SI PRES DE NOS LEVRES, LE SILENCE (VOLUME 3)
EXTRAITS DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2022-2023)
Sur la pierre
Sous le vent
Pénétré(s) jusqu'à l'indécence ;
jusqu'au plus funeste
Parmi les cris et l'herbe rouge
A attendre l'éclatement du ciel ;
la possibilité du triomphe
Un peu de lumière sur le secret
Contre le rêve ; la tête froide
Les lèvres appuyées contre la vitre
Jusqu'à l'heure où la douleur deviendra si insupportable que nous ne pourrons plus résister...
Mille manières de s'absenter ; de tenter de s'abstraire de la douleur – de la durée – de la finitude triomphale – triomphante
Pas encore apte(s) au geste ; de simples gesticulations...
A hauteur variable ; le geste – le pas – la parole
Pas si manqué ; pas si au-dehors – pas si extravaguant – que cela ; en fin de compte...
Bloc(s) de chair ; grains de poussière agglomérés
Au contact du dehors
Couché(s) par le vent ; (très souvent) en mauvaise posture
Porteur(s) d'idées et d'images ; de rêves et de fictions
Créant un monde (des mondes) au cœur de ce qui existe déjà
Sans rien voir ; et vivant de manière très partielle
Parcelle(s) infime(s) sur quelques rives isolées – anecdotiques (si dérisoires)
En dépit de l'orgueil ; de l'odieuse (et risible) prétention de se croire davantage
Marionnette(s) malingre(s) et engourdie(s) – que la vie déguise – que la vie malmène – que la vie transporte ; que les vents dénudent ; et dont le monde se moque et se sert
Porté par la soif ; davantage (bien davantage) que par la faim
L'âme plutôt que le ventre
Et le ciel autant que le reste pour peu que l'on se fasse obéissant ; et qu'on laisse la terre nous enseigner...
Des lignes – des signes – des traces
Quelque chose dessiné avec l'âme
A travers la joie et le sommeil de l'homme
Face à la lumière
Debout ; comme l'arbre et la montagne
Main dans la main ;
avec toutes les choses vivantes
Joyeusement ; la ronde
Silencieusement ; le monde
A se demander (parfois) où est le jour ; où est la joie
Au cœur de l'insoutenable
Comme si la tête avait oublié qu'elle était prisonnière des sables du monde...
De ses propres yeux ; l'éclairage et le sens donné aux pas
La tête droite
Sans public – sans accusation
Au-dessus de ce qui s'obstine
Le sourire si proche de la pierre pourtant
Dans l'antichambre des ténèbres
Au chevet de ceux qui vont mourir
Attendant la barque qui les mènera
au fond de la nuit
Déposé(s) là
Sur la grève du monde
L'infime au milieu des Autres
Les yeux affranchis des reflets
Au-delà du sombre et du chatoyant
Sous toutes les couleurs ;
le rêve – le silence et la beauté
A vivre (très) modestement
A travers l'usage et l'usure des choses ; au cœur du périmètre familier
Comme si l'on était privé de beauté et de poésie ; de rire et de merveilleux
Comme si le secret était trop profondément enfoui
Comme si l'invisible demeurait impénétrable (pour l'essentiel des hommes)
Fils du sans nom ; de ce qui n'a jamais eu lieu ; de ce qui n'existe pas ; en dépit du sol – du jour – des visages apparents...
Un peu de vent ; un peu de bruit ; et quelques rêves ; pas grand-chose – en vérité – face à l'infini – face à l'éternité
Comme la fleur qui perce la terre craquelée
Confiant dans la graine et le fruit ; et dans l'ardeur nécessaire pour se transformer
Comme le reste ; soumis au temps et à la métamorphose
Ici ; exactement sous les étoiles
Malmené(s) par les ombres qui agitent l'écume et la mémoire
Sur la pierre grise et usée
Au milieu des morts et des corps couchés
L'ardeur suffisante ; et un grand silence – seulement
Du bleu dans l'herbe
Le monde serré contre soi
A la saison du détachement
Personne ; seulement la lumière ; la lumière et l'infini
L'Amour – sans doute – qui nous a pris dans ses bras
Affranchi du temps et des injonctions ;
et de l'idée même de liberté
Au cœur du vide exactement
Là où l'esprit et la pierre dansent ensemble
D'un instant à l'autre ; d'une heure à l'autre ; d'un siècle à l'autre
Et là – quelque part – la possibilité d'un passage ; la possibilité du retour
Arbres et visages – sous le ciel haut
Ce qui fait du bruit ;
et ce qui bouge (très) lentement
Étrangement attirés par la lumière
La matière ; obscurément
Au milieu des rêves...
Nous retrouvant (parfois) à la cime du monde ; au milieu des pierres – des arbres – des bêtes ; sans réponse ; avec une joie sans explication
Auprès des nôtres ; sûrement
Dans les bras du secret
Au cœur du chaos ; là où tout se rencontre et se chevauche ; jusqu'à la plus parfaite familiarité
Le jour ; à notre mesure ; et de temps à autre (rarement – très rarement) l'inverse...
Au cœur de cette béance de sable ; qui s'écoule – qui s'écroule ; et au fond de laquelle nous capitulons
Du bleu – partout – pourtant – dans nos mains qui creusent et recueillent
Penché sur la pierre ; au milieu de ce qui brille davantage que les étoiles...
L'immensité déjà ; malgré le sang et les instincts
En amont de toutes choses ; au cœur des forces qui s'opposent – qui se chevauchent – qui s'additionnent – qui s'annulent – qui se complètent ; au milieu de ce qui se côtoie sans violence
Sans cri – sans douleur – sans étendard
Dans la danse tempétueuse
Dieu jetant sur les uns et les autres des songes et des étoiles – des épreuves et des aventures ; autant de chemins qui mènent vers son royaume
Au cœur de l'existence
L'être à travers toutes ses possibilités...
Cette mémoire qui nous éloigne ; et l'autre – plus ancienne – qui nous exhorte au retour...
Les yeux levés
Sur le seuil – la lumière
Naissant – vivant – mourant ;
d'un même souffle
Alors que s'éloigne le rivage
La figure claire et silencieuse
Le sommeil – à bout de bras –
jeté dans la brume
Et le vent ; et l'aube – qui se lèvent
L'absence conjuguée par toutes les figures noires et prétentieuses
Le regard menaçant ; le bleu oublié au fond de l'abîme
Et le silence pour appuyer toutes les sentences prononcées
Les paumes pleines de haine et de (fausses) vertus
Au cœur même du sommeil ; l'autorité et le monde réifié ; l'empire des hommes
L'enfance bleue et silencieuse
Vénérant les arbres et les pierres ; les fleurs et les bêtes
Chantant – dansant – au milieu des visages et des voix
Rapprochant les cœurs ; apaisant les cris
Jouant le jeu de la bêtise et de l'aube – indifféremment
Profonde ; au cœur de l'essence ; sans rien exclure de l'écume pourtant
Notre existence ; à la fois feu fugace et temps éternel
Au fond du sommeil ; autre chose
Une fête ; une lumière
Un monde – un univers peut-être – en germe ;
impatient (très impatient) de se déployer
L'énigme du vivant ; ce qui est là comme une évidence – cette manière d'être en vie entre la pierre et la nuit – sous un ciel inconnu (auquel on prête communément tous les mystères)
L'aube lointaine ; trop – sans doute – pour l'esprit si crédule devant les choses du ciel – les choses de Dieu – les choses d'en-haut
Ignorant qu'à chaque geste – qu'à chaque instant – Dieu se penche sur notre bêtise – notre accablement – notre cécité – pour y insérer un peu de lumière et offrir (ainsi) à nos existences un peu d'espoir – quelques possibilités – une lueur suffisante pour continuer (essayer de continuer) de croire en l'homme
L'homme ; pas grand-chose au commencement et devenant, peu à peu, (presque) plus rien ; et un mince tourbillon d'air à la fin – à peine un souffle – un léger frémissement dans le vent
Dans l'intimité de l'espace
A l'écoute du plus haut – en soi
Dans l'épaisseur de la nuit
Les yeux abandonnés
Et le bleu (un peu blafard) du poème
Comme sommeillant à la lisière du temps
Sous le ruissellement (perpétuel) de la lumière
De la joie au fond des yeux
L'oubli du nom – du monde et du temps
Dieu sorti de l'imaginaire ; (très) spontanément...
A notre place ; en retrait
Touché par le silence
Sans résistance face
à ce que l'on ne reconnaît pas
Le soleil joyeux dans le sang
A deux pas de l'enfance
Le regard – émerveillé
Le ciel serré contre soi
Ici ; à travers l'exigence de la lumière
Sans renoncement
Sans (le moindre) déchirement
Dans le sillage du vent qui tourbillonne
L'âme sans désir ; acquiesçante
Au pied du souffle
Comme si c'était là notre seule volonté...
Engoncé(s) – dans le rêve – immobile(s) ; alors que les vents poussent les ombres hors du monde
Rejoindre la source en suivant l'ombre à la trace
Quelque part ; dans l'espace et le temps
Dans le vide de la chambre ; le plus souvent
Le ciel qui s'est, peu à peu, décollé de l'image ; et tous les songes qui ont dégringolé de leur socle bancal
Plus que le sol – à présent ; et les cris qui repartent à l'assaut de la nuit
Qu'importe la pierre ; qu'importe la suie ; qu'importe la neige ; lorsque le jour a tout recouvert...
A travers la roue qui tourne ; le ciel – la terre – les hommes – les arbres – les pierres et les étoiles
Le désir puis, le silence ; l'inquiétude puis, la joie ; les temps fougueux puis, les jours tranquilles
Et, un soir, entre ces îles étranges ; tous les seuils atteints (comme par miracle)
Parvenu (peut-être) à la lisière du visible – aux confins du plus grossier ; de l'autre côté du monde ; de l'esprit
Sans ignorer (bien sûr) que lorsque le cycle s'achèvera, nous referons le chemin à l'envers ; en repassant par cet âge initial qui succéda aux premiers temps de l'origine
Inséparable(s) de ce qui a lieu ; simplement
Ce qu'il faut inventer de parole – de chambre – de monde
En plus du temps – du chemin – de la lumière
Un univers entier à l'intérieur de l'autre ; et mille possibles ; et mille passerelles – pour ne jamais entraver la liberté de se mouvoir ; d'aller à la manière du vent
Derrière la fenêtre ; la même buée
Comme si un visage – des lèvres – un souffle – existaient de l'autre côté de la vitre ; Dieu peut-être – Dieu sans doute ; préoccupé (apparemment) par notre inquiétude et nos interrogations...
Nul autre ; et mille fenêtres
Au bout du monde ; au bout des doigts ;
partout – son propre visage
A présent ; simplement ici ; en sa présence
Si fugaces ; le temps du monde
La durée de la terre ; de la chair ;
des noms que l'on célèbre
Aussi brefs qu'un orage d'été
Des nuées de visages et de choses
Sous la voûte sombre
Sous le soleil sans écart
Face aux têtes qui s'interrogent
Face aux corps qui piétinent
Face aux cœurs qui s'impatientent
Face aux vivants que l'on mutile – que l'on égorge – que l'on assassine
L'indifférence du ciel – des pierres et des lèvres qui savent
Le silence qui s'offre ; à la manière du plus bel acquiescement ; le regard et l'âme sans exigence – heureux de ce qui est ; avec ou sans frémissement ; en dépit de ce qu'en pensent les ignorants...
A grands pas ; vers le vide – le vent – l'autre extrémité de la perspective...
Dévoilant l'invisible
A travers le geste ;
le cœur sensible
Malgré soi
A la manière du soleil
Rien ; depuis si longtemps
Choses et visages ; dans la brume ; indistinctement ; qu'importe ce que désigne le doigt
La porte entrouverte du monde
De l'autre côté du rêve – de la trame – de l'esprit
Sur la pierre saillante
L'âme silencieuse
Au-delà du ciel grillagé ;
gardé par des yeux fous et des esprits délirants
Au-delà des prières hâtives
Au-delà des images et des mots
Ici-bas ; exactement
Jusqu'au dernier souffle sur terre
Toutes les possibilités du sol et de la lumière
Pas le moindre trésor
dans le coffre des hommes
Des mots – des promesses ;
et son pesant de nuit
Pas une seule âme ; pas la moindre sagesse ; pas la moindre sensibilité – en ce monde
Seulement ; des têtes tristes – des cœurs accablés – des corps douloureux...
Existant sans nom – sans ami – sans personne
Sans volonté – ni intention
Sans rien ressasser ; pas même l'indicible
Debout ; entre les mains d'un ciel à la manœuvre
Ne décidant de rien ; pas même du rythme –
ni du sens de la roue
Le cœur aussi bleu que la neige
Et le ciel en contrebas
Dans un monde simple
Affranchi des hommes et du temps
Baigné de lumière et de tendresse
Comme l'arbre ; sur la pente naturelle des choses
Enchevêtré avec l'infime et l'infini
Se laissant parfaitement guider
Pas un homme ; juste un peu de vent et de lumière...
Les paupières lourdes
Comme enfoncés au fond du sommeil
Un long filet de bave
entre les lèvres entrouvertes
A dormir encore ; en dépit du corps dressé
Dans la vibration du monde ; le bleu
Qu'importe la rive ; qu'importe le chemin
La peau et le ciel frémissants
En ce lieu présent en tous les lieux
Comme une lumière précieuse – abondante –
inestimable
Intensément ; l'absence...
Auprès des arbres encore
Sous un ciel plus haut
Sans autre horizon
Au-dessus de l'abîme et des bruits
A la cime du cœur ; vers l'envol
Là où se chevauchent ; là où se confondent
les règnes du seul et de l'ensemble
Le poème – bribes de vent – allant du bleu au monde et, quelques fois (plus rarement) du monde au bleu...
Le théâtre des vivants – entre farce et tragédie ; entre espérance et découragement ; pas si loin du secret finalement...
Des paroles comme un ciel découpé et offert
Davantage – peut-être – que le monde – les étoiles et les rêves – réunis
Mais moins que la première fleur pourtant
Malgré l'infini qui – au fond du cœur – se déploie
Un chemin à gravir ; à inventer
Avec des ombres – des reflets –
des gémissements
Et un semblant de ciel
au-dessus des vivants
Le chemin-mère ; le chemin bleu
Discret ; comme dissimulé sous les feuillages ; sur le sol persécuté
Entre désert et désir ; les signes – le soupir et la possibilité
La bouche toujours sèche ; parfois de trop de silence ; parfois de trop de mots
La voix – comme les pas – qui résonne
A se balancer entre le rire et le monde
Sur ces rives où seule compte la chair
A quelques pas – pourtant – de ce qui brille dans l'invisible
La garde et les poings serrés – abandonnés ; les genoux au sol ; inutile toute forme de résistance – toute fierté – après tant de défaites – de fléchissements – de capitulations...
Au-delà des pas hasardeux lorsque les choix n'en sont plus – deviennent d'impératives nécessités...
L'âme qui (parfois) interroge le silence ; cherchant (sans doute) une langue nouvelle pour s'aboucher (de manière opérante) avec Dieu ; l'entendre – et lui parler – autrement qu'en son for intérieur...
Dans l'intimité des choses
Soi ; et le reste du monde – sans la moindre extériorité
Au cœur du cercle bleu ; là où l'on est ; là où l'on vit ; là où l'on respire
Une longue suite de pas et de mots pour tenter d'approcher la lumière et la transparence
Au fond du ventre ; l'origine de l'ombre
Sur les pierres ruisselantes de pluie
Le parfum enivrant de la terre
Au milieu des arbres séculaires
A même le sol mouillé ; l'âme et les pieds nus
Au fond des bois ; là où les hommes
et le temps ne pénètrent plus
Le visage fouetté par l'averse et le vent
Et le cœur déjà au ciel ; bien à l'abri
Goûtant par l’œil et la peau la grandeur –
et la beauté – du spectacle
Bien que tout soit cousu ensemble avec le vent ; nul ne voit ; rien n'est vu – tant la terre est lourde ; et la multitude indigente
Rien que du bruit ; de l'absence et des yeux fermés
Au seuil de l'autre monde
Pour soi seul ; à présent
Ivre de ces lignes bleues que d'une main légère – que d'une main joyeuse – le ciel dessine ; quelques signes – quelques traces – qui caressent – effleurent à peine – la terre – ces rives isolées où nous vivons
Là où le ciel recueille et rassemble
Sans commentaire sur la danse et les reflets
Toutes ces choses déchirées ; autour de soi
Le cœur chaviré par tout ce noir
Au plus sombre du rêve – sans doute...
A chercher (sans cesse) ce qui résiste ; ce qui se maintient – ce qui demeure ; alors que tout s'use – se délite – s'efface...
L’œil gorgé d'images ; comme hagard – égaré – délirant – dans le brouillard
Au seuil (pourtant) de tous les mondes ; sans rien voir – sans rien comprendre
Et tout qui se dissipe – qui disparaît – déjà
Dans l'oubli de l'humain ; quelque chose qui, peut-être, se dessine...
Les arbres – les pierres – les rivières – que nous chérissons
Et les bêtes ; nos égales devant Dieu (sans pouvoir pardonner ceux qui les assassinent)
Cette fraternité d'enfance qui se risque hors du cercle des conventions
Plus folle – et plus sage – que les rêves des hommes
Sans question – sans réponse ; abandonnant la vérité à ceux qui la cherchent encore ; et leur laissant aussi leurs certitudes – leurs croyances et leurs prières
Épaule contre épaule ; au milieu des cendres ; quelque part – avant l'aube
Au cœur de l'abîme
L'épreuve du vide
Au-dessus (bien au-dessus) du royaume des hommes ; là où le vent s'avère un allié crucial et dangereux
Le destin et la mort ; en équilibre – sur le balancier
Si loin du sommeil – de l'écume – de l'imposture
En ce lieu où règne – en souverain solitaire – l'oubli
Des pas dans la nuit
Sans se hâter
Derrière les rideaux du monde
L'âme au contact du réel
La grâce et la lumière ; dans l'instant vécu
A travers l'inconnu qui chasse toutes les croyances – toutes les certitudes – toutes les illusions
Et le vent qui cingle (qui continue de cingler) la chair du monde
Le geste poétique
Sans intention
Penché ni sur le mot ;
ni sur le monde –
mais sur le vide
Le visage accroupi
En ce lieu déserté par les hommes
Au milieu des arbres et des bêtes ; la peau à portée de tremblements...
L'enfance en fête
L'âme ragaillardie
A jouer avec le ciel et la boue
(d'une manière assez différente)
Et ce qu'il reste à découvrir
Et ce qu'il reste à traverser
Sans retour possible ; sans même la possibilité d'un ailleurs
Le cœur touché par le plus simple ; cette fraternité sauvage ; sous les mêmes étoiles que les hommes – pourtant
La terre naturelle – authentique ; véritable peut-être ; sans croyance – sans préjugé – sans interdit
Le règne du passage et de la nécessité ; le règne de l'éphémère et de l'essentiel
L'appartenance et l'indistinction sur chaque visage ; relié(e)(s) (très) instinctivement
Et le pressentiment du plus proche – du plus profond – du plus commun ; ce qui manque – si cruellement – à l'esprit humain
Face à la vérité ; le pressentiment de l'abordable
De vent et de ciel ; cette parole qui s'offre à ce qui n'est – peut-être – pas encore né en l'homme...
Dieu sur ces rivages – déguisé en un peu de lumière ; en un peu de poésie ; et que le monde méprise ; comme si les cœurs – comme si les mains – comme si les bouches – avaient effacé jusqu'à la possibilité de l'innocence – de la tendresse – de la clarté...
Le cœur ; prêté (pendant quelques instants) pour s'essayer au chemin
Au milieu du monde et du silence
La vie simple
Invariablement ; entre le ciel et la terre
Sans rien chercher
La route – ce qui apparaît
La main tendue
La parole qui s'offre sans attente
Et ce que l'on traîne dans notre sillage ;
comme de petites pierres – au milieu des rêves ;
un peu d'infini au cœur de l'infime
Sous des yeux (presque) toujours trop lointains
A portée (toujours à portée) de lumière ; en dépit du sombre que l'on côtoie
Au commencement du rêve et du monde ; l'anarchie des premiers instants ; ce qui précéda la danse (interminable) des pénitents
Au fond des bois
Parmi les bêtes
Au cœur de cette fraternité silencieuse
Loin des murs et des hommes
Ensemble ; comme si de rien n'était
Comme si la vie – le monde – la mort –
avaient été (parfaitement) compris –
accueillis – apprivoisés...
Le même souffle ardent et solitaire à travers le monde – le pas – le vent – la poésie
Chaque jour – quelque chose de la naissance du monde ; au milieu des rêves et des étoiles ; au milieu des figures ensommeillées
Toutes les couleurs du monde à travers le bruissement du langage
Le voyage ; cette ronde (interminable) autour de soi...
Avant l'entrée dans le cercle silencieux ; ce qu'il faut d'écoute et d'entente pour se rejoindre – se retrouver
Auprès de l'ensemble ; toujours (très) harmonieusement ; en dépit des apparences ; et n'en déplaise aux inquiets – aux sceptiques – aux indolents et aux grincheux – que toutes les circonstances chagrinent...
Dans le prolongement (consenti) de l'origine ; la seule possibilité...
Rien ; sinon le ciel et la terre ; et le temps qui semble passer
Si malhabile(s) face au mystère et aux métamorphoses
Comme à cheval sur un rayon de lumière
Fuyant le noir ; allant vers un lieu où l'obscurité ne peut rien corrompre
Au cœur de l'imprévu
De toute évidence ; du côté du ciel et du chaos
Ermite (à part entière) désormais
Nomade du fond des bois
L'âme proche des arbres et des bêtes
Et la vie éternelle – fraternelle ; au-dedans
N'ayant plus rien à partager avec les hommes
Célébrant la joie et le silence auprès des siens
(sans même le besoin d'en témoigner)
Nous ; comme une (infime) particule dans l'immensité dansante et déchaînée
Avant soi – le silence
Et après aussi – sûrement...
Ce que l'on rencontre
De la chair affamée de chair
De la glaise qui bâille et qui gueule
Autour du cercle bleu ; le territoire des hommes – des murs et des temples au cœur desquels on célèbre aveuglément la lumière
Sous ce ciel parfait ; le monde tout de guingois...
Sans désir particulier ; pas même celui de changer la moindre chose en ce monde (si parfait)...
Simplement présent
Dans le silence
Le cœur comblé
A coups d'épreuves et de désillusions ; l'indispensable apprentissage du regard qui doit – au fil du voyage – s'exercer à soustraire
L'âme à genoux ; au-dessus du vide ; sans la moindre renommée ; de plus en plus anonyme et invisible ; célébrant d'une égale façon la danse et le sommeil – la nuit et la lumière
Sur cette voie qui échappe au temps
De mort en mort (de plus en plus somptueuse)
Devinant ce que nous serons à terme ;
et après aussi (bien sûr)
Et sachant cela ;
vivant de la plus joyeuse des manières
Sous la férule de l'individualité ; de la famille ; de la communauté
A jongler avec les rêves et les territoires
Comme irrémédiablement condamné(s) à l'infâme tyrannie du collectif et du personnel
En silence ; recueilli ; les mains encielées
L'âme à terre ; lumineuse malgré les cendres et la grisaille du monde
Comme couronné ; sans trône – sans royaume – sans sujet
Rien – ni personne – au milieu du vide
Le destin ; quoi qu'il (nous) en coûte ; et d'une certaine façon – le seul chemin à suivre...
La misère (terrible) de ne rien savoir ; et la misère (tout aussi terrible) de s'imaginer savoir...
Toujours à côté ; toujours séparé ; jamais juste ; toujours en peine
Le cœur (parfaitement) piégé dans la nasse qui cherche, dans son délire, une rive lointaine alors que tout est là – déjà ; à sa portée...
(En partie) affranchi du monde et des artifices humains
L’œil en son royaume ; sans la moindre exigence
Sous l'égide d'un Dieu de douleur et de silence ; oblitérant ainsi la joie pour l'essentiel des hommes...
A attendre ; les mains ouvertes
Sans rien désirer ; sans rien saisir ;
sans rien écarter
A la confluence des nécessités
Condamné(s) à obéir aux circonstances ; à expérimenter ce qui nous échoit sans rien décider
L'invisible et la matière pris dans les filets de la lumière
Le cœur insensible – en plein sommeil ; alors que d'autres (plus rares) tâtonnent – avancent – reculent – s'égarent – emportés par le tournis de l'âme qui explore
En ce monde ; quelque chose (indéniablement) du Divin
Et au cœur du Divin ; quelque chose (indéniablement) de ce monde
Des larmes – du sang – des chemins et des prières
Et en toute chose ; et partout – l'invisible qui se laisse deviner
Le cœur sans séquelle ; en dépit des épreuves
Plus libre qu'autrefois ; et sachant mieux accueillir ce que déteste la tête ; et sachant, à présent, mêler les gestes et les pas aux circonstances et aux étoiles
Le verbe bleu ; comme des bouts de ciel ensemencés
Moins de mots ; et moins du nom ; davantage du chant anonyme
Ce qu'offrent les lèvres ; ce que la source déverse
Livré au monde et au mystère
Moins (beaucoup moins) sérieusement humain...
Une plus juste manière d'être vivant – sans doute
Quelque chose de l'arbre et de la pierre – de la rosée et du vent
Et cette tendresse qui affleure
Pas exactement le même homme ; la gravité moins sévère ; réjouie – ravie – joyeuse
Entre la poussière et l'Absolu
L'absence de nom pour seule ambition
A regarder – impassible – les alliances se faire et se défaire ; le déferlement de l'affection et de la haine
Avec (toujours) cette tendresse (presque surnaturelle) au cœur de ce qui est donné
Et le scintillement (si perceptible) de la vérité – à travers ce qui est vécu
Dieu – comme une évidence – à travers toutes les circonstances
Le voyage de plus en plus immobile ; à mesure que nous comprenons ; à mesure que l'âme reconnaît les lieux
Et la chair ; et l'esprit – libres d'aller sur leur chemin ; et le cœur ; et les bras – libres de s'offrir à ce qui passe
Le chant humble
Comme un peu d'innocence au milieu du tumulte et de la mort
L'une des rares choses – peut-être – que nous sommes capable d'offrir...
Dérivant hors des cercles proposés
Porté par les vents
Traversant l'obscurité pour rejoindre l'après ; tous les au-delàs possibles (les uns après les autres)
Transformant (peu à peu) la sauvagerie et l'aveuglement
Ce qu'offre – en vérité – tout voyage
Sans oublier le monde ; ces restes de soi
Si mortel(s)
Sur ces pierres (presque) éternelles ; sous ce ciel hérissé d'intentions
Un voyage sans témoin ; et sans la nécessité du témoignage
Dans la compagnie de l'Amour que l'on découvre peu à peu
Étranger au monde ; de plus en plus
Au-delà du rêve et de la mémoire
Au royaume de l'âme et de la pierre ; là où l'arbre donne le rythme et la direction ; là où l'on peut (encore) s'initier à la vie haute et intime – à la vie vraie ; là où nous sommes – là où nous marchons – là où nous allons ; autant que l'endroit d'où nous venons...
En ce pays de chair
L'âme sans audace ;
façonnée par la (longue) liste
des ambitions communes
Et la peur du scandale
Et la crainte de l'exil
De la terre et du rêve
Gisant ; parmi tous les yeux fermés
Sous un ciel (apparemment) impassible
Tout au long du mélange ; le chaos et la perte ; comme un douloureux et éprouvant voyage au terme duquel s'offre (parfois) un orage de baisers
Et le territoire (substantiellement) agrandi ; proche de la plus large envergure
Transparent le monde
A travers l'infini
Presque rien – en somme
Quelques tourbillons
Quelques soubresauts
Dans les bras du vide
Le cœur – trop souvent – annexé par le drame
(Presque) à chaque circonstance
Comme embrigadé par le monde – la chair –
l'épaisseur
Dans l'expectative (angoissée) de la sentence
Encore (bien) trop humain – sans doute...
A se balancer sur le fil ténu du destin avec des pierres plein les poches et des prières entassées au fond de la tête
Un peu de lune sur la langue
Au-delà du langage et des mots ; au-delà même des lèvres talentueuses ou amoureuses
Comme un tourbillon de liberté ; un imprévu dans le trop habituel humain ; un miracle au-dessus du bavardage
A l'ombre du Seul ; ce qui se vit ; ce qui s'écrit ; parfois banal – parfois vertigineux ; toujours nécessaire...
Dans l'expectation de l'aube et du vide triomphant
Puis, un jour, comme pénétré – de l'intérieur – par cette lumière inconnue
Le regard éclairé ; et la chair réchauffée ; comme un surcroît de tendresse et de lucidité ; comme si un (large) pan de ciel s'était offert
Partout – l’œuvre de la faim
Et des torrents de larmes et de sang
Attristant l'âme et meurtrissant la chair
Qu'importe la lumière – l'encens – la prière
En ce monde si peu affamé d'ineffable
En ces heures lumineuses qui révèlent un autre monde ; la possibilité d'un destin plus conscient – plus léger – plus épanoui
Une ville entière ; un pays entier ; un empire peut-être – à découvrir au fond des yeux – au fond de l'âme
Sous le règne du cœur ; la parole nécessaire
La tête criblée de rêves et d'étoiles ; aussi longtemps que l'or sera considéré comme la seule richesse du monde
De quoi vivre un peu ; survivre grâce à la chance et au labeur
Presque sans regret ; et dans l'inconscience de son infirmité
Les chaînes aux pieds
Les bras et la bouche enferrés dans l'épaisseur
Presque transformé(s) en pierre
Avec – pourtant – au fond du cœur –
(bien) plus que des traces de ciel
D'une douleur à l'autre ; sans étonnement
Le corps à peine vivant ; l'esprit absorbé ; l'âme se dégradant – s'étiolant peu à peu
Accompagnant (seulement) le nom – le legs – la filiation
La bouche tordue par l'âpreté et le dégoût – par la haine et le mensonge
Comme couché(s) au cœur de la plaie ; sous le règne du mythe et du manque ; au fond de ce gouffre étrange et surpeuplé
A la table de la bonne fortune
Le bleu ; à travers le festin d'aujourd'hui et toutes les famines d'autrefois...
L'âme et la chair du monde que l'on enchaîne et que l'on assassine ; au nom du progrès ; au nom du confort de l'homme
L'Amour si loin de ces éclats rouges et de cet asservissement ; et habitant aussi leurs profondeurs (d'une manière apparemment paradoxale)
[Ce que pourraient – peut-être – révéler la transparence et la lumière pour être (enfin) capable(s) d'accepter cette souillure et cette dévastation]
Sur cette terre (strictement) continentale qui ne connaît le grand large qu'à travers les mythes et le récit des sages ; qu'à travers l'écume et les embruns charriés par les vents
Comme une tristesse et un reste de monde déposés sur le bord de la route
Quelque chose (à la fois) de la crête et du dedans
Un bout d'abîme et un vieux résidu d'épaisseur ; l'un en face de l'autre
Et nous ; submergé par ce tête à tête ; par le flux et les relents ; par l'embrasement (soudain) de ce qui se cherche et s'affronte
En haut du passage – peut-être ; en haut du passage – sûrement...
Au grand dam des hommes ; l'altitude de l'âme ; et l'impossibilité de s'y hisser
L'existence et le monde – à travers les yeux de ceux qui respirent ; et leurs règles du jeu que nul ne comprend (vraiment)...
Au milieu des arbres hauts comme des collines
Le désir de vivre parmi les bêtes (et aussi loin que possible des hommes)
Dans le désordre des pierres – le tumulte tranquille du temps ; et le parfum (enivrant) des fleurs sauvages
Comme un refuge – un repos – un sanctuaire – fragiles et passagers ; un retour à la terre natale
Dans l’œil familier de nos sœurs à cornes – le sauvage (en partie) apprivoisé ; et (très) largement emprisonné
Et cette force tranquille face à la poigne (barbare et intraitable) des hommes ; et cette joie placide ; et cette douce mélancolie – dans lesquelles nous puisons le courage – et l'ardeur – nécessaires pour résister à la mainmise de ceux qui pensent gouverner ce monde (et qui ont la sottise de croire qu'il leur appartient)
A chanter encore sur ces pierres qui nous livrent à la faim et au sang
A prier encore sous ce ciel voué à la nuit
Combien faudra-t-il d'événements – d'histoires – d'existences – pour déconstruire notre idée de l'identité et de l'appartenance ; pour apprendre (réellement) à briser sa gangue
A réclamer encore de l'or et le soutien du monde ; comme si cela pouvait nous aider à nous affranchir – à nous désincarcérer
Vivre le moins inconfortablement la geôle et l'emprise ; voilà à quoi nous en sommes réduit(s) (pour l'essentiel)
Le jour ; à la pointe de la veille...
Les lèvres porteuses de la parole que le ciel a initiée
L'âme ; de la couleur de la pierre et destinée à fendre l'épaisseur
Au milieu des simples ; au fond des bois
Dans cette solitude sans égale ; et dans cette joie que l'on partage avec les nôtres – le ciel ; la vie et le merveilleux qui nous entourent
L'oubli à la place du sablier
Au cœur des courants et du chatoiement du monde ; comme pris au piège...
Ce qui semble avoir lieu ; des choses qui arrivent ; rien ; ni personne ; de la matière qui s'anime – seulement
Et l'invisible derrière ; jamais très loin ; tirant des abîmes pour un instant (et y replongeant assez vite) ce qui a eu l'audace – la folie peut-être – d'en émerger
Un peu de poussière et de temps sur fond de bleu ; de l'écume ; et le mystère (toujours aussi) impénétrable
Au cœur de ce que nous vivons ; l'innommable ; et tant de possibles ; et tant d'impossibilités
Toute l'histoire du monde – en somme...
L'esprit à la fois flèche et théâtre ; et le cœur – champ de bataille et avant-scène de l'immensité
Les malheurs – les croyances – les illusions ; comme cousus à même la trame mensongère
Au cœur du jour
Comme hissé au-dessus du monde ; au-dessus de tous les yeux indifférents – de tous les lieux inhospitaliers
Comme si s'achevait ici la traversée du plus âpre
Comme libéré des épreuves les plus communes
Capable – à présent – de se consacrer à la découverte (rafraîchissante) des autres dimensions du voyage
Déchiré par le haut
A travers le ciel ; le fond du monde
Au milieu des arbres ; sur la rocaille ; le long des rivières ; derrière les broussailles
Comme une échappée vers l'enfance ; là où l'esprit se laisse porter par les forces qui le traversent
L'âme étreinte par l'innocence et la sauvagerie
Dénué de rêves
Le ciel juste au-dessus des yeux
Sous le ruissellement (sacré) de la lumière
Les mains tendues en guise de drapeau ; et la faux sur l'épaule ; l'essentiel de la réponse face au monde et au mystère
Si près du jour ; si près de la mort
A hauteur de tête ; à longueur de nuit
La somnolence et le grand sommeil
Ce qui remplace, peu à peu,
le visage de l'homme
La route (cette longue route)
qui zigzague sur l'horizon
Et ce gris qui alourdit la chair ;
et qui attriste le cœur
A s'interroger (encore) ;
sans (jamais) se laisser porter
Lové contre les arbres et les bêtes – au milieu des feuilles – au milieu de la forêt
A vivre sans rien dégrader ; à écrire sans offenser personne (sinon, peut-être, les esprits sots) ; sans brandir le moindre étendard
Le doigt discret pointant vers la lumière et la tendresse ; et révélant (plus sûrement) ce dont nous sommes constitué(s)
A la source du voir
Aux confins des forêts
L'âme et la lumière
Ce pour quoi nous sommes né(s) – sans doute...
Au pied de l'indicible
Celui qui n'a de nom
Qui se meut avec l'âme et le monde ;
avec l'haleine des hommes
et le souffle des bêtes
Celui qui s'éveille et s'endort avec l'esprit ;
sans jamais deviner la nuit qu'il porte
(en dépit de son éternel sourire)
Ce qu'il nous offre et ce qu'il nous impose
Derrière notre table de pierre ; à laisser la parole arriver – s'inscrire et se déployer ; vers le ciel – sûrement
Sans même vouloir que les yeux des hommes s'y attardent ; sans même y attacher de l'importance
Temps d'apôtres à la bouche tordue ; à la parole grise ; à la tête lasse
La prunelle si serrée contre soi ; en ce siècle de sang et de cécité
En ces temps de hurlements et de cœurs blessés
Ni fleur – ni pierre – ni arbre – ni bête – ni âme humble – ni cœur honnête – ni œil qui voit ; dans leur panthéon édifié à la gloire de l'homme
Cet exil si compréhensible des poètes qui vivent toujours à l'écart – loin du cirque – loin des grimaces – loin des cris
Au pied des arbres encore ; un livre sous les yeux – celui de la terre vivante
Et le vent sur le visage
Fidèle aux ramures et aux nuages
Nous tenant là ; près de ce qui passe ; près de ce qui se dit ; écoutant les murmures du monde ; au milieu de la lumière ; au milieu du silence des fleurs
La possibilité de l'aube ; qu'à l'intérieur ; en ce monde qui ne célèbre – et ne vénère – que l'obscurité et le dehors – la laideur et le chaos
Encore du bleu ; sans compter depuis quand ; sans compter les jours qu'il (nous) reste
La tête trop prétentieuse pour s'accroupir – offrir à l'âme les richesses de la terre ; et parmi elles, l'issue – le passage vers les hauteurs que nous cherchons (presque) toujours au-dessus des cimes – dans les sphères d'altitude que nous croyons côtoyer alors que l'esprit de l'homme ne s'est pas encore affranchi de sa lie souterraine – de sa gangue de glaise
Condamnés aux croyances et aux gestes les plus grossiers ; au cœur de la préhistoire de l'âme ; à peine au début de l'humanité...
Si seul – à présent – que le cœur enfle – se dilate – efface ses contours – agrandit son territoire – embrasse le monde – absorbe l'espace ; comme une bête en train de muer ; de l'intérieur – la métamorphose...
Devenu si sensible que les larmes ont remplacé le sang
Du rouge à la transparence pour faire voler en éclats l'horreur et la bestialité – s'éloigner des âmes barbares et instinctives ; échapper à l'inconscience de ce monde
Et les laissant ruisseler sur la pierre ; comme pour laver toutes les tueries – tous les massacres – toute la cruauté – de ces siècles – de ces millénaires – sanguinaires – cannibales – dévastateurs
Des cris lancés contre le ciel ; à peine quelques éclaboussures ; quelques échos – malgré la chair déchiquetée
Aux commandes ; Dieu – des mains – des forces – personne
Aucune tête sous la couronne
De la neige et du vent ; ce qui habille et dénude ce monde
Les chaînes (en partie) brisées
L'oreille sertie de silence
Et le cœur (tout) tremblant
Face à ce que l'on ne voit pas
Des gueules ; de la glaise industrieuse et fertile
A bouffer encore du sang noir ; de la bave au coin de la bouche
Sous un déchaînement de violence et de hourras ; des larmes et des rires
Une partie de la fange se flagellant ; et l'autre essayant de se défiler ; essayant de se faufiler entre les hurlements et les substances ruisselantes pour échapper aux massacres et à la mascarade
Ici ; en ce pays où l'on se pense flamboyant ; grand(s) seigneur(s) ; les mœurs vulgaires – l'usage prosaïque – l'instinct vengeur – (bien) plus sûrement
Si bas ; sous ce ciel ; à vivre – à croire – à espérer ; comme de pauvres idiots...
L'essentiel qui affleure ; et que l'on frôle ; à désirer n'importe quoi ; à vouloir passer devant ; à espérer donner du sens (ou de l'importance) à chaque geste ; à ce qui n'en a pas
Du côté de la nuit et du bannissement
Condamnés – sans même que nous le souhaitions – à la naissance – à la vie – à la mort – aux saisons ; et, à terme, à l'acquittement – à la suppression du temps – au triomphe de l'étendue et de l'effacement
L’œil et l'âme déjà bleuis par le ciel
Toujours le rêve – l'honneur – le lendemain ; au lieu de vivre la nuit et les circonstances ; l'envers du plus favorable ; ce qui nous est offert ; les mille états – les mille absences – les mille aventures – à expérimenter
Par bonheur – nul ne peut corrompre le silence – la lumière – la vérité ; en dépit de nos mensonges et de nos dégradations...
Au cœur du monde ; au fond de l’âme ; les mêmes souffrances et les mêmes joies – les mêmes possibilités et les mêmes entraves ; ce avec quoi nous nous débattons
La danse du vivant ; et ce qu'invente l'esprit pour rendre l'existence sur la pierre plus vivable...
Le cœur droit ; comme un arbre – peut-être ; comme une fenêtre sur le monde et la nuit ; comme une chose assez peu distincte du reste
Trop tard – peut-être ; trop longtemps après les premiers frémissements
L'âme et les pages du livre ; écornées
Seul – dans le passage ; avec tout ce noir blotti contre soi
Sans même aller ; l'âge déjà...
La même tendresse et la même lumière dans l'immensité et le regard de l'homme ; dissimulées au fond de l'obscurité et de la sauvagerie
Quelque chose né de l'ombre ; et qui est parvenu à s'en affranchir...
Des larmes ; une façon de résister – de contester de manière innocente et pacifique
Du sang le long du glaive ; s'écoulant ; après avoir transpercé la chair ; le cœur du monde – de l'homme – de l'aube – de l'arbre – de la roche – de la bête
Et les eaux – et les prières – et les chants – pour balayer ces traces funestes ; le sort effroyable de la matière
Plongé(s) depuis toujours dans la même tragédie
En attendant l'aube et l'Amour ; la violence (insoutenable) de la terre
Vêtues de ciel et de peau
Les créatures du monde
Et enveloppées d'argile et d'invisible
Les âmes qui les habitent
Au seuil de l'évidence – le plus tangible
Le regard porté au-dedans ; et au-delà ; essayant de trouver un soutien – un secours – une solution – une issue ; une présence – peut-être...
Depuis toujours ; le sommeil ; cette chape de plomb façonnée par la nuit
Et l'obscurité des visages et des âmes
Le sens de l'histoire peut-être...
Une parole comme un cri pour que le monde sache enfin ; apprenne à voir ; commence à regarder
Quelque chose du ciel ; sans aide – sans personne
Entre le masque et l'oubli ; un étroit passage – un peu de lumière – l'issue tant cherchée – le doigt dans la chair – au fond de la blessure ; là où est la douleur – à l'exact endroit d'où sort le cri
Sous le règne triomphant de la terre et du provisoire
A se frotter au périssable et à l'épaisseur
A l'horizontale ; puis, à la verticale ; et inversement ; cherchant (en vain) comment se tenir (réellement) debout ; comment être un homme...
La tête absorbée et le cœur absent – sous l'effet puissant de l'illusion qui a, peu à peu, envahi le sang
Debout – les yeux entrouverts – entre sommeil et somnolence ; enchaînant les gestes mécaniques et inconscients
Vivants se disent-ils ; créatures fantomatiques – à peine...
Plongé(s) dans le vertige du monde – peut-être ; ou dans le délire de l'homme – qui sait...
En attendant le regard ; en attendant la joie
Le corps criblé de lumière – jusqu'à la douleur – jusqu'à l'étourdissement
Entre la caresse et la cuirasse ; un chemin nous est proposé ; une issue – la seule possibilité peut-être...
De plus en plus sensible à l'invisible et aux origines ; en dépit de la chair plongée dans les eaux tourbillonnantes du monde
Sous le ciel ; l'âme bleuie déjà
Riant seul ; au milieu des murs effondrés ; au cœur du labyrinthe d'autrefois
Sans l'Autre – sans mensonge – sans simulacre
L'existence et le bleu ; rassemblés ; comme un bagage ; le seul viatique que l'on ait jamais porté
Abandonnant le sang – les larmes – l’imposture – à la terre
Nous rapprochant (peut-être) du plus intime
Prisonnier(s) des filets du temps ; alors que rien ne peut s’achever ; alors que tout (toujours) est à recommencer...
A deux doigts des larmes – du sang – de la joie – de la neige
Si proche(s) de tous les possibles
Face au vent ; le cœur sans visage
Réduit(s) à se nourrir des miettes d'un ciel raclé par les ongles de ceux qui prient
Trop de questions et trop peu de réponses
Et cette perspective silencieuse qui échappe à la raison (et à l'essentiel des hommes)
Prisonnier(s) des jeux serviles et funestes ; en ces lieux où l'on est (trop souvent) condamné à mendier sa part ou à s'en emparer par la force
La chair louée par Dieu ; proche de la terre par sa grossièreté et sa fièvre ; et du ciel par ses souvenirs des premiers temps
A la manière d'une danse ; à la manière d'un crime
Sous la lumière basse (et bleue) de l'aube
Plongée dans le mouvement
Et hantée par la plénitude et la faim
Le casque par-dessus le front étoilé ; dans l'ascension du sombre hissé par les mains en prière
Sans caresse – sans sanglot
Quelques feuilles à la place du rêve
Et la solitude revêtue comme une cape
Là où ne règnent que le ciel et le rire
Animé(s) à la fois par la main divine et le souffle animal
La lanterne à la main ; au milieu de la tempête
Au cœur de la grande nuit qui se déploie
A genoux ; lèvres au ciel – psalmodiant notre prière ; à l'écoute d'une réalité inconnue que le silence nous révèle (peu à peu)
Sous un ciel impénétrable ; condamné(s) à la débilité des jeux ; le cœur encore trop insensible – sans doute...
Et cette chair habillée de vent – promise à la terre ; et le cri de l'âme ; silencieusement...
Sur la terre la plus haute
Courant sur tous les rivages
Agitant nos bracelets de chair
Les yeux essayant d'attraper un peu de lumière pour transformer la couleur du jour
Comme des enfants perchés sur les toits – jouant au-dessus des remparts d'une cité invivable
L'ardeur – le cri – la brutalité – scellés dans le geste
A travers ce défaut (si patent) de tendresse
Comme s'il nous fallait vivre à genoux sur des pierres tranchantes ; comme si le monde n'avait rien d'autre à (nous) offrir
La langue parfois trop près de la tête ; et trop étroitement liée au songe – pour témoigner du réel
Modeste fontaine sur la pierre
Éclaboussant la folie des fronts
Offrant son eau à tous les assoiffés
Au cœur du cirque et des âges archaïques
La chair livrée aux yeux et aux ventres affamés
Et cette lumière à peine visible depuis la fosse où vivent les proies et les prédateurs apparents