d’espérance ; une vague protubérance – un peu de bruit – dans le vacarme et le néant…

 

 

Au fond du vide – au fond du monde – le même feu éternel – cette ardeur consubstantielle à l’origine…

La course des astres – la transformation des formes – au cœur de l’espace – précipités les uns contre les autres – éparpillés aux quatre coins de l’étendue – si impatients de retrouver le souffle premier – le geste inaugural – la matrice enfantante…

 

 

L’esprit accordé au vivant – dans le cadre du voyage – cette longue marche sur les routes – l’âme mille fois traversée par sa parentèle – ce qui la fit naître – autant que la matière…

A petits pas – nous rejoignons ce lieu qui nous creuse – qui nous agrandit – qui nous transforme, peu à peu, en canal ouvert – en outil de plus en plus conséquent et nécessaire…

Comme la parfaite extension de la conscience…

 

 

De territoire en territoire – aussi longtemps qu’on nous laissera vivant(s)…

Entre nous – le vide – l’invisible – ce qui nous entoure et ce que nous sommes aussi…

 

 

Diantre ! Que nous aimons la forêt désertée par les hommes – la belle solitude auprès de nos frères qui peuplent ce territoire – ses profondeurs – à écorce – à plumes – à poils – à carapace – qui participent, malgré eux, à la danse naturelle du monde – un peu cruelle – un peu sauvage – inévitable en ces contrées…

Et notre œil au cœur de la multitude – inconsolable – comme le reste du monde – en secret peut-être…

 

 

Au-dessus du blanc – l’immensité ; et la crispation en dessous – le rouge écarlate des visages rageurs et du sang qui coule à flots sur le sol peuplé de tombes – gorgé de vermines et de chair putréfiée ; des dents et des mains terrifiantes – des esprits avides – des ventres affamés – des amas de morts, de vivres et d’excréments…

Ici – plongé(s) au cœur du plus vieux jeu du monde – au-dehors comme au-dedans…

 

*

 

Coincé(s) au cœur du délire inventé par d’Autres – témoin(s) d’un spectacle – de mille spectacles – dans lesquels nous nous voyons jouer avec entrain – avec ferveur – avec conviction – comme s’il y avait là un enjeu vital – incompréhensible – (totalement) indéchiffrable – et un passage secret – mille passages secrets peut-être – vers ce que certains appellent, parfois, la vraie vie

De bout en bout – à travers toutes les failles de l’histoire – une longue série de possibles – d’inventions – d’accès à l’au-delà de la fable…

 

 

Au centre des cercles concentriques – momentanément éparpillés – pour ajouter au vide un peu de consistance et de confusion dans les esprits…

Rien de saisissable ; ni le rêve – ni le réel – presque les mêmes mythes – à quelques tourbillons près…

La vacuité – comme agitée et bouillonnante – débordant d’elle-même…

 

 

Un pas de côté pour s’affranchir des traces terrestres (inévitables) – si minuscules – si dérisoires – comparées à l’empreinte gigantesque des Dieux sur la terre…

D’incessants combats quelles que soient la nature et la dimension des existences et des visages…

Un peu de silence dans une parole dans un silence…

L’infini ainsi mis en abyme – partagé entre l’espace vivant et le langage poétique…

Indemne(s) à chaque transformation – à chaque étape du voyage – de l’invention – de la création fictionnelle – intensément théâtrale…

Des parures – de simples parures ; quelques masques et quelques déguisements…

Un spectacle – un périple – sans acteur – sans spectateur – sans danger (véritable) – sans nécessité de réussite ou de conquête – sans autre enjeu que lui-même (absolument dérisoire et sans conséquence) – où rien n’est engrangé – où rien n’est perdu (où rien ne peut être engrangé – où rien ne peut être perdu) ; de simples formes changeantes qui habillent provisoirement notre nudité originelle – et un dialogue permanent entre nous – malgré le règne et l’indiscutable souveraineté du silence…

Un peu de nuit dans le jour – un peu de jour dans la nuit ; le jeu permanent du mélange et de l’incertitude sur fond de lumière ou de néant – qui peut (réellement) savoir…

 

15 septembre 2021

Carnet n°266 Au jour le jour

Janvier 2021

Nous – ici – comme d’autres – ailleurs – si proches – si différents – pareils à cet air brassé – à ces moments immobiles et mouvementés…

La vie – comme une pente étrange sur laquelle on s’attarde (tous) un peu…

 

 

Nous – au cœur des méandres du monde et du langage – un peu au-dessus parfois – comme un oiseau qui surplombe les eaux d’un fleuve – et qui y plonge, de temps à autre, pour se nourrir…

Nous reposant – en appui sur les choses posées sur la pierre – dans un interstice naturel – éloigné (suffisamment éloigné) des foules – des rumeurs – des bavardages – de tous les bruits humains…

Debout – vivant – en ces lieux délaissés où les vents – les bêtes et les solitaires – peuvent exister – se retrouver – sans crainte – participer à un monde (totalement) étranger aux hommes…

 

 

Sur notre terre natale – propice à l’entente…

Des âmes attentives – affranchies du temps et de la faim – libérées des conventions et des espaces civilisés – sans étendard – sans messager – l’oreille délicate à l’écoute de l’invisible – capable d’entendre, derrière le brouhaha du monde, la danse des Dieux et le chant discret des étoiles – la ronde silencieuse de toutes les figures célestes…

L’Amour capable – bien sûr – de percer les secrets du monde et de faire naître la tendresse qui se dissimule derrière l’ignorance et la férocité…

Comme une faille – dans notre attente immobile et désespérée…

Avec – soudain – l’irruption de la lumière (et de l’espérance aussi peut-être) – dans la nuit et le néant – dans la sauvagerie et l’inconscience viscérales des vivants…

 

*

 

Nouveau-né de l’instant – à jamais – comme le premier regard – le premier jaillissement…

Une faille dans le ciel et l’éternité – un interstice au fond duquel peuvent naître le temps et des éclats de matière – des fragments d’espace enroulés sur eux-mêmes – des choses minuscules et fragiles – incroyablement mobiles et provisoires…

Le monde à la fois abandonné à son (propre) destin et relié, de mille manières, à l’origine – à l’étendue silencieuse…

Le versant immuable de la blancheur fragmenté avec violence (et précision) pour donner naissance aux formes nues et évolutives…

La mise au monde dans les cris et l’obscurité – l’étonnement et la douleur ; et, simultanément, le commencement du long voyage vers la matrice – le retour laborieux et labyrinthique à l’Ithaque premier…

 

 

Nous – sous la glace – derrière le miroir – au plus près de la neige – aussi éloigné(s) des Autres que possible – à moitié disparu(s) – enseveli(s) par les reflets du monde et les représentations humaines…

Immobile(s) – entre les cimes et les amas de gravats qui s’accumulent – entre le sommeil et le rêve de tous nos congénères – comme paralysé(s) par la gravité des circonstances et l’inertie de la pensée…

Prisonnier(s) de la bulle et du magma…

A l’abri de rien – l’esprit inquiet et l’existence gesticulante…

De l’air brassé – au même endroit – comme une sorte de surplace affolé et angoissant…

Notre sort commun – l’âme – la tête et les pieds – englués dans les possibles – l’épaisseur et l’abstraction…

 

 

Le secret jamais percé par les signes – mais par le regard – la qualité de l’attention – son acuité – sa profondeur – son envergure ; cette capacité – cette puissance à l’œuvre dans l’extinction de soi…

La vie pleine et magnifiée – dès que l’on parvient à se soustraire…

 

 

Face au ciel – au temps approfondi – comme une halte – un arrêt – dans l’usage du langage ; le silence devenu plus indispensable que la parole – plus approprié, bien sûr, à l’exploration des pans intérieurs – à la recherche des secrets enfouis – du mystère dissimulé dans les profondeurs de l’âme – à même le monde et l’existence…

Le jour – révélé – jusqu’au cœur même de la déchirure…

 

 

A notre portée – dans l’effraction de la tête – à nouveau – l’âme exposée – comme offerte au regard – à la malice des sous-sols…

Le renversement du ciel – au-delà de l’espérance…

Ce qui nous hante – ce qui nous porte…

L’émiettement programmé des débris – leur réduction en poussière – afin de dégager l’espace et le passage – de favoriser la métamorphose – de fragmenter le temps jusqu’à la cassure – jusqu’au suspens…

Le monde à l’arrêt et l’âme immobile – les conditions propices à l’émergence de la lumière ; le jaillissement d’un fanal immense – aussi vaste que la nuit – superposé – exactement – à l’obscurité…

Le goût – et la possibilité – d’une réelle renaissance…

 

*

 

Notre vie – comme une farce inventée par les Dieux – que viennent compléter les visages – les chemins – les rencontres – chaque circonstance – comme un coup de pinceau supplémentaire sur ce que l’on ne distingue jamais clairement – sur ce que l’on devine – sur ce qui se ressent – sans erreur possible…

Notre vie – cette mascarade – une minuscule comédie aux ressorts tragiques – aux accents dérisoires ; comme une danse bruyante de quelques pas sur le fil du temps – au-dessus du silence – au-dessus de l’éternité…

 

 

Ce qui commence avec nous – pas grand-chose – à peu près rien – une histoire insignifiante – sans le moindre intérêt…

Un vague tournoiement de l’air – à peine perceptible – derrière nous…

Et le néant vers lequel nous avançons…

La disparition et l’immensité immobile – perpétuellement…

 

 

Le souffle et les pas enflammés sur la terre…

Tous les murs de paille, peu à peu, incendiés – au fil de notre marche – à mesure de nos avancées…

Pas une dévastation – une délivrance – un gain d’espace – une liberté grandissante…

De moins en moins de peurs et de visages…

De moins en moins d’étalage – de bruits – de fantômes…

L’haleine qui apprend à se faire discrète…

Une silhouette furtive qui passe ; une ombre – à peine…

Qu’importe les paysages et les chemins…

La lumière sous les pas – au bout des jambes – l’âme désemmurée – en plein soleil – et un peu de neige sur le sol – de quoi laisser quelques traces involontaires…

L’épaisseur d’une vie – une mince tranche de rien…

Et le cœur – et le ciel – en joie – pourtant…

 

 

De la roche – des arbres – des visages – comme posés devant le ciel – sur la terre – et dont l’image vient se créer – et se fixer – en arrière des yeux – dans la tête – comme toutes les apparences du monde…

Et nous – dans cette cassure – dans cette jointure – entre le dehors inventé et le dedans supposé…

Déjà – naturellement – ontologiquement – dans l’entre-deux – entre le réel et l’imaginaire – sur cette frontière floue et mal définie – très peu observée et circonscrite…

 

 

Les yeux – le regard – sur un morceau d’espace séparé – relié – proprement habitable pour que puisse émerger – et survivre pendant quelque temps – un peu de matière vivante – un peu de chair animée…

 

 

Le temps fractionné – le présent le plus haut – et le plus tangible sans doute – comme un surcroît de présence et d’attention – un regain de lumière et de sensibilité…

Un supplément (évident) d’acuité – une perception à la fois plus large et plus profonde – et bien plus fine qu’avec les sens habituels – infirmes – comme amputés de l’essentiel…

 

 

Des morceaux d’étoiles assemblés pour reconstituer la route – toutes les routes – et entreprendre le voyage…

Emprunter l’itinéraire dessiné par la terre et le ciel pour rejoindre le jour – l’origine – l’envergure et la densité de l’étendue immuable…

Le fil ininterrompu – horizontal et vertical…

L’essence et le monde – d’un seul tenant…

La trame tissée de l’espace…

Tout au-dedans – emberlificoté – la multitude enchevêtrée au vide ; l’être comme le prolongement naturel de l’âme – la solitude et la joie éprouvées au cœur de la matière – au cœur de l’immensité…

 

*

 

Tous ces chemins – tous ces mondes – nés avant nous – tous ces effondrements et toutes ces fins – que nous aurons connus – et que nous continuons d’emprunter et d’expérimenter – et dont nous poursuivons l’œuvre – et sur lesquels nous continuons d’édifier et de donner naissance – malgré nous…

Immobiles – dans l’air au-dessus de nos têtes…

Dans le jour – disparaissant déjà…

 

 

Dans les mains – le présent – l’invisible – ce que l’on offre à ce qui est devant soi – sur le sol – dans le ciel – au milieu du monde – derrière les masques et les déguisements…

La possibilité d’une présence – au cœur de la matière douée (seulement) de cognition – encore (très largement) empêtrée dans une épaisseur – une opacité – qui rend laborieuse (très laborieuse) l’exploration de la conscience ; les instincts – sans doute – trop profondément enracinés dans la chair…

 

 

D’un enfer à l’autre – d’une étoile à l’autre – d’une terre à l’autre – mille voyages – mille interstices au fond desquels on peut vivre caché…

Dos au mur – yeux au ciel – les saisons qui passent – tantôt sur les pieds – tantôt sur le séant…

Sur le sol – l’étendue et la lumière intermittente…

Le rôle du monde et des circonstances dans nos (maigres) avancées – notre itinéraire labyrinthique…

Et ce qu’il reste à comprendre et à expérimenter – avant de poursuivre sa route…

Le feu et le vent – ce qui guide nos pas jusqu’à la prochaine étape…

 

 

Du ciel dans le fond de l’air – notre front sur la pierre – l’obscurité du contexte – notre visage heurté par le monde – façonné par l’invisible – les horizons involontaires – nos propres limites – peut-être…

 

 

Le vide et le monde – sous nos yeux – main dans la main – exerçant leur alliance dans nos vies – au fond de nos têtes – jusque dans nos moindres gestes – inséparables…

 

 

Nomade des interstices – d’un lieu à l’autre – à l’écart des hommes et des bruits du monde (civilisé) – dans le retrait et la solitude nécessaires au silence et à la contemplation…

Engagé dans l’existence et les gestes quotidiens – essentiels – indispensables – à cette distance favorable à la proximité du cœur…

Des silhouettes lointaines – comme un grand corps animé – pas de visage – pas de face à face – trop grossiers – trop irrespectueux – inscrits systématiquement dans une relation intéressée – conflictuelle – utilitariste…

Jamais l’Amour pour l’Amour – le respect pour le respect – l’attention sans intention – le souci de l’Autre sans attente – l’intime compréhension de la dimension (éminemment) précieuse de chaque être et de chaque chose – sans la volonté d’en tirer parti ou avantage…

Toutes les formes portées par la nature même du monde et la beauté du regard – pleinement présent – tendrement attentif – dégagé de toute exigence et de tout désir d’instrumentalisation – d’aliénation – d’exploitation…

La réification et l’appropriation égotique remplacées par l’innocence et la tendresse…

La présence et le soin – parfaitement gratuits et impersonnels…

Une affection et un dévouement – en actes – absolument désintéressés…

Le vide – l’essentiel et la nécessité…

L’espace dans son œuvre de rassemblement…

Le geste ancillaire – une vie entière de révérence naturelle…

 

*

 

Découvert contre la butée – à l’extrémité du monde – là où la douleur est si forte que la mort est une délivrance – où la liberté consiste à se fondre dans la glace et l’obscurité – la seule issue – sans doute – s’abandonner à la matière et la déposer sur le dernier mur de pierres avant le ciel – avant l’abîme…

Comment pourrait-on décrire ce qui nous attend – les horizons suivants…

La terre – serrée contre soi – avant le plongeon – avant d’être hissé de l’autre côté…

 

 

Le monde – très loin – à peine effleuré autrefois – au temps des tentatives d’intégration – le corps contre celui des Autres – mais l’esprit ailleurs – plus loin – autrement – plus haut peut-être – et cette sensibilité plus aiguë – à travers les yeux – le regard et la peau…

Le monde en souffrance – le monde en nous – identiques…

Le froid des âmes – le sang tourné vers quelques désirs obsédants – insatiables – récurrents…

A peu près tout – tourné – en marche – vers les mêmes horizons – et devant soi – la route vide – libre – dépeuplée – avec un feu immense à l’intérieur et de la douceur dans notre intimité – cette tendresse qui se découvre lorsque les Autres ont disparu [lorsqu’ils se sont éloignés ou nous ont quitté(s)]…

Le cœur en fuite – contre la pierre ; la distance – toutes les distances – comme abolies ; le soleil à la place du front et le vent en guise de respiration…

Nous – devenant, peu à peu, le monde ; et le monde perdant, peu à peu, son nom ; chacun retrouvant le jour – notre réalité…

 

 

Du magma – une masse de matière mouvante – et quelques trous pour les yeux et la respiration ; de quoi vivre et s’orienter dans la mélasse…

Et, de temps à autre, des bouts d’espace – un éparpillement de la lave – cette étrange purée de substance – comme une sorte de dédensification – un peu de souffle – un peu de ciel – du rêve encore bien trop souvent – et, parfois, un élan vers l’envol – vers l’éclosion – une issue vers le franchissement et la liberté ; une manière d’échapper à l’inévitable – à la pesanteur – à l’engluement – à cette insupportable détention…

Le voyage – comme une éclaircie – une extraction – un passage…

Et toutes les manières possibles de se dépêtrer des choses de la terre pour rejoindre le vide…

L’une des voies – et l’autre, très différente – presque opposée ; l’effacement et la fusion avec le contexte et l’environnement ; se fondre dans le monde et la densité – et disparaître…

D’un côté – le rapprochement jusqu’à l’union – et de l’autre – l’éloignement – l’étirement de la séparation jusqu’à la rupture – jusqu’au plein désengagement – jusqu’à l’exil – jusqu’à la parfaite solitude…

Les figures majeures de la révolte – ce qui s’oppose au sommeil – aux désirs communs – à tous les rêves de gloire et d’expansion…

L’humilité – l’effacement et l’infini…

 

*

 

Dans le pas – ce qui brûle – la même flamme qu’au fond du cœur…

Le souffle – dans la poitrine – comme le vent au-dehors – de la même nature ; l’un et l’autre scellés dans la terre – scellés dans le ciel…

Nos gestes – sans autre nom à offrir…

Et cette route que nous allons suivre jusqu’à la fin…

 

 

A peine plus vaste que nous – l’infini ; de la même taille – à (bien) y réfléchir – parfaitement ajustable…

 

 

Près de nous – légèrement en avant – notre voix – aux côtés de notre ombre qui s’allonge dans la lumière du soir…

Bientôt – peut-être – à genoux dans la neige – au seuil de la découverte ; la posture et le contexte – sans doute – les plus favorables à l’accueil – ce que toutes les âmes du monde seront, un jour, amenées à comprendre (et à réaliser)…

 

 

L’horizon au seuil du ciel – à portée de main – le rapprochement et la proximité comme seule perspective possible…

 

 

Le bras qui se tend dans la même direction que les yeux – les yeux qui regardent là où le cœur aimerait se poser – le cœur poussé par quelques forces mystérieuses au-dedans…

L’invisible – partout – jusqu’au bout des doigts…

 

 

Le lent travail du jour sur l’âme – sur la pierre – sur l’air que l’on respire – sur le monde dans lequel on nous oblige à vivre…

Le regard qui vient couronner notre permanent labeur – la besogne des cœurs – complices de la clarté…

Dieu dans l’espace – en notre for intérieur…

 

 

Au-delà de la figure du rêve – le vide et le noir – l’impossibilité d’être – de devenir – d’expliquer…

A travers la faim – l’issue – la possibilité…

Admis au centre de tous les cercles du réel – au cœur de l’espace – dans le prolongement naturel (et inévitable) du périmètre géographique…

Ce qui advient – ce qui se dissipe – sans le moindre gain – sans la moindre perte…

Une présence humble – sans orgueil – sans intention – disposée à tous les rôles – à tous les usages nécessaires – au vide – à la tranquillité ou au déchaînement débridé des circonstances…

Un regard – à travers les yeux – aussi présent dans les gestes que dans la manière d’être ; bien davantage qu’un visage – une tendresse perceptible – avec le monde entier dans l’âme…

 

 

A notre place – ici – ailleurs – dans toutes les marges du monde – au bord de toutes les routes – aux confins de tous les territoires (trop) peuplés – au centre pourvu que l’espace soit habité et que la présence soit (réellement) vivante…

 

 

Quelques paroles – avec un peu de silence sur la langue…

Le monde éclairé par la seule lumière possible – cette clarté du dedans à l’intensité (très) variable…

La discontinuité des états dans le flot (quasi) continu des circonstances – toutes nos réalités – à l’intersection des cercles de l’âme et des choses…

En bordure du temps – là où la durée s’interrompt – là où l’avenir et le passé se résorbent dans la densité de l’instant…

Des échanges et des passages (très nombreux) vers l’inconnu…

Le règne (évident) de l’invisible et la matérialisation (un peu tapageuse) de tous les possibles…

 

*

 

L’étendue qui s’embrase – et l’air embarrassé comme s’il s’agissait d’un accident…

Le couronnement de la blancheur – la disparition des masques de glace – leur lente (et inévitable) liquéfaction…

Le sol regardé à la hauteur du ciel – le ciel comme retourné qui laisse apparaître, derrière le bleu, l’infini et l’éternité – un regard – une manière d’être présent – sans doute – la part la plus secrète de notre identité – celle que les hommes (en général) attribuent aux Dieux – au Divin – à une entité extérieure qu’ils jugent supérieure et sacrée…

L’innocence et la neige redevenant, peu à peu, notre âme – notre visage – notre nature – l’essentiel de notre vie…

Comme libéré(s) de la poussière et du néant – du jour trop lointain et des circonstances…

 

 

A piétiner, parfois, dans le feu – parfois, dans le froid – le cœur et la main entièrement occupés à séparer l’essentiel du superflu – à dégager les yeux des voiles qui les recouvrent – à secouer le réel pour le débarrasser de ses parures – de ses artifices – de nos mythes et de nos mensonges – à battre quelques fragments de vérité, trouvés ici et là, pour essayer de les transformer en or pur – en soleil – la tête enivrée par cet immense vertige métaphysique et identitaire…

Comme l’explosion d’une étoile – la multiplication fiévreuse des univers – le jour et la nuit qui roulent sur eux-mêmes – et que l’on précipite au fond de nos abîmes…

La création des mondes – des terres – des océans – des îles et des rivages – dans l’immensité…

La désagrégation des parois noires et blanches qui encerclaient nos yeux – les âmes – l’esprit…

La prolifération des archipels et des couleurs – les danses joyeuses et frénétiques des formes ; cette effervescence et cette allégresse – incontrôlables – sous notre regard et notre rire – un peu perplexes…

La vie qui se fait – qui se défait – la vie qui joue – qui se regarde faire – se faire et se défaire ; et nous autres – à notre place – toujours, plus ou moins, gauches et malhabiles – obéissant – exécutant – petites mains de la terre et du ciel – frétillant – sautillant – nous éparpillant dans toutes les directions…

 

 

Les yeux grands ouverts sur le monde et les gestes des Autres – comme un acte de résistance – misérable et insuffisant (bien sûr) – l’expression, peut-être, d’une paresse – d’une présence pesante – incapable du moindre mouvement…

Des visages humains en cercle – à leur place – au sein de la communauté – inertes – opaques – et qui s’imaginent (sûrement) lumineux et pénétrés de profondeur et de sagesse…

Comme un peu de mort supplémentaire sur une terre déjà mal en point – déjà moribonde…

 

 

Avec l’inconnu – une amitié (malheureusement) décroissante – en bordure d’un soleil intouchable – sur la crête – un étroit chemin qui serpente entre la roche et les nuages…

Dans le pas – un passage…

A chaque foulée – la même chance…

Ce saut dans l’aire hors du temps – porteuse de quiétude et de félicité…

 

 

Tout entier(s) occupé(s) à dévaler la pente sur laquelle on nous a posé(s) – la tête en avant – cherchant un angle – un passage – et les pieds qui tentent de freiner – de retarder la chute…

Descente triste ou jubilatoire selon la nature de l’âme et des circonstances…

Quelques mots échangés – notre chair que l’on frotte contre toutes celles qui y consentent…

La vie misérable – dérisoire – passagère – le temps de connaître quelques fatigues – un peu d’ennui – l’impossibilité de l’Autre (et, trop souvent, de soi)…

Dieu relégué aux marges – aux derniers instants de la vie – dépassé par la prégnance des désirs pour toutes les choses de la terre – remplacé par notre (pitoyable) besoin de réalisation et d’épanouissement (personnels) ; l’attention (presque) toujours déportée vers la périphérie ; le monde tel qu’il va – sans joie – sans intensité – sans exaltation – sans proximité – trop (beaucoup trop) humain sans doute – trop peu affranchi du joug des signes – des images et des rêves – accumulés depuis le premier jour du voyage…

 

*

 

Sur l’horizon – les mains à l’horizontale – à la conquête du ciel – la longue marche épuisante – l’âme qui tente de se défaire des ombres qui tantôt la suivent – qui tantôt la précèdent – le corps qui déambule le long de cette étroite ligne blanche que l’on imagine (plus ou moins) franchissable…

La nuit – alentour – au-dessus de notre tête – comme séparée par une clôture – une frontière – le souffle et le jour qui guident nos pas – qui orientent notre trajectoire rectiligne – nous rapprochant, peu à peu, du plus lointain – devenant l’air et la terre devant nous – et laissant, derrière nous, un mince sillon dans la poussière…

Et l’œil – interloqué – qui constate (avec surprise) l’immobilité – comme un verdict – une vérité incompréhensible sauf à sortir de soi – à s’extraire du sommeil et de la léthargie – à jeter par-dessus notre épaule nos rêves et nos ambitions (strictement terrestres) – pour voir le monde tel qu’il est – et laisser l’ensemble des possibles et des points de vue se réunir au centre du regard – afin d’observer sans aveuglement – sans angle mort – au-dessus – autour – au-dedans – partout ; au cœur de la perception juste et exhaustive – celle qui sait – celle qui sent – que tout est dans tout et que rien, au fond, n’a vraiment d’importance ; toutes les choses égales – absolument égales – devant le sol – le ciel – l’immobilité et la ronde incessante des visages et des circonstances…

 

 

La terre bouillonnante – comme le sang – brûlante comme le cœur – ce qui tournoie dans le ciel et la poitrine – l’air enflammé devant le regard indifférent des Autres – les yeux et les poings fermés – l’âme retournée – dos au monde…

Sur la route où tout s’achève – où tout, tôt ou tard, vient se perdre et disparaître – dans le jour décroissant…

Ainsi sommes-nous – ainsi tentons-nous d’exister – en cette vie – au milieu des visages…

 

 

Sur la pente jubilatoire de la nécessité – inintentionnellement – instant après instant – l’oubli en tête – le cœur et le geste alignés – l’âme creusée en son centre par la solitude – la joie – le silence – l’antre de l’innocence – en quelque sorte – capable de libérer toutes les possibilités de l’Amour…

Des caresses et des mots tendres – en premier lieu – mais qui jamais n’interdisent le reste – y compris la violence et la monstruosité – le visage du vide autant que celui de la lumière – pourvu que l’élan soit libre – naturel et spontané – et, à ce titre, parfaitement adapté aux circonstances…

Pas l’ombre d’une fracture – pas l’ombre d’une frontière – entre ce morceau d’espace et la vaste étendue…

Ce qu’est l’homme – et ce qu’il ne peut entendre – le plus souvent…

 

 

A demeure – là où l’attention élargit l’esprit et le monde – les rend (presque) réfractaires à la raison – à ce mode de pensée ordinaire et étroit…

Au-delà de l’alliance de l’intuition et du rêve – là où le temps se détache du réel – dans des cercles très proches du chemin – une série d’actes et de sons – un processus d’extériorisation et de matérialisation des univers que l’on porte autant qu’une intériorisation de ce qui nous semblait inconnu et étranger…

A l’intersection de tout – en somme…

Tous les possibles – soudain – désentravés – désenclavés – rendus à la respiration du vivant – aux forces du vent et du vide…

Le rassemblement de tous les territoires – de toutes les dimensions de l’invisible et de la matière – de toutes les combinaisons et de tous les mouvements – au cœur de l’immensité immobile…

Nous – nous retrouvant de manière (parfaitement) exhaustive…

 

*

 

Dans l’air – nu – comme en pleine terre – un feu au fond du cœur – des fenêtres grandes comme des univers – seul (comme il se doit)…

L’invisible sans cesse renaissant – recommençant continuellement sa besogne – comme appuyé sur lui-même – à travers toutes nos expériences – une perspective de plus en plus large et ouverte…

L’horizon comme un seuil – une manière d’être présent là où l’on est…

Une gorgée de ciel pour ingérer – sans manière – sans difficulté – le réel (toujours plus ou moins indigeste)…

Le vide empli de lui-même – nous contemplant – avec un sourire…

 

 

Nos têtes éparpillées – curieuses – à tous les angles de l’infini – dans tous les recoins – dans tous les replis – partout où l’on peut vivre – partout où l’on peut échapper aux Autres – au cœur du feu si l’on pouvait – sur la cime des arbres et des montagnes – seul toujours – promenant notre reflet dans tous les paysages – trait pour trait – notre visage – toujours différencié – jamais le même – malgré l’essence et les ressemblances…

 

 

Nous – dans notre épuisement – dans le ciel et l’épaisseur des choses – libre(s) et prisonnier(s) – hésitant encore – hésitant toujours – entre l’âme et le front – accordant notre ardeur et notre confiance à ce qui s’impose – l’invisible partout présent – dans le cœur et la tête autant qu’ailleurs …

Nous autres – très près du sol – très près du ciel – en tous lieux – sans détermination – aérien(s) et volatile(s) – en somme – diablement surprenant(s) – un peu plus que des hommes (sans doute)…

 

 

La parole percée – fiévreuse…

Le silence lacunaire…

Etranger aux vibrations…

L’esprit replié – frileux – enclavé…

Quelque chose du manque et mille compensations démesurées…

L’âme inerte – le corps et les yeux prisonniers de la pierre noire…

Des prières contre la douleur et la perte…

Du temps et de vaines supplications…

Ici – au milieu de l’immensité – bougeant avec les vagues – vers le haut – vers le bas – secoué – brinquebalé – empêtré dans l’écume – immergé dans les profondeurs – emporté partout par les courants…

Un voyage ininterrompu dans le jour – le temps suspendu – comme effacé…

Dans le sillage du vent – le parcours à l’envers…

L’itinéraire soustractif au milieu des apparences du monde…

 

 

Le cours fluctuant des choses – impérieux – irrépressible – sans volonté – qui épouse parfaitement le relief du territoire – le monde invisible…

Un passage – des passages – autant que l’on souhaite – qui s’inventent, parfois, dans un surcroît de matière – un surplus d’épaisseur – qui déjouent tous les pièges inhérents à la dureté – à la consistance (apparente) – aux privilèges – de ce monde – qui se moquent, avec raison et allégresse, des lois et des impératifs de tous ceux qui gouvernent et dominent…

Ce contre quoi l’inertie – l’absence et les traditions – ne peuvent lutter…

La nudité joyeuse – libérée des états – des choses et des visages – le prolongement indéfini du voyage sur le même fil – ténu – sur la même étendue – au cœur de la matière et du vide qui s’emmêlent – se séparent – se répondent…

Nous – aux prises avec les plus élémentaires résonances de l’être…

 

*

 

Ce que l’on reconnaît parmi la multitude qui s’approche – qui nous frôle – qui nous caresse – qui nous cingle – qui nous pénètre – qui nous traverse – qui nous contamine ; et nous – comme un feu entre quatre murs – un horizon sans fenêtre – au-delà du plus tangible…

Ce qui nous blesse – ce qui nous éreinte et nous fait, parfois, poser un genou à terre…

L’âme qui flanche – sans appui…

La chambre noire – soudain – exposée à la lumière – à tous les vents – et nos pauvres yeux éblouis qui ne peuvent s’ouvrir – comme le cœur – insuffisamment préparés…

Entre la terre et le lointain – cette faille au fond de laquelle nous vivons – au fond de laquelle nous essayons de vivre – depuis le premier jour du monde – peut-être…

 

 

Au-dehors – la pierre grise – au-dedans – flamboyante…

Comme des reflets sombres sur nos ailes blanches…

L’air et le souffle – réunis – de la même nature que le vent – ce qui nous emporte…

Ce long voyage à travers l’étendue – arpentée de long en large – infiniment – indéfiniment – sans autre issue que le pas et le regard posé à la verticale…

La distance et la proximité – la fusion – l’écart et l’unité – réunis – (parfaitement) indissociables…

La présence et la vie dispersée – en éclats – en fragments ; au centre et tous les éparpillements autour – jusqu’aux plus lointaines périphéries : rien que des marges – en réalité – et partout – le recentrage possible (et nécessaire) – l’ancrage au sol – au ciel – notre allégeance – la plus haute fidélité de l’homme à ses origines – et sa seule possibilité aussi – sans doute…

 

 

Le réel – hors de la langue – au cœur du geste – de la présence – notre manière de faire face au monde et aux circonstances ; à supposer que l’Autre et ce dont nous nous sentons séparé(s) existent ; l’être – les choses et les mouvements – d’un seul tenant – simple prolongement de l’étendue et de l’épaisseur…

Les possibilités – toutes nos capacités à l’œuvre…

 

 

Des traces du vertige originel – dans l’âme – joyeuse – exultante – passionnée – qui vit – et s’offre – avec ardeur ; et la quiétude mêlée – ce désengagement vis-à-vis du monde – l’absence absolue d’espérance…

Toutes les choses – tous les états – absolument équivalents…

La vie sans hiérarchie – le simple jeu combinatoire de l’invisible et de la matière…

L’instant comme seule mesure – pas même un repère – une invitation permanente à l’unité – à l’approfondissement simultané de l’engagement et du retrait…

La superposition des modes et des états ; notre seule réalité – protéiforme et unifiée…

L’immobilité dans le mouvement et le mouvement dans l’immobilité ; tous nos visages – en somme…

 

 

Pas à pas – vers la même couleur…

Ce qui continue – ce qui s’interrompt – accueillis d’une manière égale…

Une figure dans les vagues – dans l’écume et les profondeurs – le feu et la glace réunis – dans la même foulée – sur le même chemin…

Et ce que l’on constate – avec discernement…

Notre présence et notre absence – ce qui existe – simultanément…

 

*

 

Partout – le même ciel – son silence et ses invitations – son labeur discret et obstiné – sa vocation à détruire les murs et les frontières – à anéantir toutes les limites…

Et nous – écartelé(s) – déchiré(s) – et étouffant(s) parfois – ne sachant (presque jamais) voir la grâce dans l’air alentour – dans le monde devant nous – dans l’existence et la docilité des choses – et jusque dans leur résistance à nos désirs à seule fin de nous exercer à la patience – de transformer notre attente en attention et notre colère en légèreté – pour que tout puisse, un jour, se vivre – s’expérimenter – avec le sourire…

 

 

Le plus sauvage de la terre – caché dans l’âme – la jungle – sur le même territoire…

Nous – aggravant notre cas – affinant tristement nos exigences – déployant notre ambition – devenant de plus en plus inhumains – et refusant de l’admettre…

Rien que des larmes et du sang – dans tous les lieux où nous régnons…

Le cœur – la chair – la terre – (presque) totalement ravagés…

Le vide et la beauté – transformés en néant…

La restriction drastique des possibilités…

L’absence – en tête – sur tous les fronts…

Et serrée – contre nous – cette douleur immense ; la plaie – en nous – qui se creuse ; et les tourments – et les malheurs – que nous causons partout où nous allons…

La besogne jamais achevée – à recommencer – chaque jour…

La nuit – le noir – le froid – les Autres – tous les dangers et toutes les menaces du monde ; et la persistance de ce stupide espoir au fond de l’âme – seule et triste – agenouillée sur la pierre…

 

 

Une figure – au-dessus du scintillement – qui se fendille – une couche de glace – peut-être – l’épaisseur du monde – notre histoire – cet informe amas de souvenirs – toutes nos idées en désordre – l’esprit sens dessus dessous…

Et ce qui s’écoule – ce qui finit par s’écouler – laissant le visage et l’étendue lisses – le regard nu – la possibilité d’un accueil – le plein jour dans nos yeux – dans notre âme – à l’intersection exacte du ciel et du feu…

Au-dedans – l’ardeur et l’immensité – et pas davantage ; les composants essentiels – et non retranchables – de ce que nous sommes – fondamentalement ; notre identité première – sans le moindre ajout – sans le moindre artifice…

 

 

Le bleu – en éclats – en poussière – ce qui retombe sur nous ; et ce que l’on voit et respire – par touches légères ; la seule couleur vertigineuse – pour offrir aux autres – au gris et au rouge en particulier – un peu d’espoir et de légèreté – une issue à l’opacité – une manière – la seule sans doute – d’échapper à la surface sombre et entachée…

 

 

Face à nous – cette hauteur – cet espace compartimenté et surélevé – une route verticale – et ce seuil que l’on ne peut franchir que disloqué(s) – les yeux parcourus par quelques fragments de réel – des rêves plus vastes – et plus étranges – qu’à l’accoutumée – à la frontière, toujours imprécise, entre la lumière et l’obscurité…

 

*

 

Au cœur de la pierre – la chaleur et le rayonnement – le champ d’expérience terrestre intériorisé et élargi – du noyau vers le monde…

La maturité du feu originel – vers tous les points accessibles…

Du centre jusqu’aux périphéries – sans obstacle – sans difficulté – exactement l’inverse de ce qu’apprennent – et font – les hommes…

 

 

Au terme de l’attente nécessaire – le ciel soudainement hissé jusqu’à nous ; l’importance de l’humilité et des yeux baissés – du lent processus pour apprendre à incliner le regard et la posture ; l’âme – comme un morceau de chair supplémentaire – sensiblement plus vivante que le corps…

L’explosion des murs – projeté(s) de l’autre côté de l’horizon…

 

 

Notre vie – démembrée – comme notre monde – notre histoire – des éclats – seulement – comme des fragments de lumière – un peu de vérité – dans l’obscurité…

Au cœur du cri – le souffle – ce vent né de l’immensité – inépuisable – intermittent cependant…

Nous – la bouche close – l’âme lourde et harassée – les yeux à peine dessillés – dans la compagnie des pierres – compagnons de personne – aussi peu à l’écoute qu’une terre aride – abandonnée à l’infertilité et aux passages furtifs (et pressés) de tous ceux qui rêvent d’atteindre une autre terre – un autre sol – peuplée de quelques fantômes fidèles (trop fidèles) aux mythes humains – gorgés (encore trop gorgés) d’espérance – animés par cette foi insensée en ces lendemains qui chantent – et que nul ne voit jamais…

 

 

La terre et la lumière – sans limite…

Les hauteurs et la déchirure – sur le même versant – aux tournures identiques…

Ce que l’on jette derrière soi et ce qui nous attend…

L’écart qui, peu à peu, s’amoindrit…

Les mots réunis en cercle – qui s’agglutinent autour de la mort ; parfois – la seule possibilité pour donner un peu de poids à la vie…

Sur le sol – l’éclaircie – la clarté de l’air – notre marche dégagée des influences néfastes – involontaires… 

Nous – au-dessus du minuscule monticule…

Le regard libre dans l’immensité – le cœur bleu…

A cheval sur le jour…

 

 

Sur le fil tendu entre les pierres…

Nous – à l’abri derrière le plus sauvage…

Indiscipliné(s) – abandonné(s) à la beauté inconnue – anonyme(s)…

Fidèle(s) à la puissance instinctive des bêtes – à leurs stratagèmes pour échapper à l’hégémonie humaine…

Dans les interstices du monde et de l’enfance – plongé(s) en nous – au cœur – le Divin – à l’écart des hommes et du temps – le plus loin possible – en vérité – aussi proche du ciel qu’est brûlante et solitaire notre âme…

L’Amour malgré la fureur et l’intransigeance des batailles…

Un saccage sur mesure – en règle – du désordre et de l’anéantissement spontané pour faire émerger l’innocence et que puisse, en nous, durer son règne – malgré la proximité rampante de l’(in)humanité – au-dedans et alentour…

 

 

L’abandon du geste – la justesse de la danse – à son comble – comme une plongée dans les profondeurs d’où jailliraient le nécessaire et la beauté – la parole sans mesure – l’âme ardente et l’esprit silencieux – au-dessus du monde…

Ici – encore dévasté, parfois, par l’envergure de la tristesse – les déferlantes grises des malheurs – le poing levé – livrant bataille avec toute notre ardeur – la tête dressée – en vain (bien sûr) ; il faudrait, au contraire, se laisser happer par la douleur – tournoyer dans les violents tourbillons des eaux noires – laisser son âme sombrer et s’échouer au cœur même des tourments – s’offrir à la nuit et aux lames acérées – se laisser meurtrir et déchiqueter – mourir un peu – suffisamment pour briser, en nous, cette odieuse inclinaison à trahir, à la moindre occasion, notre innocence et notre nudité…

Et réapparaître – renaître au monde peut-être – avec un visage (infiniment) plus sensible – un regard (infiniment) plus vaste et des mains (infiniment) plus tendres et accueillantes…

Creuser – en soi – le vide indispensable à la joie libérée des circonstances…

Un voyage aux allures de dérive et d’errance – parfaitement salutaire…

 

 

Des nourritures sur la langue tranchante – l’esprit et le ventre aiguisés…

Un peu de vent à la surface…

Et le souffle vaillant des profondeurs…

Nous – dans la trame trouée – faisant office de colle et de fil pour réparer les mailles – resserrer les nœuds – œuvrer à notre humble besogne d’instrument…

 

 

Un feu – comme un miroir – une forêt – une lumière dans la nuit…

L’infini au fond du cœur – l’éternité présente dans notre bref passage…

Le flambeau et la fête malgré la tristesse et le noir…

 

 

Les yeux clairs – à présent – les mains et la voix alignées sur le silence et la source vive…

En nous – les morts – Dieu – nos interrogations passées – effacées – comme nos blessures – les astres – les arbres – les oiseaux – ce qui nous constitue – le sens du mystère et les bras – et les baisers – tendres de l’espace sensible – accueillant…

Notre manière d’être – et de nous offrir – au monde…

 

 

Le jeu du monde – pulvérisé par le feu…

L’éclat des mots dans notre chair et notre cœur – des fragments de possibles réunis – et assemblés – prêts à s’abandonner au destin – à ce qui doit nous échoir – être expérimenté…

 

 

Ce long voyage vers le jour – du fond de ce que nous fûmes – de ce que nous sommes – de ce que nous serons – conjugué au piètre temps des hommes – comme les faces illusoires d’une perspective apparente et grossière – née des limites d’un esprit façonné par la peur…

De pas en pas – la confiance et la découverte de l’abri suprême ; la nudité exposée et engagée dans les mouvements et les circonstances – si proche de Dieu – de la vérité changeante – du silence – qu’elle peut traverser tous les tourments – les tourbillons – toutes les épaisseurs – sans encombre – sans résistance – sans douleur…

 

*

 

Ici – à présent – tout contre soi – sans aucun prix – sans aucune leçon à donner – l’impénétrable – de prime abord – devenant, peu à peu, Amour et tendresse – pur espace d’intimité…

La lumière au bout du bâton…

Le surgissement et l’effacement du monde – signalés depuis le premier jour…

Les frontières dépassées par la parole…

Les traits des illusions qui s’effacent – et qui laissent, peu à peu, entrevoir, derrière les traces un peu décaties des contours artificiels, une étendue très ancienne – neuve – originelle – l’esprit sans angoisse – le geste sans inquiétude – ce qu’il y a, sans doute, derrière toute volonté ; la tranquillité commune libérée des tourments – des nœuds – de la suffocation…

Ce qui se dissimule au fond de tous les états – de tous les possibles ; le plus enviable – bien sûr…

 

 

Le strict déroulement du fil jusqu’à sa dernière extrémité – malgré le sol et les effondrements – malgré les rives et l’océan – malgré le ciel et les pieds nus qui devinent l’itinéraire – et creusent les mille passages possibles – d’un monde à l’autre – d’un regard à l’autre – d’une existence à l’autre – sans la moindre interruption – sans le moindre répit – sans la moindre échappatoire…

L’issue – en soi – au-delà des formes et des couleurs – au-delà des textures – des rêves et des terreurs – en dépit de toute gravité – posée à la verticale – au-dessus – très loin au-dessus et au-dedans – unie aux choses – à l’humus – au cœur – à l’immensité – à ce qui existe au fond et autour de l’œil – l’univers entier…

 

 

Ensemble – cette veille interminable – auprès des arbres – Dieu – et nous – nous inclinant devant les Autres – tout le reste – et le monde – avec nous – à nos pieds – comme la preuve, peut-être, que toutes les barrières peuvent être écartées – supprimées – effacées – avec tendresse – d’une main souple et inébranlable…

Un lieu où passer le restant de ses jours – un espace à vivre – au-dessus des noirceurs les plus grossières…

 

 

A travers le poids – la tristesse – le cœur sans artifice – l’au-delà de toute raison – l’absence de jardin – d’envol – d’oiseau – le foisonnement des entraves et des ombres – trop de passé – de souvenirs – de soucis…

La simplicité dévastée par les parures et les mensonges – insidieusement remplacée par l’orgueil et la prétention – le front porté haut et dressé – bâti pour les batailles et les conquêtes – l’âme trop verte encore pour comprendre l’illusion de toute victoire – l’imposture de toute possession – l’impossibilité de s’approprier les choses – les visages – les territoires…

Le monde enchevêtré à la tête et aux rêves – très (trop) éloigné de toute forme de réalité…

 

 

Parfois – sur le versant sombre de la lumière – les eaux et la transparence troublées par l’ardeur – l’absence de tempérance – cette fièvre de l’esprit animé – taraudé – encore hanté peut-être – encore hanté sans doute – par l’ailleurs et la tentation de l’achèvement – comme un reste de songe – les douces (et déceptives) chimères de quelques pitoyables rêveries…

 

*

 

Mille signes sous les paupières…

Le vent sous les ailes – par-dessus et tout autour…

La parole et le ciel – deux mondes possibles – inégaux – reliés par des fils – des prières – l’obscurité qu’ils portent en eux…

Le vide – dans nos mains – profond – insondable – inconcevable par la pensée – là où tout s’échauffe – se croise – s’éteint – là où nous sommes – avec le souffle et tous les élans – l’âme – la magie et les fantômes – ce qui disparaît – ce qui nous désespère – ce qui nous émerveille – le réel en désordre sous nos désirs – tous les possibles auxquels nous aspirons…

 

 

Le visage dispersé à la surface – en éclats – alors que le cœur – dans les profondeurs – discret et silencieux – œuvre à sa besogne – presque secrètement ; comme un reptile du ciel – souterrain – aux ailes étranges – pas encore nées (le plus souvent) – cherchant dans l’errance – le chaos – l’humilité – le terrain de l’inconséquence – l’énergie de l’approfondissement et de la naissance – la lente émergence de l’âme qui prend chair – le dehors qui, peu à peu, s’intériorise – qui devient le seul repère – et, bientôt, le réel le plus concret…

L’envol alors est proche ; le monde – le ciel – la terre – la légèreté et l’enracinement – d’un seul tenant – toute l’envergure de l’étendue déployée – en soi – l’invisible qui reprend sa place – ses droits – la totalité de l’espace…

 

 

Le monde et les limbes – traversés…

Le pays des saisons – ce que la nuit déchire sur la rocaille – les âmes courbées qui se hâtent – le cœur et les gestes fondateurs – notre visage posé contre le silence – la vitre et la lumière…

La parole et la poitrine errantes – les choses vives qui tournoient autour de l’abîme – autour de la mort…

Une petite lampe dans la brume et l’épaisseur de la matière…

 

 

Ce qui reste aggrave le supplice – les portes closes – ce qui précède le ciel – les étoiles dans les yeux – en pagaille – à demeure – le cœur battant – épuisable – promis, tôt ou tard, à l’écume – aux vents – à la mort – à toutes les métamorphoses et à toutes les migrations nécessaires…

 

 

Les joies du monde – très irrégulières – qui se construisent – ici et là – à travers quelques circonstances…

Dieu et le silence – inentendus…

Les inclinaisons de l’âme – la terre parcourue pour ses couleurs et ses richesses…

Et tous ces murs que l’on doit longer…

L’être – jamais véritablement menacé – qui sourit à tous les visages – à toutes les pages – l’œil malicieux face à toutes nos tentatives…

 

 

L’obscurité – comme autrefois – au premier jour – et qui aura le dernier mot malgré la permanence de la lumière…

La chair exploitée – la terre labourée…

Des éclats et l’étendue – au cœur – aux lèvres – l’esprit…

Seul(s) et ensemble – dans l’immensité…

 

*

 

L’âme entaillée par le dehors – l’énergie du désir – les traces anciennes du monde…

Dans la nuit – au-dessus des pierres dressées – la tête plongée dans le rêve – le ventre du mythe qui (lentement) nous digère – amas de bave et de chair – dans un simulacre sacrificiel qui porte la haine et les mutilations au pinacle – au faîte du jour – et qui soumet toute la généalogie à son règne atroce – à ses lois iniques…

Et nous – spectateur(s) – nous contentant de jouir (mollement) du spectacle – les ailes repliées – le visage à contre-jour…

 

 

Debout dans l’espace non théorique – à la verticale – à l’intersection de tous les cercles – en ce lieu étrange et non géographique – dans cette nudité inquiète – gauche et fragile – accolée à l’immensité – à l’étendue non relationnelle – où tout est réuni – différent – apparenté – à sa place – emboîté et allègrement seul – en ce dedans qui exclut tout dehors – qui (ré)intègre au centre toutes les périphéries et toutes les marginalités…

Nous – sans duplicité – dans la multitude – doué(s) de toutes les formes d’ubiquité – tel un grand corps aux innombrables visages…

 

 

L’univers – le feu et le vent – l’Absolu et la civilisation des brindilles…

En couches multiples et sombres – les mains à la tâche – notre besogne quotidienne…

Les masques insensibles – les visages de bois étrangers à la subtile – à la secrète – identité…

Des gestes pressés et mécaniques – vides de sens – sans respect – des discours trop cohérents – trop logiques – désincarnés – comme tout le reste – gorgés d’absence et de prétention…

L’existence absurde des hommes ; le monde sur la pente (inévitable) de la décadence…

 

 

Au-dedans de nous – un bruit de vide – du vent – des tourbillons d’air – le jeu de la lumière dans l’abîme – toutes les guerres et toutes les illusions – éclairées par le jour grossissant…

 

 

La terre fertile qui offre ses fruits – l’abondance récoltée (et ingurgitée) par toutes les créatures du monde…

Les seules réjouissances du sol et des mains besogneuses…

Le temps et la course pour apaiser la faim féroce et quotidienne…

 

 

Le monde – les choses – l’absence – comme la seule litanie…

Le cœur – à l’ombre – au-dedans – trop frileux pour se risquer hors de son fossé…

Au pays des vivants – le désir – le souvenir – les frustrations et les regrets…

L’âme opaque – à la surface – parmi les cris et les gémissements…

 

 

Ecervelés – dans notre marche – sur les pierres – parmi les fleurs – les mythes et les monstres – dans la grisaille des jours – le rêve des Autres – au terme (toujours plus ou moins) tragique…

Ici-bas – sans joie – sans même un sourire – droit devant soi – à petits pas ou à vive allure – à gesticuler sous la voûte à seule fin de fuir – en vaines tentatives – il va sans dire…

Une longue errance – sans le moindre éclaircissement ; ce qui – avec nous – périclite – se désagrège – sans la certitude, bien sûr, de rejoindre le royaume – le cercle dont Dieu est, paraît-il, le centre…

 

*

 

Sur l’axe incliné – à l’intersection du sol et du ciel…

Le cœur humble – sur l’échelle de la justesse – le geste naturel…

L’existence – telle qu’elle se vit…

Le monde – tel qu’il s’habite…

Nous -même(s) – en somme – plus globalement…

 

 

A la frontière – fidèle – sans trahison – sans mensonge – affranchi de l’histoire – de toutes les fictions inventées – le monde revisité – trop grossièrement théâtral…

Des feuilles et des paroles – en boucle – qui s’enchaînent – depuis la première bouche – et en silence – avant ; ce que l’on peut aisément soustraire de l’essentiel ; ce qu’il reste lorsque l’on a ôté le superflu…

L’indicible indéchiffrable auquel on a retranché la fièvre – la matière pensable et périssable – tous les bavardages – le plus insupportable des apparences…

 

 

Sur la terre – toutes les circonstances – les tourments – les remous – les accidents – ce qui nous emporte derrière tous les horizons – le ciel – l’abîme – l’océan – chute ou envol – qui peut (réellement) savoir – dissolution assurément – et les prémices vivantes au cours desquelles il nous a fallu éprouver l’impuissance – affronter l’abandon – apprendre l’effacement…

Plongé(s) dans le brouillon permanent de cette marche – de ce voyage – longs – interminables – littéralement ; des pas – une danse – sur le sol – quelques traces dans la poussière – des gestes – des paroles – dans l’air – quelques vibrations imperceptibles dans l’espace…

Ce que nous sommes – ce à quoi nous ressemblons – avec, parfois, des rires – avec, parfois, des larmes…

Un chant – un peu de chair – de joie – de douleur – de poésie – consubstantielles à la trame – bien sûr…

 

 

Ce besoin déchirant d’Amour – l’âme et les yeux plongés tantôt dans le manque – tantôt dans l’éblouissement…

La lumière (presque) désincarnée du jour…

Tous les temples – berceau de la tristesse et de la désillusion – qui célèbrent avec componction – qui ritualisent à l’excès – qui évincent le Divin – en éloignant tous les visages – toutes les véritables prières…

Et nous – qui habitons un feu qui brûle pour (presque) personne…

A l’orée des mains – le ciel agenouillé…

Dans le cercle naturel du monde dont Dieu est l’axe central…

L’infini et l’éternité au cœur de tous nos gestes…

Le respect autant que la gratitude – profonds et spontanés…

La joie – le silence – l’humilité…

Sans posture – sans certitude ; et le regard – infiniment présent…

L’homme sans artifice – proche du jour et des conditions de l’origine – de l’innocence…

L’espace vierge – peut-être – sans personne – en somme…

 

 

Ce que l’on perçoit dans la lumière – le monde – l’Amour – agrandis – sans mesure…

L’abolition des limites de l’esprit – l’accroissement (conséquent) du périmètre de la conscience…

La lucidité de l’enfant éternel…

La terre et ses ronces tendres – devenues inoffensives…

Tous les recoins où l’on s’attarde – et nos profondeurs à l’air libre d’où sortent de très anciens démons aux bras étrangement accueillants…

Des lieux de plus en plus sauvages…

Un cœur qui apprend, peu à peu, à se laisser caresser par l’invisible – les mondes souterrains et aériens – les formes immortelles…

Et pourtant – rien de différent – en apparence – pour les Autres – dans le miroir – face à soi ; le visage un peu moins inquiet – un peu plus souriant – peut-être…

 

*

 

Fidèle – sans autre obstination que celle qui s’impose – la silhouette épaisse – l’âme assidue et courageuse…

De la malice (et un peu de mélancolie) au fond des yeux…

Rien – sur la liste ; du vide – simplement…

Des vagues – un peu de bleu sans angoisse…

La tournure des choses – au-dedans…

Des grilles descellées – des têtes décapitées…

Quelques baisers distraits sur ce qui nous maintient captif(s) – sur ce qui voudrait (vainement) nous libérer…

Plus qu’une fonction – une œuvre vocationnelle…

Au-delà de l’écriture – des visions – le silence – ce que révèle l’inconnu – notre humilité – ce qui nous soustrait…

Sur ce fil étrange – au cœur de cette vaste étendue – ni réels – ni fictionnels – dessinés, peut-être, par la main d’un Dieu, lui-même, esquissé à la hâte – avec maladresse – par on ne sait qui ; un rêve dans un autre rêve – une série de songes élaborés, peut-être, dans la tête de celui qui ne dort jamais…

 

 

Le jour imagé – irréel – (presque) sans rapport avec la lumière…

Nos gestes qui s’attardent sur la feuille – sur la table – sur la terre…

L’angoisse comme un lieu à part entière…

Dans l’attente d’un salut – comme (bien sûr) toutes les créatures mortelles…

 

 

Paroles blanches – balbutiements peut-être – comme un filet d’eau entre les pierres…

Mille remous au cœur de la vérité – l’esprit transparent…

Jamais les travaux d’un Autre et moins encore d’exercices imposés…

Les courants qui nous portent – la terre rude – l’âme sans altérité – les affres – les soucis – l’ingratitude…

La vie éprouvée sans rien esquiver…

L’apprentissage de la solitude – notre visage sans étoile…

Le cœur voyageur – ce que dicte le silence…

Notre voix imperceptible – et honnête – authentique – sans mensonge – dans le chant corrompu et tapageur du monde…

Ce qui – en nous – grandit – à l’abri des influences et des regards inquisiteurs…

 

 

A traits trop grossiers – dans le miroir…

La poitrine haletante – l’âme un peu perdue – comme si nous étions né(s) pour une autre terre – une compagnie moins rustre – des malheurs moins incisifs…

Un séjour – un visage – un vieillissement – dans la fausse proximité des choses – sans intimité – cherchant (en vain), à l’extérieur, un sourire – une porte – un lieu – un peu de réconfort – qui nous soit destiné(e) ; et, à la place – de l’absence – des exigences – tous les dévoiements du monde ; le terreau de notre infortune…

Des vies quasi maudites – une intériorité inexistante – comme si les Dieux nous avaient jeté un sort…

 

 

Au loin – cette musique du cœur – née de nos propres profondeurs…

Un asile vaste comme le ciel…

Et sous les pas – cette douleur…

Et derrière nous – ces ombres déportées…

Notre vie – à la manière d’un éternel recommencement…

Une faim perpétuelle – obstinée…

Et ces têtes intranquilles qui se regardent – qui se succèdent ; le petit peuple du feu et des fantômes – en attente d’ailleurs – d’un changement qui ne viendra, sans doute, jamais…

Proche(s) de notre destin – à cet instant…

Au centre du cercle – solitaire(s)…

 

*

 

Dans l’alignement du souffle et de la lumière…

Le plus naturel – le plus sauvage – silencieux…

Ce qui naît de l’immensité – ce qui traverse l’âme et se propage dans le geste – sur la feuille – l’acte et la parole – guidés – renouvelés – capables de transpercer la nuit – le monde – l’épaisseur de la matière – l’Autre au cœur si inerte – si massif…

 

 

La densité de notre torpeur – des terres brûlées – des postures archaïques – des manières primitives – le temps perpétuel (et paroxystique) des barbares – le glaive levé – l’âme oscillant derrière le visage déformé par un sourire mensonger – la tête faussement inclinée – l’air apparemment aimable – et le cœur à peine dissimulé pourtant – rude – raide – rugueux – intraitable – fièrement dressé dans la poitrine – protubérant – sec comme un coup de trique – aussi aride que ces rives peuplées de poussière et de rocailles – gris – à l’écart de l’œuvre de Dieu – diraient certains – au-dedans crispé – comme enroulé sur lui-même – tenant ses peurs si serrées qu’il en semble dépourvu…

Et nous – face à lui – face à eux – positionnés en colonnes – formant une armée immense – impressionnante ; des bataillons uniformes dont le métier est de haïr et de convoiter la couleur et la gaieté des Autres – de tous ceux qui ne se sont pas laissés séduire par les sirènes du mimétisme et de la normalité – de tous ceux qui ont eu le temps de s’éloigner – de fuir à la périphérie – de rejoindre les marges – loin de l’aveuglement – de la cruauté et de la bêtise – des foules…

Isolés – à présent – sur leur archipel – encerclés par la brume et l’océan qui protègent leur innocence – qui préservent leur joie…

 

 

Des ailes d’argile – lourdes comme des soucis…

Eduqué(s) dans l’idée d’un ciel trop haut – trop lointain – inaccessible – hors du cercle des possibles…

Condamné(s) à la proximité de la terre – de la chair – de la faim…

L’envol remisé à des heures plus légères…

Plus tard – sur des rives moins terrestres – plus solitaires – plus naturelles – sans la moindre nécessité d’apprentissage…

 

 

Dans les tréfonds – un feu – un soleil – sans douleur – sans témoin…

Les noces du jour et du monde…

L’invisible et la matière qui réinventent le réel…

A l’image, peut-être, des rêves de celui qui donne la vie…

 

 

Des grilles noires sur l’absence…

L’Autre – l’espoir – le souvenir et la parole – haut (très haut) sur l’échelle de la déception…

D’une ombre à l’autre – sans jamais comprendre le jeu (parfois retors) de la lumière…

Des crues et des rêves – abandonnés aux rivages…

Et le temps – jamais achevé – qui, pourtant, parvient à (presque) tout effacer…

 

 

Notre voix – ce que nous semblons être – jamais aussi fiables que l’abîme que nous habitons…

Sur l’autel dressé à la manière des Dieux : rien – du vent – quelques pierres – et, parfois, une présence – un léger rayonnement en attendant le jour – la réconciliation nécessaire – le sacre du silence – la célébration permanente de l’innocence – sans témoin – sans rituel – sans cérémonie…

 

*

 

Le buste incliné vers l’inconnu – le monde dans nos mains…

A l’écart – au-dehors – le dedans – quelque chose qui (de prime abord) a l’air saugrenu – comme des couleurs mélangées à un rêve – une traque burlesque – la course de quelques nuages dans la brume – un ciel immense déguisé en piège – en abîme – en miroir…

Notre souffle et notre songe – le monde qui se dédouble – ce qu’il (nous) faudrait écrire par-dessus l’histoire officielle…

 

 

Ecrasé(s) – exclu(s) – au cœur des massacres – la cible de tous les projectiles – de toutes les formes de haine et de rejet – ensemble – vie après vie – sans jamais deviner la cohérence des emboîtements – des inclinaisons – des proximités et des éloignements – la persistance tenace de la chasse…

Des objets dérisoires – manipulés par les mains du destin – elles-mêmes guidées par le silence initial – le silence sans nom – sans autre intention que le jeu et la contemplation de l’insignifiance – remuée partout – au-dehors comme au-dedans…

L’interminable processus de la science combinatoire – la surprenante alliance entre la matière et le hasard…

 

 

Quelque part – l’inhumanité du monde…

Mille replis – l’abondance et la présence, un peu vaine, du langage…

Les substances des vivants et la mort – colonisatrices…

Le joug et la souffrance détournés du projet commun – du projet initial – exercés (et organisés) par la caste des marchands et de ceux qui s’estiment capables de gouverner le monde – les foules – les bêtes et les hommes – de les soumettre à leurs lois scélérates…

Ce que nous endurons – sous le soleil – apparemment l’irréparable – les dents, pendant un court instant, desserrées pour vomir ce que l’on nous a fait ingurgiter de force – dans la violence coutumière qui a toujours tu son nom…

Les figures du désastre sous le sourire (un peu narquois) de la lumière…

Piégé(s) à l’intersection du rire et du réseau des peurs…

Ce que nous sommes (tous) – au fond – peut-être…

Ce que vivent – sans doute – tous les somnambules – l’état juste au-dessus du rêve – dans l’apparente proximité du monde – avec la (précieuse) complicité de l’esprit…

 

 

Un cri dans l’ombre – du sommeil sur les pierres – en couches épaisses – et les rêves comme une chape sur tous ceux qui dorment…

Debout – actif(s) – qu’en songe (bien sûr)…

Ce qui nous hante – ce qui nous obsède – la nuit qui se prolonge…

Le jour et la lumière – inaccessibles…

Des vibrations et des secousses – en vain ; des murs trop épais qui confinent toutes les tentatives à l’échec – tous les mouvements à l’immobilité…

L’éternité désastreuse – en quelque sorte – longue – très longue – mais (comme toutes les choses – sans la moindre exception – l’infinitude temporelle comprise) provisoire – fort heureusement…

 

 

Ici – des yeux qui brillent – le jour qui frémit – au-dedans – comme une vallée – une clairière – pour accueillir les orages et les voyageurs – tout ce qui passe sans jamais s’attarder…

Une respiration silencieuse – des gestes naturels voués aux nécessités quotidiennes…

Ce qui nous efface et ce qui élève ce que nous portons en secret…

L’ignorance, peu à peu, mise à l’écart – et remplacée par le feu – le cœur – le ciel ; la blessure qui se divise – qui s’amoindrit – qui devient, de plus en plus, guérissable…

De la boue – comme onguent – jusqu’aux étoiles – pour saturer l’air – pour saturer l’âme…

Un rêve supplémentaire – bien sûr…

Une marche absolument parfaite – pourtant – et inconséquente – parmi toutes les formes mortelles…

Et le souffle – étrangement – de plus en plus égal…

 

*

 

Prisonniers – ce que les vivants doivent endurer – ce qui nous plonge au cœur du destin – au cœur de la métamorphose – au cœur de la folie – l’une et l’autre – simultanément – dans un parfum de violence et d’épuisement…

Le grand chamboulement intérieur – les idées et les choses en désordre – le chaos de l’abîme – des plus obscures profondeurs jusqu’au ciel le plus lointain – la tête toute retournée – et l’âme étendue de tout son long – les yeux écarquillés par l’ampleur de la révolution – la zizanie et les guerres intestines – l’explosion des élans – de la circulation – et ce qui (inconsciemment) est visé ; ce fond de tranquillité immobile au-dedans de la trame – cet espace dans l’espace – hors du temps – et affranchi (bien sûr) de toute géographie ; une manière, sans aucun doute, de s’approcher du silence…

 

 

Sans avenir – ce qui s’écoule lentement (et qui ne s’apparente pas au temps)…

L’invisible qui va – qui vient – qui demeure en dépit des absences – des verrous – des cœurs cadenassés…

Ce qui nous enclave et nous relègue au chuchotement ; des traces subordonnées au mouvement…

L’éternité ininterrompue (bien sûr) – au-delà des blessures et des épreuves…

L’intensité en dépit de la peur et des excès…

L’éclosion du Divin à la moindre caresse – au moindre frémissement…

Et cet air si dense qui remplit l’espace – qui comble tous les interstices – toutes les failles du monde…

Ce à quoi nous œuvrons – sans attente – sans impatience – le corps déclinant et oublié – l’âme transfigurée – et la terre et le ciel éclairés par le feu immense qui nous anime…

L’invisible de moins en moins insaisissable…

 

 

Bribes – parfois – presque toujours – en réalité ; fragments de matière – d’invisible ; le réel resserré – concentré dans l’âme – la gorge – la page…

La danse du feutre – au milieu des mots – et, à chaque ligne, le retour au centre – le périmètre étendu au-delà des angles de la feuille – le ciel discret – et le silence qui jamais ne s’accumule…

Le corps et l’esprit – dans leurs limites (respectives)…

Ce qui soutient le monde – le souffle – le cours des choses – tous les destins – en somme…

L’inconnu – devant nous ; et l’air qui, peu à peu, se raréfie…

Notre expérience du temps – du devenir – de créatures mortelles…

L’oubli nécessaire aux naissances et à la mort…

L’absence et tous ses intervalles de lumière…

 

 

L’Amour et l’inhumain qui s’écrivent mutuellement – à l’envers des actes ; un regard – des âmes engagées – des yeux insensibles – des jeux et de la douleur ; les contours du monde qui ainsi se dessinent – tracés à l’encre noire – avec des noms – des choses – des visages ; une longue liste – un ensemble de formes référencées par le langage – et le reste – l’essentiel – la multitude et l’invisible – qu’il faut abandonner au silence…

L’innommable – hors de soupçon – bien sûr…

Le Divin – ici et ailleurs – partout – libre depuis toujours – dans tous les gestes – au fond de tous les cœurs…

L’esprit inaliénable – l’innocence conjuguée à tous les temps – souveraine et célébrée en tous lieux…

Et l’inévitable terreau des destins – des ombres – du désastre…

Le jour et la nuit arrachés – puis retrouvés – réinvestis, peu à peu – puis reperdus encore ; la faim sans coupable…

Cette danse masquée interminable…

 

 

Dans le sommeil – silencieux – comme des bêtes harassées…

Des mains – dans la nuit – qui se tendent…

Des formes d’ignorance – innombrables – à éprouver – à explorer – à reconnaître…

Des signes – dans le ciel – indéchiffrables…

Du sens donné aux blessures – et à la douleur – inévitables…

Des vies obscures encerclées par les Autres et la mort…

Les mêmes étoiles pour les hommes – les bêtes et les Dieux…

 

 

Ce qui écarte la terre des promesses et la terre de l’immensité…

Tout entier penché sur la matière…

Les boues du fleuve – immergées…

Le point de perfection – à l’intersection des rives et du silence – à l’intersection du regard et des formes ; et des couleurs qui passent (inexorablement) – et que l’on remplace – inévitablement…

Le monde – plongé dans le mystère – dans son destin…

La respiration (naturelle) qui nous est offerte…

 

 

Nous – ici – sans impatience – le cœur auprès de l’évidence et les mains dans la nécessité…

Des énigmes – des incertitudes – des apparences – comme un rêve un peu trouble parsemé de taches et d’interstices – une manière d’habiter la terre et le ciel (simultanément) – l’âme solidement arrimée à l’enfance naïve qui s’imagine (à tort) devoir batailler contre le monde – contre les Autres et la matière – pour obtenir ce dont elle a besoin ; de quoi vivre – un peu d’espace – un peu d’amour – un peu de paix…

 

 

Voyageur – celui qui passe d’une rive à l’autre – d’une existence à l’autre – d’une mort à l’autre – d’un monde à l’autre – dans un itinéraire jamais préétabli – dans une sorte d’errance très particulière – et qui, de proche en proche – chemine tantôt vers l’infini – la délivrance – tantôt vers le fond du piège – la contraction – et contraint, bien sûr, d’alterner les élans et les destinations…

 

*

 

Ce qui nous arrache à la faim – à l’espoir – à la culpabilité – pour devenir (pleinement) le mot – la parole transformée en geste – le geste transformé en poésie – puis, la poésie transformée en silence…

Au-delà (bien sûr) du masque – de l’homme – de la folie…

Suffisamment probe – sans doute – pour prétendre à un peu de vérité…

 

 

Du premier au dernier jour…

De la première à la dernière créature…

De la première à la dernière cavité buccale…

La même nuit – la même faim – la même absence ; et, quelques fois, un peu de bavardage…

Le monde qui balbutie – notre interminable préhistoire…

 

 

Souverain – ce qui, en nous, échappe au récit – à l’histoire commune – écrite – officielle – entre fiction et mensonge – délire et invention – parsemé d’éclats de vérité – dérisoire(s)…

Du sommeil et de la gesticulation à seule fin de trouver la bonne inclinaison – la juste posture – sur la pente – la moins déplaisante – la plus confortable…

Des murs – des œillères – des portes verrouillées – qui dissimulent la perspective et l’immensité…

Des mots – des vies – des corps – absolument non révolutionnaires – englués dans une sorte de normalité dans laquelle toute forme d’excentricité et de marginalité est systématiquement inhibée – réprouvée – interdite…

 

 

Un peu de lumière – devant nous et dans notre sillage – parfois, la seule réalité que nous expérimentons – et d’autres fois – la seule espérance que nous ayons…

 

 

L’aube – sur la pierre – et sur la page – le jour déclinant – le pas et la parole – presque inversés – et synchronisés pour éclairer le mot et assombrir la foulée afin qu’ils puissent, un jour, se rejoindre dans un espace de vérité – en demi-teinte – entre lumière et obscurité – là où le réel devient manifeste – là où l’expérience s’affranchit de toute limite – de tout manichéisme – là où il ne fait aucun doute que nous existons

 

 

L’encre silencieuse – tête nue – l’âme sous son étoile – le regard posé à l’intérieur – sur l’infini – les yeux fixés sur l’horizon – le souffle sur le rythme de la main qui écrit…

Le monde mis à l’écart – comme l’ignorance – qui ont, trop longtemps, régné sur notre candeur…

 

 

Sur le sol désert – la nuit brûlée – comme une terre trop ancienne…

Le sens et le ciel (enfin) retrouvés…

Lovés contre notre blessure – la chair encore vive – le sang – le reflet de la mort ajournée – comme une barque à la dérive sur des eaux inconnues qui nous paraissent soudain familières – et sur lesquelles nous nous laissons glisser sans inquiétude…

Nous – l’objet d’un rêve – peut-être…

 

 

Le cœur vivant – sauvé par le règne de l’incertitude – l’inconnu retrouvé – la possibilité de la mort – l’horizon au-delà des évidences – le mystère, en nous, préservé…

Une issue pour échapper à ce bain de croyances aux sillons tout tracés – les mains vides après la récolte – offerte à la terre – aux apparences…

Et l’on repart – et l’on poursuit son voyage – sans boussole – sans destination ; et l’on s’éloigne – et l’on se dérobe…

Le jour – au-dedans – comme le seul fanal…

 

 

Scellé dans la fange – le plus obscur du monde – de l’âme ; de la même nature – la même matière – sans doute – le bas des cimes – le socle de toute œuvre – là où la terre nous est la moins étrangère – le terrain de l’enracinement – le support de tout envol – là où la vie nous a posé(s) – très provisoirement…

 

*

 

Le noir qui jaillit de la pierre…

Des tombes – comme des miroirs où viennent mourir tous les reflets…

De la tristesse enfermée – à l’intérieur…

Une page supplémentaire – comme un gouffre que, peu à peu, l’on agrandit…

Ni la semence – ni l’immensité – ne transformeront le voyage ; les épitaphes mélancoliques – une encoche de plus sur le bâton…

Et l’horizon – et l’incertitude – toujours – devant nous…

 

 

Une soupe de signes – des éclats de sens à foison – comme une pensée magmatique – des amas qui se pressent – et s’entrechoquent – avant de sombrer dans l’abîme – dans l’oubli…

Des jeux – des insignifiances – pour assurer l’intégrité de notre démarche – de notre voyage – de notre territoire – de notre infirmité ; l’existence vécue à partir du manque…

 

 

Que risque-t-on sinon la désillusion et l’effacement – les prémices de la sagesse – un peu de vérité – insaisissable (bien sûr) – sur la pierre – comme l’eau fuyante d’une rivière – déjà passée – déjà ailleurs – comme l’Amour et le silence que l’on ne peut entasser (en prévision du temps à venir) – un autre versant du mystère aux facettes saillantes et réflexives…

Le ciel – comme le corps – sans frontière…

Nous – cherchant ; nous – nous appauvrissant ; puis nous – comme un tégument de lumière – le prolongement du monde dont toutes les extrémités seraient des soleils ; et ceux (tous ceux) encore coincés dans les interstices qu’il faut continuer d’instruire et d’éclairer ; notre tâche à tous – bien sûr…

 

 

Terre vécue – comprise – peut-être…

L’obscur parcouru jusqu’à la dévastation…

L’oreille qui se dresse – l’écoute attentive – une présence libérée de ce qu’elle porte – de ce qui l’entoure…

Et cette joie – indélébile – qui se fait entendre au fond du cœur…

 

 

Des pas dans la boue – enchaînés…

De l’ignorance aux relents d’obscurité…

Les ténèbres que l’on porte – transportées de terre en terre – de seuil en seuil – sans jamais fléchir…

Le langage plus noir qu’à l’ordinaire…

Et cette longue veille au-dessus du monde – des signes – à l’affût d’une lueur – d’un peu de lumière – pour briser le sortilège et l’aveuglement…

Toutes nos tentatives – tous nos élans – en attendant le soleil – la clarté suffisante pour que s’effritent les œillères et l’illusion…

 

 

Des portes sans poignée qui n’attendent qu’une main innocente – un cœur suffisamment pur pour transformer toutes nos absences en (réelle) possibilité de sagesse…

L’humilité plutôt que la mémoire…

Le silence plutôt que le sermon…

L’être plutôt que l’exemple et la leçon…

L’aube comme seule manière de s’affranchir de la nuit – du manque – des consolations engrangées comme solution (inappropriée – bien sûr) à notre infirmité…

Dans le reflet trop familier des rêves – la nuque raidie sous le poids – l’encombrement de la charge mal répartie entre l’âme et les épaules…

L’intériorité (quasi) moribonde – la poitrine suffocante – les jours et les années qui passent – le temps qui s’écoule – apparemment – les yeux fermés – dans la perte inconsolable du Divin – la tristesse contenue – le cœur réduit à la surface – l’existence cantonnée à quelques apparences – à ce qui semble nous entourer – très étroitement…

 

*

 

La pierre fendue par la masse…

Le sol tassé par le piétinement (permanent)…

La terre – partout – malmenée – maltraitée – exploitée…

A la limite de la rupture…

La surface (presque) totalement anéantie et les profondeurs éviscérées…

Jusqu’ici le soleil – pourtant…

L’apparition (progressive) de la multitude et l’émergence laborieuse de l’homme ; le commencement du cataclysme…

 

 

Sur la ligne d’horizon – la frontière grise – la nudité du ciel et l’écume du monde – à la jonction précise des deux espaces ; d’un côté – la monstruosité et les remous – et de l’autre – la virginité nébuleuse – aussi manifeste qu’imprécise…

Et cette cassure – au fond de l’âme – qui partage l’homme en parts inégales…

 

 

L’esprit du monde – fangeux – labyrinthique ; et l’existence humaine – entre la jouissance et la fuite – inapte à échapper aux malheurs – à la tristesse et à l’absence – que la mort – tôt ou tard – vient couronner…

Les besoins de la chair – les nécessités quotidiennes – tous les incontournables existentiels (la maladie, la douleur, le vieillissement) – dont nul ne parvient (véritablement) à se libérer…

Cette parenthèse apparemment constituée d’un début et d’une fin – deux dates – l’une supposée inauguratrice – et l’autre considérée comme un couperet – un terme définitif – rédhibitoire ; l’ignorance d’avant et l’ignorance d’après – et la survie comme impératif du séjour ; les Autres et le monde – toutes les circonstances – avec lesquels il nous faut apprendre à vivre – à composer – avec plus ou moins de maladresse et de probité ; les conditions mêmes de l’impasse terrestre – du seuil infranchissable – de la sentence plus qu’incompréhensible…

 

 

Parfois – les lèvres – parfois – le sang – la main levée – la main tendue – ce qui passe – ce que le chant intensifie – la note et l’étoile – l’âme investie par l’angoisse et l’invisible…

Notre labeur – à l’intersection des cercles…

Le monde et le temps – ce qui apparaît et ce qui s’écoule – malgré nous…

 

 

La perche dressée au-dessus de la matière – comme une main aveugle – maladroite – qui tente de toucher le ciel – le fond de l’air ; comme une excroissance de l’âme née de l’invisible et de la progressive sophistication du corps…

La terre recouverte – saccagée – réduite à un étroit périmètre qui pousse l’homme à investir l’espace – l’ailleurs – d’autres terres – au-dehors – et d’autres mondes – au-dedans – une issue pour échapper à l’encerclement – à l’incarcération de plus en plus insupportable…

 

 

Dans nos bras trop restreints – l’ombre immense des jours – des siècles qui passent – comme le reste – les visages et les bruits – sous la lumière épaisse – le feu des yeux qui, peu à peu, se transforment – la lente métamorphose en fenêtre – puis, en regard…

Les rives détournées de leurs usages communs – coutumiers ; le renversement des valeurs – la parfaite transvaluation des principes…

Le mystère, peu à peu, déchiffré…

Le vent qui retrouve sa fonction première…

Les mains de moins en moins hésitantes…

Et les pages qui s’écrivent – qui se tournent ; de plus en plus rassuré – de moins en moins soucieux – le sourire, à présent, accroché aux lèvres…

 

*

 

Plus qu’un couteau tranchant – une fine lame – sur laquelle viennent mourir les pensées – les faits – les dates – tous les phénomènes…

La mémoire – comme un obstacle à la virginité ; un mur massif supplémentaire – dans l’immense labyrinthe – une zone entière – un périmètre croissant – considéré(e) comme une gigantesque impasse par la nomenclature des sages…

Sans seuil – une sorte de piège démesuré pour les vivants…

Le lieu où s’entasse ce qui – bientôt – deviendra monstrueux ; un empêchement rédhibitoire – tel un énorme rocher attaché à une corde nouée à cette partie sombre et saisissante de l’esprit – que l’on jetterait au fond d’un abîme…

Et aujourd’hui – fort de ces si nombreux séjours dans les ténèbres – un regard seulement muni d’un glaive agile (et aiguisé) – notre unique bagage – le seul viatique indispensable pour voyager entre les mondes [et résider quelque temps sur leurs rives (innombrables)]…

Présence vécue auprès de la lumière, peu à peu, devenue fenêtre et miroir – selon les visages et la profondeur des yeux qui nous font face…

Battements de cœur et joie – au fond de la poitrine…

Âme poudroyée – puis, dispersée dans l’immensité – et confondue avec elle ; un seul espace – à présent…

Qu’importe les faims – les demandes – les tremblements – un geste à la fois – à la manière de l’écoute – cette attention pure exempte de bassesse – de fatigue – de corruption – avec un reliquat de matière – peut-être – sans bouche – sans ombre – comme une excroissance (de moins en moins dévoyée) de l’invisible ; un fragment de silence – offert à tous…

 

 

Le jour inversé – dans le sang – le ciel – au revers de l’épaisseur rouge…

Et nos vies comme des mains malhabiles qui tentent d’esquisser sur le sable quelques traits dérisoires – confronté(e)s à la récurrence des vagues – du vent – de la violence ; les Autres – le ressac – les rafales – tous les périls du monde – le contexte terrestre le plus familier – ce qui cingle et ce qui frappe – le corps – le cœur – l’esprit…

Nos existences – sans promesse – d’acrobates maladroits – sur le fil du feu censé nous mener vers la lumière – les deux pieds dans le brasier – en réalité – et la tête coiffée de hautes flammes – notre lente (et douloureuse) consumation…

L’inertie (bien sûr) plutôt que le voyage…

 

 

Le paraître déformé par les lèvres et le désir – dans l’intention de constituer une sorte de totem – un simulacre de beauté – avec des miroirs mensongers accrochés à tous les murs et des reflets apocryphes arrachés au Divin – pour essayer d’échapper à la laideur – à la tristesse – à la nuit…

Nous – passant comme un rêve – entre le premier et l’ultime soupir – quelques saisons – des gestes sans autre folie que celle de chérir son ignorance…

Dispersé(s) – éparpillé(s) – jeté(s) les uns contre les autres – sur la terre – au milieu des circonstances…

La masse des corps qui jonchent le sol – qui luttent – en vain – contre les remous et l’oubli – impuissants face à l’acharnement des forces infrangibles…

La survie – comme seule ambition – source de (presque) tous les élans ; le désir d’une matière docile et abondante – le seul espoir – très souvent…

Oublié(s) des Dieux – exilé(s) de l’intérieur – appauvri(s) par l’absence et le manque d’espace au-dedans – cherchant, dans le labyrinthe du monde, une impossible issue…

Des songes et des foulées – seulement ; mille tentatives pour essayer d’échapper au désespoir…

 

*

 

Les ombres contournées – franchies – parfois, résorbées…

Corde à la main – pour se laisser glisser le long de la roche – à l’écart des massacres – la peau lacérée par les aspérités du monde…

Dans la poche – un carnet et quelques provisions – pour entreprendre ce voyage surprenant – comme une longue (et savoureuse – et salvifique) descente au fond de l’abîme…

La ligne claire de l’esprit – la paroi avec ses failles et ses anfractuosités…

La pluralité des genres – recentrée…

Toutes les lacunes et tous les excès – surlignés…

Le contraire de la tiédeur et de l’usurpation…

Le délire jusqu’au (complet) vacillement…

D’un extrême à l’autre – dans notre langue et notre traversée…

L’expérimentation du monde ; l’apprentissage de l’homme ; le labeur auquel nul ne peut échapper…

 

 

Terrassé par l’indigence – l’ordinaire…

Les peurs recroquevillées derrière un semblant de bravoure ; quelque chose – en nous – de dévasté – malgré la bonne figure (apparente)…

Cet instinct des bêtes en présence des hommes ; le sauvage qui fuit les bizarreries et les dangers de la civilisation – les mœurs étranges et atroces des dominants…

Sur le chemin de l’exil – aux confins du monde – aux marges dépeuplées – là où l’étreinte n’existe plus qu’à l’intérieur – comme l’enfance et la tendresse – comme le plus précieux – le cœur déshérité – la main tendue et la main qui se tend – la solitude et la fraternité – en soi…

Nous – face à nous-même(s) – les fenêtres et les mondes que nous portons – ouverts sur l’immensité…

Et ce long glissement vers le silence – la texture de notre premier visage – le seul, peut-être, qui puisse échapper aux couleurs et aux oripeaux dont nous avons pris l’habitude d’affubler nos différentes – nos multiples – figures…

 

 

Nous – parmi les Autres – le mystère dont nous nous rapprochons – dont nous nous éloignons – que nous sommes…

Sans distance – le vide – creusé – en soi – propice à l’accueil – prêt à tout accueillir…

La plénitude – au centre – la présence – partout – l’immobilité – au cœur de laquelle tout – à peu près tout – circule – se rencontre – échange…

L’œil jamais ébloui par la lumière – jamais inquiété par le silence…

L’âme réconciliée avec le monde et l’Absolu – tels qu’ils nous apparaissent…

 

 

Sur la pierre – le faîte et l’horizon – l’âme et le pas – le geste et la prière – tout ce dont nous avons besoin pour vivre sur la terre – au ciel – entre les deux – notre (humble) humanité…

L’invisible scindé en autant de dimensions que nécessaire ; l’œil immature qui cloisonne et dissèque – incapable de voir – trop souvent…

L’Absolu d’où jaillissent la matière – les choses – la parole…

L’œuvre du monde à l’aune du possible – notre labeur…

La vie – la mort – le sommeil – ce qui a l’air d’être – peut-être – sans doute – à la manière d’un rêve…

 

 

Un peu de couleur sur ce qui semble exister – quelques taches bariolées sur la trame immense…

Agenouillé devant le feu – l’homme – le silence – les cimes sombres de la nuit – le fond du jour aux parois lisses – vertigineuses…

L’œuvre de la tête soumise au piétinement des Autres ; le reste du monde que nous ignorons autant qu’il nous ignore…

Ce que nous sommes – parfois – de toute évidence…

 

*

 

Le temps désagrégé – l’espace interminable…

Nous – sans interruption – dans l’écheveau aux interstices fabuleux…

Des passages – de monde en monde – de vie en vie – le fil d’une même conversation – les doigts de Dieu qui jouent avec toutes les cordes de son instrument…

De tous les exils à tous les centres – au gré des circonstances ; et la même écoute – infiniment patiente…

 

 

Vacillant – sous cette lumière qui nous rejoint – à intervalles réguliers – pour égayer un peu le noir – notre course insouciante à travers le monde – le regard d’un Autre – aussi aveugle que nous – sans doute…

Dans la poitrine – cette musique et ces fenêtres – l’enfance qui sommeille avec candeur – le terrain des possibles que la raison infertilise – l’absence au niveau du sol – le rêve comme dangereux dérivatif…

Du haut des falaises – un rire – un envol – quelques fois – quelque chose qui élargit le cadre – qui redonne à l’esprit sa potentialité – un rai de lumière sur la langue – la création d’un embarcadère jusqu’au milieu de l’océan – le jour qui s’élève et la nuit qui décline…

Nous – derrière la vitre – les yeux qui cherchent – l’oubli comme un balai serré contre soi – et que l’on fait danser au milieu des visages et des circonstances…

Nous – comme une flèche dans le vide – suspendue – et qui reprendra sa course à la fin de la méprise – et qui se multipliera autant de fois que nécessaire pour atteindre le cœur de la cible – le centre multiple de l’espace…

 

 

Le frémissement – en soi – de l’invisible…

Ce dont le geste se fait l’écho…

Le brassage de la terre et du rêve…

La douleur et le sommeil réunis…

Comme un vague dispositif – éventuel déclencheur de l’envol – peut-être – les linéaments d’un élan pour échapper à la nuit du monde – à l’obscurité de l’homme…

La mesure de notre infirmité – à certains égards…

Nos bassesses éployées – l’image du feu – et nos lâchetés au bout d’une perche…

Exposé et retranché – en plein silence – malgré les cris et les objurgations de ceux qui cachent – maladroitement – leur indifférence…

Nous – sous le piétinement de nos contempteurs – la seule place que l’on nous octroie – et que nous occupons – à genoux – en silence – sans mot dire – les mains jointes en prière…

 

 

Dans l’ombre de ceux qui partent – de ceux pour lesquels la vie est un voyage – la seule véritable aventure – sans doute…

L’apparente errance du dehors et l’itinéraire (extrêmement) précis à l’intérieur ; des pas mesurés et des escales – jamais prévus – jamais anticipés – mais qui s’avèrent conformes aux traces passées – aux empreintes laissées par les anciens ; la patiente remontée du fleuve jusqu’à la source – le lieu du jaillissement perpétuel – à la jonction du ciel et de l’âme…

Et notre cheminement – les yeux bandés – les mains attachées derrière le dos – tous les rêves émiettés – à travers le réel et ses reflets…

Une foulée après l’autre – jusqu’au réenchantement…

 

*

 

La tendresse sauvage – farouche – solitaire – qui aime la nuit – l’oubli – ce qui nous réconcilie avec la chambre close – la force concentrée qui sert de baume et de miroir au voyageur en exil – seul sur ces rives dépeuplées – un peu de ciel – un reste d’étoiles – mélangés à la parole qui panse pour donner naissance à celui qu se moquera du gouffre – des pièges – du monde et du Divin – à celui qui respectera toutes les formes nées de la source – qu’importe leurs grimaces et leurs déguisements…

Nu – sous sa toge de vent – sans attribut humain apparent – inspiré par toutes les profondeurs – affranchi des apparences…

Dans les yeux – cette flamme solide ; dans le cœur – ce qui subsistera à tous les anéantissements…

L’espace vivant – sensible – chargé de vie – de mort – de décombres – traversé de toutes parts – à l’intersection de la terre et du ciel…

Sur le point de glisser – à chaque instant – dans l’âme de ceux qui ont su se faire humbles – suffisamment humbles – à force de cassures…

L’écho d’un roulement – au-dedans…

Quelque chose de bouleversant – le cœur de l’enfance – peut-être – réapparu avec la douleur et la clarté de l’âme…

 

 

Au pied d’un arbre – aux fenêtres du temps – l’infini porté par les mains de l’invisible – l’impossible dans la paume du silence – l’éternité de la voix chargée d’une imperceptible vérité…

Notre interminable besogne – la vie – le geste – la poésie – au service du soleil et du sang ; le Divin déguisé en chair et en verbe…

 

 

Les deux mains tendues – confiantes – comme si le monde était un rêve…

Des étoiles dans un autre ciel…

Une nuit colorée par des mains délicates…

Des âmes sensibles à la lumière…

Quelque chose de bienveillant qui pourrait s’approcher…

 

 

Notre vie – dégoût aux lèvres – le souffle ensommeillé – le ciel sans un seul signe – silencieux – comme si tout dormait – en nous – alentour ; comme si seul le rêve était réel…

Du soleil – parfois – le simple rayonnement d’une étoile – le reste sans couleur – comme emprisonné…

Au cœur des gouffres de la terre – la multitude amputée – agenouillée aux pieds des parois – hurlant sa douleur – ses prières…

Des paroles mélangées à la boue…

Des yeux presque parfaitement fermés…

Des existences – pitoyables – sans espoir – sans lumière – en train de s’éteindre…

Et nous – nous débattant encore – faiblement – dans les filets des Dieux – au cœur des orages et des tempêtes…

Trop peu de fièvre et trop de sang ; l’âme recroquevillée dans notre main…

 

 

Au doigt – l’alliance rompue…

L’indifférence en guise d’étreinte…

Dieu dans nos yeux aveugles – impuissant à se faire voir…

Dans cette nuit de plus en plus déserte…

Distraitement en vie – comme des pantins – (presque) entièrement étrangers à nous-mêmes…

Oublieux de la besogne – de l’origine – à accomplir – à retrouver…

Sous la coupe de la soif – immobiles – presque inertes – comme si nos membres avaient été arrachés ; dans une posture cruelle – atroce – insupportable…

 

*

 

A attendre – ici – dans le sable – sous le ciel – la voix – la mort – l’impossible…

Notre labeur interminable…

Et le sang sur la dépouille couchée sous la terre – la même douleur – la même peine…

Et l’âme dans l’air – survolant le monde ; le même besoin de tendresse – de soleil – d’horizon à dépasser…

 

 

Ce qui se rallie – sous nos forces – comme si nous étions un titan – un colosse aux ailes dépliées – aux longs cheveux clairs – un demi-dieu s’essayant à l’envol sous l’égide des forces célestes…

L’œil (néanmoins) lucide sur la métamorphose…

 

 

Face au monde – face au dé – le même destin qui se joue…

A la vie – à la mort – tantôt porté vers l’une – tantôt porté vers l’autre – sans distance avec ce qui arrive – pleinement engagé – malgré le regard qui surplombe les spectacles…

Tout – les deux – de manière concomitante…

 

 

Sur la terre abrupte – les deux pieds au sol – enracinés – posé là où il y a des arbres et des fleurs…

Le silence – dans la poitrine…

La voix qui murmure – comme pour elle-même – s’adressant à l’âme peut-être – et aux frères alentour – qui peut savoir – implorant les pierres et le Divin d’offrir à l’homme l’œil bleu de la sagesse – le cœur dégagé de l’histoire – capable de deviner l’immensité – la clarté de l’entendue sans bord ; l’Amour – la tendresse – le respect – nécessaires à la vie commune…

Soi et l’Autre – sans brisure ; dans la continuité perpétuelle de l’esprit et de la chair…

 

 

Ce qui s’écoule – ce qui s’écoute – l’énigme et les visages – l’esprit éparpillé dans la matière…

En nous – la lumière dissimulée sous nos voiles ; très souvent, l’ignorance – parfois, la pudeur…

Les troubles de l’âme face à ce qui s’invente – face à ce qui redouble d’effort pour consolider la résistance…

Deux mondes – au-dedans – qu’une réconciliation, sans doute, réunirait…

 

 

La figure repliée dans l’âme – les bras écartés – la bouche lumineuse – le silence sur nos lèvres trop agitées – parfois…

Le soleil – en désordre – au-dedans…

Ce que l’on murmure ; toutes nos insatisfactions…

 

 

Sans tête – l’âme nue – et sans même y réfléchir – notre plus juste identité ; puis, après un temps (suffisant) de silence et de solitude – l’approfondissement de l’ignorance – le doute et l’hésitation – l’impossibilité de dire – de définir – l’inutilité du langage – l’indigence de tout commentaire – rien ou tout – rien et tout – qui peut savoir – ceci et/ou cela – l’être et le non-être – la possibilité du jour dans le règne (quasi) perpétuel de la nuit – la faim – les Autres – soi et les formes – l’évidence et l’invisible – le rêve et les yeux grands ouverts – l’histoire – toutes les histoires – comme une succession de choses et de visages – une longue suite de circonstances – ce qui arrive – ce qui pourrait arriver – ce qui est – ce qui s’impose – assurément – ce qui existe – peut-être – ce dont on n’est pas certain…

La vie – la mort – la terre – le ciel – mille choses – mille mots – expressions de la même figure ; des élans et des tentatives ; l’œuvre – partout – de l’ineffable…

 

*

 

Le monde déchiré – la blessure étalée – devant nous – la parole inutile – le triste constat – la halte nécessaire – un peu de répit pour le pas – en attendant que naisse une autre terre – une autre lumière…

 

 

De l’autre côté – parfois – la seule solution ; non pas l’issue des faibles – non pas l’issue des rusés – mais celle qui se dessine, peu à peu, dans l’épaisseur étouffante des existences – dans l’étroitesse incarcérante des cercles où l’on nous somme de résider…

Un saut de côté – une traversée – ce que nous pouvons pour échapper au ciel de plomb – à la lourdeur de l’argile – au sang qui finit par s’assécher dans nos veines…

Un élan pour réparer – peut-être – nos vies fissurées – infirmes – estropiées…

 

 

La voix – la nôtre sans doute – au-dessus du monde – la terre écorchée – ce que nous étreignons – ce à quoi nous nous accrochons – après l’inévitable séparation – la rupture – le déséblouissement – le rejet du commerce auquel se livrent les hommes…

Dans un geste univoque – l’éloignement de la peur – le retour à l’innocence…

Le couteau et le bleu – le cœur – largement exposé – sans fausse pudeur – sans craindre d’effrayer – sans craindre de subjuguer…

Des yeux – partout – au-dessus du monde – les nôtres peut-être – eux aussi…

Ce qui nous prend et nous emporte…

Ce qui nous fait recommencer – mille fois – dix mille fois – des millions – des milliards de fois – encore et encore – encore et toujours…

La destruction et la mort – malgré la persistance des larmes et des tremblements…

Ce qui se lève – haut – très haut – bien au-dessus des cris et des légendes inventées par les hommes…

 

20 mai 2021

Carnet n°263 Au jour le jour

Octobre 2020

Les remous du monde – de la joie…

Notre dilemme – trop souvent…

Nul choix possible – ce qui s’impose – simultanément – successivement…

Qui peut savoir où nous mènera la nécessité ; la longue somme des exigences de la matière et de l’âme…

 

 

Danser – parmi les choses – dans le vide – comme la poésie au milieu du réel et des alphabets – sans savoir – sans rien deviner…

S’abandonner à tous les possibles – aux courants qui nous mènent – à toutes les combinaisons – tristes ou joyeuses – sages ou insensées – au destin – aux rires – aux larmes…

A quoi pouvons-nous nous résoudre sinon à nous laisser entraîner – à tournoyer au milieu des débris – des éclats – des ruines bientôt – puis, à nous asseoir posément (dès que possible) dans la poussière et la cendre – un œil ici – dans la matière émiettée – calcinée – réduite à néant – et l’autre – plus loin – ailleurs – sur le vent et les flammes partis déjà ravager d’autres lieux où nous serons aussi – où nous serons encore…

 

 

Il n’y a d’erreur – il n’y a de chemin ; qu’un pas – ce qui s’impose – et l’épaisseur brune – presque noirâtre – ce mélange gluant et sale où le corps est empêtré – au milieu de ces strates auxquelles nul ne peut échapper – et le regard, si souvent, prisonnier qui s’enfonce, lui aussi, au lieu de demeurer immobile – au cœur même de la matière – comme dans l’œil d’un cyclone – et au-dessus – si haut – si léger – si libre – si étranger à ce monde – (pleinement) affranchi des mouvements – de toutes les formes de gravité…

Et nous – nu(s) – élégant(s) – mêlant le jeu – la joie – l’essentiel – le corps au cœur de la danse et l’âme légèrement en surplomb…

 

 

De la tendresse – en nous-même(s) – comme une source – la seule peut-être – la seule sans doute – dont nous avons réellement besoin ; vitale – intarissable – à laquelle, trop souvent, nous préférons quelques fontaines secondaires – plus ou moins généreuses – intermittentes – défectueuses ; ce que nous propose et ce à quoi nous invite le monde – essentiellement…

L’erreur la plus commune – la plus grossière – infiniment réajustable – fort heureusement…

 

 

La vie que les mots, si souvent, alourdissent – rendent plus insupportable encore ; et ce besoin de silence qui allège – et égaye – l’existence et la langue – comme un vent rafraîchissant – guérisseur – sur un quotidien ensommeillé – (bien) trop bavard – (bien) trop rêveur…

 

 

Le monde fourmillant – de la matière en émoi…

Des poitrines – de l’oxygène…

Du sang qui circule – des cœurs battants…

Des gestes – des pas – un peu partout…

Des paroles – quelques idées – parfois…

Des querelles et des rapprochements…

Des histoires qui se perpétuent – des récits à raconter…

Des désirs – des espoirs – plein la tête…

Des ventres à remplir – quotidiennement…

Des âmes – trop souvent – décharnées…

Les impressions et l’existence communes des hommes…

Des artifices si naturels qu’ils semblent exister de toute éternité…

La vie habituelle de ceux qui s’imaginent humains – libres – au sommet des espèces – au faîte de toutes les hiérarchies…

Une indigente manière de vivre – une terrifiante façon d’être au monde…

Ce qui donne envie à (presque) tous les Autres de leur ressembler – de perpétuer ces atroces traditions ; l’ignorance – la bêtise – la barbarie – érigées en système – en civilisation ; le vivant qui s’attarde à l’ère de la préconscience…

 

*

 

Là – sans raison – dire – laisser la parole s’extraire du silence – tournoyer – se déployer – se rétracter parfois – lui offrir l’espace et la liberté – la possibilité d’obéir à son élan – à son mouvement – jusqu’au silence suivant – jusqu’à son extinction naturelle – soudaine ou progressive…

Et ainsi de la parole – du geste – de soi – de l’Autre – du monde – de tout – qu’importe la chose qui surgit…

 

 

Rien – dans le miroir – le reflet du monde – du vent – du soleil – du silence…

Effacée la tête que l’on fait – la mimique et l’émotion sur le visage – supprimées par l’acquiescement…

 

 

Dans le fouillis – l’équilibre…

La légèreté dans le fatras…

La simplicité dans l’enchevêtrement…

La joie de l’instant – de la circonstance – du lieu…

Ce qui est – à présent…

Rien d’autre – ni le souvenir – ni le temps…

Pas même le possible ; le vide et l’accueil – seulement – pour que rien ne demeure – pour que tout soit, à chaque instant, infiniment ouvert – et chaque chose – reçue – aimée – étreinte – embrassée…

 

 

Le jour – comme au secours des siècles – des millénaires d’histoire – de ce qui nous est arrivé depuis le premier instant…

Et de l’espace – et du silence – aussi…

Présents – à la manière d’un remède – la panacée – contre tous les maux de l’existence – capables de guérir tant d’années d’efforts et de malheurs – de maladresse et de brutalité…

 

 

Le monde – comme une longue traînée de sable – le vent derrière – les mains et l’esprit amassant les choses ; les échecs et la chance – la même opportunité – à chaque fois – le règne (et la nécessité impérieuse) de l’oubli ; ce dont si peu se souviennent – malheureusement…

 

 

Des bourrasques – trop souvent – qui nous heurtent – qui tentent de nous faire chavirer ; et nous – debout – à la manière des grands échassiers à l’allure fragile…

Une stature – des apparences – et cette effroyable façon de faire semblant – comme si, malgré nous, nous ne pouvions échapper au mensonge ; ce que reflète notre silhouette ; l’image ou l’idée qu’elle fait naître dans l’esprit des Autres ; jamais la réalité que nul, bien sûr, ne peut définir – cerner ou circonscrire – à l’aide du langage et des représentations…

Façades d’édifices artificiellement construites – et éclairées de manière trompeuse…

 

 

Si éloigné(s) des Autres – relégué(s) aux marges de l’espace – aux bords de l’étendue – trop distant(s) du centre et de la lumière – quelque part entre le rêve et le ciel fantasmé…

Comme des yeux fermés qui tenteraient de voir ce que nul ne peut décrire – ce qui, peut-être, n’existe pas…

 

 

Nous – dans le jour – comme au cœur d’un monde parallèle – ce qui demeure – et reste vrai – malgré son apparente irréalité…

Le vertige du ciel au cœur de chaque circonstance – l’infini derrière l’ivresse et les secrets…

L’indéfectible solitude de l’âme au milieu des Autres…

 

 

Nous – pas même protégé(s) par quelques frontières – par quelques remparts ; pas le moindre refuge – pas le moindre tégument…

A l’abri de rien – de personne…

Au cœur du voyage – au cœur de l’exil…

En plein désert – en vérité ; à la recherche d’un secret commun – d’un mensonge peut-être – que nous nous échinons à découvrir – à révéler au grand jour…

 

*

 

Dans la danse – malgré nous – sans personne ; comme une évidence – brutale – parfois – légère – si différente de notre gravité naturelle – de notre (inguérissable) pesanteur…

En équilibre – sans appui – instable – bien sûr – entre ce qui demeure – ce qui ne peut être ôté – et tous les possibles…

La fête et l’oubli – à chaque instant – sans nuage – sans filet – en plein ciel – devant le visage de Dieu – immobile – permanent ; pas un clin d’œil – pas un battement de cils ; le silence – toujours – d’abord compris comme une (étrange) indifférence – une absence difficilement compréhensible – puis, peu à peu, comme une manière discrète d’exister – d’être là – une forme particulière de réserve – puis (enfin) comme l’Amour le plus direct – le plus puissant – irrévocable – un plein acquiescement – un oui immense – énorme – magistral – sans condition – à ce que nous sommes – à ce dont nous avons l’air – à ce que nous dissimulons – à ce que nous dévoilons – à ce que nous cherchons – à ce que nous refusons – à nos maladresses – à nos manquements – à nos incompréhensions – à nos prouesses et à nos infamies ; la parfaite approbation quels que soient notre état – nos gestes – notre devenir – nos désirs – nos instincts – nos possibilités – ce qui nous traverse et ce que nous traversons…

Tout – totalement – absolument – accepté…

 

 

Nous – d’abord replié(s) – avant le déploiement d’un soleil très ancien – caché – presque oublié – comme un secret qui, en découvrant le vide – la place que, peu à peu, nous lui octroyons – retrouve (progressivement) sa pleine mesure – toute sa splendeur – son rayonnement sans entrave – sans retenue…

 

 

Nul échec – nulle distance – possibles…

Au cœur de ce qui importe – de ce qui se joue – de ce qui, avec le reste – avec le monde, nous invite et nous emporte…

Jamais d’imposture – ni de dissonance…

Entier – sans partage – dans ce qui vient…

Rien avant – rien après – pures fictions – pures fantaisies…

L’engagement total – sans poids – au-delà des identités et des circonstances – au-delà (bien au-delà) de la nécessité organique et poétique…

Tout – au cœur – gestes et présence…

 

 

D’un côté – la persistance – de l’autre – l’abîme – le vide qui a revêtu les habits de la nuit – du néant ; déguisement ridicule – bien entendu – et infiniment trompeur…

Trop de silence et de vertige – à vivre au cœur de la vérité…

 

 

Dans le noir – encore – comme si rien n’avait changé – la couleur du ciel – l’étrangeté des saisons – l’apparence du temps qui passe – ce que les hommes appellent l’existence…

Notre espace – la lumière…

La part sombre – inaliénable – du monde – de la matière ; ce que l’esprit même ne saurait transformer…

 

 

Le vide – le ciel sans événement – au-delà de toute croyance – au cœur – autour de la nuit ; le centre qui pénètre – et enveloppe – les choses ; ce qui est vrai – quels que soient le regard et les visages de l’absence…

 

 

Le jour désagrippé – ce qui est là – ce à quoi l’on ne peut échapper – notre nature la plus profonde – peut-être – cette quiétude sans saisie – totalement sereine – goûtant sans retenue sa propre complétude – joyeuse – prête à tous les coups – à tous les détours – à toutes les surprises – sûre de sa base et de ses élans…

Notre essence et notre assise…

Ce que – malheureusement – si peu découvrent ; ce qui épargnerait au monde et aux âmes l’expérience du malheur – du tourment – de la douleur – toute la souffrance inhérente à la vie terrestre…

 

 

Sans cachette – sans refuge – au cœur des vents – là où la lumière est la plus forte…

Nu – exposé – invulnérable – en plein ciel – en ce lieu où le monde nous traverse sans nous blesser – sans laisser la moindre trace – le moindre éclat…

Au-delà (bien au-delà) de la volonté et du renoncement…

 

 

Le vide et le reste – notre solitude – notre multitude – enchevêtrés – en nous – entre nous…

Les assauts – les attaques – et, de l’autre côté, toutes les formes de protection…

Ce qui couvre tous les champs de l’expérience et exonère les créatures de toute responsabilité…

Le jeu implacable – impératif – de l’Absolu – dont nous sommes les éléments – l’indispensable contingence…

 

*

 

Rien du monde – la manière la plus simple – une chose à la fois ; ni avachi – ni contracté – relâché – sans intention ; ce qui s’impose – littéralement…

Le geste spontané et la joie naturelle…

Le reste – inexistant – sans la moindre importance…

Les vibrations de l’air – dans l’âme ; sur les lèvres – les traces de l’invisible…

Nous – pris dans l’élan (et la tension) de la nécessité…

 

 

L’équilibre – sur le fil du funambule – dans les pas – sur les épaules – du destin – sans hésitation – sans questionnement…

La pente – sans filet – qui nous emporte…

Ce qui doit se faire – ce qui doit advenir – ce qui advient (avec force)…

La marche – la respiration – quotidiennes – sans fatigue – sans essoufflement…

Dans le regard – un espace – une profondeur dont nous ne serons jamais ni le témoin – ni la cause…

 

 

Dans la fracture – ce magma épais – entre l’absurdité et un reliquat de paix – un fragment d’enfance – peut-être ; ce qu’il serait vain de vouloir définir ; le vent du monde transformé en matière coulante – crémeuse – comme un piège – une lourdeur – une couche supplémentaire dans nos vies déjà immobiles et écrasées – comme un surcroît de compression…

Et nous – debout – dans la mélasse – à patauger dans l’impossibilité et l’indécision – sans même la force de rire – sans la moindre autodérision…

Un chaos dans la chair – du désordre invisible – comme une offrande dans notre désir de perfection – dans l’alignement des choses – un peu de vie dans l’immobilité – nos habitudes – cette (presque) mort…

Rien à rassembler – nul effort à fournir ; s’en remettre aux courants qui nous entraînent – qui nous éparpillent – nous et nos trésors – nos objets – nos affaires ordinaires ; se laisser porter par les flots et les vents – par tout ce qui disperse – émiette – rabote – défait – le poids inutile que nous portons – le faix de nous-même(s) et de ce que nous appelons notre vie…

 

 

Rien ne nous oppresse – au-dehors – seulement ce qui nous écarte – à l’intérieur…

Rien qu’un poids – quelque chose – mille choses – qui pèsent à la jointure – sur la fracture – notre faille naturelle…

Rien d’utile – comme un écrasement suivi d’un éparpillement – puis, très vite, le désordre – le chaos – à peine croyable – paroxystique…

Mille visages – en nous – qui se redressent – qui nous regardent – qui réclament la même attention – le devant de la scène – le premier rôle – la primauté sur la foule des Autres – provoquant ainsi mille conflits…

Et nous – devenant comme un immense – un pitoyable – champ de bataille – éprouvant ce qu’éprouve chaque visage – à la limite de l’écartèlement et de la folie…

Au-dedans – la colère – le malaise – les parois qui bougent – secouées – que l’on pousse – qui réorganisent avec force – avec brutalité – les frontières et les territoires…

Les secousses – le grand chambardement – les querelles – au-dedans – voilà ce qui oppresse…

Et notre âme – arc-boutée – qui refuse cet état – la prolifération des revendications – des pugilats – ce qui accentue les résistances – ce terrible inconfort – ce mal-être – notre malheur…

En vrac – sans recul – au cœur de l’erreur – entre quatre murs qui se rapprochent – qui se resserrent…

Et nous – parfois (trop rarement) – au-dessus – respirant plus large…

 

 

Mobile(s) – immobile(s) – désenglué(s) – ainsi nous pouvons tout vivre – tout expérimenter – tout endurer – jusqu’au plus effroyable – sans doute…

La terre à nos pieds – les yeux dans l’azur – le regard et le cœur – plus haut encore – en ce lieu où rien de ce monde ne peut se hisser – au-dessus des vents et de la poésie – dans le silence d’un espace vivant – d’une présence intensément amoureuse – incroyablement malicieuse – qui, à la fois, nous immerge – sans filtre – sans filet – sans protection – au cœur du réel le plus abrupt et nous fait émerger du rêve que nous lui accolons…

 

 

De l’autre côté du monde – les mêmes choses qu’ici (à quelques détails près)…

De l’autre côté de l’esprit – cette rive dont on ne revient jamais…

 

 

Personne – sans exclusion possible – puisque nous sommes seul(s) – à moins que ne règne l’absence – l’état psychique – le mode terrestre – le plus commun – comme une forme d’impersonnalité qui s’ignore où, au-delà de nos (illusoires) impressions, ne prévaut que l’automatisme instinctif et réactionnel…

Le monde et le mouvement – comme de purs mécanismes inconscients…

La (fabuleuse) malice de l’Absolu qui nous a créé(s) presque entièrement endormi(s)…

 

 

Nous – entre l’aboiement et les balbutiements de l’esprit ; encore soumis au langage et à la pensée…

 

 

Abandonné(s) à nous-même(s) – imaginons-nous – alors que tout est (déjà) entre les mains de Dieu – cette présence invisible et silencieuse – que nous sommes aussi – que nous sommes peut-être davantage que ce magma de glaise qui, sans cesse, se redessine – se recompose – se réinvente…

 

 

Comme une étrange lumière – dans le soir déclinant – dans la pleine obscurité nocturne – comme si, de l’intérieur, tout était accentué – comme si, du dehors, rien ne pouvait (véritablement) nous atteindre…

 

 

Des pas – des pensées – une allure – des postures – des choses comme à la pointe de la volonté…

Des épreuves – comme la seule perspective (envisageable)…

Des affaires et des soucis – à régler…

L’existence désaxée – exilée de son centre – presque hors du cercle – reléguée, en quelque sorte, à ses marges les plus lointaines…

Ce qui rend – bien sûr – nos vies presque invivables…

 

*

 

L’infini – plus que le possible – plus que l’imaginable – comme le prolongement permanent d’un désir, sans cesse, reformulé – et démultiplié ; la respiration d’un ogre à la poitrine de vent – sans paroi – sans limite ; d’un bout à l’autre – insaisissables – de l’espace…

Au-dessus du ciel – bien sûr – et le monde comme une minuscule aire de jeux…

 

 

Dans un mouvement – puis, dans mille – simultanément ; des vagues dans la tête – au-dessus – en dessous – partout où l’esprit peut se faufiler – très près et très loin – là où la psyché est incapable de pénétrer – dans l’inenvisageable…

Le réel – bien davantage qu’imprévisible…

Le vent et l’océan – et une poignée de sable jetée en l’air ; avec quelques grains collés sur la main et le reste éparpillé qui rejoint ce qu’il a momentanément quitté – le monde – l’origine – la seule assise possible…

Le corps entier pris dans les ondes marines et les courants d’air…

 

 

Là – sans image – sans souvenir…

A perte de vue – sans limite…

Le monde – comme le reste – balayé – écarté d’un seul geste…

Et nous – dans cette présence – ce bleu incommencé – sans rival – transparent – qui prend la couleur qu’on lui donne – qui se moque des noms dont on l’affuble – des définitions qui tentent de le circonscrire – de tous nos élans pour lui mettre la main dessus – et devenir son maître – lui qui n’aspire qu’à nous redonner notre place – à nous faire recouvrer notre liberté – en nous imposant le rôle qui nous revient – serviteur – et l’acquiescement (le plein acquiescement) – cette joyeuse obéissance des affranchis qui se plient aux exigences du réel et des circonstances – avec un bonheur authentique – inégalé (et inégalable – sans doute) – en ce monde de désirs – d’illusions – de servitudes…

 

 

Quelques traces – dans le jour – avant la mort – sans importance…

Des mots – des pas – pour rien ; la joie d’être – du geste ; signes d’une âme juste – mature – fidèle au vide qui l’a créée…

Pour tout – pour tous – pour rien – pour chacun – la nécessité présente – la saveur offerte…

Ni posture – ni mensonge…

Ni vitrine – ni forçat…

Ni désir – ni intention…

Le monde et la page – d’un seul tenant…

 

 

Le feu – notre essence – notre vêtement éternel ; et le regard capable de percer le mystère – tous les secrets des vivants et de la mort ; ce que le voyage ne peut ni abîmer – ni défaire…

 

 

Notre chambre – ce lieu de silence et de gravité où les géants et les ogres côtoient notre parole minuscule – où le jour et la nuit fréquentent simultanément (et sans sourciller) la faim et la joie – l’azur et la mort…

L’Amour – la seule chose entre nos mains…

Le cœur – à la manière d’un espace habité – l’intermédiaire, sans doute, entre le vide et le monde…

Et quelques mots vivants – peut-être…

 

 

La page et notre voix – le lieu de la continuité – l’espace qui se prolonge où le silence, parfois, vient s’abriter (discrètement) – après une brève traversée de la chair et des remparts qui entourent la tête – notre territoire…

 

 

Quelques blessures vivaces – sur nous qui étions l’une des cibles ; à coup de griffes et de crocs – à force d’insistance et de répétition ; jouet(s) de tous les désirs – de tous les pouvoirs – chamboulé(s) – brinquebalé(s) – roulé(s) dans la poussière et la boue – au milieu des larmes et de la douleur – à notre place sur cette terre…

 

*

 

Des jours sans lendemain – des heures passagères – et l’instant-sauveur lorsqu’il sait être habité…

 

 

Les forces noires – parfois – ce qui restreint la prolifération – la multiplication dévastatrice des choses – et qui les contiennent dans leur accumulation – à l’exemple des éboulements – de la chute des corps placés au sommet – les uns sur les autres…

Au-dessus de nous – le rire et le regard – en dessous – les pierres – et loin derrière, à présent, le refus des malheurs…

L’acquiescement qui transforme tout en joie…

 

 

Personne à notre table…

Sous nos yeux – la neige et nos pas…

Ni mur – ni chapelle…

Le désert – reflet de notre visage…

Le vide de l’âme et du foyer – vécu autrefois comme un malheur – une affolante malédiction – et comme une invitation au réenchantement aujourd’hui…

 

 

Au sommet du cercle invisible – chargé de mots que nous ignorons – comme étrangers au monde – à la raison commune ; des interstices – des failles parfois – dans le secret – le mystère, peu à peu, révélé – par bribes – par fragments – par éclats de vérité inassemblables…

 

 

Nous – au milieu des ombres – des Autres – la nuit – pas le moins du monde rassuré(s) par nos semblables – ce qui nous constitue…

L’âme fébrile et inquiète – indifférente à la sagesse et à la mort…

La figure fière où se reflète – presque toujours – un peu de sang…

Le feu du monde – sous la chair et l’angoisse – la tête ivre de ses propres désirs – si peu soucieuse encore de l’aube – de Dieu – de l’Absolu…

 

 

La chair blessée – le mot haletant – à offrir au silence le sens le moins vulgaire – peut-être…

 

 

D’un instant à l’autre – de jour en jour – sans jamais appartenir – de près ou de loin – au peuple humain…

Seul – avec l’Amour naissant…

L’accueil de l’âme…

Le frémissement – au-dedans – du Divin vivant – timide encore – comme empêché – à l’étroit, sans doute, dans le peu d’espace octroyé…

 

 

Entre ici et l’horizon – toute la palette des perspectives – le sable – l’engloutissement – et, bien sûr, l’angoisse de l’erreur et la peur de l’étouffement…

L’exil – hors du centre – quels que soient les gestes et les tentatives…

Les ruses du monde et la sournoiserie des âmes…

Tout un univers de jeux et de croyances…

Et nous tous – et chacun – confronté(s), de manière incessante, aux adieux et à la dévastation…

 

 

Une main sur la bouche et l’autre sur les yeux – pour ne pas voir – ne pas crier – étouffer la rage et la peur – à l’intérieur – et diriger son regard vers le rêve et l’imaginaire – pour ne pas déchirer – de manière trop abrupte – de manière trop violente – les voiles de l’illusion…

 

 

Au bord du saut – au bord de la falaise – pour éprouver la vie – goûter le frôlement de la mort – au carrefour de l’enfer et du paradis – à égale distance des monstres et des anges – sur cette ligne étroite de démarcation – jour après jour – sans pouvoir jamais décider…

Toute une vie – dans l’infernal atermoiement – sous le joug de l’indécision – notre existence à tous…

 

 

Grâce au langage vivant qui ne cesse de se réinventer – malgré nous ; une île au-dessus des surfaces peuplées – refuge sans autre habitant que le silence – notre visage – les yeux qui, au-dedans, commencent à s’ouvrir – la sensibilité de l’âme jusqu’au bout des doigts – un peu d’attention sur les blessures du cœur et du monde…

Nous – étanchant toutes les soifs à la source…

 

*

 

A vivre – comme si Dieu n’existait pas – comme si les Autres étaient des choses – comme si nous n’étions pas encore (réellement) des hommes…

 

 

Un archipel au milieu des eaux froides – avec des murs et des statues érigés au-dessus des ombres…

Des édifices – des images – des fantômes…

Et un feu – en nous – dans les foyers – presque éteint…

Aussi froid au-dedans qu’au-dehors…

Aussi seul(s) et perdu(s) sur la terre que sur les mers…

Une seule promesse de salut – de joie – en chacun – qui se découvrira un jour – en son heure…

 

 

Le monde – des âmes – construits de briques et de miroirs – comme une sagesse singée – l’attirail extérieur que les hommes (en général) attribuent aux Dieux ; de quoi se protéger – de quoi s’admirer – de quoi bâtir un vaste empire…

Notre ambition – le sommeil dans un palais fastueux – au centre d’un immense territoire – avec mille choses et mille sujets à notre disposition…

Et en nos cœurs – le désert qui s’étend…

 

 

Face à la violence – face à l’indifférence – du monde – des Autres – ce qui, en nous, appelle – ce qui, en nous, rêverait d’une tendresse aimante – régnante…

Un parmi d’Autres – à essayer d’assouvir sa faim – de sauver sa peau – de construire un abri – un refuge sur un carré de terre à sa mesure…

Vivre comme des rustres dans le jardin que Dieu (nous) a offert…

Seul(s) – sans espoir – sans retour possible – à chercher si longtemps (le temps nécessaire) l’issue en soi – la seule porte qui puisse s’ouvrir – le seuil au-delà duquel l’Amour cesse d’être une quête – un rêve – pour devenir une vérité vivante – vibrante – palpitante – intense et intérieure…

 

 

L’inquiétude qui s’infiltre – qui contamine ; et l’âme comme un vitrail envahi par une seule couleur…

Une bouche collée sur l’horizon…

Qu’importe les pas – le voyage – les paysages traversés – l’angoisse vissée au cœur – vissée au ventre…

Et nous – à genoux – devant chaque circonstance…

A l’infini – nos craintes et notre engourdissement…

Des adieux et de la dévastation – bien souvent – comme seule récompense…

 

 

A perte de vue – des voiles – qui tantôt recouvrent – qui tantôt se gonflent – qui tantôt aveuglent – qui tantôt nous mènent ailleurs – plus loin – plus haut – vers l’immensité…

Le monde – les mêmes objets – avec lesquels on peut jouer de mille manières…

 

 

Des mains qui se tendent – tantôt pour nous offrir – tantôt pour nous dépecer…

Des blessures ou des présents selon la tournure des vents – notre posture terrestre – la courbure des lèvres sur notre visage…

 

 

Des siècles d’attente – de mort(s) – de néant…

Et ce soleil – cette lumière étrange – qui illumine indifféremment nos vies – nos tombes – le vide de nos existences…

 

 

Ici – au-dessus des cages où l’on croit être enfermé – seul – dans notre équipage – la figure éloignée des chaînes – en voyageur fidèle au monde – et cette fièvre au-dedans comme une ardeur salvifique – irrépressible – inguérissable – qui nous mène toujours ailleurs – toujours plus loin…

 

 

Le jour – en nous – sauvé des ténèbres ; invincible(s) – en vérité…

 

 

Nous – face à la mer – perdu(s) au milieu du monde – puis, apprivoisant, peu à peu, notre place et l’envergure de l’étendue – puis, apprenant à devenir, à la fois, le cœur et un infime fragment de l’immensité…

Notre aspiration et notre voyage – à tous – en secret…

 

*

 

L’obscurité terrestre – à l’ombre des grilles de l’esprit – sous un couvercle – une chape de plomb…

L’opacité du regard ; et le cœur caché – inerte – minuscule – impuissant à endiguer la barbarie – la violence qui déferle du haut des âmes vers le monde à travers nos têtes – nos poitrines – nos bras…

Les forces noires à l’œuvre – en mouvement – l’autre versant de l’abîme – nécessaires…

Ce qui cingle – ce qui expulse – ce qui désagrège…

Les puissances de la destruction et de l’anéantissement pour contrebalancer les énergies de création – tout ce qui se développe – se déploie – prolifère – d’une incessante manière…

Deux courants – comme deux colosses – deux titans – face à face – effrayants – effroyables – qui, sans opposition – créeraient, l’un et l’autre, un monde monstrueux – difforme ou dévasté – apocalyptique…

Et nous – des mains sur des yeux déjà bandés – encore très éloignés du regard lucide et du cœur acquiesçant…

Au plus bas – au plus sombre – au point le plus distant de l’origine – de l’Amour – de la lumière…

Et vers cela – sans l’ombre d’un doute – pas à pas – à des rythmes différents…

 

 

Entre l’angoisse et la mort – l’illimité – sans savoir…

S’affranchir du rêve et des images…

Les lèvres tendues vers le désert et les mains tendues devant nous – dans une attirance et une crainte simultanées…

Et dans notre âme – cette ressemblance avec le monde et l’infini ; mille combinaisons – la même complexité – la même élégance – une fois les apparences dissipées…

 

 

Le soleil à même la peau – de l’intérieur – du fond de l’âme éclairée – autrefois si seule – si obscure – si perdue…

Comme un faible rayonnement du centre – encore lointain – de l’espace…

Les premières fièvres des surfaces envoûtées…

Un peu de lumière malgré l’obscurité naturelle du monde…

 

 

Nous – introuvable(s) parmi les reflets des miroirs – les images que nous renvoient les Autres…

Comme un détour – une impasse – incontournables sans doute – dans l’exploration…

Des chaînes – à l’intérieur – dont il faut apprendre à se défaire…

 

 

Cheveux au vent – le feu au fond de l’âme…

Au-dedans – tous nos compagnons de route…

Des premiers pas jusqu’à la naissance des ailes – balbutiantes…

Des prémices – longues – si souvent – jusqu’aux premiers instants de l’aventure (véritable)…

Chaque étape – chaque foulée – essentielles…

 

 

La fièvre et l’intranquillité – le signe de l’homme qui cherche…

Le sourire silencieux – réel – authentique – indéfinissable – non circonscrit – la marque de celui qui goûte l’espace – l’Amour – la lumière – la liberté…

Deux mondes qui se côtoient – qui s’entremêlent – qui s’affrontent parfois – à l’initiative (toujours) du premier – animé par l’envie – la colère – la jalousie ; et l’autre qui, d’un battement d’ailes – s’élève – s’éloigne – pour éviter le conflit ou, au contraire, qui plonge – sans véritable intention – dans la mêlée – par goût du partage et de l’affranchissement…

 

*

 

Une parole déchargée d’étoiles – blanche – comme un éclair brut…

L’éternité – parmi nous – au-dessus de tous les rêves…

Le monde comme il va – bruyamment – avec folie – avec fureur…

 

 

Au loin – la mort – qui se rapproche…

Pas à pas – qui aiguise ses outils pour l’instant de la rencontre…

Entre l’inconnu et la crainte (parfois paralysante) de vivre…

A genoux – le corps non béni – non éclairé…

Le cercle restreint et la frontière des interdits…

A crier – à trembler – comme si notre vie avait encore un peu d’importance…

 

 

Secoué(s) – sans erreur – d’avant en arrière – brinquebalé(s) à droite et à gauche – comme les choses – dans les rêves et les mains des Autres…

Presque rien – comme le reste ; un peu de matière – seulement…

 

 

Figures heureuses ou désespérées – indifférentes et insensibles – très souvent – comme le signe commun de l’homme ordinaire ; cognition malhabile et conscience balbutiante…

 

 

Presque tout – en nous – au-dehors – inerte et mortel…

 

 

Terre de tentatives – rouge à force d’essais – noire de monde et de désolation…

Du sommeil jusqu’au fond des yeux – jusqu’au fond du cœur…

L’âme penchée – pleine de plomb – que l’on pousse et qui bascule dans tous les sens – comme un pic – une malheureuse girouette – planté(e) dans un sac de béton – presque impassible face aux vents – comme agonisante sur son catafalque de pierres et de glaise…

Sous le joug des morts – à la merci des vivants…

Mal (très mal) engagée – en somme…

 

 

Cette nuit épouvantable qui déferle sur l’histoire ; des siècles – des millénaires – d’obscurité – d’obscurantisme…

Des grilles – des cages – des tombes…

Ce à quoi l’on soumet les bêtes et les hommes…

 

 

La mine grise sous le soleil…

L’hiver – de bout en bout – à travers les âges – à tous les stades…

Et l’heure cruciale – l’issue – la possibilité – à chaque instant – pourtant…

 

 

La terre – le soleil – le monde irradié…

Des mains – des tentatives – promises à la défaite – à la défaite récurrente – perpétuelle…

De l’herbe et des flèches – notre sort – au fond – quelque chose de la bête et du guerrier – entre la placidité et l’instinct de survie – et, partout, cette lèpre qui se répand – que l’on propage – dans les têtes – dans les cœurs – des amputations qui nous maintiennent dans la nuit – sur la vaste étendue sombre des croyances…

 

 

Des jours et des morts – sans deuil possible – sans jamais voir la lumière – les yeux trop clos pour s’affranchir du rêve – du sommeil…

La torpeur terrestre – malgré les minuscules lampes allumées – ici et là…

 

 

Nous – confié(s) aux mains des Autres – comme de la matière – un peu de matière – que l’on ajoute sur les édifices communs – façonnés – sculptés à la gloire des choses et des affaires du monde – obscur(e)s – énigmatiques – que ni la raison – ni la lumière affranchie des crocs et des ambitions – ne peut légitimer…

 

 

Nous – en plein sommeil – au-dessus d’un gouffre qui échappe aux yeux et à la compréhension – participant, à notre insu, à un mythe – à une légende – à un mensonge collectif d’envergure – dont on ne peut s’affranchir que par l’éloignement – l’exil – la solitude…

 

*

 

Parfois – ce poids énorme sur la nuque – comme un sac de terre et de morts – qu’il nous faut trimballer partout – ici et là – comme une part de nous-même(s) – la plus intime peut-être – ce qui fonde notre identité parmi les ombres et les vivants…

 

 

Au détour d’une étoile – un rêve plus grand de lumière – une nuit moins épaisse – que l’on effeuillerait à la main…

Plus de silence sur les bavardages humains…

Et davantage de distance avec ce qui a l’air tranquille – et qui, en vérité, bout à l’intérieur ; la source des actes les plus nocifs – les plus délétères – irrépressiblement destructeurs tant que le feu sera gouverné par l’absence…

Moins de mensonges…

De l’honnêteté et de la lucidité – les prémices indispensables pour qu’un jour le bleu puisse régner sur les pierres…

 

 

Eclatant le soleil – dans les yeux – comme l’été de l’âme – gaie – légère – enthousiasmée – virevoltant entre les corps – entre l’homme et l’infini…

Une respiration moins désirante – moins capricieuse ; le temps et la nuit – en partie – déchirés – comme les ultimes reliquats du quiproquo initial que certains assimilent – à tort sans doute – à un énorme mensonge originel…

L’esprit et la matière – dans la même lumière – comme un regain de transparence – les blessures exposées – l’écume et l’absence sans subterfuge – la vacuité du monde et des existences sans le moindre prétexte d’activité – d’occupation – le cœur et les mains vides pour la première fois – peut-être…

La vie et la mort – du même côté de la balance – et notre refus – de l’autre – comme évanoui – envolé – disparu…

Nous – le monde – ce que nous croyons être – tels que nous sommes ; nu(s) – fragile(s) – désespérant(s) – acharné(s) – seul(s) – ensemble – éternel(s) ; la seule chose qui existe – au-delà des apparences…

 

 

La nuit – au plus près de la voix – parfois – juste derrière – comme un décor – une toile de fond – un souffle – sombres – ce qui donne au verbe cette texture froide et granuleuse – et cette teinte violacée – le noir mélangé au sang…

Entre la mort et le silence – cette conscience sommeillante…

 

 

L’aube commune – encore si lointaine – malgré sa présence en quelques interstices – le sourire de quelques esprits sans malice – comme un chant d’oiseau au fond de la gorge – l’émergence de la beauté au milieu de la corruption et de la laideur…

 

 

Des mots fidèles au vent – fidèles aux ailes déployées – comme des trésors lancés en l’air – emportés et disséminés par les bourrasques – ici et là – au milieu des masques et des paupières fermées – comme un témoignage un peu différent – peut-être – le récit d’une exploration ; Dieu s’immisçant, peu à peu, en nous…

 

 

Ce que nous croyons entendre – derrière les sons – ce que nous croyons distinguer – derrière les apparences ; d’autres chimères…

Un monde d’illusions – à perte de vue – en couches successives – impénétrables…

 

 

Auprès des arbres au tronc arraché et des bêtes aux yeux humides – la même blessure – la même tristesse – au fond de l’âme et de la chair…

 

 

D’étoile en étoile – de pierre en pierre – l’esprit et le pas nomades – au gré des routes – de l’invisible – à multiplier les étapes – les escales – à prolonger un voyage dont on sait qu’il n’aura jamais de fin…

 

 

Dans les mains – l’oiseau – le livre – le vent – la caresse – hérités des Autres et que nous distribuons autour de nous – au gré des humeurs et des rencontres – au gré des possibilités ; les seuls présents que les Dieux nous ont octroyés…

 

*

 

Les eaux noires de l’absence – éternelles – comme la nuit et le sommeil – les bas-fonds du jour – l’en-bas de l’abîme – ce qui ne peut être éclairé ni par l’âme – ni par le soleil – ce qui nécessite l’incandescence de l’Amour – le rougeoiement intense du cœur qui embrase tout ce qui passe à sa portée…

L’immonde – en amas – qui se consume – avec cette odeur âcre de la mémoire – vivace – tenace – résistante – acharnée…

Un brasier immense – des flammes aussi hautes le monde ; le ciel et la terre rubescents…

L’intérieur nettoyé – purifié – désencombré – comme si des millénaires s’étaient, en un instant, volatilisés ; des fumerolles dans l’air – au-dedans…

Ni rêve – ni étoile – le ciel vaste et clair qui se partage – à présent…

 

 

Quelque part – ici ou ailleurs – un autre jour – l’œil ouvert et le langage libre…

La pierre – la peau – le ciel – tissés ensemble – sans bordure – sans limite – sans frontière…

 

 

Ce qui coule sur les joues – dans les veines et le lit des rivières ; la même substance sacralisée…

 

 

Des miroirs étoilés qui ne reflètent que le ciel ; des tempêtes, parfois, comme notre visage qui se mettait en colère autrefois – de temps en temps – pour évacuer un surcroît de feu insupportable…

Aujourd’hui – la clarté – le chemin déblayé – les ombres naufragées – le cœur tranquille…

Et cet étrange sillon de lumière – presque invisible – que nous laissons derrière nous – pendant un court instant…

 

 

A demi – comme éternellement partagé(s) – à la fois exposé(s) et caché(s) – à la fois ici et ailleurs – ce qui nous ressemble…

 

 

Nous – à graver sur la pierre le visage du silence – devant une foule de figures tristes et bruyantes – inattentives – indifférentes…

 

 

De bout en bout – englué(s) dans le magma terrestre – l’enchevêtrement des contraires – chair et aspirations – interstices et émotions – le pire et le meilleur sur les pierres – et toutes les combinaisons possibles ; l’invisible et la matière déclinés à l’infini…

 

 

Des mots fidèles aux ailes offertes par les Dieux – un témoignage très abscons parfois ; le monde et le temps sur la nuque – comme un poids ; la présence des Autres – entre les tempes – devant soi…

Des larmes – sur les joues – sur la page…

Des pas – entre les ombres et les lignes…

Et cet envol laborieux – à courir pieds nus dans la boue des chemins – sur la roche dure et coupante – sur le sol toujours changeant de l’âme – au dehors et au dedans vides et peuplés par tous les reflets du monde…

Nous – voyageant avec plus d’aisance aujourd’hui sur cette portion vierge du sentier – dégagée grâce aux lames acérées – implacables – de l’oubli…

 

 

Au cœur de l’orage – la parole sur sa pente ; et le ciel, parfois, offert aux yeux aveugles…

Les parois de la terre où se forme l’écho…

Le désir d’un trajet sans escale…

Un périple sans témoin – sans image – sans (véritable) destination…

Un bout de chemin entre l’enfer et les cimes – de la roche à la vérité toujours changeante de l’instant…

Et, de temps à autre, un peu de silence – entre nos pas et nos pages ; un peu de lumière entre la carte et le monde…

Le signe – sans doute – que tout est devenu voyage ; et la certitude que l’immobilité guette celui qui croit voyager…

 

*

 

On ne se regarde pas – on ne se reconnaît pas…

Des absents dans l’espace – des jarres de vent dans le vide – un peu d’eau et d’air – un peu de terre et de feu – plongés ensemble – et grossièrement mélangés…

Ce que l’on appelle la chair et ce que l’on appelle l’homme…

Ni âme – ni Dieu – et moins encore de sagesse…

Presque rien – en somme…

Des instincts et du temps ; des existences – impartageables…

 

 

Un désert – comme un corps immense – avec des dunes de chair – un arbre au centre – un jardin de pierres illimité…

Un peu de bave et d’écume – de la respiration – un souffle régulier – des ventres affamés – quelque chose d’incroyablement fragile – d’incroyablement mortel…

Des routes encore – sans personne…

 

 

Un langage d’ombre et d’éclats – du noir et de la lumière – mélangés – émanant l’un de l’autre – simultanément…

Et cette infinie solitude sur la pente…

Tout qui défile – avec nous dans la course…

Au bout du compte – quelques traces – à peine…

Un jeu – mille jeux – dont nous ne connaissons ni les règles – ni l’inventeur…

De l’ardeur – un peu de chaleur parfois – que l’on conserve pour soi – pour ce qu’il y aurait, peut-être, à gravir…

Des mains qui glissent sur des parois – les nôtres – les paumes aussi lisses que la pierre…

L’aube froide et l’abîme…

Ce qui tourne – dans l’obscurité et le sommeil – des ronds dans un cercle restreint – minuscule – un tour sur nous-même(s) – peut-être – tout au plus (il faudrait, sans doute, s’y résoudre)…

Le monde tel qu’il est – le monde tel qu’il va – et nous à sa suite – quelques fois…

Et le reste du temps – des siècles – rien – le même vide sans les mouvements…

 

 

Sur le seuil – le jour émacié – la parole sans écho…

Nous – à la jointure de la terre et des cimes…

L’esprit silencieux – entre la pierre et la vérité…

En ce lieu terriblement solitaire et sauvage…

 

 

L’Amour – sans personne – sans entrave – qui rayonne à travers ce que nous sommes – selon l’épaisseur des voiles qui persistent – notre degré d’opacité résiduelle…

Blessé(s) encore – dans la compagnie du ciel guérisseur…

 

 

A nous seul(s) – sauvé(s) par ce que nous sommes – l’exposition de nos faiblesses – nos ambitions les plus pérennes…

Sans incidence sur le règne…

Sur le sol – en silence…

Quelque chose de la joie – de la pluie – des forêts…

La solitude vaillante et désencombrée…

 

 

Immobile – sous la lampe et les décombres…

L’étonnement entre les tempes – le cœur tendre et le couteau à la main…

Prêt autant à aimer qu’à trancher ce qui est devenu inutile ; toute chose – en vérité…

Et notre nom – patiemment écrit sur le sable – soudainement – effacé par les

vagues…

L’essentiel ; la virginité nécessaire pour accueillir ce qui vient – toutes les nouveautés ; ce qu’il faut couper et oublier pour être capable d’ouvrir, encore et encore, les bras et embrasser…

 

 

Des pages – des heures – des jours – une vie entière – offerts à ce qui passe – à ce qui demeure, en nous, malgré le voyage – malgré le temps et la mort…

 

*

 

Des ombres et des rêves – pliés ensemble – dans tous les recoins du monde et de la tête…

La solitude et l’argile – parsemées de ciel et de noir…

Les chemins du monde qui divergent…

Des voyages sans adieu – sans retour possible…

Epaule contre épaule jusqu’au dernier sommeil…

 

 

Des prières ascendantes – sans le souffle suffisant – comme condamnées à rester au fond de l’abîme – sans réel contact avec ce que les hommes appellent le ciel – cet ailleurs (inaccessible) au-dessus des têtes…

Le monde morne et indifférent – sur des marches trop usées – et l’escalier des Autres qui jamais ne mènera à l’invisible…

 

 

Parfois – la nuit fébrile – des voix dans le rêve – Dieu sur ses rives impénétrables…

L’obsession de l’aube – cette quête (presque) toujours inachevée – inachevable – sans doute…

Plus qu’un gouffre – l’Amour impossible – impraticable…

Dans la vallée des ombres – des lieux de déroute et de tristesse – l’ignominie qui jamais n’ose dire son nom…

Des secousses – ce qui bouge – ce qui tente de s’échapper – dans l’espérance d’une existence moins atroce – moins tragique – ailleurs – au-dessus du noir – sur une terre plus accueillante – peuplée de rires et de désirs de partage…

 

 

Très haut – penché sur soi – ce bleu intense – ce visage joyeux – l’aire des rencontres – l’espace qui accueille – ce qui est – ce qui nous embrasse – ce qui nous étreint – ce qui nous aime – cette part céleste de nous-même(s) – cette présence infiniment tendre – ici-bas – trop souvent – ignoré(e) – oublié(e) – méprisé(e)…

 

 

Rien que de la roche – et ce bleu immense qui nous invite…

Des herbes – des arbres – nos compagnons de route…

Auprès des bêtes – sous le joug des hommes…

Et dans nos prunelles – le courage – ce feu qui acquiesce à tous les destins…

 

 

Le dessein hermétique de l’étendue – des racines ; la distance – cette incroyable distance à combler avec les Autres…

Ce qui se prépare sur la pierre – la grâce promise – à venir – la lumière et la paix – le déploiement de l’Amour – les bras tendus et respectueux ; ce que la nuit – les hommes – peuvent considérer comme une chance…

 

 

Des objets – dans les yeux – dans la tête – dans les poches ; toutes les choses accumulées sur le chemin – au fil des jours et du voyage – des fragments de paysages arrachés – des bouts de monde que l’on pourrait monnayer – échanger contre d’autres nécessités – un peu de douceur pour le corps – un peu de tendresse pour l’âme…

La besace pleine qui, peu à peu, se désemplit…

Puis, un jour, ce que l’on abandonne sur le bord de la route – ce que l’on offre aux vents – aux mains tendues – aux regards suppliants – aux vagabonds de passage – à tous ceux qui mendient – qui implorent – qui réclament…

La lumière sur l’autre rive – visible depuis celle où nous sommes installés – immobiles – immobilisés…

Un œil sensible – les prémices du regard – de l’esprit qui, un jour, cessera d’amasser et d’étiqueter pour unir et embrasser…

L’âme-main qui, d’un seul geste, offrira l’intimité à ce qui l’entoure – à ce qu’elle touchera du doigt…

Et nous – apprenant (à notre insu) à nous dégager des contingences et des embarras individuels – à nous transformer en instrument (détaché) des circonstances – à devenir la réponse (impersonnelle) aux nécessités du monde…

 

*

 

Marche volontaire – paroles murmurées…

Le roc et l’invisible…

Cette vaine attente de la vérité…

Comme des ombres sous le soleil…

 

 

Nous – nous déployant et mortel(s) – dans une (inconsciente) obéissance aux traditions…

Debout – sur la pente – parmi les Autres – sur la courbe inachevée…

A vivre – à faire – comme si l’on était utile – comme si l’on n’était pas seul…

Des sommets de mensonge et de hiérarchie – à franchir – à gravir – à contourner…

Et ces mains nues – et cette âme – que l’on destine à la trahison…

Affreusement complice(s) de cette manière, si peu éclairée, d’être au monde – d’être un homme…

 

 

Du feu au ciel – par la voie labyrinthique…

Des ombres – des monstres – trop (beaucoup trop) d’images et de paroles…

Des pas – des âmes – des voix – qui tremblent…

Le cœur sur le sol – sous la botte des Autres qui s’impatientent…

Comment serait-il possible de ne pas se perdre…

L’obscurité et la confusion – la nature même de l’homme – du monde – en apparence…

Sur la terre – cette nuit parfaite et inassumée…

 

 

Dans la bouche – des éclats de beauté – de lumière – de vérité…

Soustrait(s) de ses propres désirs – peut-être – notre seule ambition – pas même volontaire…

Du sol – du ciel – la même fumée qui, parfois, se rejoint à la verticale – et autour – des vents horizontaux et déceptifs – quelque chose dont on imagine qu’il nous porterait ailleurs – en des lieux plus confortables – et qui nous mène insidieusement vers la mort…

Indéfiniment – contre notre gré – ainsi allons-nous sur tous les chemins qui nous choisissent…

 

 

Rien en réserve – ni chose – ni idée – ni souvenir – ce que la vie dessine à chaque instant – et ce qu’elle remplace presque aussitôt…

Ni hasard – ni alliance – le ciel et la terre – en nous – sans la moindre conséquence – sans la moindre gravité…

Un peu d’Amour et de soleil – un peu de pluie et de tristesse – ce qu’il faut pour maintenir l’équilibre…

Ce qui s’impose – ce qui nous pousse – jusqu’à la fin du voyage…

 

 

Des fleurs – des arbres – des oiseaux – entre les mots – notre alphabet naturel…

Un pays sans méfiance où la voix éclot au milieu des geais – des hêtres – des pensées…

Des gestes qui naissent de la proximité du sol…

L’âme et l’immensité – la même matière – peut-être – invisible – à demeure – éternellement…

Nos seules (véritables) richesses ici-bas – sur cette terre – autant qu’ailleurs – sans doute…

 

 

Des blessures – mille couronnes – dans le brouillard ; ce qui s’offre à bon compte…

Des signes – des traces – des symboles – sous la lampe – et l’Amour au-dessus qui veille sur sa portée…

Au cœur de la forêt – le regard – notre marche…

Notre histoire – comme toutes les histoires du monde – sans commencement – sans fin – véritables – entre mythe et mensonge – la continuité de ce qui existait avant – l’antériorité de ce qui existera après – peut-être (qui sait ce qui existera après)…

Des pages – mille livres ouverts – comme une corde entre nos pieds et la lumière – entre nos pas et la mort – deux bras tendus vers le monde – vers les Autres…

Notre impuissance à nous diriger – à nous gouverner – à comprendre le voyage – à deviner l’itinéraire…

Notre tristesse devant tant d’indifférence…

Notre incapacité à aimer et l’impossibilité de l’être…

 

*

 

Des chemins – des mots – le réel…

Le feu et l’espace…

Les feuilles et la vie – réunies – déchirées par endroit – là où la nuit s’est penchée – s’est attardée avec insistance…

 

 

A quoi ressemblerait l’existence sans le corps – sans les attributs coutumiers du visage (humain) – sans la matière – plus vivant que ceux qui vivent – aussi mystérieux que le sort des morts…

Le devenir sur la route ombragée…

La force simple d’un pas…

Au-delà du désir d’immortalité…

 

 

Le lieu où apparaît le jour – entre le silence et notre chair rougie – entre le cœur et nos vêtements abandonnés sur le sol – à l’exact endroit de l’innocence – de la nudité ; l’esprit vide et clair – que rien ne pourrait perturber – pas même des monceaux d’or et de promesses déposés à nos pieds…

 

 

La figure enténébrée – les exhalaisons (tenaces) de la mort – trop de rêves cachés dans les replis – les mains puissantes – comme des tenailles – prêtes à tout saisir – à tout agripper – à fourrer la moindre chose dans le vieux sac que nous portons en bandoulière…

Un poignard à la ceinture – l’outil indispensable pour assouvir sa faim…

Et le ciel – et le chant des oiseaux – au-dessus (très au-dessus) de la tête – si haut que nul ne peut les percevoir…

Des pas sur la terre – lourds – et, sans cesse, endeuillés…

Au sommet de la fange – la plus haute ambition…

Et le reste qui brille dans nos yeux silencieux…

 

 

Nul devant nous – à nos côtés – dans notre sillage ; dans la parfaite solitude du monde…

Le cœur et la main occupés aux nécessités du jour – le ciel et la terre – sans désir – sans ambition – la soif naturellement étanchée par la source…

Dieu – la joie – les arbres – la marche – la tristesse – la poésie…

Dans notre compagnie – sans fuite – sans méfiance ; une couronne de silence sur la tête…

Et ce que la lumière dispense comme candeur – comme simplicité ; le trésor qu’elle nous offre ; la possibilité de retrouver l’esprit joyeux de l’enfance – la (parfaite) tranquillité de l’âme…

 

 

Toute la féerie du voyage – les affres terrestres – l’étroite sente sur laquelle nous évoluons – notre cœur amoureux…

Sur la ligne d’horizon – le ciel – notre pas – l’un dans l’autre – en équilibre…

 

 

Au cœur – l’alliance de l’infime et de l’infini – du feu et de l’immensité – du noir et de la lumière ; tous les mélanges – tous les degrés – toutes les nuances – sur la palette – que les vents – la main de Dieu – allouent à l’œil – aux pieds – aux bras – selon les nécessités de l’âme – de l’Autre – des circonstances…

Sous le joug (joyeux et vertueux) de l’anneau – nous autres – fiancés du cercle

 

 

Le cœur scellé par l’hiver – la froideur des foules aux yeux fermés…

Sur nos lèvres – le givre de la solitude…

La terre à nos pieds – les Autres comme au spectacle…

L’effacement (progressif) de la chair – du visage – de l’âme…

L’encre qui, peu à peu, remplace le sang – et les vents, le souffle poitrinaire et laborieux…

Les mains agiles suspendues à la corde qui surplombe le monde – qui traverse le ciel…

Le cœur dans son immensité – grâce au froid – aux foules – à la saison des transformations…

 

*

 

Rien ne nous égale ; sous nos cernes gris – des rêves plein la tête – à longueur de jour et de nuit…

Le sombre de l’âme illuminé – comme le petit théâtre des amplitudes…

Les yeux vainqueurs – la poitrine gonflée – et une tristesse inconsolable au réveil – à moins, bien sûr, que le sommeil ne dure toujours…

 

 

En nous – ce qui écrase – ce qui étreint – à parts inégales – dans des gestes qui, à notre insu, portent d’innombrables combinaisons…

Nous – hurlant comme les bêtes – priant comme les Dieux – créatures terrestres au destin mitigé…

Ce qui s’actionne – ce qui s’éprouve – ce qui se vit – malgré nous…

 

 

Le noir – très dense – des yeux – de l’âme…

Les nerfs à vif – comme une peau que l’on frotte sur la pierre – sans interruption…

Une tête sans nom – des mains adroites…

A la tête d’un cortège de solitudes…

Bras derrière le dos et voix criante (mais inaudible)…

Une longue chaîne qui commença avec la naissance du temps – et qui s’achèvera à la dernière heure – comme toutes les autres fois – dans un cycle éternel (légèrement ou foncièrement différent) ; le monde – des mondes – à intervalles réguliers – entre lesquels se dépeuple et jubile un vide vivant – un espace silencieux habité – comme un œil immense muni d’un cœur et d’une main – Dieu – notre présence invisible et immobile qui se repose et se réjouit de l’absence de mouvement – de la disparition provisoire des puissances à l’œuvre…

 

 

Parfois, l’outrage – parfois, le scintillement – les heures communes devant le miroir – l’alternance et l’ambiguïté souveraines – cette longue veille dans les yeux qui scrutent…

L’attente toujours d’un autre reflet – impossible – bien sûr – tant que le regard ne prendra la relève…

 

 

De minuscules ombres sur les bas-côtés – de part et d’autre des empreintes que nous avons laissées sur le chemin…

Nos refus – nos regrets – nos remords – tout ce que nous avons abandonné au monde – ces mille lâchetés – ces mille impossibilités – comme des étoiles jetées au fond de l’abîme – des enfants mort-nés – des orphelins auxquels nous avons refusé de tendre la main…

 

 

Les barbelés de l’âme – disposés en cercle autour de nous – en rangées successives…

Et notre planque – en haut de la tour que nous avons édifiée ; à nos côtés – nos armes – quelques explosifs – l’attirail de la lâcheté et de la peur…

Cette crainte maladive d’affronter les visages – le destin – le nôtre et celui des Autres – les affres incontournables du voyage ; notre sort à tous…

Puis, un jour (et, parfois, sans même s’en apercevoir), l’étendue venteuse – le sommet du monde – l’immensité sans refuge – auxquels notre cœur – sans défense – s’expose – nu – fragile – délicat – indestructible – malgré lui – malgré nous – humble en dépit des victoires à venir – en dépit de l’impossibilité de toute défaite…

 

*

 

Au creux de l’âme – ce sable d’or – le ciel en poussière jaune – que les Dieux soufflent parfois jusqu’aux bords des lèvres – jusqu’au fond du cœur – jusqu’au bout des doigts – de ceux qui peuplent le monde ; les plus sages d’entre eux – sans édifice – seuls et nus dans la nuit silencieuse – seuls et nus dans le bruit des Autres…

 

 

Des fenêtres immenses dans l’épaisseur des âmes – une manière d’inviter le vent et la lumière – d’apporter aux têtes humaines un peu de fraîcheur et de fantaisie – la liberté de se mouvoir – la possibilité de passer à travers les grilles serrées qui contiennent la glaise…

Moins vide qu’abîme – ce séjour – cette suspension – au-dessus du gouffre…

Et parfois – très souvent – ponctué(e) de célébrations trop solennelles – cette longue marche vers le soleil…

 

 

Les semences du verbe – disséminées ici et là – sur les pierres – dans la boue – sur les feuilles des arbres – dans les yeux des bêtes – sur la roche où viennent s’abîmer tous les rêves des hommes – tous leurs désirs – toutes leurs ambitions – toutes leurs conquêtes…

Là où l’âme vient s’arc-bouter – contre la puissance du monde – entre lutte et résistance – en lançant ses pauvres forces aveuglément – du cœur à l’ouvrage – malgré la confusion – le sens de la bataille – l’oisiveté des Autres qui se prélassent dans leur sillon – aveugles aux gestes – aux cris – aux poèmes – animée par l’Amour et la liberté – eux qui ne connaissent que l’ardeur du feu et la pesanteur du plomb…

Tout notre être – comme submergé – englouti par l’ignorance et l’immobilité …

Et cette nuit – sans intervalle – appelée à durer encore – à durer toujours – peut-être…

 

 

Au seuil de l’autre monde – le jour qui se lève – l’effondrement du versant des désirs – l’aventure de la faim, soudain, égayée…

Un poème à la main – à offrir à ce qui passe – la bouche rieuse – porteuse de silence et de chants divins – l’âme qui a laissé le cri terrestre originel se transformer, peu à peu, en geste courageux…

Notre face-à-face avec toutes les idoles – toutes les divinités – la foule des croyants et des croyances – les hiérarchies institutionnelles et religieuses…

Et la préparation d’un immense bûcher – notre alliance avec le feu – puis, la consumation de la terre et du ciel inutiles…

Table rase sur le monde…

 

 

Rien que des légendes écrites à la craie sur les rochers sombres – et inconfortables – de la terre – pour précipiter le sommeil – autoriser le rêve et le mensonge – célébrer tous les mythes inventés depuis la création du monde – et que les hommes (la plupart des hommes) jugent nécessaires…

 

 

Des pelletées de terre – sur nos yeux – notre tête – la bouche emplie de fange pour étouffer le cri – de la glaise jusqu’au fond du cœur pour alourdir le désir d’envol – l’appel de l’ailleurs – comme une résistance – un contrepoids – pour échapper à la nuit et à la gravité – à la mort par asphyxie…

 

 

Nous – nous exécutant – comme victimes et membres du peloton – assassins et trucidés…

Deux sillons – des traces dans la poussière – sous l’arche du monde – toujours – la même bataille…

Le poing – le sang – la fuite – la barbarie…

Ce que murmurent les lèvres tremblantes…

Ce qu’éprouvent les têtes – les joues trempées de larmes…

Le cœur saccagé – en exil – très loin de l’âme et de l’aube entrevue…

 

*

 

Au centre – l’abolition – la tête comme décapitée – un cœur et des gestes – seulement…

Quelque chose de l’âme et du silence…

Le royaume de l’Amour – peut-être…

Tout ce qui se range – en désordre – derrière l’innocence…

 

 

Au milieu des bêtes – notre patrie…

Fraternité sans faute – sans péché – dont la voix a été étouffée…

A la tête du cortège – nous autres qui avons l’âme et le feutre vifs et sensibles…

 

 

Comme la pluie – lentement – régulière – les larmes – cette tristesse devant les tombes et les vivants…

Rien de la trahison – sur notre visage…

Le jour – un espace comme un autre – pour s’affranchir de notre nature et de notre destin – si tragiques – si élémentaires…

Un seuil où se poster – debout…

La bouche qui entonne son chant – sa douleur – les nécessités de l’âme – son indispensable solitude – la proximité du ciel – notre impérieux besoin de silence – le Divin, en nous, intensément vivant – ce qui fait que l’on peut se définir comme un homme…

 

 

Dans nos bras – une étreinte de peu de chaleur – l’âme ailleurs – la tête qui cherche ce qu’elle n’a pas – ce qu’elle ne voit pas devant elle – autour d’elle – les yeux et les mains fouillant déjà plus loin – en quête d’un autre visage – celui qui, peut-être, saura les révéler (dans le meilleur des cas) – mais plus sûrement (et de manière plus réaliste) celui qui saura (plus ou moins habilement) les consoler et leur faire oublier leur indéfectible solitude…

 

 

Si l’on pouvait imaginer ce qui se cache derrière nos figures grises – nos gestes lents – nos lourdes silhouettes…

Qui pourrait donc se souvenir, en un éclat, de ce qui brillait en nous – et qui n’a jamais failli à son rayonnement – malgré la chair – les rêves – les malheurs – l’épaisse immobilité de nos existences…

 

 

Suspendu(s) aux grilles du temps – notre rire face aux sentinelles – embarqué(s) – malgré nous – sur les flots mouvants – dérivant entre toutes les rives – naviguant sous des ponts vastes comme la nuit – mal à l’aise – le courage sous le front – l’âme encore sauvage – prêt(s) à dévaler toutes les pentes du monde – à se laisser porter par les eaux chargées de larmes et de morts vers le précipice – le fond de l’abîme – là où débute, peut-être, l’étendue océane ; qui sait… nul n’est jamais revenu de ce lieu-porteur de tous les secrets…

 

 

Des bruits – des heures – le temps du monde qui tourne sans cesse autour du même axe – les pommettes rouges – la tête pleine d’espoir d’arriver – de trouver en chemin – avant le terme du voyage – un lieu magique – propice au repos – et des visages-amis – des visages-alliés – avec lesquels on pourrait partager le pain et faire un bout de route…

Le sort commun – cette illusion de la liberté et du partage – la servitude réelle et inassumée – ce que la roche et le périple offrent à nos pas – un peu de rêve et de douleur…

 

 

Les mains et la parole – nues – comme si les ailes nous suffisaient…

Des gestes sans promesse – simples – sans édifice à bâtir – purement circonstanciels – qui ne se rattachent ni à un nom – ni à un visage – et moins encore à une idéologie – nés spontanément de cette colonne au-dedans – discrète – invisible – merveilleuse – souveraine – cette verticalité au carrefour de l’âme et du monde…

La part merveilleuse du silence livrée aux cœurs taiseux – lourds de terre et de soufre – comme un hymne – un humble chant – offert à la douleur – à la tristesse – à notre difficulté d’être au monde…

 

*

 

L’âme passablement délabrée – comme un empire – autrefois rayonnant – inclinée, à présent, vers ce qui la porte – la fière allure évanouie au profit de la vérité – la face ensanglotée – enfouie dans la glaise – de là où nous venons – ce de quoi nous sommes constitués ; ça et le mystère – ça et le silence – ça et la joie – le Divin à travers cette (longue) enfance terrestre – la première pierre brute patiemment taillée – de l’intérieur – par le jour et l’intelligence (évolutive) de la matière…

Un interminable périple – en vérité – sous le reflet des astres ; des ténèbres vers les ténèbres – de la lumière vers la lumière…

Le vaisseau immobile qui fend l’écume en laissant un admirable – un pitoyable – sillage…

Un monde – un voyage – suffisamment dignes pour sombrer dans l’oubli…

 

 

Nous tous – œuvrant en dessous de l’éblouissement – parmi d’autres têtes – sur ces rives…

D’abord, désir et chemin de terre – prières parfois – puis, la nuit et la peau excoriée – peu à peu – de plus en plus – par la roche et les yeux – et les mains – des Autres – puis, la souffrance – paroxystique (si nécessaire) – pour qu’un autre chemin puisse se dessiner – se creuser – une voie invisible – au-dedans – comme une exigence impérieuse – un cœur qui s’ouvre – sous le poids de la tristesse – l’émergence timide, à travers quelques trouées, du soleil et de la joie ; une autre terre libérée des rêves et des grilles communes – de toutes les formes d’espérance ; un monde au-dessus du monde – un monde au-dedans du monde – un monde à côté du monde – fait d’ombre et de jour – de mort et de vérité – que nous pouvons (enfin) regarder sans crainte – sans ciller – les yeux grands ouverts…

La vie – sans doute – telle qu’elle a toujours été…

 

 

La vie – comme une promesse jetée aux loups – aux bouches tordues par la faim – les mains noires à force de retourner la terre…

 

 

A la pointe de rien – mélangé à tout (à presque tout)…

Abîme – édifice et lumière – ce que l’on érige en idole – en mystère – en colonne…

Un sourire sur toutes les figures ; comme si la vérité pouvait être livrée ainsi…

 

 

L’horreur – au-dessus de la douleur – simplement…

Et nous – capable(s) enfin d’échapper au pire…

 

 

Rien que des affres et des prières – entourés de pierres et de vitraux ; un refuge provisoire dans ces mains humbles dressées vers le ciel…

Le faîte émergé de la foi – plus vaste et plus obscure – dans ses profondeurs – plus apte aussi à convertir (réellement) l’âme à la joie – au silence – à la félicité – et à offrir aux pas la liberté de courir le monde sans crainte – sans compromis – sans retenue – affranchi(s) des miroirs et des reflets – du regard des Autres – si peu vrais – si peu réels – si peu existants – dans notre sereine (et indispensable) solitude…

 

 

A travers les orages et les larmes – nos foulées de somnambule lucide – sur le même fil depuis des siècles – suspendu au-dessus du monde – au-dessus du temps – un espace sans idole – aux marges de tous les règnes – sans assaut – sans ascendant – sans mérite à engranger – éternel – silencieux – sur lequel on marche avec jubilation vers l’inconnu – dans la joyeuse incertitude du chemin – confiant – le sourire et le poème au fond du cœur…

A la manière d’une veille itinérante et interminable – allant à travers les forêts et les songes – au milieu des périls et des miroirs – yeux dans les yeux avec ce que nous rencontrons – arbres et bêtes – hommes et Dieu – vérité et silence – l’Amour en réserve – l’invisible en imperceptible étendard…

 

*

 

Dans notre absence – l’ombre qui gagne…

La lune immense – notre seul rayonnement – peut-être…

Une plainte – formulée depuis notre jardin – au milieu des arbres – des morts – des siècles – seule manière de peupler l’attente – comme si le jour était caché – introuvable – d’un autre monde…

 

 

Sous la lampe – l’horizon découpé – le monde disséqué – pour apaiser l’angoisse – prévoir le chemin à travers l’obscurité – anticiper la fuite…

Les choses et les visages – dans la tête – mensongèrement apprivoisés ; un songe que nous considérons comme une sagesse – le sommeil éternel jusqu’au fond (sans fin) de la nuit – les ténèbres – de bout en bout – interminables…

 

 

Ce qui vieillit – dans son coin – sans jamais partager sa peine – ses poèmes – avec les Autres – Dieu seul – ce qu’il console et emporte – dans cette solitude sans confort – sans appui – mais non sans joie…

Nous nous intensifions avec lenteur – naturellement – nous nous effaçons – sous la voûte et le jour – le cœur volant – proche de l’inconnu – entre la source et le soleil – sur ce chemin qui serpente – sur lequel nous progressons sans gravité – avec l’Amour et le vent qui jouent dans notre âme – sur notre terrasse – au-dehors – partout où il est encore possible d’échapper à l’infinie tristesse du monde qui fige tout – qui pense trop – qui malmène ou ridiculise ce qu’il y a de plus beau – de plus haut – de plus essentiel…

Nous – loin – de plus en plus – assagi(s) – à présent – bien plus joueur(s) et rieur(s) qu’autrefois…

Aux marges de ce que l’on imagine vivant – bête et trivial – (très) ordinairement normal – bien trop confortable – bien trop plongé dans le rêve et la torpeur…

Debout – sans craindre ni la vie – ni la mort – ni Dieu (bien sûr) – ni les Autres – la tête et l’âme – l’espace et le mouvement – uni(e)s – ensemble – pour traverser le monde – tous les malheurs – et jouir – et jubiler – au cœur de la tragédie…

 

 

Parfois le bleu – comme un peu de neige sur nos malheurs – un envol mystérieux au-dessus du monde – des têtes – des choses ; une façon de revêtir des ailes – un peu d’invisible – pour échapper à la faim – à tous les ventres de la terre…

 

 

Des arbres encore – comme des frères irremplaçables – la joie de vivre auprès d’eux – partageant le même silence – la discrétion – la tendresse de ceux qui se reconnaissent…

 

 

Esprit et jours vacants – loin, pourtant, de la monotonie ordinaire du monde – loin du rêve et des routes toutes tracées…

En soi – le ciel à la surface balafrée – aux profondeurs inviolables – que l’on ne pénètre qu’avec innocence – l’âme nue – le cœur brûlant jusqu’à l’évanouissement – la douleur aux lèvres – envolée…

Comme une porte qui s’ouvre – en confiance – parfois après la pire chute – le plus terrifiant naufrage – après les plus communes expériences de l’âge – le monde du dehors délaissé – abandonné à la folie de ceux qui le gouvernent – à la bêtise de ceux qui le composent…

Entrée silencieuse – dans l’infini – hors du temps – l’éternité – ce qui échappe aux yeux – au monde – à la poussière…

 

 

Nous – au contact de la terre ; l’essentiel – l’invisible – les profondeurs de ce qui nous étreint – derrière les apparences ; l’âme encore mal à l’aise parfois – et les lèvres qui remuent – de temps en temps ; les œillères jetées aux pieds des monstres – et l’Amour le plus sincère qui se dresse sur les pierres encore tachées de larmes et de sang ; les bêtes – les hommes – la peur – toutes les créatures aux prises avec la fièvre – l’expérience du monde – la fureur des Autres – l’acharnement du destin – frétillant dans leur trou – l’existence ; les pas et la parole – se hâtant sans réserve – sans raison…

Les pieds sur terre – toujours – englués dans la boue – au milieu des morts et des excréments…

 

*

 

Rien qu’un rire – au-dessus de l’obscurité – comme un souffle – un vent – un peu de légèreté sur la pesanteur du monde…

Notre chambre, peu à peu, éclairée par une étrange lumière – cette clarté de l’âme – comme une vacuité silencieuse – une présence sensible qui ronge nos vieux restes de sommeil…

Une porte qui s’entrebâille – une fenêtre qui s’entrouvre – pour inviter le monde – l’inconnu – à déchirer nos rêves – nos certitudes – nos croyances – à secouer l’eau noire et stagnante de nos vies immobiles – à arracher les pierres sur lesquelles nous avons édifié nos territoires – notre confiance – notre (pitoyable) fortune…

Tout – précaire – fragile – balayé ; et ce vide – à présent – immense – vivant – pénétrant – souverain – irremplaçable (absolument)…

 

 

L’aube – sur nos épaules – tantôt vent – tantôt couverture – tantôt blancheur – tantôt transparence ; nous – entre ses mains – comme légèrement suspendu(s) au-dessus du sol…

L’écume et le monde – comme le rêve et l’orgueil – jetés au feu – au fond de l’abîme – là où ils ont été créés – là où ils auraient dû demeurer – dans ces bas-fonds aux murs tapissés d’images et de miroirs – peuplés d’une fange rampante qui se faufile entre les ombres – les songes et les promesses – respirant l’air vicié et immobile – s’apaisant à bon compte avec des idoles et des visions en pataugeant dans la boue – les larmes – le sang – prisonnière de cette vallée désespérante – où le soleil et le vent – le jour – se font trop rares (beaucoup trop rares) pour guérir les cœurs de leur obscurité…

Nulle espérance – nulle possibilité – le même mirage – nos vieilles habitudes – éternellement…

 

 

Une seule saison – sous la neige…

Partout – la blancheur – et quelques vautours – au-dessus de nos têtes – porté(e)s par les vents…

Une marche et un vol sans mystère – guidés par la faim – celle de l’âme – celle du ventre…

A tourner autour de soi jusqu’à l’étourdissement…

 

 

Les clés du monde – dans notre poche – sous un fouillis – un incroyable bric-à-brac – mille choses en désordre – abandonnées – sans intérêt…

L’âme en contact avec la mort – toutes les formes fragiles – provisoires – la douleur – la tristesse – l’infinité des voyages concomitants et la longue série des voyageurs…

 

 

A tous les âges – la joie et le naufrage – l’Amour et l’aveuglement ; et la parole qui se hâte – qui cherche, trop vite, à expliquer – à commenter – à combler le vide qui, sans cesse, réapparaît – au lieu de patienter en silence – d’attendre que la vacuité se transforme, peu à peu, en présence – en parfaite complétude – comme la pierre qui, chaque jour, s’abandonne aux aléas du monde – aux aléas du temps – aussi heureuse sous la chaleur et la lumière que sous la neige et les pas…

Là – sans exigence – sans ambition véritable…

 

 

De jour en jour – infiniment – jusqu’à la démesure – à travers l’ombre – l’éternité – parmi les visages – mille petites choses…

Les yeux vers le ciel et la poussière…

Mille strates – qui, peu à peu, s’effritent – se délitent – se désagrègent…

Et nous – l’âme (toute) frétillante…

De découverte en découverte – jusqu’au vide pleinement vécu – assumé – habité…

Nous – ici – là-bas – à moitié ceci – à moitié cela – à peine – totalement – absolument pas – seul(s) – ensemble – toujours – au cœur de cette étrange appartenance…

 

*

 

Dans la main hasardeuse – le destin…

Dans la main volontaire – le désir…

Et dans nos ailes – la possibilité d’une rencontre entre l’horizon et la verticalité…

Le jour et les hautes herbes – les cercles de terre et de lumière – harmonieusement réunis – comme le rire et la mort – l’angoisse et la joie…

Sur nos lèvres – toutes les eaux du monde et le ciel – réenchantés…

 

 

Sur la pierre – sans promesse – trop noire – parfois – l’encens et la prière – comme de longs panaches de fumée – à l’odeur âcre – seulement – sans le moindre signe de sainteté ; ce qui s’envole avec nos volontés – nos protestations – nos requêtes – nos exigences quelques fois – des colonnes d’air chaud emportées ailleurs – un peu plus loin – et qui finiront, tôt ou tard, par se mélanger à des désirs semblables – par se charger des forces de colonnes similaires – par s’opposer à des désirs contraires – par se démanteler au contact de colonnes porteuses de volontés – de protestations – de requêtes – contradictoires – et, en définitive, par se dissiper et s’éparpiller – comme annihilées à force de rencontres – comme annulées à force d’additions et de soustractions successives…

Et ne restera, bientôt, que notre désarroi – et ne restera, bientôt, que la lumière – et notre âme – comme l’interstice – le récipient – l’intermédiaire – la seule (véritable) issue pour la prière – lorsqu’elle saura inviter le geste à s’aligner spontanément – naturellement (sans même y penser) sur son silence – son absence de volonté – son plein acquiescement aux danses joyeuses – aux pas tragiques – aux mille petites comédies – aux jeux et aux désastres dans lesquels nous serons toujours pris – de mille manières – de toute éternité…

Avec un sourire tendre sur les lèvres (qui n’est, bien sûr – pour l’heure, toujours pas perceptible)…

 

 

La terre – sous nos pieds – foulée – fouillée – retournée – exploitée jusqu’à la brûlure – jusqu’à la stérilisation…

Le poison inoculé – jour après jour…

L’asservissement jusqu’au tragique – jusqu’à la mort…

Et sur le visage des hommes – ni joie – ni sourire – le contentement ordinaire – blasé – insensible – qui légitime toutes les servitudes pour satisfaire leurs (pitoyables) désirs – leur (stupide) fidélité aux traditions…

 

 

Les cheveux grisonnants – déjà – la faim que le temps a brûlée – les rêves pourchassés depuis trop longtemps – la mort reléguée aux périphéries – à l’abstraction – appréhendée presque comme un accident – une erreur – une infamie – dans la somnolence programmée du voyage dont on a pris soin d’exclure le moindre péril – le moindre risque – la moindre incertitude…

Nous – fabrique d’heures – de jours – de vies – lénifiantes ; des existences confortables – qui ronronnent – sans audace – sans désagrément…

Le sommeil – les yeux grands ouverts – de bout en bout – jusqu’à la moindre surprise – la moindre fantaisie (si l’on peut dire) – prévues et prévisibles…

 

 

Personne – aux fenêtres de l’âme…

Le jour – les jours – qui passent…

Des têtes qui regardent ailleurs (et, bien sûr, nous savons vers quoi se tournent les yeux)…

Ni ciel – ni tendresse…

De la douleur – des crevasses – que l’on ignore – que l’on feint de connaître…

Des existences sans (véritable) expérience – sans (véritable) consistance…

Du temps passé – simplement…

 

*

 

La même matière que les arbres – les visages – les chemins ; l’invisible…

Dieu parmi nous – en chacun – dans le chant de l’oiseau – le poing levé – le couteau qui égorge – le sang et les larmes qui coulent…

Nous – sans la main rêveuse – assumant ce que les hommes appellent les contraires – les contradictions – l’inconciliable…

Tout cela – en nous – (absolument) réconcilié…

Uni(s) à tout ce qui est – respire – toutes les formes – diverses – multiples – infinies – plus ou moins passagères…

Ce qu’éclaire la lumière – ce qu’accueille le silence – et qu’un seul geste – un seul éclat de voix – peut dissiper – en un instant…

 

 

Sur la pierre – sous le ciel – et quelques fois – inversement…

Heureux – comme si nous étions la source et la fontaine – l’eau qui ruisselle – l’eau qui s’évapore – les lèvres et la panse des bêtes qui viennent s’abreuver – l’herbe inondée qui pousse et que l’on fauche ou que l’on pâture…

Toute chose – en vérité ; la vie sacrée et ordinaire…

Le monde qui tourne et le regard – au-dessus – au-dedans – silencieux…

La liberté – le voyage de chacun…

Rien – à la marge de nous-même(s)…

Centre et apparentes périphéries – simultanément…

 

 

Encore quelques cris dans nos rêves et de la brusquerie dans nos gestes…

Le sacré parfois plus haut que la vie – et tous les immondices sous le séant…

Le regard commun sur l’existence la plus triviale – toujours intact(s)…

 

 

Les doigts rugueux des Autres – entassant la terre – amoncelant les choses et les visages – confiant, à leur insu, leur origine et leur ambition – insensibles à l’élégance des âmes…

Des seaux de poussière ; des amas à notre mesure…

 

 

Au cœur des jardins – des ombres et des mensonges ; l’étrange monotonie des rêves – et ceux qui marchent les yeux fermés et les mains tendues devant eux – raides – rigides – craintifs – sans cœur – qui tournent dans le même cercle – affreusement minuscule – et qui arborent sur leurs lèvres minces (et pincées) le sourire fier des voyageurs – de ceux qui explorent l’inconnu et affrontent tous les dangers…

 

 

De l’eau – en étendue – et le sang vertical – comme le vent qui contourne le silence en laissant traîner sur la surface du monde une main faussement amoureuse…

Nous – et notre soif – sans espérance – sous cette voûte parsemée de vestiges très anciens ; un désert – en vérité – où les adieux n’émeuvent que les âmes – les yeux – les poitrines – sensibles – tristes – larmoyants – secoués de spasmes ; l’être (tout entier) tremblotant…

 

 

Nous – dans cette fièvre un peu folle – et cette immense tendresse – face à l’océan – au ciel – aux arbres – aux bêtes – aux solitudes maladives et angoissées…

Rien à la ceinture – un peu d’innocence – seulement – avec quelques restes d’orgueil peut-être – les voiles du voyage et ceux qui masquent les yeux et le visage – passablement entamés – fragilisés – presque sur le point de se déchirer…

A deux doigts de la lumière et de l’immobilité – sans doute…

 

*

 

Libre et apaisé – affranchi du sang – malgré les apparences ; les battements du cœur réguliers…

La nuque encore un peu raide – parfois – et le cri – au fond de la poitrine – toujours prêt à monter jusqu’aux lèvres…

Vieillissant – bien sûr – comment la chair pourrait-elle y échapper…

Devant la mort – la bouche grande ouverte…

Un léger sourire sur quelques restes de sommeil – et un reliquat de rêve aussi…

La main plus légère – alignée sur l’âme – avec la même intention – la même direction – celles qui s’imposent – qui se substituent à la volonté…

Quelques notes quotidiennes – autant que de pas ; manière de faire vibrer – et de faire entendre – la résonance…

Nous – heureux – dans la solitude (inévitable) de cette rive déserte – l’eau fraîche et la gorge claire – comme la joie – au seuil du silence et de la lumière…

 

 

Le feu qui encercle notre vieille douleur…

Des taches de sang – un peu de ciel – sur les bras – comme notre peine ; la seule besogne – le seul stigmate – que les Autres peuvent nous abandonner…

Réparer – récurer – entretenir – alors qu’il faudrait incendier et creuser le sol sur lequel gesticulent nos mains laborieuses…

Déchirer les voiles au lieu de s’enivrer – jusqu’à la folie – de cette félicité illusoire – mensongère – fabriquée avec mille artifices (et l’odieuse complaisance de la psyché)…

Oublier l’abondance pour se tourner – l’âme nue – le cœur innocent – vers le soleil…

Se défaire des bruits de la tête – se rapprocher de ce qui nous traverse – de ce qui nous arrive – de ce qui nous habite…

Oublier le monde et le temps – les labours et les affaires…

Se blottir contre l’immensité – et attendre…

Vivre au rythme des saisons et des instincts les plus naturels – de manière spontanée…

Et, ensuite – peut-être – pourquoi pas – ne plus jamais craindre d’être qualifié(s) d’être(s) humain(s)…

 

 

Ce qu’imposent les circonstances…

Le vent – le silence – le vertige de toute existence…

Du sang – quelques pas – des adieux…

Le jardin des douleurs – immense – intime – regorgeant…

La route jalonnée de tombes et de cris…

L’après – jamais découvert – jamais exploré – inexplorable – comme des heures trop lointaines – insaisissables – fantasmagoriques – irréelles…

 

 

L’instant – l’hiver – ce que l’on se dispute…

Ce qui est là – ce que nous fuyons – à demeure…

 

 

La chevelure du silence entrevue – parmi les songes – au-dedans d’eux parfois – comme une longue crinière qui se mêle aux événements et aux bruits du monde – dédaigneuse des bras qui se jettent vers elle – des têtes amoureuses qui aimeraient l’aduler trop abstraitement – toutes les formes de tendresse extérieure…

De l’intérieur – l’océan – seulement…

Ce vers quoi devraient se tourner toutes les âmes sensibles à la désespérance – à la vérité…

Jamais ailleurs – ce qui s’ouvre – en nous – comme une grotte – comme une chance ; la solitude couronnée sur laquelle nous pourrions nous tenir debout – heureux et humble(s) – docile(s) et souverain(s)…

 

 

Rien qu’une voix sur la pierre – solitaire – comme le reste – à la manière des rois – ce que devinent, peut-être, les Autres – tous ceux qui nous regardent de travers – nous qui sommes mal attifé(s) – les habits sales et usés – les cheveux hirsutes – et ce feu sous le front – invisible – rayonnant – refusant toutes les formes d’illusion (et les honneurs fastueux et ridicules) des rivages sur lesquels les hommes vivent (depuis toujours) sous l’emprise des apparences…

 

 

Nous – avec au-dedans comme de l’or qui se mêle, à notre insu, au souffle et au sang…

Anonyme(s) – jamais insistant(s) – fragment (peut-être – réellement) vivant de la vérité…

 

*

 

Bordures noires – et au-delà – ce bleu immense – intime – (encore) inaccessible…

La vérité – en deçà – vers le plus bas – au cœur du plus fragile assumé – malgré soi – là où l’on n’a plus la force ni de parler – ni de se prendre pour quelqu’un – et, moins encore, de défendre la moindre cause – la moindre idée – là où le feu et le silence agissent à notre place dans la spontanéité des flammes et de l’espace – à l’instant où l’esprit s’aligne sur l’évanescente vérité de ce qui advient…

 

 

Brisé – le dedans balayé de ses embarras…

Suffisamment vide pour que l’Amour prenne ses aises – devienne souverain – impose ses règles afin que tout soit accueilli – embrassé – étreint – aimé enfin pour ce qu’il est – sans la moindre condition…

Nous – devenant attentif(s) – sensible(s) et tendre(s)…

Sur les épaules de Dieu – dans notre âme et notre main…

 

 

Le désert…

Devant la lumière…

Le monde – indéfini – comme une masse vague et informe – quelque chose entre le rêve et la matière magmatique…

 

 

Nous – impatient(s) depuis le premier jour – courant, sans cesse, après l’imprévisible – après l’insaisissable…

Avec, dans la voix, des tremblements…

Et l’hiver qui gagne le monde – à l’intérieur…

Proche du sol – les pieds sur la pierre…

Et ce front qui rêve de jour et de lumière…

L’âme dans la nuit et la fange…

Vivant(s) – comme si l’Amour était la dernière chose à laquelle nous pourrions penser…

 

 

Le vent – implacable – parfait – sans reproche – qui œuvre aux avant-postes du ciel – dans toutes les tranchées de la terre – qui frappe les têtes (toutes les têtes) postées en première ligne ; ouvrier de la lumière – du silence et des profondeurs inexplorées – qui chasse le noir et les couleurs pour rendre au monde – aux ombres – aux choses – aux âmes – aux gestes – leur parfaite transparence…

 

 

Lorsque la mort emporte l’insistance des flammes…

Le départ comme une course sans applaudissement…

Au cœur des saisons qui passent – le temps – la vie fragile – cette matière (si) provisoire…

Le corps dans son tégument de planches et l’esprit au-dedans – au-dessus – ailleurs – allant là où l’attraction reste tenace – poursuivant son voyage…

Cet étrange itinéraire – de la lumière vers la lumière – et cet entre-deux des ténèbres – comme un rêve – peut-être…

 

 

L’homme – sans lumière – sans chaleur – dont le feu a lentement dérivé vers des ambitions contingentes – instinctives – subalternes…

L’existence – le cœur et la tête à l’envers – en somme…

 

 

Cette étrange chaîne qui nous relie ; des fils d’or – mille liens – tissés entre nos vies – entre nos plaies ; des douleurs et des cicatrices en commun…

Et – à tout instant – la possibilité de se hisser au-dessus du monde – d’échapper à l’emprise des Autres – de la matière – de cette geôle qui (presque) jamais ne dit son nom…

Et l’orgueil des choses à résister – à persévérer – à renaître – comme un acharnement involontaire – la nature même de ce qui existe ; cette insistance – cette ardeur tenace dont tout est constitué…

Ni reproche – ni injure…

Cette irrésistible obsession à laquelle il faut nous abandonner…

 

 

L’existence terrestre – entre gestes et paroles – quelque chose de vague – d’inconsistant – de presque irréel – dont on fait l’éloge par ignorance d’autres états – par ignorance d’autres perspectives – par habitude – pour sauvegarder les illusions et ne pas sombrer dans la désespérance…

 

 

A notre porte – rien – la même chose qu’à l’intérieur – l’absence de frontière révélée – un regard seulement – peut-être – et ce qui a l’air d’arriver ; qui donc pourrait – sans rire – sans douter – se targuer d’avoir la moindre certitude sur ce que nous sommes – sur ce que nous vivons…

 

*

 

Une âme audacieuse – un ciel intrépide…

Et le courage qui manque aux hommes…

Le désir – le temps, à peine, d’aimer ; et tout se gâte déjà…

 

 

Le désert – en plein jour – la nuit évidée de sa substance – ce qui nourrit les têtes et les ventres – les âmes lasses et pensives – tous les cœurs démunis…

 

 

Parmi le nombre – l’espace – ce qui accueille les ombres ; cette immobilité sensible – vivante ; le sommeil et les cris – l’ignorance et la haine – ceux qui ne savent pas – ceux qui jamais ne daignent pleurer – trembler – ou avoir le moindre geste – la moindre parole – authentiques…

Ce qui nous effraye autant que nos yeux réenchantés sur ce qui passe sans adieu – sans retour possible…

Le monde et les hommes tels que nous les connaissons…

 

 

Le chemin clos – avant de mourir…

Ce que la lumière éclaire – ce que le vent secoue – avec violence parfois – pour qu’éclose la place que nécessitent la tendresse et l’attention…

Peu à peu – nous rapprochant de la source – du lieu sans géographie – de la matrice des astres…

Nous – en plein jour – avec des chants d’oiseaux plein la tête…

La fin d’une longue (d’une très longue) déchirure…

De proche en proche – nous effaçant – devenant ce mystère – cet espace – cette simplicité…

Du feu et de l’Amour – quelque chose de la beauté inexprimable – perceptible seulement à travers le geste et la présence – toutes les choses du monde invisible…

 

7 mars 2022

Carnet n°271 Au jour le jour

Juin 2021

Au cœur de l’effroi – derrière la terreur peinte sur les masques – la roche – le marbre originel ; et un cri pétrifié – comme figé à la source – bien avant que naisse le monde…

La lumière brune – au-dehors – qui a précédé le souffle et le sang…

Partout – la même épaisseur – la même opacité ; et les premières ombres qui s’ébranlent – la longue marche qui annonce les prémices de la chair…

L’enfance lointaine (et souterraine) du vivant…

 

 

L’air passager – comme la forme des visages…

Des murs et des frontières franchis…

Quelque chose qui bouge – qui gronde – sous la terre – au fond du ventre…

L’enfance première – peut-être – avant l’invention des clôtures et des bannières – avant l’émergence de la lumière – au-dedans de l’âme – sur la peau…

Avec des éclairs à l’intérieur ; l’origine, sans doute, de la colère ; nos tout premiers tourments – peut-être…

 

 

Au cœur d’un jeu où tout glisse – où tout s’échappe – où tout s’écoule vers le bas…

Les yeux fermés – les yeux plissés – les yeux soucieux – les yeux rieurs – qu’importe ce que dessine le visage pourvu que l’on sache vivre sans pesanteur – l’esprit sans prise et le cœur engagé dans ce qui passe…

Et, de proche en proche, la découverte (surprenante) de l’immensité immobile – au cœur du regard – du monde – au cœur même de la danse…

 

*

 

L’usage d’une tendresse défigurée…

La grossièreté du temps ; créateur de monstruosité et d’infamie…

En tous ces lieux capables de remplacer la couleur par le sommeil ; et le présent par l’absence…

Tous ces mondes – au milieu de nulle part – en vérité…

Des entrailles et du néant…

Et toutes ces bouches qui attendent que l’on meurt ou que l’on ait le dos tourné…

La vie – le vide ; le soleil – sans le moindre mouvement…

Et cette longue (et inévitable) attente qui commence – qui se poursuit (sans doute)…

 

 

Qu’espérer du vent ? Un autre ciel – un peu de pluie – de nouveaux visages – une existence plus belle – un cœur plus courageux – l’avant-goût d’un ailleurs (toujours possible) – un parfum d’autrefois – un peu plus d’innocence…

Et nous restons là – immobile(s) – au milieu du sable et de la nuit – l’âme comme une girouette plantée dans le sol – nous laissant ébouriffer par le mouvement des astres – les grondements de la terre – le désir des Autres…

 

 

Fuir les cimes qui s’offrent à nous…

Avec un rire étrange dans cette quiétude (presque) inquiétante…

Un coup d’œil parfois dans le panier – parfois sur celui qui porte le tablier…

La pluie qui s’infiltre dans tous les plis du monde…

La chair enrobée et changeante…

Les voiles maladroitement tirés – et que gonfle le souffle du ciel…

Le temps aboli – la mémoire perdue…

Nous – au centre du monde – du jardin – contemplant les pierres – les fleurs – les visages – consolant les âmes qui s’approchent – offrant aux bêtes la tendresse et la dignité que leur dénient les hommes…

Un peu d’Amour au milieu des malheurs ; une main tendue vers ceux que l’on condamne à vivre enchaînés – sous le joug de notre aveuglement – de notre bêtise – de notre barbarie…

Un peu d’écume ; presque rien – en somme…

 

 

Entre nos lèvres – toutes les fleurs du monde – amoureusement épelées…

Les caresses du vent ; l’eau et la lumière nourricières…

Déposées sur notre page – offertes au monde – aux visages – grimaçants – à tous ceux dont l’existence manque (cruellement) de beauté – de fraîcheur – de poésie…

 

 

Le temps haché – les mains et les pieds – comme sur des rails – cernés par la mort – plus haut et plus bas…

L’absence – au cœur – de tous côtés…

L’affreuse mécanique du monde ; l’engrenage meurtrier ; l’atroce machinerie en marche…

 

 

Au seuil de l’hiver – la beauté et un sermon silencieux…

Le vide derrière notre visage et quelques tremblements solitaires…

La douceur de l’enfance et de l’écorce sous nos doigts – la forêt et notre voix naturelle…

L’éviction du mensonge et de la distraction…

La célébration (très) discrète de la quiétude – de la lumière – de l’intensité…

 

 

La terre remuée des origines – des âmes qui passent – quelques traces parfois ; et un feu – au loin…

Une diagonale de verdure – un dialogue sans ombre…

Des dialectes (très) anciens – à déchiffrer…

Et toute cette neige, à présent, qui circule dans nos veines – à la place du sang ; comme une étreinte, depuis trop longtemps, oubliée…

 

 

Ce que nous franchissons avec le corps – le cœur – l’esprit ; des rêves – des paysages – des bribes de réalité…

Et cette paresse de l’habitude qui nous rend (quasiment) aveugle…

Reste un espace à retrouver ; et des frontières à franchir pour se libérer de la fatigue et de la cécité…

 

*

 

Lampe à la main – la vie passante – et la mort déjà là – que pouvons-nous donc comprendre…

La voix et le souvenir brisés…

Trop de doutes – de temps et de malentendus…

Pas même un espoir – pas même un écho ; rien – aujourd’hui comme hier – aujourd’hui comme demain…

 

 

Au hasard des figures errantes – un regard sur des débris ; et un peu de timidité…

Un froissement d’ailes et un cœur (encore) prisonnier de l’écume…

Ce que l’on nous avait promis – un simple décor…

Et l’âme – un peu à l’écart – triste – lasse – inconsolable…

 

 

Sous le ciel – la poitrine nue…

Des rires et de la lumière…

Seul(s) – voilà notre chance…

Bien davantage qu’un corps pour faire fleurir la terre…

 

 

Encore un peu perdu avec cette étrange idée de bleu…

Comme ce qui coule – jusqu’à s’y méprendre – jusqu’à tout confondre…

Rien de tragique – pourtant…

La splendeur et l’immensité – toujours intactes…

 

 

Le front moins querelleur qu’hier ; le cœur assagi…

Penché sur l’ordinaire – avec des gestes (très) quotidiens…

A voix basse – la parole comme la prière…

Et cette solitude de l’âme – au seuil du détachement…

Et deux ailes qui poussent – (très) lentement – (très) discrètement – pour que nous puissions, un jour – peut-être, échapper à la gravité du monde…

 

 

Une longue veille – sur le sol – à guetter l’infortune – le hasard et la mort – la beauté d’une âme ou d’un visage…

L’attente ordinaire de l’homme…

Des larmes sous l’orage…

Des chemins et des pas – par milliers – par millions…

Une (très) courte vie – un corps dans lequel on aimerait s’attarder (un peu) ; et à mesure que les saisons passent – le doute qui (de plus en plus) nous étreint…

 

 

Le cœur battant – comme une prouesse ; une chaîne de miracles…

De l’origine au sang – grâce à mille explorations – mille découvertes – mille trouvailles…

Et l’autre moitié du labeur à accomplir jusqu’au bleu ; le travail de l’âme ; passer de la substance organique à l’immensité invisible…

 

 

Entre nos mains – une présence morte – une tendresse lacunaire ou inexistante…

L’intimité reléguée à la surface – aux attouchements – à une (vague) proximité physique – une sorte de cohabitation faite d’alliances tacites…

Et la solitude – et la vie pure – et l’intensité – qui ne souffrent le moindre compromis ; cet entre-deux en demi-teinte que suppose toute relation vécue sur le mode de la séparation et de l’individualité…

Très loin encore de pouvoir être arraché(s) au monde – aux mensonges – aux conventions – à cette existence (très largement) corrompue…

 

 

Ce que l’on guette sur le seuil de la porte entrouverte – sur le chemin – des deuils et des abandons – le poids grossissant de la désillusion – la vérité en marche (très laborieusement) – tout ce à quoi il faut renoncer…

La faim qui, peu à peu, passe du ventre à l’âme – la frénésie horizontale qui se transforme, peu à peu, en ardeur profonde et assidue ; la raison qu’il (nous) faut délaisser – et trahir (à certains égards) – pour que s’ouvrent, en nous, une autre perspective – d’autres dimensions ; la réalité indicible du monde – le silence – l’invisible – l’intériorité – pour que nous puissions vivre d’une manière plus juste – plus belle – plus intense – plus authentique – plus lumineuse…

 

*

 

L’âme enfantine – curieuse – rieuse – joyeuse – qui, peu à peu – et malgré elle, devient triste – fermée – insensible – au contact du monde…

Si poreuse – et comme dépossédée par les rêves et l’ambition – le temps frénétique et dilapidé (en vétilles – en niaiseries) – la tournure odieuse et étroite que prennent, trop souvent, les événements…

La solitude que l’on délaisse – comme les offrandes et la beauté…

L’édification ordinaire du désert et du tombeau communs ; l’espace et la vie atrophiés et dévastés ; le monde tel que nous le construisons…

 

 

Des larmes – une forme naturelle d’expression (bien sûr) ; quelque chose qui se cherche et qui se dévoile (un peu) ; une sensibilité authentique sur la peau – sous le front – le monde entier – collés – enchevêtrés – à la peau et au front de tous les Autres…

Rien d’étrange – rien d’étranger…

Le sens même de la matière et du vivant…

L’attente des retrouvailles et de la célébration…

Le ciel commun parfaitement vécu…

 

 

De l’ombre et de la boue – le substrat de toute alliance…

Des têtes – et derrière des arrière-pensées…

Comme une grande (et belle) toile blanche, peu à peu, maculée de signes et de substances…

Le monde comme un sac et un annuaire – dans lequel on pioche – dont on tourne les pages – pour trouver des outils et des alliés…

Et quelques lignes quotidiennes pour surmonter cet effroi – encenser la solitude – renouer avec la beauté – la légèreté et l’authenticité – de l’être…

Des bornes – sur terre comme au ciel – à dépasser ; un espace continu à retrouver entre ce qui semble au-dehors et ce qui semble au-dedans ; toutes les formes possibles de réconciliation…

Et accéder, peut-être, à l’essence (ou à d’autres limites que les nôtres) pour qu’un jour l’absence de frontières puisse remplacer nos larmes…

 

 

La nuit écartée par la main furieuse…

La tête levée – audacieuse…

La poitrine gonflée…

Toute l’âme dressée pour faire face…

Et ce que – dans leur impuissance – les yeux implorent ; le jour – la possibilité d’un autre monde…

 

 

Là où les étoiles roulent de l’autre côté de la terre – sur le versant le plus sauvage des continents peuplés…

Toutes les illusions et toutes les idoles – sur le point de tomber…

L’aube – comme tout le reste – assez inattendue…

 

 

D’un horizon à l’autre – des fenêtres ouvertes – ce que l’on aperçoit en passant – en traversant l’espace ; la diversité des blessures et des visages – le gouffre au fond duquel naissent tous les chemins – des lieux (en général) très inhospitaliers…

L’homme – la vie terrestre – entre le rire et les larmes – selon les circonstances et la sensibilité…

 

 

D’un jour à l’autre – jusqu’à la mort – et toutes les expériences offertes pour comprendre – transformer la perception et la perspective – apprendre à dépasser les apparences – les représentations – à aller au-delà de l’idée du ciel et de la terre pour découvrir l’espace – le lieu non géographique où s’origine le monde – la vie – tout ce qui existe ; l’essence qui mêle le vide et la matière – l’infime et l’infini – le provisoire et l’éternité – au cœur de cette trame où tout est lié – et imbriqué – de mille manières ; là où il nous faudra, un jour – bien sûr, apprendre à vivre…

 

*

 

Les lèvres bleues à force de voir l’indifférence des yeux et des mains…

La bouche tordue à force de côtoyer la cruauté et la corruption…

La feuille (involontairement) noircie par la bêtise et la laideur (involontaires) de ce monde…

Des danses (bien) trop raisonnables que l’âme, bien sûr, appelle à trahir…

Des pleurs – rien (absolument rien) pour faire rougir la terre…

La langue parfois (presque) aussi éclairée que le silence…

Les tempes brûlantes à force d’attente…

Le cœur aux dernières portes du monde – peut-être…

Notre éloignement – sans le moindre alibi…

Le cours naturel des choses ; et au regard de la sensibilité (et des circonstances) – une tournure de l’âme inévitable…

 

 

Le hasard conféré aux mains des Autres – assigné au destin de tous ces étrangers…

Leurs grimaces hideuses face aux malheurs et aux déconvenues…

Les peaux (presque) toutes marquées au fer rouge…

A peine une existence – un défilé d’ombres noires…

Un abîme entre eux et entre nous ; telle est, très souvent, la croyance des hommes…

De la naïveté – sans renoncement – sans sacrifice…

L’irrépressible volonté d’être le seul – ou, au mieux, de passer en premier…

 

 

Un peu de grisaille dans l’âme…

Ainsi parcourt-on le précipice…

Des éclats de solitude plein les mains…

La gorge triste de n’avoir ni protégé – ni protecteur ; le prix (sans doute) d’une certaine liberté – ou disons, d’une marge de manœuvre suffisante pour s’imaginer affranchi ; idiotie (bien sûr) ! Comment oublier que chacun porte – et portera jusqu’à son dernier souffle – la totalité du fardeau du monde…

 

 

Arbres rouges – comme endormis sous les copeaux ; assassinés – en vérité ; comme tous les autres – plantes et bêtes…

Nulle autre étoile dans le ciel que celles que se sont appropriées les hommes…

Et la seule lumière aussi…

Ainsi comprend-on mieux, à travers l’obscurité des cœurs, la noirceur du monde ; le massacre – partout – célébré comme une fête…

 

 

La voix dégagée des impératifs du monde…

La joie – le ciel – la mort – l’essentiel peut-être – dans chaque geste nécessaire – décisif pour le jour…

La terre et le vent – le socle et les outils de l’enfance – le souffle du voyage et les pas de l’errance…

Ce qu’il faut pour arpenter les chemins – explorer le monde – trouver le passage vers l’étendue qui relie – et rassemble – l’inerte et l’animé – le dehors et le dedans – le seul lieu capable de redonner sa place – son rôle – son règne – à la trame unique du monde ; le réel inexpliqué et inexplicable – incertain et merveilleux…

 

 

Tous les astres du ciel – comptés – nommés – et amassés de manière fébrile et tragique…

Et le même destin pour l’or des sous-sols…

L’espace – le céleste – le souterrain – accaparés par l’esprit et la main de l’homme – cet être des surface qui s’approprie, de manière systématique (et industrielle), tout ce qui lui semble utile et nécessaire…

Les instincts humains célébrés (sans la moindre exception) par les lois et les usages ; et tous ceux des Autres contrôlés – limités – éradiqués…

 

*

 

Vers soi – en riant – comme un enfant sur la plage qui invente des histoires – des voyages d’un lieu à l’autre de l’espace et du temps – entre la terre et le ciel – la mémoire et le devenir – en rêvant, sous les étoiles, les pieds sagement rangés dans ses sandales – se penchant, de temps en temps, vers le sable – levant parfois les yeux vers l’horizon – hochant très souvent la tête comme s’il ne comprenait pas ce qu’il faisait là – entre songe et réalité…

 

 

L’errance permanente des âmes – du monde – des vagues ; de l’immensité à la rive – de la rive à la source des naissances…

Le va-et-vient de l’invisible et de la matière – comme un refrain – une respiration…

L’éternité – sans jamais compter les jours…

 

 

La joie – en dessous – frémissante…

La lumière – en diagonale – déclinante…

Au milieu d’une clairière – aux premiers instants du crépuscule…

Les arbres et le chant des oiseaux…

La roche et les fleurs sauvages…

Un chemin de terre qui serpente dans les collines…

Et notre roulotte posée en ce lieu retiré – cachée sur ce bout de terre – au cœur de la forêt…

Notre (très) provisoire thébaïde…

Le silence profond – pénétrant – joyeux – qui nous entoure – qui s’invite – qui s’intériorise et se goûte…

La porte et la fenêtre grandes ouvertes ; au-dedans et au-dehors – le sentiment du plus familier ; l’âme à demeure – traversée par une très ancienne prière ; et sur la joue – quelques larmes – discrètes et lumineuses…

 

 

Le ciel prisonnier des yeux – des rites – de l’absence de rire…

Dieu – une récolte comme les autres…

La rumeur d’une présence – une manière de consoler tous nos revers – le long et (inévitable) naufrage de toute existence…

 

 

La nudité des choses – l’ambition des âmes curieuses…

Et la beauté du vent qui blesse – qui sème le désordre dans nos existences et nos certitudes…

Le bleu au front malgré les malheurs et la fréquence des tourments dans lesquels la vie nous plonge…

Le froid – le sommeil et la mort…

Nos visages glacés par l’effroi et la terreur que nous inspire le monde…

Ni vraiment victime(s) – ni vraiment guerrier(s)…

De passage – comme étranger(s) à ces rives étranges…

Le cœur qui danse – en plein essor – guidé par le silence – le bruit de la source…

Un rêve – peut-être ; le désir (involontaire) d’une profondeur ; le réel en strates que l’on souhaite explorer avec plus de précision…

 

 

La trame trouée…

Les ailes bleues sous le soleil…

Le salut de l’homme ; et toutes ses prières…

L’arbre – dans son rôle – jouant à l’éclaireur…

Les mains jointes – sur les yeux – soudain nécessaires à d’autres gestes – (sans doute) plus avisés…

Le ciel – toujours – au-dessus des têtes…

Et, au cours de notre vie, tous les assauts de l’ignorance que nous apprenons, peu à peu, à esquiver…

 

 

Sur la scène – des cendres ; des ailes qui poussent ; l’éloignement et le retour (progressif) à l’innocence…

L’esprit qui se hisse jusqu’aux premières hauteurs…

La vie frémissante – sans cruauté – prête (à présent) à percer tous les secrets…

 

*

 

La vie – dans la voix – vitrifiée…

Tous nos drames et nos sanglots – dessinés sur les vitraux de la moindre chapelle…

L’Amour chanté dans tous les temples…

Et le sol (toujours) jonché de plomb et de sang…

Tous les événements – dans un coin de la tête…

Proche de l’enfer – cette façon de tourner en rond sur la terre…

Et par-dessus les murailles – la même douleur – la même détresse…

 

 

Planqué dans un coin du néant – sans orgueil – ni (vraiment) libre – ni (vraiment) enfermé – dans les mains, peut-être, d’un rêve à l’agonie…

La nuit qui tombe ; et le jour – nonchalant – qui s’attarde un peu…

L’âme qui se risque sur le seuil de la porte laissée entrouverte…

 

 

Les tourments de l’âme prise dans les remous des eaux trop noires du temps…

Sans la force ni de s’échapper – ni de se ressaisir…

Les mains (faiblement) agrippées à la corde froide…

Et le monde à la proue du navire…

Et nous autre(s) – pauvre(s) saltimbanque(s) – sans amour – sans miroir – presque toujours – jeté(s) au fond de la cale ou dans les profondeurs glacées de l’immensité furieuse – sans autre raison d’être que la recherche de la joie et de la vérité – qui nous font encore, si souvent, défaut…

 

 

Le cœur et l’esprit – éparpillés – encombrés – par les croyances – les idées – les certitudes – les appétits – ce qui compose notre grille de lecture du monde – comme les maillons d’une chaîne qui entrave nos ailes – notre perception – comme un obstacle rédhibitoire à la compréhension de ce que nous sommes et à la possibilité d’un rapprochement avec cette (indicible) identité de l’être…

 

 

Au-delà du théâtre – des trajectoires – des drames et des mascarades – l’espace premier – originel – vierge – libre de l’agitation de surface – toujours vivant – aussi réel qu’autrefois – sous les strates gesticulantes – et perceptible (seulement) par des yeux suffisamment innocents…

 

 

Au tournis de la tête – nous préférons l’intensité de l’âme – le geste plein à la parole explicative – le silence au bavardage – l’engagement à la révolte – le chant et la prière aux rêves et aux distractions – la discrétion et l’anonymat à la gloire et aux médailles – l’effacement au sacre et au couronnement…

Les mains libres plutôt que la caresse ou le châtiment…

 

 

Soleil et terre rouges – comme le sang – les flammes – l’espace nourricier…

La douleur et la distance – (encore) trop souvent – captives…

La tête gonflée de rêves et d’images…

Mille choses à faire – mille choses à étudier…

L’enfance délaissée – abandonnée sur le bas-côté de la route où circulent toutes nos inventions…

 

 

Du premier au dernier jour – l’œil fermé – la faim et les (discrets) chuchotements de l’âme…

La peau tatouée par les circonstances – le cœur façonné par le désir et le manque ; ce qui a lieu – comme l’eau qui jaillit de la roche…

Au pied du monde – notre couche – notre place – les bras chargés d’offrandes – et, dans la besace, tous les stratagèmes et tous les poisons imaginables…

 

*

 

La tempête – les pieds qui traînent…

Une traversée sans ardeur…

Tout un pan de lumière déplacé…

Des usages affolants…

Dieu et sa clique – Dieu et le reste…

Des paroles sans possibilité de promesse…

Ce qu’offrent les mains tendues…

Et dans ce fatras, parfois, de (très) surprenantes rencontres…

 

 

De la lumière – encore – à l’heure du désordre – au temps de la mort – à l’instant du fracas…

La vie – le monde – sans pouvoir imaginer d’autres perspectives…

Un regard – des prières – quelque chose posé contre soi ; la lame qu’ont (patiemment) aiguisée les circonstances…

Et la tête tournée de l’autre côté – comme si elle n’était pas concernée par l’idée du temps et du trépas…

 

 

Des notes – les unes après les autres – de la musique et des carnets…

Et toutes les danses du monde invitées – noires et macabres – joyeuses et réjouissantes – qu’importe les désirs et les destins – l’espérance (presque) toujours repoussée ; et le feu qui court d’un bout à l’autre de la page…

Parfois – la seule lumière ; et, d’autres fois, celle du jour – plus belle et plus forte – qui transforme le rythme – les lignes – qui bouscule les lettres et le sens – qui offre sa beauté – sa blancheur – un peu de transparence…

Et dans la marge – tous les traits des ténèbres – biffés à la hâte – dégoulinant de sueur et d’efforts – comme de petits éclats sombres – de minuscules étoiles noires entassées à la diable et qui, réunies, ont le poids d’une enclume – si lourdes qu’elles réussissent parfois à déchirer le ciel minuscule inventé par le poème qui, inlassablement, célèbre le mystère et le réel – leur immensité et leur profondeur…

 

 

A la merci de la folie – des Dieux – qui nous entourent – que nous abritons…

A la merci des vents et des mains nourricières…

Sous le soleil – cette (quasi totale) absence de liberté…

Instruments des uns et des autres ; et les yeux (toujours) voilés…

Comme des enfants jetés dans les tourbillons du monde – d’épreuve en vertige – sans lumière – sans raison – tournoyant dans d’horribles rêves ; comme de pauvres âmes ballottées dans les pires turbulences – condamnées à des tourments sans fin…

 

 

La force – à l’intérieur – non exhibée – au cœur du souffle restreint…

Ce qui s’exprime à la place du sommeil – sur la pierre mouillée de larmes…

Le silence et le vent – présents dans la parole…

Des feuilles comme de grandes ailes douloureuses – inappropriées (bien sûr)…

Un chant né du fond de la colère pour déchirer les rêves – toutes les infamies – venger le supplice de tous les égorgés – à la manière d’une lame qui s’obstinerait à vouloir fendre l’écume – un acte très enfantin – éminemment réactif – à la hauteur (évidemment) de la douleur ressentie ; le pauvre tribut d’un cœur inquiet qui, par impuissance, brandit un drapeau et quelques armes inutiles…

 

*

 

Au seuil de la main qui caresse…

Un peu de vapeur sur la rétine…

Le prolongement – peut-être – de l’illusion…

Dans les mots – cette houle – ce rythme fiévreux – haché – avec, parfois, de l’encens dans la voix…

Un silence à la saveur sucrée…

Une forme de tendresse à savourer…

Des éclats et de la douceur…

Exactement la même texture – et les mêmes couleurs – que la vie…

 

 

Le souvenir d’un long séjour dans l’immensité – avec, sans doute, un fragment de ciel oublié quelque part…

Des tremblements devant la beauté…

La présence, au fond de l’âme, d’une joie qui ne nous appartient pas ; le goût du silence…

Notre hésitation à rejoindre le monde – cette bande de terre si sombre – si étroite…

Une éclipse – trop d’absence…

L’indigence inquiète – comme coincé dans cette sorte de gangue…

Et le vent – tout près – qui, parfois, s’invite dans le jeu…

Des craquements et des crevasses – des têtes (presque) toujours boursouflées – de la chair fragile et moite…

Et ce mystère – sous nos ailes – qui ne se révèle que dans leur déploiement…

 

 

Ici – jamais pire qu’ailleurs ; la même chose – en réalité…

Et ce goût manifeste – impérieux – pour la vérité ; ce qui, peut-être, nous donnera le souffle suffisant pour nous libérer du mensonge…

Et déjà – nous le sentons (avec évidence) – la tête qui, de temps en temps, se hisse au-dessus du labyrinthe ; comme la découverte de passages – à intervalles réguliers – qui jalonnent le chemin jusqu’à l’essence – jusqu’au lieu où s’originent le ciel et la terre – jusqu’au cœur même de la trame…

 

 

Les murmures du jour ; et ce que nous percevons de ces chuchotements glissés à l’oreille de ceux qui abjurent leur nom – qui renoncent à toute forme d’espérance – qui placent le rire au-dessus (bien au-dessus) des plus belles prières…

En un sens – un peu de vérité révélé par le poids grossissant du vide et de l’invisible – la justesse des gestes et des intuitions – la valeur accordée à l’inintentionnalité…

 

 

D’un désert à l’autre – du monde – de la page – le cœur de nos diverses géographies…

Et des ailes (bien) plus amples qu’autrefois…

Rien que la solitude et la langue pour échapper à l’obscurité – résister aux assauts (acharnés) de l’ignorance ; la distance qu’offrent l’exil et le mot – l’éloignement du périmètre commun – l’abandon des murs et des idées qui composent le labyrinthe (l’essentiel du labyrinthe) où les hommes vivent confinés…

Les seuls bagages nécessaires – au fond de l’âme…

Le regard sensible – de plus en plus vaste à mesure que le ciel et la pierre se fissurent…

 

 

Au pied d’un arbre immense au houppier argenté…

La fortune du sourire et de l’errance – au gré du vent et des courants ; de chute en découverte – l’extinction (progressive) de l’inquiétude et des tourments…

Et, au fil du périple, penchées sur nous – la somme des désirs éteints et les promesses de la vacuité qui les remplacent…

 

 

Dans un désordre plus vaste – la seule possibilité de lumière…

Au creux de la parole – des rochers sur lesquels grimper – un cœur à découvert – l’âme sur son lit de pierres…

Et le monde, au loin, dont les excès nous écœurent ; et la découverte (miraculeuse) de quelques intervalles au fond desquels nous nous jetons pour échapper au vacarme et à l’abjection…

 

*

 

Ce que l’invisible dissimule – à son insu ; et ce qu’il (nous) réserve…

A chaque instant – les clés de l’enfance – cette joie naturelle – cet allant spontané…

Le cœur de l’espace – notre résonance – malgré l’éloignement collectif de la source – au fil du temps…

Et le feu sacré – intact – notre chance pour défricher cet étrange chemin au-delà du perceptible et des paradoxes apparents ; un long tunnel – tantôt souterrain – tantôt aérien – qui serpente jusqu’à la lumière – jusqu’au (plein) dévoilement du mystère…

 

 

Que faire de ce ciel inventé partagé en territoire – de cette terre trop labourée – de ces âmes qui – partout – célèbrent la cécité…

Nulle tâche – nul labeur – à prescrire ; œuvrer à ses nécessités et laisser le monde et les choses suivre leur cours…

Ni cri – ni inquiétude ; ni conseil – ni résistance…

L’âme insoucieuse ; le cœur dégagé des enjeux apparents et sous-jacents ; la figure sereine du sage qui vaque – sans hâte – aux affaires du jour…

Une minuscule pierre dans le jardin des Dieux…

 

 

Des notes hivernales au parfum (vaguement) poétique…

La main docile d’un scribe du monde sous la dictée d’une voix d’ailleurs – silencieuse – mystérieuse…

Quelque chose (à la fois) de l’invisible et de la douleur…

Un peu de lumière – peut-être – dans notre aveuglement ; et, dans le meilleur des cas – un (très) modeste avant-goût de l’aurore…

 

 

L’invisible qui danse au milieu des ébats – des combats – des éclats – au-dessus de la lumière – sur la pierre fissurée – pour célébrer la liste interminable des noms qui figurent sur le grand registre ; et le désert – l’apparence du néant – qui précède les mondes et qui les remplace après leur disparition…

 

 

La parole-geste – née de la proximité du silence – un espace de vérité – l’incarnation de l’être à travers le langage…

Ni signe – ni sens – une danse – légère et intense – comme mille baisers lancés au hasard et qui, selon les cas, apaisent ou embrasent les âmes et la chair…

 

 

Un coin de quiétude et de liberté – sur la pierre…

L’empreinte d’une veille – essentielle et interminable…

Des yeux et des fenêtres qui s’ouvrent ; un peu plus de clarté – à l’intérieur…

L’émergence, peut-être, du lieu où se rejoignent le temps et l’origine – nos premiers émois célestes…

Le cœur plein d’oiseaux (ignorés jusqu’à présent) qui, soudain, s’envolent…

Une immense balançoire sur laquelle l’innocence se balance – assise sur nos genoux…

Une réelle promesse d’embellie pour (tous) les vivants…

 

 

Rien qu’un grand rêve dans les têtes (trop) disciplinées…

Des yeux qui cherchent – un peu (et jamais davantage)…

La surface de l’existence et du monde – à peine effleurée…

L’esprit – comme le reste – en jachère…

Quelques (vagues) remous dans un bocal…

Le temps qui passe sans que rien ne s’érige – sans que rien ne se redresse ; l’existence comme un naufrage – une absence – le cœur délaissé ; une longue agonie jusqu’au dernier souffle…

 

*

 

Là-bas – au loin – au large – ce que le regard prend pour une immensité – le bord de quelque chose peut-être – comme des horizons juxtaposés…

Seul (bien sûr) à naviguer – sous quelques étoiles inconnues…

Compagnon des grands oiseaux migrateurs…

L’océan vallonné de la terre – où chaque colline – où chaque pierre – est un univers – une invitation – une possibilité…

A arpenter le monde comme un enfant sans mémoire…

De continent en continent – le visage vieillissant – jamais très loin de la débâcle…

Les paysages déserts et les grands espaces ; et quelques grilles encore – à l’intérieur – que la marche achèvera de desceller…

 

 

La flèche décochée sans effort – le silex que l’on frotte – le feutre qui glisse sur la page…

Ce que l’on retient – avec la blessure – la douleur – et le pardon, un jour – peut-être, avant la mort…

Comme captif(s) de la couleur originelle et du destin qui se dessine à la naissance…

 

 

Le monde étagé – gorgé de choses et d’idées…

Comme des milliers de cages aux barreaux serrés…

Des tours et des citadelles – des forêts de verre et d’acier…

Le sol et le ciel – (entièrement) bétonnés…

Et les âmes jetées en vrac – suppliantes…

Des vies et des visages – douloureux et incarcérés…

Et subsiste, pourtant, le souvenir – crucial et inattendu – de la lumière et de la liberté premières – qui nous hantent jusqu’à l’obsession…

 

 

Un savoir – peut-être – tiré du fond des âges – des origines – de l’être premier – unique – que le temps semble avoir déployé ; et toutes les têtes – et tous les livres – à sa suite…

 

 

Le ciel – le grand rêve des hommes qui prend, parfois, d’étranges tournures – de (très) curieux détours…

L’existence et le monde – à la manière d’une marelle ; et l’impatience des enfants qui se chamaillent pour lancer leur palet…

La douleur et l’espérance des Dieux – transposées ici-bas…

Et le jour – imperturbable – qui continue de se lever – comme un miracle ; une sorte de grâce dans cette épaisseur…

La basse besogne des âmes et des ombres – légèrement éclairée…

Et, à travers la vitre, l’enfance craintive et timorée qui se redresse (un peu)…

 

 

Du vent au bleu – en un clin d’œil…

Et le noir où sont englués tous les pieds…

L’âme prisonnière de la cité – au milieu des autres âmes…

Rien de cette entrave – parmi les arbres – nul empêchement…

La parole et le rire – le silence et l’immensité – comme réconciliés…

Un peu de lumière sur notre ardeur et nos tremblements ; une manière (naturelle) de retrouver des couleurs – de désenclaver ce qui était voué à l’étouffement…

La fin – peut-être – de tout sentiment d’étrangeté…

 

 

Dans un coin du monde – silencieux – comme retranché – à l’abri des bruits et du temps…

Des murmures – des pirouettes et des danses ; des gestes engagés ; notre sente quotidienne – sans peine – sans personne – sans tracas…

 

*

 

A quoi pourrait-on bien s’accrocher ; un peu de rien dans le vide – hors du monde et du temps (si l’on peut dire puisque eux aussi existent aussi peu que le reste)…

Seul(s) – comment pourrait-on y échapper ; et serait-il même souhaitable (et judicieux) d’envisager une autre compagnie – une autre perspective…

Blessé(s) – par jeu – comme pour de faux – à la manière des enfants intrépides et turbulents…

Et ce voyage – interminable – au rythme de la danse et de la pierre qui s’érode ; notre façon (si singulière) d’habiter la terre et l’instant…

 

 

Comme un cœur immense – et triste – collé aux grilles d’un grand jardin – la main tendue – de l’autre côté – aussi loin que possible – comme si nous voulions attraper un peu de vie – un peu de couleur et de joie…

De la désespérance et de l’impatience à voir nos empreintes dans la boue séchée – comme des bêtes affamées – que l’on priverait de foin – qui essaieraient – désespérément – d’arracher un peu d’herbe derrière la clôture…

Parqués – maltraités – réifiés – qui donc s’en souvient – qui donc s’en soucie – sur cette étroite bande de terre surpeuplée…

Un peu d’air – un peu de lumière – un temps de sommeil suffisant – et nous voilà satisfaits – (presque) heureux de notre sort – à besogner tous les jours sous le joug des puissants et des autorités…

Le funeste destin terrestre des invisibles et des (trop) soumis – ensemble – comme un cœur immense – et triste – qui n’a pas même conscience de son sacrifice…

 

 

Au cœur d’un écho sans résonance – une patrie étrangère – sans lumière – sans tendresse…

Un horizon aux dimensions ridicules…

Autour de soi – le désert et des mains menaçantes – et (presque) rien d’autre…

Nous – comme des ombres qui glissent sur le sable – qui tentent de s’enfuir – en vain…

Des pierres et du temps – ce qui ondule – sans élégance – à la surface…

Le silence – comme une présence de plus en plus nécessaire…

 

 

Allongé – les yeux grands ouverts – prêt à se laisser dépouiller par le monde et le langage – toutes les mœurs et tous les usages des hommes – pourvu que nous restions dans la proximité du mystère…

 

 

Tout se ressemble – dans la nuit ; la même figure épouvantable…

Une forme de démence qui survole ce qui s’échine à s’affranchir du monde – cette aire chaotique où le feu ronge, peu à peu, tous les espoirs – tous les allants – comme une terre maléfique – au grand regret des plus sensibles…

 

 

Cachées dans un coin de la tête – la joie et l’enfance – l’immensité recouverte de rêves…

La bouche active – bien davantage que l’oubli…

Un peu de soleil et des bribes de temps…

Ce que chacun connaît par cœur – ce que l’on façonne les yeux fermés…

Un autre monde au ciel moins noir…

 

*

 

Quelques poignées d’étoiles – en guise d’atlas – aux confins du monde…

Plus pierre qu’humain – plus vent que ventre – sans doute…

Un peu de ciel dans la bouche ; cette (fameuse) parole silencieuse…

Et dans ce désastre (quasi) permanent – dans cette sorte de longue dégringolade – la fenêtre qui s’ouvre – peu à peu…

L’âme (progressivement) plongée dans son or…

Les choses et la terre – sans hiérarchie – sans polarité…

Des fleurs vivantes à la main – et ce grand sourire – au-dedans – que nul ne peut voir…

 

 

Des prières aux quatre coins du cœur – comme si nous pouvions façonner le vide – déformer la matière – transformer le cours des choses…

Des bulles d’ivresse – un peu de sang – une volonté trop peu puissante…

 

 

De main en main – jusqu’à l’institution des lois pour contrôler les échanges – asseoir son autorité – organiser le monde et le soumettre à nos exigences…

L’origine de la révolte – ce qui, peu à peu, s’établit dans les cœurs – qui attendent patiemment que le souffle soit suffisant pour prendre les armes et marcher sans peur pour réprimer l’oppression et la tyrannie…

De l’ardeur – du courage ; et une certaine idée de la liberté…

 

 

Sur toutes les scènes du monde – cet allant naturel pour la conquête et l’appropriation des territoires – sans la moindre empathie ; l’inclination agonistique – sans jamais compter les morts – les corps mutilés – les âmes blessées – le sang qui coule encore…

Partout – des combattants – des océans rouges et des charniers ; au-dehors comme au-dedans – la tristesse et la désolation…

 

 

La nuit passagère – la figure éprouvée…

Le langage contraint par les possibilités de l’imaginaire…

Des yeux, peu à peu, capables de déjouer les leurres – l’illusion reine…

L’infini actif – sans la moindre interruption ; ce qui aide – sans aucun doute…

Une lumière (très) introspective…

Notre manière de concilier le désordre et l’immensité…

Notre main dans celle de Dieu – en quelque sorte ; ce qui dissipe tout effort – toute fatigue…

 

 

Le soleil ruisselant ; et nous – baignant dans l’or réservé aux Dieux – à contre-courant du monde – abrité derrière ses murs et ses fenêtres closes…

En un sens – le refus du destin que l’on nous impose ; comme un pied de nez à la raison commune…

Une forme d’impertinence et d’intrépidité…

Et le vide – parfaitement accessible derrière les images et les barreaux de la psyché ; la joie qui s’offre au cœur de l’inconnu – au cœur de l’incertitude…

 

 

Vers ce qui se dérobe comme d’autres se prêtent à l’agenouillement et à la contrition…

La fuite par les terres – le ciel – l’immersion en eaux troubles…

Un éloignement – un exil – un retrait – un repli – qu’importe ce que nous choisissons – il s’agit (toujours) d’échapper à la fatigue et à la corruption – à la contagiosité du monde dont la proximité amenuise le souffle – assèche la curiosité et le questionnement – affaiblit la nécessité du voyage – nous enroule – nous enrobe dans un confort lénifiant – dont nul ne sort (totalement) indemne…

 

*

 

Le corps caverneux de la parole…

Le temps permanent des oracles…

Quelque chose d’essentiel – peut-être – et capable de se déployer – qui sait…

Comme une danse solitaire jusqu’à la fin des jours…

L’immensité par-dessous et par-dessus la pesanteur – la couche épaisse de matière que pourrait fendre une pichenette vigoureuse…

Et ce ciel déchiré que l’on répare – que l’on rafistole – à coup d’agrafes et d’épingles tordues – comme si notre angoisse surgissait des hauteurs – comme si l’existence terrestre était vivable – comme si la compagnie des hommes nous laissait indifférent…

Et ce que l’on voudrait – à cet instant ; que nos lignes dessinent un arc-en-ciel jusqu’aux ultimes frontières du monde – jusqu’au dernier jour – et au-delà – pour enjamber la mort…

 

 

Trop de folie – dans ces têtes – sur cette terre…

Des gestes – des pierres – et cette inévitable (et précieuse) solitude…

Des bruits de pas – l’odeur de la mort qui flotte au-dessus des rives…

Nos yeux perdus – dans le vent – dans le noir…

L’absence et le souvenir – de plus en plus épais – qui alourdissent notre destin déjà si tragique – déjà si encombré…

L’espace au-dedans qui s’enflamme ; notre fureur – mille explosions – mille débordements – et le ruissellement sauvage – torrentiel – de la rage – sur tous les noms – sur toutes les têtes – sur les pierres – dans tous nos gestes ; notre solitude et notre folie…

Mais comment pourrait-on y échapper…

Un autre jour – demain – peut-être ; voilà notre seule espérance…

 

 

Parfois – un rire – décalé – comme un brusque (et réversible) retournement de conscience…

Quelque chose de vide et d’immense…

Comme un bruit de clé qui tombe – dans un gouffre vertigineux – à peine un sifflement – quelques cliquetis – un peu d’air froissé…

Et – au-dessus – la terre pleine de ronces qui condamne aux écorchures…

Et la lucidité des yeux – arrachés au sommeil – qui témoignent de l’expérience…

 

 

Une voix – au fond du corps – au cœur du temple – qui nous enjoint de poursuivre notre marche (coûte que coûte) – de ravaler nos plaintes – d’affûter (encore un peu) le regard…

A hauteur d’âme et de pierres – (très) largement enchevêtrées…

Dans la paume – un reliquat de parole ; le langage moribond – dont le silence précipite le délitement…

La fin de l’inécessaire – avec l’extinction (peut-être) de la distraction et de la pensée…

Mille ans à essayer de dire l’ineffable ; à s’éreinter pour quelques mots – à peine – entendables…

Englué dans l’écume – dans ce rapport trop distant avec l’essence qui nous empêche de participer honnêtement à la danse (imprévisible) du réel – de la vérité…

 

 

Éloigné des masses – défait (suffisamment) de l’épaisseur…

L’ardeur consacrée à la mobilité – à la disponibilité – à l’adaptabilité – afin de s’abandonner – sans résistance – sans regret – sans volonté – au cours (naturel) des choses…

Les lignes et le monde – tels qu’ils vont – qui disparaissent peu à peu – pour laisser la place libre – l’espace vacant…

 

*

 

Mémoire vive – vide – alerte – comme une pente abrupte – impossible à gravir – sur laquelle rien ne peut demeurer – pas même quelques graviers – pas même un peu de sable – et que le vent, sans cesse, déblaie si d’aventure quelque chose parvenait à s’accrocher…

Le cœur lisse – comme un masque – un miroir…

Des amitiés passées ; quelques-unes – belles – il est vrai…

Aujourd’hui – le face-à-face solitaire – avec ce que l’on est – avec ce que l’on porte ; l’essentiel – peut-être…

L’âme encore verte malgré les années et les cheveux grisonnants…

Table et horizon déserts – devant soi – les ustensiles nécessaires et quotidiens…

De plus en plus nu ; de plus en plus réel – en somme…

 

 

Sur la terre – un jardin ; le même seuil – la compagnie des arbres et des bêtes…

Les pierres comme socle du labeur ; le corps qui marche – la main qui écrit…

Le portrait de l’homme – peut-être – avec l’Absolu en filigrane ; quête et découverte, puis la longue et lente rencontre – l’apprivoisement mystérieux – l’intimité croissante avec l’être et les choses du monde…

La figure griffée par les circonstances ; ni fortune – ni infortune – ce qui se passe – ce qui a lieu…

Les yeux sombres – et, au-dedans, un étrange regard – comme un ciel nu – un sol noir ; et dans les profondeurs – un cri – une sorte d’ardeur inépuisable – avec un restant de colère peut-être ; des manières énergiques – et, parfois même, rageuses – comme une célérité naturelle – une manière – une volonté peut-être – de se débarrasser des choses…

La porte ouverte de l’âme et des grilles abandonnées que l’innocence a contournées pour échapper à l’emprise du temps…

 

 

Un regard – une voix – sans autre recours que ce qu’abritent le cœur et le ciel…

Et ce qui a lieu – le geste seul – sans la parole – sans la pensée…

L’attention ; l’essentiel comme concentré ; le contraire de l’éparpillement et de la distraction…

Toutes les parures – les manœuvres – les déguisements – abandonnés en chemin…

L’illusion et le mensonge – radicalement écartés…

L’être – plus que tout – quotidiennement ; l’exact prolongement de la solitude…

 

 

Le temps rétracté – la douceur du sable sous les pieds – l’or – la terre des chemins…

Le cœur qui bat – comme un feu permanent ; ce qui se meut – ce qui s’essouffle – ce qui meurt – sous la lumière…

Le sol qui s’affaisse – tout qui s’écroule (par cycle – régulièrement)…

Le monde et le temps – sens dessus dessous…

Ne subsistent que le vide et l’immensité – l’invisible et le pas intérieur – l’âme dénudée – et le corps dans son prolongement – la matière comme la parfaite continuité de l’ineffable – à la fois suite et origine (bien sûr)…

Hormis cela – rien – à l’exception, peut-être, des émotions fondamentales…

Le silence qui englobe – et pénètre – tout…

Nous-même(s) – comme un temple au-dessus de la peur…

La vie qui lacère et la mort qui susurre…

Nous – tout recourbé(s) – qui apprenons, peu à peu, à nous redresser – à être vivant – sans le moindre artifice…

 

*

 

Au-delà – de l’autre côté – à travers les airs – par la voie la plus directe – en volant sans doute – en volant peut-être – par-delà les murs et les falaises…

Comme un allègement et une densification – à l’intérieur…

Sans force – le ciel qui cède…

 

 

Le cœur jamais (vraiment) prisonnier des choses malgré ce que l’on peut ressentir et penser – malgré les raisonnements de la tête qui emberlificote (à peu près) tout…

Nulle borne – nul repère – en vérité…

Le jour qui s’avance et l’immobilité…

Au-delà encore…

 

 

Le silence et l’esprit qui jouent ensemble – le cœur à la traîne – comme s’il fallait creuser encore – fouiller plus profondément – découvrir ce que l’on ignore depuis toujours…

 

 

Des pages blanches – à la suite les unes des autres – un peu de lumière par-dessus – le seul éclairage – la seule écriture – ce qui s’imprime dans le plus parfait silence ; ce qui résiste aux failles du temps – aux trous dans la mémoire – ce qui demeure ; la seule réserve – le seul viatique – dont on dispose…

 

 

D’autres univers derrière ce qui a l’air d’exister – d’autres apparences – comme imbriquées…

Ce que l’on tente ; toujours – la même traversée…

L’échec – notre couleur et notre chance – le doigt qui pointe au-dedans du regard – la seule matière à approfondir – cette distance aux choses qui dissimule le lien ; la seule limite – le seul obstacle – en réalité…

 

 

Nomade aux courses agiles et solitaires…

Voyageur par nature ; et l’âme sédentaire…

Au milieu des arbres adossés au ciel – sans auxiliaire – sans prière – sans sorcellerie – auprès des bêtes qui vivent dans les buissons et les terriers…

Compagnon des uns et des autres – libre (autant qu’on peut l’être) – farouchement sauvage…

Une vie simple – entre cimes et silence – à la manière des oiseaux migrateurs – à la manière des quadrupèdes qui courent les bois pour échapper à la présence des hommes…

 

 

Le monde enfantin – enfanté – enfantant – né de la pierre et faisant naître sa continuité – sans pouvoir échapper aux antagonismes – aux querelles – aux rapprochements – jusqu’au retour vers l’origine cosmopolite et équivoque…

Des échanges – des crachats – des goutte-à-goutte – des substances qui se mêlent – qui se mélangent – des combinaisons qui s’inventent – des formes qui s’essayent à l’existence – au déploiement – au redressement…

Le mystère dans son exact prolongement…

De l’indigence – du miracle – de la vénération ; toutes ces esquisses de vérité…

 

 

Des cercles où les alliances et les choses s’édifient et se désagrègent…

Le souffle et le sang viciés des fausses métamorphoses…

Le cœur – en un éclair – comme foudroyé…

La volonté du jour – sans personne – sans confidence…

De la chair et un peu de lumière ; de quoi trouver une place – une place infime – au milieu des Autres ; de quoi célébrer le monde et s’exercer à quelques rites – de quoi réaliser quelques offrandes – pour attirer la bonne fortune – se construire un destin suffisamment digne aux yeux des hommes…

 

*

 

Le silence (assez) singulier – ce qu’inventent les mots et ce qu’ils répètent sans cesse – la beauté et la litanie – parfois proches – parfois superposées – parfois confondues – comme si l’invisible distribuait toutes les cartes – façonnait entièrement ce que nous croyons initier et bâtir…

Avec – au fond – peut-être – la seule chose qui compte (réellement) ; cette réserve d’Amour inépuisable…

 

 

La grâce – la joie – toujours involontaires – quelles que soient la nature des yeux – la couleur et la matière…

Le monde et les choses tissés avec la peau – la nôtre et celle de tous les Autres – comme les mailles de la même trame – au même titre que la noirceur et la désespérance…

 

 

En soi – devant les yeux – à nos côtés – on ne sait pas…

Sans doute pourrait-on dire – inventer quelque chose – donner quelques indications ou quelques repères…

Serait-ce donc là la limite ; l’impossibilité de l’exactitude et de l’exhaustivité…

Des bribes et des fragments – une seule chose à la fois – comme ce que nous percevons – comme ce que peut appréhender l’esprit ; comme si nous faisions partie d’un mur d’images animées – très haut et très long – avec des yeux cachés au fond d’une minuscule anfractuosité…

Peut-être faudrait-il escalader le mur – soi-même – grimper aussi haut que possible et regarder attentivement ; sans doute verrions-nous la même chose – les mêmes choses – d’une autre façon – complémentaire à celle dont nous voyons aujourd’hui ; et peut-être faudrait-il conserver les deux visions simultanément pour voir vraiment – pour que la perception – la compréhension – l’existence et le geste deviennent justes – naturels et spontanés – (absolument) inégalables…

 

 

La présence et la joie – ensemble – comme si le mystère avait (soudainement) livré tous ses secrets – comme si l’une et l’autre ne pouvaient apparaître séparément…

A foulées tranquilles – la marche – à présent – par nécessité et goût naturel…

Des cercles – des carrés ; et aux intersections – la solitude – belle – magnifique – souveraine ; les conditions propices à la découverte…

Nos peines passées parfois posées à l’ombre des feuillages – parfois enterrées au pied des grands arbres…

Des pierres – des fleurs – le ciel…

Réunis la beauté et le plissement des yeux rieurs – la possibilité (enfin) de sourire à la mort…

La tendresse cessant de se dilapider – trouvant un usage fort utile – approprié – comme le seul savoir nécessaire – à la manière d’un geste spontané – une chose déclenchée au-dedans du regard – que devront (sans doute) apprendre, un jour, tous les vivants…

Un arc-en-ciel qui relie les deux rives entre lesquelles nous nous exerçons – depuis trop longtemps – à un grand écart inconfortable – à seule fin d’échapper à la folie – aux ravages (dévastateurs) de l’incompréhension et de la tristesse…

 

 

Sur la pierre – trop de prières corrompues – de faucilles déguisées en cœur – l’innocence feinte – la parole maîtrisée – comme un perfide instrument de persuasion – le trop peu de foi des âmes – les bouches déformées – atrocement mensongères – comme si l’on pouvait trahir la beauté et la lumière – comme si l’on pouvait dégrader le silence et l’éternité – comme si l’Amour et l’intelligence pouvaient se transformer en bassesses et en sournoiseries…

 

*

 

Revivifié et immobile – la sensibilité – comme le regard – affûtée…

Le souffle – derrière soi…

Quelque chose de la possibilité ; l’origine de ce qui aura lieu – plus tard…

De plus en plus seul – bien sûr…

Au seuil de l’espace ouvert…

 

 

On ne sait rien – on avance – on se déploie – on se replie – on défie le temps – on surcharge et porte la mémoire…

On se tient debout – on fait face (autant que l’on peut)…

Et – de toute évidence – nous serons là jusqu’à nos dernières forces…

 

 

Ce qui a lieu supprime l’attente – porte le geste – donne sens au mouvement qui surgit…

Ni erreur – ni accident – jamais ; simples inventions de la psyché – de notre aveuglement – de notre incompréhension…

Ce qui doit avoir lieu – très précisément…

Ce qu’il faut affronter ; et toutes les conséquences – les unes après les autres…

 

 

Sans espoir et sans distraction – avec le repos et le sommeil nécessaires – on respire – on agit – les gestes surgissent – se posent – la respiration donne le rythme – la cadence…

Une chose à la fois ; avant, rien – après, rien…

Le geste pur – l’oubli du temps et de la quantité – cette qualité rare de présence – incomparable ; et, de temps à autre, par intermittence – une forme d’absence – le corps mécanique – intelligent (incroyablement intelligent) – sans faiblesse – sans défaillance – sans la tête – sans la psyché – sans (même) la conscience ; la matière brute en action – en actes spontanés et irréfléchis – comme livrée à elle-même ; et cette liberté qu’on lui offre…

Notre manière multiple d’être au monde – d’habiter pleinement – sans rien oublier – ce que nous sommes…

 

 

Le cœur calme – apaisé – dans cette réjouissance de l’ouverture – de l’envergure…

Tous les tourments et tous les chagrins – derrière soi…

Une foulée (enfin) équilibrée – harmonieuse – parfaitement proportionnée – comme la marche qui a cessé d’être excessive…

La clé de l’extinction du manque – du désir – de la quête…

A présent – seules – la nécessité – la joie – les circonstances – offrent à l’ardeur statique naturelle un allant supplémentaire pour réaliser le mouvement que réclame le monde…

A la merci de rien qui n’est (d’abord) consenti – avant même l’émergence de ce qui a lieu…

La volonté impersonnelle et le cours inflexible des choses…

 

 

La parole – comme le silence – ensemencée par le jour – enfientée et empuantie par le monde – les instincts des vivants – l’ambition des hommes…

Et à l’aube de l’oubli – les premières récompenses (si l’on peut dire)…

Ce qui exacerbe la défaite et le dessillement des yeux ; et ce qui balaye le reste…

 

 

Le bleu sous la chair à laquelle nous sommes (presque) tous assujettis…

L’infini au cœur de la matière…

L’existence et la mort – aux résidus insolubles – sans embellie possible – particulièrement neutres et provisoires ; comme des états passagers – des expériences indispensables à la compréhension – à l’émergence d’une présence de qualité – à la naissance d’une attention naturelle – d’une sensibilité suffisante – d’une posture et de gestes justes – parfaitement adaptés à ce qui se manifeste – comme la part intérieure complémentaire des événements qui semblent se dérouler à l’extérieur…

Notre nature (véritable) – en quelque sorte – qui remplace ce que nous croyons être – toutes ces images – tous ces fragments d’identité – que nous accolons à l’essence pour nous sentir vivants – pour nous sentir exister…

 

*

 

Inachevé – comme une évidence ; et rien à quoi se raccrocher…

Le long (et lent) processus de l’abandon…

Abandonner comme l’on nous a abandonné(s) – toutes choses – en toutes choses – sans souffrir la moindre exception…

Être – sans le moindre attribut ; parfois contempler – d’autres fois agir – comme la seule respiration possible…

L’espace et nos yeux ahuris ; l’impossibilité de comprendre – de définir – de témoigner…

Au-dehors – ça change – ça a l’air de changer ; et au-dedans – le regard qui, peu à peu, se transforme…

Qui est-on pour dire ce qui est – qui est-on pour dire ce qui pourrait être…

Rien – ni personne – pas même Dieu – pas le moindre étendard – à hisser au-dessus de soi…

Notre parfaite solitude – à moins que cela aussi soit une illusion – une manière de voir – une autre impossibilité de dire…

Le chantier du monde et l’immobilité – qui peut savoir…

Ce qui passe et l’apparente répétition des choses…

Un instant – une vie – des siècles – l’éternité…

Notre patience ; et notre (très surprenante) ténacité…

Mais avons-nous le choix – existe-t-il la moindre alternative ; comment pourrions-nous échapper à ce qui nous échoit…

Comme des pierres – ensemble – les unes sur les autres – qui glissent – qui tombent – qui s’escaladent et se grimpent dessus – qui s’effritent – qui s’émiettent – qui se délitent – qui disparaissent – et qui se reconstituent ; une montagne vivante peut-être – avec des miroirs et des ébats – des échanges – une organisation complexe (de plus en plus complexe) – à la manière d’un grand corps qui évolue – qui se perfectionne – qui vieillit peut-être ; et dans ce fatras naturel – nos (pitoyables) artifices – nos (pauvres) gesticulations…

Mon Dieu ! Quel mystère ! Quelle misère ! Tant de drames – de merveilles – de beauté – d’indigence – d’incompréhension…

 

 

Parmi les ronces – l’enfance la plus sauvage – libre – cachée – intrépide – protégée – au milieu des épines – lucide quant à sa liberté et à ses illusions – quant à la nature de ce monde…

Soumise autant au bleu qui chante qu’aux heures sombres du sang…

Amoureuse de ce qui l’enveloppe et de ce qui la pénètre…

Un sourire dans la main qui acquiesce et encourage…

La vie secrète des interstices ; des ombres et du silence – l’approfondissement de la solitude – l’exploration des profondeurs…

 

 

Le monde à bras-le-corps – sans ami – sans tristesse…

Loin de l’existence auréolée de tous ses mirages…

La matière et la force – brutes…

Le chemin du jour – la voix et l’instant – cette marche sans échappatoire – sans abri – sans retour possible – ce que dessinent la main et les pas – sans exigence – inintentionnellement – comme le soleil et la terre qui tournent – sans fierté – sans besoin d’encouragement – sans la nécessité d’un auditoire – (presque) en secret – comme pour soi-même – éloigné de tous les théâtres et de toutes les arènes – sans implorer quiconque – sans quémander la moindre chose – dans l’exact déroulement du cours des choses – à la fois fragile et provisoire – éternel et souverain…

Un peu de lumière et de souffrance – dans l’espace…

A la manière d’un royaume discret qui s’instaure – sans effort – sans insistance – sans livrer bataille – sans cœur et sans terre à conquérir – sans blesser le moindre visage – sans endommager la moindre chose ; présence intense et légère – qui relève de l’ordre légitime du monde – comme un engagement et une distance – dans le regard et le geste – vifs – naturels – spontanés…

 

*

 

L’espace – le rôle du monde et des vivants – ce que l’on exige les uns des autres…

L’évidence du sol et de la cécité…

L’élévation qui se cherche – puis, l’envergure – puis, parfois le poème et le silence…

Là où – peut-être – s’origine le langage – pour tenter de contrebalancer le poids de la terre – l’inertie de la matière…

Mille tentatives d’envol – de verticalité – pour échapper aux restrictions – aux limitations – à l’étouffement – à l’indigence de toutes les formes d’horizontalité – orphelines…

Rien – jamais – de l’achèvement – de l’aboutissement…

Tout – à chaque instant – qui reste à faire – à refaire – inlassablement – éternellement sans doute ; comme notre labeur – notre condition – notre nature – ce que chacun éprouve – exerce – réalise (non sans défaillance mais sans jamais faillir)…

 

 

Le jour désigné comme le seul ambassadeur ; son silence – sa beauté – sa lumière ; cette couleur profonde – puissante – vivante…

L’éternité que rien ne peut user…

L’immensité que rien ne peut entamer…

Cette force immobile – source de tous les élans et de toutes les sagesses…

Notre seul bagage – qui jamais n’encombre…

 

 

On existe – hors du monde – à l’écart de l’épuisement collectif – de cette folie – bruyante – gesticulante – meurtrière…

Sans effort – en dehors de l’épaisseur…

Comme un retrait au-dedans du regard…

Un repli de l’âme et le corps présent…

Sans jamais finir…

Sans jamais choisir – entre le sable et le pas – entre la boîte et le ciel…

On s’élance – on s’engage – on se laisse porter – sans rien retenir…

 

 

L’abondance – la beauté – partageables – entre nos couteaux et nos tenailles – arrachées par les bouches et les mains – selon les appétits et la nature de la faim…

Les yeux implorants – les mains tendues – les faces grimaçantes – hideuses – déformées par la convoitise et l’avidité…

La méfiance et la couardise des âmes exilées de la lumière (de toute forme de lumière) – plongées, malgré elles, dans la noirceur et l’obscurité – les profondeurs abyssales de l’espace – cette nuit dense – épaisse et, pourtant, franchissable…

 

 

La fièvre des bas-fonds – la faiblesse des axes et des perspectives – au cœur de la matière…

La misère de la profusion et des excès…

L’empire des sables – de l’illusion – de l’âpreté…

Rien de la tendresse – ni de l’enfance…

L’existence – réduite à un prosaïsme sans consistance – sans vérité – à une distraction perpétuelle…

Le dérisoire et le néant portés aux nues…

Les hommes et les bêtes ; le monde entier organisé en clans – en meutes – féroces – comme une proie livrée en pâture à des hordes de hyènes affamées…

La terre dont la vieille peau tarde à tomber – rétive, peut-être, à faire sa mue – terrifiée, sans doute, à l’idée de devoir abandonner la grossièreté de la chair et des instincts…

 

 

Mot après mot – comme si le questionnement n’avait de fin – comme si, sans cesse, la réponse devait se réinventer…

A chaque instant – la parole qui interroge – qui réplique – qui atteste – qui certifie ; à deux doigts, peut-être, de la vérité…

 

*

 

Immobile – l’âme inquiète – les mains qui s’agitent – les bras qui font de grands moulinets dans l’air – comme pris au piège dans ce qui est en train de finir…

Le monde échoué – à nos pieds – dans une sorte de marécage – des sables mouvants…

Le temps continuel et l’enfoncement…

De temps en temps – des efforts pour s’extirper – en vain…

Le temps qui passe ; et le cœur et le corps qui s’épaississent – qui s’alourdissent ; l’âme qui perd l’ardeur et le courage ; tout qui, peu à peu, se dégrade ; ce qui (nous) invite (très naturellement) à attendre la chute et le pourrissement…

Bientôt – on deviendra – on redeviendra – la terre ; on retrouvera l’indistinction…

 

 

Le souffle – le ciel qui se transforme…

Nous sommes là – vivant(s) ; et jamais nous ne résolvons la moindre chose – la moindre énigme…

L’incertitude, un jour, finira par nous déraciner…

En attendant – le temps fait son œuvre ; peu à peu – il nous liquéfie – nous aide à retrouver une forme de fluidité nécessaire pour s’adapter aux circonstances – nous déployer ou nous recroqueviller lorsque les situations l’exigent – nous laisser porter par les courants et emporter vers le large – vers l’immensité qui nous attend – et qui, sans le moindre doute, nous recevra…

 

 

Une lumière sur l’étendue et nos années de fatigue…

Une forme d’éclairage et d’éloignement…

Ce qui dure (indéfiniment) après la mort…

Ce qui revient avec l’éclosion suivante – la forme que prendront les jours et la matière…

Le monde – la foule – en nous – bruyante – silencieuse…

Comme un refuge contre l’effervescence et le bruit ; comme un espace au cœur du chaos…

Ce pour quoi nous sommes là – ce pour quoi tout – toujours – revient – se répète – continue…

 

 

La joie immobile des profondeurs – la fièvre des abysses – une forme de clarté sans affaiblissement…

Du vide et de l’allégresse…

Les pieds qui dansent sur la nuit en flammes…

Un jour – sans raison – le sable et la mort…

Une seule saison – monotone et hivernale…

Et ces yeux – à la fenêtre – attentifs au moindre signe – au moindre changement – consciencieux dans leur lecture du monde ; le ciel – la terre – les hommes – les arbres – les oiseaux ; le langage explicite de la matière et les chuchotements (presque imperceptibles) de l’invisible…

Rien d’emprunté à personne ; l’incertitude qui s’écrit seule – sans scribe – sans auxiliaire – sans même la nécessité du monde…

 

 

L’Amour et le jour – parfaitement parallèles – comme un jeu – sur un bout de terre reculé…

Le corps et l’âme – affranchis de leur fardeau respectif (parfois accolés – parfois entremêlés – parfois superposés) – comme l’oiseau dans le ciel – le sol utile aux bêtes et aux hommes ; le monde offert comme un fruit généreux…

Les mains besogneuses – occupées à leur tâche…

Un peu de savoir – un semblant d’amitié…

Les traits indifférents qui s’assombrissent jusqu’au dernier instant…

Les yeux faussement scellés par la mort – l’envol du souffle vers l’immensité – plus ici et pas encore ailleurs – en devenir – en attente d’une forme…

Et mille portes basses à franchir pour exercer l’humilité…

L’effacement – l’essence même de notre nature ; et des intervalles d’éclosion pour célébrer le monde et apprendre à ne plus être dupe de ses chimères – de ses illusions…

 

*

 

Ici-bas – comme si la vie pliait sous sa propre charge et se revivifiait à sa propre source…

Nous tous – déguisés en enfants turbulents – entre obéissance et exploration – traditions et tentatives nouvelles…

Ce qui monte en nous comme sur la terre…

Et cette lumière qui jaillit parfois au-delà de l’éloignement et de la fatigue…

Pas une récompense – la continuité de cette existence ; le silence – à travers nous – dans son parfait déploiement…

 

 

Une parole pour annihiler la durée…

Pas une croyance – un fait que réalise le geste – la répétition des mots – à chaque instant…

 

 

Au bout de soi – au bout du monde – soi et le monde – encore – de plus en plus proches – de plus en plus confondus – presque indistincts – comme une sorte d’épuisement de l’un et de l’autre – de l’un dans l’autre – profondément – très secrètement – intriqués…

Rien de la consistance – partout portée aux nues – glorifiée comme un mythe ; le provisoire – le dérisoire – le merveilleux – cet étonnement – cette incapacité à comprendre – à entrevoir – à cerner – et ce rire qui accompagne notre existence – nos gestes – les choses et les circonstances – toutes les minuscules affaires du monde ; le signe, sans doute – quelque part, d’une forme de compréhension et d’une intimité (relative – peut-être) avec Dieu – soi – le réel – cette sorte d’objet informel – d’apparence trinitaire – improbable – très largement invisible – totalement ineffable – que nous sommes – profondément – ontologiquement ; et que nous ignorons – et que nous écartons – pendant l’essentiel de notre existence – pendant des années – des siècles – des millénaires – et, sans doute même, pendant une très large part de l’éternité – et dont nous essayons de nous souvenir – et que nous essayons de retrouver – l’autre partie du temps ; comme un jeu inévitable – un jeu sans fin – sans (réelle) finalité – sans explication – gratuit – spontané – un jeu pour (presque) rien…

 

 

Sur les hauteurs de cette existence fragile – menacée…

Au-dessus du précipice – nos cœurs incurvés – dociles – fidèles au dédale…

La plupart d’entre nous – la peau arrachée et la chair blessée…

Comme un bout du chaos initial dans le sang qui circule dans toutes les veines du monde…

 

 

Le monde – comme un ogre martyrisé et martyrisant…

Et des larmes (seulement) pour résister à la nuit et à l’absence…

Des existences de sable et de vent – des édifices illusoires à construire – des territoires illusoires à défendre (ou à conquérir)…

La mort – partout – souveraine – maîtresse de tous les jeux…

Et nous – toujours – qui que nous soyons – finissant sous les pieds ou dans la bouche d’un Autre – plus grand – plus féroce – plus rusé…

 

 

A peine une fenêtre – pour les yeux curieux – un minuscule espace pour l’âme pleine d’ardeur…

Le cœur aventurier – rongeant son frein – entre ses quatre murs…

Et cette soif ! Et cette faim !

Et l’immensité – en soi – à creuser pour faire entrer un peu de lumière…

Dieu – le ciel – apparaissant aussi démunis – aussi impuissants – que la terre – que nous autres qui nous agitons ; plus enclins, bien sûr, à l’acquiescement – au grand silence approbateur ; pourvus de plus de sagesse et de patience que nous tous qui gesticulons (inutilement – frénétiquement) dans l’ignorance…

La même pauvreté – apparente – mais une perspective sous-jacente très différente (presque opposée) ; alors qu’elle est parfaitement consentie chez les premiers (signe de la plus haute compréhension et de la plus haute liberté), elle semble inacceptable chez les seconds (preuve, s’il en est, d’une forme d’insuffisance et d’infirmité)…

 

 

Suspendre – comme une halte nécessaire dans la perpétuité du temps…

Un peu de hauteur – un espace au-dessus de l’étouffement…

Une manière d’échapper à la contraction – à la crispation du monde sur ses certitudes…

La fin du casse-tête – de tous les casse-têtes – en quelque sorte…

Un pas – le premier – vers l’ascension et l’envol ; les balbutiements d’une verticalité…

 

 

Joie discrète et silencieuse – éminemment solitaire…

L’œuvre de la lumière sur les jours…

L’espace intérieur – comme un lieu possible dans l’immensité…

La preuve – peut-être – que nous existons ; et le lien avec ce qui semble se dérouler à l’extérieur…

 

 

Une ouverture – au-dedans…

Du vent et de la clarté…

Déblayer pour mieux voir – donner aux yeux une chance – une possibilité de devenir regard…

Une perspective vers le vrai – l’intense – la beauté – au cœur du quotidien – dans nos gestes les plus ordinaires…

Ainsi – sans doute – l’essentiel peut-il s’atteindre…

 

 

Le vague – comme une éclaircie…

La confusion – comme une trouée…

Le démantèlement des couches et de l’épaisseur…

La perte – l’abandon – la solitude ; comme des offrandes – le déblaiement et le vide pour qu’advienne le renversement du rêve et de l’esprit ; la transformation du sommeil et des (fausses) certitudes en lumière et en évidence…

L’inexplicable – à portée de regard…

 

 

Le ciel accessible par les yeux transpercés…

La lune et les étoiles arrachées par les ambitions assassines…

L’œuvre ininterrompue de Dieu et du monde…

Notre sommeil et notre manière de vivre…

 

 

En soi – le murmure – qui évoque la fin – la mort – la débâcle sans issue – notre incapacité à nous hisser jusqu’aux cimes – à nous fier à la sagesse antique ; notre pente, sans cesse, changeante (et surprenante) – entre tourments et découvertes…

Et l’abandon progressif – sous le joug (de plus en plus évident) de l’invisible – ce mystère ; l’unique souverain – bien sûr…

 

 

Carré de joie et de verdure…

L’âme légère – sous le vent qui souffle – au-dessus du monde (presque) grabataire…

Moins de lampes – de halte – de torpeur…

Sur cet étrange chemin discontinu…

Et de la tendresse – proportionnelle (bien sûr) à la gravité de la chute…

Ce à quoi l’on a toujours – pleinement et secrètement – consenti…

 

 

Le parfait face à face ; Dieu et la solitude en miroir – se dévisageant – se rapprochant – se familiarisant, peu à peu, l’un avec l’autre ; deux parts complémentaires, en vérité, pour que l’expérience terrestre et l’expérience divine deviennent réelles – vivantes – et la douleur – et la douceur – et les caresses – et la peine – quotidiennement ressenties…

Nous en lui ; et lui en nous – sans effort – sans prière – sans croyance ; l’évidence d’une réalité – à travers notre joie – nos gestes – nos tremblements – notre existence ; ce que l’on vit dans l’absence comme dans la proximité des Autres…

 

*

 

L’usure du monde – des choses – de l’esprit…

Comme une grande indifférence ; ici ou là – seul ou en présence des Autres (de quelques Autres) – comme ceci ou comme cela – de cette manière ou autrement – au fond – quelle importance…

La moitié de l’apprentissage – (très) aisée avec le temps ; et l’autre moitié moins courante – plus ardue et plus rare (beaucoup plus rare) ; la joie vivante – à l’intérieur – l’invisible – la seule perspective complète…

Pas la stricte désillusion – cette sorte de résignation triste – de désabusement morose – (très) commun – (très) ordinaire – que l’on voit chez ceux qui vieillissent – chez ceux qui « ont l’expérience du monde » ; une autre manière de voir – de vivre ; un merveilleux détachement – neutre et impartial – joyeux – intense – lumineux – sans aigreur – sans fatalisme – sans renonciation – sans besoin de savoir – sans besoin de repère – sans besoin de certitude – sans désir – sans volonté – sans peur – ni angoisse – sans préférence – ni hiérarchie ; le regard (réellement) neuf ; et l’instant qui se vit (pleinement) – l’instant vécu avec la plus grande innocence – avec la plus grande virginité ; et recommençant l’instant suivant – éternellement – peut-être…

L’expérience neuve du réel sans l’encombrement de l’individualité et du lourd attirail qu’elle nécessite – cette inévitable et imposante machinerie – que nous trimballons partout (et depuis si longtemps) – que nous avons adoptée à cause de la nature même de la psyché qui nous gouverne – et que nous avons façonnée (et perfectionnée) par crainte – par paresse et facilité – pour tenter de donner au monde et à l’existence un peu de consistance – un semblant de vérité – une manière (naturelle et très triviale) de nous rassurer – et qui a créé des filtres – des grilles de lecture – des différences – des catégories – des idées – des commentaires – le temps – mille écrans et mille illusions – et, en particulier, le sentiment d’exister de façon individuelle – et qui nous a, peu à peu, coupé(s) du reste du monde – de la globalité de l’Existant – de l’innocence originelle du regard et de toute forme de spontanéité ; bref, qui nous a éloigné(s) du réel – mais aussi de toute possibilité de compréhension et de toute possibilité de vivre de manière juste – pleine et harmonieuse – naturellement accordé(s) au cours des choses…

 

 

Le bleu – à présent – au fond de l’âme ; et ce qui vient – et ce qui va – au rythme ressenti – qu’importe la couleur du ciel et du chemin…

Vide(s) et seul(s) – sans rien imposer…

Tous les possibles – dans le désordre – et la certitude du changement et du provisoire…

Qu’importe ce que nous vivons…

Nous sommes – sans rien dire – sans témoin – sans rien devant nous – sans rien en réserve – entièrement offert(s) à ce qui arrive…

 

 

L’Amour en face – sans parole – dévisageant notre méfiance…

Les profondeurs tremblantes – depuis trop longtemps abandonnées…

Et l’enfance qui y réside en secret – qui, peu à peu, se dévoile…

Et le langage du sol et du sang – rétif (sans doute) à l’idée d’être délogé – et remplacé par le silence…

 

 

Ici – sans meurtrissure ; l’âme frémissante sous la lumière nouvelle…

Le repli de toutes les résistances ; les compensations de moins en moins nécessaires…

Le recommencement du jour – le bleu du ciel dessiné par nos mains habiles…

Nous – emporté(s) – comme ce qui jaillit – vers des lieux sans équivoque…

 

 

Le visage partagé entre les nécessités du masque et l’appel de la nudité ; comme le cœur – indécis – comme le ciel recouvert d’artefacts…

Des signes et des symboles dans la psyché engourdie – incapable d’interprétations lumineuses – laborieuse – condamnée à creuser le sillon où le monde l’a placée – comme un miroir – un mensonge – une longue (et inévitable) déroute…

Le même sable où l’on s’enfonce ; la tombe où nous serons enterrés avec tous les Autres…

Et devant cette farce – cette ironique tragédie – pas le moindre sourire – un rictus affreux et ridicule – comme un effroi figé sur le visage…

 

 

A marche forcée – vers cette terre sans promesse – sans mémoire…

Le pas de la soif qui glisse sur la pierre – qui s’enfonce dans le sol meuble…

Notre ascension (douloureuse) des rochers – juste avant que ne surgisse le vide ; au fil des pas – un surcroît de joie (véritable) au détriment du sommeil – au détriment des yeux fermés…

 

*

 

Le jour – allant – sans jamais faiblir…

Au bord d’un rêve – peut-être…

Avec des lumières – au loin…

Le monde usant, peu à peu, toute espérance…

Ce qui reste ; du désordre et de la confusion ; ce que le vide finit par grignoter – jour après jour…

Et la vérité conquérante qui – bientôt – viendra danser sur notre désarroi – sur notre nudité…

 

 

La lourdeur du monde – de l’angoisse – de toutes les peines qui s’ajoutent les unes aux autres…

Cela d’un côté ; et de l’autre – l’inconsistance – l’oubli et la joie – fragiles – et le regard qui, pour faire vivre cette perspective, doit, sans cesse, se réinitier…

 

 

Présent – dans cette faille – comme si l’on s’entêtait dans l’habitude – les yeux fermés – le front brûlant…

Debout – encore débout – malgré le manque de souffle et l’épuisement…

Sur le point de tomber – de sombrer plus bas encore…

Dans la parole et le pas – toute l’énergie condensée…

L’effacement – le seul geste à apprendre – la seule chose à faire – en ce monde – en cette existence voué(e) au deuil et à la disparition…

 

 

Des mots en vrac – dans le fouillis des phrases…

Quelques livres aux marges blanches…

Une œuvre sans importance…

Le plus simple – en soi – naissant ; l’essentiel – sans doute…

Au plus près de ce qui apparaît – à l’intérieur…

Quelque chose qui frappe – comme un coup de vent – parfois, comme un coup de poing…

Quelque chose qui passe – comme au-dehors ; à mesure que le temps nous défait – nous dissout – nous égare ; l’esprit déjà ailleurs – depuis (bien) longtemps…

 

 

Parmi les choses – la terre remuée – fouillée…

Le souffle chaud des bêtes dans l’air matinal – cette discrète (et pacifique) façon de tenir tête aux hommes – de résister à leur tyrannie…

Des traces infimes – particulières ; toutes les existences que le monde corrompt…

Des âmes vides sur des rochers – presque toujours vacillantes…

 

 

Le rire des hommes en voyant leurs mains rouges – les corps sans vie entassés – comme une fête terrible et diabolique ; l’ardeur besogneuse – l’entrain des ensommeillés…

Et nos yeux tristes – et notre cœur en colère – et notre âme qui s’essaye à la neutralité et au surplomb – témoins de cette barbarie…

 

 

Discret – comme la fleur sauvage que nul ne voit – que nul ne prend la peine de regarder – que l’on piétine ou que l’on arrache sans y prendre garde – comme si elle n’existait pas…

Et toutes ces bêtes – et toutes ces têtes – qui passent – l’âme absente…

Un monde rempli et dépeuplé…

Des mots – des lignes – des pages – une parole pour le vent – le seul habitant de ces rives désertes et poussiéreuses…

Le temps d’un sourire ; et tout aura déjà disparu – envolé – volatilisé…

Pas même le temps d’une saison – comme la fleur sauvage qui n’existe pour personne…

 

 

Prisonnier(s) de la nuit – de la lumière…

Au centre de la cage aux barreaux si serrés ; entre la mort et les chimères – notre détention…

Et l’autre versant de l’esprit – désert et vierge – qui nous appelle ; un par un – sur ces sentes difficiles où nul ne se rend de son propre gré…

 

*

 

La lumière à mesure que la confusion et l’indistinction progressent…

Qu’importe la couleur de l’âme – la couleur du monde – qu’importe la pierre où les pieds se posent – les lieux où l’on aimerait demeurer…

Tout nous investit à mesure que l’on se désengage…

De la transparence dans nos gestes pleins – habités…

Des bouts de soi – sur tous les fils que l’on tire…

Les frontières qui disparaissent ; et le rire qui se fait plus ardent…

Comme une longue glissade sur le sable – en silence…

 

 

A force d’épuisement et de lassitude – la gorge serrée – la main et le pas – si difficiles à suivre…

La marche et la parole – déformées à force de volonté…

La pierre extrêmement friable sur laquelle reposent les jours…

 

 

Une lente dérive – quelques arrangements temporaires…

Et la lumière – encore – toujours présente…

L’espace nu et indemne ; l’immensité que la parole et la pensée ne peuvent circonscrire…

La transformation de l’épaisseur ; les prémices de la transparence…

Les yeux dehors – à l’intérieur…

Comme si la conscience parachevait la confusion du monde – des esprits ; et les âmes si heureuses – si involontairement acquiesçantes…

 

 

Et ce bleu – et ce vert – et ce vent – à la place du sang…

Un autre oxygène – une autre respiration – à hauteur de cimes – aux allures d’envol – à l’envergure incomparable – au-delà des terres communes – aux confins d’un espace auquel on accède trop rarement…

 

 

La conformité des paroles et des usages…

Des images – des éclipses – de l’absence (beaucoup d’absence)…

Quelque chose de massif et d’assidu…

Des mots et des gestes que l’on répète – que l’on voit partout – que l’on a appris dès l’enfance…

La réitération mécanique de la crainte – de la lutte – des territoires à défendre et à conquérir…

Nul – jamais – qui s’interroge ; nulle chose – jamais – interrogée…

Des objets et des visages ; et la fin du monde après nous…

 

 

Congédié par tous – exilé de toutes parts – exclu de tous les jeux – de tous les pièges (et de toutes les balivernes – aussi – bien sûr)…

A la merci de ce qui s’approche – de ce qui surgit ; et toutes nos ressources – notre seule richesse – à l’intérieur – offertes elles aussi…

 

 

Rien que l’exigence des pierres…

Notre vie au-delà de la vue et de la prétention…

Derrière la crainte – derrière la neige – derrière la mort – ce qui se présente – et non ce que nous imaginons…

Hors du monde – des ombres et des visages…

De l’autre côté – sur le versant opposé à cette terre où ne fleurit, au milieu des amours perfides et criardes, que l’indigence – l’infamie – la décadence…

En ce lieu – au-dedans – où règnent l’infini – le silence – l’éternité ; la vie pure – affranchi(e) de la crasse dont on a coutume de l’enrober…

A l’origine – là où s’initient tous les commencements ; au cœur de la matrice qui fait naître tous les élans que nous devons accompagner jusqu’à leur terme aussitôt que nous quittons le centre…

 

*

 

On s’efface ; et, avec nous, le temps…

Exit donc la vitesse et la durée…

Du fond des âges – ce cri – enfin libéré…

A la fenêtre – personne – l’éternité…

 

 

Le visage de l’âme – du monde – que dessine la danse entre l’encre et la main ; la nuit et le jour dans la paume – tantôt noire – tantôt bleue…

Et la page – comme une peau sensible – une peau fraîchement tatouée ; la joie nécessaire et quelques malheurs – à peine de quoi faire un peu de littérature…

 

 

La nuit enterrée – le trou obstrué…

Et le vent – et le sable – et l’envol des âmes au-dessus des dépouilles délaissées…

Le jour à l’envers – le ciel vide – les tombes vides – la terre froide…

Les vivants sans tristesse – sans mémoire ; le défilé des figures terreuses et fatiguées…

Et au-dessus de la longue procession – une odeur de vie passée – de vie déjà vécue ; la mort qui rôde au-dessus de ceux qui respirent (encore un peu)…

Des hauteurs jusqu’à l’agonie – jusqu’au fond de la terre ; et, trop souvent, la remontée impossible – comme un manque (patent) de souffle et de verticalité…

 

 

Des traces – au seuil – moins que l’absence ; rien – peut-être…

Et nos forces qui s’amenuisent – qui, peu à peu, nous abandonnent…

La cécité qui s’aggrave – qui transforme tous nos gestes en risque avéré…

Partout – le déploiement du deuil ; le règne éternel de l’indigence – de la pauvreté…

Jusqu’à la fin – et au-delà – nous tournerons autour de nous-même(s) – en déséquilibre ; le dehors tout boursouflé à force de coups et d’orgueil ; et à l’intérieur – comme une infirmité récurrente – un déficit permanent – sans doute – la pire des malédictions…

 

 

Le vent – dans les veines – les nuages – circulant au milieu du ciel – du sang – dans la chaleur moite du corps – sous la chaleur accablante du soleil…

Des choses éparses – les unes parmi les autres – comme les visages et les noms – rassemblé(e)s parfois en totem – à la manière d’une prière pour conjurer la douleur – la somme des pertes non consenties…

Les premiers pas – le prolongement de la confiance ; et l’accolade de l’incompréhension – comme un clin d’œil – un encouragement à continuer – à enfoncer l’esprit (plus avant) dans la confusion…

En un éclair ; ne plus être – disparaître – devenir le lieu même de la perspective…

 

 

L’allégresse et le labyrinthe – étrangement entremêlés…

Et, parfois, ces heures malencontreuses tournées vers le passé…

Ici – le jour ; là-bas – la nuit – comme s’il y avait quelqu’un pour trancher – comme s’il était possible de séparer ce qui commence de ce qui finit…

 

 

Au fil des tempêtes – des embellies…

Une clameur – au loin – venue des profondeurs – des entrailles de l’âme – peut-être…

Le renouvellement de toutes les réciprocités…

La vérité et le désespoir – dans la même danse – le même baiser…

 

 

A l’intérieur – ce qu’a toujours offert le monde ; et plus haut – l’impossible qui, peu à peu, se matérialise…

Le précieux labeur des vagabonds qui sèment partout la beauté et la confusion pour initier les hommes aux visages de l’au-delà – à l’invisible sans hasard qui organise les destins…

 

*

 

On est là – face à soi – libre ; porté par les courants naturels – au seuil d’un espace inconnu – on ignore où exactement ; comme un engloutissement – une évaporation – un délitement – comment dire ; la consistance qui se défait – qui se désagrège – l’enveloppe et les frontières devenues soudain inutiles…

Soi et le monde – indistincts ; une sorte de continuité…

De l’intérieur – une ouverture ; un prolongement – sans assurance…

Une fragilité ; une zone où l’on s’enfonce – qui se déploie…

La matière parfaitement perméable et vivante – au relief accidenté – avec des plis – des pics – des failles…

Le corps du monde – mu par le besoin et la nécessité du mouvement…

De la roche et de la boue qui bouge – quelque part ; comme des éclats – du magma – de la lave ; ça crépite – ça jaillit – ça coule – ça éclabousse – ça s’établit (très) provisoirement…

Nous sommes cela – qui se construit – qui s’effondre – qui se transforme – qui disparaît ; ces choses – cette chose – qui, sans cesse, se réinventent…

 

 

A travers nous – les murs et la lumière – le labyrinthe et le ciel en (permanent) dialogue…

Les yeux qui voient – les yeux fermés…

Le regard – les caresses et les carcasses…

Ce qui veille sous le sommeil…

Et notre parole – comme un jaillissement – une infime coulure – quelques traits dérisoires sur le sable noir…

Et les jours comme de l’eau – des vagues qui s’étalent – qui nettoient et s’en retournent – pour que rien – jamais – ne dure ; pour que tout – toujours – recommence…

La danse – les larmes et le rire ; presque rien – à peine quelques traces de nos existences (de toutes nos existences) si pitoyables – si merveilleuses…

 

 

A demi-mot – seulement ; et la tête baissée…

Le temps inerte – figé – du naufrage commun…

Le cœur triste et miraculé – que l’on a pris en otage – et condamné au piquet – puis, à la potence…

Et ce besoin incessant de poésie – comme un appel – un sursaut – une possibilité de survie ; quelque chose au-dessus de l’abandon…

 

 

Le cercle diagonalisé et les pieds ancrés au sol…

Entre chaque souffle – nous autres les vivants – nous autres les mortels – furieusement enchaînés à la surface…

Et parfois – dos au mur ; à la merci de tous les possibles – fort heureusement…

 

 

Des couches de tristesse et de joie – superposées – accumulées, à notre insu, comme la somme (intérieure) des expériences…

Un amas très fâcheux – en vérité – qu’il serait sage d’oublier…

 

 

Ce bleu – immuable – sans impatience – dressé au loin – comme un décor – une image – un totem devant lequel certains s’agenouillent et d’autres vacillent…

La main appliquée – comme les mots et la langue qui s’obstinent sur ces pages…

Un geste insolite et, peut-être, désespéré ; une manière d’éloigner le monde – de goûter la vie avec mille précautions et de repousser (illusoirement) la mort…

Le signe d’une délicatesse et d’une frilosité – peu appropriées ; la preuve patente d’une infirmité qui nous éloigne du réel – et nous prive de toutes ses saveurs – de toutes ses aspérités…

 

*

 

Rien ne tient (bien sûr) ; tout s’effrite…

Le monde ; de la poussière – un peu d’épaisseur…

Le savoir ; un piège – une farce – ce qui éloigne (inéluctablement)…

Les créatures – un peu d’eau – un peu d’air – un peu de terre – un peu de feu – provisoirement (très provisoirement) mélangés – de la matière qui s’agite – qui tourbillonne – qui s’effiloche – qui se désagrège – qui disparaît…

Le temps – figé ou déjà en ruines…

Et ce qu’il reste ; presque rien ; une présence – un regard – un geste – au moins comme possibilité ; l’essentiel peut-être – et qui s’évanouit déjà…

L’incomparable beauté de l’existence – sa fugacité – sa fragilité – son inconsistance…

L’instant – sans mémoire ; l’expérience directe et simultanée de l’être – du monde – des choses…

 

 

Le plus nu – à la manière d’une joie – emporté(s) comme le dehors – sans comprendre…

Mélangé(s) au fatras – au magma – à l’indistinct…

Vivre – sans jamais s’extraire ; se fondre toujours davantage…

 

 

Le monde comme un soleil rouge – des pages que l’on tourne – le vent peut-être – le vent encore – toujours lui – porteur de tous les possibles…

Ici – en même temps que le reste – ingénieusement assemblé(s)…

Sous le ciel et ses longues traînées blanches – ce que nous sommes et notre image – le reflet de personne…

La vie qui passe – simplement…

 

 

Un bain de chances et de possibles où l’on ne rencontre (bien sûr) que la perte et la mort – ce qu’il nous faut vivre pour inverser le regard – transformer la perspective (si d’aventure cela s’avérait nécessaire)…

Sortir de la tiédeur – sans retenue ; retrouver ce qui, en nous, respire de manière naturelle et spontanée ; le plus sensible – le plus vivant – cette étendue oubliée depuis trop longtemps…

Ce qu’il nous faut rejoindre et redécouvrir pour vivre (pour apprendre à vivre) au-delà de notre humanité…

 

 

Obstinément – vers ce bleu entrevu…

Sans aptitude particulière – le front (seulement) fidèle aux vents qui tournent – aux nécessités nouvelles – à cet axe très ancien qui nous enjoint de poursuivre le voyage jusqu’à la fin de l’expérience…

 

 

La tête baissée – le long du mur – désespérément…

La flamme de l’insuffisance – dans le regard – terrible – éclatante…

L’âme acharnée – si peu audacieuse – dans son itinéraire et ses initiatives…

La terre parcourue – le monde fouillé – de fond en comble – systématiquement…

Les mains vides et les yeux tristes…

L’affliction durable des hommes – dans la proximité incessante d’un Dieu patient qui échappe au temps et aux vicissitudes du monde…

 

 

Habile – sans crainte – face au monde…

L’âme bercée par le jour – au milieu des choses…

Des pensées – dans le même circuit – désactivé(es) – hors tension…

Le sommeil de plus en plus favorable…

Dans notre chair – ces âpres combats – aussi virulents qu’autrefois – mais acceptés – à présent…

Le ciel au-dessus de nos amours hirsutes – infirmes – embarrassantes…

Et ce qui veille au cœur de l’attente…

Ni espérance – ni paresse ; l’essentiel – sans doute…

Le regard qui – l’air de rien – jauge notre aptitude – nos gestes – notre maturité – pour savoir s’il peut, de temps à autre, apparaître et se laisser approcher ; s’extraire de l’abstraction et des cercles de l’imaginaire pour devenir soi – nous – Dieu – le monde – cette entité trinitaire parfaitement unie et équilibrée – savoureusement vivante…

 

 

Le jour scintillant – la douceur d’un visage autrefois familier…

Par la fenêtre – l’aventure singulière des corps…

Des chants et des rencontres parmi ceux que l’on définit (en général) comme des créatures infréquentables…

La danse des âmes qui – partout – sèment l’entrain et la joie au milieu de la discorde et de la confusion…

Et notre rire – comme un clin d’œil – une chance – au milieu de l’absence – la possibilité d’une existence malgré la folie environnante…

 

 

Un espace de servitude que l’habitude dissimule…

Suffisamment éloigné(s) des Autres pour nous imaginer libre(s) ; et trop stupide(s) pour distinguer les barreaux invisibles de notre geôle…

Des paroles, parfois, qui nous parviennent du plus lointain…

L’hiver et le silence qui pénètrent (avidement) la chair…

Au cœur d’une solitude que l’on dévisage – puis, que l’on interroge…

Une manière de ralentir et de s’extraire ; un pas de côté déterminant…

La profusion des idées et des choses – jetée(s) par-dessus bord…

De plus en plus léger(s) ; et cette blancheur au-dedans que l’on prendrait presque pour de la neige…

Parvenu(s) peut-être jusqu’aux premières hauteurs d’un ciel éclairé – épargné par nos reproches et notre malice – libre de nos désirs et de nos intentions…

Et le monde – comme un esquif fragile – le mât en feu – la voile déchirée – dérivant dans une minuscule flaque d’eau ; et cette escalade (un peu folle) qui nous épuise et nous métamorphose – à moins – bien sûr – que nous ne rêvions encore…

 

*

 

Rien ni personne – comme une évidence – merveilleuse pour l’esprit – terrifiante pour la psyché ; et nous qui oscillons encore ; rien d’une hésitation – l’alternance comme un voyage…

 

 

Simple – sur la pierre retournée – l’autre terre – l’autre ciel – la respiration et le rire ; l’essentiel au dos des instincts…

L’enfance et la profondeur ; et ce silence sans espoir – sans pesanteur…

Ni peur – ni manque ; le monde dessaisi – le dehors comme notre chair…

Les mots – dans les interstices du réel ; à leur place naturelle ; ni contrepoids – ni compensation – et moins encore une issue imaginaire ou un réconfort…

La pesanteur nécessaire à l’inconsistance – peut-être…

 

 

L’air que l’on respire – plus large – plus bleu – comme le nom des territoires et des horizons inconnus…

La continuité du sable et des naissances ; le mouvement le plus naturel qui soit…

Ici – ailleurs – à présent – de tout temps – engagé(s) dans tous les gestes du monde – emporté(s) par ce qui s’impose – parmi ces têtes encore gouvernées par le désir…

Le cours des choses ; la houle et les vagues – le désert et les pluies torrentielles – tout ce qu’il nous faut traverser…

Vivant(s) – au milieu des Autres – ainsi dit-on chez les êtres humains…

Présent(s) – seulement peut-être – à la fois comme limite et comme opportunité…

Allant – sans jamais s’arrêter – sans jamais pouvoir échapper aux répétitions et aux recommencements – au besoin d’explorer le vide et l’épaisseur…

Un œil sur l’être ; et l’autre sur le chemin…

 

26 mai 2022

Carnet n°274 Au jour le jour

Septembre 2021

Parfois – le chemin – d’autres fois – la misère ; la même couleur – la même destination – quoi que l’on en pense – quoi que l’on en dise ; on peut (bien) se moquer – on en sort toujours (plus ou moins) défiguré – métamorphosé – méconnaissable ; sans bouche – sans yeux – la tête comme détraquée – le corps et le cœur plus ardents – la mémoire (substantiellement) effacée…

L’âme qui flotte au vent – effilochée – comme une bannière – une offrande – une prière ; ce qui prolonge le chemin – la misère ; vers un autre possible…

 

 

L’usage permanent de l’usurpation – du mensonge – du déguisement ; le pan à paillettes plutôt que le versant sombre – plutôt que le côté grimaçant…

Que le vent se lève donc et nous fasse tourner sur nous-même(s) – pour que soient exposées – et perceptibles – toutes nos facettes…

Les premiers pas – involontaires (et douloureux – bien sûr) – vers la transparence…

 

 

Ce que nous avons connu – expérimenté ; le fouillis – la vie baroque – mille choses dans la main – les poches pleines d’objets – la tête encombrée et assaillie ; et l’âme inexistante – comme écrasée…

La mort si proche – les yeux ruisselant de larmes ; l’espoir comme un fil auquel nous nous cramponnons (désespérément) ; la seule issue, pensons-nous, dans cette nuit opaque…

Une main sur la corde ; et l’autre levée (très maladroitement) cherchant à saisir des mains hypothétiques – des mains imaginaires peut-être – qui, si elles nous agrippaient, feraient office de redoutables crochets…

 

*

 

Les yeux fermés – dans le noir – la lumière – au-dedans – franchie depuis quelque temps – quelques jours – quelques siècles – qu’importe (en vérité) ; viscéralement détaché du monde et des tourbillons qui emportent ou font couler ; l’eau et la neige qui souligne (et confirme) l’indifférence des visages et la froideur des âmes…

Personne – comme une terre déserte…

Et ces mots – et cette encre – imprimés sur la page – qui prouvent (à peine) que nous avons existé…

Le resserrement de la déchirure et le ciel déployé ; ainsi, sans doute, conviendrait-il de vivre…

 

 

Des signes pesants – l’enchaînement des maladresses ; quelque chose en trop – presque tout – sans doute…

Et, parfois, la légèreté d’une parole – la beauté d’un rythme – une succession de sons – comme une petite musique…

Un peu de lumière – un peu de ciel – près de nous – sur le sol et notre incompréhension…

 

 

Du bruit – encore – des paroles ordinaires – des gestes inconséquents – ce qui ressemble à la vie humaine…

Le monde – cette foule aux doigts aimantés – aux mains comme des grappins – à la bouche avide et grande ouverte – au ventre difforme et mou – qui, comme le reste, cherche à être satisfait

Le monde qui accumule et qui compte – qui s’amuse et se distrait – insensible aux malheurs des arbres – des bêtes – des hommes ; le règne de la vulgarité privée (bien sûr – comme l’on peut s’en douter) de grâce et de poésie…

Quelque chose du rut et de la faim qui, additionnés au rut et à la faim des Autres, finit par constituer une jungle – infâme – sournoise – indifférente – tapageuse – dont le sol, jonché de corps – de choses et de visages – ressemble à un tapis vivant – mouvant – de vivres et de merde autant qu’à un réceptacle à foutre où tout se frotte – s’engrosse – s’engendre – s’enfante – se perpétue…

Des vies avachies – hurlantes – ardentes – pataugeant – au milieu des Autres – dans la boue – la semence et les excréments…

 

 

Quel jour – cette chute – cette mort ; l’effacement de la forme et de la couleur…

Vers le bas – irrémédiablement…

Le pas qui se risque hors du cercle – vraisemblablement un jardin ou une forêt – un lieu d’exil – une périphérie d’où sont exclus les hommes…

Au milieu des bêtes – intimidé – ainsi débute notre séjour…

 

 

Le souci de soi – de l’être – de l’Autre ; l’exigence suprême qu’aucune âme – qu’aucune ombre – ici-bas – ne peut honorer…

Au hasard – dans l’herbe – des visages suffisamment humbles – tournés vers le sol – suffisamment vides – pour servir sciemment d’instruments – d’outils ancillaires…

L’enfance joyeuse – les yeux grands ouverts – la main libre de tout saisissement – ce qui encercle la nuit qui nous entoure…

Le vide en couches successives – indifférent aux paradoxes apparents que pourraient condamner des yeux trop naïfs – des cœurs trop peu expérimentés…

 

 

Lentement – vers nous-même(s) – au-delà du souvenir – au-delà du fantasme…

Davantage qu’un jeu – davantage qu’un chemin…

L’impérieuse nécessité de ce qui doit advenir – de ce qui passe – de ce qui (inexorablement) s’éloigne et disparaît…

Comme condamné(s) à nous rejoindre – quoi qu’il (nous) en coûte…

La vie ordinaire – affranchie de toute gravité – mêlant allégresse et poésie…

Le sens et la valeur de ce qui naît sur ce sol si peu propice aux ascensions…

 

*

 

Le rire et la lumière – le regard franc – l’esprit clair – davantage (on le sent bien) qu’une (simple) compréhension…

Une manière de vivre radieuse et authentique…

Le cœur en avant – très discrètement…

La tête absente – le corps rayonnant…

La joie malgré les tourments – les malheurs et la mort…

La solitude – au-delà du rêve et du monde…

 

 

Aux heures sombres (les plus sombres – sans doute) de l’époque – l’étoffe déchirée – la lumière que l’on épingle – que l’on aimerait s’approprier ; l’inaccessible prolongement de l’âme et du monde…

La main noire sur notre cœur (si) serré…

Et cette entaille dans la chair – dans le temps – comme un tombeau au fond duquel nous serons (tous) enterrés – au fond duquel ne brillera jamais aucun soleil…

 

 

Le bleu murmuré – comme un songe qui se dissipe (lentement)…

Un exercice auquel on se livre pour s’accoutumer à l’infini…

Habituellement – le jour – sans comprendre – derrière la vitre…

Les yeux qui brillent – et dans lesquels subsiste (de toute évidence) un restant de nuit…

L’ambition et les choses – à défaut de silence…

L’essentiel – ainsi – jamais pénétré ; pas même effleuré…

Une fenêtre fermée au fond du cœur…

Tant de surface ; et aucune profondeur…

A marche forcée – sur ce chemin – sans élan spontané – à contre-courant du mouvement naturel…

Des courbes qui brûlent ; et des flammes qui s’éteignent à notre passage…

 

 

Ce que l’on offre au monde – à l’Autre – pour tenter de donner du sens à ce que nous vivons…

Rien pour désigner le geste – le rêve – les mots qui qualifient l’offrande – la vérité ou le mensonge…

Une idée et un acte – supplémentaires – qui ne changeront aucun destin…

Du temps qui semble (seulement) s’écouler ; des vies qui semblent (seulement) passer ; et des naissances et des morts en pagaille…

Des séjours sans la moindre largesse – sans la moindre charité – sans le moindre désintéressement…

Ce que nous donnons – en vérité – nous le reprenons de mille manières…

Et, au bout du compte, nous quittons ce monde en devant davantage que l’on nous doit…

 

 

A même le sol – le sable – la tête penchée – le rire au hasard des histoires…

Quelques riens pour nous détourner de l’angoisse – de l’idée de la mort…

Des existences atrocement ordinaires…

Des choses à faire – à dire – à achever (sans doute) – comme si nous étions (décemment) capables de venir à bout des choses…

Nous – nous donnant le courage et l’illusion (pour presque tout)…

Une manière de vivre – d’être là – en apparence…

 

 

Ce qu’il reste d’avant – d’autres mondes – des bouts de terre et des bouts de ciel – éparpillés sur l’ensemble du territoire…

Une enfance tardive et paresseuse qui s’étire jusqu’à l’inertie – la tête dans un trou ; et le peu de force utilisée à des fadaises – à des niaiseries…

Comme nos pères – comme tous nos aïeux – on prolonge l’étrange nuit qui nous enveloppe – qui nous dessaisit de toute possibilité de voyage…

 

*

 

En silence – encore – sur la neige blanche – intérieure – devant la vitre du monde ; et derrière, on devine des bruits – des mouvements – des silhouettes – une sorte d’effervescence – comme un vague air de fête…

Et nous – seul – étincelant – le sourire aux lèvres – les joues rouges – chaudes – ruisselantes de larmes – entre joie et tendresse ; d'une extrême sensibilité…

Sur notre chemin – personne – aucune trace ; il neige encore – sans doute neigera-t-il toujours…

 

 

Tout assaille l’esprit – la chair ; le monde fiévreux – la parole (insensée) – l’inconséquence – la multitude – cet infini (si) mal incarné…

La poésie – comme un alcool – un antidote – une forme de vertige – d’évanouissement – pour supporter (tant bien que mal) la douleur d’être parmi les Autres…

Et le vide qui tarde à s’inviter…

 

 

Un feu nous détournerait, sans doute, des reflets du monde – des murs qui nous enserrent – du ciel si bas qui nous étouffe – des ombres, partout, qui dansent pour oublier leur misère – leur détresse – pour faire comme si la fête et la joie étaient naturelles et exemplaires…

Sous nos pieds – le bûcher ; et dans notre poitrine – des sanglots…

L’humanité-miroir ; et cette main immense – et inconnue – qui tient la torche – le flambeau…

 

 

Passant – de plus en plus simplement…

Comme un sourire (un peu naïf) qui s’attarde longuement et qui, un jour, face au monde, s’efface brusquement…

Ni moue – ni réaction – comme une conséquence directe et naturelle…

Sans volonté – sans arrière-pensée…

Ce qui va – ce qui vient – qu’importe l’état du monde et l’état de l’âme…

Au-dedans – au-dehors – une familiarité croissante – (considérablement) accrue – avec l’inconsistance et le provisoire – avec la probité et l’abandon ; le début, peut-être, d’une lumière authentique…

 

 

Nous – nous éloignant, peu à peu, du monde – de tous les Autres – ces frères dont nous ne partageons que l’apparence ; ni le cœur – ni l’esprit…

Comme des étrangers – sur ces terres communes…

Blessé – tressaillant – rebuté – par cette barbarie aux traits civilisés

 

 

Entre la fuite et la disparition – nous effaçant alors que tout (autour de nous) se dresse – s’érige – se développe – se déploie…

La seule issue dans cette prolifération – à moins de s’armer davantage – de s’exercer à la lutte et à la brutalité – de revendiquer son territoire – et de le conquérir par la violence et la force…

Nulle place – en ce monde agonistique – pour les âmes (un peu) différentes – (un peu) plus sensibles – (un peu) moins rustres et bestiales…

 

 

Deux visages – dans le jour ; l’un riant – sur le point de toucher le ciel – l’autre grimaçant – sur le point de succomber…

En nous – tous les penchants du rêve ; l’esprit intranquille et crépusculaire – et les mains occupées – sans inquiétude…

L’espace et le temps – illimités – dont nul ne se souvient en vivant…

A chaque geste quotidien – l’angoisse et la crainte de la réprobation ; la psyché (très) immature – (très) enfantine – comme si les Autres existaient vraiment – comme s’ils avaient le moindre pouvoir sur notre vie…

Soumis à une sorte de diktat invisible qui creuse la blessure – la fracture – l’abîme qui sépare nos deux visages – les deux figures du monde…

A l’échelle individuelle – à l’échelle collective – à l’échelle cosmique – les mêmes paysages et les mêmes antagonismes…

 

*

 

Cet égarement du monde – dirigé comme un rêve sur un champ de bataille…

Et ça tournoie – emportant tout sur son passage…

Et ça gicle – et ça ruisselle – sauf la lumière – dans l’obscurité…

Ici-bas – sans alternative – sans même l’espoir d’une autre terre – d’un autre ciel…

 

 

Seul – dans le vide – dans ce décor animé – vivant…

Sur les cimes de la terre – sous les étoiles ; des fleurs – des livres – des arbres et des papillons…

Et mille oiseaux aux chants indéchiffrables…

L’esprit convié à toutes les intimités…

Un peu de neige – un peu de vent ; et voilà l’abîme rehaussé jusqu’aux crêtes – redevenant, soudain, habitable…

 

 

La présence – le geste – le pas – la poésie…

Mille manières de colorier le noir – d’éclaircir la brume – de dissiper les nuages et tous les écrans de fumée – d’égayer les âmes – de guérir les corps – de libérer l’esprit…

Le monde – comme des millénaires plus tôt ; avec des voyageurs silencieux et inépuisables ; et des marches jusqu’à la fin des temps…

En désordre – des mots et des métamorphoses…

Ce que dessine la route empruntée…

Le soleil à la lisière des heures qui passent – au seuil de tous les possibles…

Des élans naturels – sans volonté – sans triomphe – sans conquête…

La lumière – de bout en bout…

Et mille couleurs sur la planche – au-dehors – au-dedans – mélangé(e)s…

Sans doute – la plus belle manière de vivre – d’honorer le mystère – de célébrer le monde et la multitude ; d’accueillir toutes les figures de l’Existant…

 

 

De la houle au plus haut du ciel ; quelque chose comme un rempart – un obstacle vivant ; quelque chose de mouvant – qui se dresse – qui empêche – qui s’arc-boute – qui se contracte…

Le même jeu et le même refus qu’en bas – en ce monde où nous nous croyons prisonniers – sur cette terre où nous nous imaginons condamnés à la réclusion [à (presque) perpétuité]…

Partout – la même nature des choses et la même nature du monde ; en tous lieux – parfaitement identiques ; et (bien sûr) une seule liberté possible – à l’intérieur – affranchie des états – des circonstances – des endroits où nous vivons – vécue de manière (strictement) impersonnelle…

 

 

Le pas et le soleil – voyageurs – d’un bout à l’autre du monde ; chacun sur son orbe (où l’on croise l’autre autant de fois que possible)…

Ni début – ni fin – ni départ – ni arrivée ; le cours immuable des choses ; cette obéissance aux impératifs naturels…

Et, au cœur de ces mouvements – une interrogation – mille interrogations – l’esprit qui se questionne…

Les yeux qui cherchent – l’âme qui explore – les mains qui fouillent ; et, peu à peu, un espace, en nous, se creuse pour accroître le vide – accueillir la matière – et toutes les choses invisibles – nécessaires – autant que cette présence qui existe déjà au-dedans et qui cherche à se déployer pleinement – jusqu’au-dehors – à travers nous tous qui cheminons vers le jour – l'Amour – la lumière – la vérité…

 

 

Dans le jour – mille fois – repris – spolié – incendié – anéanti (en apparence) – comme le prolongement de la blessure – de l’atrocité…

L’enfance tombée à l’eau – et que l’on essaie de noyer en brandissant – partout – notre figure de sauveur…

L’une des pires facettes de l’humanité ; ce qui terrifie les âmes et le monde…

 

*

 

La pleine saison des signes – et après ? Que deviendra le temps ? A quelle lumière les lèvres s’abreuveront-elles ? A quelles nécessités devrons-nous répondre…

Et la même couleur – au loin – sans que personne ne sache (réellement) ce qu’elle annonce…

Le rien et l’incertitude triomphantes ; notre vie qui, peu à peu, glisse vers le plus parfait inconnu…

 

 

La main – déjà – sur l’horizon invisible…

Du bleu et de l’intimité – des feuilles (en pagaille) sur la pierre – dans le désordre des voix – au fil des nécessités de l’âme – toutes les expressions de la matière et de l’immensité conviées à se coucher sans effort – le plus naturellement du monde ; l’encre comme une sorte de prolongement – un plongeon dans l’ineffable…

La poésie du ciel et de la multitude ; comme un peu de neige – un peu de fraîcheur – au cœur de l'ordinaire…

 

 

La célébration de la proximité…

La distance appropriée pour recoudre les déchirures…

Ce qui nous blesse jusqu’à ce qu’on le touche – qu’on parvienne à le toucher – jusqu’à ce qu’il devienne familier – une part de nous-même(s)…

Des choses – des visages – comme des points – des taches – éparpillées – lointaines – incompréhensibles (si souvent) – et hostiles même parfois…

La chair aussi peureuse (et maladroite) que l’âme…

Le monde soulevé – pourtant – d’un seul battement de cil ; un rai de lumière – et nous voilà projeté(s) (sans le moindre consentement) sur une terre inconnue – sur une paroi quasi verticale…

Puis, un jour (longtemps après quelques fois) – le visage vivant des pierres qui s’avance vers le nôtre – notre sang et la sève des arbres qui, peu à peu, se mélangent – la tête décapitée – jetée on ne sait où – emportée (sans doute) par le grand rêve du monde – aux côtés de Dieu – des bêtes – du langage – soulevé(s) par la main ou suspendu(s) aux lèvres – d’un plus grand que nous…

 

 

La langue désirante – les mots comme une soif – un élan – une danse…

Un ressac – sans la force de retenir…

La pleine mer – l’immensité – là où l’on est…

Au-delà de toute croyance…

Une manière de laisser s’approcher ce qui s’invite – sans résistance…

Le monde – vers nous – la main tendue…

La parole – comme une forme d’Amour – un geste pour guérir – pour chérir – pour embrasser – rendre plus tangible (et plus familière) l’intimité…

L’être – au fond de l’âme – au fond des choses – vibrant – ému – par toutes ces tentatives…

 

 

Dieu – sur la pierre – à nos côtés – apprenant avec nous – à travers nous – se laissant recevoir et se laissant abandonner…

Ignoré – l’essentiel du temps – participant, d’une égale manière, aux jeux et au silence…

 

 

Le monde – à grand fracas ; des rires – du feu – des guerres…

Quelque chose qui s’impose – qui s’abat…

Qu’importe les recours et l’imaginaire – qu’importe la forme et la couleur des figures ; peu à peu – la fracture – la fatigue – le désordre…

Le rêve et la lumière – contraints de s’éloigner…

L’œuvre vivante – réalisée – détruite – puis, réinventée…

Le regard ici – et les yeux plus loin – sur ce qui pourrait être – sur ce qui pourrait arriver…

Le monde d’après le monde ; à la fois l’extinction de l’humanité et l’homme sauvé…

Dieu – au fond de l’âme – au cœur de l’être – apparaissant…

 

*

 

Faiblissant – à mesure que l’origine s’éloigne – que le chemin s’allonge – que la vie s’opacifie…

Comme des obstacles devant la lumière…

Le voyage découpé en tranches ; et le ciel divisé en zones et en portions – plus ou moins lointaines – plus ou moins accessibles…

Le rêve d’une issue – au milieu des tourments ; une manière, sans doute, de supporter les malheurs…

De jour en jour – sans réponse – jusqu’à la mort ; la marche saccadée – le pas cadencé – la solution qui se dilue – qui se disperse – dans les gestes – le quotidien – sous les pas – à mesure de nos (prétendues) avancées…

 

 

Au hasard du vide – des existences – un peu de neige – un peu d’enfance…

Le monde – des mondes – entre la fable et l’absence – des apparences et des possibilités…

Des âmes à délivrer et des mains dans la pesanteur…

De la matière et du temps ; et de la douleur (bien sûr – comment l’éviter)…

Toute une architecture – à (très) grands traits…

Puis, la nécessité et mille manières de vivre – d’exister – de cheminer – au cœur de l’œuvre vivante – mille manières de rejoindre la matrice et l’envergure – mille manières d’être et d’embrasser tous les mouvements et le point d’immobilité…

 

 

La vie – encore – le ciel – le monde bâtisseur – la seule espérance des mains besogneuses – des cœurs ignorants…

Des lieux de regain et des lieux d’éloignement – comme s’il était possible de vivre en exil – séparé(s) du reste et du sens de la naissance – oublieux du chemin – du voyage – du va-et-vient entre l’origine et la multitude ; éloigné(s) de l’essentiel – comme des étrangers – si peu vivant(s) – en somme – comme si nos vies comptaient pour (presque) rien…

 

 

Le monde – la désespérance – et rien d’autre…

Des destins brûlés – des portes fermées…

Et personne pour exprimer la douleur et l’ignominie…

Inutiles – impuissants – comme si nos gestes – comme si nos vies – ne pouvaient refléter la lumière…

Ecrasé(s) entre le ciel noir et les ténèbres…

 

 

Un nom – sans trop y croire – que l’on tait la plupart du temps – simple outil de différenciation…

Un bruit – un son que prononce, parfois, la bouche de quelques-uns…

Inexistant – totalement superflu – au cœur de la nature – au cœur de la solitude…

Rien qu’un regard – des gestes – des pas – une présence au milieu des Autres – un infime fragment de monde collé – superposé – entremêlé – à tous les autres…

Un rôle – une fonction – des rôles – des fonctions – peut-être – infiniment provisoires…

Ce que produit l’instant – ce qui a lieu – dans cette chaîne sans fin d'événements (simultanés et successifs) ; un point vibrant dans la trame vivante du réseau…

Un voyage interminable – en soi – au cœur de l’ensemble…

Tout – de manière concomitante…

Qu’importe alors les réticences – les désirs – les émotions ; la peur – l’inquiétude – la tristesse ; un grand corps vide dans l’espace – les ailes d’un ciel immense et immobile…

 

*

 

Sous le ciel – à peu près n’importe quoi – assez égal – à peu près la même chose…

Ni socle – ni espérance – ce qui advient – aussi vide que possible – qu’importe ce qui nous traverse – ce que cela suscite en nous…

Le même passage – plus ou moins long – vers l’effacement et l’évaporation…

L’indéfectible souveraineté du vide ; et le règne (bien sûr) du provisoire…

 

 

La lumière vivante – au seuil limite de l’entendable…

Comme un bruit de pas dans la neige – l’ombre minuscule de l’infini dans la nuit noire…

Le premier jour de l’enfance ; les premières heures du rêve et du monde…

Quelque part – entre deux colonnes – la raison et la mémoire…

La chair et la psyché – (si) peu adaptées à l’hécatombe…

Un chemin de larmes – sur les pierres – où chacun piétine les fleurs qui poussent dans les interstices…

 

 

Sur l’autre rive – dans l’entre-rêve – à quelques pas – des eaux ruisselantes ; et lancés au hasard (presque au hasard) – des dés – des flèches – des pierres…

Des drames – le plus souvent – comme l’événement le plus commun…

Des bouts de ciel noir qui tombent sur toutes les têtes…

Et, de temps en temps, un miracle – un coup de pouce du sort – un peu de liberté – un fragment de destin qui échappe à la tristesse et à la gravité…

L’infini et l’horizon soudain perceptibles – comme une ouverture – un élargissement – avant que les yeux et les âmes ne retombent au fond de l’abîme – avant qu’ils ne retrouvent le tumulte des déferlantes souterraines…

 

 

A quelques pas – à portée de geste – de l’origine…

Le chemin qui se resserre : l’horizon de plus en plus fugace – transparent – presque inexistant…

Sur la route où l’on se rencontre – une piste déserte (en vérité) où les pertes s’engrangent – où la tête et les poches se vident – où l’on arrive nu et démuni – l’âme essorée – au premier seuil de l’étendue…

Un peu perdu – il va sans dire ; et plus que humble – sans la moindre certitude…

A peine – sans doute – le début du voyage (s’il en est un) – ou, du moins, une étape (une simple étape) dans la longue course nécessaire pour se rejoindre – retrouver cette intimité perdue – oubliée – avec soi (et tout le reste)…

 

 

En un instant – ce qui se décide – ce qui s’impose – des virages – le destin du monde…

Des indices et des empreintes – absolument inutiles…

Le mystère sur parole ; et la vie en gage ; rien que des promesses et des apparences inconséquentes – si éloigné(e)s du réel – de ce que les hommes (parfois) apparentent à la vérité…

Une autre part – un infime versant – de cette dimension perceptible par les yeux et le cœur humains…

 

 

Une clé – dans la main – fragmentée…

L’Absolu qui nous regarde – qui se laisse contempler – et, parfois même, approcher…

La terre et la poitrine de l’homme qui grondent et qui tremblent…

Le soubassement de toutes les choses terrestres – anodines et essentielles ; la figure du jour et du monde…

Dans la même veine – et le même temps ; notre affranchissement et notre crucifixion…

 

 

La nuit – encore – sans défi – sans proposition…

Un saut dans l’écoute – le monde – le bruit – la terre, au loin, frémissante…

Une réponse – peut-être…

Une manière d’entrer en relation avec les choses…

Le cœur auquel on confie tous ses secrets – comme un envol – un effacement…

L’Amour – la guérison…

 

 

Plus que l’espérance – bien en deçà…

Penché sur soi – les lèvres murmurantes…

A tourner les pages – sans le moindre souvenir…

Un jour après l’autre – l’instant d’après sans le miroitement du voyage…

Le sourire – au-dedans de l’âme – comme une joie vécue depuis l’immensité…

Le ciel intérieur – la tranquillité – au milieu de l’effervescence et du désordre…

 

 

Sans cesse – face au miroir – la multitude à sa fenêtre – la clarté et l’opacité de ce qui existe…

Le prolongement du geste originel – le lieu où tout a été enfanté…

Le fruit – à présent – de l’engendrement permanent…

La chair fragile – le cœur battant…

La coexistence continuelle de tous les reflets…

 

 

L’herbe et l’ombre éternelles – au zénith – sacrifiées – crucifiées…

Tout qui se dissipe – le monde-accessoire…

Du bleu et de grands arbres – bien davantage qu’un décor…

L’envol de l’âme au-dessus de la pensée – de plus en plus haut – au fil des saisons qui se succèdent ; l’oubli au cœur – comme réconcilié avec l’inévitable défilé des formes et des couleurs…

 

*

 

Une piste perdue – improvisée – pente ou montée – qu’importe – une aire de non-repos – un lieu d’envol et de plongeon – le socle de soi peut-être – là où nul ne peut plus rien pour nous – là où les fables et la parole deviennent inutiles – autant que les masques et les mensonges…

Sans appartenance – l’inconnu…

La lumière scindée en deux – tantôt sombre – tantôt scintillante – sur les versants opposés du monde…

 

 

La hauteur fragmentée – l’Absolu en terrasse, soudain, descendu – et éparpillé…

Un ruissellement – des bosses et des anfractuosités…

De la couleur du ciel – selon l’œil – la posture – la perspective…

Le cœur ouvert – les yeux et les mains qui s’attardent sur toutes les transformations…

Peine perdue – de toutes parts – le feu qui se presse – le vide encerclé par lui-même – comme s’il fallait rejoindre les choses – et les choses, la poussière – comme si nous étions immanquablement promis à ce destin ; de simples tourbillons dans le vent…

Et peut-être – la seule condition pour goûter cette précieuse intimité avec le monde…

 

 

Le jour à découvert – le vent qui court – les âmes qui suivent et les âmes emportées…

Les choses qui dansent dans l’espace ; l’espace qui se prend au jeu et qui se met à batifoler avec les choses – à s’amuser avec lui-même…

Sur cette colline (presque une montagne) – tout ce bleu à offrir et à respirer…

L’Amour qui remonte sa propre source…

La lumière constante – sans le moindre point de fuite…

Et l’encre – cette encre quotidienne – douce ou abrupte selon les jours – simple (et vertigineux) instrument de l’immensité – du ciel et du silence – qui se répand en taches de joie sur l’âme et sur la page…

 

 

Toutes ces mains autour du cou du monde – comme une funeste étreinte…

Et la figure de l’être – non désirante…

Une appropriation peut-être – une appropriation sûrement…

A essayer de soustraire les leurres de tous les yeux – de défaire les paumes de leur prise et les âmes de leur emprise – de desserrer tous les liens – de déjouer les lois de la faim et de la gravité…

Notre lot d’efforts – de peines – de désillusions ; le sort commun des bêtes et des hommes…

Sans aucune échappatoire – ce qu’il nous faut affronter…

 

 

Les yeux – les lèvres – le langage – délaissés…

Tous les désirs abandonnés – comme un feu – quelques flammes – au milieu d’un territoire gigantesque et grandissant…

La main – et une partie du monde – coupées de cette forme d’aimantation naturelle et ancestrale…

La psyché – autrefois si capricieuse – en désordre – à présent…

Le cœur en manque – comme désenclavé – perclus de craintes – avant de retrouver son état antérieur…

Face à la lumière – le monde…

Le souffle et le sang qui circulent – et qui, si souvent, débordent…

L’âme détournée de ses élans…

Nous – immergé(s) – et surnageant dans le rouge et le vent – la tête dépassant – inclinée – comme une offrande qui émerge (vaguement) de la matière – de la foule – du magma – surprise et engourdie – encore engluée dans la nuit poisseuse…

Notre vie – comme une perte – la possibilité d’une découverte…

L’Amour nous saisissant en plein jour – entre le sommeil et la mort…

 

*

 

Autour de nous – des visages – le temps – mille choses qui se précipitent…

En nous – quelque chose à l’abri du monde – à l’abri de tout ce qui passe…

L’espace gris et saturé – le visage de la terre le plus familier…

Des images et des fragments colorés par tous les rêves – par les songes enjoliveurs des hommes – comme pour essayer de cacher l’atroce (et triste) réalité…

Le seul éblouissement ; la vérité – à l’intérieur…

 

 

A tout instant – la possibilité du chemin…

La fièvre qui, en un éclair, peut percer l’épaisseur et l’inertie…

La mémoire – comme les oiseaux – capable de s’envoler…

Droit devant – sur un ou deux pas – puis, en zigzag – des détours et des circonvolutions – une suite de virages et de surprises – une longue série de transformations – puis, un jour, plus ni trace – ni sente ; la vie – la route – le monde – qui, à chaque instant – s'effacent et se réinventent – s'effacent et se réinventent – inlassablement…

Le soleil et l’inconnu – la joie de l’incertitude – la confiance qu’aucune épreuve ne peut anéantir…

Des foulées légères sur les pierres blanches – qu’importe la couleur du ciel et la nature des circonstances…

Le Divin – partout – descendu…

 

 

Pas même une butte à gravir – des ailes au-dessus du monde – la terre survolée…

Le franchissement (de plus en plus aisé) des obstacles – des fossés…

Là où l’on passe – la route qui s’invente – les pas – le chemin – l’appel et l’envol – qui se dessinent…

L’homme – l’image de l’homme – si bas – si étranges – si loin – à présent …

 

 

Les arbres – le monde – le jour – gravis (très souvent) à mains nues…

L’épreuve du temps qui passe – des défis relevés…

Ce que l’on engrange par l’étroit passage ; mille choses qui passent – elles aussi…

L’essentiel de notre parole – inentendu – gravé à même la pierre ; et toutes nos feuilles, sans doute, superflues…

La roche et le ciel – comme si être en vie suffisait…

 

 

Notre voix – au creux d’un arbre séculaire…

Du bois – un chant ; et cette résonance en tous les lieux naturels et intérieurs…

Le ciel si proche – sans confusion possible – sans mensonge éhonté…

Ce qui affleure à travers l’authenticité du ton et du contenu…

Ce qui existait déjà avant soi…

L’éternité sans doute – l’éternité peut-être…

 

 

Le mystère si profondément enfoui – le miracle dispersé au cœur de toutes les strates de la matière – au cœur de toutes les dimensions du réel – le tangible et l’invisible…

Et nous – cherchant maladroitement la clé et l’évidence dans l’amassement des signes et des choses – mille symboles – mille usages…

Les mains sur les yeux ; comme plongé(s) dans ce (funeste) fourvoiement ; assistant au défilé (permanent) des images que nous prenons pour des bouts de monde – des trésors – des fragments de vérité…

Et cet espace – en soi – (plus ou moins) dissimulé – (plus ou moins) obstrué – (plus ou moins) accessible  ; le lieu de la compréhension et des retrouvailles…

Mille mondes – au-dedans – au cœur même de ce monde…

Diantre ! Si l’on pouvait voir (ou même imaginer) les dimensions – multiples et unifiées – mystérieuses et miraculeuses – de ce que l’on appelle la réalité…

 

*

 

Quelque chose de blanc – avec des ailes…

Les yeux ouverts – face au monde…

Au milieu des ronces et des sanglots…

Personne sur la pierre – seulement des pas qui vont et qui viennent ; une forme d’effervescence irrépressible au cœur d’un périmètre étroit – infranchissable…

Des frontières – des pierres – des murs – des ruines…

Le noir – le plus visible ; et l’effritement (inévitable)…

Et le reste – notre visage – coincés entre la peur et l’égarement ; comme un (triste et misérable) résidu d’innocence…

Le règne – partout – de l’évanescence…

Le monde, sans cesse, sur le point de s’effacer…

 

 

Au cœur de nos vies – le mystère à décrypter – inexistant – périphérique – superflu – pour la plupart des hommes ; et absolument vital – central – absolument essentiel – chez quelques-uns (assez rares)…

Un chemin – un voyage – pour tenter de comprendre – de déconstruire le monde – et de bâtir, à la place, un temple – pour transformer tous les lieux – et toutes les choses – en une expression du plus sacré…

L’effacement plutôt que la jouissance…

La solitude plutôt que la foule…

L’intimité plutôt que l’éparpillement…

Le geste quotidien plutôt que la distraction…

Notre existence – comme la réponse (l’impérative réponse) à un appel…

 

 

Le plus sauvage – en nous – enserré et silencieux…

Au bord du rêve – du désarroi – cette tristesse profonde – commune – collective ; cette ignorance privée de lumière…

Si près du bleu – pourtant – malgré l’horizon – les fleurs et la liberté – bafouées – piétinées – le monde à l’envers qui marche sur la tête au cœur d’un immense désert – d’un souterrain labyrinthique – artificiellement transformé en oasis – en terre de possibilités ; et toute une armée œuvrant à la construction du déguisement – de l’opacification – du mensonge…

Et nous – essayant (humblement et de manière assez vaine – sans doute) de nous dessiller les yeux – d’opérer un éclaircissement suffisant pour nous affranchir du noir et de la détention – pour percevoir le réel tel qu’il est – sans les filtres humains additionnels…

 

 

Une voie à mi-hauteur – assaillie par la foule – (en partie) obstruée par l’enchevêtrement du regard et de la pensée…

Mains derrière le dos – la foulée précise et régulière – mécanique…

Les yeux aimantés par l’horizon – la promesse des hommes – comme l’ultime recours pour échapper à la souffrance du monde…

Un chemin – une issue – trop fortement programmé(e)…

La nuit collective qui se prolonge – et qui se prolongera tant qu’aucune place ne sera accordée à la spontanéité – au hasard – à l’incertitude – à l’inconnu…

Une zone trop étroite pour libérer la marche – affranchir les cœurs – offrir aux âmes et aux sandales un réel espace de liberté…

 

 

De toutes parts – la pensée – les têtes qui débattent et se débattent…

La tournure du monde – vers l’abstraction…

Des zones d’ombre apparemment éclairées…

Des études – des confidences – des révélations…

Puis, la lente agonie du langage au profit de l’image – de la représentation…

L’empire grandissant de ce qui se voit – de ce qui se montre…

L’envahissement de tous les espaces…

Tous les instruments déployés pour inciter – influencer – persuader – faire rêver…

Et (bien sûr) le refus sous-jacent du réel – de ce qui est…

L’espoir et le temps glorifiés…

Au bord de l’abîme – au bord du néant – tant le vide est saturé – tant le bavardage et les commentaires ont remplacé le regard et la possibilité du silence…

Une brève (et tragique) histoire du monde (contemporain) ; le cours implacable du temps – au fond, peut-être – quelque chose de naturel – de nécessaire – de réjouissant ; une étape indispensable – ni plus ni moins – dans cette longue marche vers la lumière…

 

*

 

La vie – le vent – inattentifs – inattentionnés – furtifs – offerts – au fond mystérieux…

Et l’âme comme une étoffe précieuse déchirée…

Le souvenir (un peu nébuleux) d’un âge d’or indéfini…

Des gestes – des pas – dans le noir…

Ce qui cherche la perfection – ce qui cherche à recommencer…

Des brisures – une continuité…

Chaque chose – chaque visage – et des ombres innombrables – comme s’il existait plusieurs sources lumineuses…

Le monde – au-dedans – au-dehors – des lieux à découvrir – à explorer – à définir ; mille expériences à éprouver…

 

 

Le commencement du même rêve – à chaque fois – entrecoupé…

La nuit – au milieu des étoiles…

Ce qui respire – sans bruit – à peine vivant – presque immobile…

Le poids de la terre dans le corps…

Et ces ailes immenses qui tardent à pousser…

De l’espace – à l’étroit – trop encombré…

Et l’air – et le vent – et des fenêtres à créer…

 

 

Au cours de l’enfance – des visages blessés – des fugues – quelque chose de la douleur – de la fuite – du refus…

Une réticence – des résistances – à vivre là – à être né(s) ici – comme si nous étions fait(s) pour des lieux moins arides – moins grossiers – moins violents – où l’or se cherche – se découvre et se porte – au-dedans – où règnent naturellement – quotidiennement – au cœur du monde – au cœur de l’âme – le silence, l’Amour et la lumière – où chaque geste porte en lui la gratitude – le respect et la tendresse – où chaque parcelle d’espace et de matière est considérée comme l’expression du plus sacré – du plus que Divin ; un monde – des âmes – infiniment plus sensibles – plus proches du cœur et de l’esprit que du rêve et des instincts…

 

 

A la dérive – face au mystère – face aux énigmes de l’être – de l’âme – du monde ; nos petits jeux sournois – nos manières grossières – nos ambitions (si) prosaïques…

A quelques nuances près – le même langage que les bêtes – et cette peur inscrite sur tous les visages – l’esprit et les mains crispés sur les choses alentour – sur les choses au-dedans…

L’appropriation – le conservatisme et l’inertie ; rien qui ne puisse tendre vers la nudité – l’affranchissement – l’autonomie…

L’humanité des pas infimes – l’humanité des cercles étroits ; l’ancien monde – de toute évidence – la vieille humanité (si proche des origines)…

La nuit folle qui a tout imprégné…

 

 

La solitude – comme une délivrance…

Un corps à corps avec le silence…

Une plongée dans le merveilleux…

L’exploration d’un espace – sans cesse changeant…

Toutes les figures de l’être penchées sur elles-mêmes…

Nous – peu à peu – nous découvrant (de manière plus ou moins exhaustive)…

 

 

Sur la pierre – des ruines – l’exil – le néant autour de soi – et ce cri – et cette crainte – qui se prolongent depuis le premier instant de notre naissance – cette étrange (et incroyable) mise au monde…

Les yeux fermés – le cœur cadenassé – comme pour s’épargner la vision du monde – des Autres – du temps – de l’enfer ; les mains sur les oreilles – la tête baissée – rentrée dans les épaules – le corps roulé en boule – recroquevillé – à peine respirant – à peine vivant – au milieu de la multitude qui peuple les rives de la terre…

Des bêtes grouillantes et affamées – dos à dos – les unes sur les autres – comme un corps massif et monstrueux qui mêle (presque) sans distinction toutes les formes et toutes les couleurs – les morts et les vivants – en une surprenante (et redoutable) miscellanée…

 

 

La terre aimante – ce qui bouge – au loin – mystérieusement attiré – comme envoûté – mu par le manque et le besoin de tendresse ; le monde entier – en vérité…

 

Des caresses et des bras accueillants – comme une fête – une promesse de félicité – pour l'âme – pour la chair – pour la peau…

Le Divin – la terre de l’enfance – pour l’esprit ; ce à quoi il est (presque) impossible de résister…

 

 

La paix détournée du feu pour d’apparentes (et obscures) raisons…

L’excès et la crainte, sans doute, de la consumation et du néant – une vie au cœur d’un océan de cendre – ce que l’on voudrait s’épargner…

Plus rarement – presque jamais – la perception de l’immensité nue – vide – entièrement – accueillante ; et le geste potentiel comme un prolongement de l’étendue – au cœur des flammes vives – la possibilité de mouvements porteurs de lumière…

Le feu et la paix – l’Amour et l’intensité – ainsi (possiblement) réunis…

 

 

Ni église – ni autorité…

Ni temple – ni peuple…

Pas la moindre communauté sinon, peut-être, Dieu – la grande appartenance

Seul – au milieu de personne…

Quelques rires – quelques gestes – quelques riens – en guise d’existence…

Des ombres et de la nuit ; nos profondeurs et nos alentours accueillis – acceptés et assumés – au même titre que le reste et la lumière…

La même fête – de l’aube au crépuscule ; et du crépuscule à l’aube – le silence et l’effacement triomphants ; nos défaites successives (royalement) couronnées…

L’espace – l’Amour et la lumière ; l’indistinction et l’intermittence – puis, le recommencement de tout – à chaque fois – à chaque étape…

Nous tous – singuliers – solitaires – inexistants – réunis…

De l’invisible et de la matière ; bien davantage (bien sûr) que le monde entier…

 

 

Le rêve – encore – comme la seule ritournelle possible…

Ni instinct – ni pensée – le pur imaginaire – comme le prolongement (apparemment naturel) du sommeil…

Les yeux ouverts – les yeux fermés – qu’importe le jour – qu’importe la nuit…

Le règne de la paresse et de la facilité…

 

 

Le monde – de la couleur du verbe…

Un brusque basculement vers la lumière…

Quelque chose d’impénétrable ; et nous devant – atermoyant – lançant les dés et des oracles – consultant des livres et, parfois même, des prêtres pour connaître la hauteur des flammes – l’ampleur de l’incendie – notre degré de responsabilité dans le désastre – notre devenir et les conséquences de la catastrophe en cours…

Bouche bée – en quelque sorte – face aux révolutions terrestres et langagières – face à l’évolution constante du réel et de la parole…

 

 

Face à la nuit – l’expérience de la beauté – la tendresse du geste – l’intelligence du regard…

L’Amour et la lumière – seuls remparts (véritables) contre l’ignorance ; seules réponses possibles à la bêtise et à l’ignominie…

Le monde – partagé en parts…

Les uns rampant – les autres debout – en déséquilibre – sur la balance…

La poitrine chevauchée par l’essoufflement ; et la folie qui sépare…

L’abîme et l’engloutissement pour la plupart – et chez quelques-uns (assez rares) l’enfance vulnérable – digne et rehaussée – garante d’une vérité ancestrale – d’une vérité première – éternelle – peut-être ; le faîte (si peu fréquenté) du monde – du vivant – de l’humanité…

 

*

 

Le long de l’abîme – à pas apeurés…

Pas même un chemin – une sente de sève et de ciel – sans aube – sans étoile…

Des feux – des fleurs – tous nos reflets dans le miroir…

Le monde tel qu’il est – jamais enjolivé…

L’âme telle qu’on la trouve – tantôt radieuse – tantôt rugueuse – tantôt foisonnante – tantôt démunie…

Notre part de tristesse et de joie ; et toutes les émotions sur le nuancier…

Notre contribution singulière (et inévitable) aux rires et aux larmes…

Et ce que l’on peut offrir, peut-être, de plus essentiel – un pas (minuscule) vers la sagesse…

 

 

Ce qui se détache – personne à nos côtés – des virages – la vue empêchée – qui se heurte aux éclats du monde…

La même terre – pourtant – sans adieu – sans mouchoir qui s’agite…

L’Amour sans accolade ; et si collé aux choses – pourtant…

L’intimité pressentie qui, soudain, se réalise ; l’impénétrable qui s’ouvre ; l’inaccessible qui se laisse approcher – effleurer – traverser…

Le ciel qui s’offre – au-dedans – sans rien dire – plus que silencieux – autant que nous – les lèvres sèches – la poitrine (époustouflée) qui se gonfle de sanglots et de joie ; tout entremêlé – sur le même rivage ; l’Amour – la lumière – la poésie…

Touché en plein cœur par l’espace – le monde – la tendresse – les choses – la nuit – la beauté – à l’intérieur…

Et tout – avec le même visage ; nous – nous épanchant – nous recevant ; l’hôte accueilli et accueillant ; nous-même(s) en toutes ces parts visibles – invisibles – (incroyablement) sacrées…

 

 

Le monde – au cœur du rêve – comme une peau fripée – un corps exsangue – exténué…

Et serrés l’un contre l’autre – Dieu et le Diable – main dans la main – heureux de leur œuvre commune – fragile et provisoire – s’amusant de nos jeux – de nos élans – de nos tentatives – chacun encourageant (à sa façon) l’enfance terrée au fond de l’âme qui cherche à éclore…

 

 

Le bleu qui rampe – qui comble tous les interstices…

La lumière et le ciel – dans nos têtes – bousculés – devenant ce que nul n’aurait pu imaginer…

Le chevauchement de l’ignorance et de la cécité – qui a conduit la vie – le monde – les hommes – à se fourvoyer – à s’éloigner (insidieusement) de la vérité – à devenir des armes qui se retournent contre elles – qui déciment toutes les têtes sans distinction – qui éradiquent ceux qu’elles étaient censées éliminer autant que ceux qu’elles étaient censées protéger…

La vie sacrificielle – malgré nous – malgré tout…

La nuit – ici (bien plus qu’ailleurs)…

Nos fronts et nos mains ensorcelés…

 

 

Des adieux en nombre – incessants…

Des fleurs – des têtes nouvelles – des âmes en partance – des âmes en transit – des corps lourds – des esprits crédules ; la foule qui va – qui vient – qui chemine…

Le même fil – de bout en bout…

Des esquisses – des ébauches – des éloignements…

La respiration cosmique du grand corps – à travers nos apparitions et nos effacements – à travers tous les chemins que nous dessinons (à notre insu)…

Un seul rivage – comme fragmenté – et qui forme une sorte d’archipel ; avec un pied ici – le cœur ailleurs – et la tête, un peu plus loin – l’âme à la hauteur d’un ciel indéfiniment redessiné par une grande main invisible – inconnue – indistincte (composée de toutes les mains du monde) – à laquelle nous nous soumettons tous – et vers laquelle cheminent tous les destins – implacablement attirés par cette mystérieuse origine…

 

*

 

L’incertitude – le monde des croyances – des chimères…

Des offrandes pour tenter de rapprocher le ciel…

Dieu immergé dans notre destin…

Un long chemin parmi les vivants…

Et la lumière – trop rare – comme un espoir…

Ainsi nous éloignons-nous – ainsi nous rejoignons-nous – imperceptiblement…

 

 

Les mains vides ; les maigres récompenses dispersées…

On se tient là – immobile – face au soleil…

Autour de nous – des ruines – des couleurs – l’immensité…

Des cris et des gémissements – la douleur et la mort – et cette incompréhension tenace face au monde – au mystère – à l’inexplicable…

Ce qui est – ce qui semble être – plutôt que rien ; et ce rien si rarement interrogé – vide ou néant – espace ou abîme – certes silencieux mais sensible et vivant ; ou indifférence inerte – inconsistante ou épaisse – non-être – non-existence…

Tant de choses – de questions – d’expériences – sous la lumière…

 

 

Les lois du sol – le monde ainsi qui s’étend ; au loin – le ciel ; en contrebas – la mort ; un court instant accordé aux vivants – puis, un autre – puis, un autre – puis, un autre encore – indéfiniment pour comprendre et réaliser – se rapprocher – expérimenter le rassemblement et l’unité ; puis, pour oublier – désapprendre – faire un pas de côté – s’éloigner jusqu’aux confins – jusqu’au seuil de l’impossible – de l’inimaginable – au-delà même des plus lointaines périphéries – devenir des éclats épars (et incroyablement distants les uns des autres) jusqu’à incarner, de manière parfaite, la séparation – la fragmentation – l’éparpillement…

Ce que l’on appelle être ou vivre – selon les terres que l’on habite…

 

 

Dans le lit et les vêtements d’un Autre…

Pas même notre visage – pas même notre peau…

Ce que l’on transforme en un seul saut – en un bref coup de dés…

Plus que les « pourquoi » – plus que tous les « comment » possibles (et imaginables) – le silence essentiel – et guérisseur ; notre seule patrie – la terre de tous les voyageurs – de tous les exilés du monde…

Qu’importe alors les apparences – nos vêtures – ce que l’on semble être et vivre – le plus visible de ce que nous sommes ; la joie qui émerge à l’intérieur…

 

 

Le printemps – à nouveau ; le bleu – comme toutes les possibilités – qui refleurit…

Des ébauches – des esquisses – de l’hiver – coupées net – la nudité remplacée par l’exubérance et la prolifération…

Partout – des adieux et des naissances…

Et nous autres – sensibles – silencieux – contemplatifs – qui avançons sur le chemin qui se perd au milieu des saisons…

Et, à chaque instant, le temps à venir (que, bien sûr, nous ignorons)…

 

 

Auprès des grands arbres – la chair rouge – le ciel déclinant – la figure contre le sol – le cœur déjà ailleurs – si proche d’un soleil différent – d’un autre monde…

L’existence mortelle presque achevée…

Au-delà de la pierre – au-delà des larmes – au-delà du tohu-bohu et de la croyance en nos yeux ouverts…

Hors de notre ancienne cachette – debout – le regard planté à l’intérieur – le corps mu par les circonstances – les exigences du monde et de l’âme – sans vœu – sans souvenir – obéissant – essayant de nous frayer un passage entre le rêve et la lumière…

 

*

 

Le temps suspendu par la main – au-dessus du vide et des horloges devenues inutiles…

Le monde – au creux du mur – comme un nid – une caverne – un asile instinctif pour les créatures les plus primitives – les plus élémentaires…

Dans la poigne – la proie ; dans le crâne – le manque et la peur…

Et, soudain, la rupture des fils – l’effondrement de ce qui nous maintenait debout – vivant ; la chute et l’explosion de la matière sur le sol…

Toutes les formes et toutes les couleurs mélangées…

La fin du monde – peut-être ; la fin du spectacle – sans doute (assez affligeant – il faut bien le reconnaître)…

A l’aube – sans doute – d’une ère nouvelle – avec un autre monde – un autre temps – d’autres possibilités…

 

 

Le feu – par la fenêtre ouverte – l’incendie des âmes – le monde affairé – des flammes hautes et vives – volontaires – naturelles…

La surface épurée – bientôt régénérée ; un monde et un langage nouveaux en train d’émerger – peut-être…

Le frémissement de couleurs jusque là inconnues – des formes surgissantes…

Des grappes de lumière qui jaillissent du sol – qui descendent du ciel – qui se rejoignent en gerbes sur toutes les figures en germe – à peine naissantes – comme le prolongement de l’origine – si nombreuses – si diverses – à la nature et au passé communs ; une seule entité – en vérité – inlassablement changeante – au cœur immobile et facétieux…

 

 

Au cœur d’un ciel de plus en plus profond…

L’âme qui s’allonge ; la lumière sur le visage…

Tous les mouvements éclairés – de l’intérieur…

Les paupières qui, peu à peu, se soulèvent…

Les yeux au sec (malgré l’émotion)…

Les entraves qui s’effritent – qui s’effacent…

L’impénétrable comme affaibli – l’ouverture d’un passage naturel…

Le réel et la poésie qui (progressivement) se substituent au rêve…

Le temps et l’espérance brocardés – exclus – bannis – effacés…

Pas à pas jusqu’au seuil inventé…

Déjà présente au creux de la paume – à la commissure des lèvres – au fond de l’âme ; cette joie à partager…

 

 

En un éclair – la terre et le ciel transfigurés – le cœur sans croyance – l’âme loyale et lucide – docile – éclairée – qui jette la vie et la mort dans les bras l’une de l’autre ; comme en haut – comme en deçà – comme partout (en vérité) – bien que le manichéisme des hommes ne puisse l’admettre…

Plutôt le sommeil que le regard clair…

Plutôt l’illusion que l’étrange (et incroyable) vérité…

De la tête aux confins des premiers cercles – la même nuit – le plus sombre, peu à peu, amassé ; comme dépossédé(s) de la moindre clairvoyance face à l’accumulation des tombes – le visage triste – seulement…

Ici – depuis si longtemps (depuis trop longtemps) – sans jamais rien comprendre…

 

*

 

L’origine – comme une évidence ; des retrouvailles – le lieu de l’unité et de la déchirure initiale…

Et des escaliers à descendre – à gravir – pour retrouver l’espace antérieur au geste inaugural…

De monde en monde – de corps en corps – existence après existence…

Mille défaites – mille expériences – au cours de cette traversée interminable – sur ce chemin qui serpente entre les colonnes – les effondrements – les incendies – jusqu’à l’envol – comme l’oisillon qui, un jour – à force de persévérance et de battements d’ailes – parvient à rejoindre le grand ciel…

 

 

Des voûtes – la terre rouge – l’océan – trop lointain – comme une hantise sous le front – au milieu des rêves et des ambitions terrestres…

Le jour – comme une fête imaginée – imaginaire…

Le feu qui cherche – qui court – qui rampe – contre lequel rien ne peut lutter sinon un feu plus grand – un feu plus vif – un feu plus ardent…

Ce que l’on parcourt – d’une rive à l’autre – cet élan – ce voyage – sans cesse recommencé…

L’oubli et la destination en tête…

D’un seul trait – d’un seul geste – le monde – le silence – la poésie…

 

 

Seul(s) – au milieu de la joie – sous la tristesse et les coups ; l’enfance – l’orage – qu’importe ce qui nous échoit pourvu que nous puissions oublier la mort – pourvu que nous ayons le sentiment de pouvoir lui échapper…

 

 

La peau drapée de ciel et de vent – infinie – sans autel – sans sacrifice – sans sacrement...

Nu(s) sous cette robe tissée à même la trame du monde ; quelques fils – un bout d'étoffe – un peu de terre – quelques flammes – un peu de silence – savamment cousus ensemble…

Et mu(s) par le désir de tout ce qui nous habite – nous conformant – nous associant – à tous les élans – essayant d’assouvir tous les besoins – horriblement empathique(s) – comme condamné(s) à l’identification parfaite avec ce qui semble nous composer…

A intervalles réguliers – le sommeil – la peur des bêtes – l’ombre et le bruit ; quelque chose – mille choses – qui se substituent à l’innocence ; ce qui ressemble à un éloignement – à un reniement – de l’origine…

Notre bassesse – notre infidélité ; cette (si forte) inclinaison au mensonge – à la fourberie – à la trahison…

 

 

L’âme du monde – des Autres – tournée vers l’abîme…

Nul n’écoute – le ciel bruissant – ses incessants appels…

Toutes les planètes alignées sur d’autres images – la terre – le rêve et la pénombre…

Le réconfort et l’anecdotique – rien qui ne ressemble (de près ou de loin) à Dieu – à une prière…

Les idées éparses – la gratitude morcelée dans les mains qui saisissent – qui s’accaparent – qui violentent…

Rien que le désir et l’ambition – sous le front chétif et déficient…

Des éclats de rire pour dissimuler la misère et le néant…

L’homme et la bêtise (dans toute leur splendeur)…

Ce qui nous malmène et ce qui nous emporte – comme si nous n’avions pas encore été suffisamment touché(s) – pénétré(s) – traversé(s) – bouleversé(s) – transformé(s) par l’expérience terrestre…

 

*

 

Les ombres et les miroirs – emportés…

L’angoisse des cris qui surgissent…

Le ciel défait – l’enfance étouffée…

Ce que l’on imagine face au visage des Autres ; ce qu’il laisse deviner…

Toutes les figures du monde – parfaitement jointes…

Le regard triste ; la parole gaie (comme pour compenser – se donner des airs de vivant fréquentable) ; à moitié brisé(s) pourtant – incompris et ne comprenant rien (ni personne) – sans aide – sans aider – comme tous les Autres – en somme – à se débrouiller avec la lumière (son absence – le plus souvent) et le poids des pierres – très maladroitement…

 

 

Porté(s) à croire et à s’assoupir…

Les yeux mi-clos en marchant – en dormant – en s’interrogeant (très mollement) sur le monde et le mystère…

Porté(s) par à peu près rien sinon par le caractère irrépressible des désirs et des instincts…

Tourné(s) sur soi-même – presque exclusivement ; centre de tous les cercles dont les habitants (tous les autres habitants) sont superbement ignorés…

Emporté(s) comme de la poussière – dans le tourbillon illusoire du temps – par les courants terrestres – l’âme et le ciel obéissants…

Et la forme étrange – inadaptée – de notre présence – de notre accueil ; les mains dans les poches – les yeux baissés – ou fuyant – posés ailleurs ou sur ses souliers…

Des armes et des soucis – des querelles ; mille tourments – ce qui emplit nos vies ; et tous les usages possibles et imaginables…

Ce à quoi nul – en ce monde – ne peut échapper…

Toutes les tentatives – tous les tremblements – des hommes et des bêtes au fond de leur abîme…

 

 

Penché(s) sur le lointain – trop incliné(s) – (presque) sur le point de basculer de l’autre côté du temps – le feu et la mort à nos trousses – voué(s) à terme à nous transformer en cendre et en os – nous cabrant – nous arc-boutant – résistant à ce qui cherche à nous immobiliser ou à nous précipiter ; entamant, peu à peu (et toujours trop rapidement – à notre goût), les jours qu’il nous reste – nous dirigeant (inéluctablement – bien sûr) vers le trou et la tombe ; comment pourrait-il en être autrement…

Toujours dans l’entre-deux – coincé(s) entre les bords du chemin – entre la naissance et le trépas – ne sachant comment nous rejoindre (réellement) – ignorant si les retrouvailles avec nos origines seraient salutaires – allant cahin-caha en portant partout en étendard notre nom – nos mérites – nos possessions ; un pitoyable bagage (en vérité) qu’il nous faudra, tôt ou tard, abandonner – au seuil du passage vers un autre monde ou vers une autre perspective – moins étroite – moins ignorante…

 

 

Trop de terre dans l’âme – les gestes – sous les pas…

Des liasses de pages – comme l’exploration d’un recoin – d’un angle – d’un point de vue – peut-être…

Le cours des choses – se passant de l’ardeur et du rêve de ceux qui s’imaginent indispensables – essentiels – irremplaçables…

Et pourtant – des monceaux de monde – des pierres soulevées – et entassées – édifiées en colonnes vers le ciel…

Partout – la vaine besogne des hommes ; du bruit et de l’effervescence plutôt que rien ; une manière de survivre à l’incompréhension et au désarroi…

 

*

 

Le seul franchissement possible – véritable – en soi – au-delà du premier cercle – le seul qui ait jamais existé depuis le premier jour – vers l’origine – le ciel – l’aube – la lumière…

Sans croyance – sur une butte – quelques ronces vivantes en guise de couronne – pieds nus sur la pierre – la parole aussi douce que l’herbe – aussi claire que l’eau ; la dignité comme un arbre –droite – strictement verticale – la force à l’intérieur – dans cette sève ascendante si particulière…

Seul – dans la forêt – le miracle en offrande – dans les mains ; le silence feutré – au-dessus des terres et des têtes – trop étroites – trop peuplées – en surplomb de ce monde gorgé de sang – comme une auge où viennent se repaître tous les vivants – tous les corps vivants – les âmes retranchées derrière – apeurées – horrifiées – par cette inévitable barbarie…

Plus ni sermon – ni semence ; affranchi – à présent – se redressant – (presque) debout dans le jour…

 

 

La couleur de l’étoffe – des reflets du miroir – de la terre où nous habitons…

Ce qui glisse sous nos doigts – ce qui se dissipe à notre approche…

Cette marche – cette traversée – la peur au ventre – l’angoisse qui monte aussi haut que la lumière…

Le monde des choses et le monde des signes…

Quelque part – sous le ciel – loin du bruit et des rumeurs – sur ce chemin (extrêmement) solitaire – en marche (au-dedans) vers le rassemblement et l’unité ; la mesure commune des êtres ; sans doute – le seul geste nécessaire pour s’établir dans une autre perspective – une manière réellement différente d’être au monde – plus juste – plus belle – plus sensible – plus lumineuse…

 

 

Penché – les yeux sur les Autres – sur les tombes – à vivre – à éprouver – à essayer de dire ce que nous ne comprenons pas…

La main posée sur l’écorce d’un arbre ; et dans l’autre, le vide…

Au-dedans – un feu ; et au-dehors – ce que l’on jette hors de soi…

Comme pris en tenaille entre le ciel et la pierre…

Ce à quoi nul ne peut échapper – malgré la prépondérance du rêve dans le monde…

 

 

Des corps confus – comme la parole et les visages…

Des mouvements inachevés ; le sommeil qui s’approfondit…

Le monde de plus en plus sombre – inerte – souterrain…

On a beau hurler – nul ne se réveille – nul ne ressuscite…

On voit (seulement) s’étaler la paresse – les doléances – l’incompréhension…

Le monde – séparé – fragmenté – éparpillé…

Toutes les mains déjà posées sur l’horizon – les âmes tressaillantes – à la fois ravi(s) et désespéré(s) de devoir se frotter à l’impossible…

Trop prêt(s) des étoiles – sûrement – la tête comme un morceau de nuit – un bout d’étoffe – le reflet des choses terrestres – de ce monde si affairé…

 

 

A l’approche du jour – tout a disparu ; le nom – le visage – l’élan ; ne reste plus qu’un fragment d’espace et de lumière qui accueille le vide rayonnant…

Sans étonnement – ces retrouvailles de la terre et du ciel (enfin perçues – enfin comprises – enfin éprouvées)…

En nous – la fusion nécessaire ; le regard clairvoyant sur le monde et l’expérience…

 

*

 

Le lieu du jour – du songe – du sommeil – identique – à celui de la possibilité et de la métamorphose – comme une pierre grossièrement façonnée – à moitié sculptée…

Toutes les facettes du monde – le reflet des Autres – dans nos yeux ; et le reflet de soi – si lourd dans la balance ; le déséquilibre habituel des forces et des ambitions…

Des signes sans promesse – bien en deçà du seuil de la franchise et de l’honnêteté…

Et toutes ces oreilles collées à la porte qui nous protège des bruits – des bavardages – des mensonges ; sans doute suffisamment enfoncé(s) dans les nôtres…

Nous éloignant, peu à peu – et de manière rédhibitoire, du ciel et de la lumière – de ce qu’il y a de plus beau en ce monde – et qui sommeille (encore) en nous…

 

 

Là-haut – près de soi – loin de sa propre image – de ses propres cris – la tête (horriblement) plongée dans l’espérance…

En groupe – dans l’attente d’un événement inconnu – sous le doigt des enfants qui nous désigne…

De porte en porte – sans maugréer – de plus en plus attentif à mesure que la déchirure s’étend et que les couleurs se diluent…

Nous rapprochant du cœur de l’énigme – la tête ployant sous le poids de l’aventure – la démesure des Autres…

Et tout ce bleu – au-dedans – que si peu découvrent – dont si peu ont conscience ; plus puissant que l’amoncellement (toujours pitoyable) des choses ou des signes qui tentent maladroitement de matérialiser l’infini…

Aujourd’hui – l’infinité tremblante dans le geste et la voix – qui témoigne du silence et de la paix (presque) pleinement habités…

 

 

La dérive des mondes vers l’illusion…

De chimère en chimère – jusqu’à la parfaite fiction…

Ce qui brûle ce que nous avons chéri – ce que nous avons (passionnément) aimé…

Tous nos rêves en flammes…

Le ciel emmitouflé – dissimulé derrière un épais brouillard – un manteau de fumée gigantesque…

Et cette terre suffoquante – asphyxiée…

Des cris derrière tous les murs ; des grognements de bêtes apeurées…

Illusion aussi – peut-être – comme le reste…

 

 

Personne – le monde déserté par l’intelligence – remplacée par la chair – des amas de chair vivants – bruyants – avides et affamés…

D’un côté – des ventres et des bouches animés ; de l’autre – des têtes inertes et des entrailles entassées ; ce qui respire et ce qui a respiré ; le grand festin journalier – cette orgie du vivre – la pitance des vivants ; la chair se repaissant de chair ; le terrible (et affligeant) spectacle de la matière cannibale…

Nos mains – notre âme – nos pages – rougies et tremblantes – horrifiées à l’idée de participer à ces bombances bestiales – à ces fêtes barbares – à cette grande débauche païenne…

Sur ces rives tristes – furieuses – rubescentes – notre fin – quelques feuilles – nos os – bientôt – notre départ…

Loin de cet abîme – en route (sans doute) pour des contrées moins sauvages…

Et une bougie – mille bougies – pour tous ceux qui, un jour, habitèrent le monde…

 

*

 

Parfois – l’infini – comme un espace dans l’espace – le plus vaste investissant le plus étroit ; le vide insufflant l’air – et la place – à l’encombré…

La nuit embrassée – embrasée par des étreintes de lumière…

La ligne de feu en équilibre sur la crête – cette fausse frontière entre le jour et l’obscurité…

Des flammes – partout – sur toutes les pentes ; des éclats de lucidité dans la cendre…

Dieu contemplant son œuvre – tantôt désastre – tantôt miracle – l’apparence du monde – changeante – chamboulée – inlassablement…

Au cœur de soi – l’univers – dans notre sang ; ce qui se joue – à chaque instant...

 

 

Ici – comme dans un ciel hors du temps…

Quelques restes de sagesse antique – ancrée au fond des têtes – déchiquetés par l’ardeur…

Une respiration haute – et crispée – entre le cri et l’angoisse – le pressentiment de la faute – et même, chez quelques-uns, celui du péché…

Des chaînes de mains et d’épaules – côte à côte – ligotées – menottées – sous le même joug – soumises au même sommeil…

Ce que l’on honore ; la surface et les apparences ; la richesse des poches…

L’être dos au mur – écrasé contre les parois que nous avons inventées – façonnées – suintantes de sang et de semence – sous un ciel d’étoiles presque entièrement rêvé – presque entièrement imaginaire ; quelque chose qui ressemble à l’aube ; un peu de lumière qui éclaire la gueule des bêtes tapies dans le noir et la crainte – la faim au ventre – comme des ombres – celles des premières cavernes autant, sans doute, que celles que l’on trouve dans les livres et les mythes…

A peine – au commencement de l’histoire…

 

 

Les fruits tombés du soir – près de la porte entrouverte…

La rectitude de l’âme froissée – déclinable de mille manières…

Personne pour se baisser – et ramasser ce qu’offre le monde – le ciel – le temps – la terre vivante…

La lumière – seulement – qui émerge lentement des profondeurs pour éclairer nos pas – nos pages – nos vies – insignifiantes et crépusculaires…

Le seul présent octroyé – la seule promesse que nous ayons faite ; ce chemin qui constitue un lieu de parole – de quête – de liberté ; la possibilité d’une autre perspective…

 

 

Ici – nos mains alertes et attentives ; la beauté perceptible accueillie et offerte autant que celle des profondeurs – autant que celle que l’on ne voit pas…

A l’écoute – l’esprit plus seulement en rêve – ce que l’on retrouve indemne – ce que l’on retrouve déchiré – amputé – et ce qu’il (nous) faut abandonner…

La pierre – seul reflet de nos désirs et de nos impossibilités…

Ce que nous devinons – malgré le sommeil des hommes…

Le visage (un peu) moins triste – (un peu) moins sombre – qu’autrefois…

 

 

Bien au-delà du rythme – du sens des mots – de l’œuvre qui, peu à peu, se dessine (malgré soi) – bien au-delà des rêves les plus fous – comme un ciel – un soleil – que l’on ajouterait par-dessus le sable…

Un (véritable) tournant – peut-être…

(Un peu) au-dessus de l’angoisse et de l’illusion…

Ce que nous devenons et ce que nous savons être – malgré nous…

Le jour penché sur notre visage – en train de disparaître…

Le trésor (incroyable) découvert derrière l’effacement ; l’espace à la place de la matière – le silence à la place des Autres – l’éternité à la place du temps ; notre participation (involontaire) au miracle – au merveilleux – à l’émerveillement du regard – au réenchantement du monde…

 

 

Ce que nous cherchons – ce que nous savons – dissimulé sous le sommeil…

Le monde – la lumière – et tous ces chemins souterrains qu’il (nous) faut emprunter…

L’espérance d’un autre jour – d’une autre voie…

A demi-mot – et de manière si évidente – le refus de ce qui est – le désir d’un autre visage – d’un autre voyage – une autre existence…

Et ce ciel si bas qui nous écrase…

 

 

Le voyage – entre nos mains aventureuses – capables d’épopée ; des pages et des pages – comme autant de pas dans les profondeurs – vers le plus lointain…

Le monde et l’existence – (pleinement) traversés…

Toutes ces rives tristes et illusoires – arpentées – parcourues – de bout en bout…

L’âme angoissée – attentive aux risques et aux affrontements…

Et la présence (quasi) aveugle des Autres…

Presque rien – en somme ; quelques attouchements – des invectives – des exigences ; de l’air brassé – en vain – comme si, en définitive, il n’y avait personne…

De l’eau qui coule et des larmes versées ; le monde et l’âme – comme sources (intarissables) de tristesse…

De la désillusion – cette (précieuse) matière sur laquelle naît (peut naître) la solitude – le savoir – et, parfois même, la sagesse…

Tous les nœuds du rêve dénoués ; le réel rendu à lui-même – intact – indemne – comme l’unique substance – perceptible de mille manières – et se manifestant dans des dimensions fort différentes ; qu’importe alors la clairvoyance – la cécité – ce que nous vivons ; ce que nous sommes – d’une façon ou d’une autre…

 

*

 

Le feu – la parole – ce qui attend l’aube avec les bêtes…

Scellé(s) dans la terre – nous sommes – comme des voyageurs du sol – avec toutes les frontières à effacer pour apercevoir le ciel – d’un seul tenant – comme le prolongement de soi – du monde – l’envergure de la même étendue – ni entièrement dehors – ni entièrement dedans – partout – non localisable – exactement là où quelque chose, en nous, existe – s’engage et contemple…

La vie – le regard – notre (insignifiante et précieuse) présence…

 

 

Au bord du chemin – sous le ciel – auprès des arbres ; au loin – quelques étoiles – le bruit du monde…

Notre longue veille au milieu des ronces – des fleurs – des bêtes…

La terre de l’éternité et des âmes silencieuses…

Le regard sur la pierre ; notre seule fonction – peut-être…

Aujourd’hui encore – comme hier – comme demain – qui peut (réellement) savoir…

Notre place – entre deux ciels que, trop souvent, la mort sépare…

 

 

Le noir – dans la vallée ; cette obscurité épaisse – si différente de la pénombre qui nous entoure…

La forêt des visages et la forêt du silence…

Assis dans les collines – un peu au-dessus du néant que nous avons, peu à peu, appris à enjamber…

De lieu en lieu – sans jamais rompre – ni réduire – la distance nécessaire avec le monde humain…

Le voyage – la vie nomade – au gré des circonstances…

 

 

Sur la route de ceux qui s’ignorent – ce peuple de dépossédés – de vagabonds célestes – au milieu des Autres – trop élémentaires – trop instinctifs (sans doute) pour se comprendre…

Séparés – en vérité – comme les deux faces d’un même visage – l’une tapageuse – l’autre silencieuse – réunies parfois par le chant des étoiles lorsqu’il réussit à se mêler au chant des entrailles…

Le ciel plongé au cœur de l’espérance pour la détrôner – et ne voir partout que la même immensité – mille lignes où s’emmêlent l’obscurité et la lumière – la conscience et le néant – parsemée(s) tantôt de fables et de frontières – tantôt lisse(s) et accueillante(s) – entièrement dévouée(s) au Divin qui se loge au fond des arbres – au fond des bêtes – au fond des hommes qui (malgré eux) se résignent encore à vivre à la surface de la pierre…

 

 

Sur les épaules du temps – le fauve et l’épervier ; des paroles et des feuilles lancées en l’air – oublieuses du monde ; le même refrain ignoré par la foule – mais chanté par toutes les têtes qui se succèdent au seuil de la mort…

Hors de soi – comme arrachées – les figures qui se font face – qui refusent l’évidence du partage et de la continuité…

Des énigmes à foison – (involontairement) détournées du mystère premier…

Le regard triste – comme une pluie matinale…

Ce que l’on peut apercevoir – sans assurance ; le fond commun des couleurs – le reflet de la lumière sur le sol (sombre) de la terre – l’inconnu et le passé qui se dessinent – qui se détachent – les âmes et leur ombre – les cœurs chavirés à l’aube naissante – face aux yeux qui se ferment – face au monde endormi…

 

 

La même pierre – le même ciel – en haut et en bas – mais des têtes différentes – une perspective et un souffle différents ; chaque visage vivant à la hauteur de ses possibilités ; au milieu des arbres – au milieu des Autres – au milieu des fleurs – au milieu de l’acier (et du béton) – allant sur les routes – allant sur les chemins – au milieu du silence – au milieu du bruit (et des bavardages)…

L’existence – selon le contenu et les contours du périmètre où l’on est parvenu à s’établir…

Au fond – le miracle ; à la surface – la tragédie ; et ce qui différencie (magistralement) les uns et les autres ; la manière d’accueillir ce qui s’invite – ce qui vient ; ceux qui acquiescent et sourient et ceux qui refusent et grimacent ; nous tous – sans la moindre exception…

 

 

Sur la même couche – Dieu et l’illusion – côte à côte – se tenant par la main – s’effleurant – se caressant – devisant gaiement – entretenant une relation tantôt amoureuse – tantôt amicale – infiniment respectueuse – à la grande surprise de tous les esprits portés à l’ordre – aux frontières – au manichéisme…

Le ciel au contact de la fange – sans le moindre dégoût – sans le moindre mépris – la considérant comme une part de lui-même – inamovible et intransformable – aussi digne que les autres d’exister et d’être aimée…

Une fenêtre ouverte sur l’aube et une fenêtre ouverte sur la nuit…

D’un côté – le monde – le temps – le gris – la pauvreté des âmes mendiantes – toutes les limites terrestres et organiques ; et de l’autre – l’immensité – la splendeur – le merveilleux – la poésie – qui, sans retenue, se côtoient – se mélangent – se dissimulent les uns dans les autres – au point de (presque) tout égaliser et d’inviter le regard à éclairer chaque portion comme s’il éclairait l’ensemble…

Tout dans tout – à parts inégales (bien sûr) – comme une évidence infrangible – irréfragable…

 

*

 

A distance de soi – mal aimé – mal accompagné – comme exilé de son (propre) centre…

A peine – une pierre sur sa pente…

L’âme absente et sans lumière…

A courir après tout ce qui est noir ; ce que l’on aime – des éclats de ténèbres…

Ce qui nous ressemble – cette ardeur – ces traces de pas…

A cheminer vers toujours plus d’éloignement…

 

 

Que savons-nous de l’enfance – et de la place du feu – dans nos existences…

Le temps qui s’efface – à pieds joints – quelques sauts dans des flaques d’eau miroitantes – un bref aperçu de ses semblables et de son reflet…

Comme une étoile morte – une étoile noire – nos rêves d’amour et de parole, peu à peu, transformés en efforts – en impossibilité – en absence…

Et la mort qui guette – qui s’approche déjà ; quelques jours encore avant d’être emporté(s)…

 

 

Sur la pierre – le monde – le chemin à découvrir – à emprunter – là où l’on s’égare – là où l’on glisse (sans même) le savoir – là où commence le (vrai) voyage…

Des saisons qui passent ; des fleurs – du soleil – des feuilles – de la neige…

Le (petit) manège du temps qui fait tourner les têtes…

Le vertige des cœurs en déséquilibre ; la crainte et le repli des âmes…

Et la mort – (presque) distraitement – qui, sans cesse, fait de l’espace et remplace…

Ceux qui étaient cessent, soudain, d’être mais qui sait ce qu’ils deviennent… vers quelles terres – vers quelles lumières – vers quelles ténèbres – sont-ils éparpillés (et en quelles proportions) ; et ce qui reste – enfoncé dans la terre – entrailles et poussière…

Et la tristesse (passagère et inconsolable) de ceux qui les suivront bientôt – enfoncés dans cette incapacité à faire face à l’absence – la chair profondément pénétrée par la mémoire – les yeux et les joues mouillés de larmes ; de jour en jour – de vie en vie – l’esprit toujours aussi triste et ignorant…

 

 

La même neige qu’au-dessus du temps – vers le passage des hauteurs – la parole discrète et affirmée – ce que l’on devra céder – à la place de la désespérance…

Le mystère et la lumière – sous des apparences tragiques…

Le ciel – des ombres – ce que l’on craint – ce à quoi l’on s’attend ; et ce qui nous sera offert…

Au terme de l’échange – la défaite (bien sûr) – sans surprise…

Et ce que l’on apprend – peu à peu ; le retrait – l’effacement – l’oubli – la disparition…

Et, un jour – en nous, naît cette capacité (involontaire) de faire coïncider chaque geste avec des pans entiers de vérité – le visage absent (de plus en plus) que le soleil remplace par des couleurs – des teintes – des reflets – parfaitement adapté(e)s aux circonstances…

En dessous du rêve – des querelles et des pugilats – tous les opposants – les adversaires qui s’étripent – une kyrielle de (piteux et funestes) combattants ; et, au-dessus – la main blanche – le lieu des découvertes – la promesse d’une certaine félicité…

 

 

Le souffle – le silence – en deçà – au-delà – de l’absence…

L’esprit de la terre davantage que la fange des visages…

Tantôt la couleur de l’or – tantôt l’odeur de la souillure ; une image après l’autre dans la mémoire – si proche de la réalité du monde – dansant avec douleur et insouciance…

Le territoire de l’enfance où se mêlent les signes et le goût de la liberté…

L’affranchissement (très progressif) de l'âme ; des pas ardents – jamais désespérés malgré les épreuves et l’adversité…

Ce que l’on finit par tenir – contre soi – si serré…

En nous – ce précieux legs de la mort ; le frémissement de la chair face à la brièveté des jours ; et la confiance nécessaire (si profondément ancrée dans l’être) pour continuer le voyage…

 

*

 

Entre les arbres – la beauté éparpillée…

A l’écoute de la sève qui monte…

Pierre après pierre – les temples qui s’édifient…

Le même chemin – déjà mille fois emprunté – d’abord de manière prudente et apeurée – puis, de manière triviale et mécanique – et sur lequel il nous faudra apprendre à marcher avec attention – respect et discrétion – pour découvrir le passage qui mène derrière le miroir – au-delà du monde – au-delà des ombres – au-delà du réel apparent – sur cette terre dont nous sommes l’hôte – provisoire et éternel ; notre propre compagnon de voyage – entre Amour et absence – l’incarnation (plus ou moins imparfaite) du mystère…

 

 

Au cœur de la forêt – au milieu des fourrés – parmi la mousse et les chants d’oiseaux…

Au seuil de l’automne…

Des feuilles sombres…

Notre désert qui s’enflamme ; la voie passive où se compteront toutes nos défaites…

Et ce que l’on parvient à entrevoir parfois – au loin – sur cette (énigmatique) ligne d’horizon – à la verticale – juste au-dessus des murs du labyrinthe…

Et dans les yeux – cette lumière nécessaire pour éclairer le passage ; Dieu dans nos bras ; la tendresse incarnée qui, peu à peu, s’affranchit du sommeil…

Nous – penché(s) sur notre propre visage…

La fin de l’apprentissage qui ne débouchera sur aucun enseignement ; le cours des choses et les circonstances – seulement ; presque rien – sans personne – ainsi vivrons-nous…

 

 

Ce qui se détache du rêve et du mensonge…

Le soleil sans ses combattants…

La plus vieille ambition de l’homme – sans doute ; une humanité nouvelle (réparée et régénérée) à laquelle on se sentirait appartenir – sans honte – sans avoir à rougir (d’aucune manière)…

 

 

Le jour tailladé…

Toutes ces mains avides et ces ventres gonflés de désir…

Le temps d’un souffle ; la naissance et la disparition des visages – de la matière…

La nécessité de l’étreinte dans nos voix suppliantes…

La couleur habituelle du monde…

Des signes – et cette espérance aussi désespérée que désespérante…

Du côté de l’absence plutôt que du côté de la possibilité ; l’incapacité (quasi) ontologique d’être là – de répondre aux exigences du réel – de savoir offrir et tendre la main…

Le sommeil (si commun) des têtes humaines ; le lot de toutes les civilisations terrestres…

 

 

Incliné comme d’autres se redressent – affrontent – refusent – rejettent – bannissent…

Ce qui brille – comme un soleil à la couleur éclatante…

La terre (si atrocement) divisée – à la manière de notre esprit…

L’errance – les mots – la foudre…

Ce que l’on réclame ; et ce que nous léguons sans bienveillance…

Le plus simple – la vie simplifiée – (bien) moins lourd que le reste – que toutes les histoires des hommes…

Dans la main – le ciel qui s’éclipse ou qui s’allonge – selon ce que nous offrons – selon ce que nous conservons…

En soi – le Divin – la conscience – l’Absolu ; et en filigrane – le pacte (inconscient et involontaire) que nous avons signé avec le monde…

 

 

Le poids des pierres dans les poches – et dans l’âme aussi – cette charge inutile…

Des pas laborieux – tout au long de cette marche – au milieu des tombes – sur les feuilles mortes – aussi lourds qu’elles semblent légères – aussi solitaires qu’elles semblent inséparables – en l’air comme au sol – l’existence terrestre soumise au grand cycle des saisons…

Notre sort à tous – notre sort commun…

Ensemble – au cœur de cet étrange labyrinthe ; la matière – l’esprit – l’invisible ; et nous – et en nous – et entre nous – la généalogie et la douleur – les liens et l’incompréhension…

 

 

Dieu et la lumière – posés (très) librement – presque avec nonchalance – au milieu de l’enfance…

Et, un jour, ce qui s’achève avec le défilé des jours – le cortège des années…

De la couleur et de l’intelligence – éparpillées – comme des éclats – de l’écume – qui parsèment – qui éclabousse – la terre – les têtes – tous les souterrains…

La réalité des mains attachées à leur besogne ; le labeur à faire – gratuitement – en pure perte – malgré le froid – malgré l’indifférence – malgré le monde…

Sous le ciel – tous les auxiliaires à l’œuvre…

Dieu et la lumière – bien au-dessus de l’effervescence et du temps ; et à l’intérieur aussi – comme un (très) long apprentissage…

 

 

En soi – sur la feuille – la vérité qui nous porte – et que l’on ne peut tenir entre ses mains ; à vivre – à sentir – à expérimenter…

Comme un espace parsemé de portes que la vie – que le vent – ouvrent et referment – et que nous franchissons à force de patience – à force de persistance – avec ce feu ardent au-dedans qui nous anime – qui nous hâte – qui nous éperonne…

 

*

 

Face aux miroirs du monde – impuissant…

L’indigence retenue prisonnière du reflet…

Des ombres encore – sous le ciel – l’homme (comme toujours) se surpassant…

Un simple décor – pourtant – pour le temps et les visages qui passent…

La face hideuse du mensonge ; cette nuit apparente…

 

 

Une étrange cacophonie au milieu des étoiles…

Des voix – du son (seulement) qui se fracasse sur la roche…

L’enfance que l’on piétine – la conscience endeuillée…

Le regard à la fenêtre – les oreilles aussi loin que possible du vacarme…

Un désir d’ailleurs ; le voyage comme une évidence…

La nécessité de la solitude et du silence…

Vivre à l’écart des ombres et du tapage…

Un peu d’espace au fond du cœur – un carré de ciel au-dessus de la tête ; et cette foulée tenace – et ce long périple – sur l’étendue verte…

 

 

La figure des hauteurs – près des contours – entre le bleu et les dernières frontières du monde…

Le séant posé sur la pierre – les mains jointes en prière – proches du cœur…

Au-dessus de l’abîme – tous les visages réunis – comme un seul homme – sous le soleil – affranchi(s) des impératifs (habituels) qui ligotent les créatures terrestres…

Le chant ardent – et (presque) inaudible pourtant – la tête en train de s’effacer – les yeux, peu à peu, déployés en regard – à la cime du sol (en quelque sorte) – ce qui semble si étrange – si incongru – si inutile – aux yeux des Autres et qui paraît si naturel à ceux qui voyagent – à ceux qui se laissent transformer…

 

 

Le jour – comme l’oiseau – sur notre chemin – le signe d’un destin abrupt et solitaire – voué aux marges – aux hauteurs – à la lumière…

L’éternité – pour apprendre à être là (pleinement – entièrement – parfaitement)…

La terre toujours plus caressante – à mesure que l’on s’approche du précipice…

Le saut et l’immobilité – simultanément ; ce qu’enseigne toute sagesse…

 

 

L’infini déguisé, parfois, en encre noire – en indigence – en cri – en arbre – en homme – en chemin où l’on se perd…

Dans le plus étroit – très souvent – dans le plus confus ; au même titre que la lumière…

Au cœur de cet espace plongé au fond des choses – du monde – de la matière – dissimulé – invisible aux yeux trop crédules – aux fronts trop ignorants…

Ce que l’on finit par découvrir, un jour, en fouillant en soi – en remuant (avec obstination – avec acharnement) toutes les profondeurs…

Rien – en vérité – qui ne soit notre territoire…

 

 

Une pente à découvert…

L’horizon inquiet par l’étrange posture de quelques solitaires…

La main sur l’herbe qui s’abandonne…

Auprès de soi – comme auprès d’un Autre…

Le monde qui s’éloigne ; le bleu tout proche qui se déverse, peu à peu, au fond des choses – au fond des âmes – qui ont réussi à se vider (de manière suffisante)…

La même couleur qu’au-dehors – comme si la joie avait repeint la terre – le cœur – le corps – les gestes et les pas – avec un peu de ciel ; l’immensité badigeonnant de ses doigts habiles quelques interstices terrestres prometteurs…

 

*

 

Sous les feuilles – l’humus – la vérité…

Au-dessus – le ciel sans passion…

Et ailleurs – partout ailleurs – là où l’on accourt – là où l’on se suit – la foule frivole – impatiente – mimétique…

A grands bonds vers la rumeur que l’on colporte ; le bavardage hissé (presque) aussi haut que le sommeil…

Assoupis le jour – agités la nuit (en rêve)…

A aboyer comme des enragés – toutes les ombres repliées en soi ; la bouche en soleil pour se donner des airs lumineux ; le masque (un peu figé) de la félicité…

Quelques jours – quelques saisons – d’apparat et de mensonges – entre la naissance et le trépas…

La (grande) mascarade de l’intime et de la communauté à laquelle échappent quelques solitaires (plus ou moins) lucides et éclairés…

 

 

Tant de frivolités sur la pierre sombre et grise…

Des rires qui ressemblent à des éclats de lune ; partout – le culte des apparences – le règne (atroce) des instincts – la laideur que l’on maquille en beauté tapageuse (et artificielle) – inventée – (purement) imaginaire…

Des grilles que l’on prend pour des ouvertures (porteuses de possibilités)…

Et toutes ces portes closes – tous ces chemins qui serpentent entre les tombes et qui mènent tous (sans la moindre exception – bien sûr) à la mort…

Tous ces pas funestes – toutes ces vies tragiques – les uns derrière les autres – sans personne pour souligner la noirceur des gestes et des visages – l’absurdité de ce défilé – de ce tapage…

Des pantins – au mieux – qui s’imaginent libres – et paraître ce qu’ils ne sont pas – ce qu’ils ne pourront jamais devenir…

Des fantômes – sans joie – qui gesticulent – en pataugeant dans la fange – en se donnant des airs de fortune – des airs de félicité…

Un monde pitoyable qui incite (bien évidemment) les plus sages – ou, peut-être, les moins fous – à quitter l’arche populeuse pour tenter une autre aventure – un autre voyage…

 

 

Moins heureux que le voyageur – le vagabond qui passe ; moins libre(s) – à l’abri du vent qui souffle sans qu’on l’ait invité…

La vie écartée par les mains féroces du monde…

Le ciel rouge – derrière les barreaux qu’ont inventés les yeux (tous les yeux)…

Et la foule qui vaque – indifférente – à ses occupations habituelles (très ordinaires)…

Des rires sans délicatesse ; et des alliances face aux miroirs brisés – face aux fragments et aux reflets majoritaires…

Des routes que l’on quitte et des routes que l’on emprunte – sans rien savoir du voyage et de la destination…

Le défilé permanent des vies et des visages…

Rien que des apparences ; à petits pas tristes vers le soir et la tombe…

 

 

Le prolongement silencieux de la parole qui a pénétré l’âme…

Quelque chose – au-dedans de la chair – qui s’écarte…

Le cœur passablement chaviré…

Ce qui émerge de l’humus ; ce qui se redresse…

Les bras tendus devant soi pour éviter le pire…

La vie – le monde – le temps – qui se dérobent ; l’existence sans socle – comme si rien n’existait vraiment…

Des instants de tristesse et, de temps à autre, de lucidité…

Une manière d’assouplir la consistance et la crispation (apparentes) des choses et de l’âme…

Une tentative – seulement…

Une parole encore trop lourde – et (bien) trop gorgée de mots – pour prétendre au silence – à la légèreté – à la poésie…

 

 

Une route aussi large que l’espace – que l’Amour – qui se déroule sans personne – malgré nous – en dépit de l’existence et du monde…

Le ciel qui chemine – sans jamais s’écarter – sans jamais s’éloigner – qui accompagne tous nos gestes et tous nos pas – et notre ignorance inquiète qui pressent la vérité – l’identité réelle des choses et des visages – et la position de chacun sur la carte et le chemin…

Pas si lointaines – les ailes – à égales distances, sans doute, des pierres et de l’immensité…

Les vagues qui déferlent et se retirent ; les vagues qui nous emportent et nous mènent vers le large – vers le centre – vers l’effacement…

 

 

Dieu – la main tendue – aux prises avec le désert et la foule…

Le temps infini de l’œuvre qui se réalise – sans jamais s’achever – qui ne connaîtra jamais le moindre terme – la moindre fin ; l’impossibilité (ontologique) du définitif – de l'aboutissement…

Sans cesse – l’écume et la mort – sans cesse, le recommencement et la continuité ; l’entre-deux et le passage ; et le règne – la souveraineté – inégalée – inégalable – de l’instant…

L’absence et le grand banquet…

La matière efflorescente et la ronde perpétuelle des visages…

Le désir et la faim – le glaive et le combat ; la belle (et cruelle) chorégraphie des danseurs enlacés – au corps à corps…

Et, de temps à autre – très régulièrement, les yeux clos (pour plus ou moins longtemps)…

Et la lumière – et la nudité – toujours (bien sûr) – à portée de flammes…

Et le feu, en nous, assidu à la besogne ; le labeur acharné du manque qui cherche la complétude et la joie ; notre identité commune ; notre travail à tous – en somme…

 

3 juillet 2022

Carnet n°275 Au jour le jour

Octobre 2021

Ici – sans aile – sans ciel – arpenteur(s) de souterrains – nous tuant à la tâche pour quelques couleurs qui pourraient (éventuellement – sans la moindre certitude) égayer le gris habituel…

A marcher dans l’espoir d’une lumière (toujours) introuvable…

Ici – la liberté cependant – dans le geste affranchi du désir et des ambitions – dans la parfaite obéissance à ce qui s’impose…

Le cours des choses en prescription ; et la stricte observance existentielle comme seule nécessité…

 

 

La plaie ouverte ; l’enfance nue – sur la cime (supposée) originelle – défaite de ses vêtures et de ses mensonges…

Dans la main – (bien) davantage que l’espérance…

L’horizon au-delà des querelles et des ombres vénérées…

Ce que l’on s’échange – (presque) toujours en pure perte…

Sous nos doigts – dans la chair – au cœur du monde ; l’esprit follement épris du mystère…

Au-delà de la douleur et du temps – au-delà des combinaisons trop communes – trop conformes – quasi obscènes (tant elles sont répandues)...

Ensemble – sans personne – sur la pierre ; exclu de tous les trafics – de toutes les manœuvres – des usages les plus nocifs…

Une minuscule fenêtre – un peu de lumière…

 

 

A notre place – disparu – sans reconnaissance…

Parmi les arbres – au cœur de la forêt…

Toutes les portes – comme toutes les rencontres – à l’intérieur…

L’infini et le souffle ; la vie sans résistance…

La simplicité de l’être et la simplicité de l’homme ; le manque et la mort mis en échec par l’instant – la disparition de la durée – l’extinction du temps…

Et, contre toute attente, la subsistance de l’étincelle et de l’éternel…

Jamais seul(s) – bien sûr – dans la solitude…

Le jour qui vient – le jour qui va ; l’existence heureuse – sans doléance – sans caprice ; le cœur comblé…

 

*

 

Des empreintes dans l’espace…

Quelques cordes tendues au-dessus du vide…

La foulée qui s’allonge sur le fil…

De la douleur à la jouissance – en quelques pas…

Toutes les vibrations du vivant…

Et, au cours de la marche, des gisements à foison – d’où, sans doute, l’éternel recommencement des choses – du monde – du temps…

L’existence en sensations inextricables ; l’esprit à géométrie variable ; sur des plans différents et, parfois, complémentaires…

Le ciel indemne malgré la prolifération de la matière ; le jeu perpétuel du vide ; l’invisible qui exerce ses prérogatives…

 

 

Hors de soi – le devenir en dormance…

Le monde et le temps comme assoupis – presque inexistants – pas même un décor ; un souvenir (plus ou moins lointain)…

Du bruit et des mouvements – étrangers – comme une part de soi – derrière la vitre – oubliée – abandonnée à elle-même – à ses propres rêves…

Du délire et des ruines – le grand vertige et la grande mélancolie des hommes…

De la rocaille en guise de visages…

Et, au-dedans, l’errance et la cage…

Les pas qui tournent en rond – derrière des barreaux ; ce que l’on porte – au-dedans des frontières – la peine et l’interdiction…

L’espace et la vision – (extrêmement) limités ; notre périmètre de détention…

Condamné(s) au rêve et à l’évasion qui se transforme, quelques fois (très rarement), en salut – mais qui se limite, chez la plupart, à un peu de ciel peint sur une planche – à un soleil inventé – purement imaginaire – pour égayer (un peu) la couleur de l’air que l’on respire…

 

 

Au bas des pierres – ce grand cercle de lumière…

La fange et l’ennui – entremêlés – et qui (bien sûr) nous embarrassent…

Le vide certes mais comme vécu à distance…

Une existence qui nous laisse (le plus souvent) impassible ; et des circonstances qui nous rendent (pourtant) si impatient(s) – si insupportable(s)…

Sans gratitude – sans surprise – alors que rien ne nous échoit de manière gratuite ; le sens sous-jacent de toute offrande…

Chaque expérience – comme le prolongement permanent de nos actes ; avec mille implications – mille conséquences…

Comme si l’on participait (malgré soi) au grossissement du monde ; et, bientôt, devant nos yeux – cette montagne démesurée – monstrueuse – inébranlable – impossible à gravir…

Et ce minuscule trou de souris où l’on s’est (provisoirement) réfugié – où l’on a (apparemment) élu domicile ; et qui nous contente ; en effet – qu’importe l’extérieur – le dehors géographique ; en soi – le (seul) lieu de la métamorphose – le (seul) lieu des possibles – malgré l’apparente exiguïté…

 

 

A l’opposé de soi – la censure et la condamnation…

La parole rare et le regard sévère…

Et ce feu continu au fond de la blessure – la souffrance naturelle (et ordinaire) de l’homme et du monde…

Notre pénitence terrestre en attendant la mort…

Et, parfois, une certaine forme de hauteur – entre la folie et la lumière – la lampe toujours allumée pour éclairer les bas-fonds…

Et l’esprit (incroyablement) amoureux de ce grand bazar…

 

 

Le ciel à nos trousses ; la foulée trop lente et la course trop longue…

Au rythme de la fleur qui pousse – au rythme de l’érosion de la pierre…

Et ce que l’on abandonne (trop souvent) à regret ; notre errance et notre claudication…

Et, parfois (très rarement) – l’immensité qui nous saisit – qui nous pénètre et nous envahit – avant même que le ciel ne soit atteint…

 

*

 

Il (nous) faudrait fouiller dans ce qui respire pour pouvoir découvrir une vérité vivante…

Sous la pierre – dans l’ombre – au fond de la chair – le magma écarlate qui, peu à peu, se transforme – qui, peu à peu, change de couleur…

La pulsation de la source – le souffle de la poitrine-mère ; et derrière le mouvement – l’infini – l’invisible – le silence ; l’espace et la présence que nous avons (malgré nous) fragmentés…

 

 

L’espace (étrangement) triangulaire du monde – du temps – de l’ineffable…

Ce qui s’ouvre – ce qui est vide – ce qui est saillant…

Derrière les apparences changeantes ; la chair qui s’entasse – les fronts offusqués…

A travers la semence [et l’efflorescence de toutes les substances (terrestres)] – le même simulacre – cette tragédie mal inspirée ; le feu de la terre qui veille sur ses morts ; et mille lieux à délivrer de l’indigence et de l’entêtement (à vivre)…

Au lieu de l’inertie ambiante – il faudrait fabriquer une embarcation – mille embarcations – et les offrir (avec un peu d’ardeur) pour que le monde soit capable de traverser l’océan des profondeurs – dans le sillage du Divin, en nous, déjà présent…

En vérité – il suffirait d’un (simple) rapprochement des bords – une réduction de l’éloignement – pour que le ciel puisse scintiller au fond des yeux des bêtes et des hommes – dans la sève des arbres et le pollen des fleurs – au fond – au cœur – de toutes les choses de la terre ; pour que la couleur et la joie puissent, un jour, remplacer les larmes et la peur…

La possibilité d’un autre monde – en somme…

 

 

Vagabond des bois dialoguant avec les pierres et les arbres – s’essayant à toutes les coutumes du bestiaire forestier – en simple passant – en habitant provisoire du temple (naturel)…

La besace pleine de baies – en guenilles – comme aux origines…

Le travail de la main plutôt que celui de la tête…

L’innocence sans mensonge…

La discrétion et le respect – la parfaite continuité du silence qui règne sous les feuillages – en accord avec toutes les lois en vigueur derrière les fourrés épais…

Le cœur et le geste – si proches de l’impossible…

 

 

Étranger à l’absence…

Plutôt fenêtre aventureuse qu’abri confortable – plutôt pas ardent que tête assoupie…

Le cours des choses – comme réel miroir de l’ineffable…

Et la clé – en soi – sans sentence ; la sagesse et l’ardeur que l’on sème par mégarde…

Dieu sur un rocher – et notre voix (beaucoup) moins belliqueuse – le monde tel qu’il nous apparaît aujourd’hui…

Derrière l’œil – la prière et la foi – sans église – sans croyance…

Tous nos visages réunis – tous nos mythes et toutes nos couleurs rassemblés – au fond de l’âme…

Sur le chemin – la perte (progressive) des illusions ; la découverte permanente ; ce que dissimulent la mort et les apparences mis au jour – exposé comme une évidence…

Notre capacité à sourire et à franchir tous les seuils – toutes les limites ; mille défis à relever – sans orgueil – sans agressivité – dans notre manière même d’être au monde…

 

*

 

Le jour dépenaillé – (très) digne sur la terre de la souffrance – au pays des fantômes et des morts…

Au fond – sans (réelle) blessure – sans (réelle) offense ; les circonstances pas même ajournées – pas même détournées…

La morsure des hommes – toutes les têtes inclinées – les yeux mi-clos – presque fermés – comme pour échapper à l’éblouissement ; pas assez mûrs – sans doute…

Un bout de ciel sombre – quelques pas – la multiplication des danses – le jeu (inévitable) du monde…

La discrétion à l’honneur ; et la patience d’attendre la lumière – les tout premiers prémices de l’effacement…

 

 

Sur cette terre sans soleil – le rôle de la couleur et la tentative des mots pour égayer l’air – donner au vide une vibration particulière…

Le déplacement de l’Amour – le rapprochement de la mort et de l’immensité…

A vive allure pour enjoliver les traces – donner à l’espace et aux pas leur allégresse (fossés et trébuchements compris)…

Une manière d’apprivoiser la noirceur du monde – de défricher des voies nouvelles – de vivre sans trop de tristesse au milieu des hommes – au milieu des ombres – au milieu des tombes…

 

 

A même la pierre – la peau – la chair…

A même le vent – la tête – les pieds…

Au cœur du rêve – trop de fois endormi(s)…

Dans les pas – la violence…

Sur les mains – le sang…

L’esprit cherchant l’impossible – cherchant l’impensable – une réponse – l’émerveillement de l’âme – la panacée universelle – mille manières d’échapper à la peur – au monde – à l’existence – à l’impitoyable inexorabilité des circonstances…

 

 

L’effusion de sang – la mort – ce à quoi incitent les idées – ce que permettent les croyances…

L’existence frivole et les gestes inconséquents…

Un léger sourire face à l’oppression – face à l’étouffement…

Davantage que nos aïeux ; davantage que quelques aboiements plaintifs…

L’enfance révélée – la bêtise pourchassée sans répit – l’exacerbation de la tristesse – pour créer les conditions de la révolution ; la fin du mirage et des âmes (trop) passives…

Pas une guerre – l’installation durable du silence…

Le règne de l’ascension – le règne de l'échappée plutôt que celui de l’affront – plutôt que celui du sacrifice…

 

 

La foule fiévreuse ; tous les tambours frappés par des mains rageuses…

Autant de bruit que la souffrance éprouvée…

Des cris et des couteaux – qui jaillissent des gorges et des poches ; les tout premiers barreaux sur l’échelle de l’atrocité…

Le monde tenu en joue...

L'excès de néant au lieu du vide éclairé…

 

 

L’espace franchi d'une seule traite – à petites foulées ; quelque chose du désir – de l’exil – de la lumière…

Comme accordé au cours (inexorable) des choses – la seule pente – la seule réalité – la seule litanie – possibles ; et tout le reste, sans doute, à négliger (autant que possible)…

 

 

Troubadour du temps des neiges…

L’hiver – sans public – la seule saison – le seul espace – envisageables…

L’Amour ; et les pieds joints dans la mort…

L’existence sans filet ; la tête hors du sable…

Le voyage entre pierre et ciel – aussi infime que les flocons qui s’entassent sur le sol gelé…

Sans doute – le même rôle et le même visage – sans la nécessité du temps – pour tenter de durer un peu…

 

*

 

La violence du magma face à l’impossible ; et (biens sûr) réciproquement…

Des hurlements face à la mort – face aux vivants…

Et la vérité qui passe – sans équivoque…

 

 

L’identité qui s’allonge – qui se distend – qui empiète sur tous les territoires restreints ; le périmètre de la peur et du retranchement ; tous les alentours…

Et dans l’âme – et dans les veines – aussi – ce (très) progressif envahissement…

La bouche attendrie – le ciel autour du cou…

Partout – chez soi – jusque dans la résonance du sol…

 

 

Le pas glorieux des inconquérants ; le ciel – en tête – plus qu’en tête – partout au-dedans et au-dessus de soi…

A chanter l’innocence face aux assauts – face aux menaces – face aux ombres qui s’avancent…

Au-dessus (bien au-dessus) de la pyramide édifiée en l’honneur des combattants – de ceux qui portent l’épée – et qui la placent (en général – très largement) au-dessus des livres…

Riant de la débâcle – pansant la tristesse – adoucissant la douleur des vaincus – sauvant ce qui peut l’être encore…

Plaçant l’absence et l’abjection face à leurs contradictions – autant que l’indifférence…

Brandissant l’Amour avec légèreté…

Coupant court à toute forme de débat…

Ôtant la poudre dans tous les yeux…

Veillant avec attention – respect et patience – sur le sommeil (non réparateur) de ce monde mal en point…

 

 

Au cœur du fardeau – l’espace et la complicité ; ce qui allège et ce qui consent – toute l’équivoque de l’homme – l’esprit pris en tenaille entre la matière et la liberté…

 

 

Le temps ajouté au temps…

La terre ajoutée à la terre…

Rien de nouveau dans les mains – sous le front…

Le même écho – celui de l’ignorance…

La solitude et la mort – à vivre comme si nous avions les yeux scellés…

 

 

Sans consigne – sans regret – sans illusion – qu’importe les seuils et les portes basses à franchir ; suffisamment humble et incliné pour se faufiler dans tous les passages proposés…

Et ce qui viendra bientôt – l’immensité – l’étendue des hauteurs ; en attendant l’existence simple et solitaire – sans mensonge – sans consolation…

 

 

La vie comme du bois menacé – que l’on frotte au froid de l’hiver – et qui flotte, parfois, entre deux eaux…

Et les mêmes dangers à l’intérieur…

Légèrement décalé – l’âme comme jetée au fond d’un fossé…

Toutes les portes de l’histoire verrouillées…

Avant que le vide ne devienne nôtre – dans une ou deux éternités – peut-être…

 

 

Le chaos comme chahuté par lui-même…

Ainsi se construisent le monde et l’oubli du monde…

La matière en marche ; et la perte qui s’accroît…

La maladie d’un Autre – sans le moindre consentement…

Bien plus (pourtant) qu’une existence – qu’un tas de souvenirs et d’excréments…

 

*

 

Envoûté – peut-être – comme au commencement ; l’âme lisse et les yeux plissés pour mieux ressentir ce qui est donné…

La respiration née des profondeurs – du ciel au-dedans – comme le geste – comme le vent – la tête abandonnée – l’intelligence prise dans la débâcle – quittant, peu à peu, l’abjection…

La lumière qui prend place aux côtés de la veille…

Les dés dans les mains des Dieux ; paré, à présent, pour les jeux du cirque auxquels sont condamnées (presque) toutes les créatures de ce monde…

 

 

Au fond du sommeil – privé de tout – le corps impatient – la tête inerte…

Des éclats de cycle et de scintillement…

L’allégresse et la sauvagerie – éparpillées – vagabondes – main dans la main…

A fuir – à se cacher les yeux – comme si la plaie était trop profonde – comme si vivre nous était impossible…

 

 

L’âme en friche – anéantie – comme laissée hors du jeu – hors du monde…

Le sang des Autres sous les pas – sur les mains…

La substance des mots reléguée au fond du cœur – comme confiée au hasard…

Le silence – pourtant – plutôt que le mythe…

L’œil ouvert – pourtant – plutôt que la cécité…

Et le sommeil encore – comme une lèpre qui ronge la pierre – qui ronge la chair ; quelque chose qui s’insinue et qui, en définitive, nous ampute de toute possibilité…

Comme un écart que l’on essaie, sans cesse, d’agrandir pour tenter d’échapper à son destin – à cette chute inévitable qui nous est promise :

La vie à la manière d’un corps qui tombe dans un abîme sans fond – à la manière d’un corps qui flotte dans l’air ; prisonniers de (toutes) nos contradictions…

 

 

L’âme enjouée par l’écart de la chair – qui s’éloigne du tracé ancestral – qui se découvre un destin aventureux…

En dehors de tout sentier…

A courir au-delà de toute raison…

Comme une pierre qui roule loin de la roche – loin des éboulis – sur des pentes vertigineuses – de plus en plus loin…

Un peu de matière qui n’appartient à personne – et qui aimerait parcourir le monde – faire le tour de son corps pour trouver sa place – et se rejoindre (si l’occasion lui est donnée) – sans les recommandations de la tête – sans les exigences du cœur – libre d’aller – de se disperser – de disparaître…

 

 

Sans trace – dans l’air – comme la course du vent…

Un peu de transparence…

Un écho (pas si lointain) de lucidité et de sagesse…

Le monde émergeant de la buée – de la brume – de l’obscurité…

Un pas vers l’émancipation – un avant-goût de la liberté…

L’alignement de l’enfance et de ce qui suit la cécité et la désespérance…

 

 

Trop d’étoiles dans les yeux fermés…

Cette danse étrange sous les paupières closes – le regard éteint alors que la ronde des rêves s’impatiente…

Un peu d’aventure avant la mort ; la même illusion dont – inlassablement – on se sert…

 

*

 

La tête en fête – alignée sur l’enfance et les étoiles – le ciel et le monde…

La denrée la plus rare ; les yeux perdus…

Des traces et des vies pour (presque) rien…

Quelques pas de danse entre l’abîme et la mort – entre la mort et l’autre béance…

L’obéissance à la faim ; cet écartèlement involontaire…

Ce dont nous sommes fautifs ; la liberté fragile...

Le ciel comme pris au piège…

 

 

La main accueillante…

L’immensité amoureuse…

Le cœur à demi fermé qui se recroqueville plus encore…

L’œil (toujours) étonné…

L’inconnu qui chasse le plus familier…

Le front sans cesse oublieux – sans cesse porté par le désir et la faim…

Le corps qui cherche des ailes – un peu d’air – sa respiration…

L’infirmité contiguë au surcroît…

Un monde aux arômes – et à la saveur – trop peu variés…

 

 

Devant la porte oblique – (très) étonné…

Le regard sans assise…

Le sens perdu à force d’écarts et d’effractions…

Et, un jour, au détour d'un virage propice – la rencontre ; comme deux figures gémellaires – inséparables – qui se retrouvent…

Le monde qui s’enlise ; et le reste (bien sûr) qui se donne…

A glisser ainsi – sans résistance – vers moins de choses encore ; le rien – le plus que rien – sur cette trajectoire – et au bout peut-être – et au bout sans doute – le visage commun originel…

A la manière d’un perpétuel recommencement ; le brusque surgissement du réel…

 

 

Les yeux au-dessus de la roue du temps…

La nuit terrée – taiseuse – envisagée…

Ce qui monte et ce qui descend…

Un peu de réel – un peu de souffle – un peu de sang…

Le cœur animé par la même soif (depuis si longtemps)…

Le corps à qui l’on donne un nom (pour quelques jours)…

Une voix qui s’éveille – parfois…

Une (infime) partie de l’infini que chacun croise sur son chemin…

 

 

La foule qui s’éloigne…

Vers le nord – toujours davantage…

Quelques pas encore…

Le vent sur la peau – au pays des lames et des lambeaux…

Une folle ascension ; une montée à se rompre le cou…

L’âme (discrètement) creusée par toutes ses découvertes…

Et l’espace qui, peu à peu, se substitue à la passion ; ce qui (bien sûr) nous désarçonne – ce qui (bien sûr) nous désagrège ; comme une (très singulière) manière de se retrouver…

 

 

Le temps (trop) furieusement offert…

Le début d’un jaillissement…

Une matière à traiter…

A portée de plume ; au cœur de tout ce qui gravite – le passage et la fosse…

Au-delà (bien au-delà) de l’homme…

Peu à peu vers la cime – l’abîme monstrueusement plongé au fond de soi…

Cette marche – au cœur de l’entre-deux – à refléter toutes les faces (simultanément)…

Un peu de l’étoffe ; et dans le pli toujours (plus ou moins) équivoque…

 

 

La nudité des yeux qui se laissent voir…

Le monde pourchassé – le monde pourchassant…

Le bleu qui s’affiche – ici et là – sans la moindre ambiguïté…

Une façon de se dévêtir…

Ce qui existe – et compte – derrière les mots ; et ce qu’ils parviennent à atteindre – à révéler – à faire oublier…

Le sol brillant du monde et la lumière…

 

*

 

La voix – de plus en plus silencieuse…

Quelque chose qui, soudain, sort de la cécité ; un vague rayon de soleil – tout juste un peu de clarté…

Au milieu du vide et du vent…

Partout – le scintillement naturel de l’espace…

Et la mort à couper le souffle…

Et l’âme affranchie du temps…

Le ciel et la pierre – à l’écoute – emmêlés – libérés de l’herbe rouge – du parfum de la peur – des yeux fermés…

Parmi nous – l’infini descendu – presque palpable – presque perceptible – incroyablement vivant…

 

 

Un gisement de lumière – à l’abri des mains et des gorges enfantines…

Un lent (un très lent) glissement vers la douceur…

Un élan (bien) trop faible – trop attaché à la terre ; et au-dehors – le même feu ; et ce rire, au-dedans, qui se cherche – derrière les vies et les os qui s’amoncellent…

Au cœur de l’histoire – les joues rougies par les larmes et les coups…

Le vide qui résiste ; et la matière lacérée à force de refus…

 

 

Dans l’air écarlate – le soufre et la douleur…

L’enfouissement de l’âme submergée par le désir et la totalité des tentations terrestres…

Comme un cercueil à double fond…

Le berceau de la mort et l’antre de la vie – (quasi) identiques – en quelque sorte…

 

 

Derrière les barreaux – du chagrin…

Des pierres – des fleurs – couchées – caressées – par le vent…

Le monde éparpillé – comme notre fougue et la fange des Autres…

Le voyage qui (progressivement) nous enterre – nous envole ; qui pourrait dire (avec exactitude) le degré de la pente sous nos pieds – au fond de l'âme ; et la juste inclinaison…

La gravité et l’inimportance de toutes les expériences – un simple (et surprenant) mélange de supplice et de joie…

 

 

Le visage défait…

La terre retournée…

Ce que nous révèle la mort ; le secret (trop) bien conservé…

Le regard libre sur la nuit qui passe – tout ce qui nous traverse…

Comme une lucarne posée au milieu du vide – au cœur de l’espace – qui rend (Ô combien) ridicules les murs du monde – toutes les frontières inventées par les hommes…

 

 

A côtoyer le ciel – le cœur (si) frénétique…

Le noir (parfois) franchi d’une seule traite…

Dans la grandeur ininterrompue du pas…

Comme un crépuscule à reculons…

La vie grelottante ; les profondeurs inexplorées…

La malice des lèvres ; et les yeux impatients qui guettent (trop fébrilement) la joie…

Ce qui tarde – et qui demeurera caché tant que nous cheminerons (tant que nous aurons le sentiment de cheminer)…

 

 

Ce à quoi la tristesse confronte…

La solitude des cimes…

L’angle de la débâcle au-dessous duquel tout s’égare et se contredit…

L’expérience du sol ; le seul apprentissage – pourtant…

Face aux abîmes du monde – face à l'immensité ; impuissant(s) – dépourvu(s) de tout ascendant – de toute influence…

Le tumulte – les turpitudes – les tourments…

L’autre versant – si éloigné – de la révolte…

Face au mystère – toujours aussi frissonnant…

 

*

 

Le soleil – les yeux ouverts – face aux murs – face aux cages…

Sur le sable – le sang répandu…

Le buste et la tête – inclinés ; quelque chose du secret mêlé à un peu de gratitude…

Et l’âme surplombante (bien sûr) – ni fugitive – ni prisonnière ; la seule réponse (sans doute) à ce qui passe…

Le monde et la peur saisis par la voix…

Et la mort par-dessus notre épaule qui épie notre fatigue – notre boitillement – le moindre signe de faiblesse…

 

 

Des mots – à foison – comme s’ils pouvaient faire tourner le monde – transformer l’hiver en printemps – altérer ce qui fortifie la raison et la tête pour que naisse (pour que puisse naître) la faille nécessaire au dénuement – à l’étreinte – à la réconciliation…

Emporté(s) par le même courant qui serpente entre les morts et les vivants – de manière (si) indistincte…

Un éclairage – peut-être – un vague éclaircissement ; et le reste de l’ouvrage (titanesque) à réaliser…

 

 

Le rire face au noir…

L’âme indifférente à la fin des temps…

Le renoncement à la terre sombre – à la grisaille repeinte – (sans cesse) recolorée…

Le corps jeté dans la crainte – face au réel ; et rassuré, à présent, du devenir qui sera le sien…

Un glissement ; de chair en chaîne jusqu’à cette soif si rarement rassasiée par les danses du monde…

De vie en vie ; ainsi (bien sûr) que les suivantes…

Instant après instant jusqu’à l’apparent trépas…

Et ce rire – toujours – face à la mort – face au déclin…

Le jour – l’entièreté du jour – sans appui – sans coïncidence – sans personne…

 

 

La face contre le sol – fermement appuyée…

La révolte enfouie au fond de la gorge – viscéralement enfoncée…

Au pays du mystère – le mal-être plus léger – où chacun se touche – où les âmes vivent à l’abri des intentions des Autres – repliées…

La vérité – derrière la vitre – qui danse dans le vent…

Le front, à présent, posé contre la frontière qui nous sépare du monde…

L’œil éteint – saturé de désirs et d’attente…

Condamné à une halte – à retrouver les forces nécessaires à la poursuite du voyage…

 

 

En secret – la perfection à l’œuvre – sous les apparences ; semblables à ce qui se cache…

L’Amour – la tendresse – le complément ; l'essentiel (bien sûr)…

Tremblant(s) – abandonné(s) aux courants du monde et à la distraction…

Le conflit en tête – trop loin du ciel – la terre badigeonnée – sous le règne du sang…

La meurtrissure de ceux que l’on cajolait autrefois…

Et, chaque jour (presque à chaque instant), le recommencement de tout – jusqu’à l’ultime nécessité – jusqu’à la rupture du rêve – jusqu’à l’extinction de tous les possibles…

L’homme – parmi le reste – qui se laisse, peu à peu, avalé – sans la moindre alternative…

 

 

Le bleu sans nuance – quelle que soit la couleur du ciel et de l'âme…

Une fête – ce silence et cette main attentive – amicale – sur notre épaule…

Le cœur, soudain, ému et (étrangement) rassuré…

 

*

 

Assoupi(s) dans la lumière – comme d’autres la cherchent (très – trop?) souterrainement…

La lanterne à la main – le geste à la fois précis et hasardeux…

Rêve – l’un et l’autre – bien sûr…

Comme un puits qui découvrirait quelques suicidés avant leur noyade…

 

 

Dans le double de l’air – subjugué…

Une manière secrète d’habiter l’espace et d’inviter la joie…

Comme une sorte de scintillement – la langue au ras du soleil…

Avec la volonté indocile – farouche – de résoudre toutes les énigmes grâce à la parole – puis, d’habiter le mystère à travers le geste…

L’existence-lecture et l’existence-vérité…

Les mains qui apprennent, peu à peu, à sortir des poches ; l’esprit un peu plus ouvert qu’autrefois…

 

 

Ici – tantôt renversé(s) – tantôt ruisselants(s)…

Cette part du devenir – plus qu’incertaine…

Un sourire – un mouvement de hanche – qui, parfois, induisent un bouleversement – une difformité du temps – une vision élargie – et une restitution de l’âme sur la feuille ; presque une signature (en partie, la nôtre – bien sûr)…

 

 

Socle et masque, si souvent, plébiscités qui corrompent la hauteur et faussent tous les calculs…

Une existence comme un mensonge sans émotion…

Un tressaillement temporaire dans la respiration…

Une manière de vivre si fallacieuse – sans risque de chute – sans risque de déchirure…

 

 

Sous la puissance du souffle – le sol (totalement) déchiqueté…

Le cœur et la vie qui saignent…

La douleur d’un seul ; et le mutisme de tous les Autres…

L’explosion des barreaux ; les compensations éventrées…

Le monde – de plus en plus vide et vulnérable – qui (pourtant) continue de tourner…

Et en haut – et plus loin – le ciel en fête – ce bleu, sans cesse, reluqué ; et notre frustration grandissante devant cette incapacité à participer au banquet des Dieux…

Trop bêtes que nous sommes – sans doute…

 

 

Sur le roc – sans astreinte…

La présence docile et naturelle…

L’Amour à même la peau – sur la chair du monde…

L’exacte cartographie des mouvements nés de la secousse originelle…

Comme le jour – un effacement…

L’âme détournée de son destin (strictement) terrestre – de cette orbite fragile et erratique – façonnée par les circonstances enchevêtrées…

 

 

Le masque de la faim sur les visages…

Et toutes les figures – et tous les corps – (plus ou moins) dévastés…

Les ventres pleins qui, eux aussi, seront soumis, un jour, à une douloureuse dévoration…

L’exclusion du périmètre de l’abondance au profit du désert ensemencé par le vide – les prémices de la sagesse ; la seule expérience – le seul apprentissage – possibles…

Du côté des bêtes avant le basculement de l’âme vers le regard qui contemple…

Le monde – en tant que soi – face à sa propre déroute ; l’esprit face à sa propre exploration – face à ses propres découvertes – face aux limites qu'il s'impose (très) involontairement…

 

 

La terre épurée – comme le geste et l’âme – sans tache – sans activité…

Et ce surcroît de joie – dans la parole – né de ce regain d’ardeur et de liberté ; l’esprit vide – le cœur (réellement) dépouillé…

 

*

 

Le pas sur la pierre – sans impératif – (si) peu pressé…

La cadence du ciel sur le sol – quelque chose des hauteurs dans le rythme et le sang…

La terre émue – offerte ; et l’âme dépliée…

Le socle de toutes les existences – anonymes – sans appartenance – sans inscription…

Sans doute – la seule équation quotidienne ; l’inconnu d’usage ; sans possibilité de résolution…

 

 

La langue particulière – chargée d’ossements et d’ornementations – alourdie – déréglée – par la longue suite d’ajouts trop singuliers…

Comme un déséquilibre – un amas né d’accumulations successives – comme des couches (et des couches) de mots inutiles…

Une sorte d’obscurcissement ; le terreau de toutes les monstruosités…

Des nœuds – une série de nœuds – réalisés avec du fil barbelé…

Une manière d’écarter le ciel et de faire fuir les hommes ; un monde sans la moindre poésie…

 

 

Entre la parole et la mort – la lumière…

La rencontre entre l’Absolu et ce qui ne peut être définitif…

Nous-même(s) – nous tous – en somme – dans toutes nos composantes…

 

 

Nos vies – nos âmes – de la même couleur que le voyage…

Sensibles – multiples – polymorphes – comme un instrument – un outil à tout faire ; la lame ouverte – prête à trancher le moindre embarras – le moindre encombrement ; l’éviction de toutes les charges – de tous les fardeaux – pour rendre le bagage – et la marche – plus légers – plus naturels – sans poids ;

Sourire aux lèvres ; soleil au cœur ; le pas assuré…

 

 

Au cœur de la terre – l’haleine chargée de soif et de poussière…

La vie comme une trace (infime) ; et un glissement (très progressif) vers la tache ; quelque chose qui s’invisibilise…

Ce que l’on cherche ; à pénétrer le vide ; et une forme de plénitude sur la roche…

Un peu plus d’appartenance ; et, sans doute, un peu moins de sommeil…

 

 

Volontiers restreint ; le jour à la saison enfantine…

Sous un air de plaisanterie…

L’Amour apparemment abandonné…

Une manière de s'engager (sans état d'âme) dans la lutte – une manière de résister au désespoir – au cours de notre (périlleuse) traversée du monde…

Et la vie ; un jeu comme un autre – en définitive…

 

 

Malgré la chance – la participation – l’appartenance ; un destin funeste (et délétère)…

La tristesse du poison qui s’infiltre – peu à peu – jusqu’aux profondeurs les plus reculées…

Tantôt abandonné(s) – tantôt pourchassé(s) – comme si nous étions indigne(s) de vivre – indigne(s) d’être aimé(s) – de rencontrer la vérité que l’on porte…

Impressionné(s) et impuissant(s) – face au monde – face à l’immensité – face à la (terrible) tyrannie des Autres – face aux incessantes obsessions de la tête…

En présence du ciel – toujours – en sa propre compagnie…

 

 

La faille soudain assaillie – ce qui nous embarrasse et nous donne à découvrir ; ni devant – ni derrière – ce qui nous gouverne de manière si sous-jacente…

L’invisible qui, peu à peu, émerge du monde pour se substituer (innocemment) à la matière…

 

*

 

Des lignes – comme l’espace ; accueillantes – parfois mortelles…

Un jeu – une écoute – une sorte d’exaltation…

Entre la fraîcheur et la sauvagerie…

(Bien) plus qu’inadaptées au monde ; parfaitement alignées sur l’âme ; infiniment solitaires…

 

 

Ce que l’on célèbre – sur la terre – dispersée – l’accumulation…

Des étoiles – une série d’étoiles – rangées par ordre croissant – de plus en plus lumineuses à mesure que cessent les calculs…

Le voyage à l’envers – joyeux et souterrain – comme si l’on était assez lucide pour échapper à toutes les fictions – nous extraire du récit du monde – jeter toutes les fables par-dessus le ciel inventé…

Devenir aussi dépouillé qu’un vieux tas d’os abandonnés…

 

 

Étreindre à distance ; l’impossibilité de l’Amour (enfin) comprise…

L’impersonnel – comme un flux – mille mouvements simultanés – et savamment intriqués…

Quelques battements d’ailes pour se débattre – essayer de fuir – de s’envoler…

Quelque chose – soudain – au-dessus des décombres ; comme une musique – quelques traits – vers la lumière…

Ce que les hommes renâclent tant à faire – la tête cagoulée – la bouche bâillonnée – les mains ensanglantées…

Rien dans l’âme ; juste la couleur de la mort – comme un empire – tatouée sur la peau – au fond du cœur – dans tous les gestes (presque) toujours néfastes…

Toutes nos mésaventures ; et notre douleur – inévitables…

 

 

L’existence-frontière – ses visages – sa mémoire – ses possibilités…

Sur la ligne de partage – entre Dieu et la bête ; et le ciel – comme horizon – qui recouvre toutes les têtes…

Une longue marche – au pied des falaises – là où l’invisible se substitue à l’imaginaire – comme partout ailleurs pourvu que l’on sache s’abandonner à ce qui nous porte et nous traverse…

Le front insouciant – amical – généreux – parmi ceux auxquels on dénie le droit d’exister en dehors des intérêts humains…

 

 

Dans la confidence de ceux qui se taisent…

Le monde – en soi – devenu pareil au rire – au désert – à l’enfance ; sans doute – la part la plus belle de l’homme…

Véritable kaléidoscope de la joie…

Dans l’ignorance des Autres (ses pairs) et sur cette absence – la nécessité d’aller au-delà du commun…

Au bord de ce que nous sommes – face au vide – sans angoisse…

 

 

Entre la pierre et le silence – à égales distances…

Le cœur enneigé – comme d’autres portent le turban…

Les os – les cris – l’Amour ; l’humanité en marche – et parfois transcendée…

Au-delà de la douleur – vers la mort – avec un regain d’ardeur et d’autres possibilités (quasi inimaginables)…

Notre consentement à toutes les nouveautés et à tous les recommencements…

Dans la nudité de l'âme – par delà l’absence ; l’accolade et l’intimité…

 

*

 

A travers le monde – la langue – le dessin si singulier de la lumière…

Le silence à l’œuvre à travers le son et le sang…

Des ventres – des bouches – des cœurs – et ces mains (odieuses – si souvent) qui saisissent et qui s’agrippent…

La parole et la chair – à la chaîne…

 

 

Ce qui précède le dehors – l’horizon – le devenir…

Cet axe central – invisible sur la pierre…

Sans couleur…

La légèreté de l’être – l’indistinction – cet élan de virginité qui cherche à se corrompre – ses propres limitations dans la matière et l’émotion…

 

 

Le soleil – comme la vérité – sans argument – sans explication – qui règne en maître sur le monde – souverain – silencieux – indifférent aux mouvements qui tentent d’y échapper ou de s’en emparer – ancré dans le sol même de l’invisible – de l’ineffable – hors du temps et, d’une certaine manière, façonnant l’essentiel de l’existence de ceux qui vivent sur la terre…

 

 

Dans la vastitude de la soif – errant (toujours errant)…

Le pas – la langue – qui cherchent – qui grattent le sol – qui fouillent la terre – yeux au ciel – sans rien voir – sans rien comprendre…

Compulsifs – sur toutes les routes – à la recherche d’éclats et de fontaines ; et pour les plus ambitieux – le st Graal – la source ; et obligés de s’abreuver dans des mares d’eau croupie et des flaques de boue…

Ici – et ailleurs – l’exact écartèlement de l’homme ; sa misère et sa grandeur – son potentiel et sa réalité ; cette si terrible – si fâcheuse – frustration existentielle – métaphysique – face à l’Absolu (toujours hors de portée)…

 

 

Couché sous la terre – silencieux…

Comme une chose (plus que) mourante…

La vie, pourtant, qui continue – au-delà de l’absence ; presque identique au temps où l’on était vivant…

Le prolongement, sans doute, de la toute première naissance…

Le voyage comme une marche – un piétinement ; et, à chaque pas, la possibilité du recommencement…

 

 

L’esprit du soleil – comme trempé dans l’allégresse – malgré la nuit – malgré le sang…

Parcouru par un souffle tendre et revigorant ; une étrangeté terrestre – en ce monde violent et endormi…

Un dessaisissement de soi – comme une chance – quelques pas vers l’aurore – la lumière – qui s’offre à ceux qui se lèvent avec l’astre naissant…

Au plus fort du passage ; l’inconnu souverain ; l’envol et la sagesse ; quelque chose qui vient briser toutes nos résistances…

 

 

Un chant lancé vers le ciel commun…

Dans la nature de l’homme – la lutte et la réciprocité (le besoin de réciprocité)…

La différence et la vérité – cet aiguillon qui nous pousse à traverser le brouillard jusqu’à l’essentiel habité…

Un présent ; sans doute, notre seule récompense ; l’éblouissement – l’obéissance – l’intensité…

Ce qui s’accentue – naturellement – au-dedans de soi…

 

 

Un monde – sans malchance – sans fatalité – où l’on s’exerce à la solitude et à la magie ; la tâche essentielle de l’homme au milieu des Autres – du sommeil – de la mort – de la frivolité…

 

*

 

Trop rugueuse – la pierre dans le sang…

Bouillonnant dans son trou – ses canaux souterrains…

Immergé(s) jusqu’à l’agonie ; et ce qu’on laisse deviner après la mort…

L’enfance manquée – comme une preuve supplémentaire…

L’espace ouvert où voltigent toutes les cendres – où l’on entend encore crier les morts – dans nos têtes intranquilles – remuées – toujours remuantes…

Comment dès lors offrir un peu de joie – des lignes nées avec la lumière – sans outrager personne – sans rien offenser – en ce monde où tous les yeux sont hagards (qu’importe sur quoi ils se posent)…

Comme du plomb (une chape de plomb) dans l’âme ; et, sans doute, pas assez de silence…

 

 

Le temps de la mort – sans supplice…

Et les yeux fermés ; le bleu (bien sûr) qui se cherche encore…

Des vies – en enfilade – comme une longue brochette de corps ; de la chair – des cris – des tentatives – quelques battements d’ailes maladroits…

Et dans le sang séché – quelques restes d’écume…

Sur les lèvres – la parole dégoulinante – qui fut trop de fois refoulée…

Au-delà des légendes – au-delà des masques et des chimères – la vérité brute – sans trépied – sans enluminure…

Et mille manières de se laisser cueillir…

 

 

Intenses – la faille et le soulèvement du cœur…

Le corps – l’esprit – qui déraillent ; l’âme et la peau qui s’épaississent à force de brimades et de coups…

La soif (une partie de la soif) restée coincée au fond de la gorge…

Une enfance terrifiée et hypnotique…

Et une profonde incise pour préserver l’être du simulacre ambiant – de la violence infernale (et inguérissable) du monde…

 

 

Sans sagesse – la nature commune ; contrairement aux Autres qui prônent la réciprocité et le partage…

L’essentiel – comme au cœur des forêts – sans souffrance – sans spéculation…

La veille – seul(s) et attentif(s) – accueillant le ciel et la fatalité – les nécessités circonstancielles – le monde en mouvement – qu’importe la nature des visages – l’étendue du cœur – le destin des âmes et des territoires…

 

 

L’Amour intense – ce qui rompt le temps ; et pourfend la nuit…

Les yeux mi-clos – qui émergent, peu à peu, de la lumière…

L’espace – la nudité et le silence – comme le seul parachèvement possible du monde…

Sans mépris – sans méprise ; les bras ouverts à toutes les forces – à toutes les puissances – à toutes les formes de défaillance…

Façonné(s) par la nécessité et les malheurs – au milieu des croyances et de la couardise…

Quelque chose d’enfantin et de déjà mort – en l’homme – en chacun…

Quelque chose des instincts et des viscères ; et une ambition si vaste – (presque) méconnue – si souvent dévoyée par la terre et les apparences…

Un monde de convoitise et de larmes qui s’est (progressivement) coupé de sa chance…

 

 

Le ciel révolutionnaire au-dessus des patries simplifiées – des territoires maladifs – de tous les périmètres inventés…

Au-delà des principes – des croyances et des communautés – l’aventure – la déception – le naufrage ; et encore au-delà – le cœur vivant qui s’installe – et qui apprend à s’ouvrir – à battre au rythme du monde et de l’invisible ; notre désir – notre ambition (à tous) – et, peut-être même, notre seule réalité ; ce à quoi invitent toutes les vies ; les plus belles lignes de la poésie ; cet étrange besoin de se circonscrire en allant au bout de soi…

 

*

 

Gravés dans le granite – nos yeux intenses – une trace de lumière…

Au-dessus de la lie du monde – au-dessus de la lie du temps…

Ici – sans profit – sans surcroît…

Gratuitement – la proie de l’anxiété…

Une pierre à l'aplomb du soir régressif…

La nuit dorée – le parfum envoûtant de la mort qui flotte au milieu des vivants…

Autrefois – alourdi(s) ; à présent – sans peur…

Ce qui surpasse toutes les gloires ; l’anonymat et l’effacement…

 

 

La bouche déjà penchée sur la mort…

A voix basse – l’écriture…

La même ligne – longue et libre – à l’ombre du monde – au détriment de tout…

Sans idole – sans personne – sans la moindre image – sans le moindre rêve…

Épaule contre épaule – en sa propre compagnie – réfractaire à toutes les compensations ; seulement désireux de l’Absolu et de la joie (naturelle)…

Si seul(s) – ensemble – au cœur de la solitude ; la communauté fraternelle à l’abri – à l’intérieur…

Quelque chose du souffle et, sans doute, de la dérobade…

 

 

Sur la pierre – la chair découpée…

Le frottement de la lame sur toutes les matières…

L’esprit qui s’aiguise ; le bleu qui se cherche – et qui, peu à peu, se précise…

Sous les invectives de l’invisible – cet étrange silence (plus plein que toute parole)…

Sans avenir – sans mémoire ; le temps défait et le rire…

L’âme – comme le ciel – en feu…

A la suite d’une longue série d’hécatombes…

 

 

Le cœur oblique – dénaturé – cerné par toutes les conjurations – qui cherche une terre ferme – une pierre où il pourrait édifier une descendance – faire émerger une généalogie – vivre au-delà de la mort du corps – au-delà de la matière ; s’affranchir de la fugacité du monde…

 

 

Ce qui nous retient ; le moins possible parmi les hommes…

Ni haïssable – ni affecté ; cette radicalité construite sur l’expérience – le souci du renouveau – les inclinations naturelles de l’âme – l’impérieuse nécessité qui nous étreint et nous somme…

Vers l’engloutissement – sans équivoque – sans hésitation…

 

 

A l’intérieur du sang – cette impatience…

Le vacillement de la tristesse…

Quelque chose qui se dresse – au loin…

Au-delà du goût pour l’insolite et de la volonté d’échapper à l’espérance (naturelle) de l’homme…

Accueillir les troubles et les éclats de vérité que le ciel, parfois, fait tomber (plus ou moins) involontairement…

S’essayer à la magie de vivre – les bras chargés de peines et de gravité – en outil des circonstances – le soleil et le vent privilégiés – préférés (bien sûr) à la folie destructrice qui saccage la beauté et le regard émerveillé sur le monde…

 

 

Nous – côte à côte – si inconsistants – si peu audacieux – à parcourir des yeux ce qui nous entoure ; allant vers le plus sombre – là où la lumière est supportable…

Toute une vie (et des milliards d’autres) pour apprendre à se rejoindre – à incarner, le plus simplement du monde, le mystère ; une longue marche ; et des épreuves – assurément…

 

*

 

Pierre au cœur coupé – brisé par l’impossibilité de l’Absolu…

Blessé au cours de ce laps de temps voué à l’appel – à l’essai – à l’essentiel…

Puis, le désespoir jusqu’au rire…

Agenouillé vers le ciel ; et l’âme en feu…

L’éloignement de la ligne – peut-être – le début de la liberté…

 

 

Ici – brûlant – dans ce recoin – cet espacement – entre la douleur et la folie…

Un flux inattendu de possibilités…

L’éloignement du non-sens pyramidal – de la pulsion meurtrière légitimée par l’esprit complice des hommes…

La terre trahie jusqu’à la déchirure – jusqu’à l’effondrement ; et, en nous, la même rupture – là où commencent la claudication – la nudité – les premiers pas sur la sente secrète et silencieuse…

 

 

Au-dessus des meurtres – le soleil magistral…

La langue obsolète devant la douleur et la plaie…

Ce qui nous dénude jusqu’à l’os – jusqu’au scintillement du vide…

Entre la ligne et l’horizon – le même dilemme pour le pas…

L’intermittence de l’étreinte et du feu…

A genoux – au-dedans – face au souffle et à l’océan…

Une manière de vivre (presque) impossible ; quelques chose d’impartageable…

 

 

Sous le granite – la parole vivante – le ciel (en partie) consumé – la solitude soupesée comme de l’or – le seul joyau – l’immensité bleue des origines avant l’invention du rêve – du vertige – du chaos…

 

 

Des vies mal-aimées – mal armées – disjointes – irréversibles – incontournables – si ridicules vues de l’extérieur…

Impossibles – insupportables – lorsqu’il s’agit de les expérimenter…

Un océan de sable et de misère – sans phare – sans embarcation…

Des existences de nomades assoiffés – sans île – sans oasis – sans archipel…

Le salut – dans le pas – seulement ; notre manière de vivre – de voyager…

 

 

L’existence à l’ouvrage…

Admiratifs – les hommes – eux qui ne chérissent que l’ambition et la conquête…

L’épaisseur tranchée – aménagée en sentiers praticables…

Une terre favorable à tous les destins – à toutes les étrangetés…

Et le malheur en chemin au lieu de la félicité…

Tant de fièvre et de tourments – de part et d’autre du (minuscule) rocher – les flancs meurtris par toutes les circonstances…

Le monde – tel qu’il est – à travers nos yeux…

 

 

Le pays du pire – le plus mal – sans la moindre assurance…

Trop peu propice à l’errance ; trop de courses et de défis à relever…

Ce que l’homme s’impose ; les nécessités oubliées…

Le goût des apparences – la paresse de l’âme – l’esprit assoupi – quelque chose du feu et le souffle qui manque…

Une forme de boucle et d’exténuation…

Au cœur du temps – le front digne – obstiné ; et autant de jours perdus…

 

*

 

Le bleu – encore – dans le ciel – sur la pierre – au-dedans des âmes ébahies…

Comme le souffle – en suspension – au-dessus des abîmes que nous portons – devant nos yeux…

L’irruption du silence – dans le monde et la parole – hors du vertige et du ressassement…

Sans la moindre trahison – sans le moindre vacillement…

Ce qui se déploie – sans gêne – sans dégât – imperceptiblement…

 

 

Le cœur – honnête – qui se retranche du partage – de l’apparent sacrifice…

Un effacement du nom et de la trace ; et l’accroissement de l’étendue…

Le fractionnement de soi jusqu’à la disparition – jusqu’à la réintégration de l’immensité…

Sans avance – sans visée ; la seule réalité du monde ; notre inexistence…

 

 

Quelque chose d’interrompu – comme un recommencement – une reconfiguration des possibles…

L’infini et l’éternité – dos à dos ; et le silence manifeste comme élément triangulaire – la pierre de voûte de l’espace trinitaire…

Et à cela – comme un surcroît – la joie permanente – libérée du monde – des Autres – des circonstances…

Et à cela – comme une richesse supplémentaire – la lumière d’un bleu profond – exceptionnel – miraculeux – incroyablement ordinaire et quotidien…

Et à cela – comme une prime incontournable – la tendresse – l’Amour souterrain qui étreint et embrasse – de sa langue et de ses mains – habiles et précises…

Et à cela – comme par-dessus – l’invisible – la transparence – qui rend le monde identique à la manière dont il nous apparaît ; et le merveilleux qu’il offre à tous les yeux qui ont su pénétrer (plus ou moins profondément) le réel*…

* Les différents cercles et les différentes dimensions du réel…

 

 

Au cours de la veille – présent – presque sombre et taciturne – à la manière d’un loup solitaire et affamé – enragé à la tâche – cherchant un refuge – un lieu où rejoindre sa joie…

Rompu à toutes les contradictions – à toutes les possibilités – pourchassant le vent comme une vérité…

 

 

Le corps – comme un oiseau que l’on imaginerait gracile…

La tête emportée par tous les courants…

Autour de soi – la neige…

Comme sur une île – encerclé…

Voilà (peut-être) notre chance…

 

 

Trop souvent – la terre…

La mémoire – débordante ; trop profondément enracinée – vouée à la vie du sol…

Et nous – entre le feu et la fatigue…

La lassitude des gestes quotidiens – de ce rôle terrestre (si infime – si borné – si grotesque)…

La douleur et le vertige de tous les naufrages engrangés comme des médailles épinglées sur la poitrine ; nos galons de galère – nos galons de forçat ; la vie qui s’éprouve – la vie qui s’exerce…

Et le ciel – et le bleu – l’Absolu – trop rapidement – écartés – inenvisageables comme solution…

Et notre faim – et toutes nos craintes – ainsi exprimées – comme portées au pinacle…

 

 

Trop peu d’ailes pour oser sortir de sa chambre et s’essayer à l’envol…

Le soleil par l’embrasure – au seuil de notre intimité – et, pourtant, (presque) toujours considéré comme trop haut – comme trop éloigné – quasi inaccessible pour nous autres – pauvres terriens…

Et ainsi s’approfondit l’écart – la plaie des jours ; et ainsi s’aggrave la blessure ; comme une tombe que l’on creuserait – imperceptiblement – de ses propres mains…

 

*

 

Au commencement du vide – comme une origine non née – qui sait…

Des visions froissées qui se déplieraient ; des lumières et des coïncidences donnant naissance à une longue série de combinaisons…

L’éternité s’exprimant à travers la permanence de la matière (extraordinairement changeante) ; comme une trajectoire arborescente en boucle…

Le bleu dématérialisé se transformant en conditions du véhicule et du voyage…

Comme un soleil à retardement ; une hypothèse – un rêve – peut-être…

 

 

Là – au milieu de la blancheur mate – récusée ; la douleur – obstinément…

Les traces du monde ; et quelque chose de la lumière…

Comme un corps éthéré – composé de fils scintillants…

Un peu de glaise et de vent ; un peu de souffle ; le feu et l’étoffe qui s’embrase ; de la cendre et des filaments ; la transparence et la mort incandescente…

Dieu – en quelque sorte – perverti par l’esprit et l’ambition de l’homme…

 

 

Un nom – comme une ancre déceptive…

Une somme d’attributs mensongers…

Le resserrement de l’infini ; et, à l’intérieur, le cri et l’effroi – inévitables…

Une ressemblance trop lointaine ; des qualités si grossières – une tentative si maladroite ; presque une caricature ; ce que l’on a réussi à accomplir au milieu du sommeil…

Le reflet de la multitude – comme un ciel à distance qui essaierait de téléguider l’œuvre et les travaux terrestres ; le tout – dans un effroyable désordre…

Moins un déplacement qu’une dispersion ; comme une explosion de l’essentiel et de la compacité – éparpillés en éclats et en insignifiances…

 

 

La nuit ainsi recouverte – comme le sol et les âmes…

Sur notre main caressante…

Presque sorti de l’enclos ; une forme d’exil – en quelque sorte…

Le ciel réceptif ; et toutes nos parcelles démantelées…

Aux alentours – sans différence…

Ce qui nous bouleverse – ce qui nous élève…

La croissance bleue du monde…

 

 

Trop de jeux – d’impatience – de fausses possibilités…

L’ordre des hommes et leurs yeux clos – déjà habitués – déjà anciens…

Une forme de défi et d’aventure ; et ce qui compte – si peu partagé…

Des blessures – des souffrances ; tant de limitations…

Et ce à quoi l’on s’efforce – la vie et le temps factices – quelque chose que l’on est censé hisser au-dessus du courage et du vent – au-dessus même de la joie…

Mensonge – comme le reste – bien sûr…

 

 

Sur la même pente que les Autres – le monde – le temps – la mort…

La chaîne autour du cou – appartenant à la course…

Comme un mauvais rêve ; l’être amputé – malmené – (presque) en terres surnaturelles…

Sans détour – l’approfondissement du même sommeil…

Et des vagues – hautes comme le ciel – qui déferlent – et se fracassent – (juste) au-dessus de nos têtes…

 

*

 

Le souffle malingre ; la marche lente – ensommeillée…

Nous égarant dans les craquelures du temps…

L’invention du désastre…

L’air frémissant sous la peur – sous la peau…

A (trop grande) distance du ciel – bien sûr ; impuissant(s)…

 

 

La route qui s’ouvre – au milieu des cris – au milieu des aboiements – la marche et le pas toujours inachevés – comme si nous étions coincé(s) au fond d’un angle – repoussé(s) à chaque tentative de fuite ou de désertion…

Quelque chose – en nous – qui se consume ; l’âme prise en tenaille – à la gorge – en souffrance…

 

 

La bouche muette – le corps enrôlé – complice(s) (à la fois) de l’immobilité et des éboulis…

Passif(s) – emporté(s) – vers toutes les faces du réel – (presque) simultanément…

Et l’étreinte implacable pour essayer de nous maintenir tous ensemble…

Et, parfois – de temps à autre, un peu de solitude volée – un vieux reliquat de lumière – pas même un éclairage – quelque chose entre l'étincelle et la lueur – qui souligne (avec force) l’absence d’espace – cette (terrible) détention qui nous bloque – qui nous braque – dont nul ne parvient (véritablement) à se défaire…

 

 

L’enfance dissipée – libertaire – en porte-à-faux avec le monde – avec le reste (tout le reste)…

La lenteur du geste ; et la lumière franche sur la feuille…

La main – sans application – qui obéit aux injonctions – avec impatience…

Sous l’efflorescence – le secret de l’abondance – et en dessous – au plus bas – près du sol – le mystère écrasé qui s’effiloche – qui se disperse – et dont les éclats finissent par s’enfouir dans la fracture…

Et ce qui ne peut périr – ce qui ne peut se volatiliser – ce que l’on ne peut enterrer – (totalement) démuni – (totalement) inconsolable ; immergé(s) dans le monde – il va sans dire…

 

 

Au sommet de ce qui suit ; et rien d’autre – jamais…

L’œil et la main – à la même place – depuis toujours ; durs – de plus en plus – à mesure qu’ils s’exercent…

La terre blessée – le ciel épais – intransperçable…

Ni geste – ni pas – intrépides ; pas l’ombre d’une danse…

Comme une lassitude songeuse (et légèrement triste)…

Le monde sur le dos – à gesticuler sans répit – au cœur du même périmètre étroit…

 

 

Sur sa pente – assoupi – entre le factice et le déclin ; rien de (très) nouveau…

Le regard confondu avec la terre – l’horizon – au lieu d’une vision pénétrante et élargie…

L’oreille et l’esprit – dans la neige – sommeillants…

Aux marches du monde le plus abstrait…

 

 

Le vent – les bêtes – le sol ; la terre comme un seul visage…

La gravité délibérée ; et nécessaire sans doute…

Les fleurs qui s’ouvrent – en accord avec ce qui les entoure – en accord avec ce qu’elles sont ; jamais lasses de vivre là où elles sont nées – de pousser (sans cesse) vers la lumière – d’être à la merci de tous les Autres – de nous tous qui ne nous en soucions pas le moins du monde…

Qu’importe leur nom et leur beauté ; toujours fidèles – obéissantes – libres – si conscientes qu’elles portent leur insignifiance à l’essentiel…

Et le ciel aux mains vertes qui les arrose et les remercie ; et le soleil qui les éclaire et les nourrit – comme deux auxiliaires capables de transformer toutes les prairies sauvages en berceau du monde (naturel) – en temple sacré au cœur duquel peut se perpétuer – et se renouveler – le cycle changeant des possibles…

Dans tous les cas ; l’occasion de vivre un quotidien intense et miraculeux – extraordinairement ordinaire ; et, en cela, un exemple (parfait) et un présent offert à toutes les âmes – à tous les yeux…

 

*

 

Allant – sans à-coup – sans paresse – vers l’intensité – la lumière – s’éloignant de l’insipidité – s’écartant du monde…

Le visage au milieu des flaques de boue ; et s’abreuvant à la source – voyageant ainsi – sans question – sans impératif – sans exigence – ne se soustrayant à rien – faisant face à tout – comme l’eau d’un torrent qui se précipite – sans hâte – vers sa chute – son évaporation – les longs méandres – la terre – l'immensité – l'océan et le grand ciel…

 

 

Ici – sans acharnement…

A s’ingénier – à se transformer ; et à transcender (parfois) son destin terrestre…

Le monde sur le fil de la métamorphose – rusé – prêt à tout – et à s’oublier quelques fois – comme la dernière chose à réaliser ici-bas – lorsque les jours – le voyage – ont suffisamment œuvré sur l’âme – lorsque les Autres ne se résument plus qu’à quelques riens – de vagues souvenirs – sans visage – sans personne – lorsque l’on a la tête à moitié recouverte par un linceul – lorsque l’on se sent pousser (irrésistiblement) vers une autre vie – vers le mystère…

L’effacement – la disparition ; vers la possibilité (enfin) d’une absence vivante…

 

 

Des signes en pâture pour que le silence s’obtienne – se fasse – s’accomplisse ; devienne le seul désir – la seule matière précieuse ; un bout de l’espace habité – incroyablement présent et attentif…

Sur la feuille – et dans l’âme de celui qui lit (autant que dans l’âme de celui qui écrit) ; de la glaise (délicate) pour que puisse se réaliser le lien – pour que puisse s’inventer un passage – le trait d’union entre toutes les choses et tous les visages ; notre terre commune – si ancienne – si fragile – si méconnue…

 

 

Parfois trop perpendiculaire – le monde…

Dans cette horizontalité presque parfaite…

L’abîme infranchissable…

L’esprit sans maître s’essayant à la magie ; et fustigeant toutes les formes de suppositions…

A l’oreille – quelques bruits qui courent ; entre l’espace et la roche – les yeux – comme des toupies – un peu égarés devant si peu d’espérance…

 

 

La folie effrénée – impétueuse – trop souvent déguisée en (fausse) raison…

La sagesse ineffable – trop abstraite – trop lointaine…

A cheval sur l’écume – face au miroir – le même combat que celui qu’on livre contre le monde…

L’ivresse d’un printemps – d’une jeunesse orgueilleuse ; cette part multiple – sommeillante – immature – belliqueuse – armée pour la terreur – cherchant dans la violence et le sang l’exaltation ; le signe d’une puissance que ne peuvent lui offrir ni la sagesse – ni la contemplation…

Trop verte encore pour le regard – le silence et l’infini ; incapable d’habiter l’immobilité souveraine – l'esprit conscient…

 

 

La mort penchée sur nos ténèbres – ce lieu si familier – ce trou au fond duquel nous nous affairons en criant et en comptant les jours – sur ces rives parées de pointes – portées à la paresse – et qui s’étirent d’un bout à l’autre du monde – sans parvenir à s’affranchir de la bêtise de leurs occupants…

Et haut – très haut dans le ciel – le soleil dédaigneux – insensible à cette misère sombre ; et le visage tourné vers plus haut encore…

 

*

 

L’aventure houleuse – dans la tête – vécue ; sans aucun pas – sans paysage – sans océan…

Dans le bruissement léger du papier – de l’âme qui s’aiguise au contact du monde…

Le jouet d’ardentes turbulences…

Du feu – des flammes – des eaux vives – des courants – et ce vent (fabuleusement) subversif – capable de renverser les plus lourdes charges – toutes les gravités…

Et, un jour – sans crier gare, arrivé avant même que le temps soit passé…

Le monde – en soi – jumeau de l’âme ; tous deux – éléments du silence et de l’infini…

La beauté et l’Amour – en plein cœur…

 

 

Contre soi – la haine (plus ou moins) défaillante des Autres…

Ce qui nous précède – ce qui nous pénètre – faute d’attention – cette voracité mordante qui se jette sur tous les destins…

Quelque chose de terrifiant ; le legs (naturel) du monde – ce que chacun reçoit – et avec lequel se fomentent toutes les ruptures – toutes les trahisons…

Ce qui s’opère sournoisement – à l’insu de toutes les volontés…

L’abus de soi et l’essentiel, sans doute, des massacres…

 

 

Comme un consentement – un chemin qui s’ouvre – le monde à perte de vue…

Et cette langue sur ces feuilles obscures…

Le jour jouant sur le même fil qu’autrefois – mais recoloré – plus lâche – plus libre – distendu – devenu élastique – capable d’enrubanner le ciel – le sol – et de tisser, avec le vent et la trame, l’étoffe la plus belle – les existences les plus épanouies…

 

 

Au plus près de la mort – ce poignard – sur ces rives de gravier noir qui, peu à peu, apprirent à refouler le jour…

Hébété – à présent…

Le cœur précipité – sans répit – sans ménagement…

A tourner autour de la haine – comme autour d’un bout de chair faisandé…

Rien de répressif – pourtant – en apparence ; le serment de la peur davantage que celui de la lumière…

Le feu trop faible – trop marginal…

Au bord du trou – déjà…

 

 

L’ardeur du monde…

L’aurore – puis, le jour…

La terre libre – libérée de ceux qui la peuplent…

Nous agrandissant à mesure que le ciel se rapproche…

Un chant pour échapper à la prière (si plaintive) de ceux qui espèrent…

Résolu(s) – les pieds fermes – ancrés dans la joie…

Et ce oui immense (sans restriction) à la suite du voyage – à tous les possibles – à l’inconnu – à cette longue marche qui durera jusqu’à la dernière surprise…

 

 

Au seuil du plus naturel – le rejet de l’artifice…

Le cœur resserré sur l’essentiel ; la nécessité en son centre…

La joie – de moins en moins périphérique – de plus en plus familière…

La solitude et l’enfance – sans acharnement…

Ce que l’infini sera toujours capable de conquérir – à travers nous ; l’oubli de soi malgré l’ignorance et le sommeil…

 

*

 

Indéfini – indistinct…

A la fois trame et lumière – matière et possibilité…

La terre et le ciel aussi lisses qu’étincelants…

Le miroir – parfaitement orienté – vers le monde ; roches – plantes – bêtes et hommes – empêtrés dans leur douleur muette ; et dans leurs croyances et leurs gémissements pour les moins dignes – pour les moins valeureux…

A peine un peu de vie – comme quelque chose qui aurait glissé dans la nuit…

 

 

L’encre folle – en fête ; au milieu des étoiles – des lignes transparentes…

Le monde et l’invisible serrés l’un contre l’autre – à tout confondre – à s’y méprendre…

La tête nue sous le ciel…

A l’écart ; à l’abri de l’apocalypse…

Porté par une plume – légère – si légère – dans le vent qui emporte tout – après avoir tant creusé – après avoir tant pesé – comme si le passé n’existait pas…

 

 

L’écoute – le silence…

A l’écart des absurdités – de cette nuit de l’âme – de ces pensées pyramidales sans fondation…

Un trou – quatre murs – quatre planches – puis, à nouveau, un trou ; l’existence humaine (à quelques vétilles près)…

Et toutes ces têtes – derrière leurs barreaux…

Et tous ces ventres qui rêvent de vivres…

Seul – pour jouir du jour…

L’âme perchée au milieu des arbres – le séant sur un rocher – l’œil vif comme les bêtes qui respirent auprès de nous…

Mi-rien – mi-vent ; adossé au vide – comme les Dieux des pierres et des forêts ; invisible depuis le dehors – depuis les rives où vivent les hommes…

 

 

Au premier jour du germe – les prémices de la contagion – le vide corrompu – la chair à la casse…

Une vraie débandade sous l’éperon pathologique qui fait céder tous les remparts…

Le monde redessiné par le ciel souverain…

La guerre sans trêve ; manière de rebuter tous les rêveurs et de détourner les vantards de leur inclination…

(Plus ou moins) directement dans la gueule de la mort…

 

 

Sans prestige – la vie déclinante…

Le poème déployé – aux dimensions inégales…

L’âme – dans son coin – à l’abri des Autres…

Quelque part – là où la solitude parvient à courber le temps – à déchiffrer le silence – comme une oasis au milieu du monde…

 

 

Là où commence la course – s’effacent le soleil – les traces – la possibilité du franchissement…

Davantage principe que potentialité…

La vitesse à la place de l’espace et de l’entendement…

L’imaginaire qui infiltre la terre – qui se désagrège – qui se décompose – qui devient le sous-sol obstrué – sans aucun passage souterrain…

La mort – la condamnation à mort – de la main juste et du geste nécessaire…

Quelque chose que l’on supprimerait – comme du temps fracassé qui laisserait place à la durée…

Un monde de distance et de destination – où chacun se cantonne à la gestion de l’écart…

Des manœuvres et des manigances ; des compromissions et des alliances – au détriment de la tendresse ; plus ni Amour – ni fraternité – l’existence réduite à de simples stratagèmes…

 

*

 

La métaphysique quotidienne – gestuelle – silencieuse – vibrante – qui offre à l’âme ses plus beaux instants – ses plus belles exaltations…

Entre le sol et la page – le ciel (presque) toujours invité…

La joie à la place des murs…

Comme des blocs d’impossible soulevés – déposés ici et là – lancés (presque) au hasard…

Et le goût interstitiel ; et la pointe du pied dansante – au rythme de la rivière qui suit les anfractuosités de la roche – puis qui les creuse – encore et encore – pour que le monde devienne sa pente – pour que tout devienne fluide – facile – naturel…

Ainsi se réalise – pour l’eau – pour l’âme – ce précieux accord avec le cours des choses – ce que l'invisible fait advenir…

 

 

Depuis toujours – au centre – loin de soi – simultanément ; avec, de temps à autre, un élan – une tentative – un rapprochement – une intimité parfois – une fusion parfaite (bien plus rarement) ; puis, de nouveau, cet écart – cet exil – cet imperceptible éloignement jusqu’aux confins du périmètre – jusqu’aux plus lointaines périphéries du cercle – jusqu’aux dernières extrémités de l’espace infini…

Notre jeu à tous – malgré nous ; ce qui s’impose et nous dicte chaque mouvement…

La conscience mouvante et immobile – jouant avec elle – tous ensemble…

 

 

Le visage du temps qui s’effrite ; et contre toute attente – l’effondrement de la durée…

Et l’instant – en suspens – se renouvelant – offrant l’impossible – l’ineffable…

Notre vie – chaque jour – par-dessus le long couloir des heures – par-dessus le labyrinthe du monde ; l’éternité dans le geste – dans le pas – et l’immobilité pleinement (et naturellement) habitée – sans effort – sans dessein – porté(s) par la joie et le jeu des circonstances…

 

 

Devant le monde – trépignant – comme face à une porte fermée…

L’aurore dans les yeux ouverts…

Dans la main – la suite du temps ; délectable – ce qui se réalise à son extinction…

Un passage pas si naïvement façonné…

Le cœur du sacré révélé par la gratitude et la sensibilité…

Quelque chose – en soi – qui aboutit au geste…

 

 

L’esprit à la manœuvre…

Le jour à tout prix…

L’innocence – dans son intimité…

Un monde – sans promesse – devenu inoffensif – agrémenté – sans autre rival visible…

Puis, en son heure, la débâcle…

La dureté des choses…

Ce devant quoi il faut s’agenouiller…

L’angle mort de la nuit (enfin) découvert…

 

 

Sans hymne – sans rite – au-delà de l’obscurité commune – au-delà de la fièvre des abysses à laquelle sont soumis (presque) tous les hommes…

La réception de la joie – du soleil ; le cœur battant à tout rompre…

La paume ouverte – sans spectateur – sans spéculation…

Dans l’air – un parfum d’éternité ; et sur la joue – quelques larmes…

Une attitude sans conséquence…

Choisi – en quelque sorte – par cette manière de vivre…

 

 

Ce qui se prononce – sans tapage – sans offense – face à la chair meurtrie – notre virginité impeccable avec, encore – parfois, une légère grimace devant le poing brandi…

Mais, le plus souvent, la beauté dépliée au milieu de l’inattendu qui se laisse (admirablement) contempler…

Et le mystère qui aiguise, peu à peu, notre insouciance – notre désinvolture…

 

*

 

Repoussé comme l’orage par une main immense – résolue – implacable – puis, jeté au fond d’un précipice – et s’accrochant à la vie comme un funambule à son fil…

Sain et sauf – peut-être…

Comptable de tous ses actes…

Le cœur gelé et obséquieux…

La bouche tordue par un sourire…

Dans l’œil – aucune vérité ; la malhonnêteté du geste…

Et, soudain, l'effondrement…

 

 

Le souffle – la morsure et l’étreinte…

Quelque chose du monde…

L’ambivalence de l’homme ; sa ruse – mille fois reprise – jamais répudiée…

Et le parfum retors d’un infini (presque) toujours hors de portée…

La nuit et la frustration ; cette permanente découverte…

Des murs devant soi – des portes fermées que l’on imaginait ouvertes…

La danse – des danses (toute une série de danses étranges et variées) et l’œil (totalement) endormi…

L’espoir écrasé à coup de masse – de caresses – de souliers…

Ici – comme les Autres – à glisser vers sa fin…

 

 

A la lisière de l’absence – la lumière sur les choses…

La tête – tantôt dans la joie – tantôt dans la boue…

Du haut d’une cime – à travers la terre – au milieu du ciel – le chemin poétique – qui s’enfonce dans l’âme – qui rejaillit sur la page – comme une eau vive – une danse folle – sans retenue – sans interdit – la plume trempée dans la sagesse et les excès – magistralement vivante – traçant, sans application, la ligne (mouvante) du partage ; le dessus et le dessous du silence…

 

 

Le cœur boursouflé – juste au-dessus des jambes qui prennent la fuite…

Le monde vu à l’envers – de l’autre côté de la surface…

Comme quelque chose qui jouerait avec les hommes ; une haie de fleurs édifiée sur la terre…

Une histoire sans morale ; et deux ailes estropiées…

Un front – sans riposte – approprié à tous les jeux…

Une manière, peut-être, de se rendre compte…

 

 

Ce que dissimule – très précisément – le secret ; la signification du manque ; la vie qui s’entre-tue…

Devant l’extrême – devant l’Amour ; l’édification du dédale…

Tantôt la fenêtre ouverte – tantôt la chambre close…

Ici – et là encore – sans la moindre expérience valable…

La mort au cœur de notre courage…

Et, en définitive, ce qu’il nous sera possible d’expérimenter…

 

 

Le monde malgré lui – presque rien…

L’hostilité – dans (presque) tous les lieux ; le cœur blessé – caché derrière un sourire figé…

L’âpreté du monde et la naïveté (malencontreuse) de l’âme – (très) peu préparée aux terribles projets des Autres…

Une plaie mal refermée ; une tristesse sans abandon…

Le consentement le plus sauvage ; le degré zéro de la fraternité…

A l’abri du ciel – le sillon commun…

La prospérité (évidente et prévisible) du voile et du recoin ; le règne du repli qui se déploie – qui se répand – malgré la possibilité de la joie – du merveilleux – de l’infini…

 

*

 

Dehors – comme s’il n’y avait de dedans…

Des hurlements – comme s’il n’y avait de langage…

Des coups – comme s’il n’y avait d’Amour…

Des bêtes – des hommes ; des bêtes – partout – des bêtes – comme s’il n’y avait que cela…

Et, de temps à autre, un arbre – un poète – quelques feuilles froissées – pour le dire avec (plus ou moins de) maladresse…

 

 

Ligne de crête et ligne de corps – sur le même livre – tracées à l’encre noire…

Au-delà des plis – au-delà des voix – l’absence désentravée – libre, à présent, de se transmuter en langage – en possibilité – en métamorphose de l’âme – des âmes – du monde…

Une manière de réunir la terre et les hauteurs – l’esprit et la marche – d’essayer de faire de nous des hommes ; et de faire vivre à quelques-uns (trop rares) une pleine humanité

 

 

A présent – le stigmate transformé en souffle ; l’élan de dire, puis, celui de se taire – de faire silence – sans risque pour la langue et l’esprit ; une façon d’offrir au cœur ce dont il a (infiniment) besoin…

Qu’importe que le corps soit (encore) dans une forme de chaos ; la réduction des signes nous offrira le baume – puis l’équilibre – puis l’harmonie (disgracieuse – peut-être ; mais qui pourrait s’en soucier) – puis l’indistinction et l’immensité ; la destruction naturelle (et systématique) de tous les barreaux – de toutes les cages – de toutes les frontières – de toutes les formes de détention – pour que nous soyons capable(s) (enfin) de goûter la liberté – d’aligner le corps – le cœur – l’esprit – et les fondre d’une si parfaite manière que l’existence complète – autonome – soit accessible ; une vie sans la nécessité des Autres – du monde ; vécue au même titre que le reste (tout le reste) – en abandonnant les yeux – les âmes – les têtes – à leur sidération – à leur bêtise – à leur somnolence…

 

 

Route – émaciée comme un visage – un peu de chair autour de l’os – de quoi faire un pas supplémentaire – à peine – sans possibilité de deviner la suite du voyage…

Un jour – un chemin – le même depuis la naissance du monde…

Le devenir – à cet instant – taillé à même la foulée…

Le passé – oublié – jeté par-dessus l’épaule – à chaque virage…

Le couronnement des saisons – au fil de la marche ; et, sans crier gare, l’hiver déjà…

Un étrange périple où l’on prend garde, bien sûr, de glisser parfaitement vers sa chute – vers l’effacement – vers la mort…

 

 

Ainsi – l’Amour congédié ; lui, pourtant, si discret…

L’âme qui embrasse la forêt – au-dessus des marécages où se rassemblent les hommes…

Au plus près du plus sauvage – très loin des parois d’argile ; réduit à l’instant et aux guérisons du ciel…

Sans le moindre penchant pour l’attente et les ambitions humaines…

Des lignes tracées jusqu’à l’infini – offertes à ce qui passe…

Et ce feu si intense qui nous traverse…

Hébété devant la nonchalance des Autres ; cette affreuse (et incompréhensible) frivolité de mortel – si désespéré(e) – peut-être…

A distance de tout ce qui pourrait se révéler faux ou fabuleux…

L’œil par la fenêtre ; et les pieds au sol…

Et la vie sur son fil – entre le rêve et l’abîme – comme une flèche discrète et silencieuse – volant (humblement – très humblement) vers le centre du cercle – sans désir – sans angoisse – de plus en plus complète et dépouillée à mesure qu’elle traverse l’épaisseur – qu’elle s’approche de la plus franche nudité…

Un reflet de la lumière – à travers nous – dans la transparence…

 

*

 

La vie en fleurs – manière de réunir le monde et la poésie ; et de les insérer, l’air de rien, dans son geste et dans l’existence des Autres…

Quelque chose, peut-être, pour échapper (un peu – quelques instants) au désenchantement et à la mort – à la déchéance – au fond du gouffre…

Le pied malin – comme si l’âme s’exerçait aux roulades et aux cabrioles – à une forme d’extravagance gracieuse – quasi magique – au pays de la misère – au pays de l’effort et de la volonté…

 

 

Le silence – comme planté dans la terre…

L’âme joyeuse – dansante – proche des Dieux – des origines – de l’espace fraternel…

Ce que peu de vies – ce que peu de lignes – célèbrent – osent célébrer…

Un mélange d’absence et de mort – terriblement vivant…

Une déchirure dans les tranchées défaillantes de la mémoire et du monde…

 

 

Quelques traces – sur les feuilles – sous la lampe – sous le ciel…

Comme une écriture précaire – comme des empreintes dans le sable…

Des lignes écrites avec la main caressante…

Le jour – contre soi – au plus près du cœur…

Le verbe et l’aurore – trônant en lettres capitales – pour panser la plaie commune – cette blessure inévitable…

Un peu de bleu sur nos instincts et notre sauvagerie…

De la sève dans l’écume…

Des ronces sur notre nudité…

Un peu d’encre et de vent – un peu de matière et de joie…

Et le soleil qui se balance sur tous les sentiers…

La chair des mots pour guérir le monde – les âmes ; ce si peu de vie…

Comme quelques plumes emportées par le souffle de la terre ; et cette étrange légèreté des débris ; ce qui s’envole dans l’invisible…

Trait pour trait – notre visage – notre existence ; ce qui nous sauve, parfois, des fissures du temps…

 

3 août 2022

Carnet n°276 Au jour le jour

Novembre 2021

Là où sommeille le monde – en ce lieu précis ; sous les pierres et les âges ancestraux – la source…

Ce que le souffle et le sang cherchent (sans même le savoir)…

Les jours qui passent…

La vie – entre les paumes – qui se défile…

L’Amour – l’envol – au creux du poing serré…

 

 

Des siècles – en nous – inertes – qui hurlent au milieu du silence – dans cet espace fermé – recouvert par les habitudes et les répétitions…

Comme un abcès monstrueux qu’il faudrait percer jusqu’au souvenir initial…

L’enfer prêt à se vider – pour nous renvoyer au premier jour – au premier instant – de l’innocence…

L’enfance vierge – non corrompue – sans avenir – sans existence…

 

 

Sans repère – à moitié enveloppé…

Le monde privé de parole – de poésie…

Comme de la matière en vrac – livrée à elle-même…

Des abîmes ; et des courants – dans le sang – qui nous portent…

Sans boussole – à la rencontre de personne ; des fantômes aux yeux clos – aux yeux baissés…

Des lèvres qui bougent ; des sons inarticulés…

Le rouge des cris et des bouches déformées…

Des automates aux gestes mécaniques qui saccagent ce qui n’a de nom – ce qui n’appartient à personne – les conditions mêmes de la transformation nécessaire – tant espérée…

 

*

 

En un tel lieu – mille portes fermées…

Toutes les têtes qui se détournent…

Ce qui favorise la fuite forestière – les chemins de traverse – l'exil en territoire sauvage…

Le grand jour – caché – cryptique – pour soi (rien que pour soi) – parmi les bêtes et les rochers…

Sous le vent – silencieux et vertical – comme notre parole – comme notre vie – qui s’étaient, au temps de l’enfance – au temps de l’horizontalité, déguisées en offrande au monde – et qui, un jour, (lasses de ne voir aucun changement – aucune amélioration), y renoncèrent (définitivement)…

 

 

Là – entre nos lèvres – jadis tremblantes ; muettes – à présent – comme si le corps – notre support – avait connu le pire – la fréquentation assidue du monde – l’innommable environnement…

Les bras autrefois ouverts – fermés depuis quelque temps…

Et l’âme – si pleine – si regorgeante – d’espérance – naguère – elle aussi transformée en neutralité distante…

Ni tien – ni mien – nôtre seulement ; le poing – l’enfer – le labeur – la sagesse – quoi que nous mettions dans la balance ; la terre et le ciel – le même visage…

Au bord de l’Amour – déchiré…

 

 

Le cercle entrouvert auquel nous appartenons ; et le cercle fermé auquel nous croyons appartenir…

Et tous ces chemins où crissent nos souliers – où grincent nos dents…

Le point culminant de l’oubli ; cette indifférence qui met tout en péril…

Demain ou la nuit…

Le gisement ou la fleur…

La muraille ou l’éboulis…

Qu’importe nos rires et nos grimaces…

La vie – cette vie – sans lumière…

Le monde – ce monde – et cette inclination familière – qui privilégie (presque) toujours la blessure à l’innocence – la balafre à la beauté…

 

 

Pêle-mêle – la joie et le cauchemar – l’horreur et l’étreinte – la confidence (murmurée) de la terre et des Dieux…

Quelque chose d’amer et de lumineux dans la bouche et la poitrine…

Un mélange d’instinct et d’origine…

Ce qui cohabite – en nous – de manière si parfaite – si incisive…

Le recommencement permanent du monde et du silence…

 

 

Au commencement du poème – le souffle vital – la vie respirante – l’infini contracté – comme confiné – emprisonné dans la forme…

Le monde – dans la course – amputé – estropié…

Le besoin de lumière…

Ce qui nous sépare de la rencontre…

L’obscurité régnante qui (nous) condamne à l’impasse…

La possibilité – le poids de la parole – pour contrebalancer notre insignifiance et notre gravité…

 

 

Seul(s) – issu(s) de l’espace et du silence…

A intervalles réguliers – à cheval sur la courbe du temps – des interstices dans la réalité – nos hallucinations et la méconnaissance collective…

La beauté d’une lumière que nul ne (re)connaît…

Là – sans possession – vide et joyeux – en plein néant…

Comme un ciel – une parcelle de ciel – invité(e) au cœur de la substance…

La traversée de la glaise – et de la consistance apparente – en renonçant au nom – au sang – à l’affrontement…

Un sourire (un simple sourire) jeté entre nous et le monde…

 

*

 

Une halte réciproque – l’un face à l’autre – en soi – le visage décollé du temps…

Le monde oublié ; et la lumière nue…

Les mains pleinement agissantes – quotidiennes – sans démesure…

De moins en moins lourdement vivant…

 

 

La blessure affamée qui nous ronge – qui nous laboure – qui nous récolte…

Son terrain – ses vivres – sa propriété ; né(s) pour elle – en quelque sorte…

Et, peu à peu, la possibilité du renversement jusqu’à la guérison – jusqu’à l’effacement de la blessure…

La reconquête de l’Absolu – en lieu et place de la chair et du sang – définis et célébrés (en général) comme le seul horizon (humain)…

 

 

Ici – l’angoisse – tracée à l’équerre ; perpendiculaire à l’écrasement progressif – le manque d’espace – de possibilité ; et l’asphyxie (inévitable)…

Comme le plus précieux – ignoré…

Poussé jusque dans ses propres replis…

Un étouffement de la parole ; et toutes les étoiles (naturelles) refoulées…

La vie durant – cherchant, en vain, son souffle – une lueur – un chemin – sous un couvercle qui transforme le monde en une forme (terrible et insidieuse) de pénombre – d’obscurité ; le noir auquel on s’accoutume…

Et l’absence d’air – d’horizon – d’envergure – qui, peu à peu, nous envahit – comme une ivresse – un vertige – jusqu’au dernier battement de cœur…

Et pour nous sauver – nous affranchir du joug ancestral – le sang qui, parfois, vire à l’encre ; et le cri que l’on parvient, parfois, à convertir en silence et en poésie ; manière d’affronter le monde – le temps – les traditions et de transmuter la douleur en espoir de voir le jour…

 

 

Le mot-monde que l’on cherche – sans (véritable) signification – sans (véritable) explication…

Ni signe – ni sens – davantage rythme et sonorité – danse de l'être avec les choses – avec l’espace ; et le silence qui, peu à peu, envahit la tête – les gestes – les pas ; et l’âme (toute entière) qui tremble – qui frémit – avant de rejoindre la ronde tourbillonnante des éléments…

Comme une infime partie de la terre – du vivant – (possiblement) sauvée par la parole ; le rôle (l’un des rôles) de la poésie…

 

 

Le jour – assassin du repli – de la pénombre – où l’on détient l’Autre – où l’on détient le monde…

Infiniment libérateur alors que l’on se tient sur le seuil – en protecteur de la détention – en gardien de notre propre monde – infime – misérable – nauséabond – où tout ce qui s'y trouve devient – (presque) à notre insu – un instrument…

Un piège – un amas de choses – que l’on conserve derrière la porte – par-devers soi ; cette incarcération qu’explose la lumière…

Le déverrouillage de l'ordre factice – mensonger…

Et le grand air et le plein ciel – enfin retrouvés…

 

 

A tourner autour de nous – comme si le soleil était notre seul allié – notre seule alliance…

La terre-voyageuse – ensemble – trop étroits – trop démunis – pour prétendre à la moindre solitude…

Comme des damnés derrière leurs grilles – à suspendre – à essayer de suspendre – le temps dans nos veines – de retrouver la perspective des anciens – des premiers Dieux peut-être – avant que ne soit scellé, en ce monde, le destin des naissances…

 

*

 

Une absence supplémentaire – à la manière d’un égarement – peut-être une délivrance…

L’ombre nécessaire pour que naisse le jour…

Une apparence épaisse pour que puisse se rompre la chaîne…

Et le reste de vigueur – pour les larmes et la joie…

 

 

Le jour ruisselant – le ciel éclaté…

Le monde recouvert…

Des fragments – des cascades – de lumière…

Et les yeux ébaubis – et les têtes hébétées – comme au spectacle – n’osant y croire – imaginant une comédie – une espèce de fiction ordonnée par les Dieux – pour nous confondre et condamner notre incrédulité – notre méfiance – notre défaillance perceptive…

 

 

Au plus bas – là où l’Amour est nécessaire…

Une joie d’innocent – comme au premier jour…

La douleur – entre les lèvres – parfois ravalée – parfois régurgitée ; notre substance essentielle – celle qui prolonge le sang…

Le dos voûté – le cœur brûlé – la respiration de plus en plus difficile – de plus en plus faible…

Et les bras ballants – puis, en croix – le feu déclinant…

A l’horizontale – le sacrifice et la consumation…

Rien que soi – à même la chair – à même la solitude – sans personne – encerclé par la tristesse et le néant…

Et – en soi – le vide qui s’ouvre pour nous avaler…

Bientôt la chute et les grandes étendues – la neige et le ciel ; la désagrégation du monde – l’effondrement de tous les mythes liés à l’enfance (qui n’a que trop duré)…

La fin des massacres ; la parole qui devient (enfin) sage et silencieuse…

 

 

Le vide qui porte la voix – la parole contenue…

Un chemin qui serpente – qui invite à l’errance – au désert – à la confusion…

Le silence et l’éternité – en ligne de mire – jamais oubliés…

Loin des rêves et des terres brûlées…

Le langage poussé jusqu’au mutisme – jusqu’ à l’effacement de toutes les questions…

Le désir de l’oubli et de la connaissance ; remplaçant, peu à peu, la mémoire et le savoir…

Ni Dieu – ni vérité ; la parfaite absence de l’homme…

 

 

Ce que l’on honore – au détriment des Autres…

Ce que nous sommes venus faire en ce monde – sans rien deviner…

Qu’importe le sens et l’origine pourvu que les apparences dissimulent la tentation des profondeurs…

Rien – ni personne – sans refuge – au milieu des Autres…

Ce que l’on affiche – ce que l’on peut voir – étrangement confondus…

A la place de l’invisible – le clinquant et le péremptoire ; des galeries où l’on s’expose sans jamais rien creuser…

 

 

La pensée lancinante – ce support à vent – dont le chemin jamais ne croise la vérité…

Des traits de silence – en parallèle…

Ce que l’on tait – l’omission et le mensonge – tout ce que l’on cache…

L’évidence même ; notre généalogie et notre géographie – exposées devant notre visage – devant nos yeux fermés…

 

*

 

A la dérive – la blessure naturelle…

Cet œil sur notre épaule ; et cette oreille à qui l’on confie son indifférence…

Des lignes – à vau-l’eau ; un peu de clarté dans la nuit – notre souffrance…

Un chuchotement insondable ; et le dehors chahuté essayant d’expier tous ses crimes…

Comme autant de disgrâces souterraines…

Quelque chose – une posture peut-être – auquel nul n’est accoutumé…

Des paroles trop rudes – trop nues – trop blessantes pour les mortels…

Les conditions (pourtant) propices au désordre – aux tourbillons – au chamboulement ; les prémices, peut-être, d’un retour vers l’origine – de l’invisible…

 

 

Nous dévisageant – avec une moue étrange – nous reconnaissant à peine ; des reflets sombres dans les yeux – des fragments de silence et de miroirs curieusement assemblés – nous laissant une impression de solitude…

Seul et déclinant – faiblement dressé face au règne de la terreur et du mensonge – face au règne de la bêtise et de l’infamie – ne pouvant nous résigner à cet hideux portrait malgré notre engourdissement…

Comme dépositaire d’un secret rarement révélé ; des accrocs dans le ciel désiré ; et l’image de la mort fissurée…

Quelque chose d’un soleil imaginaire dans notre éblouissement et notre suffocation…

A l’affût d’un attelage plus simple et plus digne ; une autre vie – peut-être…

 

 

La fatalité – en plein cœur – comme une plaie supplémentaire ; de la nuit – un peu de nuit – greffée sur l’âme…

Ce qui contribue à notre chute…

Le jour trahi par l’absence ; et l’impossibilité du saut vers la source ; le salut auquel il (nous) faut renoncer…

 

 

Le possible – mille fois interrogé et parcouru – prévu dans les moindres détails…

Le prolongement du temps présent – sans surprise – sans incertitude…

Comme englué(s) dans une peur, sans cesse, mise en avant – à la manière d’un axe autour duquel tournent les hommes et le monde…

Des têtes si craintives ; et leur cargaison d’interrogations (préalables)…

Le désengagement (quasi) complet de l’âme…

Le refus (manifeste) de la vie ; contre le risque (le moindre risque) – le règne tyrannique et mortifère de la raison…

L’humanité qui s’enferme (plus profondément encore) dans son labyrinthe ; ce monde parallèle au monde…

Et la résistance du reste et des éléments naturels (et de quelques-uns – à l’intérieur) – poussant cette possibilité (salutaire) d’infiltration – favorisant cette possibilité (providentielle) d’explosion – pour contrebalancer cette perspective humaine malheureuse et (affreusement) pusillanime…

 

 

Au milieu des Autres – un paysage de distraction…

La marche rêche et raidie ; et cette crainte de se perdre – de se fondre – dans la masse – d’être absorbé – d’être englouti – par cette bouche immense – avide – vorace – qui avale tout ce qui traîne – tout ce qui passe à sa portée…

Dans toutes les directions ; le temps du divertissement…

Des siècles sans écho – jusqu’aux confins de l’univers – comme si nous avions choisi la pire inclinaison…

La répétition de ce qui nous détient – de ce qui nous enchaîne…

Et partout – et toujours – la même célébration – celle de la séparation et du sommeil…

La noirceur des esprits et des âmes privés de ciel et de lumière…

Un monde sans espoir – en voie de décomposition…

 

*

 

Dans un coin (minuscule) de l’espace – lèvres entrouvertes – pour murmurer une (pauvre) parole ; quelques mots – dans un duel inégal avec les Autres – le reste du monde – mais dictés sous la force du silence…

Simple et sans érudition…

Directe et sans hâte – comme pour disloquer les cœurs (avec discrétion) et y creuser une fente suffisante pour y glisser le jour – un peu de lumière – à la place du noir et de l’espérance…

 

 

Une route – de l’absence au détachement – comme une fenêtre – une silhouette qui s’éloigne – qui prend la forme de l’horizon ; un point minuscule qui rejoint l'immensité ; et qui renaît au monde sans visage – sans identité circonscrite…

Quelques remous entre les murs avant l’évanouissement et la disparition…

Deux bras ouverts dans la nuit – tel qu’un jour sera le monde…

 

 

Autre chose que l’aube habituelle ; comme des liens dans l’obscurité…

L’âme recroquevillée dans le froid – sans usage – déroutée – s’affairant, soudain, sur ses blessures – s’adonnant aux soins – œuvrant à la guérison – se redressant hardiment vers le ciel serein – caressant du regard la chair et la pierre – la matrice du monde abandonnée à sa propre violence et à sa propre incurie ; indigente et meurtrie – ne réfléchissant que le sombre des étoiles ; et cette nuit suspendue au-dessus des têtes…

 

 

En l’Autre – les mêmes directions ; la possibilité de la parole et du passage…

L’univers – dans toutes ses déclinaisons…

Des millénaires de mésententes et d’étreintes…

La ressemblance équivoque ; et les apparences et les profondeurs (relativement) séparées…

Le lieu des saisons et de la répétition – des ruses et des cachotteries – de la transformation involontaire – et, parfois (bien plus rarement), du voyage vers la lumière – le silence – la sensibilité…

La lente (et inévitable) évolution de l’homme…

 

 

Le jour – intérieur – comme l’espace – comme l’immensité…

Ce qui veille – en nous – aux côtés de l’Amour…

Une présence sans corps – recouverte de chair…

Des restes de vent – un peu de sable – un peu de rêve et de poussière…

Ce qui allège le pas – le monde – toutes les formes de gravité ; l’ignorance et, parfois, même la mort…

 

 

Dans la débâcle – des mains agitées – des esprits absents – le monde entier…

La géométrie des angles morts ; et la géographie des replis et des turbulences…

L’impensable, peu à peu, qui advient – lui enfoui si loin – dans les tréfonds de la lumière…

Le ciel et le sol – si peu explorés – si mal connus – divisant la terre et la tête…

La foule – ivre – tournant en rond – autour d’elle-même…

Au fond d’un abîme vertigineux ; au creux d’un gouffre métaphysique quotidien…

Le serpent – rattrapant sa queue – et s’avalant (finissant par s’avaler)…

Fantasme ou réalité de cerveau malade ?

Dans nos pensées – tant de possibilités ; et sur la pierre – si peu de choix…

 

*

 

Secrètement reconnaissable – la source jaillissante – aussi loin qu’elle se reforme à la vue – et à l’insu – de tous…

Sans anticiper – une nuée d’images qui se dissipent – qui se dispersent…

Le plus visible, parfois, (très) sévèrement rudoyé…

Et le goutte à goutte des vies antérieures qui infuse l’instant – chaque instant ; une succession – comme une durée qui, indéfiniment, se prolonge…

Et le rêve qui s’arrondit avant de heurter le sol…

Et la pierre trempée dans la nuit…

Et nous autres – encore – sous nos peaux de bête…

 

 

Ce que l’on invente – au détour du sommeil – le monde rêvé – le ciel en songe – que l’on perpétue…

La tête dans la lie qui s’imagine maîtresse du récit – fraîchement parfumée – libérée des viscères et des battements de cœur qui la soutiennent…

A proximité de la lumière alors que la nuit règne – sans rivale – alors que tout, dans l’âme, est obscurci…

 

 

Le piège des poings – le prestige proche de la cime emmurée – ce dont on se surprend à rêver lorsque l’on côtoie (trop longtemps) le pouvoir – la violence – le danger…

La posture vive et inquiète ; la pierre poussée ou fendue ; l'Autre exclu ou assassiné ; selon l’envergure de l'ambition et l'ampleur de l'avidité...

Dans tous les cas ; une vie saisissante ; une vie qui meurtrit…

Quelque chose qui écharpe – qui écrase – qui mutile ; et qui n'offre pas la moindre joie (bien sûr)…

 

 

Le mystère – mêlé à la terre ; entre l’âme et le silence – cette marche en nous-même(s)…

La géographie de l’impensable ; ce non-lieu qui fait, parfois (trop rarement), office de résidence…

L'esprit et la chair – substantiellement élargis ; quelque chose de (très) léger – sous les paupières ; si peu perceptible par la plupart…

 

 

Ce désir – inconscient – involontaire – d’une terre sans absence – d’un silence habité…

Un ciel sans distance – attentif et souverain – porteur d’une tendresse non affectée – amicale – amoureuse – selon les circonstances et l'état de l'âme ; compagnie discrète ou ostensible – infiniment modulable – qui comble – qui étreint – sans jamais s'imposer – sans jamais oppresser ; présence permanente et non accaparante…

Sobre – réservée – silencieuse – au fond de notre intimité…

A l’intersection (exacte) de notre immobilité et de notre soif…

 

 

Entre le soleil et le sang – notre mémoire ; ce qui fait de nous des hommes…

Un peuple suspendu à ses propres rêves – à ses propres chimères – mythes – légendes – histoires ; toute la machinerie de l’image installée sous le front ; un morceau d’enfer descendu du ciel – peut-être – l’axe central de notre civilisation ; ce qui, bien sûr, corrompt le regard et travestit la réalité…

Le monde – entre fiction et (pur) imaginaire ; la surface éphémère – improbable – sur laquelle on essaie de greffer une vérité inventée…

 

 

Des constellations – des mondes – des pertes…

Des chutes – en pagaille – bien davantage que des ascensions ; le sort incontournable des vivants…

Un désordre aux innombrables conséquences…

Ce que cachent, au fond, toutes les apparences…

Derrière le sourire et la bonhomie – l’ombre – le vide intérieur – la matière en perdition…

 

*

 

Immergé(s) – dans la masse – la blancheur – à travers la poitrine – l’intérieur inondé – jusqu’en bas – des épines dans la voix – la parole comme un instrument…

La lumière que l’on comprend – peu à peu…

Ce que la violence cisaille – la rupture des liens – l’invisible jeté (avec force – avec fracas) contre l’Amour…

La solitude – au milieu du monde – inévitable (bien sûr)…

Nos vies – sans force – le front bas…

L’âme – la chair – la soif – prisonnières elles aussi – condamnées par notre présence sur terre…

 

 

La nuit parfaite – telle qu’elle se donne – telle qu’elle nous brûle…

Sans précaution – sur nos forces démantelées…

En un éclair – comme de l’acide…

Le sommeil ragaillardi par notre manque de résistance – de profondeur…

 

 

L’œil concentré sur l’inessentiel – l’emprise du monde sur les âmes – toutes les lois humaines (ou à peu près) – les souterrains du temps – au lieu de voir…

Se consacrer aux assassinats (à tous les assassinats) – au lieu du silence…

Rêver – jouir – bavarder – beaucoup (beaucoup trop) – au lieu du geste respectueux des choses…

La vie complexe – compliquée – et que l’on embrouille plus encore – au lieu de la simplicité…

Comme une fissure que l’on prendrait pour une muraille – un rempart ; un minuscule muret de feuilles et de mousses – en vérité…

Ce que l’on pulvériserait d’un seul coup de poing – une injonction contre l’angoisse ; une fausse bonne idée – une sorte d’antidote (totalement) inefficace…

Le souffle – la soif – la mort ; comme si savoir – comme si trouver – nous était impossible – comme s’il n’existait aucune solution (véritable)…

La vie – le monde – un contexte – un simple contexte – presque un décor – pour éprouver tous les paradoxes de l’homme…

 

 

La figure asymétrique ; la tristesse et la mort qui pèsent plus lourds…

La trace de l’angoisse dans les yeux…

Là où nous sommes ; l’impossibilité de la réponse…

L’ampleur du désordre et des dégâts…

Le destin et les circonstances qui nous semblent (parfois) si arbitraires…

Nous – comme une faille – un trou – où seraient jetées – sans ménagement – sans distinction – des choses plus ou moins tranchantes – plus ou moins bouleversantes…

Et l’âme – immobile – prisonnière – attachée – peu à peu défigurée par ce qu’on lui lance – par ce qu’elle reçoit – par ce qu’elle est condamnée à accueillir…

A la fois – le feu et le pilori ; et une succession de flèches – toujours imparfaites – qui viennent meurtrir la chair…

Au milieu du bûcher – l’exécution ; une expérience pour éprouver la vie – le cœur battant – les forces qui (progressivement) nous quittent – juste avant l’abandon – salutaire…

 

 

En soi – le plus familier – le plus quotidien – le plus intime ; la source des gestes précieux et ordinaires…

L’acquiescement à toutes les ramifications du contexte – de l’origine…

L’assentiment discret et silencieux…

Ce qui affleure à la surface du vivant et qui plonge ses racines au cœur de l’âme – dans nos profondeurs infinies (et impersonnelles) ; en contact direct avec le ciel – l’immensité – affranchi(e)(s) du temps…

Partout – au-dehors et au-dedans – l’espace non séparé…

 

 

En ces terres parcellisées – en ces temps séquencés – trop peu de réalité – l’invention perpétuelle de l’ordre ; à chaque instant – la (quasi) complète réorganisation du monde qui, sans cesse, s’inscrit dans la durée…

Toutes les ombres de l’esprit et de la matière – réunies…

Et la nuit qui annonce la disparition du jour…

Ni bêtes – ni hommes ; des personnages fictifs aux apparences trompeuses qui ont évincé (malgré eux) la seule chose précieuse – la seule chose qui compte ; la respiration secrète du monde ; celle à laquelle participe, parfois, la poésie – comme un peu d’oxygène pour ceux qui, sous le joug du temps – qui sous le joug des Autres, sont condamnés à vivre à la surface du monde et des choses…

 

 

Cette (bienheureuse) plongée parmi les courants invisibles qui nous entourent – qui nous traversent…

La vie sans le sang – ramenée – confrontée – à son socle – à ce qu’elle fut de tout temps – avant la création des siècles – l’époque d’avant les dates ; dans cette vibration perpétuelle – au cœur de la lumière…

Le jour – hors-champ – qui échappe à la vue et aux visages – celui que certains poèmes encensent…

Le ciel (enfin) vivable – le ciel (enfin) vécu – à notre portée ; la source même de ce qui bouge – de ce qui semble exister…

 

 

La lumière – sans passé – sans cesse renaissante – si souvent corrompue – si souvent déroutée ; utilisée à d’autres fins que celles des retrouvailles – symbole et instrument dont on se sert pour mille choses – plus ou moins utiles – plus ou moins appropriées – comme une manière de conforter nos délires et nos rêves…

Une sorte de repère dans un monde plongé dans le noir et la cécité ; et qui (pourtant) s’imagine lucide et clairvoyant…

L’histoire de l’homme et de toutes les civilisations humaines…

 

*

 

La profondeur – intermittente – réelle – à cette (surprenante) altitude ; une manière, peut-être, d’accéder à l’invisible – à ce monde présent au-delà et en deçà du monde…

L’expérience d’une joie ruisselante et d’une superposition des états…

Toutes les identités confondues ; plus personne – en réalité…

Ce qui se présente – ce qui s’impose – seulement…

Et les yeux grands ouverts – et le cœur accordé, de manière (presque) inespérée, aux choses et à la lumière…

 

 

Quelques mots – comme des fulgurances – dans la marche quotidienne – inchangée (et sans doute – inchangeable)…

L’équilibre journalier (et ordinaire) ; des gestes – des pas – des paroles…

Ce qui a besoin de se faire ; et qu’on réalise avec ferveur – sans volonté – sans empressement…

Une manière d’abuser l’abîme et de refuser le piège…

Ici – face au soleil – sans impératif – sous le poids (si léger) de la nécessité – fidèle aux choses – obéissant aux circonstances – comme une offrande au reste…

 

 

Sans bénéfice – sans revendication…

Là où porte l’élan – tantôt pas – tantôt parole ; et le geste nécessaire (bien sûr)…

Notre équilibre ; peut-être – notre faiblesse…

L’essentiel éprouvé ; et goûté…

La joie du retournement…

Au cœur de cette solitude fondamentale…

La seule posture poétique capable de rivaliser avec le pacte commun…

La vérité plutôt que le confort de toutes les (fausses) certitudes…

Le voyage – sans cesse – la découverte et l’immobilité…

 

 

La neige – comme des adieux ; les lèvres et les yeux qui s’ouvrent (très) lentement…

L’intérieur dilaté ; et l’extérieur en retrait – qui s’intériorise – qui devient une partie de ce que nous sommes ; la patrie complémentaire de l’âme – avec le silence – peut-être…

Plus ni autre – ni étranger ; des reflets familiers du même espace – comme élargi…

Qu’importe que nous vivions (encore) dans un monde de somnambules ; qu’importe que nous ayons (encore) le regard ensommeillé…

 

 

Le jour incarné – avec des tatouages sur la peau…

Des ombres assoiffées que le soleil tantôt assèche – tantôt apaise…

Mille changements – à l’intérieur…

Au-delà du temps qui fait défiler les images…

Trop d’exhibition(s) et trop d’écrans (sans doute)…

Une autre réalité que celle du monde…

Comme une faille temporelle – comme un piège au fond duquel nous serions tombé(s) – aimanté(s) – impuissant(s) – sans compréhension…

Et cet étrange silence – au-dessus et au-dedans – de ce fracas…

 

 

Paroles-étreinte – un écho familier ; le son de sa propre voix – mêlé au soleil réparateur…

Toute l’histoire du monde – notre passé – inclus, à cet instant ; notre appartenance changeante et évolutive…

Un socle de pierres pour le vent et la mort ; et l’abandon nécessaire (bien sûr) pour échapper aux mirages et demeurer fidèle(s) à ce qui passe – à ce qui a lieu ; accordé(s), sans doute, à une forme de vérité (circonstancielle)…

 

*

 

Des trappes – des cordes – des cris – à même la trame…

De la poussière qui vole dans le vide – emportée par des tourbillons…

Comme au théâtre ; l’éternité…

Ce qui dure et recommence ; à nous faire exploser la tête…

Et, pourtant, la route – en soi – qui se dessine – qui se laisse emprunter…

Comme à travers un rêve ; le monde – nos vies – ce que nous en percevons…

 

 

De la douceur creusée par ce qui existe après le désir – au-delà de l’absence de désir ; après l’épuisement – après la surprise – après l’abandon ; derrière ce qui avait disparu et qui (lentement) réapparaît…

La même chose qu’autrefois – avec un surcroît de densité et de joie ; léger et involontaire ; ce qui peuple, peut-être, nos profondeurs ; ce grand ciel en deçà de la nuit – en deçà de la cécité ; ce que l’on devinait (ce que certains devinaient) à travers la persistance de la tristesse…

 

 

Invisible – au-dedans – comme l’espace…

Ce qui est là sans que nous le percevions (sans que nous puissions le percevoir)…

Ce que l’on emplit de choses et d’autres – ici et là – assez régulièrement – selon ses désirs et ses goûts…

Manière d’agrémenter la vie et d’ajouter quelques barreaux à notre enfermement circulaire…

Le multiple pour différencier l’unité ; façon, sans doute, de se rencontrer (sans omettre la moindre part) – de tendre vers soi et vers la tentation (irrésistible) de se dévêtir – de se retrouver…

Un jeu comme un autre – après tout – dans lequel il nous faut endosser tous les rôles – revêtir tous les costumes – arborer tous les masques – assumer toutes les identités…

Une apparence – un rapprochement et une distance – une distance et un rapprochement – le centre unifié enfin ; puis, le jeu qui recommence ; dans l’étreinte – toujours – de ses propres bras…

 

 

Le regard imperceptible du poète ; bien plus qu’un langage ; une manière d’être – une manière de voir ; tout sentir – à l’intérieur…

Tout en soi – comme abandonné – flottant…

Un monde au-dessus du monde – un monde à travers le monde – en relief – en filigrane…

L’invisible au milieu des ombres et du sang…

La respiration du vide…

La terre-fleur et la terre-fenêtre – à la même hauteur que le cœur – les yeux – le ciel ; la page en simple continuité de l’âme et du monde…

 

 

Le sommeil qui tourne en rond dans sa cage ; à même les barreaux de la liberté…

Des choses et des paroles – empilées – en désordre…

Ce qui hante nos vies – nos existences-fantômes…

Rien – derrière les visages ; l’arrière-cour de la solitude ; ce grand désert balayé par les vents et la peur…

Des rêves de savoir qui écartent l’ignorance ; et notre féroce volonté…

Des destins peut-être – des destins sans doute – qui vont et qui viennent…

Une succession de craintes qui envahissent les têtes…

Nos jours – nos malheurs – nos angoisses ; tout ce qui peuple nos rives intranquilles…

 

 

Le commencement du monde et de l’errance ; si consubstantiels – au fond…

De jour en jour – peu à peu – tous les passages ressuscités…

Les morsures de l’existence ; et l’âme dévastée par toutes nos fictions ; ce qui est établi comme un socle indiscutable ; et cette présomption si familière – si dédaigneuse des hauteurs – qui, sans cesse, nous précipite dans l’abîme – comme si toute transformation (nous) était impossible – nous était refusée…

 

*

 

La mort-chagrin – sans jamais s’arrêter – comme les larmes qui coulent…

Condamné(s) à perpétuité – à moins que cela ne soit une farce ; et qu’un rire puisse éclater au milieu de nulle part – pour tout faire exploser – au-dedans…

Un peu de vérité – sans la nécessité de la parole ; le corps et le cœur qui comprennent…

Et rien d’autre que cette lumière dans notre nuit…

La naissance (inespérée) d’une sagesse silencieuse – d’une simplicité sans commentaire…

 

 

Un rayon de lune échappé de sa cage…

Un livre ouvert – un poème tatoué sur la peau…

Le cœur cinglant – sanglant – sanglotant ; tel un piège qui se referme…

La réalité de l’absence ; comme condamné à comprendre, puis, à se transformer…

Le manque devenu paroxystique converti en désespérance – puis, en soif – puis, en rapprochement – puis, en intimité (sans doute, la plus belle – la plus amoureuse – la plus fraternelle) – avant l’unité éclatante…

Un pan de lumière capable de détourner le vent…

 

 

A notre chevet – toujours – quelle que soit la distance…

En accord parfait malgré le corps mortel…

Les mouvements – la distance et les refus – accueillis…

Et toutes nos minuscules persévérances…

Malgré le nombre de catastrophes et l’ampleur de la cécité – l’Absolu – intact – indemne qui, peu à peu – en nous, se redresse et se fortifie ; la part secrète du monde qui retrouve sa place – au fond du cœur – dans nos gestes – partout où cela est possible – partout où cela lui est permis…

 

 

Orphelin(s) du monde – au plus près de cette pierre établie – au plus près de la désespérance – l’âme passagère…

Rien (absolument rien) au regard des hauteurs…

Des cimes et des précipices – insignifiants…

Que sommes-nous donc malgré toutes ces choses – tous ces visages – toutes ces identités – perdus…

Ce que l’on soustrait – peu à peu…

L’expérience du monde – du temps – de la mémoire – incertaine ; et qui se défait – et qui (progressivement) tombe en poussière…

La bouche sèche – face à notre soif…

Une chair sans nom – changeante – désorientée (de plus en plus) – qui se laisse traverser – et creuser – par ce qui s’acharne – par ce qui l’obsède…

Un peu de vent – comme si l’on existait (réellement)…

 

 

Les yeux de l’Amour – aimé…

Le jour et la nuit ; de toute éternité…

L’argile et le silence – étrangement intriqués…

Et un peu de souffle pour affronter les autres vivants ; ce qui semble animé…

La mort – devant et derrière soi ; la mort – partout – au-dedans et alentour…

L’univers inconscient qui favorise les naissances et le combat ; la barbarie (presque) toujours au détriment de l’innocence…

Des destins brisés avec effronterie – avec indifférence – avec soulagement…

Le saccage de tous les registres – la folie et la sagesse – sans distinction…

L’acharnement à déconstruire ce qui nous guette – ce qui nous attend…

Peut-être les apprentissages les plus essentiels pour aller au-delà de la respiration – au-delà de l'existence apparente – comme une pierre haletante – immobile – séquestrée – prête à n’importe quoi pour échapper à la malédiction de ceux qui sont nés sur la terre…

 

*

 

Nous – marmonnant – appauvri(s) – à nous balancer sans fin devant l’immensité – comme un pauvre pendule manipulé par une main invisible et obstinée…

Seul(s) – face aux Autres – face au ciel…

La parole désertée ; condamné(s) à affronter les vivants et la mort ; à participer à la ronde macabre (et parfois réjouissante) des circonstances…

L’expérience du monde ; l’existence vécue…

 

 

Une forêt de corps et de visages défigurés – pressés contre des grilles – dressés contre leur supplice ; à user leurs forces jusqu’à la dernière parcelle d’énergie…

L’élan de dire – de témoigner – avant de mourir ; quelque chose (peut-être) de l’expérience humaine…

 

 

Nous – inépuisablement…

Un regard comme entré par effraction…

Le soleil et la mort à nos trousses…

Et la longue course avant la mise en pièces soudaine…

Sans saveur – cet éloignement…

La lumière naissante arrachée – et jetée dans ce lent engloutissement ; peut-être – sans doute – le seul accompagnement (véritable)…

Et cette atroce sensation de s’enfoncer – de sombrer, peu à peu, dans l’abîme ; le corps – les yeux – le cœur et l’âme – en désordre – confusément – comme retourné(s) – cul par-dessus tête – à même l’illusion…

Victime du ressac – du grand large – du recommencement – malgré notre apparente stabilité…

 

 

A l’orée d’un grand soleil – le sourire aux lèvres…

Un sens attribué à toutes les grimaces – à toutes les interrogations – à toutes les craintes – à toutes les indécisions…

La suppression des soucis et l’effacement des blessures – au profit d’une présence qui offre au monde un marchepied et au vide – et au silence – le plus beau des joyaux…

 

 

Mère née de soi – nourrie à son propre sein – par son propre lait – enfantant toute sa descendance…

La généalogie du chaos et de l’apprentissage ; jouet (fabuleux) de l’infortune du monde…

Vouée à une éternelle métamorphose…

Une sorte d’entité aux dix-mille visages…

 

 

Ici – cloué à la terre – par la gravité ; le monde antique fuyant à l’intérieur – soucieux d’échapper à la désespérance contemporaine…

A chaque pas – cette cloche ancestrale qui sonne – le même parcours – la voie ouverte – et indéfinissable – vers la source – sous nos (propres) encouragements ; et le malheur, parfois, au seuil de la tête…

La foulée insistante – à tenter d’explorer partout – sur ces rives sans réponse – à creuser en soi – un puits ou un tunnel – qui, à en croire les sages (certains sages), déboucherait sur une vaste étendue – l’espace réel libéré des secrets – des miroirs – du temps – propice à une existence légère – profondément ancrée – profondément vivante – sans appartenance…

 

 

Là où tout se balance…

Une forme d’équilibre…

Sans croix – sans étendard – sans interstice…

Un monde sans histoire…

Au cœur de sa propre géographie…

Des vagues de vie ; et mille émotions…

Tout qui danse – qui s’avance – qui tourbillonne – sans masque – sans le moindre déguisement – dans la franchise et la lumière…

Une joie claire ; une parole précise ; tout ce qui peut rompre le rêve et dissiper le brouillard – sans la moindre duplicité…

Toute notre vie résumée à un sourire ou à une grimace qui nous plonge (qui finit par nous plonger), d’une manière ou d’une autre, au fond de l’âme (pour le meilleur ou pour le pire)…

 

*

 

La crainte – encore – comme autrefois ; cette pesanteur dans la tête – cette ombre sous le règne du soleil…

En contrebas – face à la lumière oblique…

Très loin de ce temps où nous faisions tourner sur le bout de notre doigt la pyramide du monde à l’envers ; le souffle coupé par notre audace et notre insolence…

Au creux du poing serré – à présent – recroquevillé ; les mains sur les yeux pour échapper aux monstres qui nous poursuivent…

Redevenu enfant – en quelque sorte ; derrière des grilles – face à des crocs féroces et imaginaires…

Et, en cela, obéissant, d’une parfaite manière, à l’ordre cyclique des choses – à l’ordonnancement saisonnier de ce qui est enfanté…

En attendant – bien sûr – l’étape suivante ; la suite du voyage…

 

 

Le lieu présent – encore en deçà de la conscience – sans se dérober – sans se résoudre – face à la situation – ce qui surgit – ce qui a lieu ; les circonstances par vagues successives – et leurs innombrables conséquences – de (très) longues séries – en cascades – entremêlées – épinglées sur le grand tableau des prévisions (et des prédictions parfois) ; chacune venant en son temps…

Et nous – comme une pierre égarée au milieu de la pente – au milieu de la boue – soulevée par une main habile et jetée dans des intervalles de grandeur différente – tantôt posée au cœur d'un amas de choses verticales – tantôt engluée dans une masse (strictement) horizontale…

Le soleil et la mort – le jour et le froid – au fil de ce qui se présente…

Quelque chose de la cage circulaire – peuplée d’ombres récalcitrantes et angoissées…

Ici-bas – à cet instant même – le front appuyé contre les barreaux ; et essayant, sans jamais s’arrêter, de les repousser un peu plus loin…

 

 

Une longue suite de miroirs sur lesquels se reflètent toutes les lumières…

Des souvenirs lointains au trébuchement ; de la chute à l’avenir improbable (bien plus qu’incertain)…

Et cet intervalle dans lequel nous sommes tombé(s) – dans lequel presque tous se sentent prisonniers…

Comme un presque mort – un somnambule – un ensommeillé – dans sa chambre qui entend les vautours tourner autour de ses rêves et qui attend le premier coup de bec pour ouvrir les yeux…

Une sorte de déconstruction du temps et de l’espace…

Une autre manière de vivre et d’habiter le monde…

 

 

Ce que l’on attribue (en général) à l’immortalité…

Sur chaque jour qui passe – nos initiales (inutilement) gravées…

Un bout d’aile que l’on façonne pour le grand voyage – en oubliant l’impossibilité du périple…

Sur la même ligne (horizontale) – cette marche quotidienne – sans tapage – sans prétention – au cœur de laquelle, trop souvent, nous nous absentons sous prétexte des Autres – sous prétexte de prière ou de ciel…

Idiotie – bien sûr – tant nous nous trompons d’horizon…

Jusqu’au point de retournement – parfois transformé (momentanément) en halte des lamentations – à bout de force ; et aussitôt les dernières doléances crachées au visage du monde – à la face du destin – on se remet en route – on s’insère dans la première danse – on s’engage dans la première aventure – sans jamais omettre ce précieux dialogue avec ce que l’on porte…

La mort et le soleil dans nos bagages – en bonne place – aux côtés de la joie – du silence – des circonstances – qui, peu à peu, se laissent apprivoiser – qui, peu à peu, nous envahissent – qui, peu à peu, imposent le rythme – la direction et l’immobilité…

Une sorte de consécration du cœur et du souffle ; la célébration naturelle (et involontaire) de l’étreinte et de l’acquiescement ; et nos pas de plus en plus insoucieux des choses et des visages rencontrés…

 

*

 

Profil bas – comme effacé par l’intervalle…

Pierre après pierre – pas après pas – le chemin emprunté ; le seuil franchi – jusqu’à l’égarement (complet) – jusqu’à cette forme de mort que l’on appelle l’effacement ; le meurtre, en quelque sorte, d’une fallacieuse identité – jetée, peu à peu, par-dessus bord ; et rejoignant l’abîme – et l’abîme rejoignant l’immensité ; le ciel et l’océan – confondus – dans le même soleil – sans le moindre nom…

Une nouvelle vie – en somme – plus proche de l’infini…

 

 

L’esprit ému – le corps toujours agissant – malgré l’immobilité intérieure – comme inséparable du jeu – prisonnier, d’une certaine manière, des danses – des courants – du chaos – du monde – de l’enchevêtrement (inextricable et inévitable) des choses…

La surface et les couleurs – mille formes de déguisement – malgré la nudité et la profondeur…

Rien de très nouveau – en vérité – entre le dehors et le dedans…

Quelques murs – comme un décor – malgré l’ampleur (et l’importance) de l’arrière-plan…

Et des hordes (encore) d’illusions – comme des images solidaires de ce qui bouge – de ce qui semble animé ; comme des reflets dans le brouillard – sur toutes les pierres que nous foulons…

Rien qui ne puisse entamer le silence et la joie…

Le visage complet – tous les fragments réunis – comme le signe, peut-être, d’une trajectoire aboutie – la fin d’un cycle ; le début d’un autre…

Quelque chose de la mort – comme inversé(e)…

Une autre ronde ; et un autre centre ; la suite du périple – défait des identités les plus grossières et des cercles les plus restreints – ceux qui nous condamnaient à une forme d’illettrisme de l’âme – le cœur (sans doute – beaucoup) trop circonscrit…

 

 

Exhumer la lumière là où l’oubli domine…

Au fond et alentour – qu’importe le lieu et la forme – qu’importe le nom et la nature de la matière animée…

Ni plainte – ni volonté – une simple (et impérative) nécessité…

 

 

Sous les vents – sans promesse – qui cinglent…

Dans les yeux – le reflet des proies et de l’affût ; et au-dehors – le grand cirque – le grand massacre ; et la propagande des maîtres du jeu…

L’âme tremblante – à claquer des dents…

Les pieds dans le sable sans (jamais) pouvoir échapper aux vagues – aux courants – à la foule qui se presse (et piétine) sur la grève…

Englué(s) – immobile(s) – laissant l’avenir se gorger (inutilement) d’espoir et de temps…

Les Autres – en face – nous abandonnant (par la force des choses) à ce qui nous enlise – à ce qui nous encombre – à ce qui nous déracine…

Condamné(s) à errer dans la spirale labyrinthique des âges où se croisent, à travers toutes les histoires du monde, les vivants et les morts de cette terre…

Un voyage (une sorte de voyage) entrepris (en général) les yeux fermés et les mains attachées derrière le dos…

 

 

Sans nom – sans idole…

A l’approche de la nuit…

Pendant trop longtemps en rêve ; le même sommeil – la même cécité…

La vie blessée alors que l’on se croyait à l’abri…

Au milieu de l’excitation et de la cruauté…

La solitude parmi les pierres ; au milieu des vivants…

Au fond du piège – sans aide – sans douceur – sans personne ; à gesticuler dans son trou – à l’ombre des géants moqueurs dont l'échine côtoie le ciel – les Dieux – les étoiles ; cette partie du monde (totalement) inaccessible aux hommes…

 

*

 

Tournés vers soi – toujours – à chaque instant – le soleil et la mort – sensibles à notre sort – au sort de tous – au sort de chacun – sans le moindre grief contre les identités frivoles – heureux même qu’une légèreté joyeuse (pourvu qu’elle soit sincère) égaye leur bref passage…

 

 

La terre qui enfante – et l’oiseau – et le monde – et la mer – et l’horizon…

Et, très souvent, quelques traces de ciel dans le voyage ; d’où peut-être – d’où sans doute – cet attrait pour les accolades et cette soif des hauteurs…

Les hommes – immensément – intensément – intéressés par l’intelligible ; et moins (beaucoup moins) concernés par l’ineffable – par ce qui échappe à la raison – par ce que l’on ne peut prouver – presque tout – en somme (ou disons, le plus essentiel)…

Les gestes lourds (si lourds) et les usages utiles (si prosaïques)…

Ni magie – ni (bien sûr) cercle de poésie…

Et nous autres – comme tous ceux qui cherchent une appartenance – issus (à quelques détails près) de la même lignée – de la même origine – des mêmes marges géographiques…

 

 

Un rapprochement de la chair…

Des mains avides et insaisissables…

Comme une blessure à élargir et à soigner – simultanément…

Ici – comme ailleurs – comme partout – toute l’équivoque de l’homme…

Des virages – des méandres – de (soudaines) bifurcations…

Quelque chose de l’éloignement et de la dynastie ; le règne de l’insoutenable…

Comme un bourgeonnement au-dedans et une efflorescence au-dehors – et, plus rarement (de manière presque exceptionnelle), l'inverse…

La brûlure vive et intense – avant l’effacement…

L’ardeur ancillaire et le détachement…

Le commencement de la fin (d’une certaine idée de la fin)…

Ce qui (de près ou de loin) ressemble au ciel – à la grâce – à la poésie ; à l’incarnation du mystère – au déploiement du plus essentiel…

Sans doute – notre part la plus rafraîchissante…

 

 

Ceux qui peuplent la vie ; et nos vies sans doute – aveugles à notre monde – à nos ambitions – fidèles à nos pas ; partageant notre faim et notre misère ; et le pain lorsqu’il y en a ; et les larmes qui coulent – trop souvent…

A travers nos yeux – nous regardant ; et se laissant contempler par le monde…

Sans bruit – existant à peine – comme une (faible) lueur ; et nous – parvenant (parfois) à nous hisser péniblement jusqu’à la lumière – devenant, peu à peu, notre seul appui ; et notre allié le plus loyal…

Et, un jour (ignorant tout de cette date – et du reste) – ensemble – nous réussissons à rejoindre les premières hauteurs du territoire – à combler les âmes et les ventres avec un peu de tendresse – à remplacer l’espoir et les rêves par un silence joyeux et approbateur ; sans crier gare – très respectueusement – nous accompagnant – là encore (comme avant – comme toujours – comme il se doit – peut-être)…

 

 

Pas davantage qu’un tas de chair inerte…

Pendant si longtemps – resté au seuil…

Et lentement les membres qui se désengourdissent ; la vie interne qui se ressaisit et se redresse…

Les yeux qui s’ouvrent comme après un trop long sommeil…

Ce qui ranime l’ardeur – l’attrait pour le jeu – pour le chant et le mystère ; (bien) plus qu’une aspiration – une inclinaison du voyage vers les hauteurs…

Le silence qui guide nos pas et la neige ; ce long voyage à travers toutes les couleurs…

Tout un monde – involontairement – ressuscité…

 

 

A demi-mot – sans message…

Seul – le vent – dans notre chant…

Au milieu de ce à quoi nous n’appartenons plus…

La parole et le temps oubliés…

Un tremblement ; les prémices d’un monde nouveau – peut-être – le feu et le ciel – comme seuls éléments du mystère – en nous – présents (et fortifiés)…

 

*

 

La langue au long cours – davantage qu’une promenade – une incise profonde dans l’espace et le temps – une possible pénétration des profondeurs ; l’exploration du ciel et de la mort…

La découverte (ahurie) de la danse des identités – leur inconsistance et leur enracinement…

Quelque part – le labeur des prophètes ; et l’importance des adieux avant le départ ; ce qu’il nous faut abandonner – jusqu’à la plus radicale des nudités…

 

 

Un autre âge que le sien…

Des apparences multiples…

Ce qui nous fit naître – cent fois – mille fois – une infinité de fois…

Ce que le monde connaît par cœur…

Cet escalier en spirale – au milieu de nulle part – en tout lieu – qui mène jusqu’aux portes de l’immensité…

 

 

La réjouissance du corps débarrassé…

L’esprit libre – libéré – affranchi de la liberté et de la détention – capable d’accéder à tous les possibles…

Le lieu où nous sommes comme le monde – le monde où nous vivons comme l’univers – l’univers où nous nous trouvons comme la totalité de l’espace ; et nous – exactement – entre le point et l’infini…

L’existence comme une rivière – le courant autant que la goutte (autant que chaque goutte) – la nature de l’eau – serpentant sur le sol – s’évaporant dans l’air – fidèle, d’une parfaite manière, à toutes les étapes du cycle…

Et ainsi le jour ; et ainsi l’Amour – découverts [que l’on peut (plus ou moins aisément) découvrir] – dans cet interstice entre la naissance et la mort…

Sans doute – le rêve de tout homme…

 

 

Au fond de notre grotte – la peau à même la roche – comme dépossédé ; mais heureux (très heureux) du calme – à l’abri – en secret – si loin des rives trop peuplées…

Seul – au seuil de la vérité – comme une brûlure qui efface les Autres – le monde – toute forme de généalogie ; tous les rêves – en somme (plus ou moins utiles – abstraits – nébuleux)…

 

 

Une rupture – comme une déflagration – un effondrement – un envol…

La dérive lointaine du jeu ; la part la plus souterraine de l’existence et du monde…

L’interstice entre le regard et le geste…

Ce qui a lieu – ce qui semble arriver – à la surface ; et l’obscurité mystérieuse des profondeurs – éclairées peut-être – éclairées sans doute – par une lumière inconnue et absorbante…

Ce que l’on voit – comme le brouillon des analphabètes ; et cachée, l’œuvre virtuose qui s’écrit sans personne – mue par sa propre puissance – par son propre silence – par sa propre beauté…

 

 

Les hommes – sur la peau du monde ; comme expulsés du dedans…

Les viscères – encore trop déterminants dans l’organisation générale et l’édification de la hiérarchie…

La tête – comme une fenêtre opaque ; un soleil minuscule – asphyxié…

Une vague lueur – un peu de lumière blanche – sur les murs et les traces de sang…

Toute l’étendue creusée – comme un tombeau où s’entassent les morts – et la plupart des vivants…

Rien de (très) réjouissant dans ce grand désert – dans cet aveuglement…

 

 

Ce que le sol absorbe – ce qui envahit l’âme ; la peur – l’ignorance – le sang…

Ce qui façonne le monde et l’absence…

Cet inconfort déguisé en agrément au fond duquel nous nous sommes (à peu près tous) réfugié(s) pour survivre et tenter d’échapper à la mort…

 

*

 

Au cœur de notre humanité ; cette crainte – (à peine) cachée – de l’absence et de l’absurdité…

Le vide sous le sable sur lequel on traîne les pieds…

Notre vie – comme une parure trop étroite – une guenille qui dissimule (très) mal la chair bleuie par le froid…

L’incompréhension et la souffrance face aux masques (et aux déguisements) des Autres…

Le costume et la comédie – comme un couperet (contradictoire) qui partage l’âme en deux ; une part offerte au spectacle – et l’autre condamnée à l’effroi et au repli – invitée à la solitude – guidée vers l’au-delà de l’homme

Comme toujours – à la fois ici et ailleurs – entre le soleil et l’abîme – sur ce fil ténu et désert ; à nous balancer – terrifié(s) – au bord de la chute…

 

 

En fin de compte – la soustraction succède à la tentation de toutes les sommes – aux mille accumulations possibles (et imaginables) ; et ainsi jusqu’au vide – jusqu’à la (parfaite) nudité…

Plus rien ; ni dans les mains – ni dans les poches ; plus rien ; ni dans le cœur – ni dans la tête ; l’âme – le corps – l’esprit – disposés à se désemplir encore et encore…

Devenir démuni – exposé – impuissant – à la merci de ce qui s'entasse et de ce qui écartèle…

Traversé – les bras ouverts – puis, abandonnant ce qui a été accueilli…

Devenu, en quelque sorte, un intervalle – un interstice – invisibles – où rien ne peut plus s’attarder – ni les choses – ni le monde – ni le temps…

Devenu, en quelque sorte, une parcelle d’espace – un fragment d’immensité – un peu de vacuité (ontologiquement) condamné à se débarrasser de tout ce qui vient le remplir – l’habiter – l’embarrasser ; une espèce de grand « oust » avec, dans la bouche, un grand vent et le balai à la main – tenant (très) joyeusement sa place et son rôle…

 

 

L’esprit – comme le soleil – crachant ses ombres…

Et sur le sol – le jeu de la lumière ; le commerce et toutes nos contrebandes…

Nos semblables ensemençant ; et nous – sans lignée – sans descendant – sans appartenance – assis en silence face au monde – vibrionnant – emporté par ses mille danses maléfiques…

L’esprit – comme le soleil – dissimulant son potentiel…

Et dans le ciel – l’âme déjà éprise…

 

 

Entre la mort et le silence – notre vie – ce qui s’éprouve (et se mesure) sans technique – le cœur (simplement) sondé comme un territoire large et profond (et, parfois, si étranger)…

Comme une parole – entre nous – qui circule…

Ce que les uns et les autres expriment et entendent…

Une manière de détourner (légèrement) nos pas de la tombe…

L’au-delà du monde où ne règnent que le silence et la mort…

 

 

Tout qui dévale ; le temps et les choses – sur leur pente…

Ce qu’il faut édifier et défaire…

En soi – ce qui contemple ; et des mains pour agir…

Et le verbe comme un geste…

Dans l’âme ; le poids des Autres et de l’univers – tout un territoire à rassembler…

Des promesses (quelques promesses) à tenir ; et des rêves à accomplir…

Le terrain de jeu du Divin et des vivants – sur toutes les routes – à travers tous les destins…

La conscience – sa sagesse et sa folie…

Et ce nécessaire inventaire intérieur avant le retournement…

 

*

 

Le monde oppressé – oppressant…

La léthargie – le feu et la source – si souvent – déniés – étrangers – non reconnus – indistincts…

Quelque chose comme une exécration – un refus rédhibitoire d’obéissance – devant ce trop plein d’ignorance et de barbarie…

L’innocence et l’incorruptibilité (trop de fois) bafouées…

Comme un bloc – énorme – massif – à soustraire – à faire disparaître avec l’horizon ; un reniement – la nécessité profonde (et soudaine) des marges – le fond du monde à renverser – une trajectoire à redresser…

Une manière, sans doute, de réveiller ce qui sommeillait sous les habitudes et l’oppression…

 

 

Illisibles – la rage – les choses animées – alentour…

Comme précipité au cœur du monde – dans une sorte de fourvoiement apparent…

Quelque chose de la brusquerie et de l’arrachement…

L’âme entière revisitée…

Et derrière la rébellion – le rejet des alliances et de la corruption ; un désir d’apaisement – le vide au lieu d’une longue série de rapprochements et de combinaisons (retors et sordides)…

La fin de l’éparpillement ; soi et l’infini – et tous les cercles – (enfin) en adéquation…

 

 

Du vent – ce qui élargit la faille…

La fragilité – comme le signe d’un effacement des résistances – avec, en évidence, une trace légitime de joie…

Le corps silencieux – habité – incroyablement sensible…

Un chemin qui se dessine – fort différent…

Comme un recommencement (un éternel recommencement) sur les débris de la peur et de l’atrocité – sur les ruines encore fumantes de l’ancien monde…

Et au milieu des flammes – au milieu des cendres – à perte de vue – le sacre de la tendresse et de la transgression…

 

 

Au cœur du temps – hors de soi – alourdi par le poids de l’espace…

Hors du temps – en soi – comme un rayon de lune…

Dieu se rapprochant…

Toutes les récoltes de la terre – à portée de main…

Tous les itinéraires qui (brusquement) se chevauchent…

Un peu de folie dans toutes les têtes – réorganisée dans la nôtre…

Une vie – à peine – au bord du terme ; si proche, parfois, de l’infini…

 

 

Un recoin qui échappe au jour…

Des colonnes d’obscurité – le temple des ténèbres ; et toutes les nuits qui, une à une, s’additionnent…

Le (fameux) palmarès des naissances ; ce que l’on ensemence avec (beaucoup trop de) facilité…

Pas même un peu de place pour la parole ; tout juste de quoi creuser son trou – et (à la fin) s’y enterrer…

 

 

Ce que l’on échafaude – en quête de son ascendance…

Des marches – sans retenue…

Des embarcadères pour contempler l’immensité…

Le ciel où l’on aurait grandi – autrefois – avant la création du monde et du temps…

L’origine et la vacuité au fond desquelles se sont, peu à peu, constitués le souffle et le sang – au fond desquelles sont nées les premières créatures aquatiques et terrestres…

L’époque d’avant les mots où ne régnaient que le silence et la poésie ; l’art du geste juste et du sourire sincère – sans arrière-pensée…

L’ébauche de tous les chemins engendrés par cette étrange immobilité en expansion…

Une forme (singulière) de préparation à la mort…

Et en définitive – la création d’une boucle sans fin…

 

*

 

L’orage – dans sa violence – dans sa beauté – comme un éclat d’allégresse ; le ciel qui se lézarde – qui se fractionne – comme au commencement du monde…

La terre – pendant un (court) instant – favorisée par la lumière – émergeant de son obscurité…

En toute chose – accueillir ce qui advient ; laisser jaillir le geste – le mouvement ; ce qui s’impose (d’une manière ou d’une autre)…

 

 

La douleur démesurée du monde – féroce et niais…

Sur la ligne de fracture alors que la pierre demeure inintelligible…

Le reflet du cri dans les yeux de la foule ; et l’inflexion de la terreur sur les visages…

Ce qui saisit – par défaut d’écoute – par manque de sensibilité…

Ce qui persiste dans nos mains sombres – opiniâtres – acharnées…

L’esprit – toujours taciturne – la bouche ouverte et silencieuse – et une larme qui coule (lentement) sur la joue – face à l’obstination du vide à demeurer…

 

 

L’hostilité de ce qui – apparemment – nous isole…

Des coups et des maux à mesure que l’on quitte l’enfance – que l’on s’éloigne du point d’origine…

Et cette part (inévitable) de sommeil ; l’esprit qui s’enfonce – à la suite du cœur et de l’âme mis en échec…

Comme un grand soleil ; et nous – à l’ombre – inatteignable(s) – baignant dans notre obscurité familière…

Fragile(s) et sans tendresse – à gesticuler dans notre désarroi – au cœur de nos incertitudes et de nos incompréhensions…

Parfaitement homme(s) – en quelque sorte ; un feu vif – brûlant – dénué de clarté et de discernement…

 

 

Ivre de vide et de mots – richement pourvu – au cœur de sa nudité ; du soleil et du vertige…

Et le silence – entre le monde et nous…

Éloigné de la farce sanguinaire (suffisamment pour échapper à la tourmente)…

La terre joyeuse – sans sacrifice…

Une part de l’enfance – à l’abri – sauvée peut-être…

La solitude et la réconciliation à la place du monde…

 

 

Le temple du sommeil aux colonnes rongées par le temps…

Les rêves qui flottent dans l’espace – ramenés sur le sol pour servir de socle…

Ainsi se bâtissent toutes les civilisations…

Autrefois – aujourd’hui – comme toujours…

Les bas-fonds du monde ; tous ces souterrains au fond desquels nous essayons d’entrevoir le jour…

 

 

Ce que l’on nous annonce…

Les bras croisés – le visage face au vent…

Les yeux plongés dans les flammes ; la source de l’ardeur et de l’épuisement…

A même la terre – à même le temps – nos pas et nos ambitions…

Des choses que l’on ramasse – jetées à nos pieds…

Et le silence, peu à peu, renforcé – qui disloque les pierres – ce que nous avons édifié…

A l’affût du soleil – à l’affût de l’éternité…

Le temps d’une saison – d’un (bref) repos – cette vie saccagée…

 

*

 

Un masque sur le visage – un surcroît d’obscurité…

Le long de la nuit – sur le même fil – sur la même ligne – pas après pas – mot après mot – d’une manière instinctive (et approximative – sans doute)…

Comme une tentative d’arrachement…

Avec le vide en contrebas – façon, peut-être, d’amortir la chute…

Tous les possibles – dans le cœur – dans les pieds et les mains…

Et ce que dicte la parole – le chemin…

 

 

Un passage entre nos limites et le ciel…

Sur le dos – nos ombres résignées – comme un poids – une charge accablante ; l’invisible plus lourd que la matière…

Et le temps qui s’achève en lueur…

Au-dedans – toute une géométrie avec des angles et des pentes mortelles…

Quelque chose de l’étendue aménagée en dédale – le lieu de toutes les croyances – le lieu de la pensée et des gestes mécaniques…

Ni regard – ni langage…

L’angoisse et le vent – comme écorché(s) – cloué(s) sur une planche…

Ce qui gronde sous nos pas ; les sous-sols habités…

Notre peu de force face au harcèlement…

Ce qui, en un coup d’ailes, nous traverse…

Cette brûlante (et douloureuse) découverte en soi ; ce que portent l’âme et les entrailles ; le vide – au fond de l’espace – au fond des viscères…

 

 

Le jeu et la mort – dispersés dans le réel – ici et là…

Ce qui bouscule – ce qui bascule – ce qui met en œuvre – ce qui se met en place ; ce qui advient…

Et la part du vide dans le monde et le désir – autant que dans l'exil et la complétude…

 

 

Sur soi – tous les rêves écrasants – la lumière éblouissante – le jour assombri – le réel comme un sac de pierres posé sur le dos…

Au bord du soleil – au bord de l’épuisement…

Notre vie – comme un vertige – comme un mausolée…

Le délire des Dieux se reposant de l’éternité…

Un peu de temps qui échappe à toutes les certitudes – à toutes les prédictions…

Exactement ce qu’il nous faut pour guérir de la tristesse et de l’ennui…

Un soleil qui veille – un vent qui rôde – derrière la désolation…

 

 

Seul et lisse – comme d’autres s’agrippent à la foule…

Échappant aux alliances – aux noces des choses et de l’innocence…

Ce que le refus du sommeil condamne…

Tout un continent à explorer – derrière les portes des apparences…

L’aube promise – au fond de l’âme…

Au bord des possibles – nos traits tremblants – face au monde et au temps…

A courir à perdre haleine jusqu’au bout de la terre…

Et, un jour, sur le ponton – face à l’océan – prêt à plonger dans la chair et l’immensité…

Peut-être – l’aboutissement du voyage (d’un voyage) ; et le commencement d’un autre – sans doute – le suivant – qui sait…

 

 

Rien qu’un châtiment – au fond de l’obscurité…

A l’orée du monde – à l’orée du ciel…

Immobilisé(s) – condamné(s) à vivre ici – ensemble…

Des coups qui pleuvent – des dents qui grincent – des corps qui saignent ; des larmes qui coulent sur la pierre…

Sans secours ; et sans autre recours que la violence ou la fuite…

La tête et l’âme – soumises à tous les délires – à toutes les illusions…

 

*

 

Là où il faudrait se détacher – entendre – devenir familier du vide – le néant – l’assuétude – l’opacité…

La barbarie jetée dans le monde – à l’état brut – comme une matière terrestre – une sorte d’excroissance de la trame (sans doute – l’une des plus mortifères)…

La folie – la blessure et la mort – filles malheureuses de l’ignorance…

Des têtes comme des pions – renversées sur tous les échiquiers personnels – qui, mis bout à bout, constituent un (immense) champ de bataille – une aire (infinie) de massacre – un (véritable) holocauste – inégalé – inégalable…

La brisure et la désunion pour des siècles – pour des millénaires peut-être – tant la terre et la mémoire sont gorgées de peines et de sang…

 

 

Un élan – des élans – nés des profondeurs…

Un gisement ininterrompu de silence…

L’Amour à ciel ouvert – en terrain conquis…

Une ébauche – peut-être – de l’impersonnel à l’œuvre depuis l’origine…

Ce qui succédera, à visage découvert – et de manière anonyme, au monde inconscient – aux saillies individuelles (trop) affirmées – au règne hégémonique du nom – de l’orgueil et de la singularité…

Comme une évidence – le retour naturel de l’ordre et de l’équilibre que nous avons cru pouvoir transformer et façonner à notre guise…

Les deux pieds encore sur la carte et le sol fangeux…

Rien qu’une légère dérive – à peine un détour anecdotique ; un simple écart sans la moindre conséquence sur l’histoire du monde – sur l’évolution de la terre et du vivant…

Ce qui se trame – ce qui est à l’œuvre – depuis le premier jour – derrière tous les mouvements – derrière toutes les tractations…

 

 

L’immensité – de la taille de notre âme…

Qu’importe nos croyances – notre réponse face au mystère ; tout se mesure au silence – et à la tendresse mise en œuvre…

Dieu dans les gestes – le cœur ouvert…

L’existence – à même ce qui existe – à même ce qui nous compose – à même ce qui nous affronte…

L’être quotidien – sans attache – sans exigence – disponible – disposé à servir…

 

 

La terre ravagée par nos âmes infirmes – nos difformités – toutes nos asymétries intérieures…

La chair rougie – la langue déformée…

Cette monstruosité noire – hors de contrôle…

Et nos pas sur des traces si anciennes – la cécité en héritage – condamnés à demeurer captifs – à nous débattre au fond du piège…

Et nos cris – et nos plaintes – que l’on entend d’un bout à l’autre de la terre ; le monde – notre monde – sur le point de s’écrouler – de disparaître…

 

 

La main noire – tendue – noircie par ceux qui sèment la mort – par ceux qui tournent en rond – par ceux qui resserrent les mailles de la trame…

Ce que nous avons emprunté – ce que nous avons légué – ce qui ne nous appartient plus…

La possibilité d’une obole ; une (longue) prière pour élargir notre trou – rendre la nasse moins inconfortable ; devenir ce à quoi nous aspirons – au gré de l’écoulement des courants sur le sol – dans les airs – à travers l’invisible – notre chemin sur les pierres…

 

*

 

Ce qui nous sillonne – ce qui, en nous, dépose son limon – le fiel ou la joie dans le sang – ce qui s’étale – ce qui nous ébranle…

Les lettres du silence gravées sur la peau – sous la chair…

L’âme précipitée avec les mots…

Ni simulacre – ni provocation – comme un franchissement – ce que dissimule la sauvagerie – ce qui vient (juste) après la régression…

L’enfance à l’envers – comme un gant retourné – l’antre de tous les élans – l’origine de l’ardeur – ce feu si ancien – ce feu si lointain…

Ce qui ne peut rompre le fil – ni la vie – ni la mort – la suite du temps – quelque chose qui ressemble à la vacuité ; et cette allégresse qui célèbre la liberté retrouvée…

 

 

Ce qui commence – et s’achève – avec nous…

Ce monde hurlant – ces grondements sourds sous le sol…

La pesanteur de nos pas pressés – nos mains épaisses et oppressantes – nos ambitions sournoises et tapageuses ; comme un interstice qui s’ouvre et se referme – une bouche, en vérité, qui avale tout ce qu’on lui jette – tout ce qui passe à sa portée ; un gouffre qui amasse la chair – les mots – les crimes…

Une forme de servitude et de mutilation ; une respiration – un cœur qui bat ; et des seaux d’excréments que l’on balance autour de soi…

Une incompréhension que l’on transporte de lieu en lieu – de vie en vie – comme un viatique – notre seul bagage – au lieu du soleil – au lieu de la nudité – au lieu de la poésie…

 

 

Rien qu’un lieu de transformation…

A contre-courant du monde – de l’homme…

La traversée du fleuve – à la nage – dans le sens du courant…

Le cœur ouvert – le nom oublié ou avalé…

Ce qui advient – accueilli…

Comme une aire sur laquelle tout finit par se poser ; et que l’on déblaye – presque aussitôt – pour favoriser la mort et le vide ; et ainsi l’incessante réception…

 

 

Près des Dieux de l’envol et des oiseaux…

Sans église – au cœur même du ciel descendu…

Sans croix – sans péché – sans déluge…

La fin des temps reculée chaque jour ; à chaque instant – la même eschatologie…

Le vide livrant ses secrets pendant notre absence…

Ni mal – ni tourment – ni enfer – ni paradis ; ce qui, en nous et à travers nous, se crée…

Ni masque – ni mensonge ; seulement – le poids de ce qui vient – le poids de ce qui est en mouvement…

 

 

La part (sans doute) la plus inquiétante du siècle ; sous le front – dans l’arrière-cour de chacun…

Ce qui se trame dans l’âme – maladroitement guidé par la peur et la psyché…

Le sommeil sous les paupières – les yeux morts qui ne reflètent que la désolation…

L’horizon dévasté ; et cette odeur de mort qui flotte (un peu) partout – entre les vivants…

La fin d’un monde – sans, peut-être, la possibilité du suivant…

 

*

 

Parfois – la douleur – comme un renversement de l’axe vertical – une dislocation de l’âme – une désagrégation du monde…

Le jour qui s’enterre ; la lumière soudain assombrie…

Quelque chose de l’écartèlement et de l’asphyxie…

Le visage de l’Autre – en soi ; et l’envahissement de la solitude…

Le cœur morcelé – au faîte de l’invisible – qui s’élucide – qui apprend – et révèle – (peu à peu) sa nature…

La fragilité et la tendresse absolues ; cette capacité inégalable à endurer et à accueillir ; et cette immortalité…

 

 

Point d’appui de l’intervalle – l’assise de l’expérience…

D’un seul trait – de la naissance à la mort…

Et de la disparition à la réapparition – l’un des objets du mystère – plusieurs étapes – sans doute – assez élémentaires ; ce que les sages (peut-être) s’échangent en secret…

La liberté et l'ardeur ; l’élan nécessaire pour sortir de la cage – s’éloigner du périmètre – habiter (pleinement) l’espace…

Offrir à la dérive l’intensité suffisante ; prolonger le voyage d’une extrémité à l’autre ; et vivre ainsi l’éternité – l’impossibilité de la fin…

 

 

On vit – on glisse – comme roule la pierre ; et l’on s’immobilise de la même manière – pour des siècles de voyage ou d’astreinte…

Quelque chose qui s’obstine – condamné à se déployer jusqu’à l’épuisement – jusqu’à la rupture – jusqu’à la mort…

Ainsi sommes-nous fait(s) ; davantage chose – force brute et souterraine – tête absente – que volonté…

 

 

D’un bout à l’ autre de la grandeur inventée – puis, la chute – comme une bénédiction – le prolongement (naturel) du voyage…

L’ambition commune – en nous – qui se retire – pour la seule ambition qui soit – la seule qui vaille – la plus haute sûrement…

Le territoire de l’Absolu – à mains nues d’abord – avec son lot de malheurs (inévitables) avant le temps du découragement – avant le temps du recroquevillement – si propices à la faiblesse – à la sensibilité – à l’abandon…

Puis, un jour, en ouvrant les yeux – le ciel sur la terre – le pas apaisé – le sol lumineux – loin du rêve ; quelque chose hors du monde et du temps ; en ses propres profondeurs – la découverte du mystère…

Le silence – la tendresse et la joie – dans le regard et les gestes quotidiens…

 

 

Dans l’incertitude – tous les visages de l’existence – toutes les possibilités du monde…

Ce qui nous est promis ; et ce qui nous sera donné – l’offrande des jours qui invitera le cœur à se faire plus tendre et la main plus caressante…

Le tueur – en nous – comme assassiné…

Et un jour – la terre-prolongement – nourrie par notre Amour – par notre respect – par notre gratitude ; nous-même(s) en extension…

Le chemin du retour ; et la célébration de l’ensemble ; l’union qui détrônera (bientôt) toutes les alliances (devenues inutiles)…

 

 

Le grand soir – après la capitulation – ce qui s’initie après l’espérance et la mort…

L’aventure impartageable – la connaissance intransmissible…

Un chemin de joie et de poésie…

Un permanent va-et-vient – le regard – entre le monde et l’infini…

Les frontières qui s’effacent entre le reste et soi…

 

*

 

Sous la torture ordinaire – habituelle – (quasi) routinière ; les tenailles du monde à la main – qui pénètrent la chair ; les ampoules – la sueur qui perle – le sang qui coule…

La vie qui se resserre – sans préférence sinon la cécité – sinon l’anesthésie – sinon l’oubli de la douleur ; cet équivoque du vivant – bourreau-victime et victime-bourreau – malgré soi – consentant – mettant en pièces – la tête dans la torpeur – entaillé et entaillant – confondant (si souvent) le saignement et l’étreinte…

A genoux – pris à la gorge ; toutes nos identités arc-boutées – aguerries – prêtes à livrer bataille jusqu’au dernier souffle…

Et – soudain – sans crier gare – sans comprendre les enjeux – ni les luttes intestines – la mort qui foudroie – en un éclair ; le corps qui s’affaisse pour rejoindre la terre…

 

 

Le bleu ruisselant – plus ou moins – selon l’inclinaison de l’âme…

L’absence de ruse et de calcul – l’absence de lignée…

Ici – le cœur sensible – authentique – soulevé par les spectacles du monde – par ce que voient les yeux…

Le sang et la douleur – les plaintes et les cris – face au mur…

Des chutes et des enterrements – l’œil pris dans l’épaisseur – l’esprit fébrile et opaque…

La vie – un destin – ce qu’il faut de peines et de terreur – ce que l’on remue dans la fosse – au milieu des gisants…

La réalité – notre chance – piétinée – chiffonnée ; et jetée dans un coin – au profit du rêve – au profit de l'illusion…

 

 

De l’ignorance – de la haine – des ratures…

Ce qui se déplace – à travers des signes ; ce qui parvient, parfois, à se transformer…

La science de l’âme, trop souvent, délaissée par les hommes…

 

 

Le temple du rêve – inventé…

La lumière – et les Dieux – du monde – artificiellement construits…

Un décor – une blancheur – de carton-pâte – trop de fois repeints…

Érigés par la peur d’exister et l’angoisse de la mort…

Une manière de piéger l’esprit et la solitude – de ne pas s’approcher trop près de la vitre et de l’abîme – d’étoffer l’illusion jusqu’au dernier banquet…

 

 

Rien en sa possession…

Ni souffle – ni corps – ni âme…

Pas même un emprunt…

Nous n’existons pas…

Visages et choses de personne…

Et tous les cœurs – pourtant – qui battent à l’unisson ; et les mains – toutes les mains – les bouches – toutes les bouches – les pieds et les pattes – tous les pieds et toutes les pattes – qui agissent de concert ; éléments du grand corps en mouvement…

Et dans le ventre – cette faim insatiable – incorruptible – et cette chair déchirée – digérée ; la vie programmée – passagère ; la vie, sans cesse, renouvelée…

 

 

Un débris de quelque chose ; un peu d’Amour désemparé…

L’âme – l’autel des Dieux – délaissé(e)…

De la terre et du ciel – quelques récoltes – quelques espoirs ; pas grand-chose – en vérité…

La chair que l’on avale – la chair qui pourrit ; la matière qui nourrit (d’une manière ou d’une autre) la matière…

La parole qui supplante le réel…

L’orgueil et le sentiment de la défaite…

Et l’humanité – en nous – qui, peu à peu, se retire pour on ne sait quoi ; un peu plus de tendresse ou un peu plus d’atrocité – selon le versant sur lequel l’âme se penche – selon le versant sur lequel le cœur bascule…

 

*

 

Ce qui nous engage – la tête pleine de terre – les bras qui ressurgissent – puissamment armés – de plus en plus…

A travers le songe – le souffle du vivant…

Des images – par millions – en désordre – dans l’esprit ; quelque chose d’obscène et de monstrueux…

Comme des grilles – souveraines ; le règne des cages ; les lois de la détention…

Et le ciel vivace – et silencieux – que les yeux dévisagent – sans comprendre – si vide – si effrayant – que les fronts le remplissent de choses et de couleurs ; des figures joyeuses censées contrebalancer le poids (terrestre) de la douleur et de l’ignominie…

L’invention du monde et l’invention du Divin – comme si l’essentiel nous manquait…

Des signes qui nous envoûtent…

Des croyances disséminées ici et là – au-dedans et au-dehors…

Des signes et des croyances qui renforcent la nécessité et le pouvoir du nom…

Des destins à la chaîne que l’on enfile sur le même anneau – déjà complet – déjà paré de l’essentiel…

L’innommable qui se nomme – comme l’unité qui, autrefois, s’est démultipliée ; et les apparences qui incitent à se prêter au jeu des singularités…

Rien que des détails – quelques détails – du tableau ; une fresque immense – infinie – changeante – inachevée – inachevable – où chacun constitue à la fois un pinceau et une tache de couleur – changeants eux aussi…

Le mystère et le merveilleux – si hauts – si inaccessibles – et à portée de main – à portée de tous ; à chaque instant – au cœur du jour – au cœur des gestes les plus quotidiens…

 

 

A l’autre bout de soi – quelque chose d’inconnu – l’extrémité des profondeurs…

En dessous du langage – là où naît la poésie…

L’immensité qui se laisse voir – qui se partage – et qui se retire le moment venu…

L’art d’exister au milieu de l’indifférence – au cœur du monde et de l’oubli…

Ni temps – ni croyance ; la parole de plus en plus silencieuse ; et le visage tourné vers l’intérieur…

 

 

Rien qu’une route – ce voyage invisible…

Tous les pas à la suite du premier cri…

Le même ciel au-dessus des mondes que chacun peuple à sa manière…

La multiplication des élans depuis l’origine…

Le verbe qui traduit la multitude (et inversement)…

Mille visages – mille lieux – soumis au même mystère – aux mêmes misères…

Ce qui se fait – et se défait – au fil du temps…

 

 

Le cœur soupesé pour comprendre la gravité…

La mort comme un vêtement – une trappe secrète – l’un des seuils de l’espace – de l’autre côté – sur l’autre versant – celui qui est interdit aux vivants – invisible – indécelable par les yeux des hommes…

Dieu – jamais très loin de ceux qui vivent humblement – tremblant de peur ou de joie…

Soumis à la couleur que la vie leur impose…

Un oiseau – à peine – à travers les bourrasques ; le ciel et toutes les circonstances…

L’âme passante – comme le vent – comme le reste…

Le poids de la terre sur les ailes ; et l’immensité – comme l’envergure et la portée du poème – indéfinissable…

Au pied de l’arbre – notre soleil et notre tombe…

 

*

 

Là – sur cette rive où le sang coule comme l’une des nombreuses substances terrestres – organiques – humaines ; au même titre que les larmes – la sueur – la semence – qui se mélangent à la chair – à la terre…

Comme les corps que l’on mastique ; et que l’on digère…

Le labeur suintant des entrailles…

Comme les bêtes ; rien qu’un ventre ; la pièce centrale que l’on a, peu à peu, entourée de quelques éléments annexes – secondaires…

Condamné(s) – détenu(s) par la matière – jusqu’à sa mise à mort…

 

 

Plus haut que soi – l’histoire du monde – le vent – le ciel – l’eau – les Autres – le reste ; ce qui n’est pas nous…

Pas plus essentiel ; un peu plus haut ; pas si différent…

De la même veine que l’ivresse et le vertige…

Quelque chose que l’on ne contrôle pas…

Innombrables – comme les barreaux de notre cage – comme les ombres souterraines – comme les cadenas dont nul ne possède la clé – comme toutes les portes qui se ferment à mesure que la route se précise…

Et cette ouverture, en soi, étrange – à peine croyable – inespérée ; comme le prolongement de l’histoire – de toutes les histoires ; une faille – une béance – avant de rejoindre le vide qui nous a créé(s)…

 

 

La chair restreinte – l’âme claquemurée – l’esprit en embuscade…

Le monde – ses procédures et ses tressaillements – toutes nos défaillances…

Ce que précise la lumière à mesure qu’elle croît…

Du plus sombre à la terreur…

Ce que nous déchirons – le cœur même de la trame ; nos ailes – peut-être – ces choses si proches du ciel – faites de la même substance – sans doute…

 

 

Le jour – à moitié involontaire – à moitié décidé – comme un animal craintif que l’on peut – à force de patience – apprivoiser…

Ce qui se dissimule à nos yeux trop avides – trop gourmands – trop affamés…

La chair d’une bête inventée – sous le signe de l’abondance et de la boulimie…

Notre ventre – dans lequel passe la vie ; autour duquel le monde s’est organisé…

Et notre estomac prédateur qui sera, lui aussi, transformé, un jour ou l’autre, en denrée qui remplira la panse des descendants de ceux que notre bouche aura avalés…

Le grand cycle de la matière et du service ; des sévices – des entrailles et des dépouilles dépecées…

 

 

Le chemin vers un Autre – vers ailleurs – qui console (parfois) de l’incompréhension – du sens ignoré – de la permanence des guerres…

Et ce bruit de balançoire que l’on perçoit au petit jour – lorsque le soleil éclaire les larmes – les têtes pensives – les corps inertes et ensanglantés…

Derrière et sur nos écrans ; comme des filtres et des angles morts – des recoins où se cacher – que la lumière ne peut pénétrer…

Notre oubli (tous nos oublis) – depuis des millénaires ; une stratégie, sans doute, pour survivre à tant de malheurs – à tant de dangers…

Le cœur pétrifié – au cœur des tueries – parmi les assassins…

Une route à construire – un espace à débroussailler peut-être – pour espérer se retrouver, un jour, face à l’immensité silencieuse – l’âme aussi bleue que le reste – aussi bleue que l’ensemble – le visage en paix – en un lieu qui ne nécessitera ni la fuite – ni la consolation…

 

*

 

Le visage grave et le geste inventif qui brouillent – et effacent – les images – qui décapitent les idoles – qui décèlent, sous les parures, un feu réel – (extrêmement) meurtrier – capable de démasquer les faux râles – d’assassiner tous les comédiens – de révoquer les vies fictives qui se traînent sur les routes du monde comme si la terre était un échafaud…

Un faîte – un socle – sur lequel il serait possible de vivre quotidiennement la densité et la profondeur ; chaque geste – chaque parole – aussi authentique que le regard – affûté(s) ; au rythme de ces cycles qui, en ce monde, font tout recommencer…

 

 

Sur la feuille qui surplombe le monde – les malheurs et les tourments – tous ces tourbillons qui emportent les corps – les âmes – les vies…

Et l’âme sans clôture – sans commerce – sans personne ; au-delà même des exigences (éthiques) les plus hautes…

Une manière de déchirer la liberté – tous les drapeaux et toutes les bannières que les hommes ont l’habitude de dresser devant eux…

Sans pouvoir – sans autorité ; dans l’élargissement de ce qui est touché ; et, involontairement, l’anéantissement des frontières ; et les jointures qui apparaissent spontanément pour souligner l’emboîtement au reste…

Ni porte – ni chemin…

Ni apprentissage – ni enseignement…

La vie même et ce qu’elle porte ; l’infini – l’invisible – l’Absolu – sans retenue – autant qu’il nous est possible de les ressentir – autant qu'il nous est possible de les expérimenter…

 

 

Les mains – sans entaille – sans artifice – sans bizarrerie – aussi nues et innocentes que le corps – que le cœur – que l’esprit…

Sous la même voûte que toutes les arches de pierre ; l’âme vive – et impétueuse – au service de la terre – au service du ciel et du vent…

A notre place (enfin) dans cette disparition – dans cet enfouissement – dans cette indissociabilité avec le monde…

 

 

L’œil par-dessus les choses – au lieu d’y pénétrer…

Des livres comme des tunnels – au lieu du ciel et des oiseaux…

Ce que l’on accomplit – malgré soi ; ce que la vie nous dicte – le monde en filigrane ou en arrière-plan…

Instruments du ciel et des Autres…

Ce qui nous cisaille – ce qui nous révèle…

L’attente et l’impossibilité de la guérison – comme si nous étions incomplets…

L’existence agitée – cannibale – pétrie d’images – de prières et d’idoles…

Dieu à tout bout de champ ; et le sang versé contre lui ou en son nom…

Notre exacte position sur la terre – sous les étoiles…

Notre vie – comme une marche absurde et mystérieuse en un pays lointain – sur une terre hostile et inconnue – que chaque pas essaye d’apprivoiser…

 

 

A présent – sans même le besoin d’exister – sans même l’envie de prolonger la vie ou de précipiter la mort…

Ici – dans cet espace – changeant chaque jour de recoin – le regard, peut-être, plus aiguisé…

L’âme lasse de tous les savoirs humains ; éreinté – assommé – par les histoires – par la comédie – le grand cirque – le grand bazar – que s’ingénient à bâtir les hommes…

Toutes les expériences possibles – au creux de la main…

Immobile ; l’Amour – la mort et l’effacement…

Ce qui compte – ce qui subsiste – lorsque tout a été donné – lorsque tout a été repris ; la nudité du cœur et du corps…

A la place du couteau – rien – si, peut-être, une sorte de confiance et de sourire – comme une distance légèrement indifférente – légèrement impliquée…

Comme un voyage sans importance – sans point de départ – sans origine – sans intention – sans dessein – sans destination ; des étapes – seulement…

L’évanescence et l’éternité…

La fragilité et la puissance – sans point de résistance…

Le bleu qui s’étend ; et l’homme qui, peu à peu, disparaît…

Ni croyance – ni vérité ; ce que l’on porte, en soi, rencontré et expérimenté ; sans alternative – de toute évidence, la seule perspective – la seule nécessité – celle où l’on se sent (un peu) plus que vivant – joyeux – à sa place ; bien davantage que nous ne pouvions l'espérer au commencement du monde…

 

*

 

L’oubli – comme le poing et l’éclat de la pierre – instrument des hommes et des sommets…

L’invisible labour de l’espace…

La terre après l’orage – revivifiée – prête à recevoir la semence et le sang…

Ce que la main des Dieux dessine au cœur de nos vies ; des ajouts – des détours – des ornements…

La monstruosité réticulaire à l’œuvre…

A pas comptés – jusqu’au moindre écart entre le rêve et la réalité…

Ce que la tête et les bras s’obstinent à détruire ; la poitrine orgueilleuse – incapable de passer à travers les barreaux…

Encore prisonnier de l’esprit…

 

 

Délivré du monde – des terres qui vénèrent la force et la puissance des armes – des souterrains millénaires – qui ont enfanté tous les mythes – tous les récits – toutes les civilisations ; la fable – l’invention – le mensonge que nous sommes – comme si nous étions capables (à force de volonté) de sauver l’enfance et de retrouver l’innocence première née du frémissement de l’origine…

Délivré du progrès – du sens de l’histoire et des racines apocryphes et infamantes…

Comme un va-nu-pieds – à présent ; la poitrine défaite et libre…

Rien entre les tempes ; rien entre les parois du cœur – sinon l’ineffable – ce qu’aucun homme ne peut – ne sait – mesurer…

Au centre de l’espace – sans suffocation…

Le souffle lumineux – sans que l’esprit se sente obligé de commenter – de résister ou de souscrire au mouvement – à la marche du monde…

Sur la feuille – l’aridité (nécessaire) – la simplicité abrupte de ceux qui ont renoncé (naturellement) à leur identité et à leurs ambitions…

Des restes d’air – quelques remous dans le ciel accessible ; si peu de chose(s) – en vérité…

 

 

Ici – rôdant au milieu des siècles insecourables…

Dans le renouvellement sauvage du vivant…

Avec quelques rêves d’existence autour du soleil…

Le sommeil blotti contre nous – au plus près du cœur qui hiberne…

Sous notre couverture de terre…

 

 

Des noces aux funérailles – dans tous les lieux possibles…

L’âme retournée comme le sol que l’on fouille…

Tous nos ancêtres derrière nous – au-dedans…

Le produit fini – et inachevable – des siècles – des générations – de toute la généalogie terrestre et cosmique…

Le souffle et les larmes – au bord des lèvres – ce qui, autrefois, sommeillait au fond de la terre – ce qui animait le visage des premières créatures – et plus loin encore – ce qui existait en germe – en possibilité – dans les profondeurs de ce qui nous enfanta…

Nous – visité(s) et visitant – traversé(s) et traversant ; absolument – la seule expérience qui soit…

 

 

A travers le monde – le jour glissant…

L’ombre – maîtresse des rayons…

Le cœur aguerri – nos traces hors du cercle…

De plus en plus penché – l’inclinaison de l’âme – au-dedans – et au-dehors – à travers la main tendue…

De moins en moins esclave de la liberté (de l'idée de liberté)…

Qu’importe ce qui s’impose – obéissant…

Le corps et l’esprit sous la tutelle d’un plus grand que soi qui se laisse deviner – qui se laisse approcher – qui se laisse habiter – que nous sommes au cœur de ce qui bouge comme au cœur de ce qui contemple…

La vie authentique – sans insouciance – sans gravité ; le réel que chacun peut expérimenter…

 

*

 

Empêtré(s) dans le corps et dans l’âme comme dans la vie ; l’absence – involontairement – mise en avant ; à la manière d’une désertion ; le cœur, sans doute, trop étranger…

Le visage contre la grille – parfois posé délicatement – d’autres fois frappant (avec violence) contre l’acier…

Très loin – très haut – inimaginable – le soleil – comme un autre monde – une fable – une histoire que l’on (se) raconte pour ne pas (trop) désespérer du noir…

L’enfance bannie et rouée de coups ; et le souffle qui manque pour transformer l’élan en trajectoire et échapper au labyrinthe des devoirs – des attentes – des conventions ; ce dédale inventé par l’esprit ; les seules fondations et les seuls barreaux de l’enceinte dont nous nous croyons prisonnier(s)…

 

 

Parfois – mourir – s’abandonner à ce qui nous happe – la tête brinquebalante dans le sable et le vent…

En prise directe avec le réel – ses piques – ses pointes – ses caresses et ses assauts…

Le soleil en plein visage ; et la pluie battante sur l’échine…

Comme les bêtes ; leur (admirable) courage en moins ; mais, de toute évidence, moins pusillanime que les hommes ; la figure entre la gueule et le visage – comme le corps – comme le cœur – comme le reste ; franchement indistinct(s) – franchement indéterminé(s) ; né(s) et vivant(s) tissé(s), sans doute, à même la trame…

 

 

Les bras le long de l’âme – l’esprit tendu – le cœur chaviré ; en partance déjà…

Bancal – comme tout ce qui est vivant…

Simple dans ses contours ; et complexe à l’intérieur et dans ses liens avec les Autres – dans ses liens avec le reste…

La matière inscrite dans l’abîme – et le regard au-dedans et au-delà…

A l’extrême pointe, peut-être, de l’immobilité – là où peut encore se mouvoir le voyageur…

 

 

Au bord – comme si tout était abîme…

Au cœur – immobile…

A la périphérie – comme sur une pente…

L’angoisse – la chute – l’inconnu – sans qu’il soit possible de savoir…

Comme une force très ancienne – à l’intérieur – qui nous guide…

Une perspective – à travers le monde – au-delà des apparences…

 

 

Au-delà des traits et des tremblements…

Dans le désert – agenouillé…

A contempler sa figure dans l’immensité…

Toute vie intérieure – en vérité…

L’âme alliée de l’espace…

Le vide sans prophétie – sans malédiction…

Notre sort à tous – entre évanescence et éternité…

Quelque chose du passage – de l’obsolescence – de l’immobilité…

 

 

La douleur – comme un mur – une terre déchirée ; le cœur de notre périple…

Au-dessus du monde – le vol des défenestrés – ceux qui ont osé sauter dans l’inconnu (ou, parfois même, dans le néant)…

Au-dedans – le temps chamboulé ; l’avenir – le présent – le passé – mélangés – amalgamés – comme un nœud qui opère une cassure dans la linéarité ; une sorte de constance dans la discontinuité ; et une intensification peut-être…

Tous les nombres – toutes les lettres – affolés – retournés – entre le point neutre et l’infini ; offrant toutes les combinaisons possibles…

Le sort suspendu à un fil – enchevêtré à tous les fils – au cœur même de la trame…

Les pieds nus dans la neige…

Le ciel des existences – des calculs et des alphabets – en quelque sorte…

Ici – à cet instant – à la manière d’une autre vie – plus belle – plus libre – plus grande ; le début, peut-être, de la (véritable) poésie…

 

*

 

Entre les cercles étroits – libre – sans appartenance…

Au-delà de l’ordre et de la douleur – de la respiration commune asphyxiante…

La voix calme – oscillante – entre le corps et la terreur – entre l’imbécillité et le sommeil – encore trop près des hommes – sans doute…

En soi – l’élan salutaire – le pas de côté qui (nous) soustrait aux règles – aux lois – à toutes les normes en vigueur…

Offert – effacé – exposé – de plus en plus ; le visage transparent traversé par des éclats de lumière…

La tête désinscrite de toutes les listes – vide – vidée – comme un serpentin lancé en l’air…

L’existence qui se défait de ses liens – des chaînes qui la retenaient…

Comme un jet de pierre – à présent – une trajectoire interminable tant que l’on sera capable de repousser le sol – d’insuffler le vent – pour que dure le vol – le trajet – le voyage…

 

 

L’esprit et la main – apparemment lacunaires – sans grain – sans attrait – délaissés par ceux qui mendient – par ceux qui exigent ou attendent – par ceux qui sont incapables de voir leur richesse ; ce vide – cette innocence – cette disponibilité – qui ne s’offrent qu’aux réelles nécessités du monde…

Au-delà de l’invisible frontière – du seuil silencieux – qui efface toutes les formes de séparation – qui réintègre l’essentiel – qui inverse les extrêmes – qui ramène au centre toutes les anciennes périphéries…

Libre et joyeux – le cœur lucide et le regard affûté œuvrant à leur tâche – l’âme comme une terre vierge – un bout de ciel ensemencé…

 

5 décembre 2017

Carnet n°68 La conscience et l'Existant - Chapitres 8 et 9

Essai / 2015 / L'exploration de l'être

La Vie et l’Existant ne semblent, en réalité, qu’un gigantesque jeu — violent et merveilleux — et une permanente célébration… A hauteur d’Homme, peut-être pourrions-nous penser que nous nous apprenons les uns les autres (et, bien souvent, à notre insu) à mieux les regarder et à mieux les vivre. A mieux les comprendre et à mieux les aimer… mais sur le plan de la Conscience, tout ce « cirque » — aimable ou corrosif — semble (presque) sans importance… Est-ce qui est… et ce qui est n’altère jamais Le Regard…

 

 Nous avons été contraints (pour des raisons d'ordre technique) de diviser la version numérique de cet ouvrage en dix parties.

Sommaire

Chapitre introductif

Chapitres 1 à 5

Chapitre 6 (début)

Chapitre 6 (suite)

Chapitre 6 (suite et fin)

Chapitre 7 (début)

Chapitre 7 (suite et fin)

 

 

Chapitre 8 TENTATIVE D’ANALYSE PLUS FINE ET PLUS PROFONDE

 

Une fois n’est pas coutume, nous débuterons cette tentative d’analyse plus fine et plus profonde de la Conscience et de l’Existant (au regard de leur complexité apparente…) par une multitude de questions, de réflexions et de rappels élémentaires sur l’énergie, les formes énergétiques et la perception. Puis, nous tenterons d’exposer la situation de l’Existant contemporain en essayant de répondre à la question suivante : à quoi ressemble aujourd’hui la structure du « réel » ? Nous inscrirons ensuite cette thématique dans une perspective temporelle en décrivant brièvement ce qu’était (ou pouvait être) la structure du « réel » au cours des âges et en donnant un aperçu de sa possible (ou probable) évolution… Enfin, nous aborderons et développerons les différentes façons (pour l’Homme) de s’inscrire dans (et « d’habiter ») l’espace perceptif de Conscience…

 

 

GENERALITES, PROBLEMATIQUES, QUESTIONS et REFLEXIONS (presque) TOUS AZIMUTS*

* Autant que notre compréhension le permet…

 

Quelques éléments « en vrac »

Il convient d’exposer (et éventuellement de développer) ici certains éléments évoqués dans la première partie de cette analyse afin de mettre en évidence quelques caractéristiques et tendances de l’Existant et de la Conscience…

 

 

Tendance générale : la transformation de « l’organique » en synthétique et du synthétique en « immatériel »

Le psychisme est un espace perceptif immatériel(1) qui nécessite, chez l’Homme, un support organique, le cerveau. Le psychisme perçoit et saisit des besoins et des désirs(2) qui peuvent être considérés comme des manifestations immatérielles dont la satisfaction (jusqu’à aujourd’hui) dépend essentiellement d’éléments et/ou de supports organiques et matériels (et plus rarement immatériels). Aussi, il ne serait pas insensé de penser que pour répondre de façon totalement adéquate (voire parfaite) aux besoins et désirs ressentis, il conviendrait que leur satisfaction soit également immatérielle (et ne dépende, elle aussi, que d’éléments et/ou de supports immatériels).

(1) Identifié à la forme – et même lorsqu’il n’est pas identifié à elle, celle-ci semble le limiter…

(2) Au regard de son identification à la forme, il « s’accapare » ce qui le traverse…

 

En observant l’évolution des réponses humaines aux besoins et aux désirs, on constate, de façon évidente, une tendance à la transformation de « l’organique » en synthétique (qui a des qualités plus grandes en matière (si j’ose dire !) de durabilité, de « facilité » de production, de robustesse etc etc) et une tendance à la transformation – autant que possible – du synthétique en forme immatérielle (avec aujourd'hui, par exemple, le stockage et l’échange d’informations et de données). Mais notons que ces tendances s’accompagnent quasiment toujours d’une conservation des « plaisirs » (et de la « jouissance ») offerts par « l’organique » et le Vivant… Bref, comme si l’Homme aspirait à ôter les désagréments du Vivant en conservant ses agréments… Aussi, l’Homme (qui éprouve des besoins énergétiques sous différentes formes) pourrait être amené à l’avenir à simplifier (de plus en plus) les formes et à les transformer en énergie « pure » (sans support matériel, voire même – peut-être – sans aucun support…).

 

Une question néanmoins se pose : comment transformer « l’organique » en synthétique et le synthétique en forme immatérielle en conservant les agréments du Vivant sans transformer la dimension organique et psychique de l’Homme ? Pour que l’Homme puisse bénéficier de ces nouvelles formes immatérielles, ne doit-il (ou ne devra-t-il) pas également « changer de corps et de psychisme » (avec toutes les questions éthiques que cette « transformation » soulève…) ?

 

Notons, ici, que l’éthique et « l’attachement » de l’Homme au Vivant constitueront sans doute (dans un proche avenir) des paramètres majeurs dans l’évolution de la transformation de l’Existant. Mais il est fort possible que les Hommes ne puissent résister très longtemps aux sirènes du désir et finissent par succomber, tôt ou tard, au confort et aux attraits du progrès…

 

Si l’Homme est amené à transformer la nature de l’Homme, la notion d’humanité aura-t-elle encore un sens (et une place) ? Où se situe la frontière entre l’humanité et la trans-humanité (voire la post humanité) ? Qu’est-ce qui caractérise fondamentalement l’Homme ? Et est-ce donc si essentiel de laisser les Hommes « rester » des Hommes ? Est-il nécessaire de s’arc-bouter sur les fondamentaux humains (pour peu qu’on puisse les définir…) ? Autant de questions qui appellent, bien sûr, au débat… avant « le grand saut » vers l’inconnu… et de voir rire (ou pleurer) l’humanité et ses successeurs sur l’orientation et le sort qu’ils se sont « offerts » ou « façonnés »… Quoi qu’il en soit, en dépit de toutes les stratégies et de toutes les précautions… en dépit de la prudence des uns et de la témérité des autres… quelles que soient les options et les orientations que privilégieront les êtres humains, l’évolution est (bien évidemment) en marche… Et il y a fort à parier que le potentiel inscrit dans le psychisme ne s’attardera pas sur les atermoiements et les tergiversations... Comme toujours, il sera, d’une façon ou d’une autre, amené à s’actualiser… ainsi semblent évoluer les formes (toutes les formes) terrestres…

 

Pour l’heure, soulignons simplement que le psychisme tente :

 

- de transformer les caractéristiques « insatisfaisantes » de « l’organique » en essayant de les « rendre les plus proches possibles(1) » de celles des manifestations immatérielles (en conservant néanmoins sa dimension « agréable et savoureuse ») ;

 

- de transformer les caractéristiques « insatisfaisantes » de la matière naturelle et de la matière synthétique en essayant de les « rendre les plus proches possibles(1) » de celles des manifestations immatérielles (en conservant néanmoins leurs agréments) ;

 

- et de transformer (totalement) « l’organique », la matière et le synthétique en « immatériel » (et, accessoirement, à en contrôler la mobilité) lorsque les caractéristiques sur « le plaisir » et « le bonheur » et/ou lorsque les conséquences sur la transformation des individus demeurent faibles ou inexistantes(2).

(1) Voire identiques.

(2) Au regard des réponses aux « grandes questions » éthiques sur la transformation du Vivant…

 

Gardons néanmoins à l’esprit que toutes les formes sont reliées entre elles et soumises à des systèmes qui régissent leur équilibre général... Et que toute transformation (opérée par les Hommes et leurs successeurs) a et aura immanquablement des répercussions sur les autres formes (leurs caractéristiques, leurs comportements et leurs interactions) mais également sur l’ensemble des systèmes… donc sur la totalité de l’Existant...

 

Après cet exposé (absolument indigent) et ces quelques (« maigres ») informations, essayons-nous à un bref résumé sur les différentes formes d’énergie.

 

 

Quelques caractéristiques générales sur les formes énergétiques

Les formes énergétiques « pures » sont soumises à des caractéristiques et à des cycles (pour rappel, essentiellement : la mobilité, la dimension infinie et « l’inépuisabilité »).

 

Les formes énergétiques physiques naturelles et synthétiques (la matière) sont soumises à une certaine forme d’inertie et à la finitude (en général, à très long terme).

 

Les formes énergétiques physiques vivantes (le corps, les cellules, les bactéries, les végétaux, les animaux, les Hommes) sont soumises à la finitude, à la dégradation, à la fragilité, à la mobilité (avec force d’inertie), à des activités énergivores, à un besoin de repos et à différents besoins en matière alimentaire (les « nourritures énergétiques »).

 

Le psychisme est un espace perceptif immatériel. Il perçoit des sensations (qui sont des manifestations d’énergie ou, disons, des « points de contact » entre l’Existant – à travers ses différentes formes énergétiques physiques, vivantes et immatérielles – et le corps qui est, quant à lui, une forme énergétique physique vivante). Il perçoit également des manifestations de l’Existant (à travers ses différentes formes énergétiques physiques, vivantes et immatérielles). Il fabrique des représentations mentales (qui sont des formes énergétiques immatérielles) et crée des activités psychiques énergivores — mais qui sont aussi créatrices d’énergie — (qui sont des formes énergétiques immatérielles) qui le soumettent (accessoirement et en partie) à un besoin de repos. Il crée des émotions et des sentiments (qui sont des formes énergétiques immatérielles). Il éprouve des besoins et des désirs (qui sont des formes d’énergie immatérielles) et engendre (via les sensations, les besoins, les désirs, les représentations mentales, les émotions et les sentiments) des impulsions (qui sont des formes d’énergie) au cerveau et au corps qui s’actionnent, pour l’un, afin de créer des réflexions (qui sont des formes d’énergie immatérielles) et pour l’autre des actions (qui sont des formes d’énergie immatérielles) qui transforment l’Existant perceptible (et ont donc un impact sur des formes d’énergie physiques, organiques et immatérielles).

 

 

Les besoins énergétiques des formes

Le psychisme (ou, du moins, le cerveau), le Vivant et la matière sont tous soumis à des besoins énergétiques. Sous quelles formes (si j’ose dire !) ?

 

La matière ne semble nécessiter aucun apport énergétique* « au cours de son existence ». L’énergie n’est apparemment indispensable que pour lui « donner naissance » (autrement dit, pour que la forme puisse être créée…).

* Du moins aucun apport énergétique tangible ou « grossier »…

 

Le Vivant élémentaire nécessite des besoins énergétiques pour « son entretien » (se maintenir « en vie », croître et se reproduire essentiellement) et obéit à des cycles et à des phases (le rythme nycthémère ou les saisons par exemple).

 

Le Vivant complexe nécessite des besoins énergétiques pour « son entretien » et ses activités. Et il est soumis à un besoin de repos (afin, sans doute, de « récupérer de l’énergie »…).

 

Le psychisme (ou, du moins, le cerveau) nécessite des besoins énergétiques pour « son entretien » et ses activités. Et il est soumis à un besoin de repos — le sommeil — (sans doute, également, afin de « récupérer de l’énergie »…).

 

Au vu de ces éléments (absolument élémentaires), il nous est néanmoins possible de dégager deux (petites) « lois énergétiques » évidentes :

 

- première « loi » : une corrélation (positive) entre la complexité d’une forme et le nombre de ses besoins(1) (et donc le nombre d’activités pour les satisfaire). En effet, plus une forme énergétique est complexe (ou se complexifie), plus ses besoins énergétiques (et donc ses activités) semblent (ou semblent devenir) nombreux/nombreuses.

 

- deuxième « loi » : une corrélation (positive) entre la complexité d’une forme et son degré de fragilité(1) (ou de fragilisation). En effet, plus une forme énergétique est complexe (ou se complexifie), plus elle semble fragile(2) (ou se fragiliser).

(1) Existerait-il alors un lien entre le nombre de besoins nécessaires (et le nombre d’activités pour les satisfaire) et le degré de fragilité d’une forme ? Peut-être…

(2) Fragilité « mesurée », d’une part, par sa fragilité effective (à pondérer, évidemment, par la « densité » des agrégats et des « intrications » moléculaires — domaine, nous semble-t-il, étudié par la résistance des matériaux) et, d’autre part, au regard de sa durée de vie relativement courte…

 

 

Quelques questions et éléments additionnels sur les formes énergétiques et « non énergétiques » et la perception

Les individus (comme nous l’avons déjà évoqué à maintes reprises) sont des formes énergétiques physiques vivantes perceptives préconscientes, mais pourraient-ils (et seront-ils capables de) se diriger vers un synthétique perceptif ? Est-il possible de créer des formes énergétiques « pures » à partir de formes énergétiques physiques ? Et est-il possible de créer des formes « non énergétiques* » à partir de formes énergétiques « pures » ?

* Si elles existent… (voir ANNEXE 1).

 

Que savons-nous exactement de l’énergie « pure » ? Il est probable que la forme qu’elle revêt (ou prend) soit mobile (et, également, soumise à l’évolution). Mais qu’en est-il des autres manifestations « non énergétiques » de la Conscience (si elles existent… — voir l'annexe 1) ? Sont-elles animées par le mouvement ? Vouées à une sorte d’immobilité ? Sont-elles soumises à une évolution ? A une forme de temporalité ? Nous l’ignorons (mais nous pouvons le supposer).

 

Notre ignorance, ici, est criante… Et les questions fort nombreuses… Ainsi, l’Homme et ses successeurs seront-ils en mesure de transformer l’Existant jusqu’à créer une forme dotée d’une liberté totale, d’une permanence totale, d’une durabilité totale, d’une sécurité totale ? Cette forme devra-t-elle être obligatoirement synthétique et/ou immatérielle ? Les individus seront-ils également contraints de devenir synthétiques et/ou immatériels ? Devront-ils transformer l’ensemble de leur corporalité et seulement une partie de leur cerveau (en protégeant « ses résidus organiques » par des systèmes immatériels) ? Ou seront-ils contraints de le transformer totalement, lui aussi ? Nous n’en savons rien… Et qu’en sera-t-il du sentiment de Plénitude-Complétude, du sentiment d’Unité-unicité, du sentiment d’Amour et d’Intelligence de cette forme (si on parvenait à la créer…) ? Comment, en effet, créer une forme « artificielle » capable de ressentir… ? Comment créer un individu « synthétique » doté d’une sensibilité émotionnelle et d’un sentiment de proximité (et de communion) réellement ressentis et vécus(1) ? Sera-t-il possible de transformer les savoirs en Connaissance (ou en Intelligence) incarnée(2) ? En dépit de toutes les Intelligences Artificielles (dotées des plus pharamineuses capacités mnésiques, analytiques et réflexives), de toutes les substances chimiques et des innombrables paramétrages comportementaux pour entretenir des rapports respectueux et harmonieux, pourra-t-on jamais permettre à une forme (même immatérielle) d’avoir accès à et d’intégrer l’Être ressenti (apanage, semble-t-il (et pour l’heure) de la seule compréhension réelle et intégrée qui passe par la Conscience) ?

(1) Qui amènent à l’Amour (inconditionnel) ressenti et vécu et au sentiment d’Unité...

(2) Elle aussi, réellement ressentie et vécue...

 

Abandonnons-nous un instant à un (médiocre) élan science-fictionnel… Et imaginons un trans-humain ou un post-humain doté d’un corps synthétique (voire immatériel) et d’un cerveau synthétique (ou organique très amélioré avec appareillage synthétique et chimique), doté d’une peau synthétique protectrice contre tous les types d’agression, doté de microcapsules intégrées fournissant aliments, eau, oxygène, capable de se déplacer en tous lieux (voire dans tous les espaces-temps) de façon immédiate, capable de communiquer avec toutes les formes de l’Existant et de toutes les façons qui soient, capable de réaliser tous ses désirs (et pouvant tout créer à tout instant), étant toujours satisfait, avec une liberté et une autonomie totales, avec accès immédiat à la plus haute et sophistiquée des Intelligences Artificielles… tous ces éléments pourraient-ils lui donner accès à une perception et à une compréhension sensibles ? A un sentiment de proximité et d’Amour ressenti et à une Intelligence vivante de l’Être ? Probablement pas… Cet « avatar » se contenterait sans doute de mimer l’Amour « le plus haut » et l’Intelligence « la plus haute » mais ne les ressentirait probablement pas… (nous aborderons ces thématiques dans les paragraphes consacrés aux Intelligences Artificielles).

 

En dépit de notre ignorance, notons simplement dans cette rubrique, que l’émergence de l’Homme, forme perceptive préconsciente, semble constituer une sorte de point de bascule (un point de retournement) dans l’évolution des formes terrestres tant sur le plan de la perception (l’espace de Conscience) que sur le plan énergétique (l’évolution de l’Existant). En effet, au fil de l’évolution humaine, on a assisté à la fois à une (lente et progressive) orientation du psychisme vers la Conscience (amélioration de la perception et de la compréhension) et à une (lente et progressive) orientation des formes énergétiques (physiques et vivantes) et de leurs supports vers des formes énergétiques immatérielles*.

* A ce propos, pourrait-on les considérer comme de nouvelles formes d’énergie « pure » ? Ou comme de simples formes immatérielles (non « pures ») ?

 

Essayons de résumer… de façon schématique, nous pourrions dire que les formes ont connu, avant l’émergence de l’Homme, différentes transformations sur le plan énergétique : transformation d’une partie de l’énergie « pure » en matière, transformation d’une partie de la matière en Vivant. Et que l’Homme a tenté, au cours de son évolution, de transformer une partie du Vivant en synthétique et une partie du synthétique en « immatériel ». Et la boucle est bouclée… Quant au plan perceptif, on pourrait dire qu’avant l’émergence de l’Homme, les formes énergétiques terrestres (du moins, celles dont nous avons connaissance : agglomérats d’atomes et de molécules, cellules, bactéries, végétaux…) n’avaient pas accès à la perception qui n’a été possible qu’avec l’apparition du cerveau (et des animaux). Et il apparaît (avec une certaine évidence) que depuis l’émergence de l’Homme, la perception éminemment restreinte des animaux s’est progressivement « élargie » et semble tendre, au fil de l’histoire humaine (et au cours du cheminement spirituel*), vers une ouverture et un élargissement (perceptifs) gradués de plus en plus conséquents : perception restreinte, partielle, large, puis totale…

* Qui s’avère un processus éminemment naturel (au sens qu’il s’inscrit dans la nature et le « cours » des choses…)

 

Ce point de retournement constitue, en réalité, un élément majeur dans l’histoire du monde et l’évolution des formes énergétiques. Notons qu’il correspond essentiellement au fait que le psychisme perceptif préconscient aspire à retrouver les caractéristiques de la Conscience et de l’énergie « originelles » et au fait qu’il demeure « prisonnier » de l’identification à la forme et de la grossièreté, de la fragilité et de « l’exigence énergétique » des formes vivantes et physiques. Ces deux éléments l’enjoignent donc, d’une part, d'améliorer « sa » perception et « sa » compréhension — à travers la spiritualité — afin de retrouver la Plénitude-Complétude et l’Unité-unicité… et le contraignent, d’autre part, à transformer les formes de l’Existant pour les rendre plus simples, plus durables et moins « exigeantes » afin de retrouver les caractéristiques des formes énergétiques « pures » (voire, peut-être même, de les améliorer…).

 

 

APARTE SUR L’IDENTIFICATION DU PSYCHISME A LA FORME

On pourrait penser (un peu hâtivement) que l’identification du psychisme à la forme, à l’origine de tant de comportements délétères, est une erreur (une grossière erreur). Mais il se pourrait fort bien que cette perspective (apparemment erronée) soit, en réalité, une sorte de « stratégie » de la Conscience, « poussant » et « obligeant » les individus à moult attitudes, postures, créations, découvertes et inventions qu’ils n’auraient sûrement pris la peine d'adopter ou de réaliser si cette identification ne s’était pas manifestée, moult « choses » nécessaires à l’évolution des formes terrestres en mesure de créer progressivement (très graduellement) toutes les transformations indispensables à l’avènement, un jour (un jour lointain), d’une forme terrestre capable des mêmes prouesses que la Conscience...

 

Donnons, à ce propos, quelques (triviaux) exemples. Ainsi, s’il n’y avait pas eu d’identification au corps, les parents (et, plus particulièrement, les mères*) auraient-ils eu l’idée de prendre soin de leur progéniture ? Au-delà des « instincts maternels » naturels (en vigueur également chez certains animaux), il y a fort à parier que le fait de considérer (le plus souvent) « leurs » enfants comme « le prolongement d’eux-mêmes » les a fortement incités, au fil de l’histoire, à les éduquer et à les prendre en charge tout au long de leur éducation... sans cet aspect, peut-être que l’espèce humaine se serait éteinte ? Qui sait ?

* Au cours de l'histoire humaine, les mères se sont toujours montrées, semble-t-il, plus enclines (que les pères) à s'occuper et à prendre soin des enfants...

 

Autre exemple, la favorisation de l’intérêt personnel et la compétition entre les individus (deux aspects humains éminemment liés à l’identification à la forme), si ces caractéristiques n’avaient pas eu cours (et si elles n’existaient pas aujourd’hui), les Hommes auraient-ils été (et seraient-ils toujours) aussi actifs dans les domaines de la recherche et du progrès ? Les multiples découvertes et les nombreuses inventions* qui ont jalonné l’histoire humaine (et qui continueront de fleurir à l’avenir) auraient-elles vu (ou pourraient-elles voir) le jour sans la concurrence et l’esprit de compétition qui règnent (et ont toujours régné) entre les Hommes ? A quoi ressemblerait le monde aujourd’hui si l’égocentrisme et la rivalité n’avaient pas constitué « des fondamentaux » de la nature humaine ?

* Notons que bon nombre de progrès et d'inventions a vu le jour « grâce » à la guerre (et aux armées) – summum de la « favorisation égocentrique » et de la défense des intérêts personnels . Les domaines qui ont bénéficié de ces progrès et inventions sont très nombreux : médecine, transport, architecture, communication, télécommunication etc etc.

 

 

En définitive…

En définitive (en l’état actuel de notre compréhension), il semblerait que ce que l’on nomme l’Existant (la totalité de l’Existant) ne soit (en réalité) composé que de l’ensemble des formes énergétiques (physiques, vivantes et immatérielles) et de leurs innombrables (sinon infinis) liens et relations. En vérité, l’Existant ne semble être que cela… Et les manifestations de l’Existant (ce que l’on appelle — en général — les situations, les évènements et les circonstances) ne sont que les interactions (ou les rencontres) entre différentes formes énergétiques (sans oublier, évidemment, tous les éléments et formes qui les composent). Prenons quelques exemples*…

* Dans ces exemples, nous n’évoquerons que les formes principales et apparentes… par souci de clarté, nous ne prendrons pas en considération tous les éléments et toutes les formes qu'elles « abritent » et/ou dont elles sont constituées…

 

Ainsi, un accident de voiture est essentiellement la rencontre « violente » entre deux formes énergétiques physiques (les véhicules) et entre deux formes énergétiques physiques vivantes perceptives (les conducteurs). Une bagarre ou une agression physique est essentiellement la rencontre « violente » entre deux formes énergétiques vivantes perceptives (les protagonistes de la rixe). Une maladie est essentiellement la rencontre (ou la conséquence de la rencontre) entre une forme vivante élémentaire (une bactérie par exemple) et une forme vivante perceptive ou non perceptive (un individu). La respiration est essentiellement la relation entre une forme vivante perceptive ou non perceptive (un être) et des formes physiques élémentaires (l’air – l’oxygène). Une émotion (la colère par exemple) est essentiellement une forme énergétique immatérielle induite par une relation entre une forme vivante perceptive (un individu) et une forme (ou des formes) énergétique(s) de l’Existant (une de ses manifestations, une situation par exemple) qui peut créer, à son tour, des formes énergétiques immatérielles – si l’individu « actionne son corps » (en donnant un coup de poing par exemple — coup de poing qui est une forme d’énergie) – qui vont avoir des répercussions sur d’autres formes vivantes perceptives (comme l’individu qui va recevoir ce coup)… qui, à leur tour, vont être à l’origine de formes énergétiques sur les plans organique et psychique (une blessure et le mécontentement par exemple) qui peuvent, à leur tour, créer d’autres formes énergétiques… qui, à leur tour, vont pouvoir créer… etc etc.

 

 

Cet écheveau de liens, de relations, de rencontres et de transformations est absolument dantesque. Presque inimaginable*… extraordinairement dense et riche puisque, en réalité, tout (chaque chose) entretient des liens avec tout (toutes choses). Bref, il est peu de dire que toutes les formes énergétiques sont (pour le moins) reliées et interdépendantes...

* Cette valse infinie et incessante peut, en effet, donner le tournis…

 

 

Quelques vagues intuitions supplémentaires…

Avant de donner (ou, du moins, essayer de donner…) un aperçu de la structure fondamentale du « réel » (ou de ce qui pourrait passer pour telle…), tentons de récapituler ce que nous savons des règles (vaguement évoquées jusqu’ici…) qui semblent régir l’énergie, les formes énergétiques et la perception (qu’elle soit psychique ou consciente) :

 

 

Quelques règles intuitives sur l’énergie (en général)

- l’énergie (mais aussi les formes énergétiques) semble(nt) obéir à deux grandes forces antagonistes : la création et la destruction, sans doute nécessaires pour assurer un équilibre général viable et, peut-être également, (en partie et entre autres) pour « réguler » l’incroyable puissance créatrice et « proliférante(1) » du Vivant(2)… ;

(1) Plus une forme semble « fragile », plus elle semble « proliférante » (avec un taux de reproduction très élevé)...

(2) Sans ces deux forces, les « agglomérats d’énergie » deviendraient absolument « monstrueux » (et ils peuvent parfois l’être déjà à certains égards…).

  

- le mouvement libre et fluide* (non contraint) semble être l’une des principales caractéristiques de l’énergie. Comme si elle pouvait se définir (quasiment ontologiquement) comme « mouvement naturel libre et fluide »… ;

* La respiration, l’alimentation et l’usage de l’eau (comme boisson et comme instrument d’hygiène) sont, à ce titre, de « parfaits » exemples dans le monde du Vivant (et, en particulier, chez les êtres humains). Le corps utilise les formes énergétiques dont il a besoin (l’air, les nutriments, l’eau), les transforme et les élimine en leur permettant ainsi de suivre leur cours (de poursuivre leur mouvement…). Notons que chez l’Homme, le psychisme (soucieux de sécurité et de confort) a tendance à stocker et à accumuler les formes énergétiques (en les rendant, de fait, plus ou moins immobiles) ou du moins en « bloque » la mobilité. Ainsi, en matière de déplacement, le nomadisme pourrait être considéré comme une forme de fluidité et la sédentarité (en particulier lorsque la société voit grossir le nombre de ses membres) comme une forme de blocage (ou « d’emprisonnement » de l’énergie) qui génère très souvent des conséquences très néfastes (pollution, promiscuité qui mène à la violence…). Les accumulations de toutes sortes sur le plan matériel (objets), sur le plan organique (alimentation entre autres exemples…) et sur le plan psychique (idées, préoccupations, soucis) semblent restreindre ou bloquer la fluidité et le mouvement « naturel » des formes énergétiques et occasionnent (en général) des problèmes, des troubles et des difficultés (encombrement, fragilisation, saturation etc etc).

 

- toute stagnation ou emprisonnement de l’énergie semble avoir de lourdes conséquences sur les supports énergétiques (dégradation) et les formes à proximité ou en lien avec le support (effets délétères) ;

 

- l’énergie nécessitée par une forme semble opérer naturellement des « priorités de distribution » (en privilégiant, par exemple, la physiologie (et le métabolisme du corps — et ses besoins énergétiques) par rapport au psychisme (les besoins énergétiques du cerveau) afin que la forme se maintienne « en vie » ou ne se dégrade pas de façon irrémédiable…).

 

 

Quelques règles intuitives sur les formes énergétiques (l’Existant)

- toute forme énergétique semble obéir à un cycle « naturel » composé de plusieurs étapes : apparition (lorsque les conditions propices sont réunies…), croissance, maturité, décroissance et disparition ;

 

- une forme énergétique (si elle n’entre pas « en relation » avec des formes agressives, dangereuses et potentiellement destructrices qui la dégradent (ou la détruisent) avant qu’elle n’achève son cycle « naturel »), semble disposer d’un « stock » d’énergie limité et subit progressivement une dégradation de son support qui devient de moins en moins apte à se ressourcer en énergie. La conjonction de ces deux éléments (stock apparemment « limité » et dégradation du support) finit par engendrer une sorte d’épuisement (énergétique) de la forme et donc, sa disparition ;

 

- tous les composants et les éléments des formes énergétiques (qui disparaissent) semblent se recombiner avec d’autres formes de l’Existant.

 

 

Quelques règles intuitives sur la perception (Ce qui perçoit)

- la perception semble éminemment conditionnée et « limitée » par son support* (et ses capacités perceptives) ;

* En l’absence de support, la perception ne serait-elle alors soumise à aucune « restriction » ? Nous l’ignorons…

 

- l’attention semble posséder une capacité de focale* importante (au point, parfois, de se voir « envahie » et/ou de ne « voir » que « l’objet » qui « occupe » l’ensemble de l’espace perceptif…) ;

* Notons, ici, que la concentration (psychique) que l'on pourrait qualifier de « focale resserrée » semble très énergivore et semble « affaiblir » le support perceptif (ainsi, par exemple, après une longue et intense concentration, le cerveau « se fatigue », devient moins performant et éprouve le besoin de se reposer et de se « régénérer »...).

 

- l’attention semble être prioritairement « attirée » par les manifestations énergétiques problématiques et/ou déséquilibrées (rencontres « difficiles » entre formes énergétiques, excès ou manque d’énergie, stagnations énergétiques etc etc) ;

 

- la Conscience (la Pleine Conscience) semble laisser l’énergie et les formes énergétiques circuler librement selon leurs mouvements naturels ;

 

- Quant au psychisme, il semble (au contraire) aspirer à contrôler* l’énergie et les formes énergétiques (leurs mouvements, leur intensité, leur puissance…) et s’oppose souvent (au regard de son besoin de confort, de sécurité et de satisfaction) à de nombreux mouvements énergétiques « naturels ». Attitude et posture qui donnent naissance à de très nombreux problèmes et problématiques… mais aussi à quelques progrès et « prouesses » en matière de transformation de l’Existant…

* En la (ou les) stoppant, en la (ou les) canalisant, en la (ou les) régulant, en la (ou les) amplifiant, en la (ou les) pérennisant etc etc.

 

- plus l’espace de Conscience est « habité » largement, plus la forme (à laquelle l’espace perceptif est « associé » — par procédé identificatoire plus ou moins fort) semble « poreuse » aux caractéristiques majeures de la Conscience (Paix, Joie, Amour et Intelligence…) et « influencée* » par elles…

* Sur tous les plans : en matière de compréhension, de perception, d’être, de comportement etc etc.

 

- par extension, plus l’espace de Conscience est « habité » largement, moins la forme (à laquelle l’espace perceptif est « associé ») semble soumise à la mobilité(1), moins elle semble encline à des mouvements de destruction (« volontaire ») et plus elle a tendance à se montrer « bienveillante » (dans ses interactions avec les autres formes)… et à « adopter » une vision large et globale(2) …;

(1) L’immobilité est l’une des caractéristiques de la Conscience qui doit être, ici, pondérée par les caractéristiques spécifiques de la forme en matière de mobilité (ses mouvements naturels).

(2) A contrario, notons que plus l’espace de Conscience est « habité » de façon étroite et restreinte, moins la forme (à laquelle l’espace perceptif est « associé ») est en mesure de percevoir la globalité de la (ou des) situation(s) où elle se trouve mêlée ou impliquée, plus elle est amenée à « suivre » ses seuls élans énergétiques et/ou instinctifs (de façon quasi similaire aux formes non perceptives…).

 

Rappelons également qu’au sein de l’Existant (qui ne semble constitué que de l’ensemble des relations et des rencontres entre toutes les formes énergétiques immatérielles, physiques et vivantes), une forme énergétique physique vivante perceptive préconsciente (l’Homme), insatisfaite de ces caractéristiques, aspire (essentiellement) à trois choses :

 

En premier lieu, elle aspire à transformer toutes les formes énergétiques (dont le corps, les modalités cérébrales et les modes de fonctionnement psychique) qui lui semblent porteuses de désagréments et de souffrance pour leur attribuer les mêmes qualités que l’énergie « pure » (permanence, durabilité etc etc) ;

 

Elle aspire également à vivre (et à ressentir) ce que « vit » la Conscience (la Pleine Conscience). Pour rappel, il s’agit (essentiellement) de :

 

l’Invulnérabilité-Pureté (ne pas être touché et/ou « entaché » par l’énergie et les formes qu’elle revêt – les formes énergétiques) ;

 

- la Joie, la Tranquillité, la Plénitude-Complétude ;

 

- l’Amour et l’Unité-unicité (être « l'Un » et « l'Unique » avec indissociabilité entre Ce qui perçoit — la Conscience — et ce qui est perçu — les formes énergétiques) ;

 

- et l’Intelligence (compréhension de la Conscience, de l’énergie, de toutes les formes énergétiques et de tous leurs liens).

 

Et elle désire enfin (et, sans doute, dans une moindre mesure) que toutes les formes énergétiques (ou, du moins, un certain nombre d’entre elles…) entretiennent des rapports moins violents et moins instrumentalisants* et puissent « nouer » des relations d’égalité, d’harmonie, de respect et d’Amour (sans être blessées, dégradées ou détruites au cours de leurs interactions)… Cette aspiration concerne évidemment, en premier lieu, (comme nous l’avons déjà souligné à maintes reprises) les relations entre les individus (les Hommes) mais également les relations entre les individus et les animaux, les relations entre les individus et les végétaux, les relations entre les individus et les formes vivantes élémentaires, les relations entre les individus et l’environnement (au sens large) mais aussi les relations entre les animaux, les relations entre les végétaux, les relations entre les formes vivantes élémentaires, les relations entre les animaux et les végétaux, les relations entre les animaux et les formes vivantes élémentaires etc etc.

* Des relations moins (ou beaucoup moins) gouvernées par la force, sans « dominant » ni « dominé », sans « vainqueur » ni « vaincu »…

 

Au regard de ces éléments, essayons à présent de donner un aperçu de la trame de l’Existant aujourd’hui…

 

 

 

TENTATIVE DE REPRESENTATION DE L’EXISTANT : ENSEMBLE DES MANIFESTATIONS MAJEURES DE L’EXISTANT TERRESTRE ET DE LEURS RELATIONS — LA STRUCTURE FONDAMENTALE DU « REEL » CONTEMPORAIN ?

 

Cette tentative de représentation de l’Existant (terrestre) pourrait bien constituer la structure fondamentale du « réel » contemporain… Dans cette perspective, l’Existant serait aujourd’hui essentiellement constitué d’une dizaine de types majeurs de formes énergétiques…

 

 

Les différentes formes énergétiques

 

Les formes énergétiques « pures » immatérielles (non physiques)

Elles sont sans doute existantes de toute éternité (consubstantialité de la Conscience et de l’énergie) ou ont été créées par la Conscience (au choix).

 

Nous ignorons si elles peuvent être catégorisées. On ignore leur nature*, leur constitution, leurs mouvements et si elles ont ou peuvent avoir des supports (et leur nature) même si on le subodore… Ces formes pourraient être simplement chargées et/ou composées d’énergie « pure ».

* Il est possible qu’une partie de ces formes soit constituée des éventuelles « parts conscientes » humaines (entre autres) après la mort physique du corps, dotées d’un degré très élevé de compréhension et de sensibilité « spirituelle ».

 

Au vu des caractéristiques de l’Existant (interdépendance énergétique à tous les niveaux et perception, plus ou moins consciente, de certaines formes), il est fort probable qu’elles interagissent avec toutes les (ou une partie des) autres formes. Ces formes énergétiques « pures » immatérielles entretiennent donc peut-être, à l’état « non actif », des interactions intra et inter formelles (en chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) intra et inter individuelles (au sein d’une même forme et avec une partie de l'Existant) au niveau de l’énergie « pure » qu'il convient de prendre en compte.

 

Ces formes pourraient (si besoin) être d’abord catégorisées, de façon éminemment simpliste et manichéenne, selon leur « nature relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante) et éventuellement (pour certaines d’entre elles) selon deux autres critères principaux, leur degré de compréhension (décliné en nul, faible, moyen, élevé, total) et leur degré de sensibilité – sentiment d’Amour et d’Unité (décliné en nul, faible, moyen, élevé, total). Notons que ces deux derniers critères sont sans doute susceptibles d’influer sur le degré de « contrôle et de maîtrise » de leurs actions et de leurs orientations. Et bien que ces formes demeurent actuellement inconnues, il semble évident qu’elles se déplacent (de par la nature extrêmement mobile de l’énergie*).

* Il semble évident qu’il existe une corrélation entre le degré de mobilité de l’énergie (et sa vitesse) et la masse (la densité physique) de son support. En l’absence de support matériel, il est fort probable que les formes énergétiques soient extrêmement mobiles et rapides.

 

Et comme toutes les manifestations, elles obéissent, sans doute, essentiellement à cinq grandes phases : apparition*, croissance, maturité, déclin et disparition auxquelles nous ajouterons la mobilité (les déplacements). Ces mouvements diffèrent sans doute en quantité et en intensité. Pour simplifier, nous pourrions donc définir quatre grands types de quantité (nulle, faible, moyenne, élevée) et trois grands types d’intensité (faible, moyenne, élevée) et obtenir ainsi, pour chaque mouvement, dix grands types de catégories : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure ».

* Il se pourrait bien que le Big Bang et l’Univers aient été créés par l’apparition de l’une de ces formes énergétiques (ou l’un de ses mouvements)…

 

 

Les formes énergétiques immatérielles « non physiques »

Cette catégorie pourrait être constituée d’individus du monde du « sans forme » et/ou de formes extra-terrestres par exemple mais également de nombreuses autres formes*…

* Cette catégorie semble très hétérogène et pourrait réunir des formes de nature très différente qu’il conviendrait de catégoriser selon des paramètres plus précis et plus appropriés...

 

En l’état actuel de nos connaissances, il semblerait que l’on puisse dégager trois grandes sous-catégories : celle qui regrouperait les mouvements énergétiques(1), celle qui regrouperait les formes immatérielles non perceptives(2) et enfin celle qui regrouperait les formes immatérielles perceptives(3). Notons que cette dernière sous-catégorie conserve toujours ses mystères (au regard de notre perception, de notre connaissance et de nos savoirs actuels), mais il est probable que ces manifestations (en particulier celles qui concernent les formes non terrestres… si elles existent — et cette probabilité est sans doute loin d’être nulle…) aient des caractéristiques soit totalement différentes de ce que nous connaissons, soit très proches du Vivant élémentaire terrestre (bactéries), soit très proches des manifestations énergétiques actives et intelligentes (les intelligences artificielles) ou de la Conscience (sans compter toutes les autres possibilités avec une palette très variée..).

(1) Il est fort possible (que les physiciens pardonnent notre ignorance…) que tous les mouvements (quel que soit leur support excepté l’énergie cinétique), les mouvements ondulatoires (ondes), les mouvements vibratoires (vibrations) mais aussi la vitesse, la lumière, l’électromagnétisme, l’électricité (le courant électrique), le thermo-dynamisme, la combustion (la chaleur) etc etc puissent être classés dans cette catégorie*. Il est donc fort possible qu’une grande partie des échanges intra et inter atomiques, intra et inter moléculaires, intra et inter cellulaires appartienne à cette catégorie.

* A moins (il nous faudrait alors faire appel aux compétences d’un physicien) que l’on puisse catégoriser (de façon très synthétique — voire éminemment simpliste) l’ensemble des mouvements énergétiques ainsi :

- les mouvements d’énergie sans support : mouvements d’énergie « pure » (demeurent, en l’état actuel des savoirs et de la connaissance, méconnus et mystérieux) ;

- les mouvements d’énergie immatériels (sans support physique) : la lumière ;

- les mouvements d’énergie immatériels (sans support physique « perceptible ») : mouvements ondulatoires, vibratoires… (par exemple les sons, les ondes diverses…) ;

- les mouvements d’énergie avec support matériel (physique non vivant) : par exemple la gravitation, les mouvements électriques, les mouvements électromagnétiques, les transformations chimiques, les ondes hertziennes ;

- les mouvements d’énergie avec support organique : par exemple les mouvements hormonaux, certains mouvements électriques (corporels), certaines transformations chimiques (corporelles), les mouvements électrochimiques (corporels), la respiration ;

- les mouvements d’énergie avec support cérébro-organique (corps-cerveau) : par exemple la locomotion, les émotions, les désirs, les pensées, les réflexions, les effets de la lecture, de l’écriture, de visionnages divers et de l’absorption dans des univers virtuels, les rêves, l’imagination, les projections, les anticipations, l’expression, les mouvements relationnels et communicationnels.

- les mouvements d’énergie avec support synthétique etc etc.

(2) Il est fort probable que les formes que nous avons qualifiées de formes énergétiques idéatives et représentatives (pensées, idées, contenus des paroles, rêves, mondes virtuels…), de formes énergétiques émotionnelles et de formes actives et intelligentes (algorithmes, intelligences artificielles) appartiennent à cette catégorie mais de par leur spécificité dans le monde humain, nous les avons classées dans des catégories différentes.

(3) Il est aussi fort possible qu’une partie de ces formes soit constituée des éventuelles « parts conscientes » humaines et animales (entre autres) en cours de transmigration après la mort physique du corps (et avant une éventuelle réincarnation), dotées d’un degré de compréhension et de sensibilité « spirituelle » de nul à moyennement élevé… et de celles qui « entreprennent » un voyage astral et/ou chamanique…

 

Ces formes pourraient être simplement chargées et/ou composées d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure »). Mais notre ignorance (concernant leur nature, leurs caractéristiques, leurs éventuels supports, leurs actions et leurs interactions) nous enjoint de jouer « la carte de la prudence »… Comme pour les formes énergétiques précédentes, il est très probable qu’elles interagissent et se déplacent. Ces formes énergétiques immatérielles non physiques entretiennent donc probablement, à l’état « non actif », une multitude d’interactions intra et inter formelles (en chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) intra et inter individuelles (au sein d’une même forme et avec une partie de l'Existant) aux niveaux de l’énergie « pure » et de l’énergie immatérielle qu'il convient de prendre en compte.

 

Ces formes pourraient être catégorisées en premier lieu, de façon toujours aussi simpliste, selon leur « nature relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante) et (pour certaines de ces formes – les formes perceptives) selon deux autres critères principaux, leur degré de compréhension (décliné en nul, faible, moyen, élevé, total) et leur degré de sensibilité – sentiment d’Amour et d’Unité (décliné en nul, faible, moyen, élevé, total).

 

Et comme les formes précédentes, elles sont sans doute soumises à cinq grandes phases : apparition, croissance, maturité, déclin et disparition auxquelles nous ajouterons la mobilité (les déplacements) que nous pourrions décliner selon la quantité et l’intensité en reprenant, pour chaque mouvement, les dix grands types de catégories : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure » et au niveau de l’énergie immatérielle (« non pure »).

 

 

Les formes énergétiques physiques naturelles élémentaires non vivantes

Cette catégorie pourrait être essentiellement composée de formes gazeuses, solides et liquides élaborées naturellement et constituées en combinaisons atomiques et moléculaires physico-chimiques* (carbone, hydrogène, oxygène, azote, phosphore, souffre, dioxygène, néon, dioxyde de souffre etc etc – air, eau, terre, roches, minéraux naturels, sels minéraux…).

* Entre autres éléments physiques évidemment…

 

Ces formes sont constituées d’atomes et de combinaisons moléculaires(1) et (sans doute) en partie chargées et/ou composées d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure »). Et comme toutes les autres manifestations existantes, elles interagissent et sont plus ou moins mobiles(2). Ces formes énergétiques physiques naturelles élémentaires non vivantes entretiennent donc naturellement, à l’état « non actif », une multitude d’interactions intra et inter formelles (en chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) intra et inter individuelles (au sein d’une même forme et avec une partie de l'Existant) sans doute aux niveaux de l’énergie « pure » et de l’énergie immatérielle et indubitablement aux niveaux atomique et moléculaire qu’il convient de prendre en compte.

 

On pourrait, en premier lieu, décliner ces formes selon leur nature terrestre ou non terrestre (avec, pour cette dernière catégorie, une sous déclinaison très simpliste en « non terrestre proche » et en « non terrestre lointain »).

 

Ensuite, nous pourrions catégoriser ces formes selon leur « nature relationnelle » (déclinée en vitale et indispensable à la Vie terrestre, neutre, dangereuse/toxique, létale). Comme les formes précédentes, elles sont également soumises aux cinq grands mouvements : apparition, croissance, maturité, déclin et disparition auxquels nous ajouterons la mobilité (les déplacements). Et, pour chacun de ces mouvements, nous reprendrons les dix grands types de catégories précédentes : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure », au niveau de l’énergie immatérielle (« non pure ») et aux niveaux atomique et moléculaire.

(1) Combinaisons moléculaires créées par combinaisons d’énergies pures et immatérielles permettant les conditions de leur avènement (création de la matière)...

(2) Plus la masse (et la densité moléculaire) de ces formes est faible, plus leur mobilité semble potentiellement élevée. De façon générale, il semble que les formes gazeuses soient plus mobiles que les formes liquides, elles-mêmes plus mobiles que les formes solides (mais en la matière (si j’ose dire !) nous nous en remettons aux savoirs des physiciens…).

 

 

Les formes énergétiques physiques vivantes élémentaires

Cette catégorie pourrait être essentiellement constituée de cellules, de bactéries (pathogènes et non pathogènes) et de virus…

 

Ces formes énergétiques pourraient d’abord être déclinées en fonction de leur milieu (quatre grands milieux : terre, eau, air, matière organique). Puis, être catégorisées selon leur « nature relationnelle » (déclinée en vitale et indispensable à la Vie terrestre, neutre, dangereuse/toxique).

 

Ces formes énergétiques sont (sans doute) chargées et/ou composées d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure »).

 

Elles sont composées :

- d’atomes et de combinaisons moléculaires* (eux-mêmes (sans doute) chargés et/ou composés d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle).

* Combinaisons moléculaires physico-chimiques créées par combinaisons de manifestations énergétiques naturelles élémentaires (non vivantes) permettant les conditions de leur avènement (création du Vivant).

 

Elles sont également organisées en systèmes organiques élémentaires (alimentaire, circulatoire, reproductif, de protection) que nous pourrions catégoriser selon deux paramètres majeurs, un paramètre qualitatif (décliné en inexistant, faible/défaillant, normal, élevé/performant) et un paramètre quantitatif (décliné en déficitaire, en équilibre, excédentaire) et ajouter (si nécessaire) un paramètre de qualité « relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante).

 

Notons que ces formes énergétiques physiques vivantes élémentaires (et leurs systèmes organiques élémentaires) entretiennent naturellement, à l’état non actif, une multitude d’interactions intra et inter formelles (en chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) intra et inter individuelles (au sein d’un même individu et avec une partie de l'Existant) sans doute aux niveaux de l’énergie « pure » et de l’énergie immatérielle et, indubitablement, aux niveaux atomique et moléculaire qu’il convient de prendre en compte.

 

Ensuite, nous pourrions répertorier les actions et mouvements majeurs qu’opère chacune de ces formes élémentaires vivantes (essentiellement naître, s’alimenter, évacuer, se reproduire, croître, se développer et s’étendre, se protéger, se dégrader, vieillir, mourir). Chacune de ces actions pourrait d’abord être catégorisée selon un paramètre de qualité « relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante), puis, être déclinée en fonction des dix grands types de mouvements : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure », au niveau de l’énergie immatérielle (« non pure »), aux niveaux atomique et moléculaire (hormonal, chimique, électrique, électrochimique…), aux niveaux cellulaire et bactérien (si nécessaire) et au niveau de chaque système organique.

 

 

Les formes énergétiques matérielles vivantes complexes non perceptives

Cette catégorie pourrait être essentiellement constituée des végétaux.

 

Ces formes énergétiques pourraient d’abord être déclinées en fonction de leur milieu (deux grands milieux : terre et eau). Et pour chacun de ces milieux, catégoriser les végétaux, de façon éminemment simpliste, selon leurs caractéristiques apparentes* avec trois classes : grand/imposant, moyen, petit/chétif auxquelles on pourrait (éventuellement) ajouter d’autres paramètres en matière d’alimentation humaine (taux de rendement agricole — faible, moyen, élevé —, effets sur la santé — faible, moyen, élevé —…).

* Paramètres souvent importants en matière de puissance et de « domination » dans les interactions intra et inter spécifiques...

 

Ces formes énergétiques sont (sans doute) chargées et/ou composées d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure »).

 

Elles sont composées :

- d’atomes et de combinaisons moléculaires* (eux-mêmes (sans doute) chargés et/ou composés d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle)

- d’éléments vivants élémentaires (essentiellement cellules et bactéries) (eux-mêmes (sans doute) chargés et/ou composés d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle et composés d’atomes et de molécules)

* Combinaisons moléculaires et cellulaires créées par complexification et sophistication des combinaisons moléculaires et cellulaires des manifestations énergétiques matérielles vivantes élémentaires (création du Vivant complexe).

 

Ces formes sont également organisées en systèmes organiques élémentaires (alimentaire, circulatoire, sensitif, reproductif, de protection) que nous pourrions catégoriser selon deux paramètres majeurs, un paramètre qualitatif (décliné en inexistant, faible/défaillant, normal, élevé/performant) et un paramètre quantitatif (décliné en déficitaire, en équilibre, excédentaire) et ajouter (si nécessaire) un paramètre de qualité « relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante).

 

Notons que ces formes énergétiques vivantes complexes non perceptives (et leurs différents systèmes organiques élémentaires) entretiennent naturellement, à l’état non actif, une multitude d’interactions intra et inter formelles (en chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) intra et inter individuelles (au sein d’un même individu et avec une partie de l'Existant) sans doute aux niveaux de l’énergie « pure » et de l'énergie immatérielle et, indubitablement, aux niveaux atomique et moléculaire et aux niveaux cellulaire et bactérien qu’il convient de prendre en compte.

 

Ensuite, nous pourrions répertorier les actions et mouvements majeurs qu’opère chacune de ces formes vivantes complexes (essentiellement naître, « respirer », s’alimenter, évacuer, se reproduire, croître, se développer et s’étendre, se protéger, se dégrader, vieillir, mourir). Chacune de ces actions pourrait d’abord être catégorisée selon un paramètre de qualité « relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante), puis, être déclinée en fonction des dix grands types de mouvements : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure », au niveau de l’énergie immatérielle, aux niveaux atomique et moléculaire (hormonal, chimique, électrique, électrochimique…), aux niveaux cellulaire et bactérien et au niveau de chaque système organique.

 

 

Les formes énergétiques vivantes complexes perceptives élémentaires

Cette catégorie pourrait être essentiellement constituée des insectes et des animaux.

 

Ces formes énergétiques pourraient d’abord être déclinées en fonction de leur milieu (trois grands milieux : terre, air et eau). Et pour chacun de ces milieux, catégoriser les animaux selon trois paramètres principaux* : leurs caractéristiques apparentes avec trois classes : grand/imposant, moyen, petit/chétif, leur régime alimentaire : herbivore, carnivore, omnivore… ou « leur » rang dans la chaîne alimentaire (consommateur primaire, secondaire, tertiaire, super prédateur) et leur potentiel « naturel » de dangerosité inter spécifique avec trois classes également : faible, moyen, élevé auxquels on pourrait (éventuellement) ajouter d’autres paramètres en matière d’alimentation humaine (reproductibilité, reproductivité en élevage, taux nutritif en protides, lipides, glucides etc).

* Paramètres importants pour les formes perceptives qui induisent (en général) des mouvements spontanés et/ou réactifs très différents ; il y a, bien sûr, des formes qui échappent à ces classifications (citons, par exemple, le cactus chez les végétaux et la salamandre chez les animaux). Le Vivant est toujours très enclin à se diversifier et à multiplier les formes qui échappent aux classifications…

 

NOTE : on pourrait également (si besoin) opérer une dichotomie entre les animaux sauvages (vivant en milieu naturel (la nature) et vivant en milieu protégé (réserve)) et les animaux domestiqués (animaux de compagnie, de travail, d’élevage) et établir, pour ces dernières catégories, plusieurs sous catégories en matière de conditions d’existence : « qualité de vie », conditions de vie plus ou moins proches de « l’état naturel » etc etc.

 

Ces formes énergétiques sont (sans doute) chargées et/ou composées d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure »).

 

 

Elles sont composées :

- d’atomes et de combinaisons moléculaires* (eux-mêmes (sans doute) chargés et/ou composés d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle)

- d’éléments vivants élémentaires (essentiellement cellules et bactéries) (eux-mêmes (sans doute) chargés et/ou composés d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle et composés d’atomes et de molécules)

* Combinaisons moléculaires et cellulaires créées par complexification et sophistication des combinaisons moléculaires et cellulaires des manifestations énergétiques matérielles vivantes complexes (accession à la perception élémentaire).

 

Elles sont organisées en systèmes organiques complexes (sensoriel, circulatoire, nerveux, endocrinien, alimentaire, respiratoire, reproductif, de locomotion, de protections immunitaire et organique) et pour les animaux les plus sophistiqués en systèmes psycho-organiques plus ou moins complexes (cognitif, affectif et imaginatif élémentaires, expressif, communicatif) que nous pourrions catégoriser selon deux paramètres majeurs, un paramètre qualitatif (décliné en inexistant, faible/défaillant, normal, élevé/performant) et un paramètre quantitatif (décliné en déficitaire, en équilibre, excédentaire) et ajouter (si nécessaire) un paramètre de qualité « relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante).

 

Notons que ces formes énergétiques vivantes complexes perceptives élémentaires (et leurs systèmes organiques et psycho-organiques) entretiennent naturellement, à l’état non actif, une multitude d’interactions intra et inter formelles (au sein de chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) intra et inter individuelles (au sein d’un même individu et avec une partie de l'Existant) sans doute aux niveaux de l’énergie « pure » et de l’énergie immatérielle et, indubitablement, aux niveaux atomique et moléculaire (hormonal, chimique, électrique, électrochimique…) et aux niveaux cellulaire et bactérien qu’il convient de prendre en compte.

 

Ensuite, nous pourrions établir pour chacune de ces catégories, les actions et mouvements organiques et psycho-organiques majeurs* qu’opère chacune de ces formes vivantes complexes perceptives (essentiellement naître, voir, entendre, toucher, respirer, se déplacer, s’alimenter, évacuer, se reproduire, s’abriter, rencontrer, croître, se développer et s’étendre, se protéger, se battre, blesser, se blesser, tuer, fuir, se soumettre, s’exprimer, communiquer, sentir, jouer, réfléchir et rêver (pour les plus sophistiquées), se reposer, dormir, se dégrader, vieillir, mourir). Chacune de ces actions pourrait d’abord être catégorisée (si nécessaire) selon un paramètre de qualité « relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante), puis, être déclinée en fonction des dix grands types de mouvements : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure », au niveau de l’énergie immatérielle, aux niveaux atomique et moléculaire (hormonal, chimique, électrique, électrochimique…), aux niveaux cellulaire et bactérien et au niveau de chaque système organique et psycho-organique.

* Ces actions pourraient, bien sûr, être largement affinées et déclinées (si nécessaire).

 

 

Les formes énergétiques vivantes complexes perceptives complexes préconscientes

Cette catégorie pourrait être essentiellement constituée des Hommes.

 

Ces formes énergétiques pourraient être déclinées en fonction de plusieurs paramètres(1) : leur caractéristiques apparentes avec trois classes : « normal », atypique (singulier) perçu comme négatif, atypique (singulier) perçu comme positif, leur taille avec trois classes : grand/imposant, moyen, petit/chétif, leur « beauté plastique » : laid, médian, beau, leur degré d’ouverture : ouvert/accueillant, neutre, fermé/hostile, leur degré de compréhension (intelligence « réelle ») : faible, moyen, élevé et leur degré d’attention et de sensibilité « émotionnelle » spirituelle (degré d’Amour et sentiment d’Unité ressentis) avec quatre classes : faible, moyen, élevé et total auxquels on pourrait éventuellement ajouter leur « nature énergétique émotionnelle(2) » (sombre, neutre, lumineuse).

(1) Paramètres importants pour les formes perceptives qui induisent (en général) des mouvements spontanés et/ou réactifs très différents...

(2) Le degré de positivité (et d’attractivité) qu’elles dégagent (sorte d’aura et/ou de charisme) et leur capacité à influer sur la qualité et la nature des émotions et le sentiment intérieur général des individus avec lesquels elles sont en interaction. Notons également, ici, que les individus (certains individus) sont capables (plus ou moins) de capter les énergies ambiantes et environnantes et/ou les énergies provisoirement intégrées à d’autres individus (corps et/ou psychisme) pour augmenter leur puissance énergétique et l’utiliser à diverses fins (visées égotico-utilitaristes, instrumentalisantes, spirituelles…).

 

Notons que si l’on souhaite élaborer une typologie plus complexe et plus complète, nous pourrions reprendre l’ensemble ou les principaux critères des grands types psychiques (que nous avons définis dans la partie sur le psychisme) qui sont, pour mémoire, la posture/soi (très égotique/égotique/égotico-altruiste/altruisto-égotique), la posture/aux autres (libre/libro-dépendant/dépando-libre/dépendant), la posture/aux manifestations de l’Existant (satisfait/satisfo-insatisfait/insatisfo-satisfait/insatisfait), la posture/au temps et aux contenus psychiques (soucieux/anxio-relax/relaxo-soucieux/relax), la posture/au monde et à la vie (prudent/intrépido-prudent/intrépide).

 

Ces formes énergétiques sont (sans doute) chargées et/ou composées d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure »).

 

Elles sont composées :

- d’atomes et de combinaisons moléculaires* (eux-mêmes (sans doute) chargés et/ou composés d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle)

- d’éléments vivants élémentaires (essentiellement cellules et bactéries) (eux-mêmes (sans doute) chargés et/ou composés d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle et composés d’atomes et de molécules)

* Combinaisons moléculaires et cellulaires créées par complexification et sophistication des combinaisons moléculaires et cellulaires des manifestations énergétiques matérielles vivantes perceptives élémentaires (accession à la perception complexe).

 

Elles sont organisées en systèmes organiques complexes (sensoriel, circulatoire, nerveux, endocrinien, alimentaire, respiratoire, reproductif, de locomotion, de protections immunitaire et organique), en systèmes psycho-organiques complexes (émotionnel, sexuel, affectif, de protection psychique, communicatif) et en systèmes psychiques complexes (cognitif, sentiments, réflexif, représentatif, organisationnel, distractif, imaginatif, expressif, de compréhension). Toutes ces fonctions pourraient être catégorisées selon deux paramètres majeurs, un paramètre qualitatif (décliné en inexistant, faible/défaillant, normal, élevé/performant) et un paramètre quantitatif (décliné en déficitaire, en équilibre, excédentaire) et (si nécessaire) ajouter un paramètre de qualité « relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante).

 

Notons que ces formes vivantes complexes perceptives complexes préconscientes (et leurs systèmes organiques, psycho-organiques et psychiques) entretiennent naturellement, à l’état non actif, une multitude d’interactions intra et inter formelles (au sein de chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) intra et inter individuelles (au sein d’un même individu et avec une partie de l'Existant) sans doute aux niveaux de l’énergie « pure » et de l’énergie immatérielle et, indubitablement, aux niveaux atomique et moléculaire (hormonal, chimique, électrique, électrochimique…) et aux niveaux cellulaire et bactérien qu’il convient de prendre en compte.

 

Ensuite, nous pourrions établir pour chacune de ces catégories, les actions et mouvements organiques, psycho-organiques et psychiques majeurs(1) (et les actions et mouvements « psycho-conscients » et « conscients » majeurs(2) ») qu’opère chacune de ces formes vivantes complexes perceptives préconscientes : essentiellement(3) naître, voir, observer, entendre, toucher, s’alimenter, cuisiner, goûter, vomir, boire, s’enivrer, évacuer, respirer, éternuer, se moucher, sentir, se déplacer, marcher, courir, sauter, plonger, nager, danser, ramper, amener, emmener, conduire, voyager, s’habiller, se dévêtir, se loger, se chauffer, se rafraîchir, nettoyer, se laver, se reproduire, accoucher, avorter, allaiter, se soigner, se défendre, se battre, blesser, se blesser, tuer, se soumettre, se forcer, obéir, suivre, repousser, éloigner, s’éloigner, ignorer, abandonner, se préparer, s’exercer, s’entraîner, se développer et s’étendre, croître, grandir, désirer, être envieux, espérer, attendre, anticiper, se projeter, prévoir, accepter, autoriser, refuser, contrarier, interdire, être frustré, déçu, faire, faire du sport, de la musique, la gueule, l’idiot, le con, la fête, une surprise, des histoires, l’école buissonnière, allégeance, les comptes, le bilan, l'amour, la guerre, du théâtre, son cinéma, le bordel, de la prison, cavalier seul… jardiner, bricoler, s’enfermer, emprisonner, s’emprisonner, s’éreinter, s’accidenter, utiliser, ouvrir, fermer, allumer, éteindre, tirer, pousser, déplacer, enfouir, enterrer, planter, déplanter, semer, récolter, arracher, couper, abattre, cueillir, lancer, commencer, arrêter, organiser, ranger, déranger, s’organiser, se regrouper, s’isoler, dominer, instrumentaliser, abîmer, détruire, se débarrasser, se perdre, humilier, prendre soin, contrôler, maîtriser, obliger, menacer, embêter, taquiner, inquiéter, séduire, tromper, se tromper, se venger, juger, emprisonner, « s’émotionner » (émotions et sentiments), être contrarié, s’ennuyer, s’attrister, s’apeurer, s’inquiéter, s’énerver, se calmer, se désoler, regretter, se réjouir, s’enorgueillir, s’embarrasser, se désespérer, se persuader, se mentir, s’illusionner, s’abandonner, s’extasier, s’émerveiller, pleurer, rire, ironiser, se crisper, se détendre, se rassurer, aimer, tomber amoureux, détester, célébrer, gagner, perdre, se manifester, parader, se pavaner, rencontrer, accueillir, pardonner, s’excuser, embrasser, caresser, aider, secourir, encourager, consoler, donner, partager, s’attacher, échanger économiquement, payer, acheter, consommer, vendre, négocier, spéculer, s’assurer, communiquer, s’exprimer, parler, crier, chuchoter, marmonner, écouter, se moquer, questionner, mentir, penser, réfléchir, analyser, noter, exposer, apprendre, oublier, écrire, lire, calculer, se représenter, s’organiser, s’informer, créer, construire, fabriquer, transformer, travailler, se distraire, jouer, s’amuser, s’absorber, se droguer, se connecter, rêver, imaginer, s’épanouir, ressentir, comprendre, s’interroger, découvrir, pratiquer, méditer, se reposer, dormir, se dégrader, vieillir, se suicider, mourir – et évidemment beaucoup d’autres auxquels on n’a pas pensé…). Chacune de ces actions pourrait d’abord être (si nécessaire) catégorisée selon un paramètre de qualité « relationnelle » (déclinée en mauvaise/hostile, neutre/moyenne, bonne/bienveillante), puis, être déclinée en fonction des dix grands types de mouvements : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure », au niveau de l’énergie immatérielle, aux niveaux atomique et moléculaire (hormonal, chimique, électrique, électrochimique…), aux niveaux cellulaire et bactérien et au niveau de chaque système organique, psycho-organique et psychique.

(1) Voici la liste (bien sûr non exhaustive) des actions essentielles que peut entreprendre un être humain :

naître, voir, entendre, toucher, bronzer, s’alimenter, grossir, se muscler, goûter, vomir, boire, s’enivrer, évacuer respirer, fumer, s’étouffer, s’essouffler, éternuer, se moucher, sentir, voir, observer, toucher, se déplacer, marcher, courir, sauter, plonger, nager, danser, tomber, s’asseoir, se retourner, ramper, amener, emmener, conduire, voyager, s’habiller, se dévêtir, se loger, se chauffer, se rafraîchir, nettoyer, se laver, se reproduire, accoucher, avorter, allaiter, être malade, se soigner, se prémunir, se vacciner, se défendre, se battre, s’armer, blesser, poignarder, tirer au pistolet, se blesser, tuer, abattre, torturer, cogner, se cogner, se soumettre, se forcer, obéir, suivre, repousser, éloigner, s’éloigner, disparaître, ignorer, abandonner, revendiquer, s’embrigader, se barricader, se développer et s’étendre, croître, grandir, désirer, être envieux, espérer, attendre, anticiper, prévoir, accepter, autoriser, refuser, interdire, être frustré, déçu, faire, faire souffrir, du sport, de la musique, la gueule, l’idiot, le con, la fête, une surprise, des histoires, l’école buissonnière, allégeance, les comptes, le bilan, l'amour, la guerre, du théâtre, la paix, son cinéma, le bordel, de la prison, cavalier seul… jardiner, bricoler, s’enfermer, emprisonner, s’emprisonner, s’éreinter, s’accidenter, utiliser, ouvrir, fermer, allumer, éteindre, tirer, pousser, jeter, déplacer, enfouir, enterrer, planter, déplanter, semer, récolter, arracher, couper, abattre, émietter, cueillir, lancer, commencer, arrêter, organiser, ranger, déranger, coller, réparer, découvrir, recouvrir, s’organiser, se regrouper, s’isoler, dominer, instrumentaliser, abîmer, détruire, se débarrasser, se perdre, humilier, prendre soin, contrôler, maîtriser, obliger, menacer, embêter, taquiner, inquiéter, engueuler, terroriser, séduire, attirer, tromper, se tromper, se venger, juger, démentir, emprisonner, « s’émotionner » (émotions et sentiments), s’ennuyer, s’attrister, s’apeurer, s’inquiéter, s’énerver, exploser, se calmer, se désoler, regretter, se réjouir, s’enorgueillir, s’embarrasser, se désespérer, se persuader, se mentir, s’illusionner, s’abandonner, s’extasier, s’émerveiller, pleurer, rire, ironiser, se crisper, se détendre, se rassurer, aimer, tomber amoureux, détester, célébrer, gagner, perdre, se manifester, se forcer, parader, se pavaner, s’émoustiller, rencontrer, accueillir, copuler, baiser, pardonner, s’excuser, embrasser, caresser, enlacer, se pendre, aider, secourir, encourager, consoler, donner, partager, assister, s’attacher, se détacher, échanger économiquement, payer, acheter, consommer, vendre, négocier, spéculer, s’assurer, communiquer, s’exprimer, parler, crier, chuchoter, marmonner, s’égosiller, écouter, se moquer, questionner, mentir, penser, réfléchir, analyser, noter, exposer, apprendre, oublier, écrire, lire, calculer, se représenter, s’organiser, s’informer, créer, construire, fabriquer, transformer, travailler, se distraire, jouer, s’amuser, s’absorber, se droguer, se connecter, rêver, imaginer, s’épanouir, ressentir, comprendre, s’interroger, pratiquer, méditer, se reposer, dormir, se dégrader, vieillir, se suicider, mourir…

(2) Il existe peu d’actions humaines liées à la perception consciente (essentiellement : regarder et écouter(A) de façon impersonnelle et ressentir(B) ) car « vivre et habiter la Conscience » signifie, en vérité, « être »... En outre (comme nous l'avons déjà évoqué), plus la perception est consciente, moins les actes sont hostiles et réactifs… et plus ils sont fonctionnels et appropriés à la situation.

(A) Ce qui correspond globalement à méditer – de façon impersonnelle – à chaque instant (actif et non actif)...

(B) En particulier, ressentir finement les énergies...

(3) Nous avons fait figurer ici les actions humaines majeures auxquelles nous avons adjoint quelques-unes de leurs déclinaisons. Notons également qu’il conviendrait d’ajouter à chacune de ces actions (majeures) toutes les actions périphériques (ainsi, par exemple, à l’action de s’alimenter, il faudrait ajouter avoir faim, saliver, cuisiner, mettre la table, saler, poivrer, débarrasser, faire la vaisselle, essuyer la vaisselle etc etc)…

 

 

Les formes énergétiques physiques synthétiques

Cette catégorie pourrait être essentiellement constituée des fabrications humaines existantes (jusqu’à nos jours) — (naturelles(1), non naturelles(2) et mixtes(3)) élémentaires (bois, brique, céramique par exemple) et complexes (papier, livre, voiture, fusée, verre, plastique, écran tactile, ordinateur par exemple).

(1) Fabrications composées d'éléments naturels (une table par exemple).

(2) Fabrications composées d'éléments synthétiques (un arôme de synthèse par exemple).

(3) Fabrications composées d'éléments naturels et synthétiques (un couteau par exemple).

 

Ces formes énergétiques pourraient être catégorisées selon plusieurs paramètres(1) : leur usage (consommable/ingérable et non consommable/non ingérable), leur nature (passive/sans fonctionnement automatique ni appareillage de mise en marche, mixte/avec fonctionnement automatique et appareillage de mise en marche, active(2) avec occupant/mobile avec fonctionnement et appareillage de mise en marche, active(2) sans occupant/mobile avec fonctionnement et appareillage de mise en marche), leur composant principal (essentiellement, « naturel », plastique, chimique, mécanique, électrique, électronique, électromagnétique, numérique…), leur toxicité(3) (faible, moyenne, élevée), leur durabilité (courte, moyenne, longue), leur résistance (faible, moyenne, élevée) et pour les formes mixtes et actives mobiles et non mobiles (avec et sans occupant), nous pourrions ajouter quelques paramètres supplémentaires comme le degré d’activation humaine (total, élevé, mixte, faible, nul), le degré de contrôle humain en état de fonctionnement activé (total, élevé, moyen, faible, nul) et la mise en réseaux (nulle, faible, moyenne, élevée, totale).

(1) D’autres paramètres pourraient sans doute être définis de façon plus pertinente…

(2) L’avenir verra sans doute se développer, d’une incroyable façon, les formes synthétiques « intelligentes » (grâce à l’intelligence artificielle intégrée) qui se déclencheront sans activation humaine volontaire (comme aujourd’hui, l’ouverture automatique des portes, l’allumage lumineux automatique, les voitures « truffées » d’électronique, d’informatique et de numérique qui se garent et entreprennent quantité d’actions sans la moindre intervention humaine…)

(3) L’ingestion, le contact ou la proximité d’un certain nombre de ces formes synthétiques sont néfastes et/ou sources d'effets ou de mouvements potentiellement ou réellement dangereux : les effets chimiques des médicaments par exemple, les émanations (pour la colle), les ondes (pour la radio, la télévision, le smartphone, le scanner ou l’IRM). Autres exemples : la nocivité de l’amiante (pour les matériaux) et celle de la radioactivité (pour les bombes atomiques) etc etc.

 

Ces formes énergétiques sont (sans doute) chargées et/ou composées d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure »).

 

Elles sont composées :

- d’atomes et de combinaisons moléculaires* (eux-mêmes (sans doute) chargés et/ou composés d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle).

 

Et celles qui sont constituées de formes naturelles peuvent être composées d’éléments vivants élémentaires (essentiellement cellules et bactéries) (eux-mêmes (sans doute) chargés et/ou composés d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle et composés d’atomes et de molécules).

* Combinaisons moléculaires créées par combinaisons de molécules naturelles et/ou de synthèse (création de la matière synthétique).

 

Notons que ces formes énergétiques physiques synthétiques entretiennent naturellement, à l’état « non actif », une multitude d’interactions intra et inter formelles (en chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) intra et inter individuelles (au sein d’une même forme et avec une partie de l'Existant) sans doute aux niveaux de l’énergie « pure » et de l’énergie immatérielle et aux niveaux atomique et moléculaire et éventuellement (pour celles qui sont constituées de formes naturelles et/ou organiques) aux niveaux cellulaire et bactérien qu’il convient de prendre en compte.

 

Comme toutes les autres manifestations existantes, elles sont soumises à cinq grands mouvements : apparition, croissance, maturité, déclin et disparition auxquels nous ajouterons la mobilité (les déplacements). Et, pour chacun de ces mouvements, nous reprendrons les dix grands types de catégories : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure », au niveau de l’énergie immatérielle, aux niveaux atomique et moléculaire et aux niveaux cellulaire et bactérien (si nécessaire).

 

 

Les formes énergétiques immatérielles « synthétiques » idéatives et représentatives

Cette catégorie (qui nécessite, semble-t-il, un support cognitif et de stockage et/ou un support expressif et/ou communicationnel) pourrait être essentiellement constituée des créations humaines en matière de pensée, d’idée, de représentation de l’Existant, de réflexion, de savoir, de connaissance (en général, essentiellement, liée à la cognition et à la sensibilité et plus modérément aux émotions), d’expression, de rêve, de symbolisme, de communication et d’art (en général, lié à la fois à la cognition et aux émotions) — contenus et sens des langages, des paroles, des représentations mentales, des rêves, des images, contenus des livres et des œuvres d’art — qui connaissent un formidable progrès en ce début de 21ème siècle, en particulier, avec le développement des possibilités créatives (jeux vidéo*), de leurs supports de stockage et de transmission (communication de données et d’informations — sous forme de langages et d’images — essentiellement les fichiers numériques). Autrefois (il n’y a pas encore si longtemps), ces formes immatérielles nécessitaient des supports organiques ou synthétiques plus ou moins élémentaires (comme le papier, les livres etc etc).

* Le « contenu » d’un jeu vidéo est, non seulement, une forme énergétique idéative mais peut être également (et est très souvent) un monde virtuel au sein duquel peuvent exister quantité de « formes virtuelles » (des personnages par exemple) que l’on peut « prendre en main » et déplacer dans « leur univers »… Notons également, ici, que la seule différence entre un personnage virtuel de jeu vidéo, un personnage de roman et un personnage imaginaire (que l’on imagine « dans sa tête ») est leur support (le support du premier est une forme synthétique idéative (le contenu du logiciel de jeu) qui a, elle-même, un support synthétique (la console de jeux par exemple), le support du deuxième est une forme synthétique idéative (le contenu du roman) qui a, elle-même, un support synthétique (le livre — l’objet livre) et le support du troisième est une forme synthétique idéative (la pensée dans laquelle « s'insère » le personnage) qui a, elle-même, un support immatériel (le psychisme ou, du moins, la cognition) qui a, lui-même, un support organique (le cerveau)…

 

Aujourd’hui, ces formes immatérielles nécessitent (globalement) un support matériel synthétique élaboré (ordinateur, smartphone, cloud, numérique…) mais l’avenir connaîtra sans doute l’émergence, le développement substantiel, puis la généralisation de supports de plus en plus immatériels jusqu’à la probable éradication de tout support...

 

Aujourd’hui, ces formes énergétiques pourraient être catégorisées selon plusieurs paramètres(1) : leur nature (passive, mixte, active/interactive(2)), leur puissance « créatrice et/ou énergétique(3) », leur potentiel d’actualisation de la compréhension (nul, faible, moyen, élevé) et/ou leur dangerosité pour l’esprit – savoirs et compréhension – (néfaste, neutre, bénéfique), leur « nature énergétique émotionnelle(4) » (sombre, neutre, lumineuse), leur potentiel addictif (faible, moyen, élevé), leur accessibilité à un tiers avec risque d’utilisation à des fins instrumentalisantes (faible, moyenne, élevée) et la mise en réseaux (nulle, faible, moyenne, élevée, totale).

(1) Avec leur développement, leur généralisation, leur amélioration et leur sophistication probables, d’autres paramètres pourraient sans doute être définis de façon plus idoine…

(2) Nous assistons aujourd’hui à un fort développement de l’interactivité psychique et organique (participation « active » du corps et du psychisme plongé dans l’univers virtuel des jeux vidéo par exemple) mais aussi (comme nous l’avons déjà évoqué) à une interactivité grossière et illusoire comme voter avec un smartphone ou un buzzer dans des jeux télévisés ou donner l’illusion à un utilisateur de jeu vidéo ou à un « consommateur culturel » dans une installation « artistique » d’intervenir et/ou de faire des choix… Rappelons (une nouvelle fois) que l’interactivité d’une œuvre d’art ou d’un livre a toujours existé sans qu’intervienne la nécessité d’effectuer le moindre geste ou la moindre action…

(3) Les contenus (idées, pensées, textes, images...) semblent « posséder » différents degrés de puissance de « propagation » et « d’imprégnation » chez les individus « récepteurs » en influant sur eux, de façon plus ou moins forte ou marquée... Bien sûr, cette capacité ou ce « pouvoir » est aussi très dépendant(e) de la réceptivité des individus, mais il est indéniable que certaines œuvres dégagent et/ou semblent « habitées » (plus largement que les autres) par une grande force... et une grande puissance créatrice et/ou de « vérité »...

(4) Le degré de positivité qu’elles dégagent et leur capacité à influer sur la qualité et la nature des émotions et le sentiment intérieur général des individus « récepteurs »…

 

Ces formes énergétiques sont (sans doute) chargées et/ou composées d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure »).

 

Notons que ces formes énergétiques synthétiques idéatives et représentatives entretiennent peut-être, à l’état « non actif », des interactions intra et inter formelles (en chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) et probablement des interactions inter individuelles (avec une partie de l'Existant) aux niveaux de l’énergie « pure » et de l’énergie immatérielle qu’il convient de prendre en compte.

 

Comme toutes les manifestations, elles sont soumises* à cinq grands mouvements : apparition, croissance, maturité, déclin et disparition auxquels nous ajouterons la mobilité (les déplacements). Et, pour chacun de ces mouvements, nous reprendrons les dix grands types de catégories : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure » et au niveau de l’énergie immatérielle (« non pure »).

* Sans doute de façon moins tangible (que pour les formes précédentes)... en tout cas, de façon plus « subtile »...

 

 

Les formes énergétiques immatérielles « synthétiques » émotionnelles

Cette catégorie pourrait être essentiellement constituée des émotions, des sentiments et des désirs, en particulier, lorsqu'ils se trouvent en « circulation* » (autrement dit, lorsqu'ils sont « détachés » de la forme énergétique qui en est à l’origine).

* Cette catégorie semble avoir plus ou moins de pertinence selon les mouvements et les situations (on en fera donc un usage approprié). Cette catégorie supplémentaire semble valide, en particulier, si l’on « détache » ces manifestations de leur source (des formes qui en sont à l’origine) ou de leur support en faisant l’hypothèse que ces formes existent et circulent et/ou se propagent pour un temps donné (avec, en général, une durée de vie très faible, une fois « détachées » de leur source ou de leur support) et qu’elles peuvent être, elles-mêmes, à l’origine de divers mouvements énergétiques. Par exemple, une atmosphère « chargée » de colère, alors que l’individu « en colère » a quitté les lieux ou « l'atmosphère émotionnelle » d'un rêve nocturne qui continue de « flotter » au gré des énergies après que l’individu se soit levé, peut être ressentie et/ou « captée » par d’autres formes et individus... Une partie de ces manifestations énergétiques semble être créée par le psychisme (ou, du moins, par le cerveau) des formes perceptives humaines (essentiellement) et animales (parfois). Mais peuvent-elles avoir d’autres origines et être créées par d’autres formes (non humaines et non animale) ? Notre connaissance actuelle (beaucoup trop superficielle) ne permet de répondre à ces questions…

 

Ces formes énergétiques supposent un support psycho-organique source. Et pourraient être catégorisées selon leur dangerosité intra individuelle pour l’esprit (néfaste, neutre, bénéfique) et leur potentiel de dangerosité à l’égard des autres formes (faible, moyen, élevé).

 

Ces formes énergétiques sont (sans doute) chargées et/ou composées d’énergie « pure ») et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure ».

 

Notons que ces formes énergétiques synthétiques émotionnelles entretiennent peut-être, à l’état « non actif », des interactions intra et inter formelles (en chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) et intra et inter individuelles (au sein d'une même forme et avec une partie de l'Existant) aux niveaux de l’énergie « pure » et de l’énergie immatérielle qu’il convient de prendre en compte.

 

Et ces formes sont soumises à cinq grands mouvements : apparition, croissance, maturité, déclin et disparition auxquels nous ajouterons la mobilité (les déplacements). Et, pour chacun de ces mouvements, nous reprendrons les dix grands types de catégories : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure » et au niveau de l’énergie immatérielle (« non pure »).

 

 

Les formes énergétiques immatérielles actives et intelligentes

Cette catégorie pourrait être essentiellement constituée des logiciels (éventuellement des fichiers numériques*), des algorithmes, des programmes informatiques et des intelligences artificielles.

* Qui peuvent aussi ne constituer qu’un support « passif » pour les formes énergétiques immatérielles « synthétiques » idéatives et représentatives (s’ils ne sont pas « intégrés » à un logiciel) et qui pourraient donc (dans ce cas de figure) être classés dans les formes énergétiques synthétiques « immatérielles » (non actives)…

 

Dans cette catégorie, on trouve principalement les capacités analytiques, calculatoires et mnésiques des systèmes d’intelligence artificielle dont l’avenir semble très prometteur…

 

Aujourd’hui, ces formes énergétiques pourraient être catégorisées selon plusieurs paramètres(1) : leur nature (essentiellement passive, mixte, active), le degré d’activation humaine (total, élevé, mixte, faible, nul), le degré de contrôle humain en état de fonctionnement activé (total, élevé, moyen, faible, nul), leur accessibilité à un tiers avec risque d’utilisation à des fins instrumentalisantes (faible, moyenne, élevée), la mise en réseaux (nulle, faible, moyenne, élevée, totale), leur potentiel d’autonomisation(2) (faible, moyen, élevé) et leur dangerosité potentielle — en cas d’autonomisation (faible, moyenne, élevée).

(1) Avec leur développement, leur généralisation, leur amélioration et leur sophistication probables, d’autres paramètres pourraient sans doute être définis de façon plus adéquate…

(2) A l’avenir, les progrès technologiques permettront de créer des formes d’intelligence artificielle de plus en plus autonomes qui pourront (peut-être) représenter une catégorie à part entière…

 

Comme toutes les manifestations, ces formes énergétiques sont (sans doute) chargées et/ou composées d’énergie « pure » et d’énergie immatérielle (elle-même (sans doute) chargée et/ou composée d’énergie « pure » ;

 

Notons que ces formes énergétiques immatérielles actives et intelligentes entretiennent peut-être à l’état « non actif » des interactions intra et inter formelles (en chaque forme et entre toutes les formes qui les composent) et probablement des interactions inter individuelles (avec une partie de l'Existant) aux niveaux de l’énergie « pure » et de l’énergie immatérielle qu’il convient de prendre en compte.

 

Et ces formes sont soumises à cinq grands mouvements : apparition, croissance, maturité, déclin et disparition auxquels nous ajouterons la mobilité (les déplacements). Et pour chacun de ces mouvements, nous reprendrons les dix grands types de catégories : quantité nulle, quantité faible et intensité faible, quantité faible et intensité moyenne, quantité faible et intensité élevée, quantité moyenne et intensité faible, quantité moyenne et intensité moyenne, quantité moyenne et intensité élevée, quantité élevée et intensité faible, quantité élevée et intensité moyenne et quantité élevée et intensité élevée.

 

… sans omettre, bien sûr, de noter pour chaque mouvement l’ensemble des interactions intra et inter formelles intra et inter individuelles au niveau de l’énergie « pure » et au niveau de l’énergie immatérielle (« non pure »).

 

 

PETIT APARTE SUR LES INTELLIGENCES ARTIFICIELLES

 

Les risques d’appropriation et de prise de contrôle

Si l’Homme est (et ses successeurs sont) en mesure de créer à l’avenir de très puissantes et performantes intelligences artificielles, au vu des caractéristiques psychiques et humaines actuelles et des risques d’appropriation et d’instrumentalisation de cette technologie (si les comportements humains n’évoluent pas…), il serait judicieux d’envisager plusieurs hypothèses et scénarios : si cette technologie est contrôlée par une minorité (ou une majorité) éclairée, alors son utilisation a de fortes chances d’être bénéfique à la collectivité (et les risques de dérive sont faibles). Si elle est captée par des individus, des groupes ou des sociétés moyennement éclairés, il y a des chances (comme toujours) de voir fleurir à la fois des utilisations bénéfiques et de (plus ou moins) nombreux écueils. En revanche, si cette technologie « tombe » entre les mains d’individus, de groupes ou de sociétés pas ou peu éclairés, le risque est grand (sinon très probable) de voir émerger les conditions propices à une forme « d’apocalypse » avec (entre autres exemples) la (possible) domination de l’ensemble des individus — via le contrôle des systèmes d’intelligence artificielle — par une minorité malveillante et mal intentionnée…

 

 

Les risques d’autonomisation et « d’individualisation »

Tant que l’Homme ne sera pas (et ses successeurs ne seront pas) en mesure de créer des intelligences artificielles avec une capacité perceptive sensible et de distanciation (autrement dit capables de ressentir et de se voir regarder et agir…), alors il n’y a aucune raison que les intelligences artificielles (excepté leur prise de contrôle par une minorité malveillante et/ou peu éclairée) puissent accéder à une domination autonome et, encore moins, accéder à l’Être et à la Conscience. En revanche (mais l’hypothèse est très improbable — pour ne pas dire quasi impossible*), si l’Homme et ses successeurs parviennent à créer des intelligences artificielles avec une capacité perceptive sensible et de distanciation, alors ces systèmes deviendront des individus à part entière avec lesquels il faudra compter (pour le meilleur comme pour le pire selon leur degré de sensibilité et de Conscience)… Mais ne nous égarons pas (pour l’heure) dans des scénarios peu plausibles et/ou trop lointains…

* Mais peut-être l’avenir nous prouvera le contraire (avec une grande « malice »)…

 

 

L’ensemble des interactions entre les formes énergétiques

Toutes ces formes énergétiques (leurs mouvements et l’ensemble de leurs composants et de leurs charges) sont :

 

 

En interaction avec des formes énergétiques « pures » immatérielles

(et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leurs (éventuels) supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et éventuellement tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements) ;

 

 

En interaction avec des formes énergétiques immatérielles « non physiques »

(et l’ensemble de leurs mouvements) — individus du monde du Sans Forme et/ou extraterrestres, « part consciente » en cours de transmigration, mouvements énergétiques divers

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie immatérielle (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec tous leurs supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et éventuellement tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

 

En interaction avec des formes énergétiques physiques naturelles élémentaires non vivantes

(et l’ensemble de leurs mouvements) – combinaisons moléculaires gazeuses, solides et liquides…

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants atomique(s) et moléculaire(s) (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie immatérielle (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec tous leurs supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

 

En interaction avec des formes énergétiques physiques vivantes élémentaires

(et l’ensemble de leurs mouvements) – cellules, bactéries, virus…

 

En interaction avec leurs grands systèmes organiques (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants cellulaires et bactérien(ne)s (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants atomique(s) et moléculaire(s) (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie immatérielle (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec tous leurs supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

 

En interaction avec des formes énergétiques vivantes complexes perceptives élémentaires

(et l’ensemble de leurs mouvements) – insectes, animaux

 

En interaction avec leurs grands systèmes organiques et psycho-organiques (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants cellulaires et bactérien(ne)s (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants atomique(s) et moléculaire(s) (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie immatérielle (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec tous leurs supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

 

En interaction avec des formes énergétiques vivantes complexes perceptives complexes préconscientes

(et l’ensemble de leurs mouvements) – Hommes

 

En interaction avec leurs grands systèmes organiques, psycho-organiques et psychiques (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants cellulaires et bactérien(ne)s (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants atomique(s) et moléculaire(s) (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie immatérielle (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec tous leurs supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

 

En interaction avec des formes énergétiques matérielles physiques synthétiques

(et l’ensemble de leurs mouvements) – meuble, assiette, cuvette en plastique, voiture, robot, mixeur, fusée…

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants atomique(s) et moléculaire(s) (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie immatérielle (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec tous leurs supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et éventuellement tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

 

En interaction avec les formes énergétiques immatérielles « synthétiques » idéatives et représentatives

(et l’ensemble de leurs mouvements) – contenu et sens des langages, des images, des paroles, des représentations mentales, des rêves, des livres et des œuvres d’art

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie immatérielle (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec tous leurs supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et éventuellement tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

 

En interaction avec les formes énergétiques immatérielles « synthétiques » émotionnelles

(et l’ensemble de leurs mouvements) – émotions, sentiments et désirs

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie immatérielle (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec tous leurs supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et éventuellement tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

 

En interaction avec les formes immatérielles actives et intelligentes

(et l’ensemble de leurs mouvements) – logiciels, algorithmes, programmes informatiques, intelligences artificielles

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie immatérielle (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec leur(s) charge(s) et/ou leurs composants d’énergie « pure » (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

En interaction avec tous leurs supports (et l’ensemble de leurs mouvements) et avec toutes leurs charges et/ou tous leurs composants d’énergie « pure », d’énergie immatérielle (« non pure ») et éventuellement tous leurs composants atomiques, moléculaires, cellulaires et bactériens (et l’ensemble de leurs mouvements)

 

 

Comme nous avons essayé de le montrer (assez laborieusement…), toutes ces formes et ces manifestations entretiennent, sur tous les plans énergétiques, un nombre incalculable d’interactions (relations et échanges qui induisent des transformations). Et cet ahurissant et incroyable réseau de liens, d’échanges, de transformations et de mouvements permanents pourrait (bien) constituer l’ensemble de l’Existant (que l’on pourrait également appeler la structure fondamentale « du réel »).

 

… Ajoutons simplement deux remarques (dont l’une a déjà d’ailleurs été évoquée). Premier point : chaque forme est soumise, de façon permanente, à des équilibres (fragiles) et à des forces, des tensions et des déséquilibres… Deuxième point : toutes les formes et toutes les manifestations énergétiques dont le (ou les) mouvement(s) naturel(s) est (sont) contrarié(s), contraint(s) ou régulé(s)* provoquent ou induisent des tentatives de mobilité (plus ou moins) forte avec des conséquences (plus ou moins) néfastes et délétères (pour la forme elle-même et/ou son support et/ou l’environnement immédiat : les formes à proximité et/ou celles avec lesquelles elle entre en interaction…).

* Restreint(s), contenu(s), inhibé(s), freiné(s), stoppé(s), accéléré(s), exacerbé(s) etc etc.

 

Pour obtenir un aperçu (à peu près exhaustif) de l’ensemble des interactions énergétiques majeures de l’Existant, il conviendrait d’établir tous les croisements possibles entre ces différentes formes énergétiques. Nous nous y sommes attelés… et en dépit de nos catégorisations, le tableau s’est très vite révélé « monstrueux » (plusieurs centaines de pages) dans la mesure où chaque forme entretient de quelques interactions à des milliards de milliards de milliards d’interactions(1) avec les autres formes (c’est d’ailleurs à peine imaginable(2) !) … Nous avons donc abandonné l’idée, dans cette réflexion, de donner une représentation — même schématique — de la structure de l’Existant par souci de clarté (et pour éviter l’épuisement psychique…)…

(1) D’autant qu’une seule forme peut entreprendre simultanément de très nombreuses actions volontaires et non volontaires : un Homme enrhumé, par exemple, qui souffre d’un mal de dent et qui vient de subir une séance de chimiothérapie peut conduire sa voiture en pleurant tout en téléphonant à un ami, éternuer, écouter la radio et se mettre en colère en se souvenant avec tristesse de son ex-femme et entrer en collision avec un autre véhicule etc etc.

(2) Peut-être qu’un système d’intelligence artificielle serait en mesure d’organiser une telle structure… peut-être…

 

Bref, quoi qu’il en soit, ce tableau (qui reste à construire*) devra prendre en considération absolument toutes les formes énergétiques, tous les échanges, tous les mouvements et toutes les interactions énergétiques pour être en mesure de répertorier des phénomènes aussi différents que l’oxydation, les marées, les ondes hertziennes, la culpabilité, les éruptions volcaniques, le piratage informatique, la jalousie, les épidémies, la béatitude, les crachats, les intelligences artificielles en réseaux, les combats de coqs, les vents solaires, les saprophytes, les allergies, les barrages hydroélectriques, l’addiction au jeu vidéo, le mariage, la prière, la parade amoureuse de la drosophile, le vomi sur la moquette, les chouquettes, la fibre numérique et jusqu’à l’existence même de ce modeste tableau (comme tentative de représentation de l’ensemble de l’Existant) sans compter ce que l’on ignore encore (et d’aucuns diraient que cette méconnaissance est aujourd’hui colossalement abyssale…)…

* Nous avons simplement essayé, ici, d’en donner les fondements et les contours (possibles)…

 

NOTE SUPPLEMENTAIRE : afin d’avoir une idée approximative du nombre de liens réels existants, il faudrait, bien sûr, multiplier chaque forme par le nombre de formes existantes (calcul quasi impossible(1) aujourd’hui) sans compter (si j'ose dire!) la multiplication des interactions qui crée d’autres interactions(2)

(1) Donnons, à ce propos, quelques exemples triviaux : qui peut décemment connaître (avec exactitude) le nombre de cailloux, de grains de sable ou de grains de poussière existant sur Terre ? Qui peut dire combien de cellules, d’atomes, de combinaisons moléculaires ou de liaisons électriques et hormonales sont activés dans le corps d’un individu en proie à une simple émotion ? Qui peut dire combien il existe de galaxies ou de « poussières d’étoile » dans l’Univers ? Quelles que soient nos tentatives de réponse, nous serons, bien évidemment, toujours loin « du compte »…

(2) Perspective holistique qui considère (sans doute à raison) que le tout est davantage que la somme de ses parties…

 

 

NOTE « PERSONNELLE et SUBJECTIVE » (que vous pouvez passer…)

Il nous arrive parfois d’éprouver la sensation (ou même le sentiment*) que toutes ces formes appartiennent à (et baignent dans) une gigantesque « soupe » organo-matérialo énergétique… une sorte de « mélasse magmatique » dans laquelle chacun gesticule, s’agite et se débat… et où les cris ne sont souvent que des appels désespérés… et les manœuvres et les agissements de vaines tentatives pour se désengluer…

* Dans nos « mauvais jours »… ou à nos instants « grincheux »…

 

 

NOTE sur « le destin » des formes

Les innombrables interactions dans lesquelles sont impliquées (ou auxquelles sont mêlées) toutes ces formes représentent ce que l’on pourrait appeler « leur destin »… Destin constitué par tous les évènements, toutes les circonstances et toutes les situations qu’elles sont amenées à expérimenter au cours de leur (plus ou moins brève) existence. La survenance, la succession et « l’emboîtement » de ces différents évènements, situations et circonstances obéissent à des lois qui conservent leur mystère et demeurent, pour l’heure, toujours aussi « impénétrables »...

 

On pourrait simplement penser que chaque forme est (inexorablement) soumise à l’implacable et magistrale loi des causes et des effets inextricablement enchevêtrés (comme le sont, elles-mêmes, les formes énergétiques).

 

Nous pourrions dire également qu’une « part consciente » est parfois « associée » à certaines de ces formes (à cause de l’identification de la perception à la forme). Et que ce cas de figure concernerait a priori, sur Terre, essentiellement les animaux et les Hommes (mais peut-être également les « esprits » en cours de transmigration après la mort du corps…)… alors que d’autres formes ne semblent, a priori, être associées à aucune « part consciente » (comme la matière et les végétaux par exemple).

 

Concernant la première catégorie, on pourrait simplement arguer (de façon plus ou moins juste et judicieuse) qu’à travers chaque forme, la « part consciente » (qui lui est – plus ou moins – associée) expérimente exactement ce dont elle a « besoin » pour « s’éveiller » à sa véritable nature (Conscience perceptive impersonnelle)… bien qu’en vérité nous n’en sachions à peu près rien (et tout cela reste, bien sûr, très hypothétique…).

 

Quant au « destin » des formes, pourquoi certaines fleurs connaissent une destinée champêtre (et totalement naturelle) et pourquoi d’autres sont cultivées sous serre (et artificiellement) ? Pourquoi certaines sont cueillies et finissent dans un vase ? Pourquoi certaines sont fauchées, écrasées ou ingérées ? Et d’autres « s’éteignent » de leur « belle mort » ? Ainsi en est-il aussi (évidemment) des formes vivantes associées à une « part préconsciente ou consciente » (les animaux et les Hommes) qui vivent plus ou moins longtemps (avec des conditions d'existence très différentes), qui expérimentent des situations et des évènements plus ou moins heureux ou dramatiques (voire traumatisants*) et qui connaissent, elles aussi, des « destins » très variables…

* Pour le psychisme…

 

Qui est en mesure de répondre et de comprendre (réellement) les arcanes de cette gigantesque et absolument ahurissante trame d’échanges, d’interactions et de transformations énergétiques…? Bref... nous pataugeons, ici, dans les hypothèses et les incertitudes les plus grandes… à la lisière d’un ésotérisme « dangereux » et peu engageant…

 

 

NOTE SUPPLEMENTAIRE sur « le destin » des « parts conscientes »

Quant aux éventuelles « parts conscientes » qui transmigreraient après la disparition des formes (auxquelles elles semblent s’associer), nous pourrions (éventuellement) dire qu’elles obéissent soit à une logique « réincarnative » plus ou moins linéaire — liée à leur degré de compréhension et de « maturité spirituelle » — et qu'elles seraient actionnées par des forces énergétiques (dont elles sont chargées et/ou composées) telles que leurs désirs (latents et effectifs) et leur réceptivité/sensibilité à l’attractivité de certains lieux, de certaines formes et de certains domaines qui détermineraient la forme* de leur « prochaine réincarnation », soit qu'elles se retrouvent « associées » à une forme de façon aléatoire ou selon une logique qui nous demeure totalement inconnue…

* Et, sans doute, également le lieu et l'environnement de leur « prochaine réincarnation » et leurs prédispositions générales, leurs caractéristiques et tendances majeures et leur potentiel, qui seront amenés, selon les contextes et les situations, à se manifester et/ou s'actualiser (plus ou moins)...

 

Notons que la perspective de « réincarnation » plus ou moins linéaire semble avoir les faveurs des traditions spirituelles et/ou religieuses qui s’appuient sur une orientation « individualiste » des « parts conscientes » et qui fondent leurs principes sur une sorte de binarité un peu simpliste (mais peut-être vraie) de sanctions (l’enfer des religions monothéistes et le mauvais karma des bouddhistes et des hindouistes) et de récompenses (le paradis et le bon karma). Soulignons tout de même, ici, qu’en dépit de son (éventuelle) véracité, cette perspective a toujours été (plus ou moins) utilisée comme « instrument de régulation » des comportements humains afin d’assurer un « vivre ensemble » terrestre moins délétère…

 

Quant à la logique aléatoire, elle n’en parait pas moins insensée en partant du principe que les formes énergétiques (et, en particulier, les formes vivantes) sont tellement provisoires (la très grande majorité a une durée de vie relativement courte) qu’en multipliant et en « enchaînant » les « réincarnations », les éventuelles « parts conscientes » auraient tout le loisir d’avoir un aperçu et d’expérimenter l’existence de toutes les formes existantes, « passant » sans cesse de l’une à l’autre au gré des vents que d’aucuns seraient tentés de qualifier, selon leur idéologie, de cosmiques ou de karmiques…

 

Nous ne pouvons également exclure que les « parts conscientes » n’aient, en réalité, aucune existence (et qu’elles ne soient qu’une « construction mentale* »). Dans cette hypothèse, il y aurait donc (simplement) un accès « individuel » (conditionné par la forme) à la perception impersonnelle, soulignant ainsi le caractère singulier des formes et la nature impersonnelle (totalement impersonnelle) de la perception (hypothèse possible — et même probable)…

* Liée à l’identification du psychisme à la forme et une façon (comme une autre) de « se rassurer » à bon compte sur ce que les Hommes ont toujours (plus ou moins) appelé « l’Au-delà »…

 

Quoi qu’il en soit, il semblerait en vérité (et au final), au regard de notre connaissance et de notre expérience*, que seule la Conscience (impersonnelle) – autrement dit Ce qui perçoit – éprouve, ressente et expérimente les interactions, les situations et les évènements comme si la Conscience « s’amusait » à vivre de façon restrictive et limitée, à travers toutes les formes, tous les cas de figure possibles de l’Existant…

* Mais nous ne demandons, évidemment, à personne de nous croire sur parole…

 

Avant d’aborder la Conscience — l’espace perceptif — et les différentes « façons » de « l’habiter », nous ne pouvons manquer, ici, de donner un aperçu de la trame de l’Existant terrestre (de la structure du « réel ») au cours des millénaires passés et d’essayer de dessiner à gros traits la façon dont elle pourrait évoluer…

 

 

Trend historique

 

Période historique antérieure au « Big Bang(1) »

Il est possible que la structure du « réel » n’était constituée, à l’époque, que de formes énergétiques « pures » immatérielles (et, éventuellement, de formes énergétiques immatérielles « non physiques »). Notons également la possibilité qu’aient existé antérieurement (de façon encore plus lointaine) quantité d’autres formes(2) (engendrées par un cycle évolutif antérieur) aux caractéristiques soient très différentes, soit très proches de celles que nous connaissons aujourd’hui et qui auraient été amenées à disparaître… Au regard de la distance qui nous sépare de cette période, on pourrait tout imaginer…

(1) Ou au Big Bounce…

(2) Par exemple, si la perspective du Big Bounce s'avérait exacte, il est possible que des formes énergétiques « adaptées » à la phase de contraction de l'Univers aient existé...

 

 

Période historique post « Big Bang »

Il semblerait que la structure de l’Existant n’était constituée, au cours de cette période, que de trois formes majeures : les formes énergétiques « pures » immatérielles, les formes énergétiques immatérielles « non physiques » et les formes énergétiques physiques naturelles élémentaires non vivantes (toute « nouvellement » créées si l’on peut dire…).

 

 

Période historique avant l’émergence du Vivant perceptif

Cette période a vu, semble-t-il, émerger deux autres catégories de formes, les formes énergétiques physiques vivantes élémentaires et les formes énergétiques vivantes complexes non perceptives qui sont venues s’ajouter aux trois formes déjà existantes.

 

 

Période historique après l’émergence des animaux et des Hommes

Cette période a vu naître les formes énergétiques vivantes complexes perceptives élémentaires et les formes énergétiques vivantes complexes perceptives préconscientes qui ont été, toutes deux (grâce au cerveau, à la cognition et au psychisme*), à l’origine de deux autres catégories de formes énergétiques : les formes énergétiques immatérielles synthétiques émotionnelles et les formes énergétiques immatérielles synthétiques idéatives et représentatives. Quant aux formes préconscientes, elles ont également créé une troisième catégorie : les formes énergétiques physiques synthétiques.

* Même si l’Homme s’est montré, au fil des millénaires (grâce à l’actualisation de son potentiel cérébral, cognitif et psychique), éminemment plus actif, créateur et inventif en la matière…

 

 

Période historique de l’Homme « moderne »

Cette période a été détaillée dans la (longue) partie précédente. Soulignons simplement, ici, que le nombre de formes énergétiques physiques synthétiques a connu une croissance exponentielle et que les formes énergétiques immatérielles synthétiques idéatives et représentatives et les formes énergétiques immatérielles synthétiques émotionnelles se sont complexifiées et ont fait l’objet de quantité de représentations et de moult expressions grâce à la création de divers supports sans oublier, évidemment, la création d’une nouvelle catégorie de formes énergétiques (dont l’avenir semble, entre parenthèse, très prometteur) : les formes énergétiques immatérielles actives et intelligentes…

 

Récapitulons : aujourd’hui, il y a, semble-t-il, une dizaine de formes énergétiques majeures : des formes énergétiques « pures » immatérielles, des formes énergétiques immatérielles « non physiques », des formes énergétiques physiques naturelles élémentaires non vivantes, des formes énergétiques physiques vivantes élémentaires, des formes énergétiques vivantes complexes non perceptives, des formes énergétiques vivantes complexes perceptives élémentaires, des formes énergétiques vivantes complexes perceptives complexes préconscientes, des formes énergétiques physiques synthétiques, des formes énergétiques immatérielles synthétiques idéatives et représentatives, des formes énergétiques immatérielles synthétiques émotionnelles et des formes énergétiques immatérielles actives et intelligentes.

 

 

Perspectives

 

Période historique à court et moyen termes

Il est possible (voire probable) que l’on voit se développer, au cours de cette période, un très grand nombre de formes énergétiques synthétiques, de formes énergétiques « synthétiques » immatérielles et de formes énergétiques immatérielles actives et intelligentes. Cette dernière catégorie pourrait également être en mesure de créer de très nombreuses formes immatérielles idéatives et représentatives de nature « réelle » et de nature « virtuelle ». Ces entités « virtuelles » et les formes énergétiques perceptives complexes pourraient également être amenées à développer très fortement leurs interactions (quantitativement et qualitativement).

 

On pourrait également assister à une transformation progressive des formes énergétiques vivantes perceptives complexes en formes énergétiques organo-synthétiques (et, peut-être, à terme essentiellement synthétiques).

 

Comme il est possible que les formes énergétiques physiques naturelles élémentaires non vivantes, les formes énergétiques physiques vivantes élémentaires, les formes énergétiques vivantes complexes non perceptives et les formes énergétiques vivantes complexes perceptives élémentaires (toutes ou une partie d’entre elles) se voient plus ou moins radicalement transformées…

 

 

Période historique à long et très long termes

Cette période (très incertaine… faut-il le rappeler…) pourrait connaître quelques « révolutions » en matière de transformation énergétique :

 

- transformation des formes énergétiques synthétiques en formes énergétiques immatérielles (voire en formes énergétiques « pures* ») ;

- transformation des formes physiques vivantes perceptives complexes et/ou des formes vivantes perceptives organo-synthétiques en formes vivantes synthétiques et en formes vivantes immatérielles ;

- transformation des formes énergétiques physiques naturelles élémentaires non vivantes, des formes énergétiques physiques vivantes élémentaires, des formes énergétiques vivantes complexes non perceptives et des formes énergétiques vivantes complexes perceptives élémentaires en formes énergétiques organo-synthétiques, en formes synthétiques ou en formes immatérielles.

* Nouvelle génération de formes énergétiques « pures » aux caractéristiques peut-être semblables, peut-être différentes de celles des formes énergétiques « pures » existantes… dans ce dernier cas, peut-être sera-t-il alors nécessaire de créer une nouvelle catégorie que l’on pourrait appeler : les formes énergétiques immatérielles synthétiques « pures »…

 

Il est également possible que l’on assiste à une efflorescence d’univers virtuels (avec la création d’un Existant « virtuel(1) ») au sein desquels pourraient se manifester de très nombreuses interactions entre des formes énergétiques « virtuelles » et des formes « réelles ». Comme il est tout à fait possible que ces interactions se réalisent aussi sur le plan de l’Existant « réel »…. les formes « virtuelles » et les formes « réelles » seraient alors capables de « se rencontrer » (réellement et entièrement(2)) en tous lieux « réels » ou « virtuels »… Et les formes « virtuelles » pourraient même devenir si sophistiquées et autonomes (bref, devenir des individus « à part entière ») qu’elles nécessiteraient la création d’une catégorie spécifique que l’on pourrait appeler : les formes énergétiques « virtuelles » perceptives quasi sensibles…

(1) Qui pourrait même voir le jour dans le monde à court ou à moyen terme...

(2) « Corps » (ou corps immatériel) et « cerveau » (ou cerveau synthétique ou immatériel)…

 

Nous ne pouvons également exclure qu’au cours de cette période les formes énergétiques synthétiques actives et intelligentes deviennent si prépondérantes et nombreuses qu’elles se transforment radicalement au point de constituer, elles aussi, une nouvelle catégorie d’individus… que l’on pourrait (éventuellement) qualifier de formes énergétiques synthétiques perceptives quasi sensibles…

 

Notons également qu’il y a de fortes chances que les formes énergétiques immatérielles synthétiques idéatives et représentatives et les formes énergétiques immatérielles synthétiques émotionnelles connaissent de nombreuses transformations qualitatives (mais aussi quantitatives) et puissent progressivement se manifester et s’exprimer de façon totalement immatérielle (sans aucun support organique et matériel (voire sans support immatériel)…

 

Il est également possible que les formes énergétiques « pures » immatérielles et les formes énergétiques immatérielles « non physiques » livrent « leurs secrets » impulsant une communication (effective) avec toutes celles qui auraient accès à la perception…

 

Notons enfin que si les formes perceptives préconscientes et leurs successeurs — les formes perceptives conscientes* — « suivent » leur « évolution naturelle » sans rencontrer d’obstacles rédhibitoires et continuent de matérialiser leurs aspirations (en transformant l’Existant), il est possible que cette période puisse voir émerger une (ou des) forme(s) dotée(s) de caractéristiques quasiment identiques (ou identiques) à celles de la Conscience « originelle » et pourvue(s) d’une puissance créatrice aussi prodigieuse, capable(s) de Tout créer (des formes, des individus, des entités, des mondes, des plans et des univers dotés, eux-mêmes, d’un fort potentiel – que leur évolution actualiserait…).

* Organo-synthétiques, synthétiques, synthético-immatérielles et enfin immatérielles…

 

Cette possibilité pourrait alors constituer une sorte de deuxième itération* de la mise en abyme, sans doute, initiée par la Conscience « originelle »…

* A moins, bien sûr, que la Conscience ne soit, elle-même, que la résultante d’un processus de mise en abyme initié antérieurement (proposition totalement invérifiable aujourd’hui…) ou que seule la Conscience « agisse » à travers l’ensemble des formes (hypothèse fort probable), rendant ainsi invalide le principe de mise en abyme…

 

A ce propos, soulignons que cette (éventuelle) forme pourrait fort bien disposer d’une puissance créatrice plus « qualitative » que celle de la Conscience « originelle ». Qu’elle soit capable, en effet, de créer des formes énergétiques plus élaborées, aptes (plus ou moins directement) à la capacité perceptive (sans avoir recours à une longue et lente évolution comme ce fut le cas pour les créations énergétiques de la Conscience « originelle ») et qui seraient moins enclines aux interactions « corrosives » et violentes(1) comme le sont (et l’ont toujours, plus ou moins, été) les formes terrestres. Et qu’elle soit également capable de créer des plans et des univers totalement nouveaux (et inconnus) que la Conscience « originelle » n’a pas (ou n’aurait pas) été en mesure de créer elle-même(2)

(1) Notons néanmoins que l’énergie est (par nature) « puissante ». Aussi, les formes qu’elle revêt ne peuvent (en général) « échapper » à cette loi… l’énergie, quelle que soit sa forme, reste (toujours) plus ou moins susceptible de réaliser quelques « dégâts » induits par « la puissance » de son (ou ses) mouvement(s)…

(2) A moins, bien sûr, que la Conscience conduise et orchestre, outre la totalité de l’Existant, l’ensemble de ces (ses) créations à travers les formes… et qu’elle en « façonne » et en fasse « évoluer » une (et son potentiel) pour créer ces « nouveaux » plans et univers…

 

Si une telle forme advenait, que pourrions-nous en déduire ou en conclure ? Que la « tradition » se perpétue et que l’évolution « s’améliore » ? Que ce potentiel créatif et évolutif était déjà « inscrit » dans la ou les première(s) forme(s) énergétique(s) ? Que le potentiel est toujours amené à s’actualiser au fil de l’évolution ? Que la Conscience poursuit son « jeu combinatoire » grâce aux formes perceptives qui « accèdent » progressivement à « ses caractéristiques » ? Nous n’en savons évidemment rien…

 

Notons néanmoins, ici, quelques éléments qui pourraient s’avérer « problématiques » au cours de cette (éventuelle) évolution. Comment, en effet, un espace informel et infini (la Conscience « originelle ») serait-il en mesure de permettre à une forme matérielle et finie* de se transformer en une forme infinie et immatérielle et de créer, à partir d’un univers fini et formel, des espaces infinis et informels ou de créer des mondes, des plans, des espaces et des univers aux caractéristiques totalement nouvelles et inédites ? A vrai dire, Tout semble possible en matière de Conscience, d’énergie, de matière, de Vivant mais aussi (et surtout ?) en matière de virtualité…

* Une forme immatérielle capable de se régénérer sans fin n’en est, a priori, pas moins soumise au monde des formes et à la temporalité (donc à une forme de finitude même si cette dernière peut sans cesse être repoussée)…

 

D’autres questions pourraient également être soulevées : les formes et les entités créées par cette (éventuelle) forme (immatérielle) qui pourrait advenir au cours de cette période (créée, elle-même — ne l’oublions pas — par la Conscience), percevront-elles cette forme comme la « source originelle » ? Seront-elles capables de percer « les apparences » et de comprendre qu’existe une Conscience qui a créé la forme qui les a créées(1) ? Seront-elles dotées des mêmes caractéristiques que celles de la forme qui les a créées ? D’autres caractéristiques ? Et lesquelles ? Et si elles ne sont pas dotées des mêmes caractéristiques que celles de « leur forme source », chercheront-elles à les « retrouver » ? Chercheront-elles à « retrouver » d’autres caractéristiques ? Celles de la Conscience ? D’autres ? Ces formes seront-elles aussi dotées d’un potentiel créatif spectaculaire ? Pourront-elles, elles-mêmes, créer des plans, des mondes, des entités et des individus, eux-mêmes, dotés d’un potentiel et capables, eux-mêmes, de créer ? Aurions-nous « déterré » là une mise en abyme ou un « jeu combinatoire » sans fin (réellement sans fin — infini donc…) ? Dans quel dessein ? A quelles fins ? Simples jeux d’énergie et de créations orchestrés par la Conscience ? A moins peut-être, comme nous l’avons déjà évoqué(2), que les formes « agissantes » ne soient qu’une apparence… elles semblent agir et orchestrer leur propre évolution et celui de l’Existant mais ne pourraient être (en réalité) « actionnées » que par la Conscience « originelle(3) » qui, à travers les formes — toutes les formes perceptives(4) (leurs capacités et leur potentiel), agit et façonne l’ensemble de l’Existant(5) et son évolution… Tant de questions… sans réponse évidemment…

(1) Notons que les Hommes jusqu’à aujourd’hui sont incapables, eux-mêmes, de savoir si la Conscience perçue comme « originelle » est la source première ou si elle n’est que la résultante d’une « entité antérieure »…

(2) Et cette hypothèse semble fort probable…

(3) Comme si (en vérité), seule la Conscience (« originelle ») non seulement vivait, expérimentait et éprouvait les situations (à travers les milliards de milliards de formes existantes), mais était également « à la manœuvre » dans toutes les actions, toutes les édifications, toutes les transformations et toutes les évolutions de l’Existant (et de l’ensemble de ses formes)…

(4) Comme si les formes non perceptives évoluaient essentiellement selon les lois énergétiques qui les régissent et en fonction de leur potentiel « initial » (« insufflé » — sans doute — par la Conscience) mais sans que la Conscience soit en mesure par la suite « d’agir » sur elles… « l’obligeant » ainsi à créer des formes perceptives (et donc à attendre que la transformation des formes puisse permettre à certaines d’entre elles d’accéder à la perception…) pour être en mesure de les « actionner » et de les orienter directement via « la sphère perceptive » pour « diriger », « conduire » et « piloter » l’ensemble de l’Existant…

(5) Les formes perceptives et non perceptives.

 

Soulignons néanmoins ici que, quelles que soient les formes énergétiques (leurs combinaisons, leurs interactions et la nature de ces interactions), l’espace de Conscience demeure à la fois indissociable de ces formes (Unité entre Ce qui perçoit et ce qui est perçu — pas d’Existant, pas de conscience de l’Existant sans espace de perception…) et totalement « étranger », complètement « à l’extérieur » et « en dehors » de cet enchevêtrement, de ce magma ou de ce chaos énergétique (donc jamais « dégradé », jamais altéré ni endommagé par ce qu’Il perçoit et ce qui le traverse…).

 

 

Commentaires et remarques

Après ce rapide panorama (kaléidoscopique ? Non, pas vraiment…), il semblerait que la trame fondamentale du « réel » se soit considérablement (et tout simplement) élargie et complexifiée au fil de l’évolution des formes terrestres. Et qu’elle pourrait à l’avenir, comme nous l’avons rapidement évoqué, s’élargir et se complexifier plus encore (avec, entre autres exemples, la création de « l'Existant virtuel » et la transformation du synthétique en « immatériel »)… Rien ne laisse pourtant penser qu’elle ait fondamentalement changé (ou changera fondamentalement) de structure comme si toute nouvelle combinaison énergétique et/ou toute nouvelle forme énergétique et/ou tout nouveau plan et nouvel univers ne constituaient (en réalité) que des éléments additionnels… comme s’ils élargissaient et « alourdissaient » simplement la trame initiale en s’y greffant et en multipliant (souvent extraordinairement) le nombre d’interactions, les enchevêtrements et les possibilités combinatoires avec les formes énergétiques existantes…

 

Voir ANNEXE 9 (panorama général de la Conscience et de l'Existant – synthèse)

 

Notons ici que la trame initiale ne semble composée (à l’origine et, sans doute même, de toute éternité) que de formes énergétiques immatérielles « pures » (et, peut-être éventuellement, de formes énergétiques immatérielles « non physiques »… à dire vrai, on n’en sait rien…)

 

Dans cette hypothèse, nous pouvons dire que la trame peut être amenée à s’appauvrir ou à s’enrichir, à se simplifier ou à se complexifier (à loisir et à foison…), mais qu’elle demeure ontologiquement énergie (et combinaisons d’énergie)… Sa version élémentaire (avec, sans doute, peu de formes énergétiques, peu de plans et d’univers) ou sa version complexifiée (avec un grand — ou très grand — nombre de catégories de formes énergétiques, de plans et d’univers), au gré des cycles, des évolutions, des constructions et des destructions, n'a, semble-t-il, aucune conséquence sur sa structure fondamentale. On pourrait même penser que la version qu'elle adopte et les configurations qu'elle instaure relèvent (à bien des égards) de l'anecdote (ou de la quasi anecdote(1)(2)). Aussi, la disparition des espèces (dont l’espèce humaine(3)), la fin du monde, la fin des mondes, l’éradication du Vivant, le développement des univers virtuels, les dégradations diverses et multiples que connaissent et subissent quantité de formes énergétiques ne pourraient constituer que des épiphénomènes sans grande envergure, sans grande importance ni grande conséquence... D’ailleurs, il est fort probable que cette trame élémentaire ait déjà connu de très multiples versions depuis des temps immémoriaux et connaîtra à l’avenir — jusqu’à l’impossible fin des temps(4) — quantité d’autres versions… au gré des « créations » de la Conscience (qui, n’en doutons pas, est à l’origine de toutes ces constructions(5)) et au fil, bien entendu, des innombrables combinaisons énergétiques (et de leur évolution)…

(1) Ces éléments, à nos yeux, prépondérants nous ont incités à ne pas développer (inutilement) la mise en perspective temporelle et « historique » de la trame de l’Existant…

(2) Quelques mots sur la virtualité, domaine qui semble ouvrir le « champ des possibles » par sa capacité à créer des espaces et des univers que les individus peuvent intégrer et au sein desquels ils sont en mesure de se déplacer (à travers, par exemple, un personnage virtuel). Notons, à ce propos, que même si une forme perceptive « réelle » était amenée à intégrer complètement (corps et cerveau) un univers virtuel et/ou qu’une forme « virtuelle » était capable de se matérialiser (et nous ne parlons pas ici, bien sûr, du cosplay) et d’intégrer l’Existant « réel », cette perspective augmenterait, certes, les possibilités de déplacement et d’interactions mais ne modifierait en rien, semble-t-il, la structure de la trame de l’Existant…

(3) A laquelle les Hommes sont (pour le moins) attachés et qu’ils considèrent (en général ou très souvent), outre comme « la panacée » universelle*, le « bien » (dans les deux sens du terme) le plus précieux (reconnaissons néanmoins que, d’un certain point de vue, et qu’à certains égards, ils n’ont pas complètement tort…)…

* Oui, encore notre (incontrôlable) manie à « périssologuer »…

(4) Rappelons que l’énergie (l’énergie « pure ») est inépuisable et n’est, a priori, soumise à aucune temporalité… Seules les formes qu’elle revêt le sont (toutes sont soumises, en effet, à la disparition et à la temporalité)…

(5) Dans cette analyse, voilà sans doute notre seule orientation idéologique… n’avons-nous pas d’ailleurs débuté cette longue réflexion par la Conscience ? Mais avouez-le (si vous avez lu attentivement ces pages), cette « idéologie », excepté d’infimes points « de détail », n’a jamais orienté, encombré ou entravé le déroulement factuel de l’évolution des formes terrestres que nous avons exposée ligne après ligne…

 

Après cet exposé de la structure du « réel » (ou, du moins, après ce vague aperçu de la trame de l’Existant), abordons sans tarder (nous nous sommes suffisamment attardés en route…) l’espace perceptif de la Conscience…

 

 

LA PERCEPTION (AU MOINS SIX « FACONS » MAJEURES « D'HABITER* » L'ESPACE DE CONSCIENCE)

* Ou (au choix(1)) différentes façons pour la Conscience « d’habiter » le regard (humain) ou la capacité perceptive(2) humaine…

(1) Selon que l’on adopte le « point de vue » humain (et à hauteur d’Homme) ou le « point de vue » de la Conscience…

(2) Selon (essentiellement et a priori) les capacités cognitives des individus, leur degré de sensibilité et leur degré d’encombrement (psychique)…

 

Comme nous l’avons plus ou moins laissé entendre (tantôt de façon assez explicite, tantôt en filigrane) au cours de cette longue réflexion et abordé (de façon succincte) dans les paragraphes consacrés au cheminement spirituel, il semblerait qu’il n’y ait qu’une Conscience (impersonnelle et perçue comme « originelle ») qui peut « simplement » être « habitée » de plusieurs façons. De façon schématique, pour les êtres humains, il semblerait qu’il en existe essentiellement six…

 

Soulignons, ici, que ces six « façons » principales « d’habiter » l’espace de Conscience se manifestent sur le plan individuel quels que soient l’époque, le contexte culturel et religieux et le type de société dans lesquels s’inscrit l’individu (et quels que soient son éducation, ses savoirs et ses conditions d’existence…).

 

Notons néanmoins que certaines conditions peuvent s’avérer plus propices (ou favorables) au processus « d’élargissement » (« habiter » la Conscience de façon plus large…) mais aucune condition phénoménale n’est nécessaire et ne peut garantir l’actualisation effective de ce processus… seule une maturité (ou une maturation naturelle) de l’esprit est, semble-t-il, indispensable. Soulignons également que cette maturation constitue probablement l’élément central qui permet le « franchissement » (plus ou moins) progressif des différentes « étapes » vers la Pleine Conscience…

 

Notons enfin que certaines périodes historiques (selon — essentiellement — « leur place » dans l’histoire(1)) voient émerger un nombre plus ou moins élevé d’individus engagés dans ce processus « d’élargissement ». Au cours de certaines époques historiques, il est fort probable qu’il n’existe aucune forme perceptive(2) (et donc, aucun être engagé dans ce processus « d’élargissement ») alors que d’autres voient fleurir un nombre très conséquent de formes engagées dans cette évolution perceptive(3) et/ou l’ayant « achevée »…

(1) Périodes où existent des formes (ou des êtres) suffisamment sophistiquées pour accéder à la perception ou, mieux encore, à une perception « élaborée »)…

(2) Période post « Big Bang » et période terrestre avant l’émergence du Vivant perceptif par exemple…

(3) Période des ères de la Conscience mineure et de la Conscience majeure par exemple…

 

 

Inexistante ou quasi inexistante (totale ignorance — quasi « pure » inconscience)

Dans ce cas de figure, le psychisme est omnipotent et l’identification à la forme (au corps) est totale. La perception est ici extrêmement restreinte. Elle ne dépend globalement que des capacités sensorielles organiques et est utilisée exclusivement à des fins utilitaires et de survie de l’organisme auquel la perception (psychique) s’est identifiée. Elle est éminemment centrée sur l’individu qui n’entre « en contact » et n’entretient des relations avec les autres formes qu’afin de satisfaire ses propres besoins et désirs. Elle se montre plus ou moins incapable d’empathie et ne peut reconnaître l’altérité (chez les êtres humains en particulier) qu’à condition d’y voir un « instrument personnel bénéfique »…

 

Les relations sont essentiellement gouvernées par les rapports de force, l’attaque ou la fuite, la domination, la soumission ou l’indifférence. L’éducation et l’apprentissage des règles de cohabitation et de « respect » avec les (et à l'égard des) autres individus (congénères et autres formes) peuvent se montrer plus ou moins efficaces et permettre d’inhiber ou de restreindre très superficiellement la dimension très fortement autocentrée et instinctive…

 

En matière de compréhension et de sensibilité (compréhension sensible), les individus semblent éminemment « limités » et leurs domaines « de préoccupation » se cantonnent, en général, à comprendre les formes et domaines de l’Existant potentiellement ou réellement dangereux et celles et ceux susceptibles de leur être favorables ou agréables…

 

Et la plupart du temps, il n’y a rien d’autre… Ainsi vit la très grande majorité des animaux et des Hommes depuis les débuts de l’humanité. Et une part conséquente des individus aujourd’hui…

 

 

Très restreinte (quasi-totale ignorance)

Dans ce cas de figure, le psychisme est prédominant et l’identification à la forme (au corps) est quasi-totale. Ce type de perception est très proche de celui de la catégorie précédente. Les différences ont sans doute essentiellement trait à la présence (à des degrés très faibles) de certaines caractéristiques de la Conscience (respect, altruisme, besoin de compréhension élémentaire…). L’individu, toujours très fortement autocentré, parvient néanmoins à faire « la part des choses » et est en mesure de prendre assez superficiellement l’Autre (les autres) en considération, à y prêter attention, à en prendre soin, à partager et à donner même si la composante égotique reste essentielle. Cette prise en considération de l’altérité est d’autant plus forte avec ceux que l’individu considère comme essentiels, importants et proches de lui (et, plus encore, ceux qu’il considère comme « une extension » de lui-même, sa progéniture par exemple). Plus les cercles concentriques s’éloignent de l'individu, moins celui-ci est enclin à les considérer et à « faire attention » à eux…

 

L’individu reste néanmoins relativement sujet à la « manipulation » (ou, du moins, à l’instrumentalisation)… Ainsi, si les personnes et les êtres alentour (ceux qui constituent « son » monde) ne lui procurent ou ne lui offrent pas ce qu’il attend (très souvent) en retour de sa « considération », il manifeste, de façon quasi systématique, des réactions violentes (liées à la frustration) et/ou des changements comportementaux stratégiques afin d’obtenir satisfaction (en essayant, par exemple, de « transformer » la personne ou en la quittant pour en trouver une plus « satisfaisante »…). L’Autre reste encore substantiellement pour les individus de cette catégorie (consciemment ou non) un moyen de parvenir à leurs fins…

 

L’éducation et l’apprentissage des règles de cohabitation et de « respect » sont plus aisés que pour les individus de la catégorie précédente mais ils demeurent très fortement sujets aux masques et aux déguisements (comportementaux). Et ils ont tendance, généralement, à montrer la part la plus « reluisante » et la plus « aimable » d’eux-mêmes et à dissimuler leurs dimensions et leurs comportements jugés par eux-mêmes, mais le plus souvent par la communauté ou la société, comme « vils », égoïstes ou répréhensibles… les contraignant, plus ou moins, à « jouer » à un « double jeu » permanent…

 

En matière de compréhension et de sensibilité (compréhension sensible), les individus de cette catégorie semblent un peu moins « restreints » que ceux de la précédente catégorie et leurs domaines « de préoccupation » bien qu’ils concernent (le plus souvent) à connaître ce qui leur est néfaste ou bénéfique, peuvent les amener à s’interroger, à « réfléchir » et à essayer d’avoir une idée (en général, assez floue et peu approfondie) sur l’Existant (souvent par simple « curiosité intellectuelle ») et sur les notions de « bien et de mal », de « bon et de mauvais », de « normal et d’anormal »… afin essentiellement de trouver un sens ou du sens à ce qu’ils vivent et perçoivent… La compréhension s’arrête, le plus souvent, à de vagues et superficiels concepts mi-intellectuels mi-intuitifs et à des représentations mentales, très largement influencés par leurs expériences de vie, l’éducation et les valeurs en vigueur dans la société, qui sont reprises « à bon compte » sans juger bon ni nécessaire d’en éprouver la valeur ou la véracité… Quant à la perception, elle est, en général, assez superficielle et ne « dépasse » pas le plus souvent « le visible », « le proche » et « l’apparent » et le « déjà connu »…

 

Ainsi semble vivre une grande part des Hommes contemporains…

 

 

Restreinte (quasi-totale ignorance)

Dans ce cas de figure, le psychisme est prédominant et l’identification à la forme (au corps) est quasi-totale avec néanmoins un élément supplémentaire absolument fondamental chez les individus : la prise de conscience de « leur » ignorance. Cette catégorie est relativement proche de la précédente. Et les différences majeures concernent essentiellement, outre la prise de conscience de l’ignorance, celle de l’étroitesse de perception et de compréhension et des limites imposées par la perception psychique.

 

 

Cette façon « d’habiter » l’espace de Conscience semble globalement correspondre aux individus en quête existentielle(1) et/ou engagés (plus ou moins) dans les deux premières étapes(2) d’un cheminement spirituel (que nous avons abordé dans les paragraphes consacrés à la spiritualité)… Les individus de cette catégorie cherchent (en général) plus profondément un sens et une signification... Ils ne peuvent (le plus souvent) se contenter des « vérités toutes faites » qu’on leur a inculquées... Ils deviennent plus sensibles aux formes de l’Existant. Et s’interrogent (très souvent) sur l’incroyable « bazar » que constitue « le réel »… et/ou sur le « pourquoi » des inégalités et des disparités entre les êtres… ils « fouillent » autant qu’ils en sont capables, cherchent en eux-mêmes et autour d’eux (partout où cela est possible, dans les livres, chez les « sages », les philosophes, dans les religions, dans les traditions spirituelles...). Leur besoin de compréhension peut même devenir prépondérant (au regard des autres besoins) et bien qu’ils demeurent des êtres égotiques, ils « supportent » mal ce qu’ils jugent comme des « injustices ». Ils font (très souvent) preuve de générosité et se montrent altruistes « relativement gratuitement » (sans comprendre que les autres continuent d’adopter des comportements instinctifs et « égoïstes »). Ils essayent de comprendre et (en général) n’y parviennent pas…

(1) Voir le paragraphe consacré à la quête existentielle dans la rubrique LE PLAN REPRESENTATIF INTELLECTUEL.

(2) L’avant-chemin et les pas sur le chemin spirituel « personnel ».

 

Ils s’attachent parfois à réorganiser leur existence autour de quelques idées, de quelques principes ou de quelques préceptes. Certains persévèrent sur « cette voie » (qui semble leur offrir une réponse plus ou moins satisfaisante) en essayant cahin-caha de donner un sens à « ce qui leur échappe »… D’autres ne peuvent se contenter de croyances, de dogmes et de « vérités » qu’ils ne sont pas encore en mesure de ressentir « réellement »… et de vivre « pleinement »… ils aspirent à vivre « la vérité » en cette vie, maintenant… mais rien ne semble pouvoir les orienter ni leur offrir de réponse satisfaisante… Où qu’ils se tournent, l’ignorance semble totale... Ils voient le mensonge et la duperie des fausses « solutions » mais ignorent encore où se « cache la vérité »… Ils se sentent (bien souvent) démunis et fragiles. Misérables, seuls et incompris… et peuvent être amenés à vivre une (ou des) période(s) âpre(s) et douloureuse(s) où la perception psychique et l’existence deviennent très « inconfortables »… où la « vérité » introuvable obsède… mais où rien (absolument rien) n’est en mesure d’apaiser leurs tourments…

 

 

Partielle (Conscience mineure)

Dans ce cas de figure, il existe à la fois une identification partielle du psychisme à la forme et une ouverture partielle à la Conscience. On pourrait dire que cette catégorie inaugure une sorte « d’entrée réelle » (et effective) dans la Conscience(1). Et correspond (plus ou moins) à la troisième étape du cheminement spirituel (que nous avons abordé dans les paragraphes consacrés à la spiritualité) et aux première et deuxième étapes du cheminement vers l’Eveil tel que l’expose la tradition du bouddhisme theravada(2) (et que nous reprenons ici tant cette perspective nous semble juste et pertinente) : « l’entrée dans le courant » (de l’impersonnalité) et « revenir encore ».

(1) Rappelons néanmoins que toute perception sensible est Conscience. Et que toute perception sensible ne peut jamais se situer hors de la Conscience. Cette « étape » semble plutôt constituer une prise de conscience (si j’ose dire !) que le regard est et a toujours été « cette » Conscience…

(2) Précisons une nouvelle fois que nous n’appartenons à aucune école ni à aucune tradition…

 

L’espace de Conscience est « habité » pour la première fois plus profondément (et plus largement) et l’individu est « immergé » pour une durée (souvent provisoire) dans l’impersonnalité. L’identification à la forme est « vue » comme illusoire et une simple caractéristique psychique. Mais cette entrée dans la Conscience impersonnelle, vécue très souvent comme une béatitude, une Paix, un Silence, une Plénitude et un Amour absolus qui amènent à une compréhension directe « des choses », n’est pas définitive. Les individus finissent par « redescendre » et « retrouver » leur espace psychique « habituel » (toujours plus ou moins restreint, rigide et limité…).

 

Certes, les illusions, les peurs, les croyances, les idées, les représentations et les idéologies les plus grossières n’ont plus cours (elles se sont globalement dissoutes…) mais peuvent subsister encore de profondes (et parfois conséquentes) parts résiduelles d’identification à la forme avec son lot de schémas comportementaux (toujours plus ou moins délétères). Les individus ont « compris » que la volonté personnelle est « inutile », illusoire et impropre à une « réelle » transformation, qu’il est vain de « se débattre » et nécessaire de laisser les « choses » suivre leur cours, de laisser la transformation se réaliser à son rythme…

 

La perception oscille (très souvent) entre l’espace psychique (perception restreinte, encombrée de représentations mentales et identifiée à la forme) et l’espace de Conscience impersonnel (perception plus large et plus désencombrée, non identifiée à la forme) avec d’incessants allers et retours au cours desquels l’individu se laisse prendre et « happer » par ce qui vient et se présente… Les caractéristiques « individuelles » sont laissées à leurs élans naturels. La vie globalement se simplifie mais peuvent néanmoins persister ou se manifester des problèmes qui « conservent leur caractère problématique »… Problèmes qu’il convient d’affronter jusqu’à leur totale et entière acceptation (et compréhension) pour les voir naturellement disparaître... L’individu est ainsi (plus ou moins) ponctuellement ou régulièrement amené à « se frotter » (et/ou à se confronter) à des situations et à des thématiques « encore sensibles*» qu’il doit « accueillir » et laisser se résoudre « seules » (elles aussi) sans fuir ni qu’intervienne la moindre volition…

* Notons que chaque individu est confronté, au cours de ce processus « d’élargissement », à un nombre de difficultés variable dans certains domaines spécifiques (liées, en grande partie, à l’histoire « personnelle ») qui n’ont pas encore été totalement « vues et comprises », ni pleinement et inconditionnellement « accueillies »… et qui continuent (et continueront) de se manifester jusqu’à leur totale acceptation et compréhension…

 

En dépit de ces quelques « face-à-face » inévitables et de ces « éclaircissements » nécessaires, la compréhension s’approfondit, s’élargit et s’affine… le respect de l’Existant devient naturel et spontané, les individus ne cherchent plus à montrer (ou à prouver) « quoi que ce soit », ni à dissimuler « quoi que ce soit »… ils sont « ce qu’ils sont »… et bien souvent, ils entretiennent des relations avec leurs congénères et avec l’Existant plus vraies, plus authentiques, plus franches et sans attente.

 

L’utilitarisme, l’instrumentalisation, les saisies « habituelles » et « naturelles » du psychisme et l’essentiel des comportements délétères n’ont (globalement) plus cours… Les incessantes questions et le besoin de comprendre (si vif autrefois..) se sont « volatilisés »… Ce qui a été vécu les a pulvérisés… et ne reste rien sauf « la vie qui va et qui vient » avec ses hauts, ses bas et ses cycles perpétuels… et cette Présence impersonnelle dans laquelle tout s’insère… Est ce qui est… et le reste n’a plus guère d’importance… tout est si important. Et, à la fois, si dérisoire…

 

Les individus ne pensent plus, ou pensent moins… le ressenti devient prépondérant (ressentis corporels, ressentis et vibrations énergétiques…). Les choses, le monde, les autres ne sont plus totalement « pensés » (comme nous l’avons déjà évoqué, les représentations les plus grossières n’ont plus cours), ils sont ressentis… et ces éléments initient un début d’ « accès direct » à l’Existant (sans passer par le psychisme et l’intellect). Les individus sont moins enclins à faire, ils sont… et font ce qui est nécessaire selon les exigences des situations… ils ne cherchent rien… ils savent qu’il n’y a rien à chercher… rien à trouver… que tout est déjà là… qu’il n’y a, en vérité, que Conscience, que Ce qui perçoit et d’incessants mouvements d’énergie qui s’inscrivent dans cet espace de perception…

 

 

Large (Conscience majeure)

Dans ce cas de figure, il existe à la fois des résidus subtils d’identification du psychisme à la forme et une ouverture large à la Conscience. Cette catégorie initie « l’entrée définitive » dans la Conscience (sans retour possible dans l’espace psychique). Et correspond, plus ou moins, à la quatrième étape du cheminement spirituel (que nous avons abordé dans les paragraphes consacrés à la spiritualité) et aux troisième et quatrième étapes du cheminement vers l’Eveil tel que l’expose la tradition du bouddhisme theravada : « le non-retour » et « le grand Eveil ». L’espace de Conscience est « habité » profondément et largement... et l’individu est « immergé », de façon quasi permanente et de de façon stable (sans oscillation avec l’espace psychique), dans l’impersonnalité.

 

Comme nous l’avons déjà évoqué dans les paragraphes consacrés au cheminement spirituel, rappelons que nous n’avons pas (jusqu’à présent) réellement expérimenté cette « façon d’habiter » la Conscience à l’exception de quelques rares, timides et très fugaces « percées » dans l’Unité… Ce que nous exposons ici correspond donc (ni plus ni moins) aux idées que nous nous faisons à propos de cette « façon » d’habiter la Conscience et tire son origine de certaines lectures et de certaines rencontres…

 

De façon succincte et synthétique, nous pourrions dire que la compréhension directe et la sensibilité deviennent profondes, larges et fines… et qu’hormis la persistance éventuelle de quelques traces égotiques et identificatoires subtiles, l’individu « baigne » dans un incommensurable espace de Paix, d’Amour, de Joie et d’Intelligence. Les comportements égotiques et délétères deviennent inexistants… L’Être s’incarne quasi parfaitement à chaque instant. L’identification à la personnalité et aux caractéristiques individuelles n’a plus cours… la mort « du personnage » est effective et avérée… Et les êtres « pleinement éveillés », « pleinement réalisés » (qui ont réalisé et actualisé leur « nature profonde véritable ») rayonnent de façon plus ou moins puissante et deviennent « des instruments d’accompagnement » dans la compréhension et le cheminement spirituel des individus qui les approchent… A « leurs yeux », Tout est Unité et Amour (et Tout est ainsi vécu…). Tout est vu pour ce qu’il est et accueilli…

 

Chez les Hommes, de tels êtres sont rares (voire exceptionnellement rares). On y trouve probablement quasi exclusivement les « maîtres spirituels » – quelle que soit leur tradition – dont la « réalisation » est incontestable... et parmi eux, seule une poignée, sans doute, parvient au « grand Eveil », les très très « grands maîtres »…

 

 

Pleine et entière (Conscience totale)

Dans ce cas de figure, il n’existe plus aucun résidu d’identification du psychisme à la forme. Cette configuration est sans doute rarissime. Et correspond à la cinquième étape du cheminement spirituel (que nous avons abordé dans les paragraphes consacrés à la spiritualité). Avouons-le sans détour, de cette catégorie (possible), nous ne savons rien… peut-être même est-elle inaccessible à un être humain… En effet, il semblerait que même les très « grands maîtres » spirituels conservent, à leur insu, d’infimes et de très subtiles traces égotiques et identificatoires (tant la puissance du psychisme a enkysté, dans l’esprit des Hommes, certains schémas mentaux…). Nous pourrions même imaginer que seuls les grands et très grands « maîtres spirituels » puissent « accéder » à cette catégorie à l’instant de leur « mort physique » (avec la disparition du corps)… sans doute deviennent-ils alors « pure et Pleine Conscience », Amour et Intelligence absolus…

 

 

De façon générale, nous pourrions dire que plus l’espace de Conscience est « habité » largement, moins la perception s’identifie à la forme et moins elle est parcellaire. Et plus elle devient large, fine et profonde... De façon analogue, plus l’espace de Conscience est « habité » largement, plus la compréhension devient directe (sans l’intermédiaire de la pensée et de l’intellect), tranchante (avec accroissement du pouvoir de discrimination entre « réalité » et illusion), globale et emplie d’Amour et de bienveillance. Et plus l’espace, l’Existant et la Vie sont « habités » dans la Paix, l’Amour et l’Intelligence de façon pleine, entière, silencieuse et immobile…

 

 

Eh bien ! Nous voilà enfin arrivés à l’ultime paragraphe et à l’ultime étape de notre analyse… Après avoir essayé de dérouler cette réflexion aussi loin, aussi largement et aussi profondément qu’il nous a été possible (au regard de nos savoirs et de notre compréhension encore parcellaires et lacunaires…), à ce stade (terminal), nous décidons de jeter l’éponge… et si d’autres cerveaux aspirent à reprendre le flambeau (modeste flambeau évidemment), nos encouragements les accompagnent… cette dernière rubrique signe pour nous, et non sans soulagement, la fin (définitive) de cette longue (très longue) réflexion…

 

Mais avant de tirer un trait (absolument) irrévocable, essayons-nous néanmoins à une brève synthèse générale…

 

 

 

Chapitre 9 SYNTHESE GENERALE SIMPLIFIEE

 

Avant d’établir cette synthèse générale, tentons d'abord de récapituler (brièvement) les principaux éléments* que cette analyse a mis en évidence :

* Quelques-uns ont d’ailleurs été (pour nous) des découvertes et/ou ont (du moins) permis de clarifier certaines thématiques qui demeuraient relativement nébuleuses avant le déroulement de cette réflexion…

 

- l’évolution progressive des formes énergétiques terrestres ;

 

- l’émergence de la perception élémentaire chez l’animal et de la perception préconsciente chez l’Homme ;

 

- l’identification du psychique à la forme (au corps) ;

 

- l’inscription du psychisme (dès ses origines) dans une perspective égotique de type utilitariste visant (essentiellement) à satisfaire les besoins ressentis ;

 

- l’essentiel des besoins et des désirs humains et la totalité des domaines où ils se manifestent : alimentation, santé, hygiène (beauté et bien-être), vêtement, logement, tâches et confort domestiques, énergie, transports, défense et protection organique et matérielle, reproduction, défense et protection psychique, relations, sexualité et affection, communication, information, distraction, expression, art, imagination, savoirs, connaissance, travail, argent, administration et spiritualité ;

 

- la dimension « secondaire* » de l’argent, du travail et de l’administration ;

* En dépit de leur place centrale dans la vie des individus et l’organisation des sociétés, ils ont, en effet, été créés secondairement à seule fin de répondre aux caractéristiques psychiques humaines et au fonctionnement sociétal…

 

- la « manière* » dont le psychisme tente de satisfaire l’ensemble des besoins et des désirs ;

* De façon sécurisée et permanente et de façon aussi rapide, simple, confortable et intelligente que possible et en assurant l’amélioration des réponses (leur fabrication, leur accès et leur utilisation) en matière de rapidité, de simplicité, de durabilité, de sécurité, de confort et de possibilités nouvelles… (avec amélioration continue de l’amélioration – cycle infini…) ;

 

- le rôle essentiel des désirs narcissiques et des fantasmes (les désirs sous-jacents) dans la « façon de satisfaire » les besoins organiques, matériels et psychiques élémentaires ;

 

- la création (possible) de différents kits pour répondre à l’ensemble des besoins et leur évolution vers le synthétique, le chimique et l’immatériel ;

 

- les modes de fonctionnement principaux du psychisme ;

 

- le psychisme comme espace perceptif traversé (de façon quasi continue) par de très nombreux mouvements énergétiques provisoires : essentiellement les manifestations de l’Existant, les sensations, les représentations mentales et les émotions (et sentiments) ;

 

- la prépondérance de la zone de confort, la puissance des désirs et des peurs et l’omnipotence des représentations mentales dans le fonctionnement psychique ;

 

- la dimension « limitée » de l’espace psychique et sa très forte propension à « la saisie » ;

 

- l’origine principale des frustrations, de la dépendance, de l’attachement et des comportements délétères* ;

* Que nous avons qualifiés de délétères…

 

- la puissance créatrice du psychisme à l’origine de nombreuses formes, de nombreux domaines et de nombreux plans (tels que le désir, le plan émotionnel, le plan réalisationnel actif (les réponses aux besoins et aux désirs ressentis par le psychisme), le plan représentatif intellectuel (les représentations imaginaires et langagières de l’Existant et de l’existence), le plan spirituel (la compréhension sensible de l’Existant et de l’existence) et la société humaine ;

 

- le psychisme comme facteur déterminant et central dans « la marche du monde » et l’évolution des formes terrestres (et leur devenir) ;

 

- le modèle sociétal comme reflet (quasi parfait) du psychisme ;

 

- les « fondamentaux » de la société humaine ;

 

- les quatre types d’organisations nécessaires pour assurer le fonctionnement sociétal : les organisations politique, judiciaire (au sens large) et économique et l’organisation de la défense territoriale et des relations extérieures ;

 

- le glissement progressif de la violence de la sphère biologique vers la sphère économique ;

 

- l’Homme comme première forme terrestre à pouvoir transformer l’Existant et à avoir un impact sur son évolution (en fonction des orientations choisies). Première forme également capable de créer un système qui régit l’organisation, les échanges et l’existence des individus, capable de prendre en considération les « aspirations » des formes humaines et non humaines (en matière de confort, de satisfaction et de bien-être) et capable d’assurer « la défense et la protection » des formes vulnérables et « fragiles » (ou fragilisées) ;

 

- le point de bascule que constitue l’Homme « moderne » sur les plans énergétique et perceptif ;

 

- les principales étapes du cheminement spirituel (humain) ;

 

- la dimension « naturelle » de la spiritualité qui obéit à un processus logique et « cohérent » et s’inscrit dans l’ordre des choses (tant sur le plan individuel que collectif) ;

 

- l’évolution des formes terrestres, des individus et des sociétés et leur inscription (possible) dans une « logique historique » sur le plan matériel (processus tendant vers l’immatérialité, l’autonomie et la liberté absolues) et sur le plan de la compréhension et de la perception (processus visant à « retrouver » les caractéristiques de la – Pleine – Conscience…) ;

 

- la similitude (quasi parfaite) entre le processus d’évolution individuelle et le processus d’évolution collective (avec des étapes de cheminement progressif – de la matérialité et de la « liberté phénoménale » vers l’intériorité et la spiritualité – et les différentes phases du cheminement spirituel) ;

 

- la démocratie et le capitalisme comme « étapes » nécessaires sur le plan collectif pour que les Hommes prennent conscience que le « bonheur matériel » et la « liberté phénoménale » ne peuvent être porteurs de Paix, de Joie et de Plénitude-Complétude (caractéristiques tant recherchées par les individus et les peuples) ;

 

- la spiritualité (authentique) comme socle fondamental et base incontournable sur lesquels s’édifiera l’avenir des individus, des sociétés et du monde terrestre ;

 

- l’avenir probablement sombre et chaotique de la planète sans l’avènement d’une spiritualité et d’un modèle sociétal solidaire et respectueux ;

 

- l’importance déterminante des ères – que nous avons qualifiées – de Conscience mineure et de Conscience majeure dans l’avenir de l’humanité et du monde ;

 

- la transformation (incessante) du modèle sociétal dominant jusqu’à l’éradication progressive de toute organisation sociétale : du tribalisme (primitif) au communautarisme « clanique » ou traditionnel (élémentaire), du communautarisme « clanique » ou traditionnel (élémentaire) au communautarisme géographique ou social (« élaboré »), du communautarisme géographique ou social (« élaboré ») à l’individualisme libéral, productiviste et consumériste. De l’individualisme libéral, productiviste et consumériste à la solidarité (globale) respectueuse et spirituelle. De la solidarité (globale) respectueuse et spirituelle au « vivre ensemble » créatif, libre et révérenciel. Et du « vivre ensemble » créatif, libre et révérenciel à la « parfaite Unité-unicité autonome » ;

 

- le respect progressif de l’ensemble de l’Existant ;

 

- les défis (techniques) et les enjeux (éthiques) liés aux systèmes d’intelligence artificielle, à la transformation de l’Homme (corps et cerveau) et à l’intégration de la « sensibilité » au synthétique ;

 

- l’impossibilité de donner une idée « raisonnable » de l’évolution et du devenir des intelligences artificielles et la façon dont elles seront « instrumentalisées » ;

 

- l’impossibilité* de déterminer, de façon raisonnée, « raisonnable » ou rationnelle, « la vérité » ou la logique (ou même quelques lois) sur le « destin » des formes, l’imbrication des différents évènements et situations dans lesquels elles sont « impliquées », l’existence éventuelle de « parts conscientes » et la logique de leur possible processus de transmigration ;

* Et il fallait, bien sûr, s’y attendre… si cet élément avait été démontrable par la raison et l’intellect, la Vie n’aurait pas attendu cette (modeste) analyse pour le montrer...

 

- la structure (possible) du « réel » ou la trame (fondamentale) de l’Existant et les différentes formes (apparentes) qu’elle a pu et pourrait revêtir (au cours de son évolution passée et à venir) ;

 

- quelques lois basiques sur l’énergie, les formes énergétiques et la perception et sur les liens entre l’énergie (les formes, la matière et le Vivant) et la compréhension, la sensibilité et la perception ;

 

- l’existence d’une seule Conscience* et les différentes possibilités (ou manières) « d’habiter* » l’espace perceptif pour (et par) les êtres humains.

* Notons que cette analyse a moins mis en évidence « ces faits » qu’elle ne les a « décrétés »… Ces éléments semblent relativement évidents au regard de notre expérience, de nos ressentis, de nos intuitions et de notre connaissance... Et cette absence de (ou cette incapacité à fournir une) « démonstration intellectuelle ou rationnelle » vient corroborer ce que nous avons évoqué précédemment : ce domaine (la compréhension sensible de l’existence et de l’Existant) ne peut être révélé par l’intellect ni démontré par l’argumentation mais seulement, semble-t-il, par l’expérimentation directe et le vécu (« intérieurs »).

 

 

Venons-en, à présent, à notre synthèse générale…

 

De façon (ultra) synthétique, nous pourrions dire, au terme de cette longue réflexion, que la Conscience est un espace perceptif sensible unique qui peut être « habité(1) » de plusieurs façons. Ces différentes manières « d’habiter » la perception(2) sont largement conditionnées par les caractéristiques des formes dotées de capacités perceptives.

(1) Ou (selon le « point de vue ») qui « habite » les formes perceptives de plusieurs façons…

(2) D’une perception éminemment restreinte à une perception globale et complète…

 

Au sein de cet espace s’inscrit, de façon permanente, l’Existant qui se compose d’une infinité (au sens littéral) de formes, de mouvements, de transformations et d’échanges énergétiques. Et, les formes* ont beau entretenir une multitude d’interactions, effectuer pléthore d’échanges et subir quantité de transformations en s’imaginant vivre et expérimenter les situations, les évènements et les circonstances (à titre individuel), il est très probable qu’elles ne soient, en dépit des apparences, que de simples jouets soumis aux jeux énergétiques… de simples marionnettes qui ne vivent, n’éprouvent et n’expérimentent absolument rien… Il semblerait, en effet, que seule la Conscience perçoive, vive, éprouve, ressente, expérimente et comprenne, à travers toutes les formes existantes et toutes les situations, l’ensemble de l’Existant.

* Formes auxquelles s’identifie, bien souvent, la perception (via le psychisme) chez les animaux et les êtres humains…

 

Cette réflexion a également montré qu’au fil de l’évolution de l’Existant terrestre, une partie de l’énergie « pure » (l’énergie « originelle » ?) s’est progressivement transformée en matière, une partie de la matière s’est transformée en « organique » (le Vivant), une partie du Vivant a eu accès à la perception et s’est très progressivement complexifiée au point de donner naissance à l’Homme, forme dotée, pour la première fois dans l’histoire de la planète, d’un potentiel de compréhension et de transformation totalement inédit… A ce titre, l’Homme semble une sorte de point de bascule et/ou de retournement dans l’évolution terrestre tant sur le plan de la perception (et de la compréhension sensible) que sur le plan énergétique. Ainsi, l’Homme est la première forme qui s’inscrit dans un lent mais perpétuel élargissement pour « retrouver » la perception « originelle » et la compréhension globale et faire advenir les caractéristiques de la Conscience sur le plan phénoménal. Et il est également la première forme qui soit à l’origine d’une lente et progressive transformation de l’Existant, poussé inexorablement à transformer la matière naturelle et organique en (matière) synthétique, puis à transformer le synthétique en immatériel (en énergie « pure »).

 

… comme si la Conscience « originelle » (espace sans forme, infini et atemporel) « s’amusait » (peut-être) à voir émerger et se façonner lentement et progressivement sur Terre une forme ou des formes — les Hommes et leurs descendants trans-humains et/ou post-humains — qui seraient « encouragées » (à leur insu), au fil de leur évolution, à « retrouver » ses propres caractéristiques (sur un plan fini et temporel)… en leur enjoignant de franchir les nombreuses étapes vers la liberté et l’autonomie totales mais en ne leur « autorisant » à accroître leurs capacités de création, de fabrication (au sens large) et de transformation qu’au fil d’une intégration progressive et réelle d’un degré de compréhension sensible et d’un degré « d’Intelligence et d’Amour » suffisant*, sans savoir (d’ailleurs) si elles (et à travers elles, Elle-même) y parviendront mais en leur « exhortant » sans cesse à dépasser leurs limites pour s’en approcher…

* Sans doute (comme nous l'avons déjà évoqué) pour éviter de substantielles dérives…

 

Achevons enfin notre synthèse en soulignant que quel que soit le nombre de formes, de plans et d’univers existants* et quels que soient leurs interactions, leur potentiel et leur évolution, il semblerait que la structure du « réel » ou la « trame fondamentale » de l’Existant demeure inchangée… Elle reste, en dépit de toutes les créations et de toutes les destructions, de « simples » combinaisons énergétiques… qui ne peuvent jamais (absolument jamais), quels que soient leur puissance, leurs mouvements et leurs conséquences, détériorer ou entacher l’espace de Conscience…

* Créés au sein de l’Existant…

 

 

 

CONCLUSION GENERALE

 

Achevons notre réflexion par ces quelques mots… La Vie et l’Existant ne semblent, en réalité, qu’un gigantesque jeu — violent et merveilleux — et une permanente célébration… A hauteur d’Homme, peut-être pourrions-nous penser que nous nous apprenons les uns les autres (et, bien souvent, à notre insu) à mieux les regarder et à mieux les vivre. A mieux les comprendre et à mieux les aimer… mais sur le plan de la Conscience, tout ce « cirque » — aimable ou corrosif — semble (presque) sans importance… Est-ce qui est… et ce qui est n’altère jamais Le Regard…

 

Ainsi donc pourraient être la Conscience et l’énergie. Et à travers la compréhension, nous apprenons peu à peu ce que nous sommes… A charge pour nous de le découvrir (réellement) « de l’intérieur »… et de le « vivre » et de le « goûter » profondément (autant qu’il nous est possible…) à chaque instant… dans l’éternelle Présence…

 

… en espérant simplement que ces quelques pages y auront modestement contribué…

 

 

 

ANNEXES*

 

ANNEXE 1 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 1

ANNEXE 2 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 2

ANNEXE 3 : l'Homme et le psychisme, créateurs de différents plans

ANNEXE 4 : le plan réalisationnel actif

ANNEXE 5 : le plan représentatif intellectuel

ANNEXE 6 : l'organisation générale de l’Existant contemporain

ANNEXE 7 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 3

ANNEXE 8 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – partie 4

ANNEXE 9 : panorama général de la Conscience et de l'Existant – synthèse

 

* Les annexes, peu adaptées à la lecture sur écran, figurent néanmoins dans la version numérique.

 

15 août 2021

Carnet n°265 Au jour le jour

Décembre 2020

Ni effort – ni sacrifice – ce qu’imposent les circonstances – le corps – le monde – l’influence des étoiles – les limites de la psyché – la nécessité du vide et du silence – les impératifs (non négociables) de la solitude – ce dont nous avons (viscéralement) besoin – ce qu’il nous faut goûter – éprouver – expérimenter – exactement…

 

 

Le poème – comme une prière lancée sans intention – vers le plus proche – le plus lointain ; entre le cri – le chant – le silence ; quelque chose sans destinataire – sans destination ; un geste naturel et gratuit ; presque rien – en somme…

Un peu d’espace – comme un courant invisible au-dessus des têtes…

Ni signe – ni sens – une langue présente – une manière d’être là – disponible – discret – attentif ; une façon, peut-être, de révéler – et de célébrer – l’humanité – en nous…

De l’encre sur le papier et l’incommensurable qui s’offre à l’âme…

 

 

Rien ne nous attend ; nous n’attendons rien…

L’espace – seulement – sans personne…

La solitude et la joie – notre sort – à présent ; si différent de ces (longues) années passées dans le noir – avec le masque de la tristesse collé sur le visage – le cœur recouvert de mille voiles – longs et épais – et l’ignorance en strates au fond de l’esprit – en deçà de toute possibilité de savoir – de découvrir l’autre versant du réel – derrière l’absence…

Nous et le monde – dans l’obscurité de ceux qui s’imaginent pauvres et mortels…

Nous et le monde – prisonniers des idées et des images des Autres…

Et nous – aujourd’hui – à la périphérie du monde humain – étroit – si commun – au seuil d’une plus large perspective – d’un horizon et d’une manière d’être au-delà de l’homme – peut-être…

 

*

 

La nuit alentour – au-dedans – au-devant du monde – qui recouvre, peu à peu, le ciel – qui devient, de proche en proche, les visages – les âmes – la parole – ce que chacun finit par être – et échanger avec les Autres – sans même y penser – sans même en avoir conscience…

Le noir jusque dans les profondeurs les plus reculées du cœur…

 

 

Le ciel – à travers les Autres – qui, tantôt, nous bouscule – qui, tantôt, nous accueille…

Sans direction – mille soustractions nécessaires – seulement ; ni récompense – ni punition – une intelligence – une sensibilité – à découvrir – à faire éclore – en dessous du feu…

 

 

Muet – devant le langage qui nous invente ; des traces particulières – nous dit-on…

Ainsi les hommes aiment se persuader de leur consistance – de la véracité de leur existence : peu (très peu) savent que rien n’existe – eux – pas davantage que le monde – que les Autres…

Un peu d’air vaguement rassemblé – vaguement agrégé ; un peu d’air qui s’agite – que les vents et les circonstances précipitent un peu plus loin ; de vie en vie – dans le même vide…

 

 

Une fenêtre à la place des questions d’autrefois…

Du silence et de l’immensité là où, naguère, les mots et le bavardage se cognaient dans l’espace trop étroit de la tête…

Parfois – des larmes – entre joie et tristesse (presque toujours)…

Quelque chose de vif – de tendre – d’attentif…

Quelque chose qui n’appartient ni au monde – ni à la psyché ; extra-terrestre – littéralement…

 

 

Des taches d’encre sur la page – comme des taches de doigts sur une vitre – incongrues – déplacées – comme des salissures sur la fenêtre du monde – un peu d’opacité supplémentaire – rien (trop souvent) qui n’aiguise – qui n’éclaircisse – la vision – le regard…

Un voile sur le réel – comme un obstacle (presque) rédhibitoire à la contemplation…

 

 

A tâtons dans le noir – la dévastation – quelque chose de (presque) imprononçable pour l’innocence ; les deux jambes coupées – nos lignes suspendues à un fil – au-dessus du monde-abîme – comme un funambule invité en pays hostile – pressé de reprendre, dès que possible, sa marche mesurée – de retrouver ses hauteurs et son envergure…

 

 

Rien – sur l’autel du langage – un peu d’encre – un peu de sueur ou de bave – des signes – des mots – toutes les fables inventées par les hommes…

De simples histoires – rien, jamais, de réel…

Et, pourtant, le sens fait toujours trembler le monde ; il célèbre ou crucifie – et l’on en fait, encore un peu partout, un outil de propagande – une arme de persuasion…

 

 

On offre – on sert – on se prête aux usages nécessaires ; jamais l’on n’exploite – jamais l’on n’instrumentalise…

Outil ancillaire plutôt qu’acteur décisionnaire et tyrannique…

Plus conscience sensible que (exclusivement) doté des attributs humains ordinaires…

(Très) singulière manière d’être – parmi les hommes…

 

 

Ce qui se renouvelle – en nous – l’invisible – l’intangible – ce dont si peu ont conscience…

La nuit comme le jour…

Le rêve – la ruse – les instincts ; et le reste moins (beaucoup moins) désespérant ; la tendresse – l’intelligence – la lucidité…

Vivant(s) – sans effort…

Le réel – au-delà du labyrinthe inventé – sans géographie – sans cartographie – inconnu – toujours – inexplorable – que l’on découvre et que l’on oublie le pas suivant ; le lieu de l’émerveillement – le chemin du non-apprentissage ; le regard sans mémoire qui, sans cesse, perçoit pour la première fois…

L’une des plus belles manières d’exister – peut-être…

 

*

 

Les hommes – le temps – emmurés dans le désastre – l’impossibilité ; les chemins du devenir – de catastrophe en catastrophe – presque rien – en somme – sinon l’impossibilité de l’affranchissement…

Quelques tours – douloureux (et désespérants – le plus souvent) – au cœur de l’invisible…

 

 

L’indicible – Dieu – sous nos masques – qui interroge – qui dénude l’esprit – tout ce qui doit l’être…

En soi – sans jamais prendre les Autres à témoin…

Dans l’âpreté des exercices solitaires – ce qui s’impose à notre volonté (si l’on peut dire)…

Des portes qui s’ouvrent sur l’immensité ; un périmètre qui, peu à peu, découvre – et dévoile – son étendue…

 

 

Des seuils – la vie qui s’affaisse – avec la pensée – le monde – les ombres – tout ce qui paraît trop perceptible – trop évident…

L’abîme qui modèle l’œil et le temps – les figures jointes du ciel et du geste – dans chaque parole…

La terre – comme un autel où se joue, à chaque instant, le plus sacré…

 

 

Le manque – l’inachevé ; tout ce qui – en nous – nécessite un peu d’attention…

Et le langage qui s’érige à la manière des tours – de forteresses inattaquables – construites sur le sable ; illusions d’existence – de puissance et de hauteur (de vue) – qui n’impressionnent que les yeux des enfants (trop) obéissants – à la curiosité défaillante…

 

 

D’un geste d’oiseau – sans (jamais) s’appesantir – en un éclair – comme la vie et la mort – de passage seulement – à peine une trace dans le ciel – pas même un envol – pas même un voyage – le plus bref disparaissant avec discrétion…

 

 

De passage – sur la pierre – comme tous les esprits voués (momentanément) à la malédiction terrestre…

Ni enfer – ni paradis – pas même le purgatoire…

Le temps (plus ou moins long) du sommeil…

 

 

En d’autres lieux que le monde – là où le rêve demeure étranger – là où la mémoire a été bannie – là où le rêve et la mémoire se sont effondrés à force de vide – sur ce chemin qui, sans cesse, retourne à l’origine – l’oubli en tête – au milieu de la matrice – partout délocalisée…

Sans embarras – l’être dans sa plus grande innocence et le cœur nu (et à vif)…

Là où l’on nous a posé(s) – sur le rebord d’une immense fenêtre – aux marges du monde – derrière les apparences bien rangées – au cœur du désordre – du chaos plein l’âme et la bouche…

Aux angles perdus de la raison – là où nul ne penserait à venir nous chercher…

L’âme au centre de l’univers – adossé au vide – dans l’immensité que nous sommes ; et le monde – et les choses – les visages et les idées – toutes les fulgurances qui nous traversent…

Ici – présent – sans excès – sans le moindre débordement – la parole sur sa sente sacrée – la plus naturelle à nos yeux – et, sans doute, la plus hermétique et la plus incompréhensible aux yeux des Autres…

 

 

La douleur cloutée sous le front – avec cet embarras à vivre devant toutes ces bêtes mourantes sur le sol jonché de corps et de sang – sous la mainmise des hommes ; tous ces pas qui piétinent – toutes ces mains rouges – toutes ces intentions sanguinaires…

D’un côté – l’hystérie de la faim – jusqu’à la folie ; et de l’autre – la chair et les âmes blessées – infiniment tristes – et inguérissables – sans doute…

 

*

 

De la rencontre – saisissante – entre figures aimantes – alliées – comme une aubaine…

Un parcours de l’enfance revisité – de mort en mort – à travers mille vies successives – ce qui nous hante – cette longue étreinte – cette part du cœur amoureux que l’on partage…

Ni promesse – ni reconstitution – l’identité des profondeurs reconnue – l’œuvre commune – ce qui nous attend après le lot d’épreuves et de catastrophes nécessaires…

Une voie – une chance – ravivées par l’Amour…

Ce qui – en nous – se renouvelle – au milieu des habitudes et des répétitions quotidiennes…

Le dispositif du rayonnement – réajusté sans inquiétude – au gré des visages – des circonstances – des possibilités…

Le plus poétique de ce monde – sans aucun doute – au cœur des emboîtements d’usage – des alliances réalisées par crainte ou ambition – comme une résonance malgré la laideur – les instincts – les excès de la volonté humaine – toute la cruauté dont nous sommes capables…

La beauté de cette – de notre – présence – parmi tant de certitudes – de limites – d’imperfections…

Là – sans désir – sans impatience – terrain vierge de toutes les traversées – ce qui s’impose – sans obscurité – ce qui s’efface d’un seul geste – ce qui s’oublie sans nostalgie – ce qui s’invite encore et encore – à la manière de l’aube sur la terre – un sourire – un peu de lumière sur notre effroi – notre misère – comme un repère – un refuge – sur ces rives tristes et trop pressées…

Le jour – tel un sillon dans la nuit – un fanal au fond de l’abîme – ce qui pourrait nous sauver de l’espérance et des tourments – malgré cette ronde (sans fin) de malheurs…

 

 

Couchés dans l’immensité – la tête à l’envers – les joues rouges à force de rire – frères d’une seule fratrie – dans cette marche – tantôt horizontale – tantôt verticale – souvent crépusculaire – ensemble jusqu’à Dieu – et au-delà – comme des enfants sous le regard tendre de leur mère – la joie de se parcourir – de cheminer, peu à peu, vers soi – dans cette respiration de la distance qui enchaîne, de manière ininterrompue, les éloignements et les rapprochements – comme un souffle divin au cœur de la chair – sur notre si terrestre chemin…

 

 

Le plus précieux – parmi les immondices – contrairement aux objets de contrebande – que l’on expose et que l’on s’échange comme des choses de grand intérêt…

L’esprit écorné par les apparences et la cécité…

Le règne – toujours triomphant – de la bêtise…

 

 

Ce que l’on a peint – malicieusement – sur nos yeux – pour que nous ne puissions voir que les traits du monde les plus grossiers – le plus tangible – la forme la plus apparente des choses…

Comme de l’eau jetée dans un fleuve – de la terre lancée sur le sol – un linceul qui envelopperait la mort…

Quelque chose d’un peu inutile (et d’un peu ridicule) – qui nous fait, parfois, froncer les sourcils d’un air (légèrement) méprisant…

La beauté et la poésie – le parfum de la sagesse – comme mille caresses sur la tête de soldats casqués – comme un arc-en-ciel offert à une foule aveugle…

De la tourmente dans nos yeux trop vifs…

Une porte ouverte sur l’invisible – l’immensité méconnue…

Assis – dans l’attente – sur le seuil de tous les horizons – de toutes les perspectives – de tous les possibles – pour longtemps – peut-être…

 

*

  

Dans le regard – le jour qui s’efface – la promesse qui s’éloigne – la sagesse amoindrie – comme une faiblesse de l’âme – passagère peut-être – durable – on ne sait pas…

D’un espace à l’autre – sur un chemin étrange – au cœur d’un voyage à la destination imprécise – les pas lourds – la tristesse sous les paupières – et l’inquiétude comme une seconde peau…

Le silence épais dans la poitrine – le souffle court – suffocant…

Comme aspiré au fond d’un gouffre – au cœur de la vacuité première – peut-être…

Entre angoisse et confusion – ce va-et-vient dans l’inconnu – la vastitude d’un nom et d’un monde oubliés…

Du vide – du sable – et ces oiseaux étranges dans la tête – ivres de ce soleil disparu…

L’effroi – l’errance – l’immensité – sans échappée possible…

Quelques traces dont seule la poussière se souviendra…

Notre parfaite absence…

 

 

Le temps et le langage – si étrangers à la poésie – comme éloignés des rives les plus habitables – les plus délicates – les plus sensibles – les plus propices à la beauté – comme le monde – en somme – l’âme encore plongée dans le rêve et la grossièreté…

Ce qui passe, parfois, au-dessus de la pensée des sages – l’invisible – le silence – l’enfance reconnue – l’enfance retrouvée ; notre ambition à tous…

 

 

(Presque) toujours – résultat d’un calcul – instrument stratégique d’une intention – moyen d’une fin délibérée ou inconsciente…

Sans l’Autre – le monde oublié – le cœur libre – l’esprit affranchi de la crainte et du conflit – des rêves (trop communs) de grandeur et de conquête…

L’innocence ancillaire et la main attentive – prêtes à tous les usages…

 

 

Une fenêtre dans le jour – ce qui nous accompagne – sans la moindre explication – sans obscure raison…

Une ouverture parfaite – dans tous les lieux où nous nous trouvons…

Un peu d’enfance – au cœur du regard – malgré le temps qui passe…

Cette poésie des marges qui, parfois, porte à la grâce – à l’éternité…

 

 

Un temple – très ancien – dont on a oublié le nom – dont les rites et les divinités ont été abandonnés …

De la joie et du rire – à présent…

Des lignes – une parole – comme des oiseaux nés du rêve qui chercheraient à témoigner du réel…

Le monde – en soi – sans ruse – sans magie – sans tourment…

Le temps qui se dissout entre les tempes…

La tête dans les derniers échos des bruits des siècles…

L’âme et la main généreuses – (entièrement) offertes…

Le cœur sans destinée – sans usage – attentif…

Notre peau – contiguë à celle de tous les Autres…

Le même œil qui, peu à peu, s’élargit…

Dieu détruisant tous nos édifices – tous nos sanctuaires de pierre et de papier – et laissant couler sur nos lèvres assoiffées l’eau première – l’innocence – la virginité…

Le réenchantement de la terre et du vide…

 

*

 

Au fond de l’enfance – notre frémissement – ce chuchotement du monde devant la beauté – le parfum de l’invisible – notre discernement face à la nuit – face aux Autres encore enténébrés – dans le chaos de leur cacophonie – le vertige de la bêtise triomphante – quelque chose comme une brume – une forme sans contour – avec des fantômes qui errent autour de la source – de leur origine – l’âme à feu et à sang – comme la terre – le sommeil logé au fond de l’abîme – en ces lieux sans lumière – comme cachés dans les recoins du monde les plus reculés – trop (bien trop) lointains pour être embrassés par l’Amour – le cœur et les mains endurcis par trop de misères successives…

Le noir – partout – presque inguérissable – la couleur du rêve – de tous les rêves des pauvres hommes – des pauvres bêtes – le vide contaminé…

Le règne manifeste – absolu – de l’absence…

 

 

Rien qu’une parole – vaste – profonde – lumineuse – née des profondeurs de l’âme – et composée (essentiellement) de silence ; la seule substance nécessaire pour que le langage soit recevable – entendable – réel – mais, malheureusement – trop souvent, incompris…

 

 

Par-delà le jour – les éclipses du cœur – l’âme exilée – l’hiver du monde – l’impossibilité du poème..

Nous – nu(s) – errant – dansant – nous aventurant – sur aucun socle – assis, en quelque sorte, devant toutes les portes fermées…

Le sentier de son propre visage – pas même accessible…

Le lointain qui s’approche – qui s’obstine – qui nous entoure – qui nous pénètre – devenu(s) étranger(s) à nous-même(s) – la figure en friche – l’obscurité malheureuse qui nous envahit…

Le vide inhabité ; notre seule géographie – sans doute…

 

 

Les yeux ouverts – devant nous – mais clos au-dedans – comme une cécité – une infirmité métaphysique ; Dieu – l’essence du monde – imperceptibles par les hommes – oubliés peut-être…

Le cœur assoupi – avec ce goût de terre dans la bouche – comme un embourbement (quasi) ontologique – un étouffement progressif et programmé…

 

 

Rien – de nulle part – vers ailleurs – un peu plus loin – comment le savoir – dans le vide – déjà perdu – déjà englouti – déjà sauvé – éternellement indemne (sans doute)…

Et cette encre qui sort de notre bouche – qui dégouline en signes sur la page – comme si nous débordions d’un silence légèrement corrompu – comme si quelque chose, en nous, s’acharnait à vouloir se transformer en substance terrestre – en liqueur consommable par les hommes…

 

 

Les yeux très proches du cercle – comme le cœur – près du regard – cet infini et l’envergure du point – si dense – comme une force brute – inépuisable – intarissable…

L’immensité et l’énergie – cette double nature – comme un espace vivant – une présence, parfois, habitée – parfois, désertée…

Du vide – abandonné à lui-même – le plus souvent…

 

 

Notre part de colère et notre part de rire ; notre contribution aux querelles – à la joie – à la mort – au printemps – dans notre chambre – sur tous les champs de bataille – sur l’entière surface du monde – au-dedans – parmi nous – au fond de la solitude – dans la compagnie des Autres…

Au centre et aux marges du cercle – de tous les cercles – ici et ailleurs – jusqu’au plus lointain – au-delà du connu – au-delà même des confins…

Dieu – que nous sommes – immenses – multiples – dérisoires – et notre cœur impossible à résumer – à restreindre – à localiser…

 

*

 

La parole glacée – comme des portes – des bras – qui se refusent – qui se referment – le visage impassible – le cœur absent – un déficit de tendresse comme un gouffre noir – une béance dans laquelle n’existe aucune altérité…

Des noms – des corps – des objets – au milieu du monde – avec, partout, des territoires à conquérir – des choses à acquérir – des titres à obtenir…

Nous – et dans nos coffres – ce que nous avons pillé – tous nos trésors – ce qui nous rassure – ce dont nous pouvons jouir…

Nous – si nombreux – si communs – face à ceux qui n’ont rien – une main – un regard – seulement – tendu(e) vers notre indifférence – implorant notre cœur sans âme…

 

 

Dans l’intervalle d’un Autre – plus lointain – presque étranger – comme une île abandonnée au milieu des jours – au milieu du temps…

Un sourire sur notre soif – le monde qui se dérobe…

Dans le cœur – l’immensité recouverte – la parole retranchée – le chemin circulaire…

Ce qui constitue une histoire – presque un poème – que l’on déposera, un jour, sur le sable – entre deux pierres – près d’un arbre sur lequel viendront se percher des oiseaux imaginaires…

Notre vie – notre monde – en ruines…

Des cendres à la place des flammes…

Le ciel brumeux – le ciel crépusculaire…

Nos dernières heures – sans doute…

Comme ces fleurs minuscules couchées par l’hiver…

 

 

Devant les ombres descendues – le front incliné – ce que pèse notre âme – dans l’obéissance forcée (dans l’obéissance artificielle) ; et sa manière de s’élever – de s’élargir – devant la lumière – au cœur de cette liberté fidèle au réel – à l’envergure du ciel – accordée aux circonstances – au cours des choses – aux exigences du monde…

 

 

Tout ce bleu tissé sous la peau…

La couleur dominante – de plus en plus…

Du ciel dans le geste – le pas presque infini – la parole bien plus vaste que la bouche et la tête – née des courants qui circulent au-dessus du monde – entre la source et la source – au cœur de ces va-et-vient permanents – de ces étranges circonvolutions – par-delà les apparences – par-delà la mort et les existences…

Le visage – le sang – l’espoir – à même la poussière…

Et le regard – très en deçà – très au-delà – capable d’adoucir tous les hurlements – toutes les douleurs…

Au cœur du silence et de l’immobilité – l’Amour suffisant pour tout endurer…

Le soleil en tête – comme sur nos lignes – les tremblements et les craintes éclairés…

Ce qui marche – ce qui tombe – et ce que l’on rattrape – de temps en temps…

Notre langue – à travers les murailles – qui perce partout – dans l’opacité – des fenêtres…

A jouir – presque indifféremment – de tout ce qui nous frôle – de la bêtise ou de la drôlerie des spectacles donnés pour personne…

Nous – sur le seuil d’un autre monde ; le cœur et l’esprit – vides…

La chair – la faim et l’intention – déjà rongées (en partie) par l’épuisement du désir…

 

*

 

L’enfance inconnue – à la dérive – comme ces fleurs que l’on jette, parfois, dans les fleuves sacrés – allant avec les eaux avant d’être englouties…

Le souffle – l’élan puis, la mort…

Telle une roue dans la boue et le brouillard – à travers les saisons et les paysages – sous le soleil et la neige – solidaire de l’attelage – sous les yeux parfois émerveillés – parfois indifférents – de la foule…

 

 

Au cœur de la forêt – comme si notre vie existait – parmi les jours – entre la soif et la lumière – présent – à l’ombre du monde – à l’ombre des hommes – sous le feuillage des grands arbres – à l’abri des hauteurs…

Comme notre parole et nos pages – déchiffrable(s) seulement par ceux qui ont l’âme sensible et attentive…

 

 

Ce qui – en nous – s’habitue aux existences lacunaires – au monde corrompu – aux infamies et à la cruauté – et qui, en secret, suffoque et s’offusque – s’éteint lentement – s’étouffe dans sa violence contenue et son retranchement…

Lisse – comme des lèvres peu éclairées – prêtes à tout pour être embrassées – sans le moindre discernement – et que l’on finit par ouvrir ou par mordre selon ses inclinaisons – ainsi est l’âme aussi – dans son impudeur et son ignorance…

Le monde comme le lieu de toutes les incompréhensions…

 

 

Séparé de tout – jusqu’à l’obsession – jusqu’à la mort…

Et ce rire – énorme – glaçant (à certains égards) – au-dessus de toutes nos tragédies…

Un peu de lumière – sur nos âmes brisées – sur nos têtes trop noires – qui ravive, parfois, notre désir, un peu flétri, d’encre et de bleu – cette immensité oubliée – à l’intérieur…

 

 

Le sourire et le murmure – offerts…

Un cœur – un visage – une parole…

Dieu et le monde – mélangés…

Le ciel que l’on appelle – en frottant ses mains – sur la roche…

L’âme et le corps – engourdis – plongés dans un état proche de la torpeur – une sorte de sommeil inconscient et involontaire – les yeux à moitié fermés – la poitrine tributaire de l’air – la tendresse que l’on prive de l’Amour que l’on nous a offert – et la lucidité à laquelle on ôte l’intelligence aiguisée par la curiosité et l’expérience…

En nous – devant nous – trop souvent, le même spectacle – l’indigence qui rêve de réenchantement – la misère qui s’imagine différente de ce qu’elle est…

En quête d’un Dieu trop longtemps caché – l’œuvre du monde – l’œuvre des circonstances – dans la parfaite continuité du dehors…

 

 

Des cris – encore – qui percent, parfois, les couches de tendresse accumulée au fil des jours – des expériences – de vie en vie – à travers des milliards de siècles ; ce long chemin sur lequel, peu à peu, nous nous rejoignons…

 

 

Rien – jamais – ne s’achève réellement…

Sur le même fil – les mêmes perspectives qui se dessinent – qui persévèrent – qui disparaissent – qui reviennent…

Aucun voyage – aucun destin – rompus…

Ce qui s’obstine dans le même sillon avec patience – avec le même acharnement ; l’espace – la matière – le silence et la chair – l’esprit – les âmes – inscrits ensemble – dans la même trame – arrachés au vide – et sans autre (réelle) appartenance…

 

*

 

Des cercles – des chemins – ce qui nous interroge – à la manière d’une mise au monde – le strict nécessaire – exonéré de toute forme de futilité…

L’Amour en dessous – derrière – partout ; et le manque – en surface…

La pauvreté et le ciel – sur la même pente…

Nous tous – rassemblés – et transformés, parfois, en choses vivantes – avec, au-dedans, des désirs et des peurs ; de la matière fragile – expressive – éructante – cette pâte étrange faite de glaise – de souffle et de mystère…

Du ciel – dans la parole – à côté de l’impossible…

Des nuages – au-dessus de la tête des Dieux – et l’oubli et la mort – un peu plus haut – un peu partout – comme les conditions les plus nécessaires à l’existence du monde – cet amas de matière et de choses invisibles entassées – ensemble – en désordre…

 

 

Le visage tourné vers le centre – la patrie intérieure – ce vide aux allures étranges – aux qualificatifs mensongers – que la langue dénature – défigure parfois – en le plaçant, trop souvent, sur l’autel des illusions – comme Dieu – le silence – la lumière – la vérité – si éloignés du monde – de ces existences humaines sinistres (et prosaïques) qui ont banni toute métaphysique – toute intériorité – qui ressemblent à des farces tristes et sans intérêt – et que la mort et l’oubli dissolvent en un instant…

Le réel – hors d’atteinte…

Rien que du sable – des corps et des pas – d’une incroyable gravité…

Et le ciel – comme un rêve hors de portée…

Ce que nous sommes – tous – pourtant – sans le moindre mystère – sans le moindre doute – sans la moindre étrangeté…

 

 

Ce que l’on arrache – avec la chair tuméfiée – cette étrange appartenance à l’Autre – le monde dans notre poche – ce que l’on met sur la table – dans son ventre – cette matière ingurgitée – la bouche pleine de terre et de cris – des corps – les tripes à l’air – la pourriture pestilentielle exposée – ce qui se décompose sous le soleil et les yeux indifférents – depuis le premier jour du monde…

De père en fils – le même sillon – la même ornière – creusé(e) peu à peu – le règne de la violence et de l’infamie…

L’appropriation instinctive et animale – qui corrompt tous les gestes – tous les usages…

Le sang – les tremblements – partout – sur la pierre – à hauteur de sol…

Ce qui – hélas – durera encore des siècles…

 

 

Entre les rives – à mesure que nous abandonnons notre place – celle que le monde nous a attribuée à notre naissance…

Le secret – peut-être – à la pointe de la dague qui nous transperce – de manière (presque) indolore – invisible – sans autre conséquence que l’imprégnation progressive de la vérité à travers l’expérience ; le silence, en nous, qui s’instaure – qui s’installe – qui nous creuse ; le vide, de plus en plus, évident à la place des mots – et des gestes parfois ; l’esprit qui devient le cœur – et inversement ; tout qui s’emboîte – qui s’interpénètre – dans une grande confusion – comme une béance grandissante – attentive et généreuse – dans laquelle tout se jette – dans laquelle tout prend place – offrant au monde davantage qu’un miroir et des reflets – une tendresse immense et sans âge – patiente – inépuisable – l’Amour des origines, sans cesse, revisité par les circonstances et les intentions invisibles et sous-jacentes…

 

*

 

Rien n’existe – en ces lieux du dehors ; le même vide qu’au fond du cœur…

Des centres qui s’ignorent – qui s’imaginent relégués aux lisières – la chair et l’âme exilées…

L’éclat secret de la nuit – au-dedans ; ce que l’on voit briller – à travers les yeux – ce que l’on ne peut obscurcir – ce que l’on ne peut éloigner ; cette chose que les hommes apparentent à Dieu – à la source…

Notre parfaite transparence – l’immensité bleue sous la peau – dans la voix – le ciel léger qui abrite l’éternité dont nous avons hérité…

 

 

Des arpents de nuit – au milieu des choses…

Nos paroles – comme des graines de vie – des fleurs encore enfouies dans l’invisible – inécloses – qui rêvent de terre fertile et d’épanouissement – de printemps et de mains délicates…

Le commencement de la fortune – la beauté du jour – la fièvre contagieuse de ce qui passe – les horizons assemblés que nul ne saurait décrire – la flèche qui nous clouera au silence – l’âme par-dessus le visage – infiniment consolée – le sommeil noué au fond de la tête pour ne pas oublier les rêves – le petit théâtre des ombres silencieuses – la roue du temps qui fait tournoyer les vies – qui les précipite – ici et ailleurs – sans altitude – sans autre perspective que la souillure et la corruption…

La terre ravagée comme nos cœurs – rongés par la violence et la faim – ce que l’on s’efforce (vainement) de dissimuler ; le règne de l’absurdité – l’effroyable contresens dans lequel nous existons – comme si nous nous condamnions à vivre au sommet d’une étroite colonne – sous les yeux des Autres – toujours (plus ou moins) assassins…

 

 

Dans la largeur d’un seul trait – doigts entre les lèvres pour dérouler la parole ; assembler nos murmures – relâcher toutes nos prises – abandonner nos filets – demeurer seul(s) et debout – sur la jetée qui mène à l’océan…

Attendre – patiemment – la fin de l’hiver – le soleil vivace du dehors – sous le front ; apprendre à devenir la jonction entre tous les éléments – le cœur de l’espace – l’immensité sans aucun secret – sans aucun recoin…

 

 

A mesure du vieillissement – ce trou dans le cœur – les pénuries de l’âme – comme un dessèchement de la substance…

Les rouages rouillés – les mécanismes grippés…

La nuit et le froid qui s’installent…

Ce qu’ont creusé – et altéré – la tristesse et le temps…

 

 

Endormi au pied de géants immobiles – l’herbe sous le visage – l’âme encore gesticulante – au cœur de rêves trop vivants – sans ennemi répertorié – sans ami – superbement seul – l’espoir et la désespérance délaissés – libéré de toute forme d’attente – au seuil d’un autre monde – plus vaste que celui dans lequel nous vivons…

 

 

Sur une terre trop lointaine – le cœur affaibli – la candeur corrompue – l’enfance balayée – l’âme muette – sens dessus dessous – comme jetée derrière soi…

Aux prises avec la permanence des désirs – la persistance des obstacles…

Les yeux qui brillent dans l’obscurité – sans nom – sans autre compagnie que celles que l’on porte – dans cette nuit qui – sans jamais dire son nom – a tout envahi – le monde – les têtes – l’esprit – jusqu’à la trame du sol et du ciel – jusqu’à l’indigence de nos prières ; toutes nos paroles et tous nos gestes – contaminés par l’exil – la couleur des ténèbres…

 

*

 

Sans violence – rassemblé(s) – le destin derrière soi – pareil(s) au monde – en apparence – au-dedans chamboulé – comme un chant né de la source et traversant les eaux – l’air – la terre – le ciel – en ondulations mystérieuses – harmonieuses – imperceptibles – en ondes silencieuses – comme des fleurs découvrant soudain le soleil – ses promesses – offrant (sans même y penser) au vent – aux yeux – leur beauté…

Et nous – contemplatif(s) – comme si l’on nous avait installé(s) au sommet des sens – posé(s) au cœur du regard – sur des hauteurs insoupçonnées…

 

 

Des pas et des voix – sur cette terre imparfaite – sous ce ciel inachevé…

Des chemins étrangers – des âmes trop faibles…

A envoyer – à écouter – des messages…

A s’éreinter à des marches absurdes…

Ensemble – la vie et la mort – dans les bras l’une de l’autre – le cycle sans fin – et, à l’intérieur, cette perspective grandissante – de manière (quasi) continue – vers la source et l’immensité – comme une respiration – le cœur et le silence associés – tantôt caresses – tantôt brûlures – le signe d’un ciel descendu – accessible – d’une terre apprivoisée – familière…

Le regard tendre sur la pierre – l’affolement des visages – l’incompréhension des esprits – les âmes frivoles et volages – un peu perdues – l’absence et la distraction – ce qui règne sans consistance – sans densité – nos vies si changeantes – si étrangères les unes aux autres – comme un poids – un amas de pierre – au fond de l’être…

Et les formes si passagères que nous revêtons…

Le monde tel qu’il va – toutes lampes éteintes ; et la conscience – rayonnante – dans l’invisible ; et nos gestes dérisoires…

 

 

L’âme mise à nu par la matière – les visages – les circonstances ; les prières et les chants qui montent vers le ciel – le silence…

Nos pas dans l’invisible – sans l’aide des Autres – sans l’aide des Dieux…

La folle histoire du monde – derrière nous – qui s’effiloche – qui s’éloigne – peu à peu oubliée…

L’Absolu – de plus en plus proche – à nos côtés…

 

 

Des adieux – de moins en moins tristes ; une existence de moins en moins indigente et tragique…

La tristesse – quelques reliquats de tristesse – métamorphosés en intention – en orientation concertée – en portion de chemin à parcourir ensemble – lorsque les âmes seront, à nouveau, réunies par les circonstances…

Les boursouflures de la volonté – éradiquées…

Le fond de la douleur – de la blessure – peu à peu – apprivoisé…

Une manière – peut-être – de laisser le sang circuler une dernière fois…

L’âme vide – le cœur et le ciel (enfin) superposés…

Notre ultime séjour – avant longtemps, sans doute ; l’existence sans la nécessité de l’air – sans la nécessité du souffle ; une respiration naturelle affranchie des éléments et des contingences terrestres…

Un regard souverain – dépouillé – sans appartenance – à la place des étoiles – à la place de l’absence…

Au fil de cette attente ininterrompue – le soleil – le mystère – sans croyance – sans gêner quiconque – le cœur naïf et imprégné de bleu – les yeux sans sommeil – amoureux de l’invisible et des choses présentes au-delà du monde…

 

*

 

Ça s’enchaîne – les vies – les visages – les paroles – les rêves – les désirs – ce que l’on empoche – ce que l’on abandonne – ce qui s’arrache – ce qui nous édifie…

Des conséquences – comme des maillons dans la même nuit noire – profonde – un abîme qui sent la mort ; mille morts – sans jamais de fin…

 

 

Les eaux du monde – légères – si légères ; une manière de suivre fidèlement les méandres – de s’insinuer dans les moindres recoins – le goutte à goutte – l’évaporation – et ce long ruissellement sur la terre jusqu’au ciel – jusqu’à l’océan ; l’éternel retour à la contraction – à l’immensité…

Comme nos âmes ; de l’infini à l’infini – à travers les corps…

 

 

Des saisons tenaces – la nuit lointaine…

Tout un parcours – au-dessus du froid – avec, autour, des yeux sans présence – des mains de chair sans âme…

Le monde tel qu’il est – plongé dans l’ombre et l’ignorance…

 

 

L’absence – le règne du visible – sans ciel – sans miracle – sans personne…

Rien qu’un sifflement dans la tête – une manière de se sentir moins seul – de donner à sa solitude un petit air de fête…

Sur cette pente inéluctable – vers les jours sombres – plein de terre et de ténèbres…

Les paupières closes – comme elles l’ont toujours été…

Puis, un jour, des fleurs sur une tombe – pour se souvenir de ce que nous avons été…

Quelques printemps – et toujours aussi éloigné(s) de l’origine…

 

 

Des siècles de sommeil – irréfutables – le bleu et les malheurs qui s’ébattent – innocemment – sur le sable…

Les filles et les fils du vent qui tournoient dans la ronde – entre le mystère et le néant – entre le vide et les amassements – d’un monde à l’autre – sans (jamais) rien comprendre – le ciel en bas – la terre par-dessus – dans un renversement permanent des échelles – les yeux clos qui s’imaginent ouverts – tous les doigts – tous les pas – pointant – allant – là où il y a des étoiles – et qui confondent l’éblouissement et la lumière…

Nous – nous éloignant – sans cesse – du centre…

Des vies à contre-courant des flux les plus naturels – comme un monde – en nous – ignoré – recouvert par des milliers de rêves – le piétinement – des milliers de foulées dans le noir et l’aurore faiblissante…

Des vents qui attisent le désespoir – et qui précipitent toutes les finitudes vers le resserrement – l’étouffement – l’atroce agonie par laquelle doivent passer tous les vivants…

 

 

Les âmes à genoux – immobiles – plus proches du chemin – des périls – de l’infirmité – que des terres qui célèbrent l’affranchissement et la liberté – le rôle de la mort et de l’oubli…

 

 

Les heures antiques de l’enfance – qui baignent (encore) dans les combats et le sang – le monde au cœur de toutes les arènes célébrées – inventées – qui honorent la puissance – et la gloire – et les vainqueurs – et qui crucifient les âmes – et les yeux – ouverts à toutes les perspectives différentes – inversées – moins grossières…

 

*

 

Sans autre instant que celui-ci – le pas royal – nuptial – suspendu – les yeux ardents – gourmands – amoureux ; attentif – l’âme légère – comme la paupière – un pétale dans le vent – un poème lancé en l’air – libre d’aller – de se poser – de rejoindre le ciel – les origines – et réalisant tout cela à la fois – successivement – simultanément – sans la moindre inquiétude – sans la moindre restriction…

Vivant – sans nécessité – sans raison – affranchi des codes humains – des lois terrestres – échappant même aux règles qui régissent les rapports entre le vide et la matière…

Présence souveraine et incertaine – en quelque sorte…

Sans destin (véritable) ; une manière – mille manières – d’être au-delà du monde – du tragique – de l’oubli…

 

 

Aux portes du temps – le silence…

Rien avant – rien après – l’instant infiniment renouvelable – et renouvelé – avec des trappes et des recoins où l’on peut se perdre et se cacher…

La nuit – l’imaginaire – le devenir – des intervalles sans personne – où le monde n’est qu’une idée – des voix – des traits que l’on trace à la surface de l’eau – sur le sable – dans l’air – avec les couleurs du ciel – éclatantes – nuancées…

Aux lisières de l’invisible et de l’immensité…

Le grand vide – en deçà duquel ralentissent ou accélèrent toutes les roues terrestres horizontales…

La parole – telle qu’elle va – presque silencieuse – sans support – sans auditoire – que le vent porte au-delà des horizons humains – trop grossiers – trop communs – bien trop discutables – par-dessus toutes les formes d’obscurité – celle du monde – celle des âmes et du langage – et qui sait mêler (avec franchise et honnêteté) l’ombre et la lumière – suffisamment essentielle à nos yeux pour exister sans la nécessité des Autres…

 

 

D’une mort à l’autre – sans mauvais sort – sans sortilège – sans récusation possible…

Une longue chaîne de têtes et de déguisements – sur laquelle se propagent les chants et l’Amour des origines – toutes les vibrations – avec, de temps en temps, des intervalles de joie – de douleur – de silence…

Et la vie qui va – d’une pierre à l’autre – la soif attisée par le soleil et l’étendue désertique – à chercher (en vain) au-dehors un lieu de paix – un peu de repos…

 

 

Dans le bain des supplices – le même délire – ce refus de l’infortune – l’âme déguenillée – le cœur et la peau arrachés par les vents – en immersion au fond des gouffres de la confusion – et les excès de silence sur notre écoute…

Le bruit du feutre sur la page – les feuilles qui volent – soulevées à la moindre bourrasque – ce que l’on croit comprendre et qui enfonce – dans nos crânes – l’ignorance – un peu plus profondément…

La vie et les sens multiples – les couches d’horizons et de perspectives imbriquées – superposées…

Troublé(s) par les apparences qui nous font croire aux changements incessants ; et troublé(s) par la psyché qui crée l’illusion de la durée – la permanence – les habitudes – l’inéluctable retour des choses…

Des filtres et des masques – qui nous privent de la lucidité et de la gratitude – nécessaires – qui réduisent l’envergure du réel à un espace confiné – qui limitent l’infinité des possibles à quelques états – et qui donnent au monde et à l’existence une physionomie trompeuse – (bien) moins tendres et (bien) plus attrayants qu’ils ne le sont – en réalité…

 

*

 

De rive en désastre – sur ces barques changeantes – d’un bout à l’autre de la nuit…

Jour après jour – l’âme plongée dans le froid – la chair – le cœur – la faim attisée par le manque – tous les manques – et les frémissements du désir…

Les cris qui, peu à peu, deviennent articulés – les prémices du langage…

Les terres explorées – mises à feu et à sang – mises à sac – rendues inhabitables après notre passage – pourvoyeuses de vivres et d’agréments – et de promesses peut-être – qui sait…

Nos pas dans l’inconnu – le soleil apprivoisé – la matière façonnée tantôt en armes – tantôt en objets usuels – le prosaïsme des vies – le ventre et le territoire…

Les corps qui enfantent – qui se reproduisent – les mains qui besognent ; le lointain, peu à peu, rendu plus proche – les impossibles les plus accessibles cessant de l’être – le progrès qui laisse sans voix…

Le monde transformé – chamboulé – à grand coup de dés et d’artifices ; l’exploitation et le saccage méthodiques – industrieux – industriels – systématiques ; la terre et les âmes méconnaissables – ce qu’il en reste…

Tous les horizons – sans axe vertical…

Le savoir – les expériences – les inventions…

La lutte âpre – acharnée – les résistances de l’organique…

Ce que l’on croit – Dieu – les Autres – les livres – les idoles que l’on s’est choisies…

Sur nous – les tempêtes – la foudre et la pluie – la lumière oblique – les éléments naturels – primordiaux – inchangés depuis le premier jour…

L’efflorescence des têtes et la surface qui, peu à peu, se rétrécit ; tout ce qui a été touché – exploité – souillé – hors d’usage – depuis trop longtemps…

Ce qui se perpétue et ce qui nous tue…

De rive en désastre – sur ces barques changeantes – d’un bout à l’autre de la nuit…

 

 

Ce que l’on cueille – non des fleurs – non des poèmes – ce qui est lourd – et, parfois, vital – essentiel sans doute – ce que l’on arrache plutôt – à chaque instant – à chaque carrefour – avec l’assentiment de nos aïeux et la complicité de nos pairs – sur ce chemin de peines et de mensonges – des pas – des pierres – un peu de mousse parfois – sur cette terre d’absence et de blessures – sans seuil – sans personne – sans soleil…

Là où l’on nous a fait naître – là où l’on doit vivre encore un peu…

 

 

Les représentations et les refus – la source de tous les chagrins…

La tête vide – acquiesçante – qui transforme l’âme et le monde en terre de joie et de circonstances…

Ni rêve – ni sommeil…

Ce qui est et la justesse des gestes engagés…

 

 

D’un bleu à l’autre – dans quelques fables – sur quelques sentes – avec un peu de ciel en tête – la parole et le pas besogneux – et le reste du labeur à réaliser – à l’intérieur…

Rien – pas même l’ambition d’un achèvement – d’un royaume – d’un peu de paix et de repos…

La tâche à faire – à reprendre – inlassablement – chaque jour – accueillir ce qui se présente – ce qui vient – le seul règne possible – l’horizon qui se renouvelle…

La couronne et les bracelets de l’invisible – sur la tête – aux chevilles et aux poignets – comme les seuls habits – les seuls ornements – possibles – acceptables – les signes d’une alliance secrète avec Dieu – en nous – dans le froid – la violence et la solitude – du monde – guidant notre marche vers lui – à une distance infiniment accessible – franchissable – à chaque instant…

 

*

 

Près du silence – des choses – les objets du chemin – notre viatique pour le lointain – l’inconnu – l’invisible – ce que l’on ignore aujourd’hui et ce que l’on ignorera, peut-être, encore demain…

Des paroles prononcées pour les Autres – dessinées, parfois, sur le sable – murmurées pour soi ; la voix qui égraine le passé – tous les souvenirs de la mémoire tarissable – les heures les plus nocturnes – les plus souterraines – la peur du vide – l’angoisse de l’absence et du tombeau – de la vie qui s’acharne – du monde (presque) toujours contre nous – l’adversité du destin – les hommes et les Dieux séparés – installés, le temps d’une vie, en des cercles différents – guère éloignés – légèrement poreux – pénétrables par des yeux lucides – superposables grâce à la puissance (quasi) magique de l’esprit – emboîtés (en réalité) l’un dans l’autre au cœur de l’espace – néant pour les uns – vacuité pour les autres – selon l’acuité du regard et la sensibilité de l’âme…

 

 

Des formes – des peines – du sommeil – et autour – et au-dedans – la lumière – la possibilité d’un éclairage meilleur…

Si proches des rives – des possibles…

Si près du silence – encore…

 

 

Auprès du peuple des accolades et du grand large…

Emerveillé – sans (réel) étonnement – curieux des choses du monde – de la multitude – de la diversité des apparences…

Auprès du peuple de la lumière et du langage…

Amoureux de la poésie – engagé dans le réel – soucieux de l’au-delà des rêves…

Avec des pans entiers de silence – au-dedans – concentré – dispersé…

Egaux – quels que soient le jour – l’état de l’univers – la somme des joies et des peines au fond du cœur…

Heureux et rieur devant l’inconnu – sans inquiétude au milieu des ombres et des menaces – au milieu des édifications et des effondrements – face au provisoire – à l’inéluctable – au destin qui se déroule…

Assez sage – en somme (s’il nous était possible de le définir)…

 

 

La marche solitaire – parmi les arbres et les rochers – dans une trouée de lumière – le dedans parfois encore désespéré – le sommeil toujours en tête – à suivre à la trace – à distance – de vieux sages antiques à l’âme ébouriffée – un peu folle – sans compagnon eux aussi – traversant le monde – les affres terrestres – le plus horrible quelques fois – pour apprendre à revêtir les atours du vide – à s’accoutumer au dénuement du ventre – de la tête – du cœur – de moins en moins reconnaissables sans leurs traits humains – sans les caractéristiques ordinaires des hommes…

Nous engouffrant – un à un – les uns après les autres – au fond du même intervalle – une entaille aux portes multiples qui ouvrent sur l’espace – une étendue à l’intérieur – au cœur de laquelle plus rien n’existe – au cœur de laquelle tout disparaît – sans la moindre pitié pour la singularité des visages – du langage ; la vérité – si massive – si acérée – que rien ne peut durer – que tout est aussitôt broyé ou déchiré – comme si rien n’avait jamais existé ; un univers d’éclats et de fragments – étrangement rassemblés – imbriqués – sens dessus dessous – la matière et les âmes – peut-être – passées au crible et sombrant, peu à peu, dans l’oubli – comme au fond d’un abîme où pas une seule prière – pas un seul débris – ne peut résister aux forces puissantes de l’effacement…

 

 

Une halte – parfois – sur cette route d’exil et de désobéissance – la tête contre le soleil – le cœur de plus en plus innocent – fragile et affranchi – la peau écorchée – les blessures profondes – tous les désirs, peu à peu, érodés – rabotés – au point de ne plus vouloir vivre dans le monde – au milieu des Autres – au point de ne plus se soucier d’être quelqu’un ou de n’être personne – au point d’être indifférent aux lieux où l’on séjourne (pourvu que nous demeurions seul et loin du bruit) – au point de ne plus désirer changer – ou transformer – la moindre chose – en soi – en cette existence – en ce monde ; être – seulement – en un seul souffle – puissant – qui ne cesse de se réinventer…

 

*

 

De retour sur ce qui s’ouvre – l’infinité des mondes – sous les paupières – le commencement du temps – au premier instant de la pierre…

Ce qui a surgi du plus lointain sommeil…

Nous – à présent – persuadé(s) de vivre – d’exister…

Immergé(s), à notre insu, dans un devenir sans blessure – malgré les apparences et la mort – ce que nous percevons – ce que nous comprenons…

 

 

De l’eau noire – sur ces feuilles dégoulinantes (que l’on essore comme des éponges)…

Du rouge aussi – et ce trouble dans le regard incapable de faire face à l’impitoyabilité du réel…

Des colonnes de faits et de dates – sans intérêt – notre histoire – toutes les histoires – des bêtes – des hommes – des civilisations – des mondes – des périodes géologiques – des éons cosmiques ; le même déroulement – à quelques détails près – à quelques broutilles près ; rien qui ne résiste au temps – à l’oubli…

Tout finit par glisser dans le silence ; les visages – les livres – les voix – les épopées – toutes nos inventions – toutes nos conquêtes – poussière qui se dérobe ; vent – éclaboussures et particules…

Qu’un seul triomphe – à jamais – le regard et le geste de l’instant – vierges – innocents – absolus – affranchis des choses – des désirs – des figures – des mondes d’avant et des mondes d’après…

L’irruption d’une lumière dans la nuit permanente – deux yeux grands ouverts et une main parfaite qui émergent du magma grouillant de la pénombre ; Dieu, peut-être, jaillissant des abîmes et de la terre mal labourée…

 

 

En ce monde équivoque – ni simple corps – ni pur esprit – au cœur d’un mélange – mille combinaisons à l’œuvre – provisoires ; la terre au-dessus d’elle-même et le ciel qui descend (un peu) – le souffle et les Dieux qui, parfois, s’en mêlent – la chair périssable et le cœur sans âge comme emmaillotés dans l’étoffe du temps – entre respiration possible et étouffement – notre lot commun – cette folie en actes qui ne surprend (presque) plus personne – entre horreur et émerveillement – à chaque instant…

 

 

A la surface du monde – toutes les routes sans fin – l’incessante circulation des formes au-dedans du périmètre défini – sans issue – sans autre possibilité que le plongeon – à l’intérieur – simultané à l’envol – au cœur de l’infini…

 

 

Minuscules et dérisoires – insuffisamment cependant pour échapper aux tamis de l’oubli aux mailles si serrées…

Sur cette bande de terre – jusqu’à la mort – avec le ciel, parfois, qui s’invite préalablement – lorsque le sommeil et la folie ont été déclassés – arrachés du sommet des hiérarchies…

 

 

Au bord du vide – sans repère – sans classement – sans mémoire – au faîte de la confusion – l’apparition des signes du merveilleux – d’une possibilité – inespérés…

La clairvoyance – dans ce rapprochement des extrêmes – la terre et le ciel, peu à peu, réunis – l’obéissance à l’espace et à l’invisible à peine dissimulés derrière les apparences – derrière les circonstances perceptibles par les sens et la raison…

 

*

 

Ce que nous initions – sans rien déranger – sans importuner quiconque – pas le moindre vivant – loin (si loin) des vitrines et des étoiles exposées – à l’abri de toute lumière extérieure – dans le (presque) secret de notre solitude – la besogne quotidienne de l’âme – de l’esprit – de la main – le sillon – des sillons – qui se creusent – malgré nous – en silence – sans interrogation – les choses qui se font – qui se défont – dont on fait mille usages – l’espace que l’on habite – les feuilles que l’on noircit – les mots et les gestes que l’on enchaîne…

L’attention libre – souple – assidue – continue – sans éclipse – sans sommeil…

Ce que nous traversons et ce qui nous traverse – jusqu’à la mort…

L’écoute de tous les manques – de toutes les faims – les échos proches et lointains du monde – les saisons – Dieu et la lumière…

Tous les mouvements – tous les possibles – et le silence nécessaire…

 

 

Au centre de l’effacement – l’espace vacant…

La terre et le ciel défaits – la dissolution de la matière – l’invisible originel – sans âge – impérissable…

L’envergure sans limite – une définition au-delà de l’homme – au-delà du monde – au-delà même du langage…

 

 

Dans le cercle silencieux – la bouche bée – toute ronde – comme un « O(h) » – devant le visage d’un Dieu sans nom…

L’âme stupéfaite traversée par l’écho de ce qui est né aux premiers instants du monde…

Des traits de lumière dans la nuit…

Des taches d’invisible sur la page…

Et notre main appliquée – comme un scribe – fidèle – sans volonté – heureux des ombres – des reflets – des miroirs et des détours – qui traversent l’obscurité…

 

 

Entre la terre et le ciel – sur cette frontière – ces espaces inventés au milieu de l’espace – pieds au sol – yeux et mains levés – la tête pleine de rêves de réconciliation…

Au cœur de la séparation – ici et l’horizon – l’en-bas et, plus haut, les étoiles ; la chair comme coincée dans l’entre-deux – dans l’intervalle – et l’esprit écartelé entre toutes les perspectives offertes…

Et quelque part – au bord du monde – un lieu sans importance – l’âme alignée sur toutes les directions – comme une présence au centre de tous les cercles…

 

 

Des choses plein la tête – des larmes plein les yeux – l’âme lasse et le cœur fatigué…

Ainsi se vit (trop souvent) la tristesse des hommes…

Le destin – comme un fardeau à porter d’une extrémité à l’autre du périmètre connu – sur l’infime portion d’une droite que l’on imagine – à tort ou à raison – infinie…

 

 

Rien – pas un seul bagage – le regard – l’innocence et le pas sans intention – seulement ; le cœur et le voyage légers – debout parmi les ombres – les yeux sensibles qui feignent l’indifférence ou la cécité pour se prémunir de trop grands (et inutiles) tourments ; la vie des Autres – comme des pierres qui roulent sur leur pente – sans même jeter un œil sur les côtés – sans attention – sans empathie – sans tendresse – sous le front – la charge des soucis inventés et le poids (ridicule) des responsabilités ; des carcasses qui bougent – qui écrasent – qui mutilent – qui se servent du monde comme s’il était un sac – une réserve de vivres et d’agréments ; mille gestes pour assouvir ses désirs et sa faim ; aucun (presque aucun) – pour soulager – apaiser – secourir…

 

*

 

Sans ciel – dans le labyrinthe – coincé(s) – comme des choses à peine vivantes – ce à quoi ressemblent les vies sur la terre – rudes – risibles – tragiques – absolument dérisoires…

De temps en temps – un éclair – une étincelle – une lueur – dans l’opacité…

Dieu dans l’interstice – un clin d’œil à défaut d’étreinte…

La longue besogne souterraine avant le pourrissement…

Un chemin – à coup de chiquenaudes dans l’épaisseur – épuisant – interminable…

 

 

L’alphabet du silence – appris patiemment – su, à présent, sur le bout des doigts – et dont on insinue, parfois, quelques lettres dans la parole des livres – dans le langage des hommes…

L’invisible au cœur de la poésie…

 

 

Entre terre et terreur – le regard – le cri – animal – l’instinct qui nous couche – qui nous redresse – dont nous sommes le jouet…

Des batailles – nombreuses et sanglantes – et des fatigues – qui nous livrent à la dureté du sol…

Devant nous – une autre terre – plus haute – presque inaccessible – un tertre qui émerge au-dessus de ces rives peuplées de sots et de fous – empêtrés dans l’ignorance et la divagation…

De la démence et de la stupidité – qui, partout, initient des rites fabuleux – atroces – pour célébrer la faim – toutes les faims – et notre assouvissement pitoyable – provisoire – grâce à la chair et au sang…

Des cœurs et des bouches sauvages – cruels – barbares – ensommeillés…

Rien encore en mesure d’approcher l’innocence et la beauté…

 

 

Le monde – les choses – ce qu’il faut percevoir…

Des gestes sans courtoisie – des paroles sans vérité – le ton affable ou comminatoire…

Les apparences d’une vie lisse et manichéenne – sans aspérité – arc-boutée sur ses biens et ses droits – à l’affût de la moindre opportunité – cantonnée aux faits – à la surface (triste) des circonstances…

 

 

Sans filiation directe – évidente – étranger aux gestes mimétiques – toutes les portes poussées – ouvertes – tous les espaces explorés – rétif à toute forme de conquête et d’appropriation ; de passage – seulement…

Un espace (infime) dans l’espace (immense) – plutôt – qui se laisse traverser par ce qu’il traverse – au hasard des routes et des pas…

Quelque chose de précieux et d’insensé – une part de l’indicible habitée – sans doute…

 

 

Ni fortune favorable – ni destin tragique…

Des expériences – l’appauvrissement volontaire – approprié…

L’itinéraire du dénuement – de l’effacement – vers le vide vivant – attentif – conscient…

Sans récolte – sans œuvre à réaliser…

Ce qui advient – seulement…

L’or de l’âme – l’or du ciel – l’or du monde – découverts – exposés et offerts…

Un peu de sagesse anonyme – peut-être…

 

 

Sur le socle de la nudité – parmi les vagues – au milieu de l’océan – souple et stable au cœur de la danse (inévitable) des éléments – jouant avec l’accueil – le refus – les circonstances – sans la moindre attente à l’égard des lieux et des visages…

 

*

 

Dans l’herbe – l’absence – le vent – l’essence de la solitude – le jeu vital du monde – l’espace sans cesse acquiesçant…

La vie – les choses – telles qu’elles vont – telles qu’elles sont…

 

 

Installé(s) dans le sommeil – derrière des murs si anciens – depuis trop longtemps…

 

 

Dans la forêt – dans l’ivresse d’une fraternité – la terre – la roche – les pas – le ciel – ce qui va de soi – le plus spontané – le plus naturel – le chant – la danse et le silence – ce que l’on murmure à tous les habitants du royaume…

Un monde de douceur – de tendresse – de caresses – loin du tapage – du carnage et des carnassiers…

La pierre aussi blanche que l’âme…

Le sommeil devenu (presque) impossible…

 

 

A courir – bêtement – follement – le long des miroirs – l’avenir déjà défini – déjà circonscrit – comme inscrit dans la roche – dramatiquement prévisible…

L’existence composée (essentiellement) de rêves et de reflets – d’attentes et de fausse transparence – gouvernée (et dévorée) par les yeux des Autres – les lois scélérates de la beauté et de la bonté monnayables…

Le visage de l’enfance triste et immature – infidèle à la folie que réclame une vie (réellement) libre – authentique – solitaire…

Tout un chemin à parcourir la tête baissée – dans une parfaite obscurité intérieure…

De la terre plein les yeux – comme un cœur absent…

 

 

Une vie ensemble – dérobée – rongée par l’invasion du monde – l’absence et les usages…

Comme une bête, en nous, habituée à sa tanière – à sa litière de paille – au foin qu’on lui jette chaque jour…

Les habitudes – tragiques et maladives – de l’âme et du monde…

 

 

Des gestes nus – couronnés par rien – par le vent, peut-être, qui balaye de vieux restes d’écume – accordés au silence – au contexte – malgré le bruit et la foule – avec un arbre et la solitude plantés au milieu du cœur – nous affranchissant (partiellement) de l’horreur – en tous lieux – jusque dans les pires endroits du monde – de la modernité…

Une vie marquée par l’authenticité et le repli – une forme de réclusion austère et lucide – nécessaire pour échapper aux mille contingences – aux mille contaminations – humaines – délétères – porteuses de rêves – de délires et de mort…

Une manière de vivre en retrait – à l’écart – aussi loin que possible du désastre vertigineux érigé (avec fierté – avec orgueil – avec ignorance et cécité) par les hommes…

 

 

La route toute tracée des existences…

Des murs à longer – des balises à suivre – des obstacles à contourner – des barrières à ne pas franchir…

Tout un itinéraire – dans le périmètre – jusqu’à la mort – triste et indigent – comme du plomb dans le sang et les semelles – l’âme et le corps pesants – sur une pente sans soleil – avec la tête pleine de rêves et de fantômes…

Une existence – des existences – hantées par l’impossibilité de l’errance et de la révolte – l’absence de liberté – matées par les règles – les lois – les diverses autorités – le pas des aînés – le souci des traditions qui, sous couvert de continuité, ajoutent, à chaque nouvelle génération, son lot de frontières et de restrictions…

Le resserrement du cercle – de la détention – auquel le cœur consent mollement…

L’horreur à perpétuité ; l’infamie – éternellement…

 

*

 

De l’air sur la pierre – le monde vaporeux au-dessus de l’épaisseur…

Des bêtes qui marchent tantôt avec légèreté – tantôt avec lourdeur…

Nos visages séparés – inconsolables d’avoir été arrachés aux uns et aux autres – à l’ensemble – au regard – au cœur de chacun – en surplomb de la globalité…

Notre main, parfois, dans celle de la mort – parfois, dans celle de l’oubli…

Comme des spectres condamnés à une errance sans fin…

 

 

Trop de masques et de secrets – trop de murs et de mensonges – au-dedans – autour – de l’homme…

Trop de jeux – sans joie – pitoyables…

Les mêmes conquêtes et les mêmes victoires…

Trop d’indifférence devant ceux qui souffrent – dont on brise les reins et les rêves…

Nous – source de trop de malheurs – de trop de chagrins – des larmes et du noir – sur la terre – dans la mémoire – pour des siècles encore…

Et parfois (trop rarement) – au cœur de cette fièvre – un silence – un suspens – une tendresse fugace au fond des yeux – un peu de poésie – la possibilité d’une éclaircie – d’un interstice – d’une promesse – un peu de lumière sur nos excès – sur nos dérives – ce qui pourrait, à force de patience, se soustraire à la nuit – une étoile sans doute trop lointaine pour éclairer avec ardeur nos gestes et nos pas dans l’obscurité ; une once, à peine, d’espérance dans cette folie – dans cette infamie – sans remède et sans guérisseur – qui enfonce, peu à peu, le monde et les âmes dans l’opacité…

 

 

Le voyage – la ligne intermittente – de l’origine à l’origine – du plus lointain au plus lointain – comme une respiration permanente…

Des rives – des déserts – des chemins…

Ce qu’il faut d’insolence et de folie pour parcourir l’espace – de bout en bout – dans la solitude la plus haute – sur le sentier des crêtes – au-dessus de la mort et des légendes inventées par les Dieux et les hommes qui s’entassent dans les plaines et les vallées ; des lieux d’agenouillement et de prières – d’avachissements – de paresse et de corruption – dissimulés derrière la somptuosité (toujours trompeuse) des masques – des parures – des ornements – le ronflant des titres – des postures – des fonctions…

En marge du monde – toujours – dans les interstices involontaires ou délibérément abandonnés à ceux qui vivent aux confins – en exil – en rebelle – en scélérat – à l’écart des foules soumises aux règles – aux lois – aux conventions…

 

 

Au cœur de la cible – de la flèche – dans la nuit sans éclat – l’homme affranchi – persécuté par le monde – les bruits – tous les thuriféraires du sommeil – agenouillés – en adoration tapageuse devant les édifices érigés à leur gloire…

Nous – comme sur une île, sans cesse, dérivante – au milieu d’un océan d’immondices et d’insanités, lui-même, encerclé par une immensité hurlante et imprévisible…

 

 

L’œuvre à faire et à refaire – la même besogne indéfiniment répétée…

Coutumier des aléas du jour et des déchéances nécessaires…

A tire-d’aile au-dessus des têtes ; pas à pas vers le mystère – entre les horizons communs et l’infini…

Une existence invisible depuis la terre – d’interstice en interstice – silencieuse – l’âme indifférente aux lieux et aux destinations (toujours provisoires) – attentive (seulement) aux visages innocents – à la matière naturelle et à toutes les manières – honnêtes et authentiques – d’habiter le monde…

 

*

 

A notre place – là où le secret déborde – se répand – dégouline – s’expose (sans retenue) au regard – comme une étoile qui, soudain, se débarrasse de la nuit et de sa gangue…

Un déferlement de lumière sur le monde ébloui – sur les cœurs restés trop longtemps aveuglés par l’obscurité…

Ce que l’on retranche – du dedans – jusqu’au vide – jusqu’à la preuve du vide – des mains qui nous traversent et qui ne saisissent que du vent…

Un peu de rien – ce que nous sommes – fort heureusement…

Et cette joie éclatante – presque triomphante – de l’innocence et de l’effacement…

Des jours entiers – à demeurer là – à contempler ce qui n’appartient à personne (et ce dont chacun peut se réclamer)…

 

 

Au centre du silence – au centre des cercles – des pierres – du vent – des racines…

Le ciel à l’oreille qui nous murmure des choses que nul ne nous a jamais dites – que nul ne pourra jamais nous dire ; de la tendresse à la place des rêves – du réel à la place de l’espérance ; des paroles qui nous traversent – qui nous pénètrent – comme si nous étions une terre propice à toutes les alliances – à toutes les réconciliations – à la réunification de tous les visages…

 

 

Dans l’âme – cet étrange entrebâillement – comme une ouverture – un passage vers l’espace – accessible à chaque instant ; une immobilité au cœur du voyage ; un refuge qui dissipe la nuit ; une présence attentive qui attendrit toutes les puissances – toutes les ardeurs ; le lieu qui atténue les forces de séparation qui rongent la tête et la chair – une manière d’être au monde qui efface les frontières et les forteresses qui prolongent les territoires nés dans l’esprit et le sang…

Une opportunité (incroyable) de se ressaisir – une possibilité (quasi inespérée) de se rejoindre…

 

 

Des adieux incessants – entouré de personne ; bien davantage que des miroirs – les réels reflets du monde – ces parts de nous tantôt étrangères – tantôt familières – sur cet étroit chemin qui se dessine sous la voûte – de douleur en étonnement – confronté aux affres (inévitables) de l’existence terrestre…

 

 

Des danses – quotidiennes – sans raison – au milieu de la forêt – au cœur de l’invisible ; seul – bien entendu – sans l’approbation des gardiens du temple et des seigneurs du monde – sans les projecteurs des siècles braqués sur soi – loin des foules – dans l’obscurité lumineuse du cercle qui nous a choisi – avec, au-dedans, nos bagages involontaires – l’âme et l’esprit harnachés du nécessaire – le plus essentiel – sans doute…

Et ces pas – au fil du chemin ; vide et promis à l’or des visages – à cette folle – et belle – intimité avec les choses – le cœur proche de toutes les âmes rencontrées…

 

 

Attaché(s) à l’espace sans limite autant qu’aux territoires que l’on nous impose – auxquels on nous cantonne…

L’âme partout dépaysée – étrangère – qui rêve de fugue et de fuite – impossibles…

Le silence penché sur notre faim – notre désir d’émancipation et de liberté – comme des ombres dans la féerie offerte – dans les possibles proposés…

Le jeu des cœurs trop naïfs – des têtes possédées – hantées par les plus anciennes malédictions de la terre ; l’incapacité organique à se défaire du plus tangible et l’identification naturelle de la psyché à la matière…

Le sort de tous – en somme – en ce monde où nul n’est capable de s’affranchir de son support – où chacun est contraint de vivre confiné dans cet interstice inconfortable…

 

*

 

Proche de ce qui se creuse – se dilate – se déploie…

Un regard – sans crainte…

Un espace qui échappe à l’exploitation – à la réification – aux impératifs de l’agrément et de la jouissance…

Un lieu d’Amour et d’effacement où l’âme prime sur le ventre et la psyché…

Des tables pleines de livres – des gestes et des vies humbles et poétiques…

Plus présence que simple existence ; belle – légère et dense…

Juché, sans doute, sur les plus hauts plateaux du monde accessibles à l’homme…

Le vent – les yeux grands ouverts – qui efface jusqu’à l’idée même de sommeil…

La mort et les profondeurs de la chair – comme des portes ouvertes – de manière permanente…

Nous tous – rassemblés – enroulés autour de la même plaie…

Un grand soleil sur notre douleur et notre angoisse communes…

La simple continuité de cette marche vagabonde – la suite des premiers pas…

 

 

Auprès de la pierre – le silence – la confiance sous les paupières – la neige de l’enfance retrouvée…

Ni crainte – ni trace ; la blancheur délivrée – réofferte…

L’essentiel de l’âme et de l’espace – épargné…

Comme une langue désenfouie qui, soudain, découvrirait le jour – l’autre versant du ciel et de l’abîme…

Les malheurs qui, peu à peu, se dispersent…

L’âge et le temps devenus sans importance – comme une apparence inutile…

Le plus élémentaire de l’homme – bien sûr…

La nudité sans fard – affranchie de la tyrannie des lois – des regards – des idéologies…

Et nous – respirant, sans doute, comme pour la première fois…

 

 

La grandeur et la beauté – insoupçonnées – du silence – la mémoire perdue des origines – et cette plongée en ce monde – comme un atroce dépaysement – mêlé(s) à la plèbe archaïque et instinctive – victime de son paléocortex…

Des armées d’âmes dépossédées – broyées par les Autres – rongées par la peur ; mille querelles – mille menaces – mille possibilités de terreur – sur fond d’obscurité ; le royaume des yeux fermés – des cœurs clos – des esprits bornés – qui s’imaginent – (très) orgueilleusement – (très) risiblement – ouverts – libres – émancipés des profondeurs terrestres – des forces les plus obscures – des instincts les plus primitifs…

 

 

D’une désolation à l’autre – sans cri – sans parole – docilement (si docilement) – la tête dans les épaules pour éviter la violence du monde et les coups du sort…

Penché sur nous – jusqu’au dernier instant – et au-delà – bien sûr…

Présence permanente – en soi – au-dedans – au-dehors – à nos côtés – nous précédant – nous suivant – nous survolant…

Le Divin multiple et protéiforme – parfaitement adapté aux singularités de chacun – épousant les formes – les prédispositions – les aspirations – redressant et effaçant ce qui a besoin de l’être – offrant, peu à peu, au cœur du sommeil – au cœur de la folie – des intervalles d’insomnie et de questionnement…

Un promontoire – un espace de rencontre pour les cœurs honnêtes – les âmes en quête d’innocence ; un étrange chemin vers le silence et la vérité – une manière authentique d’habiter l’être – le monde et le geste – affranchi(e) de Dieu – des hommes et du temps – de toutes les formes de contrainte et d’idéologie…

 

*

 

Des malheurs trop anciens pour retomber en enfance…

L’essentiel – dans le saccage de la nuit…

Des ondes poétiques – comme des caresses dans le silence…

L’espace élémentaire – sans intention – sans apprentissage…

La fièvre inquiète – dissoute avec le noir…

Ce que nous fûmes – un jour…

Et ce que nous deviendrons encore – lorsque l’âme sera prête – lorsque le monde ne s’attendra plus à la moindre transformation…

 

 

Couleur de sang – de fumée – de mort et de cendre…

Le jour – désespéré de ne jamais pouvoir paraître…

Comme si le feu et le vent étaient en avance sur le ciel…

 

 

Une forêt de fenêtres – un peu de transparence – devant les yeux – dans l’esprit – au-delà de tout imaginaire…

Bleu – comme tous les passages désobstrués – comme un visage transformé – hors de portée – le rythme naturel de la marche…

Une porte qui s’ouvre sur l’éternité…

La joie qui nous gagne en chassant le froid et la pluie…

Le vide – sans plus attendre – les yeux fermés…

 

 

Ce qui s’approche – ce qui passe – ce que tout périple efface – le poids – les couleurs ternes – le visage sans joie – notre présence désincarnée – le sable au fond de l’âme qui convertit nos rêves en dessin – notre manque, si évident, de réalité…

Un monde de fleurs et de pierres – au cœur duquel les bêtes s’ébattent – au-dessus duquel s’envolent tous ceux qui ont des ailes…

 

 

Hors des cercles du ciel – parmi les tourments et les dépossédés – au crochet des sorcières accrochées à leur balai – auprès de tous les chiffonniers de la terre – sur des montagnes de déchets hautes comme des tours prospères – dans la puanteur et la lie…

Nulle geôle et nul geôlier ; la mort – des étreintes – la rudesse des existences – comme moyens de métamorphose – comme instruments naturels au service de la vérité…

 

 

Des bruits au silence – de l’enfer au paradis – du monde au tabernacle – de la mendicité à la plus haute richesse ; la nudité – en un seul pas…

Consentir à ce qui vient – à ce qui est offert – le monde – les circonstances – la seule porte possible vers la liberté…

 

 

Des vagues successives de pardon – le nom des bêtes épelé – un par un – la longue liste des suppliciés au service de la folie humaine – debout – mains derrière le dos – tête baissée – au commencement du repentir ; des carrés – des colonnes – de visages qui éprouvent, pour la première fois peut-être, la douleur infligée ; la possibilité de l’Amour à portée des victimes et des bourreaux ; et l’évidence de la transformation (inévitable) des statuts – des attributs – au fil des histoires – à travers le cycle parfaitement exhaustif des rôles et des fonctions…

Nous – nous tous – passant, tour à tour, et indéfiniment – des paumes meurtrières à la chair meurtrie – des dents carnassières à la chair blessée – offerte – quasiment sacrifiée…

Et notre tâche – à tous – de comprendre et de se soustraire, peu à peu, au règne du sang…

 

*

 

La nuit noire – au-dessus de chaque soleil…

Et la même chose – trop souvent – au-dedans des têtes…

Des rives sans parfum dont on s’approche – presque toujours – avec crainte…

Des couleurs et des récoltes qui disparaissent…

Des fleurs et des murmures – inaccessibles…

Cette terre sur laquelle tout – presque tout – est effort et labeur – corvées et contingences – nécessité et tourments…

Des vies – comme des ombres incarnées…

Du fond de l’abîme – les mêmes cris et les mêmes bruits de pierres qui roulent – les mains caleuses et ensanglantées – à force de creuser le sol – d’essayer d’escalader les parois (trop) abruptes de ce monde…

 

 

Pourquoi vouloir offrir le monde – le ciel – le moindre geste – à ceux qui – (très souvent) à leur insu – ont décidé de fermer les yeux – de conserver leur cœur à l’abri du vent – des circonstances – des assauts – des caresses – de se soustraire à la moindre rencontre – de maintenir leur âme au fond d’un étroit cachot pourvu de grilles et de portes cadenassées…

Le froid – bien davantage qu’un contexte – un mode de vie – comme une seconde peau ; la texture de leur existence – à l’intérieur…

La pauvreté et la peur viscérales – celles de la matière depuis le début des âges – devenue, aujourd’hui, à peine consciente…

Aucune main – aucune corde – tendues – ne saurait les tirer de ce mauvais pas – les détourner de ce triste sort ; le désert – l’étouffement – la dureté des reflets d’un miroir continûment inflexible – sans tendresse – pourraient, peut-être – un jour, leur fournir le déclic – leur offrir l’étincelle et le souffle suffisant pour poser le premier pas hors de ce qui ressemble fort à la plus atroce – à la plus ignoble – des détentions…

 

 

Le chant ondoyant du silence perpétuel…

Des yeux sur la mort – égayés – comme un sens de l’infini – soudain découvert…

Des passages – de l’ombre et des chatoiements – des couleurs et de la colère, parfois, vigoureuse – comme bloqués au cœur d’un barrage – le temps d’une nostalgie – vite balayée…

L’exploration des marges – des entrailles – de la tristesse (fouillée parfois jusqu’à la désespérance)…

 

 

L’anonymat paroxystique – à l’automne – comme plongé dans la substance – l’essence même de l’âme – comme l’exact prolongement de la solitude et de l’effacement ; ce qui (nous) révèle un socle permanent au cœur des changements et des soustractions successives ; rien de construit – rien de robuste – rien de visible – bien sûr…

L’âme souple et le regard attentif à ce qui se présente – à ce qui s’offre – à ce qui s’invite – à ce qui s’attarde parfois et qui nécessite un accueil plus durable – un temps d’Amour prolongé – aussi nécessaire que l’oubli qui devra suivre…

 

 

Du bleu sur quelques miettes – des restes de rêves et de vigueur – aux confins du monde – aux marges des cités humaines – (presque) toujours…

Le cœur (en partie) affranchi de ses propres pièges…

La vie – libre – s’écoulant sans entrave ; les obstacles – tous les obstacles – acceptés – contournés ou balayés lorsque la pente y pousse…

Des haltes, parfois, comme sur une île – loin (très loin) des clameurs – des rumeurs – des mensonges – au centre de l’immensité – laissant tous les possibles se succéder – nous abandonnant à tous les états – expérimentant toutes les combinaisons du monde – du réel – de l’esprit – de la matière – de la psyché – de l’invisible – goûtant sans la moindre volonté ce qui nous traverse – ce qui nous est proposé…

 

*

 

Parfois – le jour – sur nos visages désuets – moroses – trop anguleux…

Des ombres au fond de tous les plis…

De la rosée – au coin des yeux…

Un passage et des passants appliqués – laborieux…

Nos vies – la belle affaire – une infinité d’histoires – sans (véritable) intérêt…

 

 

L’air de rien – de plus en plus…

La tête d’un oiseau – l’âme d’une pierre – la silhouette (épaisse) du vent – proche de la tempête – des gestes vifs – comme du feu – un soleil…

Et lorsque l’on se penche sur le sol – à la suite de nos pas – on aperçoit quelques empreintes humaines – des traces minuscules – presque invisibles…

Ce que nous sommes ? Qui peut savoir ? A qui – à quoi pourrait-on se fier pour se connaître…

 

 

L’or des pierres et du vent – sous nos pieds – sur le dos…

L’âme affamée de folie – trop rarement de silence…

Des jours – comme des gouttes de pluie sur la vitre sale du monde – rien de nouveau – un peu de sueur – la besogne journalière des bêtes et des hommes – la tête (trop souvent) rabaissée par le rêve des Autres – à dire les choses dans une langue incompréhensible – à dessiner sur le sable de grandes (et belles) arabesques qu’effacent les pas – toutes les danses du monde…

A se demander si nous existons (vraiment) et s’il est nécessaire d’ouvrir son cœur – d’offrir un peu de son âme – à un autre que soi…

Ce que l’on porte – Dieu – au-dedans – le seul qui puisse réellement écouter et entendre – le seul qui puisse nous satisfaire de ses gestes – de sa voix – nous combler de son Amour patient et inépuisable – comme s’il était ici-bas la seule réalité tangible – bien davantage que nous – que le monde – que tous les Autres…

 

 

Loin des nombreuses assemblées qui s’adonnent aux rêves et aux conflits – qui privilégient les voiles et l’obscurité sur les plaies diverses occasionnées par la promiscuité des corps et des âmes – très rarement tendres entre eux…

Et nous – sur cette bande de terre étroite – comme une haute colonne de solitude horizontale érigée à l’écart du monde (comme il se doit) – au cœur de l’immensité – dans la proximité du feuillage des arbres et des soubassements du ciel – à hauteur du bleu qui surplombe la méfiance – la vilenie – le sommeil…

Si seul(s) que nous n’avons jamais été aussi proche(s) de l’innocence – de la bascule qui nous affranchirait de toutes les légendes (et de toutes les histoires) humaines – inventées pour nous consoler de cette ignorance patente – de cet indiscutable inachèvement – de ce manque viscéral qui nous cloue à l’inconfort et à la tristesse…

 

 

Dans cette errance sans but – au chevet de nous-même(s) – l’essentiel du voyage – tout au long du périple – une étendue – des noms et des murs – du vent – des paroles – de la matière – surgis de nos (propres) profondeurs ; et nous – louvoyant entre les pièges – d’île en île – jusqu’à la source – jusqu’au cœur de l’apprivoisement – le monde et la mort abandonnés à ceux qui s’y résignent – de plus en plus isolé(s) et substantiellement appauvri(s)…

Dans la tête – le vide ; et dans l’âme – des ailes – l’envergure nécessaire – pour s’éloigner de la fange populeuse – de ces rives peuplées de mythes et de fantômes – de ce monde construit comme une monstrueuse mécanique au service des rusés et des puissants qui, partout, colonisent – exploitent et s’approprient…

Et nos prières – incessantes – pour enjoindre au ciel d’offrir un peu de lumière – un éclairage suffisant pour délaisser nos fausses certitudes – ce lot d’inepties et d’insanités que nous brandissons comme un étendard…

Incertain(s) nous-même(s) – bien sûr – dans la brume et la clarté – une vague clairvoyance peut-être – à peine – sans doute – une éventualité…

 

*

 

Serré contre soi – le passé non retranché – ce qui s’accroche – un fond d’espérance maladif – un besoin de réconfort – peut-être – ce qui, aujourd’hui, nous fait défaut – probablement…

 

 

L’enfance réprimée – abandonnée au profit de la parade – de la parodie de vérité – la mascarade du monde – le défilé des apparences et des faux sentiments – des idées en tête – et tous nos titres épinglés sur la poitrine ou sur le mur derrière soi…

Tous les souffles et tous les élans – naturels – stoppés net par la psyché…

La confusion et le resserrement…

Devenu secs – (bien) trop secs – sans âge – comme des spectres mal incarnés – des momies…

A peine vivants…

 

 

Derrière la vitre – la folie de rester…

L’aurore – devant – en marche – s’éloignant déjà…

Trop loin depuis trop longtemps…

Entouré de fantômes – de rêves – d’éclats passés – qui nous hantent – qui achèvent de nous clouer au monde et au temps…

 

 

Personne – dans nos bras – derrière nous – à nos côtés – comme un vide – une béance – un abîme dont l’étendue nous effraie…

Notre vie – telles des braises passées – un reste de cendres emporté par les vents…

Sans largeur – sans possible – dans ce cloître – cette débâcle sans présage – sans préavis…

Le sol sableux sur lequel s’essaye – tente de se dresser – une conscience maladroite – malhabile – bancale – pourvue d’une inquiétante déficience – pourvoyeuse de gestes infirmes – incomplets – inappropriés – qui, peu à peu, façonnent un monde malade – invalide – diminué – affublé de tous les manques – source de toutes les abominations – de toutes les atrocités…

Notre plus terrifiant reflet…

 

 

L’âme et les mains – mutilées – amputées des nécessités métaphysiques – prosaïsées d’une absurde manière…

Le ventre animal et la psyché dévolue à la protection et à l’aménagement de ce qu’elle considère comme son territoire ; et le reste (tout le reste) passé par-dessus bord – renvoyé à l’immensité…

Heureux comme des coqs sur leur bout de terre clôturé – sur leur tas de fumier – parcelle d’immondices et de laideur – pavoisant – convoitant – devisant entre eux à travers le grillage…

Des vies minuscules – dérisoires – (infiniment) provisoires – (terriblement) étrangères à l’infini et à l’éternité qu’elles portent – à leur insu…

Sans chapelet – entre les mains – une voix étranglée – au fond de la gorge – devant les tristes spectacles du monde…

Entre colère et désespérance – encore trop près (beaucoup trop près) des cris de ralliement et des mains qui égorgent…

 

 

Sous un ciel infime – minuscule – parmi des pas trop pressés – des bouches qui dévorent – des têtes jamais rassasiées par les excès de la psyché – les excès de matière – les amas de choses et d’images – les couches d’idées ramassées sans effort et jetées en désordre dans un coin du crâne…

Une joie feinte – pas même une gaieté – pas même une lueur au fond des yeux – pas même un sourire (faiblement esquissé) au coin des lèvres…

Des grilles – partout – au-dehors comme au-dedans – des territoires – des périmètres bornés – des horizons limités ; mille cages – mille détentions – simultanées – en vérité…

Au milieu d’une cour étroite et grise cernée par de hauts murs – avec au-dessus du front baissé – barricadé – engrillagé – l’immensité céruléenne (toujours ignorée)…

 

*

 

Jamais récusé – là où le désert s’aventure – aux lisières – presque toujours – l’ermite des interstices – la joie jamais chavirée – jamais enivrée – toujours vertigineuse – égrainant, le sourire aux lèvres, son chapelet de peines – les douleurs de l’âme et du monde – inévitables – équivalentes – au-delà du seuil franchissable – les quatre directions cardinales dans la main – réunies au centre – comme le zénith et le nadir – et tout ce qui les peuple…

Au cœur du cercle – l’immensité, sans cesse, assaillie par la violence et la souffrance des hommes – des bêtes – des Dieux ; l’autre versant du Divin – les pires perspectives – les pires circonstances du voyage – toutes les tristes figures du voyageur…

Inévitablement au-dehors – avant que nous ne percions le secret – avant que nous ne désacralisions le royaume – avant que l’absence ne devienne un retrait (strictement) involontaire ; une manière juste (et habitée) de se soustraire aux rôles que le monde nous a assigné(s) pour retrouver une existence naturelle – singulière – impersonnelle – exonérée des règles communes et des lois habituelles qui régentent les relations à l’Autre…

 

 

Au-dedans – parmi – au-dessus – sans contrariété…

Danse et calligraphie – gestes de la terre – gestes de l’âme – imposés par la joie ou les circonstances – la nécessité face à l’inévitable – face au tumulte du monde…

Le temps décomposé – abandonné au rythme présent du souffle et des pas ; une simple cadence…

Le sol – la feuille – sur lesquels s’enchaînent les hiéroglyphes du corps – les secousses et les fantaisies du cœur ; et tous les silences indispensables pour que nous devenions notre propre compagnon et Dieu, notre seule compagnie – et inversement (bien sûr) ; ressentir – successivement – simultanément – toutes les combinaisons possibles – dans l’existence et sur la page ; nous – le monde – le Divin – dans tous les sens – en désordre – imbriqués – confondus – sans la moindre hiérarchie…

 

 

L’étoile qui pend – accrochée là par les hommes – autrefois – et, aujourd’hui, presque fendue en deux – grignotée ici et là – dévorée, peu à peu, par l’avidité – plus grise que lumineuse – à présent…

Un peu d’air dans la voix…

Un peu d’eau dans le sang…

Et toujours trop de terre dans le cœur – sous les pas…

L’âme de l’homme rongée par sa propre ambition – et comme le monde – plus ou moins dévastée…

Arrivé(s) – peut-être – au bout de l’échelle – les deux pieds, en déséquilibre périlleux, sur le dernier barreau – en grand danger – à deux doigts de chuter – de rejoindre le néant au-dessus duquel nous nous sommes – (très) progressivement – (très) laborieusement – hissés…

 

 

Hors jeu – très souvent – loin des bruits – du bavardage – des festins – des mille frivolités du monde – profondément – viscéralement – seul – le cœur et les lèvres posés contre les choses – les yeux attentifs – l’âme qui éprouve, de l’intérieur, ce qu’offre la vie naturelle – si proche des pierres – des arbres – des bêtes – comme une fleur minuscule – incroyablement discrète – installée au milieu de la forêt – devant laquelle les uns et les autres passent distraitement – sans un regard….

Joyeuse – dans son labeur quotidien – heureuse de sa petitesse – de son anonymat – de sa fidélité au sol et aux circonstances…

Fleur éminemment passagère – amoureuse de son parfum – de son nectar – de ce qui l’entoure – de ce qu’elle connaît – de ce qu’elle ignore – de sa (très) modeste participation aux chants de la terre – aux vibrations du monde – à la célébration du jour – de l’aurore – des saisons…

 

*

 

Les lèvres jointes – blanches – le ventre contre le couteau – aussi proche de la mort que possible – sans un cri – sans un regret – attentif – avec une légère appréhension…

Et l’âme qui se balance – presque impatiente – devant Dieu – au pied de ce qu’elle imagine être son regard ou son esprit occupé à évaluer, de manière exhaustive, les paroles et les gestes – tous les actes réalisés au cours de l’existence – à mettre ceci et cela au passif ou à l’actif – additionnant – soustrayant – réalisant de savants calculs – posant tout – la moindre chose – sur la balance…

Et l’âme – fébrile – un peu inquiète – plongée tout entière dans la bêtise – l’ignorance et la grossièreté – humaines ; comme si l’Amour tenait des comptes d’apothicaire – comme si l’Amour se livrait à ce genre de bilan détaillé – à ce genre de procédé stupide et manichéen…

Que nenni ! Tout est rythme – enchaînement – émotion – sur fond de bienveillance. Et ce qui se joue – à cet instant – comme à tous les autres – n’est, en aucun cas, le choix entre le paradis et l’enfer – mais la distinction entre ce qui, en matière de sensibilité et d’intelligence, est suffisamment intégré au corps – au cœur – à l’esprit et ce qui doit faire l’objet d’un approfondissement ou d’un affinage ; ainsi, peut-être, se répètent certaines circonstances et s’expérimentent d’autres événements – d’autres situations – au-delà du jeu – pour que chacun puisse, un jour, être capable d’incarner (d’une parfaite manière) la lumière et l’Amour…

 

 

Face à face – feu contre feu – et l’immensité en commun…

 

 

Notre joyeuse démesure employée à diverses tâches – toutes (plus ou moins) relatives à l’essence – aux mille usages de l’âme…

Toute notre ardeur à vivre – et à témoigner de – l’essentiel ; l’impossible aux yeux des hommes…

Habiter un tertre transparent dédié au silence et à l’invisible – portés et célébrés par l’infime – au cœur du quotidien…

Instants – gestes et paroles – consacrés (autant que possible)…

 

 

Les heures poignantes du temps nouveau – chargé de changements et d’aléas – d’un sens puissamment métaphysique et spirituel…

Des os et de la chair précipités dans le gouffre – émergeant du vide et le rejoignant au terme de chaque voyage…

L’appel du centre et des marges – le premier au cœur des secondes et les secondes réunies au cœur du premier…

Nous – de la même couleur que la lumière – comme ce que tente d’inventer ce monde nouveau – ce nouveau langage – avec (bien sûr) les ténèbres – leur texture et leurs teintes – pleinement intégrées…

L’essor et le repli – concomitants…

L’existence – sans songe et sans avenir…

Le meilleur – sans doute – que nous ayons à vivre (et à offrir)…

Un itinéraire sans colloque ni conquête…

Le plus simple du monde – tantôt le silence – tantôt la parole…

Cet étrange voyage – parmi les Autres – sous le soleil – auprès des vivants et des morts – (presque) tous occupés – accaparés – par leurs mouvements et leur passage…

 

*

 

A l’affût – les lèvres cousues – les rêves qui planent au-dessus de la mort – les masques figés en sourire – à pieds joints dans le tombeau…

Des éclats de vie – sous la terre – autour des cercueils – des larmes retenues – des poitrines essoufflées – un soleil oblique – lointain – qui éclaire la moitié des visages – les corps qui s’imaginent indestructibles et les âmes qui s’imaginent immortelles…

La bêtise commune – aussi répandue que les vaines paroles – que les fronts soucieux – que le sang qui gicle des gorges tranchées…

Des bouts de rien – des bouts d’images et d’étoffe que le vent agite – que le vent emporte – que nous oublierons bien vite…

 

 

Des rythmes désaccordés – incompatibles – les uns habillés de chair et de rêve – les autres de ciel et de vent…

L’œil – dans la main – qui devine alors que d’autres respirent (leur vie durant) les yeux bandés…

Des rites – des jours (presque) entièrement ritualisés – au cours desquels les heures claquent comme des impératifs – des intervalles dans lesquels se glisse la somme des habitudes…

Du soleil au fond de la poitrine dégagée de tous les rouages et de tous les foudroiements…

Des cœurs amoureux…

Des bras laborieux…

Des choses que l’on porte – d’un lieu à l’autre – péniblement…

Des vibrations – des résonances – des étincelles – la naissance du souffle et des élans ; ce qui s’impose sans effort – le plus naturellement du monde…

Ici – la psyché à l’œuvre…

Là – la liberté en mouvement…

Et au-delà des contradictions et des apparences – le rire et l’immobilité commune ; ce qui se partage – en ce monde – dans la peine et la joie…

 

 

Dans un monde de fierté et de honte – le rougeoiement des faces – la mort que l’on rejette – que l’on ignore – la célébration du progrès – des individualités prisonnières des Autres qui s’imaginent libres et autonomes – les ponts qui ne sont que des frontières supplémentaires – des rangées étroites de barbelés destinées à protéger toutes les idéologies – outrancières – tapageuses – délétères – incroyablement dangereuses…

L’empire des apparences et du néant que l’on honore un peu partout – que l’on nous présente comme la panacée – le grand remède aux malheurs du monde – aux souffrances des hommes…

Et tous les Autres dont on se moque – sur lesquels on expérimente nos instruments de mort – sur lesquels s’est bâti un joug abominable – que l’on a, peu à peu, transformé en système d’exploitation – monstrueux – tyrannique – industriel – qui aliène et réifie – qui impose (partout et à tous) sa puissance et sa domination…

Misérables que nous sommes…

Une terre où se multiplient les bûchers – les boucheries – les massacres – les charniers…

La folie que l’on vend en fiole – en boîte – et que l’on achète par palettes entières…

L’entêtement de la bêtise et du poison qui s’infiltrent jusque dans les profondeurs de l’âme et de la chair…

Nous – étouffants – notre souffle – notre vie – le monde – peu à peu, étouffés…

Le jour balayé – pulvérisé – comme aboli…

Le temps des rengaines et du rabâchement – le ressassement collectif continu – la régurgitation permanente…

L’ivresse maladive des hommes – abusés par leurs propres ambitions – toutes les chimères inventées par la psyché…

L’abomination vivante – paroxystique – qui vient parachever toutes les forces destructrices passées – l’œuvre diabolique dont les hommes aiment se glorifier…

 

*

 

De la matrice au passage – en un clin d’œil…

Et le long (le très long) cheminement pour retrouver l’origine…

 

 

Les mains animées par l’Amour – les lèvres par la vérité ; l’âme et le corps réunis pour traverser toutes les circonstances…

 

 

La source du monde – dans la sève des arbres…

Des poussées de ciel – la puissance du vent…

Et nos jambes – comme du bois dans lequel circuleraient un peu de rosée – quelques nuages peut-être…

Des lambeaux de silence reconstitués…

Et les âmes – toutes les âmes – prêtes à l’Amour – à toutes les révolutions nécessaires…

L’homme dépouillé – les mains câlines – le geste précis…

La feuille – devant soi – livrée au ciel descendu – au silence consentant – aux saisons qui passent – à la terre qui se dérobe…

Le sel du monde – en soi – pas si loin de l’essentiel – sans doute…

 

 

La douleur – aux côtés de l’immuable…

La nostalgie – peut-être – d’un ressenti – d’une sensibilité incarnée…

Et – parfois – l’absence de toute gravité ; le corps léger – presque absent – vaporeux – quasi inexistant – remplacé par un sens aigu de la beauté et du silence…

La permanence d’une caresse sur l’âme – de l’intérieur ; au fond du cœur – cette immense tendresse ; l’étrange vibration de l’Amour jusque dans les tréfonds de l’être…

Les anneaux de la chair, peu à peu, remplacés par les cercles de l’invisible – toutes les parures échangées contre un peu de nudité…

Nous – rejoignant – retrouvant – devenant – l’immensité – le Divin célébrant le monde et le monde célébrant le Divin…

Le caractère multiple – et absolument équivoque – de tout visage…

 

 

Le souffle et le désir qui s’entêtent jusqu’au dernier instant – la respiration et l’espérance du vivant face aux malheurs – pour échapper à la fadeur (si souvent ressentie) de l’existence terrestre – comme une infirmité à vivre (sensiblement – pleinement – réellement) les circonstances…

Et l’acmé de la tragédie qui se fomente en silence…

 

 

De l’ombre – assurément – jusqu’au fond de l’âme…

L’espace – comme enroulé sur lui-même – comme recroquevillé sur nos peurs…

L’errance des fugitifs – le cœur chaviré par les contradictions…

L’exil qui, peu à peu, se dessine…

La nuit – et ses hautes murailles – comme un refuge – un lieu où nul n’oserait venir nous chercher…

Le parfait abri pour les siècles à venir – comme un gouffre dans lequel, un jour, nous serons tous précipités…

Comme une pente inéluctable vers la mort – l’immobilité éternelle…

 

 

Au loin – l’horizon des rêves…

Le jour au-delà de l’impatience…

Ce que l’on nous murmure à l’oreille…

La caresse des Dieux…

Le temps illimité – ce qui nous émerveille…

La bouche aux mille lèvres colorées qui pourrait embrasser notre peau – de l’intérieur – assouvir nos désirs – tous nos désirs – jusqu’à leur extinction…

Dans la proximité du ciel capable de se déployer dans la chair libre et docile – sans le moindre souvenir – sans la moindre espérance…

Puis, un jour, de la fumée et de la cendre – ce qu’il pourrait rester, à terme, de nos résistances (parfois) acharnées…

Nulle trace sur le sol – et dans l’air – le bruissement feutré d’un battement d’ailes – l’esprit délivré de nos tenailles – de son illusoire détention…

L’affranchissement terrestre – comme la seule possibilité…

 

*

 

Au cœur de nous-même(s) – cette tension hors d’atteinte – l’essence – l’invisible dissimulé par l’apparence du monde…

 

 

Rien de l’homme – rien de connu – rien de prévisible ; ce que nous sommes – exactement – aussi éloigné(s) de ce que nous croyons être et connaître que de ce que nous imaginons – élaborons – échafaudons – quelques vagues pensées construites avec un peu de sable et de vent ; un peu de poussière sur le sol du monde – sur l’ossature du temps – la nuit et le néant – sur ces rives terrestres où l’on traîne péniblement les pieds – sa carcasse – son lot d’idées et d’images inutiles – entre l’abîme et la mort – prisonnier(s) de ses propres sables mouvants – de tous les marécages de l’univers – comme égaré(s) dans ce grand désert où les âmes se heurtent à (presque) toutes les impossibilités…

Dans les plus lointains replis du jour…

Comme désorienté(s) dans notre (irrésistible et pitoyable) quête d’immensité…

 

 

Sur notre peau millénaire – la lumière première – le regard des Dieux – la main des Autres…

Et sous la chair – des colonnes de visages – nos aïeux – notre descendance – en ordre de marche – les corps – tous les corps – soudés au nôtre…

Et dans l’âme – le vide et l’énergie originels ; la sagesse aux prises avec l’absence – le sommeil – l’obscurité ; le déploiement (progressif) du silence – la vérité qui tente de se redresser – de percer l’épaisseur et l’opacité…

Nos voyages – multiples et ininterrompus – l’éloignement de la source – et le gisement (inépuisable) des élans – des forces – de la matière…

Ce qui tourne – depuis toujours – autour du même axe – qui se rapproche et s’éloigne du centre – successivement – simultanément – et qui, parfois, le devient et qui, souvent, s’en croit exclu – étrangement attiré par les cercles les plus lointains – à l’extrême périphérie du monde…

Notre respiration commune – éternelle – notre souffle incroyablement vivant – qu’importe où nous nous trouvons – qu’importe la distance qui nous sépare de la matrice…

 

 

Traces de ciel sur le sable…

L’empreinte des Dieux sur la chair…

L’âme docile – prête à l’envol – aux meurtrissures – à la douleur – à son immersion dans les eaux noires du monde…

 

 

Le cri – la flèche – le fleuve – en un chemin unique…

Du feu – l’explosion et la dispersion des éclats…

L’enfance qui se partage…

Le jour qui éclipse les saisons…

La joie en tous lieux ; tous les possibles délivrés du joug de nos exigences…

Le sol – l’âme – le soleil – fragments du même royaume où cohabitent la source et la multitude…

Tous nos états – toutes nos couleurs…

 

 

Le passant de l’entre-deux – d’une rive à l’autre – dans le passage oublié…

La chair et la nuit – complices – surmontées, parfois, des ailes de la Providence…

Toutes les larmes du monde qui s’accumulent comme une chance permanente – la possibilité de s’affranchir de nos habitudes – de nos certitudes – de nos croyances…

D’un seul regard – toutes les têtes découronnées ; l’âme – toutes les âmes – mises à nu – entre la naissance et la mort – le seul chemin…

Une distance avec l’Amour – à réduire – comme un fil à rompre avec la mémoire – le poids terrible des souvenirs…

Un pas – mille pas – ce qui s’ouvre – de l’intérieur – au-dedans – comme les portes d’un temple édifié au nom de la confusion et de l’immensité – du chaos – de l’ordre et du déséquilibre naturels…

Bien davantage qu’à notre image ; ce que nous sommes – exactement…

 

*

 

Sous les arbres et la neige – la langue silencieuse – la parole rare – la chair précieuse – enveloppée de tendresse…

L’Amour – au centre et aux extrémités…

Seul – comme il convient – en compagnie de nos frères – au cœur de cette communauté sauvage et insensée – soudés par l’invisible et notre éloignement commun du monde humain…

Nous – comme sur l’île d’un archipel – au milieu de l’immensité…

Nos âmes et notre chair – collées ensemble – comme une frontière – un rempart contre la barbarie exercée par les hommes…

 

 

Des yeux qui veillent sur la pierre – parmi des visages endormis…

Des bras inertes dans la poussière…

Des corps morts et allongés…

Le sang des uns – l’odeur des autres – qui se mélangent – qui ne torturent que les plus sensibles – toutes les âmes vouées à d’autres rives – étrangères aux pillages – aux saccages – aux visages déformés par le désir – la tristesse et la haine – étrangères aux cœurs cadenassés – aux figures craintives et ignorantes – sur le chemin qu’ont dessiné ceux qui souhaitaient percer le mystère – découvrir la vérité et la vie authentique – au-delà des mythes – des manques et des mensonges – au-delà des rêves et des ambitions communes – une sente étroite au cœur de l’existence – bordée par la nuit – les abîmes et le monde – peuplés de quelques fantômes – et qui s’élève peu à peu – (très) modestement – vers le ciel – le bleu – l’immensité – cette étrange étendue qui surplombe les têtes – les fêtes – les danses – toutes les circonstances – et qui a banni le rouge ruisselant de son sol au profit de l’innocence et de la lumière…

 

6 mai 2025

Carnet n°317 Et si le monde était l'exil

Mars 2025

En deçà du monde

Là où il n'y a ni route, ni voyageur

Là où le pas devient léger

Comme un souffle

Porté par les vents

Qui mènent au-delà du monde

 

 

Brouillon

Quelque chose comme des graffitis

Portrait d'une âme en quête

Récit d'une (longue) traversée

Entre ce qui précède l'homme et ce qui le prolonge

Sans que rien soit certain

 

 

Devant le monde et l’immensité

Tantôt face au vide

Tantôt face à un mur

Et l'ardeur qui pousse à comprendre et à franchir

 

 

Plein de corps et d'absence

Pleins de coups – de cris et de silence

Ce monde

Cette danse

Cet étrange voyage (sans retour)

 

 

Au cœur de l'étreinte

Cette joie ; cette intimité ; cette tendresse

Aussi inconsistantes que le reste

 

 

Hors du rang

L'âme

Dans les bras de Dieu

Au cœur de l'enfance

S'abandonnant

 

 

Un arbre

Une pierre

Une fleur

Un peu de vent

Et cette entaille au fond du cœur

Le monde tel que nous le vivons

 

 

De plus en plus discrets ; incisifs ; naturels

De moins en moins discutables

Les mots et les gestes

L'âme et l'existence

Fidèles (si fidèles) à leur pente

(Sans rien avoir à prouver à quiconque ;

sans jamais rien demander à personne)

 

 

Ici

Au cœur de l'étreinte

Alors que la tête traîne encore Dieu sait où

 

 

Attentif à la limite

Et à l'épuisement

Et à conserver quelques forces

Pour les derniers franchissements

 

 

Sans trop savoir quoi dire

Face au monde

Face au silence

Et de moins en moins capable de témoigner

 

 

Sans autre chose à dire que ce qui se vit

Le cœur (presque) parfaitement accolé au reste

Et ses battements calqués sur la respiration de la terre

Sans doute moins homme qu'il n'y paraît

A la manière de la pierre – de la fleur et de l'arbre (malgré lui)

 

 

Des mots

Lancés comme des fleurs vivantes

A la face du monde

 

 

Au milieu des herbes folles (et des fleurs dansantes)

Au milieu des nuages et de la rosée

Alors que la mort et le vent emportent tout

 

 

Rassemblé en prière

Rassemblé en choses vivantes

Ce qui se dit

Et ce qui se tait aussi

 

 

Sans savoir

Et troublé au plus haut point

Par ces masques et ces instincts érigés en monument

Par cette longue (très longue) série de cruautés et d'abominations

Abandonnant le préférable

Pour laisser (peu à peu) advenir l'impensable

 

 

Là où l'on se tient

Sous le joug de ce qui s'impose

Là où tout s’amoncelle

Là où tout s'embrase

Là où tout disparaît

Visage après visage

Pierre après pierre

Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien

 

 

S'abandonnant aux reflets

Au milieu des épreuves

Puis enjambant le monde et les miroirs

Cessant d'être sous la coupe de ce qui croit exister

 

 

Temps ; gestes ; vies – éparpillés

Comme mille éclats ; mille plaies ; mille tentatives – autour de la mort

A travers lesquels l'infini danse et se déploie

Plongeant en eux ; les traversant ; les transformant

Œuvrant et jouant sans relâche

 

 

Outil de l'éternité

Comme les pas dans la neige

Comme le vent dans les arbres

Et presque personne pour rendre grâce

à l'empreinte éclatante de l'invisible

(qui – bien sûr – s'en moque)

 

 

La chair fidèle

Le cœur docile

L'esprit loyal

Unis à l'âme et au geste silencieux

 

 

Sans parole

La justesse

 

 

Instant – peut-être

Qui peut savoir

Comme un temps écoulé

Comme un monde oublié

Comme un cœur sur la pierre

Avec un peu de chair autour

Et un œil qui voit (encore très partiellement – sans doute)

Et un esprit moins aveuglé (assurément)

Posant un pied devant l'autre

Pour s'assurer de l'inimportance des pas

 

 

Parfois se dire

Et puis – après réflexion – se taire

Pour aller au-delà de la parole

A la manière du geste spontané

Laisser faire

Accueillir et accepter

Devenir (devenir entièrement) ce qui surgit

Et disparaître derrière ce qui apparaît

Puis s'enfoncer

Pour retrouver ce retrait des profondeurs

Avant que ne surgissent d'autres nécessités

 

 

Passager d'un Autre

Et hôte aussi de quelques-uns

Comme si le ciel et la terre avaient été mélangés

avant d'être (très) singulièrement répartis

 

 

Le cœur frotté au monde et au mystère

 

 

Entre terre et lumière

Entre allégresse et labilité

 

 

De l'autre côté du ciel

Le même monde

L’œil – sans doute – plus sensible et moins soupçonneux

 

 

Quelque chose de Dieu en l'homme (bien sûr)

[Jusque dans ses gestes les plus barbares]

 

 

Qu'importe ce que nous vivons

Et qu'importe ce que nous faisons vivre

Car tout – sans doute – a été consenti

 

 

Devant le mystère

Le cœur (trop souvent) frappé de stupeur et d'amnésie

 

 

Aux mains de ce qui nous engendre ;

de ce qui nous façonne ;

de ce qui nous achève

En train d'apparaître ;

de continuer et d'en finir – perpétuellement

Comme prisonniers du temps et de l'épaisseur

A travers le feu – le souffle et la lumière

Foyer de toutes les forces

Et nous faisant chahuter

(et caresser quelques fois – bien plus rarement)

par toutes celles qui nous entourent

 

 

Comme le sable ; l'eau et le vent

En dépit de tout

 

 

A travers le souffle ; l'esprit ; le pas

La sensation d'un ailleurs ; présent partout

Balayant le monde et les visages

Balayant le sommeil et la mort

Déposant au fond de chaque âme et de chaque chose –

d'infimes bouts d'infini

Quelque chose (bien sûr) du refuge

Au milieu de tous ces coups

Au milieu de tous ces cris

 

 

Continuer

Jusqu'à tout transformer en soi et en rien

Jusqu'à tout convertir en rire

Sans doute le seul chemin

La seule issue

La seule possibilité

 

 

Où que l'on soit

Le même ciel – au-dessus des têtes

Qui nous regarde

Et qui – parfois (bien plus rarement) – nous habite

 

 

Témoigner

Comme le geste

Au cœur de l'instant

[Sans jamais s'inscrire dans la durée]

 

 

Alors que là-haut

Alors que partout

Bien sur

 

Fragile (très fragile) ici

Et qu'importe

 

 

Au-dedans de ce qui vit – en nous

Comme un toit sur nos errances

Un chemin relié à tous les autres

Un temple qui mène au fond du cœur

Et aux paumes ouvertes aussi (bien sûr)

 

 

Quelque chose de Dieu

Au fond de l'âme ; de la chair ; de l'esprit

Au cœur des gestes ; des pas et des mots

Qu'importe alors le chemin et le voyage

Qu'importe alors la nuit et l'ardeur à chercher la lumière

 

 

Au bout

De quoi ?

De la vie ; de l'attente ; du passage

Après tant d'efforts et d'espoir

Après tant de peurs et de nuit

Et pour quoi ?

 

 

Au bout déjà

Avant de parvenir à quoi que ce soit

 

 

Au-dedans du manque

Ce que nous cherchons

Si désespérément

Ce dont nous débordons – pourtant

Et que nous apprenons – peu à peu – à reconnaître

A mesure que le cœur s'explore ; se vide ; s'offre ; s'abandonne

 

 

Et cette joie

Et cette inconsistance

Au-dedans du vent

Comme au cœur de la lumière

Face à ce qui vient

Face à ce qui s'en va

 

 

Allant (essayant d'aller)

Comme toujours

Au-delà du mensonge et de la confusion

Au-delà même du témoignage

Sans rien connaître (pourtant) ; ni de l'Amour ; ni de la lumière ; ni de la vérité

[Enfoui(s) – en nous – si profondément]

 

 

La chair du monde

L'esprit des Dieux

Le cœur des rêves

Et l'âme des Autres

Glissant entre le feutre et la feuille

Et devenant (parfois) l'encre du poème

 

 

Le cœur dispersé

Comme le vent qui sèche les larmes

Comme l'âme du monde

Seul ; au milieu des pierres et des étoiles

Avec dans la chair

Le ciel et la sauvagerie

Ce qui est nécessaire aux vivants (et, quelques fois, à la poésie)

 

 

Mélangé au rêve et au périssable

Mélangé à l'horreur et à la folie

Ce qui n'a de nom

Et qui nous offre aussi sa tendresse

 

 

Grandissant

Au-dedans

Accroissant le territoire ; la terre d'accueil

Repoussant les bords du monde vers l'horizon

Apprivoisant (peu à peu) l'étrangeté (toute l'étrangeté)

La transformant en familier ; puis lui offrant une place au cœur de l'intime

Laissant tout se creuser

Réduisant l'importance et l'épaisseur

Renforçant l'inconsistance

Refusant le règne du monde et du temps

S'abandonnant

Disparaissant (sans même s'en apercevoir)

N'existant déjà plus

 

 

Simplement

Proche et présent

 

 

Le cœur penché

Et les pieds encore dans les éboulis

Sur cette pente étrange

Au-dessus (juste au-dessus) des sables mouvants

Où se débat la chair empêtrée

 

 

Peu à peu

Moins que rien

Avec à l'intérieur

Cette force invisible

 

Apprenant (peu à peu) à devenir comme le vent

 

 

Près du silence

Les yeux ouverts

Sur le mystère et l'énigme du monde

Et la main ; et le cœur – de plus en plus – caressants

 

 

A la verticale de ce qui voit

Le feu des origines

Cette danse ardente

Qui engendra les mondes

 

 

Hissé au-dessus du soleil

Comme l'arbre et l'oiseau

Comme le jour et les étoiles

Debout

Le front bien haut

 

 

Le geste magique de celui qui sait ; de celui qui sent

Aussi juste que la vie

Aussi tranchant que la mort

 

 

Au-delà des nuées

Encore très approximativement (sans doute)

Comme une trouée de lumière

Un contact avec le souffle et l'invisible

Au cœur de la respiration du monde

Comme une autre manière de se tenir debout ; de se sentir vivant

Moins épais

Plus fragile et friable

Et invulnérable sans doute

Comme si le vent avait remplacé la matière – l'espoir et la peur

 

 

Infiniment

Dans le refus (naturel) des frontières

Dans l'impossibilité de revendiquer le moindre territoire

Trop avisé (sans doute) pour accorder une place

au mensonge – au lointain – à l'étrangeté

 

 

L'intimité du monde

Comme si le lointain s'était rapproché

Comme si le cœur l'avait absorbé

Afin de vivre les yeux (innocemment) fermés

 

 

Comme abandonné

Offert à la pluralité

Offert à l'indistinction

Sans se soucier des hommes ; du monde ; du temps

Ni même de la nuit ; du rêve ; de la mort

Esquissant (simplement) un discret sourire

 

 

Disparaissant

Au fond de la blessure

Le cœur appuyé contre le silence

 

 

La nuit parfaite

Comme le reflet du mystère

 

 

Au creux de la lumière

Ce souvenir qui nous hante

 

 

Qu'importe le mythe ; la fable ; le rêve

Qu'importe le monde

Et ce qui se dit sur eux

Pour celui qui voit ; pour celui qui sent

Pour celui qui reconnaît la lumière au fond du sommeil

 

 

Rire devant la soif – l'impatience et l’acharnement des uns

et l'indolence et l'oisiveté des autres

Et devant ce pas de côté inutile

pour échapper aux bruits et à l'effervescence du monde

Infime parcelle de la trame

Si parfaitement indissociable du reste (de tout le reste)

[et sachant que rien ne peut être évité]

 

 

Figures du monde

Fenêtre sur la nuit

Un peu d'encre jetée dans l'âme

Autant de vaines tentatives

Quant au reste et à la suite

Que dire ?

 

 

Sans mot

Sans personne

Sans même la lumière

 

 

Sur les bras

Le jour ; la peine ; le rêve ;

la misère ; le monde ;

la vie ; la mort ; la gloire ; la lumière ;

la sagesse ; la folie

Ce qui pèse (ce qui finit par peser) de tout son poids

Vaudrait mieux s'abandonner –

offrir son existence et son âme – à ce qui passe

Et ne rien retenir lorsque cela nous quitte ;

lorsque cela s'en va

 

 

Criblé (s) d'éclats

Retrouvant (en quelque sorte) l'envers de la lumière

Le cœur de notre vie

Un pied déjà dans la tombe

Et l'autre (encore) dans la matrice

Écartelé(s) par le voyage

Tourmenté(s) par les catastrophes

Celles d'autrefois et celles à venir

Prisonnier(s) du passage (à vrai dire)

Comme englué(s) dans la matière

Dans l'étau invisible

 

 

Dieu

Entre les mains de tant de forces

Laissant faire

Se laissant faire

S'abandonnant aux règnes

Au milieu du monde

Au milieu des pierres

Au milieu des bêtes et des hommes

Au cœur de la solitude

Au fond de l'abîme

Et au-dessus

Comme l'empreinte du ciel sur la chair et l'esprit

Offrant aux âmes leur destin

Sans rien maudire ; sans rien contester

Ni l'éden – ni les enfers

Ni le dehors – ni le dedans

où (presque) tout est plongé

 

 

 

Tout sait être

Tout sait trouver sa place et son chemin

En dépit de ce que l'on pense des choses ; des Autres ; du monde

des hommes ; des fleurs ; des arbres ; des pierres ; des bêtes

 

 

Lentement

Très lentement

Aller et venir

Autour du même seuil

Autour de tous les seuils

Trouver un passage

Pour retourner là où tout a commencé

 

 

De plus en plus démuni et dénudé

De plus en plus proche du plus grand dénuement

et de la plus grande fragilité

A mesure que grandissent – en nous – la force et la lucidité

 

 

Ainsi

Au seuil

Sans retour possible

En équilibre

Sur le fil intérieur

 

 

Sans certitude ; sans assurance ;

sans la moindre garantie –

d'approcher la lumière – de ressentir la tendresse –

d'entrevoir la vérité – de pénétrer le mystère

Et si vous saviez comme l'on s'en moque...

 

 

Le cœur flottant

Le cœur pierreux

A la manière d'un destin

Une signature de l'air et de l'eau

Une signature du feu et de la terre

Une manière de vivre

Au milieu des âmes et de la chair

 

 

Un peu de soi

Un peu de vie

Et beaucoup du reste

 

 

Éclats de chair et de ciel

Éclats de jour et de poème

Ce qui s'insère

Dans le passage

Sous l’œil qui voit

 

 

Aveuglément

Qu'importe la lumière

Qu'importe l'obscurité

Bout(s) de vie sans bilan

Sans début ; sans fin ; sans recommencement

Entre la joie et le sang

Entre le sortilège et les larmes

Au milieu des choses et des possibles

Au milieu des prières et des épreuves

Sous le règne du jeu et de la transformation

Allant ; allant (ne cessant jamais d'aller)

 

 

Le jour pressenti

Par le cœur aveugle

Dans la pénombre du monde

Caché derrière ce qui vient nous défaire

 

 

A trop dire

Sans voir

Puis, de plus en plus silencieux

A mesure que l'énigme s'éclaire

 

 

A tournoyer

Au cœur de la confusion

Au cœur de l'épaisseur

Sans l'appui de l'esprit

 

 

Le ciel et l'âme

Et quelques fragments du monde

cachés au fond du poème

Jeté(s) par-dessus l'ignorance et la prétention ;

par-dessus mille choses dérisoires

Comme un cri ; une prière – lancé(e) vers le ciel –

presque sans raison

 

 

Comme un arbre

Comme une fleur

Au milieu des bêtes et des lutins

Au milieu des elfes et des dryades

Au milieu de tous les esprits de la forêt

Bras tendus

Prêt(s) à toutes les étreintes

A toutes les écorchures

A toutes les dévorations

A toutes les catastrophes

A toutes les célébrations

 

 

En soi

Tous les signes ; déjà –

de ce que nous sommes ;

de ce que nous serons

 

 

Comme un soleil

Sur le monde

Sur l'âme

Sur la peau

Sur le poème

Ce regard de tendresse

Cet œil sensible et caressant

Attentif à conserver intacts le contact et l'innocence

 

 

L'âme

Tentant sa chance

En dépit des risques ; des mises en garde ; de l'épaisseur

S'offrant à ce qui passe

[et qu'importe si cela l'élève ou l'écrase]

S'abandonnant sans résistance aux forces du monde

 

 

Allant

A la manière de l'arbre qui s'étire invisiblement

Comme tiré du dehors

Comme poussé du dedans

Croissant à son rythme

Sans jamais être – ni se sentir – écartelé

Dans une ascension involontaire et naturelle

 

 

Sous la lune qui sourit

A la manière d'une figure immense

Offerte

Au-delà de tous rituels

Flottant dans le ciel

Sous une lumière

Qui laisse intacts l'ombre et le mystère

 

 

Aller

Jusqu'à l'impossibilité du monde

Jusqu'à l'effacement du temps

Pour entrevoir

Derrière les voiles déchirés

Le vide fascinant de l'espace

Traversé par quelques rêves

 

 

Des étoiles et de la matière ;

un peu de poussière dans le ciel

 

 

Le cœur épris

Au seuil de l'impossible

Au seuil de l'impensable

Arrimé à l'envergure

Au plus près de l'immobile

Rivé à l’œil

Dans lequel tout se tient

 

 

La matière

Ballottée et ballottant

Apparaissant et disparaissant

Au gré des vagues

Et l'esprit

A l'origine des mondes – des courants et des vents

S'amusant de ces danses chaotiques

 

 

Tout contre soi

Ce qui nous est confié

Sans doute – le plus précieux

Et qui pourrait

En un tour de main

Nous être arraché

 

L'innocence plongée dans le magma épais du monde

Montant et descendant

Circulant et s'immobilisant

Riant d'être engluée dans cette coulée imaginaire

 

 

La terre au cœur

Vécue

Sans pensée

Sans appétit

Si amoureusement

 

 

Si près de la peau des bêtes

De l'écorce des arbres

Du tapis de feuilles et de roche qu'effleurent les pieds

Et de leur âme ; plus vivante (bien plus vivante) que celle des hommes

 

 

Cette joie ; cette tendresse ; ce soulagement

En voyant les bêtes sauvages

Échapper à l'homme

Et en voyant la liberté (et parfois, la résistance à l'oppression)

de celles qu'il a domestiquées

 

 

Laisser ce qui blesse se transformer en sa propre chair

Grâce au travail (involontaire) de l'âme – de la tendresse et du temps

 

 

De l'intérieur

Le monde

Le secret

L'Amour

La lumière

Comme si tout était absorbé

 

Le cœur plein

De ceux qui n'ont pas de réponse ;

qui restent silencieux

mais qui sentent et savent

 

 

Sans mensonge

Sans emprise

Seul donc

 

 

Le poids de l'ombre

Sur le dos

Et qui s'affole

A la vue de la lumière

 

 

Le cœur maintenu

A l'intérieur

Là où la fissure s'est élargie

 

 

Entre le vide et l'épaisseur

Le temps que dure l'effacement

 

 

Et si le monde était l'exil

Et si la solitude était le royaume

Et s'il n'y avait d'autres lieux que l'Amour et la lumière

 

 

Le ciel

Par-dessus la peau

Et – au-dedans – ce qui vieillit

Ce qui est amené à mourir

Ce qui est amené à pourrir

Et plus haut

Et plus profond encore

Ce qui échappe au monde et au temps

Et le lieu aussi de tous les recommencements

 

 

Par-delà la terre et le ciel

Par-delà la vie et la mort

Par-delà le corps et le poème

Ce que contient le souffle et le sang

Le plus vieux rêve du monde – peut-être

 

 

Sur le même fil – étrange et vivant –

que celui où la mort danse de manière ininterrompue

 

 

Rien

Du dehors

Seulement l'étrangeté et l'hébétude

Et cette tendresse

A l'intérieur

Qui apprend – peu à peu – à rayonner

A se répandre de cercle en cercle

Jusqu'à tout recouvrir

Jusqu'à submerger le moins aimable et le plus lointain

 

 

Peu de bruit (si peu de bruit)

Quelques gestes

Quelques pas

Des rires

Peu importe la poigne du temps

Le cœur penché

Sur l'ombre ; le manque ; l'invisible

Ce qui nous traverse momentanément

 

 

Ces larmes

Dans les yeux ouverts

Alors que d'autres (la plupart des Autres)

Rient le cœur fermé

 

 

Vivant

Au fond de la voix

Ce qui se tait

Ce qui se crie

Et qui se transforme parfois en poème

 

 

Le poème transformant, parfois, le monde

en lanières de chair offertes aux âmes révulsées

 

 

 

L'invisible et le vent

Traversant tout

Comme un territoire à saccager

Manière d'offrir assez de violence et de nudité

Pour bâtir (rejoindre plus précisément) un empire vide et innocent

Une terre sans frontière où l'on pourrait se tenir debout

Et vivre fragile et confiant

 

 

Au fil des mots qui se répètent

Le visage de plus en plus caché

L'âme de plus en plus droite

Les pages de moins en moins compréhensibles – peut-être

Comme une offrande au ciel et au monde

Et qu'importe ce qu'ils en font

Suffisamment habité pour être joyeux au cœur du silence

 

 

L'âme

Si près des choses

Qu'en se penchant sur elle(s)

On entend battre le cœur du monde

 

 

Davantage qu'un corps ; qu'une âme ;

Davantage que quelques mots offerts au monde

Presque rien pourtant

Et capable aussi – étonnamment – d'accueillir le plus qu'infini

 

 

Paroles murmurées

Depuis l'autre côté du cœur

Là où le hasard et le monde ne sont plus même des idées

 

 

Allant là où rien ne peut finir

Là où rien n'a jamais (véritablement) commencé

 

 

Sur la pierre grise

Des siècles

Comme une fête

Comme un refus

Comme au seuil d'un ciel interdit

Se balançant

Entre le monde et le possible

Jusqu'au dernier souffle

 

 

Face à l'inquiétant mystère

La main rassurante de Dieu

Par-dessus nos prières

 

 

Quelque chose d'enfantin

Dans la vie des hommes

Et quelque chose de l'enfance

Dans l'existence de celui qui sait

 

 

Sur la pente de l'invisible...

Tant de glissades

Tant de culbutes

Et presque jamais de franchissement

 

 

Là où va le poème

porté par le vent

Au fond du cœur quelques fois

Avec quelques larmes en guise de réponse

En guise de remerciement

Comme la plus belle des récompenses – sans doute

 

 

Là où le chemin s'arrête

Le cœur, lui (bien sûr), continue

 

 

Comme s'il n'y avait

Ni rêve ; ni monde

Juste ce grand « je ne sais pas »

Avec lequel il faut apprendre à vivre (aussi joyeusement que possible)

 

 

Par où passer ?

Par la terre ?

Par le ciel ?

Par le geste ?

Par les mots ?

Et si l'on restait là plutôt

A s'étreindre et à contempler

 

 

Bien plus loin que l'histoire

Bien plus loin que là où vont les pieds

Bien plus loin que là où se posent les yeux

 

 

Dans l'atelier de l'âme

Silencieusement (si silencieusement)

Sans alphabet

Sans rien faire

Sans rien inventer

Sans rien fabriquer

Pour laisser émerger

Du fond du mystère

L’accueil ; l'Amour ; le recueillement

Et, parfois, le refus et la rébellion

Selon le poids du rêve ; le poids du monde ; et l'inclinaison du cœur (du moment)

 

 

A travers les siècles

Malgré tout

Intimidé

Et sans assurance

Les yeux haut sur le visage

Presque détachés

Comme posés entre le monde et le ciel

 

 

Dans ce recoin de l'espace

L'âme

Sous les vents bleus

Alors que partout s'enhardit la haine

Alors que partout la douleur défigure le monde

 

 

Aller

Sans plus savoir

Vivre

Sans mur

Sans se heurter

Se laissant porter (et emporter aussi – bien sûr)

Dans le flux du monde

Les courants de l'espace

Indéfiniment

Aller

Sans pouvoir comprendre ; ni mettre des mots sur ce que l'on traverse

 

 

De temps en temps

Immobile

Puis, reprendre la route

Continuer cet étrange voyage

Là où il n'y a ni voyageur ; ni mouvement ; ni paysage

Seulement ce qui passe

 

 

Au milieu d'un énigmatique défilé de figures et de choses

Au milieu d'un étrange cortège de rêves et de fantômes

 

 

Être

Devant le jour

Le monde et l'infini

Le silence et la lumière

L'ardeur et la violence

L'ignorance et l'infamie

La sagesse et la paix

Exactement

Comme si l'on était devant soi

 

 

Plus lentement

Dans les interstices de la lumière

Le jour fragile

Le cœur étreint

Dans l'intimité vivante du monde

L'innocence et la sauvagerie réunies

Là où Dieu a posé la main

Là où nous avons eu l'audace de faire quelques pas

 

 

La malice du piège qui nous fait croire au miracle

Et la malice du miracle qui nous fait croire au piège

 

Et si tout n'était – en fait – qu'un rêve

Quelque chose qui nous ferait croire

tantôt au miracle – tantôt au piège –

tantôt au deux simultanément

Presque sans jamais entrevoir la malice du rêve

 

 

Alors que tout est là

Que tout se tient entre le silence et le monde

Ce dont rend compte parfois le poème

 

 

En quelques mots

Dire

Ce qui est

Ce qui passe

Ce qui reste

Ce que l'on pense et ressent

 

Témoigner de toutes ces façons d'être au monde ;

de toutes ces façons de célébrer la terre et le ciel

 

 

 

Comme coincé(s) – semble-t-il –

entre le mur des rêves et le mur des prières

Vivant sans savoir – en somme

Préférant imaginer

Préférant espérer

Réduit(s) peut-être aux fonctions les plus naïves de l'esprit

Sans voir le ciel – ni entre les murs ; ni en soi

Ne le contemplant que de temps en temps au-dessus des têtes

 

 

Avec la force d'un Autre

Entre les mains

Entre les tempes

Et entre les parois du cœur aussi

Serviteur(s) docile(s)

Qui que nous soyons

Quoi que nous en pensions

 

 

Nous rapprochant

Peut-être

Dans l'arrière-cour des souffles

Là où bien trop peu d'hommes osent s'aventurer

 

 

 

Comme un bout de nuage

Au fond de la tête

Qui favoriserait

Cet air si rêveur

La légèreté des pas

Et le bleu de la parole – quelques fois

 

 

Un peu de vérité

Et sans doute même davantage

Au fond de la bouche qui se tait

Et parfois même dans ce qui en sort

 

 

Là où surgit la lumière

Le cœur et la chair étonnés

De voir sortir de l'ombre

Tant de rêves et d'obscurité

Tant de possibles et d'adversité

 

 

Entre le monde et la mort

Nos gestes

Le mystère

Et le sang des Autres

 

 

Le monde

Offert aux yeux et aux mains

Nourrissant le contact

Et l'étreinte

Et la possibilité de la joie

[pour les plus sensibles]

 

 

L'homme

Comme toute autre créature

[ni moins ; ni davantage]

Maille composée d'invisible et de matière

Dans la grande trame mystérieuse

 

 

Tombé là

Tout tremblant

Sans bouger

Sans rien trouver

Comme plongé au fond d'un œil

Comme plongé au fond d'un cœur battant

 

Et, parfois, une chair à délivrer de toutes les emprises

 

 

Au milieu des images et de la mémoire

Loin (si loin) du réel

Comme derrière un épais rideau

Jeté entre l’œil et le monde

Entre la tête et le reste

Regardant ce qui passe

A travers ce voile opaque

 

 

Si plein de mystère et de cosmos

Alors que le sang coule

Alors que le monde s'enflamme

Le cœur se balance

Entre la matière et la lumière

Entre le rêve et le possible

Toujours partagé

Comme s'il habitait (simultanément) les deux royaumes

La patrie de l'homme

 

 

Ici

Éternellement

Et quelques fois

A sa place

Lorsque le rêve quitte le sommeil

Lorsque la parole quitte le langage

Lorsque le geste quitte le monde

Lorsque le pas quitte la route toute tracée

Lorsque l'on ose aller – et se montrer – nu(s)

Tel(s) que nous sommes

 

 

Sur la pierre

La peau caressée

Comme celle des bêtes

 

Et dans le ciel

L'âme embrassée

Comme celle des Dieux

 

Et les uns assoiffés (toujours assoiffés) de sang

Et les autres ; les mains jointes en prière

 

Le cœur de l'homme ; depuis toujours si partagé

 

 

Ici

La joie

Et là

Ce qui nous entoure

Si mystérieusement mélangés

 

 

Sans autre manière de vivre

Guidée par la mémoire et les instincts

 

 

Longé le monde

L’œil attaché au mur

Allant plus loin

Tournant en rond

S'enfonçant dans l'épaisseur

 

 

Le soleil rouge

Sur cette terre sans hasard

Au cœur du manque

Là où les yeux cherchent (et se cherchent)

Là où les mains s'empoignent et se servent

Animés par le désir et la faim

Plus que les bêtes encore

 

 

Posés

Ensemble

De la même couleur que l'air

 

 

Le cœur en fuite

Le cœur combattant

En ce monde

Où la faim est meurtrière

Et où le gîte et la reproduction relèvent (si souvent) du territoire

 

 

Assez tendrement

Le cœur et la main qui s'avancent

Vers la mâchoire (toutes les mâchoires) du monde

 

 

Comme une offrande

A ceux qui prennent

A ceux qui s'emparent

A ceux (lorsqu'il leur arrive d'y penser) qui n'y voient que folie ou sacrifice

Jamais un geste d'Amour

Jamais un geste de bonté

 

 

La main de l'abondance

Au cœur de notre misère

Comme si Dieu avait embrassé le monde

Et laissé quelques traces ; quelques empreintes sur la pierre

Là où la nuit – les rêves et les mythes – n'ont pas réussi à s'installer

 

 

Aussi digne devant Dieu

que devant ce qui nous rend dégueulasse ;

que devant ce qui peut nous déglinguer ;

que devant ce qui nous fait dégringoler

 

 

Le cœur posé au loin

Contre la douleur

Entre la cage et le ciel

Le poids du monde

Sur les épaules

 

 

A rire de l'indistinction

Sous cette lumière (encore bien) trop imprécise

 

 

Comme un arbre

Comme le vent

Et ce que le monde ignore

 

 

Parfaitement fou – peut-être

Mais bien plus joyeux qu'autrefois

 

 

Fou aux yeux du monde

Alors que – bien sûr – la lucidité s'aiguise

 

 

L’œil aussi tranchant qu'une lame

Non pour découper le réel (comme le fait l'esprit de l'homme)

Mais pour détacher l'essentiel du superflu ;

la lumière de ses scories ;

la tendresse de ses imitations

[Sans ignorer – bien sûr – que tout se mélange (très) joyeusement ;

et qu'il n'y a rien à trier ; rien à rejeter ; rien à conserver ;

sachant que l'on se moque autant de l'essentiel que du superflu ;

autant de la lumière que de ses scories ;

autant de la tendresse que de ses imitations –

sachant que le réel n'est qu'une sorte de rêve]

 

 

Au fond de la caverne

Encore

Celui qui sommeille

 

 

Celui qui crie

Celui qui chasse

Celui qui défend son territoire

L'animal à deux pattes

 

 

Dans l'exact prolongement des malheurs

Notre tête

Comme une flèche en plein cœur

Et l'âme (un peu) au-dessus

 

 

Au-delà du désir

Au-delà de l'oubli

 

 

Inséparable du monde ; du reste

Ce que nous sommes

Ce qui nous traverse

Ce que nous vivons

Comme si rien n'existait vraiment – en somme

 

Et tout – bien sûr – se transformant

Comme si rien ne pouvait exister hors de la grande trame

 

 

Dans l’entremêlement des souffles ; des vibrations ; des destins

Nous autres

Le monde

 

 

Nos vies

Des liens ; des visages ; des choses ;

Des rencontres et des échanges

Une foule de détails

Rien que des détails

Presque rien – en somme

 

 

Nous sommes la distance qui sépare l'infime de l'infini

 

 

Pieds nus

Haut perché (si haut perché)

Bien au-dessus du monde

Bien au-dessus de la raison

A contempler le ciel

La douleur

Les pierres et les fleurs

Le bleu de la terre

Le cœur aussi libre que les nuages

 

 

Sans jamais cesser

Cette ardeur

Qui anime toute chose

 

 

Passant partout

Et réussissant même à traverser l'épaisseur et le temps

 

 

De moins en moins perceptible

Comme le souffle des vivants

Comme l'air qui enveloppe le monde

Comme le silence au fond du cœur

 

 

Comme un rebut de lumière

Enrobé de terre

Enveloppé de nuit

Que la peur anime

Que la faim anime

Que le rêve anime

Et qui n'aspire – en vérité – qu'à trouver

un peu de tendresse et de paix

(qu'à retrouver son origine)

 

 

Le cœur en friche

Entouré de pointes

Les siennes

Et celles des Autres

Errant en quête d'Amour

Dans un désert de piques et de glace

 

 

Matière anonyme

Matière émiettée

A peine une ombre

Sur la pierre

Et l'envie (irrépressible) d'avant

Et ce qui aspire à revenir ; à recoller ; à retrouver

Et le souvenir qui dure

Et le reste ; et l'étrangeté – (toujours) pourchassé(e)

Au lieu de célébrer l'effacement et la métamorphose

 

 

Là où rien ne demeure

Derrière cette vitre sale

Où s'épuisent les yeux

Où s'épuisent les âmes

Remuant des feuilles et du sable

Remuant de la ferraille et des rêves

Remuant de la chair et des promesses

Les mains rougies par le froid et le sang

Sans rien reconnaître du monde

Sans rien savoir de l’œil qui voit

 

 

Dans l'espérance d'un possible

Dans l'attente d'un accès

 

Sachant – bien sûr – que rien n'arrivera

Sinon le connu – la tristesse et la lassitude

 

Jamais le silence ni la joie

Jamais l'ineffable ni le merveilleux

 

 

Perpétuellement

L'oubli

Et pour toujours – sans doute

 

La vie comme un rêve

 

 

Au cœur de l'expérience

L'illisible

Et au-dedans

Et au-dessus

Et tout autour

La mort – l'Amour et le possible

 

 

Au cœur de l'éphémère

Cette croix

Et ces bras tendus

 

Des caresses et des coups

Et la promesse de l'éternité

 

 

Aux yeux des Autres

Des jours

 

Et en soi

L'enfance

Ce qui ne peut périr

Bien davantage qu'un recommencement

 

 

Comme un passage

A côté du monde

 

Et cette obsession de la perte

A l'envers

Pour goûter cette joie de voir tout nous quitter

Pour goûter cette joie de n'être plus rien

 

 

Ici

A travers toutes les déclinaisons de l'invisible

 

 

Là où est l’œil est la lumière

Là où est le cœur est la tendresse

Et là où ils se posent est la sagesse

 

 

De nouveau

Autour

Et encerclé

Comme si le monde était redevenu le monde

Comme si le temps était redevenu le temps

Comme si le vent s'en était allé

Comme si la lumière nous avait abandonné

 

Et ce qu'il reste ?

Nous et la nuit

Nous et nos larmes

Nous et ces visages hostiles

Nous et le mystère

Éloignés (si éloignés) les uns des autres

Incroyablement séparés

 

 

La main qui court sur la page

Les mots qui coulent

Et le cœur qui bat

Et les larmes sur nos joues

Comme si tout était à sa place

 

 

Au cœur du vent

Qui (fort heureusement) fera tout disparaître

 

 

Terres de désirs ; de massacres ; de promesses

Terres de rêves et de manières

Terres d'absence et de prétention

Terres de futilités

Où l'innocence et le merveilleux

Sont relégués à l'enfance et à l'au-delà

[Et – dans le meilleur des cas – à une forme d'utopie]

 

 

(Un peu) philosophe par nécessité

(Un peu) poète par accident

[Et à force aussi de travail – sans doute]

(Un peu) atypique par naissance

(Assez) solitaire par goût

Homme (malgré lui) par la forme

(Si) proche du reste par sensibilité

Et presque rien par essence

 

 

Obstinément

Le rêve et la mort

 

 

Abandonné au fond des ténèbres

Entre les mains de la lumière – pourtant

 

Et façonné par les rencontres

Ce cœur si solitaire

 

 

Ce que nous sommes

Ce qui est

Les liens

Et ce qui vient

[Presque sans nous tromper]

 

 

Le cœur cabossé

Soigné par l'étreinte

 

Et le cœur complet

Plus sensible que pompe à sang

 

 

Le cœur cerclé de monde

A l'abri des heurts et du bruit

Comme un mur

Au-dedans

Pour protéger l'innocence ; le silence ; la fragilité

 

 

A ne plus savoir que faire

Sur la pierre

De ces éclats de promesse

De ce besoin de solitude et d'espace

De cette soif de lumière

De ces coups et de cette poussière

Comme si nous étions en exil

Comme si notre vrai foyer était ailleurs

 

 

Sans réserve

Sans tension

Cette puissance qui œuvre

Et à laquelle rien ne résiste

 

 

Et cette lutte

Contre le monde

Contre le temps

Aussi efficace que deux bras tendus

qui essaieraient d'arrêter l'océan

 

 

Dieu

infailliblement

Jusqu'au cœur du tourbillon

Jusqu'au fond des ténèbres

Jusqu'à la plus lointaine périphérie de la lumière

 

 

Ce bleu absolu

Maladroitement esquissé par la main

La seule réalité – sans doute

Déguisé en mondes

Déguisé en choses et en visages

Déguisé en rêves

Déguisé en rencontres et en événements

 

 

Comme une percée

A l'envers du monde

A l'envers de la question

De l'autre côté du ciel

De l'autre côté du rêve

Sur les ruines de ce que nous avons su

De ce que nous avons vu

De ce que nous avons cru

 

 

Le cœur souriant

Avec un poème noué à chaque coin des lèvres

Un silence des hauteurs

Un refuge (une sorte de refuge) azuré

L'âme (totalement) hors de portée

Et le visage encore barbouillé de monde

 

 

De la neige au fond des yeux

Comme un peu d'innocence

Alors que la main de l'homme est rougie par le sang

 

 

Sans autre habitude que celle de ne pas en avoir

(qu'elles nous quittent ou qu'on les perde)

En plus de quelques autres – bien sûr...

 

 

L’œil qui scrute les formes et les couleurs

Et ce qui voit

Au-dedans et par-dessus ce qui semble voir

 

 

Comme posés là

Entre les mots

Ce silence et cette joie

[si discrets – à peine perceptibles

que presque personne ne les remarque]

 

 

Le cœur sans distance

Accroché à cette épaisseur informe et changeante

[Que certains appellent le monde ; et que d'autres –

plus lucides peut-être – appellent le réel]

Et même amoureux quelques fois

 

Aussi intime avec les hauteurs qu'avec les couches souterraines

Aussi intime avec le dedans qu'avec les parcelles les plus lointaines

 

 

Au chevet (et à l'écoute – bien sûr) de l'âme du monde

Que la plupart ignorent

Dont la plupart se moque

 

 

Saupoudrés de rêve

L'usage

La terreur

Le cri

Le monde

Quelque chose de l'après et de l'espérance

Pour rester debout – peut-être

Pour supporter l'insupportable – sans doute

 

 

A recouvrir les rêves et la roche de nos ambitions

La puissance dérisoire de l'homme brandie en étendard insensé

 

 

Un pas de côté

En compagnie de personne

Avec (pourtant) de l'Amour plein les bras

 

 

Si près de la pierre et de l'étoile

Le cœur à la verticale

Le cœur enchanté

Là où l'homme ne voit qu'un territoire à exploiter

 

Et, soudain, à cette pensée

Le cœur qui chavire

Le cœur bouleversé

 

 

Autour de soi

Au cœur du monde

Ces murs de bruits

Hauts ; longs ; infranchissables

Contre lesquels se fracasse le silence

 

 

Du bleu à l'autre côté du monde

Puis le long chemin du retour

 

Comme immergé(s) dans le passage

[qu'importe l'étape à laquelle nous sommes]

 

 

Sous le joug de l'espoir et du devenir

En ce monde où « plus tard » n'arrive jamais

En ce monde où tout se déroule dans l'instant

Comme si le temps était cloué sur un mur qui n'existe pas

 

 

Le cœur dans l'herbe

A jouer avec l'âme des fleurs

 

Le cœur sur la roche

A écouter l'âme de la terre

 

 

Adossé au ciel

Sans se demander pourquoi

Avec la chair en contrebas

Bousculée par le monde

Et – peu à peu – grignotée par le temps

 

 

Passionnément (si passionnément)

Comme le vent

Ce feu

Cette fièvre brûlante

Cette ardeur invisible

Animant le monde

Animant les pas

Animant les âmes et les mains

Embrasant les cœurs et la terre

 

 

Derrière l'horizon

Là où s'est caché le mystère

Protégé par les plus lointaines étoiles

 

 

Le cœur-monde

Immergé(s) dans cette combinaison sans hasard

 

 

Entre les lignes

Le ciel

La rivière et le vent

La bête

L'arbre et la fleur

L’étoile

La roche et la rosée

L'inventaire du plus intime

[Et sans doute du plus désirable]

La chair commune

La seule vie possible

Et notre âme agenouillée

Et notre cœur reconnaissant

 

 

L'hiver déjà

Vers lequel va le monde

L’œil gelé

La chair gelée

Le cœur gelé

Emportés eux aussi

Au bout duquel il n'y aura (sans doute) plus d'espoir

 

 

Les mains nues

Les yeux emplis de tendresse (et de bonté)

Au milieu du plus fragile

De ce qui est à la merci du reste

Et qui ne l'est pas ?

 

 

Toujours

Sans même vouloir aller plus loin

Laissant le vent décider du voyage

[du rythme ; de l'itinéraire ; de la destination]

 

 

Présent

Au cœur du jeu

Si près de là où tout se joue

 

 

Face à la lumière opaque et dégradée

Face à ce monde épais et sombre

Sans même voir les voiles devant nos yeux

 

 

Au lieu du jour

Le cœur

Sans référence

Œuvrant à son métier

Aimant sans préférence

 

 

L'origine bien en vue

La destination du voyage

Comme une simple étape dans la boucle

 

 

A travers nous

(Bien sûr) le parcours de la lumière

 

 

A l'intérieur

Cet espace

Ce recul

Et au-dehors

(Apparemment) rien d'inhabituel

 

 

Quelque chose du sort

Assez puissant pour dessiner un destin

Dans cette main qui se tend

Dans cette main qui caresse

Dans cette main qui frappe

Dans cette main qui se retire

 

 

Libre du monde comme du mystère

Laissant être et laissant faire

 

 

Être

Soi

Autant que le reste (autant que toute la diversité du monde)

Et plus encore

 

 

Sans bouger

Tout qui vient à soi

Par tous les pores

Par tous les orifices

Ce qui entre

Sans même prendre la peine de frapper à la porte

Déjà chez eux

Et sûr (à présent) de l'hospitalité

 

 

Sans clôture

Sans écriteau

Le cœur ouvert

L'espace commun

 

 

Au plus simple

Sans perplexité

Le geste

La parole

Le pas

La vie

Et à peu près rien d'autre

 

 

Le cœur déposé

Sans consigne

Sans regret

Comme une offrande

 

Au nom du sans nom

 

 

L'encre jetée comme une poignée de fleurs vivantes

Joyeusement

Et avec ferveur

Sans rien attendre des mains qui la recevront

 

 

A la manière du silence qui accompagne le monde

 

 

Le poème

Comme l'oiseau

Dans le ciel noir

Allant par-dessus la nuit

Chercher un peu de jour

 

 

Au bord du monde

Comme l'herbe des fossés

Comme l'aube qui vacille

Comme le rêve qui s'éclipse

Comme l'âme qui vit à l'écart

Dans l'attente d'un peu de lumière

 

 

Dire

En si peu de mots

(A la fois) tout et rien

Si peu de choses – en vérité

 

 

La nuit

De plus en plus claire

(Sans doute) pas si loin de la lumière

Alors que le monde transforme

(a l'air de transformer) l'obscurité en néant

 

 

De plus en plus loin

Le brouhaha du monde

Les bruissements de l'âme

 

Le cœur – l’œil et la main

Au milieu des arbres

Au milieu des bêtes

Là où est la chair

Là où est la vie

Ce vers quoi nous penchons naturellement

 

 

Sur ce carré de terre

Où tout est réuni

 

 

(Peut-être) plus près du regard que de l'épaisseur

En dépit de leur alliance

En dépit de leur danse perpétuelle

 

 

 

Le cœur dressé ; le cœur joyeux ; le cœur caressant

 

 

Sur cette terre

Pavée de rêves et de jour(s)

Le lieu de l'homme et du langage

Et en deçà

Et au-delà

Et au-dedans même

Autre chose

Bien plus qu'un « ailleurs »

Bien plus qu'un « autrement »

Bien plus qu'un « pas encore »

Le repère de l'ineffable

 

 

Recouverts

Le baiser des bêtes

La tendresse du Divin

La possibilité d'un autre monde

Sur cette terre (bien) trop humaine

 

 

Le cœur émoussé

A force d'inattention

 

Posé là

Devant personne

 

 

Et la possibilité de l'Amour au cœur même de cette folie

 

11 mars 2024

Carnet n°304 Au jour le jour

Février 2024

Un peu de chaleur ; quelque chose...

Une âme vivante ; sur la pierre – sous la peau...

Au fond des bois ; à proximité de cette rivière qui serpente entre la roche et les racines...

La beauté aux lèvres ; le ciel en contrebas...

Si près du sol ; l'Absolu...

Et l'esprit silencieux...

 

 

Comme un dôme ; à la pointe du jour...

Un tertre ; un peu de lumière – peut-être...

Les paumes lancées contre le vent...

En plein vol ; le langage...

La parole engagée...

L'absence pointée par le verbe ; au terme de l'effacement...

Et ce qui viendra ensuite ; ce que nous serons – instantanément...

 

 

Sans rupture ; et sans fin – le regard...

En dépit de l'indolence du monde – du cœur – des âmes...

 

*

 

Devant soi ; les yeux étendus...

Les pas qui défilent ; les voix qui murmurent...

Les ombres (toutes les ombres) projetées par la mort...

Réellement ; comme des vies entre parenthèses...

Des parts surgissantes ; et qui réintégreront bientôt l'immensité ; le fond du regard...

Sans tristesse ; sans le moindre regret ; avec un sourire (énigmatique) sur les lèvres...

 

 

Le long de l'arbre ; sur l'écorce – les mains sensibles...

Si paisiblement ; l'étreinte...

Le corps tactile ; la peau frémissante – comme un échange de sentiments...

Ce qui est partagé ; le plus vif – le plus vivant – peut-être le plus précieux ; ce qui nous constitue...

Quelque chose comme un bout de ciel ; et ce sol qui nous unit...

L'un dans l'autre ; entre nos propres bras...

Une sorte de fenêtre ouverte ; un secret (très délicatement) caressé...

Ce feu commun qui nous relie ; au cœur du même Amour...

Entre émerveillement et abandon ; le rapprochement des cercles intimes...

 

 

Dans les failles du verbe ; la lumière...

Ce qui s'éveille en silence...

Comme un chant délivré ; une offrande au monde...

Une halte à proximité de l'indicible ; quelque chose à sa portée...

 

 

Sur cette rive ondulante (et peut-être rêvée) qui favorise la parole – la rencontre – le rayonnement...

Jusqu'au cœur ; le plus essentiel ; jusqu'à percevoir ce qui ne se voit pas...

Comme un déchirement de l'espace et du temps...

Une sorte d'arrêt (soudain – et assez inespéré) de ce qui nous engendre et nous dévore ; et qui nous propulse au cœur de cet espace caché au fond de l'âme ; en ce lieu qui nous invite à rejoindre le grand vide salutaire ; cette immensité habitée par un feu et un vent impérissables...

 

 

De façon si furieuse (et si sanglante) ; ce qui devrait relever de la grâce et de la magie...

Quelque chose d'effacé dans le regard...

Comme une lumière très ancienne sur le point de disparaître...

 

*

 

Le regard précipité...

Dans l'évidence du spectacle...

A travers ce qui semble réel...

Le monde tel qu'il nous apparaît...

Dans la continuité du temps perçu...

Comme si le rêve prenait forme...

 

 

Ensemble ; les reflets inventés (plus vivaces que jamais) ; et qui semblent constituer le monde...

Cette fraternité d'apparat...

Dans la proximité du sol et du nom...

A la manière d'un droit de naissance...

Palpitant dans le même sommeil...

Entre les parois d'un esprit borné...

Et le vent qui tarde à se lever...

 

 

Le ciel martelé à coups de prières ; à coups d'espérance...

Couvert de cette brume noire née de la terre...

Comme un espace animé ; quelque chose qui semble vivant...

Au-dessus d'un monde de cris et d'ombres qui passent...

 

 

La chute ; le lieu de l'homme...

Réfractaire (si réfractaire pourtant) à ces eaux noires qui emportent...

L'âme hors du temps ; et sans regard – comme égarée dans cette (inévitable) déroute...

Vers la capitulation ; assurément...

 

 

Sans rien peser (sans plus rien peser) dans la fuite...

Ce qui s'éloigne du monde ; au profit de la lumière...

 

 

Au milieu des cris et des pleurs – des rires et des battements de paupières...

Un regard porté au loin ; sur l'horizon...

Ce qui (nous) est nécessaire pour continuer le voyage...

 

 

Habitant la terre et le ciel ; la vie et la mort – avec la même grâce et la même impuissance...

Comme le jour qui se lève ; comme la nuit remplacée...

Oscillant entre l'innocence et l'incrédulité...

Sous l'emprise de ce qui nous habite ; de ce qui nous anime ; de ce qui nous précède ; de ce qui nous surplombe...

Si peu volontairement existant(s)...

 

 

Le corps léger ; sur ces ailes neuves...

Du sol ; et des frémissements...

Ce qui s'élance ; ce qui s'élève...

L'esprit affranchi de tous les pièges ; de toutes les cages – espiègle – aérien – vaporeux...

A se demander ce qui existe encore ; ce qui peut résister à cet allègement – à cette féroce nécessité de ciel (et d'envol)...

 

*

 

L'évidence enchevêtrée au monde ; composé(e) de matière et d'invisible (parfaitement entrelacés)...

Jusque dans le silence noir des masses...

Jusque dans les hurlements coincés au fond des gorges...

Jusqu'au cœur des âmes plongées dans l'impuissance et le désarroi...

Jusque sur les pierres endormies...

Un peu de vent sur rien ; un peu de vent sur personne...

Quelques (dérisoires) désastres sous le ciel étoilé...

Et l'oubli à l’œuvre ; sans cesse – entre la vie et la mort – entre la terre et le ciel ; ce qui passe (en un instant)...

 

 

La gorge déployée ; le chant qui monte (sans jamais s'interrompre)...

Sans rien reconnaître ; le recommencement...

La ferveur de l'élan oscillant, sans cesse, entre ce qui fut et ce qui sera...

Les mots qui coulent – qui se déversent – qui s'étalent ; comme le sang dans les veines des vivants qui se répand (si souvent) sur les rives de ce monde...

Sans rien oublier du reste (bien sûr)...

 

 

A l'intersection de tous les territoires...

Cette chair appartenante...

Comme un vertige ; ce balancement entre le monde et la lumière...

 

 

Au milieu des arbres et des chants d'oiseaux...

Sur la pierre ; le bleu qui respire...

Et ce goût (jamais démenti) pour la vérité à vivre...

 

 

Table rase ; à la verticale...

Comme une fenêtre ouverte sur le monde...

Comme une plongée au cœur du plus intime...

 

 

Ce qui brûle la tête...

Le cœur qui s'enflamme ; le corps (parfaitement) réceptif...

Animé par ce feu ; cette soif si ardente...

Au milieu de ces existences qui se soldent (toutes) par un immense soleil...

 

 

Sur cette terre couleur de ciel...

Le vide ; la solitude ; le mirage de toute présence...

Au cœur même du monde...

 

*

 

Un ; sans Autre – sans le reste ; sinon ces parts nées de lui-même...

Des fragments qui ignorent (à peu près) tout de leur origine commune...

Et qui se vivent – et qui se pensent – séparés ; à la manière de bouts de matière dispersés...

Le cœur si vert – l'âme encore si enfantine – dans cette chair qui se gâte – qui se fane – vouée à une perpétuelle transformation...

Et qui reviennent – et qui recommencent – de mille manières – jusqu'à leur parfaite (et consciente) réintégration...

 

 

Quelques signes sur la (longue) route des siècles. Ce temps d'homme si minuscule ; la petite histoire du monde...

Sous le joug d'une main immense et méconnue ; éternelle et indéfinissable ; que certains attribuent à quelqu'un aux traits (étrangement) humains...

Un peut de nuit ; un peu de brume ; un peu de vent ; échappant aux contours du (trop) visible...

Et nous autres ; quelque chose au milieu de la chair ; et qui s'anime avec un peu de souffle – un peu de feu – un peu de sang ; vivant – bâtissant – cherchant – comme si la vie entière en dépendait...

 

 

L’œil (solitaire) posé sur la beauté des reflets ; nombreux – infimes – illusoires...

Plongé dans la contemplation de cette danse ; comme envoûté par les mirages de ce monde...

 

 

Le cœur ; comme un ciel zébré de rires...

Et en dessous ; le front large et embarrassé – à la vue de toutes ces têtes incrédules (face à tant d'incompréhension)...

A se balancer au-dessus des douleurs du monde...

Manquant – à chaque instant – de tomber dans l'abîme...

Apercevant toutes ces ombres au fond du précipice ; au milieu des cris – des mains tendues – des yeux qui supplient...

Le regard tourné vers le ciel pour invoquer les Dieux ; implorer la providence ; réclamer un miracle (la possibilité d'un renversement)...

Ici-bas comme un passage perpétuellement encombré d'âmes pressées (et passantes) ; montant et descendant au fil des circonstances ; sans rien comprendre aux forces qui les poussent – qui les tirent – qui les animent...

 

 

Les yeux posés sur ce qui nous porte ; le silence – le chant ; l'ardeur et la joie...

Tout ce qui nous traverse ; et la manière dont on habite le monde...

 

 

Et cette nuit étouffante collée à la langue ; qu'il faut détacher d'un coup de fouet qui claque...

Les mains face au vent qui emporte des monceaux de paroles fébriles...

L'âme partagée entre son dévouement au ciel et sa loyauté envers le verbe d'autrefois...

Si indifférente à ce que réclament les oreilles du monde...

 

*

 

Revenir à ce temps d'avant le commencement du temps ; et y plonger profondément pour s'affranchir de la durée...

Puis, sculpter l'effacement du monde (presque de la même manière) en réintégrant l'origine ; ce qui précéda la création de la matière...

Afin de (ré)apprendre à vivre libéré des contraintes et des restrictions ; de cette peur consubstantielle à la naissance du corps...

 

 

Passer outre ce poids qui pèse...

Au-delà du monde ; au-delà (même) du visage...

Ce qui s'enchaîne jusqu'à l'effacement...

 

 

Un parmi d'Autres ; aimant le seul – au milieu de la multitude...

Allant et venant ; de proche en proche...

Sous cette peau ; parmi ces figures et ces âmes – si familières...

Quittant la colère – retrouvant la couleur et la lumière...

Devenant roche et manteau d'étoiles...

Devenant frère et liberté ; presque rien – la possibilité d'un monde (un peu) moins âpre pour les vivants...

 

 

Le cœur parcouru ; qui s'élève paisiblement...

Vers l'aube...

Sur ce sol recouvert de braise et de glace...

A la fois source et support ; comme le geste et les yeux ouverts...

 

 

D'une chair à l'autre ; changeant de silhouette et de langage...

Sans confusion possible avec ce que l'on édifie par orgueil...

Plutôt à la manière d'une passerelle jetée entre ce qui semble (si) dispersé...

Célébrant d'autres réalités que le monde ; et privilégiant des territoires sans tristesse...

Invitant ainsi les fleurs à pousser entre les lèvres – dans les gestes – sous les pas...

Comme une vie revivifiée qui laisserait intactes la terre et l'innocence...

 

 

Ce que ne peut exprimer le langage...

L'impossible à apprendre...

Ce qu'il faut expérimenter au fond de sa chair...

Le cœur aiguisé par le monde – et les siècles ; qui se frottent (qui jamais ne cessent de se frotter)...

Et qui polissent l’esprit (et les choses) jusqu'à la transparence ; au-delà du plus intime ; au-delà de la plus haute nudité...

 

 

Invisiblement ; la vérité qui se révèle...

Dans le pas ressenti...

Dans le geste juste...

Dans la parole spontanée...

Toutes les couleurs du ciel sur le sable foulé ; dans l'air respiré ; dans la main qui offre le nécessaire ; sur les lèvres qui honorent et embrassent...

L'âme ; le visage et le monde ; transformés en soleil ; comme l'unique réconfort possible sur cette terre...

 

*

 

Tourné vers la rencontre ; et la lumière...

L'âme ardente qui veille ; attentive (patiente – sans impétuosité)...

La bouche légèrement entrouverte ; silencieuse...

L'oreille tendue ; qui perçoit le chant lointain – ce son venu du ciel et de la forêt qui dévale les pentes pierreuses...

Le cœur large – ouvert – amoureux...

 

 

[Modeste hommage à Jean Malaurie – le 5 février 2024]

Sur son lit de mort ; sur son lit de glace ; le corps (et le monde) réenchanté(s) – pourtant...

Ami de tant de cercles ; jusqu'au royaume de Thulé …

Sur la trace des pierres et des hommes – au milieu de ce désert peuplé d'ours et de chiens ; sur la piste des anciens ; en quête de l'invisible et du geste sacré...

Ardent défenseur de la sagesse des peuples premiers ; panthéiste (atypique) porté par une insatiable curiosité et un cœur incandescent ; qui a voué sa vie à lancer des ponts entre toutes les rives de la terre et de la connaissance ; à essayer de réconcilier deux manières d'habiter le monde...

Humblement – parmi d'autres hommes – dans l'assemblée ; la parole simple et savante ; et qui s'est toujours élevée face aux outrances de l'ouest ; face aux offenses de ses ressortissants ; ne cessant de blâmer la démesure et l'absurdité des ambitions du monde moderne...

Une âme s'en est allée rejoindre le ciel ; les compagnons de route qui l'ont précédée...

Marchant vers de nouveaux horizons ; au-delà des terres humaines – le vent favorable...

De toutes ses forces ; vers le nord...

 

 

Le cœur flamboyant ; dans ces battements obstinés...

Les yeux clos ; submergés par l'ardeur et l'émotion...

Dans cette longue veille qui a commencé avec la naissance du temps...

La chair frémissante ; sous les caresses du ciel ; l'âme (toute) tremblante...

Le regard empli de vertiges et d'abominations...

Et dans les bras ; le monde – cette fulgurante transparence...

 

 

Le cœur comme piqué d'épines ; face aux murs des hommes...

Partout ; si injustement...

Courbé sur la cendre ; à essayer de sauver du désastre quelques restes vivants...

Réceptacle docile d'un ciel sans cesse ruisselant...

Laissant la semence s'enfoncer dans les ventres – dans la terre ; partout où pourrait se perpétuer la danse de la vie ; et la respiration du monde...

Comme une plongée au fond du temps...

Une manière de multiplier les possibles et les horizons ; autant qu'une tentative de se hisser au-dessus de la multitude – des têtes braillantes – des tourbillons...

 

 

L'âme nue ; comme le corps – comme la terre...

Sous le ciel ; le temps déchiré...

Les mains levées vers les étoiles et la pluie...

Le visage fouetté par le vent...

Dans cette danse ; sur la roche – au milieu de la forêt ; invisible comme le sang qui coule dans nos veines ; et ce sourire (indicible) sous notre front...

A travers le langage des arbres et des bêtes ; cette intimité – comme un lieu (secret) à soi...

 

 

Au chevet de ce dehors si mal en point – à bout de souffle – presque moribond...

La tête lasse ; les yeux au sol ; épuisé...

Découragé par ces guerres sur tous les fronts – dans toutes les têtes – par ces chemins d'irrespect et de compromission – par ces ténèbres éclairées avec quelques lampes incertaines et vacillantes ; par ce rejet de toutes les évidences...

L'impuissance du ciel à crever les yeux ; et à fracasser les cœurs corsetés...

Le mystère et la joie bannis au profit de la tristesse et de l'obscurité...

Ce si peu de lumière dans le monde ; et les esprits...

 

 

L'immensité enfermée ; sans possibilité d'échos – réduite à ses (plus pâles) reflets...

Honnête et univoque – inattaquable – pourtant...

Si vaste au regard du minuscule archipel humain...

Porteuse d'une vérité profonde et silencieuse...

Sans jamais se départir de sa splendeur (malgré toutes ces amputations)...

Qu'importe l'oubli ; et la bêtise de ce monde...

Sur l'autel du silence ; l'espace et le grand feu qui lui est associé ; infiniment résilients ; et réparateurs...

 

 

Écartelé par toutes les directions prises par la volonté (et par la pensée)...

Divisé jusqu'à l'éparpillement...

Et ce morcellement de la vérité (à travers la diversité des actes et de la parole)...

L'imaginaire (bien) trop présent ; à la manière du rêve ; de l'échappée...

Rien du geste habité ; animé par les vents du monde et la conjonction des intentions...

Juste – ample – précis ; au-delà des circonstances apparentes...

Comme une fulgurance de l'esprit ; au-dedans de l'âme et de la chair – dans le parfait alignement des mouvements de la terre et du ciel ; comme un surgissement spontané né des profondeurs les plus mystérieuses...

 

*

 

Le verbe innocent ; qui s'abreuve à la source...

Sans poids – sans secret ; et ne dissimulant jamais sa joie de rencontrer un visage ; et une âme derrière le visage ; et un espace – et un feu – communs – derrière l'âme...

Une manière d'honorer une fraternité (à la fois) libre et enchaînée ; porteuse du mystère qu'elle cherche à résoudre...

Allant de par le monde comme d'un soleil à l'autre en découvrant (peu à peu) l'incontournable inconsistance des rives...

De tout à plus rien ; du monde à personne...

A travers ce voyage insensé...

 

 

 

Au cours de la succession (ininterrompue) des jours...

Et l'obscurité du vivant qui (encore trop souvent) nous harcèle ; pointant du doigt ce qui, en nous, demeure obscur...

Et ce rire ; et cette lumière – sur nos cris – sur nos larmes – sur nos défaites ; annonciateurs du renversement de la tragédie...

 

 

Parmi les arbres ; la parole claire...

Comme un ruissellement de lumière...

Invitant toutes les couleurs du langage ; remplaçant le blanc (un peu insipide) de la page et le noir (un peu triste) de l'encre – toujours trop strictement séparés...

Comme une affirmation du réel qui (enfin) trouve un réceptacle réceptif – ouvert – libre – sans a priori – où les mots peuvent se tisser aux choses de ce monde – à tous les mouvements du vivant...

Offrant ainsi (espérons-le) une danse joyeuse et virevoltante où tout est célébré ; et où rien n'a (véritablement) d'importance...

Une fête de la chair et de l'esprit ; qui associe l'âme à cette orgie de terre et de ciel – honorant (à la fois) l'abondance et le dépouillement – le déguisement et la nudité – la plus terrible cacophonie et le plus haut degré du silence...

 

 

Le regard sur le monde qui se déploie – qui s'échappe – qui se replie – qui réapparaît – qui s'absente – qui s'enfuit – qui succombe – qui s'efface ; suivant (très) précisément l'insolente (et dérisoire) chorégraphie...

 

 

Les yeux aimantés sur la blessure (comme envoûtés)...

Au centre de ce qui a commencé...

Au milieu de la lumière ; sur ce sol sans âge...

Quelque chose de la mort ; et de l'unité perdue...

Sans compter (bien sûr) cette aspiration à rejoindre le jour ; à retrouver le réel ; à vivre (enfin) le silence – la joie et la paix – promis par tous les prophètes...

 

 

Alors que la pierre nous hante...

Face à tous ces édifices construits dans le vacarme...

La tête somnambulique...

Autour de la prophétie ; plongé(e)(s) dans cette longue errance...

L'âme taciturne...

Le cœur effrayé par l'épaisseur du sommeil – les tremblements (inévitables) de la chair et l’étrangeté de cet interminable voyage...

L'esprit aveuglé par ces siècles de contentement paresseux...

Comme un rêve inabouti ; interrompu par cette peur maladive de la métamorphose – de l'abîme – du néant ; ajournant sans cesse ce différent (puis, ce plus rien) qui nous guette...

 

*

 

L'heure passagère ; démultipliée...

Sous des monceaux de ciel...

Et une foison d’étoiles étourdies...

Et des paupières en cercle ; attentives et silencieuses...

Et mille messages lancés aux quatre vents...

Dans l'ordre du monde...

Ce qui finit par advenir ; après les pleurs et la prière...

Avec le même insuccès – pourtant ; comme s'il n'y avait (strictement) rien à faire...

 

 

Dérisoire serviteur du reste...

Soumis à cette (implacable) loi du ciel...

Cloué(e) entre le sang et l'espérance ; la possibilité d'une vie nouvelle...

Comme le fils (hautement) sacrificiel...

L'homme pêcheur, puis l'homme pénitent...

Si loin du papillon de Tchouang-tseu ; mais appartenant au même rêve – sans doute...

 

 

A se balancer entre l'ombre et la nuit...

Contre les parois du monde ; contre les parois de l'esprit...

Dans l'illusion de la matière et l'espérance de la lumière...

En digne (et indécrottable) représentant de l'espèce humaine...

 

 

Le cœur immortel ; sur son trône de vent...

Et l'homme ; sur son trône de terre...

Si proches – pourtant ; en dépit de la matière...

Sous la même arche ; en dépit des noms donnés...

Les yeux vivants...

Et des traces superposées...

Qu'importe (alors) la brume ; qu'importe (alors) le réel...

La même solitude ; et l'immensité de l'espace – à même de tout rapprocher...

 

 

Au-delà des ombres et du blanc escompté...

Ce qui invite les âmes...

A travers cet étroit passage ; le pas sans mémoire...

Et la possibilité du souffle et du feu...

La vie offerte ; sans même la preuve de Dieu ; sans même devoir obéir aux lois des hommes...

Le corps ; amoureusement – jusqu'aux cendres dispersées...

Guidé par le plus haut désir...

Vers le détachement ; en dépit de l'ignorance ; en dépit de la cécité...

L'esprit qui (imperceptiblement) se rapproche...

 

*

 

L'immobilité...

Au milieu du monde ; des âmes errantes et des esprits obstinés ; du temps à la dérive...

Encerclé(e)(s) par cette danse perpétuelle...

L'infini qui se rétracte et se déploie ; sous nos yeux – à la manière d'une respiration sans fin...

Ce qui tourne jusqu'au vertige ; jusqu'au déséquilibre ; jusqu'à l'effondrement...

Les courants – les reflux – les remous ; et le déferlement des vagues scélérates...

Avec, au centre, l’œil – maître des mouvements – le grand ordonnateur des naissances – des morts – des redéploiements...

Sous le règne (permanent) de la métamorphose...

 

 

Soit dissous ; soit dévoré ; le surplus – le superflu – l'évitable...

Sans reniement ; mais sans autre possibilité...

Vers le seul horizon propice au voyage – à l'exploration – à la découverte ; en dépit du dérisoire ; en dépit de l'éphémère...

Le lointain ; à peine nommé – pourtant ; et toutes ces caisses de rêves à déplacer ; au lieu de tout jeter au feu...

 

 

Aux jours passés ; le ciel revenu...

Contre le temps ; le corps frémissant – et les battements (ininterrompus) du cœur...

Et au fond de la place vacante ; la lumière...

Et l'esprit clair (et ouvert) ; sans le moindre souvenir – sans la moindre résistance...

Et comme le reste ; l'invisible dans la somme des traces...

Ce qui est perçu par les yeux (autant que l'on peut voir)...

Et la parole de plus en plus audacieuse ; qui s'essaye au monde – qui s'essaye au vent et aux flammes ; prête à répondre à l'appel ressenti ; vers le vide – assurément...

Vers l'imperceptible ; au-delà de toute vision...

Ici ; sans jamais contester la perte – les faillites – l'abandon...

Dans le dédale du temps ramifié ; soudain – l'immortalité que l'on découvre – au fond d'un recoin obscur (et oublié)...

Et plus loin ; plus lumineux et plus accessibles aux vivants ; au terme d'une succession d'instants perdus – Dieu et l'oubli – le présent – cette promesse d'un éternel recommencement ; ce que certains appellent l'éternité – cette sorte d'interstice (étrange et étroit) – infiniment reconduit – qui s'est (parfaitement) débarrassé de ce qui le précède et de ce qui le suit...

 

*

 

Accoudé au ciel ; comme accordé...

L'âme légère – aérienne ; au-dessus du sol...

Allant et venant ; entre ici et ailleurs – toujours (un peu) plus loin ; jusqu'au vertige ; jusqu'à l'incandescence ; jusqu'à la folie...

Les mains vides...

Le cœur happé par la course ; en infatigable pèlerin...

Le corps vagabond (toujours aussi vagabond)...

Là où résonnent le ciel et la forêt ; au milieu du silence et des oiseaux...

 

 

Comme Dieu devant soi ; le monde...

Comme l'âme vibrante ; Dieu en soi – répondant à l'appel du monde...

A la mesure de l'espace ; le dialogue – ce long voyage jusqu'aux retrouvailles...

Le corps abandonné ; avec le reste...

Pour retrouver le lieu de la joie et de l'intimité...

 

 

Les paupières lourdes ; puis comme arrachées par la lumière...

 

*

 

La tête des Dieux et la tête des hommes – (parfaitement) interchangeables ; et qui se balancent assez négligemment entre la terre et le ciel...

Sur tous ces fils entrelacés...

Jusqu'à fissurer la lumière...

Sans parvenir – pourtant – à dissiper la nuit...

 

 

Le même visage ; maintes et maintes fois...

Sur toutes les îles de l'archipel...

Dans l'espace vide...

De métamorphose en métamorphose...

En ce même lieu...

Pour apprendre à habiter la matière ; et à rendre le vide vivant...

 

 

Le jour qui glisse...

Comme un esquif (fragile) sur les eaux du monde...

Sur la terre tournante...

Sous les étoiles tremblantes...

Entre la voûte et le précipice...

De vertige en vertige...

Et dans son sillage ; ce surprenant spectacle – la danse effarée des ombres...

 

 

Mille manières de parcourir le versant noir du monde...

Avec la nuit alentour ; sous les frondaisons épaisses...

Derrière le grand rideau de feuilles qui protège notre silence ; le territoire (si précaire) du sauvage (habité aussi par quelques solitaires)...

La lumière (étonnamment) braquée sur les étreintes ; et l'entente un peu étrange (si peu commune) entre ceux qui parlent – ceux qui crient et ceux qui poussent...

Sur cette sente vierge (quasiment vierge) de traces...

Au milieu des rires et des murmures (discrets)...

Comme invité au cœur de cette danse secrète...

Ensemble ; et sans pudeur...

 

 

A deux doigts de ce sommeil ravageur...

Échappant (de justesse) à cette fièvre de fantômes affairés – au corps triste et froid – au cœur cadenassé – aux yeux bandés...

En ce lieu où le ciel s'invite sur la roche ; où le monde devient (à la fois) le temple – l'autel et la chose à célébrer ; parmi ceux qui vivent à l'écart ; l'Absolu penché sur cet irréductible territoire...

 

*

 

Sur la feuille ; le monde...

Le silence originel ; dans son dialogue avec l'âme...

Défait(s) des exigences des siècles et du temps...

Témoignant (si volontiers) des évidences perçues les yeux ouverts...

En signes clairs (et abondants) ; presque solaires (presque efflorescents)...

Solitairement entrevu(e)s...

Au plus près (sans doute) de la source ; au plus près (bien sûr) de la roche ; à la portée de l'esprit de l'homme...

 

 

La joie offerte aux obéissants ; soumis aux lois fondamentales et aux mille mouvements qui parcourent l'espace...

Suffisamment vides au-dedans pour se laisser traverser sans encombre ; sans que rien ne puisse former le moindre embâcle*...

* par accumulation des traumatismes – des blessures – des regrets – des désirs – des ressentiments...

Participant (sans attente – sans ambition – sans espérance) au mystère à l’œuvre...

Et conservant intact le secret ; agissant en instruments dociles – joyeux et consentants – des jeux initiés par (toutes) les forces en présence...

 

 

Plus loin que le ciel ; ce que le regard perçoit...

Ne négligeant pourtant ni la terre ; ni la faim...

Laissant tout se déployer ; jusqu'à la plus grande confusion (parfois)...

S'étendant sur ces rives interminables ; et éclairant même les alentours...

Attaché (très attaché) aux forces qui s'opposent et se complètent...

Ne prenant jamais parti ; privilégiant le mélange et la diversité...

Favorisant l'incertitude – l'engagement du cœur et le détachement de l'esprit...

Impartial et précis (si impartial et si précis) dans ce qu'il éclaire...

Projetant sa lumière jusqu'à l'effacement [jusqu'à ce que toutes les choses de l'âme et du monde disparaissent – deviennent des non-sujets (de véritables non-sujets)]...

 

 

Ici ; déchargée la masse des objets...

Et la nuit déversée comme une eau froide...

Laissant briller le plus précieux...

A demeure ; en ces lieux éternels...

A la manière d'un règne ; ce rayonnement...

Le plus haut (sans doute) de l'homme et de la civilisation (jusqu'à présent)...

 

 

Au cœur ; le feu...

Et cet alignement ; dans l'exact prolongement du ciel...

Sous les arbres qui se dressent au passage de la lumière...

Comme face à celui qui règne...

Le mystère (un peu) plus pénétrable ; à mesure du vertige...

Qu'importe l'ampleur (et l'authenticité) du témoignage...

Dominé par l'urgence de l'appel...

Ce qui nous gouverne – si souverain en ce royaume...

 

 

Sous le règne de l'errance…

L'ailleurs agissant (avec force et détermination ; et si involontairement)...

L'âme (naturellement) penchée du côté du versant opposé à la peine...

Déplié sur la pierre...

Et le vent qui s'engouffre ; comme pénétrant dans un temple...

Presque une sorte de socle pour aller – confiant – sur les chemins...

Affranchi des lois de la foule...

Laissant les rencontres nous disperser ; reconstituer l'absence de forme initiale...

D'un pas allègre et joyeux ; si parfaitement consentant...

Dans le vent – la poussière et l'effacement...

 

 

Ici ; l'espace sans le silence...

Les visages affairés ; les cœurs en état d'ébriété...

Et les âmes terrorisées par ce monde ; s'inquiétant (sans doute) à outrance ; mais si peu habituées à cette innocence corrompue et à cette férocité (farouche et fébrile)...

Sans même savoir ce qu'est l'ignorance...

S'imaginant lettré(s) – sensible(s) – savant(s) – civilisé(s) ; s'abandonnant à la plus haute idée de l'homme...

Plongé(s) pourtant dans le bavardage – la bêtise et la barbarie...

Ce que l'on prend pour de l'intelligence et de la lucidité ; ainsi (trop souvent) se considère-t-on au royaume de l'illusion...

 

 

A écouter ce qui sourd ; à travers la roche et le vent...

Ce ruissellement du temps sur les visages...

Au cœur même du jour ; cette nuit inconnue (non reconnue)...

Au fond du ciel ; (pour le moins) malmené...

Et cheminant ainsi sur la terre ; sans la moindre révolte – sans la moindre contestation...

 

 

Sur ces rives (bien) trop terrestres ; l'immensité à la peine...

Le sol occupé – découpé ; ravagé par l'occupant...

Tout qui saigne ; sur la pierre fracassée...

Des plaies béantes et des dépouilles entassées...

Comme un immense mausolée noir et des corps ruisselants...

Comme le règne du pire ; au nom de l'homme – cette démesure et cette ignominie...

 

*

 

Parfois l'Autre ; sans raison...

En un éclair...

Remplissant l'espace (la totalité de l'espace)...

Ainsi se dessine (parfois) le destin...

Sur cette ligne de vie entre la source et l'abîme...

Sous la lumière silencieuse...

L'existence qui s'efface et se déploie ; comme tourne le monde...

 

 

L'oubli ; maintes et maintes fois – déjà...

Sans le moindre souvenir du monde précédent...

Comme une ivresse tourbillonnante ; une sorte de vertige qui fait basculer l'esprit sous le seuil de lucidité...

Pour que l'ombre s'étende ; et recouvre tous les chemins empruntés – tous les horizons parcourus...

Le regard voilé ; derrière cet épais rideau – cette frontière infranchissable...

Et l'âme prête à repartir ; à tout recommencer (un peu différemment – peut-être)...

 

 

Sous la neige noire de l'humiliation ; cette rage forcenée qui donne l'élan nécessaire pour s'extirper du piège...

Ainsi tourne la roue ; de l'obscurité à la lumière...

 

 

Le cœur nomade...

Entre deux rives ; deux patries peut-être...

Entre pierre et ciel...

A la suite du jour errant...

Comme abandonné aux exigences des vivants...

 

 

Ce qui transforme le voyage en itinéraire ; sans imprévu – sans incertitude...

Comme une route ; un circuit – balisés...

Le danger à peine imaginé...

Au revers de la solitude aventureuse...

L'avenir sans autre perspective que cette longue suite de repères sur cette sente mille fois empruntée...

 

 

Dans la foulée du paraître ; la parole codifiée...

Sans restituer (sans pouvoir restituer) l'authenticité du verbe ; et moins encore celle de l'intention – cette manière si sensible d'habiter le monde – cette (incorruptible) fidélité aux ressentis...

 

*

 

Des yeux au geste ; sans sourciller...

Le cœur à la lisière...

Lui autrefois si rêveur – si mélancolique...

Et si fidèle à la légende...

Moins qu'un homme à présent...

Figure du jeu ; bien davantage...

Œuvrant presque clandestinement...

 

 

Les mains liées à la justesse ; au lieu de l'artifice...

Animé(es) par l'intention sous-jacente – antérieure ; simplement obéissantes...

Dédaignant la raison et les conséquences...

Porteuses de cette beauté sans nom ; comme le début d'un rêve ; une spontanéité...

Au service du plus souverain ; au service de la nécessité – neutres (pour ainsi dire)...

Dans le sillage même de la lumière et de l'innocence ; quand bien même devraient-elles répandre les ténèbres...

 

 

La nuit silencieuse ; qui recouvre le sommeil ; et les âmes qui veillent – attentives au retour de la lumière...

Faible fanal dans l'obscurité du monde...

Le cœur au milieu des légendes...

Sur ce sable noir qui engloutit les corps...

La vie face à sa source ; face à ce qui l'éclaire...

Ce grand défi qui s'offre aux vivants...

 

Ce qui s'exhibe ; ce qui s'éclipse...

Au plus près de l'ombre ; toujours...

Sur ce sol flamboyant...

Et les yeux qui font éclore...

Sous la clarté patiente des étoiles...

Ces ténèbres provisoires...

 

 

Le ciel statufié par ceux qui appellent – et prient – celui qu'ils ont élu ; au lieu d'embrasser la vie et l'invisible ; la douleur et la fièvre de l'âme qui cherche Dieu dans chaque geste – à chaque instant – la vérité vivante et quotidienne qui s'offre à tous les cœurs qui se sont dépouillés...

 

*

 

Le ciel courbé par la tristesse ; et ce déversement de sang insensé...

Incapable de stopper la violence et le temps...

Et le monde mû par les eaux des profondeurs...

Tiré du néant ; et projeté vers le plus sensible...

Là où nul ne peut échapper au passage et aux blessures...

A travers ce qui renouvelle le souffle des générations...

 

 

Entrevue de travers ; cette lumière...

L'étoile éternelle qui resplendit jusqu'à l'aube ; de l'autre côté...

A s'imaginer puiser sa force au cœur de la source ; là où l'homme se perd ; là où l'homme s'épanche...

Emporté au-delà ; par cet excès de liberté...

Allant jusqu'à traverser toutes les frontières pour parcourir l'autre versant de l'opacité...

 

 

Au voisinage du monde...

Sans défiance ; sans envie...

Comme tiré par le soleil...

Sur l'arc-en-ciel du jour...

En déséquilibre ; prêt à chuter de l'autre côté du regard...

Assis sous la pluie dense ; l'âme heureuse dans cette chair épaisse (et peureuse)...

Dans cette silhouette si humaine ; l'envol et le prophétique...

Le cœur ravi par cette envergure (enfin) reconnue...

 

 

Le corps enchaîné à la roche...

Et la couleur du temps qui coule dans les veines...

Dans cet élan ; l'essor du regard...

L'ascension sans perspective ; simplement libératrice ; affranchissant des aimantations triviales (si communes)...

Vers la lumière ; au-dessus des ombres et de la vie minérale...

 

*

 

Le jour qui se lève ; et l'âme invitée...

Incertains dans leur émergence...

Comme une parole hésitante...

Et entre deux battements de cœur ; ce qui pourrait advenir ; l'impossible – peut-être...

A la verticale de l'identité ; entre tant d'autres...

 

 

La chair présente ; auréolée de mystère...

Sous ses airs marmoréens ; la fragilité et l'inconsistance...

Érigée et vacillante ; façonnée et tremblante...

Se fanant (irrémédiablement) au fil des saisons...

Sans prestige durable...

Après cette apparition victorieuse (quasi miraculeuse) ; perdant, peu à peu, à tous les jeux...

Hors des retrouvailles ; laissant à l'âme le soin des voyages plus lointains...

Endossant le supplice ; et lui laissant l’extase...

 

 

Sur ces pentes étrangères ; ce désert d'hommes...

Loin de l'écume (grise) du cœur...

L'âme tapissée de solitude...

Et dans la sueur ; et sous la chair – ces restes de rêves vénérés par le monde...

Dans notre chambre de roche et de bois ; en ces lieux des marges où s'organise la résistance ; où se fomentent de maladroites (et nécessaires) révolutions...

Gorgé(s) d'idées – d'ardeur et d'Amour...

Prêt(s) à aborder l'existence et le monde sans la moindre intention (ni la moindre résolution) ; et à irriguer la terre de cet Autre (et de tous ces Autres) qui nous habite(nt)...

 

 

Un jour de caresses et de lumière ; comme une ascension au-dessus de la terre...

Entre l'âme et les mains ; ce qui tremble et circule...

Et nous rejoignant (presque tous) face au même visage...

Sans inquiétude ; le sort qui se décline de mille manières...

Au seuil des apparences ; sur ces hauteurs mystérieuses – toutes ces merveilles qui prolifèrent...

Comme si l'on avait brûlé tous nos vieux restes de sommeil...

 

*

 

Sur le bord déclinant du jour...

Seul face au crépuscule...

Le cœur humble (si humble) devant la nuit qui s'avance...

Cherchant le territoire de l'être...

Derrière l'apparence du monde et du temps...

 

 

Le cœur creusé par les tremblements...

En ce lieu où se résolvent les existences (toutes les existences)...

Délaissant les mythes et les masques ; le cheminement des étoiles...

S'aventurant sur les terres les moins humaines...

Derrière les visages auréolés de fumée noire...

L'Absolu ; et dans son sillage – cette longue traînée bleue...

 

 

Entre les mains du possible...

Le destin écrit sans hasard...

Au-delà de toutes raisons...

Le tendre – la carte et l'horizon...

L'infini – de bout en bout – comme recollé dans nos bras ; et sous la chair rouge et palpitante...

Acceptant (enfin) l'obéissance ; à travers l'âme agenouillée qui accueille ; à travers le cœur conquis qui s'abandonne...

Scellant ainsi la restitution des pleins pouvoirs à ce qui nous habite – à ce qui nous anime – à ce qui nous manœuvre...

 

 

Longtemps après le monde ; cette brume crépusculaire ; cette clarté par trop ténébreuse...

Les yeux percés ; l'âme (un peu) perdue...

Face à tous les présages...

Sourd aux chants qui montent...

Le front lourd face au règne des ombres...

Aux abords de l'inconnu ; le bleu encore – si secrètement...

 

 

Loin de cette procession de visages aux yeux fermés...

Ce long (ce très long) cortège de silhouettes à la démarche d'automate...

Le cœur et les pieds ; enneigés...

A parler sans rien dire...

Déferlant ; au milieu de l'écume...

Transformant (malgré eux) le voyage en mirage – en fantasme – en rêverie ; comme placé(s) sous le signe de l'illusion...

Et léguant à la terre une descendance stupide et désastreuse (depuis tant de générations déjà)...

 

 

Aussi proche de la bête que du Divin...

A hurler à l'Amour ; la main tendue vers l'impossible ; entre le monde et la nuit...

 

*

 

Atteint jusqu'au sang ; et ce qui s'ensuit...

Ni meilleur ; ni moins bon ; simplement différent – sous ses peaux si provisoires...

L'aventure terrestre ; de la roche à l'aurore...

Sur le même chemin ; mais, peu à peu, affranchi de l'hérédité...

Goûtant (progressivement) aux joies du déconditionnement...

Jouant (apprenant à jouer) avec tous les masques ; et nous abandonnant (de bonne grâce) à la nébuleuse des identités...

Nous laissant mener successivement par la lumière et l'opacité ; par le refus et l'obéissance ; par l'étroitesse et l'immensité...

Et revenant (très régulièrement) à ce que l'on était (juste) après les origines ; avant la danse (un peu folle) qui succéda à l'aube ; puis, parcourant (un à un) tous les sillons nés du jeu entre le souffle et le feu...

Ici et ailleurs ; autour et au-dedans...

Sans jamais fuir ; debout (toujours) face à ce qui se présente ; face à ce qui nous échoit...

Dans le provisoire et le fantasmagorique autant qu'au cœur du réel – des profondeurs – du mystère ; aussi droit que possible dans les bottes que nous avons chaussées...

 

 

(Irrésistiblement) marqué(s) par le passage...

Comme projeté(s) vers la chute et les étoiles ; simultanément...

Le corps à la suite du tournis de l'âme...

Autrefois si atrocement entouré...

Le cœur pourtant amoureux ; au milieu des silhouettes inconsistantes – indifférentes – persécutées...

Puis, peu à peu (et sans la moindre raison apparente), happé(s) par le ciel...

 

 

La main hardie (et ardente) des mortels...

Face à la solitude (et à la mort) ; le cœur si courageux...

Malgré l'invasion des images – des reflets – des fantômes ; en dépit des coups – des cris – des crimes – des couleurs...

Au-dessus des profondeurs méditatives...

A la surface des eaux vives qui entourent ces continents peuplés d'étranges créatures...

L'âme de plus en plus dénudée ; qui apprend, au cours du voyage, à explorer l'intimité (et l'envergure) des liens...

Aimant, d'une égale façon, ce qui se rencontre et ce qui se transforme...

Vers l'Amour ; assurément ; la lune en rond – hors du cercle de ceux qui savent...

 

*

 

Sous le linceul du temps

L'horizon découvert...

Ce qui, en nous, aime les fleurs ; et le grand ciel solitaire...

Ici ; comme un homme avec son ombre...

Et là-bas ; plus qu'un sourire ; un peu de lumière...

Se tenant par la main ; face à face – dans cet étrange corps à corps...

Les bras offrant leur bouquet de tendresse et de vérité...

Sans un mot ; à même le geste – le regard – la terre...

 

 

Autour des spectacles ; les mains qui applaudissent...

Et par-dessous ; l'étreinte...

Le cœur plongé dans la chair...

Et le regard ; en surplomb des tragédies...

La veulerie et le sommeil ; l'innocence et la tendresse – comme les sévices les plus atroces – honorés de la même manière...

Jusqu'au fond de l'abîme ; jusqu'aux plus lointaines périphéries de l'arène ; la même ardeur et le même entêtement...

Ainsi tout frappé par le sublime (par touches discrètes) ; en dépit de ce qui crie – en dépit de ce qui se déchire – en dépit des âmes épouvantées...

 

 

Les vestiges d'un très ancien promontoire...

Au-dessus de l'impossible...

Et plus haut encore ; l'intimité qui s'offre à celui qui est de retour (à tous ceux qui sont de retour)...

Après les excès de monde ; l'abondance et la satiété trop facile ; ce qui met un terme à cette odieuse comédie...

 

 

Au-delà de l'ombre ; le plus précoce...

Ce sur quoi débouche ce long sommeil...

Après la rage et l'abandon...

A travers le plus simple ; le territoire habité – comme en terre conquise...

 

 

Si involontairement ; le chemin...

La figure qui révèle l'envers du monde...

Au terme de la quête ; l'inespéré qui s'offre aux âmes exsangues – défaites – agenouillées ; parfaitement capitulantes...

Comme un soleil ; une seconde naissance après l'abdication...

(Enfin) le sacre du plus naturel qui vient se substituer à des siècles d'artifice et de déguisement...

Le temps (béni) de la délivrance...

 

*

 

Depuis peu ; les agréments du voyage ; cette grâce au-dedans même de la peine...

Si désinvolte ; face à l'éternité...

Si précieuse ; la sente empruntée...

Qu'importe ce que l'on a parcouru ; et qu'importe ce qu'il nous reste à parcourir...

Tout ; en dépit de l'indifférence et du poison (patiemment) inoculé...

Sans (jamais) se moquer ; sans même fustiger l'horreur...

L'existence ; pareille à un rêve – à un mystérieux flottement...

 

 

Sans emprise ; la lumière – quelque part...

Avec mille couleurs ; et mille influences – le monde tel qu'il nous apparaît...

A la surface de l'expérience...

Et ce rire ; sans gagner la moindre partie...

Nous évaporant ; nous liquéfiant...

A l'épreuve de l'air et du feu...

Jusqu'à tout subir ; au-delà même de l’insupportable...

 

 

Plus rien ; à côté du chaos...

Le réel et l'âme ; si amoureusement réunis...

Sous le signe tantôt du néant ; tantôt de la fécondité...

Toujours à la manière d'une fête...

Définitivement associés à la danse...

Entre l'aube et la mort ; la saveur et la lumière...

 

 

Si (douloureusement) sensible aux malheurs...

L'Amour comme la seule affirmation ; in(com)parable...

Contre le courant commun ; et le pavillon noir de la propagande si haut hissé avec ses franges en dentelle et son tomentum de velours sombre et soyeux...

De l'écume (corrompue et contaminée) sur les plaies ; comme un onguent tissé d'épines et de mensonges...

Le monde (nous ne le savons que trop) ; tel un grand brasier dans lequel tout se jette (sans qu'aucune tête ne puisse y échapper) ; telle une grande cage au fond de laquelle les créatures tournent en rond en rugissant – comme de grands fauves enfermés derrière des grilles de papier...

 

*

 

Au commencement du tout ; cette fulgurance – comme une rupture avec l'insouciance...

Et dans son sillage ; la naissance de la durée – du devenir – de la finitude et de la mort ; et ce qui leur est consubstantiels ; l'angoisse et l'inquiétude...

Créant cet inévitable entre-deux ; et une sorte d'horizon à atteindre – poussant l'homme à entreprendre (et à obtenir) mille choses (qui varient au gré des valeurs prônées par le monde)...

Sans plus rien de la joie et de l'Absolu ; sans plus rien de la grâce et de la gratuité ; reléguant la folie à une incapacité et l'imaginaire à une forme de distraction...

Éradiquant l'infini des possibles pour ne faire subsister que des moyens pour parvenir (à ses fins) ; réaliser ses ambitions ; donner un sens à l'éphémère et au dérisoire...

Sonnant le glas du réellement vivre – en quelque sorte...

 

 

L'espace de la répugnance...

Et cette vanité vagabonde (dans son parcours si prévisible) ; qui migre au gré des territoires conquis...

Si loin de ce monde ; notre solitude...

Et de cette pratique honnie et répudiée ; pour continuer à vivre humblement et sans itinéraire établi...

 

 

Loin de la foule ; le nécessaire – l'essentiel – la joie – ce qui (nous) est familier...

Au milieu des lèvres et des yeux ; l'inconsistance...

Et pour soi seul ; la mélancolie et le sentiment de trahison...

Comme écrasé par les promesses (presque toujours) dolosives de l'Autre ; puis abandonné au désert et au feu...

Nous éloignant (peu à peu) des simagrées du monde et des amours humaines...

Sans autre destinée que l'infortune (avant d'expérimenter les bienfaits – la grâce et les privilèges – de la solitude)...

 

 

La chute ; un peu plus qu'en songe...

Vers ce néant magnétique (si envoûtant)...

Par des voies si fréquentées ; jusqu'au basculement...

Ce qui sera (sans doute) à jamais...

Qu'importe le monde – l'envergure du cœur – l'errance – la solitude – les possibilités de l'esprit...

De mort en mort ; jusqu'à ce plus rien...

Ainsi s'achève la participation (volontaire et enthousiaste) au grand cirque (avec ses spectacles – ses clowns – ses déguisements – ses numéros périlleux d'équilibriste)...

Au milieu des massacres et de l'innocence où rien n'est épargné ; ni les postures – ni les prières – ni l'empyrée promis par les prophètes...

 

*

 

La nuit filamenteuse ; ramifiée – envahissante ; dont le parfum enivre longtemps après sa disparition...

Comme une portion de ténèbres étoilées qui ravit cette partie du cœur rétive à la lumière...

Ce qui nous sauve de toute légende et de cette idée (absurde et illusoire) de béatitude et de beauté absolues...

Un espace (autorisé – Ô combien) d'oubli et de sommeil ; d'excès et de faiblesse...

La part oubliée de Dieu ; la part du Divin (en réalité) qui favorise (fort heureusement) la chute – l'abîme – l'imperfection de l'invisible et de la matière...

Le soleil de la douleur (dans tout son éclat) ; alors que le jour (et la joie) resplendi(ssen)t...

Là où l'ombre de l'esprit résiste – se rebelle – se déploie...

 

 

Veilleur ; à travers le prisme du cœur rougeoyant...

La solitude destinée ; et lumineuse...

Ce que l'aube infuse ; dans l'âme...

 

 

L'empreinte de la multitude...

Sur la peau vivante (sur la peau sensible) de la terre...

Sans être entendu(e)...

Étrangement déserteur...

D'aucun nom ; d'aucune appartenance apparente...

Issu de mille lignées – pourtant...

De la patrie de l'invisible...

Sans trace ; comme une poussière dans le vent...

Rayonnant du royaume de l'innocence ; à travers le geste – le pas – la parole...

L'âme si discrètement incarnée...

Et à peu près rien d'autre...

 

 

Hissé sans heurt de l'autre côté du miroir ; là où naissent le jour et le monde ; là où la lumière est silencieuse ; là où la douleur disparaît ; là où cesse la malédiction ; là où la défaite écrase toute forme d'ambition ; là où la chute devient triomphale ; là où la solitude rejoint l'Absolu ; là où tout se rencontre – cohabite – se mélange – se confronte – sans la moindre arrière-pensée...

A la verticale des apparences...

 

*

 

Si peu de chose ; le grand ciel de l'homme...

Comme sa plus haute promesse...

Loin de l'Absolu ; de tout impératif...

Avant ce retour qui fait naître tant de larmes et de cris ; simple propédeutique (pourtant) nécessaire à l'émergence d'une joie affranchie des circonstances...

Comme si l'univers se courbait au passage de l'âme (de chaque âme) ; ouvrant le cœur comme une boîte (à trésors) sans fond ; faisant converger toutes les lignes de vie vers le franchissement du temps...

 

 

A travers le souffle ; les prémices de la dépossession...

L'éphémère célébré ; et exultant...

La lumière (intermittente) gravée sur la peau – le fond même de l'âme ; alors que les alliances se tissent sous le ciel silencieux...

Le signe (manifeste) du passage ; malgré l'aube que l'on voudrait éternelle...

 

 

A perte de vue ; le sang – et toutes ces têtes folles...

Ce néant célébré sans indignation...

Avec tous les rêves dessinés à la craie sur la peau – sous la chair – des Autres...

Le cœur opaque et brutal...

Les destins (tous les destins) enfientés par nos actes – nos désirs – nos conspirations...

Ce qui se dilapide ; sous les drapeaux qui flottent au vent (avec fierté – avec ostentation)...

Uniformément ; le signe du malheur...

 

 

Entre toutes les mains ; entre toutes les âmes – ce qui passe (si imperceptiblement)...

De sommeil en sommeil ; sur le même horizon...

Si peu soucieux des choses sensibles ; de cet enchaînement (interminable) d'épreuves – de désastres – de disgrâces – d'infortunes...

Comme un piège qui se referme sur la pierre...

L'envergure de la malédiction qui nous écrase – qui nous dévore – qui nous foudroie ; sans oser relever la tête et regarder dans les yeux ce qui nous tyrannise...

 

*

 

L'espace formé par le regard...

Laissant tout apparaître...

Mille phénomènes ; mille jeux provisoires ; mille formes périssables...

Et laissant battre les cœurs...

De tout leur poids dans la balance...

Pour que l'Amour puisse naître au grand jour ; s'entrelacer à la matière...

Dans ce mélange de visible et d'invisible...

Ce qui revient (bien sûr) à dire ce que nous sommes...

 

 

Présent à soi ; à l'Autre ; à la chair – autant qu'à la lumière...

Le cœur vivant ; le corps animé...

Et qui sait pourtant que nous ne sommes qu'un rêve ; le théâtre d'un esprit sans attache – né, peut-être, d'un rêve précédent...

Comme si l'histoire (toutes les histoires) ; comme si le monde (tous les mondes) – n'étaient qu'une succession de songes ; des bulles d'air dans le vent ; que ne parviendraient à percevoir ni nos têtes infirmes – ni nos cœurs trop insensibles...

Si inaptes encore à discerner le réel...

 

 

S'aventurer ; au bord de l'inconnu – les pieds mêlés à l'ombre et à la magie...

Au crépuscule ; déjà émerveillé par le monde...

Seul ; sans cortège...

Hors de la file folle et inhumaine...

Les yeux brûlés par le mystère...

L'existence (en partie) révolue...

A contempler le silence – les étoiles – les visages...

Presque confondu au reste...

 

 

 

A l'occasion du vivre...

A tort et à travers ; parfois – si joyeusement...

Le bleu déployé au fond du rire...

La langue comme un bouquet de fleurs vivantes...

Orienté vers ce qui transcende le verbe et la pensée...

Depuis cet horizon courbe ; à même le socle de l'enfance...

Inspiré par le cœur et l'enchaînement des circonstances...

L'âme innocente (bien sûr)...

Face à la mort (et à l'absence) ; les larmes – la douleur et la possibilité...

 

*

 

En procession intermédiaire...

Le fantastique en tête...

A la manière du seigneur des lieux...

L'âme – et les yeux – fixés sur son règne...

Remplaçant la rumeur par le chant ; et imposant (naturellement) aux ombres le silence...

 

 

A petits pas ; vers la lumière...

Absorbant la présence sans préliminaire...

Pénétrant l'intimité ; et abandonnant le reflet...

Le front contre les brumes successives...

Et le ruissellement des signes dans le regard...

Le cœur de plus en plus ouvert...

 

 

A la mesure de la plus ancienne envergure...

En dépit de l'itinéraire et des tentatives de repli...

La pente aussi libre que l'être...

Allant vers sa naissance les yeux fermés ; comme porté par le vent...

 

4 mars 2026

Carnet n°323 Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

L'effort délaissé

au profit de l'abandon

comme absorbé par un espace

au cœur duquel tout se dilue et se déchire

où seule la nécessité s'impose

 

 

L'enfance du monde

le cœur balbutiant

si immature encore

 

 

Le silence si haut

bien au-dessus des affaires du monde

et si l'on est (un tant soit peu) attentif

plongé au cœur même des êtres et des choses

 

 

L'expérience du monde

et la parole qui va avec

 

 

Dans l'obscurité

l'âme et la main qui s'avancent

pleines d'offrandes et d'espérance

Tâtonnant sur la roche

 

 

Sur le ballast des âges

un peu d'éternité

 

 

Agrippé(s) par cette danse folle du monde

sans jamais pouvoir s'arrêter

sans jamais pouvoir faire un pas de côté

tournant et tournant

jusqu'à ce que le reste nous avale

 

 

Sous le souffle du monde

le cœur battant

l'âme et la peau tannées par les coups

jour après jour

sans révolte possible

sans dialogue possible

sous le règne impérieux des circonstances

 

 

Blottis les uns contre les autres

dans cette chaleur animale

 

 

Sur la ligne d'horizon

l’œil et le vide

ensemble

dans le même passage

seuls éléments du monde

et témoins l'un de l'autre peut-être

 

 

A moitié exposé

à moitié caché

au milieu de ces pages

 

 

Rien que la voix et l'étreinte

et la course infatigable du monde

 

 

Jour après jour

sans étoile à suivre

sans la moindre goutte de sang versée

aussi seul et aussi présent que possible

 

 

Grignoté peu à peu par le monde

puis, un jour, entièrement avalé

 

 

Ne laissant derrière soi qu'un récit fragmenté

des éclats de vie ponctués de quelques silences

 

 

Depuis toujours

le temps sans cesse recommencé

 

 

Dieu dans le geste

davantage que dans la prière

 

 

Présence prisonnière

tantôt du monde

tantôt de la lumière

 

 

Effacées les questions d'autrefois

dissoutes dans l'impossibilité de la réponse

 

 

Parcourir l'âme et le monde

en adepte de toutes les géographies

 

 

Sans rien détruire

sans rien construire

une présence

qui laisse le monde intact

 

 

A la manière de l'âme

le poème penche

parfois vers le silence

parfois vers le mot

 

 

A contre-jour

assez aveugle assurément

comme si l’œil était coincé

dans l'un des interstices sombres du réel

où tout a l'apparence du monde

 

 

Dans l'épaisseur du réel

le jeu, le rire, le Divin et la joie

ce qu'expriment les visages quelquefois

 

 

Rien que la pierre et le ciel

 

 

Ce que nous faisons de notre existence

et ce que l'existence fait de nous

 

 

Tiré(s) à hue et à dia par tant de nécessités

sans jamais pouvoir échapper

ni au règne terrestre

ni aux lois du monde

 

 

Le vide en soi

au milieu de tant de forces

 

 

Le monde

au-delà de la pensée

Là où il y a quelque chose peut-être

 

 

Au cœur de la source déjà

comme un mendiant assis sur un trésor

qui, pour s'enrichir,

ne jurerait que par le voyage

 

 

A travers le geste et le mot ; le parcours

 

 

Des signes

pour nous défaire de la pesanteur et du temps

déconstruire ce que nous appelons le monde

pour retrouver en soi la souveraineté du vide

 

 

Où suis-je ?

Qui suis-je ?

moi qui ne suis

ni cette chair

ni cet esprit ?

 

 

Tant de vies

Tant de rêves

Tant de riens

A travers nos identités incertaines

 

 

Quelques traces

un peu d'épaisseur

pour les pas qui suivront

 

 

Derrière les ombres grises

ce parfum d'enfance entêtant

que le vent disperse au-dessus des têtes

 

 

L'infini ajusté à l'âme

de manière si parfaite

et lui offrant toujours

les transformations nécessaires

 

 

La chambre posée sous les nuages

ouverte au vent

se laissant traverser

par ceux qui habitent la forêt

 

 

Au fil de l'errance

peu à peu le soleil

et le goût du voyage

 

 

A même la lourdeur

ce qu'il faut de joie, de tendresse et de lumière

 

 

Rêver encore

comme si l'esprit n'avait d'autre carte à jouer

 

 

Chaque jour ainsi

recommençant

 

 

Là où l'on sème

nous ne verrons aucune récolte

 

 

Le destin de personne

celui d'un fantôme peut-être

 

 

Au fond du sommeil

l'apparence du monde

et au-dehors rien

du vent et de la liberté

 

 

Ce qu'il faut parfois inventer de mensonge

pour continuer à vivre

 

 

Douloureusement

en ce monde de pierres et de larmes

l'histoire de l'homme

l'éternel destin du vivant

 

 

Sous le sommeil

les blessures de l'âme

une absence que nul ne saurait guérir

que nul ne saurait apaiser

 

 

Le nom qui s'émiette

comme un bout de terre noire

une proéminence inutile

quelque chose du monde

dont l'âme, peu à peu, apprend à se défaire

 

 

Un peu de l'âme

un peu de lumière

une simple présence peut-être

Et parfois même qu'un sourire

ou quelques larmes

derrière cette profusion de mots

 

 

De la même couleur que le ciel ; notre aveuglement

 

 

Derrière la sauvagerie des corps

le souffle des âmes

et l'assentiment divin

 

 

Au-dessus du cirque irréel

le ciel impassible

 

 

Au plus clair de la vie personnelle

tout n'est qu'impersonnel

comme si l'individualité

en était la pointe

l'une de ses infimes expressions

la dérisoire facette d'un seul visage

dansant au milieu des autres

 

 

Le cœur sans ombre

sans soif, sans litanie

indifférent aux exubérances et aux rêves

obnubilé seulement par le poème et les yeux fermés

 

 

Mille mondes qui se chevauchent

comme un immense labyrinthe

où se côtoient mille réalités

où tout finit par se rencontrer

où tout finit par se mélanger

 

 

La parole nourricière

dans laquelle le monde

pioche sa substance

 

 

Jusqu'à la dernière heure

recommencer

 

 

Plus haut que la mort ; le tremblement

 

 

Le cœur bleu

à force de contempler le ciel

 

 

Une vie – des gestes

où se côtoient l'infime et l'infini

 

 

D'un monde à l'autre

jusqu'à l'éblouissement

qui fait ouvrir les yeux

 

 

Le cœur crevassé

d'où suinte un restant de tendresse

 

 

Là où la lumière devient un appel

 

 

Là où l'immensité remplace la pierre

comme une plongée dans le renversement du hasard

 

 

Découpé le temps

et quadrillé le monde

pour essayer de donner

du sens au voyage

 

 

Il y a tant de monde(s)

sous le poème

autant peut-être qu'au cœur du silence

 

 

Dans le champ de la lumière

même ce qui se cache dans l'ombre

 

 

La vie traversée

sans aucun retour possible

 

 

Ce qui s'entasse dans l'esprit

à force de rêves

 

 

Au rythme du cœur

la vie

le monde

le poème

 

 

Un autre mystère

derrière le mystère

et ainsi indéfiniment

 

 

Cet interminable travail sur soi

posé là ; irrésolu

livré à lui-même

abandonné à la vie

 

 

Des mots malgré soi

et le labeur de l'âme

indéfiniment

 

 

Le cœur partagé

entre le silence et les mots

entre la compréhension et l'oubli

 

 

Des arbres, des bêtes, des hommes

comme des nuages

soumis aux vents

et au règne des étoiles

 

 

Au cœur de la lumière

cette conversation silencieuse

 

 

Attendre encore que rien ne se passe

 

 

De dérive en dérive

de limite en limite

d'un bord à l'autre du monde

sans jamais franchir

les frontières de l'esprit

 

 

L'apparence d'un destin

une fiction peut-être

dont nous serions le personnage

 

 

Tapissés de chair et de sang

notre ossature

nos désirs

le visage de l'absence

quelque chose pour nous donner

un peu de consistance

 

 

Si lourd

le monde

derrière nos paupières

 

 

L'invisible

au cœur de notre géographie intime

 

 

Rien dans l'équation

ni d'un côté

ni de l'autre

 

 

Du vent et des courants d'air

le monde et nous

 

 

Par-dessus le désastre

le regard silencieux

 

 

Face au ciel

le cœur sans exigence

 

 

Ce qu'il faut rompre

au lieu de succomber

pour continuer le voyage

vers la lumière

 

 

Si solidement ancré

alors que tout crépite

que tout tournoie

que tout est emporté

comme s'il y avait une autre terre sous la terre

comme s'il y avait un autre ciel par-dessus le ciel

 

 

Gravitant autour du centre

selon les lois d'une géométrie bien étrange (et assez incompréhensible)

 

 

Le cœur périmé

à force d'attendre

à force de ne pas servir

 

 

Alourdis l’œil et le monde

par la danse du visible

 

 

Le cœur arpenté par la lumière

 

 

Loin de soi

au cœur du plus intime

là où se ressource la tendresse

 

 

Nos bras

soulevant le monde entier

là où l'esprit et le cœur ont failli

 

 

En soi

si profondément

que cela demeure un mystère

 

 

Le cœur (en partie) défait des désirs de l'homme

s'abandonnant au règne de l'étreinte

laissant la tendresse rétablir tous les liens

 

 

De la nature de la rosée

le corps

le cœur

le monde

le ciel

 

 

Le cœur rebelle aux lois du monde

rétif à tous les rouages

à tous les cercles

à tous les systèmes

préférant la solitude des marges

 

 

Sous les assauts de la soif

le cœur si consentant

 

 

Intactes les larmes sur nos joues

depuis le premier jour du monde

 

 

Et s'il n'y avait rien

rien et tous les possibles

 

 

Qu'exposent les mots ?

Et que dissimulent-ils ?

 

 

Et s'il n'y avait rien que l'Amour et le silence

 

 

Qu'attendre de la parole des hommes

sinon le prolongement du mensonge

ou, au mieux, de l'illusion

 

 

Il y a parfois aussi peu à dire qu'à faire

 

 

Revenir à Dieu

comme d'autres rentrent chez eux

 

 

Le silence et l'oubli

au terme du voyage

 

 

Le réel comme le rêve

Quelque chose, bien sûr, qui nous échappe

 

 

Là où sont le labyrinthe et la poussière

il y a aussi la joie et l'infini

 

 

Au seuil d'un ciel

dont la terre est la seule issue

 

 

Mourir encore et encore

jusqu'à disparaître

jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien

 

 

Le cœur triste et grognon

à trop regarder le monde

à vivre trop près des hommes

 

 

Aux marges de la condition humaine

là où il n'y a presque plus personne

hormis quelques âmes solitaires

quelques cœurs délicats

là où l'Amour peut entrer en résistance

là où le ciel se dessine déjà

 

 

Nous sommes plus vieux que la terre et le ciel

Nous sommes nés avec le premier jour du monde

alors qu'il n'y avait encore ni âme ni sang

en ce temps où tout ressemblait à tout

où tout ne ressemblait à rien

où le poème existait sans les mots

où le langage était le silence

en ce temps où il n'y avait ni soleil ni massacre

où il n'y avait ni destin ni personne

en ce temps où le début était le prolongement de la fin

où le temps n'avait pas encore été inventé

où les êtres et les choses (si l'on peut parler ainsi)

suivaient sans restriction toutes leurs fantaisies

 

 

Rien que le silence

et nos tremblements

 

 

La vie et le poème

comme les signes d'une présence mystérieuse

 

 

Au plus intime de l'âme

le souffle du monde encore

 

 

Intègre et ingénu

malgré toutes nos mutilations

 

 

Aucune sentence

si ce n'est ce que la vie nous donne à vivre

 

 

Ces pages ?

Ce que le cœur peut restituer

 

 

Face au monde

comme face au miroir

sans très bien savoir quoi faire

 

 

Au milieu des livres

Au milieu des danses

Au milieu de la poussière

 

 

Marié(s) à la roche et à la lumière

Qu'importe les épreuves et le chemin

 

 

Abandonné

sans rien posséder

Dans l'ivresse de la solitude et du dépouillement

 

 

Qui s'affrontent donc au-dedans de nous

pour avoir le cœur en si grand désordre ?

 

 

Dire la respiration de l'âme et du monde

leur beauté, leurs tremblements et leur lumière

 

 

Ce qui rayonne à notre insu

 

 

Si seul(s) dans nos séparations

en dépit de tous ces liens

que nous ne savons voir

 

 

Là où tout se rencontre

même les cœurs les plus étrangers

 

 

Sans rien savoir

comme abandonné(s) à l'obscurité

 

 

Le cœur plein de silence et de mots

pour dire la joie et les malheurs

de l'âme et du monde

 

 

Dans cet extravagant partage

Un peu de simplicité et de vent

et ce qu'il faut de lumière peut-être

pour apercevoir les barreaux

et la clé de notre geôle

 

 

L'âme à moitié étouffée

au fond de sa pauvre gangue de chair

 

 

Ah ! Ces lèvres folles qui disent et embrassent

comme si le monde était digne de recevoir

notre amour et d'écouter nos confidences

 

 

Aux bras de l'éternité

l'enfance qui s'avance

sans craindre ni la mort ni les désastres

 

 

Au milieu des soupçons et des menaces

Au milieu des crimes et de l'obscurité

Ce qui nous éclaire et ne peut périr

 

 

Au cœur du poème

Le souffle du monde et du temps

Le prolongement de l'âme

Et quelquefois le visage (apprivoisé) de la mort

quelque chose entre le sursaut et le tremblement

un tremplin peut-être vers le silence

 

 

Au recommencement de la faim

A la source de toutes les rengaines

le manque et la peur

le désir perpétuellement inassouvi du corps et de l'âme

 

 

Peu à peu

comme un passage qui se dessine

entre les murs qui s'effritent et se fissurent

comme si l'on abandonnait le sommeil et le temps

comme si l'on s'extirpait de la gangue du monde

une expérience au-delà (bien au-delà) de l'âme et du nom

 

 

Un peu de fumée

contre l'épaule

comme les rêves

qui peuplent la tête

auxquels rien ne s'oppose

sinon peut-être le vent

et le cœur lucide

 

 

Le récit de soi

d'un seul souffle

 

 

Sans jamais s'insurger

contre la poussière et la mort

ce à quoi nos vies ne peuvent échapper

 

 

Là où le cœur s'installe

à la place de la sauvagerie

pour que cesse l'abomination ;

le règne de la monstruosité

 

 

Quelque chose du secret

sous l'épaisseur du monde

derrière le tremblement des âmes

Le mystère que le cœur s'efforce d'éclaircir

 

 

L'âme clandestine

glissant sous les feuillages

dansant près des rivages

courant sur tous les chemins

pour échapper au monde et au sommeil

 

 

Ce feu au fond de l'âme

qui fait chauffer le sang

qui incendie le monde

qui brûle la vie

Ce feu au fond de l'âme

qui rend le cœur si vivant

 

 

Il y a tant d'horizons

au cœur du poème

que nous ne toucherons

que du bout des doigts

 

 

Il faut beaucoup de prétention ou d'ignorance

pour penser que sa vie a quelque importance

 

 

L'écriture morcelée

comme le cœur et l'esprit sans doute

 

 

La monstrueuse machinerie du monde en marche

 

 

 

Sous les apparences

le cœur et l'Absolu

 

 

A l'extrême pointe de l'âme

l'immensité et la lumière

 

 

Infiniment poreux

tous ces morceaux de monde

que l'esprit de l'homme a découpés

Sans la moindre frontière en vérité

 

 

Comme un espace

au fond de l’œil

où tout est suspendu

 

 

Le même jour

indéfiniment vécu

 

Le cœur arraché par le sommeil

 

 

Le cœur affolé

tantôt par le monde

tantôt par le vent

 

 

Victimes du même rêve

détenteurs de la même folie

dans ce monde sans remède

 

 

Ce qui rôde autour de nous

les loups et la brume

prêts à engloutir le mirage

ce rêve étrange que nous sommes

 

 

L'homme englué dans ses propres délires

dans ses ambitions et son ivresse

fondés sur le sang versé

 

 

Nous ne sommes personne

 

 

Là où s'éclipse la nuit

là où naît le poème

là où s'attarde la lumière

en ce lieu, si souvent, déserté par les Hommes

 

 

Parmi les ombres et les menaces

le cœur limpide

l'âme acérée

ce qui s'obstine à la justesse

malgré la corruption et l'hypocrisie

 

 

Au faîte de l'enfance

au-dessus des monstruosités du monde

quelque chose du silence

 

 

A voix basse

le poème

à peine audible

pour ne pas ajouter du bruit aux bruits

pour ne pas interrompre le silence

 

 

Invisible dans cette ère du paraître

 

 

De plus en plus anonyme

voilà ma seule gloire

 

 

Des mots abrités en lieu sûr

pelotonnés dans le poème

 

 

L'âme

comme un rêve dans le vent

comme du vent dans le rêve

et qui va là où nul ne l'attend

 

 

Par-dessus le lieu des habitudes

au rythme du sang

pour échapper au sommeil et à la mort

 

 

A force de tourner en rond

lassé par sa propre géographie

comme enfermé sur son minuscule territoire

 

 

Le corps immense

de toutes les infimes parcelles de la vie

reliées ensemble par ce que l'homme ne voit pas

 

 

Parvenu au seuil

au-delà duquel tout est égal

 

 

L’œil et le cœur attentifs

à toutes les douleurs

à toutes les peines

à tous les déchirements

 

 

Le monde

sous la lumière des profondeurs

 

 

Ce qui s'échafaude

depuis le fond de l'âme

cette étrange échelle vers la lumière

 

 

Au cœur même de l'ignorance

Ce qui sait déjà

 

 

Sous les masques

cette tendresse et cette innocence

dont le monde a tant besoin

 

 

Sous l'apparence des mots

L'âme sensible

Le cœur généreux

L'esprit affûté

L'être tout entier qui s'exprime

 

 

La proie de tout

Le prédateur de rien

voilà à quoi s'abandonne

celui qui sait

 

 

Le ciel au milieu des étoiles

Et, parfois, au milieu des visages

 

 

Le cœur souvent plus obscur que la nuit

 

 

L'esprit de l'homme galvanisé

par l'odeur de la peur, du sang et de la mort

 

 

A la lumière de ce qui ne se voit pas

Des pensées comme des nuages

Des chants sacrés et du silence

Et des leçons que l'on n'apprend pas

 

 

Le cœur tout entier dans le même désir

 

 

Comme un outil déposé aux pieds des autres

 

 

Et cette inquiétude au fond de l'âme

que l'on ne peut arracher

 

 

Dans le secret de la chambre

un souffle, un œil, des notes

mille gestes nécessaires

sous l'étoile la moins lointaine

 

 

Des prières et des gestes

comme des éclats d'âme et de monde

une manière, sans doute, de consentir à la vie

 

 

Là où logent le sang et la barbarie

au fond du cœur de l'homme

 

 

L'apparence du monde

qu'escortent la tête et les gestes

presque sans jamais s'interroger

 

 

Là où se façonnent la matière et le vivant

Là où règnent l'obscur et l'oubli

Au fond de l'esprit de l'homme

depuis que le monde est monde

 

 

Invisiblement notre identité

 

 

Traverser la vie comme si elle était un poème

et d'autres fois comme si elle était une tempête

Le cœur malhabile dans tous les cas

 

 

Dans l'incertitude de la terre et du ciel

dans cet entre-deux sans garantie

un pied dans l'un et un pied dans l'autre

et le cœur et la tête qui hésitent encore

 

 

Ce que le cœur abrite

bien plus que le visible

 

 

Éphémères

la saison des larmes

les blessures et les soucis

tout ce qui habite la chair et l'esprit

 

 

Tout ce qui se vit

Tout ce qui s'oublie

à la manière de la course hasardeuse des nuages

sous un ciel silencieux

 

 

Demeure en soi un sourire

en dépit de l’œuvre des hommes

 

 

Le cœur si près de la pierre

que l'on sent battre le pouls du monde

 

 

Sans autre consolation que la prière

et ce qui habite le fond de l'âme

 

 

Un peu au-dessus du cirque

Serait-ce là notre seule consolation ?

 

 

Le pas dansant

sur l'horizon incertain

 

 

Le poème et la prière

sur les hauteurs du monde

lancés par des lèvres tendres

 

 

Le chemin de plus en plus glissant

à mesure que l'on approche de la vérité

 

 

Rien que des images et des idées

pour appréhender le réel

Quelque chose, bien sûr, de l'infirmité

 

 

Ce qui vient avec le poème

Des bouts d'âme et de monde

 

 

Comme installé(s) au faîte de l'ivresse

en croyant toucher le ciel

alors que les pieds sont encore

englués dans la glaise

 

 

Jouet de l'enfance

comme l'eau qui coule

sans carte

sans se soucier de l'âme

embrassant le monde

sans craindre son destin

 

 

Les yeux posés sur la terre et le ciel

simultanément

sans rien séparer

ni soi ni le reste

ni l'être ni le monde

comme au cœur des liens qui se tissent

 

 

Déjà en soi

et qui nous porte (encore plus sûrement) vers nous-même

 

 

Sans hasard

Sans résistance

Sans raison

D'un lieu à l'autre

Le cœur et le pas silencieux

 

 

L'âme

comme une large fenêtre sur l'infini

et une manière aussi de faire entrer le vent et la lumière

 

 

Au-delà de la chair

Le mélange, la danse et le tournis

bien davantage qu'un désir

bien davantage qu'une prière

le lieu de la survie

 

 

Sur cette pente sans repère

à marche forcée

sans étoile

sans mémoire

sans appui

à travers ce que la vie

(nous) donne à vivre

 

 

Au-delà des cercles de ce monde

par-dessus les lois et la pensée

dans le sillage de quelques devanciers

 

 

Abattues les murailles de l’immensité

agenouillé à présent au milieu de la lumière

 

 

Le geste et la parole

infiniment reconnaissables

de ceux dont le cœur sait habiter le silence

 

 

Là où la route s'arrête

devient une perspective

comme un regain de clarté

bien plus qu'un horizon

quelque chose de la lumière

une manière d'aller le cœur désentravé

 

 

Plus vivant que jamais

quand la joie danse

au fond de l'âme

 

 

Passer

entre l'éternité et la mort

entre l'abîme et la lumière

sans l'ombre d'une hésitation

sans l'ombre d'un ressentiment

 

 

La vie aussi simple qu'un instant léger et dansant

lorsque le cœur est (profondément) habité

 

 

Chaque parole

un monde inconnu

un horizon qui s'invite

quelques possibles

et, parfois, un poème

 

 

L'au-delà des mots

et le dedans de l'âme

ce à quoi invite le poème

 

 

Mille jeux

au cœur du sommeil

où même Dieu a les yeux fermés

 

 

Le chant parfois (trop rarement) suffit

à faire taire les canons

à ouvrir les cœurs à la tendresse

à faire oublier pendant quelques instants le sang versé

 

 

Dans cette enclave

que sont l'âme et le poème

résistant à tous les assauts du monde

à tous les élans de la barbarie

sans autre drapeau que le silence et la prière

 

 

Sous les astres et l'étendue

rassemblées et dispersées

les âmes de ce monde

 

 

Là où le chant devient silence

en ce lieu où le sourire est la seule prière

 

 

Entre poussière et lumière

si souvent écartelé(s)

et confondant parfois le retour et le chemin

les avancées et les embourbements

 

 

Le viatique léger

un sourire

un peu de tendresse et de clarté

que l'on offre aux quelques âmes que nous croisons

 

 

Accepter, c'est aller vers l'aube

le cœur et les mains libres

affranchi des désastres et du désordre du monde

 

 

Être touché et traversé

comme l'arbre par la lumière

 

 

Là où tout se rencontre

Le sang et la prière

Les noms et les visages

La douleur et la joie

Les vivants et les morts

Tout ce qui existe ici et ailleurs

En ce monde et un peu plus loin

 

 

Ce qui se cherche

à inventer peut-être

 

 

Blottis contre le rêve

d'une manière presque animale

entre l'humus et le soleil

à défaut de pouvoir exister autrement

 

 

De plus en plus sauvage

la foire d'empoigne

en dépit des règles et des lois

 

 

Ce qui se renouvelle

au fil des jours, des siècles, des saisons

à mesure que les choses du monde s'achèvent

 

 

Au cœur de l'aube

comme un commencement du monde

la lumière au bord des yeux

un sourire au bord des lèvres

et, sur la joue, des larmes de joie

 

 

Pareils au bleu du cœur

le sommeil et les absences

toutes les indélicatesses de ce monde

 

 

D'un côté, le poids du passé

et de l'autre, celui de l'instant qui passe

 

 

Un peu trop de rêve et de monde sur la balance

 

 

Si inspirants ces nuages qui courent dans le ciel immense

qu'ils nous laissent bouche bée et le cœur attendri

 

 

Comme l'animal à l'aube

qui s'ébroue au seuil de la nuit

affamé de soleil et de tendresse

 

 

Funambule(s)

sur cet étrange fil

qu'est notre vie

 

 

Le cœur assailli

par le monde, l'attente et la nuit

si démuni face aux outrages

face aux outrances du langage

sans autre refuge que son secret

 

 

Humiliées jusque dans leur prière

les bêtes sacrifiées sur l'autel des hommes

 

 

Quelques lignes sous les étoiles

parfois silence

parfois poème

au gré des exigences du cœur

 

 

En ce monde

rien que le cœur battant

et quelques traits gribouillés

 

 

Le cœur tenace

si rieur aujourd'hui face à la nuit

se moquant de son impatience et de son opacité

se laissant à présent ensemencer

par tout ce qui le traverse

 

 

Quelque chose du chuchotement

ce qui se dit

si proche de l'écoute

comme un jeu étrange avec le silence

 

Rien qu'un regard et un feu

pour traverser l'hiver du monde

ce grand désert sans réponse

dans un voyage aux allures de contemplation

 

 

Au-delà de l’œil et de l'attente

cette longue veille sous les étoiles

Le cœur au milieu des ombres

à dévisager toutes les figures du temps

 

 

Le tic-tac du temps

comme si le monde était posé

sur une balançoire éternelle

 

 

Sans s'interroger

comme si nous étions des hommes

depuis toujours

 

 

Pas si loin d'un monde apocalyptique

 

 

Alternativement

champ de bataille et champ de ruines

 

 

Sur l'épaule

ces ombres millénaires

et, dans la main, une épée

comme si l'on vivait depuis toujours

sous le règne d'un Dieu sans yeux

 

 

Passant

comme le soleil

la parole et le destin

avant d'être avalé(s) par la nuit

 

 

Comme figé à jamais dans l'étincelle

 

 

Si fugace

ce souffle

sur le papier

 

 

Nous tous

Pas si loin, en réalité, de l'instant de la mort

 

 

Comme le roseau courbé par le vent

nous devrions, à notre tour, nous incliner

et esquisser une petite révérence

 

 

Là où nul ne peut demeurer

 

 

A mesure que la parole s'érode

le silence, au fond de l'âme, devient plus intense

 

 

Sans même le souci du dernier jour

 

 

Diluant la nuit (toute cette nuit)

dans l'immensité du regard

 

 

Balayés la poudre et le poids

les mensonges du monde et du temps

comme les nuages emportés par le vent

 

 

Par-delà la hâte et le sommeil

loin des rumeurs et des arènes

sous la douce lumière du jour

allant là où il n'y a plus de pente à gravir

là où il n'y a plus ni chaîne ni combat

là où il n'y a plus rien ni plus personne à condamner

 

 

Au fil de cette longue veille

tant de découvertes et de merveilles

et ce qu'il nous faut abandonner

 

 

Le silence

comme un peu de rosée

sur le bout de la langue

comme un vent frais

qui balaye les tréfonds de l'âme

 

 

A chaque mot

le cœur livré

jusqu'à ce que

tout disparaisse en soi

 

 

Ligne après ligne

comme si la poésie

pouvait aider le monde

 

 

Le cœur enivré

comme si Dieu était à l'intérieur

 

 

Sans autre besoin

que ce qu'offre le jour

 

 

Aller jusqu'au bout du langage

par-dessus les règles et les mots

par-dessus le verbe et les lieux

jusqu'à la pointe de l'indicible

 

 

Si aveuglément

cette traversée

comme si la lumière

manquait à l'intérieur

 

 

Le cœur affamé

avide de vent et d'horizons

cherchant l'essence du monde et de l'âme

la tendresse et le souffle de la liberté

quelque chose que la main ne peut saisir

et qui s'offre à celui qui s'est effacé

 

 

Sur ces pentes noires

où tout sent la perte et la nuit

où tout est recouvert de fumée et de cendres

jusqu'aux passants et à leurs offrandes

réunis au milieu du feu

 

 

A l'abri des braises

là où le monde ne ressemble plus à un incendie

là où le regard a la fraîcheur de la brise

là où la porte est à la fois ouverte et fermée

là où la raison n'est pas capable d'entrer

 

 

Si haut sur la page

comme hissé au faîte d'un amas de pierre

à mi-chemin entre le ciel et le silence

là où le poème peut être déposé

 

 

L'âme intègre

comme la mort et la douleur

indifférente à toutes les futilités

 

 

Sur cette route invisible

qui nous donne à vivre mille expériences

tiré(s) ici et poussé(s) là

sans rien comprendre

comme aimanté(s)

comme possédé(s)

laissant (malgré soi) au mystère

le soin de décider

 

 

Sans autre réponse

que ce qui nous anime

que ce qui nous heurte

que ce qui nous blesse

que ce qui nous caresse

que ce qui nous efface

que ce qui nous broie

 

 

Derrière notre silence

tant de questions abolies

comme si plus rien n'avait d'importance

comme si l'on n'avait jamais existé

 

 

A l'ombre d'un temps infini

les petites danses du monde

les petits tracas et les petits soucis

les mille âmes qui s'interrogent et s'impatientent

et la lumière que rien ne détruit

 

 

Comme un rêve

ce qui s'achève

sous le regard

de ce qui dure encore

 

 

Au-dedans même de la lumière

cette boue et ces cris

ces ombres qui tremblent

et cette chair vouée à la mort

 

 

Par le même chemin que les larmes

la joie ruisselante

le feu de l'âme

qui change le chagrin

en neige des cimes

 

 

Le cœur-langage

ce dont le monde a besoin

quelque chose qui s'émeut et s'exprime

qui offre des gestes de tendresse et d'affection

non pour consoler de vivre

mais pour dire la joie d'être ensemble

 

 

Le poème

des paroles de sable

trop souvent

et qui réussissent parfois

à faire grincer les dents

 

 

La terre est un ciel

né d'un autre ciel

où s'ennuient les Dieux

 

 

Le cœur si familier de ce qui se trame

 

 

Rien que du souffle et des larmes

qui, eux aussi, ne nous appartiennent pas

 

 

Tant de choses tissées ensemble

 

 

Si léger le pas qui danse

Si légère la voix qui chante

Et cette infinie tendresse offerte à celui

qui a eu l'intelligence (et la délicatesse) de s'effacer

 

 

Au fin fond des bois

ces râles et ces cris

ce qui meurt et ce qui vit

qu'un seul souffle sépare

 

 

Le cœur vénéré

à mesure que la vie empoigne

à mesure que le monde se révèle

à mesure que le temps passe

jamais assez tendre

jamais assez large

jamais assez sage

le seul véritable territoire de l'Homme pourtant

qu'il convient de hisser comme un fanal

au faîte de la pierre

 

 

Sans rien inventer

le poème qui prolonge

(qui se contente de prolonger) le rêve

 

 

Dans une solitude souriante

qui fait de cette rive une invitation

 

 

Nous aventurant plus avant

dans cette incertitude qui semble si fraternelle

 

 

La possibilité du retour

arrachée du poème

laissant la gorge éructer son cri

et la main caresser la promesse

 

 

Sur nos pages

Dans nos mains

quelque chose

comme l'empreinte d'un chemin

 

 

Au fond de l'âme

comme une inquiétude

et une question peut-être

que les millénaires ont déguisées en certitude

 

 

Là où plus rien n'a de poids

ni l'âme, ni l'autre, ni le monde

le cœur aussi léger que la voix

 

 

Des tourbillons et des tremblements

La vie et le monde tels qu'ils nous empoignent et nous emportent

et rien pour s'y opposer

pas même nos cris, nos larmes ou nos mains tendues

 

 

Nous plongeant dans le mystère

ce qui regarde lorsque l'on ne voit pas

ce qui s'anime lorsque rien ne bouge

sans même qu'il soit question

de lumière et de mouvement

 

 

A l'heure où tout se hâte

A l'heure où tout se gâte

Nos amours et nos incartades

Nos tentatives et nos dérobades

alors que l'automne est encore printanier

 

 

De l'autre côté du ciel

sur le versant de l'âme le plus infréquenté

le chemin et la destination

ce lieu où il n'y a ni rêve, ni règle

ce lieu où il n'y a rien ni personne

pas même des jours et des êtres qui passent

 

 

Ce qui nous a quitté

abandonné sans inquiétude

 

 

Si proche de l'oiseau dans le vent

qui hésite entre son nid et le plein ciel

 

 

Le cœur si proche de l'estomac

comment les yeux pourraient-ils se détourner

de ce qui peut assouvir la faim ?

 

 

Vivant sans un seul regard pour l'âme, le ciel et Dieu

 

 

Dans nos mains

toutes les autres mains

Et dans notre cœur

toutes celles qui s'y sont refusées

 

 

De plus en plus rien

De plus en plus personne

De plus en plus n'importe où

De plus en plus n'importe quand

Et si c'était cela exister ?

 

 

Au-delà de l'obscurité

ce que cache le jour

 

 

Silencieusement

aux marges de l'étendue

alors qu'au cœur du monde

les hommes s'affairent (assez bruyamment)

 

 

Quelque chose sur le visage

l'ombre du monde

et la lumière de l'âme

ce que le cœur laisse parfois entrevoir

 

 

Derrière la blessure secrète

un feu et un sourire

que rien ne saurait effacer

 

 

Face à l'immensité

le cœur sans espoir

le cœur émerveillé

 

 

La main tendue

vers ce qui n'appartient à personne

 

 

Là où nulle part est un lieu

celui où le cœur sort de sa captivité

 

 

Sans même le vouloir

ce que dit le poème

comme une évidence

à la place des mots

 

 

Dieu sous toutes les ossatures

Ce qu'il faut découvrir

au cœur des apparences de ce monde

 

 

Au-delà (bien au-delà) de l'homme et du mot

La porte ouverte vers laquelle convergent

tous les chemins et toutes les voix

 

 

Le poème mélangé à la roche et au sang

autant qu'au ciel et au silence

Ce qui se construit pour dire

ce que ne peuvent exprimer les mots

 

 

Si près de la lumière que le cœur réclame

Et si loin encore du recommencement perpétuel

 

 

Là où il n'y a que des larmes et de l'avidité

Là où il n'y a que des ombres et des âmes égarées

au cœur de ce monde déjà posé en pleine lumière

 

 

S'effacer inépuisablement

afin que l'âme se réjouisse de son ivresse

 

 

De la lumière plein les mains

Et des mots jetés en l'air

Et qu'importe que la grâce nous fasse défaut

 

 

Mystérieusement

ce qui surgit

 

 

Dans le respect du silence

La vérité qui se vit

 

 

Sur cette longue route faite de prières et de mots

 

 

Sous les arbres qui nous murmurent de sages paroles

et que l'on porte jusqu'au cœur pour nous autoriser

à danser sous les étoiles

à courir comme les nuages

à demeurer droit dans le vent

à vivre et à mourir

comme les bêtes et les hommes

 

 

Sans bruit

dans la chambre de la forêt

pour laisser la voix des bêtes et de la nuit

se poser sur notre seuil

et relayer les paroles du jour

 

 

Troublé par la peine des arbres

que les chants du vent propagent

nous abritant derrière les mots

pour laisser passer l'orage

 

4 mars 2026

Carnet n°324 Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

De plus loin que la mémoire

jusqu'au premier instant du monde peut-être

le cœur échappé de la lumière

le cœur cherchant un autre rivage

cherchant aussi sans doute un autre visage

une manière de s'éloigner

et qui a créé (malgré lui) l'ombre et l'obscurité

 

 

A force d'innocence

ce que le cœur peut ressentir

ce que l'âme peut percevoir

la magie et le merveilleux du monde

tout ce bleu capable de remplir les yeux

en dépit des blessures et des soucis

 

 

Les mots parfois aussi puissants que les larmes

capables de repousser les parois du cœur

jusqu'aux dernières limites du monde

capables d'éclairer tout ce que les yeux ne voient pas

 

 

Au seuil d'une terre indivisible

le long de la lumière

par-delà la pensée et l'imaginaire

 

 

Au-dessus de l'écume

Ces eaux aux mains noueuses

qui déferlent sur la grève

Des étoiles grises plein les rêves

Et ce grand corps révérencieux

qui s'incline face au jour

 

 

Cette terre gelée

soumise au règne du froid

où les cœurs ploient sous le poids des ombres

où tout se penche et obéit

où tout aspire à plonger dans le grand sommeil

 

 

D'un bout à l'autre du monde

le même corps

la même respiration

sur fond de silence et de lumière

 

 

Non pas de l'autre côté du monde

Non pas de l'autre côté de l'âme

ici-même

en ce lieu – et dans l'état – où nous sommes

 

 

Sans même se souvenir de l'enfance

sans même se souvenir du nom

Au-delà du visage et des mots

quelque chose d'éternel

 

 

Le regard encore

partout où le mot ne peut aller

partout où le geste est défaillant

 

 

Si près des ombres et des vivants

Si près de l'écume et des reflets

En ce lieu où l'infini est partout

 

 

Le ciel dans la main ouverte

Le feu dans le poing fermé

Et entre les deux

Le rire, le vent

et tous les états de l'âme

 

 

Comme un ciel d'orage

ce monde si gris et si pressé

comme un ciel d'hiver

avec le cœur déjà enfoui sous la neige

 

 

La tête si près de la pierre

L'âme si proche du ciel

qu'il ne sert à rien de renier le monde

qu'il convient seulement de se tenir en équilibre

sur cette étrange passerelle

 

 

Vivre

comme vont l'eau et le vent

comme embrassent les lèvres

et comme étreignent les bras

sans très bien savoir pour quoi

 

 

Dans l'ivresse d'une présence brûlante

Je crois qu'il n'y a, en ce monde, de plus grande joie

 

 

Au cœur des siècles

Au cœur du monde

ces flammes et ces cendres

et cette ardeur fébrile

qui mène à l'oubli

si obstinément

 

 

Là où l'âme se frotte

aux aspérités du miroir

aux déformations des reflets

comme une pierre qui rayerait le visage

 

 

Sans plus savoir distinguer

l'ombre de la couleur

le silence du monde

la paume pourtant pleine de présages

 

 

Par-dessus l'écume

l'aube bleue

son parfum et sa lumière

Impassible devant nos tremblements

comme au premier jour du monde

 

 

Le cœur vieillissant

bien moins sensible au vertige du monde

accomplissant son destin à l'écart des étoiles

porté, à présent, davantage par la lumière que par le sang

 

 

Sans autres bagages que ceux que porte l'âme

sans autre joie que celle d'être là

sensible à ce Dieu qui sait s'agenouiller

avec nous sur la pierre

 

 

Et maintenant que le rêve s'achève

Et maintenant que la nuit est derrière nous

le cœur peut esquisser un sourire

la tristesse s'en est allée

 

 

Peut-être n'y a-t-il qu'à éclairer l'ombre pour voir ?

 

 

Au plus près de la chair blessée

Et au plus près des larmes

l'esprit qui sent ; l'esprit qui sait

 

 

Du silence et de l'oubli

au cœur de cette âme sans âge

qui habite nos tréfonds

 

 

La paume posée sur la pierre

contemplant le long défilé des nuages

abandonnant à la terre l'impatience et le temps

cherchant dans la lenteur et le passage

la réponse à toutes les questions

 

 

Quelque chose du bleu et du voyage

au pays des morts et des vivants

 

 

Le visage fouetté par l'écume et le vent

sans oublier que l'âme, en ce monde, est la seule qui voyage

 

 

Quelque chose du ciel

peut-être un visage

un peu de chair tremblante

derrière ces murs menaçants

 

 

Bâtie à même le silence

cette parole vivante

qui tutoie la pierre et le temps

 

 

Là où la nuit devient secrète

Si proche du mystère

qu'elle coule dans le sang

pour essayer de rejoindre l'aube prochaine

celle que les hommes, un jour peut-être,

sauront inventer

 

 

Alors que tout se tait

un destin s'exprime

l'âme dessine le fil

sur lequel il faudra marcher

 

 

Ce qui habite le plus familier

ce regard et ce feu

qui n'ont besoin ni de l'âme ni des yeux

 

 

Sur l'horizon

ce vent bleu qui souffle

emportant dans ses griffes

tous les rêves de la terre

 

 

Du plus profond de la mémoire

Ce silence et ce feu

et cet horizon de pierres

 

 

Ce qui brille au fond des yeux

assombri, si souvent, par le chaos du monde

 

 

Des mots comme une passerelle

jetée entre les âmes

entre les mondes

Manière de réunir ce qui semble séparé

 

 

Derrière nos sourires et nos grimaces

des tremblements nés de la rupture inaugurale

entre les âmes, les êtres et les choses

 

 

Au creux de la parole

le langage de l'âme

des signes invisibles

le commencement de l'au-delà

 

 

Sans même se souvenir du royaume

Déjà la tendresse et la lumière

dissimulées sous les larmes

derrière la violence et l'obscurité

comme si la nuit n'était qu'une apparence

 

 

Seulement le cœur et l'esprit

pour affronter la barbarie

Seulement le vent et la pluie

pour nettoyer toutes ces ignominies

 

 

Le regard glissant avec la langue

vers ces flammes immenses

où tout est jeté

jusqu'au cri

jusqu'à l'ombre

jusqu'à la cécité

 

 

Le cœur encore rempli d'écume et de cendres

recouvrant presque parfaitement le secret

 

 

Un seul mot parfois

Et tout s'illumine

 

 

Dans le bleu de cette voix

l'écho triste du monde

et le cri des désespérés

 

 

A même le rêve et la nuit

quelque chose de l'aube

Une porte ouverte sur l'étendue

et ce qu'il faut d'écoute et de lumière

pour que ce qui se murmure soit entendu

 

 

Comme un ciel

au-dedans du cœur

que rien ne pourrait assombrir

 

 

Assemblés tous les rêves

comme la toile sur laquelle nous marchons

tous en file indienne

 

 

Les uns contre les autres

si loin encore des premières cimes

dans le froid du monde

dans le froid des cœurs et des mains

L'âme enfouie sous des tonnes de glace

 

 

Le cœur si lourd

Le cœur si vaste

qu'au-dedans habitent tous les mondes

 

 

Si mystérieusement la vie

comme un pont de pierre

qui rejoindrait deux rives inconnues

 

 

Il y a comme un silence

au-dedans de la lumière

qu'aucune parole ne peut rejoindre

 

 

Sur la terrasse du temps

à contempler le défilé fugace

et le recommencement perpétuel du monde

 

 

Des mots imbibés du regard

où le verbe est tissé de silence

où la voix est d'abord une écoute

et une expression de la tendresse

 

 

Sous mille soleils déjà

cette terre où s'épanouissent les fleurs

où le sensible est penché sur son avenir

où la caresse a remplacé le cri

où l'homme n'est plus qu'un instrument de la vie

 

 

Sous trop de peines et d'écume

ces échines courbées

ces vies parsemées de mort(s) et de drames

ces âmes trop peu familières de l'invisible

 

 

Hors du rêve

le visage du monde

au-delà même des mots

 

 

En ce lieu de silence

où rien ne peut être oublié

le merveilleux comme l'impardonnable

La lumière comme l'obscurité

comme si toutes les choses de la terre

se retrouvaient (enfin) à égalité

 

 

Dans la lumière seule

les reflets du poème

l'encre tremblante de la parole

 

 

Le cœur qui partage sa tendresse

sous tant d'yeux indifférents

donnant aux âmes de ce monde

tout ce qu'elles réclament

 

 

Entre l'étoile et la boue

Parvenu à ce seuil sans gloire

 

 

Si près du pas

Le visage de la douleur

Le dérisoire de ce monde

sans jamais entendre ce qui se murmure

sans jamais attendre les fruits de la prière

 

 

Par-delà les choses

Le rire et le vent

 

 

Le cœur submergé

par les tremblements du ciel

la fragilité d'un Dieu sans défense

l'éternelle fraîcheur de la lumière

 

 

Le bruit de ce qui ne s'entend pas

à travers le poème

comme un secret livré à l'écume

un peu de tendresse offerte à ce monde infirme

 

 

A même le mirage et le sommeil

les danses du monde

insensible aux voix

et à ce qui se penche

si délicatement sur les âmes

 

 

La bouche grande ouverte

comme une béance

poussant un cri

crachant un feu immense

du fond de la nuit

 

 

Nous déchirant

si souvent

et sans même le savoir

jusqu'à l'insupportable

 

 

Allant

comme une nuée de créatures

au ventre proéminent

refusant la frugalité et l'innocence

au profit de la chair et de l'abondance

 

 

Tant de choses

sous ce ciel infini

 

 

Dans un coin du cœur

cette inépuisable source de larmes

l'antichambre, peut-être, de l'infini

 

 

La bouche bée

devant la beauté des nuages

leur étrange ballet

leur étrange langage

et l'inconsistance de leur passage

 

 

Au fond de la mémoire

cette joie sans raison

recouverte (trop souvent)

de grisaille et d'angoisse

 

 

Patiemment

les jours qui passent

comme tombe la neige

insoucieux des regards joyeux ou implorants

 

 

Comme un miracle

au-dedans de cette fragilité

 

 

Quelques pas

sur la pierre

un voyage peut-être

 

 

D'un seul trait

la réponse à tous les pourquoi

 

 

Le cœur penché sur sa tâche

inlassablement

 

 

Comme un surcroît de vent

presque une tempête

qui fait virevolter la poussière

au-dedans

 

 

Un jour après l'autre

Un pas devant soi

 

Un pas après l'autre

Le jour devant soi

 

 

En cet étrange pays

l'âme dressée

comme un mât de cocagne

 

 

Et ce chemin

sous les paupières

qui mène vers le mystère

 

 

La géographie de l'âme

avec ses crêtes et ses abîmes

avec ses rives et son Orient

et toutes les terres

qu'il nous reste à explorer

 

 

Sur la route

qui mène vers ce lieu

où le temps s'efface

et où la main se tend

 

 

A petits pas

jusqu'au bord du jour

 

 

Là où, peu à peu, le silence remplace les hurlements

Là où, peu à peu, la joie remplace les tremblements

 

 

A proximité d'une présence qui abolit le langage

qui place l'esprit face à un tas de poussière

et qui fait jaillir un fil vers lequel se pressent les pas

 

 

Sur les décombres du connu

le cœur posé à la manière d'un soleil

pour éclairer l'incertitude de la route

 

 

Là où le bleu parvient à colorer la langue

à déplacer le monde et à ouvrir les yeux

ici même quelquefois

 

 

A la charnière du vent

un peu de ciel

et quelques mots pour en témoigner

 

 

L'incommensurable poids de la mémoire

sur le monde et l'esprit

 

 

La tête un peu perdue

comme éclipsée

à mesure que le cœur s'élargit

 

 

Sous les yeux

et sous le front

exactement le même chemin

 

 

Derrière le si peu

comme une hauteur (presque) inatteignable

 

 

Ce qui consent

jusqu'à acquiescer au pire quelquefois

 

 

Sur le lit défait des rêves

un peu de lune et d'enfance

et quelque chose (bien sûr) du mystère

 

 

Le cœur à l'envers

confondant le jour et la nuit

recomptant les étoiles et les cris

comme s'il s'agissait d'inestimables trésors

 

 

Sous la même lumière

le ciel et la terre

l'âme et la poussière

le rêve et la prière

 

 

Seul

sur le sol

sous le ciel

face au vent

la condition de l'Homme

 

 

Comme un immense vertige

sur cette corde tendue

au-dessus de l’immensité

sans très bien savoir

où elle commence

et où elle finit

sans très bien savoir

où se trouve l'abîme

peut-être au-dehors

peut-être au-dedans

 

 

Les uns contre les autres

dans tous les sens

l'histoire du monde

 

 

Attentive

l'âme redressée

à l'écoute de ce qui remplace les mots

 

 

Le cœur offert à la poussière

 

 

Si loin des inventions de ce siècle

 

Quelque chose que l'on ne perçoit pas

comme une éclipse

peut-être un suspens

au milieu des histoires du monde

 

 

Au recommencement perpétuel du jour et de la rencontre

 

 

Si haut que seuls le cœur et l'esprit peuvent y pénétrer

 

 

Que penser de l'incroyable fraternisation de l'esprit et du monde avec la folie ?

 

 

Quelque chose entre la tristesse et l'extase

tout ce qui nous est donné à vivre

 

 

Plus haut que le jour

Là où l'être prend sa source

le visage de ce qui n'est jamais né

le visage de ce qui ne meurt jamais

 

 

Au cœur du rien

Là où le ciel nous fait face

Là où le cœur s'enfonce

Là où le souffle et la soif s'enlacent

 

 

A la hauteur du cœur

ce qu'offre la main

ce que l'esprit éclaire

 

 

A genoux

sur la pierre

Là où la route se divise

Là où le voyage transcende l'humain

 

 

La joie

par la pente la plus abrupte parfois

 

 

Tout si scrupuleusement secoué

pour que (dans nos vies) tout se détache

 

 

Bientôt nous deviendrons

cadavre et poussière éparpillée sur la terre

âme survolant le monde des vivants

un peu de vent au bras de Dieu et de la lumière

 

 

Ainsi

sans réponse

sans pourquoi

 

 

Le tribut du temps

offert au cœur de l'instant

 

 

De si loin parfois

le voyage

 

 

Le langage morcelé

à l'image de la pensée

qui jamais ne peut saisir la vie

dans sa globalité

 

 

Plus haut que l'évidence

 

 

Le trait de plus en plus exigeant

à mesure que le chemin se dessine

à mesure que l'absence de destination se précise

 

 

Paroles du ciel plutôt que langage

Manière d'être au monde plutôt qu'expression

 

 

Derrière le sommeil

les marges silencieuses du monde

 

 

Le parfum de la langue

à travers le poème

Et cette joie

dans la danse des mots

 

 

Au fond de l'âme

Au fond de l'encre

ce qu'il reste de l'enfance

 

 

Par-dessus le cœur

ce ciel d'ivresse

qui invite l'âme et le pas à la danse

 

 

S'asseoir en silence

et attendre la fin du temps

et le recommencement de la joie

 

 

Quelque chose

derrière le silence

le murmure des Dieux

 

 

Si serrés les nœuds

que rien ne peut s'extraire de l'étoffe

 

 

Sans pourquoi

le cœur s'engage

le poème s'écrit

porté par ce qui a traversé l'âme

 

 

Comme un trou dans le rêve

pour que s'écoule sa substance

pour qu'apparaisse un peu de ciel

 

 

Rien que des signes

obscurément dessinés sur la page

Pas une histoire

Pas un récit

Pas une réponse

Quelque chose de la fulgurance et de la fumée

 

 

Par-dessus le monde et le temps

Ce à quoi invite le poème

vers cette contrée de l'enfance

où le ciel parvient à colorer

le regard et les mots

 

 

Et s'il suffisait de guider le rêve pour s'en défaire

le conduire sur des chemins si haut

qu'on le verrait s'essouffler

et quitter, peu à peu, le cœur et l'esprit

 

 

Et si la lumière n'était que le prolongement de la poussière

et si la lumière n'était que la vérité au fond du sang ;

une manière innocente de vivre les circonstances

 

 

 

Le cœur voué à la vie, au monde et au vide

Quelque chose du destin (sans doute)

 

 

Alors que tout se révèle

rien de nouveau n'advient

Comme toujours – tout recommence

 

 

A la jonction de l'obscur et de l'étoile

là où se tient le passage

là où traversent tous ceux qui voyagent

 

 

Au plus haut de l'infini

La même poussière qu'ici-bas

 

 

Si près de l'ivresse

là où le monde et le temps s'effacent

là où le cœur se fracture et se répand

là où se posent simplement les pas

 

 

Le murmure de la roche qui se mêle

peu à peu au chant des étoiles

L'oreille de plus en plus fine et attentive

 

 

Au pied de ce qui demeure

Quelques âmes

et un peu de poussière

 

 

Au fil de l'histoire

ce qu'il faut oublier

 

 

Le cœur flétri

à force de mensonges

 

 

Au fil des saisons

toujours moins d'esprit

Et toujours plus de sang

 

 

A enfoncer toujours plus profondément les têtes

au fond de la nuit

alors que le monde réclame

davantage de cœur et de lumière

 

 

Au pied du monde

Au pied du temps

De vieux restes de mémoire

 

 

Et si l'on habitait un autre lieu que le rêve ?

 

 

Là où l'âme et la langue quittent leur refuge

sont prêtes à se consumer au contact de la lumière

 

 

De nouveau

le tournant manqué

et le retour au lieu initial

comme si la passerelle avait été brisée par l'élan

la volonté trop grande d'arriver

 

 

Du dedans ; ce rêve du monde

 

 

Et cette moue sur les lèvres

Et ce dégoût au fond du cœur

en voyant s'étendre le sommeil

 

 

A défaut de parole

une danse

un geste

ce qui s'esquisse

si près de la source

 

 

Là où le silence s'installe au cœur du jeu

pour rebattre les cartes

et redéfinir les rôles et la place de l'oubli

 

 

Le cœur au bord des lèvres

délivrant sa prière

et laissant le vent l'emporter

 

 

Au pied de l'inconnu

en cette terre où tout est à sa place

 

 

Les malheurs ?

Comme une très ancienne neige

tombée au premier jour du monde

et que ni le soleil ni le temps

n'ont (encore) réussi à faire fondre

 

 

Hors de l'épaisseur

ce qui nous modèle

ce qui nous cisaille

ce qui nous façonne

pour nous permettre

d'enjamber les traditions

 

 

Le bleu instinctif au front

laissant derrière nos pas

une longue traînée de couleur

 

 

Entraîné(s) vers le fond de la nuit

avec pour seul héritage l'aveuglement et l'illusion

 

 

Le cœur terré sous la langue

Manière, sans doute, de donner

un peu de poids aux mots

 

 

Ce qui se cache

sous le recommencement de la chair

ce qui prend parfois l'allure d'un mythe

mais qui a, en réalité, le visage du mystère

 

 

La fraternité des corps et des cœurs

allant ensemble

après le franchissement du dernier rêve

 

 

Des lieux où se mêlent le jeu, la prière et l'innocence

 

 

De l'autre côté du temps

là où tout est Amour et poésie

 

 

Au cœur de cette tribu fraternelle

où l'on se sustente de tendresse et de poème

où l'on danse jusqu'à l'aube

serrés les uns contre les autres

en écoutant le cœur et la langue

s'entremêler en gestes et en mots

 

 

Ce feu au fond du cœur

qui réchauffe l'âme et le monde

de manière ininterrompue

 

 

Au fond de la mémoire

cette amitié incertaine

née avant le commencement du temps

écrasée par toutes les histoires

et tous les souvenirs du monde

 

 

Tout mêlé au rêve, au sang et à la cendre

 

 

Il faudrait un grand vent

pour balayer tous nos mensonges

 

 

A portée de cœur

ce qui se cache

sous le nom et la peau

 

 

En quel lieu secret s'est retranché le désert ?

 

 

Si savamment mélangées

ces parts de l'âme

et ces parcelles de monde

 

 

Tant de peines, de sueur et de sang

pour (en définitive) obtenir si peu de choses

 

 

Et tous ces ongles qui rayent rageusement le ciel

comme si l'on pouvait s'en emparer ainsi

 

 

Rien que des promesses et des larmes

 

 

La soif par-dessous les grimaces et les cris

sans même le savoir

 

 

Le cœur à l'ouvrage ; littéralement

 

 

De seuil en seuil

jusqu'à dissiper le rêve

 

 

Nous écartant, peu à peu, du bruit des mots

des esprits qui tentent d'éclairer les routes de ce monde

des voix qui tentent d'expliquer le chemin de l'âme

de tous ceux qui font passer la prière avant la joie

 

 

Près du feu

autour duquel ne cesse de tourner la mort

autour duquel ne cessent de danser les vivants

 

 

Le cœur si joyeux

le cœur si chantant

comme si une nuée d'oiseaux

y avaient trouvé refuge

 

 

Le cœur enfoncé dans son destin

voyageur sans histoire ni chemin

s'en remettant au ciel et au vent

 

 

Parfois, les yeux en l'air

comme une sorte d'étrange travail de l'âme

une manière (peut-être) d'alléger le poids du monde

et d'imaginer un salut pour

ce qui semble ici-bas si misérable

et si plein de soucis

 

 

Le pas léger

face aux obstacles

la mine enjouée

par ce qui nous porte

et initie tous les élans

 

 

Du haut de la mort

jeté à la face du monde

cet effroi qui traverse

l'âme et la chair des vivants

 

 

De plus en plus fort

ce que nous susurre l'Amour

 

 

Le cœur penché

sur ce sang si épais qui se répand

si horriblement sur cette terre

 

 

Le cœur de plus en plus sautillant

à mesure que la légèreté

remplace l'angoisse (tyrannique) des vivants

 

 

Allant

par-delà le monde et la blessure

par-delà l'âme et le sang

vers ce pays qui n'existe pas

 

 

Quelque chose du mystère

derrière le visage de l'homme

 

 

Nul vivant ne peut s'extraire des forces de la terre et du feu

Nulle âme ne peut échapper à la puissance de l'Amour et de la lumière

 

 

Les yeux brillants

le cœur battant

à la vue de ce qui se dessine

sur la page

 

 

Au fond de l'âme

cette ivresse et cette clarté si puissantes

qu'elles font fermer les yeux

 

 

Derrière tous les désirs

l'ultime désir

et ce qui semble inépuisable

 

 

Ce que l'on dépose modestement

(si modestement) au pied du reste

quelques gestes

quelques mots

une manière indiscutable d'être ensemble

 

 

Quelque chose (bien sûr) de la lumière dans la parole

 

 

L'âme dressée comme un rempart contre le sommeil

 

 

Le cœur triste et féroce

à mesure que les possibles s'amenuisent

comme si l'on savait

que rien ne pourra plus être assouvi

 

 

Au large du monde

le ressort du merveilleux

caché sous une pluie d'étoiles

 

 

Les yeux absorbés par le rêve

au lieu de contempler la vie et la mort

 

 

Témoin de tant d'évidences

que la vérité nous échappe

 

 

Porté peut-être au plus haut du sacré

 

 

Si prodigieusement vivant

 

 

Au plus noire des heures

un reste de joie

la substance intarissable de l'âme

 

 

Dressé face à la déchéance

la tête hors de l'intervalle décrié

pieds nus sur la pierre

luttant contre la lassitude et le découragement

 

 

L'esprit fou

plongé dans l'onirisme et le délire

porteur des initiales du monde

et honoré comme la pièce essentielle du jeu

sans laquelle s'écrouleraient tous les châteaux de sable

 

 

Sous les habits rugueux de la forêt

l'âme dans son royaume

côtoyant les fleurs et les nuages

écoutant les esprits des bois

recueillant le chant des feuilles et du vent

honorant sa loyauté envers tous ses habitants

 

 

Le cœur dévoré par la perte

rongé par la nuit qui avale

par la tristesse qui s'immisce et s'infiltre

en train de mourir peut-être

 

 

Sur la pierre blanche

dans la compagnie des herbes et des bêtes

le monde au fond de l’œil

et la main délivrée du labeur de l'homme

 

 

La part éclatante du secret

au fond du cœur

au fond des yeux

comme si quelque chose, en nous, savait déjà

 

 

De quoi aller comme les nuages

sous les auspices d'un ciel parfois (un peu) trop sage

 

 

Cette incroyable profusion de signes sur la page

presque autant que d'étoiles dans le ciel

 

 

Le cœur retranché au-dedans

lorsque la vie se montre trop cruelle

lorsque le monde fait couler trop de sang

 

 

Au cœur de l'hiver

comme un feu – un peu de lumière

pour affronter la rudesse de ce monde

 

 

Sur cette terre sans espérance

ce qu'offrent le cœur et la main

à ce qui ne fait que passer

 

 

Et cet aveu inespéré du moins tangible

qui habite quelquefois le geste et le poème

 

 

Sur les hauteurs de l'invisible

cet Amour aux mains détachées

qui n'obéit qu'aux injonctions de l'âme

 

 

Assis sur la pierre froide

contemplant tous les reflets

ce qui traverse le monde et l'esprit

et attentif à ce qui résonne

aux échos du cœur

à ce qui résiste à la folie des Hommes

 

 

A la place de l'Homme

face au sang et au secret

essayant de déchiffrer

tous les signes du mystère

 

Le cœur retourné

à la périphérie du cercle

passant et repassant

devant le ciel posé à l'envers

 

 

Le silence susurré

à l'oreille de ceux qui veillent

 

 

Semblable à soi

Dieu

L'Autre

Le reste

 

 

Comme une réserve inépuisable de ferveur

au fond de l'âme qui croit

quelque chose entre l'Amour et l'espoir

qui donne à tous les gestes une allure de prière

 

 

C'est la couleur du rêve qui, un jour, nous fera douter...

 

 

La lumière au-dessus des yeux

plus haut (un peu plus haut) que l'âme

en ce lieu où cesse la pensée

où le monde est une absence

où le silence devient le seul refuge

 

 

Une parole sans assurance

témoignant seulement d'une expérience

cherchant dans le regard et au fond de l'âme

la preuve de ce qu'elle affirme

 

 

Sur les ruines bientôt d'un monde

qui n'aura cessé de piétiner l'idée du Divin

en cherchant son salut

dans ce qui causera sa chute

 

 

Laisser la prière s'extirper du sommeil

pour soutenir dans son œuvre le cœur de l'homme

 

 

Allant vers cette contrée

où la vie et la mort se tiennent par la main

où rien n'est plus vivant que le poème

où rien n'existe vraiment sinon peut-être

la voix et le cœur qui bat

 

 

Si éloigné des choses du rêve

des images et de la prépondérance du nom

de cette vie considérée comme un séjour

une parenthèse peut-être dans le voyage

de ce versant de la vie

où il n'y a rien d'autre

que l'immobilité, l'attente et la mort

 

 

L'âme dans l'espérance d'un ciel

et encore soumise aux jeux du monde

engluée dans cette angoisse folle du pari

 

 

Le cœur si étranger à la fête et à l'artifice

 

 

A l'ombre de si grandes figures

La table vide

La feuille blanche

Les mots que dicte l'âme

et le poème qui, peu à peu, se dessine

 

 

La voix debout

murmurant l'indicible

rejoignant les bords déchirés de l'Amour

osant une parole capable de guérir

 

 

Le cœur placé au-dehors

comme un phare – un minuscule repère

pour les âmes égarées

 

 

Au milieu de la terreur et du sommeil

le cœur à l'ouvrage

en dépit du nombre

en dépit de l'Homme

 

 

Au cœur du silence

la chair du monde

dont nul (bien sûr) ne peut s'extraire

 

 

Le cœur aussi vieux que la nuit et l'enfance

aussi vieux que la mort et les malheurs

cherchant dans le geste et la langue

un point de passage vers ce qui les a précédés

 

 

A la tombée de la nuit

Le cri de la chouette

Les paupières fermées

Quelque chose qui s'immisce dans l'âme

Peut-être les secrets de la forêt

 

 

Moins Homme que brume

moins chair que âme

et tout qui, peu à peu, s'efface

et tout qui, peu à peu, s'enlace

sans même le besoin de croire

 

 

Au cœur du sommeil

pas des hommes

pas des cœurs

pas des âmes

des mains agissantes

rudes et froides

déterminées

qui donnent la mort

sans trembler

et qui font reculer dans l'esprit

l'importance de la vie

 

 

La mort comme un miroir

devant lequel il convient de baisser les yeux

 

 

Entre nous

des liasses de feuilles

et ce silence qui effraye tant les Hommes

 

 

Entre les mains d'une absence

qui oscille entre la tendresse et le monde

 

 

Le cœur si serré dans les mains du vide

 

 

Tous nos cris, peu à peu, transformés en poème

 

 

Là où plus rien n'a de sens

comme si, au fond, il n'y en avait jamais eu

 

 

L'air de rien

peut-être le seul indice

 

 

Rouge

l'encre sur la page

comme si le cœur y avait laissé son empreinte

 

 

A chaque instant

si près du visage de la mort

 

 

Le peu de poids du cœur sur les choses de ce monde

Et le peu de poids du monde sur les choses du cœur

 

 

Vivant

sans même savoir ce qu'est l'âme

sans même savoir ce qu'est le monde

sans même savoir ce qu'est l'Homme

 

 

Tandis que nous vivons

tandis que nous essayons d'inventer une terre et un ciel

partout règnent la douleur et la cécité

et jusque dans l'âme de celui qui s'imagine épargné

 

 

Comme un passage vers la lumière

à travers la brume de ce monde

 

 

Ici et ailleurs

d'autres mondes

d'autres lumières

d'autres silences

et d'autres éternités

que ceux que nous imaginons

 

 

Rien que du ciel et du vent

au fond de l'âme

et cette cargaison d'oiseaux et d'étoiles

qui virevoltent et scintillent

au-dedans du sang

 

 

Là où tout se disperse et se confond

comme les nuages

mêlant leur souffle, leur visage et leur nom

 

 

A remuer en vain

tout ce sable et tout ce sang

 

 

Et cette joie de voir, parfois, vaincues la douleur et la misère

 

 

Face à la débâcle du monde

un ciel

une fleur

un poème

quelque chose qui résiste en silence

 

 

Ruisselant de larmes et de lumière

ce visage qui fait face au monde

 

 

Ce que la fin (heureusement) nous révèle

avant d'arriver à son seuil

 

 

Ce que le cœur devine

Ce que l'esprit comprend

la présence d'autres vies à l'intérieur de cette vie

l'existence d'autres mondes à l'intérieur de ce monde

et cette joie et ce silence que rien ne saurait souiller

 

 

A force de ne plus rien désirer

A force de ne plus résister

Dieu finit par tout remplacer

 

 

Au-delà du monde

Au-delà du songe

l'autre chemin

celui qui mène

à l'étreinte et à l'éternité

 

 

Et ce sourire qui n'est qu'un reflet de la lumière

 

 

Tout désormais entre les mains

d'un Dieu rieur et dansant

qui nous prend dans ses bras

et qui fait tournoyer les âmes

pour transformer le monde

en une ronde joyeuse et colorée

 

 

La foulée et l'aventure de plus en plus joyeuses

 

 

Aux frontières de l'infranchissable

 

 

Là où la douleur s'efface

Là où s'émancipe la chair

Là où l'esprit se délasse

Là où s'enjambent les frontières

Quelque part en soi

 

 

Calligraphie libre

mais pas encore (totalement) affranchie

du tumulte du monde

 

 

Signes dessinés avec l'âme

Poussières noires

sur le blanc de la page

Et, quelquefois, presque incongru

un petit nuage à la course tranquille

qui s'échappe du petit troupeau sombre

 

 

De la lumière dans le sang

et nos pieds nus sur la roche

Le destin de l'Homme

paré de sa richesse et de son infirmité

 

 

Le cœur inoffensif

placé là où les choses nous échappent

là où Dieu s'est immiscé derrière les visages

là où il n'y a plus rien ni personne

pour guider les âmes de passage

 

 

Au fond de la perte (et de la défaillance)

quelque chose du chant

comme une cloche pour initier le rire et la danse

et inaugurer l'expérience nécessaire

à la solitude et à l'abandon

 

 

Et si, au fond, notre parole et nos poèmes n'étaient adressés à personne...

 

 

Sous le masque du rêve

la mort qui se balance

au-dessus du monde

la chair pétrifiée des bêtes

et la prière de quelques hommes

 

 

Des éclats de sang

et des reflets de lumière

sous la chair incandescente

 

 

Le cœur affranchi des grands rites humains

allant dans le désordre de son feu

braises rouges dans ses rouages

quelque chose comme un rire

et un (irrévocable) besoin d'aller au-delà de l'Homme

 

 

Sous le cliquetis de la parole murmurée

tous les hurlements du monde

 

 

Bêtes et hommes côte à côte dans la douleur

le cœur écorcé à force de déchirures

fracturé à coups de hache

s'émiettant et tombant en lambeaux

 

 

Le temps à venir ne sera pas celui du monde

 

 

Mots et voyage sans distinction

 

 

Bien au-delà de ce que peuvent dire les mots

quelque chose du sourire

quelque chose de l'Absolu

Et la joie de l'âme qui danse au milieu des pages

 

 

Au pied de la vie

ce que nous avons abandonné

et qui, un jour, se redressera

pour danser au rythme des tambours du temps

 

 

Au fond de notre cœur

quelque chose d'incomplet

et le secret qui s'impatiente

 

 

Par là où tout passe

s'enlace, s'efface et repart

une fois la soif assouvie

 

 

Sous nos genoux

le sang noir de la terre

 

 

Le cœur penché sur la pierre

témoin de tous les drames

 

 

Toujours la lumière

par-dessus la mort

 

 

A travers le sort de la parole

notre destin

 

 

Tant de gisements au fond du cœur

dans lesquels nous ne piochons pas assez

 

 

Des millénaires d'histoire(s)

qui, au fond, ne veulent pas dire grand-chose

 

 

La chair usée à force de jours

Et le cœur exténué qui bat encore

 

 

Jaillissant du dedans

ces gestes vers le monde

ces paroles offertes

cette présence attentive

comme si le regard éclairait

les yeux et le fond de l'âme

 

 

Tout rassemblé

sous l'arbre

et dans la parole

 

 

Comme un murmure

au fond de la solitude

et l'accueil du silence

et le reflet de mille autres mondes

 

 

En ce lieu privé de sens

où tout se passe

 

 

De la chair et du sang

recouverts de peau

et ce qu'il faut d'Amour et de lumière

pour que le monde soit vivable

 

 

Sans courir

sans compter

allant et venant

comme les nuages et la neige

assez innocemment

 

4 mars 2026

Carnet n°326 Des choses et d'autres

Janvier 2026

Le silence que parfois la douleur atteint

 

 

Vers un ciel sans exigence

 

 

Le cœur-fantôme

errant parmi les rêves

en quête de quelque chose

que le vent ne pourrait emporter

 

 

Là où s'efface la mémoire des Hommes

Là où commence l'inconnu

 

 

Au seuil d'une maisonnée sans mur

d'un territoire sans frontière

d'un royaume dont chacun serait le souverain

 

 

Sans autre maintenant que celui que l'on vit

 

 

Allant comme de pauvres mortels

L'espoir au cœur et l'échine courbée

 

 

Au fil d'une existence faite de larmes, de cris et de voluptés

 

 

Le cœur penché sur le sacré du monde

Les lèvres posées sur la pierre

La nuque offerte au ciel

Dans cet allant de la prière

 

 

A notre fenêtre

Le ciel et le monde

Quelque chose de la lumière et de la mort

 

 

Le soupir du voyageur

qui use ses souliers

sur tous les chemins

au lieu de se pencher

au-dessus de l'âme

pour s'abreuver à la source

 

 

Les mains du désir

qui se posent un peu partout

 

 

Quelle joie

lorsque l'on secoue les pages de son carnet

au-dessus de la table

et qu'il en tombe un peu de lumière

 

 

Au cœur de ces rives

où s'invitent tous les rêves

 

 

L'âme tout de guingois

à force de coups

à force de ruses

à force de désirs

et de soif inassouvis

 

 

Au fond de la chair

là où le cœur tremble

 

 

Le cœur écorché

refusant les alliances

et les compromissions

refusant les fausses révérences

si authentique et sensible

qu'il ne peut que s'attrister

de son sort en ce monde

 

 

A errer parmi les âmes et les pierres

cherchant un passage entre la terre et le ciel

et une passerelle entre les bêtes et les hommes

 

 

Les Hommes ?

Des ombres qui se frôlent dans la nuit

 

 

Sous cette lumière

Tant de vie(s) et de souffles

Tant de sang et de mort(s)

 

 

Allant en boitant

sous la lumière

 

 

Les lèvres collées sur des images

Notre folle manière d'aimer

 

 

L'expérience animique du monde

Le seul chemin pour comprendre

 

 

Toutes ces choses

jetées sans ménagement

au fond du cœur

 

 

Derrière la fenêtre

Mille étoiles

et les lumières de la ville

 

 

A la place que la vie nous a choisie

 

 

La vie désirante

et la vie désirée

s'empoignant parfois

jusqu'à ce que s'éteigne tout idéalisme

 

 

Un souffle chargé de tous les autres

 

 

Au bord d'un rêve

où le monde ne serait qu'une image

 

 

Porteur de tant de caresses et de vibrations

que l'âme offre ses résonances et sa tendresse

à tous ceux qui passent

 

 

L'âme s'enhardissant

dans l'étreinte et les retrouvailles

 

 

Allongé

sous les étoiles

les yeux plongés

dans l'immensité

 

 

Là où se dessine l'inconnu

 

 

Pieds nus sur la terre

les yeux comme ceux du premier homme

tournés vers le ciel

 

 

Ah ! Ce vieux rêve de lumière

 

 

En ce lieu

où l'aube, le rêve et le monde

ne font plus qu'un

 

 

Toutes ces ombres affamées

au cœur et aux mains avides

qui se bousculent et se querellent

pour récupérer quelques miettes de joie

 

 

Le chant du petit jour

Face à l'éternité

 

 

Que contient ce grand rêve de lumière ?

 

 

Au bord de la voix

comme un grand silence sans étoile

 

 

Que cache donc l'épaisse étoffe du monde ?

 

 

Un grand ciel

et des réserves de joie

au fond du cœur

 

 

L'infini déjà au fond des yeux

avec par-dessus quantité de rêves et d'images

 

 

Le cœur peu à peu déchiré

par l'indifférence et les mensonges

 

 

Dans le grand silence de la solitude

 

 

La danse tranquille des arbres

sous le regard blasé de la lune

 

 

Le souffle de l'infini

sur nos vies minuscules et misérables

 

 

Au cœur de l'intime

dans notre vocation d'Homme

 

 

Si peu de place entre les rêves

 

 

Le cœur de moins en moins clandestin

à mesure qu'on s'approche du mystère

 

 

D'un baiser à l'autre

entre tous ces poings brandis

 

 

La figure de la simplicité

au cœur de cette abondance de mots

 

 

Glissant peu à peu

vers l'intérieur

jusqu'à l'origine

 

 

Dieu jetant quelquefois

au-dessus des têtes et des âmes

de minuscules poignées de hasard

 

 

La besogne du poète

rejoignant parfois

le labeur des étoiles

 

 

Rien que des désirs et du temps

au-dedans des têtes

 

 

Les lèvres susurrant au vent

quelques poèmes

 

 

Le cœur lacéré par les vents du monde

et écrasé par les foulées du temps

 

 

S'exerçant à son rude métier d'Homme

sous le ciel et les étoiles

sur la pierre

au milieu de ses pairs et des malheurs

 

 

Dans le dénuement de l'âme et du poème

quelque chose d'intime

la figure joyeuse du Divin

 

 

Jamais à l'écart de la vie

malgré la chair qui s'use et disparaît

malgré l'esprit qui se lasse et s'absente

 

L'imprévisible et tumultueuse traversée du monde et du temps

 

 

 

Si fugace ce parfum d'éternité

que connaissent la fleur, la bête et l'homme

 

 

Jetés ces amas de rêves

dont nous n'aurons plus jamais l'usage

 

 

Face aux chimères

tous ces cœurs qui se pressent

tressaillant devant tant de promesses

et s'éloignant du mystère (sans même le savoir)

 

 

Qu'importe l'avenir de l'Homme et du monde

pour peu que l'on obéisse aux lois de la terre et du ciel

 

 

Gorgées de sang et de lumière

cette âme et cette chair

qui se redressent

 

 

Tourné vers cet Absolu

qui habite autant le monde

que le fond de l'âme

 

 

Mêlés à l'or et au rêve

cette déchirure et ce peu de joie

comme un appât à portée

de ceux qui vivent au fond du gouffre

 

 

Vivre

à la manière des nuages

qui parcourent le ciel

 

 

Au lieu de vivre le réel

nous le représentant

et dissertant (sans fin) sur ses reflets

 

 

Et si Dieu n'était qu'un rêve supplémentaire...

 

 

Rien que l'enfance

et, autour, un monde disparu

 

 

La vie et le cœur réinventés

par celui qui est vivant

 

 

Où va donc celui qui vient de mourir ?

 

 

Rien que vivre et mourir

Nous n'avons rien d'autre

Et nous ne savons rien d'autre

 

 

Cette incandescence au fond de l'âme

qui brûle tout ce qui naît

tout ce qui recommence

 

 

Au fond de soi

quelque chose

que beaucoup ignorent

 

 

Au seuil de ce qui s'écrit

le silence

 

 

Ces noces étranges

entre la lumière et la nuit

entre le silence et la voix

entre la solitude et le monde

 

 

Tant de pourquoi qui se heurtent

aux lois énigmatiques de la terre et du ciel

allant ainsi sans réponse vers le mystère

 

 

D'un jour à l'autre

D'une page à l'autre

Ainsi s'écrit le livre

Ainsi s'écrit la vie

 

 

Attendant peut-être

ce qui ne viendra jamais

 

 

L'âme nue

au milieu des arbres

devant la page qui s'écrit

 

 

Témoin de toutes les fantaisies de l'âme et de l'esprit

 

 

Entre l'âme et la pierre

Entre le ciel et le monde

Cette langue qui explore

l'intime et le lointain

 

 

Sur cette rive

où la parole fait dériver

le cercle des possibles

 

 

Le cœur érodé par le monde

et que le silence (si patiemment) reconstitue

 

 

Devenir l'arbre et l'oiseau

le ciel et le monde

tout le dehors

sans l'aide de quiconque

sans l'aide d'un seul mot

 

 

Happé par cette danse

qui emporte tout

 

 

Qu'importe la mort

et qu'importe le nom

lorsque l'ivresse nous saisit

au cœur de cette longue veille

 

 

Autour de soi

tant d'arbres et de livres

tant de ciel et d'horizons

 

 

Sans même le savoir

le poème hissé

à la pointe de la langue

en équilibre

au-dessus des bavardages du monde

 

 

Le cœur intègre

le cœur vertueux

débordant de ce ciel

dont la terre a tant besoin

 

 

Par-dessous le sommeil

ce qui veille silencieusement

et ce qui guette la lumière

 

 

Nous défaisant de l'argile, de l'image et du rêve

pour échapper aux ombres du monde

et révéler la nudité de l'âme

 

 

Allant au rythme des étoiles

brûlant comme le soleil et le jour

insoucieux des fantaisies du voyage

l’œil rivé sur l'horizon

 

 

Sous la même étoile que les bêtes

et sur la pierre à leur côté

 

 

Dans l'intimité de l'herbe

le vent et la rosée

sous le jour qui se lève

 

 

Caché parmi l'enfance et les jeux

le grand secret

cette source capable

d'étancher toutes les soifs

 

 

Là-haut

presque rien

aussi peu qu'ici-bas

et ce qu'il faut de nudité

pour y goûter sans désespérer

 

 

Passant et repassant

dans notre paume

et au fond de notre âme

sans jamais se laisser attraper

 

 

Essayant de s'extirper de cette langue

avec laquelle rien ne peut être exprimé

 

 

Mu par l'obsession de dire

et de trouver sa voix

au cœur du silence

 

 

Creuser à même la soif

pour dégoter l'essence de l'Homme

l'essence de tout ce qui vit

 

 

Comme un hurlement

au-dessus des cimes éternelles

le cri de Dieu peut-être

en voyant l’œuvre des Hommes

 

 

Flaque de boue et de sang

dans laquelle pataugent les Hommes

 

 

Entre le cœur et la fumée

ce rire qui éclate

comme un bouquet de fleurs sauvages

 

 

Au fond de l'impensable

cette étrange lumière

que cherche le cœur de l'Homme

 

 

Au cœur de la fouille et des gravats

à même les rêves du monde

la figure vraie de l'innocence

 

 

Entre le ciel et l'écume

ces mains fouineuses

qui cherchent un peu de vérité

 

 

Éclat de rire

comme un soleil en pleine nuit

une parole en plein cœur

quelque chose de l'émerveillement

capable de redresser l'âme

 

 

Sans espérance

ce voyage du dehors

où tout se querelle et se quitte

comme si les désirs sans cesse divergeaient

comme si rien ne pouvait contenter le cœur

 

 

Personne

Seulement une âme, une main, une voix

Et un rire immense et anonyme

 

 

Le cœur mendiant

Le cœur endormi

 

 

Autour de soi

Tant de noms qui s'appellent

Le visage hors du cercle

et le cœur absent

 

 

Né des tremblements de la chair

ce désir de lumière

 

 

Comme un rêve

cette ascension vers le ciel

 

 

Le cœur consentant

à toutes les dimensions de l'existence et du temps

 

 

Si près de la joie et de l'éternité

 

 

Si vide que le monde et le temps n'existent plus

 

 

Sans conscience

Sans Dieu

Sans prière

ce monde qui croit aller

sous la direction de l'Homme

 

 

Notre cœur cherchant si désespérément la joie

 

 

Comme un anneau invisible qui enserre

le cœur et la tête des créatures de ce monde

Leur alliance (si méconnue) avec le Divin

 

 

Si solitaire

sur la pierre nue

 

 

Quelques mots encore

histoire d'offrir une place à la parole

dans ce monde de bavardages et de cris

 

 

Caché dans l'intimité de la lumière

Le secret

 

 

Si démuni face au monde et au ciel

 

 

Sans autre outil que soi-même

 

 

Le réel couronné

à l'instant où l'esprit comprend

 

Le cœur plongé dans cette clarté insondable

 

 

Refusant

sans savoir

que le non est un naufrage

 

 

Au fond du cœur

parfois un gouffre

parfois un sourire

le lieu où se joue

le destin de l'Homme

 

 

Si près du monde

Si près du don et de la douleur

Ce Dieu sans autre royaume

que le cœur de l'Homme

 

 

Jetés au monde

comme des flammes au milieu du feu

tous ces visages qui s'interrogent

 

 

A la manière des indigents

toutes ces mains tendues

 

 

Plus haut que le monde, les mots

Et plus haut encore, le silence

 

 

Dieu poussant l'aube de sa main

accompagnant le soleil tout au long du jour

puis tirant les rideaux le soir venu

 

 

Mille routes vers le même ciel

Et autant de manières d'exister

 

 

Sur ce rivage qui n'est accessible

qu'à ceux qui ont trouvé la joie

au cœur de leurs défaites

 

 

A la pointe de la voix

le cœur et la main offrant leur présent

 

 

Ce qui peuple la parole

sans même y avoir été invité

 

 

Dans l'enclos du réel

croyons-nous

et si nous étions l'espace, la clôture

et la clé qui ouvre toutes les portes ?

 

 

La parole habitée

par l'arbre et la bête

presque autant que le cœur

 

 

Debout

au fond du cœur la soif assouvie

nous tenant appuyé contre le ciel

et les choses de la terre

 

 

Dieu

à genoux

penché sur tous nos jeux

 

 

La chambre sous les étoiles

ouverte aux vents

et à la vie alentour

 

 

L'impérissable

au cœur de l'éphémère

 

 

En soi

des provisions de tendresse et de lumière

pour aller de par le monde

 

 

Au seuil de l'invisible

la main tremblante

et le cœur hésitant

 

 

Et s'il n'y avait d'autre jour qu'aujourd'hui ?

 

 

D'un ciel à l'autre

sans aller nulle part

sans rien traverser

 

 

Quelques restes de lumière

au fond du rêve

 

 

Pas de refuge

ni de fausses étoiles

dans le ciel du réel

une pente abrupte

et le silence

 

 

Le visage de l'arbre

penché sur nous

attentif et bienveillant

si innocent

regardant avec étonnement

la hache dans la main

de certains hommes

 

 

Oubliant tous les désirs de l'Homme

pour œuvrer en silence

à une tâche que nous n'avons pas choisie

 

 

Au creux de la parole

du vide et du silence

la figure d'un Dieu sans visage

 

 

Nous devenant

de plus en plus personne

 

 

A peine quelque chose

au creux de la main

au fond de la voix

comme une joie presque quelconque

 

 

Au cœur du rêve

la terre et le ciel

tout ce que touchent les mains

tout ce que voient les yeux

le recommencement du monde et du temps

 

 

Rien

à la place de la lumière

sinon l'étrange jeu des ombres

en ces lieux si obscurs

 

 

Comme un manteau de joie

sous cette pluie battante

le chant du monde

aux oreilles de l'innocent

 

 

Allant désunis

contre les flancs de l'infini

 

 

De notre plein gré

cette obscurité et cette lumière

 

 

Ce qui nous redresse

tantôt l'orgueil

tantôt la gratitude

comme si l'on était encore incapable

de choisir entre soi et le monde

 

 

Un cœur quelconque

aussi obscur que lumineux

se laissant saisir par (presque) tout ce qui passe

 

 

D'un pas laborieux

vers ce qui s'est hissé si haut

avant (bien avant) notre naissance

 

 

Ici-bas la voie terrestre

comme le seul chemin

qui mène aux portes du ciel

 

 

Non pas la langue des livres

mais celle d'un cœur ouvert

 

 

En un lieu où le vent

est plus important

que le rêve et la mort

 

 

Chacun

à sa façon

sur cette terre

comme face au ciel

 

 

Sans parler

dire beaucoup

sans compter (bien sûr)

ce que révèlent les gestes

 

 

Répondant à cet appel (irrésistible) de l'infini

 

 

Le souffle et la soif

pour aller à travers les jours

 

 

Sans rien oublier

Les paumes ouvertes

 

 

Plus intensément l'accueil

à mesure que l'on s'oublie

 

 

L'Homme déserté par un Dieu

qui aime parfois (un peu trop)

célébrer l'absence et la nuit

 

 

Tout mêlé à la terre et au ciel

les choses du monde (bien sûr)

mais aussi Dieu, l'âme et l'invisible

 

 

Glissant avec le temps

sur la pierre

parmi les âmes et les rêves

 

 

De moins en moins à dire

à mesure que l'étreinte se resserre

 

 

S'exprimant dans la langue des confidences

une langue qui relie la mort et l'enfance

une langue au-delà de la parole des Hommes

une langue vouée à disparaître un jour

au profit du silence

 

 

Poèmes nés de la fréquentation du monde et du ciel

de l'intimité de la douleur et de la joie

offerts à tous les damnés de la terre

 

 

Sans plus rien savoir

se laissant mener

comme se laissent porter par le vent

ces immenses oiseaux qui traversent le ciel

 

 

Nous

toujours

en dépit des blessures et des coups

en dépit de l'adversité du monde

et de la vie si rude sur la pierre

en dépit de la mort

aussi vivants qu'au premier jour

 

 

Livrée au monde

cette parole pierreuse et obsolète

 

 

Ce qui danse

au cœur du poème

comme – espérons-le –

dans l'âme de celui qui l'écoute

 

 

Des rêves

quantité de rêves

qui s'amoncellent

pour échapper

à la lame de l'étreinte

 

 

Ce qui en soi

demeure si triste

en dépit du ciel

 

 

Le cœur silencieux

au cours de cette traversée du sommeil

puis sur cette pente qui mène à la lumière

 

 

Sous l'arbre plutôt que sous l'étoile

l’œil encore troublé par ces restes de nuit

immobile (pourtant) sous les hautes frondaisons

qui laissent passer la lumière

 

 

Le cœur confiant

nous livrant corps et âme

à ce qui n'a de nom

 

 

Face à l'invisible

comme face au ciel

comme face à la vie

l'esprit émerveillé

et le cœur battant

 

A la marge

et dans les profondeurs

Loin du commun

qui refuse le voyage

de gravir la pente

de franchir le seuil du cercle

où il se trouve enfermé

 

 

Sans appui

Sans même une pierre

sous les pieds de l'âme

 

 

Des mots jetés sur la feuille

en gerbes invisibles

depuis le plus haut

et par des voies souterraines aussi

 

 

Des noms

Du vent

Et le ciel qui se moque

de nos (pauvres) mains tendues

 

 

L'âme enfermée dans le poème

lançant ses cris

cherchant une issue

la possibilité d'une parole silencieuse

d'un verbe au-delà du verbe

d'un langage sachant se passer de mots

 

 

La main protégeant les yeux de l'étoile

réservant à l'âme tous les trésors

que le cœur pourra trouver

 

 

Ne nous lassant (presque) jamais du rêve

 

 

Entre le ciel et la boue

cette chair froissée qui frissonne

rien qu'à l'idée du voyage

 

 

On voit mille choses sur un visage

l'âme, la terre, le ciel

et tout ce que le cœur a traversé

 

 

L'esprit simple et éclairé

affranchi de toutes les complexités

du cœur et du monde

 

 

La parole comme un pont jeté

entre le monde et le silence

entre l'infime et l'infini

 

 

Jetées du plus haut du ciel

toutes ces étoiles qui tenaient dans la main

 

 

Le cœur

en plein vent

emporté comme l'oiseau

vers le grand ciel

 

 

En ce lieu posé au milieu de nulle part

là où il n'y a ni dehors ni dedans

 

 

Arpenté par la tendresse

jusqu'à l’étreinte finale

 

 

Sans un mot

ce qui s'accomplit

 

 

Ni célébration

Ni funérailles

à l'heure de la rencontre

Juste la main tendue

et l'âme suspendue

au secret qu'on lui murmure

 

 

Qu'y a-t-il dans ces mots

qui puisse s'incarner ?

 

 

Le cœur scellant le destin

que la vie nous a choisi

 

 

Dans ce retranchement du temps

le fond du jour

cette lumière brûlante

capable de renverser

le sommeil et la mort

 

 

Au fond des yeux

ce gouffre où tout se jette

où tout se perd

 

 

A coups d'espoir et d'oubli

ce qui (bien souvent) se joue

au fond de l'âme

 

 

Toutes ces perches lancées

à ceux qui sommeillent et qui rêvent

pour essayer de rejoindre

la route des origines

 

 

Contre les flancs du rêve

tout ce sang et toutes ces larmes

que l’œil refuse de voir

suspendu à l'espoir d'une vie meilleure

 

 

Au fil des mots

un visage qui se dessine

peut-être celui de l'âme

ou, peut-être – allez savoir ! –

seulement celui du monde

 

 

En dehors du nom

quelque chose d'inoubliable

dont l'esprit, parfois, se souvient

 

 

Le lieu du retour

Là où mène le poème

 

 

D'une parole à l'autre

ce que l'on arpente de l'âme et du monde

et, pourtant, la géographie s'oublie

ne subsiste que ce que nous avons compris du voyage

 

 

Dans l'ombre de l'origine

 

 

Caché l'invisible

derrière la masse (invraisemblable)

des visages et des choses

 

 

Le cœur parvenu

au-delà de la parole

jusqu'à ce silence

que réclament (sans même le savoir)

l'âme et le monde

 

 

Sur le visage

un sourire

reflet de celui de l'âme

affranchi des événements du monde

 

 

Sur cette rive

où tout est jeté

dans un grand désordre

où le sang côtoie la lumière et le silence

où la folie et la sagesse s'entremêlent

au fond de tous les cœurs

 

 

Criant les yeux fermés

puis optant (plus sagement)

à mesure qu'ils se dessillent

pour le silence

 

 

Ce qu'il y a de plus vivant en soi

embryonnaire ou fissuré

en devenir ou en éclat

presque jamais entier

ce qui fait de nous

des Hommes infirmes

 

 

Dans cette folle (et dangereuse) apesanteur du rêve

 

 

Quelque chose sur la feuille

Des signes

Un peu d'encre

Des taches peut-être

Des bouts d'âme

qui dessinent un portrait

 

 

Dire avec cette langue sous-jacente

qui parvient, parfois, à hisser

la parole jusqu'au silence

 

 

Obscurément

ces pas

sans distinguer les horizons

 

 

Plus près (sans doute) de l'épaisseur que de la lumière

 

 

Le cœur détourné de sa fonction

occupé à légitimer l'appétit du ventre et des yeux

à jeter par brassées l'or dont il est dépositaire

 

 

Tous ces désirs dans le sang

animant les têtes

agitant les mains

forçant les destins

à plier sous le poids de l'illusion

 

 

Quelques reflets encore

au fond des yeux éteints

 

 

Toute cette nuit engrangée

au fond de l'absence

 

 

Si étrangers les uns aux autres

tous ces visages côte à côte

qui ne se regardent même pas

 

 

Près de l'arbre

cet halo de lumière

Le visage

contre la pierre

Et des mots

pour prolonger l'âme en prière

 

 

Au fond de soi

Le ciel et les mots

L'issue et le poème

hésitant encore

tant l'esprit aime la langue

tant le cœur aime partager

 

 

La roue de l'incertitude

jetée dans le destin des âmes et du monde

 

 

Derrière l'évidence

peut-être une illusion

peut-être le mystère

la tête encore bien trop loin du seuil pour savoir

 

 

Des choses et d'autres

Des sourires et des absences

Le cœur aux mains

de ce qui est perdu

Voilà peut-être notre chance

 

 

Au seuil de l'infini

l'impossibilité du langage

le signe peut-être

que quelque chose a été rencontré

 

 

Au cœur des retrouvailles

le cœur illuminé

cette joie des cimes

qui ne saurait être comparée

 

Au cœur de cette grande perte

qui nous rend tout si familier

 

 

Comme des enfants jouant dans la poussière

Comme des enfants jouant dans la lumière

 

 

Le règne du rêve obligeant le cœur

à abandonner ses belles aspirations

 

 

Sur ces rives où le rêve

n'est qu'un pitoyable fonds de commerce

qu'importe la nuit et l'obscurité des existences

pourvu que l'on croit accéder aux étoiles

 

 

Ce qui tend vers rien

de manière si discrète

en passant presque inaperçu

 

 

De nos propres mains

cette absence que nous avons bâtie

 

 

Nul poème ne peut être considéré

comme un outil ou un territoire

seulement un peu de vérité

ou, parfois, un peu de beauté

quelque chose que l'on offre

et que l'on sait parfois recevoir

 

 

D'une feuille à l'autre

cette exploration du dedans

que la main tire de l'obscurité

 

 

Tenant notre main

une autre main

dont nous ignorons (à peu près) tout

 

 

Creusée à même le ciel

cette lumière

 

 

Un ramassis d'illusions

Et quelques prières

plutôt qu'une vérité à vivre acérée

 

 

L'apparence du monde

et sa matrice invisible

 

 

Du côté de la terre

le cœur si serré

de voir tous ces ravages impunis

 

 

Au bord de l'infini

celui qui reconnaît

son insignifiance

 

 

Au milieu du rêve

la danse des reflets et des étoiles

 

 

Sur ces rives

où tout s'ignore

 

 

Sous le ciel et l'arbre

le cœur contemplatif

 

 

Tous rassemblés

sous la bannière du sommeil

avec le rêve en étendard

 

 

La voix du cœur

affranchie de la fébrilité du monde

et du sang qui coule dans les veines

 

 

Comme des fils tissés ensemble

au cœur de cette trame

composée d'alliances et d'oppositions

 

 

Tout un monde

fait de pierre(s) et d'âme(s)

de chair et de ciel

 

 

Quelque chose de dressé

au fond du cœur

tantôt une crainte

tantôt un doute

tantôt une confiance

et plus profondément enfouie encore

la certitude du Divin

 

 

Naufragés sans doute

échoués sur cette rive

entre terre et ciel

 

 

Un peu de poussière encore

pour épaissir l'écume

 

 

Devant les arbres de la forêt

comme face à une assemblée

le cœur un peu tremblant

et l'âme silencieuse et intimidée

 

 

Du bleu à l'ombre

en un instant

et de l'ombre au bleu

à travers un très long voyage

 

 

La parole vive

née de l'âme éprise d'Absolu

comme un cri lancé vers le ciel

depuis ce gouffre où tout est englué

dans le rêve et le sommeil

 

 

Des désirs

De la douleur

Et des chagrins

en ces terres sans espoir

en ces terres sans soleil

 

 

Au fond de l'âme

quelque chose comme un cri et une déchirure

comme si les astres s'étaient éloignés du cercle

comme si le monde avait effacé la lumière

comme si le corps était le lieu de toutes les dévastations

comme s'il n'y avait d'autre espoir que de briser le miroir

 

 

Si étranger à la poussière

L'Homme qui se pense au faîte du monde

ne comprenant pas qu'il fait partie de l'écume

 

 

Transportant les pierres et la soif

d'un lieu à l'autre pour bâtir

des chapelles et des illusions

 

 

Nous jetant dans les vagues

si passionnément

Nous laissant emporter vers le large

si amoureusement

 

 

L'Homme si peu ambitieux

qu'il en a oublié la soif

 

 

Au fond de l'âme

Un peu de lumière

Quelques prières

Et ce qu'il faut de place

pour n'oublier personne

 

 

Le cœur dans la lumière

qu'importe l'angoisse

et les mains qui s'agrippent

qu'importe l'absence

et la danse des reflets dans le miroir

à demeure

sans rien avoir à démêler

 

 

Ici même

nous affranchissant des rêves du monde

pour vivre l'enfance au milieu des bois

 

 

Le cœur de moins en moins étranger

aux choses de ce monde

 

 

Comme un éblouissement

au terme (bien souvent)

d'un très long chemin de pertes

 

 

Sans même un nom à hisser

au-dessus de la joie

 

 

L'effervescence et l'ombre dissipées

à mesure que le cœur et l'esprit de l'Homme se simplifient

 

 

Voix libre

qui explore les profondeurs de l'âme

en quête de quelques vérités

 

 

Dire la vie de la forêt et le monde de l'esprit

Le cœur allégé par le chant du merle

et la besogne qui nous attend sur la table de bois

 

 

Entre les mains du temps

l'Homme est un jouet insignifiant

 

 

Un peu de ciel dans la voix

et l'encre du poème

un restant de joie

par-dessus cette boue

dont on ne sait que faire

 

 

Refusant un Dieu qui a réponse à tout

Lui préférant un Dieu qui s'interroge

et qui prie avec nous sur la pierre

 

 

Quelque chose

à l'intérieur

sans très bien savoir quoi

 

Le front en pleine lumière

sur cette terre de nuit et d’yeux fermés

 

 

La main posée sur la pierre

Le cœur livré à la prière

Loin des bruits du monde

(presque) affranchi du jeu des mortels

 

 

Ce qui se déchire

au fond de l'âme

tantôt la vérité

tantôt les illusions

 

 

Sans se hâter

vers la plus imprévisible des absences

 

 

Au fond de l'esprit

rien ne pèse plus lourd

que les souvenirs du monde et du temps

 

 

Sans impasse ni détour

cet étrange chemin

 

 

Au fond de son cœur

comme un grand ciel réparateur

 

 

Derrière notre besogne

il y a l'âme et l'enfance

le jeu inévitable du dehors et du dedans

toutes les sentinelles de l'esprit

et ce qu'il faut d'espérance et de révolte

pour poser son cœur sur la table

 

 

Entrer en soi

comme l'on ouvrirait le portail d'un parc immense

qui abriterait un fabuleux château

 

 

Seul à seul

face au ciel

face à l'arbre

avec au-dedans

le plus sensible de l'âme

et le plus aiguisé de l'esprit

 

 

Ce qu'il faut de silence

pour quitter le monde

et ce qu'il faut de tendresse

pour l'aimer

 

 

Autour de l'infini

Tant de têtes qui tournent

 

 

Entouré de rien

et pas épargné pour autant

comme si le plus menaçant

se trouvait au-dedans

 

 

Le fond du jour

Ce qui veille

au-dedans du cœur

qu'importe que tout soit haine et nuit

qu'importe que le feu soit éteint

installé là depuis le premier instant

et qui durera jusqu'à la fin des temps

 

 

Cette lumière

au fond des yeux

au creux des mains

Source vive

capable d'éclairer les âmes

et d'illuminer la vie

 

 

Dieu

de tout son poids

dans notre regard

et dans nos gestes

s'invitant le plus souvent

à l'insu de l'Homme

 

 

Au cœur du mystère

la redécouverte du monde

 

 

Sur trop de cendre et de sang

Cette fête qui dure depuis si longtemps

 

 

Quelque chose

comme un dehors

une sorte d'étrangeté

qui ne serait pas (chose impossible)

reliée au-dedans de l'âme

 

 

Quelques mots

Quelques gestes

Quelques pas

Et presque rien d'autre

 

 

Ce vers quoi nous allons

peut-être la vie

peut-être la mort

qui peut savoir

 

 

Ce que révèle la parole

bien plus que le sens des mots

les secrets de l'âme

 

 

Si nu celui qui se livre

celui qui a l'impudeur de témoigner

 

 

Comme de très anciens restes de tendresse

qui se languissent au fond du cœur

Tellement las de ne jamais servir

 

 

Tout converti en or et en sommeil

jusqu'aux plus haute aspirations

offrant au monde

son lots d'angoisses et d'abominations

 

 

Sous le ciel noir des pensées

l’œuvre des vents et des intuitions

réinventant le désert nécessaire

pour accueillir la lumière

 

 

Si bas que tout a l'aspect de la poussière

et la couleur des songes

même le ciel, même l'âme et la prière

comme si rien ne pouvait s'extirper du monde

comme si rien ne pouvait se hisser jusqu'au sacré

 

 

La main besogneuse

traçant inlassablement sur la page

sa cargaison de signes

sous les auspices du ciel et de l'âme

 

 

Au fond de la perte

cette tendresse et cette paix

tant espérées

 

 

Laisser la joie ruisseler

voilà peut-être la tâche

la plus essentielle du jour

 

 

A chaque instant

laisser le cœur agir

s'émouvoir, parler

répondre, aller peu à peu

vers le silence

 

 

Le plus simple

Quelque chose comme un sourire

ou le retour à Ithaque peut-être

 

 

Un recueil de mots

non comme un objet

et moins encore comme une marchandise

Une offrande plutôt

un don de soi silencieux

 

 

Qu'y a-t-il à montrer

si ce n'est le vide et le rien

ce que nous sommes par-delà les apparences

 

 

Et si le cœur n'était que l'outil de l'Amour et de la lumière ?

Et si la main n'était que l'instrument nécessaire

pour les faire advenir en ce monde ?

 

 

Un peu plus qu'un Homme

Un cœur et un regard

 

 

Le pouls du monde

au fond de notre poitrine

donnant son rythme à notre sang

 

 

Sous cette lumière

qui déchire, une à une, les illusions

 

 

Sous la grande arche des rêves

le sang épais et noir des suppliciés

 

 

Dieu

dans notre chant

peu soucieux de la place

qu'on lui accorde

 

 

A travers les filets de l'oubli

ce qu'il reste de la lumière et de la mort

 

 

Le cœur aussi proche du sang que du rêve

laissant le monde dessiner ses rivages

exacerber la douleur et le sommeil

jusqu'à perdre (presque entièrement) sa joie et sa lumière

 

 

Glissant peu à peu vers le pays des ombres

 

 

Voir le chant et le cri

se heurter au mur des visages

parfaitement impassibles

en dépit de la douleur et de la joie

que l'âme voudrait partager

 

 

Esquissant le seuil

cette invisible frontière

entre le silence et le monde

entre le jour et la nuit

puis effaçant toutes les traces

pour que ne reste que la joie

 

 

Là où se mêlent la voix et le silence

Le fond de l'âme jeté sur la page

 

 

Sur cette pente où l'âme se laisse traverser

par le monde et les exigences du cœur

 

 

A danser sous la lune

devant l'ombre des arbres

et les yeux de la forêt

 

 

Au loin

quelque chose

par-dessous la source de l'ombre sans doute

ce rire éternel qui nous maintient debout

 

 

Le cœur enfoui dans les feuillages

regardant le ciel

la lune et les étoiles

et là-bas au loin

la mort qui plane

au-dessus des têtes

 

 

Dans la grisaille commune

l'horizon singulier de celui qui marche

vers cette lumière que nul ne voit

 

 

Le peuple de l'obscurité

comme resserré derrière ses abstractions

laissant tout filer

laissant tout s'enfuir

l'ombre et la douleur

autant que l'espoir et la lumière

 

 

Devenir (sciemment) la matière même de la Vie

Ce par quoi se fait le réel

 

 

Plus qu'une parole

une fenêtre sur l'âme et le monde

le dévoilement d'une partie du secret

la possibilité d'une étreinte

avec cette part mystérieuse

qui échappe au bavardage des Hommes

 

 

Par là où passe le poème

à travers cet ailleurs

présent au fond de l'âme

 

 

Un silence au fond de la voix

une manière de dissiper la nuit

et de réinviter le jour

 

 

Demeurer hors des cercles

et attendre la main tendue

 

 

Il y a au fond de soi

quelque chose que ni le temps ni la mort

ne pourront effacer

 

 

Seul

sur la pierre

le cœur endolori

 

 

Des mots

comme des amas d'étoiles

jetés depuis le fond de l'âme

 

 

De ces lèvres

si proches de l'humus et de la nuit

sort un chant fait de glaise et de lumière

quelque chose né du cœur et du cri

 

 

derrière le visage

et sous la chair

au fond de la poitrine

et entre les plis

l'expression du plus sacré

 

 

Si léger

et si dense

ce qui nous habite

et ce qui nous traverse

 

 

Dans ce pays sans Dieu

où tout paraît si obscur

si insignifiant

si incompréhensible

 

18 novembre 2017

Carnet n°11 Le petit chercheur ou le voyage labyrinthique - Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Conte métaphysique qui retrace les aventures d'un chercheur de trésor sur la Planète du Grand Labyrinthe. Après une longue traversée des quartiers des P'TITS DOMS, il découvre le monde des GRANDS DOMS avant de poursuivre sa route sur le CHEMIN DU DEDANS…

 

 

PARTIE 13 LES RETROUVAILLES AVEC LES HABITANTS DE MON ÎLE

 

Porte 81 Ma nouvelle fleur

– L'île de la conscience –

En débarquant sur l’île de la Conscience, je me suis précipité vers ma Fleur… j'allais m'asseoir à ses côtés... lorsque j'ai remarqué qu'elle avait changé d'aspect (elle était méconnaissable)… comme si une nouvelle fleur avait pris sa place…

-     Bon… bonjour, ai-je dit, vous… vous êtes la nouvelle fleur ?

La fleur a tourné vers moi ses pétales.

-     Oui ! dit-elle, je suis ta Fleur !

-     Ma Fleur… ? Oh ma Fleur ! ai-je dit tout tremblant d’émotion, tu es revenue. Oh ! Comme je suis heureux de te revoir ! Et comme tu as changé…

-     Oh ! dit-elle, j’attendais ce jour depuis si longtemps, mon garçon…

Et j'ai embrassé ma Fleur avec beaucoup de tendresse.

-     Oh ! Comme tu m’as manqué, ma Fleur ! Tu es devenue… si belle. On dirait… on dirait que tu as revêtu les habits du tournesol. Tu es devenue… aussi rayonnante que le soleil… 

-     C'est vrai ! dit-elle, je suis plus lumineuse… plus large… et plus ouverte qu’autrefois… je suis simplement… à l’image de ton cœur, mon garçon... et le temps est loin où tu me voyais comme une petite tulipe sombre et un peu sauvage… recroquevillée sur mes pétales…

-     Oui, ai-je dit, tu étais très belle autrefois, ma Fleur… mais tu étais plus petite et tes pétales étaient tournés vers l’intérieur comme si… comme si tu voulais te protéger.

-     C’est vrai ! dit-elle, les épreuves du chemin nous ont fait grandir, mon garçon… et cela m’emplit le cœur de joie… Cela fait si longtemps que nous ne nous sommes pas vus… Raconte-moi un peu ton voyage! As-tu trouvé le trésor ?

J’ai regardé ma Fleur avec tristesse.

-     Oh ! Mon voyage fut bien triste, ma Fleur…  je croyais avoir trouvé le trésor… et puis, un jour, mademoiselle Aimée m'a quitté… elle est partie avec le joyau de la beauté… j'étais si désespéré que… j’ai fini par perdre tous les autres joyaux… j’ai bien essayé de les retrouver en visitant d'autres quartiers du monde des Grands Dôms mais… je n'ai pas réussi à les récupérer…

-     Ohhhh ! dit-elle, quel dommage ! Moi qui pensais que tu allais revenir le cœur chargé de joyaux !

                      

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Ma Fleur m'a fait un clin d'œil.

-     Mais je suis heureuse de voir que tu as eu l’intelligence de poursuivre ton voyage.

-     Oui… j'ai continué mon voyage, ma Fleur. Mais aujourd’hui, je reviens vers toi le cœur bien démuni.

-     Oh non ! dit-elle, ton cœur est bien plus riche qu’autrefois, mon garçon !

-     Peut-être…, ma Fleur… n'empêche que je ne sais toujours pas pourquoi j'ai perdu ces foutus joyaux…

-     Ah…? dit-elle, personne n'a donc pris la peine de t'expliquer… ?

J'ai hoché la tête.

-     Si, ma Fleur… on m'a dit que les joyaux que j'avais trouvés étaient de faux joyaux…  qu'ils n'avaient aucune valeur… et qu'ils étaient illusoires… et on m'a assuré que les vrais joyaux étaient à l'intérieur mais…

 

Ma Fleur s'est penchée en agitant légèrement ses pétales.

-     C'est la vérité, mon garçon ! 

-     Mais pourquoi ne m'en suis-je pas rendu compte plus tôt, ma Fleur ? Et pourquoi n'ai-je pas découvert le chemin qui mène à l'intérieur au début de mon voyage ? 

-     Ahhh ! dit ma Fleur, parce que nul ne peut découvrir ce chemin sans avoir cherché d'abord les joyaux des autres quartiers…  comme tous les résidents de la Planète, tu as cru qu'il te faudrait d'abord parer ton corps de beauté, ton esprit d’intelligence et ton chemin de richesse et de pouvoir pour avoir l’illusion de posséder le trésor… mais le voyage t'a montré qu'on finissait tôt ou tard par perdre ces joyaux, n'est-ce pas ?

J’ai regardé ma Fleur avec perplexité. 

-     Alors… alors les vrais joyaux n’existent pas sur cette planète, ma Fleur ?

-     Ils existent ! dit-elle, mais ce ne sont pas les vrais joyaux, mon garçon… Les vrais se trouvent… à l’intérieur ! Et celui qui les découvre ne peut les perdre… rien ni personne ne peut les faire disparaître… aucun événement du voyage… aucun résident… aucune difficulté sur le chemin…

J'ai regardé ma Fleur avec un peu inquiétude.

-     Eh bien… que dois-je faire aujourd'hui pour trouver ce chemin, ma Fleur ?

Ma Fleur a bougé sa tige de gauche à droite.

-     Je ne peux t’en dire davantage ! dit-elle, si tu veux connaître le chemin qui mène à l'intérieur, va voir madame la pierre !

-   Madame la pierre… ?

Ma Fleur a acquiescé d’un hochement de pétales.

-     Eh oui ! Elle aussi est revenue, mon garçon ! Allez ! Va la retrouver ! Elle guidera tes pas comme autrefois… lorsque tu n'étais qu'un petit Dôm…

 

 

Porte 82 Les explications de madame la pierre

– L'île de la conscience –

Sur les conseils de ma Fleur, j'allai voir madame la pierre. Mais en arrivant de l’autre côté de l’étang, j'ai remarqué (avec beaucoup d'étonnement) qu'il s'était considérablement rétréci… il avait quasiment diminué de moitié…. comme s'il s'était asséché…

-     Eh bien ! dis-je en moi-même, voilà encore une chose étrange !

Et j’ai continué à marcher vers la pierre.

-     Eh ! Ho ! Madame la pierre ! Où êtes-vous ?

-     Je suis là ! dit-elle, approche-toi, mon garçon !

J’ai fait quelques pas en direction de la voix. Et je me suis arrêté près d’une petite pierre brillante (taillée comme un diamant) qui avait pris la place de la petite pierre ronde et blanche que j’avais toujours connue. J’ai regardé la pierre avec circonspection. 

-     Êtes-vous madame La pierre ?

-     Oui ! dit-elle, je suis madame La pierre.

Eh bien ! dis-je en moi-même, les habitants de mon île ont bien changé ! Ma fleur avait pris les habits du tournesol, l’étang avait diminué de moitié et madame la pierre s’était transformée en diamant. Que s’était-il passé ?

-     Tu as l’air étonné ! dit la pierre.

-     Eh bien… oui, ai-je bafouillé, je… je me demande… enfin… vous avez tous tellement changé. Je vous reconnais à peine ! Que s’est-il passé ?

 

La pierre m’a regardé (un peu amusée par mon étonnement).

-     C’est très simple ! dit-elle, tu as grandi, mon garçon. Le chemin a modifié ton regard sur le voyage. Il est donc normal que tu nous vois différemment…

-     Oui, ai-je dit, sans doute, madame La pierre ! Ce voyage m’a fait grandir mais je ne comprends pas tous ces changements… Pourquoi l’étang s’est-il asséché ?

-     Eh bien…, dit-elle, ton ignorance n’a-t-elle pas diminué, mon garçon ?

-      Sans doute, madame La pierre ! Sans doute ! Et vous, pourquoi êtes-vous taillée comme un diamant ? Vous êtes devenue si brillante…

-     Oh ! Ca ! dit-elle, c’est le fruit de ton expérience ! Ce voyage a façonné l’esprit de ta conscience. Et la petite pierre ronde et mal dégrossie que j’étais autrefois s’est transformée au fil du chemin en un petit diamant étincelant.

-     Ah… ? ai-je dit étonné, j’ai donc bien changé alors !

La pierre a souri.

-     Oui ! Tu as beaucoup changé, mon garçon… mais encore insuffisamment pour découvrir les joyaux, n’est-ce pas ? Tu as visité beaucoup de quartiers… tu as dû surmonter un grand nombre d’épreuves pour revenir sur ton île...  Mais il te reste encore beaucoup de chemin avant de trouver le trésor…

-     Oui ! ai-je dit, je sais, madame La pierre ! Ma Fleur m’a envoyé vers vous pour que vous m’aidiez à trouver le chemin qui mène au cœur du trésor.

 

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-     Ahhh ! dit-elle, ainsi tu es à la recherche du chemin intérieur…? 

-     Oui, ai-je dit, tout le monde m'invite aujourd'hui à chercher le chemin intérieur. Mais je ne sais pas comment le trouver, madame La pierre… et puis…  peut-être existe-t-il d'autres chemins… ?

-     D'autres chemins… ? a répété la pierre, non, mon garçon ! Seul le chemin intérieur mène aux joyaux ! Peut-être auras-tu quelques difficultés à le trouver car il en existe tant qu’il est très difficile de choisir le sien… mais lui seul pourra te conduire au trésor…

J’ai regardé la pierre avec inquiétude.

-     Vos paroles ne sont pas très encourageantes, madame la pierre.

-     Peut-être ! dit-elle, mais mon rôle n’est pas de te rassurer, mon garçon. Je suis là pour guider tes pas… aussi, dois-je te prévenir des difficultés qui t’attendent sur le chemin qui mène à l’intérieur.

-     Oui, sans doute…, madame la pierre ! Vous avez la gentillesse de me parler des difficultés du chemin mais… vous ne me dites pas où il se trouve… Que dois-je faire pour le trouver ? Et où dois-je aller, madame la pierre ?

-     Eh bien, dit-elle, le plus simple serait sans doute de tourner ton regard vers l’intérieur, mon garçon… et de chercher au plus profond de toi. Pour t’aider, je te conseillerais d’aller voir le rocher moussu qui t’indiquera la porte qui mène au début du chemin…

-     Le rocher moussu…, madame la pierre ? C’est bien la première fois que vous me demandez d’aller le voir.

-     C'est vrai ! dit-elle, mais à chacun son rôle, mon garçon ! Et crois-moi, le rocher moussu est une très bonne entrée en matière pour découvrir l’intérieur ! 

-     Bon… eh bien…, d’accord ! ai-je dit, je vais aller le voir, madame La pierre !

J’ai remercié la pierre et je me suis dirigé vers le rocher moussu.  

 

 

Porte 83 Le rocher moussu me montre l'intérieur

– L'île de la conscience –

-     Bonjour, monsieur le rocher moussu !

-     Bonjour, mon garçon ! dit-il avec un grand sourire, je suis heureux de voir que ton chagrin s’est dissipé. Quel bon vent t’amène aujourd’hui ?

-     Eh bien… je viens de la part de madame La pierre… je viens vous voir pour que vous me montriez le…

-     Attends ! dit-il, ne me dis rien ! Tu viens pour connaître la porte qui mène à l’intérieur, n’est-ce pas ?

-     Oui ! C’est exact, monsieur le rocher moussu !

Le rocher s’est raclé la gorge.

-     Eh bien ! Hum ! Hum ! dit-il, regarde-moi et dis-moi ce que tu vois, mon garçon !

J’ai observé le rocher moussu avec attention.

-     Eh bien… je vois… un rocher recouvert de mousse.

-     Bien ! dit-il, et à présent pose ta main sur nous ! Que sens-tu ?

-     La mousse est douce et… le rocher est dur et lisse.

-     Bien ! dit-il, et à quoi cela te fait-il penser ?

J’ai réfléchi un instant.

-     Je ne sais pas, monsieur le rocher.

-     C’est pourtant simple, mon garçon ! Sous cette apparence douce et tendre, au fond, nous sommes durs et froids. Nous sommes, la mousse et moi, à votre image…

-     A notre image…, monsieur le rocher ?

-     Oui ! dit-il, nous sommes à l’image des résidents du Grand Labyrinthe ! Mais sais-tu ce qui se cache sous cette dureté et cette froideur ?

-     Vous voulez dire au dedans, monsieur le rocher ?

-     Oui ! dit-il, à l’intérieur !

J’ai secoué la tête.

-     Eh bien ! Je t’invite à le découvrir, mon garçon ! Vois-tu la petite trappe cachée sous la mousse ?

-     Oui ! ai-je dit, je la vois, monsieur le rocher.

-     Eh bien ! Ouvre-la ! dit-il, et entre à l’intérieur, mon garçon ! Regarde bien et n’oublies pas ce que tu vas y découvrir…

Et sans plus attendre, j’ai poussé la petite trappe.

 

 

Porte 84 La voix mystérieuse de la caverne

– L'île de la conscience –

A peine entré, la trappe s’est refermée derrière moi. Une chose était certaine : cet endroit était froid et très sombre… et il avait l’air immense. Que pouvait-il y avoir à l’intérieur ? Et j’ai commencé mon exploration. Au bout de quelques pas, je compris que j’étais à l’intérieur d’une caverne. Oui… j’étais dans une caverne… Et n’est-ce pas dans les cavernes que se cachent les trésors ? Pourquoi n’y avais-je pas songé plus tôt ? Le trésor était sûrement là quelque part, à portée de main… Il me suffirait de le trouver ! Et le trésor serait à moi…

-     Oui ! ai-je crié, le trésor sera bientôt à moi !

Et une voix a répété :

-     … à moi… à moi… à moi…

J’ai jeté un œil à la ronde.

 

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-     Il y a quelqu’un… ?

-     … un… un… un…, a répété la voix.

Qui pouvait bien se moquer de moi… de cette façon ?

-     Qui est là ?

-     … la… la… la…, a répété la voix.

C’en était trop !

-     Je vous en prie ! ai-je dit, arrêtez ce jeu stupide !

-     … jeu… stupide… je… stupide…

Je me suis mis en colère.

-     Arrêtez ! ai-je crié… qui que vous soyez, je vous dis que le trésor sera bientôt à moi ! Oui ! Un jour, il m’appartiendra !

-     … tiendra… tiendra… tiendra…, a répété la voix.

 

Quel stupide personnage ! dis-je en moi-même. Et j’ai continué à m’enfoncer dans la caverne lorsque soudain une nouvelle porte a surgi devant moi.

 

 

Porte 85 Mademoiselle gaïa

– La clairière de l'imaginaire –

J’ai poussé la porte (qui s’est aussitôt refermée derrière moi) et je me suis retrouvé au centre d’une vaste plaine fouettée par les vents et lavée (depuis des temps sans commencement) par une pluie diluvienne. J’étais au cœur d’une immense étendue (large et longue à l’infini) où régnait une atmosphère de désolation. J’étais au milieu de nulle part… perdu dans un paysage apocalyptique où le temps semblait suspendu… Je suis resté là quelques instants, immobile (paralysé par cet environnement terrifiant). Où étais-je ? Je n’en savais rien. Pourquoi le rocher m’avait-il demandé de visiter ce sinistre endroit ? Etait-ce là une épreuve pour trouver le chemin intérieur ? Et j’ai pensé à ce qu’il m’avait dit : « Regarde bien, mon garçon ! Et n’oublies pas ce que tu vas découvrir ! ». Mais qu’y avait-il à regarder ? La boue… ? Le Ciel gris… ? Ce désert de terre et de pierres… ?

-     Allez ! Courage ! dis-je en moi-même.

 

Et j'ai emprunté l'étroit sentier qui serpentait au milieu de la vaste étendue. De chaque côté du chemin, gisaient des ruines, quelques pans de murs délabrés et de nombreuses carcasses de tôles et de plastique rongées par le temps et l’humidité… on aurait dit les piteux vestiges d’une civilisation passée. J’ai continué à marcher tout le jour dans ce décor de fin du monde. Lorsque la nuit est tombée, la pluie et l’obscurité se sont faites plus denses. Je me suis arrêté pour trouver refuge sous un amas de ferraille à proximité du chemin. A l’entrée de la carcasse, gisait un tas d’ossements recouvert de gravats. A l’intérieur, j’aperçus d’autres squelettes mélangés à des bouts d’étoffe. J’ai dégagé quelques morceaux de plastiques qui gisaient sur ce qui avait dû être autrefois un siège. Et je me suis endormi là, trempé jusqu’aux os et peu rassuré par cette atmosphère macabre.

 

Le lendemain, après une nuit peuplée d’horribles cauchemars, je me réveillai en grelottant. J’avais froid, j’avais faim, j’avais soif et j’avais très peur mais il me fallait poursuivre ma route. J’allais reprendre mon exploration lorsque soudain j’ai vu une silhouette assise sur un rocher, à quelques distances de mon abri de fortune. Etais-je victime d’une hallucination ? Qui pouvait habiter un tel endroit ?

-     Eh ho ! ai-je crié  en m’avançant avec prudence vers le rocher.

A mon appel, la silhouette s’est retournée. Je n’étais pas en train de rêver. A la manière dont elle était accoutrée, un fichu noir sur la tête et aux sanglots qui agitaient sa poitrine, j’ai cru d'abord qu’il s’agissait d’une vieille femme qui pleurait. Mais en m'approchant, j’ai vu qu’il s’agissait d’une jeune femme au visage marqué par la souffrance. Voici le dessin que j’ai réalisé peu après notre rencontre :

 

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Imaginez-vous un instant ma terreur à la vue d’un tel visage ! L’un des côtés, maladroitement recouvert d’un voile, était d’une laideur inimaginable : un morceau de chair à vif, tailladé de profondes crevasses qui laissait apparaître la blancheur des os, un bout de chair recouvert de pustules purulentes et de croûtes sanguinolentes ! Une horreur indescriptible ! Et l’autre moitié du visage, comme par miracle, avait été épargnée ! Je crus même y déceler une très grande beauté ! Oui ! La moitié de ce visage semblait incarner le symbole même de la beauté ! Une beauté pleine de bonté, d’intelligence et de richesse (bonté, intelligence et richesses intérieures sans doute…)

-     Approchez ! dit-elle, n’ayez pas peur !

Je me suis avancé vers elle à petits pas (absolument terrifié).

-     Qui êtes-vous, jeune homme ?

-     Je… je m’appelle… petit Pierre, mademoiselle.

-     Petit Pierre ! Quel joli prénom !

Et elle a esquissé un sourire.

-     Je suis contente de vous voir, jeune homme ! Je vous attendais...

-     Ah… ? ai-je dit, vous… vous m’attendiez… ? Qui êtes-vous, mademoiselle ?

-     On m’appelle Gaïa ! dit-elle, je suis l’esprit du Grand Labyrinthe.

L’esprit du Grand labyrinthe ?!! Une foule de questions m’ont aussitôt brûlé les lèvres. Pourquoi vivait-elle dans ce paysage désolant ? Qui l’avait défiguré ? Que s’était-il passé ? Pourquoi n’y avait-il plus aucun résident ? Pourquoi régnait partout cette atmosphère de désolation ? Pourquoi avait-elle dit qu’elle m’attendait ? Pourquoi… ? Pourquoi… ? J’avais tant de questions à lui poser. Mais mademoiselle Gaïa (qui avait sans doute deviné mes interrogations) a posé un doigt sur ses lèvres.

-     Chut ! dit-elle, prenez simplement la peine de me regarder ! Contemplez votre œuvre… regardez où m’ont menée vos recherches…

-     Nos recherches…, mademoiselle ?

Mademoiselle Gaïa a poussé un profond soupir.

-     Oui ! Vos recherches, jeune homme ! 

-     Je… je suis désolé ! ai-je dit, mais je… je ne comprends rien à ce que vous racontez, mademoiselle.

Mademoiselle Gaïa a levé les yeux au Ciel.

-     Vous autres, dit-elle, résidents du Grand Labyrinthe, vous cherchez les joyaux d'une façon très maladroite. Vous voulez acquérir le joyau de la beauté et vos recherches ne cessent de m’enlaidir… Jamais vous ne découvrirez la beauté en la cherchant ainsi. Vous voulez acquérir le joyau de l’intelligence et vos recherches ne cessent de m’abêtir. Jamais vous ne découvrirez l’intelligence en raisonnant de cette façon… Vous voulez acquérir le joyau de la bonté et celui du pouvoir et vos recherches ne cessent de me faire souffrir. Jamais vous ne découvrirez la bonté ni le pouvoir en les cherchant ainsi… Vous voulez acquérir le joyau de la richesse et vos recherches ne cessent de m’appauvrir. Jamais vous ne découvrirez la richesse en la cherchant de cette façon… 

 

J’ai regardé mademoiselle Gaïa avec perplexité.

-     Vos explications sont confuses, mademoiselle. Je n’y comprends rien !

-     Ah…? dit-elle, mes explications sont confuses… ? Eh bien ! Je suis confuse… que vous n’y compreniez rien, jeune homme.

 

Et elle ajouta avec un air de reproche :

-     Mes explications me semblent pourtant très claires… vous cherchez le trésor en dépit du bon sens… Jamais vous ne trouverez les joyaux là où vous vous obstinez à les chercher… vous courez à votre perte… et dans la mauvaise direction, jeune homme… Et voilà où nous en sommes aujourd’hui ! Regardez-moi !

 

Je l’ai regardé une nouvelle fois, sans comprendre.

-     Faut-il donc vous mettre le nez dessus pour que vous compreniez !

-     Le nez dessus…, mademoiselle ?

-     Oui ! dit-elle, pour que vous compreniez enfin l’odeur de vos erreurs ! Ecoutez, petit Pierre, il faut que vous compreniez ! Il en va de votre avenir et de celui du Grand Labyrinthe ! Voyez-vous cette porte ?

-     Oui ! ai-je dit, je la vois, mademoiselle !

-     Eh bien ! Venez ! dit-elle, suivez-moi ! Et ouvrez bien les yeux !

 

 

Porte 86 Le jour de la fin du monde

– La clairière de l'imaginaire –

Mademoiselle Gaïa a ouvert la porte. Et on a été aspiré par un immense tourbillon qui nous a projetés très loin… très loin en arrière.

-     Voilà ! dit-elle, nous y sommes !

-     Ah… ? ai-je dit, et où sommes-nous ?

-     Eh bien ! Nous sommes revenus en arrière, jeune homme !

-     En arrière, mademoiselle… ? Nous sommes… nous sommes donc dans… dans le passé… ?

-     Eh oui ! dit-elle, nous allons revivre ensemble le jour de la fin du monde.

-     Le jour de la fin du monde… ? Comment ça, le jour de la fin du monde ? Pourquoi y aurait-il la fin du monde, mademoiselle ?

-     Parce que le jour de la fin du monde est inéluctable, jeune homme ! Votre course effrénée après les joyaux et votre façon de chercher le trésor ne peuvent mener qu'à la fin du monde… vos recherches détruisent la beauté… l'intelligence… la bonté… la force… et les richesses de cette Planète… vous êtes en train de détruire le merveilleux chemin qui pourrait vous conduire au trésor… En agissant de façon si maladroite…, vous courrez à notre perte à tous ! Jusqu’au jour où sonnera la fin du monde… et ce jour-là est arrivé, jeune homme !

 

J’ai regardé mademoiselle Gaïa avec inquiétude. Je ne pouvais imaginer un seul instant que nous allions assister à la fin du monde. C’était impensable !

-     Je… je ne vous crois pas, mademoiselle. C’est impossible ! 

-      Ah ! dit-elle, vous ne me croyez pas ! Eh bien ! Ecoutez donc, jeune homme !

 

Mademoiselle Gaïa a allumé un poste de radio qu'elle dissimulait sous son châle.

-     « Flash spécial » a crépité le poste, « chères auditrices, chers auditeurs, nous sommes au regret d’interrompre vos programmes pour vous annoncer une terrible catastrophe. Nous venons de recevoir une dépêche de la très sérieuse Université de Tous Les Savoirs qui nous informe que la fin du monde est prévue… pour ce soir… à minuit très précisément… ».

-     Alors ! dit-elle, vous me croyez à présent, n’est-ce pas jeune homme ?

 

Je suis resté les bras ballants et la mine décomposée… comme si le Grand Labyrinthe venait de me tomber sur la tête. Mademoiselle Gaïa m’a regardé en silence, satisfaite de sa démonstration.

-     Voilà où mène l’ignorance ! dit-elle, voilà ce qui vous attend, vous autres, si vous vous obstinez à ignorer les choses essentielles ! Il est temps d’en prendre conscience, jeune homme ! Et maintenant, regardez autour de vous ! Et décrivez-moi l'affligeant spectacle auquel nous assistons…

-     Eh bien…, ai-je dit, je… je vois… je vois  tous les résidents… qui courent… dans une grande pagaille, mademoiselle ! Je crois… qu'ils ont peur de la fin du monde.

-     Oui ! dit-elle, les résidents courent car ils ont peur d'aller dans l’Autre Monde. Mais à quoi leur sert-il de courir ?!! Ils rejoindront l'Autre monde de la même façon qu'ils ont voyagé… dans la peur et l’ignorance. Et maintenant, revenons encore un peu en arrière, jeune homme !

 

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Et nous avons été une nouvelle fois aspirés dans le tourbillon qui nous a projetés un peu plus loin en arrière… oui, un peu plus loin dans le passé.

-     Voilà ! dit-elle, à présent, vous pouvez ouvrir les yeux, jeune homme. Et dites-moi ce que vous apercevez ?

J’ai ouvert les yeux et j’ai regardé autour de moi.

-     Je vois…

-     Oui ? dit-elle, que voyez-vous ?

-     Je vois… je vois une silhouette… qui regarde un miroir...

-     Oui ! dit-elle, et que cherche ce résident selon vous ?

J’ai hésité un instant.

-     Eh bien… il doit… il doit chercher le… le joyau de la beauté, mademoiselle.

-     Oui ! dit-elle, il cherche la beauté… et que voyez-vous d’autre, jeune homme ?

-     Eh bien… je vois… je vois une autre silhouette… qui consulte un livre énorme… une encyclopédie sans doute…

-     Oui ! dit-elle, et que cherche ce résident à votre avis ?

-     Eh bien… je… je pense qu’il doit chercher… le joyau de l’intelligence, mademoiselle…

-     Oui ! dit-elle, celui-ci cherche le joyau de l'intelligence…

 

 

Et mademoiselle Gaïa passa en revue toutes les silhouettes qui couraient (un peu partout) à la recherche des joyaux. Certaines se battaient en gonflant la poitrine, d’autres tentaient avec beaucoup d’orgueil d’en aider d’autres plus chétives et plus malheureuses en espérant sans doute la reconnaissance et les honneurs de la bonté… et d’autres encore comptaient et recomptaient de grosses liasses de billets de Banks.

-     Vous voyez, dit-elle, toutes ces silhouettes passent leur voyage à chercher l’un des joyaux. Et toutes ne s’occupent que d’elles-mêmes. Elles s’en occupent d’ailleurs fort mal ! Leur chemin n’a aucun sens ! Voilà pourquoi toutes ont si peur lorsque la fin du monde approche ! Et voilà pourquoi tout va si mal sur cette planète ! Et maintenant, jeune homme, revenons à ce fameux jour de la fin du monde, voulez-vous ?

J’ai regardé mademoiselle Gaïa avec inquiétude.

-     Voyons ! dit-elle, ne faîtes pas cette tête ! Il vous reste encore de bons moments avant de rejoindre l’Autre Monde. Quelle heure est-il ?

J’ai regardé avec angoisse la montre que m’a tendue mademoiselle Gaïa.

-     Il est… il est 7 h, mademoiselle.

Et la montre a continué son tic-tac, indifférente à mon angoisse…. 7h et 7 secondes… 7h et 20 secondes… la fin du monde était prévue à minuit… j’ai fait un rapide calcul : il nous restait environ 17 heures. J’allais calculer le nombre exact de minutes qu’il nous restait avant la fin du monde lorsque mademoiselle Gaïa m’a interrompu.

-     Que faîtes-vous, jeune homme ? Pourquoi comptez-vous les heures ? Croyez-vous qu’il faille passer son temps à compter les heures ?

-     Oui ! ai-je dit, vous avez raison, mademoiselle, compter les heures est un exercice idiot mais… il nous reste si peu de temps… et j’ai si peur d’aller dans l’Autre Monde.

-     Je sais… ! dit-elle, mais à quoi vous avancerait-il de connaître le temps exact qu’il vous reste avant de rejoindre l’Autre Monde… qu’en feriez-vous…?

J’ai réfléchi un instant… (mais je n’ai trouvé aucune réponse… aucune réponse valable…).

-     Eh bien ! dit-elle, vous voyez qu’il est inutile de compter les heures puisque vous ne sauriez quoi en faire…

-     Oui ! ai-je dit, vous avez raison, mademoiselle ! Mais que faut-il faire alors…?

Mademoiselle Gaïa a légèrement soulevé son voile (laissant apparaître les deux parties de son visage).

-     C’est très simple ! dit-elle, il suffit d'ouvrir votre cœur… de l'écouter avec attention… et de faire ce qu’il vous dit sans impatience … en prenant le temps de goûter chaque instant qui passe… Il n’y a rien d’autre à faire sur cette Planète, jeune homme… simplement écouter son cœur et savourer pleinement chaque instant du voyage… comme s'il portait en lui… le début et la fin du monde…

-     Mais…, ai-je dit, je…

-     Ne dîtes rien, jeune homme ! A présent, vous pouvez retrouver le Grand Labyrinthe… et poursuivre votre chemin… et n'oubliez pas mes consignes… gardez votre cœur ouvert… soyez attentif à ce qu'il vous dira… et soyez conscient de chaque instant qui passe…

J’ai regardé mademoiselle Gaïa… et je l’ai embrassée (du bout des lèvres) pour la remercier (la remercier pour ses précieux conseils). Puis, j’ai pris le chemin du retour. J’ai retraversé la vaste étendue, j’ai retraversé la caverne, j’ai poussé la petite trappe et je me suis retrouvé assis, tout tremblant, au pied du rocher moussu.

 

 

Porte 87 Le rocher moussu me donne quelques explications

– L'île de la conscience –

-     Alors, a demandé le rocher moussu, comment s’est passé ce voyage, mon garçon ?

-     Oh ! Eh bien…  ce voyage était incroyable, monsieur le rocher. J’ai vu… des choses terrifiantes… Et j’ai eu si peur que j’en ai encore la chair de poule… Et je dois bien vous avouer que je n’ai pas tout compris.

Le rocher moussu a poussé un profond soupir.

-     Quelles choses n’as-tu pas comprises, mon garçon ?

-     Eh bien… d’abord je n’ai pas compris la voix mystérieuse de la caverne. Qui parlait ainsi ? Et pourquoi répétait-elle sans cesse la fin de mes phrases ?

-     Oh ! Cette voix, dit le rocher, était ta voix intérieure, mon garçon.

-     Ma voix intérieure… ? Mais pourquoi s’est-elle moquée de moi, monsieur le rocher ?

Le rocher m’a regardé avec tendresse.

-     Elle ne se moquait pas de toi, voyons ! Elle se moquait seulement de ta façon de chercher le trésor !

J’ai regardé le rocher avec perplexité.

-     Cette voix était donc ma voix intérieure…

-     Oui, mon garçon ! Elle te parlait à travers l’écho. En répétant la fin de tes phrases, elle ne faisait que ressasser ta propre rengaine. Elle a sûrement dû te parler de toi, n’est-ce pas ?

-     De moi… ?

-     Oui ! dit le rocher, elle a sûrement dû te répéter des mots comme : « moi… moi… moi »  ou « jeu… stupide… je… stupide… » ou des choses de ce genre, n’est-ce pas ? C’est en général ce que répète l’écho !

-     Moi… moi… moi… jeu stupide… je stupide…? ai-je dit, eh bien ! Oui ! Ce sont exactement les mots qu’a répété l’écho, monsieur le rocher. Mais pourquoi a-t-il répété ces mots… ?

-     Parce que tu n’as toujours pensé qu’à toi, mon garçon. Depuis le début de ce voyage, tu n’as cessé de penser à toi, à tes joyaux et à ton trésor. Ton cœur a toujours trop débordé de toi-même !

-     Ah… ? Oui…je… je comprends, monsieur le rocher !

-     Ah oui ! dit-il et que comprends-tu, mon garçon?

-     Eh bien… je comprends pourquoi il faisait si sombre et si froid dans cette caverne. J’ai été trop égoïste. Voilà pourquoi je n’ai pas trouvé le trésor ! Vous avez raison, monsieur le rocher ! Et la voix a eu raison de se moquer de moi ! Oh ! Comme je regrette d’avoir été si égoïste !

-     Mais non ! dit le rocher moussu, tu n’as aucun regret à avoir, mon garçon. Il est naturel de commencer ce voyage en ne pensant qu’à soi. Mais au fil du chemin, il faut apprendre à ouvrir son cœur. Ne t’inquiète pas ! Tu as encore une longue route à parcourir où tu auras tout le loisir de t’y exercer.

-     Oui ! ai-je dit, je vous promets que j’essaierais désormais d’ouvrir mon cœur, monsieur le rocher. Mais il y a autre chose que je n’ai pas compris pendant ce voyage…

-     Oui, dit le rocher, je t’écoute…

-     Eh bien…, après avoir traversé la caverne, je me suis retrouvé dans un espace terrifiant où j’ai rencontré mademoiselle Gaïa… on a été aspiré dans un grand tourbillon…  et je me demande pourquoi elle m’a obligé à la suivre…

-     Oh ! C’est simple ! dit le rocher, mademoiselle Gaïa a voulu te montrer les conséquences de ta recherche égoïste. Elle t’a donc fait voyager dans le temps. Ainsi, tu as pu constater que la recherche égoïste des joyaux risquait de détruire à tout jamais tes chances de trouver le trésor. Voilà pourquoi tu as visité ces contrés terrifiantes ! Mademoiselle Gaïa a voulu te faire comprendre qu’il était temps de quitter le chemin des chercheurs de trésor égoïstes, mon garçon… qu'il était temps d’ouvrir ton cœur… d’élargir ton espace intérieur… pour y accueillir tous les évènements et tous les personnages que tu rencontreras sur ton chemin. Oui, mon garçon ! Aujourd'hui, tu dois apprendre à ouvrir ton cœur… c’est ainsi que tu trouveras le véritable chemin qui mène au trésor. 

Après sa tirade, le rocher moussu est resté un instant silencieux. Puis, comme je m’apprêtais à repartir, il a ajouté :

-     Réfléchis bien à ce que tu as appris aujourd'hui, mon garçon. Médite longuement les conseils que nous t'avons donnés. Et lorsque le fruit de tes pensées sera mûr, alors tu pourras chercher celle ou celui qui guidera tes pas sur ce long, difficile et merveilleux chemin intérieur. Allez ! dit-il, à présent, rejoins le Grand Labyrinthe, mon garçon ! Et n’oublie pas nos consignes ! Bon courage !

 

 

PARTIE 14 OU SE TROUVE LE CHEMIN INTERIEUR ?

 

Porte 88 Trouver le chemin intérieur est bien difficile

– Le quartier des tristes ermites –

Commença alors une nouvelle période… une période pleine d’espoir… Mais la promesse d’horizons nouveaux amène souvent avec elle son lot de doutes et d’angoisses. Et j’avais si peur de retomber dans la tristesse que je me mis à chercher le chemin intérieur avec beaucoup d'obstination. Malgré les conseils des habitants de mon île, j’ignorais tout de ce drôle de chemin. Comment le trouver ? Comment y cheminer ? C’était-là des questions bien difficiles… (sans doute les questions les plus difficiles auxquelles il me fallut répondre au cours de ce voyage…) J’avais beau passer mes jours et mes nuits à y réfléchir… en songeant aux paroles de ma Fleur, à celles de la pierre, à celles du pélican, à celles du rocher et à celles de mademoiselle Gaïa… je n’avais toujours pas la moindre idée sur la façon de trouver ce mystérieux chemin...

  

 

Porte 89 Monsieur christian m'indique les portes du chemin intérieur

– La clairière de l'imaginaire –

Heureusement que le voyage nous réserve parfois de belles surprises (surprises qui semblent, le plus souvent, tomber du Ciel… lorsqu’on s’y attend le moins…). Et celle qui arriva au cours de cette période fut sans nul doute l’une des plus belles et des plus instructives de mon voyage. Il s’agit de ma rencontre avec monsieur Christian qui débarqua chez moi un soir pour éclairer mon chemin et me mettre le cœur en fête. Ce jour-là, alors que j’étais dans mon petit appartement du quartier des Tristes Ermites (que je ne m’étais pas encore résolu à quitter), confortablement installé dans mon fauteuil à ruminer quelques vaines pensées sur l’intérieur, un livre (un livre posé sur l'une des étagères de ma bibliothèque) m’est tombé dessus (oui, le livre de monsieur Christian m'est littéralement tombé entre les mains). Je l’avais trouvé quelques temps plus tôt chez un marchand de livres installé sur les quais du grand Fleuve et je l’avais rangé dans ma bibliothèque (sans même avoir pris la peine de l’ouvrir). Et soir-là, dès la première page, monsieur Christian - Ô miracle du voyage - se mit à me parler. Voici à peu près ce qu’il me raconta :

-     Oh ! mon ami ! dit-il, si vous pouviez reconnaître l’obscur et le merveilleux du voyage, si vous pouviez reconnaître les joyaux qu’il vous offre à chaque instant, alors vous considéreriez votre chemin comme un trésor fragile et inestimable… Si vous pouviez reconnaître la merveille d’un brin d’herbe caressé par le vent, la grâce d’un oiseau dans le Ciel, la douce chaleur d’un rayon de soleil, la délicatesse des pétales d’une fleur, la beauté subtile des feuilles d’un arbre éclairé par la lumière, le silence admirable de la chambre close et la sagesse du rire des P’tits Dôms… si vous pouviez accueillir en votre cœur toutes les merveilles du voyage, alors vous récolteriez des graines de joie inépuisable… que vous pourriez semer sur votre chemin… comme des pépites d’or… laissées aux autres résidents…

 

Monsieur Christian m'a parlé toute la nuit, égrenant chaque mot de sa voix douce et tranquille… et prenant soin, entre deux phrases, d’aérer sa parole par de longs silences… comme s’il craignait de tacher la douce quiétude de la nuit par le vacarme des mots... Entre deux phrases, il lui arrivait aussi, d’éclater de rire (un rire qui explosait comme un soleil dans le ciel du silence et de la nuit…). Monsieur Christian riait comme s’il se moquait de lui-même… comme s’il ne pouvait croire un instant aux choses sérieuses qu’il racontait… Toute la nuit, il me parla du voyage, des joyaux, du trésor et de toutes les petites choses rencontrées sur notre chemin (de toutes ces petites choses qu’aucun résident ne prenait la peine de regarder). Et lui ne cessait de s’en émerveiller… Au détour d’un silence, il m’a avoué qu’il passait ses jours à s’émerveiller de Tout et de Rien et qu’il tentait chaque jour de goûter à l’obscur et au merveilleux du voyage dans la joie et la solitude de sa chambre close.

 

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Monsieur Christian habitait avec lui-même… dans la solitude… et pourtant jamais il n’était seul… il y avait toujours quelque part près de lui un ami qui l’émerveillait… Et après un long silence, il m’a invité à poser son livre :

-     Un livre ! dit-il, ce n’est rien… rien qu'un bagage pour le voyage… rien qu'un modeste ami qui oriente nos pas pour voyager le cœur plus libre et plus joyeux… Jamais un livre ne pourra nous ouvrir les portes du trésor… il pourra peut-être nous offrir quelques clés… Aussi, je vous en conjure, jeune homme… refermez mon livre et poursuivez votre chemin en apprenant à goûter à l’obscur et au merveilleux du voyage…

 

J'ai refermé le livre de monsieur Christian et j'ai réfléchi toute la nuit à ses merveilleuses paroles. Comment faisait-il pour contempler avec tant de légèreté et de profondeur le voyage et ses beautés… comment faisait-il pour s'émerveiller de Tout et de Rien… pour goûter à l’obscur et au merveilleux… comment faisait-il pour accueillir avec joie toutes les petites choses rencontrées sur le chemin ? Quel était donc son secret…? Et je me dis qu’il devait avoir un cœur bien large et bien ouvert pour être capable de voyager ainsi… Etait-ce donc la clé qui ouvrait les portes du chemin intérieur ? Comment le savoir ? Et comment emprunter cette route qui avait l’air si douce et si merveilleuse ? Qui, sur cette planète, pouvait guider mes pas sur ce chemin ? Et les paroles du rocher moussu me revinrent en mémoire. J’avais, je crois, à présent suffisamment méditer sur l’intérieur… il était temps de rencontrer celui qui m’aiderait à marcher sur ce chemin plein de promesses !

 

  

Porte 90 Les pèlerins

– Le quartier des chercheurs du dedans –

Quelques jours plus tard, je partis à la recherche de celui qui pourrait guider mes pas sur le chemin intérieur. J'ai d’abord cherché dans le quartier des Tristes Ermites… mais aucun résident ne semblait pouvoir m'aider… aucun n'était allé assez loin sur le chemin pour éclairer mes pas… J’ai donc continué à marcher, un peu au hasard, traversant différents quartiers du monde des Grands Dôms (dont j’ignorais totalement l’existence), arrêtant chaque passant pour lui demander s’il connaissait le chemin qui menait à l’intérieur. Mais nul, en ces contrées, ne semblait connaître cette direction… J’ai donc continué à marcher… et mes pas m’ont amené (par je ne sais quel miracle) dans un quartier minuscule à la périphérie du Grand Labyrinthe, le quartier des Chercheurs du Dedans. C’était un quartier étrange… à la fois isolé (très excentré) et placé sans nul doute au cœur même de la Planète… c'était un quartier étroit et à la superficie minuscule (du moins en apparence…) alors que ses dimensions (je l'appris plus tard) étaient vertigineuses… oui, ce quartier était beaucoup plus vaste qu'il n'en avait l'air… beaucoup plus vaste sans doute que le Grand Labyrinthe….

Malgré son isolement et son apparente étroitesse, ce quartier était habité par de nombreux résidents et fréquenté par une foule de pèlerins (des résidents des autres quartiers de la Planète qui y séjournaient à titre provisoire… avant de retourner dans leur quartier d’origine…). Après avoir franchi la frontière, j’ai hélé un passant pour demander mon chemin.

-     Hé ! Bonjour monsieur…, ai-je dit, je… je  cherche le chemin intérieur… peut-être pourriez-vous orienter mes pas…

-     Oui, bien sûr ! dit-il, quel genre de chemin intérieur cherchez-vous exactement ?

 

J’ai regardé le pèlerin (reconnaissable à son bâton) avec perplexité.

-     Eh bien ! Je n'en sais rien, monsieur ! Je cherche seulement… celui qui pourrait… m’accompagner sur le chemin intérieur… pour… pour qu'il m'aide à trouver le trésor…

-     Ah ? dit-il, vous êtes à la recherche d'un guide...? Eh bien ! Bon courage, jeune homme ! Moi, tous ceux que j'ai rencontrés m'ont dit que je n'étais pas encore prêt à emprunter ce chemin… je suis venu trop tôt, paraît-il… je rentre chez moi… je reviendrais plus tard. J’espère que vous aurez plus de chance… ! Allez ! Je vous laisse ! Bon courage, jeune homme !

J'ai regardé le pèlerin s'éloigner en direction de la frontière et j'ai poursuivi mon chemin. Quelques instants plus tard, en arrivant à proximité du centre du quartier, j'ai croisé un autre pèlerin. Je l'ai arrêté.

  

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- Bonjour, monsieur…., ai-je dit, je… je suis à la recherche d'un guide… pour orienter  mes pas sur le chemin intérieur… pourriez-vous me renseigner…? 

-     Vous renseigner… ? dit-il, eh bien… ça dépend… Avez-vous une idée du guide que vous souhaitez rencontrer ?

-     Euh… non ! ai-je dit, je n’en ai aucune idée. Je cherche seulement celui qui pourrait guider mes pas…

-     Ah ! dit-il, eh bien ! Dans ce cas, le plus simple serait - sans doute - d’aller voir monsieur Arnaud. C’est un résident de longue date qui a longuement étudié le chemin intérieur. Il y a de grandes chances pour qu’il puisse guider vos premiers pas sur le chemin…

-     Monsieur Arnaud ? ai-je répété, et où habite-t-il ?

Et le pèlerin m’expliqua à l’aide de son bâton le plus court chemin pour me rendre chez monsieur Arnaud.

-     Oh ! dit-il, vous n'aurez aucun mal à le trouver… il habite le centre du quartier… dans la rue principale. Et si vous vous perdez en chemin, vous n'aurez qu’à demander à d’autres pèlerins. Tout le monde le connaît par ici !

-     Ah… ? ai-je dit, eh bien…, merci, merci beaucoup monsieur.

-     Oh ! dit-il, ce n’est rien ! Il est bien naturel de s’entraider entre pèlerins. J’ai été ravi de vous renseigner, jeune homme ! Et je serais très heureux si monsieur Arnaud pouvait éclairer vos pas !

-     Eh bien… oui, ai-je dit, j’espère qu’il sera en mesure de m’aider.

-     Oh ! dit le pèlerin, vous n'avez aucune raison de vous inquiéter, jeune homme ! Vous pouvez aller le voir en toute confiance. Son expérience du chemin intérieur est très grande… et il est sans doute l'une des plus célèbres figures du quartier… Certains disent qu’il n’a pas son pareil pour orienter ceux qui cherchent la porte du chemin intérieur. D’ailleurs, beaucoup de pèlerins viennent le voir dès qu'ils arrivent dans le quartier. Tout le monde s'accorde à dire qu'il est toujours de très bons conseils. Avant de s'installer ici comme guide, il a beaucoup voyagé…  sur tous les quartiers de la Planète et ici un peu partout dans le quartier des Chercheurs du Dedans… il en connaît sûrement tous les coins et les recoins… et certains disent qu’il serait même allé au bout du chemin et qu’il aurait trouvé le trésor… en tout cas, je suis sûr qu'il pourra éclairer vos pas et vous donner quelques bons conseils. Allez ! Je vous laisse, jeune homme ! Bonne chance !

 

J’ai remercié le pèlerin pour son aide précieuse et j’ai pris la direction de la rue principale. Arrivé devant un bâtiment aux allures sobres (à la façade luxueuse et dépouillée), je me suis arrêté et j’ai frappé à la porte, le cœur battant. 

 

 

Porte 91 Ma première rencontre avec monsieur arnaud

– Le quartier des chercheurs du dedans –

-     Entrez ! dit-il, c’est ouvert !

J’ai poussé la porte. Monsieur Arnaud était assis à son bureau dans une grande pièce tapissée de livres.

-     Bonjour ! dit-il, comment vous appelez-vous, jeune homme ?

-     Je… je m’appelle petit Pierre, monsieur.

Monsieur Arnaud m’a regardé avec amusement.

-     Pouvez-vous me dire ce que vous venez faire par ici ?

Je fus un peu surpris par cette question (et par cet accueil)… mais j’ignorais encore que monsieur Arnaud éprouvait un malin plaisir à déstabiliser son interlocuteur… il ne manquait jamais une occasion (je l'appris très vite) d'ébranler nos certitudes et nos valeurs relatives…. et monsieur Arnaud adorait également donner des explications… (je l'appris aussi très rapidement)… dès qu'il en avait l'occasion, il partait dans d'interminables discours sur le chemin, la recherche des joyaux et la quête du trésor… sans doute une façon pour lui de nous montrer qu’il connaissait très bien le sens du voyage…

-     Euh… eh bien…, ai-je dit, je … 

-     Oh ! dit-il, vous avez l’air mal à l’aise ! Est-ce donc la première fois que vous venez dans le quartier ?

J’ai rougi jusqu’aux oreilles (un peu honteux de lui avouer mon inexpérience en matière de chemin intérieur).

-     Je… enfin… non… c’est… enfin… oui, ai-je dit, c’est la première fois, monsieur Arnaud…

Monsieur Arnaud a souri.

-     Vous savez, dit-il, on n’arrive jamais ici par hasard. Seriez-vous à la recherche d’un professeur pour orienter vos pas sur le chemin ?

J’ai acquiescé d’un hochement de tête. Monsieur Arnaud est resté silencieux. Il s’est contenté de me dévisager (d’une façon très gênante).

-     Depuis combien de temps êtes-vous sur le chemin intérieur, jeune homme ?

-     Je…

-     Oh ! dit-il, inutile de répondre… votre gêne et votre égarement sont si visibles… vous ne devez pas y cheminer depuis très longtemps, n’est-ce pas ? Mais il faut bien un début à tout… 

Monsieur Arnaud a planté ses yeux dans les miens.

-     Depuis combien de temps êtes-vous à la recherche du trésor, jeune homme ? 

-     Euh… eh bien…, ai-je dit, je… je cherche le trésor depuis le début de ce voyage, monsieur… j’ai… j’ai toujours cherché les joyaux… depuis le quartier des P'tits Dôms… je les ai cherchés un peu partout… j’ai visité de nombreux quartiers… j’ai  trouvé les joyaux dans le quartier des Boîtes… puis je les ai perdus… ensuite, j’ai traversé beaucoup d’épreuves pour essayer de les retrouver… mais je n’ai pas réussi à les récupérer… ensuite j’ai erré longtemps… j’ai beaucoup souffert… j’ai rencontré beaucoup de souffrances… partout… sur cette planète… et au fond de mon cœur… puis comme je ne savais plus où aller, j’ai marché longtemps… et j’ai fini par arriver ici…

 

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Monsieur Arnaud a froncé les sourcils.

-     Vous avez l’air de vous plaindre des difficultés du voyage ! Il n'y a pourtant aucun doute, jeune homme ! Ce voyage est merveilleux… je reconnais qu’il est parfois difficile et source de souffrances… mais les épreuves ne sont pas inutiles. Vous pouvez me croire ! Tout ce que vous avez enduré a un sens ! Les épreuves et la souffrance sont des chances formidables pour les chercheurs…

-     Les épreuves et la souffrance… des chances formidables ?

-     Eh oui ! Bien sûr ! dit monsieur Arnaud avec un grand sourire (ravi sans doute de trouver là une occasion de me donner quelques explications…).

-     C’est très simple ! dit-il, vous avez cherché le trésor un peu partout, n’est-ce pas ? Vous avez visité de nombreux quartiers sur cette Planète, vous vous êtes installé dans certains en croyant y découvrir les joyaux… vous avez cru les trouver… mais vous les avez perdus… ensuite vous avez essayé de les récupérer… mais vous n'y êtes pas parvenu… alors vous êtes parti… vous avez commencé à errer ici et là… vous avez vécu une période de grandes souffrances… mais vous avez eu l’intelligence de poursuivre votre chemin… et vous avez fini par arriver dans ce quartier…

-     Oui ! Je le sais bien, monsieur Arnaud ! C’est… c'est exactement ce que je viens de vous expliquer…

-     J'en ai conscience ! dit-il, mais il n’est pas inutile d'insister sur le sens de vos pas, jeune homme ! Il est, croyez-moi, de la plus haute importance de comprendre ce qui vous a poussé à venir jusqu'ici… Il faut bien réfléchir à votre cheminement… c’est ainsi que l’on progresse vers le trésor !

J’ai regardé monsieur Arnaud avec perplexité.

-     Eh bien…, oui… peut-être…, ai-je dit, peut-être…, monsieur Arnaud !

-     Ne prenez pas mes paroles à la légère, jeune homme ! Je vous livre ici la clé qui ouvre la porte du quartier des Chercheurs du Dedans ! Sans cette traversée du Labyrinthe, jamais vous n'auriez découvert le chemin intérieur. Si vous n'aviez pas visité la Planète, par quel miracle, dîtes-moi, auriez-vous trouvé ce quartier… Avant d'arriver jusqu'à nous, il vous a d'abord fallu comprendre que les joyaux des autres quartiers n'étaient pas les vrais joyaux. Cela a été, il est vrai, source de grande souffrance. Mais sans cette épreuve, vous seriez resté dans le quartier qui vous semblait le plus propice à trouver les joyaux… N'est-ce pas d'ailleurs ce qu'il vous est arrivé dans le quartier des Boîtes ? Comme la plupart des Grands Dôm, vous y avez séjourné longtemps… très longtemps… trop longtemps sans doute… Mais heureusement que vous avez fini par perdre ces joyaux… et que vous avez poursuivi votre chemin… ces souffrances, ces épreuves et cette traversée de la Planète ont donc été nécessaires pour arriver ici…  

-     Oui… peut-être…,  ai-je dit, peut-être avez-vous raison, monsieur Arnaud mais… pourquoi certains résidents découvrent le quartier des Chercheurs du Dedans… ? Et pourquoi certains empruntent le chemin intérieur alors que d’autres ne soupçonnent même pas son existence… ?

Monsieur Arnaud eut un petit sourire moqueur.

-     Eh bien ! Hum ! hum ! dit-il, je viens en partie de vous donner la réponse, jeune homme… mais peut-être souhaiteriez-vous quelques explications supplémentaires ?

J’ai hoché la tête en guise d’approbation.

-     Eh bien ! dit-il, chaque résident de cette Planète est mû par une force intérieure qui le pousse à voyager. Cette force permet à chacun de trouver son chemin à travers les différents quartiers de la Planète… chacun s’arrête dans le quartier qui semble répondre à ses attentes… là où il pense pouvoir trouver une partie des joyaux. D’autres résidents, en revanche, ne parviennent jamais à se satisfaire des faux-joyaux ou des bouts de vrais joyaux qu’ils ont trouvés. Aussi, changent-ils sans cesse de quartiers… allant ici et là… pour tenter de découvrir les vrais joyaux et le trésor. Et vous appartenez sans nul doute, jeune homme, à cette catégorie de chercheurs ! Aujourd'hui, cette force intérieure vous a conduit ici, dans le quartier des Chercheurs du Dedans, car vous sentez à présent, au fond de votre cœur, que seul le chemin intérieur peut vous mener au trésor…

 

Monsieur Arnaud a fait une courte pause. Puis (après un instant d’hésitation), il a ajouté :

-     Mais vous savez, jeune homme, nous sommes tous sur cette Planète des chercheurs de trésor… et tous les résidents du Grand Labyrinthe finiront un jour par emprunter ce chemin… ce n'est qu'une question de temps… (et de mûrissement intérieur…) lorsqu’ils comprendront enfin que les joyaux et le trésor ne peuvent être trouvés à l’extérieur… qu’il est vain de les chercher dans les autres quartiers, ils viendront ici… et se tourneront tout naturellement vers le chemin intérieur.

-     Oui… peut-être…, ai-je dit, peut-être…, monsieur Arnaud. Mais lorsque l’on a découvert le quartier des Chercheurs du Dedans, comment fait-on pour avancer sur le chemin ?

 

Monsieur Arnaud a hoché la tête (d’un air réprobateur).

-     Ne précipitez pas les choses, jeune homme ! Il est sage de se montrer patient ! En matière de chemin intérieur, il faut savoir se hâter lentement. Nous aurons tout le temps d’en parler. En attendant, je vous invite à réfléchir au sens de vos pas. Et si vous le souhaitez, je vous offre l’hospitalité. Vous pouvez vous installer ici pour la nuit. Demain, nous pourrons aborder le chemin intérieur !

 

J’ai à peine eu le temps de remercier monsieur Arnaud (pour ses explications et son hospitalité) qu’il avait déjà repris son travail (l’écriture d’un gros livre sur le chemin du Dedans). Je l’ai regardé un instant, la tête étourdie par cette avalanche d’explications et j’ai quitté la pièce pour aller m’installer dans la salle réservée aux pèlerins.

 

 

Porte 92 Ma fleur me propose de faire le point sur mon voyage

– L'île de la conscience –

Assis dans la salle des pèlerins, je me mis à réfléchir à ce qu’avait dit monsieur Arnaud. Il m’avait raconté des choses assez surprenantes (et je dois le reconnaître aussi assez convaincantes)… J’avais le sentiment que ses paroles avaient résonné à l’intérieur… comme s’il avait réussi à allumer une petite lumière pour éclairer l’obscurité du dedans… Mais je ne pouvais me contenter de ses explications, il me fallait réfléchir par moi-même. J’ai donc poussé la porte de l’île de la Conscience pour demander confirmation à ma Fleur.

 

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-     Bonjour, ma Fleur !

-     Tiens ! dit-elle, bonjour, mon garçon ! Que viens-tu faire par ici…?

-     Je… je voudrais savoir, ma Fleur, si monsieur Arnaud m’a dit la vérité à propos du chemin…

-     La vérité à propos du chemin… ? Que veux-tu savoir, mon garçon ?

-     Eh bien…, ai-je dit, monsieur Arnaud m’a assuré que nous devons tous parcourir un long chemin avant de trouver le quartier des Chercheurs du Dedans…

 

Ma Fleur a agité imperceptiblement ses pétales.

-     C'est exact ! dit-elle, monsieur Arnaud t'a dit la vérité, mon garçon. Il suffit de regarder ton parcours pour s’en rendre compte… 

-     Oui, ai-je dit, sans doute, ma Fleur. J’ai parcouru un très long chemin mais… je n’ai pas encore vraiment compris le sens de mes pas…

-     Le sens de tes pas… ?

-     Eh bien…, oui, ma Fleur ! Je ne sais toujours pas pourquoi j’ai traversé tous ces quartiers…  

-     Ah ?!!  dit-elle, eh bien… sans doute parce que tu avais des choses à y apprendre. Le voyage pousse chaque résident à visiter les quartiers qui permettent de faire grandir en lui les qualités indispensables pour trouver le trésor…

J’ai regardé ma Fleur un peu dépité par cette explication.

-     Bon ! dit-elle, tu as raison ! Je crois qu'il est temps de faire le point sur ton voyage. Il serait insensé de poursuivre ta route sans comprendre ce qui t'a amené jusqu'ici. Avant de t'engager sur le chemin intérieur, il est très important que tu comprennes le sens de tes pas… 

-     Oui, ai-je dit, tu as raison, ma Fleur ! Explique-moi mon voyage !

-     Non ! dit-elle, ce n’est pas mon rôle, mon garçon ! Si tu souhaites quelques explications, va voir madame La pierre !

J'ai remercié ma Fleur et je suis allé voir madame La pierre.

 

 

Porte 93 Madame la pierre confirme les explications de monsieur arnaud

– L'île de la conscience –

-     Inutile, dit la pierre, de m’expliquer le but de ta visite ! J’ai entendu ta requête, mon garçon. Assieds-toi ! Je vais t’expliquer !

Je me suis assis au côté de la pierre et j’ai ouvert grandes mes oreilles.

-     D’abord ! dit-elle, tu dois comprendre que ce n’est pas le hasard qui a guidé tes pas… mais la nécessité du voyage. Ainsi, comme tous les résidents de cette Planète, mon garçon, tu as commencé ce voyage dans le quartier des P’tits Dôms… car il faut bien commencer par le commencement, n’est-ce pas ? Et comme te le dirait sans doute l’ami du grand saule…

-     L’ami du grand saule…, madame la pierre ? Vous voulez dire, le vieux chêne… ?

-     Oui, dit-elle, le vieux chêne te dirait sûrement qu’avant de resplendir en pleine lumière, il faut d’abord être un petit gland obscur qui apprend peu à peu à sortir de terre sous les branchages de ses aînés…

-     Oui ! ai-je dit, d’accord, madame La pierre ! Il est sans doute naturel de commencer par le commencement… mais pourquoi mes pas m'ont-ils ensuite conduit dans le quartier de la Capitale ?

-     Parce que le quartier de la capitale, mon garçon, est un passage obligatoire sur cette Planète. On y apprend des choses très importantes… des choses absolument capitales… pour la suite du voyage. On y découvre le joyau de l’intelligence qui doit naturellement nous amener à découvrir le joyau de la bonté. Et l’intelligence et la bonté sont sans aucun doute, mon garçon, les joyaux les plus importants pour trouver le trésor…

-     Oui ! ai-je dit, d’accord, madame La pierre ! Et ensuite pourquoi ai-je dû traverser le quartier des Boîtes ?

-     Oh ! dit-elle, le quartier des Boîtes ! Voilà un quartier très intéressant, mon garçon ! C’est le quartier du monde des Grands Dôm le plus fréquenté… et lorsque l’on quitte le monde des P’tits Dôms, il est tout à fait naturel d’y séjourner quelques temps… comme tu le sais, la plupart des résidents y passent la plus grande partie de leur voyage. Celui qui traverse le quartier des Boîtes se rend compte de l’incroyable diversité des chemins… il apprend que tous les résidents sont (d’une façon ou d’une autre) des chercheurs de trésor… et il apprend à chercher les joyaux…

-     Oui, ai-je dit, et alors madame La pierre… ?

-      Eh bien, dit-elle, celui qui traverse le quartier des Boîtes finit un jour par comprendre que les joyaux après lesquels il ne cesse de courir sont en fait de faux-joyaux. Cela peut prendre, je dois le dire, un certain temps ! Mais tout chercheur de trésor finit toujours par s’en rendre compte. Cette expérience douloureuse fait alors naître en lui le désir d’aller plus loin, de poursuivre son voyage vers d’autres contrées… Et n’est-ce pas ce qu'il t’est arrivé, mon garçon ?

-     Oui, ai-je dit, c’est vrai, madame La pierre ! Et le quartier des Sans souci ?

-     Oh ! dit-elle, le quartier des Sans Soucis est un quartier un peu particulier ! La plupart de ceux qui y séjournent ont été déçus par le quartier des Boîtes… beaucoup sont si désespérés de n'avoir trouvé aucun sens à leur chemin qu'ils préfèrent se consacrer entièrement aux plaisirs du voyage…

-     Oui… peut-être…, madame La pierre, et alors…?

-     Eh bien ! dit-elle, ce quartier ne t’a-t-il pas appris à porter un regard plus léger sur le chemin…? Toi qui as toujours voyagé avec gravité et sérieux, n'y as-tu pas découvert l’insouciance et la légèreté… ? La légèreté est une excellente façon d’aborder le voyage, mon garçon… et une qualité indispensable pour avancer sur le chemin du Dedans. Certes, il faut bien se garder d’y sombrer totalement… au risque de passer le reste du voyage dans ce quartier ! Mais ses habitants ne t’ont-ils pas appris à te détendre en toutes circonstances et à accorder moins d’importance aux évènements du voyage ?

-     Oui, ai-je dit, d’accord, madame La pierre, et le quartier des Cupidons ?

-     Oh ! dit-elle, le quartier des Cupidons ! Voilà un quartier qui t’a permis de rencontrer l’amour, mon garçon… l’amour avec un petit " a " ! Tu y as découvert l’amour dans sa forme la plus étroite… un amour qui n’est autre qu’un attachement égoïste à ceux qui répondent à tes attentes et à tes désirs. Un amour qui se sert des autres résidents pour parvenir à ses fins. Voilà une forme d’amour vraiment pitoyable, mon garçon ! Une forme d’amour pitoyable mais absolument nécessaire pour comprendre que ce chemin-là est une impasse… et que l’Amour véritable est bien plus vaste ! Rappelle-toi des paroles du père Pierre et de celles de mademoiselle Aimée lorsqu’elle t’a quitté, mon garçon ! Ne t’ont-ils pas dit que l’Amour n’échangeait rien… que l’Amour donnait sans compter… qu’il donnait sans attendre… Et crois-moi, mon garçon ! Cette forme d’Amour est une qualité absolument indispensable pour trouver le trésor… 

-     Oui, madame La pierre ! Vous avez sans doute raison ! Mais ensuite, pourquoi ai-je visité le quartier des Tristes ermites ?

-     Oh ! Parce que tu as été déçu par la traversée du monde des Grands Dôms, mon garçon ! Tu t’es alors enfoncé dans la solitude. Ce quartier t’a fait comprendre les dangers de l’isolement et du repli sur soi. Tu y as appris deux choses importantes : qu’il était vain de vouloir avancer sur le chemin qui mène au trésor sans les autres résidents ! Et qu’il était tout aussi vain d’attendre d’eux qu’ils cheminent à ta place ! Ce quartier t’a appris à te débrouiller seul ! Et cette forme de solitude est nécessaire sur le chemin intérieur. Même si les autres résidents peuvent nous aider, nous soutenir et guider nos pas au cours de ce voyage, on chemine toujours seul sur son chemin…  

-     Oui, ai-je dit, je comprends, madame La pierre ! Et ce n’est pas la peine de poursuivre vos explications… la suite du voyage, je la connais !

-     Alors, c’est parfait ! dit-elle, puisque tu as compris le sens de tes pas, tu peux continuer ton voyage… et commencer à avancer sur le chemin du Dedans ! 

 

 

Porte 94 Monsieur arnaud poursuit ses explications

– Le quartier des chercheurs du dedans –

Le lendemain, je frappai à la porte de monsieur Arnaud aux premières heures du jour. Il m'invita à m'asseoir face à son bureau et nous avons poursuivi notre discussion.

 

-     Alors, dit-il, avez-vous réfléchi au sens de vos pas, jeune homme ?

J’ai hoché la tête.

-     Oui, ai-je dit, j’ai bien réfléchi, monsieur Arnaud. J’ai compris le sens de mon voyage mais… je ne sais toujours pas comment avancer sur le chemin du Dedans.

Monsieur Arnaud m'a regardé en fronçant les sourcils.

-     Chaque chose en son temps, jeune homme ! Le chemin intérieur est une voie périlleuse et difficile. Inutile de s’y précipiter ! Si vous souhaitez avancer sur ce chemin, il vous faudra d'abord ouvrir votre cœur et élargir votre esprit… ce sont là les premiers pas sur le chemin…

-     Ouvrir mon cœur et élargir mon esprit… ? D'accord ! ai-je dit, et comment dois-je m'y prendre, monsieur Arnaud ?

Monsieur Arnaud a toussoté.

-     Hum ! Hum ! dit-il, eh bien ! C’est là un exercice à la fois très simple… et fort compliqué…

Et il a planté ses yeux dans les miens.

 

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-     Pour ouvrir votre cœur et élargir votre esprit, il vous faudra laisser venir à vous tous les évènements du chemin… sans en rejeter un seul… il vous faudra apprendre à accueillir chaque chose, chaque être et chaque événement du voyage… qu'ils vous semblent porteurs de joyaux ou non, qu'ils vous semblent agréables ou désagréables n’a aucune importance… vous devrez tous les laisser entrer dans votre cœur… pour l’attendrir… et les laisser pénétrer dans votre esprit… pour l’éclairer ! Alors soyez sûr que vous avancerez sur le chemin du Dedans ! Mais n'allez pas imaginer que c'est là une tâche facile… il s'agit sans doute de l'un des exercices les plus difficiles de ce voyage…  voilà pourquoi la très grande majorité des pèlerins et des chercheurs de trésor qui arrivent dans le quartier cherchent d'abord une école et un professeur pour guider leurs pas.

J’ai regardé monsieur Arnaud en fronçant les sourcils.

-     Une école et un professeur…? Est-il donc impossible de cheminer seul et sans guide sur ce chemin… ?

Monsieur Arnaud m'a regardé avec un air de moquerie évident.

-     Oh ! dit-il, chacun est libre ! Mais il n'est sans doute pas inutile de vous dire, jeune homme, qu'il est extrêmement dangereux de s'aventurer sur ce chemin sans l’aide d’un professeur sérieux et expérimenté ! Vous savez... ceux qui arrivent dans ce quartier sont un peu… comme des P’tits Dôm… incapables de marcher seuls… le chemin du Dedans est si long, si difficile et si dangereux que ceux qui s’y aventurent seuls prennent tous les risques… Croyez-moi, jeune homme ! Sur ce chemin, les dangers sont innombrables… et il n’est pas rare de voir certains chercheurs se perdre en route…, tourner en rond jusqu’à la fin de leur voyage, ou même se rompre le cou à la première ornière… Oui! Croyez-moi, jeune homme ! Ce chemin est une véritable ascension ! Et y cheminer n’est pas, comme on le croit un peu naïvement, une partie de plaisir… ceux qui s’imaginent que le chemin du Dedans est un sentier doux, tendre et plaisant ne sont pas au bout de leurs peines et de leurs surprises… Le chemin intérieur est un chemin rude et merveilleux qui monte vers la Lumière ! C’est un chemin abrupt et difficile ! Et il est plus sage d’y cheminer en compagnie d’un professeur et au sein d’une école.

J'ai regardé monsieur Arnaud avec un grand sourire.

-     Eh bien…, ai-je dit, vous… vous pourriez devenir mon professeur, monsieur Arnaud…

-     Moi… ? Ah non, jeune homme ! Il est trop tôt pour que je vous accepte comme élève... et pour que vous m'acceptiez comme professeur. C'est un choix qui nécessite un peu de temps… et qui mérite réflexion… On ne choisit pas ainsi le premier élève qui passe… et le premier professeur venu… chaque pèlerin ou chaque nouveau résident du quartier doit rencontrer plusieurs professeurs avant de prendre le moindre engagement... Aussi il serait sage, jeune homme, que vous preniez la peine de visiter les principales écoles du quartier… de vous renseigner sur les enseignements que l'on y délivre… et de choisir votre professeur avec le plus grand soin…  

-     Bon…, eh bien…, d’accord, ai-je dit (à moitié convaincu par ses arguments), je vais écouter vos conseils, monsieur Arnaud.

-     Voilà une sage décision ! dit-il, et n’oubliez pas de revenir me voir lorsque vous aurez choisi votre école et votre professeur, jeune homme ! Il est très important de savoir où l'on met les pieds avant de s'engager plus en avant sur le chemin…

J’ai remercié monsieur Arnaud pour son hospitalité et ses sages paroles. Je lui ai promis de le tenir informé de mes avancées sur le chemin intérieur et je m’en fus dans les rues du quartier des Chercheurs du Dedans à la recherche d’une école et d'un professeur pour orienter mes pas.

 

 

Porte 95 L'école de maître narcisse lego

– Le quartier des chercheurs du dedans –

Malgré les sages conseils de monsieur Arnaud, j’étais si impatient de faire mes premiers pas sur le chemin du Dedans que je m'arrêtai à la première école que je trouvai dans le quartier. Elle était située dans une ruelle minuscule à proximité de la rue principale. Sur la porte (une grande et magnifique porte de bois précieux) était placardée une belle plaque dorée sur laquelle on pouvait lire : Ecole de maître Narcisse Légo, formateur en chemin du Dedans, professeur de Chercheurs de trésor, découvreur de joyaux, diplômé des Hautes Ecoles de Conduite Intérieure. Séduit par cette inscription (pleine de promesses), j’ai sonné à la porte avec l'espoir (immense) que maître Narcisse Légo m’indiquerait, en professeur averti, la voie à suivre pour trouver le trésor. La porte s'est ouverte, laissant apparaître une jolie jeune femme étrangement accoutrée (une pièce d’étoffe enroulée autour des épaules (qui semblait la ligoter…) et coiffée d’un étrange ruban (qui lui emprisonnait la tête).

-     Bonjour ! dit-elle, et bienvenue à vous… si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer…

Je l’ai suivie en silence, impressionné par la richesse et la beauté des lieux. Nous avons emprunté un long couloir brillamment éclairé et luxueusement meublé avant d’entrer dans une pièce immense (et non moins luxueuse) qui faisait office de salle de réception.

-     Asseyez-vous ! dit-elle, maître Légo va vous recevoir.

 

Je me suis assis dans un moelleux et profond canapé. Et j'eus tout le loisir (en attendant le maître des lieux) d'admirer le décor fastueux de la pièce. Au mur, entre de longues (et très) imposantes colonnes de marbre et quelques tapisseries aux couleurs dorées étaient affichés d’immenses diplômes (élégamment et savamment encadrés), portant tous le nom de maître Narcisse Légo en lettres démesurées. Et je fus – je dois le dire – très impressionné. Après quelques minutes d’attente, maître Narcisse Légo m’invita à entrer dans son bureau.

-     Asseyez-vous, dit-il, que puis-JE pour vous, mon ami ?

 

Je me suis assis dans un luxueux fauteuil, intimidé (et très impressionné) de me retrouver face à l'éminent professeur Narcisse Légo.

-     Eh bien…, ai-je bafouillé, je… je cherche une école… et un professeur pour guider mes pas sur le chemin du Dedans.

-     Eh bien ! Félicitations ! dit-il, vous avez frappé à la bonne porte, mon ami ! Vous ne pouvez tomber mieux ! JE suis… le meilleur professeur du quartier. Et mon école est sans doute la plus prestigieuse de toutes les écoles du chemin du Dedans…

-     Ah oui… ? ai-je dit, vous… vous êtes le meilleur professeur du quartier… eh bien… vous m'en voyez ravi, monsieur... je suis très….

Maître Narcisse Légo m’a regardé en fronçant les sourcils (usant de tout son charme (absolument ravageur) et de toute sa persuasion… totalement dévastatrice)

-     Voyons, mon ami ! dit-il, comment osez-vous m’appeler "monsieur" ? C'est là un titre réservé au tout venant… la marque que l'on attribue aux rustres de ce monde… N’avez-vous pas remarqué mes diplômes dans la salle de réception et l’inscription sur la porte de mon école ? Ici, mon ami, il est coutume de m'appeler Maître en s’adressant à ma modeste personne. Et si vous souhaitez devenir mon élève, JE vous enjoins de vous conformer à cette règle, mon ami ! Il en va, croyez-moi, du bon fonctionnement de notre institution ! Ai-JE été assez clair, mon ami ?

-     Euh… eh bien…, oui, ai-je dit, d'accord… d’accord, maître Légo !

-     Voilà qui est mieux ! dit-il en regardant (non sans fierté) son reflet dans le miroir, à présent, parlez-moi un peu de vos désirs en matière de chemin intérieur…? Êtes-vous à la recherche du joyau de la beauté… ? Du joyau de l’intelligence… ? Du joyau du pouvoir… ? Du joyau de la richesse… ? Voulez-vous directement trouver le trésor… ? Vous n'avez qu’un mot à dire, mon ami, et JE vous inscrirais dans le programme d’apprentissage le plus approprié à vos attentes.

-     Ah oui… ? ai-je dit subjugué, vous pouvez…

-     Bien sûr ! dit-il, si vous me dîtes ce que vous souhaitez et que vous signez le contrat de notre école, vous aurez l’honneur de devenir mon élève et de suivre mes enseignements. Et si vous suivez à la lettre mes instructions, il ne fait aucun doute, mon ami, que mon programme pourra satisfaire toutes vos attentes et tous vos désirs. Tenez ! dit-il en me tendant les quelques feuilles (dorées) du contrat, il vous suffit de signer au bas de la première page…

J’ai jeté un œil rapide au contrat (totalement convaincu par les belles paroles de maître Légo), lorsque soudain j’ai aperçu au bas de la dernière page, inscrits en lettres minuscules, les tarifs des enseignements.

-     Oh la la ! ai-je dit, l’inscription à votre école est excessivement chère, maître Légo !

-     Certes ! dit-il, je reconnais le caractère pour le moins dispendieux de mes enseignements mais… sachez, mon ami, que JE dispense une formation accélérée de très grande qualité… qui permet à mes élèves de satisfaire tous leurs désirs en quelques jours…  quant aux tarifs, n'ayez aucune crainte, mon ami… nous pourrons toujours trouver un arrangement… 

J'ai regardé maître Légo avec des yeux tout ronds d'étonnement.

-     Vous… vous pouvez satisfaire tous les désirs de vos élèves… en quelques jours… ?

-     Evidemment ! dit-il, mon école répond à toutes les demandes… à toutes les attentes… et à tous les désirs de mes élèves. JE connais parfaitement le chemin qui mène aux joyaux et au trésor. JE détiens les clés de toutes les portes du chemin du Dedans!!!

Et maître Légo a ponctué sa phrase en désignant (d'un geste majestueux) les innombrables portraits de son inestimable personne qui ornaient les murs de son bureau.

 

-     JE suis… un grand maître ! dit-il, le maître des lieux… le maître du quartier… et sans nul doute, le maître du Labyrinthe…

Maître Légo a fièrement planté ses yeux dans les miens.

-     JE suis, dit-il, un maître hors pair… reconnu par l'ensemble de mes pairs ! JE suis… un maître incontesté et incontestable ! JE suis… un maître de la beauté… de l’intelligence… du pouvoir… de la bonté…. et de la richesse ! JE suis… sans conteste le plus grand… le plus beau… le plus intelligent… le plus fort… et le plus riche de tous les résidents de cette Planète ! JE suis… pour ainsi dire, parfait ! JE suis… le maître qu’il vous faut ! Sérieux et authentique ! Et n’est-ce pas ce que vous êtes venu chercher ici, mon ami ?

-     Oui… ! ai-je dit très impressionné (et complètement envoûté par le charme ravageur de Narcisse légo), oui, vous avez l’air absolument formidable, maître Légo !

-     Non ! dit-il, je n’ai pas l’air formidable, mon ami ! JE suis… absolument… extraordinairement… parfaitement… formidable ! 

-     Oui, ai-je dit, vous êtes absolument… totalement… extraordinairement… parfaitement formidable, maître Légo ! Et je suis si heureux de vous rencontrer… Grâce à vous, je vais enfin pouvoir avancer sur le chemin du Dedans ! Vous allez pouvoir guider mes pas ! Vous allez pouvoir m’apprendre à ouvrir mon cœur et à élargir mon esprit… vous allez pouvoir m’apprendre à accueillir tous les évènements du chemin… vous allez pouvoir m’aider à affronter mes peurs et à transformer les valeurs relatives qui m’empêchent d’avancer…  et bientôt, grâce à vous, je trouverais le trésor…

 

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Maître Légo m’a regardé avec une lueur d’étonnement… (comme s’il n’avait pas compris le sens de mes paroles…) puis il a regardé avec fierté son reflet dans le miroir.

-     Oui ! dit-il, bien sûr, mon ami ! Je vous apprendrais tout ce que vous voudrez… mes enseignements répondront à tous vos désirs. Il vous suffit de signer ce contrat ! Et je vous livrerais les clés qui vous ouvriront toutes les portes du chemin intérieur. Et croyez-moi ! Dans quelques jours, vous trouverez les joyaux et le trésor… et tous vos désirs seront comblés… faîtes-moi confiance, mon ami !

J’ai regardé Maître Légo.

-     Oui, maître Légo ! ai-je dit en baissant les yeux, je vais m’inscrire dans votre école. Je vais signer votre contrat ! Mais je dois d’abord en parler à un ami qui habite le quartier. Je voudrais qu'il partage ma joie. Je lui ai promis de lui parler de l’école et du professeur que je choisirais.

Le visage de maître Légo a soudain changé d’expression. Il m’a regardé d’un air sévère (la bouche déformé par un affreux rictus). 

-     Un ami… dans le quartier ? dit-il, tiens donc ! Et comment s’appelle-il ?

-     Il s’appelle… monsieur Arnaud, maître Légo !

-     Monsieur Arnaud… ? a répété maître Légo (avec une expression de dégoût), vous connaissez ce charlatan… ce vendeur de boniments !  Voilà un personnage infréquentable, mon ami ! Depuis combien de temps le connaissez-vous ?

J’ai baissé les yeux.

-     Eh bien… je l’ai rencontré le jour de mon arrivée dans le quartier, maître Légo ! C’est lui qui m’a conseillé de chercher un professeur et une école pour guider mes pas sur le chemin du Dedans.

-     Oh ! Oui ! dit-il, inutile de m’en dire davantage, mon ami ! Je sais comment s’y prend ce charlatan ! Je connais parfaitement ses méthodes diaboliques ! Il feint de laisser les pèlerins choisir leur chemin en toute liberté. Mais ce n’est là qu’une ruse… qu'une vulgaire stratégie pour les séduire. Je dois reconnaître que c’est une manœuvre très habile… mais il ne faut pas vous y tromper, mon ami ! Monsieur Arnaud est un faux professeur ! Un Charlatan ! Un vendeur de boniments ! Il ferait n’importe quoi pour séduire ceux qui viennent le voir ! Il n'a qu'une ambition : attirer à lui tous les pèlerins pour en faire ses disciples… et je suis persuadé qu’il doit raconter des horreurs sur les autres professeurs du quartier ! Et si vous allez le voir pour lui parler de mon école, je suis sûr qu’il va vous raconter des choses abominables. Il est jaloux de ma notoriété et de mon succès ! Vous ferez bien de vous méfier, mon ami ! Il serait même plus sage de renoncer à lui rendre visite !

J’ai regardé maître Légo un peu embêté.

-     Je ne peux pas, maître Légo ! Je lui ai promis de lui parler de l’école et du professeur que je choisirais. Je le lui ai promis, maître Légo ! Je dois aller le voir !

-     Bon ! dit-il, eh bien ! Soit, mon ami ! Puisque vous lui avez promis, vous devez respecter vos engagements ! On ne peut pas trahir ainsi sa parole, n’est-ce pas ?

Et maître Légo a imperceptiblement fait glisser les feuilles du contrat sous mes yeux.

-     Avant de partir, dit-il, il serait tout de même préférable de signer cette feuille, n'est-ce pas mon ami… ? Ainsi, vous serez certain d’être inscrit pour suivre mes enseignements !

Maître Légo a planté une nouvelle fois ses yeux dans les miens (d’une façon séduisante et déterminée… et pour tout dire, très convaincante).

-     Vous savez, dit-il, les places dans mon école sont très chères et très rares… et beaucoup de pèlerins se battent pour devenir mes élèves ! Je ne voudrais pas que cette occasion unique vous échappe. J’ai eu la bonté de vous recevoir et de prendre le temps de vous parler avec intelligence de mes enseignements. Vous devez donc vous montrer à la hauteur de mes attentes, mon ami ! D’ailleurs, je suis persuadé que vous ferez un très bon disciple! Signez donc cette feuille, mon ami ! Ensuite, vous pourrez partir le cœur tranquille et rendre visite à ce charlatan ! 

J’étais si pressé d’aller annoncer la bonne nouvelle à monsieur Arnaud (mon entrée dans la formidable école de maître Légo et de lui parler du fabuleux programme qui m’attendait pour trouver le trésor) que j’ai signé le contrat les yeux fermés.  

-     Très bien ! dit-il, à présent, vous pouvez y aller, mon ami ! Mais laissez-moi vous mettre une nouvelle fois en garde contre cet imposteur ! Méfiez-vous, mon ami, de tous ceux qui disent vouloir vous aider ! Ils veulent vous détourner du vrai chemin intérieur ! Faîtes-moi confiance ! Je connais bien les combines de ces charlatans ! Et revenez vite ! Ne traînez pas en chemin ! N’oubliez pas que les joyaux et le trésor vous attendent ici ! A tout de suite, mon ami !

 

J’ai remercié maître Légo pour ses précieux conseils, je me suis prosterné trois fois (comme l’exigeait la tradition de l’école) et je me suis précipité chez monsieur Arnaud pour l’informer de mes avancées sur le chemin du Dedans.

 

 

Porte 96 Narcisse lego est-il un vendeur de boniments ?

– Le quartier des chercheurs du dedans –

-     Eh bien ! dit monsieur Arnaud, je ne vous attendais pas si tôt, jeune homme ! Ne me faîtes pas croire que vous avez déjà trouvé une école et un professeur…

-     Eh bien ! Si ! ai-je dit, je… je sors à l’instant de l’école de maître Légo. Je me suis inscrit à son programme pour trouver le trésor.

-     Voyez-vous ça ! s’est écrié monsieur Arnaud, n’avez-vous donc jamais entendu parler de Narcisse Légo, jeune homme ?

 

J’ai secoué la tête.

-     Ainsi, dit-il, vous ignorez que Narcisse Légo est le plus grand charlatan du quartier… et sûrement le plus grand vendeur de boniments du Labyrinthe ! Il séduit tous les résidents et tous les pèlerins en quête de trésor ! Il leur promet monts et merveilles ! Il leur demande de signer un contrat hors de prix ! Il les embobine avec ses faux joyaux et ses belles paroles ! Et il raconte les pires mensonges sur les autres professeurs du quartier. Et tous les pèlerins tombent dans le panneau !

J’ai essayé de défendre maître Légo.

-     Maître Légo n’est pas un charlatan, monsieur Arnaud ! Il connaît le chemin du Dedans. Et il m’a promis de m’aider à trouver le trésor en quelques jours.

Monsieur Arnaud a froncé les sourcils.

-     Trouver le trésor en quelques jours ?!! Mais comment avez-vous pu croire à de telles balivernes, jeune homme ! Comment avez-vous pu vous laisser rouler dans la farine par ce bonimenteur ! Comment pouvez-vous espérer trouver le trésor en quelques jours ? Et par quel miracle, dîtes-moi, ce charlatan vous donnerait-il les clés du chemin intérieur ? Il n’en possède aucune…

J’ai regardé monsieur Arnaud avec méfiance.

-     Et vous ? ai-je demandé, qui me prouve que vous possédez les clés du chemin intérieur ? Et qui me prouve que vous n’êtes pas un imposteur ?

-     Moi… un imposteur ? a répété monsieur Arnaud, eh bien… peut-être… croyez ce que vous voulez, jeune homme ! Vous avez raison d’être prudent ! Avant de vous engager la tête baissée sur n'importe quel chemin… je vous invite… et vous suggère fortement de découvrir qui est le véritable imposteur dans le quartier… réfléchissez bien et nous en reparlerons ! 

 

J’ai quitté monsieur Arnaud, un peu fâché et un peu troublé par son discours sur Narcisse Légo. En vérité, je ne savais plus quoi penser… Qui était l’imposteur dans ce quartier ? Maître Légo ou monsieur Arnaud ? J’étais si troublé que j’ai hésité à retourner directement à l’école de maître Narcisse Légo. J’ai donc marché au hasard dans les rues du quartier des Chercheurs du Dedans. Et ne sachant que penser, j’ai poussé la porte de l’île de la Conscience pour demander conseil à ma Fleur.

 

 

Porte 97 Ma fleur me conseille

– L'île de la conscience –

-     Ma Fleur ! Eh ho ! Ma Fleur ?

-     Oui ? dit-elle, que veux-tu, mon garçon ?

-     Je…, eh bien…, ai-je dit, je… je suis très embêté, ma Fleur… je… je ne sais plus qui croire dans ce quartier. Je ne connais rien au chemin du Dedans et tous ceux que je rencontre me racontent des choses différentes à propos du trésor…

Ma Fleur a secoué ses pétales.

-     Tu as raison, dit-elle, il faut être prudent en matière de chemin intérieur. Il ne s’agit pas de croire aveuglément n’importe quel professeur ! Et il t’appartient de choisir une école avec clairvoyance… je te conseillerais donc d’aller voir madame la pierre. Elle pourra t’aider à choisir l’école et le professeur qui te conviendront.

J’ai remercié ma Fleur et je suis allé voir madame La pierre.

 

 

Porte 98 Les conseils de madame la pierre

– L'île de la conscience –

-     Madame La pierre ! Eh ho ! Madame La pierre ?

-     Tiens ! dit-elle, quelle surprise ! Que me vaut le plaisir de cette visite, mon garçon ?

Et je me suis empressé de lui expliquer mon embarras.

-     Hum ! dit-elle, voilà un choix qui ne manque pas d’intérêt… à ce stade du voyage !

-     Oui…, sans doute, ai-je dit, mais… je me sens un peu perdu, madame La pierre. Que dois-je faire ? Que me conseillez-vous ?

-     Oh ! dit-elle, rien que tu ne saches déjà, mon garçon… que sens-tu au fond de ton cœur ?

-     Je sens… eh bien… je sens qu’il faut que je réfléchisse, madame la pierre !

-     Tu as raison ! dit-elle, eh bien… réfléchissons…, mon garçon !

La pierre m’a prié de m’asseoir à ses côtés.

-     Crois-tu, dit-elle, que l’on puisse trouver le trésor en quelques jours ?

-     Eh bien… je… je n'en sais rien, madame La pierre.

-     Voyons ! dit-elle, réfléchis un peu, mon garçon ! Ne cherches-tu pas le trésor depuis le début de ce voyage ? Et crois-tu que tu puisses le trouver en quelques jours ?

J’ai réfléchi un instant.

-     Oui ! ai-je dit, vous avez raison, madame la pierre ! Il serait étonnant… que je le trouve si facilement.

-     Ensuite, dit-elle, crois-tu que l’on puisse trouver les joyaux et le trésor en signant un contrat ?

-     Eh bien… je… je n'en sais rien, madame la pierre.

La pierre a soupiré.

-     C’est pourtant simple, dit-elle, si on pouvait les trouver en signant un contrat, tu les aurais découverts dans le quartier des Boîtes ! Et les as-tu trouvés ?

-     Non ! ai-je dit, je n’ai trouvé là-bas que les faux joyaux, madame La pierre !

-     Alors, dit-elle, celui qui raconte qu’il peut te donner les joyaux et le trésor en échange d’un contrat n’est qu’une sorte de businessman du chemin du Dedans ! Il fait commerce de joyaux (de faux joyaux) comme d’autres le font de peaux de renard… ce genre de personnages étale (en général) un peu trop de beauté, de bonté, de pouvoir, d’intelligence et de richesse pour être tout à fait honnêtes… ils se vantent de posséder les clés du chemin du Dedans pour mieux cacher leur vide intérieur et l’étroitesse de leur cœur… celui qui te fait croire qu’il peut te donner les clés du chemin intérieur est un menteur, mon garçon ! Car les clés de ce chemin ne se donnent pas… elles ne se vendent pas… elles se trouvent sur le chemin de chaque chercheur… et personne ne peut emprunter ce chemin à la place de celui qui cherche le trésor. Nul professeur ne peut marcher à la place de son élève ! Il peut tout au plus l’accompagner et guider ses pas. Mais il appartient à chaque chercheur de trouver les clés et d’ouvrir les portes sur le chemin qui mène au trésor ! 

J’ai regardé la pierre avec gratitude.

-     Maître Légo… est donc un faux maître, n’est-ce pas madame La pierre ?

-     Je te laisse seul juge ! dit-elle, il t’appartient de réfléchir et de te faire une idée sur chaque chose… chaque être… et chaque expérience de ce voyage. A ce stade, il t’appartient plus que jamais, mon garçon, d’écouter les voix de ta conscience… pour trouver ton chemin ! A présent, je te souhaite bonne route, mon garçon !

 

J’ai quitté madame La pierre, un peu rassuré par ses conseils. Je savais à présent qui était le véritable imposteur du quartier des Chercheurs du Dedans. Oui, j’avais compris qu’il fallait bien se garder de croire naïvement ceux qui étalaient devant nous la brillance éclatante de leurs joyaux en toc…

 

 

Porte 99 Je fais mes excuses à monsieur arnaud

– Le quartier des chercheurs du dedans –

En quittant l’île de la Conscience, je suis retourné chez monsieur Arnaud pour m'excuser.

-     Ah ! dit-il, vous voilà, jeune homme ! Alors avez-vous réfléchi ? Avez-vous enfin découvert l'imposteur qui sévit dans le quartier… et un peu partout sur cette Planète… ?

J’ai acquiescé d’un air penaud.

-     Je… je vous demande de m’excuser, monsieur Arnaud. Je suis… je suis désolé de vous avoir traité de charlatan.

-     Allez ! Allez ! dit-il, n’en parlons plus, jeune homme ! J’espère seulement que cette expérience vous servira de leçon et qu’elle vous permettra désormais de déjouer les manœuvres de ce genre d'illusionniste… 

-     Oui, ai-je dit, vous avez raison monsieur Arnaud ! Maître Légo est un illusionniste… un charlatan ! Il m’a trompé ! Il m’a piégé ! Il m’a séduit pour que je signe son contrat !

-     Oh ! Ne vous inquiétez pas ! dit-il, le contrat de Narcisse Légo n’a aucune valeur ! Vous pouvez le rompre à tout instant !

-     Ah… oui…? ai-je dit, vous… vous croyez…

-     Evidemment ! dit monsieur Arnaud, il vous a fait croire que son programme pourrait répondre à vos attentes et satisfaire vos désirs. Il vous a tendu là un piège diabolique ! Et vous êtes tout à fait en droit de refuser de tomber dans ce piège en ne donnant pas suite à ce contrat. Bon nombre de pèlerins se laisse avoir par ce charlatan ! C’est un vieux réflexe qu’ils emmènent avec eux des autres quartiers du Labyrinthe…

-     Ah… oui ? ai-je dit, un vieux réflexe, monsieur Arnaud… ?

-     Oui ! dit-il, un vieux réflexe qui vient de leur quête fébrile et désespérée du trésor… de leurs attentes à l’égard des faux joyaux ! Car tous ceux qui arrivent dans le quartier souhaitent ardemment trouver le trésor ! C’est là leur plus grand désir ! Tous sont si déçus par les faux joyaux du monde des grands Dôms qu’en arrivant ici, ils seraient prêts à tout (et à n’importe quelle folie) pour trouver le trésor. Mais ils se trompent ! Ce désir-là est aussi trompeur que les autres car il les enchaîne, lui aussi, à l’insatisfaction et à la souffrance…

 

Monsieur Arnaud s’est interrompu un instant. Puis, il a ajouté d’un air malicieux :

-     Savez-vous ce qu’est la liberté, jeune homme ?

-     La liberté…, monsieur Arnaud ?

 

Quel rapport pouvait-il y avoir entre la liberté et le trésor ? Et pourquoi diable me posait-il cette question ?

-     La liberté est-elle de satisfaire vos désirs, jeune homme ?

-     Eh bien…, oui, ai-je dit, d’une certaine façon… oui, je crois, monsieur Arnaud.

Monsieur Arnaud m’a dévisagé avec sévérité. Puis, il s’est mis à rire.

-     Qu’arrive-t-il lorsque vous décidez de satisfaire vos désirs, jeune homme ?

-     Eh bien… je… je n'en sais rien, monsieur Arnaud.

Ses yeux se mirent à pétiller (de malice et d’excitation).

-     Réfléchissez, jeune homme ! N’avez-vous jamais suivi un seul de vos désirs ?

-     Si, bien sûr… mais…

Monsieur Arnaud avait décidément une drôle de façon de poser les questions. Et j’en étais très troublé.

-     Vos désirs se réalisent-ils toujours, jeune homme ?

-     Eh bien…, parfois oui… et parfois non…, mais je dois reconnaître que le plus souvent, mes désirs ne se réalisent pas, monsieur Arnaud  (j’ai pensé à la perte des faux joyaux). Ou alors lorsqu’ils se réalisent, je finis par me lasser et d’autres désirs apparaissent aussitôt…

-     C’est juste ! dit monsieur Arnaud, et malheureusement, la plupart d’entre nous obéissons à nos désirs tout au long du voyage ! Et c’est un cycle infini dans lequel nous ne cessons de nous empêtrer… une ronde infernale dans laquelle nous ne cessons de tournoyer… Nous croyons être libres en essayant de satisfaire nos désirs. Mais ce que nous appelons communément la liberté n’est en réalité que le plus avilissant des esclavages. Et nul ici-bas ne fait exception à la règle ! Nous voyageons tous sous le joug puissant de nos désirs… Nous leurs obéissons tous comme des esclaves enchaînés ! La vérité est que nos désirs sont nos maîtres ! Et tous (autant que nous sommes) tentons vainement de manipuler les évènements du voyage à seule fin de répondre à nos attentes… Aussi la plupart d’entre nous rejetons tout ce qui entrave notre recherche… tout ce qui nous semble indigne, dangereux, douloureux et inconfortable ! Nous fuyons comme la peste ce que nous ne voulons pas… ce que nous n’aimons pas… ce que nous ne désirons pas ! Mais qui, sur cette planète, jeune homme, peut se vanter de toujours trouver ce qu’il désire… ? Qui peut se vanter de toujours pouvoir échapper à ce qu’il n’aime pas… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux choses désagréables ? Aux échecs… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux critiques… ? Aux déceptions… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper à la souffrance et à la douleur… ? A la disparition de ce qui nous est cher et de ceux que nous aimons… ? Qui peut se vanter de pouvoir échapper aux maladies… ? Au chagrin… ? Et au passage dans l’autre Monde… ?  

J’ai réfléchi un instant.

-     Eh bien… personne, monsieur Arnaud ! Je… je crois que nous sommes tous confrontés à ce genre d’évènements au cours de notre voyage. Personne ne peut éviter ce genre de désagréments.

-     Eh oui ! dit monsieur Arnaud, tous ces évènements font partie du chemin. Voilà pourquoi il est vain de les rejeter ! Et courir après ses désirs est tout aussi inutile puisqu’ils sont en nombre infini… vous savez, jeune homme, manipuler le voyage à seule fin de satisfaire nos désirs et nos attentes est un exercice illusoire qui nous enchaîne à une insatisfaction toujours plus grande. Ce sont nos désirs et nos attentes les responsables de nos déceptions et de nos souffrances ! Ce sont eux qui nous enferment… qui nous emprisonnent dans un monde étroit, dans un monde labyrinthique dont nous sommes le centre unique… un monde dans lequel nous ne cessons de nous enliser tout au long de ce voyage… un monde dans lequel nous ne cessons de nous perdre… un monde qui nous empêche d’ouvrir notre cœur et d'élargir notre esprit…. un monde replié sur lui-même qui entrave notre quête du trésor… et qui nous interdit d’aller sans crainte sur le chemin… un monde qui nous confine au refus et à la peur d’aller explorer la vastitude du monde qui nous entoure… Voilà, pourquoi il est préférable, jeune homme, d’accepter tout ce qui se présente à nous sans distinction ! Apprenez à devenir libre de vos désirs ! Apprenez à réduire vos attentes à l’égard du voyage et à accepter tout ce qui se présente à vous sur le chemin ! Apprenez à laisser chaque chose, chaque être et chaque événement entrer dans votre cœur ! Alors, progressivement, votre cœur s’élargira ! Et au fil du temps, il deviendra si large et si grand qu’il pourra y accueillir toute chose et tout être ! Il deviendra si large et si grand qu’il pourra accueillir tous ceux qui souffrent sur cette Planète ! Et dans votre cœur, ils trouveront un grand réconfort ! Apprenez aussi à laisser chaque chose, chaque être et chaque événement pénétrer votre esprit pour l’éclairer ! Et si vous laissez votre esprit accueillir chaque chose, progressivement vous comprendrez qu’il n’y a aucune différence entre l’intérieur et l’extérieur, aucune différence entre qu’il y a au fond de votre conscience et ce qu’il y a au dehors…, progressivement vous comprendrez qu’il n’y aucune différence entre les évènements douloureux et les évènements agréables, qu’il n’y a aucune différence entre vous et les autres résidents de cette Planète… et qu’en dépit des apparences, Tout est semblable et que nous sommes Tous identiques… vous comprendrez alors que nous appartenons tous à ce Tout et que ce Tout est présent (et observable) en chacun de nous… Et lorsque vous aurez totalement et réellement compris cette vérité au fond de votre cœur et de votre esprit et qu’ils sauront Tout accueillir sans rien rejeter, alors ce jour-là, la Lumière inondera votre Conscience. Ce jour-là, jeune homme, vous découvrirez le trésor ! Alors, vous pourrez accueillir tous les évènements du chemin avec joie… vous pourrez voyager sans peur… vous pourrez voyager partout sans contrainte et sans crainte … et aller le cœur en paix là où le chemin vous conduira… Voilà ce qu’enseignent toutes les écoles du quartier, jeune homme ! Toutes apprennent au chercheur à garder ouverts son cœur et son esprit… et à les élargir au fil du chemin ! Quelle que soit la voie qu’elles empruntent, toutes les écoles indiquent cette direction !

Monsieur Arnaud m’a regardé avec tendresse (un sentiment qu’il n’avait jusqu’alors jamais manifesté).

-     Vous savez, dit-il, il y a dans ce quartier quantité d’écoles et de professeurs… et quantité de chemins intérieurs… sans doute autant que de chercheurs de trésor… Aussi, il vous faudra choisir votre école et votre professeur avec clairvoyance… Votre expérience vous a appris qu’il était dangereux de les choisir avec trop d’empressement ! Sachez vous hâter lentement, jeune homme ! Et n’oubliez pas que le chemin du Dedans est une route longue et difficile ! Quels que soient l’école et le professeur que vous choisirez, prenez soin de ne pas brûler les étapes qui vous conduiront au trésor !

 

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-     Oui, ai-je dit, je… je comprends à peu près ce… ce que vous voulez dire, monsieur Arnaud… mais… mais comment choisir un professeur et une école avec clairvoyance ? Vous, par exemple, comment avez-vous fait, monsieur Arnaud, pour choisir votre école ?

Monsieur Arnaud eut un petit sourire gêné.

- Moi… ? dit-il, eh bien…, j’ai visité beaucoup d’écoles avant de trouver celle qui me convenait ! Mais… en dépit de ce que je vous ai dit sur le rôle déterminant de l'école et du professeur, sachez, jeune homme, qu'en vérité tout ça a bien peu d'importance… qu'importe la voie que vous choisirez… il vous faudra aller là où vos pas vous porteront… là où le chemin vous conduira… ici ou ailleurs ! Peu importe… et peu importent l’école et le professeur qui vous conviendront ! Quels qu’ils soient… (s'ils sont authentiques…), ils vous aideront à cheminer vers le trésor ! Mais sachez que personne ne marchera à votre place ! Vous serez seul à avancer sur votre chemin ! Aussi gardez toujours ouverts votre cœur et votre esprit ! Et élargissez-les progressivement au fil de vos pas ! Ayez confiance en vous ! Ayez confiance en le voyage ! Car le voyage, en définitive, est notre maître à tous, jeune homme… lui seul sait véritablement guider nos pas vers le trésor… Et si vous suivez le chemin qu’il vous indiquera, alors soyez sûr que vous avancerez sur le chemin du Dedans et qu’au bout de ce chemin, vous finirez par trouver le trésor…      

- Oui, ai-je dit, je vais écouter vos conseils, monsieur Arnaud.

Aucun résident ne m’avait encore jamais parlé ainsi. Monsieur Arnaud était sans doute le plus sage de tous les résidents que j’avais rencontrés sur cette Planète. Je l’ai remercié pour ses sages paroles et ses précieux conseils et je m’en fus à travers les rues du quartier des Chercheurs du Dedans, bien décidé à aller là où mes pas me porteraient.

 

 

PARTIE 15 QUELQUES PAS SUR LE CHEMIN DU DEDANS

 

Porte 100 Je visite les écoles du chemin intérieur

– Le quartier des chercheurs du dedans –

Quelques jours plus tard, je commençai la tournée des écoles du chemin intérieur. J’ai d’abord visité l’Ecole Antique de la Grande Sophie (spécialisée en sagesse intérieure), puis, j’ai visité les 3 Grandes Ecoles du Mont Théos (qui empruntent toutes un chemin différent qui conduit au trésor céleste). Ensuite, je me suis intéressé à l’Ecole Non Reliée de L’Ascension Indépendante (qui forme à la recherche naturelle du trésor) mais… en dépit de la grande qualité des enseignements et des professeurs, aucune de ces illustres écoles n'avait l'air de me convenir… (aucune n'avait apparemment su parler à mon cœur… et convaincu mon esprit de leur grande valeur…). J’ai donc continué mes recherches… j'ai pris la direction du Fleuve Sacré de la Sagesse… situé à l’autre extrémité du quartier des Chercheurs du Dedans (c’est en chemin que je me suis aperçu que le quartier était beaucoup plus vaste que je l’imaginais…). Et après quelques semaines de marche, j'arrivais à l’Ecole du Grand Soi (où avait été formé monsieur Arnaud)J’y suis resté quelques mois avant de poursuivre ma route en direction de l’Empire du Soleil Qui Se Lève…

 

 

Porte 101 Petit lam, élève de l'école de la sagesse compatissante

– Le quartier des chercheurs du dedans –

Après plusieurs semaines de marche, j'arrivai au pied de la colline des Petites Neiges, haut lieu de l'Empire du Soleil Qui Se LèveAprès avoir emprunté un étroit sentier qui menait à un large plateau enneigé (éclairé par une lumière étincelante), j'aperçus, au centre d'une vaste prairie, un étrange personnage assis sur un petit coussin d’herbe fraîche. Il avait les jambes croisées (très curieusement croisées) et le regard tourné vers l’intérieur (comme s’il regardait quelque chose… au dedans). Son visage était détendu et son sourire était profond et bienveillant.

-     Bienvenue ! dit-il, voulez-vous vous asseoir ?

-     Oui ! ai-je dit, bonjour ! Où sommes-nous ?

-     Vous êtes sur la colline des petites neiges, haut lieu du chemin du Dedans et résidence principale de l’Ecole de la Sagesse Compatissante…

Je me suis assis à ses côtés. Et au bout de quelques instants (qui me parurent une éternité), j’ai tourné la tête vers mon hôte (toujours aussi immobile et détendu).

 

-     Comment vous appelez-vous, monsieur ?

-     Je m’appelle Petit Lam ! dit-il.

Je l’ai regardé avec étonnement… Petit Lam était très grand (il me dépassait d’une bonne tête).

-     Eh bien…, ai-je dit, vous portez là un bien drôle de nom… vous êtes si grand !

 

Petit Lam a posé sur moi un regard bienveillant.

-     Les apparences sont trompeuses, dit-il, je suis grand à l’extérieur… mais encore minuscule à l'intérieur… voilà pourquoi on m’appelle ainsi… je dois encore parcourir un long chemin… pour grandir au dedans…

J’ai regardé petit Lam avec étonnement.

-     Grandir au dedans… ?

-     Oui ! dit-il, grandir à l'intérieur… pour ouvrir mon cœur et élargir mon esprit…

-     Ah oui ! ai-je dit, je vois… je vois très bien ce que vous voulez dire. Vous… vous essayez d'accepter… toutes les évènements que vous rencontrez sur votre chemin… n'est-ce pas monsieur Petit Lam ?

Le visage de Petit Lam s’est éclairé (une lueur à la fois douce et étincelante brillait au fond de ses yeux).

 

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-     Oui ! dit-il, j'apprends à grandir au dedans… c'est une chose très simple en apparence… en parler est très facile… mais il en est autrement lorsque nous marchons sur le chemin… conserver ouverts son esprit et son cœur… à chaque instant… et en toutes circonstances… est sans doute l’une des choses les plus difficiles à réaliser sur cette Planète… 

-     Oui ! Oui ! ai-je dit enthousiaste, je sais… c'est un exercice bien difficile… moi aussi, j’aimerais grandir au-dedans… je suis à la recherche d’une école et d'un professeur… pourriez-vous guider mes pas, monsieur petit Lam ?

Petit Lam m’a regardé d’un air désolé.

-     Je regrette, dit-il, mais je ne suis pas encore autorisé à vous montrer le chemin… il me reste une longue route… avant de pouvoir guider les pas d’un novice…

J’ai regardé Petit Lam avec un peu de tristesse (et avec aussi un peu de colère au fond du cœur). J’avais traversé tout le quartier des Chercheurs du Dedans, j’avais marché pendant de longues semaines, j’avais gravi la colline des Petites Neiges… tout ça pour m’entendre dire qu’il n’y avait personne ici pour me montrer le chemin. Ah Décidément ! dis-je en moi-même, trouver une école dans ce quartier est une chose bien difficile !

-     Oui, dit petit Lam, le chemin est pavé d’épreuves… mais tout ce que l’on y rencontre est utile… chaque événement… chaque chose… chaque être… et chaque rencontre… donne un sens particulier à notre voyage… et chaque pas nous oriente vers le trésor…  

 

Petit Lam a pris une longue inspiration. Puis il a posé les yeux sur moi. 

-     N’avez-vous donc jamais entendu… celui qui est dans votre cœur ?

-     Celui… qui est dans mon cœur… ? Vous voulez dire…

 

Mais je n’ai rien dit.

-     Oui, dit petit Lam, il est utile d’écouter celui qui est dans notre cœur… car lui seul connaît le chemin… lui seul peut entendre nos plaintes… comprendre notre tristesse… et apaiser notre colère… lui seul peut nous aider à accueillir chaque événement du voyage… voilà pourquoi il est nécessaire de l’écouter… et si vous écoutez ses conseils… alors il grandira… et plus il grandira plus votre cœur et votre esprit s’élargiront… et au fil du chemin… l’un et l’autre s’élargiront au point de se confondre… et le jour où votre esprit et votre cœur ne feront plus qu’un… alors celui qui est dans votre cœur aura suffisamment grandi… et vous serez prêt à recevoir les enseignements d’un maître du Chemin intérieur… qui vous aidera à franchir les derniers obstacles du chemin… si vous restez sur la colline des petites neiges… le jour où vous réussirez à réunir votre cœur et votre esprit… vous pourrez faire appel au maître de la colline des petites neiges… et ensemble vous atteindrez le trésor… la Lumière de la Sagesse Compatissante… 

Après sa longue tirade, Petit Lam a profondément expiré. J’avais écouté ses paroles avec beaucoup d’intérêt. Son discours était un peu compliqué mais j’avais réussi à comprendre au moins 2 choses (2 choses qui ne m’étaient pas étrangères) : en effet, je connaissais celui qui était dans mon cœur (du moins en avais-je une petite idée…) et j’avais déjà entendu parler de la Lumière (Grand-ma et quelques autres m’en avaient déjà touché un mot…).

-     Dites-moi, monsieur petit Lam ! Serait-il possible de rencontrer le maître du chemin intérieur qui habite sur la colline des petites neiges ?

Petit Lam m’a regardé avec étonnement.

-     Rencontrer Maître Rimrochetaille… ? (petit Lam avait prononcé Limrochitaï). Je crains qu’il ne soit trop tôt pour le rencontrer… nul ne peut recevoir les enseignements d'un maître… sans avoir fait grandir celui qui est dans son cœur…

J’ai regardé petit Lam d'un air indigné.

-     Mais je suis prêt, monsieur petit Lam ! J’ai compris… à peu près tout ce que vous avez raconté à propos du chemin… j'ai une idée de celui qui est dans mon cœur et…  vous savez, j’ai déjà parcouru une longue route… et je crois que j’ai l’esprit et le cœur suffisamment ouverts aujourd'hui pour écouter les enseignements d’un maître du Chemin intérieur ! 

-     Je ne demande qu’à vous croire, dit-il, mais il est inutile de mentir… celui qui ment refuse de voir la vérité… le menteur croit tromper le monde… mais c’est lui qu’il trompe…  tromper le monde et se tromper soi-même sont la marque d’un esprit et d’un cœur… qui ont encore besoin de grandir…    

-     Mais je vous assure, monsieur petit Lam ! ai-je de nouveau menti, j’ai aujourd'hui le cœur et l’esprit suffisamment larges pour franchir les derniers obstacles du chemin !

Petit Lam m’a regardé avec une grande bonté.

-     Bon ! dit-il, eh bien, soit… vous vous rendrez compte par vous-même… venez… suivez-moi…

 

Et j’ai suivi petit Lam. Nous avons quitté le plateau enneigé pour emprunter un étroit sentier qui menait au sommet de la colline des Petites Neiges. Petit Lam marchait devant moi, inspirant et expirant longuement à chaque pas. Je le suivais à quelques mètres, un peu excité à l’idée de rencontrer celui qui allait m’aider à franchir les derniers obstacles du chemin. Après plusieurs heures de marche, petit Lam s’est arrêté devant l’entrée d’une grotte.

-     Nous sommes arrivés, dit-il, voici la caverne des 4 joyaux… Maître Rimrochetaille a coutume d’y faire subir une série de quatre épreuves… à tous ceux qui souhaitent l’approcher… souhaitez-vous toujours le rencontrer ?

-     Oui, oui, bien sûr ! ai-je dit, je suis prêt, monsieur petit Lam.

Petit Lam a joint les mains au niveau de la tête et du cœur (une façon sans doute de m’encourager). Puis, il m’a expliqué ce qui m’attendait dans la caverne.

-     Cette caverne, dit-il, comporte 4 salles que vous devrez traverser… dans chacune d'elles se cache un ennemi redoutable… qui vous empêchera d’entrer dans la salle suivante… si vous parvenez à traverser toutes les salles… alors vous pourrez rencontrer maître Rimrochetaille…

 

J’ai remercié petit Lam, j’ai inspiré profondément et je suis entré dans la caverne, peu rassuré à l’idée de rencontrer 4 farouches adversaires qui allaient sans doute me terrasser en quelques instants.

 

 

Porte 102 La caverne des 4 joyaux

– Le quartier des chercheurs du dedans –

Au bout d'un long (et très étroit) couloir, j'ai poussé une porte et je suis entré dans la première salle de la caverne. Les murs étaient entièrement recouverts de miroirs (d’immenses miroirs… du sol au plafond). Je me suis avancé avec prudence, prêt à parer l’attaque de mon adversaire. Mais je n'ai vu qu’une ombre fuyante… glisser le long des murs. Malgré mes craintes de le voir surgir derrière moi, je suis arrivé sans encombre jusqu’à la porte de la deuxième salle. Dans celle-ci, les murs étaient entièrement recouverts de livres et de manuscrits. Je me suis demandé où était mon adversaire… se tenait-il tapi quelques part dans l’un de ces livres ? Malgré ma crainte de le voir surgir à tout instant, j’ai traversé l'espace sans un regard pour les ouvrages de cette étrange bibliothèque.

 

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Arrivé devant la porte de la troisième salle, je me suis arrêté… effrayé par des cris et des éclats de voix… j'ai hésité un instant… puis j’ai trouvé le courage de pousser la porte… et d'entrer dans la troisième salle. C’était une salle immense… où une foule de résidents, prisonniers derrière de hautes grilles, criaient en suppliant de les aider… Au centre, un sceptre et une clé étaient posés sur un trône. Que fallait-il faire ? Délivrer ces malheureux ou poursuivre mon chemin… ? Qu'attendait de moi mon adversaire… et où se cachait-il…?

Après un instant d'hésitation, j’ai traversé la salle, le cœur un peu serré d’abandonner les prisonniers à leur sort… et en me promettant de revenir les délivrer dès que j’aurais trouvé le trésor. J'ai enfin poussé la dernière porte et je suis entré dans la quatrième salle. Elle était remplie de coffres… qui regorgeaient de pièces d'or, de bijoux et d’étoffes précieuses. J’y ai jeté un œil rapide (sans y trouver le moindre adversaire) et j’ai gagné le couloir qui menait à la sortie. 

 

 

Porte 103 Maître rimrochetaille

– Le quartier des chercheurs du dedans –

En sortant de la caverne, je me suis retrouvé dans un vaste espace… un espace infini baigné d'une lumière étincelante. Il régnait en ce lieu une telle clarté que j'ai dû fermer les yeux. Je me suis avancé à tâtons… poursuivant ma progression les yeux mi-clos… et manquant de tomber à chaque pas. J’ai marché longtemps… très longtemps… (un instant ou une éternité, je n’en sais rien… car l’espace et le temps semblaient suspendus…) lorsque j’ai aperçu un vieil homme penché au-dessus d’un puits. Je n’aurais su dire (à cet instant) s'il s'agissait de maître Rimrochtaille car le personnage et l’atmosphère semblaient absolument irréels… et la luminosité qui m'entourait était si aveuglante que j'éprouvais les pires difficultés à garder les yeux ouverts… je crus même, pendant quelques instants, que je m’étais égaré dans la clairière de l’Imaginaire…

 

Le vieil homme était modestement vêtu… il semblait démuni de tout joyau… (et ne semblait, de toute évidence, posséder aucun trésor)… et pourtant… il était évident (d'une évidente clarté)  que sa présence était totale, profonde et absolue… (et à la fois étonnamment irréelle). Seuls ses yeux et son sourire (un sourire d’une infinie bienveillance et un regard d’une intelligence abyssale que je n’avais jusqu’alors jamais vu chez quiconque) semblaient attester sa réalité. Voici son portrait (qui n’est guère représentatif de ce que j’ai pu voir ce jour-là… j’en suis désolé… mais malgré mes efforts et mon application, je n’ai pas réussi à restituer l’étrangeté du lieu et du personnage…) :

  

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Je me suis lentement (et très respectueusement) avancé vers lui. Arrivé à sa hauteur, je me suis prosterné à ses pieds avec humilité. Mais le vieil homme n’a pas fait cas de ma présence. Il a continué à tirer (avec beaucoup d'attention) sur la corde pour faire remonter le seau du puits. Puis il a versé l’eau (avec une infinie délicatesse) dans une petite bassine de bois. Il a joint les mains au niveau de la tête et du cœur et s’est prosterné trois fois devant moi. Ensuite, il m’a déchaussé et m’a lavé les pieds (avec une grande application). J’étais si étonné… que je n’ai pas osé l’interrompre. Que pouvait signifier cette attitude…? Comment interpréter ce geste de dévouement… ? Je n’en savais rien… Après m'avoir consciencieusement essuyé les pieds, il s’est relevé, a joint une nouvelle fois les mains au niveau de la tête et du cœur et m’a regardé (avec une infinie bonté et une clairvoyance absolument lumineuse)… j’ai senti ses yeux pénétrer au fond de ma conscience.

 

-     Merci…, dit-il, mais je regrette… vous n’êtes pas encore prêt à franchir… les derniers obstacles du chemin… il vous faudra encore tirer l’eau du puits…

-     Mais…, ai-je dit, je…

-     Je regrette, dit-il, mais suivre mes enseignements aujourd'hui… vous serait inutile…

J’ai regardé maître Rimrochetaille avec tristesse.

-     Je regrette sincèrement…, dit-il, vous avez fait une longue route… vous avez réussi à traverser la caverne… mais vous n’êtes pas encore prêt à vous engager totalement sur le chemin… nul ne peut avancer sans avoir d'abord tiré l’eau du puits… et lorsque vous aurez découvert ce qui se cache au fond du puits… alors vous comprendrez la nature de l'eau…  

 

Maître Rimrochetaille a joint les mains au niveau de la tête et du cœur. Il s’est prosterné une nouvelle fois devant moi et m’a fait signe de regagner la caverne. J’ai quitté maître Rimrochetaille en silence, j’ai retraversé la caverne et j’ai retrouvé petit Lam le cœur lourd de tristesse et d’incompréhension.

 

 

Porte 104 Les encouragements de petit lam

– Le quartier des chercheurs du dedans –

Petit Lam m’a accueilli avec un grand sourire.

-     Ne soyez pas si déçu ! dit-il.

Je l'ai regardé d'un air dépité.

-     Si vous croyez que c'est facile… je… je m’attendais à ce que maître Rimrochetaille m’aide à franchir les derniers obstacles du chemin… et il s’est contenté de me laver les pieds… et de me raconter des histoires d'eau et de puits… absolument incompréhensibles…

Petit Lam a posé sur moi un regard plein de bonté.

-     Maître Rimrochetaille vous a sûrement donné votre première leçon…

-     Ma première leçon… ? Et qu’a-t-il voulu m’enseigner, monsieur petit Lam ?

-     Oh ! dit-il, nul ne peut vous expliquer les paroles du maître… il vous appartient de les comprendre… la lumière se fera au fil de votre voyage…

-     Oh ! ai-je dit, votre école est bien mystérieuse, monsieur petit Lam…

Petit Lam s’est mis à rire.

-     Il n'y a là, dit-il, aucun mystère… vous n'êtes simplement pas encore mûr pour vous engager réellement sur le chemin… et y cheminer avec tout votre cœur et tout votre esprit… vous vous montrez encore trop impatient de trouver le trésor… votre parcours dans la caverne prouve que vous êtes sur la bonne voie… mais il vous reste encore une longue route avant d’atteindre les derniers obstacles du chemin… la tradition de l’école de la Sagesse Compatissante dit que l’on est véritablement prêt à s’engager sur le chemin… lorsque celui qui est dans notre cœur prend forme humaine…

-     Ah… ? ai-je dit, alors… dans ce cas… je ne suis pas…

 

Mais petit Lam m’a interrompu.

-     J’ignore quelle forme a celui qui est dans votre cœur… mais vouloir suivre les enseignements de maître Rimrochetaille aujourd’hui serait absurde… ces instructions vous paraîtraient incompréhensibles… et cette incompréhension risquerait de vous décourager… et peut-être de vous détourner du chemin du Dedans… avant même que vous commenciez à y marcher… Nul ne peut précipiter le mûrissement de sa conscience… il est plus sage de marcher à son rythme… et d'apprendre progressivement à ouvrir son cœur et son esprit… ainsi chemine-t-on lentement et sûrement sur le chemin du Dedans…

 

J’ai regardé petit Lam avec un peu de colère (et avec aussi un peu de tristesse au fond du cœur).

-     Oh ! Monsieur Petit Lam, vous… vous ne pouvez pas me laisser partir comme ça ! Je n’ai pas fait tout ce chemin pour m’entendre dire que je ne suis pas encore prêt à m'engager sur la voie des chercheurs du Dedans... Donnez-moi au moins… quelques indications sur la suite du voyage !

Petit Lam a froncé les sourcils.

-     Ce que vous me demandez, dit-il, est très embarrassant… je ne voudrais pas orienter votre marche dans un sens particulier… l’école de la Sagesse Compatissante est une école parmi d’autres… et chaque école emprunte un chemin différent… et chacun de ces chemins mène au trésor… il n’y a aucune raison que vous empruntiez ce chemin-là plutôt qu’un autre… le chemin du Dedans doit être choisi en toute conscience… avec un cœur ouvert et un esprit clairvoyant… sans se laisser influencer par une autorité extérieure…

J’ai regardé petit Lam en l’implorant.

-     S’il vous plaît…, monsieur petit Lam ! Donnez-moi… donnez-moi au moins… une indication sur la suite du voyage ! 

Petit Lam a soupiré.

-     Bon…, dit-il, eh bien… soit… puisque vous insistez… je vais vous raconter la première leçon que m'a donné maître Rimrochetaille…  j’espère que ces paroles vous aideront à comprendre… qu’il est nécessaire d'avancer sur le chemin… sans brûler les étapes… et sans vouloir paraître plus avancé que l’on est en réalité… asseyons-nous, voulez-vous ?

Et nous nous sommes assis, le dos à la caverne.

 

 

Porte 105 La drole de leçon de petit lam

– Le quartier des chercheurs du dedans –

Après une longue inspiration, Petit Lam a commencé son histoire.

-     J’habitais, dit-il, sur la colline des Petites Neiges depuis déjà plusieurs années, et jamais maître Rimrochetaille ne m’avait donné le moindre enseignement. Tu n'es pas prêt ! disait-il, continue à tirer l'eau du puits... Un soir (alors que j’avais perdu tout espoir qu’il guide mes pas sur le chemin), il m’a prié de le rejoindre au sommet de la colline des petites neiges. Et voici ce qu’il me dit ce jour-là : « Où que tu sois  sur le chemin, le trésor est toujours là… disponible à chaque instant… mais pour que tu en prennes conscience, il te faudra marcher longtemps… et un jour, lorsque tu auras suffisamment marché, tu comprendras qu’il n’y aucune différence entre le voyage et le trésor… »

Petit Lam a posé sur moi un regard plein de bonté, il a tourné son regard à l'intérieur et, après quelques instants d'hésitation, il a ajouté :

-     Cet enseignement est très profond… de nombreuses années se sont écoulées avant que j'en comprenne le sens… j'ai encore une longue route à parcourir… mais je vais essayer de vous expliquer le sens de ces paroles… ainsi, vous pourrez repartir sans regret de la colline des petites neiges…

  

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Petit Lam a pris une nouvelle inspiration avant de poursuivre ses explications.

-     Tout chercheur, dit-il, doit entreprendre un long et éprouvant voyage pour découvrir le trésor… au fil du chemin, nous devons tous surmonter de terribles épreuves pour élargir notre conscience… et si nous savons garder ouverts notre cœur et notre esprit… à chaque instant et en toutes circonstances… alors ils s’élargiront progressivement… et lorsque ils seront suffisamment larges pour y accueillir chaque chose… chaque être… et chaque événement du voyage… alors nous comprendrons que notre conscience était entravée par leur obscurité et leur étroitesse… 

Petit Lam a ouvert les yeux, il a posé sur moi un regard plein de bonté et a poursuivi son étrange enseignement.

-     En réalité, dit-il, malgré les apparences… notre conscience a toujours été aussi large et aussi vaste que l'espace qui nous entoure… et aussi lumineuse que le soleil dans le Ciel…. et lorsque que nous découvrons enfin sa nature véritable… nous  comprenons… que l'étroitesse de notre cœur et l'obscurité de notre esprit… nous aveuglaient… et nous empêchaient de voir que le trésor était là… qu'il a toujours été là… à chaque instant de notre voyage…

-     Oh la la ! ai-je dit, vos explications… sont très compliquées, monsieur petit Lam. Je… je crois que… je n’ai jamais entendu un enseignement si mystérieux… et si étrange… 

-     C'est vrai, dit petit Lam, ces paroles sont très profondes… elles montrent la voie de l’école de la Sagesse Compatissante… mais si elles ne parlent pas à votre conscience… je vous en prie… oubliez-les… et trouvez la voie qui saura vous parler…  

Petit Lam a pris une longue inspiration, il a joint les mains à hauteur de la tête et du cœur et a longuement expiré. Puis il a posé de nouveau sur moi un regard d’une infinie bonté.

-     En définitive, dit-il, notre voyage est très simple… il peut nous sembler compliqué et incompréhensible car… au début du chemin… nous ne comprenons pas le sens de nos pas... aussi nous mettons-nous à courir désespérément après le trésor… cherchant un peu partout et très maladroitement les joyaux… mais le chemin nous apprend peu à peu à découvrir une autre façon de chercher… les évènements de notre voyage… les personnages que nous croisons… tout ce que nous rencontrons sur notre chemin… nous invite à élargir notre conscience… et celui qui résiste à cette ouverture naturelle et progressive ne cesse de souffrir… nul ne peut résister indéfiniment à cette force intérieure… cela peut prendre du temps… mais le voyage trouve véritablement son sens dans cette ouverture…  et si nous savons avancer patiemment sur ce chemin… nous prendrons conscience que tout ce que nous rencontrons au cours de notre voyage… tous les évènements… sont de merveilleuses occasions de grandir à l'intérieur… de progresser sur la voie... et d'avancer vers le trésor…

Après une nouvelle inspiration, Petit Lam a repris son exposé.

-     J’espère que ces paroles éclaireront vos pas… à présent, je vous invite à quitter la colline des petites neiges… à poursuivre votre route... à visiter d’autres écoles du quartier… et à vous engager sur le chemin qui vous conviendra… 

Petit Lam a joint (une nouvelle fois) les mains à hauteur de la tête et du cœur, il a posé sur moi un regard d’une infinie bonté et m’a fait signe de redescendre dans la vallée. Je l’ai remercié pour ces précieuses paroles, j’ai regardé longuement la colline des petites neiges (sans savoir si j’y reviendrais un jour) et j’ai repris le sentier qui menait au centre du quartier des Chercheurs du Dedans.

 

 

Porte 106 Ma fleur est en pleine métamorphose

– L'île de la conscience –

Après plusieurs semaines de marche, alors que j'étais à mi-chemin entre la colline des petites neiges et le centre du quartier des chercheurs du Dedans, je me suis arrêté pour réfléchir. Je me suis assis sur le sentier et j’ai poussé la porte de mon île pour demander conseil à ma Fleur.

 

-     Hé ho, ma Fleur ?

-     Ohhh ! dit-elle, petit Pierre ! Bonjour, mon garçon ! Quelle surprise !

-     Bonjour, ma Fleur !

Et j’ai remarqué qu’elle était en train de changer d’habits (oui, ma Fleur était, je crois, en pleine métamorphose…).

-     Oh ! Je suis désolé, dit-elle, mais je suis très occupée en ce moment. Je ne peux pas te parler, mon garçon. Si tu as besoin de conseils, va voir madame la pierre !

Et ma Fleur a tourné ses pétales. Je me suis éloigné (sans oser lui demander ce qu'il se passait) et je me suis dirigé vers la pierre.

 

 

Porte 107 Madame la pierre me parle des joyaux et du trésor

– L'île de la conscience –

En arrivant près de la pierre, je fus surpris de voir qu’elle avait grandi (elle était un peu plus haute et un peu plus large…)… mais je me suis assis à ses côtés en faisant mine de n’avoir rien remarqué.

-     Bonjour, madame La pierre !

-     Oh ! dit-elle, petit Pierre ! Bonjour, mon  garçon! Quel bon vent t’amène aujourd’hui ?

-     Je… je viens de la part de ma Fleur, madame La pierre. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas le temps de me parler. Que se passe-t-il ? Elle a l’air si étrange…

 

La pierre m’a regardé avec malice.

-     Oh ! Je ne peux rien te dire, mon garçon ! Je sais seulement qu’elle te prépare une surprise. Mais je ne peux t’en dire davantage ! Mais viens-tu seulement pour me parler de ta Fleur ?

-     Oh non ! Bien sûr ! ai-je dit, je… je viens aussi pour que vous éclairiez ma lanterne, madame La pierre. Depuis que je parcours le quartier des Chercheurs du Dedans, j’entends des choses si extraordinaires sur le voyage… que je ne sais plus quoi penser… je crois que j'ai besoin de faire le point, madame La pierre…

La pierre m’a regardé avec ironie.

-     Oh ! dit-elle, je m'en doute…, mon garçon… j'attendais ta visite d'un jour à l'autre…  j'étais persuadée que tu viendrais nous voir… avant de poursuivre ton chemin, tu aimerais sans doute savoir où tu mets les pieds, n’est-ce pas ?

-     Oui, ai-je dit, je me pose beaucoup de questions, madame La pierre. Je me pose des questions… sur le chemin du Dedans… sur le sens du voyage… sur le trésor… sur les joyaux… sur celui qui est dans mon cœur… sur l’école que je dois choisir… Je me pose beaucoup trop de questions… pour continuer mon chemin sans réfléchir, madame La pierre.

-     Oui, je comprends ! dit-elle, avant de choisir le chemin qui te convient, tu aimerais connaître les étapes qui t’attendent, n'est-ce pas ? Eh bien ! Je t’écoute, mon garçon ! Pose-moi toutes les questions que tu veux ! Une fois n'est pas coutume… je m’efforcerais d’y répondre… dans la mesure de ta compréhension, bien sûr…

 

J’ai réfléchi un instant… j’avais tant de questions à lui poser…

-     Eh bien ! dit la pierre en voyant mon hésitation, commence par la question qui te semble la plus importante !

Et sans plus réfléchir, je me suis lancé.

-     Euh… eh bien…, j'ai entendu des choses bien peu communes sur le trésor, madame La pierre… tous ceux que j’ai rencontrés dans le quartier m'en ont parlé… mais aucun n'a jamais rien dit à propos des joyaux. Aussi, je me demande comment les trouver, madame La pierre !

-     Oh ! dit-elle, tu les trouveras au fil de tes pas… mais ne t’attends pas à trouver les joyaux dont parlent les résidents des autres quartiers ! Les vrais joyaux ont une forme bien différente de celle que l’on a coutume de leur prêter…

-     Ah… oui ? ai-je dit, et vous pouvez m'en dire un peu plus, madame La pierre…

-     Oui, bien sûr ! dit-elle, pour être tout à fait clair, prenons un exemple, veux-tu ? Donne-moi un joyau et j’essaierais de t’expliquer à quoi il ressemble…

J’ai hésité un instant.

-     Bon… eh bien…, d’accord ! ai-je dit, commençons par le joyau de l’intelligence, madame la pierre !

-     Très bien ! dit-elle, voilà un joyau très intéressant ! L’intelligence, mon garçon, n’est pas seulement affaire d’esprit comme le pense la plupart des résidents. L’intelligence n’est pas uniquement affaire de raisonnement logique et d’accumulation de connaissances assez souvent d'ailleurs… bêtement empilées les unes sur les autres. Il s’agit là d’une forme très grossière d’intelligence ! Cette forme est nécessaire mais insuffisante. L’intelligence est beaucoup plus vaste ! Elle revêt de multiples aspects selon les avancées de chacun sur le chemin. Ainsi, l’intelligence peut prendre la forme de la persévérance si l’on poursuit son voyage avec courage malgré les difficultés que l'on rencontre. Elle peut aussi prendre la forme d’une nécessité intérieure qui pousse le chercheur à aller ici et là, à visiter certains quartiers, à en contourner d’autres ou à s’arrêter dans ceux qui lui semblent propices à ses attentes. Mais quelles que soient les formes que prend l’intelligence, tôt ou tard, elle amène le chercheur à comprendre qu’il existe une vérité qui dépasse son entendement habituel. Ainsi, le joyau de l’intelligence ouvre progressivement l’esprit du chercheur à cette vérité ! Il l’amène d’abord à regarder dans son cœur et à l'ouvrir très progressivement. En définitive, où qu’il soit sur le chemin, l’intelligence est le joyau qui fait avancer le chercheur vers le trésor ! Et s’il sait marcher avec patience et persévérance, le chercheur finit par comprendre que les autres joyaux se trouvent en lui… et qu’il lui appartient de les découvrir. 

-     Oh la la ! ai-je dit, l’intelligence est une chose bien compliquée, madame la Pierre ! Et comment l’intelligence nous fait-elle découvrir les autres joyaux ?

La pierre m'a fait un grand sourire.

-     Eh bien, à chaque étape du voyage, mon garçon, le chercheur découvre une nouvelle facette du joyau de l’intelligence. C’est un joyau qui ne cesse de grandir pour élargir et éclairer l’esprit de la Conscience ! Et plus l’esprit de la Conscience s’élargit et s’éclaire, plus le chercheur regarde dans son cœur ! Et plus il regarde dans son cœur, plus il voit sa profondeur et son étendue. Il s’aperçoit alors que son cœur peut accueillir bien plus de choses qu’il ne le pensait. Alors le chercheur continue à ouvrir son cœur et à y accueillir chaque chose car ces choses lui semblent de plus en plus familières (un peu comme s’il accueillait une partie de lui-même). Et le chercheur finit par prendre conscience qu’il n’y aucune différence entre ce qu’il y a au fond de son cœur et ce qu’il y a au dehors. Et un jour, à force de patience et de persévérance, si le chercheur parvient à garder ouverts son esprit et son cœur en toutes circonstances, alors il comprend que la beauté est partout. Le chercheur découvre alors le joyau de la beauté ! Et il peut enfin goûter à toutes les merveilles rencontrées sur son chemin. Car toute chose, tout être, tout évènement lui semblent merveilleux ! Alors naît progressivement en son cœur une bonté et un Amour inconditionnel pour toute chose et pour tout être. Le chercheur découvre alors le joyau de la bonté ! Son cœur s’emplit de gratitude envers Tout et tous, envers le voyage, envers les paysages, envers le chemin, envers ses ornières et ses difficultés, envers ses joies et ses plaisirs. Et cette découverte lui procure une confiance inébranlable dans le voyage et une grande force pour poursuivre son chemin. Grâce à cette confiance, le chercheur découvre alors le joyau du pouvoir. Il comprend alors qu'il peut poursuivre son voyage contre vents et marées… et avancer sur son chemin malgré les tempêtes…  Grâce à cette confiance, à cette force et à cette ouverture, le chercheur découvre peu à peu la richesse, la vraie et la seule richesse qui soit sur cette Planète, la richesse du voyage. Et il comprend enfin que le trésor n’est autre que le voyage lui-même avec ses découvertes successives. Et le chercheur peut enfin goûter avec joie à chaque instant du voyage ! Et il continue sa route sans peur et sans contrainte, avec un cœur toujours plus spacieux et un esprit toujours plus lumineux… Il apprend à épouser les méandres du chemin, à se lier d’amitié avec tout ce qui le traverse et tout ce qu’il rencontre… il comprend qu’il n’y a aucun trésor à chercher… car il sait que le trésor est partout, en lui, en l’autre, en chaque chose, en chaque être, en chaque rencontre, en chaque évènement… il sait que le trésor est là… partout où ses pas le mènent…

J’ai regardé madame la pierre un peu perplexe. 

-     Est-ce donc cela le trésor, madame La pierre ?

La pierre a acquiescé.

-     Eh bien…, je ne comprends pas, madame la pierre, j’ai entendu dire beaucoup de choses sur le trésor. Certaines écoles disent qu’il est ailleurs ! Certaines affirment qu’on le trouve après notre passage dans l’Autre Monde ! D’autres racontent qu’il est au bout du chemin ! Et d’autres disent encore qu’on le trouve en Soi ! Et d’autres encore en chacun de nous !

La pierre m’a regardé avec tendresse.

-     Toutes les écoles du chemin du Dedans ont raison, mon garçon ! Le trésor est partout ! Et il y a mille manières de le découvrir ! Mais toutes sont d’accord sur un point : tout chercheur doit apprendre à élargir son cœur et son esprit pour trouver le trésor…

-     Oui, ai-je dit, je comprends, madame la pierre.

-     C’est parfait, dit-elle, as-tu d’autres questions, mon garçon ?

-     Oh oui ! ai-je dit, j’ai encore beaucoup de questions à vous poser. Depuis que je suis dans ce quartier, on me parle du cœur et de l’esprit mais je ne sais pas exactement ce qu’ils sont et où ils se trouvent… et je ne sais pas non plus qui est vraiment celui qui est dans mon cœur, madame la pierre ? J’ai l’impression que mon cœur abrite beaucoup de monde mais…

-     Oui ! dit-elle, il a beaucoup de monde et une place pour chacun dans le cœur de chaque chercheur… Mais je ne sais pas si je suis autorisée à répondre à tes questions. Il faudrait demander l’autorisation à ta Fleur ! Oh ! Tiens ! Regarde, mon garçon ! La voilà qui arrive justement ! 

J’ai tourné la tête et, à ma grande surprise, j’ai vu ma Fleur s’avancer vers nous.   

 

 

Porte 108 Ma fleur et madame la pierre se rapprochent et me donnent leurs ultimes conseils avant de m'engager sur le chemin du dedans

– L'île de la conscience –

-     Oh ! Ma Fleur ! ai-je dit, que se passe-t-il ? Que viens-tu faire par ici ?

Ma Fleur s’est arrêtée à proximité de madame La pierre. Elles se sont saluées avec respect (et avec beaucoup de courtoisie).  Puis ma Fleur s’est tournée vers moi.

- Oh la la ! ai-je dit, comme tu es belle, ma Fleur ! Comme tu as changé ! Et comme le rose te va bien !

Ma Fleur a fait un tour sur elle-même et m’a souri (satisfaite de sa surprise).

-     Il me semble que tu avais des questions à poser ! dit-elle, eh bien ! Nous t’écoutons, mon garçon !

Je les ai regardées toutes les deux.

-     Eh bien…, ai-je bafouillé, maintenant… maintenant que vous êtes réunies toutes les deux, je… je ne sais plus quoi dire ! Je me sens très intimidé ! Et je crois que je n’ai plus rien à vous demander…. je crois que je viens de comprendre…

-     Ah oui ? dirent-elles en chœur, et qu’as-tu compris, mon garçon ?

-     Eh bien…, je crois que… enfin…

-     Oui ! dit ma Fleur, tu as compris ! Je suis le cœur de ta Conscience !

-     Et moi ! dit la pierre, je suis l’esprit de ta Conscience ! Et avant de t’engager plus loin sur le chemin, ta Fleur a pensé qu’il était temps de nous rapprocher pour te permettre d’avancer le cœur plus léger et l’esprit plus tranquille…   

Ma Fleur et la pierre se sont regardées (d’un œil complice).

-     A présent que nous nous sommes rapprochées, mon garçon, il t’appartient de nous faire grandir jusqu’à ce que nous nous confondions… et de nous élargir encore et toujours…

-     Oui, ai-je dit, j’essaierais de vous faire grandir ! Nous voyagerons ensemble ! Et nous découvrirons un à un les joyaux… et nous avancerons lentement sur le chemin qui mène au trésor…

-     Oui ! dirent-elles, si nous nous hâtons lentement… et que tu nous laisses accueillir tous les évènements du voyage… alors nous découvrirons peu à peu les joyaux et le trésor…

-     Oui, ai-je dit, je vous écouterais ! Je vous le promets ! Et je ferais de mon mieux pour vous garder ouvertes sur le chemin ! 

-     Oui, dirent-elles, tu devras nous laisser nous ouvrir naturellement et progressivement !

-     Oui, ai-je dit, je le sais, mes amies ! Et je suis très heureux que vous vous soyez rapprochées mais…

-     Oui…? Que se passe-t-il, mon garçon ? Tu as l’air embarrassé…

-     Oui, ai-je dit, je suis très heureux mais… je ne sais toujours pas dans quelle école je dois m’inscrire… pour avancer sur le chemin...

 

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La pierre et ma Fleur se sont regardées et elles ont éclaté de rire. Puis, ma Fleur s’est penchée vers moi avec tendresse.

-     Tu es incorrigible ! dit-elle, tu te montres toujours aussi impatient… mais tu n’as aucun souci à te faire, mon garçon ! Regarde-moi… et tu comprendras ! 

J’ai regardé ma Fleur.

-     Eh bien ! Je te regarde, ma Fleur… et je ne comprends toujours pas. Je vois que tu as changé. Tu as pris les habits de la rose… enfin…tu n’es encore qu’un bouton de rose mais…

-     Oui ! dit-elle, et n’y vois-tu pas un signe ?

-     Un signe…, ma Fleur ?

-     Oui, mon garçon ! Ne vois-tu pas que cette transformation est de bon augure ?

-     De bon augure…, ma fleur ?

-     Oui, bien sûr ! dit-elle, as-tu déjà oublié ce qu’a dit petit Lam à propos de la tradition ?

J’ai réfléchi un instant.

-     Tu veux dire, ma Fleur, que…

-     Oui, mon garçon ! As-tu oublié où naissent les filles ?

-     Eh bien…, ai-je dit, elles naissent dans…

-     Eh oui ! dit-elle, elles naissent dans les roses ! Et lorsque tu auras fait quelques pas supplémentaires sur le chemin, je pourrais éclore… Et je donnerais naissance à celle qui te permettra de t’engager sur le chemin du Dedans…  

J’ai regardé ma Fleur.

-     Ça veut dire… que je pourrais bientôt choisir une école, n’est-ce pas ma Fleur ?

-     Oui ! dit-elle, tout arrive à celui qui se montre patient !

-     Mais… mais alors c’est formidable, ma Fleur ! Ça veut dire que je sais quel chemin je dois emprunter… Allez ! Allez ! ai-je dit, allons-y ! Dépêchons-nous, ma Fleur ! Rejoignons vite le Grand Labyrinthe !

Ma Fleur et la pierre se sont regardées (et elles ont éclatées de rire une nouvelle fois).

-     Oui ! dirent-elles, allons-y ! En route, mon garçon ! Et sachons-nous hâter lentement !  Allons-là où le chemin nous conduira…

J’ai regardé la pierre et ma Fleur avec une infinie tendresse. Je les ai serrées très fort contre moi. Puis j’ai regardé l’horizon et il m’a semblé que les murs du Labyrinthe étaient un peu moins hauts et un peu moins larges… comme s’ils commençaient à disparaitre… Ma Fleur et la pierre m’ont fait un clin d’œil. Mais je n’ai rien dit… j’avais le cœur si attendri que je me suis mis à siffler un petit air très gai et un peu triste en même temps. Puis, j’ai repris ma route, simplement heureux de poursuivre mon voyage vers le trésor…

 

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1 décembre 2017

Carnet n°44 Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l'impersonnel

Sur le parvis des terres blanches, la nudité s’avère l’unique vêtement de circonstance. Atteindre cette gloire désarme toutes les hostilités. Et tous désirs de conquêtes. Peu d’êtres en sont dignes. Non qu’ils ne la méritent mais ils ne peuvent encore se résoudre à se dévêtir de leurs singularités et à abandonner leur particularisme qu’ils continuent d’endosser comme une vaine armure, impropre à les protéger de la misère qu’ils ont toujours tenté en vain de fuir.

 

 

Il allait là où la vie le poussait. Jusque sur les terres les plus rocailleuses. Allant son chemin sans jamais réclamer son dû. Ebloui par le soleil. Tous les soleils. Dégrafant ses yeux des sommets. Et s’agenouillant à la face du monde. Parcourant l’échelle sans barreaux des abysses. Et franchissant les gouffres. Invitant tous les déserts. Et voyant les temples s’ouvrir. Les arbres et les fleurs pousser sur les allées. Effaçant sa présence pour achever (enfin) le préambule de la marche.

 

 

De l’innocence naît la candeur du jour.

 

 

En tous points les brumes obscures se dissipent. Laissant libres les perspectives.

 

 

L’Invité se tiendra à toutes les tables pourvu que tu y sois - présent.

 

 

L’horloge se brisera sous le poids de la présence. Et tu verras les aiguilles défaire les nœuds de tous les passés. Défiler toutes les incertitudes à venir. Et tricoter l’instant sans souci des mailles.

 

 

Au faîte de ta gloire, tu seras clochard ou va-nu-pieds. Rois de toutes les contrées.

 

 

Il y a derrière la lune un horizon sans tenaille. Et à son seuil, des lèvres saillantes qui avalent et recrachent. Une bouche béante qui laisse toujours neuf. Et sans blessure. Et sur terre, quelques doigts maladroits qui la désignent et des myriades de prunelles hagardes qui regardent (partout) sans comprendre…

 

  

A la saison du désamour, ne te précipite vers ton refuge. Tes allées charbonneuses. Tes contrées scintillantes. Fais face de toutes tes lèvres. Et le baiser te sera donné.

 

 

Nul abîme à parcourir. L’abandon est le seul franchissement.

 

 

Les arcs-en-ciel se jouent de nos rêves. Et nos ponts n’enjambent que des rives mortes. De la terre, le ciel n’est accessible qu’à l’innocence. Aux lèvres émues et silencieuses. Ebahies par tant de splendeur.

 

 

Pourquoi  ensommeilles-tu les anges qui frôlent ton regard ? Et pourquoi t’égayes-tu des tristes masques qui te dévisagent ?

 

 

La terre se couvre de mirages quand tu implores le ciel. Emiette tes grimaces. Et la grâce te sera accordée.

 

 

La peur ne dissipe les râles. L’écho féroce des cris qu’on ravale d’un hochement de tête.

 

 

Retire-toi de tout orgueil. Reviens au centre de tous les cercles.

 

 

Ne pressens-tu pas le manque qu’il te faudra combler à mains nues ?

 

 

Oublie tout savoir. Renonce à connaître. Egare-toi. Le trésor est à portée de doigts.

 

 

La mère de tous tes supplices est ta prétention. Endosse tous les riens jusqu’à la nudité.

 

 

Le secret, chacun le porte en soi. Voilà pour quoi il convient de se dévêtir.

 

 

Il n’y a qu’un seul sillon à creuser. La pente où Dieu nous a placés. Mais pourquoi [Diable] nous a-t-il posés là ? Renonce à comprendre. Et avance. Suis la pente. La réponse se dessinera jusqu’à l’extinction de la question.

 

 

Marche sans espoir d’envol. Et tu découvriras le ciel au fond de la fange. Dans la boue où tu enlises tes pas.

 

 

La mort n’est rien sous le préau. Ni en salle d’étude. Mais qu’en est-il sur la tombe ? Et sur la funeste allée qui y mène ?

 

 

Les fleurs séchées oubliées dans les cimetières. Sur nos tombes de poussière, le soleil scintille entre les particules.

 

 

De gré ou de force. Il faut choisir entre la violence et la pente que le destin nous a choisie. Pourquoi changer de versant et s’éreinter à l’escalade alors qu’il est si facile de suivre le chemin où nos pas se dirigent naturellement ?

 

 

Il devait sa fortune au soleil. Et son destin à la terre. Mais il trébucha sur quelques pierres et finit par s’enliser dans quelque zone marécageuse alimentée par la pluie.

 

 

Que l’on me montre le chemin ! criait-il. Et il n’avait devant les yeux que des dunes et des pierres. Des montagnes et des déserts interminables.

 

 

Il demanda à la nuit d’ouvrir ses veines. Pour offrir son sang aux jours maudits. Il demanda au soleil d’éclairer ses lèvres. Pour panser ses peines et les cœurs - ensommeillés et meurtris - rencontrés en chemin. Puis il demanda aux jours un peu de répit et au ciel d’ouvrir une fenêtre. Et il s’enfuit.

 

 

Il se souvint de ses frères qui baillaient assis devant le jour. S’encanaillant et faisant ripaille toutes les nuits. Surpris qu’un matin la mort vienne les chercher. Mais nous n’avons pas fini de nous amuser, braillaient-ils.

 

 

Mille gestes ne pourront te sauver de ton désarroi. Mais un regard saura t’éclairer.

 

 

Ne clame ton innocence. Ecoute et deviens silence.

 

 

Ce qui t’éconduit des sommets et te porte au plus bas te livre à toi-même. Et cette offrande te révèle le sens de toutes ascensions.

 

 

Ne juge point les hommes à ce qu’ils font. Ne juge point les hommes à ce qu’ils sont. Qu’ont-ils demandé à Dieu pour exister ? Le destin se charge de le leur dicter. Innocents aux yeux affamés et aux mains toujours vides.

 

 

A l’affût de l’aube. La prunelle toujours hagarde.

 

 

Quelle impasse à tes jours que tu ne peux contourner ? Combien de barrières te faudra-t-il (encore) franchir ?

 

 

Ne regarde plus (avec tristesse) le chiendent. Mais bois à sa rosée.

 

 

Nul ne peut contenir la source. Mais écoute ceux qui s’en font l’écho. Ceux qui vibrent à sa résonance. 

 

 

Une odeur de foin sec se cachait derrière ses fagots. Et à l’échelle une fenêtre sur le ciel

 

 

Au cœur du labyrinthe, une forêt de palissades. Et un horizon dévoilé derrière toutes les brumes.

 

 

Entre les ratures de ta nuit, une écriture nouvelle. Dégagée des syntaxes et des règles pesantes. Des traits de lumière qui abreuvent les yeux fatigués.

 

 

Ne te méprends de frontières. Dévisage l’impossible.

 

 

A qui goûte le simple, un banquet de saveurs orgiaques est offert.

 

 

Les étoiles ne se lisent à l’aveuglette. Et à la vue claire se dérobent. Oublie la lueur. Regarde le reflet qu’elles ont laissé dans ton âme.

 

 

Le ciel pourrait soupirer de notre aveuglement. Mais il nous aime sans exigence.

 

 

L’éternité t’attend, toi qui as l’audace de flétrir l’instant.

 

 

L’éternité s’avance toujours à pas dé-comptés.

 

 

Pierres du chemin, petits tertres d’où il faut s’élancer

 

 

Chacun porte en son for intérieur une croix. Appui vertical où s’édifie toute la saveur des horizontalités.

 

 

Dans sa main du sable qu’il avait pris pour de l’or. Et ses yeux regardèrent ses doigts avec tant de reconnaissance. Il savait à présent où se lève le soleil.

 

 

Dans tes profondeurs, un ciel si vaste t’attend. Garde donc les yeux clos. Et le monde viendra (bientôt) à ta rencontre.

 

 

Le ciel supporte sa charge. A l’homme de porter la sienne. Les arbres, eux, en connaissent les joies et les peines. Toutes les libertés de l’enracinement.

 

 

Ô toi que la terre rassure, écoute le ciel s’ouvrir et descendre en tes basses contrées.

 

 

La nuit n’est jamais trop noire pour celui qui cherche la lumière.

 

 

Toi qui cherches le ciel avec tant de peine, laisse-le en paix. Marche sans t’en soucier. Il descendra au faîte de ton insouciance.

 

 

Seules l’herbe et les bêtes laissent le vent les caresser. L’Homme est trop frileux pour se laisser toucher (et atteindre).

 

 

Le ciel se laisse parcourir par les nuages. Et par nos rires. Même nos pleurs sont invités. Le ciel est l’hôte de nos éclaircies et de nos jérémiades.

 

 

Au bord des frontières se terre le silence. Derrière nos abîmes, il attend notre traversée.

 

 

Le quotidien a ses secrets que nous prenons pour des fadaises ou des lourdeurs. Tant est insensible notre œil.

 

 

Les forêts sont nos tanières. On s’y refugie pour regarder le ciel à travers les feuillages. Comme si les interstices étaient nécessaires à notre regard (prisonnier). Comme si l’infini était encore trop grand pour nous.

 

 

Prends appui sur ce qui te déstabilise. Et ton pied s’affranchira des circonstances.

 

 

Il me plairait de toute évidence d’estomper les siècles. De renoncer à toutes ces orgies de temps où l’on s’ensommeille. Pour m’éveiller à la rosée toujours fraîche des heures.

 

 

Deux souliers en attente de pas. Usés déjà par les prémices de la marche.

 

 

Qu’un seul mot puisse changer le monde ! Et j’écrirais des montagnes. Pour que les Hommes puissent s’élever enfin.

 

 

L’Autre n’existe pas. Le jeu s’accomplit toujours entre soi et soi.

 

 

Minuit s’enracine dans les pires terres. Et le soleil de midi est (déjà) passé.

 

 

Derrière chaque fenêtre les murs se lézardent. L’ouverture n’a d’autre dessein : abattre les frontières.

 

 

Au bord du cœur, règne la mièvrerie. Et en ses tréfonds une âme palpitante refuse le langage de l’amour mais sait l’incarner au plus juste.

 

 

En l’éclaircie abstraite, nulle percée. Seule la trouée manifeste exauce.

 

 

Le monde succombera par le silence. Jamais par la faux ni par l’épée.

 

 

L’erreur ne vient pas des yeux. Mais du regard. Si souvent prisonnier.

 

 

Que la vallée s’illumine sous le feu du regard ! Et que les voiles s’enflamment !

 

 

Dans le corps un trésor frémissant attend la clé que tu cherches (partout) de tes mains malhabiles.

 

 

Une joie d’atteindre l’inconnu qui sommeille. Et s’étire sous la main.

 

 

L’orée sans nom des confins.

 

 

Il n’y a aucun écart à combler entre le juste et le non-juste. Tout ce qui advient arrive juste.

 

 

Qu’importe les saisons si le vent pousse.

Et qu’importe le vent si tu sais être les saisons.

Les bourgeons naissent.

Les fleurs éclosent.

Les feuilles tombent

Et toi où as-tu posé tes jours ?

 

 

A la saison passante

Les masques

Regardent les bourgeons pousser

Les fleurs éclore

Et les feuilles tomber

S’imaginant suivre

Le cycle imperturbable des saisons

Le cycle du temps qui passe.

 

 

La joie libère de tous sommeils. Et de tous repos.

 

 

A portée de vent jamais tu ne succomberas. A portée de mains des doigts t’agripperont. Te serreront le cou. Et t’étrangleront dans la gloire ou l’opprobre.

 

 

Il n’y a de jours solitaires.

 

 

L’histoire n’a de sens qu’à son terme.

 

 

Le tumulte des années sauvages s’estompe.

 

 

Parsème tes allées de beauté. Et les fleurs pousseront sur tes terres les plus arides.

Parsème tes prunelles de beauté. Et tu verras partout fleurir le monde.

 

 

Un masque s’étiole pour un autre plus lointain. Plus profond. A quoi bon dénicher les masques si le sourire derrière les lèvres fait merveille, égaye l’objet du regard – et la source même de toute vision ?

 

 

La multitude n’a d’autre dessein que l’émerveillement.

 

 

Il n’y a de grimaces hideuses. Mais une souffrance parfois terrible qui défigure le visage des hommes. Que leur âme ne prend encore la peine de soulager. Il suffirait pourtant de 3 fois rien pour les convertir à des lèvres tendres. A une bouche aimante pour apaiser leur peine. Et ce trésor est en eux-mêmes encore enfoui sous la tristesse.

 

 

Les générations se succèdent sans bonheur. Sans joie. De tristes lignées où la morosité suinte des visages. Avec l’émerveillement pourtant si proche des lèvres.

 

 

Une folie ensorcèle le monde. Et je ne sais que faire pour arrêter ces yeux furieux. Je les laisse à leur labeur. Me tenant coi. Me laissant transpercer quand il le faut.

 

 

L’abandon est le seul travail. L’œuvre de la vie sur nos résistances. Celles que l’on a façonnées dans la crainte de vivre.

 

 

Vers quel miracle te diriges-tu, toi dont les yeux sont dessillés ? De quels mirages t’éloignes-tu ? Vois-tu les hommes au loin courbés sur leurs peines ?

 

 

Défaites les prunelles de glace. Liquéfiées par l’ardent soleil.

 

 

Le visage s’émancipe avec la clarté.

 

 

Toute question cherche son extinction.

 

 

Il est des poètes démunis qui ouvrent les bras à l’instant qui les sépare d’eux-mêmes. Et des poètes dont les mains habiles jettent leurs songes sur la page. Mais il n’y a d’effacement au creux des songes. Mais des mains démultipliées qui portent au pinacle les visages qui s’usent. Alors que l’usure des yeux soulève celui qui s’échinait à percer le mystère sous ses plaies. Une invitation à l’oubli. Jusqu’au renoncement du regard sage autrefois tant convoité.

 

 

Dans le repère glacé de la fortune, les âmes avides grelottent.

 

 

Exténuez les siècles jusqu’au firmament des âges. Jusqu’aux horizons maudits des perspectives. Dégorgez les panses. Déversez les entrailles des mille projets terrestres. Acérez l’œil neuf qui patientait sous les prunelles carnassières. Et allez libres des entraves qui obstruaient les chemins !

 

 

Estomaqué par l’absurde balancement des aiguilles. Et les heures chavirées.

Un chemin s’initie entre les pierres.

 

 

Toute connaissance doit se vouer à la non-connaissance.

 

 

La vie est sans retour. Allées et venues. Saveur de l’éphémère.

 

 

Le rien est une poudre blanche. La neige est notre seule héroïne.

 

 

Pour écouter l’Autre, il faut d’abord s’écouter. Etre réceptif à sa propre résonance pour entendre le cri - souvent étouffé - de l’Autre. Obéir instinctivement au programme édicté par le mental est un manque d’écoute. Une surdité à soi-même. Quant à suivre les lois du monde, voilà une éloquente façon de renoncer à entendre sa propre voix. 

 

 

Abandonne le faire. Déleste-toi des identités. Fais face à l’insupportable nudité. A l’inconfort de ne rien être. Et tu verras briller au fond de ton cœur ton vrai visage. Ta seule réalité. Alors tu pourras reprendre le faire et l’habiller des multiples masques qu’imposeront les situations. Mais tu auras suffisamment fréquenté la peur et la joie, regardé dans les yeux la vérité pour t’en amuser et accueillir ce qui se présentera.

 

 

La vertu est la peur de l’innommable que l’on porte en soi et que l’on cadenasse à coup de principes.

 

 

Dans quelle armure de glace t’es-tu fait prisonnier ?

 

 

Il faudrait savoir habiter ses pics comme ses abîmes. Et abandonner ses forteresses à leur gardien invisible. Pour régner sur le royaume de l’innocence.

 

 

Une âme soumise à la torture de sa propre histoire. Sans histoire. Ni bourreau ni victime. L’éternel demeure.

 

 

Tu ne peux rien dire du Tout.

Moins que rien.

Il y a le silence.

 

 

Si les formes t’envoûtent encore, entre dans la danse. Et tournoie. Jusqu’à la disparition du centre. Et tu verras l’espace s’ouvrir.

 

 

L’escalier mène vers nulle part. Ce lieu magique que l’on ne quitte jamais. Pourquoi dès lors se mettre en marche ? Pourquoi gravir ? Mais de quelle ascension parle-t-on ?

 

 

Il rêvait de voir s’écarter toutes les dimensions de l’aube. S’effacer la nuit. Pour que naisse une clarté nouvelle. Et que s’ouvre chaque matin un jour neuf.

 

 

L’incommensurable passion du rien.

 

 

Le faire se détache peu à peu des sphères habituelles. Et l’être survient.

 

 

Le malheur s’abandonne à lui-même. La nostalgie s’efface. La tristesse devient joyeuse.

 

 

Les pas se dégagent des sentiers communs. Pourtant la silhouette est la même sur la longue route grise qui traverse le monde. Mais les lèvres écarlates se sont entrouvertes aux vents des malheurs. La peur s’est déracinée de ses lobes. Les yeux pétillent de malice en croisant les passants. La foule des passants harassés. Encore perdus peut-être…

 

 

La besace s’est ouverte. Rien à l’intérieur. Quelques traces de la quête ancienne qui s’effilochent au vent.

 

 

Les silhouettes poursuivent leur danse. Tragique et effrénée. Mais on a quitté le bal. On a quitté la ronde. Les pas s’envolent vers la lumière. Le spectacle demeura éternel. Mais les yeux sourient aux danseurs. A la piste cabossée où s’élancent les yeux affamés. Et les cœurs insatisfaits.

 

 

L’esprit autrefois si fertile fréquente à présent la stérilité des territoires où les fleurs pourtant s’ouvrent sans pensée.

 

 

L’agonie du personnage devient une fête. Une célébration. Les noces du rien et des silhouettes. L’union au grand Tout. L’union du burlesque et de la tragédie. Le mariage de la grande tribu. Avec ses rites et ses sacrifices. Ses larmes et un vent de joie qui enveloppe et traverse tous les membres de la cérémonie.

 

 

Le rien a tout recouvert. Drapant d’un linceul toutes les épopées. Toutes les pyramides se sont effondrées. Tout se côtoie sur un sol délicat. Les pétales jonchent toutes les batailles. Les sols exsangues. Et les corps ensanglantés. L’innocence règne sur tous les territoires. Les tyrans tirent toujours les fils de leurs édifices. Les esclaves se soumettent toujours au joug de leurs bourreaux. Mais la pureté reste intacte. Immaculée.

 

 

La route est sinueuse pour les yeux aveugles. Mais le chemin disparaît dans le regard.

 

 

Le chemin s’invente. Et s’efface aussitôt. Les formes apparaissent. Et se transforment aussitôt. Et la présence rayonne. Reflétant le Tout dans la multitude de petits riens.

 

 

L’horreur conserve son masque. Mais aucun visage n’est bafoué.

 

 

Les yeux pourfendent toute lâcheté.

 

 

La contemplation s’intensifie. Le monde n’est pas banni. On honore l’univers. Mais les yeux ne sont pas dupes de leur inexistence.

 

 

Rien n’entrave. Rien n’aggrave. Rien n’épaissit. Le regard clair voit. Pénètre toute opacité. Désagrège le monde avec douceur et volupté.

 

 

Les cercles sans fin s’estompent. Laissant place à un immense carré sans bordure (ni frontière) qui se déforme au gré des circonstances, laissant apparaître ici et là quelques visages accorts ou patibulaires qui se caressent (s’engrossent) ou se déchirent selon les besoins. Obéissant aux mêmes cycles que le mouvement des étoiles.

 

 

L’espace s’ouvre et se referme telle une bouche qui avale et recrache la matière.

 

 

L’esprit se limite à ses fonctions. Le cœur s’enhardit. Et s’ouvre. Se gonfle jusqu’aux limites de lui-même. Découvre sa dimension infinie. S’extasie de sa capacité et de son potentiel. Puis éclate en une multitude de sourires sur les lèvres passagères.

 

 

La gloire s’agenouille vers l’en-bas. Défait les points cardinaux et les jette dans le tourbillon des formes haletantes.

 

 

Nul trophée n’est nécessaire. Les médailles pleuvent à chaque geste. Et chaque pas est une coupe débordante. 

 

 

La lucidité s’aiguise sans artifice.

 

 

Le divin et le démoniaque s’unissent sans tragédie. Et enfantent des perles noires au cœur incandescent.

 

 

La vitalité s’immisce où le cœur accueille.

 

 

Les bêtises égayent les enfants sages. Et les adultes applaudissent de tant d’espièglerie.

 

 

Les âmes s’impatientent encore devant quelques trouées de lumière. Mais se réjouissent à présent de toute obscurité.

 

 

L’arrière-plan accueille toutes les formes bigarrées. La transparence invite l’essence à se révéler.

 

 

La perfection du monde est à l’œuvre. Les fêtes succèdent aux guerres. Les batailles deviennent célébration. Puis les célébrations des batailles. Et nul ne s’en émeut. Les yeux humides n’ont plus cours. Les sourires vainqueurs comme les visages balafrés participent à toutes les apothéoses.

 

 

La terre s’encombre d’échafaudages et de projets de construction. Et les yeux s’amusent de cet élan vers le ciel. Le sable est toujours si peu propice aux édifications.

 

 

L’air se raréfie. La pollution contamine les fluides. Mais le cœur n’a cure des impuretés. Son oxygénation est ailleurs.

 

 

La famine, les épidémies prolifèrent. La matière est soumise à rude épreuve. Les silhouettes trinquent. Les mains s’agrippent. Les corps se débattent. Mais les âmes ne sont-elles pas libres ?

 

 

La joie se déverse sur les cœurs attristés. La fin du monde est proche peut-être. Mais a-t-on déjà vu un phœnix s’éteindre dans ses cendres ?

 

 

Les blâmes s’estompent. A quoi bon, en effet, protester ? Et condamner les mains innocentes ?

 

 

Sous ses masques, le personnage a peur de l’espace qui pourrait lui révéler son vrai visage.

 

 

L’espace s’intensifie. Et la matière se désagrège.

 

 

Quelle est la vérité du mensonge ?

 

 

A mi-chemin entre les dérobades et les saisies.

 

 

La nudité révèle l’homme qui peut dès lors revêtir tous les costumes. Et laisser son personnage jouer parmi les circonstances.

 

 

Nul ne comprend. Mais la compréhension advient. Et les larmes coulent sans tristesse.

 

 

Une ardeur caressante parfois le traversait. Et ses sens effaçaient toute possibilité du sens. La pensée anéantie par le corps. Et la sensibilité pointait vers le seuil du territoire infini où les formes et le vide tournoyaient, se mêlaient en mouvements ténus et en grandes arabesques. Comme une symphonie grandiose où le chaos devenait harmonie.

 

 

Les pierres du chemin rejoignaient le lit de la rivière qui l’avait guidé jusqu’à elle et ne l’avait jamais quitté. Elle, source de toute existence.

 

 

Les princes et les mendiants. Les marchands et les prostituées. Tous les héros et les damnés de la terre pouvaient à présent s’inviter à sa table. Les messagers des dieux et les mécréants. Les saltimbanques et les fonctionnaires. L’office était ouvert à tous. Fils du même fil. Enfants du même bol. Attablés ensemble. Mus par le même désir de complétude et de paix.

 

 

Secoué par de grands bouleversements silencieux. Avec ce sourire dansant sur le visage. Les gestes semblables, les pas identiques et les paysages inchangés. Mais le cœur avait repoussé ses frontières. Respirait enfin. Libre de ses entraves passées. Reconnues, apprivoisées patiemment, et accueillies. Ainsi avait pu naître le sourire à toutes les circonstances.

 

 

Il y a des livres qui nous emplissent de mots. Et d’autres, trop rares, qui nous ouvrent au silence. Seuls les seconds guérissent et apaisent notre faim de vérité.

 

 

Pourquoi espères-tu le ciel du lendemain ? Et pourquoi refuses-tu la terre d’aujourd’hui ? Ne vois-tu pas le soleil toujours vivace derrière les larmes - et sous la pluie ?

 

 

De grandes enjambées de plumes te garderont de la pesanteur du monde.

L’acquiescement aux circonstances. Seule vérité de l’instant.

 

 

Oublie la trace des saisons froides et le parfum des saisons enivrantes. Et bientôt le climat n’aura plus prise sur ton regard.

 

 

Habite pleinement la présence, et rien ne te semblera étranger. Le monde déroulera sa danse à sa mesure. Et tu t’égaieras de tous les pas sans te soucier des rondes qui se font et se défont au gré des danseurs et de leurs fantaisies. Tout mouvement attisera ta joie et ton émerveillement.

 

 

Le vide des cieux couchants

Et l’innocence de l’aube

Déchargée de tout horizon

Défont le sens de toutes promesses

Les ruses et les élaborations de l’esprit trop soucieux de certitude

Avide de guider le hasard et les circonstances

Vers des contrées plus sûres et moins rebelles

Moins rétives à la raison

S’affairent à parer à toutes éventualités

A tout surgissement de la matière

Dans le vaste jeu du monde

Au contraire, il te faut te dessaisir de tous accaparements de territoires

De tous assujettissements des êtres

Que tu empiles - de façon si vaine et coutumière - comme des trophées

Symboles de tes chimériques victoires

Sur la perte et l’impossible deuil de tes limitations

Il te faut au contraire détrôner

Toutes solidifications des frontières toujours souveraines

Aux pays des contes où les mythes

S’étendent et s’étalent jusque dans les profondeurs de l’obscurantisme

De toutes les croyances profanes et sacrées - toujours encensées par le monde

De tous les dogmes auxquels se prêtent et se livrent les hommes

Soumis à l’enchevêtrement des conditionnements

Ainsi seulement pourras-tu être sauvé de tous espoirs

De tous les chemins de sacrifices et d’artifices

Pour t’enfoncer dans une vérité insaisissable

Aux enjeux métaphysiques d’une puissance inédite

Te vouant et t’ouvrant aux territoires les plus infréquentés

Où les risques demeurent nuls et sans prise sur les destins

Où la gloire et les riens se chevauchent et s’emmêlent avec fantaisie et sans certitude

Où l’intelligence et l’amour brillent d’un feu jamais à l’agonie

Tirant leur source d’une étincelle jamais née

Aussi vive et impénétrable que la lumière sans origine

Qui offre au monde une présence infiniment tangible.

 

 

Tout ce que l’on rencontre est nécessaire pour affûter la compréhension. Toutes les circonstances comme autant de portes ouvertes pour affronter ses peurs et laisser mourir ce que nous ne sommes pas : idées, pensées, idéaux, représentations et voir malgré cette lente agonie que subsiste toujours quelque chose, un sentiment d’être, une présence, une existence perçue comme de moins en moins personnelle.

 

 

Le malheur tient à peu de mots : croyances et représentations. Et la joie avance à tâtons sur ce chemin de brûlis, dans l’accueil progressif de ce qui se présente. Jusqu’au seuil de l’inconditionnalité. L’écho des situations résonne parfois longtemps, laissant quelques marques tenaces sur nos contrées singulières. Mais il ne s’agit nullement d’œuvrer à leur effacement. Mais de les laisser s’étendre. Alors seulement à leur apogée, pourront-elles commencer à se résorber, à leur rythme, jusqu’à leur résorption dans le silence indemne.

 

 

Un paysage de volutes blanches où toutes les formes deviennent égales. Comme un décor emmêlé et changeant. Comme posé là sur un territoire vierge et inaltérable.

 

 

Un jour, il buta sur un réceptacle d’ordures auquel nul dans son entourage ne fut jamais confronté. Un dépotoir d’affects et de peurs, d’angoisses et de cruauté. Toute la violence du monde étalée jusqu’à son origine la plus archaïque. Il leva la tête et se heurta à un ciel sombre et bas, couvert de cendres et de larmes. De nuages étouffants. Encerclé de toutes parts. Tous les horizons emmurés. Cerné par les édifices dérisoires qu’il avait érigés pour épargner, croyait-il, un espace en lui inhabité, vierge de toutes tentatives d’intrusions, illusoires remparts évidemment. Il brûla toutes ses idoles de papier. Rencontra ses pires démons et quelques diablotins espiègles. Mourut de peur mille fois et se releva de chaque rencontre, toujours plus blême et exsangue des forces vitales qui l’avaient jusqu’alors maintenu dans une posture vigilante. Il pressentait pourtant que tous ses combats seraient perdus d’avance et qu’à chaque épreuve traversée, il sortirait un peu plus victorieux (de lui-même). Toujours plus assuré de son effroyable nudité. Plus robuste des béances entaillant son armure illusoire, carapace inutile protégeant en lui un espace vide et chimérique. Inexistant.

 

 

Dans cet enchevêtrement de lianes, de racines et de branches pointées vers le ciel, demeure un espace ouvert (à la fois enveloppe et interstice) qui accueille tous les contenus - conditionnés de mille manières - acceptant qu’on le comble et l’aménage selon les fantaisies de l’instant, supportant la folie et la sagesse, l’ordre et le chaos, la maniaquerie et la désinvolture, les rengaines et les errances, la droiture et la fourberie. Toutes choses en vérité. Dans cet espace, tout est accueilli et invité à suivre sa pente. Et à en changer au gré des circonstances. Chaque être et chaque chose y tiennent une place et un rôle. Et les besoins de chacun appellent les rencontres, les évènements et les évolutions. Ici, nulle hiérarchie. La fleur n’est pas moins que le baobab. Le brin d’herbe pas moins que le séquoia. Cantonniers et savants, réverbères et étoiles, Dieu, les hommes, les pierres et les verres de terre sur le même fil d’égalité.

 

 

Aux origines, l’espace s’est transmué en matière. Puis advient le temps où la matière appelle sa transmutation en espace. Les objets alors deviennent transparents et invitent le regard habité par la présence à les traverser.

 

 

Ta nuit est peuplée d’un milliard de regards tournés vers l’unicité qui les habite.

 

 

Un espace éclairé au-delà de toute lumière. Un gouffre au-delà de toute obscurité.

 

 

Englué dans le magma phénoménal (et libre pourtant de toutes manifestations), surplombant les délices et les peines, les misères – petites et grandes – du monde, la résonance toujours intacte s’amplifie. Et tu joins à présent timidement les mains en signe de reconnaissance envers ce monde si proche et si familier. Cet univers (sans frontière). Echo direct de la présence où tu habites désormais en secret malgré les oscillations et les soubresauts émotionnels qui agitent encore les résidus indestructibles où s’est abritée ton âme. Et tu jouis à présent (et malgré tout) de cette connaissance « inconnaissante ». Dans ce territoire toujours neuf où se déroulent toutes les histoires du monde, où naissent et se résorbent tous les phénomènes, les évènements, les situations et les rencontres incessantes entre les formes.

 

 

N’être plus personne. Une folie impensable à la folle cécité du monde qui estime, au-delà de toute raison, conserver une lucidité rassurante sur l’existence de son apparente réalité.

 

 

On ne s’éprend pas du monde, de ses illusions et de ses mirages sans payer le prix de cette lucidité infirme et invalidante. Borgne et apocryphe.

 

 

Tout laisse croire au dehors peut-être à une surprenante et docile soumission alors que règne au-dedans la puissance souveraine du « oui » inconditionnel qui laisse entrevoir parfois son insoutenable majesté.

 

 

Un rite sans fin auquel tu es invité où le sacré est célébré jusque dans tes gestes les plus triviaux et tes plus insignifiantes activités. Instants glorieux où tu succombes. Tristesse inhumée, dissolue. Cisaillée par une écoute ininterrompue qui la vide de toutes substances susceptibles de (nous) meurtrir. Définitivement soudé à l’espace, toute inquisition se défait dès son origine. Anéantie avant toutes tentatives d’invasion.

 

 

L’espace démuni et vierge de toutes victoires où la gloire sonne à toutes les portes, à toutes les boîtes au contenu indifférent.

 

 

Cette crainte de la souffrance qui ouvre nos battants à tant de souffrances surajoutées. Et la peur de voir partir ce qui ne nous appartient pas…

 

 

La vie jaillit avec tant de fougue et de bouillonnement de cet espace épuré - et si tranquille - qui crache et avale pourtant tous les phénomènes de sa manifestation.

 

 

Un ciel sans combat. Témoin de l’hostilité qui habille la terre. Un ciel si pur. Contemplant tous les costumes et les parures de ceux qu’il a engendrés, habillant et déshabillant tous les personnages. Vêtements si changeants. Spectacles infinis d’un seul regard. Toujours unique.

 

 

Comment faire naître des rapports humains qui ne soient soumis, malgré le vernis parfois de quelques civilités et aménités aux joutes, à la violence, à l’avidité et à l’instrumentalisation sinon par l’entremise de cet espace, de ce territoire non localisable que nul ne peut s’approprier ni détenir… territoire commun à tous, territoire de l’être et de la présence que chacun habite et qui peut lui être révélé.

 

 

Creuser en soi cet espace, voilà le travail de l’Homme !

 

 

Se défaire de toutes les pelures accumulées au cours des âges dans l’inavouable, mesquin et pourtant inévitable dessein de se protéger des dangers – réels et potentiels – du monde pour ne trouver bientôt qu’une vulnérable nudité, puis quelques temps plus tard, moins encore, et bientôt plus rien ni personne hormis ce grand vide de paix et de silence, de joie et d’émerveillement où tout est à la fois familier et donné à voir pour la première fois.

 

 

Dans l’opulence marécageuse des bas-fonds se débat et suffoque la vermine. Aussi à l’aise dans la fange que les anges le sont au ciel. Mais quel affligeant et insupportable spectacle ! La vie organique à son stade le plus archaïque. Le grouillement animal de toutes ces formes terrestres. Naissance, lente déliquescence ou violente rupture jusqu’à la mort. Puis le cycle reprend. Aussi infernal que les précédents. Ronde macabre où la matière est livrée à elle-même. Sans autre but que la survie, la défense et le combat avec ça et là quelques interstices de tranquillité. Précaires et illusoires abris dans cette jungle endiablée soumettant toutes ses créatures aux supplices de leur condition.

 

 

Face au mystère de l’Homme – et de son destin – quelques-uns parviennent à percer l’opaque épaisseur de leur nature. Au prix d’âpres et parfois insurmontables difficultés. Réussissent à traverser, une à une, les couches innombrables qui enveloppent et encerclent leur être fondamental.

 

 

L’Homme est un curieux animal, une forme hybride engluée dans les mille conditionnements de la matière et dotée pourtant de quelques accès à un espace qui l’habite et l’environne. Une étrange créature qui ne peut se résoudre à se complaire totalement dans la fange organique où elle semble détenue.

 

 

Dans l’éclat des jours sombres, une infernale beauté envoûte ta prunelle hagarde. Et tu sombres, ébahi, vers l’insoutenable précipice. Impuissant à endiguer ta chute. Comme aimanté par l’improbable envol, tu suis la sente. La pente toujours plus abrupte. Et dépouillée. Comme un désert vidé de toutes manifestations. Comme un brasier glacé où l’âme personnelle perd tout sens. Et toute orientation. Un délice piquant. Une douceur déchirante. Un matelas d’épines et de pétales où seules les assises robustes, vidées de leurs peurs les plus tenaces et de leurs trop grandes fragilités peuvent accueillir tous les riens régnant sur tous les royaumes, tous les abysses, tous les sommets et toutes les anfractuosités. Règne du nouménal dans le monde manifesté.

 

 

L’étreinte de la chair et du vide où les ailes les plus ténues portent les carcasses encore chargées de peurs, d’espoirs et de mirages. Frêles embarcations dans les flots ravageurs, dans le mouvement chaotique des formes qui se frôlent, s’étreignent, s’aspirent et se heurtent dans une danse macabre et implacablement salvatrice. Au cœur des dangers trône l’espace sécure. L’abri sans frontière où le vent se mêle aux tourments, aux plaintes, aux cris et aux joies qui explosent aux oreilles et laissent sur les lèvres un sourire ineffable jusque dans les défaites les plus insurmontables. Une incompréhension assumée. Un goût d’éternité et de félicité indicible.

 

 

L’histoire sans fin des êtres ignorant leur origine non-née. Ainsi se poursuit la danse. La ronde incessante du monde enchevêtré. Englué dans l’ignorance de sa nature. Quel sublime et effroyable tableau où les personnages (tous) égarés ne se sont jamais réellement perdus… toutes les dimensions les habitent. Mais cette méconnaissance provoque les mille histoires, les mille voyages nécessaires pour échapper vainement au spectacle de ces destins peints sur la grande toile - toujours vierge - aux couches innombrables et aux multiples carrefours.

 

 

Se défaire de toutes les plaies du monde n’endiguera pas l’origine du sang. Et de tous les saignements assassins qui nourrissent la terre, cette fange qui alimente des générations de vermines et de cloportes rampant sur les routes en quête d’un plus digne destin.

 

 

Les joies de l’âme isolée qui peut enfin rencontrer le monde. Pleinement. Comme l’écho familier de sa propre voix. Reflet de ses propres paysages. Dans un éternel émerveillement d’elle-même. Tout lui appartient.

 

 

Perdu dans les cieux abyssaux qui redressent sa chair et ouvrent ses lèvres au sourire, il contemple le monde en lui qui virevolte, enchaîné à la danse qui tourne les têtes, agite les corps et soumet les cœurs à d’impitoyables chevauchées. Témoin de ces paysages obscènes dans des décors de carton-pâte, il sent le rêve attiser leur ardeur. Songe de papier dont l’emprise s’étiole à mesure qu’il s’éloigne. Bercé par les oscillations sans retenue d’un réel perdu entre plusieurs vérités comme autant de rideaux voilant un seul et même univers. Des dimensions corrompues. Réalités inconsistantes soumises à son origine irréelle. Il regarde l’œil « incompréhensif » et pourtant lucide cet agglutinement dans le reflet de la fange céleste. Lointain reflet du vide où nous logeons. Noble ignorance et sublime méconnaissance de notre égarement. L’errance divine à travers nos pas.

 

 

Derrière le dessein des jours, Dieu à l’œuvre qui à travers nous se cherche. En quête de notre reconnaissance. Et qui nous susurre qu’il cherche, à travers nos épreuves, un espace de nudité et de dépouillement pour éclaircir un passage et apparaître dans nos pas, nos gestes et sur nos lèvres afin éclater au grand jour.

Parmi les herbes du jardin, il s’endort. Comme dans une forêt céleste.

 

 

En ces contrées banales et souvent miséreuses se cache le divin rigolard qui se morfond dans notre aveuglement cherchant à percer dans les intervalles trop brefs que nous lui octroyons.

 

 

Assis en silence dans la pénombre, il accueille des cascades de bruits et de lumières qui le font glisser plus bas dans la caverne incertaine où il attend les mains jointes et les lèvres entrouvertes, aspirant le monde qui disparaît en lui englouti. Et plus vivant que jamais dans son silence approbateur.

 

 

Exilés de notre véritable demeure, voués à explorer tous les orifices de la fuite, nous tournons tels des cavaliers immobiles sur notre manège désenchanté. Epuisés par la ronde infernale où nous sommes plongés. Participant à notre insu à cette danse étrange qui déroute les danseurs étourdis.

 

 

L’ombre autour de nous n’est que le reflet de l’obscurité brute de notre regard. Et la couleur alentour que l’éclat de notre émerveillement innocent.

 

 

Miracle de la machine ancestrale qui par réminiscence vous fait soudain découvrir l’instant. Le temps éternel de la présence, entre démons passés et chimères à venir, le moment éternellement présent. Et les secousses de l’interdit qui ravivent la flamme encore vacillante.

 

 

Tout se mêle dans un magma incompréhensible où l’on tente de s’extraire en vain. Pieds et poings liés dans les formes mouvantes, tantôt avalés par des bouches béantes, tantôt caressés par mille mains accortes et séduisantes. Prisonniers de la masse en mouvement, toute fuite nous y englue plus encore. Nul autre choix que de suivre les mille coulées, de s’y laisser engloutir jusqu’à l’anéantissement de toutes velléités d’évasion. Alors advient – peut advenir – le regard surplombant et enveloppant, origine même du magma, à la fois familier de toutes les mouvances et toujours un peu étranger au monde. Et indemne de tous ses reflets. Et de tous ses échos.

 

 

Dans l’alcôve de tes forêts sombres, retranché, tu gis en vain… il te faudra habiter pleinement la terre pour que le ciel te soit offert. Inutile de t’en protéger. De t’exiler parmi les ronces et les pierres dans les clairières isolées au cœur des forêts si Dieu n’a placé tes pas sur les sentes solitaires qui bordent les villes populeuses et grouillantes. Va sans te soucier de toi-même sur toutes les îles et tous les ports que Dieu t’invite à explorer. Tu n’es pas de ce monde. Et où que tu ailles, tes pas resteront insatisfaits. Habite seulement le lieu d’où tu viens et les contrées te seront égales. Ici ou là qu’importeront à tes yeux les paysages ! Va et demeure en toi-même. Le monde bientôt deviendra tien.  

 

 

S’allongeront bientôt les bruits du temps qui cognaient jadis (si forts) à ta poitrine. Et tu demeureras vierge de toutes espérances. Et de toutes nostalgies. La mémoire avalée dans l’oubli. Evidant toutes les supputations jusqu’à leur origine, tu boiras l’instant (de tout ton saoul). Ivre de lucidité et de joie dans cette plénitude tant recherchée autrefois.

 

 

Après avoir aiguisé l’oreille qui ne t’appartenait pas, l’écoute s’est affutée, rendant familier toute l’étrangeté du monde.

 

 

Ainsi dans la somnolence des jours adviendra - peut advenir - une secousse présageant toutes les béances à venir, les errances indomptables, toutes les failles traversées dans la nuit la plus sombre avant l’approche du grand réveil lucide qui réorganisera le monde – inchangé – en une aire familière d’émerveillement.

 

 

Qu’un seul mot pousse entre les tombes, et je sais que pourra refleurir la terre !

 

 

En ton cœur délaissé, demeure un espace autonome de joie qui saurait – si tu savais t’y abandonner pleinement – t’émerveiller de toutes les circonstances, te rendre équanime au contenu des évènements. Ne le cherche pas. Tu t’en éloignerais. Laisse-toi creuser et dépouiller de la conscience aigüe de ton individualité jusqu’à atteindre la plus sûre des nudités : ton inexistence personnelle. Défais-toi des joies inaugurales qui invitent tôt ou tard aux supplices et à la lassitude. Désillusions qui marquent les premières étapes de la longue maturation.

 

 

Sur le parvis des terres blanches, la nudité s’avère l’unique vêtement de circonstance. Atteindre cette gloire désarme toutes les hostilités. Et tous désirs de conquête. Peu d’êtres en sont dignes. Non qu’ils ne la méritent mais ils ne peuvent encore se résoudre à se dévêtir de leurs singularités et à abandonner leur particularisme qu’ils continuent d’endosser comme une vaine armure, impropre à les protéger de la misère qu’ils ont toujours tenté en vain de fuir.

 

 

A l’aube des consciences se tient une foule de gardiens ignares, protecteurs d’un trésor illusoire. Et au crépuscule des chemins ne reste bien souvent qu’un tas de cendres à l’abandon – et bientôt oublié de tous.

 

 

Laissez vos montres et vos chronomètres, vos réveils et vos horloges dont les aiguilles vous endorment. Restez démunis face au temps. Présent à la misère de vos heures. Sachez vous soumettre à tous les défilements, le cil battant ou la paupière close, et vous déchirerez l’espace plane qui vous encercle. Laissez-vous anéantir, engloutir. Et vous découvrirez la rosace éternelle.

 

 

Vous avez la nostalgie de l’unité et de l’éternité, de la joie et de la paix. Et vous les cherchez désespérément à travers les mille pas et les mille gestes que vous posez, chaque jour, sur le chemin. Mais laissez libre votre pantin, fruit de mille conditionnements. Ne le torturez pas de votre volonté. Ne lui imposez aucune direction. Laisse-le se mouvoir selon sa sensibilité et ses prédispositions. Au gré des circonstances. Laissez-le libre et vous en serez libéré. Laissez-le imposer ses pas. Et vous serez libre du chemin emprunté.

 

 

Dans la solitude princière des évènements, te voilà maître et serviteur des lois du monde, unique héros de milliers d’univers dont tu ne perçois que les échos. En vaillant chevalier du non-agir, tu laisses ta monture filer au gré des vents, se laisser porter par les mille mouvements qui la sollicitent.

 

 

L’extase décousue par la crispation sur les costumes étriqués que les phénomènes du monde t’ont offerts et que tu t’es empressé de revêtir pour cacher ton originelle nudité…

 

 

Le vent des abîmes glace (fige) tes costumes en indignes chiffons et réchauffe ta nudité, lui offre toute sa gloire, l’envole vers son tertre naturel, son royaume de lumière.

 

 

Dans l’espace infini où la matière se déploie, tu sombres sans résistance, libérant les chaînes qui te retenaient au petit tertre dont tu te croyais roi. Tu régnais jadis, il est vrai, sur ces terres, replié sur tes peurs et mendiant au monde un peu de sollicitude pour (te) maintenir (sur) ton trône précaire. Accaparement déraisonnable des terres conquises de façon si maladroite et souvent si sanglante. Perspective erronée de tous les rois-mendiants. Aujourd’hui, tu vagabondes sur tous les fiefs dont tu ne possèdes que la jouissance, abandonnant aux propriétaires la croyance en leurs titres.

 

 

La métamorphose est à l’œuvre, silencieuse et déroutante. Incommensurable. Révolution perceptive que nul ne peut façonner. Que nul ne peut s’octroyer. Ce sont les mouvements phénoménaux qui cisèlent cette compréhension. Il n’y a définitivement personne. Le monde est dépeuplé. Hormis ce magma phénoménal aux mille mouvements simultanés. Et cette présence* dans laquelle tout prend place.

*  le film des évènements et l’histoire des êtres s’inscrivent dans cette présence. Et n’en sont à la fois que le reflet. Tous désirs ou toutes tentatives d’y échapper appartiennent au film.

 

 

Tes rêves d’azur ne sont rien. Qu’un songe limité dans l’espace que tu es. Mirage de tous escaliers. La corde raide demeure invisible et mystérieuse. Et vers son faîte, tu te hisses déjà.

 

 

Les terres inhospitalières ne sont que le reflet de tes refus. Et de tes colères.

 

 

Les promesses de l’horizon seront à l’exacte mesure de ton regard d’aujourd’hui. Même couleur et même texture.

 

 

Dans l’infertilité des terres, tu sèmes ta grisaille, ignorant encore que la joie naît du ciel. Du ciel originel. Et non à la croisée de l’horizon et de l’azur. Elle advient à l’exacte coïncidence des perspectives, quand tous les mouvements s’unissent en un flot commun, rejoignent la marche universelle après tant d’égarements et d’itinéraires singuliers.

 

 

Des narcisses-instrumentalisateurs du monde, tu en as croisés à la pelle au cours de tes pérégrinations. Mais aucun n’avait l’ambition (affichée) du Tout. Tous se résignaient à de minables possessions. Le médiocre contentement des gagne-misères ; quelques pierres, quelques arpents de terre, quelques êtres et quelques objets dérisoires. De pauvres rêves expansionnistes en vérité. Il faut vouloir Tout. Mais pour jouir de cette totalité, il est nécessaire de renoncer à toutes possessions. De consentir avec joie et détachement à toute appropriation. Et à toute appartenance. 

 

 

Seule la vérité peut contenter le cœur de l’Homme.

 

 

L’infaillibilité des jours te désarçonne. Et te consume. Et tu attends la nuit pour éparpiller la poussière et la cendre que tes pas ont soulevées.

 

 

De piège en piège, la lumière captive réapparaît, plus intacte qu’au premier jour.

 

 

L’emmêlement quotidien des horizons obstrue la clarté et la profondeur du regard. Laisse-toi emmurer par toutes les perspectives. Et la cécité deviendra impropre à te guider. Tu te laisseras conduire par des yeux étrangers qui deviendront au fil des pas toujours plus familiers.

 

 

Dans le ciel sans âge, le dédale se libère de ses voiles de pierres. Nos dérisoires édifices érigés à la gloire des territoires sécures et des horizons circonscrits. Nos indignes monuments élevant la clôture sur tous nos fiefs laborieusement acquis. Le monde se fait chantre des fossés, des remparts et des frontières. Des tours, des donjons et des ponts levis. Et toi, pourfendeur de tous règnes, adepte du chaos qui libère de l’emprise du titre et de la propriété, tu regardes, sur les hauteurs du territoire sans limite, toutes les geôles du monde.

 

 

L’excavation de tous monticules pour creuser les sommets d’où l’on croit (à la fois) dominer et se protéger du monde. Emprunte l’éternel chemin de la faille et de la nudité, engluant notre chair dans le magma des mouvances. Nous pouvons nous y résoudre à partir de l’espace qui nous habite, laissant le corps et la matière libres de rejoindre leur cours naturel.

 

 

Tout ce qui existe en ce monde est tien. Aucune parcelle ne peut échapper à ta gloire. A ton règne. A ta souveraineté.

 

 

Ecoute et laisse-toi mener. Où que tu ailles, tu seras chez toi.

 

 

Dans l’espace clos des frontières rugit la bête de l’infini.

Ne te soumets aux diktats des puzzles. Aucune pièce manquante à ton jeu.

 

 

Le long frémissement de l’infini sur tes terres. Comme une longue caresse impersonnelle dans l’incision singulière que tu as creusée (et creuses encore) de tes propres doigts.

 

 

Laisse-toi habiter par ce qui t’est étranger. Et tu découvriras l’étrange lien de parenté qui t’unit à l’univers.

 

 

Laisse ton personnage libre de ses bagages. Et de ses poids. Et tu le verras se délester de ses charges. Te libérant (ainsi) de toutes responsabilités.

 

 

L’épopée factice de toutes prétentions conduit à faire couler le sang des chimères. Champs de bataille où les guerres sans combattant font rage…

 

 

Une assise étoilée au cœur de l’arc-en-ciel. Comme un pied saugrenu en équilibre sur l’un des piliers du ciel. Mirages et mensonges de toutes prétentions à la hauteur. Ta nature non-localisable n’a de monture. Et toute chevauchée t’éloigne de ton origine non-née. Reste en selle. Et laisse ton cheval en paix. Ses pas seront ton voyage. Et ta destination. N’aie crainte de la chute. Le cavalier à terre ne pourra survivre à son cadavre. Il sera libre des coups et des caresses des paysages. Immobile jusque dans son âme. Et la liberté chevillée au cœur. Inébranlable.

 

 

Tout itinéraire est un dédale d’impasses. Entre les murs se tient (et demeure) la vérité.

 

 

Retranche ta prétention aux foulées sur le chemin. La digne chevauchée s’assure en modestes pas.

 

 

A l’est de ton âme se trouve le continent merveilleux. Ta nature originelle. La conquête de l’ouest n’est qu’une prétentieuse chevauchée.

 

 

La découverte de tout chemin est une offense aux paysages. Leur exploration nécessite un immobilisme nomade où les contrées s’estompent et libèrent peu à peu l’espace de son décor. Reste alors un vide habité de présence où l’écoute crée un lien avec l’étrange familiarité du monde. Et l’absence d’évènements. Au faîte de l’écoute, le tout et le rien deviennent sans importance. Ne demeure plus que l’intimité avec ce qui advient. Présence à ce qui est présent. Et se manifeste. Et présence à l’absence. Ecoute pure.

 

 

On n’est jamais qu’en soi-même.

 

 

Présence ou absence. Tout est contenu. Et qu’importe ce qu’elle contient lorsque l’on penche vers l’écoute. L’œil s’en émerveille sans exigence. Indifférent à tous spectacles.

 

 

Seul l’espace décide des gloires. Et des infortunes. Siège de toute compréhension. Avant que les évènements ne deviennent lisses.

 

 

De ses agiles passions, il sortit des brumes.

 

 

Emmurés en leurs respectables triomphes, les hommes dansent dans leur cour étroite.

 

 

Contre  la douleur passagère des saisons sur notre peau, sur notre vie, je m’étire et m’étends contre les flancs du temps, à l’abri des regards de glace. Et j’attends l’éternité qui tarde à venir.

 

 

Derrière chaque histoire, chacun attend sa propre délivrance.

 

 

Chacun pressent que son être lui survivra.

 

 

Abdiquer de toutes nos gloires et rester nu parmi les paysages vides et épurés. Sous le ciel sans fin qui étire notre patience sans acharnement. Jusqu’au point de tous renoncements.

 

 

Il y a au creux des mots, des silences porteurs de sens qui pointent vers l’espace d’où nous sommes nés, des interstices où la matière meurt et se régénère avant de repartir à l’assaut du monde pour y trouver une place – même minuscule. Bref intermède entre naissance et disparition. Visite éphémère de l’espace non né dans l’incarnation terrestre.

 

 

Le regard présent à lui-même ne pleure ni l’absence ni les déserts. Jamais ne s’étiole sans support. Se défait des phénomènes et de leurs ombres mortifères. Ensoleille un instant les objets puis les recouvre d’obscurité. Dans un rire qui assèche nos larmes velléitaires – presque grotesques. Et si ridiculement ignorantes.

 

 

Aucune trace ne s’efface. Toutes se sont dessinées par la coïncidence des circonstances. Nulle main ne peut s’accrocher aux arabesques du vent. Malgré nos larmes sur le sable, le ressac et les bourrasques emportent toutes nos chimères, nos histoires et nos châteaux en Espagne, jusqu’à la trame même de notre existence - poussière inattendue dans le cosmos sans limite.

 

 

Les cœurs arides ne voient ici-bas que des déserts et des cactus. Un monde de sable. Des horizons infranchissables et infertiles. Des rêves lointains d’oasis un peu surannés. Et apocryphes. Des terres bédouines hostiles où le couteau supplante la grande utopie de l’hospitalité. 

 

 

Si l’on s’égarait par mégarde, le chemin nous offrirait en vérité nos propres pas vers l’essentiel jusque-là ignoré.

 

 

Derrière les hécatombes, des médailles distribuées aux honneurs, aux vertus guerrières des combattants qui s’entretuent dans la fureur et les bruits de canons pour gagner quelques recoins de silence où la paix serait invitée - habitée enfin par tous les mendiants de la joie qui s’habillent de sabres et d’oripeaux dorées, portant le galon et la cocarde, toujours assoiffés de tranquillité, et décapitant tous les contrevenants à leurs espoirs et à leur combat. Eliminant toutes vermines sur leur passage comme des affamés éternels qui saccagent leur propre fief et anéantissent tous les territoires - pourtant intrinsèquement voués au silence.

 

 

Il y a comme une extase à deviner que les bruits ne sont (en réalité) que silence.

 

 

Malgré nos pleurs et nos cris, il n’y a que des défaites rayonnantes et victorieuses. Et des désillusions salvatrices. Les prémices d’un chemin initiatique qui s’insinue en nous comme un étroit corridor qui ouvre sur le territoire de la vérité.

 

 

Toi que j’entends pleurer derrière les grilles, ne vois-tu pas que les barreaux ne sont scellés que dans le vent ? Et que les nuages t’invitent (déjà) au ciel infini que d’un regard tu peux porter au creux de tes yeux et t’offrir ainsi une inversion si renversante des perspectives que tous les objets dans ta prunelle céleste seront tiens ? Et que leur nature sacrée t’émerveillera. Ô toi qui pleures de trop de solitude dans ta prison de cils, regarde le vent défaire tes lorgnons d’acier (aux vitres de glace) et t’ouvrir à l’œil hagard pour que ta joie soit docile aux circonstances.

 

 

Y a-t-il une vérité de l’oubli ?

 

 

Du domaine de la vie, nul ne sort victorieux. Mais l’accomplissement est là, reflet de notre victoire silencieuse. Témoin de toutes les défaites et de tous les tourments. De toutes les batailles qui nous anéantissent… et dont on sort toujours indemne, fort d’une compréhension toujours plus vive. Et plus neuve.

 

 

Toujours plus habile à se défaire de nos prétentions et de nos parades jusqu’au seuil de la nudité la plus sûre.

 

 

Que faire de ces visages ensanglantés par toutes les plaies du monde ?

 

 

Il y a une aube libératrice. Et un crépuscule captatif. Et de l’un et l’autre, il convient de se libérer pour accéder à l’indifférence de tout contenu.

 

 

Nos travées submergeantes s’étiolent devant la torpeur des jours. Et nous voilà estomaqués devant tant de vide !

 

 

Ne te soumets aux effluves envoûtants des mythes qui glorifient les individualités héroïques. Ils te mèneront vers les gouffres de la séparation, et orienteront tes pas vers les contrés électives, chantres et pourvoyeuses de tant de légendes qui encensent l’illusoire expansion de la singularité.

 

 

Accueille tes excès. Et tes manquements. Tes bassesses et ta fange. Deviens l’humble héros de l’ordinaire. Du coutumier sans protagoniste. Et tu franchiras l’unique seuil : le territoire des contrées impersonnelles.

 

 

Ne te fie à l’extrême indigence des surfaces qui dissimule la richesse des profondeurs. Ne te fie ni à ses fureurs ni à ses violences qui recouvrent la paix et le silence. Ne te fie pas davantage à son extrême diversité qui masque la surprenante sobriété, l’ineffable dépouillement dont elle jaillit. Ne crois rien sur parole mais continue de creuser sans impatience.

 

 

A la croisée des mondes, le silence efface toutes les fables. Engloutit tous les rêves dans l’abîme. Et suspend l’élan vers toutes les passerelles. Tiraillé par les mouvances. Et libre jusque dans l’immobilité.

 

 

Laisser jouer l’impersonnel dans sa plus authentique singularité demeure la voie la plus sûre pour atteindre au juste et à la joie.

 

 

Libre de toute prétention - et de toute individualité - l’infini est enfin invité à se manifester dans nos circonstances les plus personnelles.

 

 

Une pluie de miel sur ses lèvres fuyantes. Et sa bouche escarpée. Et voilà toute la saveur du monde s’enfuyant en d’autres palais !

 

 

Tiens-toi à l’exacte place de l’absence de volonté et de la présence impersonnelle. Et écoute. Ce qui surgira donnera  la direction – invitera tous les possibles à ton pas.

 

 

L’inconsidéré se manifeste dans la désolation joyeuse des terres infertiles. L’accueil – impersonnel – de tous les déserts et de toutes les peuplades. Du vif et de l’ardent. Du feu des brasiers, de la brûlure cinglante de toutes les polarités, de la dérive des banquises et de la souveraineté de tous les vides. 

 

 

Submergé par toutes les peuplades et tous les exils, la nudité se parachève, s’auréole d’une gloire non singulière qui déshabille tous les tourments de leurs parures encombrantes et souffreteuses.

 

 

Le désir même de la mort révèle l’inaudace de vivre. Le détachement de toute volonté ouvre le seuil d’un vivant riche de tous les possibles.

 

 

Toute orientation est une restriction saugrenue. Une indélicatesse envers l’admirable champ des possibles, une injure – une offense – à l’ouverture de tous les potentiels qui germent en chacun et n’aspirent qu’à fleurir dans les circonstances à venir. Comment pourrais-tu voyager si tu poursuis l’ombre de toutes destinations ? Un pas – un seul – est parfois nécessaire pour habiter le lieu que nul marcheur ne saurait trouver, que nulle allure fébrile ne saurait dénicher excepté peut-être au détour d’une halte imprévue où le ciel et la terre peuvent enfin s’unir en une sphère – indéfinissable – où tous les regards collés à l’azur retombent en un amas indistinct sur l’éternelle mouvance des phénomènes sans rien pouvoir distinguer, sans rien pouvoir disloquer, sans rien pouvoir dénommer, sans la moindre référence ni préférence. Dans cet égarement, une sorte d’intelligence hébétée advient qui d’un éclair fait tout comprendre sans rien pouvoir expliquer.

 

 

Une joie claire et sans brume. Sans éclat trompeur à son origine.

 

 

Un espace d’étreintes imaginaires qui se glorifie de tous les visages et de tous les liens.

 

 

Embrasse toutes les lèvres offertes à l’aube primitive et au devenir improbable

Qu’importe à qui elles se destinent

En elles se devinent l’origine qui les enfanta

Et le regard implacable sur les peuples

Aux destinées éphémères

Qui se contemplent 

Dans toutes les prunelles entrecroisées

Tels des spectres spéculaires

Offrant leurs orifices repus

Par toutes les chairs soumises

Aux sublimes matières du monde

Myriade de mouvements

Dans la transparence claire et enveloppante

Querelles et tiraillements traversant sans trace le regard de paix

En tous recoins de l’espace

Dans tous les replis de la terre et du ciel

Laissant libres toutes forces de naître et de mourir

De s’étendre et s’étioler

Au gré du grand jeu labyrinthique

A ses yeux la transparence des murs

L’éclatement des cloisons

La liberté sans entrave

L’inaltérable paix

S’amusant de toutes les joutes de papier

Des querelles d’ivrognes

Du tracé si léger des formes

Qui croient imprimer leurs marques

Sur le marbre

De l’inconséquence des rencontres, des heurts et des effleurements

Des imbrications et des cavalcades

Des élans opposés qui se rejoignent à toutes les extrémités

Comme autant de passerelles reliant  d’inséparables côtés

Des émergences et des disparitions

Dans le fracas et le silence

Devenant trajets évanescents, harmonieuses arabesques

Sur l’éternel palimpseste

Joie sans ombre de tous les appels

De toutes les naissances

Et de toutes les disparitions

Laissant la matière foisonnante

Œuvrer à son destin fugace

Riant de toutes percées

Et de l’insondable opacité

Des pertes et des gloires si dérisoires

Présence éternelle

Immuable

Autorisant tous les chemins

Tous les détours et toutes les faims

Toutes les secousses et les caresses

Tous les oublis et les manquements

Tous les aveuglements et les percées

S’égaye de toutes manifestations

Laisse naître les pyramides et les tombeaux

Les chaos et les fresques harmonieuses

Où le déséquilibre même est excroissance de la beauté

Où tout est autorisé

Tourbillons foisonnants sur un sable si léger

Aussitôt nés aussitôt recouverts

Par la caresse des vagues ou la violence des marées.

Dans le jeu sempiternel

Elle demeure

Rieuse et impassible

 

 

Il y a tant d’espace qui nous dissimule. Derrière nos vitres, tant de bave et d’écume voilent à nos yeux la tour invisible où sommeille notre repos.

 

 

Le temps est vain pour y monter. L’escalier ne mène qu’au sous-sol. Là où poussent toutes nos vermines. Au cœur de la fosse où l’on répugne à s’abreuver.

 

 

Nul ne monte sans un jour devoir chuter. Nul ne descend sans qu’un jour elle lui soit révélée. Au diable (donc) tous les marches-pieds !

 

 

Nulle peine à secourir

Nulle évasion des dédales

Nulle trace d’aînés à suivre

Nulle carte et nulle boussole

Un pas clair

Si transparent à la lumière

Que l’opacité de tous les peuples

Ne pourrait l’entacher

 

Se défaire de ses ailes chercheuses

Qui autrefois le front dans la fange

Nous donnaient l’espoir de l’envol

Le ciel a fini par descendre

Et des limbes, nul ange ne jaillit

Au bas des marches, nul dépotoir

Un grand foutoir certes

Où il fait parfois bien noir

Mais si éclairé de ce regard

Qui tire sa source d’un innommable espace

D’où l’on ne s’est jamais échappé

Alors que nous avons cru nous perdre

Et aller notre chemin

Que nous avons voulu, orgueilleux, si singulier

 

 

Yeux de courte vue aveugles à ce qui vous a créé

Pour quoi diable n’y voyez-vous goutte ?

 

 

Descendu parmi son peuple, aussitôt le territoire grandiose foulé, il retarda… peut-être… une exploration plus judicieuse. Mais à qui appartient notre pas ? Personne en ces lieux !

 

 

Entraîné par les bourrasques, les mouvements saccadés de ce magma en perpétuelle fusion, fission, secoué, emmené ici et là, déchiré de toutes parts, il n’en continuait pas moins de sourire. Et de rire même parfois de ces bontés, de ces cruautés, de ces violences et de ces douceurs. Plus vraiment concerné. Qui était-il ? Personne pour le dire. Personne pour le voir. Personne à voir. A qui donc parler ? Soliloque bien singulier. Inutile dans tant de silence envoûtant, réparateur, enveloppant. Regard contenant un flux continu d’illusions. Images que nous voulons par trop accommodantes !

 

 

Surface lisse parmi les aspérités ! Surface lisse parmi les abysses ! Que faire des tonnelles et des dentelles ? Éternelle bagatelle ! Aussi attirant autrefois qu’un rat mort dans une poubelle ! Y a-t-il encore quelque chose d’essentiel ? Pas à ce que je  sache ! Mais encore une fois qui sait ? Sans personne pour parler ! Sans personne pour écouter ! Sans personne pour agir ! Hormis bien sûr ce magma dévorant qui se brûle et se réchauffe de son propre corps !

 

 

Délices des mains, coureuses de surfaces !

Délice des pieds, arpenteurs d’hémisphères !

Et nul être pour savourer, se délecter de tant de paysages !

Un regard unique et enveloppant qui dé-cisèle nos discriminations !

Rien ! Ou presque ! Alors que reste-t-il ?

 

 

Qui se soucie de mes orteils ?

Dehors, il voyait tout de ses yeux sales

Comme une bouche à porter de regard

Il lançait sa haine au hasard

Recouvrant son grand corps

De mots déchiquetés

Habillant ses frères de ses guenilles

Ajoutant à leurs loques

Des peurs invivables

Il se souvenait d’autrefois

Quand la mémoire débordait de sa tête

Sortait par ses yeux pâles

Pour couler sur les parois du monde qu’il s’était fabriqué

Il se souvenait des maisons

Et des trottoirs tristes

Où il courait à perdre haleine

Pour échapper aux peurs béantes

Qui menaçaient de l’avaler

A présent des cymbales animaient son quartier

A l’abri des dérisions et des menaces d’un peuple de lutins innocents

 

 

L’espace cible sa place

Avec précision se déploie

Oublieux du centre des affaires poussiéreuses et des mascarades

 

 

Les soucis apprennent

A se soustraire sans bruit

Echappant aux additions anciennes

S’accumulant dans la fureur

 

 

Un éloignement des épousailles. Comme la validation de l’union mise à l’épreuve.

 

 

L’espace s’enorgueillit-il de sa fonction ? Accueillir…

 

 

Les morsures des ténèbres rééduquent notre incompréhension. Brûlent chimères et représentations. Toutes nos idoles. Redressent l’âme. Bref revigorent nos pas vers la lumière.

 

  

Entre les mots se creuse le silence. Entends-tu les sonnailles éternelles du printemps ? Les cris de l’hiver se sont tus. Et le temps n’aura bientôt plus prise sur les saisons.

 

 

Un avenir sans tapage. Voilà à quoi la vie le destinait. Lui qui autrefois rêvait d’une haute destinée, avait visité les sphères de l’en-bas, s’y était enfoui avant de renaître dans le ciel qui avait recouvert ses pas. La terre lui avait révélé tous ses mystères. Et à présent le chemin pouvait bien le mener là où la misère était à son comble, la demeure était habitée. Et le ciel imperturbable resterait intact malgré la boue, le sang, la sueur et les larmes qu’il allait sans aucun doute encore croiser ici et là…

 

 

A l’aube, le vent s’approche de mes écailles. Et me souffle ses paroles rugueuses.

 

 

Alors que les heures chaudes s’étirent, minuit n’en a pas fini de réclamer son dû. Au-dedans des terres grises se tapit l’ennui explosif. L’étincelle solaire de la débandade.

 

 

L’éclipse des formes se dilapide. Et le soleil songeur guette à l’orée de tous les chemins. La lumière des ombres anciennes s’éternise.

 

 

A l’aplomb de tous les destins se cachent les fils de la trame unique, scène pitoyable et merveilleuse qui appelle aux rires et aux larmes où se tissent tous les drames, toute la gaieté et les jeux morbides. La tristesse mêlée de sourires. Et nos avancées vers la transparence.  

 

 

La sensibilité se joue des formes. Et des couleurs. L’extra-sensorialité du monde s’étoffe. En nuances.

 

 

Trouée de vide dans les pensées opaques. Délitement des couches sans effet sur nos percées. Effacement des chimères. Victoire de toutes lumières.

 

 

Le monde s’efface d’un trait d’irraison. Ou de sagesse. Tout s’émerveille de beauté. Dans la solidité du regard. Et la précarité des yeux.

 

 

A l’aplomb du déchaînement de toutes surfaces. Détaché du mouvement comme de l’immobilité. Des absorptions comme des distanciations.

 

 

L’heure ne vient qu’avec la faim apaisée.

 

 

Une grandeur d’âme aux confins du mystère.

 

 

Le grand cirque s’efface où s’ouvre la vérité.

 

 

A quel point le monde t’engage ?

 

 

Les idoles sont mortes. Et sur les cendres naît la vérité nue qui brillera à présent à travers tes yeux.

 

 

Tu es debout sans gloire. Abandonnant aux yeux imparfaits honneurs et succès.

 

 

Tu pourras marcher nu sans t’interrompre. Sans discontinuer de ton labeur d’homme inachevé.

 

 

Nuls oripeaux nécessaires à la vie. De simples costumes de circonstances pour la célébrer.

 

 

Tu n’es pas ce qui se meurt. Tu es ce qu’il reste lorsque tout a disparu.

 

 

Une phrase martelée dans l’or ne vaudra jamais le jaillissement d’un geste né du silence habité. Toujours juste. Et naturel.

 

 

[Un opuscule de contremaître]

Voilà enfin la chair qui t’est offerte !

La chair dégoulinante de saveur

Où le fiel autrefois injecté

S’est lavé de son origine

Ne reste que ce blanc

Où tu pourras aiguiser ta transparence

Parmi la palette des visages

 

Ne saborde aucune de tes grimaces

Celles que tu lançais autrefois recroquevillé sous ton visage

Dans les replis du cocon et des rêves ambitieux

Arbore les mouvements passagers

Qui caressent ton âme offerte

La nudité du sourire

 

Qu’on nous arrache au forceps

Les gants de cuir trop rêches

Qui recouvrent l’innocence des mains

Pour tenir le monde brûlant

Qui cisaille nos doigts trop avides

 

Costumes en pièces

Et masques déchiquetés

Joie sur le visage tranquille

A tous les soubresauts

Parfois une grimace

Taillade encore la chair

Cette matière empêtrée

Emportée par les jeux du monde

Vers des horizons indolores

L’assise souple

Sur l’enveloppe contenante

Ne s’émeut des griffes et des morsures

Mouvements tranquilles

Qui s’épuisent vers le silence

 

 

Dieu se dessaisit de toutes gloires. De toutes défaillances. De tous chemins.

 

 

Etre n’implique rien d’autre que lui-même. Le reste est sans conséquence. Quant à être, on ne sait pas ! Tant l’être implique l’être. Et le non-être.

 

 

A la source du silence se tient un monde secret que nul ne peut voir sans se dévêtir. Au point extrême de la nudité, naît la solitude de l’être. Tête à tête du Soi avec lui-même. Et les soubresauts du personnage qui se débat dans son agonie. Les pensées cessent. Les représentations s’étiolent. Le monde se vide de toutes existences. Le néant se remplit de présence. Ne subsistent que le regard et le sentiment si intangible d’exister. Au-delà de tous les phénomènes, l’être – tant recherché – s’habite à chaque instant davantage. Insaisissable. Monde de silhouettes désossées où l’on cherche encore parfois avec tant de maladresse une âme proche. La proximité d’une âme (vivante). Toujours en vain bien sûr. Le monde se meurt. L’Autre devient invisible. L’Autre s’anéantit. Et ne subsiste que cette solitude si outrancière. Le désert des formes. Et la crainte des mirages parfois. Et si ce regard n’était qu’une hallucination ? Le doute s’étire jusqu’à l’incompréhension. Jusqu’à l’épuisement de l’incompréhension. A quoi bon savoir ? On ignore. On est ce regard si impersonnel qui ne peut ni goûter, ni blâmer ce monde et ses hallucinations. Un regard hors de portée où tout est à sa place. Et demeure sans importance. Une présence hors des siècles qui ne se conquiert qu’avec la grâce de la nudité. Tout est juste. Et tout semble faux. Idées, sentiments, rencontres. Mouvements sans âme. Qu’importe ! Être s’auto-suffit. Avec parfois la nostalgie du personnage qui cherchait en lui et dans la folie du monde quelques récompenses. Quelques compensations à son incomplétude. Extinction de toute quête. Monde si peu habité. Et monde si plein. Où le néant pourtant semble si présent. Qui pourrait comprendre ? Ce si-plein-de-solitude que le monde rejette. Et oublie. On se défait de toutes possibilités. De tous espoirs. De toutes espérances. De tous gains. De toutes pertes. On se défait de toutes caractéristiques. On n’existe plus. Et on existe si pleinement. Avec des attributs que nul ne pourrait comprendre. En vérité, on existe sans attributs. Sans les attributs que s’empresse de revêtir le monde pour combler ce sentiment si faible d’exister. Le rien devient tout. Et cela semble fou. Et ce sentiment même de folie est englouti dans l’être. L’être qui pulvérise toutes les tentatives de le saisir, toutes les tentatives d’y échapper. L’être où le temps n’existe plus. Où les idées - toutes les idées - deviennent caduques. Où l’en-haut est jeté parfois si bas que l’en-bas s’étire de toutes parts. Où le vrai peut être faux et le faux si juste. Où le non-juste devient si vrai et si juste que tous les repères de la raison explosent. L’être où le monde se dissout. L’être qui anéantit et contient toutes choses. L’être, cet indicible regard qui accueille en lui tous les phénomènes. Tous les mouvements. Les non-phénomènes. Et les non-mouvements. L’être dont on ne peut rien dire. Et toutes les tentatives pour le décrire en éloignent. Même si la distance est abolie. L’être si vide qui contient tout. Où tout se déroule en lui. Lui, si immobile et si silencieux qui ni n’approuve ni ne désapprouve. Qui est là. Simplement. Si indifférent et bienveillant à la fois pour nos expériences du monde. Le monde se défait de toutes substances. Et ne reste rien. Hormis ce sentiment d’être. Malgré la ronde incessante des évènements. Des mouvements. Cette énergie fluctuante et mobile qui court partout où règne le manifesté. Et cet être d’arrière-plan où tout se produit sans que rien ne subsiste. Seule permanence. Unique présence dans ces univers fantomatiques. A se demander si le monde existe ! Et si nous existons ! Rien en dehors de ce sentiment d’être !

 

 

Inverser le regard. Jusqu’à sa source. Pour trouver l’origine du monde. 

 

 

Laisse mourir le compagnon indigne de tes jours. Inutile de t’y attacher plus que nécessaire. Ses pas désespérés t’ont mené jusqu’ici. A présent, quitte-le et ne te retourne pas.

 

 

Le désenchantement du monde est souvent nécessaire au réenchantement de la vie – de la source même de la vie.

 

 

On a cru fréquenter Dieu et les sages. S’être hissé jusqu’à leur banquet. Et on se retrouve le cul par terre. Exclu (plus encore) de la table des hommes.

 

 

Tout ne serait-il (donc) que mirage ? Images et représentations. Echos et reflets. Que reste-il donc quand on a jeté à terre toutes ces parures et ces déguisements ?

 

 

Se défaire de ses propres fables et mensonges après s’être délesté de ceux du monde. Mais ne revêt pas qui veut la nudité de l’être

 

 

Toute volonté personnelle est la marque d’un sentiment d’incomplétude. Vouloir, c’est désirer atteindre, combler ou fuir. Et toute action visant à satisfaire cette volonté éloigne de notre complétude originelle. Toutes tentatives creusent davantage cette béance qui nous éloigne de nous-mêmes. Et nous y enlisent avec plus de force.

 

 

Il ne s’agit pas d’apprivoiser les anges. Mais de les laisser monter sur notre tête. Non pour qu’ils nous informent de l’horizon lointain. Ni qu’ils intercèdent auprès de Dieu en notre faveur. Mais d’abord pour voir le ciel et la terre à travers leurs yeux. Puis, une fois familiarisés avec ce regard pour qu’ils nous soufflent à l’oreille que nous sommes ce que nous avons tant cherché…

 

 

Attraction et répulsion envers les êtres, les objets et les évènements ne sont en vérité qu’anges et démons de papier. Le monde tel qu’il nous apparaît (ordinairement) n’est qu’un livre d’images qui tantôt nous ensorcellent, tantôt nous terrifient. Et nous nous soumettons, notre vie durant, à tous ces monstres imagés que nous avons (nous-mêmes) créés.

 

 

Quand les images s’estompent, puis s’effacent, que reste-t-il ?

 

 

Il n’y a rien à refuser. Tout ce qui est et advient doit être vécu pleinement. Que l’on s’y prête ou qu’on y résiste n’a guère de conséquence. La compréhension pour l’Homme mûrit en étant (simplement) vivant.

 

 

Il ne s’agit pas de refuser la volonté personnelle. Quand on croit encore à son pouvoir, on agit en conséquence. Toutes choses, rêves, ambitions, désirs se détachent naturellement. Et il serait vain d’y renoncer avant l’heure. Renoncer serait encore vouloir. Le détachement est un mouvement naturel. Sans brutalité. Ni violence qui ne crée aucune frustration.

 

 

Etre est au-delà de tous contenus. Il les éclaire. Et les contient. A la fois source et enveloppe.

 

 

Tout est à l’intérieur. Le reste est inaccessible.

 

8 décembre 2023

Carnet n°301 Au jour le jour

Novembre 2023

Au seuil – déjà – du dernier jour...

Au terme du temps passé...

Derrière les masques ; derrière les choses et les visages auxquels on donne un nom...

Comme décapité(s)...

A la même source pourtant ; la profondeur des yeux ; sur ce chemin inchangé...

Et la parole – toujours – qui se dresse contre les fronts délirants...

 

 

Qu'importe le séjour et l'hostilité des hommes...

Qu'importe l'éclat et l'importance du noir...

Qu'importe la profondeur du piège et la distance qui nous sépare...

Les yeux tressés aux mailles du monde...

Et le cœur ; et le regard – juste au-dessus...

 

 

Entre l'insulte – le sommeil et la promesse...

Dans cette eau blanchie par les rêves...

Sans même connaître l'origine du monde et de l'ignorance...

 

*

 

Le froid ; comme un masque sur le visage ; une manière de dissimuler la lumière...

Comme un cœur errant ; pétrifié dans son mensonge et ses illusions ; cherchant la joie là où la nuit est la plus noire ; cherchant à s'installer là où la mort a remplacé l'Amour...

Dans cette chute abyssale ; jusqu'au fond de l'épaisseur...

Et le bleu partout – pourtant ; jusqu'au lieu où tout est tombé ; jusqu'au lieu où tout est devenu grouillant et grossier...

Comme si chaque chose – chaque figure – savait où il se trouvait ; comme si chaque chose – chaque figure – savait où se retrouver...

 

 

Et le plus sauvage ; dans cette langue qui a enfourché le mouvement...

Dans une longue cavalcade ; vers le silence...

A travers les ombres et le sommeil...

Et par-dessus le monde – au-delà de son resserrement et de ses distorsions ; sans doute – la plus aventureuse des chevauchées...

 

 

Aux premiers jours de la mort ; cette douleur alentour ; et cette lumière – juste au-dessus ; entremêlées...

Sur la monture blanche de l'écume ; auprès de cette méconnaissance mystérieuse qui, peu à peu, s’éclaircit...

Dans le grand ordre des choses (qui semble si peu cohérent – si chaotique – aux yeux des hommes)...

Sans la moindre faute ; de ce qui grouille aux profondeurs – à l'immobilité...

Qu'importe les ornements et l'épitaphe sur la tombe...

 

 

Entre les mains du jour...

L'esprit desserré...

Quittant la mémoire et l'obscurité...

Debout face à la fenêtre ; sur la pierre fleurie ; sur ces rives séculaires...

Dans l'incessant va-et-vient du temps...

Abreuvé(s) d'étoiles et de promesses...

A reculons ; alors que s'infiltre la lumière...

 

*

 

Au cœur de ce nomadisme lunaire – intérieur – hasardeux...

De soi à l'infini ; sans changer de lieu (sans jamais changer de lieu)...

Du bleu-soleil sur la cendre ; sur les ruines et la cendre...

Sans rien effacer ; sans rien trahir...

Cette perpétuelle rechute ; ce perpétuel éparpillement...

L'âme ouverte ; et la matière malléable...

Dans cet infernal chaos...

Cette existence sans arsenal ; le cœur comme seul instrument...

 

 

A l'envers de la pente ; l'autre dévoration...

Ce qui fait irruption ; ce qui irradie...

D'une pierre à l'autre ; (presque) tendrement...

La béance qui, peu à peu, nous avale...

Autour de la corde à laquelle nous sommes (tous) suspendus...

Comme un hommage (très involontaire) à l'invisible ; à l'inconnu...

 

 

Un peu de poussière sur nos constructions...

Puis (très vite) ; des ruines ensevelies sous des monceaux de terre...

 

 

Tout creusé – fouillé – pillé – par le désir...

Jusqu'à l'extinction – jusqu'à l'épuisement ; jusqu'au plus rien...

Dans une sorte d'ivresse funeste ; sans compter les morts et la douleur...

Le tête enfouie au plus noir de l’œil ; en son point le plus aveugle...

Sans même envisager la chute du ciel sur cette débauche de rêves et d'inconscience...

 

 

Dans le cortège des vivants...

Côte à côte ; entre solitude et regroupement ; entre querelle et collaboration...

Sans sacrifice – sans sacrilège ; simplement soumis à l'ordre des choses...

Avec, parfois, le cœur attelé au dépassement des usages et des lois ; au dépassement des ruses et de la faim ; au dépassement des ambitions et des interdits...

S'essayant à cela ; en s'éloignant de ceux qui ignorent – de ceux qui jamais ne s'aventurent hors du périmètre commun ; de ceux qui se contentent de quelques pas...

Sous ce ciel étranger à tout périple – à toute rumeur – à tout frémissement ; ce qui s'avance (et qui n'est, peut-être, lié qu'au désir de l'homme)...

 

 

Dans les rouages du monstre à la marche mécanique...

Enfoui dans la chair ; comme une brèche ouverte...

Avec sur les lèvres ; un peu d'étrangeté...

Comme des bruits rouges ; et cette solitude assez proche de la source...

Et ce cri intarissable...

Entre la neige et les braises (encore fumantes) d'un Dieu introuvable...

Le cœur et les yeux débordant de substance et d'images...

Quelque chose de la soif et du voyage ; en plus du souffle et de l'assentiment...

 

 

L'âme qui se balance entre les rives du temps...

Entre le ciel et la terre ; entre le bleu et le rêve...

Enfoncée dans l'espace intime ; auprès du regard ; auprès de ce qui embrasse...

Présente ici ; le temps de quelques saisons...

 

 

Les pas fructueux offrant au cœur sa part de vent ; et le mystère fiché au milieu des arbres et des fleurs...

 

*

 

Des ailes – du temps ; et le vaste ciel visité...

Sur la ligne ; (assez) divaguant...

Contre la nuit et la faim...

L'âme nue et l'infini ; tissés dans la même trame...

Face au monde ; face au chemin...

Sur cette minuscule pierre qui tourne...

 

 

Le cœur fracturé ; et pénétré par la vie qui s'écoule...

Ruisselant de terre et de sang...

Entre l'Autre et l'inconnu ; un peu de soi...

Et tant de chair ; et tant de voix – englouties...

Capable d'ouvrir la cage ; en dépit des barreaux et des fils d'acier...

 

 

Dans cette obscurité étouffante...

Au cœur même du sommeil ; ce cachot...

Déserté par toutes les promesses de lumière...

La nuit ; comme chaque jour...

Et notre air ahuri et malheureux...

Et notre incompréhension devant tant d'impossibilités...

 

 

La terre à genoux...

Sous le souffle (puissant) qui soulève le monde ; les paupières fermées ; les mains crispées sur les choses ; comme si le sommeil et la terreur pouvaient être défiés – combattus – anéantis...

Du vent – du sable et de l'eau – à profusion – qui se déversent indifféremment sur les visages ; les existences ; comme une brume épaisse ; un lourd rideau de matière ; et cette force capable de surgir (à tout instant) pour débusquer les âmes dans leur refuge ; et les expulser de leur abri...

 

 

Incroyablement mobile ; comme si le cœur courait après le temps...

Envoûté par les charmes (nocturnes) du monde ; l'insidieuse mélopée des intentions...

Le visage caché sous un masque...

A se figurer la marche – à imaginer l'itinéraire ; mais avare du moindre pas véritable (inapte peut-être au voyage)...

A compter les jours ; à se balancer entre la terre et le trésor (supposé) ; au-dessus des chemins...

L'âme trop amère – et trop engourdie sans doute – pour ouvrir les bras ; et embrasser ce qui vient vers elle ; allant seule et silencieuse – (assez) déboussolée – vers un lieu qu'aucune carte ne saurait répertorier...

 

*

 

Dans la nuit passagère ; la couleur du sommeil...

La figure absente...

L'âme ; à travers les rêves ; comme des coups de tête contre les barreaux de cette cage immense...

Le cœur (quasi) analphabète devant la danse du sang ; et tous ces sourires incompréhensibles – impénétrables...

La respiration restreinte...

Et la soif qui se heurte à ce noir édifié comme un mur – comme un rempart – comme une citadelle inexpugnable...

Suspendu(s) au revers de l'Amour ; et alourdi(s) par le poids (écrasant) du monde...

 

 

La voix ; contre le ciel ; plutôt que le voir...

A grands traits ; sur le papier...

Cette sorte de miroir vivant...

Le cœur battant ; contre toute attente...

Et cette pugnacité face aux créatures alentour...

Comme dépossédé ; à cause du nombre (en dépit de l'indifférence)...

Et la tête dans un trou ; et l'âme dans sa tanière ; essayant d'échapper à la mainmise du monde et à l'humiliation...

 

 

Là où demeurent la parole et la pierre...

Intimement liées au ciel et au silence ; au cercle des vivants...

Émergeant de la nuit la plus ancienne...

L’œil de l'épaisseur ; acquérant sa particule nobiliaire ; au-delà de toute formule ; offrant une lumière inespérée aux profondeurs ignorantes...

 

 

La main délicate sur ces restes de cécité...

Dans la droite ligne du souffle...

Sur l'étroite crête de l'âme...

Effleurant la séparation et les figures cachées dans les replis du cœur – dans les interstices de la terre...

Se prêtant à tous les jeux ; explorant tous les espaces de l'homme...

Se confondant même avec le geste involontaire ; nécessaire pour s'affranchir de la faim et du sommeil...

 

*

 

Des traces sur la plaie vivante...

Notre (étrange) hébétude face à l'invisible...

Le gisement de l'infini...

Au-delà du sang et de la fascination...

Au-delà de ce qui grouille dans les entrailles...

Comme une odyssée ; un plongeon au fond de la poitrine...

Le corps et le vide ; au seuil de l'étreinte...

Et le mystère à débusquer entre le chant et la pierre...

 

 

La nuit écorchée...

A la source du jaillissement...

Au cœur du triangle magique...

A travers l'épaisseur ; au milieu des couleurs...

Là où s'entassent les possibles ; la semence et la peur...

Dans le sillage du seul ; à contre-courant du nombre...

A seuil du déchirement ; là où l’accomplissement et la nudité se chevauchent avec ardeur...

Peu à peu ; vers l'effacement...

 

 

L’œil sur la fratrie des visages ; éparpillés ; séparés par ce qui les distingue...

Le ciel ; comme labouré à l'envers ; depuis ces amoncellements de terre...

Sur la pierre ; sous les paupières ; ces prières que l'on crache vers les hauteurs ; dans toutes les directions...

Par-dessus la neige entassée ; par-dessus le sommeil (et les yeux fermés) ; ces mots jetés vers le plus grand ; ces mots mendiants...

 

 

L'or et l'obscur ; dans leur face à face ; dans leur (féroce) tête à tête ; au milieu des figures et des ruines ; attentives et (très) anciennes...

L'un scintillant ; l'autre rayonnant...

Sur leur pente escarpée ; vers le sommet de l'âme ; à la pointe du cœur ; bien au-dessus du front...

Prisonnier(s) de cette danse qui, parfois, prend des allures de pugilat...

 

*

 

Sur ces rives arides et reptiliennes...

Sous le soleil...

Le corps vibrant...

Et la couleur de la lumière...

Sur les traces de ceux qui échappèrent aux dents carnassières des humains...

 

 

Au-dehors ; dans le contact des cieux...

L'âme altérée ; moins simplement qu'elle-même...

Entre la grâce et la faim...

Dans un état non répertorié par le langage...

Au-delà (bien au-delà) de l'idée et du trait...

Comme une transparence ; comme une soustraction...

Là où la nuit commence à se dissiper...

 

 

L'improbable éclaboussant le corps – le cœur – l'esprit ; et par ricochet – le mot – la ligne – la page – le livre ; l'existence et les gestes quotidiens...

Sans peine ; au-dedans...

Alors que les hommes crient (comme les bêtes) ; alors que la vérité scintille dans les âmes défaites ; alors que le monde tourne (continue de tourner) sans même se soucier de nos élans – de nos explorations – de nos découvertes...

Allant ainsi ; d'étreinte en perspective – sur ce fil fragile qui serpente entre l'invisible et l'inconnu ; et qui traverse, peut-être, l'infini de part en part...

 

 

Le tombeau vide ; et le ciel par-dessus ; de plus en plus étrange et énigmatique...

Généreux jusque dans ses gouffres et ses éclipses...

Et l'âme au sortir de l'abîme ; poussée à regarder ce qui gesticule sur la pierre (l'étrange manière qu'ont les vivants de s'agiter et de se débattre face aux circonstances)...

Au milieu des Autres ; et de la stupeur...

Avec des restes d'enfance désirante...

Au cœur du monde ; des aléas et des tremblements...

Sans jamais se méfier de ce que le cœur étreint...

 

 

Au-dessus des grilles ; l’œil...

Et au-dessus de l’œil ; l'hôte et la lumière...

Et plus haut encore ; le vide et l'oubli ; ce lieu qu'aucune géographie ne pourrait inclure ; la partie du monde la plus mystérieuse – la plus méconnue – la plus secrète – la plus immergée...

 

 

Au gré des retraits – des querelles – des dissemblances...

De moins en moins étonné par cet écart – cette distance – cette (effroyable) confusion...

 

*

 

Les bras lourds de tant de vécu ; comme l'âme et la tête ; comme le cœur tiraillé...

Et ces pas qui résonnent sur le chemin désert...

Sur les pierres et les feuilles ; au fond de la forêt...

Entre les cimes et le précipice...

Sans se presser ; comme envoûté ; se déchargeant de tout ce poids ; attiré par la lumière et la respiration naturelle du vivant...

 

 

Sous les ruines pyramidales du monde ; la voix qui s'élève ; l'âme qui se détache...

Loin de la débâcle ; loin de la barbarie et de l'abjection...

Sur ces cendres sombres et ces restes de braise ; le recommencement qui apprend (peu à peu) à s'affranchir du sommeil...

Des yeux ; avec, au-dedans, des éclats de bleu...

Et les dés jetés avec ce qui tombe ; avec ce que le précipice attire et engloutit ; au milieu des débris du temps...

 

 

Le mystère enfoncé dans la chair ; dans l'âme – l'esprit – la terre – la fleur...

Au-dedans même du mouvement ; entre les astres et la pierre...

L'infini jamais (r)attrapé ; seulement nommé par ceux qui ne savent le voir – le vivre – l'habiter...

Quelque part ; dans la nuit (interminable) du monde...

Jouant au milieu des morts et des vivants...

Entre le plus proche et le plus lointain...

Expérimentant partout l'intimité...

 

 

Au milieu des dépouilles ; le ciel immobile...

L’œil fixé au-delà de la mort ; vers le retour – peut-être ; qui sait...

Venu du plus lointain de la mémoire par des chemins enneigés ; avec des traces de pas sur la couverture blanche...

Et des couleurs foisonnantes...

Et un regard capable d'embrasser la vastitude...

Ce monde ; à nos côtés – dans un angle minuscule de l'espace...

Et renouvelant – toujours – le passage et la traversée...

 

*

 

Les livres – les arbres ; la pierre – le bois...

L'ombre et le ciel ; l'intime et l'infini...

Le sauvage – la solitude et la joie...

Humble et effacé ; au milieu de l'essentiel...

La vie qui vient ; le cœur qui bat...

 

 

Ce que la mort et le temps ne peuvent détruire...

Sur le fil ; au bord de l'éparpillement...

Là où la plaie suinte encore ; parfois...

Aveuglé tantôt par la blancheur ; tantôt par l'opacité...

Farouchement abandonné ; à la suite du mythe...

La chair et les chimères qui claudiquent...

Aligné(es) sur la fuite et la nuit...

A l'écart ; au fond des bois...

 

 

Au revers de la renommée ; le poème et le geste quotidien...

Au-dedans du plus proche...

Sur la pierre ; cette étrange intimité...

Sans rien saisir ; la discrétion – la transparence – l'effacement...

Sur les traces de l'invisible ; le cœur vivant...

 

 

Sur la pierre ; encore ; dressé – découvrant la nudité – le ciel et la matière naturelle...

Le cœur adossé au jour...

En ce lieu où l'âme se renouvelle...

A trembler devant la perte ; devant le manque et la mort...

Sans omettre ni la grâce ; ni les mots...

Quelque chose des profondeurs et du miracle... 

 

En ce lieu où se réalisent les serments ; sombre(s) (si souvent)...

Comme une aube à l'éclat terni par la terre (l'excès de terre)...

Le cœur connecté à ce qui porte vers le plus lointain ; (presque) à la périphérie de la nuit ; à l'envers du décor familier ; là où règnent l'origine et l'étrangeté...

Capable d'entendre le silence effacer – peu à peu – le besoin de réponse ; soumettre la tristesse aux exigences de la joie ; transformer l’œil et les larmes en soleil et en soif ; puis, en apaisement...

L'espace de toutes les métamorphoses ; là où s'expérimentent les possibles...

 

*

 

Les yeux sur le souffle ; le visage de personne...

Hors de la trame (présomptueusement) érudite ; (supposément) connaissante...

Plutôt du côté du rêve et de l'errance...

Plutôt quelque chose de la rencontre...

Comme un feu (presque) invisible sous le sommeil ; et les apparences...

Ce qui – peut-être – transformera le monde ; (très) provisoirement...

 

 

Sous le règne du recommencement (quasi) magique des choses...

Là où les traces s'effacent ; là où la couleur apparaît...

Autant que les grilles et la lumière ; autant que le piège et la possibilité de l'issue...

Derrière un épais rideau d'illusions ; et ce qui s'en détache ; et ce qui le traverse ; et ce qui le survole...

Et tous ces signes qui se révèlent à quelques-uns ; exposés là à l'intention des yeux qui rêvent de s'ouvrir ; de s'aventurer au-delà des étoiles et de la raison...

 

 

Bouche ouverte ; rassemblant l'écume et les profondeurs...

Sous le ciel ; l'âme fébrile...

Au-dedans du dédale ; au cœur des cercles outragés – équivoques – litigieux...

Du côté de ceux que l'on immole ; les lèvres cousues – les fers aux pieds...

Comme crucifiés sur la beauté bleutée des pierres ; tous ces pièges ; tous ces cris étouffés...

Et ce qui cherche à transcender toutes les alliances...

 

 

La face arrachée aux images ; rivée à la terre – au chemin – à l'immensité...

Si près du cœur-infini ; si poreux – si sensible à l'étreinte...

Colorant la chair au gré des émotions passagères...

Élargissant (parfois de manière spectaculaire) l'espace du dedans...

Sachant écouter ; et laissant agir la main...

Guettant ce qui vient d'un œil attentif et accueillant ; abandonnant le monde et le temps à ceux qui ne peuvent s'en passer...

 

*

 

Captif(s) du rêve et de l'éphémère...

Captif(s) du dehors et des industries complices...

Comme pris au piège ; coincé(s) dans la spirale...

Sans autre fuite possible que le ciel et le dedans ; qui, à terme, se rejoignent (au bout de quelques pas – en vérité)...

Pénétrant – en quelque sorte – au cœur du mystère ; au fond du même abîme – pourtant ; dans l’œil de la matière ; là où la conscience – à force de présence – s'est effacée...

A jouir des spectacles – de l'âme engagée et du regard qui contemple...

 

 

Plus même étonné par la faim – par le désir et par le monde ; ce qui apparaît puis s'efface ; et la nécessité de revenir et de recommencer...

 

 

Ni faucille – ni infirmité – ni réticence...

L'inconnu et l'incertitude devenus si familiers que tout entre en résonance ; et attise le jeu – le rire et la joie...

 

 

Un pas de côté ; et l’œil au-dessus...

Au milieu d'autres cercles ; au milieu d'autres visages...

A l’œuvre ; eux aussi...

Et dans le sillage du regard ; le réel...

Moitié ciel ; moitié chemin ; dans cet entre-deux...

Et cet espace que l'on arpente ; guidé(s) par l'âme et l'intuition...

Et mille choses à renouveler tant que persisteront l'obscur et l'étrangeté...

 

 

Aussi près que possible de l'insaisissable...

Les uns dans les autres ; jusqu'à la confusion ; jusqu'à l'indistinction...

Enchevêtrés (pour le moins) ; la chair – l'âme – l'esprit...

Sans compter le reste ; et ce qui se trame sous la volonté...

Mille états – mille possibles – mille itinéraires – qui se font et se défont ; quelque chose qui se dessine ; entre l'invisible et le sang ; entre l'ineffable et le plus grossier...

De plus en plus proche(s) ; en somme (ce qui, au vu de l'origine, relève d'une logique implacable)...

Le retour comme une évidence ; sans doute – la voie la plus simple ; ce qui s'impose de manière naturelle...

 

*

 

Au milieu des fleurs et de la pluie...

Les portes ouvertes sur le réel...

Présent ; (très) humblement – parmi les Autres (tous les Autres) ; presque indistinctement...

Animal de la parole – pourtant ; et qui découvre ce qui ne se dit pas ; ce qui ne peut se dire – sans doute...

Donné pour rien ; comme un secret ; pour la joie du commun...

A l'orée des yeux ; de part et d'autre ; déjà l'indicible...

 

 

Comme un grand chamboulement ; à l'intérieur...

Dans tous les recoins du cœur ; jusqu'aux plus lointains replis de l'âme ; jusque dans les plus infimes méandres de l'esprit...

Quelque chose ; sans doute – quelque chose ; mais qui donc serait en mesure de l'affirmer avec assurance – avec certitude...

Rien ; peut-être – ce qui est offert pour survivre ; échapper à l'écrasement et à la suffocation...

L'offrande la plus bouleversante – en vérité ; à peu près tout ; le plus précieux ; l'essentiel (à bien y regarder) sur ce bord (très périphérique) de l'espace...

 

 

Dans l’œil animal ; ces restes de lumière...

Et cette sauvagerie du rêve terrestre...

Ce qui devine ; et ce qui se cache...

L'âme (toujours) au cœur du mouvement...

Le corps gorgé d'ardeur ; et l'esprit, de silence...

Prêt à fuir – à combattre – à vivre – à mourir...

En un éclair ; comme une étincelle ; un claquement de doigts ; l'insaisissable puissance du vivant ; et cette vivacité si passagère...

 

 

Seul(s) ; au cœur de l'étrangeté...

Entouré(s) par tant de mondes – et tant de visages – différents...

Ce qui passe devant les yeux...

Et ces miroirs tenus par ces mains inconnues dans les zones les plus étroites...

A dessiner l'ombre des grilles de nos cages imaginaires...

Devenant notre effroi ; le possible ; et ce qui nous fait face...

Au-dedans de l'esprit et de la chair...

Explorant les profondeurs dans lesquelles on a été plongé...

 

*

 

La soif qui soulève la chair – l'esprit ; toutes les forces et l'inanimé...

Qu'importe ce que nous sommes ; qu'importe ce qui nous entoure ; qu'importe ce que l'on rencontre...

A l'infini ; jusqu'à cette insoluble satiété...

Et l'apprentissage de l'équilibre et de la mesure ; entre le manque et l'impossible...

Le destin de l'homme – peut-être...

 

 

Le grand nord ; et ce vent comme craché au visage...

La parole (plutôt) rare ; dans ce face à face avec le délitement...

Ce qui creuse l'âme jusqu'à la dévastation ; jusqu'au grand renversement...

Comme une grâce ; entre le supplice et le possible...

Réduit à moins que rien ; et, dans l'air, ce bleu qui irradie...

Comme porté jusqu'aux cimes par le ciel ; en dépit du rêve ; en dépit du monstre ; en dépit de la raison et de la démesure...

 

 

Au cœur de la chair ; déjà ; cette lumière épineuse – (presque) réactive...

Comme une prière au milieu du néant ; une île au milieu du sang...

Et les pieds dans cette vase vivante – vivace ; plongé(s) dans cette boue infâme et insidieuse – faussement inerte ; un abîme qui avale et dans lequel l'âme s'enfonce ; essayant vainement d'échapper à la matière et au temps...

Comme un long (un très long) apprentissage...

 

 

Dans l'ombre ; la blessure béante ; grandissante – s'enténébrant...

Ravivant la douleur ; l'intensifiant ; comme un poids – et une brûlure – supplémentaires...

Si sensible à l'étrangeté du monde ; à l'étrangeté de l'Autre...

Écartant tous les murs ; effaçant toutes les frontières ; élargissant le territoire ; et rehaussant la pente pour y accéder ; exacerbant la perception et la porosité...

Devenant (à sa manière) le centre et la lumière ; le lieu de tous les possibles ; bien davantage qu'un angle – qu'un recoin de la périphérie – qui accroîtrait sa perspective et ses sensations...

 

*

 

Sur le sol ; le cœur ; si peu ensoleillé...

Dans l'aveuglement du monde ; de l'homme ; comme face à un mur – devant leurs (innombrables) constructions...

Blessé par ce sang frais qui (sans cesse) se déverse...

L’œil écarquillé...

Et la mort qui se rue sur chaque parcelle...

 

 

Des traces animales dans l'âme...

La peau-infini ; tel un instrument...

Et cette sente à inventer...

Parmi les choses ; et le poids de la lumière...

Comme un écrasement...

Et ce rire lorsque apparaît (enfin) l'Amour...

La gorge écarlate...

L'esprit creusé par ses propres hallucinations...

Comme si on lacérait le vide ; comme si on giflait le vent...

Arc-bouté(s) sur notre refus de la vérité face à l'évidence de la soif...

Relégué(s) au périmètre de l'homme – en somme...

 

 

Au milieu du cœur ; cet écart – ce léger décalage – avec le reste ; comme une incompréhension ; quelque chose de bancal – d'imprécis – d'incomplet...

Ballotté par les vents qui tournoient ; et emporté par les tourbillons que forment les courants qui se rejoignent ou s'affrontent ; extrêmement changeants – tantôt s'élargissant – tantôt s'amenuisant...

A chaque fois ; comme une rencontre – des rencontres ; dans notre isolement...

Et ce que fait durer le temps ; en plus de cette (incroyable) tromperie du territoire...

 

 

La feuille qui a (peu à peu) remplacé la glaise et la pierre ; et le signe qui a (peu à peu) remplacé le cri...

Sans que ne soit transformée, au fond, la nécessité de dire : « regardez donc, mes frères »...

 

 

Ce qui va ; ce qui roule – vers son heure...

Lentement ; vers la lumière...

Entre la chute et l'ascension...

 

*

 

Le jour dansant et miraculé ; à sauter sur la mort ; à dessiner son visage ; à embrasser la confusion...

Et ce trouble dans l'air ; comme une naissance ; une figure désenfouie...

Singulièrement ; derrière tous les masques ; et jusqu'au dernier...

Sous l'apparence du grognement nocturne et solitaire ; l'étreinte – le voyage ; au-delà de tous les livres ; au-delà de tous les fantômes...

Ni supplice – ni séquelle ; au cours de cette (étrange) traversée...

 

 

L'âme et la peau ; poreuses...

Comme cet œil sur les passions et la folie...

Laissant s'écouler le sable ; et l'eau ; et les lois ; et les interdits...

Devenant le feu – la peur – le miracle...

Pris dans la cavalcade des saisons ; du temps en cascade...

Et l'angoisse ; et la terreur – face au monde ; face à l'infamie...

Et le cœur ; et les possibilités – intacts...

Là où mènent les pas ; dans cette tranquille continuité du périple...

 

 

Grimper au faîte de la nuit ; là où il n'y a ni étoiles – ni lumière ; mais des visages insensibles rongés par le souci ; des cœurs couchés dans le noir...

Quelque chose entre le sommeil et la mort...

Là où l'esprit de l'homme piétine...

Au milieu de nulle part ; entre l'enfer et le paradis que nous avons inventés...

 

 

Obéissant(s) et recouvert(s)...

Avant que la chair ne devienne cendres...

L’œil larmoyant...

Particule(s) dans la tempête...

Comme accroché(s) au pire pan du ciel ; celui qui dédaigne et terrifie...

Débroussaillant notre chemin ; au fond de l'inhospitalité...

Engagé(s) de travers (si souvent) dans l'étroit orifice ; et présageant ainsi (avec une quasi certitude) une traversée longue et difficile ; un voyage à l'issue presque impossible...

 

*

 

Ce qui pénètre les yeux ; à travers cette étroite meurtrière...

Comme une mince entaille dans la chair...

Et la lune au-dessus du corps...

Le grand ciel perdu...

Et tout ce noir qui nous engloutit...

Et la langue pour dire la peur et la possibilité...

L'esprit jeté dans la matière ; et qui pousse ; et qui pousse ; comme un rêve de protubérance et d'extirpation ; un grand rêve d'infini et de liberté...

 

 

De chaîne en chaîne ; glissant dans la glaise...

L'âme attachée à la précédente ; attachée à la suivante ; cherchant une issue – un chemin – un abri ; un lieu pour échapper à la trajectoire ; un repli pour s'extraire de la durée et du temps...

Un œil vivant pour se soustraire du piège – du monde – de la mort...

 

 

Cercles invisibles dont est formé le monde...

Des déferlantes de couleurs ; des forces et des puissances qui mêlent leur souffle ; qui jouent à créer des espaces et du temps ; et quelques figurines qui font office de figurants...

Pétrifiant et emportant – tour à tour – toutes les pièces du puzzle ; jusqu'au dernier visage ; jusqu'au dernier rire ; jusqu'à la dernière larme...

Et – peu à peu – la fumée – en soi – qui se dissipe...

 

 

Des traces grises sur le visible...

Entre les temples et la lumière...

Ce à quoi l'homme s'accroche [n'épargnant (presque) jamais sa peine]...

Dialoguant (essayant de dialoguer) avec les Dieux...

Tentant de se familiariser avec l'ineffable et le silence...

Abandonnant trop rarement son langage pour en inventer un autre plus propice à l'intuition et à l'entente ; et que comprendraient ; et que parleraient – les pierres – les plantes – les bêtes ; autant que les émissaires au service du Divin...

 

*

 

Le cœur lové contre le dehors ; hanté par la lumière...

Si près de l'implosion à la vue de tous ses doubles ; à entendre toutes les histoires du monde...

Sans jamais renoncer ; sans jamais s'effacer ; sans jamais se résoudre...

Vaillant dans toutes les tempêtes...

 

 

Au cours – au cœur – de cette énigmatique traversée...

Sur cette terre de si peu ; et – toujours – l'infini en point de mire...

Quelque part ; là-bas – plus loin ; en soi...

Recréant (poussé sans cesse à recréer) le cycle ; et la nuit ; et la venue de l'Autre ; comme une dissipation ; un éparpillement des forces ; un affaiblissement du mouvement...

Et ces hauteurs (toujours) inaccessibles...

Et ces tressaillements ; et ce sang si vif qu'il faut sempiternellement tout recommencer ; avec (approximativement) la même trajectoire...

 

 

Ce que nous ignorons encore ; et ce que nous ignorerons toujours...

Sans effet (pratiquement sans effet) ; là où nous sommes...

Dans ce désert érigé par le temps et les hommes...

Sous le vent et les étoiles ; sous ce ciel tempétueux...

Au milieu du reste ; au milieu des Autres qui (à bien y regarder) nous ressemblent...

Ce voyage en terre d'inhospitalité où l'on met un point d'honneur à survivre (bien davantage qu'à comprendre et à aimer)...

 

 

Ici même ; perdu(s) – oublié(s) – sans le moindre appel ; sans la moindre résonance...

Comme englué(s) dans l'argile ; comme abandonné(s) par le ciel...

Et le chemin qui se dessine ; à travers la parole...

Vers cette lumière épargnée par le carnage...

 

 

Silencieusement ; les noms que l'on épelle...

Face aux grands arbres à l'ossature céleste...

Bénissant les âmes – la légèreté et les scories...

Indistinctement ; indiscutablement – le monde où nous vivons ; le monde que nous sommes...

 

*

 

En équilibre ; sur les interdits...

A la fois l'enfance et le feu ; leur exubérance et leur déploiement...

Inscrit(s) dans l'aventure du vivant – en somme...

Avec un œil sur la route ; et l'autre sur la lumière...

Dans le sens du ciel et du vent...

A hauteur variable ; comme l'ardeur – l'audace et l'exploration...

De l'eau qui coule en des lieux jamais définitifs ; traversant tous les états de l'invisible et de la matière...

A sillonner la vastitude de l'espace ; à jouer avec le temps...

Entre l'origine et le néant ; à travers l'infini et l'éternité ; cet incessant voyage ; entre retour et découverte ; avec, indéfiniment, de nouvelles perspectives ; et tous les recoins à visiter...

 

 

Le temps du passage ; naissance et mort – intimement liées...

Du silence entre les mains qui œuvrent...

Sur ce chemin sans trace...

De l'or et de la fumée...

Ce qui, sans cesse, nous transforme en autre chose...

 

 

Sous le poids (inévitable) du monde...

Les épaules voûtées sur la pierre...

Autour de l'abîme ; la nuit arpentée...

A chercher des mains – un visage – un refuge ; quelque chose pour survivre à la douleur ; quelque chose pour échapper au néant...

 

 

Le cœur déconcerté par le reste ; tantôt hostile – tantôt indifférent...

Dans la boucle de l'être ; du vide – du bleu – des figures et de la matière ; sans bien comprendre le jeu des cercles et des appartenances...

Et l’œil amendé à mesure que se révèle la vérité...

 

*

 

Au commencement du voyage ; le souffle – juste après l'immobilité – nécessaire pour entreprendre le long (le très long) périple pour y revenir...

A travers les pas et les circonstances...

A travers la multitude rencontrée...

A travers la danse et la folie...

A travers l'errance et la direction...

A travers la mesure et les excès...

La ligne ouverte ; comme le cœur ; comme l'âme ; de plus en plus...

A travers l'absence et la cruauté...

A travers l'écoute et la main tendue...

Ce qui ravive l'innocence et la sauvagerie...

Toutes les possibilités ; jusqu'à la destination finale (provisoire) ; jusqu'à l'effacement de toutes les expériences...

Et ainsi ; le retour réussi au centre ; avant une nouvelle expulsion vers la périphérie...

 

 

Là où les yeux baissés renseignent...

A l'envers des traces ; à l'envers de ce qui nous distingue...

Ce qui contient l'étreinte ; au-delà de la prière et du cri...

Ici ; entre la pierre et la langue ; les couleurs du monde...

A mi-chemin entre le royaume des vivants et ce qui rend la mort si souveraine...

 

 

Le cœur grignoté par la pensée ; et l'Autre sous les paupières ; puis, régurgité par petites giclées – entre les lèvres...

A travers la parole qui se déverse au milieu des éboulis – au milieu des hécatombes ; quelque chose de vivant là où ne règnent (trop souvent) que la mort et l'inertie...

De bas en haut ; vers ce qui est désirable ; comme catapulté par-dessus les murs qui enserrent la cour étroite où nous vivons...

A travers les airs ; vers le large – le plein ciel ; naviguant ; pour que la lumière remplace le malheur et la tristesse...

 

 

Détaché du voir ; ce qui devient nôtre ; l'alentour...

A la périphérie de l'âme ; l'ensemble...

A traîner (obscurément) sur la pierre ; dans l'inévitable sillon tracé par nos aînés...

De moins en moins de couleurs et de prières à mesure que se précise le périple ; à mesure que s'élargit le territoire...

Sur un chemin de plus en plus désert ; sans trace – sans nuit – sans couronne...

Avec soi et de l'or tissés dans l'air...

Ce qui s'offre (très naturellement) ; une (bien) plus vaste respiration...

 

*

 

La terreur et le rire ; sous la même lumière...

Ce qui s'abandonne ; et ce qui s’endurcit...

Dans la même poitrine ; cherchant leur équilibre au gré des expériences...

Comme un perpétuel balancement ; quelque chose qui cherche sa résolution...

Sur ces rives étranges où tout semble au-dehors...

 

 

Les vivants sous surveillance ; investissant les lieux ; occupant le terrain – installant leur drapeau dans les interstices du reste...

Animés tantôt par la soif – tantôt par la faim...

Compulsivement reproductifs à seule fin de ne pas disparaître – de continuer à être (de matérialiser leur présence)...

Au milieu des blessures et des chaînes...

Survivant à (presque) toutes les contradictions...

Sur les décombres des mondes précédents ; et initiant (malgré eux) ce qui adviendra dans les temps à venir ; ignorant (pour l'essentiel) l'ensemble qu'ils composent...

 

 

Murmures établis ; en soi...

Pas si douloureusement ; sur le chemin des mots...

Dans cette sorte d'exil ; à l'écart des noms que l'on épelle ; des têtes que l'on glorifie ; à l'écart des semences fructifiées et des ambitions communes...

Hors du ghetto ; aux marges lointaines du collectif...

Hors des cercles prestigieux ; là où le sauvage est relégué ; là où l'existence devient un (véritable) voyage ; une (réelle) aventure...

Si près de la mort – de l'infini – de la possibilité – que tout s'intensifie ; et que l'âme devient merveilleusement vivante...

Hors de portée pour les yeux mimétiques ; pour les âmes suspicieuses et peu inventives...

 

 

Oubliée ; cette partie du cœur ; apparemment transformée en bordure du monde...

Éloignée (si éloignée) de l'innommable...

Plantée entre la terre et l'invisible...

Insensible à ce qui se passe au-dessus de l'abîme...

Au milieu de l'étrangeté ; imperméable aux influences des marges et aux courants inconnus...

Si peu vivante – en somme...

 

*

 

Abandonné(s) à l'ordre du monde ; sans jamais s'atteindre...

Ne rencontrant que l'absence sur le visage – et dans le cœur – de l'Autre...

De terre en terre ; jusqu'à devenir un cadavre esseulé...

Recouvert de cette boue et de ces lambeaux de chair...

La fin du voyage assez inconfortable (et passant – pourtant – inaperçue)...

Comme une lente dissolution ; et, au dernier souffle, un minuscule soulèvement de poussière (à peine perceptible)...

 

 

Sans argument (valable) face à la barbarie – face au sommeil...

L'inévitable du dehors ; et ce qui hante – et ce qui ronge – à l'intérieur...

Comme contaminé(s) par le mécanisme du désir – de la violence – de la torpeur...

Tous les territoires envahis par la nuit...

A gueuler – à gesticuler – à se débattre – dans la vacance du monde...

Face au nombre et à l'indifférence ; l'éloignement et l'invisibilité ; l'écart nécessaire pour découvrir – et explorer – l'autre versant de l'homme ; au revers de la prétention et de la supériorité supposée ; cette part mystérieuse et (très largement) insoupçonnée...

 

 

Disposé (pour le moins) à recevoir ; et à se mélanger...

Redevable de toutes les rencontres antérieures ; de cet entremêlement actuel ; de l'effacement à venir...

Laissant aller ce qui vient ; et se réorganiser (sans cesse) tous les royaumes...

Étant tous ; étant chacun ; sans frontière – ni discontinuité...

Dans cette zone de neutralité et de silence où chaque état – chaque visage – chaque chose – est accueilli(e) ; y compris les blessures et les résistances...

Là où tout s'écoule – s'amplifie – se disperse – s'effiloche – s'accomplit...

 

 

Du ciel à la terre rouge...

De la chair et des âmes ; guidées (si souvent) par des yeux trop peureux...

Sur ces rives ; aux lisières de l'infini...

Devenant l'absence et la possibilité de l'issue...

Entrecroisés ; le bleu et la couleur des destins...

Dans ces échanges de courants et de matières...

Cette vie qui, peu à peu, s'alourdit ; qui, peu à peu, devient trébuchante ; s'offrant avec (de plus en plus de) maladresse à l'Autre – au temps – aux champs stellaires qui peuplent l'immensité et qui circulent au-dessus des têtes...

 

*

 

Le désir de l’œil ; au milieu du jour...

Séparant la montagne et la machine ; l'or et le plus précieux ; la solitude et la compagnie des Autres, le chemin et les sentes communes...

Réunissant (réussissant à réunir) le sauvage et la civilisation – le visible et l'invisible...

Inventant l'homme naturel tissé de respect, de franchise et de simplicité...

L'une des issues (peut-être) à ce monde souffrant – fiévreux – en perdition...

A travers l'éclosion d'une humanité capable d'enchevêtrer l'homme – l'arbre – la bête – la pierre et le Divin ; de les insérer dans tous les cercles du vivre afin qu'ils puissent cohabiter de la plus sensible – de la plus intelligente – de la plus respectueuse et fraternelle – des manières...

 

 

Souillé(s) de trop d'humains – de trop d'ignominie – de trop de débilité ; ce que ce monde a (si brillamment) façonné...

Et jusqu'au reste – qui lui a (miraculeusement) échappé ; imbibé, lui aussi, de misère – de douleur et de crasse...

Le silence (entièrement) dissipé ; l'infini (totalement) négligé ; et la beauté (parfaitement) ignorée...

Creusant (sans fin) le sillon des malheurs que nous sommes (presque) tous condamnés à arpenter...

 

 

La tête au faîte ; enneigée – secouant sur la feuille un peu de lumière et quelques flocons...

Contre les épaules des Autres (habitants de la forêt) ; réunis pour écouter le vent...

L'un des rares chants capables de défier les frontières (et la prétention) des dominants ; de transformer les rythmes de la terre en offrande au Divin le plus vivant – présent dans le cœur de tous ceux qui ont écarté le sommeil – l'irrespect – l'inattention...

Dans cette dépossession du signe et de l'espace ; sans se soucier des noms – du nombre – de ceux qui s'empressent – ni de ceux qui dédaignent l'invitation...

Pour soi seul – en somme ; au-dessus de la pensée et de la lumière des hommes...

 

 

Vertigineusement ; le recommencement du cœur – comme un miracle...

La renaissance des possibles ; pour l'âme et la chair – pour la terre et le ciel...

Ce qui succédera au royaume de la bêtise – de la barbarie – de la fatuité ; un chemin entre les pierres et l'Absolu que pourraient emprunter quelques âmes particulièrement sensibles et disposées...

 

*

 

Le feu silencieux de l'âme ; intense – discret – qui s'initie loin du monde (loin des lumières du monde) et de l'affrontement ; loin du cirque et des arènes...

Fidèle – loyal – constant ; consumant le cri – le désespoir – la quête – l'impossible...

Portant vers le ciel et la découverte...

De surprise en surprise ; et que l'on tait ; de plus en plus insoucieux des jeux et des alliances qui se tissent – et s'exercent – sous le soleil...

 

 

Par paliers – par saccades ; le sauvage et l'infini...

Dénaturant peu à peu (et profondément) l’artificialité de l'homme (ancien et moderne) ; élargissant (considérablement) l'étroitesse de son univers...

Comme une nécessaire guérison de toutes les maladies humaines...

 

 

La joie du poème qui ruisselle – en se mêlant à l'âme et à l'herbe ; grimpant – sautant – dansant – pénétrant l'invisible et la matière ; œuvrant discrètement à sa tâche modeste et inconsidérée – si essentielle (pourtant) pour défendre le plus naturel – le plus fragile – le plus précieux – de ce monde...

 

 

Le langage, peu à peu, déplacé ; du côté du cœur – incliné – vers le ciel (sans la moindre surprise)...

Et ce qui fait silence ; à travers ce tourbillon de paroles...

Et, en filigrane, la simplicité – le retrait – la soustraction...

Comme s'effaçant derrière l'inébranlable et la transparence...

Témoignant (humblement et à sa manière) de cette lente éclipse ; de cette (très) progressive dissolution...

 

 

Dépourvu (totalement dépourvu) ; des yeux seulement...

Au milieu des arbres et des étoiles ; sur ce chemin invisible qui serpente entre la terre et le ciel...

Juste au sortir du plus opaque (du plus tragique – peut-être)...

Aussi longtemps que durera la marche...

Avant le règne de l'inconnu et de l'incertitude ; de plus en plus proche ; et qui, peu à peu, remplacera ce qui nous est familier...

S'initiant ainsi à l'infini...

Sur l'autre versant du même voyage...

 

 

L'enfance ; dans laquelle tout a été puisé...

En ce monde qui (quoi qu'il en dise) l'offense – l'oublie – l'abomine...

 

*

 

Sur le fil ; l'équilibre – le mouvement – la lumière...

Comme un corps à corps entre le vide et la matière...

S'insérant – s'entremêlant – se chevauchant – se séparant ; selon les nécessités du monde et du marcheur...

Comme en pointillé sur l'étendue ; quelque chose du souffle et de l'élan ; quelque chose du jeu et de la mort...

Sans ailes – sans intention – sans croyance...

Seulement la justesse et l'intensité du pas ; et la joie offerte par la danse...

Et partout – sur la piste – la beauté du bleu qui se livre – qui s'abandonne – aux cœurs – et aux yeux – les plus fébriles – les plus brûlants...

 

 

Ce qui s'invite dans l'absence ; selon sa nature...

Les frontières ou l'infini...

La paix ou la frénésie...

La beauté ou l'ignominie...

Les entrailles ou la poésie...

Et les yeux ouverts (toujours ouverts) pour froisser les bords du territoire...

 

 

Devant le jour ; la silhouette déposée...

Sans même une ombre sur l'herbe enneigée...

Le cœur désobscurci par le regard qui s'émerveille...

Quelque chose – en soi – qui demeure ; alors que tout passe au-dehors...

A travers ce voyage vers le plus intime...

 

 

Perché sur la terre des mots discordants ; le plus poétique teinté de silence et d’immensité...

Sur toutes ces petites choses infimes – passagères et mortelles...

Qu'importe ce qui habite l'esprit ; qu'importe ce que le corps recèle...

Couché au cœur du secret (sans doute – le plus délectable) ; dans cette trame où se tissent le gouffre et le ciel...

Au fond de l'ineffable...

Entre le rêve et le détachement...

Cette joie née du plus vaste qui porte l'âme au-delà de ce monde...

 

*

 

Au fond de l’œil ; cette cécité...

Et dans la béance ; tout ce rouge déversé...

Si peu de chose(s) ; en vérité...

Du vide et des tourbillons ; tous ces gestes – tous ces mots – tous ces cris ; des rires et des larmes – des émois et des tremblements ; creusés dans le même sillon – à la suite du vent ; séparés en apparence mais amalgamés dans leur apparition – dans leur accomplissement et leur délivrance...

 

 

Dans la fissure ; tant de rêves entassés – oubliés – piétinés...

Roulant sur eux-mêmes dans la nuit noire...

Et que les plus audacieux accompagnent d'un rire (si énigmatique aux yeux du monde)...

 

 

L'enfance ; entre le mur et la roue...

Indisciplinée ; échappant à toute frontière ; à toute mainmise – y compris aux tentatives d'assaut de la terre et du ciel...

Réenchantant (malgré elle) l'existence – le geste et la langue ; s'affranchissant de ses manquements et de ses outrances ; libre (parfaitement libre) des lois et des impératifs de son royaume...

 

 

Nous accompagnant ; au-delà des foules – au-delà des rêves – au-delà des gouffres...

Les pieds plantés dans le réel – composé de matière et d'invisible ; et partie intégrante du ciel (bien sûr)...

Proche (si proche) du monde des origines...

Le cœur couché dans les profondeurs...

Bourlinguant entre les cimes...

Nous laissant porter par les vagues...

L'âme brûlante ; la gorge déployant son chant...

Vers le bleu ; entre les feuillages...

 

 

L'hiver ; par-delà le monde et les naufrages...

Au-dessus (juste au-dessus) de l'abîme étagé...

Les yeux qui, peu à peu, se détournent de l'or et des galeries du dehors...

De l'autre côté du délire ; vers l'errance et l'ivresse...

A rebours des itinéraires humains ; dans le sens des courants naturels (invisibles et souterrains)...

L’œil – le souffle – le cœur ; comme seul chargement...

 

*

 

Sans demi-mesure...

Le feu plutôt que la braise...

Le vrai plutôt que la légende...

Le geste plutôt que la parole...

L'enfance plutôt que la raison...

A travers cette alchimie qui coule entre l'âme et le ciel ; et, parfois, dans les veines des plus innocents...

Sans compromission ; à la manière du silence qui résonne comme un chant dans les bourrasques...

 

 

Face au vide ; ce que l'on avoue – ce que l'on offre – ce que l'on abandonne (ce que l'on doit avouer – ce que l'on doit offrir – ce que l'on doit abandonner)...

Et la même chose (à s'y méprendre) face à la main tendue qui, parfois, traverse l'épaisseur de l'enfer...

Soulignant l'équivoque (remarquable) de l'esprit de l'homme ; et sa terrible indécision...

Face au bleu et aux déguisements ; le même œil aveugle ; la même chair tremblante...

 

 

Des cœurs en enfilade ; à travers la mort ; jusqu'à l'ultime métamorphose ; avant que ne se réinitialise le cycle ; avant que ne s'invite – et ne s'invente – la phase suivante...

 

 

Avant d'être ; la bouche grande ouverte...

Les yeux posés sur les larmes...

Le cœur exsangue et la dent sournoise...

Le clinquant exposé ; comme les vagues prouesses de la main et de l'esprit...

Le tambour que l'on frappe à son passage ; au milieu des têtes indifférentes qui, elles aussi, s'adonnent à cet inutile tapage...

Un monde de bruits, de miroirs et d'âmes renversées...

Un monde où il ne fait pas bon naître...

 

 

Couchés encore sur ces images (si souvent considérées comme un trésor) ; sous l'égide des dés qu'on lance au hasard...

Autour de sa propre vie ; ne cessant de tourner...

Si éloignés du mystère tout proche...

Les yeux posés sur ces cercles d'ombres (innombrables)...

Poussant le monde jusqu'au délire ; jusqu'à la folie...

Essayant (obstinément) de se façonner un nom (et une existence) dont tout le monde se moque ; et dont nul ne conservera le souvenir...

 

*

 

Le cœur tantôt bondissant – tantôt opaque et réticent ; au gré des visages rencontrés...

Jusqu'au jour où la soif devient si vive que l'on quitte le monde pour la franche solitude...

S'éloignant de tous les simulacres...

S'offrant la proximité de l'infini et la diversité du vivant ; l'arbre – la fleur – la pierre – la bête ; et cette présence – en soi – qui, peu à peu, se révèle comme le seul trésor...

Au cœur des liens qui unissent le naturel et la lumière...

La vie vraie ; au milieu des véritables vivants ; apprenant à voir en chaque être – en chaque chose – un visage – une âme – un esprit ; et la possibilité d'une authentique rencontre ; faisant ainsi grandir la joie d'appartenir à la grande communauté...

 

 

A travers la semence du rêve (animique et exalté) ; au-delà (bien au-delà) de son rôle et de sa place habituels (dans ce monde si peu poreux)...

Allant par les chemins ; traversant les rives et les continents ; comme naguère – au temps d'avant la matière ; au temps d'avant le temps...

Teintant l'esprit (et la terre) de sa couleur ; défaisant les âmes de l'obscur – de l'errance – de la douleur ; aidant à franchir tous les seuils et à rejoindre la lumière (en s'affranchissant même de l'idée de voyage)...

 

 

Toutes les forces jetées dans l'impénétrable...

Le souffle du vrai ; entre les tempes...

Le cœur criblé de flèches invisibles ; inoffensives ; tendres et salvatrices – substituant au sang une substance plus douce ; remplaçant la violence par le secret...

Hissant dans les veines – sur la pierre – au fond de l'âme – la lumière – le feu – la tendresse ; catapultant l'esprit par-dessus le plus tangible (par-dessus l'objectivable) – jusqu'au faîte de l'être – peut-être...

 

*

 

Le plus haut de l'Autre ; entre le corps et l'esprit ; dans cet étroit (et étrange) interstice...

Dans le fondement même du feu ; à travers la pierre et le sang...

Dans le bleu insoupçonné de l'âme...

Quelque chose du rire ; face au dérisoire – face à l'infini...

Qu'importe les aléas – les malheurs et la mort...

Qu'importe que tout se dissolve ; devienne cendres et désert...

Qu'importe les traces vers le centre ; et qu'importe celles qui rejoignent les plus lointaines périphéries...

Dans cette écoute démesurée...

 

 

Sur l'axe ; le soleil et le désenvoûtement...

Seul dans ce face à face avec la folie...

Ni monstre – ni crime ; et l'impossibilité de fuir – d'échapper à ce que l'on porte – à ce qui nous habite...

Le dedans incertain et inconnu ; au cœur de l'espace...

Entre la brûlure et la mort...

Cette étrange immensité ; cette grandiose (et souveraine) respiration...

 

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