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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Allant sans savoir

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Un œil au cœur de la fable

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Un manteau d'étoiles et de sang

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Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

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Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

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Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

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Carnet n°318
La danse secrète

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Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

25 décembre 2019

Carnet n°217 Notes journalières

Le début, peut-être, d’un autre monde. Comme un cercle au cœur du mystère – hors du temps – davantage de lumière – moins d’épaisseur – une source proche et des fontaines nombreuses – là où la mort et la joie ne sont plus rivales…

 

 

L’effacement des murs – et le soleil contre soi – tout près – à même la peau – à même la chair – et partout au-dedans – comme le centre du ciel au milieu de l’âme – dans son plein rayonnement…

 

 

Des yeux sans inquiétude face au ciel sans étoile – face à la terre gorgée de sang et de morts – face à l’Autre qui nous échappe – face au temps qui restreint. Dans les bras d’un silence rassurant et l’évidence de l’Amour qui exacerbe le manque à dessein…

Autant de désirs et de deuils – mais comme de simples mouvements – les éléments les plus naturels du monde…

Rien de disjoint – tout collé – assemblé – d’une incroyable façon – d’une extraordinaire manière…

 

 

Des heures déambulatoires où tout circule en cercle. Des rondes de pas – de corps – de paroles. Et au centre – la chambre du silence – là où l’on se repose après avoir tourbillonné avec les choses – là où, un jour, tout finit par se rejoindre…

 

 

Entre le soleil et la mort – quelque chose de fragile – l’invisible sur nos ailes…

 

 

Une épaule au-dedans de l’âme – pour poser sa tête les jours de (trop) grande tristesse…

 

 

Quelque chose – à l’image de la source blanche – lointaine – des signes improbables – un cœur qui s’interroge – un peu de brume que le soleil dissipe – la fumée d’un feu imaginaire – mille choses possibles – envisageables…

 

 

Une main qui se tend – des bras qui s’entrouvrent. Plus jamais de regard méprisant, de yeux aveugles et de pas qui piétinent…

Une colonne de chair accueillante – une flèche tendre…

 

 

Un épuisement en soi. La nécessité d’une écoute plutôt que celle du langage. Un besoin de dispersion – d’éclatement. Un abandon au silence. Une manière de laisser l’énergie dévaler sa pente – puis, regagner son trou – au fond de l’âme…

 

 

Une douceur – un espace – un lieu où poser sa fatigue – une forêt profonde – immense – hors du monde – loin des fenêtres des hommes. Un temps rassemblé – apaisé – où le corps peut s’enfouir – creuser au-dedans – et s’endormir sans inquiétude au milieu des ombres…

 

 

La lumière – comme une étendue sur nos épaules – une seconde peau – moins étrangère que celle qui recouvre la chair…

 

 

Rien d’inoubliable – la vie qui passe. Ce que l’on cherche et ce que l’on trouve sans effort – sans triomphe. La vie commune – ordinaire – celle qui ne rayonne pas…

La mort au bout de l’allée avec quelques fleurs – et l’herbe sur la tombe – indifférentes…

 

 

Nous ne sommes qu’une fantaisie sans sérieux – une manière (comme une autre) de peupler la surface du monde – de donner au feu une matière à consumer. Et, à vrai dire, pas grand-chose d’autre…

 

 

Des lieux de brume familiers – des corps sans regard ; les dignes représentants du monde – de la nuit – de cette alliance entre l’ombre et la multitude – à la fois bourreaux et victimes – de la chair affamée – de la chair sacrifiée – dépecée – avec au fond – ou à la place du cœur peut-être – quelque chose de très froid…

 

 

L’enfance abandonnée – et les lieux offerts à tous les démons – comme un oubli et des représailles…

La place assiégée – et enfermé ce qu’il y a de plus vivant en nous…

L’attente imbécile (si crédule) d’un soleil – d’une délivrance – de figures extérieures qui ôteraient nos grilles et chasseraient les importuns…

L’esprit cloîtré dans l’ombre – aux prises avec sa noirceur – sa naïveté – ses gesticulations – son incompréhension de l’invisible – et toutes les basses manœuvres de la matière…

 

 

Du temps incertain – à veiller sur le silence comme sur un ami rétif – prêt à prendre la fuite à la moindre inattention…

 

 

Quelque chose de nocturne – de la chair sombre – une voix glacée – presque noire à force de colère. Et dans le regard – cette tendresse blessée – cet élan stoppé net – comme un arrachement – une amputation – réalisés sans anesthésie…

 

 

Du noir qui ondule entre le mur et l’esprit – qui traverse les vitres – un bruit qui claque – puis, d’étranges vibrations. Et des larmes qui montent comme si elles émergeaient d’un ciel partagé…

Le langage si transparent de la tristesse…

 

 

Et toutes ces croix blanches qui brillent sous cette lune d’hiver. L’énigme – le mystère posé là entre le marbre et la terre – parmi les vivants d’autrefois entreposés avec leurs secrets…

 

 

L’oubli – toujours prêt à sévir – contre la tristesse – les hurlements – les regrets – les souvenirs qui tournent et nous enchaînent…

 

 

Tête coupée – sans écho – sans chagrin – le cœur plus volumineux – l’âme plus docile – plus encline à embrasser la rugosité du monde – à se déployer sous la lampe des Autres – à laisser sur le bord d’une table ou d’un chemin quelques signes – quelques murmures – comme une manière d’encourager ceux qui passent à pousser la porte…

 

 

Comme les gouttes sur la vitre – nous sommes – comme les gouttes sur le toit – comme les gouttes de la plaine – comme toutes les gouttes qui tombent sur la terre – innombrables…

 

 

Un peu de sable dans les yeux – un monde de fenêtres sans vitre où le vent mélange les matières à sa guise – sans raison – pour jouer – pour rire – pour faire rendre l’âme – et sortir le monde, peut-être, de son effroyable rêve…

 

 

Ce qui vient avec la rosée – l’autre nom du monde – plus délicat – plus provisoire – celui qui n’effraye pas ceux qui passent…

 

 

Des ruines – comme un temps perdu – lointain. Un monde devenu abstrait – presque immatériel – revisité et ressuscité par l’esprit qui lui offre une seconde jeunesse…

 

 

Une chaleur familière – celle d’une figure vivante immergée dans la psyché – et qui revient chaque soir nous saluer – nous tenir compagnie – se lover contre l’âme – et qui transforme le silence en paroles – qui fait émerger – plus exactement – des couches antérieures des restes de voix anciennes…

 

 

La saison des chemins et des errances particulières…

La saison du retour et des sources…

Et toutes les pluies du monde sous les paupières…

 

 

Du temps – à foison – des trous dans le sol et la mémoire. Le vide qui s’installe…

 

 

La jubilation de ce qui se cherche – la chambre à désemplir – la faille ouverte, plus que jamais, et, pourtant, en voie de cicatrisation – comme si l’air libre accentuait, à la fois, l’accueil et la guérison…

 

 

Voix lointaine – caverneuse – comme si nous habitions un refuge – un espace intérieur – une aire de ressourcement imprécise – accessible seulement après un long voyage – par une voie escarpée et éreintante – l’âme exsangue et la bouche ouverte – les membres ankylosés – sans le moindre espoir de revoir le jour – de renaître au souffle – éteint et persuadé de l’absence de Dieu – du monde – de l’Autre – de soi – au seuil de la grande (et belle) capitulation…

 

 

On ne rencontre rien – ni personne. On reconnaît ce que l’on croyait lointain – étranger. On réunit les éléments – on rassemble la famille. On élargit le cercle de l’appartenance…

Ainsi œuvre-t-on dans le temps fertile de la solitude…

 

 

Sans compréhension – dans le pur épuisement…

Dans l’effacement des jours et des chemins…

Au bord de l’extinction de toutes les voix…

 

 

De l’hiver et des grilles dans la tête – une parole inerte – et le mystère posé à même la pierre – vif – angoissant…

 

 

Des âmes qui renaissent – des histoires qui se réinventent…

Un peu de soleil dans le souffle – de l’ombre dans la chair…

Et toute la tristesse du monde dans les yeux des vivants…

 

 

Il faut vivre (entièrement) la parole que l’on offre – qu’elle jaillisse de l’âme et de la chair réconciliées – pour qu’elle devienne le seul lieu du monde habitable…

 

 

Du cœur – du bleu – de la transparence…

L’âme, le ciel et le monde enfin réunis…

 

 

Ni rêve – ni désir – la parole véritable – la langue-remède – celle qui, à la fois, sait consoler et transcender les limites – celle qui fait exploser – et sauter par-dessus – le grand sommeil…

Peu de lettres – en somme. Quelques signes pour peupler le désert – accompagner les naissances et les pas – éveiller ce qui s’impatiente au-dedans…

 

 

Devenir moins – être davantage…

Le juste équilibre entre ce qui résiste et ce que l’on jette – entre la résonance des pas et l’inconnu…

Mille fois s’effacer pour désapprendre l’épaisseur…

 

 

Une voix – la nuit – le sang des Autres ; mille histoires…

Et toutes les voies ouvertes sous la voûte…

Le plus vieil alphabet du monde…

 

 

Un langage affranchi du monde – jaillissant du premier silence…

Ni cri – ni gémissement – ni murmure…

La lumière nue – à vif – impériale – incroyablement modeste…

 

 

De l’ombre qui se répète – à l’infini. Comme un écho perpétuel – le règne du sombre – la nuit en actes – notre (obsédante) malédiction…

 

 

Des lisières – partout – qui creusent la séparation – l’élargissent – la rendent (presque) réelle. Et l’étendue – en-dessous – au-dessus – que nous ne voyons pas – d’un seul tenant – la trame du monde – des choses et des visages – à laquelle rien n’échappe – pas même, bien sûr, l’idée de frontière et l’apparence de territoires circonscrits – pas même, bien sûr, nos têtes et leur contenu qui s’imaginent distincts…

 

 

Tout est trace – écume déposée – moins que provisoire – le souvenir effondré – le signe et le livre brûlés ou abandonnés à la poussière – les visages – la nuit – traits, à peine, dans le silence…

Quelque chose qui, à la fois, s’offre et se dérobe…

 

 

Dans l’effondrement permanent jusqu’à la lumière qui, un jour, elle aussi (bien sûr) s’effondrera…

 

 

Le secret des astres et du silence – dans la parole offerte – dans l’éclat des gestes justes – partout où la lumière se pose – jusque dans la pénombre la plus épaisse – la plus opaque – jusqu’au cœur des ténèbres…

 

 

Plus haut – le souffle est si dense et si profond que l’on respire par l’âme…

 

 

Âme, mains et mots enfouis au fond de la source – et qui, parfois, bondissent comme des soleils pour éclairer la route – celle de tous les accidentés qui se heurtent sans s’interroger – qui vont et viennent au détriment de l’Autre et du monde…

 

 

Ce qui nous traverse – nous pénètre – comme la douleur et les saisons – une parole qui s’immobilise dans l’âme – qui l’apaise et la nourrit – le temps nécessaire – et qui, parfois, fait naître un chemin nouveau – un chemin très ancien – qui attendait sa naissance – sa renaissance – et quelques foulées impatientes vers le centre – vers l’essentiel – la lumière – le silence – et qu’importe les mots et la façon dont on le nomme tant l’âme se sent attirée – confiante – chez elle…

 

 

Tout recroquevillé – en soi – comme un soleil atrophié – le souffle coupé – l’élan rompu d’une parole – sous la pression trop vive – le poids trop écrasant – du monde ; les yeux – les jeux – les lois – des Autres – si étriqués – si accablants…

 

 

Au centre du monde – le même silence qu’au fond de l’âme – deux lieux-coïncidences que nous ne parvenons (presque) jamais à superposer…

 

 

Face rouge lorsque – en soi – le silence se retire. Furieux – impatient qu’il revienne. Trépignant comme un enfant aux lisières de la folie – l’esprit traversé de secousses. Avec toutes les saisons qui se bousculent au-dedans et un peu de sang qui stagne au fond du cœur – très proche de l’explosion…

 

 

Parfois – des signes incompréhensibles – qui s’immobilisent dans la tête – sur la page. Le tableau figé d’un élan – d’une impatience – un mélange d’ardeur, de tendresse et de colère que le monde ne peut entendre – et que le monde ne pourrait comprendre (s’il l’entendait) – et qui, pourtant, le concerne…

 

 

Du feu, de la neige et de la suie dans l’âme…

Quelque chose d’infiniment commun…

Rien de futile – et, peut-être, l’essence même de notre présence – de nos cent pas – de nos mille paroles – de toutes nos tentatives pour vivre – et cohabiter – dans ce cercle étrange…

Comme une danse – un dialogue – une cacophonie – entre les différentes voix – les différentes réalités – qui nous habitent – les multiples visages du monde – en nous…

 

 

L’espace vide – hors du temps – sans nuit, ni saison – volets ouverts sur le monde – sur ce qui ressemble au monde et qui s’offre par fragment – des lieux – des ombres – des visages – et un peu d’être parfois – enfermé derrière les façades – l’essence dissimulée au milieu des apparences…

Mais plus personne pour affirmer – des yeux seulement – sans orgueil – qui ne peuvent vivre – et se déployer (pleinement) – que dans le silence…

 

 

Des plaies – et sous la douleur – le vide. Et pareil au-dessus – et partout alentour – sauf dans la tête qui a mal

 

 

Des voix rassemblées au milieu de nulle part – ici – ailleurs – un peu partout – qu’importe – réunies pour accueillir l’innommable…

Une parole – un peu de neige et de vent…

Ce que les Dieux auront décidé d’offrir…

Quelques instants d’espièglerie, peut-être, en attendant l’éternité…

 

 

De moins en moins homme – un visage qui s’assombrit – qui n’a cessé de s’assombrir – de plus en plus noir – de plus en plus invisible dans la nuit du monde – quelque chose qui passe (presque) inaperçu dans la pénombre commune – au milieu du sommeil des âmes…

L’apparence d’une ombre anodine – et au-dedans le jour qui se lève – l’aube naissante – la lumière timide qui se dresse peu à peu…

 

 

Rien qui ne blesse – rien qui ne pèse – dans nos vies – dans notre labeur – quelques paroles – quelques visages (très peu) – beaucoup de sable – l’incroyable légèreté de notre passage – comme une brève fulgurance…

Avec – toujours – un peu de mystère et de folie au fond des yeux…

 

 

Et devant nous – toujours le même ciel – à l’apparence si changeante…

Et dans le crâne – et dans le sang – comme mille gestes mécaniques…

Et dans l’âme – cette boue honteuse – cet enchevêtrement de peurs et de feuilles mortes – comme un étrange parfum d’enfance et d’automne…

Et ce reste de bonté (fort heureusement) au fond du cœur…

 

 

L’œil du temps – sur nous – incontrôlable…

Le va-et-vient des vivants – le sommeil étrange des morts…

Du brouillard – partout – et dans les têtes surtout qui comptent les lunes et les matins – les petits trésors cachés au fond des poches – et la ronde des pas – et les empreintes sur le sable noir…

 

 

Un grand fourbi à la place du monde. Ce que les outils cisaillent – ce dont les mains s’emparent. Partout – la fébrilité des âmes. Le labeur – les jeux – l’amour – pour adoucir l’hiver – conjurer la peur – oublier (un peu) la mort. Toutes les fables que l’on se raconte pour essayer de se tenir debout – pour atténuer la douleur (et la tristesse) d’être vivant…

 

 

Des lieux qui ne sont plus que des marges – avec, au milieu, la lumière – et autour, le monde…

Et le silence à toutes les périphéries…

Et le lointain repoussé plus loin encore – aux confins – sur le point de disparaître – et de revenir au centre par de mystérieux souterrains…

Ainsi les territoires se déplacent – vide et matière – plaques et trous qui s’entrelacent – qui s’entrechoquent – qui glissent – se superposent – s’assemblent – se dispersent…

La surface du monde comme un puzzle mouvant permanent…

Et la même chose avec l’invisible et les choses du dedansles choses des profondeurs

 

 

Comme du vide à l’envers de soi – sur toutes les faces qui ne s’exposent aux yeux des Autres – qui n’ont ni nom, ni épaisseur – et dont les frontières ne sont qu’imaginaires – l’indiscutable continuité du monde…

 

 

Du temps pacifié – ce qui se cherche en s’ouvrant – ce qui se réinvente en cheminant – le visage tourné vers le lieu de l’éloignement – des masses de lumière au-dessus du monde. Des mots qui glissent du ciel vers la page – du silence vers la main. Et le sens donné à travers la fugacité des gestes…

Tout s’éclaire – explose – puis, se dissipe. La nuit, peu à peu, s’évanouit. La clarté avance – illumine d’autres terres – d’autres territoires. Sous les décombres apparaît une autre surface – plus ancienne. Les images s’effritent. Et de cet effondrement (progressif) émerge, peu à peu, le réel…

 

 

Un peu d’âme et de sang – et rien d’autre. Tout émerge, à présent, des décombres. Un visage et des lieux nouveaux – l’inconnu qui se rapproche – les certitudes disloquées – à nos pieds – la flamme et le regard aussi neufs qu’au premier jour du monde…

 

 

Toujours plus bas – là où la lumière inverse toutes les mesures…

 

 

Au-dehors – rien ne bouge sous le sommeil. Le monde – les faux incendies – la même imposture. Et notre regard qui s’éloigne. Et tout qui tombe dans l’oubli…

 

 

Dans le même abîme depuis des siècles – à tourner avec toutes les choses du monde – simples objets sur leur orbite autant que nos yeux fermés par la sensation du vertige…

 

 

Prélude – syllabes – séparés du monde. En nous – la mort – comme une connaissance (directe) – qui n’assombrit notre quotidien – mais nous offre la présence nécessaire – le gage d’une plus vive – et plus sereine – solitude. Les traits d’une époque particulière – d’une étape singulière – vers une absence encore plus déterminante…

 

 

Un peu de ciel dans notre chair – moins d’ombre dans le regard. Le soleil dans l’axe de la solitude. La tombe – et, bien avant, la profondeur. Des pas inversés – quelques errances dans l’espace – le déconfinement et l’apprentissage (progressif) de la liberté – de l’acte juste – de l’incertitude guidant la foulée – construisant un chemin qui n’est plus un chemin – une fenêtre qui s’élargit – un cœur plus proche de l’étoile que de la roche noire…

 

 

Sans hâte – comme le tic-tac de l’horloge. Ainsi – imagine-t-on la surface sans voir ni le magma mouvant – brûlant – ni le silence incroyable à l’intérieur – l’effervescence et la multitude grouillante au-dessus – et l’immobilité et la puissance des profondeurs en-dessous…

 

 

Pas de proximité intempestive – contrainte – un simulacre d’apparence – rien en commun excepté, peut-être, la matrice, le visage et la tombe (l’origine, l’apparence et la fin)…

 

 

Un peu de soleil sous la chair – et ce feu dans l’âme – aussi haut – aussi puissant – que la mort…

 

 

Le ciel – comme porté à bout de bras – ouvert à toutes les errances – aux voyages interminables – aux fenêtres lointaines – à tout ce qui est né sous la même étoile…

 

 

D’anciennes charrettes de souffrances – renversées – vidées – regardées et reconnues – une à une –puis, jetées dans le grand feu sans lendemain – là où s’efface la trame des histoires et des chemins – là où l’épaisseur est une entrave – un obstacle au retour – à la nudité – à l’innocence sans parure…

 

 

Déjà – dans le silence prometteur des forêts – comme le signe d’une nécessité – l’évidence d’un appel – les balbutiements d’une identité reconnue…

 

 

Au-dedans d’un orage qui ne nous appartient pas. Au côté d’un tas de songes étranges qui ne nous ressemblent pas. Des histoires et des légendes. Des grimaces et des étreintes. Mille drapeaux qui flottent au vent – altiers et sanglants. Des tentatives d’évasion, de la rouille et de la poussière. Des plaies qui s’élargissent avec le temps. Et l’inexplicable – toujours aussi lointain…

 

 

Le pays des ombres – du refus – des interdictions. Le règne des confins. L’apprentissage effarant – impensable – des limites. Les lois et les rêves qui définissent les territoires – les itinéraires – l’espace et toutes les routes empruntées – possibles – répertoriées. L’attente ennuyeuse de l’Autre – de la ressemblance – de l’après – de la mort. L’entre-soi permanent et la bêtise irréductible. La pauvre existence des hommes…

 

 

Rien – de nulle part – comme le signe d’un aboutissement. La vie sans artifice – errante – à la manière du vent – ici – ailleurs – sans craindre ni le ciel, ni la nuit, ni les visages tournés vers elle – qui passe – inlassablement – qui passe – qui part et revient – chaque jour – comme le soleil – d’île en île – en ne frappant à la porte de personne…

 

 

Simple – comme la lumière qui traverse la vitre – qui pénètre la chambre – et éclaire, tour à tour, tous les recoins…

 

 

La tête couronnée de rien – et, à nos pieds, des morceaux de miroirs éparpillés – avec, au-dedans, les rideaux du monde enfin ouverts – exposant ce qui était dissimulé…

 

 

Aucun nouveau visage – aucune nouvelle contrée. Le silence – simplement – qui a tout recouvert. Et la vérité, peut-être, qui flotte au-dessus de l’abîme – qui serpente entre les rêves et les nuages de poussière…

 

 

Plus rien d’humain – une masse immense – vivante – le monde devant soi – des yeux face à l’univers – face à l’immensité – des amas de chair et d’étoiles. Et la lente dérive de notre chant dans l’espace – vers personne – comme une couche – mille couches – de silence supplémentaires…

 

 

Encore un peu d’ombre au fond de l’âme – un peu d’épuisement dans l’ardeur – un peu de rêve au milieu du silence – quelques résistances dans les profondeurs…

L’infini et la lumière au visage humain…

 

 

Comme un grand feu entre les parois du crâne – le temps déçu – écarté – un chemin à construire sur la même rive que celle des vivants – l’entrée en soi comme le franchissement, à peine, d’un seuil invisible – une marche sans pas – le retournement (progressif) du regard – ce qui ressemble à un abandon – l’ouverture tardive – presque inespérée – de l’âme…

 

 

Ce qui se passe – à présent – à l’instant – sans avenir – sans souvenir – sans autre monde – en soi – devant soi – l’écume – les rêves – le même silence…

 

 

Lumière qui s’impose – des lignes façonnées, à chaque fois, par l’invisible qui s’est, peu à peu, substitué au goût des Autres…

 

 

L’attente et le temps – pulvérisés par le passage puissant du souffle présent. A la fois lieu du monde et de la solitude. Fenêtre ouverte sur le brasier – là où s’entassent les pensées – les choses – les visages – la moitié des étoiles – les petites joies – et la tristesse (plus durable)…

 

 

L’âme et le corps – fracturés – meurtris – avec l’aval de la source – l’accord du jour – le consentement du silence…

Ce qui reste – l’être – comme un oiseau sans cage – en plein ciel – et l’arbre au loin comme un repère – un refuge – une destination – le faîte de la route – nous-même sans la nécessité des mots…

 

 

De la poussière et du silence – le jardin des sortilèges – le songe d’un Dieu assoupi – la chute et la gravité qui donne au sommeil cette allure de chape de plomb…

Des hauteurs – à peine – aperçoit-on le sommet de l’arche – la voûte défaite – le visage du monde – le portrait (presque) exhaustif de ce qui palpite au fond de l’âme – au fond de chaque poitrine – avec de la brume et mille nuages – comme si les lieux n’étaient qu’un songe autant que ce qui est là – autant que ce qui semble regarder…

Comme un rêve qui se déploie – une sorte de parenthèse au milieu des Autres – avec des images à foison – des mirages – de la buée – des vitres et des yeux collés – absorbés – fascinés – empêtrés – qui suivent les danses sans s’interroger sur la distance – les variables – les clés du mystère…

Ailleurs – ailleurs – plus loin que les bruits de la fête – au fond de la tête – au-delà des lois – en deçà du mystère – au-delà des visages – en deçà du silence – encore plus loin – toujours à côté – jamais là où l’on est – jamais là où l’on doit être (pleinement) présent…

 

25 janvier 2020

Carnet n°220 Notes sans titre

De la stupeur parmi ceux qui sont supposés être les siens – ces étrangers aux gestes étranges – qui se nourrissent de chair et usent de choses à des fins absurdes – grotesques – tragiques…

 

 

Rien du ciel censé résoudre le mystère sous les apparences – l’ombre et nos (pathétiques) battements de cœur…

Réunies la folie et les cimes rejetées – la mort et l’infini – sans réussir (un seul instant) à anéantir la terreur d’aller seul dans ce monde aride…

L’égarement – toujours – dans le même refuge…

 

 

Le visage d’un monde sans rivage…

Mille ports au milieu des eaux – des trous – des tombes – des tourbillons qui nous entraînent plus bas – plus haut – ailleurs – vers un crépuscule sans soleil…

 

 

Des rêves et de la faim – chez la plupart. Et la feuille et le tranchant – chez quelques-uns – d’autres nécessités ; l’accès à la lumière et à l’Amour – pas pour être éclairés – pas pour être étreints – pour devenir ceux qui les serviront…

 

 

Des pierres – comme un socle – celui d’un ciel accessible – ni lointain – ni au-dessus – tissé entre nous…

 

 

Un collier d’attributs sur la poitrine – à distribuer le temps et la nécessité des choses – l’usage de l’épée et de la tête pour assouvir la faim – et, parfois, essayer de la transcender…

 

 

Un temps amassé – un temps écarté – presque toujours dissolu. Ce que l’esprit juge le moins désirable – plonger au cœur de ce qui semble nous dévorer – devenir la victime – pleinement consentante – offrir à ce qui nous effraye nos tripes et notre peau – être comme le sol devant le jour – à la merci de ce qui passe…

 

 

Parfois – le feu – l’autre région du monde – la tête recroquevillée qui, soudain, se redresse – la bouche muette depuis des siècles qui, soudain, s’autorise à parler. L’ombre et le froid brusquement balayés par la chaleur et la lumière. Le plus indocile – et le plus naturel – de l’âme enfin réveillés. Tous les sens – et l’orifice originel – enfin ouverts…

 

 

Celui qui porte les pierres dans son sommeil – le temps qui court dans la tête – les saisons auxiliaires – la faim dans les entrailles – ce qui s’élance après ce qui s’écoule – la course folle – la course vaine – les mille choses du monde irrattrapables…

 

 

Tout ce qui nous dénude jusqu’à rendre inutile la tête ; l’enfance aux aguets – là où se rejoignent la vision et le pas…

 

 

Immergés dans la lie du monde – chevilles au cou – à se dépêtrer – des débris de lune dans l’âme qui lacèrent nos vieux rêves – l’haleine noire – le puits sans fond – le terrible chemin qu’il nous faut suivre jusqu’à l’issue – le songe retourné – le réel sans prise qui – toujours – nous glisse entre les doigts…

 

 

Rien que du bruit dans la boîte du temps. Du bruit et un peu d’espérance – là où s’illustre (merveilleusement) l’aptitude des hommes – et leur (in)expérience…

 

 

Une chambre au-dessus de laquelle planent l’Amour et le silence – parmi le brouillard – dense – épais – dans l’océan tourbillonnant des désirs…

 

 

Du temps – comme une couverture de braises et d’étoiles – de l’eau qui s’écoule le long de l’échine – la nuit qui avance dans l’âme – notre visage inquiet – effrayé – devant la mort…

 

 

Ça tourne – comme du vent dans une chambre – un tourbillon dans la tête – ce qui précipite la chute – l’exploration de la blessure au fond de l’abîme. Les seuls pas nécessaires sur terre. Le furtif passage de notre visage sur l’éternel miroir…

 

 

Ce qui a disparu émergera encore – se teintera, peu à peu, de blanc – éclipsera les vieilles lunes de l’enfance – les débris des âges passés – rencontrera la nuit – le monde – toutes les désillusions imaginables – pour réapparaître comme neuf – lavé des (principaux) stigmates humains…

 

 

Le front au plus près de la fissure – la pierre dissoute dans la chair – la flamme au fond de l’âme – allumée – le chant qui monte des viscères – par la gorge – vers le nuage – le ciel patient – sans fébrilité – fidèle autant aux cimes qu’aux failles du monde…

 

 

L’homme – du fond de son sommeil – prédateur – vigie endormie des profondeurs – habile comme à l’accoutumée – suffisamment – pour croire à son ascension – à la rugosité de la roche que ses mains agrippent…

Dormeur – aventurier, sans doute, d’un autre périple…

 

 

L’œil sur la bougie – à chercher le feu – un peu de lumière et de chaleur – qui font défaut à l’âme et à la terre…

 

 

La nuit égarée au fond du ventre qui, peu à peu, envahit tout l’espace…

A battre des ailes comme l’oiseau dans le ciel – le visage raclant le fond du miroir…

L’âme à peine frémissante – à peine vivante – sous le jour…

 

 

De feu en feu – jusqu’à de plus amples frémissements – sur les mêmes eaux – refoulés – jetés contre les rives et les vaisseaux adverses…

Ainsi se dessine la route…

 

 

Entre le livre et la fleur – le trou immense que les hommes ont creusé – de la terre plein les entrailles – à maudire les larmes versées sur le monde – sur les morts – et leur impuissance à devenir plus agiles que les bêtes et les fous…

 

 

Comme un parfum passager sur la souffrance – des airs de rien sur notre (pathologique) prétention…

Une manière tragique de se croire tiré d’affaire. Quelques couches légères sur des tourbillons ravageurs. L’humus de l’automne jeté au fond de la fournaise…

 

 

La sève du jour dans le sang. Le rythme employé à précipiter le déclin et la mort. Un rêve sous le front qui mêle sa course à l’insolence du vent…

 

 

Partout – des miroirs – pour propager son visage – se croire présent – et déployé – dans le monde – au cœur de la célébration insensée du rêve. Soi comme réalité mensongère – apparence trompeuse – comme un feu de paille au milieu des flammes – un peu de sable au milieu du désert…

 

 

Hanté par l’autre immensité – celle qui se dissimule – invisible – à travers le monde – choses et visages – comme un plein ciel dans une pièce étroite – dans une chambre close – avec les arbres comme seules vigies et la pierre comme seule assise…

 

 

Dans l’incroyable étreinte des vivants – un regard engendré par l’extinction naturelle de l’interrogation – les prémices d’un savoir involontairement incarné…

 

 

Des frontières encore – sans transparence. Le poids des étoiles sur le monde. Et ce repli (mortifère) vers le rêve. La main – la distance – la moindre avancée vers ce qui s’éloigne. La nuit en flammes sous les paupières – quelque chose comme un visage troué – un bout de ciel sous le front – un peu de vent par-dessus la tête qui cherche à s’engouffrer…

 

 

Comme un tombeau au milieu des eaux – chahuté par les reliefs de l’océan avec, au-dedans, un cadavre endormi – un peu de sang séché – un feu presque éteint – la mort – toutes les civilisations du sommeil…

 

 

Un royaume de fleurs et d’argile – le soupçon du monde – le chant et les larmes du plus étranger – ce que nous négligeons au profit de l’histoire – avec la primauté (toujours) du récit – du mensonge – sur la vérité insaisissable…

 

 

Un fond marécageux – le vide pour socle – recouverts d’une mosaïque de chair – épaisse – anonyme – inégalement répartie – suffisamment pour dessiner quelques reliefs – des abîmes et des faîtes – avec, en un même lieu, des altitudes différenciées selon la distance qui sépare le cœur de la vérité…

Avec l’identité et le monde comme principaux mirages…

 

 

Le silence – à la source du monde – choses et visages – pierres et bêtes – comme un fleuve – long – indomptable – presque impénétrable – bordé par deux rives étranges : le manque et la folie…

 

 

Des souterrains – des tunnels – les voies sous-jacentes du monde – ce à quoi a recours l’invisible pour insuffler l’essentiel – nouer un peu de sagesse aux chimères – offrir un peu de lumière à la pénombre – éclairer tous les recoins où vivent les hommes – débusquer le refuge où se terrent toutes les bêtes…

 

 

Les signes annonciateurs de l’épaississement de la nuit. Les rêves au fond des tripes – et jusqu’au bout de la hampe. Le sommeil en alliance universelle. L’encerclement des vivants. L’absence et la mort qui se rapprochent – sur le point de tout recouvrir. Et nous autres bientôt submergés…

 

 

La vie dans la main – creusée – comme une tombe – une histoire assassinée – avec ses rites millénaires – et le sang engourdi dans les veines. La compagnie presque toujours nocive du monde. Du sable à perte de vue avec des têtes enfouies dedans jusqu’au cou…

Des massacres – du déni – de l’aveuglement – une sorte de cécité pathologique…

 

 

D’une rive à l’autre – sans que le fleuve apparaisse – sans que rien ne soit jamais effleuré – ni transformé – des pas (de simples pas) sur les eaux – une fièvre au-dessus des flots – la nudité des corps surplombant la nuit – des ponts de chair pour tenter de relier le ciel – avec un soleil immense enfermé sous la peau – et qui cherche une âme – une main – n’importe qui – n’importe quoi – pour le délivrer du piège tendu par la matière…

 

 

Un chant dans le lointain – cheminant – comme un enfant vers sa mère – un peuple vers sa terre – allant aussi loin que possible – en route vers nulle part sans doute – davantage pour fuir que pour chercher refuge…

 

 

Autour de l’âme – des remparts de chair – une prière pour échapper au pire du monde – une volonté de dissiper l’erreur – d’affaiblir le risque – de creuser la voie routinière – la tête immobile – les yeux absorbés par ce qu’il nous faudra ramasser sur la route pour satisfaire la faim…

 

 

L’espace – comme un appel que personne n’entend. La lune dans le ventre – le soleil dans la tête – à se prendre (vainement) pour le monde – à épouser la suffisance (un peu niaise) des routes trop fréquentées – comme si nous étions – à nous seuls – la grande histoire de l’homme…

Des balivernes et de la prétention…

 

 

L’ardeur et la servitude – la pesanteur de l’homme – de tout labeur – de toute édification…

Le mensonge du centre et des confins – du socle et des hauteurs…

Il faudrait revenir au vide et à l’innocence – déchirer l’épaisseur de la terre et de l’esprit – et laisser s’évaporer les souvenirs – les idées – les repères – toutes nos pauvres certitudes sur le monde…

 

 

Esclave d’une route qui n’est pas la nôtre – et qui ne l’a jamais été. De la matrice au cimetière – à traîner ses guêtres en ces lieux fantômes au lieu de fréquenter les fleurs et les rivières – les chemins de terre – les prairies sauvages – les grands arbres aux lisières du ciel…

 

 

Des miroirs comme des soleils biaisés – qui donnent le vertige aux yeux indigents – affamés. L’emblème du seul tropisme (possible) – cette fausse auto-fraternité qui rejette tout ce qui existe au-delà de la peau…

Le centre de l’enfer…

 

 

Des visages – comme des étoiles inanimées – un peu de rêve entre le début et la fin…

La nostalgie du cocon…

De la glaise – de la terreur – des ruines…

Et le monde sous-jacent comme inconnue principale…

 

 

De l’herbe comme du jour – comme le premier souffle de la parole – les dernières cendres du monde. La couleur de la surface – étrangère à l’épaisseur et à la texture. La nature des choses pour le dormeur – le rêveur – celui dont l’âge nous indiffère – et qui sème – et qui sème – pour satisfaire sa faim – enrichir son destin – recouvrir la lumière de toute son ombre déployée…

Le tragique vertige de l’homme…

 

 

L’herbe rouge – toujours trop rouge – et tous les désirs sous le front – reconduits – développés – accumulés siècle après siècle – civilisation après civilisation…

Toujours trop de semences et de sang sur le même rivage – et toujours trop éloigné(s) de la source – bien sûr…

 

 

Sur le versant d’un autre monde où nul visage ne nous est étranger – où rien ne se décide à l’avance – où l’on s’élève comme des grains de poussière dans la lumière…

 

 

Des tombes – des larmes – et rien sur ce que nous perdons – sur ce que nous manquons – avant le cercueil. De l’aveuglement – la tête ailleurs – à peine une tête à vrai dire – deux yeux à moitié clos sur un tas d’idées – d’images – de souvenirs – rien qui ne mérite d’être retenu – et, pourtant, ce qui fait l’histoire – toutes les histoires…

 

 

Un peu de feu sur la lassitude – et nous voilà comme neuf – comme ressuscité – après qu’aient explosé la routine et l’habitude…

 

 

Ici – rien qu’un long râle – un cri animal – primitif – l’effroi de ce qui tremble sur son tas d’immondices…

 

 

Des larmes – de l’encre – du vent – à la place du sang. Le siège de l’âme – là où l’œil est le ciel – et la terre, l’horizon – le socle – la trame – avec le soleil comme la seule lumière possible sous les paupières – la même chose, bien sûr, qu’au-dehors – sous la voûte…

 

 

Comme un astre errant – incertain – fragile – qui rayonne et illumine les pas – les seuils – les racines – jusqu’aux premières traces de nos plus primitifs ancêtres…

 

 

L’étreinte du monde – comme un étau contre les tempes – une morsure dans la chair de l’âme – presque l’enfer – un exil insupportable sur un tas de pierres sans éclat – sans envergure. Une forme de supplice sadique – et notre contribution inévitable au mal – au pire sans doute. L’obéissance – en nous – aux forces obscures et sournoises…

 

 

Nous-même – comme une autre source que le monde – la même, pourtant, à certains égards. Avec l’œil (indifférent) du temps sur l’or et la soif – et les quantités qui s’échangent. Et, parfois, un long silence derrière les grilles – comme une prière – mille prières – qui nous rapprocheraient du ciel en nous éloignant de l’idée d’un autre possible…

 

 

Comme de la terre tassée contre un mur – avec un peu de ciel au-dedans – et mille attaches à la surface – pour s’emmêler au reste – aux mille cordes du monde…

 

 

Des colonnes de nuit – comme des grilles – épaisses – infranchissables – entre lesquelles on aperçoit une vague lumière – trop lointaine – presque abstraite – comme si elle avait été inventée par l’imaginaire…

Tout est si noir que le monde semble irréel – et jusqu’à nos yeux qui devinent davantage qu’ils ne distinguent…

 

 

Des lignes – dans l’œil – jusqu’à l’infini – et (presque) rien d’autre. Le monde depuis sa naissance. Et cette présence, en nous, du moins tangible…

 

 

La tête dans les bras – le buste et les foulées libres – comme si l’on renonçait à comprendre – comme si vivre suffisait…

Et – étrangement – cela suffit – pour peu que les questions aient rencontré le regard – sa clarté – son envergure – son silence…

 

 

Des portes – des pentes – des chutes – mille petites aventures sur l’itinéraire de l’effacement…

Et entre l’abîme et la fenêtre – toute une série de verrous – de clés – de cadenas – tous les accessoires de la peur – tout l’attirail de l’homme…

 

 

Tout existe déjà dans le feu ; la direction – le rêve – la parole – ce que le temps, peu à peu, entame et anéantit…

Et derrière – et autour – et en-dessous – et par-dessus – et au centre – la source matricielle – le lieu qui entretient les flammes – et qui les laissent jouer avec le monde – le jouet de leur création…

 

 

A vivre loin du vacarme – des têtes trop noires du monde – des lois – des cimetières et des pensées – de ce qui imagine définir la présence des hommes et du soleil. Loin du temps et des voyages d’agrément. Au plus près de soi – dans l’assise franche de la solitude – en accord avec les règles (implacables) du silence…

 

 

Deux pieds dans la fosse. Le monde en soi. La fin de l’histoire. Et la continuité des saisons au-dehors…

Des entraves scellées dans la terre. Le destin de l’homme qui se renouvelle au-dedans de la faille étroite et gorgée de glaise…

 

 

Du sable – des dalles – l’humanité agglutinée sur ses rochers artificiels – main en visière – paupières mi-closes vers l’horizon opaque – à se chamailler en attendant la fin du temps…

Et nous mourrons tous, bien sûr, sans que rien n’arrive – sans que rien ne se transforme…

L’éternité triste et figée du monde et des yeux fébriles – immobiles – morts bien avant l’heure…

 

 

L’écorce du monde – et en-dessous un fleuve tempétueux – l’avancée d’un visage – une tête qui se hisse hors de la foule – le peuple pareil à un spectre. Et – soudain – la hache qui s’abat sur le tronc de l’arbre – comme un appât – comme un piège tendu au peuple de la terre…

 

 

Une aurore sans grâce – chaque jour que le monde a connu. Des hommes – peu de semblables. Quelques lumières trompeuses à l’horizon – de minuscules lanternes accrochées ici et là pour donner l’illusion d’une perspective. La terre qui tourne – le sommeil qui s’éternise. Le doute – comme le seul écho possible de la parole. Le besoin de visages et de miroir pour ne pas sombrer dans la folie – pour essayer d’échapper au vertige du pire dans la nuit inéclairée…

 

 

Aussi effacé que l’arbre qui s’incline devant la lumière. Comme la pluie qui se répand – et imbibe le sol. Comme le cri des bêtes que l’on égorge au milieu de la nuit. Comme ces jardins gorgés de sang et de rosée. Avec ce regard étrange – et le ciel comme seul témoin…

Notre vie – notre monde – et, peut-être aussi, notre délivrance – espérons-le…

 

 

Tombé là – sans aucune ressource – isolé – au milieu de nulle part – seul avec le soleil – une étoile choisie (presque) au hasard parmi mille autres – à distance de tout – et, en premier lieu, des visages humains – comme une aile – hagarde – flottant dans le vent – prise par des courants tantôt ascendants – tantôt descendants. Comme un vaisseau qui porte nos pas et nous fait traverser les mille péripéties du désert…

De légende en histoire – d’histoire en balbutiements vers la vérité – le visage de plus en plus nu – de plus en plus immobile – au cœur de la poussière…

 

 

L’entêtement – le sommeil vissé au front. Le temps qui passe sur du sable tourbillonnant. L’ombre et l’ardeur comme seul héritage – la malédiction commune des vivants…

 

 

Rien ne nous appartient – tout se fait au nom de l’enfance – les images – les rencontres – la moindre foulée – la moindre aventure – sous le soleil…

 

 

Ce sont les gestes qui dessinent la route qu’empruntent les pas…

 

 

Tout, un jour, finit par ressembler à l’exil – à l’effacement – au désarroi de l’âme face au vide – à la désillusion devant l’hégémonie et le déploiement – partout – de la décrépitude et du déclin…

 

 

Sous le joug des ténèbres – le monde tel qu’il est – sans rencontre possible – contraint d’arpenter son intimité et de l’habiter comme une terre sainte – une terre promise – le lieu de l’errance et de l’envergure possible – aux confins des ombres terrestres – au seuil, peut-être, de l’aube naissante…

La clarté comme un vent qui cingle les visages – qui déchire l’inutile – qui nous déleste de tous nos bagages…

L’horizon comme un trait – un trait minuscule – sur la main – avec l’âme tout entière dans le geste – comme notre seule récompense, peut-être…

 

 

Parmi les arbres – comme en exil – le retour au pays natal. La pauvreté au front comme d’autres portent des bijoux…

Et le monde – en nous – comme un soleil – noir – minuscule – presque sans incidence sur l’immensité…

 

 

Rien – dans le principe (et la perspective) d’un Autre – inutile…

 

 

Dans la poussière du monde – maintes et maintes fois – la volonté contre la nuit – l’un des combats les plus atrocement inégaux…

 

 

Quelques lignes – un frémissement dans l’espace – quelques vibrations – des déformations (très) provisoires – à peine perceptibles – puis, l’air qui reprend sa place – l’immensité silencieuse…

 

 

Un passage – là où est la béance – la trame des interrogations – le secret caché au fond de l’abîme – avec par-dessus la chair – et encore par-dessus le ciel – ce bleu étrange – ce vide mystérieux…

 

 

Comme un feu passager dans le froid. La seule manière d’exister sur la pierre. Et ce ciel – au-dedans – dépeuplé – que l’on apprend, peu à peu, à habiter…

 

 

Le silence est le seul (véritable) consentement. Le plein acquiescement des Dieux et de la providence. Notre état le plus haut…

 

 

Tant d’agitation – de gesticulations – d’effervescence – avant que naisse l’aurore – le jour inachevé…

Et ces fleurs dans la fatigue font-elles (elles aussi) partie du voyage… Sont-elles l’autre nom de la beauté – l’autre versant de la folie – la possibilité d’un autre monde – plus conscient – émergeant de l’ancien où l’infamie est quotidienne…

Qui pourrait nous dévoiler l’évidence – et la grâce – de ce chemin (de cet autre chemin) – et faire fleurir notre chant dans d’autres cœurs que le nôtre…

Des traces – quelque-unes – infimes – comme manière (maladroite, sans doute) de réduire la distance entre l’écume et la vérité – de refaire surface après des siècles de vie (trop) souterraine…

 

 

Assis dans le jour déclinant – sans rêve – sans appui – offert à tous les murmures – en silence…

 

 

Des voix entremêlées dans la tête – de l’écume dans le vent – rien qui ne nous sépare…

Des masques – et au-dedans – ce que nous avons cru comprendre – un peu d’eau – comme un reste très ancien d’océan – l’espace commun…

Des larmes précises à l’aube naissante – un chant qui monte des profondeurs de la terre. L’assise sans blessure…

La poursuite du voyage sur ce chemin inachevable…

 

 

Où que nous soyons – des feuilles – des traces – mille tentatives – et autant de mensonges. L’horizon – partout – ce que l’on nous dérobe et ce qui se retire. Les rêves des Autres dans nos yeux – le feu et le foudroiement…

Ce qu’il nous faut soustraire et abandonner pour rejoindre l’aube…

Rien que des histoires qu’il faudrait mettre de côté – et oublier – au profit de ce qui s’avance à présent…

 

 

Au seuil de la folie – nos rêves – quelque chose d’excessif (et d’inutile) – les portes du malheur entrouvertes – le plus terrible qui s’acharne – l’œuvre d’une domination – l’aire élargie des servitudes…

Ce qui nous enchaîne – de la matière asservie…

 

 

Rien que des grilles et des prisons – des esprits enfermés et des pieds enferrés. De la distance et de la solitude. Et le manque en commun…

 

 

Tous les alphabets réunis dans les flammes. Des éboulis d’horizon – au-dedans – qui emportent nos derniers rêves. La fin du monde – et l’apocalypse bientôt. L’effondrement des édifices – de toutes les petites Babel terrestres. Nos âmes frémissantes et frigorifiées – et les mains de Dieu – toutes tremblantes…

 

 

Sous les paupières – plein de rêves de yeux ouverts. Quelque chose de l’ordre de l’ambition souterraine – encore invisible lorsque l’on fait face aux visages…

 

 

Des ombres – partout – comme révélatrices d’une lumière lointaine – au-dessus. Le lieu de l’œil descendu et partagé – ce que chacun croit posséder…

 

 

L’œil lucide – sans la moindre certitude…

Des choses – seulement – qui passent – qui se pensent – qui se rêvent – qui s’échangent…

Le monde – en soi – et rien de plus…

 

 

Ce que nous fûmes – à chaque instant – explosé – dispersé – effacé. Un éclatement et des éclats mille fois recommencés. Rien de volontaire – l’énergie en actes – brute – qui joue et se déploie – comme un jeu étrange dans l’espace…

Des signes – des mots – des phrases – provisoires – infiniment – qui naissent – s’assemblent – se séparent – disparaissent – remplacés aussitôt – indéfiniment – par d’autres…

Des dessins sur le sable – réalisés, à travers nous, par la main habile des Dieux…

 

 

Le silence – ce qui soigne – et ce qui guérit – toutes les blessures…

 

 

Des yeux immobiles sur tant de phénomènes et d’incidences – les échanges incessants – cette mobilité permanente – sans frein…

 

 

Comme une évasion – une échappée au-dedans de soi – avec, au centre, cette fenêtre sur l’infini…

 

 

Déjà plus – comme tout ce qui passe…

 

 

En ce lieu si dense qu’il concentre tous les possibles…

L’issue sans échappatoire – la seule piste à suivre – le seul chemin véritable…

 

 

L’aube s’étend – se déverse – devient, peu à peu, le jour – puis se dilue lentement en autorisant ce qu’elle porte à s’assombrir – à se transformer en crépuscule, puis en nuit. Comme la nuit, en son heure, permet à ce qu’elle enserre de devenir la prochaine aurore…

Nous sommes – comme ce cycle – ces permanentes métamorphoses intriquées – cette respiration du mélange – assidue – régulière – inévitable…

 

 

Rien que des corps qui tournoient dans le vent…

Le règne de la matière régie par le provisoire – par le provisoire et l’invisible que si peu soupçonnent…

 

 

La fréquentation régulière du non-humain nous fait désapprendre le faussement humain – ce que l’on assimile (un peu hâtivement – un peu paresseusement) à l’homme – et initie la véritable humanité – vaste – ouverte – qui ne se place jamais ni au centre, ni en premier – celle qui porte – en elle – le regard de l’Amour et de la lumière – l’infini silencieux humble et incarné…

 

 

Ce magma épais et mobile – voilà à quoi nous appartenons – voilà à quoi le corps appartient. Le reste – une partie du reste – relève du regard – du silence – de l’invisible – ce que les hommes apparentent au mystère…

 

 

Sous des airs de fierté – tout, en vérité, s’incline. Et sous l’apparence de l’identité autonome des choses et des visages règne l’interdépendance…

 

 

Nous ne sommes qu’un alphabet oublié – quelques signes incompréhensibles sur les pages d’un vieux carnet. Et nous demeurerons ainsi – jusqu’à ce que tout tombe en poussière…

 

 

Du vent – le ciel – du bleu – l’immensité jusqu’à l’horizon. Rien de fixe malgré l’apparente stabilité. Rien de défini malgré nos définitions…

Tout ressemble à ce qu’il a l’air d’être – mais rien, bien sûr, n’est plus faux. Tout est mélangé – et ne cesse d’interagir. Rien ne peut être séparé – et ce que l’on circonscrit n’est qu’un bout que l’on arrache à l’ensemble – une chose coupée des mille liens qui la constituent et lui donnent vie – comme vidée de sa substance – une chose morte (en vérité)…

La ronde (permanente) de la matière – des combinaisons – des noms – des fonctions et des usages – ce que jamais la langue ne saura appréhender…

Le poème est une vaine tentative – comme des bouts d’étoffe déchirée – abandonnés par les fantômes – presque des haillons – les guenilles de quelques ombres – des taches d’encre – à peine – rien qui ne puisse restituer l’ensemble – le réel – la globalité du monde et la lumière projetée sur la surface et dans les profondeurs de ces mille parcelles toujours changeantes…

Le tout – le rien – le sans nom…

Et devant tant de merveilles et de complexité – si simples pourtant – le silence – la bouche qui reste muette…

 

23 février 2020

Carnet n°221 Notes journalières

Un murmure – le chant d’un ruisseau – la nuit (presque) solaire. Ce qui s’offre – et résiste – à la pluie – à la tristesse des âmes. Sur la route – entre la déchirure et l’épaisseur – notre cœur immense – battu – ravagé – par la violence du monde…

 

 

Ce qui s’avance sans crainte – l’âme défaite – inespérante…

 

 

Une faille dans le souffle où perce le jour – le ciel parmi nous – le ciel au-dedans – pénétré et pénétrant…

 

 

Au bord du monde – l’âme et le poème – ce qui n’a jamais appartenu à la terre – dans les marges mélangées – ambivalentes – toujours. Ni vraiment humains – ni vraiment célestes – on ne peut – on ne sait – se prononcer…

 

 

Tout s’efface devant le jour – voilà le génie caché du monde – l’intelligence malgré nous…

 

 

Le feu au front – si souvent – comme une infirmité – une folle impatience – au lieu d’embellir la flamme – de la verticaliser…

 

 

Le monde rudimentaire – presque archaïque – prémices seulement d’une potentialité – d’une possibilité – l’émergence peu probable d’une figure réelle – sans mythe – sans histoire – sans image – aussi nue que la lumière…

 

 

A souffle débridé – à courir – à respirer – parmi les fleurs blanches et sauvages. Sur cette terre ouverte – dans l’entre-ciel du monde – l’âme et le pas innocents – poussés par l’exubérance – la folle énergie – du feu intérieur – souterrain – la roue en marche qui nous anime…

 

 

La pierre et la nuit – notre socle – notre sol – que nous creusons avec notre propre abîme

 

 

Un mur – haut – infranchissable – là où mènent tous les pas – toutes les routes – tous les voyages. La terre se multipliant – s’entassant – formant des tas – des briques – une paroi verticale – que chaque pas – chaque route – chaque voyage – fortifie – et qui nous éloigne (sans même en avoir l’air) du lieu que nous rêvons (tous) d’atteindre…

 

 

Le feu – chaque jour – recommencé – contre la pluie – le froid – la nuit – les invariants du monde terrestre…

 

 

Vivre – comme une minuscule lanterne – posée quelque part – entre collines et montagnes – hissée à l’altitude appropriée – à hauteur d’homme – légèrement plus haut peut-être – pour ceux qui passeront un jour par là – qui sait…

 

 

La nuit franchie – le choc encore dans la poitrine – comme une épreuve – longue – terrible – incroyablement douloureuse – à peine supportable (à vrai dire) pour la sensibilité. Et cette fréquentation des hommes – assidue – invivable pour l’intelligence – les balbutiements timides de la lumière. Le sol – à présent – à hauteur de joie – l’âme posée sur la pierre – dans une sorte d’épuisement – comme après une âpre (et harassante) bataille…

 

 

Toujours le même sommeil – le même labeur – le même labour – les traditions en tête – les œillères de l’homme qui avance – qui martèle la terre – qui creuse son (pitoyable) sillon. Debout – couché – l’âme toujours endormie…

 

 

Le front baissé avec tous les désirs en exergue. La faim dans le sang qui corrompt la main – et la rend assassine…

 

 

Le visage sur la pierre – glacé par tant d’absence – l’impossibilité du partage et de la rencontre…

 

 

Du vent qui s’engouffre – là où c’est nécessaire – là où les portes sont fermées – là où la volonté domine – partout où les hommes se sont installés…

 

 

Le vide habité – comme un tournant dans la posture – explosée – agonisante. Juste la terre indispensable – le feu qui alimente les gestes – l’âme offerte comme une main ouverte – tendre – délicate – posée en évidence – prête à tous les usages…

 

 

Des visages – partout – comme un seul portrait – celui de l’ombre qui avance – qui gagne du terrain – sur le point de tout envahir – et de décimer (partout) la possibilité de l’intelligence…

 

 

L’ombre – encore – comme une seconde peau. Notre premier foyer – la matrice enfantée par la lumière – la sœur aînée de la douleur – ce qui rampe sur le sol avec nous…

 

 

Tout n’est que route et chute – ascension et descente – mouvements circulaires – la vie – la marche – le soleil – la distance à parcourir jusqu’à l’étreinte finale – l’amorce d’un autre voyage…

Et nos pieds qui rechignent – et notre âme qui penche déjà…

 

 

Ce qui nous devance – et, à notre suite, le vent. L’étau de l’invisible – ce qui se resserre – et ce qui, en nous, doit se réduire – s’effacer – disparaître…

La main du destin qui nous offre aux tenailles des Dieux…

 

 

Tout se retire, peu à peu – la nudité et le froid de l’air. Le vent dans ses jeux et ses tourbillons. Et le regard qui contemple – sans distinction – les pierres – les routes – les visages…

 

 

Nous respirons – comme si l’air émanait du sol – et le souffle du ciel – d’où, peut-être, notre malaise – notre difficulté à sentir – à reprendre haleine – à nous tenir (réellement) debout – et notre manie à tout renifler – dans cet écart vertical…

 

 

Nous sommes rejoints tantôt par l’absence – tantôt par le silence – nos deux seuls acolytes…

 

 

Au faîte de la profondeur – là où est le jour – là où se trouve le seul seuil à franchir – des ombres mélangées au soleil qui se lève – comme une fenêtre – une aile vers l’infini – le temps écrasé par l’éternité – le monde comme une main qui s’ouvre – une âme qui acquiesce – quelques sautillements joyeux jusqu’au ciel – l’envers du lieu où nous vivons aujourd’hui…

 

 

Déchirées – une à une – les feuilles du grand registre de la mémoire – les saisons qui se mélangent – les sauts – les cabrioles – les danses et les pirouettes – le premier jour du monde – à chaque instant – l’heure originelle – sans suspens – sans continuité…

 

 

La vérité – l’invisible – cousus à l’envers de notre peau – dans les tréfonds de l’âme qu’il faut retourner (entièrement) – et dont il faut déchirer l’épaisseur – l’opacité – traverser toutes les terres jusqu’aux origines de la faim et de la matière – pour revenir – retrouver les tout premiers battements de cœur du monde naissant…

 

 

Presque rien – l’absence – comme un lieu – le centre du monde que chacun habite – malgré lui…

 

 

De la couleur – étalée partout – des teintes qui se mélangent – l’apparence vécue…

La violence qui rayonne – le jour recouvert – les surfaces scintillantes…

Tout un écheveau de chair et d’objets entassés – l’épaisseur du monde – comme une croûte sanguinolente…

 

 

Cet esprit – sombre – comme un seau dans la tête – un fond d’immondices raclé à la pelle – des éclaboussures – partout – et des taches – des flaques parfois – sur les chemins empruntés…

La sauvagerie brute du vivant. Notre seul rayonnement – trop souvent…

 

 

De la neige sur les yeux – et l’âme aussi recouverte. L’essence de notre tremblement peut-être – la cause organique de notre cécité – de notre insensibilité…

Le feu et la lumière étouffés…

Et sous la blancheur – l’ombre de la chambre – la vie terne – obscure – comme au fond d’un trou…

 

 

Des fleurs dans un fossé – comme notre table familière – quotidienne – le lieu des pensées sauvages…

L’esprit – comme une lampe dans les galeries souterraines du monde – dans le dédale des choses vivantes – cette matière mobile – hasardeuse – inquiétante…

 

 

L’errance autour du même centre – cette faille étrange – inconnue – secrète. Et nous au fond de notre trou – comme un abîme aux allures de cage étrange – à respirer cet air vicié – insupportable – le même depuis les origines – jamais renouvelé – à sentir sur la peau de l’Autre la souffrance et le cri contenu – à découvrir le monde à travers les visages – les images – les reflets – toujours tristes – toujours ternes – presque sans vie…

Tapis contre les murs de notre grotte – à espérer, en vain, voir la lumière – l’autre extrémité du jour…

 

 

De la blancheur que nul ne voit – qui nous a enfantés – pourtant – il y a longtemps – trop peut-être. Il serait temps de faire le chemin inverse – de la périphérie vers le centre – jusqu’à la matrice – jusqu’au point le plus dense – jusqu’au point exhaustif où tout se rejoint – les pierres – les visages – les âmes – l’infini…

 

 

Le lointain – non devant nous – mais au-dedans. Nous nous sommes, peu à peu, écartés du sol – de l’air – de l’herbe – des arbres – du rythme naturel des bêtes et des soirs sans lumière. Et ainsi la nuit est devenue (presque) totale…

 

 

L’ombre – le pied – le ciel – le destin de l’homme – la marche nécessaire – celle sur les pierres et celle au-dedans – c’est pour cette raison que le souffle nous a été donné…

 

 

Il y a une chambre au-dedans de nous – la chambre commune où nous avons été conçus et enfantés – celle que nous regagnons chaque nuit en nous endormant – celle où nous nous attardons un peu plus longtemps à chaque fois que nous mourons…

L’origine du monde – des choses et des visages ; notre permanente demeure – celle que l’on a toutes les peines du monde à habiter de son vivant…

 

 

Des lignes – un peu de poésie – comme de petites fenêtres dans le mur qui nous sépare de tout – du monde – des Autres – et de nous-même(s) – surtout…

Soi comme seul horizon – seule perspective – le lieu de tous les pas – de tous les voyages – de toutes les tentatives…

La terre n’est qu’un foyer (très) provisoire…

Une âme – des âmes – invalides – sur la pierre froide. Un feu – insuffisant – pour toucher le ciel du bout des doigts. Trop d’épaisseur pour se hisser jusqu’au front léger. Toujours trop lourde – la tête pataude. Toujours trop loin – l’innocence des mains…

Nous devrons encore nous défaire – nous départir – nous débarrasser…

 

 

Des bouffées d’air pur – à travers la fenêtre – sur la pierre – le ciel qui fait tanguer la fatigue – qui creuse l’épaisseur sombre – la tristesse – nos vies sans éclat…

Le front qui s’incline – qui monte très haut au-dessus de la tête – au-dessus du monde – pour recevoir le baiser de l’infini…

 

 

Les murs creusés qui se fendillent – qui s’effritent – qui s’effondrent – comme un désenserclement – une ouverture inespérée – sur le sol – en pièces – pour laisser passer l’air et la lumière – l’espérance par terre – émiettée – inutile…

 

 

L’envergure qui rassemble les morceaux – les fragments épars de notre vie – de l’esprit – enclavé – dispersé – qui comble la distance qui, croyait-on, nous séparait de ce que nous appelions le reste – nous-même(s), en vérité, lorsque l’identité s’élargit – retrouve sa rive natale – reprend ses jeux avec l’infime et l’infini – marie les contraires – assemble les opposés – devient ce qui, en réalité, n’a jamais été séparé…

Avec – dans la tête – l’explosion des limites – l’effacement des frontières – le ralliement naturel de tous les territoires – la reconquête pacifique de toutes les appartenances…

Le grand tout formé comme un seul ensemble – indissociable – insécable – souverain – silencieux – qui s’amuse de toutes les appropriations – de toutes les dénominations – qu’il désagrège d’un seul souffle – d’un seul éclat de rire…

 

 

Le monde – en nous – comme un monstre dévorant. Et nous – de la chair offerte – l’offrande des Dieux qui se repaissent sur notre tête…

 

 

L’autre pourtour que nous dessine la vie…

Cette infime parcelle qui, peu à peu, accroît sa surface – son périmètre – son envergure – qui apprend à devenir (sainement – sans appropriation) le lieu central – essentiel – primordial – celui par lequel s’écoulent toutes les choses (et tous les visages) du monde…

 

 

De la terre grossière – le sol aride qu’arrose la pluie – que cingle le vent – la sauvagerie de l’air – l’entêtement de l’eau – ces mariages étranges que célèbre le soleil – la chaleur – la lumière. La matière honorée – magnifiée – par l’invisible – la part la moins délicate – la plus tangible – du ciel – le socle sur lequel tout peut arriver – l’aire de tous les enfantements – l’aire de tous les possibles – en somme…

 

 

Genoux contre le front – à se contorsionner dans ce manque d’air – dans cette pièce étrange aux dimensions enserrantes – presque tortionnaires – le lieu le plus plein que la terre connaisse – une bizarrerie – la contrepartie, peut-être, du vide initial – vécu, sans doute, sur le mode du manque – à l’envers de l’exacte version…

 

 

Mille agréments – comme autant de couches de sommeil supplémentaires. Une forme de compensation anesthésiante pour essayer d’oublier – et atténuer sans doute – la rudesse du monde – l’âpreté de l’existence terrestre…

 

 

De la chaleur sur la pierre pour compenser la froideur et l’insensibilité de l’âme – son absence – comme si une telle chose pouvait être corrigée – et réparée – comme si l’on pouvait combler le vide – le vide infini – avec quelques flammes – quelques regards – quelques pauvres fagots…

 

 

Ce qui s’enlève – ce que l’on nous retire – superflu toujours – malgré les larmes…

Moins courageux (Ô combien) que les bêtes lorsque nous nous retrouvons l’âme et les fesses nues sur la pierre froide…

 

 

On a beau en avoir fini – avec le monde – les Autres – les apparences – les conventions – on ne cesse pour autant d’y revenir – malgré soi…

Comme si nous abritions – à notre insu – de vieux reliquats d’humanité increvables…

 

 

Des ornières et des failles jusqu’au ciel – ce qui donne, peut-être, à notre âme cette apparence trouée – ce relief étrange – avec de l’air – de la légèreté – avec des trous et des tourbillons – et des masses sombres qui flottent – qui gravitent – qui nous alourdissent…

 

 

Les cris – le moindre cri – relancent la guerre. Exhortent le souffle – l’élan – l’ardeur guerrière…

Des bêtes à la main meurtrière. Des âmes sombres avec – cachés derrière le dos – des arcs – des flèches – des pierres – l’arsenal primitif – presque originel – des bipèdes…

 

 

La peau écorchée par les Autres – leurs intentions – leurs gestes – leur absence…

Les traces du monde sur notre âme – sur notre vie…

 

 

Retranché sur son île – au cœur de l’océan – loin des têtes boursouflées – nauséabondes – naufrageuses

Hors du monde – il y a toujours le monde – comme si notre tête en était pleine – saturée – regorgeante…

 

 

Nous marchons – tantôt somnambules – tantôt funambules – sur un sol nécessaire – incontestable – sur aucun fil – avec de l’air partout – jusque dans la terre – entre les mottes – entre les tempes – dans l’âme tout entière – comme des nuages parfois ensommeillés – parfois intrépides – allant là où pousse l’ardeur – vers le centre – lentement – imperceptiblement – dans une attraction faible – folle – inévitable…

 

 

Le temps comme un bloc de granite qui s’effrite peu à peu – sous nos yeux vieillissant…

 

 

Le monde comme naufrage – comme une île de plus en plus lointaine – abstraite – presque irréelle…

 

 

Tout nous a été soustrait – ne restent plus que la soif et la pierre sur laquelle on est assis…

 

 

Des frontières que l’on déchire – des pans de monde que l’on arrache – que l’on a condamnés trop longtemps sans jamais agir – sans jamais s’éloigner…

Et l’étroitesse – à présent – qui nous étouffe – la bêtise souveraine – partout – insupportable – les conventions – la normalité – effarantes – dégradantes – l’essentiel nié – rejeté – inexistant…

La solitude – devenue notre seul territoire – l’aire de toutes les hardiesses – de toutes les possibilités – le pont sur lequel la main et le ciel peuvent se rapprocher – se rejoindre – s’unir – et enfanter un visage nouveau…

 

 

La tête comme un marteau sur les murs du monde. Des trous et des bosses – des plaies et des brèches – inutiles. A présent, le recul – la tête rangée sous l’aile blanche – la peau sans rugosité – au-dessus des remparts – comme les yeux – la bouche livrant des paroles sans image – et l’âme, des gestes sans volonté – sans intention – naturels – spontanés – engendrés à la jonction du feu et de la blancheur par la matrice silencieuse…

 

 

L’orage – comme un miracle – et le déferlement des eaux sur les plaines gorgées de visages – saturées de choses et d’objets. Le grand lavement à même la déchirure – à même l’espérance. Dieu descendant du ciel et de la montagne – distribuant les offrandes et les privilèges – quelques malédictions (inévitables) – arrosant les âmes et les fronts – et évacuant le reste avec les eaux souillées…

 

 

Le monde – à travers nous – comme une autre terre – d’autres visages – sombres lorsque l’âme est noire – clairs lorsqu’elle est lumineuse…

Tout se colore – tout s’habille – selon le soleil intérieur…

Et nous autres – glissant avec les morts dans les eaux torrentielles jusqu’à la chute qui initie la transparence quelles que soient les circonstances et la couleur de l’âme…

 

 

Des débris de monde nés de la foudre. Des voix inaudibles nées d’un bleu trop lointain. Des chemins et des flaques immenses qu’il (nous) faut traverser. L’itinéraire qui dessine des pentes inconnues – étranges – presque surnaturelles. Et tous les visages de l’océan – en nous – à nos côtés – au-dessus de notre étoile – cette fausse destination – que nous fixons avec trop d’insistance…

 

 

Sur le même promontoire que les Dieux – mais la tête à l’envers – encore trop boursouflée, sans doute, par cette trompeuse ascension…

 

 

Du bord à l’immobilité sans passer par la foule – la meute des visages. Une voix sur les cimes – du sommeil à l’âme redressée – presque debout – sans l’appui d’un Autre ou du moindre nom…

Les yeux grands ouverts d’une âme à genoux sur les braises de l’ancien monde – et ce chant qui monte du fond de la poitrine – du fond de l’âme des Dieux – en nous – réfugiés pour précipiter le saut et la venue du silence – la célébration du monde et des supplices (inévitables, sans doute) autant que celle des ermites et des bourreaux chargés d’allumer quelques bûchers pour interrompre le cours des malédictions…

Bref – nous autres – nous tous – émerveillés – déboussolés – épuisés – par tous les instants glorieux de notre dérisoire existence…

 

 

Voltiges virtuoses – sans trace – comme un élan naturel à la jonction du sol et du ciel – à hauteur d’homme – celle que nous méritons – hors du cercle de la naissance – selon la justesse et l’authenticité des gestes nécessaires aux (réels) besoins du monde…

 

 

Le sol – comme le monde – piétiné jusqu’à l’érosion. Bêtes – arbres et hommes – comme des choses que l’on décapite – et dont on fait usage jusqu’à l’ultime usure. Le temps des foules – des meutes et des milices – des mille armées qui s’affrontent – des millions de bottes au service de quelques têtes…

La terre d’aujourd’hui – aussi archaïque – aussi barbare – qu’autrefois…

 

 

Le passage trop bruyant des choses et des têtes ensommeillées. Des existences et des portes apparentes – un itinéraire tout tracé – le même au fil des jours et des générations. Des déplacements placides – presque confortables. L’aventure programmée – la nuit pâlement éclairée pour se prémunir des ombres trop noires (ou trop sournoises). Le vent apprivoisé du sol au plafond – tout au long du trajet. L’obéissance – le groupe – l’attente – et la mort…

L’existence triviale – rampante – de l’homme ; de la terre à la terre…

 

 

Trop de feux inconséquents dans le froid de ce monde…

 

 

Dans le creux d’une ombre – à l’abri de toute lumière – l’homme cloîtré – sans vertige – dont le sommeil est le seul appui – et bien davantage sans doute – une manière d’être au monde – la seule qui vaille – la plus décente – la seule possible – à ses yeux…

 

 

La vie – comme sur une corde martelée – si aplatie qu’elle a pris la forme d’un sol – une sorte de balisage fragmenté – des pointillés jusqu’au bout de la nuit – interminable…

 

 

De la foudre – comme un secret accroché à la flamme d’une bougie – et qui se consume en un instant – impossible à saisir – qui frappe et illumine – puis disparaît…

Comme une brève lumière dans le silence…

 

 

Et ça se répète – comme tout se répète – pareil au petit matin brumeux – jour après jour – dans cette énergie cyclique – dosée au millimètre…

Le monde ordinaire – tel qu’il nous apparaît…

 

 

Des yeux vides – autant que les paroles. La tête comme une fenêtre branlante aux volets qui claquent – une pièce ouverte au vent. Une brèche dans l’air – sans mur – sans fixation – comme un rêve – un tour de magie – une estrade (minuscule) vers ailleurs pour nos vies sans épaisseur…

 

 

Des yeux noirs et la langue confuse – les mots qui sortent comme des vers – de longs lombrics accrochés les uns aux autres – et qui tombent sur la page dans un bruit de feutre qui glisse – qui rampe – qui se contorsionne – sur la feuille blanche…

 

 

On aimerait rire de la faim – du manque – de l’impatience – de l’acharnement – mais la chair nous réclame déjà. On n’a le temps de rien avec cette vieille habitude d’être sonné et de nous précipiter comme des serviteurs zélés…

L’assuétude assidue – légendaire – à laquelle nous assigne la tête…

 

 

Des jours – un à un – vécus avec un front sans attention – sans appétit – avec cette inconscience empressée coutumière – le jeu ordinaire de la tête qui fait bouger le reste comme un objet mécanique – une masse sombre avec des roues posées sur des rails dont on actionne, une à une, les manivelles…

Des choses qui bougent – peu de tentatives vers autre chose – vers ailleurs – le lent vieillissement (en quelques milliers de jours à peine) – de l’attente – beaucoup – et puis, un jour, la mort (bien sûr). Le souvenir de quelques-uns – pendant quelque temps – puis, très vite, l’oubli. Le retour au néant – la ronde du monde – imperturbable…

 

 

De la confusion – en toutes choses – et dans le regard aussi. Tout mélangé – comme du sable dans les yeux – dans l’âme et le sang. Quelques soubresauts dans une mécanique bien huilée – des fenêtres qui s’obstruent – le temps qui se contorsionne pour rester dans le cadran. La vie terne – le monde sans éclat. L’âme de plus en plus nocturne. Les eaux noires du monde qui coulent sous tous les ponts. Et le cœur vide – atone – sans joie…

 

 

Des gestes de fantôme – des vies (presque) spectrales – invisibles – des paroles comme du bruit – la seule chose, parfois, qui prouve que nous soyons vivants…

 

 

Les seuils devenus frontières par l’inusage – la fatigue – la paresse. On s’appuie sur le peu de force qu’il nous reste pour se tenir debout – à peine – pas trop titubant – juste de quoi faire les gestes nécessaires. Comme une nuit qui, peu à peu, se referme sur les yeux – sur la vie – avec, bientôt, au-dedans – le noir – la cécité – la fin de toute possibilité – le sommeil interminable…

 

 

Des remous au-dedans – ce qui éveille autant que ça bouscule – que ça bouleverse. Une manière d’être secoué – de perdre l’équilibre – de lancer un bras – un pied – mille choses – en l’air – pour ne pas tomber…

L’existence minimale pour essayer de retrouver l’assise nécessaire à la vie du dehors…

 

 

Comme un double masque – et une double armure – qui empêcheraient de voir (et d’agir) au-dedans et au-dehors – une forme de restriction – de rétractation – du corps – de la tête – du cœur – figés – immobiles – pris dans l’épaisseur gélatineuse de la protection…

Les fers aux chevilles – les pieds dans la boue et les sables mouvants. Et tout qui – lentement – s’enfonce – sur le point, bientôt, d’être submergé – d’être englouti – de disparaître – comme si rien n’avait jamais (vraiment) existé – comme un néant après le néant – la seule certitude peut-être – la seule chose qui parvienne à conserver une place en ce monde…

 

 

C’est dans l’aveuglement que nous vivons – avec toutes les peurs dans la tête – comme de minuscules carcasses que le monde disloque – le froid et la mort dans l’âme…

 

 

Rien que nous puissions défaire – rien dont nous puissions nous débarrasser – il nous faut vivre avec ce qui nous compose – tous ces étranges contenus – se cogner à tous les murs – trébucher sur la pierre – avec le dos et l’esprit chargés de choses et d’ennuis…

Rien qui ne puisse nous sauver (si tant est qu’il faille sauver quiconque de l’exercice de vivre…). Ne restent que le rire – et le regard qui, parfois, s’élève pour nous affranchir de cette petitesse – de cette impuissance – de cet incroyable assujettissement – loin de la matière ou jouant joyeusement – amoureusement – avec elle…

 

 

Que perdons-nous en nous perdant – que reste-t-il lorsqu’il ne reste plus rien…

Le témoin de ce qui est – ce que l’on ne peut enlever – ce qui ne peut se défaire…

 

 

Une parole contre le mensonge et l’inauthenticité – qui donne à voir, peut-être, un peu de vérité – un peu de lumière – derrière l’entassement et la profusion des mots…

Davantage qu’un poème – une fenêtre amovible – un pan de montagne arraché pour voir au-delà des murs – au-delà des ruines – au-delà des images et de la poussière – quelque chose qui s’offre – d’éternel – ce qui devrait nous réjouir – et nous nourrir suffisamment pour pouvoir – pour savoir – vivre debout – sans gémir – la joie aux lèvres malgré tout ce noir qui barbouille les âmes et les visages…

 

 

Ce que l’on imagine être – devenir – ce qui prête à rire – bien moins que ça – et bien davantage – malgré les ruines et le sable…

Ni savoir – ni possession – moins que la peau – pas même les os. Ce qui change et tournoie sans jamais s’arrêter – toutes les tentatives et les erreurs successives – ce que l’on ne pourra jamais atteindre – tout cela – étrangement mêlé – mélangé – agencé de façon si juste et si singulière à notre intention…

 

 

L’Autre – les Autres – à jamais inconnus – inaccessibles par la surface – par la rencontre – sinon par soi et les passages souterrains qui mènent à l’espace commun…

 

 

En soi – sans les Autres – sans les amas inutiles du monde…

Tout expérimenter – en soi – par soi-même…

Sans repère – sans référence…

Juste l’essentiel – le regard et la sensibilité – la posture nue – originelle – du premier homme…

L’esprit vide et innocent…

 

 

Ce qui surgit – ce qui advient – sans attente – ce qui nous traverse – de bout en bout. De l’eau vive – tourbillonnante – dans notre fouillis – dans nos encombrements…

Inutiles les livres et les savoirs – l’âme et le sang – seuls – face au monde – à ses silhouettes – à ses fantômes – à ses remous…

Nous face à l’Autre – sans idée – sans filtre – sans image. Le duel éternel avant la possibilité de l’union – avant les retrouvailles (sans doute improbables en ce monde)…

 

 

Le seul défi – non devant nous – mais en soi – la capacité d’accueillir le face-à-face – les tiraillements de part et d’autre – l’affrontement et les réactions inévitables – l’acquiescement sans restriction à tous les états – à tous les possibles…

23 novembre 2019

Carnet n°212 Notes sans titre

Le bleu s’immisce là où le front s’est ouvert – là où l’âme est prête à recevoir ce qui s’invite – là où il n’y a plus ni volonté, ni prétention, ni pédagogie – là où le désir s’éclipse au profit de la nécessité…

 

 

Nous ne réclamons rien – le droit – seulement – d’aller là où le silence et la solitude s’offrent sans effort…

 

 

Tout ce rouge qui suinte à travers les vivants. Partout l’on devine le sort abject que l’homme réserve à ce qui n’est pas humain…

L’instrumentalisation – l’exploitation – la barbarie – à grande échelle – érigées en système – en industrie…

Et ce qui monte – en soi – et persiste – la honte et le dégoût d’être humain…

Et l’authentique tendresse – l’authentique pardon – à l’égard de tous ceux que mes congénères torturent et assassinent…

Gageons seulement que la conscience et l’Amour sauront, peu à peu, remplacer l’ignorance et le manque d’empathie…

 

 

De l’impossibilité d’être pleinement humain…

 

 

Ce qui a toutes les peines du monde à s’initier chez l’homme – au cœur du vivant – dans l’âme et la quotidienneté ordinaire. Et ce qui nécessite une actualisation permanente – de chaque instant – une fois l’initiation réalisée…

 

 

A l’écart – très souvent – de ce qui s’agite – de ce qui bavarde – de ce qui crie, court et gesticule – de ce qui geint, quémande et espère…

Suffisamment éloigné de mes semblables…

 

 

Vivre dans l’oubli du monde…

 

 

Des forêts et des prairies (sauvages) comme lieux d’accueil – comme lieux d’existence et de ressourcement – comme îlots – comme un nécessaire chapelet de silence – dans l’itinérance grise – et, trop souvent, populeuse…

 

 

Une route dont on devine la raison profonde…

 

 

Des étrangers au langage rustre et invasif – qui dictent les règles communes – celles du plus grand nombre – comme si l’homme ne pouvait vivre à côté du monde – selon ses propres lois – innocentes et respectueuses…

 

 

Ce que nous cisaillons en vain au lieu de (tout) couper à la racine…

Ce que nous négligeons au lieu d’être attentif…

Ce que nous prétendons offrir alors que nous avons la main tendue vers la plus infime obole…

Toujours à nous illusionner et à tromper le monde…

La psyché dans ses œuvres de prestidigitation…

 

 

Ce qui s’écoute et s’enlise – les méandres de plus en plus tortueux de l’existence, du monde et de la psyché à mesure que l’on s’éloigne du vide – de la simplicité – de l’innocence…

L’encombrement de l’inutile…

 

 

Le tranchant et la tendresse du regard – sans doute n’y a-t-il rien de plus précieux en ce monde – ni de plus indispensable ; faire naître et aiguiser cette lame et cet Amour au fond de l’âme…

 

 

C’est toujours la faim qui impulse la marche – et anime l’exploration. Et l’on avance – ainsi – d’une faim à l’autre – vers le plus intime – la vérité – ce que nous sommes…

 

 

Retrouver la version préliminaire du monde – le schéma originel – l’axiome premier – le versant nu de l’être – sans parure – sans oripeau – sans tous ces falbalas flamboyants et trompeurs – puis, une fois trouvé – une fois exploré – une fois habité – l’habiller (éventuellement) à sa singulière mesure…

 

 

Bien plus étranges qu’étrangers – bien plus insolites que lointains – la nature du monde et ses multiples visages…

 

 

D’une découverte à l’autre – d’une exploration à l’autre – d’une quête à l’autre – puis, l’intériorisation du savoir – la transmutation en connaissance – la lente imprégnation jusqu’à la pleine incarnation de la vérité – vécue – singulière – quotidienne…

 

 

Le grand recours de l’âme face au monde qui se montre si indifférent aux choses du cœur

 

 

Des figures passagères – infimes – dérisoires…

Des affaires et des jours sans importance – hasardeux – sans conséquence…

Des existences (presque) sans essence…

Ce qui fait que les vies sont (réellement) ce qu’elles ont l’air d’être…

Difficile d’imaginer l’or au-dedans de ce feu si terne…

 

 

La grande migration des cœurs – la grande épopée des âmes. L’intense labeur du dedans en dépit de la somnolence apparente. Quelque chose qui reste ardent – une étincelle – comme une flamme minuscule mais éternelle…

 

 

L’évidence de la bêtise – comme une vague submergeante – implacable – irrépressible – que rien, ni personne ne peut arrêter – nourrie par chaque visage qui compose la foule (immense) des hommes – comme une déferlante monstrueuse engendrée par l’ignorance des masses – et qui se disperse, de manière tentaculaire et insidieuse, en minuscules vaguelettes dévastatrices…

 

 

De l’importance de n’être personne – un inconnu – un anonyme – face à la monstruosité – un modeste obstacle face à la nuit et aux mains barbares – un modeste fanal pour dissiper le noir…

 

 

Des soubresauts – des émotions – des gestes. Le monde animé des apparences. Et au-dessous – le mystère à l’œuvre – la lumière se célébrant au-dedans de la chair – la joie circulant à travers le sang du monde…

Ce que, sans doute, seuls quelques-uns savent et perçoivent…

 

 

De grandes artères viscérales qui irriguent le monde – et qu’empruntent les visages et les choses…

Ce qui circule – ce qui voyage – les mouvements nécessaires à l’ensemble – à chacun…

La vie des minuscules cellules et du grand corps…

 

 

La terre – parfois – se rétracte – comme un cœur trop sensible…

 

 

Le besoin d’un Dieu présent – permanent – à portée d’âme et de main…

 

 

De la conscience et du vivant – et mille déguisements qui nous fascinent – et mille danses qui nous étourdissent – ce qui complique grandement nos pas sur le chemin vers la simplicité – vers le dépouillement – vers la nudité – vers cette incarnation (sans artifice) de l’esprit et de l’énergie…

 

 

Mille fois devenir sans jamais être. Puis, être sans jamais devenir…

Indéfiniment passant – et à demeure – l’éternel…

 

 

Ce que nous dicte l’usage – la raison – la passion – fort différent (en général) de ce qu’imposent l’âme et les circonstances…

La nécessité au détriment du désir – la justesse au détriment du plaisir…

 

 

Des mots qui ouvrent et résonnent – qui donnent à vivre et à penser – et qui offrent (potentiellement) le plus haut de l’homme ; métaphysique – spiritualité – nécessité – essentiel – solitude – Absolu – être – conscience – nature – marche – poésie…

Des mots qui résument nos aspirations profondes et notre existence quotidienne – notre manière implacable (presque impitoyable) d’être au monde…

 

 

Des jours – de la boue – des miracles – ce qui peuple la terre – ce que vivent les âmes…

Rien qu’un sol – et un ciel par-dessus…

 

 

Ce à quoi l’ignorance nous condamne – à des vies folles et barbares – à l’abomination…

L’enfer que nous sommes – l’enfer que nous créons – l’enfer que nous offrons – notre seul héritage…

 

 

Aucun attirail – aucun arsenal – le regard, le souffle et le corps (presque) nu…

 

 

Il n’y a d’alchimie – mais une série de soustractions vers le plus simple…

 

 

Sans l’âme et la vie (détaché d’elles) – l’art n’est (presque) rien…

Comme une vague lumière au fond d’un rêve…

 

 

Au fond de soi – le vide éternel. Et à la surface du monde – des circonstances propices et ce que la psyché charrie comme inutilités…

 

 

Des heures affranchies du temps – presque libres – qui ni ne passent, ni ne durent…

 

 

Au-dedans même de la vacuité – il y a cette lumière et ce silence – le plus précieux – ce que les hommes ne pourraient inventer…

 

 

Des bouts de terre désolés – des âmes agenouillées. Malheureusement (et trop souvent) l’abominable spectacle du monde…

 

 

Des secousses – l’éclatement de la pensée – ce que les esprits raisonnables appelleraient, peut-être, la folie. Rien d’autre, pourtant, que l’éviction du superflu – la résorption de l’inutile – le retour à la simplicité ; la vivacité cognitive – la sobriété de l’âme – la belle et innocente vacuité de la tête…

 

 

De vagues silhouettes – des ombres qui passent – des âmes morcelées – des chevelures sans tête – de la matière modelée – formatée – limitée ; l’apparence des vivants…

 

 

Des cortèges qui engorgent toutes les impasses – qui envahissent toutes les rives où le mensonge et l’illusion font office de vérité. Des armées de têtes geignardes et belliqueuses qui embrochent par envie – par crainte – par cruauté – par mégarde – tout ce qui peut satisfaire la faim – étancher la soif – qui se jettent sur tout ce qui peut faire oublier (provisoirement) la peur – saupoudrer le fouillis – le désordre – le chaos – d’un semblant de sens et de cohérence – pour leur faire croire, en dépit des profondeurs – en dépit des apparences – qu’elles ont figure humaine – que leurs gestes sont magnanimes et respectables – et que leur âme agit avec conscience et sensibilité…

 

 

En soi – au creux – au fond – quelque part – le tout – le rien – le mélange – l’absence de contours – de frontières – le vide – le chaos – et tous les contenus possibles…

La conscience et la vie brute – telle qu’elle (nous) arrive…

 

 

Au plus haut degré de l’être – du monde ; le vide – la nudité – l’innocence. Ce qui offre au regard sa plus vive intensité et à ce qui passe une dimension merveilleuse – quasi miraculeuse…

 

 

Des reliefs – partout – à n’en plus finir – des lignes et des courbes qui s’entremêlent joyeusement pour former la géométrie du monde…

Et la même chose avec la matière invisible dont les enchevêtrements forment la géométrie de l’âme – les figures les plus essentielles du silence…

 

 

Rien à découvrir – rien à réaliser – rien à craindre. Être – simplement – et vivre ce qui est offert…

Ni rêve, ni pensée – des gestes, de l’innocence et de l’accueil…

 

 

Les souvenirs – les idées – les images – sont des encombrements – des obstacles – des empêchements ; ils restreignent toutes les aptitudes de l’être – et invalident notre manière d’être au monde…

Ressources naturelles et spontanées – au-delà des (multiples) apprentissages nécessaires…

 

 

La croix, le refuge et l’épée. Ce qui sonne comme une devise communautaire – une sentence héraldique – entre les fondations et le faîte. Quelque chose comme un chemin – une aventure – une épopée – l’existence humaine, peut-être, résumée par trois malheureux symboles ; le monde d’autrefois avec ses guerres et ses croisades – les misérables exigences de l’ancienne humanité avide de conquêtes, de pouvoir et de domination…

 

 

Des grilles devant lesquelles s’éloignent (presque toujours) la joie et l’innocence – le plus essentiel…

Les basses besognes de l’homme…

Les fosses et la fange – le degré zéro de l’existence (terrestre)…

 

 

Rien que le jour – comme une aubaine pour les yeux – hors du regard – hors de la volonté des tyrans. Un espace de liberté à l’envergure inespérée…

 

 

La matière comme décor animé – et des mouvements initiés depuis l’invisible…

Ça va d’un point à un autre – ça revient – ça repart – ça fait des détours et quelques haltes. Ça bouge autant que ça respire – le vivant…

 

 

Une longue route grise dont on sait qu’elle ne finira jamais…

Des boucles et des cycles en guise de chemin…

 

 

Tant d’heures passées en sa propre absence…

Comme un compagnonnage difficile – rendu (presque) impossible par la fréquentation du monde…

Le plus précieux de tous – pourtant ; l’incontournable – et qui se révèle, parfois, de façon tardive…

 

 

Rien qu’une parole – une promesse parfois – qui tient lieu d’axe central – de direction que l’on s’escrime à suivre coûte que coûte – sans raison – inutilement…

Des pas qui s’enchaînent à une vague traînée de poussière…

 

 

D’éclat en éclat – nos foulées incertaines – nos gestes imprécis – notre bouche trop prolixe…

Notre vie entière, peut-être…

Ce qui ne sait vivre la totalité – l’ensemble – la globalité – de manière simultanée…

 

 

Pas même l’attente du souffle suivant…

L’intensité de la vie présente…

 

 

Ce qui nous inonde – ce dans quoi nous baignons – le même mélange – un peu de ciel plongé dans la matière malaxée – avec l’horizon comme seule perspective…

 

 

De l’herbe et des pas – des arbres et des pierres – ce qui se revisite chaque jour – d’un œil parfois identique, parfois différent. Ce qui traverse l’âme de part en part quel que soit son état. Ce que la main note, chaque soir, sur son carnet…

 

 

Quelque chose comme une étincelle durable – sans doute éternelle – qui enfante tous les élans…

 

 

Une place vide – comme un lieu magique que l’on peut habiter – mais que nul ne peut occuper – dégrader – pervertir…

 

 

L’ordinaire dans toute sa démesure – dans toute sa folie…

Toutes les possibilités du presque rien – comme un miracle…

 

 

Tout s’efface d’un grand trait de lumière…

Une manière d’être au monde sans volonté – sans récrimination…

 

 

La démence inconsciente du monde – des hommes – de chacun…

Le déséquilibre des forces au profit des plus puissants – espèces – catégories – individus…

 

 

Tout coule dans la même veine – le même sillon – le réel – tous les possibles mélangés…

 

 

Partout – de longs rubans gris et de hautes colonnes noires – une foule compacte et pressée – inconsistante – presque inexistante. Des existences et des figures aussi sombres que les cités qu’elles peuplent…

 

 

Du jaune – un peu de jaune – au creux du rien – manière, peut-être, de se souvenir de la présence de la lumière – au fond de l’innocence – au cœur de la vacuité…

 

 

Aux vies- et aux mondes-parchemins – nous préférons les existences- et les possibilités-palimpsestes…

 

 

De jour en jour – sans rien désirer. Si – parfois – un peu plus de silence lorsque le monde se rapproche – entame notre sereine solitude…

 

 

La possibilité d’une aile – d’un oiseau – d’un envol – d’un ciel – d’un ailleurs encore plus lointain – de l’infini sans doute – imaginés à partir de rien – d’un léger vent qui traverse la tête…

 

 

Ce qui se creuse au fond du rien – c’est de cet endroit précis que tout émerge – que tout s’élance – où tout revient…

 

 

Parfois, le bleu – parfois, le possible – parfois, l’impossibilité du langage…

 

 

A la multitude fate – irrespectueuse – ignorante – cruelle – incroyablement antipathique – nous offrons le pire de nous-même – le plus vil – le plus bas – le plus pitoyable – les termes ad hoc de l’équation…

 

 

Une torpeur persistante – particulière – sournoise – qui s’imagine attention vive et lucide…

L’humanité – comme un dormeur qui rêve – et qui s’imagine éveillé…

Le pire des cauchemars – sans doute – celui dont on ne peut s’extraire qu’en s’extirpant du sommeil…

 

 

De l’ensemble – comme un cri inaudible – une souffrance insupportable malgré les sourires et les consolations…

L’énigme en exergue – le mystère collé aux gestes et au front…

Et tous les océans dans la tête – avec l’azur et ses tempêtes…

Les vents – seule condition du changement…

Les caps et les ports qui se suivent – la destination imprécise – presque hasardeuse…

Ainsi se réalisent tous les voyages – tous les destins…

 

 

Les arbres comme les pierres – les nuages comme les bêtes. Ce qui a été engendré – et existe sur terre…

Un autre monde – mille autres mondes – à côté de celui des hommes – à côté de celui des vivants…

 

 

Le silence courageux – et inspirant – des arbres et des bêtes – dont l’apparente soumission est une sagesse – une offrande du mystère – un acte d’Amour – la promesse d’un infini accessible…

Les hommes, eux, avec leurs gestes monstrueux*, sont redoutables – sans conscience – sans pitié – effroyables…

Dominer et jouir – ainsi seulement se sentent-ils vivants – comme de pitoyables créatures…

* leur odieuse manière d’habiter le monde et leur inhumanité nous plongent dans l’effroi et la colère – autant que dans la haine et la honte…

 

 

Ce que nous attendons du monde – ce qu’il nous promet – et ce qu’il nous offre…

L’occasion – toujours – de revenir au plus simple – à la simplicité…

 

 

Par-dessus la crête – le monde inversé – sans rêve – sans image – sans personne. Des faits – des circonstances – à l’état pur – à l’état brut. Le silence sans commentaire. Des mouvements – des gestes. Ce qui éprouve et contemple. Et – absolument – rien d’autre…

 

 

Tout un monde endormi – au-dehors comme au-dedans. Dans l’attente d’un souffle – d’un vent – chargé de nouveautés – de loisirs – de distractions ; la nourriture même du sommeil…

 

 

Des pierres grises – presque autant que les visages. Des existences sans véritable destin – la répétition des gestes et des actes ancestraux – le fil rouge qui dicte et définit les lois – les conventions – les usages. De père en fils – de mère en fille – au fil des générations – le règne du pire et de l’immuable…

 

 

Des heures qui glissent – du temps chevauché – des jours et des nuits – de la durée – des cycles – de l’attente. Très peu d’instants – presque jamais…

 

 

Il y a des murs – partout – il y a des murs et des cachettes – mais il ne peut y avoir de secret – il y a des choses dissimulées – des choses oubliées – et, à chaque fois, le témoin de tous les gestes…

 

 

Un carré de terre – un cercle de lumière – des pas – des gestes – pas la moindre frontière. L’infini qui se déploie au-dedans de l’infime – dans la plus grande intimité avec le monde et les choses. Comme une envergure invisible offerte à celui qui s’efface…

 

 

Un monde sanglé – entravé – et paré pour la marche – le grand voyage que lui promettent les hommes…

Des ressources – des nécessités premières – ainsi tout a été converti. Matière d’usage et vies de contingences…

La cognition au service des instincts et de la survie…

Ce que l’homme – ce pauvre idiot – appelle l’humanité – l’intelligence – balivernes, bien sûr…

 

 

Quelques fenêtres ouvertes sur le jour – et (presque) toutes les autres sur le rêve et le néant. Et au-dessus du mur – aucun choix – la lumière sur l’ensemble des mondes possibles…

 

 

La vie agenouillée – contrainte – restreinte – asservie – sous le joug du monde – des Autres. Pour quelles (mauvaises) raisons nous y soumettons-nous…

 

 

Ce qui échappe à l’œil – et ce que l’âme peut voir…

 

 

Un système – un réseau – des embranchements – des ramifications – un enchevêtrement – mille lieux – mille liens – mille connexions. Tout ce qui existe – pris dans la trame – comme infime élément – toujours – de l’ensemble…

 

 

 

Des abîmes – des faîtes – des risques – des menaces – des chemins – des refuges – des détours – des impasses…

Ce qui apparaît comme un parcours – ce à quoi chacun est confronté – ce que chacun expérimente…

L’inévitable itinéraire terrestre et le possible cheminement de l’âme…

 

 

Des intuitions – mille instances de décision…

Le réel à travers des rideaux – comme une (quasi parfaite) impossibilité à voir…

Murs – fenêtres – imaginaires – reflets…

Le regard et le monde pervertis – corrompus – mensongers – fallacieux…

 

 

La légèreté et la consistance – la profondeur et la simplicité – la justesse et le silence ; des qualités très (très) rarement réunies – exceptionnellement…

 

 

Au cœur de ce monde – caché des regards – à observer l’étrange banalité des vies…

Mille gestes – mille mouvements – extraordinairement prévisibles – incroyablement humains…

Plongés dans la trivialité des choses de la terre – au milieu de ces visages affairés…

Un univers où l’âme semble absente – presque inexistante…

Des postures et des actes mécaniques qui s’enchaînent et s’entrecroisent…

Des silhouettes – des existences – qui ont l’air de ne rien vivre intérieurement (excepté les émotions réactives élémentaires) – rien de vraiment intense, ni de vraiment profond ou, en tout cas, insuffisamment pour être perceptible dans les attitudes et les paroles…

Des vies creuses – en quelque sorte – sans profondeur – sans consistance – sans justesse – lourdes – bruyantes – inutilement complexes… Voilà l’impression qu’elles (nous) donnent…

 

 

Etrange matière que cette épaisseur terrestre – couches de boue, d’instincts et de chair saupoudrées d’un peu de ciel – substance inerte et mobile – mélange de limites et de possibles…

 

 

De chair, d’âme et de langage – le monde en actes – le monde en mots – et celui qui nécessite un silence – un retrait – une (réelle) intériorité…

 

 

A dessein – le moins léger – pour laisser imaginer ce qui est caché – ce qui s’apparente au silence ; le plus proche du plus rien – très (très) loin du néant…

 

 

Ça bavarde – ça caquette – ça palabre – ça commente – ça adore les histoires – et ça a l’air de ne vivre que par (et pour) cela…

 

 

D’un bout à l’autre du monde – d’un bout à l’autre de l’âme. Tous les chemins à partir d’ici – du centre – et vers lequel ramènent tous les voyages – et qui se dévoile au fil des pas – par soustractions successives – jusqu’au cœur du vide – jusqu’au cœur de la pleine vacuité…

 

7 novembre 2019

Carnet n°210 Notes sans titre

L’œil pris par l’attrait du mouvement…

Demeure le centre – immobile – en arrière-plan…

Deux pans du même espace…

 

 

Un abri – un destin – un voyage. Cet étrange chemin qui serpente – ce court périple entre déboires et agréments – l’apparence – ce qui se passe – et la manière dont les circonstances sont vécues dans les coulisses de l’âme…

 

 

Ce qui nous habite et nous revient ; tout ce qui naît – tout ce qui passe – tout ce qui dure (un peu) – tout ce qui s’efface…

La boucle permanente des choses…

 

 

De plus en plus simple – le monde – ce qui bouge – ce qui change – l’inévitable. Et ce bleu intérieur – sans poids – sans épaisseur – présence sensible – vivante – sans contour – non localisable – à la fois au-dedans et au-dehors de tout…

 

 

L’alliance indiscutable – l’union consommée de mille manières – entre le mouvement et l’immobilité…

 

 

Tout se recroqueville sous le poids de la gravité – le (trop grand) sérieux des âmes. Seuls l’Amour et le rire offrent la liberté propice à la dilatation – aux retrouvailles avec l’envergure naturelle…

 

 

Le feu, le geste et l’attention – le plus grand soin offert par l’âme non distraite – ce que permettent la main et la plus grande présence possible…

 

 

En soi – la demeure pour l’âme. Et partout ailleurs – au cœur de la nature – mille possibilités pour le corps…

 

 

Ce que l’esprit autorise – mille aventures – mille replis – mille offrandes – mille autodafés – mille cruautés – mille massacres – mille sourires – mille poésies…

Tout – absolument toutes les possibilités sans restriction…

Il n’y a d’interdit – ni en acte, ni en parole…

 

 

De longues minutes de silence et de vacuité avant la naissance du premier mot – avant le jaillissement du premier trait – le temps de remonter jusqu’à la source – de creuser, en soi, le trou (parfaitement lisse) qui absorbera les bruits et les encombrements du monde et de la psyché…

 

 

Le monde – les piliers même de l’effondrement. L’évanescence et la précarité sur socle…

Des lignes qui se distinguent et s’entrecroisent. Le monde comme dessin – comme arabesque…

Puzzle mouvant – interactif – évolutif. Echeveau multi-dimensionnel…

 

 

L’infini vivant – et ce qui occupe l’espace. Le plus pur et cette folie en mouvement…

 

 

L’assoupissement mécanique du monde…

Fosses et ravins creusés à même l’esprit – ce que facilite (grandement) la psyché…

 

 

Le fouillis et l’assemblage géométrique des formes. Le parfait emboîtement des éléments. Cet entremêlement de la matière visible et invisible. Et ce regard sur le cours (inévitable) des choses…

Nous sommes – cela…

 

 

D’instant en instant – de jour en jour – d’état en état – et ce qui est, en nous, indéfiniment présent…

Ce « nous sommes » sans qualificatif – sans texture – sans attribut – qui prend la forme et la couleur du monde – de toutes les choses du monde – de manière si provisoire…

 

 

Le jeu de l’infini dans la restriction – dans la limitation ; le ciel pris entre des barreaux (dont le ciel serait le seul matériau) que l’on aurait recouvert(s) d’un peu de boue, d’un peu de terre, d’un peu d’eau et de nuages – histoire d’obtenir un mélange aux ingrédients (presque) indécelables – histoire de brouiller les pistes et de complexifier les règles du jeu…

 

 

L’esprit – le monde – la vie – ce qui nous assigne à mille obligations – à une forme de présence – d’astreinte – de servitude…

L’infini, la restriction et l’inévitabilité…

On ne peut y échapper ; impossible de ne pas être – de ne pas participer au monde – à l’Existant – d’une manière ou d’une autre…

 

 

L’aire de tous les possibles – un chantier – un étroit chenal – la terre – l’esprit – l’espace de toutes les réalisations…

L’être s’essayant à toutes les combinaisons…

L’infini traversant le singulier – tous les singuliers – l’ensemble de ses figures – infimes – restrictives…

Comme un ciel au-dedans d’une tête – au-dedans de toutes les têtes – le bleu, le vent et tous les orages possibles…

 

 

Ce qui est vécu intérieurement en vivant dans le monde – dans la proximité des autres visages…

Parfois – on aimerait – seulement – vivre – partager et échanger – avec ce qui se cache derrière les masques et les parures ; l’âme nue – fragile – sensible – le plus authentique – le plus aimable – de l’Autre…

 

 

Être ce terrain vierge où tout peut éclore – arriver – s’inviter – s’imposer – s’effacer – sans crainte – sans embarras – sans récrimination…

Devenir cela au lieu de ce conduit étroit et rigide à travers lequel ne peut couler qu’une eau sans contrariété…

 

 

Regard au sol – plongé dans les herbes folles des fossés…

Regard au ciel – porté par la course des nuages…

Ici et là – au-delà des frontières humaines – hors du cadre restrictif – à vivre l’envergure par-dessus les mille restrictions…

 

 

L’esprit blanc – sans trace – sans marque des épopées anciennes – sans le moindre frémissement d’attente – sans le moindre élan pour d’éventuelles aventures…

Alerte – vif – disponible – sans préjugé – qui accueille ou refuse avec netteté et franchise ce qui surgit – ce qui s’offre – fidèle à ses ressentis – à ses résonances profondes – qui bannit toutes les compromissions incompatibles – peu salutaires – qui est à l’écoute des mouvements naturels nés de la rencontre – de la coïncidence – entre ce qui est dans le monde et ce qui est dans l’âme – à un instant donné…

 

 

Tout existe – puis, tout se retire – s’efface – l’instant suivant…

Tout est possible – et peut se produire – se réaliser – dans le monde – dans la tête – dans l’âme…

L’ouverture et le champ infini des possibilités…

Jamais aucun interdit – jamais aucune restriction…

 

 

Le monde sans repos – le monde essoufflé – le monde à genoux. Sur la pierre se dressent tous les possibles. Et dans l’âme, l’acquiescement…

 

 

Ce que nous promettent les croyances et les prières – et ce que nous offre la fréquentation des Dieux…

 

 

Des visages côte à côte – mais le cœur ailleurs – déjà loin…

 

 

Des identités de façade – de papier. Des entités fragiles. Quelque chose de l’ordre de l’habitude et de la résignation…

 

 

Rien n’est moins réel – n’est plus mensonger – que les apparences ; des masques pour dissimuler le plus commun – le plus humain – ce qui constitue le plus digne et le plus aimable de l’homme – ce qui gagnerait à être davantage exposé…

 

 

Des pavés – des murs – des arbres. Partout – les mêmes forêts – les mêmes édifices – les mêmes visages – les mêmes chemins ; l’appauvrissement de la diversité…

 

 

La lumière – parfois – dévoile les couleurs de notre arrière-monde ; et nous voilà à pousser de grands cris devant tant de surprises et d’inattendu…

 

 

La plume tantôt vive – tantôt poussive – qui accompagne les pas du jour – qui leur est fidèle, en quelque sorte…

Le corps et l’esprit – main dans la main – si l’on peut dire…

 

 

Des amas de choses sur d’autres amas de choses – enveloppées – et qui se distinguent – par les apparences – et au-dedans desquelles circulent les mêmes fluides – et au-dedans desquelles habitent les mêmes fables et la même essence…

Et tout cela emmêlé – jusqu’à ne plus rien y voir – jusqu’à ne plus rien y comprendre…

 

 

Quelques possessions et nos ambitions cannibales. Notre soumission – notre allégeance à l’infâme tyran qui gouverne la psyché…

Les yeux cachés par les mains pour ne pas voir la violence avec laquelle on investit le monde – la violence avec laquelle on vit – la violence avec laquelle nous nous acharnons à satisfaire nos besoins – nos désirs – nos caprices…

Le pays totalitaire – invivable – que nous sommes devenus…

 

 

Des événements – des choses – sans posture – qui se manifestent avec aisance – de manière naturelle – sans la moindre attente à l’égard du monde…

 

 

La silhouette du monde dans l’âme – un peu d’ombre tout au plus…

Ce qui surgit – et s’en va – comme l’éclair…

Et ce qui se cache sournoisement au fond de la psyché – à notre insu, bien sûr…

 

 

La rudesse du monde qui cingle le corps – qui le marque continuellement. Les heures de grandes souffrances et celles des petits inconforts…

L’empreinte implacable de la vie terrestre sur nos existences…

 

 

Le pire ne concerne jamais l’Autre – l’ailleurs – c’est l’en-soi qui est touché – ce qui nous concerne au cœur…

 

 

La surprise et la joie de tout vivre – en soi…

L’incroyable danse des possibles – où, à chaque instant, sont remises à plat toutes les règles des probabilités…

Le puzzle parfait – à chaque fois… qu’importe les emboîtements – les choses qui s’entrechoquent – qui blessent et se déchirent – les résistances – la fluidité jusque dans les pires frictions – les pires fractures – les pires entailles…

 

 

Le réel qui façonne – qui martèle – qui cisaille – qui œuvre à sa propre gloire – à sa propre perte – et toujours avec panache – même au cœur du plus indigent – même au cœur du plus pathétique…

Mille bataillons – toute une armée de formes à sa disposition. Et, bien sûr, tous les champs de bataille offerts pour que meurt ce qui doit mourir et pour que s’impose ce qui doit s’imposer…

La défaite – l’amer – la désolation – la misère – ne sont que des inventions de la psyché – et le refus de la moitié du réel – de la moitié du monde – de la moitié de l’existence terrestre – le refus de la moitié de ce que nous sommes – l’autre part, elle, est acceptée – et convoitée (au plus haut point) – quant au reste – l’invisible – le plus essentiel – il est encore trop souvent nié – oublié – condamné à l’inexistence – à moisir au fond des abîmes que nous abritons…

 

 

L’inévitable cohabitation ; les rapports de force – la domination – la violence – les postures – les stratégies – et l’idéologie sous-jacente de la séparation et de l’individualité…

Rien – pour l’heure – qui ne puisse éradiquer les conflits et les guerres…

Seulement – le sacre de l’instrumentalisation – de l’exploitation – de la réification – de l’extermination – toutes ces joyeuses réjouissances de la vie terrestre…

 

 

L’heure initiale – celle qui a précédé tous les élans – celle où débuta la construction du monde et des chemins…

 

 

La route étroite et ses interstices de confort – de douceur – au fond desquels l’esprit s’éternise pour échapper au long couloir de verre – à la détention terrestre avec ses grilles – ses servitudes – ses pièges mortels…

 

 

Le chant des mots au-dedans – comme une danse avec le silence – quelque chose de l’ordre de la vibration – mille échos nés d’un brusque surgissement…

 

 

Des méandres à suivre qui se construisent – et se défont – au fil des pas. Comme le déroulement du temps – instant après instant. Comme le déroulement d’une histoire – de mille histoires simultanées – séquence après séquence…

Rien de certain – juste l’impression (illusoire) d’une durée – de mille moments – de mille événements – qui s’enchaînent les uns après les autres…

 

 

Le bleu du monde – et ces jours de grand festin où la faim se dissipe d’un claquement de doigts – d’un excès de vent – l’âme au cœur du silence. Notre plus secrète raison de vivre…

 

 

De plus en plus – à côté du monde – aussi loin que nous mènent nos pas…

 

 

Le juste itinéraire est celui qui s’impose. Ainsi en est-il de toutes choses – des événements – des gestes – des rencontres – des existences…

 

 

Une croix érigée contre le ciel – des volets clos. Un monde sans fenêtre creusé sur le socle même du vivant – la misère – l’ignorance – la peur – l’espoir. Un labyrinthe de galeries souterraines où le noir – et ses fantômes – sont les seules présences…

 

 

Le jour maculé par nos gestes – notre labeur – notre sommeil – nos mille tâches dérisoires – nos mille jeux inutiles…

 

 

Du magma – du relief – à perte de vue – pris dedans avec assez d’espace autour pour respirer et se croire séparé(s)…

 

 

Rien que des ombres – parfois – qui se glissent au-dedans – et qui viennent remplir ce que nous avons déserté – là où ne règne que l’absence…

 

 

Des bruits – du monde – rien de très important – mais dont la quantité nous fait croire à une invasion – à une colonisation massive de l’espace…

 

 

Rien que des tourbillons dans lesquels nous sommes pris – comme le sont tous les phénomènes…

Des danses et des rondes – comme du vent dans l’air – comme des traits de matière sur la matière – des égratignures et des gouffres dessinés dans la masse vivante – changeante – indéfiniment déformable…

Une auto-création – une auto-mutilation – une auto-renaissance – multiples et permanentes…

 

 

Des anges – des monstres – de l’Amour – des guerres – de la rivalité. Main dans la main – le monde en marche…

 

 

Ce que nous tenons pour les hautes sphères – l’en-bas du socle – le souterrain à partir duquel poser l’échelle et effacer chaque barreau gravi. Ainsi se construit-on à partir de l’inversion et de l’effacement – du plus rien devenant, peu à peu, présence et plénitude…

 

 

Tout – et l’éclatement des repères. Rien – sans la moindre référence. Et la possibilité de tous les horizons – de toutes les dimensions – de toutes les réalités – qui s’offrent selon la sensibilité, les aspirations secrètes et les voies empruntées…

 

 

Ce que seul(s) nous ne pouvons atteindre. Ce qu’il faut creuser, en soi, pour accéder à ce que l’on porte…

 

 

Le jour et la nuit défigurés – méconnaissables – sens dessus dessous – revisités en quelque sorte – au fond desquels rien, pourtant, n’a été dérobé – pas la moindre poussière d’or – pas le moindre grain de sable…

Simple manière d’entremêler ce qui devait l’être – d’effacer les frontières – de faire varier les quantités mélangées – de ne plus savoir ce qui relève de l’obscur ou de la lumière – de nous rapprocher de l’identité multiple – complexe – indéfiniment changeante – impossible à circonscrire sauf à embrasser le Tout – l’ensemble de l’Existant et des possibles…

 

 

L’invention de la durée et du dédale transcendée. Ce qui est – ce qui a lieu – le pas présent – là où nous sommes – pas d’avant – ni d’après – ni provenance – ni destination – l’instant-maître – l’instant souverain – seule mesure et seule unité de temps…

 

 

L’étrange mélange que nous sommes – que nous étions – que nous deviendrons. Porteur de tous les possibles qui s’actualisent – qui prennent forme – au fil des changements des conditions d’émergence…

Nous sommes – fractale(s) du monde…

 

 

Tout dans tout sans la moindre organisation – sans plan – ni programme. Le chemin du pas à pas tantôt vers la création et l’expansion, tantôt vers la destruction et l’effacement – et parfois les deux étrangement intriqués…

Le vertige de tout – de l’être ; l’Absolu, intime et irréfutable habitant du relatif…

 

 

Nous ne sommes plus – nous n’avons jamais été – nous ne serons jamais – distinctement – pierre – arbre – fleur – chemin – homme – bête – eau – ciel – terre – air. Nous sommes – étions et serons – toujours la singulière et provisoire combinaison des fragments de l’ensemble (des éléments passés, présents et à venir de l’Existant) en quantités variables et changeantes…

Des entités apparentes seulement…

 

 

Les espaces enclavés et les horizons limités – autant, sans doute, que les grandes étendues et les perspectives illimitées – invitent à creuser en soi et à lever les yeux vers le ciel…

Comme si l’excès et la restriction d’extériorité et d’horizontalité favorisaient l’intériorité et la verticalité…

 

 

Des heures – des jours – mais rien, en vérité, qui n’appartienne au temps…

 

 

Ce qui a lieu – ce qui est là – ce qui se reçoit et ce qui accueille – le même visage fragmenté – une partie – mille parties – agissantes, et l’autre – et les autres – sans élan – contemplatives – désengagées – hors du monde et de l’action – incroyablement présentes et tendres…

 

 

Oppressé, parfois, par le poids et la quantité de matière ; terre – pierres – sable – idées – pensées – émotions – qui exacerbent le ressenti – et nous cantonnent à une forme de détention et d’écrasement…

 

 

Le monde d’abord comme objet – matière à explorer et à utiliser – puis, comme langage et mystère à décrypter – et enfin, comme bouts de soi à chérir – à étreindre – à aimer…

 

 

Aucune différence entre soi et l’Amour – rien qu’un encombrement qui, trop souvent, nous limite…

 

 

On ne nous ment pas – on ne nous cache rien. Nous ne savons – simplement – pas regarder…

 

 

Ce n’est jamais nous au détriment du monde. Ce que l’on détruit – ce que l’on assassine – ce que l’on ampute à un seul d’entre nous – est une blessure – un manque – une abomination – pour tous – pour chacun…

Passer de l’individualité au regard sans léser la moindre individualité…

 

 

La montagne et le nuage – la pierre et la rosée – la fleur et le visage – l’arbre et l’asphalte. Tout est nous – et face à cet étrange mélange, nous sommes libres de rire ou de pleurer…

 

 

La dynastie ni du monde, ni de l’Autre. Celle de tout – celle de rien – celle de toutes les combinaisons existantes – possibles – passées, présentes et à venir…

 

 

Le possible en actes contre le pire, le sommeil et l’étourdissement…

La clarté simple contre la bêtise et l’infamie…

L’oubli et le précipice où sont jetées toutes les choses inutiles…

A présent – il ne reste plus rien ; juste un peu de terre et un peu de tendresse dans le regard – une main caressante – et un trou immense qui avale tout ce qu’on lui lance – tout ce qui passe à sa portée – et qui engloutit la moindre poussière – l’espace – le temps – le monde – tout ce que nous croyons vivants ou séparés… Rien – absolument rien – ne lui résiste…

 

 

Rien que de l’habitude et des jours qui se suivent – plongés dans cette monotonie de la durée et de la répétition…

La vie et le monde vus par le petit bout de la lorgnette…

Etouffant – incarcérant – pathétique…

Et à l’autre extrémité de l’être – l’assise posée au milieu du regard – l’instant et la nouveauté incessante – la joie du recommencement – le permanent renouvellement de la première fois…

L’envergure – la grâce et la liberté…

 

 

Bout de terre – promontoire de rien ; l’être et l’espace sans promotion – étrangers à toute idée de commerce…

 

 

Vide – le plus simple – sans contenu – dégagé – entièrement disponible – libre – ouvert – affranchi du monde et de l’Autre…

Ni cave, ni terrasse – ni escalier, ni marchepied – ce qui invite à être – et absolument rien d’autre…

Entre légèreté de vivre et liberté d’exister…

Le sans nécessité

 

 

Ce qui (nous) traverse – seule réalité – seul socle (possible) du jaillissement – geste et parole – et seule identité apparente et provisoire – définissable…

Le reste n’existe (ou ne compte) pas…

 

 

L’extrême simplification de l’esprit – de l’existence – du monde. L’assise de l’être – le berceau de l’agir – avec la nécessité du mot pour seule singularité…

La résurgence de ce que nous fûmes avant le tout premier élan – l’origine – la lumière d’avant la matière…

Ni nom, ni visage – l’absence de qualificatif…

Le provisoire apparent et le silence sous-jacent…

Ni parade – ni exposition. En retrait du monde – au cœur de l’espace et du silence – là où tout se rejoint – là où rien ne se possède – la présence et le feu dans ce qui bouge et regarde – nulle autre chose – mille autres choses – sans la moindre importance…

 

 

Le sol – le ciel – la même altitude – la même envergure. Ce que le monde nous offre et ce qu’il nous permet…

 

 

Degrés variables d’un Autre – et de tous les Autres – en nous – comme le seul reflet – entre l’opacité et la transparence – qui colore nos mains – nos gestes – nos lèvres – nos paroles – la totalité de notre existence…

 

 

Ce qui nous rejoint par les airs – par les sous-sols – à travers l’eau qui ruisselle et se déverse…

Ce qui nous traverse...

Et ce à quoi nous tendons – réellement – la main…

 

 

La neutralité des choses – du monde. Et la couleur – et l’orientation – que leur donne la psyché. Comme si nous ne savions vivre sans parti pris…

La représentation et le symbole avant le réel…

Ce qui est ne laisse (presque) jamais d’empreinte – c’est ce dont nous l’entourons – c’est ce dont nous le faisons précéder – c’est ce que nous ajoutons à sa suite – tout ce qui l’accompagne qui imprègne durablement l’œil – la tête – l’âme – la texture même de notre perception…

 

 

Des pierres – des pas – des lieux à la ronde – tout ce qui se parcourt – les mille chemins possibles – dans le même regard…

 

 

Cette tendresse que l’on cherche – et que l’on doit s’offrir…

Il n’y a d’alternative ; découvrir et faire croître – en soi – cet Amour…

 

 

Des ombres qui glissent en silence – qui se déplacent d’un lieu à un autre – mécaniquement – sans savoir – ni même chercher à comprendre – ce qui les pousse à avancer – ce qui anime leur marche…

Mouvements machinaux…

Entités mues par leurs seules propriétés énergétiques – renforcées, très souvent, par quelques grossières représentations psychiques…

Pas – peu – d’esprit. Pas – peu – de conscience…

Les instincts de la terre et du feu – presque exclusivement…

 

23 novembre 2019

Carnet n°213 Notes journalières

L’aube s’annonce – contrairement à la fin du vent…

La lumière souveraine et le feu invisible qui fait trembler les ombres…

 

 

Des terres froides – des seuils – des secrets – mille sommeils – mille têtes sans yeux – des visages sans âme – le décor d’une (possible) découverte…

 

 

Souillés d’attentes et de secrets – à patienter – fébriles – sur la pierre. Deux mains tendues vers l’absence. Deux yeux à arracher le ciel. Pas même un chemin. Et la mort qui se présentera bientôt…

 

 

Trop de sang et de mots coulent sur l’indifférence des pierres. Il faudrait un chant – un oiseau – une rive nouvelle – pour accueillir ce qui vient…

 

 

Ce que nous devons à la nuit et à l’éloignement. La nudité du monde dans son cri très ancien. Des choses grises – le cœur en désordre…

Une chambre – des larmes – une enfance peut-être…

 

 

Entre la cendre et la clarté – notre âme – notre visage – et notre mort, bien sûr…

 

 

Vivre à même la nécessité – au cœur de la forêt – nu – dans le silence et le jour présent. Le monde – derrière soi – abandonné…

Aussi humain que sauvage – l’âme plus joyeuse que blessée…

 

 

Laisser choir ce qui devient lourd – épais – nébuleux – complexe – restrictif – intransigeant. Refuser l’astreinte – les bras ouverts aux vents – à la fantaisie – à l’espièglerie – aux rivières – aux vents – aux montagnes…

Quitter les étoiles pour se rapprocher des Dieux…

Être le regard – le silence – ou, au pire, vivre en leur compagnie…

 

 

L’âme franche – le corps moitié glaise – moitié mystère – le poids du mensonge et de la terre – auquel s’ajoute celui des instincts – face à la légèreté du cœur – libre – affranchi – oublieux du monde…

Vivre au-delà des grilles et de l’espérance. Le visage déjà proche de la lumière – du soleil – de l’aube naissante…

 

 

Ceux qui – avant nous – ont franchi les fossés du temps – le grand abîme trompeur – la fausse liberté des hommes – qui ont quitté la glaise et l’espérance pour la patrie sans étoile – l’aurore patiente – la clarté de l’âme…

 

 

L’interminable déclin du monde – soudain – précipité par les hommes…

 

 

Rester fragile – immobile – sur la pierre – à la merci de tout – de tous…

Qui sait que cette expérience délivre de la domination – de l’homme ancien qui aiguise ses armes et peaufine ses stratégies – et qu’elle rapproche de l’humanité nécessaire au franchissement de l’au-delà de l’homme – à la découverte de cet infini au-dedans – le premier pas – les premiers pas peut-être – vers l’Amour – pas si lointain – les tout premiers rivages de la confiance une fois l’inquiétude et l’angoisse franchies…

 

 

On ne peut consentir à aimer sans s’être suffisamment rapproché de soi. Avant ce seuil – l’Amour est une illusion – une tromperie – un mensonge…

 

 

Il n’y a d’autre lieu – d’autre demeure – d’autre refuge qu’ici même – à cet instant…

 

 

Un peu d’effroi au fond du gouffre – un peu de solitude aussi – mais rien de comparable avec ce qui est ressenti hissé sur sa colonne singulière – face à soi – au monde – à la mort – au silence ; le rivage de la connaissance…

De ce lieu – la vie a la couleur de l’aube et du pire – comme un scintillement sur la pierre noire – le tranchant argenté du réel sur le rêve toujours trop blanc – toujours trop cotonneux…

 

 

Face à la béance – à son irrésistible attraction – rien ne peut résister – tout semble vain – avec cette étrange sensation de n’être plus personne – pas même un nom – pas même l’idée d’un visage – une immobilité – une confiance en l’abîme – en le saut – en l’envol possible…

A cet instant – nous ne sommes rien d’autre – les prémices – la possibilité, peut-être – de l’Amour…

 

 

Des pas épais – épris de la pierre – légers – épris du jour – les mêmes pourtant – et différents, bien sûr, à chaque instant…

Plus simple après la chute – sans le souvenir – sans l’espérance…

Ce que l’au-delà de la fièvre peut offrir – et guérir peut-être…

 

 

A travers l’arbre – la pierre – la bête – la même voix – celle qui supplie l’homme – le monde – d’aller au-delà de la faim…

 

 

Rompue la confiance entre les vivants et la terre. Trop froid – trop peu de lumière. Trop de rêves et d’écume. Un feu trop incertain. Des rives et pas le moindre ciel – pas le moindre océan. Des horizons trop noirs. Beaucoup trop d’espérance – et pas l’ombre d’une présence…

 

 

Pour jeter plus précocement l’inutile – les choses du monde – il faudrait – d’emblée – plus de nuit et de neige – davantage de solitude – beaucoup moins de promesses et de visages – apprendre la nudité – et pouvoir vivre décemment au milieu du désert et des étoiles…

 

 

La primauté du silence. Tout le reste demeure accessoire ; la vie – le monde – la beauté du ciel – le battement universel – le feu au fond de l’âme…

 

 

Nous n’avançons pas – jamais – en réalité – ce sont les choses qui se rapprochent – et le monde, Dieu et la vérité à leur suite – bien évidemment…

 

 

L’inconscience du geste – du bruit – des cris et des conséquences – pour celui qui agit. Le mouvement machinal – ordinaire – mécanique – répétitif – parfois mortel – ce que la main touche sans amour…

L’essentiel du temps – l’essentiel du monde – l’essentiel des hommes…

Sans envergure – à moitié vivant – qu’importe le destin si l’autre versant de vivre est oublié ; ce qui regarde – ce qui contemple – ce qui demeure en silence au-dessus du monde, des pierres et des visages – et bien moins haut qu’on ne l’imagine…

 

 

L’autre version du monde – l’autre versant de l’étoffe. Le plus conciliable avec l’âme. L’infini découvert – partagé – joyeux jusque dans la mort…

L’éternité non dans la main mais dans le geste de l’homme…

 

 

Rien qu’un retrait – une manière d’accompagner le mouvement depuis un point plus stable – en surplomb des pas – des rêves – quelque chose proche à la fois des lèvres et du silence – le plus intime de l’âme peut-être – dans la volonté invisible des Dieux – ce qui nous est le plus naturel…

 

 

Tous les visages – en songe – comme une fratrie disparate – née de restes d’étoiles – de la main trop légère des Dieux – d’un rêve étrange d’infini terrestre…

 

 

Façades et structures façonnées dans la matière avec au-dedans un espace minuscule – enclavé – presque secret – où l’on a déposé un peu de ciel – un peu de magie – la part invisible du monde – que l’on a recouvert de boue – de sang – de chair et de sommeil…

Un cœur battant – un cœur vivant – un cœur tremblant…

Ce qui fait que sur ces rives – le poids des âmes compte moins (beaucoup moins) que celui des morts et des fous…

 

 

Sous le sommeil – tout est frémissant – ça bouge comme si le ciel était à portée de rêve – et qu’il suffisait de tendre la main – en songe – pour décrocher le secret accroché en fragments à chaque étoile…

 

 

Ce qui file – ce qui court – ce qui serpente – pour échapper à l’entrave et à l’astreinte…

La liberté des heures volées au monde – volées au temps – celles qui font surgir le jour au milieu de la nuit – et la lune au milieu des rêves – comme un vaisseau téméraire qui fend les eaux trop noires de la terre…

 

 

Des mains indifférentes face à la distance – et à la position (trop lointaine) des étoiles. Des eaux trop tumultueuses et un ciel trop impassible – pour quitter le chemin des yeux – et risquer un coup d’œil au-delà…

Et ça glisse vers sa fin – sans même y penser – sans même s’en rendre compte…

 

 

Plus précieux que toutes les passerelles du monde – ce lien – ce lieu – qui s’édifie – se découvre – se dévoile – s’affine – au-dedans – porteur de toutes les promesses pour tous les habitants de la terre…

 

 

Des pierres – des arbres – des bêtes – des têtes – déchirés par nos mains vives – rouges – sans pitié – trop lourdes de terre – trop chargées d’envies et d’ambitions – trop pleines de désir d’infini dans la (seule) perspective horizontale…

Le sort de tous – de la terre – du monde – à la merci de ces mains assoiffées – de ces mains jamais effrayées ni par la mort – ni par le sang…

 

 

Le ciel dans la bouche – et une parole légère…

Le ciel dans l’âme – et le plus beau silence…

Une blessure que seule la lumière peut guérir…

Une forme d’Amour à rebours…

 

 

Des chutes – des morts – et autant de rêves que d’absence…

L’éternité sans prise – après ce long chemin sur le sable noir…

Des pièges sous la roche – et de l’écume (beaucoup trop d’écume) par-dessus…

Rien sous la couche d’étoiles – rien au-delà des yeux…

Les mêmes obstacles – les mêmes souvenirs…

Le monde d’avant le langage au-dessus des apparences – perceptible à travers le vent qui cingle le visage – et l’âme vacillante au-dedans – sensible à la terre – au sommeil – à la lumière – à tout ce qui nous éloigne du temps…

 

 

Vivre dans l’absence du monde – sur ces rives sans âme – à chercher l’homme – ce qu’il porte – l’au-delà du visage – ce qui transcende tous les noms – au fond de soi…

Ce grand rien sur fond d’étoiles. Un rêve – un souvenir – une lumière. De l’autre côté du sommeil – là où l’âme est encore vivante…

 

 

A partir de la chair – le manque – le désir – le souvenir – le sommeil – mille choses impartageables – puis, un jour (bien sûr), la mort…

 

 

Le jardin des hauteurs – là où le nom et la voûte se retrouvent – se relient – parmi les arbres et quelques étoiles téméraires – ce qui offre un autre éclairage à nos âmes taciturnes – à nos visages si tristes – à nos obscures existences…

 

 

De l’argile brunâtre – du sang mélangé à la terre noire – la chair et la glaise – le corps des étoiles éteintes – un peu d’eau – un reste de sable – quelques molécules que l’on agite – l’affolement des codes – des mutations – ce qui a enfanté la mort – le rêve et la mort – le désir de ce qui brille et de ce qui est rare – pour offrir au commun – à l’ordinaire – au presque sordide – un peu d’éclat – un peu d’espoir – une possibilité de scintillement…

 

 

Rien que le regard et les mains de la solitude – celles qui ne tremblent ni devant la nuit – ni devant le monde – ni devant ce qui ressemble au sommeil…

 

 

Des yeux dans l’ombre – une manière de gravir ce qui semble incontournable – une voix dans l’abîme – sans attente – sans prière…

Pas même une arme contre ce qui effraye – l’inverse plutôt – comme une offrande discrète – une présence que l’on ne peut rattacher à aucun visage – à aucun nom…

 

 

Un front sévère – une apparence austère – et quelque chose comme de la rage – un vieux restant de rage – dans un coin de la tête. Des yeux tristes qui ne servent presque qu’à pleurer. Une manière de s’affranchir du sommeil…

L’ascèse de celui qui ne plaît à personne – mais que le bleu inspire – et qui a le goût du ciel – l’âme sensible – partagé encore entre le monde et la possibilité de l’infini…

 

 

Des mots – comme de l’eau qui coule – qui se déverse – dont on peut se servir de mille manières – et, en premier lieu, la regarder sans en faire usage…

Vestiges, peut-être, d’une vérité première – originelle. Un peu de fraîcheur, sans doute, sur la somnolence…

 

 

Dense – si dense – à creuser l’abîme – à fracasser la matière – pour faire un peu de place au vide et au silence – dans ce tourbillon de bruits et de choses…

 

 

La démesure de l’esprit qui voudrait transposer son envergure et sa folie à la matière et au langage – et qui y parvient, parfois, au prix d’un lent (et long) labeur…

 

 

De loin – des hommes – des ombres qui ont l’air vivantes…

 

 

Ce que nous construisons dans l’effort et le sang – au lieu d’attendre le mûrissement des choses…

 

 

Rien que l’essentiel – ce que nous sommes – et tous les superflus dont nous nous encombrons…

 

 

Personne – entre la paroi et l’écho – si – le silence – et, parfois, les lointains bruits du monde…

 

 

Des eaux profondes – une langue – deux oreilles – et une main qui s’attarde sur ses feuilles – une façon, peut-être, de résister à l’ombre – au sommeil – à la bêtise du monde – à la frivolité insouciante des siècles qui se succèdent pour perpétuer (presque toujours) le pire…

 

 

Tout se referme sur le froid – la nuit – le sursaut tardif. Le monde entier s’éloigne – le ciel même s’absente – devient moins vivant – plus difficile d’accès. Sans doute ne ressemblons-nous plus même à des hommes – sans doute ne sommes-nous presque plus là – et pas encore emportés par la mort qui se rapproche – très loin – de l’autre côté de soi…

 

 

Du plus loin – parfois – comme l’origine touchée…

Et ce qui – en nous – est suspendu – une patience de plusieurs siècles – un fleuve aux paupières closes – sans avenir – dont l’eau, pourtant, étanche la soif de ceux qui fréquentent ses rives…

 

 

Tout en lettres sauf le temps et la hauteur avalés par le vide. Comme une présence oubliée qui nous traverse en dépit de notre idée du ciel – en dépit de notre idée de l’homme…

Ce que nos pas inscrivent sur la terre…

 

 

Aussi fugitifs que passants furtifs. Effarés – presque toujours – par la durée de la traversée – en particulier lorsqu’elle est sur le point de s’achever…

 

 

Le silence d’avant la naissance des pierres…

Le silence du temps où il était le seul miroir – un peu de sable poli pour épuiser ce que deviendrait le monde – et rendre étrangères la nuit et la lumière – quelque chose qui nous égarerait – et nous ferait dériver pendant des millénaires dans les gouffres inventés par le langage des hommes…

 

 

Le monde – ce que nous en avons fait – ce que nous lui faisons chaque jour – un désastre aveuglant – une impossibilité de voir tant nous avons pris l’habitude de faire couler le sang – de donner la mort – de vivre sans conscience – impitoyablement…

 

 

Du feu – des noms – une terre à peu près vivable. Et le jour – toujours inconnu – toujours étranger – pas même désiré en rêve…

 

 

Ce que l’invisible nous offre – mille occasions de déblayer les eaux sales et le sable – de creuser le plus lointain – d’effacer les scintillements de la mémoire – de laisser mûrir le chemin vers le silence…

 

 

Roue du monde – roue du temps – la même infortune démultipliée – le désert – les cités – l’âge – la durée – la vie – le sang – la mort – renouvelés – renouvelés – à chaque fois renouvelés – autant de fois que possible…

Rien qu’un peu d’ombre – et quelques traits obliques sur le grand livre de la mémoire…

Rien qui ne nous rapproche – ni ne ternisse la lumière…

 

 

Ce que le désert nous révèle – ce que le silence nous offre. Nature et solitude – le grand large – loin du sommeil commun – tissé de rien et de sang – la tête coupée – l’âme seule dressée dans la lumière…

Plus que des yeux – un regard…

 

 

De retour – ensemble – comme au commencement…

Sur la même pierre – dans le même pli de la terre – mais sans blessure – sans cet effroyable sommeil sous les paupières…

L’âme aussi libre – et aussi vaste – que le ciel – à l’égal des anges qui nous survolent – à l’égal des Dieux qui nous contemplent…

 

 

Juste un rire sur les eaux noires déchirées. Une route étrange vers la vérité. Ce qui entre – ce qui s’ouvre – ce qui se déblaye. Ce qui glisse – appuyé sur la mémoire. Les chimères et l’impatience au bord de l’abîme – et jetées au fond – une à une…

La seule option – la seule issue – pour vivre affranchi – à côté du monde…

 

 

Comme un oiseau caché derrière la grande machine – perché sur la plus haute branche d’un arbre – à méditer sur la (tragique) naissance du monde…

 

 

Ce que l’on érige – ce qui nous menace – la même origine – la nécessité d’agir plutôt que la liberté du regard…

Ce qui ne s’oppose pas – pour rien au monde – en dépit de nos croyances ; ce que l’on doit réunir – superposer – et faire entrer ensemble dans l’âme et la main…

 

 

Nous ne triompherons que seul(s) et dans la pénombre – une fois le labeur remplacé par le regard – et les saisons par la liberté – lorsque les points pourront remplacer les traits et que la parole naîtra – et se goûtera – dans le silence…

Tout alors se réalisera par – pour – et au-dedans de la lumière – libéré (pleinement) de la faim et du sommeil…

 

 

Au-dedans du cercle avec Dieu – la mort – le monde – tous les visages – dans tous ces lieux qui nous ressemblent – qui nous rapprochent – et qui (parfois) nous éloignent – dans lesquels nous passons avec des noms sans importance…

 

 

Des fleurs et du ciel – et du vide dans l’âme…

 

 

Tout s’efface – s’enfonce – disparaît – dans l’indifférence totale du monde. Dans nos cœurs – ce/ceux qui compte(nt) pèse(nt) infiniment plus lourd(s) que ce/ceux qui ne compte(nt) pas – et, pourtant, ce qui est important à nos yeux ne représente rien dans l’économie de l’univers – quelques grammes peut-être – quantité négligeable – infinitésimale – absolument rien, en vérité, au regard de l’ensemble…

Des têtes – des herbes – des âmes – par milliards qui naissent et disparaissent – dans le silence et l’indifférence des foules…

 

 

Du bruit – des siècles – des cimes…

Ce que l’on enfouit – ce qui s’use – ce qui tombe…

D’un monde à l’autre – éternellement…

 

 

Des mots comme un peu de temps suspendu – prêts à tomber dans l’âme des plus sensibles…

Une manière d’offrir un peu de ciel creusé en soi – de l’eau pure pour la soif – l’Amour qui nous manquait peut-être – les prémices de ce qui surviendra, un jour, seul – en l’absence de miroir…

L’éclatement des noms et des visages – des morceaux recollés par nécessité – parfois par inadvertance. Des faces disparates – réajustées – qui dessinent mille reflets différents – des images mouvantes – incroyablement mobiles et changeantes – qui ne représentent rien – pas même les apparences. Une nappe dans la mémoire. Quelques traits – à peine – dans le ciel immense…

Un peu de vent – et tout s’efface…

Notre plus fidèle portrait – qu’aucune main ne saurait dessiner avec exactitude…

 

 

Un chant – comme une gerbe de mots dans l’espace – portés par les ailes des oiseaux. Et dans le froid – soudain – une beauté nous saisit. Des siècles que nous attendions la fin de l’hiver – quelques fleurs miraculeuses au milieu de la neige. Le monde et le noir brusquement désappris – presque oubliés. Le début du langage pour interroger l’immensité là-haut – et ce bleu mystérieusement enfoui en nous – et tous deux introuvables jusqu’alors…

 

 

Un peu de chair qui passe – presque rien d’autre en apparence. De l’esprit – de l’âme – la possibilité du langage et de la grâce – ce qui s’interroge – un peu de bleu dans la tuyauterie du corps – et tout le reste par-dessus…

 

 

Une parole sans nom – sans visage – venue, peut-être, du plus profond de la forêt – dans ce lieu où l’âme semble si joviale – méconnaissable – elle qui a l’air si triste – si morose – lorsqu’elle traverse les cités – le territoire des hommes…

 

 

Une absence commune – partagée. Des mains qui se cherchent parfois davantage que les âmes. De la pluie – de l’infime – son lot d’indigences – des fantômes – personne – jamais – du temps – des fables – rien que nous puissions saisir – rien que nous puissions comprendre – rien qui ne restera…

 

 

Des rives et des attentes – des portes – du froid et des yeux insensibles…

 

 

Un peu de feu d’où jaillissent les mots – quelques syllabes comme des fientes d’oiseau – des tentatives de partage avortées. Le silence – à présent – non comme un rêve – mais comme un remerciement…

Ce qui viendra, peut-être, après la nuit ancienne…

 

 

Comme un chant – comme un ciel – une manière d’élever l’âme – d’ouvrir chaque fenêtre – de jeter ses idées au profit de gestes plus attentifs – plus précis – une invitation perpétuelle au silence – et une gratitude aussi pour cette offrande…

 

 

Nous marchons – comme personne – les yeux fermés…

 

 

Des cellules – des étoiles – son lot d’ennuis – de la fatigue – et l’usure des choses…

Et l’espérance – une matière comme une autre – bien sûr…

L’impossibilité de l’homme comme seule vocation peut-être…

 

 

La confusion et l’inexplicable – la limite et le refus – nos absences et notre (trop long) sommeil…

Et ces phrases comme des flèches pour percer le silence – pénétrer les âmes – traverser le monde – et atteindre l’Amour – peut-être – qui peut savoir…

 

 

L’indéchiffrable mystère – soudain – devant soi – ouvert – à nu – désossé. Des grains de lumière. De la matière (invisible) et de l’Amour. Ce qui donne aux corps cette mobilité – à certaines âmes leur sensibilité – et à quelques individus la nécessité de l’Absolu…

Des routes – mille routes – vers la rencontre primordiale…

 

 

Comme un voyageur échoué – avec pour seul bagage ses échecsles seules choses qui rendent humain – humble – suffisamment – pour découvrir, dans la longue liste qui nous attend, le tout premier visage de l’innocence…

 

 

Rien que des ombres – des traces – et quelques échos…

Et là-bas – au loin – le mirage de la vérité – que tant de paroles ont fait briller comme un soleil…

Et rien qui n’y mène ; aucune passerelle – et tant d’ignorance à ce propos – à tout propos…

Tout nous restera inconnu…

Une seule évidence ; il fera encore nuit noire lorsque nous nous effacerons…

 

 

Tout nous quitte – et quelque chose, en nous, se penche pour voir ce qu’il y a derrière la fin – derrière la disparition – derrière l’absence. Et comme il n’y a rien à découvrir – rien à trouver – cette chose se recroqueville – comme si elle refusait la vie – la mort – comme si elle refusait toute chose – toute offre – toute possibilité – toute opportunité – devenant, peu à peu, la figure même du refus – la figure même de l’opposition et de la frontalité – s’escrimant à livrer bataille sur tous les fronts (et Dieu sait qu’ils sont nombreux) – puis, un jour, cette chose se dessèche ; elle s’éteint sans avoir une seule fois renoncé – sans avoir une seule fois prêté le flanc à l’abandon – à la capitulation – qui lui auraient, pourtant, été bénéfiques – et même salutaires…

 

 

Ce qui nous sourit – derrière la vitre – une enfance silencieuse – l’Amour comme une respiration – un souffle, peut-être, entre les cris et les soupirs – un temps éternel – un jardin posé entre nous – avec, au loin, un ciel de pluie plein de promesses…

 

 

Le silence de l’espace intime – pas d’image – pas de temps – le souffle naturel du monde. L’âme dans son jardin – jouant innocemment – dansant – caressant les fleurs et les oiseaux – dans son antre infini…

 

 

L’encre presque étrangère au sang – au souffle – à la vie – à la substance des âmes…

Des lignes éteintes – des livres frêles – sans épaisseur…

De risibles histoires de nuit et de larmes…

De vains récits sur des choses si communes – si anciennes – éternelles peut-être – que quelques pages suffiraient pour les décrire (de manière exhaustive)…

 

 

Ce défaut d’itinéraire qui conduit à l’errance – qui mène à la grâce…

A chaque pas – des larmes invisibles de gratitude…

L’humain sans mémoire – les songes jetés, un à un, au fond de la nuit…

Et seul – à nouveau – sur la colline – à veiller patiemment la venue (prochaine) de l’aurore…

Et dans la tête – ces paroles de sagesse très anciennes – qui, peu à peu, pénètrent l’âme – le regard – le sang et la chair – avant d’investir (presque entièrement) le souffle et le geste – là où elles doivent être…

 

 

Vivre avec ce sourire creusé à même la joie – passant de l’obscur – du lointain – à la clarté la plus proche – comme une évidence trop souvent négligée…

 

 

Hors du cercle qui rassemble – la couronne de la solitude sur la tête – à parler seul – à la vaste étendue en soi qui patiente à l’ombre des désirs – à l’ombre des fureurs – à l’ombre des absences. A la recherche, peut-être, d’un sol et d’un ciel moins épais – et d’un abandon plus radical…

 

 

L’âme-source plutôt que le monde-ressources…

 

 

Cette ombre en nous – de part et d’autre du gouffre – dans nos profondeurs les plus reculées – comme un fantôme déversant ses eaux noires. Aux côtés d’un feu immense – flamboyant – démesuré – dont les flammes sont presque bleues. Et entre ces deux instances – ces deux entités naturelles – incontestables – le monde et le poème – les siècles qui se déchirent – qui se propagent et se perpétuent – l’ouverture qui, maintes et maintes fois, se répète – la terre maladroite et le ciel trop lointain – toujours inaccessible…

L’éternel jeu – l’éternelle loi – du monde…

 

24 septembre 2019

Carnet n°203 Notes journalières

Ce que nous réclamons parfois au détriment du soleil. Chaque matin, la promesse d’un nouvel horizon – la clarté d’un sol neuf…

Le regard tout au long du jour – le silence – ce qui favorise l’Amour…

Et lorsque nous en sommes capables – le plus lourd – le plus difficile à porter pour le monde – que nous nous empressons de hisser sur nos épaules…

 

 

Une poutre contre un peu de lumière. Une manière de se rejoindre avant le bleu…

 

 

L’éclat d’un Autre – en nous – qui réfléchit. Le souffle qui court – l’air irrespirable – l’âme qui tremble et cherche un coupable. Le monde tel qu’il est…

 

 

Tout ce blanc que nul ne découvre ; personne au-dedans – personne le long du mur – personne nulle part…

 

 

Ça se déchire – presque toujours – entre le soleil et nous – comme si l’âme s’interposait – et se mêlait de ce qui ne la regarde pas…

 

 

Ces vieilles déchirures que l’on rafistole avec un peu de colle – et un peu de salive par-dessus – histoire de prouver sa bravoure…

 

 

Qui s’étonne de ce monde – d’être en vie – de ces heures qui semblent filer – de ces années de labeur insensé – de cette existence qui finira bientôt…

 

 

On aimerait toucher les choses – les visages – le monde – comme pour la première fois – avec cette curiosité – cet étonnement – mais nos yeux sont trop usés par l’habitude ; il n’y a plus que cette lassitude à vivre – à voir – à faire – presque sans y penser – presque par défaut – comme si nous étions mus par une forme d’inertie poisseuse – avec trop de passifs et de souvenirs au fond de la tête…

 

 

Jeux de rencontre et de coïncidence – sous un vernis d’attrait – subterfuge à peine conscient – pour faire naître ce qui doit arriver – les conditions de l’éclosion – de l’émergence – puis, l’élan donné, la fidélité du mouvement qui suit sa trajectoire jusqu’à la fin ; parfois rupture – parfois choc – parfois long et irrémédiable déclin…

 

 

Lointain – souterrain – ce bleu-soleil – cette utopie – ce à quoi nous ne pouvons croire depuis cette monotonie – depuis ces matins qui ont l’air de ne plus croire en rien…

 

 

Ce que le jour pourrait nous confier si nous étions capable(s) de lui faire face ; inutile d’y songer – nous avons mieux à faire ; initier la confrontation – et la transformer, peu à peu, en tête-à-tête – puis, en complicité, puis en rapprochement, puis en alliance, puis, peut-être enfin, en unité…

 

 

Il y a toujours quelqu’un aux grandes heures du monde pour saper la célébration. Et il faut toujours l’accueillir avec les honneurs pour le remercier de nous rappeler deux choses essentielles :

1. rien ne peut se décider avant son terme

2. rien n’appartient à personne…

 

 

Un peu de temps – et des corps qui bougent. Rien que des corps – des fragments de terre sans visage dont le nom n’est qu’une façon de les différencier du reste – pas davantage ; simple patronyme à usage fonctionnel. Un enchevêtrement de chair – des maillons assemblés de mille manières qui avancent – se contorsionnent – rampent parfois – cheminent ensemble pour un autre lieu – ni moins bon, ni meilleur que celui-ci – simplement différent – parce que leurs gènes – et les instincts dans leurs gènes – l’ordonnent…

Tout se meut ainsi – sans savoir – enchaîné aux Autres – enchaîné au reste – dans une danse étrange – comique – tragique – funeste – inévitable…

L’essentiel – toujours – se déroule ailleurs – au-dedans – dans notre façon de regarder la danse – ce qui tourne avec elle – dans notre manière de l’accueillir sans se laisser entraîner – sans chercher à diriger les pas de ce qui est pris dans la ronde – sans vouloir initier un chemin ou une direction particulière. Être là – simplement – à regarder sans fléchir ce qui ne peut s’empêcher de bouger…

 

 

Du dehors – qu’un amas de rien. Du dedans – on ne sait pas – on sent davantage que l’on ne sait – le plus précieux sans doute – comme un présent…

 

 

Un mot par chose – et pas davantage…

Pas de qualificatif – pas de complication…

Nommer la chose – dire ce qu’elle est essentiellement…

Et ne rien dire si possible – lorsque l’âme peut se passer de langage. Le silence seulement – comme lieu remarquable qui accueille dans l’indifférence du nom…

 

 

Les mots sont le signe d’une infirmité. On les vénère par défaillance. Le silence suffit à ceux qui sont

 

 

Il y a tout dans tout – bien sûr – alors à quoi bon distinguer – tirer les fils pour souligner les différences, comprendre les influences, déterminer les parts nées de ceci et de cela…

L’amalgame et le silence – qu’importe ce qui passe – à quoi ça ressemble. Être là et accueillir ce qui arrive – morceau de l’ensemble – bout du tout – ce qui bouge là où l’on reste – là où l’on se tient immobile…

 

 

Aujourd’hui – tout coule avec impatience – avec de moins en moins de lenteur. Autrefois – le rythme avait la couleur des pas – nous étions notre allure ; et nous allions sans précipitation – la foulée était la seule mesure…

 

 

Ce qui n’est pas vu n’existe pas – et dire que nous vivons avec les yeux (presque) fermés…

 

 

Des terres – des fleuves – des peuples – nous traversent. Nous ne sommes jamais seul(s) au milieu de la solitude. Il faudrait, sans doute, s’exiler un peu de soi pour commencer à être…

 

 

Nous ne sommes constitués que des bouts des Autres – d’abord de ce que deux d’entre eux ont expulsé et mélangé – puis, de tout ce que l’on nous a fait ingurgiter par tous les trous possibles…

Et cet amas de choses – unique certes – se prend pour une singularité originale – le centre même – mais nous sommes tous un centre singulier – voilà qui devrait nous mettre d’accord – mais non – c’est sans compter les luttes et les débats (incessants) pour savoir s’il n’existerait pas des centres plus centraux – des centres principaux – des centres vraiment centres – des singularités plus singulières – des singularités vraiment singulières – des uniques plus uniques que les autres… et si nous n’en ferions pas partie par hasard…. Bref, de quoi alimenter des guerres et des palabres insensés pendant des milliards d’années…

 

 

Un carré d’herbe – un coin de ciel – du vert et du bleu – et ce fond de larmes à verser, soudain, transformé en joie…

Comme si l’oiseau du dedans – en ouvrant sa cage – avait découvert l’océan…

Un restant de bonheur sous ce vieux fond de larmes…

 

 

Tout passe – se déchire – s’enfuit. Et l’œil – et l’esprit – parfaitement immobiles – si peu concernés par le cours des choses – par l’effervescence du monde…

 

 

De la boue – parfois – à la place du jour. Comme une invitation au retrait – à la vie souterraine – immobile…

Voir ce qui se passe sous le vent – en-dessous du monde – là où les pierres abandonnent le chemin…

 

 

Un souffle – du froid – ce qui pourrait réfréner la foulée – la nécessité du feu – ce que l’on étreint dans la foulée – l’air – le sol – les nuées. Tout le monde – au-dedans – qui nous revient…

Manière, peut-être, de clore le rêve…

 

 

Parfois – ce qui vient n’étreint pas – ça a des gestes brusques – un visage à faire peur – ça prend des airs de tempête – ça griffe – ça mord – ça insulte – une sorte de foudre – de bête sauvage lâchée dans l’esprit…

 

 

On se dit, parfois, qu’il faudrait ne pas laisser de traces – effacer consciencieusement toutes nos empreintes. Partir comme l’on est venu – et vivre de la même manière – discrètement – anonymement – silencieusement. A bonne distance du rêve et des visages – le cœur déjà pris par l’Amour et la solitude…

 

 

Debout – posé sur le même souffle qu’autrefois – mais la langue plus libre – plus proche du ciel – qui s’invite, à présent, en voisin assidu – en ami – en compagnon du silence – dont l’immensité et le bleu intense n’effraient plus…

 

 

Rien ne s’interrompt plus jamais – tout à la suite – une chose après l’autre. Et pareil pour les états. Ça arrive – c’est vu – c’est accueilli – ça fait ce que ça doit faire – ça reste un peu ou ça s’en va – parfois ça insiste davantage – on acquiesce à tout – avec ou sans vibrations – avec ou sans rayonnements – avec ou sans conséquences – puis, c’est balayé – et l’instant d’après, ça recommence…

 

 

Rien n’arrive – en vérité – ça a lieu simplement. La nuance est de taille…

 

 

L’œil devient habité – comme un espace sans couleur – un lieu d’écoute – un lieu d’accueil – le foyer du regard – une aire d’absolue non-exigence…

 

 

De moins en moins de traces – on passe – anonyme. Quelques notes pour soi – des pages où le blanc domine…

 

 

Des gestes – pas de souvenirs. Quelque chose encore entre l’œil et le monde. Quelque chose qui stagne – comme une épaisseur – un sas inutile – une distance superflue…

 

 

Ce feu – en nous – qui pousse – où que nous allions – c’est lui qui donne la direction…

 

 

Rien d’une vie rangée – quelque chose entre le monastère et l’anarchie – une manière d’être au plus près de soi – entre le silence et la liberté – entre l’Absolu et la nécessité…

 

 

Un chemin d’exigences moins communes…

 

 

Là où l’on est – comme un foyer de braises sans fumée – la terre – ce qui nous est le moins étranger – cette roche (granitique) et ces forêts – le cœur même du regard…

 

 

Un coin d’azur au bord du monde – loin des murs et des routes. Derrière ce que l’on entasse sans même y penser. Le pays au-delà des rêves – là où la raison ne sert plus à expliquer…

 

 

Rien n’avance – ça bouge – ça change – mais ça n’a aucune importance. Tout est là – dans le creux du regard – du cœur et de la clarté – indépendamment de ce qu’offre le monde. Pas même le temps ne pourrait nous défaire…

 

 

En soi – seul cela compte…

Ce qui est devant – ce qui est derrière – ce qui est à côté – ce qui est autour – simples circonstances – changements incessants – ce qui nécessite des gestes – et, parfois, quelques paroles – une manière d’éclaircir certaines zones d’ombre – sans la moindre pédagogie (nous ne sommes pas professeur…) – simplement une façon de fluidifier de trop persistantes entraves – de redonner la primauté à la vie présente…

 

 

On est plein – on est vide – on est tout – on n’est rien – toujours indissociables – une seule tête – deux visages – et, selon les circonstances, l’un ou l’autre qui s’invite – qui s’impose…

 

 

A vrai dire – rien ne mérite d’être écrit. Ecrire est une tâche (absolument) inutile – une manière comme une autre de célébrer l’instant et ses contenus provisoires. Activité indispensable à personne ; être et vivre devraient amplement suffire…

En vérité – on n’écrit jamais que pour soi. Et écrire pour les autres n’est qu’une forme d’ambition puérile – une sorte d’illusion – le signe d’une déraison ou d’une immaturité…

Et je crois – et je crains – qu’il en est de vivre comme d’écrire…

 

 

Suite de mots – suite d’instants – suite de circonstances. Et suite de souffles à chaque fois…

 

 

Peu de passage – presque jamais de rencontre. Chacun dans son cercle – sur son petit carré de terre. Le soleil commun. La roue qui tourne – le cadran – le temps paraît-il – les rides – les ombres – les saisons – la mort qui emporte – une manière de vivre, peut-être, ma foi – qui peut savoir…

 

 

La corde au pied – et, parfois, le pied sur la corde – deux façons de marcher – deux élans différents mais la même impasse. La liberté – jamais – ne se conquiert ainsi…

 

 

On s’étreint sans la nécessité des bras. De l’intérieur – comme une route et un soleil réunis – un fil – un feu – une manière d’être présent au fond de l’âme – et de veiller sur ce qui vient…

 

 

A vivre, chaque jour, sans autre témoin que soi-même. Pas de tricherie – pas de porte-à-porte. Le plus simple – ce qui vient naturellement…

 

 

De la boue, parfois, dans la tête qu’il faut évacuer à sa manière. Pas de honte, ni de mauvaise pente. Ce qui est là – bien plus important que les livres et les yeux des Autres…

Tout s’en va – revient – repart – cherche une place introuvable – illusoire – l’illusion permanente – ici à cet instant – ailleurs l’instant d’après – qui peut savoir… Personne ne sait – même la terre labourée – même la terre retournée par la lumière – ignore…

 

 

Du ciel – du jour – pas la moindre plainte…

Le souffle – l’air – la puissance – quelque chose d’irrévocable – une présence d’où rien ne suinte…

 

 

Tas de tout – de chair – d’idées – de désirs. Ce que le soleil peine à éclairer – à satisfaire. Tremblements du monde – de la terre – pour secouer ces couches de boue – épaisses…

 

 

Un autre jour que le nôtre – et une danse aussi. Mille choses aux allures triviales. Rien que de très commun – de très banal…

L’ordinaire du monde avec sa langue simple, sa pente et ses routes toutes tracées…

 

 

Cette manière de se précipiter sur tout ce qui fait envie – et de ralentir le temps pour prolonger la jouissance…

 

 

Sans proie – sans terre – sans précédent. Nous sommes le fond de l’écoute…

 

 

On ne s’interroge plus – on ne pense plus – on est – et cela suffit…

Le corps et la psyché suivent leurs mouvements – on ne les entrave pas. On les laisse aller leur chemin – parfois la lumière est là – parfois l’obscurité aussi – parfois la nudité – d’autres fois, l’encombrement. Rien n’est empêché – rien n’est encouragé. Les fils sont tenus jusqu’à leur extrémité. L’esprit est simple – et simplement présent…

Ni ciel, ni refuge – la vacuité et le déblaiement. Le feu et la sensibilité – qu’importe la lourdeur de la tête et des pas…

 

 

De jour en jour – de main en main – ainsi s’imagine-t-on façonné sans voir la part (conséquente) du silence…

 

 

Et quelques mots, parfois, pour égayer l’âme avec un peu de poésie – manière d’accentuer le froid du monde et de raviver la nécessité de la solitude…

Petite lampe au-dessus de la tête pour ne pas trop désespérer de la banalité des paroles des hommes…

 

 

Une marche au cours de laquelle tout se déchire – se disperse – s’éloigne – s’efface – s’absente – pour que ne reste, peu à peu, que le plus simple de nous-mêmes – l’inévitable – l’irréductible – le strict nécessaire…

Ce qui s’impose – le socle, peut-être, de la plus belle humanité…

 

 

Au fond – rien n’est plus acharné que le vivant…

 

 

Ce que d’autres s’arrachent – emportent avec eux – cela nous le refusons…

Le face-à-face permanent qui vire, parfois, à l’affrontement…

Peu de gratifications pour l’individualité. Presque aucune – en réalité…

Rien que la simplicité – et ce qui est…

Tantôt la pluie, tantôt le soleil. Et lorsque le froid s’en mêle – et s’ajoute à la nuit – l’individualité se rétracte – s’effarouche – se crispe – elle n’en mène pas large, en vérité. Et on la surprend même à rêver d’ailleurs – d’autrefois – de plus loin – ça dure un instant – parfois davantage – c’est le manque (le manque de quoi ?) qui suinte – qui réclame – qui se propage. La vieille humanité qui se rebiffe et résiste…

 

 

Du côté de soi plutôt que du côté de l’Autre…

Une perspective qui s’est aggravée au fil du temps…

Trop de déceptions, de désillusions et d’inconnaissable sans doute…

Est-ce juste – je l’ignore – comme j’ignore toute chose – je n’obéis qu’à ce qui s’impose…

 

 

Depuis bien longtemps, il n’y a plus le sentiment d’être maître de quoi que ce soit. Pas de volonté – pas de désir – pas de projet – pas de perspective – ce qui vient seulement – on s’offre à cela – pleinement – de tout son cœur – de tout son poids – avec passion et acharnement – sans savoir où cela nous conduira…

Véritable confiance – véritable aventure s’il en est (pour la psyché et l’individualité) – ainsi on traverserait les enfers (comme nous les avons déjà traversés – à plusieurs reprises). On ne peut plus se fier aux sentiments superficiels tant la chose cherchée (si l’on peut dire) se situe à la fois en deçà et au-delà de l’individualité et de ses états d’âme provisoires – circonstanciels – apparents – mensongers parfois…

Pas de repère – on se laisse aller – traverser – déchirer – recouvrir – les yeux fermés. On s’enfonce et se laisse creuser – de bout en bout – sans savoir – dans l’ignorance absolue de tout…

 

 

L’Autre – cet inconnu. Que nous reste-t-il alors…

Face à l’impossibilité et à l’inconnaissable – soi demeure l’unique option…

 

 

De l’épaisseur – parfois – naît une parole – un silence – qui traverse l’âme – le cœur – sans rien briser…

 

 

C’est un lieu étrange – un espace plutôt – une présence en fait – que rien ne délimite – déserte ou habitée – qu’on ne peut ni saisir, ni définir…

Pas une expérience – quelque chose, au fond, qui se vit de l’intérieur – une manière de vivre toutes les expériences…

 

 

Rien ne peut être arrêté – parfois, on se rejoint simplement…

Comme un jardin en hiver – un sol granitique qui s’offre aux pas…

 

 

On est là sans y être – comme tous les vivants – puis, on essaye d’être sans être là – comme une manière, peut-être, d’apprendre à devenir (un peu) plus sage…

 

 

Être ceci plutôt que cela – ça ne tient à rien – un souffle de plus ou de moins – et nous voilà différents – méconnaissables – l’épaisseur d’un cheveu…

 

 

Le sol et les mots. Et un peu de lumière par-dessus pour que tout ait la même couleur…

 

 

La langue – la chair – la terre – ce avec quoi on crée les murs – ce avec quoi on peut aussi tout défaire pour devenir libre et indifférent aux formes ; une sorte d’espace avec une immense oreille et des mains tendres – une chose très proche de l’Amour – comme une manière d’abolir toutes les frontières…

 

 

De la couleur des jeux de l’enfance avec ces rires qui n’en finissent pas – lorsque rien ne nous retient – lorsque rien ne nous écrase – il n’y a alors que la légèreté et la joie – la liberté de tout essayer – de tout devenir – sans le moindre sérieux…

 

 

Ce que nous sommes – au fond – peut-être – un peu de sable… Et un sol où tout peut arriver… Les deux à la fois. Et nous dérapons – et ça dérape toujours – lorsque le sable se prend pour le sol – s’essaye à une fausse existence de sol – imagine être un sol grandiose…

 

 

Ça s’incline face aux murs – face aux obstacles – face à la langue qui ne veut plus rien dire – face à la langue que l’on écrase. Comme de la boue qui penche – et qui finit par déverser son surplus d’eau et de terre…

 

 

Du silence. Le silence – un soir tranquille – dans la forêt bleue. Le monde derrière la haie – très loin derrière le fouillis des arbres. L’oreille attentive – près du sol – près du ciel. Le vol crépusculaire de quelques insectes – de quelques oiseaux. La langue qui se déroule. La main et le feutre prêts à l’usage. Les muscles du corps détendus. L’air presque frais. L’assaut du même souvenir – à plusieurs reprises. La tête silencieuse et les lèvres peu bavardes. Le flux du monde en soi – la vie qui s’apaise autant que l’âme. La sereine patience de l’esprit…

Comme si toutes les expériences – toutes les rencontres – étaient (encore) possibles – imaginables…

 

 

Des éboulis et du brouillard – quelque chose comme une impossibilité – une défaite – un aveuglement. Une façon de marcher ventre à terre – une manière de vivre sans encombre. Et une voie des retrouvailles aussi…

 

 

Ne jamais écouter les hommes – ce qu’ils disent ne vient, souvent, que de l’ignorance et de la peur…

 

 

On respire jusqu’à l’étouffement – jusqu’à la fin du dernier souffle. Puis on est repris par le premier élan – celui qui nous fait revenir et respirer – à chaque fois…

 

 

Tout se poursuit et se répand – aussi doit-on toujours déblayer et oublier pour pouvoir continuer à accueillir. Le monde et l’esprit dans leur jeu complémentaire…

 

 

On ne se résout que par la soustraction…

 

 

Trancher net – et être ce qui reste – et accueillir ce qui vient – puis recommencer – à chaque instant – recommencer – autant de fois que nécessaire…

 

 

Tout est – rien ne dure – juste un instant. Le bout de la terre – l’âme en désordre – le cœur timide – la tête pleine. Le monde sans vraiment y croire. L’épaisseur des mots dans le feu – sur les pierres. Au fond, rien de très important…

 

 

La vie – le monde – la joie. Rien n’existe véritablement. Tout se fige trop vite dans l’œil – avec les mots – avec les images – dans la psyché…

On devrait tout laisser dériver jusqu’à ses propres précipices – l’antre – les pôles – simple manière de parler de la commune destination des choses…

 

 

Tout s’éclipse derrière la lumière. Tout comme une farce – une devinette – un jeu – où il faudrait s’immobiliser pour dessiner sur tous les mythes la réalité du monde – puis disperser le sable d’un geste amoureux…

 

 

Rien que des dunes alors qu’il faudrait tout réduire à un seul grain de sable…

 

 

Des berges et des débris – et, parfois, dans la voix quelques démons – et dans les gestes aussi – vivant, sans doute, à l’ombre dans la poitrine. Quelque chose de lourd – de noir – qui n’a l’air d’appartenir à personne…

 

 

Des lieux sans enfance – où le temps a été aboli…

Des lieux de liberté et d’impertinence…

Mille chemins sans rien ni personne – sans même une tombe pour nous rappeler que nous sommes mortels…

 

 

Tout a disparu – même pas sûr qu’il reste le regard…

 

 

De l’invisible à la roche – de la roche à la bête – de la bête à l’homme – puis, de l’homme à ce qui ne se voit pas…

 

 

Plus qu’une parole – un souffle. Plus qu’un souffle – un élan – une manière de se tenir debout au milieu du monde – une manière de défier tous les regards – toutes les conventions – et de danser nu au cœur des flammes…

 

 

Tout – à présent – tient dans la main – le peu qu’il nous reste. Et le dedans s’est, lui aussi, vidé peu à peu… Un peu de sable et quelques cicatrices. Le plus grossier a été balayé – et pour y parvenir, il nous aura fallu quelques secondes – et tous les millénaires qui les auront précédées…

 

 

De jour – ce qui tombe avec la pluie – ce qui annonce les ruines de l’âme – la fin du monde. Le grandiose spectacle de la folie. Des lambeaux d’esprit tombés dans le sommeil. Des plaies. Et le soleil de moins en moins présent…

 

 

Parfois – les objets plantés sur l’horizon se déplacent – comme une course entre la falaise et la mort…

Un peu plus loin – les grandes heures du jour. Comme un bleu délavé sur les cailloux…

Et autour de nous – ce sable – le même que celui que nous avons ingurgité – le même que celui dont nous sommes composés…

Du sable – des pierres – et les mêmes débris d’horizon qui blessent les visages…

 

 

L’essentiel – toujours – au milieu de l’épaisseur – sorte de carapace inutile. A tout protéger comme si nous craignions de perdre le plus précieux – comme si nous ignorions où il se trouvait…

 

 

Un pays d’âmes sans âge et sans mémoire – où ce qui bouge ne sert qu’à redresser ce que la vie – et les vents du monde – ont trop penché. Le ciel comme une peau contre le froid et la nuit. Une manière de terrasser tous les monstres…

 

 

De l’herbe – de la lumière – les rives de l’espérance qui s’étirent à travers les jours. Le tassement de la misère. De trop maigres conquêtes qui apaisèrent à peine la faim. Du froid – de l’air – des fleurs. L’idée d’un paradis – une contrée de ciel et de soleil où tout commencerait (enfin) avec l’abolition de la tête…

 

 

Là où tout s’use et s’emmêle – là où toutes les choses portent le même nom – celui de la lumière. Pays de ceux qui n’ont plus rien à traverser…

 

 

Denses – le corps – l’âme – l’esprit – quelque chose de la matière – des restes d’étoiles agglomérés. Et puis, un jour, ça explose – ça explose à nouveau ; ça perd sa lourdeur – sa pesanteur – sa gravité. Et tout redevient comme l’air – le vent – l’espace – le silence. On devine à peine leur présence. Et l’on ne se rend compte de leur importance que lorsqu’ils ne sont plus là…

 

 

A présent – tout est là – posé à même le sol – tout sans la moindre exception…

A travers la fenêtre – la lampe s’est allumée pour éclairer la petite table où reposent la feuille, le feutre et la main. L’écriture – on le sait – durera encore…

 

19 octobre 2019

Carnet n°208 Notes sans titre

Ce qui vient – l’unique – l’essentiel – le plus fondamental – un pas – un oiseau – un chant – une pensée – un geste – la pluie – l’orage – le soir – la lumière – la moindre chose qui se présente…

 

 

Un cœur – un vol – une vie – tout finit, un jour, par s’arrêter…

 

 

La plus belle couleur de la terre – celle qui se marie avec l’étendue intérieure…

La plus grande envergure de l’âme…

 

 

La consistance de l’être – l’épaisseur métaphysique – comme un tourbillon d’air pur – un feu immense – une joie silencieuse ; la seule manière de vivre – sans doute…

 

 

Un arbre qui se dresse – un insecte qui vole – un visage que l’on oublie – un nom définitivement effacé – une raideur dans le verbe – un geste de joie – une pensée. Tout apparaît – et se défait au-dedans de l’œil – au-dedans de la psyché…

Le monde – ainsi – passe en nous…

 

 

Rien à la source du malheur – si – le plus sombre de l’esprit – ce qui se cache, parfois, derrière le plus attrayant – le plus plaisant – le plus joyeux…

 

 

De l’esprit et de la lumière – de l’âme et du cœur – de l’intelligence et de l’Amour – autant que nous le pouvons – et autant, bien sûr, que nous le pourrons…

 

 

Cette haute colonne de lumière – comme une ogive bleue – l’axe central du monde – le soubassement de l’esprit – le socle des âmes – notre pays natal sûrement…

 

 

En nous – ce que la nuit a déposé et ce qu’elle ne peut nous dérober ; un étrange mélange de douceur et de puissance qui revêt tantôt les robes du malheur, tantôt la pèlerine de la providence…

A osciller sans cesse entre la joie et l’infortune – entre la violence et la tendresse…

 

 

Une terre – une pierre où l’on pourrait vivre – et mourir – celles dont le nom (et les reflets) se marient si bien avec ce que l’on porte en soi ; rudes et délicates – grises et argentées – comme un peu de bleu, de silence et d’infini au milieu de ces contrées si ternes – si étroites – si bruyantes…

 

 

Qui a déjà ressenti l’envergure d’un seul jour – d’un seul instant…

 

 

Ce qui s’annonce avec l’aube – avec la nuit – et ce qui arrive réellement à leur suite…

Le réel et son ombre – ce qui est et sa représentation (imaginaire)…

 

 

D’une verticalité à l’autre – reliées par la fine cordelette que tiennent nos mains…

 

 

Des nuages et des horizons – ce qui empourpre les visages – ce qui inaugure le voyage – ce qui attise l’ardeur des pas ; la conjonction de toutes les coïncidences…

 

 

Une étoile, parfois, hissée au bout d’un fil que traîne le vent. Et les pieds comme des racines qui plongent au-dedans de ce que nous croyons être le monde…

Et l’âme – déjà ailleurs – qui tente sa chance…

 

 

Parfois, le délice – parfois le supplice – comme ça – sans raison ; une simple inclination – une simple coloration – de l’âme. Le passage tantôt blanc – tantôt noir – du monde et des idées…

 

 

Des visages comme des bouées dans l’immensité de la foule – un sourire – un attrait – une confiance – comme si rien ne nous séparait. Le partage du même lieu – du même lien – du même océan ; l’infini en commun…

 

 

Des dérives passagères – quelques passages particuliers. Un défi – rien d’insurmontable – le destin qui se vrille – la nécessité d’un arrêt – d’un retrait. Un pas de côté – la tête en arrière – les yeux en haut plantés dans le ciel. L’infini sans image – l’esprit sans pensée – quelque chose comme une jonction verticale qui ouvre l’espace – qui éclaire, pendant un instant, le dédale de la psyché et donne à voir l’envergure de l’âme…

 

 

Derrière la noirceur – les espiègleries du ciel – le bleu volontairement entravé – obscurci – entaché. Comme une manière de se moquer de lui-même – une sorte d’auto-dérision à travers notre tête…

 

 

Ce que le regard efface – ce que la marche estompe – la grande incompréhension de l’âme face à tant de pertes et d’oubli…

 

 

Miracle – parfois – de bout en bout…

Comme un horizon sans fin – un voyage sans avarie…

Le lieu magique par excellence…

Comme une source qui jaillit – quelque chose d’intarissable – pourvu que nous soyons pleinement présent – vide et attentif – là où nous sommes…

 

 

De soi à soi – sans la volonté d’un Autre ; le plus urgent à rencontrer et le plus immuable sans doute – ce qui ne peut ni se décréter, ni se destituer. Ce qui – au-dedans – est le plus précieux – et qui manque parfois (trop souvent) au-dehors…

 

 

Une frontière ténue – trois fois rien – sépare le désastre du miracle. Un souffle de plus – un souffle de moins – et tout bascule…

 

 

Et cette chose – au fond de soi – tantôt mourante – presque effacée – tantôt renaissante – virevoltante – vive – si incroyablement vivante. Comme si nous abritions – à la fois – le feu et son absence – la bête et l’innocence – l’immonde et la grâce. Tout condensé dans un espace si restreint – l’infini dans un confetti…

 

 

L’exploration déconstruite – inversée – non du plus singulier vers l’universel – non du plus étroit vers le plus large – mais l’individualité qui creuse vers le plus intime – vers le plus spécifique – avec, à la fin, le franchissement de l’ultime frontière où tout se rejoint – où tout devient étonnamment semblable…

 

 

Un point au-dessus de l’horizon – une aubaine pour l’œil – un repère dans l’espace. Et voilà soudain une destination pour la marche – un lieu enfin où se rendre…

 

 

Un sombre éclat d’étoile – quelque chose d’épineux qui crée comme un enfer au-dedans…

La douleur et l’impuissance – la culpabilité et l’enfermement – ce qui rend chaque instant insupportable…

Des barreaux plantés dans l’esprit qui, peu à peu, se resserrent…

 

 

Au coin de l’œil – ce qui alterne et change inlassablement de forme et de couleur. L’éternel parfum des jours – la récurrence des saisons – ce que l’on considère communément comme le monde – cette étrangeté – cette bizarrerie extérieure…

 

 

Le recours à la prière – la confiance en l’intention – en la volonté – en l’impossible…

Et derrière le dogme – la croyance en l’esprit et en la pensée – et en leur aptitude à transformer la matière – les mouvements – le cours des choses…

Le pouvoir de l’invisible sur le visible…

Le substrat et l’apparence du monde…

 

 

Tout – dans le déclin – la lente détérioration des choses. Le plus à même, parfois, de nous éveiller à ce qui ne peut périr…

Le malheur et l’abomination – révélateurs de la grâce et de la beauté…

Le plus concret nous plongeant dans la plus grande abstraction – et inversement, parfois…

 

 

La force du réel et la pauvre imagination du monde. Ce que peuvent percevoir les sens et le plus haut degré de l’invisible…

 

 

Ces mots – comme le préambule d’un autre langage – d’une autre manière d’exprimer – la tentative, peut-être, d’effleurer l’indicible – l’ineffable – ce qui ne se laisse enfermer ni par les concepts, ni par les représentations…

L’inconcevable – l’irreprésentable – que les gestes et la manière d’être au monde révèlent davantage que la parole et les images…

Les balbutiements, peut-être, de mots-gestes – de mots-émotions – de mots-esprit – de mots-conscience – les prémices maladroites (et encore restreintes) du courant de l’infini traversant le plus infime – le plus singulier…

 

 

Comme un bandeau au milieu du visage – recouvrant partiellement les sens. Comme une lame enfoncée dans le cerveau – sectionnant des pans entiers d’intelligence et presque toutes les possibilités de compréhension…

 

 

Un jour sans lendemain – un monde sans avenir. La nécessité de l’exacte justesse du pas présent – la seule chose qui soit – en vérité. La seule chose dont on peut être sûr à cet instant…

 

 

Ce que le vent nous révèle – la puissance et l’emprise de l’invisible…

La domination du mystère dans nos vies…

Quelque chose de redoutable pour la raison…

 

 

De soi à soi – sans autre chemin qu’en soi-même – emprunté, si souvent, après mille errances dans le monde et mille désillusions dans la fréquentation de l’Autre…

Passages incontournables – semble-t-il…

 

 

Se poser là où l’échancrure du monde révèle sa profondeur – les abysses de l’être – l’énigme magistrale d’exister – autrement dit, à peu près partout…

 

 

Ce qui passe – avec les nuages – à peu près toute chose…

Rien ne résiste au temps – à la durée…

Rien ne dure jamais plus d’un instant…

Et ce qui s’éternise a besoin de notre attention – de notre Amour – puis, de notre oubli…

 

 

Au-dedans de soi autant qu’à côté du monde – là où l’Autre, à la fois, n’existe pas et pourrait être reconnu comme un frère (si d’aventure l’altérité existait)…

 

 

L’apparence et la profondeur – ce qui semble et ce qui est – le perceptible et le mystère. Cette manière si humaine d’osciller entre le pragmatique et l’abstrait – entre les possibilités horizontales et la verticalité…

 

 

Il y a – toujours – en soi – les prémices de l’altérité – la distance – la proximité – l’union – la séparation – la fusion – et l’éradication de tout Autre – l’avant-goût du centre et de son rayonnement jusqu’aux plus lointaines périphéries…

 

 

L’âme à genoux qui, parfois, prie – et qui, d’autres fois, fléchit. Ce à quoi nous nous soumettons et ce à quoi nous sommes contraints. D’une manière ou d’une autre – nous n’avons jamais la main…

 

 

Des lignes et de folles enjambées à travers les forêts et l’impossible. Des frontières franchies qui ouvrent sur d’autres horizons – d’autres sommets – et des choses de l’âme parfois terribles. Des monts – des abysses – des merveilles. Et tout l’attirail de la marche et de l’esprit. Et la main qui écrit toujours prête à prendre des notes…

 

 

Et cet effroi au-dedans de soi – comme une rive intérieure – l’artère principale par laquelle doivent passer toutes les choses du monde avant de pénétrer l’âme…

 

 

Nous sommes cette résistance au partage – à la multitude – à l’existence de l’Autre. Cette étrange crispation de l’infini qui retient le monde comme s’il était le sien…

 

 

L’archipel de l’oubli – la mémoire et ses abysses – et nous autres à la dérive sur le grand océan du monde – entre le risque de naufrage et la lointaine possibilité d’une île – d’un refuge – d’un lieu où il nous serait (enfin) possible d’être sans la moindre condition – sans la moindre restriction…

 

 

Les bruits des Autres – et les siens – comme manière de recouvrir le silence – et la voie même qui peut, en nous, enfanter la fureur – la folie – l’enfer – ce qui est susceptible d’éveiller, au fond de notre âme, le plus sombre…

 

 

Des reliefs particuliers – des textures différentes – le goût des paysages sauvages bien davantage que celui des visages humains aux contours trop restreints – trop similaires – trop prévisibles…

 

 

Ce que le vide – en nous – creuse. Et ce qui jaillit de cette excavation. Les tréfonds de l’âme et du monde. L’abîme commun. Les profondeurs inexplorées. Là où réside la source du feu originel – intarissable. La mesure de toutes choses – en soi – celle qu’offre le regard – tantôt envergure, tantôt restriction – tantôt vacuité, tantôt encombrement – tantôt beauté, tantôt barbarie. Au-dedans – la focale et la mise au point – et tous les filtres du réel dont on doit se débarrasser pour retrouver des yeux nus – la blancheur et l’innocence nécessaires à l’accueil des contenus bruts – non déformés…

 

 

La matière du monde – pâte à façonner. Comme une mélasse bigarrée…

 

 

Le plus mystérieux parcours entre l’origine et l’ombre – quelque chose d’inconnaissable…

L’émergence et l’intégration des puissances obscures. Ce qui s’est sournoisement mélangé au reste au point de ne plus rien distinguer…

Le point zéro de l’ignorance en deçà duquel nul ne peut remonter…

 

 

Le désastre a, parfois, une couleur inattendue ; on l’imagine gris alors qu’il lui arrive de se dissimuler sous les airs les plus joyeux et les plus colorés…

 

 

Ce que la nuit – en nous – a corrompu. Ce que la nuit – en nous – a révélé…

 

 

Le monde comme une permanente étrangeté…

 

 

De la misère et de l’ennui – et tout ce que l’on peut mettre par-dessus pour tromper le monde et l’esprit…

Un condensé du pire dans les cités et au fond de certaines âmes…

 

 

Ce que devient le monde – dans l’imaginaire – lorsque personne ne nous attend – lorsque la solitude est devenue le seul repère – la seule possibilité ; un spectacle – un décor – une sorte d’inimportance. Une chose lointaine – abstraite – et dont on se passe très facilement…

 

 

De petites parcelles et de petits cubes – sans grâce – alignés les uns à côté des autres – comme un puzzle géant. Des pièces et des pions – des mouvements et du bruit. Des fonctions, des rôles et des représentations…

Et au cœur de cette effervescence organisée – le plus essentiel qui agit en silence – qui façonne les apparences recouvertes de torpeur et de boue…

Le mystère à l’œuvre… Ce qui se manifeste dans le sens (profond) de l’histoire du monde. Et ce qui se perçoit ici et là chez chacun – par moment – par période parfois ; le plus précieux face au pire – face à l’inertie – face aux résistances…

 

 

Un coin de ciel – parfois – suffit. Rien qu’un peu de bleu au fond de l’âme – et nous voilà sauvé de ce gris affreux du monde – de cette gaieté d’apparat qui nous navre et nous écœure…

 

 

Un monde sans larme – sans profondeur – ou alors seulement théâtralisées…

 

 

Des visages – des vies – qui se ressemblent…

Comme une étrange fratrie orpheline…

 

 

Des règles trop strictes – des choses trop séparées – de petits carrés – de petites frontières – de petites étiquettes…

La psyché essayant de régenter la vie – d’organiser le monde – de mettre un peu d’ordre dans ce joyeux fourbis – d’instaurer une manière restrictive d’être au monde – de vivre – d’aimer – de respirer. Un étau et des compartiments insupportables pour l’esprit…

 

 

Du blanc – partout – pour souligner, peut-être, l’inimportance de la couleur – ou la présence de l’innocence en toutes choses – ou notre devoir de ne jamais faillir sur le chemin de la vérité et de l’abandon…

 

 

De la misère et de l’imbécillité – ce que l’on nous offre – ce que l’on nous propose – ce à quoi l’on nous invite. De la connerie fabriquée à la chaîne – de manière industrielle – distribuée en boîtes et en bâtonnets. L’indigence et la niaiserie organisées à grande échelle. Ce à quoi aspirent les hommes – ce dont ils ne peuvent se passer…

Une perspective à laquelle l’humanité ne semble pouvoir échapper…

 

 

Des rubans multicolores dans les cheveux du monde – le vent autour de la taille qui s’engouffre dans la poitrine. Les pas parfaits – la posture impeccable. Ce pourquoi le monde est fait ; la représentation et le spectacle – le jeu permanent de l’illusion – le divertissement et les farandoles. Une manière d’oublier les enjeux – de s’en écarter – de s’en affranchir – jusqu’au dernier souffle – une manière de se distraire en permanence de ce réel à l’apparence si rude – si triste – si déroutante – si incompréhensible…

 

 

Ce que dessine l’instant – une manière d’être – une façon d’accueillir – exactement ce que nous sommes…

Mille – cent mille – des milliards d’instants – et toute la palette des Je suis – toute la palette des possibles – exprimée…

 

 

Pas de règle – pas de loi – pas de principe. Ce qui jaillit – fatalement – ce qui jaillit…

Nulle autre possibilité…

 

 

Un instant, ceci – un autre, cela. Et le rouge que soulignent les jours – ce qui revient – ce que l’on prend pour une habitude – une tendance – un sillon – ce qui se démarque – ce qui surprend – ce qui désarçonne ; toujours nous – entièrement – des orteils à la pointe des cheveux – le ciel et la terre mélangés – ce qui, parmi tous les horizons, s’éveille au fond de l’âme…

 

 

L’œil sur la devanture – le chemin des apparences. Ce que l’on a l’air d’être. Le plus en surface de soi – ce qui varie – ce qui change – et ce qui est offert au reste…

 

 

Des étiquettes déchirées – des fragments mélangés – et recollés n’importe comment – de manière infiniment provisoire – et qui se redécollent presque aussitôt pour s’assembler à d’autres – au fil des circonstances – des chemins – des rencontres…

Nous sommes – cette mosaïque changeante…

 

 

Sur fond gris – l’arc-en-ciel – parfois, le bleu intense – excessif – paroxystique – les couleurs de l’âme et les reflets bigarrés du monde. Une seule étoffe – une seule peau – faite de toutes les chairs assemblées et des esprits réunis. Le corps de l’univers – le corps de l’Existant – ce qui est né du plus lointain silence – du mystère le plus profond…

 

 

Le désossement de l’archipel – le déblaiement des embarras. L’inutile relégué. Et l’ensemble jeté au fond de l’abîme. Et ce qui reste ; le plus nu – ce que rien, ni personne ne peut dérober…

 

 

Comme chaque jour – à sa table de travail – au milieu du monde. Le labeur joyeux et assidu dans l’âme et sur la page…

 

 

Parfois – rien – à peine le bruit d’une mouche – le frémissement d’un feuillage – le chant lointain d’un oiseau. Le vent sur le visage. Les profondeurs de la forêt. La tranquillité du monde qui fait écho au silence – à la vacuité silencieuse du dedans…

 

 

Des histoires particulières comme seule manière d’être là – au monde – vivant. Rien que de petites histoires. Et à peu près les mêmes partout…

 

 

Lieu – lien – passerelle entre le dehors et le dedans – cet esprit démesuré. Partout où l’on est – partout où l’on va…

La clairière du dedans – cette étrange messagère de la clarté – les laborieuses prémices de la lumière – après mille siècles d’obscure besogne…

 

 

L’ensemencement de l’horizon – l’élagage – l’abattage – le débroussaillage – le tronçonnage – de moins en moins à planter – et de plus en plus vide – libre – dégagé…

 

 

Parfois le plus lourd – parfois le plus cruel – devant nous et au-dedans de l’âme – et au creux des mains – tant d’impuissance. Quelque chose qui creuse – en nous – de la rage d’abord (et de la tristesse souvent), puis, peu à peu (et parfois très lentement) la nécessité de l’abandon – ce lieu-refuge au cœur du monde – au cœur de la plus grande intranquillité…

 

 

Regard-créateur et regard-réceptacle – celui qui initie l’élan – les mille mouvements du réel – et celui qui les reçoit…

 

 

Ce que nous laissons – comme des pierres sur le chemin… tantôt repères – tantôt obstacles – selon les âmes et les pas…

 

 

Ce qui s’invite au centre du regard a besoin d’attention – d’un geste – d’une parole – d’une chose – d’une indication – d’une explication ; qu’importe ce qu’il réclame, on le lui offre pendant le temps nécessaire… 

 

 

Il n’y a d’itinéraire – de destin – de voyage. Il n’y a que ce qui est à cet instant. Avant – après – ne sont que des mirages…

Tout mêlé – emmêlé – mélangé – puis, selon les conditions – quelque chose émerge – jaillit – croît – ni le meilleur – ni le pire – le nécessaire – l’inévitable – le plus approprié…

 

 

Le monde – ce qui passe – un défilé permanent – l’inéluctable en mouvement…

 

 

L’horizon qui se rétrécit – qui s’élargit – notre manière de voir – de vivre – d’être au monde…

Des jours qui passent – au creux de l’âme – seulement. Des pages et du silence – et les bruits du monde à côté – un peu plus loin…

 

 

Des traits sur une grande toile – aussitôt tracés – aussitôt effacés – le monde et les circonstances qui traversent l’esprit un court instant – l’existence comme le temps du passage…

La profondeur et le jaillissement. L’envergure et la surface. Et l’ambivalence de cet étrange mélange…

 

 

Le flux et le reflux du monde et de la pensée – de la matière visible et invisible – dans l’esprit – ce lieu de présence introuvable – non localisable physiquement – à la manière des vagues sur la grève – à la manière des vagues dans l’océan…

 

 

Cette ambivalence – cette confusion – cet écartèlement – parfois de l’homme – du vivant peut-être – à l’intersection de plusieurs dimensions – de plusieurs perspectives – de plusieurs réalités…

Limites et potentialités qui s’entremêlent – se conjuguent – s’opposent – se répondent…

Nous sommes – cet étrange mélange de tout – ce presque rien au cœur de la vacuité…

 

 

A la source même du souffle et du langage. Là où naissent la vie et le verbe. Dans les profondeurs de la matrice du monde…

 

 

Ce que les Dieux nous cachent et ce qu’ils nous révèlent. Au fond de leur poitrine – dans l’antre étrange des origines. Ce que l’expérience des jours nous fait, peu à peu, découvrir…

 

 

Ce qui pénètre l’esprit – glisse à sa surface – et tombe tout au fond – est évacué à la manière des eaux souterraines – à la manière de l’eau qui s’évapore – transformée(s) en autre chose – et qui reviendra – et qui reviendront – traverser l’esprit de mille autres manières – ailleurs – un peu plus tard…

 

 

Au cœur même du mur – l’horizon – le ciel – l’envergure et la liberté – ce que nous pouvons à peine imaginer…

 

 

Des mots comme des gestes pour exprimer – répondre à l’éternel retour des choses – à la cyclicité du monde ; une manière de tout refaire à neuf – de tout recommencer chaque jour – à chaque instant – de vivre comme pour la première fois toutes les nécessités – toutes les servitudes consenties – l’essence même de la matérialité…

 

 

Parfois, rien – parfois, le monde – ce qui est là – simplement – ce qui est là…

 

 

La plus grande immersion possible et le plus lointain faîte accessible – à chaque instant – entre l’enracinement et l’envol…

De la haute voltige permanente…

 

 

Des portes – des crêtes – des fosses à foison. Des chemins qui serpentent – des passages par milliers entre les obstacles posés ici et là – un peu partout – par les hommes – par le monde – par l’esprit. D’étroits sillons à travers les reliefs. Et ce que le pas décide au cours de la traversée…

Des trous – des impasses – le retour vers le centre – l’origine des élans. Mille étapes – sans doute, le plus long des voyages…

 

 

Des jours – des nuits – des rêves et de la fébrilité. Comme un allant infatigable. Des forces profondes – obscures – souterraines – intarissables. Ce qui ne peut s’arrêter – ce que rien ne peut immobiliser. Le mouvement même – perpétuel…

 

 

De l’entité à la ruine – du temps à l’éternité – d’étranges changements de perspective…

 

 

Les heures rares – rougeoyantes. Ce que l’on ne manquerait pour rien au monde…

 

 

Le jour espiègle qui se cache, parfois, derrière le changement – parfois, derrière la routine. Et les yeux qui cherchent ailleurs – derrière – à côté – plus loin – au lieu de plonger – et de disparaître – dans l’épaisseur, si légère, du regard…

 

 

La vie sans appui – le saut sans filet – le monde sans masque – ce que l’on aime vivre et expérimenter. Ce qui ôte toutes les certitudes. L’existence – l’instant – dans l’éclatement de tous les repères – ce qui est sans la moindre référence…

 

 

Du dedans et du dehors entremêlés – des choses pas à leur place – mal rangées – qui traînent au milieu de tout – le bazar – le fouillis – ce qui ne s’aligne, ni ne s’emboîte. L’intrication – le détour – la boucle – l’extrême mélange où tout change et varie – où tout s’étoffe et se défait – où tout s’enracine et s’efface…

Dans le même instant – la prolifération et l’éradication du monde. Le plus utile et ce que l’on oublie. Ce qui s’en va et ce qui nous est nécessaire…

La danse des circonstances et des visages…

Mille – cent mille – voyages en un seul…

 

 

De l’or et du malheur – les mêmes phénomènes réunis – mis bout à bout…

Tout qui se chevauche et s’écarte…

Le monde à la manière de mille toupies sur mille circuits différents – comme les sillons d’une peau immense…

 

 

Dans le même instant – la mort et le regain du monde. Nos pertes et nos découvertes – ce qui nous blesse et nous offre un peu de joie…

Le monde – la vie – les pierres et les visages – comme nouveauté et éternel retour…

 

 

Ce que nous sommes et essayons de décrire – de définir – les contours variants d’une surface – d’une profondeur – d’une présence – inchangées – invariables…

 

24 septembre 2019

Carnet n°204 Notes de voyage

Emotion fracassante – parfois – littéralement. Poussée jaillissante désinhibée – incontrôlable. Véhémence insensée – presque maléfique. Oui – au fond – quelque chose de démoniaque – comme une force noire émergeant des profondeurs – des plus lointaines origines…

Sorte de magma du centre premier – du noyau ancestral – expulsé – et qui déferle comme si nous étions un cratère et ce qui nous entoure quelques coteaux à plaindre – et bientôt dévastés…

La terre et le feu entremêlés – fusionnels – éruptifs – intensément destructeurs…

 

 

Ce qui apparaît comme une étrangeté – et qui est là, pourtant, enfoui depuis le commencement – avant même la naissance du monde…

Au-dedans d’une aire qui ressemble – à s’y méprendre – à l’enfer…

 

 

Comme un sac – une manière de voir le jour – de remplir ce qui ne ressemble à rien – pour lui donner une forme présentable – présumée présentable – mais qui, en vérité, le corrompt et l’enlaidit…

 

 

Tout ce qui habille – orne – décore – n’est que voile supplémentaire…

Tout ce qui traverse finit par ressortir – aussi sûrement que finit par être expulsé ce qui a été ingurgité…

Tant et si bien qu’à la fin – il ne reste plus rien… Mais avant la fin – nous ne savons vivre ainsi – dans le dépouillement – comme espace vide – comme une aire d’accueil et de déblaiement permanents…

 

 

Une autre forme de vieillissement – comme des rides à l’intérieur et des lambeaux de chair qui pendent – au-dedans de l’enveloppe dont nous avons pris soin – un assèchement aussi – comme un vieux cuir râpé…

Une indigence – un malaise – une détresse – que l’on se garde bien d’exposer…

Et nous mourrons ainsi – dépecé de l’intérieur – exsangue – sec – aride – comme un vieux sac vide et retourné – inapte au renouvellement… Tout juste bon à nourrir les vers et à occuper la tombe qu’on lui a réservée…

 

 

Triangle de pierres pointant vers le lointain – l’horizon invisible – une autre terre – un autre monde – à l’autre extrémité de soi…

 

 

Plus l’on creuse en soi, plus la solitude semble épaisse – centrale – première – incontournable ; le seul mode possible de l’être – libre et intensément jubilatoire…

 

 

Le bleu comme une pointe vers ce qui n’apparaît pas – invisible pour l’œil – cet espace où se rejoignent toutes les frontières…

 

 

Des mots comme des pierres – des visages comme le silence – rien n’est ce qu’il a l’air d’être. Tout est beaucoup plus vaste. Et notre manière de tout réduire – de tout simplifier – complique (grandement) la tâche de l’œil et de l’esprit…

 

 

Des routes comme des précipices vers lesquels chacun glisse inexorablement…

 

 

Des visages ni sympathiques – ni antipathiques – ni amis – ni ennemis. Des visages simplement – qui nous jaugent – qui nous toisent – comme ils jaugent et toisent le monde – à leur manière – qui n’a, bien sûr, rien à voir avec nous – avec ce que nous sommes – seulement avec ce dont nous avons l’air – c’est seulement cela qu’ils remarquent – et c’est à cela qu’ils se réfèrent pour nous regarder…

Il ne faut en avoir cure – vivre comme si ces visages qui nous lorgnent n’étaient que des personnages fictifs – ensommeillés – d’infimes cyclopes à la vue défaillante puisant seulement dans leur mémoire – rien de réel, en somme…

 

 

Des routes qui se croisent – des routes qui divergent – ainsi sommes-nous fixés sur ce que deviendront nos voyages – les aventures d’un soir – d’un instant – d’une vie – matière à s’écarter – à s’éloigner – à disparaître derrière le premier horizon…

 

 

L’approfondissement de la solitude – creuser – creuser – en soi – comme impératif et jubilation…

Seule perspective possible…

Unique voie de connaissance. Et la jouissance de l’être à perfectionner – à affiner – à enrichir – cette relation à soi qui est, en définitive, une relation à tout…

 

 

Arbres – rivières – vent – roches – collines – solitude et silence – étreinte du dedans et du dehors – l’âme intensément vive et sereine. Toute l’énergie du monde qui nous traverse…

Puissance et douceur sans usage…

Juste être – goûter – le souffle – et les gestes nécessaires…

 

 

Tout le monde résumé dans cette manière d’être…

Ainsi tout devient le lieu de la rencontre et de l’unité…

 

 

Parcelles de terre – bouts de ciel – l’âme légère et dense – le cœur qui s’ouvre – partout le foyer tendre et indéfiniment éphémère – à chaque instant surgissant. Le temps aboli. L’être jouissant dans le cours des choses. L’éradication des frontières…

Le Je suis sans commentaire, peut-être… Immuable – présent – à l’accès fragile et incertain – le vide nécessaire – le vide absolu indispensable pour être…

 

 

Le goût de soi – le goût du monde – au-dedans – sans séparation…

Et sur les joues, des larmes de gratitude – l’individualité reconnaissante – cette part de soi infime – accueillie dans l’unité et la profondeur de l’être – vide – serein – sensible – inaltérable – désengagé…

Le monde enfin parfait – comme si tout était impeccablement orchestré et agencé – beauté fugace – presque sans importance tant l’essentiel appartient au regard – à la vacuité permanente…

 

 

Bouts de soi – partout – réunifiés au centre…

Tout dans le grand Tout – en soi – en quelque sorte…

Presque indicible, en somme…

 

 

Moins éclatant que le rêve – entre le blanc et la transparence…

 

 

Assujettis autant à nos viscères qu’à notre âme…

Instincts, inclinations et sensibilité…

 

 

Des cités – des champs – des routes – du bruit – des hommes ; la grande civilisation de la laideur…

 

 

Ce que nous avons créé ; du confort et de l’absurdité – une direction inscrite dans nos gènes. Un allant commun – profond – contre lequel rien ni personne ne peut résister…

Une marche aveugle et forcenée dirigée de manière souterraine. Dans une mécanique limpide – et, sans doute, extrêmement lucide – une forme de clarté qui doit composer avec l’aveuglement et les instincts terrestres – le sol de la surface…

Un aller direct – un voyage sans retour possible. Ligne droite avec des accélérations et des ralentissements – mais l’allure appropriée – toujours adaptée aux possibilités et aux résistances…

Nous sommes – littéralement – actionnés. Chacun ainsi est gouverné avec, très souvent, l’illusion de ne pas l’être – de se considérer comme le seul maître d’œuvre du trajet, du rythme et de la destination…

Sublime stratagème de l’esprit qui a distillé et répandu, avec une folle intelligence, cette incroyable illusion dans chaque psyché…

 

 

La nuit – le jour – le même sommeil…

 

 

Des instances de partage – la tête déchirée – une route aussi longue qu’infréquentée – l’engagement magistral de l’âme – un désir brûlant (et continu) d’Absolu – un rêve exagérément lumineux – une manière, peut-être, d’apprendre à vivre au-dessus de soi…

Une réalité partielle – partiale – dégradée. Des yeux sans exigence – presque aveugles. Des bouts de mensonges collés les uns aux autres qui ressemblent, à s’y méprendre, à un collier de vérités – une manière, peut-être, de vivre sans être présent ni à soi, ni au monde – ni en soi, ni à ses côtés – en-dessous du seuil de l’esprit – en deçà de la frontière qui sépare l’absence de la conscience élémentaire…

 

 

L’homme a une formidable (et ingénieuse) aptitude à transformer le beau, le vaste et le rude (la Nature) en espace étroit, laid et confortable (la société humaine)…

 

 

Rien de plus épouvantable que la masse – le nombre – la production industrielle…

La quantité – presque toujours – l’ennemie du Beau et du Bien…

 

 

L’humanité – du bruit – le plus puéril et des instincts – des jeux et une gaieté d’apparat…

Des dérivatifs à l’ennui – le plus commun – ce refus, si répandu, du tête-à-tête solitaire et non distractif…

 

 

L’homme et l’art de répandre la laideur…

 

 

Je suis comme les bêtes patientes qui attendent le départ des hommes – le retour du silence…

 

 

L’errance et le cheminement – la profondeur et l’austérité – la solitude et la joie – le silence – manière de vivre ce que l’on porte ; une certaine forme d’atypicité…

Une certaine radicalité métaphysique – intransigeante avec la frivolité existentielle qui n’est pas, bien sûr, la légèreté de l’être…

 

 

Pour vivre – et nous sentir à notre aise – nous devons vivre à distance de l’humanité – au sein d’une zone de confort dans laquelle nous ne puissions ni voir, ni entendre la moindre manifestation – la moindre activité – la moindre présence – humaines…

Autant dire – vivre loin de tout – ou, à défaut, vivre (plus ou moins) inconfortablement…

 

 

Barrières – clôtures – frontières – délimitations et obstacles – partout. Fractionnement de l’espace et du temps – séparation et appropriation – dichotomie entre moi, nous et le reste du monde…

 

 

Le monde – son organisation – son fonctionnement – tous les systèmes mis en place – sont toujours (quelles que soient les époques) l’exact reflet de ce que nous sommes – de ce que chacun est – à l’intérieur*…

Ce qui se passe entre nous – existe d’abord en chacun de nous…

* La guerre, le commerce et le capitalisme qui organisent le monde aujourd’hui sont ainsi de parfaits reflets de notre intériorité actuelle…

 

 

D’autres chemins que ceux du monde…

 

 

Là où la pierre devient la flèche – ce qui pointe vers le plus désirable…

 

 

L’espace – le bleu – l’immensité. Et tout qui se rapproche sans cesse…

 

 

Le coup de génie de l’esprit qui a oublié son envergure dans la contraction – en faisant croire à ce qui est contracté (chaque chose – chaque visage – chaque forme de l’Existant) qu’il est le seul – le centre – et en le faisant pointer irrésistiblement vers l’infini – définissant son envergure comme la seule destination à atteindre (par chacun)…

Quel incroyable stratagème… expliquant bien des choses en ce monde – à peu près tout, je crois…

 

 

De l’ombre – sur les bords – au fond – du regard. Une épaisseur d’autrefois – plus résistante que les autres – nourrie depuis des siècles – et qui s’arc-boute de toutes ses forces pour échapper au grand déblaiement…

 

 

Tout est là – plus ou moins rangé dans la mémoire – comme une boîte qui s’ouvre par intermittence malgré la vacuité. Parfois un rien suffit – et le souvenir jaillit tel un mauvais génie – tel un ressort… Aussi convient-il de rester alerte et vigilant pour rompre sur-le-champ tous les fils naissants…

 

 

Le labeur des hommes – chacun occupé à sa tâche – l’essentiel du temps. Mais, au fond, quel est le véritable travail de l’homme ? Est-ce seulement de contribuer à faire tourner le monde – à faire fonctionner (entretenir – améliorer – etc etc) le système collectif…

Dans ce qui occupe l’essentiel de nos journées – être – marcher – écrire – il n’y a d’activité agissante et productive – ni d’activité d’exploitation et d’instrumentalisation du vivant ou de notre environnement…

Ces activités quotidiennes ne soustraient rien au monde – elles n’y ajoutent rien non plus (un livre de temps à autre – mais qu’est-ce qu’un livre ? – à peu près rien – ça ne compte pas…). Elles semblent se situer, à la fois, en deçà – au cœur – et au-delà des nécessités organiques et psychiques – et n’ont rien à voir, de près ou de loin, avec une quelconque forme de consommation (nous n’écrivons pas des livres de divertissement)…

Être est, bien sûr, une non-activité – une façon d’être présent au monde et à soi-même – une manière d’être conscient – une forme de présence habitée de façon, plus ou moins, permanente… Ecrire relève de l’esprit – de l’esprit de l’être qui célèbre, joue et danse avec les formes (les mots et les sens en l’occurrence dans ce cas précis) – mais aussi de l’esprit-témoin et de l’esprit d’exploration qui cherche et débroussaille… Quant à la marche, elle relève, évidemment, du corps – de ce fragment de matière (et d’énergie) qui est – et a besoin de – mouvement – mais aussi de contacts et d’échanges avec les autres fragments de matière (et d’énergie) – sol, roches, arbres, air, eau…

En définitive, rien que de très naturel…

Être – marcher – écrire – comme manière de vivre simplement – le plus simple – avec simplicité – notre humanité (et ce qu’elle porte)…

 

 

Une communauté mensongère – un simple rassemblement de visages nécessiteux – des âmes apeurées et mendiantes qui quémandent à l’Autre – aux autres – assurance, sécurité et agrément. Et rien de plus – malgré quelques amitiés circonstancielles (apparentes) et quelques affinités électives (provisoires)…

 

 

A la source de tous les visages – et ce que l’on voit – des bêtes conditionnées et télécommandées (de l’intérieur) par leurs instincts…

 

 

Des formes agencées – enlacées. L’harmonie architecturale du réel – l’harmonie des mouvements. Le monde comme une interminable arabesque – des lignes – des courbes – organisées de façon antagoniste et complémentaire. La structure de l’ensemble – et la structure de chaque élément…

 

 

Ce qui est là – une aventure quotidienne – inégale – disparate – surprenante…

Le jeu des jours…

 

 

Ce que nous avons fait n’existe pas. Tout, à chaque instant, recommence – et est, à l’instant suivant, à recommencer ; le neuf – la nouveauté – sans la moindre référence passée…

 

 

Haute flèche sur l’horizon. Et toutes ces têtes alignées. Dieu et son bétail – l’Un – le remarquable – et l’indistinct – la multitude…

 

 

Il est un autre lieu que le monde – et un autre temps que celui des horloges et des saisons. Des instants remarquables et un silence qui invitent à la solitude et à l’intériorité – une manière de vivre sans la présence – ni l’espérance – des Autres…

 

 

L’Autre existe-t-il seulement ? Ou n’est-il, à l’instar du monde (qui n’est qu’un collectif d’Autres), qu’une incertitude inconnaissable – entre chimère et consolation – entre compromission et nécessité…

 

 

Une fenêtre – le ciel – un jour comme un autre. Et quelque chose qui se dissimule au fond de l’âme…

Des instants de liesse et d’incompréhension…

Le goût du monde sous la langue…

Et des mots d’une grande trivialité…

 

 

L’air bleu qui, parfois, nous surprend au réveil…

Des pas – des heures – quelque chose comme une attente – on ne sait pas bien ce que nous attendons – ce que nous espérons peut-être – la tête est confuse – dépeuplée – presque en mode automatique – des images qui défilent – des idées aussi – qui ne sont pas les nôtres – tout un cortège de poncifs et d’imbécilités qui collent si bien à notre vie que nous les imaginons singuliers – réels – adaptés – comme des aspirations profondes – presque des nécessités…

Mais il n’en est rien, bien sûr…

Des inepties nées de la machine à rêve – rien de plus – des choses tout juste bonnes à jeter avec le reste…

Rouvrir la faille – redevenir le vide – et laisser tout glisser – tout engloutir…

Le neuf et le néant – ce regard si simple sur le monde – sur ce qui arrive – sur ce qui a lieu – sans s’attarder jamais sur ce qui n’est pas – sur ce qui n’est plus…

 

 

Le jeu, l’ivresse et la récompense – ce qui rend la psyché addicte et docile – et incroyablement prévisible – comme actionnée par ses propres circuits internes – pas si éloignée d’une certaine forme de folie…

Et à l’opposé – presque à l’opposé – l’envergure de l’esprit – dégagé et désengagé – libre – autonome – sans besoin – non agissant – pas si éloigné d’une certaine forme de sagesse…

Et l’on glisse – ainsi – d’un mode à l’autre – d’un monde à l’autre – d’une perspective à l’autre – entre le réel et l’imaginaire en passant par mille autres mondes parallèles – entre le conditionnement et la liberté – entre l’automatisme et l’indépendance…

Du relatif à l’Absolu – dans un basculement plus ou moins volontaire – plus ou moins permanent…

Simple étape – humaine – existentielle – encéphalique – dans le cheminement vers l’infini – le non-né – l’origine – l’incréé…

 

 

Ce que nous nous échinons en vain à retracer…

 

 

D’une solitude à l’autre – ainsi plongeons-nous au cœur de notre destin…

 

 

Le sommeil – comme une couleur – une patrie – les seules, sans doute, qui soient…

 

 

On perce, parfois, le plus épais – avec un peu de patience…

 

 

Tout semble à la fois étranger et possible. Rien – pourtant – qui ne déroute…

A travers mille pluies – d’un soleil à l’autre…

 

 

Des ombres mobiles – par milliers – autour de soi. Silhouettes furtives de la forêt alors que les hommes sommeillent loin des arbres – œuvrant à leurs pauvres récoltes…

 

 

Qui donc est présent à nos côtés… Qui donc nous accompagne lorsque nos pas sillonnent ces terres sylvestres…

 

 

De moins en moins humain – de plus en plus vivant et minéral – pierre sensible peut-être…

 

 

Je passe – nous passons – dans notre propre regard. Défilé incessant dans la perception immobile…

 

 

Moins du côté de ceux qui œuvrent que du côté de ceux qui contemplent…

Pas l’âme d’un créateur, ni celle d’un bâtisseur…

Plus proche de la roche que de l’étoile filante…

Plus près de celui qui observe en surplomb que de celui qui invective et ferraille dans la foule…

Plus près de celui qui sue seul et en silence à sa tâche que de celui qui baguenaude et se pavane dans le monde…

 

 

Il n’y a de monde – et, pourtant, presque tous feignent d’y appartenir…

 

 

Je suis comme l’arbre et la bête – en retrait – circonspect face aux histoires – aux chimères – humaines. Sans doute sommes-nous trop différents des hommes pour être en accord avec leurs jeux et leurs lois – et ressentir le moindre sentiment d’appartenance à leur communauté…

 

 

La destruction des mythes – et cette violence inhérente. Comme la volonté d’anéantir le monde. Les heures sans grâce – terribles – de l’éructation…

Le visage du tyran investi – rehaussé – hégémonique – dévastateur…

Le débordement des énergies – la moindre aspérité sur la ligne vécue comme une contrariété – et, aussitôt, l’explosion de la colère – le déchaînement des forces intérieures – la véhémence éruptive…

Sujet au cœur de ce qui ressemble à une abomination…

Le versant sombre – noir – hitlérien – de l’âme. Ce dont nul ne se vante – ce dont nul ne se glorifie – bien sûr – mais qui existe – qui peut advenir – et qui advient contre notre gré – dans une pulsion instinctive – profonde – lointaine – irrépressible…

On frappe – on casse – on brise – on balance – on défenestre – on assassinerait pour un regard – pour un soupir – pour une parole – pour un silence ; tout serait prétexte à anéantir…

 

 

Un grand bruit cannibale au-dedans – une faim exagérée – et des pieux plein les poches – plein les mains – et dans le sac une cargaison de flèches empoisonnées ; et ça lance – et ça balance – et ça décoche – à tout va – jusqu’à l’extinction du souffle colérique – jusqu’à l’effondrement du monde peut-être…

 

 

La matière – et la manière – la plus noire d’exister. Et c’est là – en nous – à l’affût – prêt à bondir sur la moindre tête ; et ça s’élance sans la moindre inhibition…

 

 

Des heures particulières où les Dieux noirs – en nous – exultent et gouvernent . Les grandes liesses de la nuit. L’abdication de l’esprit au profit de la violence pure – la concentration, peut-être, des forces démoniaques. Et le malheur ou la fuite pour ce qui nous entoure – exutoire, si souvent, à cette folie passagère – à cette folie ancestrale – à cette folie irrépressible…

 

 

Un toit – une croix – le nécessaire et la croyance. L’espérance de pouvoir échapper, un jour, aux contingences du monde – à la vie matérielle – à l’existence terrestre – dont on se doute bien, sans même être un grand esprit, qu’elle n’est la panacée – un médiocre purgatoire tout au plus…

Et notre labeur est d’y vivre sans (trop) rechigner…

 

 

Une manière authentique d’approcher la vérité – pour qu’elle se transforme, à chaque instant, en évidence vécue – jamais en concept – ni en objet d’étude…

 

 

Ça roule – ça s’entrechoque – on ne peut se fier à ce qui passe – à ce qui gesticule…

La route encore – qui serpente – qui s’étire – sur laquelle on frôle d’autres destins – des visages étrangers – inconnus – qui passent à vive allure…

 

 

Rien ne peut s’ébruiter dans le jour – sous le règne du jour. Le silence est la seule matière – la seule présence possible. Le reste – tout le reste – est trop fugace pour émettre le moindre son – inventer un langage audible. Et si d’aventure, on réussissait – par je ne sais quel miracle – à faire du tapage, l’épaisseur du silence étoufferait aussitôt la diffusion du bruit…

 

 

Il y a – au fond de soi – des terres inabordables – des rives noires – des régions infréquentables – et derrière, une immensité abandonnée parfois à Dieu, parfois au Diable…

Une manière de vivre – toujours – en deçà des possibles – quelque chose d’étriqué – une bande étroite sans retournement – sans virage – sans tournant – sans dérapage – possibles ; la voie la plus plate qui soit où la destination – ce qui est vécu et expérimenté – est parfaitement prévisible – où ne peuvent se dessiner que des existences tristes à pleurer – des vies bancales – minimales – intensément organiques et instinctuelles – sous le joug d’un psychisme éminemment grossier – presque animal…

 

 

Le plus fragile de soi – exposé aux quatre vents. La marque et la signature de l’individualité – presque une incapacité à être au monde…

 

 

L’eau qui coule – les demi-saisons de l’âme. Tout passe – d’une rive à l’autre – tout se précipite jusqu’aux chutes du temps. Le visage plongé – le visage émergeant – au gré des heures – au fil de la course noire…

 

 

Ce qui se creuse – en nous – en notre absence…

 

 

A l’altitude adéquate malgré l’étouffement progressif des désirs. Ce qui compte davantage que l’ambition. Plus haut – il y a l’impossible. Et plus bas, les enfers…

 

 

L’extase presque machinale à force de rêveries. Des images douces et tendres – enveloppantes – qui viennent combler les manques de l’esprit. Une manière comme une autre d’essayer d’approcher la joie…

 

 

Le dédale des heures collectives – une immense esplanade déserte – et des yeux apeurés qui regardent partout – des souliers qui courent dans tous les sens à la recherche de quelques visages. Des murs aplatis que forment les conventions et les interdits intégrés par la psyché. De longs couloirs invisibles où il faut avancer avec prudence – avec précaution. Des obstacles – et l’allure naturelle – et la foulée libre – qui jamais ne se soucient des lois du monde…

 

 

Feuilles en guise d’instinct – de survie – d’offrande ; l’arbre et le poète – et la lumière comme seule nécessité…

 

 

La pierre noire – des cités sombres – la même source – et, parfois, le même échéancier – ce que la lumière apprend à polir ou à contourner. L’impossible qui nous surprend toujours. Et certains jours – à deux doigts d’y parvenir…

 

 

Les heures réfractaires – les heures marécageuses – les heures à n’en plus finir. Le jour comme seul appui – comme seule raison de vivre. Et l’immensité à nos pieds – quelque chose de fragile – de provisoire. Comme le regard – jamais acquis…

 

 

La hauteur – comme manière de vivre au milieu du monde – retiré mais non inaccessible – accueillant à ses heures ceux qui ont fait le chemin

 

 

Un espace au milieu du monde – dans le retrait d’un tertre encerclé par les collines – lieu naturel exposé aux vents et abrité des yeux trop curieux…

 

 

Posé un instant – un jour – une saison – une vie entière. De passage – toujours – quel que soit le sol – le territoire…

 

 

Des yeux sans mémoire – une tête sans discours – le seul langage des gestes qui en disent aussi long que nos silences…

 

 

La seule amplitude est au-dedans – le jeu de la distance avec le monde et les visages – avec les ombres et les choses…

 

 

Ce qui nous maintient vivant – ce qu’il nous reste à faire – à réaliser – pour nous rencontrer. Il n’y a d’autre nécessité ; la joie – la grâce – ne sont offertes que par surcroît…

 

 

Il n’y a jamais d’erreur – seulement des détours incontournables…

 

 

Des monts – des merveilles – et quelques mots qui, par leur célébration, corrompent et ternissent – et qui ne parviennent, au mieux, qu’à évoquer – ou à raviver, peut-être, le souvenir. A celui qui lit d’œuvrer au labeur complémentaire pour retrouver la beauté du réel…

 

 

Nul intermédiaire – le face-à-face direct – le ressenti sans filtre – le réel sans adjuvant ; l’âme et les choses du monde – le regard – la sensibilité – l’univers et les réalités parallèles. Ce que l’on vit – ce qui nous est offert – sans aucune autre possibilité…

 

7 novembre 2019

Carnet n°209 Notes journalières

Des mains trop grossières nées de la lumière – d’un désir d’apparaître, de sentiers et de cités heureuses…

La vision idyllique de l’âme – sans ses abîmes – et ce que nous devons traverser pour nous rejoindre…

 

 

Se poser à chaque ouverture possible – offerte par la géométrie du monde – essentiellement faite de ruines, de prétentions, de fonctionnalités et de scintillements. Dans cette ressemblance avec ce que porte notre âme…

 

 

Des mots comme des ailes vers l’inconnu – en ces lieux où nous serons toujours davantage nous-même(s)…

 

 

Un savoir déchargé – une justesse. Une manière de se tenir entre les rives – au-dedans de ce sang qui coule en nous – entre la terre et le bleu – à notre place…

 

 

Plus qu’un homme – en présence…

Plus qu’un nom – un geste…

Plus qu’une musique – le silence…

Ce qui devrait nous rendre plus proche – plus lisible…

Un peu de bleu dans l’âme et sur la page…

Quelque chose qui s’invite malgré nous – et que nous ne pouvons ni corrompre, ni pervertir (fort heureusement)…

 

 

La sincérité de la page – qui dévoile un monde – mille mondes – une âme – mille âmes – un instant – mille instants – aussi mystérieux – aussi inconsistants – aussi authentiques – que la table sur laquelle on écrit…

 

 

Ce qui – en nous – se dissipe dans la clarté…

 

 

Tout s’effondre et s’efface. Ne restent plus que l’attention et l’Amour – et ces quelques traces sur la page. Le reste est parti – s’en est allé avec nos adieux et nos larmes – avec ce qu’il nous restait d’intimité…

 

 

Il y a de la nuit – immobile – en quantité – dans ce qui nous revient – des trous comme des plaies – et notre petitesse devant l’envergure de l’énigme. Et notre cœur fragile – friable – vivant – palpitant – et ému (si souvent)…

 

 

Dans l’intimité des choses – la dissipation des nuées – le temps et l’imaginaire – la chute et le silence – l’être et le monde à égales distances. Et l’âme, selon les instants, qui penche vers sa préférence…

 

 

Tout se retire – même la voix des livres. L’âme entre l’illusion et le temps – et nous autres déjà prêts à sauter dans l’imaginaire…

 

 

Des fables – et ce que nous sommes – peu fiables – trop friables. Si passagers. Et, au fond, ce qui demeure…

 

 

Des mondes parallèles – presque cloisonnés par la psyché – et indistincts depuis l’esprit. Une unité – une mesure – mille carrefours et autant d’embranchements. Des sentiers parcourant le même espace. Des clairières et des batailles. Ce que l’intériorité nous révèle…

 

 

Le même regard – le même visage sur la joie et la tristesse. Et d’étranges mains qui distribuent les cartes – le jeu – le sommeil – la mort – la vérité. Quelque chose comme une signature. Une forme de prélude incompréhensible…

 

 

Des mots – des sons – des cages. Et ce qui traverse les mirages et la frénésie…

Le silence plus proche de l’argile que de la parole écrite et prononcée…

Les abords d’un autre langage fait d’âme, de gestes et de sang…

 

 

La nuit du temps – et les noms que l’on pose sur les visages. Une forêt – des cités – des civilisations. Quelque chose de l’homme – entre l’élan et la boiterie – entre la chute et l’envol. Comme un regard sur le monde décoché depuis les plus hautes cimes…

 

 

Du sable – des enfants – des portes fermées – et des masques fragiles face à la nuit qui dure…

Et toutes nos gesticulations avant d’être, un jour, transformés en statue…

 

 

Parfois, le jour nous offre la désolation – la résultante d’orages trop violents – mille évidences…

Le monde comme une longue respiration – quelques tombes – et tout ce bleu étrangement déguisé…

 

 

Un peu de nuit et le silence…

Des Dieux qui nous poussent et entrechoquent nos têtes. L’aube qui se dresse dans le froid et dans nos âmes trop sombres – trop absentes…

 

 

Cet étrange sommeil à la surface des apparences. Comme si l’esprit s’était retiré – comme si l’esprit n’habitait que le faîte et les profondeurs…

L’absence et l’obscurité – les seules mamelles que tètent les bouches du monde – du dehors…

 

 

Une pluie sombre et la tête trop légère – trop étourdie – inattendue au milieu des rêves et des prières…

Il faudrait réinventer le songe – lui donner des airs de retraite – de repli hivernal – un intervalle de repos – une possibilité de ressourcement – avant de revenir au monde – de retrouver le réel – de pénétrer au cœur du silence – de redevenir présence vivante – attention sans faille – aire d’accueil de toutes les formes de réalité…

 

 

L’épaisseur du trait dans cette marge du monde inhabitée. Du vent et de la clarté au milieu de la phrase – au milieu de la page – comme manière de s’opposer à cette odeur de sommeil qui ressemble tant aux effluves de la mort…

 

 

Ce qui se creuse au cœur de l’âme – cette trouée qui, peu à peu, s’élargit…

Ce bleu sans fondement qui perce la croûte tendre – toutes les peaux de la terre – pour offrir au monde un soleil approprié – et remplacer le rêve par une lumière sans chimère – un ciel sans étoile…

 

 

Dans l’effondrement du temps – nos vieilles dépouilles – nos rêves de lumière – les heures sanglantes – l’encre noire des traits sur la page – les armes factices et toutes les âmes de la terre…

Ce qui peuple l’homme – le monde – les forêts…

Rien qui n’appartienne au silence – ce qui s’apparente à la route – au périple – au voyage…

 

 

De ciel et de silence. Et de terre et d’instincts tout autant – ces âmes si peu sages qui pillent tout ce qui apaise la faim…

 

 

Personne ici – que des fantômes qui se dressent. Peu de livres – très peu – peu de sagesse – quasiment jamais – et beaucoup de faim – presque exclusivement…

 

 

Mille parenthèses possibles – dans le souffle qui nous a fait mortels ; l’aube qui se dresse dans le silence – la nuit qui s’ouvre – le monde en miettes – et ce qu’il faut à l’âme pour retrouver son innocence…

 

 

Des mots qui brûlent au soleil – qui contredisent le temps – l’histoire en marche – les corruptions du miroir…

Plus notre image que notre essence – en vérité…

 

 

Reste – en soi – ce que rien ne peut dissiper – la présence sans nom qui avale les visages et la nuit – l’enfer et toutes nos pauvres consolations…

 

 

En tout – la beauté du monde et l’âpreté – la magie et la malice. Rien qui ne soit de trop – de la nécessité et du provisoire…

Chaque chose à sa place dans la ronde (incessante) des phénomènes…

 

 

Rien ne devrait s’interposer entre l’élan et le geste – la pensée et la parole – le silence et la page. Rien qu’un regard et la prolifération de tous les possibles…

L’œil, la sagesse et la folie…

Jamais aucune incongruité – jamais aucune anomalie…

 

 

Comptable de rien – pas même des erreurs et de l’abîme – ces inventions de la psyché…

Des histoires qui s’impatientent et se déploient. Des pages qui brûlent. Des racines trop présentes. Des singularités à l’origine (toujours) trop lointaine. Des regards à la ronde. Et le constat – jamais démenti – d’une incessante circulation dans l’enceinte où nous sommes confinés…

Une ronde permanente jusqu’à devenir – dans le même instant – le centre de l’œil et le cœur de l’action…

 

 

Une chambre et des alphabets – ce qui a initié notre naissance – notre mise au monde – et cette manière si singulière d’y être présent…

 

 

On n’écrit rien – on ne construit pas – on témoigne (simplement) de ce qui semble passer…

Pas même une chambre – pas même un vêtement – juste une présence – un œil et une main…

Ce que l’on note chaque jour – comme l’on écrirait à un inconnu…

 

 

La page comme une fenêtre – un souterrain – des fenêtres – des souterrains – la cité du silence et la foire aux bavardages – des murs et des passages – mille trous à creuser au fond de l’âme…

 

 

Ce qui gouverne la main qui court sur la page – à l’instar de ce besoin de silence et de solitude qui dicte nos pas – et décide du lieu du jour ; l’irrépressible aspiration à vivre l’existence – l’Absolu – la vérité – ensemble (et de manière aussi intense et permanente que possible)…

Rien que des exigences – de l’essentiel et des nécessités – cela seul est primordial – vital – déterminant…

 

 

Le feu – le silence et la lumière. Et mille larmes – une profonde sensibilité – pour offrir un peu de tendresse à ce qui vient…

 

 

Rien ne résiste à la nécessité – celle des assemblages (provisoires) et des effondrements (définitifs)…

La ronde des choses et des visages…

Et le regard sur les murs et les chemins – édifiés et détruits…

 

 

Les visages sans cesse outragés par la domination et la mort – par la violence du monde et les limitations de la matière…

Le vide – le manque et la douleur. Et ce que la foule tient pour une promesse formulée par quelques sages…

 

 

Par la fenêtre – derrière le soleil – on voit la terre noire – et derrière encore – le sourire des Dieux…

 

 

En vieillissant – ce que nous avons oublié – ce que nous avons perdu – de l’enfance ; il faut le retrouver avant l’heure dernière – au plus vite – le plus tôt possible – avant que la nuit et le passage ne nous dérobent le plus précieux…

 

 

Un équilibre entre mille mondes possibles…

Un regard sur ce qui se cache derrière les noms et les visages…

 

 

Le bleu nous dévisage secrètement – de manière à ne pas nous importuner – à la façon des Dieux et des chats – discrètement – sans jamais être vu…

 

 

Des blessures encore – des douleurs parfois. Ce que l’esprit secoue dans la mémoire – ce que les circonstances déterrent sous le sommeil et la torpeur…

La nuit variable et ses étranges frémissements…

Et ce qui rôde autour de nous en attendant la joie…

 

 

Un pied dans chaque monde – les pas dans la course des vents – la poitrine qui se gonfle avec le reflux des océans – le visage au plus près du soleil…

Et l’âme qui sautille – insouciante – d’étoile en étoile…

 

 

Entre l’en deçà des frontières et le sans limite – des pas avec la même tentation que la possibilité des mots – l’infini – l’impossible – l’indépassable…

Et des gestes au-dedans déjà d’un royaume illimité…

La rencontre et l’évidence – ce qui se faufile entre l’envisageable et l’égarement…

Mille chemins qui serpentent entre les fosses…

La posture de l’homme au-delà de la joie…

 

 

Se tenir les deux pieds sur terre – bien au-dessus des fables – entre les loups et la lune – à hurler comme les monstres et les suppliciés – à marcher sous la pluie des mythes – l’âme encore trop immature pour replanter un peu de ciel sur le sol…

 

 

Derrière les barreaux du sang – le désastre à nos pieds – la haine portée encore à bout de bras. Et ces larmes qui coulent face l’impuissance et au temps – face aux ricanements des Dieux…

L’impossibilité d’être un homme…

La faim grandissante dans le ventre qui s’élargit – et se répand dans le reste – quelque chose comme une ombre et une marche sombre – un désir de soleil impossible…

Un rêve – le plus haut – anéanti…

 

 

Rien que du sommeil et des saisons. Le temps qui traverse la torpeur…

 

 

Des Dieux – des portes – des histoires. Et la lumière qui brille depuis l’origine de tout…

A présent – il n’y a plus que des cendres et des paroles perdues…

 

 

L’affrontement et l’oubli – sur ce qui nous a terrassé – le cours insipide de la nuit…

Des mots presque indéchiffrables sur la page. Des traits et du sens éminemment singuliers…

Le juste équilibre des éléments selon les choses et les visages – en fonction de leur rôle et de leur usage…

 

 

Du sang et des montagnes en passant par mille ombres et le langage – l’or, l’horloge et la nuit…

La commune mesure du monde…

 

 

Jamais aussi haut qu’en nous-même – au faîte de soi – au-dedans de l’individualité humble (dans la plus haute humilité imaginable) – celle qui ne sait pas – celle qui n’a jamais su – celle qui ne saura jamais…

 

 

Ces chemins qui se suivent – et tracent, en nous, leur sillon. Du sang et un peu de transparence – mille émotions et cette voix qui chante…

L’aube et l’habitude en toutes saisons…

 

 

Tout prend forme – disparaît – avant d’être remplacé – jusqu’au jour où plus rien n’apparaît – où plus rien ne s’invite – où même le temps et la mort n’existent plus…

Tout est arraché avant d’être vu de l’intérieur – puis, l’éclatement des frontières efface la séparation entre le dedans et le dehors – entre le centre et les marges – entre le fond et la surface…

Tout alors arrive – tout alors peut arriver – n’importe quand – n’importe où – n’importe comment – à n’importe qui…

Tout est mélange – et mélangé…

Ainsi se franchit le jour – et disparaissent les restes de l’homme – ces misérables reliquats d’humanité…

 

 

Infimes bouts d’énergie – animés par la peur, la faim et l’ignorance – occupés tout au long de leur existence à mendier et à vociférer…

 

 

Rien – et, souvent, cela (nous) suffit…

 

 

La langue des apôtres d’une religion très ancienne – la plus naturelle – celle que nous avons oubliée depuis (trop) longtemps…

Une poignée de paroles que l’on jette derrière son épaule…

 

 

Et – aveuglement – on suit l’itinéraire – on écoute la voix se déployer – l’espace et le silence nous envahir – devenir ce rien indéchiffrable…

 

 

Proche jusqu’à ne plus rien voir – jusqu’à ne plus rien distinguer. Tout être – tout aimer – d’un seul tenant…

 

 

Toujours – ce que nous sommes…

A peu près rien – cette infinité…

Entre l’errance et l’immobilité…

Un peu de vapeur – des nuages – simplement…

 

 

Rien ne peut être vécu – rien ne peut être dit – dans sa globalité. L’instant et le fragment comme seules mesures possibles. Et de l’autre côté – sur l’autre versant – l’être goûtant en silence le Tout – plus que palpable…

 

 

On croit vivre ; en vérité – on accumule les sommeils…

On croit être quelqu’un ; en vérité – nous ne sommes personne – nous sommes tous les vivants – tous les visages du monde…

On croit être limité – nous sommes l’infini – le plus que possible…

Nous croyons être maîtres et possesseurs – mais il n’y a de propriétaires – en vérité…

Nous pensons être des hommes ; pas même des visages – des phénomènes passagers – des nécessités soumises aux circonstances – ouvertes à toutes les opportunités…

 

 

L’effleurement de l’invisible – puis, la réconciliation – le silence qui s’approfondit. Au centre de l’être – au centre du monde – un chant comme un remède au temps – à l’anéantissement de la matière – au pourrissement des vivants sous la pierre…

 

 

Tous les drames sont des miroirs – et toutes les joies aussi…

Moitié de terre – un quart de ciel descendu – beaucoup de vide et quelques accessoires pour jouer avec le monde – tenir la place que les Autres nous accordent ou celle que l’on croit arracher au destin – dans cette (illusoire) invention de soi-même – fantôme dans son propre labyrinthe…

 

 

Ici – et dans la trame d’un autre lieu – dans cette double proximité – l’une géographique et l’autre non localisable…

 

 

Il ne reste rien – de rien – aujourd’hui – hier – demain…

Vains efforts pour que subsistent quelques vestiges. Comme le reste – ils seront engloutis par la nuit – le néant – l’oubli – excepté, peut-être, l’écho très lointain de la première parole – ce cri inarticulé de l’être – surpris et émerveillé – lorsqu’il prit conscience de son potentiel créatif dans son jeu avec le réel…

 

 

Ce qui se préserve – le regard et l’oubli…

Tout le reste se dissipe ou n’est que pure invention…

Cette obscure étrangeté du monde…

 

 

Rien qu’un trou au fond des yeux dans lequel tout finit, un jour, par s’abîmer…

 

 

Le monde ; de la terre – des fables – quelques visages – mille objets – très peu de choses, en somme…

 

 

Rien que des mondes dont nous sommes l’interface – un même espace – en vérité – abandonné au silence – aux yeux – aux mouvements – à la cendre – à la joie – à l’absence – à tout ce qui fait de nous les preuves vivantes de notre ascendance…

Nous n’appartenons à aucune autre histoire que celle de l’origine – mille fois déployée – mille fois repliée – et qui enchaîne les éternités comme des instants…

 

 

Tout vacille – est incertain ; et, pourtant, nous sommes là – encore – toujours – malgré le monde – tous les assauts et toutes les incertitudes du monde – positionnés autour du même axe – autour du même centre – cette présence silencieuse…

 

 

Une seule voix pèse – parfois – plus lourd que mille années de compagnonnage – de proximité singulièrement étrangère…

Et nous avançons ainsi – par à-coups – par révélations soudaines – comme attirés par une étrange lumière qui nous guide à travers un labyrinthe de miroirs…

Navigation errante sur les rives – à tourner entre les sommeils – entre mille sommeils – autour du même océan. Le vent – partout – qui pousse. Et le silence – à peine – entrevu au-dedans…

 

 

Tout change – vite – varie – se dresse – nous redresse – explose – nous torpille – presque à chaque instant – un nouvel horizon – quelque chose qui surgit – qui fleurit – un nouveau bout de chair – une nouvelle étoile…

Et, parfois, une grande inquiétude à se laisser perpétuellement entraîner dans la danse – comme des résistances de la psyché face à l’incroyable liberté de l’esprit…

Et des tremblements et de la joie – pourtant – à participer à cette matière virevoltante…

 

 

Devenir cet étranger – personne – n’importe qui – une vague silhouette qui passe – presque une absence…

 

 

Ce que l’on nous arrache jusqu’à l’oubli…

 

 

Ce qui s’oppose – ce qui résiste – aimerait une terre plus juste – des apparences plus équitables ; la preuve (flagrante) d’une méconnaissance d’une justice invisible et souterraine…

 

 

Un chemin vers le silence – des fenêtres – peu de visages – presque aucun – l’érosion des structures – l’effondrement de la mémoire – l’oubli à la place de l’interrogation…

Une âme de plus en plus blanche…

Des gestes au détriment du rêve…

Les ombres rassemblées – et brûlées – une à une…

L’étendue qui se répand pour détrôner le sommeil et l’absence…

 

 

La vie et ses joies – sa poésie. Peu d’objets sous la lampe. Des saisons qui passent. Des pas et des étreintes. Quelques pages. Ce que les jours entament – émiettent – déchirent. Et ce rouge qui se vide, peu à peu, jusqu’à la dernière goutte – jusqu’au dernier instant…

 

 

Tout est déjà ailleurs – non par manque de courage – mais par obéissance à l’éphémère…

Le réel – partout – variable – espiègle et rude – dont l’âpreté blesse la chair – toute matière – ce qu’il est – et l’éparpille en lambeaux…

Bouts de soi – bouts des Dieux – admirables fragments de silence…

 

 

De la brume – l’imaginaire et ses abîmes – le réel et la mort – ce qui nous fait face – impitoyablement – ce contre quoi on ne peut lutter – la lumière qui n’est plus la lumière – à peine une clarté – quelque chose de trop lointain pour être visible – et s’approcher…

Il n’y a plus ni chemin, ni langage – un pas et une parole à la fois. Rien qui ne se suive – juste une étoile – comme une étoile – une modeste étoile – à chaque instant – jetée dans la nuit…

 

 

Il nous faut apprendre à mourir avant la mort – à nous effacer avant l’effacement naturel – vivre cela – de son vivant…

 

 

Aller au bout de l’ivresse – du désordre – de l’exaltation. Transcender l’attente…

Aller au-delà de l’extase et du vacillement…

Embrasser l’inimaginable…

 

 

Nulle part – ni au-dehors – ni au-dedans…

Là où il est impossible de fuir – là où l’on est – où que l’on soit…

En pleine lumière avec pour seules ombres celles que l’on porte…

 

 

Rien que cette poussière – ces décombres – ces désastres. Le monde tel qu’il est – sans la moindre espérance. Et cette clarté invisible au-dessus – le signe que la nuit n’a pas tout envahi – n’est peut-être qu’une apparence – une matière de surface…

 

 

Quelque chose se dépose – se disperse – s’installe – s’efface – on ne sait ce que c’est ; l’aurore – un songe – la source – une présence – comme une tendresse au milieu du tumulte et de la faim…

Une manière de se quitter – de glisser – hors du cadre – de descendre plus bas que les enfers – de se hisser au-delà des rêves – de participer au chant de la source et du mystère – de célébrer ce qui demeure et la fragilité de ce qui passe…

 

 

Rien qu’un peu de terre et d’âme – ce que nous sommes. Et pas grand-chose d’autre. Si – ce que nous y ajoutons – inutilement…

 

 

Un peu de feu dans le brouillard – le signe que tout n’est pas que gris et néant…

 

 

Tant de différences – en définitive – entre ce que nous sommes et ce dont nous avons l’air…

 

 

Ce que nous léguons – et léguerons – au monde – des restes de vent et de poussière – à peu près rien, en somme…

 

 

La tête inversée – dans la paume – comme une offrande – un sourire face à l’absence – la trace discrète d’un silence retrouvé. Comme une fleur et un peu de ciel mélangés. Une manière, peut-être, de faire couler quelques larmes – de faire naître quelques chants – d’offrir ce dont l’Amour a besoin pour éclore dans notre sommeil…

 

 

Ce qui nous enchante lorsque personne ne nous voit – lorsque l’on est seul dans les bras de la solitude – lorsqu’il n’y a plus personne pour se lamenter ; nos larmes qui ont la douceur de l’Amour…

Rien qu’un regard et des gestes tendres – le vide – le cœur sensible et l’oubli. Une âme et des mains sans colère – sans violence – sans la moindre tache de sang…

 

 

Peut-être sommes-nous les derniers voyageurs du dernier train sur le dernier quai de la dernière gare du dernier monde… Qui sait… qui peut savoir…

 

 

Ce qui différencie les êtres – la quantité de ciel dans l’âme et la tête. Des univers, parfois, les séparent – un infini – comme entre l’étoile et la pierre noire…

Au fond de chaque abîme – il y a – pourtant – un soleil. Si penché parfois que l’on ne remarque que le sommeil – ce qui nous glace les sangs – ce qui nous fait frémir – ce qui nous plonge dans la stupeur – ce qui nous donne envie de hurler et de tendre la main pour frapper – secouer – secourir – accompagner – ce qui peut encore échapper à l’habitude et à la torpeur…

 

27 juillet 2019

Carnet n°195 Notes journalières

Qu’un regard – un geste – mille gestes quotidiens – nécessaires. Rien d’autre. Si – l’instant où cela se passe. Le reste n’existe pas…

 

 

Retirer, une à une, les couches – les pelures…

Brûler les amas – les embarras…

Arracher les noms – les masques…

Ôter les souvenirs – les identités…

Se défaire – simplifier – devenir – seulement – le regard et le geste…

Et mourir – et renaître – l’instant suivant – aussi innocent que le nouveau-né…

 

 

Ni hier – ni ailleurs – ni demain – et moins encore la vie autonome de la tête – et l’âme volage – l’âme-girouette. Et moins encore dans les yeux de l’Autre…

Oublier les mensonges – l’illusion – ce que l’on croit être…

Ce qui se joue ici – maintenant – le réel qui nécessite notre présence

 

 

Qu’importe ce qui surgit – qu’importe les possibles…

Le plus simple – toujours – ce qui vient naturellement du centre vers l’apparente périphérie…

 

 

Ne pas effleurer – ne pas atermoyer – être la fulgurance évidente – inébranlable – indiscutable…

Le plein engagement dans l’acte surgissant. Corps, tête et âme d’un seul tenant livrant leur réponse…

 

 

Être tout – sans doute – mais aussi (et surtout peut-être) le geste singulier qu’impose la configuration présente – au croisement précis du dehors (les circonstances) et du dedans (l’attention vivante) – centre de l’impulsion…

Ni obligation, ni assurance – la flèche décochée – simplement – naturellement…

 

 

Être aussi léger que le vide – aussi vaste – aussi inexistant – L’intense et l’invisible présence…

Aucun poids inutile – aucune restriction nécessaire – aucune identité superflue. Le geste et la parole directs – sans détour…

Franc et sans embarras…

 

 

Lorsqu’il y a rire, il y a rire…

Lorsqu’il y a tristesse, il y a tristesse…

Lorsqu’il y a confusion, il y a confusion…

Lorsqu’il y a peur, il y a peur…

Lorsqu’il y a joie, il y a joie…

Lorsqu’il y a manque, il y a manque…

Lorsqu’il y a complétude, il y a complétude…

Lorsqu’il y méprise, il y a méprise…

Lorsqu’il y a tout, il y a tout…

Lorsqu’il n’y a rien, il n’y a rien…

La réponse est toujours là – directe et franche – pénétrante…

 

 

Ni ordre, ni désordre – ni règle, ni loi. Le geste pur – la parole pure – vides – désencombrés de toute rêverie – de tout sommeil – percutants…

 

 

Vigilance de chaque instant – veille nécessaire pour demeurer vide – vierge – innocent – et trancher net toutes les tentatives de saisie – d’amassement – de fuite – d’évitement – de construction – de certitude…

 

 

Être – ce rien – ce vide – le centre de l’acte – le centre de la parole – le regard et le non-savoir agissant…

 

 

La beauté ignorée – et recouverte par la laideur des hommes. Imposante – dominatrice – envahissante – insensée…

Et le même désordre à l’intérieur…

 

 

Ce qui s’insinue dans le jour – ce qui ne nous ressemble pas. Et la suite toujours invisible que l’imaginaire tente de deviner…

 

 

La même terreur qu’au soir couchant lorsque les démons ressuscitent – se redressent – se dispersent – tout alors s’effondre – se délite – devient inerte. Sable qui s’écoule de l’âme pour pétrifier la chair…

 

 

Dédale de mots alignés comme des douleurs…

Des phrases que l’on épingle pour tenter d’effacer ce qui oppresse…

L’âme confinée dans son antre irrespirable…

 

 

Masse grise suffoquant dans son propre oxygène…

Sommeil et terreur obstruant – excluant toute possibilité de passage…

 

 

Mise à l’écart du reste tant que tombera la pluie…

 

 

Le souffle plus large – comme manière de repousser les limites – et de retarder le retour – cette implacable condamnation au retour…

Une vieille aspiration à la liberté – momentanément récompensée…

 

 

Tout devient tête – le désir – le rêve – l’espoir. Le corps – l’âme – l’Autre. Dieu même y trouve une place. Tout s’emprisonne ainsi – et nous condamne…

La mémoire comme vague irrépressible – submergeante…

Tout – en elle – s’accumule – s’entasse – puis se répand en ondes sournoises – dévastatrices…

Et tout, alors, nous semble plus lourd que le monde…

 

 

Tout s’élève – se dresse – puis, très vite, retombe – se défait – s’éventre. Agglomérat de poussières qui se dispersent après la chute…

Le même cycle répété à l’infini – comme une obsession – presque un acharnement…

 

 

Tout continue au-dehors – comme si de rien n’était…

Ça se court après – ça se chevauche – ça s’emboîte – ça se querelle – puis ça se sépare – et ça poursuit sa course ailleurs…

Dans cette proximité qui n’est qu’une forme triviale de cohabitation – jamais une intimité – cette noble amitié des profondeurs – qui ne s’éprouve qu’au fond de soi dans un contact sans séparation…

 

 

Tout comme nous – la mer, aussi, ressasse…

 

 

Tout part – revient – repart encore…

Vieille orbite – vieille obsession du retour. Partout le cycle – excepté le regard…

La récurrence et l’immobilité…

 

 

Du monde – il faudrait qu’il n’en soit plus question… Mais comment vivre sans le monde… Comment écrire sans les mots… comment donner à voir sans les images… Il faudrait inventer (découvrir plus exactement) d’autres perspectives – d’autres langages – pour exprimer le réel…

Mais nous sommes si benêts avec nos petits élans – avec nos petites histoires – qu’il est probable que nous restions plongés dans le passé et les conventions…

 

 

Se libérer de ce qui corsète – de ce qui inhibe – de ce qui afflige. Outrepasser les limites – écarter, d’un geste vif, les frontières. Passer là où le vent, mille fois, est déjà passé…

Suivre ni le geste, ni l’étoile. Inventer le pas nouveau…

 

 

Les mots – à l’instant où ils se livrent – offrent leur lumière… Ensuite, ils replongent dans le noir…

 

 

Dans l’âme s’accumulent – toujours – trop de choses. Il faudrait vivre avec une clarté tranchante – un regard direct et sans nostalgie…

 

 

Des histoires – des récits – des mythes. Nous ne sommes, peut-être, bons qu’à vivre dans la fable et le rêve – comme si cela pouvait nous rendre vivants…

Juste décalés – à côté – avec un abîme entre le réel et nous…

 

 

Dire – médire – commenter. Paroles dérisoires. Esprit qui prolonge le mensonge…

Le silence devrait nous en affranchir…

 

 

Egaux devant le dernier souffle et la mort. Ensuite – l’iniquité apparente recommence…

 

 

Si maladroits – si absents – dans l’inintimité des choses. Vies et gestes hors sujet. Et paroles hors de propos…

 

 

Voix peuplée d’ailleurs et d’enfance – de rêves trop lointains – trop anciens – irréalisables. D’où, peut-être, la mélancolie de l’âme et la tristesse des mots. Quelque chose comme une déchirure irréparable…

 

 

Tâchons de rester modeste – attentif à ce qui peut se réconcilier. Ne plus soustraire peut-être – mais commencer à accepter ce qui reste – ce qui, sans doute, ne peut se défaire – ce surplus – cet étrange amas qui fait un visage humain – avec ses singularités, ni belles, ni laides, incontournables seulement – ce qui donne une couleur et une épaisseur particulières à cette pâte humaine…

 

 

Drastiquement atypique – et enfantin – avec cette naïveté des idéalistes que rudoie l’âpreté du réel – que violente la ruse des sournois – et que le prosaïsme des pragmatiques insupporte…

 

 

La page comme confidente et révélateur de ce que l’on porte au fond de la joie – au fond de la tristesse – au fond de la honte aussi parfois. Instantané de l’âme sans censure. Reflet et excavation – outil précieux de la connaissance de soi…

 

 

Feuille rehaussant le jour – baume invisible de l’âme. Manière de s’asseoir avec plus de tendresse à la table sans hôte – sans rougir de ses manquements – de ses tentatives. Manière aussi, peut-être, d’apprendre à se regarder – et à vivre en sa compagnie – sans orgueil ni vergogne…

 

 

Nous sommes – un puits sans fond. Mille surprises – mille nouveautés insoupçonnables à mesure que l’on tire son eau. Il y a toujours dessous une autre couche – un autre amas – une autre profondeur – sous ceux que nous avons mis au jour…

Des caisses pleines de beautés et de sortilèges – des piles d’or et des pelletées de boue qui nous enserrent le cœur…

Jamais rien d’achevé – c’est là qui se remplit chaque jour. Et ce que l’on vide se déverse ailleurs – et revient vers nous à travers un mystérieux réseau souterrain…

 

 

L’âme déréglée – fêlée de part en part. La coquille prête à éclater – et nous, à nous morfondre. Existence ténue – et (presque) toujours bouleversante…

 

 

Un nom – et mille choses en-dessous – comme un malaise que le langage peine à définir…

Nous sommes – peut-être – sans issue. Et sans rien à résoudre non plus…

 

 

Un souffle – mille souffles. Une saison – mille saisons. Et nulle autre chose à faire, peut-être, que d’accueillir et d’aimer…

Et tant pis si d’autres sont plus doués que nous…

 

 

Les mots sortent noirs – comme s’ils jaillissaient directement de la mélancolie – court-circuitant l’âme ni vraiment triste, ni vraiment joyeuse – engluée dans une sorte d’absence – une forme d’anesthésie – face à la perte – face au manque – contrebalancée par l’impératif de lucidité et l’exigence de faire face – quoi qu’il arrive…

 

 

Dévidoir où tout s’écoule – la peine et les humeurs noires. Pourtant, au fond, on sent la joie proche – affleurant sous le labeur glauque et répétitif (quasi obsessionnel) de la mémoire…

 

 

Rien ne se dissipe – tout reste là – entre deux eaux…

Exposé à la tenaille de la douleur et aux frémissements d’un soleil trop timide pour percer avec franchise…

Partagé entre la récurrence et le prolongement de la nouveauté…

 

 

Indécis – l’âme trop lourde pour faire un pas. Immobilité, sans doute, nécessaire…

Entre rechute et guérison…

 

 

Une vie illisible malgré l’écriture…

Quelque chose comme une pâte enfermant l’oxygène…

 

 

Plus dense qu’effervescente – notre vie. Et moins pathétique qu’elle n’en a l’air…

En dépit des apparences, la référence à l’Autre nous serait, sans doute, favorable ; essence plutôt que danse du ventre – silence plutôt que tapage – contemplation plutôt que compensation – lucidité (autant que possible) plutôt que rêve…

 

 

Au centre, un jeu innocent sans commune mesure avec les gesticulations intempestives et consolatrices de la périphérie. Et, entre les deux, ce no man’s land – cette aire étrange et imprécise où la tristesse et l’errance détrônent la fausse gaieté et la certitude mensongère de ceux qui craignent de creuser et d’approfondir…

 

 

Dire le réel du monde – de l’âme – de la pensée – revient, bien sûr, à prolonger le rêve et le mensonge. Il n’y a de vérité ; il n’y a que cet espace – cette présence – tantôt libre, tantôt empêtrée – et ce qui la traverse – à chaque instant – différents…

Rien de figé – rien, jamais, de définitif…

Le provisoire, l’inachèvement et l’incertitude sont la règle – les seules lois terrestres réellement significatives peut-être…

Ni carte, ni territoire – quelque chose qui passe – et qu’on laisse passer ou que l’on entasse (involontairement ou non) en soi – chez soi – qu’importe… Et à force d’entassement, l’espace, la vie et la vue s’engorgent ; tout devient noir – épais – prend une consistance trompeuse que le regard peut, pourtant, dissoudre en une fraction de seconde…

Tout se tient là – le plus essentiel – dans ce regard – et ce mécanisme de soustraction – d’abattage – de déblaiement…

 

 

Maîtres-mots – ce que rien ne peut dissiper…

Hors du monde et du temps…

 

 

Le plus précieux – l’invisible – l’insaisissable – ce que la plupart des hommes ne parviennent à appréhender – pour leur plus grand malheur et celui du monde…

 

 

La vie exposée – éventrée – les entrailles à l’air. L’âme dénudée – le cœur dévêtu. Et, pourtant, quelque chose, au-dedans, vibre encore…

 

 

Ce qui se débat – en croyant nous prolonger – précipite notre agonie…

Qu’un amas instinctif de pulsions – voué(es) à la survie…

 

 

Jamais plus présent qu’en l’absence de soi…

Regard et gestes purs sans nom, ni visage…

La main singulière des Dieux…

 

 

Tout nous arrive comme si un Autre avait tout organisé et vivait à notre place. Qu’un regard sur les joies et les malheurs – sur la tristesse et les circonstances (apparemment) favorables. Témoin d’élans et de gestes surprenants – impulsés par des forces lointaines – profondes – souterraines…

Comme étranger(s) à nous-même(s) – étranger(s) à cette existence – qui semble, pourtant, si familière à nos yeux…

 

 

Les crises et les ruptures (ce que nous considérons comme telles) sont les premiers pas d’un autrement ; une aubaine – une grâce – la main heureuse de la providence…

 

 

Des jours moins las que la routine d’autrefois ; les mêmes gestes et presque les mêmes circonstances pourtant – mais l’existence a gagné en incertitude et le regard en intensité – le geste et le pas sont célébrés – et la parole vient, à présent, couronner le temps passé à vivre…

 

 

Ne pas croire que le monde est le monde – et moins encore ce que l’on nous dit à son propos, ni la façon dont on nous le présente (un peu partout). Le vrai monde est ailleurs – hors des images censées le représenter – hors des mots qui tentent de le définir ; il est là – et existe même peut-être – sous le regard – au plus près du geste ; un chemin – un paysage – un visage – le réel sans filtre sous nos yeux – à portée de main – qui ne réclame rien – pas même d’être aimé ou compris – mais offert innocemment – miraculeusement – à notre présence…

 

 

On croit grandir – mûrir – appréhender le monde – la vie – les circonstances – avec plus de sagesse. Il n’en est rien ; on reste le même – avec les mêmes insuffisances. Seul le corps vieillit…

La seule différence, peut-être ; on est plus enclin, au fil du temps, à sourire devant l’impossibilité du changement…

 

 

Comme une errance perpétuelle autour d’un centre – dans une zone imprécise – inconfortable – fluctuante…

 

 

On croit vivre – et c’est quelque chose en nous qui vit. On croit souffrir – et c’est quelque chose en nous qui souffre. On croit être heureux – et c’est quelque chose en nous qui est heureux…

Nous – on constate – et on est bouleversé, à chaque seconde, par cette chose en nous qui subit tant d’avaries et de malheurs. Et l’on se sent encore plus désolé lorsque l’on se prend pour elle vivant notre vie…

Le dilemme de l’homme et du regard – de Dieu et de l’individualité…

 

 

Le monde n’est qu’une vaste usurpation d’identité où chacun qui est un Autre se prend pour un Autre plus différent encore…

 

 

On respire à côté de soi – d’un souffle qui n’est pas le nôtre. On se croit vivant. On vit la vie d’un Autre dont on ne soupçonne pas même l’existence…

Tragédie qui au lieu de nous faire fondre en larmes devrait nous faire éclater de rire. Mais même pas – la respiration – les circonstances – les pleurs – ont l’air si réels…

 

 

On s’agenouille, parfois, pour avoir l’air de prier – mais, au fond, ce que nous demandons, c’est l’Amour et la lumière – et, plus que tout, la tranquillité. Mais cela nous semble si exagéré – si inaccessible – que nous faisons l’aumône pour que le reste – si dérisoire – nous soit donné…

 

 

On s’égare – chacun, sans cesse, se perd…

Sans repère – et avec la prétention de savoir. Piètre manière de recouvrir – ou de contourner – l’illusion…

Nous sommes – si démunis…

 

 

Avaler des caisses de couleuvres – tout supporter – tout inventer jusqu’au délire… N’importe quoi pourvu que l’esprit nous laisse tranquilles…

 

 

Une parole libérée de tout esthétisme – le plus réel – le plus vrai – le plus simple. Mots directs – fragments sans fard. Mots-éclats – mots-poings – mots-choses – et toutes les émotions offertes par la vie…

 

 

Vivre – c’est faire face au réel – et à l’imaginaire que nous lui superposons…

Affronter les circonstances – ce qui vient – ce qui s’offre – ce qui disparaît…

Et c’est – souvent – consentir aux refus – les siens et ceux du monde…

Ainsi, peut-être, apprend-on à être à la fois homme et regard – individualité démunie et plein acquiescement. Réconciliation en soi…

 

 

Un feu – une attirance – quelque chose qui propulse – quelque chose qui aimante – comme la rencontre de deux images – celle du dedans et celle du dehors – dans une parfaite coïncidence — trop parfaite pour être réelle…

 

 

Cet élan vers l’Autre – quel manque – quelle insuffisance – cache-t-il… Les hommes ne se précipitent jamais vers leurs congénères par simple bonté d’âme…

On va toujours vers un visage pour quelque chose – pour une raison plus ou moins avouable… Il n’y a de rencontre gratuite – de pur geste de beauté. Il y a toujours une nécessité – peu enfouie (en général) – aisément repérable…

 

 

Une fois la rencontre consommée – établie – que se passe-t-il ?

Chacun vaque à ses occupations – on partage une couche – le pain – quelques paroles – quelques activités communes – ce que l’on nomme (un peu pompeusement) une intimité… On cohabite gentiment – on croit aimer – on croit savoir ce qu’est l’amour – sans compter les contingences et les corvées – les compromis – les négociations qui taisent leur nom – les demi-mesures – les frustrations – mille choses – mille ennuis – mille soucis – mille conflits – mille situations à régler – les non-dits – les complications – l’inauthenticité pour prolonger le mirage de la séduction – la crainte (et l’angoisse parfois) que l’Autre rencontre une individualité plus attrayante…

La plus ou moins rapide usure des yeux, des corps et des sentiments. La passion initiale qui, peu à peu, se transforme en habitude – en affection…

Et bientôt – très vite – la cohabitation de deux êtres – côte à côte – qui se supportent vaille que vaille. Et l’absence – en chacun – qui se creuse malgré l’entraide et les gestes de tendresse…

 

 

Des bouts d’images plein la tête – et qui tournent – et qui tournent – jusqu’à l’obsession…

Trancher net le déroulement du film – respirer – sentir vivre ses talons – le sol – l’ancrage au sol – le souffle qui entre et sort. Le vide qui, peu à peu, s’étend – réinvestit sa place. Le déblaiement – l’évaporation des contenus. Redécouvrir ce qui n’appartient à l’histoire – à aucune des histoires – ce qui était là lorsque l’on a commencé à vivre – le plus élémentaire – ce dont nous avons seulement besoin – rien d’autre – ni le rêve, ni la fiction – ni le fantasme, ni l’imaginaire. Le plus simple – en soi – devant nous – ce qui est là – le réel tout simplement…

 

 

Jusqu’où peut-on se rapprocher – de soi – d’un être – d’un visage – de l’être…

Qu’est-ce qu’être proche…

Qu’est-ce qu’une réelle proximité…

Et comment vivre cela avec l’Autre – un Autre du monde…

Vivre cette dimension – en soi – avec soi – pas si commun – pas si facile – déjà – mais le vivre avec un Autre – forcément séparé – forcément différent – de sa propre individualité…

Grand défi et insoluble mystère (à mes yeux) de l’horizontalité…

 

 

Ce que l’on exprime – au pied de la lettre – la voix vaguement traînante qui ralentit la scansion – la prononciation des syllabes – comme une langue amoureuse qui fait durer le plaisir. La joie de se dire – de s’exclamer parfois – cri murmuré du bout des lèvres. Le plaisir et la joie aussi de s’écouter – d’offrir l’espace nécessaire à la parole – à ce qu’elle porte avec elle d’inconnu – de mystère…

Dire et entendre – dans le même mouvement – et que la main, simultanément, retranscrit sur la page…

Rencontre – attendue – désirée – que l’on ne manquerait pour rien au monde…

 

 

Mille écritures différentes – celle du marcheur – celle du rêveur allongé dans sa chambre – celle du penseur – celle de celui qui n’a plus rien à dire et qui écoute – celle qui nargue et vilipende – celle qui invite – celle qui dénigre et traîne dans la boue – celle qui prie et vénère – celle qui célèbre – celle que l’on garde pour soi – celle qui s’expose avec timidité – celle qu’on offre au monde – celle qui ne se lit pas…

 

 

Mur ou horizon – le même dédale à traverser – monstres ou ombre de monstres – la nuance est de taille…

 

 

Seul au détriment du monde – monde au détriment de soi. Quelque chose – en nous – donne l’orientation – les nécessités d’une vie…

 

 

Nulle rencontre – des croisements – parfois – de temps à autre. Et pas davantage…

En soi sont les visages à rencontrer – l’Amour à découvrir – la vie à célébrer. Les Autres n’auront que les restes – les miettes d’un (trop) faible rayonnement…

 

 

Ça se pavane – ça rigole – mais, au fond, ça tremble…

Ça désire – ça essaye – mais, au fond, ça voudrait bien savoir…

Ça vit un peu – comme les Autres – mais, au fond, rien n’est jamais sûr…

On voudrait bien aimer – mais on ne sait comment s’y prendre…

Et Dieu est là – dans toutes ces tentatives – dans toutes ces maladresses…

Ça habite l’homme autant que la bête et la pierre…

 

 

Ça continue, malgré soi, de tourner. Ça se répète – en boucle – à l’infini – comme un bruit de fond – comme un bruit de chaîne qui nous donne des airs d’aliéné. Folie à vivre avec ça dans la tête – qui se répand partout – qui inonde l’âme – qui coule sur les gestes – qui colore la parole – et qui va jusqu’à dénaturer le désir de silence…

Il faudrait en finir – provisoirement – un sursaut du surplomb – un retrait dans les hauteurs – un regard aimant sans doute…

 

 

Une vie d’épuisement où ça danse – où tout danse – sans jamais s’arrêter. Si – pendant le sommeil – comme un intervalle régénérant ponctué de cauchemars où ça danse – où tout danse – encore. La nuit – le jour – sans jamais s’arrêter…

Le monde, nous dit-on, et ce que nous avons ingurgité…

 

 

Devenir encore – toujours plus loin – comme si le tour achevé, il fallait recommencer – recommencer encore – en se positionnant ailleurs – à quelques centimètres seulement parfois du lieu que nous venons de quitter – avec une autre tête – une existence légèrement différente – et des attributs presque identiques – avec une histoire pareille à toutes les autres – à quelques nuances près…

Et aller ainsi de place en place – de tête en tête – pour découvrir le monde de l’intérieur. Vivre tous les visages, un à un…

Enchaîner les déguisements – sentir la sueur de ceux qui ont porté les masques avant nous. Et laisser un peu de sueur à son tour…

Danse saccadée – chair titubante – tête étourdie…

Costumes des Autres – oripeaux – coiffes ridicules – airs maniérés – affectés – rustres le plus souvent…

Devenir toutes les âmes – toutes les poitrines – l’intériorité de tous les cœurs – les traits de toutes les figures – de toutes les formes…

 

 

Tourner – tourner encore – jusqu’à l’explosion des identités – jusqu’à la capitulation. Puis, un jour, le jeu s’éloigne – tout tourne et danse encore – mais le regard a pris un peu de hauteur – il découvre le jeu – la joie des pas dansants – la joie des rondes infinies. Il observe – goûte le spectacle – jouit de l’ardeur des danseurs – de leur folie – pleure de la même tristesse que celle des acteurs mais il a quitté la scène – a retrouvé le banc de l’arrière-salle que les souffles ne peuvent atteindre. A l’abri – quelque part – dans l’immobilité et le silence du centre – devenu, peut-être, l’œil du cyclone – l’œil du cyclope…

 

10 juin 2019

Carnet n°190 Notes de la vacuité

Extinction du temps – extinction des vents.

Quelque chose à réinventer…

 

 

Le mât – le glas – la prière – la rumeur de l’infini – rejetés par nos âmes trop paresseuses – trop bavardes – trop maladroites…

 

 

Chambre – repos – couloir – quelque chose d’insoutenable – comme une absence d’ardeur. L’air plus qu’irrespirable. Le sommeil étouffant. Et nos rêves d’évasion qui s’étendent jusqu’au délire…

 

 

Un seul désir – celui de la lumière. Comme une ombre projetée sur l’infini. Et la délicate attention de la main posée en visière pour atténuer l’aveuglement…

 

 

Laisser le silence creuser les mots – ouvrir la parole à sa propre suspension. Attendre que tout arrive – que rien n’arrive – que tout passe – en sifflotant un air frivole…

Devenir moins que le plus indigent des rêves…

 

 

S’asseoir à la table des jours pour retarder le retour (inévitable) de l’attente. Un œil à la fenêtre et l’autre jaugeant le seuil où l’enfer sera atteint…

 

 

Dans l’immédiateté du monde et l’impossibilité de l’âme…

 

 

Entouré – beaucoup trop entouré…

Encombré – beaucoup trop encombré…

Et, déjà, au bord de la rupture…

Et bientôt – très vite – en ruine, puis en poussière – retrouvant ainsi le reste du monde qui, lui aussi, a tenté de survivre et d’exister…

 

 

Trésor des uns – déchet des autres. Et le silence irréconciliable entre tous…

 

 

Silence insoupçonné au fond de la poitrine. Creuset du ciel et des enfers réunis dans le même souffle…

 

 

Arbres – roches – routes – autant de lieux aux allures de possible où se dissimulent, pourtant, tous les guets-apens…

 

 

Marcher encore – marcher toujours – sans prêter attention aux miracles – ni même imaginer ce que pourrait être l’homme…

 

 

Un jour de clarté – modeste et sans éclat – où les identités chavirent…

 

 

Jarre emplie de toutes les substances du monde dont les parois s’épaississent en vivant – et que la mort libère en rendant à la terre sa matière…

 

 

Echapper (non sans mal parfois) à cette folie croissante du nom – partout glorifié – et aux infimes éclats – aux minuscules aventures – exposés, partout, en ce monde de vitrines surchargées – débordantes – médiocrement singulières…

 

 

Souliers d’or et de boue qu’aucun voyage n’effraye – qu’aucun chemin ne rebute…

 

 

Orgie de temps dont nous ne savons que faire. Hotte immense que nous emplissons avec tout ce qui peut apaiser – anesthésier – la solitude, la douleur de vivre et l’idée de la mort. Sac au contenu hétéroclite que nous traînons sur tous les chemins – et que nous érigeons en totem contre la folie et le néant…

 

 

Saccages et marasme – le grand élan des foules. La petite tragédie du monde. Aire sur laquelle se bâtissent tous les empires – toutes les décadences – notre chute inéluctable…

 

 

Une liberté sans voix – où chaque geste est un soleil – où chaque pas enfante un possible…

Etoile moins lointaine que celles adulées par les foules…

 

 

A demi-mot – pour ne pas effrayer le silence et recouvrir partiellement les horribles bruits du monde…

 

 

Seul au-dedans de ce grand jour – aussi seul ici qu’ailleurs – isolé des visages qui s’amusent ou s’affairent pour échapper à la solitude et à l’ennui…

 

 

Folie de cette parole lancée par-dessus la tête des hommes. Acte – presque – de désespérance…

 

 

Solitude qu’entame la foule – et que dépeuple l’espérance du moindre visage…

Dans cet étau entre le manque et l’excès…

A s’imaginer toujours plus clairvoyant et inventif que l’illusion…

 

 

Nuit bancale – nuit secrète – nuit extatique – sur cette roche au parfum de sommeil – aux couleurs de fatigue. A la merci du hasard et des rencontres…

 

 

Fleurs du doute – pareilles au funambule menacé par l’abîme…

Lente inclinaison qui, peu à peu, redresse la foi et la confiance en l’âme…

 

 

Au jour premier du sommeil – à l’heure précise où l’esprit s’est résolu à obéir – à creuser sa sente avec docilité – à se soumettre au mimétisme de tous les gestes…

Ainsi commencent les ennuis – les premiers rêves d’exil – et l’attente d’un ailleurs de moins en moins accessible…

 

 

Parcelle de terre – appauvrie – surchargée de têtes et de ventres – et qui, parfois, se rêve désert – immensité – fragment de silence – modeste monticule offert au monde et aux Dieux…

 

 

Le parti pris des hommes englués dans la matière – défrichant leur chemin à grands coups de serpe…

 

 

Richesses secrètes du plus humble – invisibles – si loin de toute forme d’ostentation…

 

 

Chemin vertical comme celui des vents et des oiseaux dont les yeux ne perçoivent que l’aisance apparente…

 

 

Entouré(s) de visages comme autant de chimères imprévisibles…

Trompé(s) par la folie mensongère des traits qui s’animent sous l’émotion – par les lèvres qui parlent et embrassent – par les yeux qui cherchent et implorent – par les mains qui se tendent pour saisir ou caresser…

Simple armée d’ombres aux mouvements illusoires – sans consistance – guidées seulement par la coïncidence du silence et des vents…

 

 

Aux dernières heures des adieux – les cris, la tristesse et la colère. Comme au jour premier de notre vie…

 

 

Et le temps fébrile qui enjoint aux pas d’accélérer – de poursuivre avec acharnement la course – et à la tête d’oublier les raisons du voyage…

Avancer – continuer coûte que coûte – allonger la foulée – au détriment du suspens – du retrait – de la contemplation silencieuse et du besoin de solitude pour commencer à rire du tapage et de ce périple insensé…

 

 

Mesure d’un autre temps où le jour est la seule unité possible…

 

 

Vert à perte de vue – sous un ciel sans nuage. Terrain de jeu de la liberté – capable de marier la magie du geste et l’étendue du regard…

 

 

Vide impérieux – sol d’entrave – et entre-deux nuancé aux couleurs grises qui tend tantôt vers le noir, tantôt vers la transparence…

 

 

Jamais affranchi du dédale aléatoire que bâtissent les circonstances et les rencontres. Tantôt précipice – tantôt impasse – tantôt aire de liberté. Tantôt grilles – tantôt barbelés – tantôt chemins ouverts…

A marcher sans préférence là où la solitude enseigne…

 

 

Dans le retrait – l’effacement – malgré la joie exaltante – débordante – extériorisée…

 

 

Eléments atemporels de tous les âges – de toutes les époques – ceux de l’âme nue confrontée au monde – au vide – au silence…

L’Autre et son propre visage…

 

 

Herbes sauvages et volets clos dans le petit jardin de l’espoir…

Cloître apparent – millénaire – qui invite et ravive (pourtant) tous les dangers du monde…

 

 

Fenêtres des hommes – fenêtres des Dieux – et nos yeux tiraillés entre les uns et les autres. L’âme à cheval sur deux mondes – entre le dehors et le dedans – entre le prolongement du rêve et l’aride réalité…

Indécis et partagés…

 

 

Mots sans queue ni tête – contrairement à l’apparence du monde plongé dans la perpétuation des espèces et une raison (presque) absurde…

Mille actes instinctifs et insensés malgré la validation du bon sens…

 

 

Retrait – écart – exil – aux confins de toutes les marges. Presque hors cadre à présent…

 

 

De l’or dans la boue – joyau d’un autre temps. Comme une peau nouvelle – sans âge – qui donne à celui qui la revêt une dimension plus humaine – une fraternité éminemment plus tangible…

 

 

Rondeur du jour sur la pierre angulaire des saisons. Beauté – blancheur – et déclin de l’œil assassin. Mains jointes en flèche silencieuse…

 

 

Au faîte de l’inconsidéré – de l’exil – du banni. Au seuil du ciel – au-dessus des gesticulations humaines et de l’indigence (terrestre) des vivants. Sommet invisible et accessible depuis la plus haute misère vécue et consentie…

 

 

Marge brute qui renâcle au partage et à l’évidence – presque indifférente aux autres périphéries perçues, elles aussi, comme le centre…

 

 

Mains ouvertes – âme dispersée qui s’offre et se partage à chaque rencontre – que nul ne peut entamer – que rien ne peut avilir…

Innocentes jusqu’à la moelle – jusqu’au fond du silence…

 

 

Défaite aux yeux des hommes – proche donc d’un faîte invisible – insensé – qui défie le bon sens et la raison…

 

 

Joie sans circonstance – sans condition – que les yeux ignorent…

Manifeste, pourtant, dans l’élargissement de l’espace – dans l’effacement des frontières – dans la respiration et l’envergure retrouvées…

 

 

Seul – entre le réel et le silence – à jubiler sans raison malgré les larmes, irrépressibles, face à l’étrange beauté et l’effroyable cruauté du monde…

 

 

Vide et confiant en son assise fragile et provisoire…

 

 

Sensible et tremblant autant que déterminé à poursuivre ce voyage – ce fol élan vers le silence…

 

 

Rien – de plus en plus – rien. L’espace au-dedans qui, peu à peu, grandit – avance – s’étend – se propage – s’extériorise – englobe le monde – tous les au-delàs – en flirtant, parfois, avec l’infini…

Tête réduite à l’explosion et au fleurissement de toutes les joies – celles infimes du monde et celles invisibles de l’être – grandioses – inconditionnelles – souveraines…

 

 

Des miroirs – partout – qui renvoient nos éclats – la lumière insoupçonnée des âmes. La plénitude sous les désirs – la complétude derrière le manque. Toutes les figures du monde. L’ignorance et l’innocence, parfois assumées, parfois oubliées…

Toutes choses – en vérité – depuis l’origine jusqu’à la fin des temps. Toutes les impasses – tous les chemins – toutes les issues ; toutes les voies apodiptiques….

 

 

La grâce de n’être plus rien – et de sentir, en soi, la présence infinie du monde, des choses, du cosmos – de la globalité…

 

 

Heures de grande liberté où rien n’assaille sinon, peut-être de temps à autre, la pensée…

Quelques hiéroglyphes du cœur – indéchiffrables…

 

 

Matière à vivre – seulement – que le silence rend plus légère et plus vivable…

 

 

L’œil des Dieux fixé sur nous – prêts à bondir au moindre écart – et qui nous ont, pourtant, laissés errer pendant des siècles dans la proximité du même mystère…

 

 

Murs de pierres jusqu’à l’horizon. Et frontières d’arbres bienveillants prêtant leur feuillage pour vivre caché des hommes…

 

 

Regard fixe – perdu dans le lointain – et subitement ramené au plus proche – au cœur de l’être qui veille – infiniment contemplatif…

 

 

La terre – le ciel – le vent – les arbres – les pierres. Seul – avec Dieu – qui nous invite à demeurer dans la proximité de son silence…

 

 

Seuil dépassé du silence et de la solitude – sur cette autre terre dissimulée au-dedans de celle où nous avons l’air de vivre…

 

 

A déployer – partout – le silence et l’incertitude – cet étrange terreau de la joie…

 

 

Debout – à chanter joyeusement ce qui traverse notre tête – ce que les vents nous offrent. Avec Dieu et l’âme se jetant, par-dessus notre épaule, des sourires complices…

 

 

Quelque chose d’Icare dans notre élan – dans notre pas – si lourds – si grossiers – pourtant…

 

 

Errer encore – errer toujours – autour du même visage – présent où que nous soyons – présent jusque dans nos absences…

 

 

A l’écoute d’un Autre – en nous – qui réclame la certitude du monde – friand toujours de mirages et d’illusions – et que le silence n’a encore convaincu…

 

 

D’un monde à l’autre – à travers la fenêtre – le défilé des siècles – leur inertie – leur transformation – leurs tragédies – leurs révolutions…

Ce qui se cherche ; la sensibilité et la lumière. Et leur étrange itinéraire au cœur du noir et de l’ignorance…

D’un bout à l’autre – les mêmes – tantôt feignant d’être cachées – éteintes – absentes – tantôt feignant de marcher à leur recherche – tantôt rayonnant sans malice – sans intention – sans même aucun besoin mimétique ou de ralliement…

 

 

Monde d’une autre ampleur – à la perspective éclairée – loin des usages et des servitudes exploitantes – loin des échanges et de la primauté de l’homme…

Forme d’éden horizontal – qui, à la fois, nécessite quelques linéaments de verticalité et favorise tous les élans vers elle…

Fraternité non de principe mais d’actes où chaque geste mesure ses conséquences sur l’ensemble et limite des désavantages de chacun – sans hiérarchiser les visages…

Gage et résultante (en partie) de toutes les réconciliations…

 

 

Simples notes d’instincts et d’exil (sans la moindre volonté démonstrative)…

Témoignage élémentaire (éminemment basique) d’un homme – de l’homme peut-être – confronté au monde – à la solitude – à ce qu’il porte ; la joie – les malheurs – les limites – les excès – tiraillé par les contingences et la nécessité de l’Absolu – ne cherchant rien – sinon, peut-être, l’acquiescement et la réconciliation totale…

 

 

Une terre – un pas – une tentative. Des élans nourriciers sans (véritable) conséquence. Le besoin – et la tournure peut-être – d’un Autre – en soi – qui invite à la convergence – au resserrement – au recentrage sur l’essentiel et le plus terrestrement vivable

 

 

Fenêtre – infime lucarne – derrière laquelle le monde passe aussi vite que le temps. Interstice – intervalle peut-être – qui autorise le retrait et la contemplation…

Gestes de présence – éloignés des intentions humaines et de l’ostentation. Prières en acte peut-être autant que manière de vivre l’exil…

 

 

Jours de studieuse villégiature où le voyage et la solitude ne sont que prétextes à la rencontre avec ces parts – en nous – encore inconnues…

 

 

Défaits – l’histoire – le passé – le besoin de l’Autre – les tentatives de partage – l’illusion d’un compagnonnage – la croyance d’un salut commun possible – l’espérance d’échapper à la solitude ; les mille consolations de vivre, en somme…

 

 

Regard vide – sans regret ni remords – l’âme et la main ouvertes – simplement – à ce qui passe…

 

 

Communion au cœur de soi plutôt qu’avec un Autre qui n’est jamais venu – ou, s’il s’est présenté, n’a jamais osé demeurer nu en notre (exigeante) compagnie…

 

 

Des pas – des ponts. Les petits sentiers de la solitude où les seuls visages rencontrés ont du lichen qui pousse sur la poitrine et de tremblants feuillages sur la tête…

 

 

Eloigné – simplement – des jeux et des affaires humaines…

Bruits de chaînes de plus en plus lointains…

 

 

A jouir au cœur d’un cercle qui ne peut souffrir les déguisements et les manipulations. Brut – sans fard – où l’on ne pénètre qu’avec une âme nue et innocente – infiniment humble. Adoubé par nul autre que cet espace – en soi – qui jauge la justesse de l’ultime intention…

 

 

Ni délice, ni refuge, ni prière – le lieu des premiers pas où l’âme ne peut s’enorgueillir après tant de défaites nécessaires au passage – après sa capitulation totale – complète – sans résistance – unique issue au milieu des impasses…

 

 

Homme sans volonté – abandonné au destin – au bon vouloir de la providence – aux exigences (implacables) du monde et des Dieux…

 

 

Grotte et sérail d’un autre monde où la richesse – toute la richesse – se tient dans l’âme – dans l’être – et dans les gestes (justes et simples) que réclament les circonstances…

 

 

Tournant que ne pourront prendre tous les hommes. Ni signe d’élection, ni élite – pourtant – en ce processus éminemment démocratique – éminemment accessible – mais qui requiert quelques conditions préalables ; une transformation du regard et de la perspective d’être au monde – le passage de l’animalité à une forme de conscience élémentaire où une part (non négligeable) des masques et des croyances, de l’identification égotique, de la faim, des instincts d’appropriation et d’instrumentalisation des Autres doivent être abandonnés au profit d’une authenticité, d’un affranchissement des représentations (les plus grossières), d’un élargissement de la perception, d’une vision holistique du monde, d’une sobriété dans les usages et d’un respect naturel et profond pour toutes les formes de l’Existant…

 

 

Mesures d’inversion et de chamboulement pour atténuer, puis effacer toutes les références – toutes les possibilités de repère…

 

 

La voûte et le Graal – quelque part – partout – sous nos pas – au-dessus de nos têtes – au-dedans du regard…

Centre sans contour – épars – à l’unité fragmentée. Invisible – anonyme – insaisissable…

 

 

Faces, parures et gestes apprêtés – mimétiques – soucieux des artifices et des détails d’ornementation érigés en canons de l’époque – sans poids devant la beauté naturelle – éclatante – atemporelle – sans rivale…

 

 

Le plus vaste – en soi – règne sur l’infime – le provisoire – le dépecé…

 

 

Quelques miettes du monde dans la poche – et les voilà à s’enorgueillir de leurs richesses – et à parader comme s’ils étaient des Dieux…

 

 

Hors du temps – voilà la seule voie – celle qui ouvre une dimension où le monde n’est plus le monde – où nous sommes à la fois Dieu, la pierre, l’arbre, l’homme et l’insecte…

 

 

Nu-pieds – partout où la grâce, déguisée parfois en malheurs et en désespoir, nous convie…

 

 

Ni voyage, ni chemin. Un pas après l’autre – fragile – provisoire – incertain. Loin des foules et des querelles. Loin des éclairages et des histoires. Dieu, en nous, présent – comme le premier homme – le seul regard…

 

 

Frère de tout ce qui tremble – de tout ce qui est bafoué – de tout ce qui est malmené par la violence, le pouvoir et la cruauté…

 

 

A vivre là où le ciel est central – la pierre nécessaire – et le geste déterminant…

Là où l’on aimerait, parfois, que le silence soit définitif…

 

 

Petites figurines de glaise que les vents font tournoyer…

Poussière livrée à la poussière – avec, pourtant, au fond de l’âme, tout le ciel déjà et ce que la mort ne peut soustraire…

 

 

Chemin d’orage et d’habitude qui donne aux gestes cette lourdeur fébrile – et qui fait perdre à l’âme son innocence et sa fraîcheur…

 

 

Des lieux comme des visages qui enchantent ou rebutent – qui donnent envie de fuir ou de les connaître davantage…

 

 

A louvoyer entre les mirages – comme si le miracle était une fable – un mythe – une histoire racontée aux âmes naïves – aux âmes crédules – aux âmes sans esprit…

 

 

Arbres et nuages – roche et rosée – aux forces vitales complémentaires…

 

 

Stigmates d’un Autre qui n’a survécu…

 

 

Foulées droites sans le moindre écart de sagesse…

 

 

L’innocence comme assise – et la justesse comme loi…

 

 

Retraite au fond des forêts de l’âme – là où Dieu est le seul regard – la seule compagnie…

 

 

Sans posture – sans parure – magnifiquement authentique…

Imperturbable face à la puissance tragique du monde…

Quelque chose d’indéracinable face au pire – face à l’insoutenable…

 

 

Le funeste remis sur ses rails. Et la mort comme un chant – vouée à la radicalité du changement…

 

 

Sans tête – nulle pensée – les malheurs jetés aux oubliettes. La marche faste et la foulée précise – avalant les épreuves qui deviennent de simples dénivelés sur la pente choisie par les Dieux…

Etrange mélange de vents et de silence – emmagasiné dans tous les souffles du monde – et qui enfante les circonstances – les carrefours – les rencontres – et tous les déserts nécessaires à l’ultime traversée – linéaments de toutes les naissances à venir et de la poursuite du voyage dans l’autre perspective

 

 

Monstres ni cachés – ni fantastiques – qui apprennent à manger dans la main de leur maître – de leur créateur. Comme nous autres – créatures d’un ailleurs enfin retrouvé…

 

 

Dans la confidence des fleurs qui nous enseignent l’infini…

 

 

La joie au cœur même de la précarité pour apprendre à vivre le continuum et la discontinuité – l’éternité indéracinable de l’instant malgré la mort et l’apparente course du temps…

 

 

Laisser la vie et le monde déterminer ce que nous sommes*

Expérimenter notre vrai visage à chaque circonstance…

S’abandonner à ce qui surgit (sans chercher à le manipuler) – et acquiescer…

Seule manière, sans doute, d’être libre…

* Ce que chacun se résout d’ailleurs à faire – sciemment ou non – en étant, malgré lui, le jouet de ses aptitudes, des nécessités, des rencontres et des souffles qui le traversent…

 

 

Sourire – sourire encore – sourire toujours…

Ne se fier ni à la roche, ni aux visages, ni au monde qui s’effritent en des temps différents…

Être à l’exacte place où nos souliers se trouvent…

Demeurer en silence – et l’âme attentive – comme plongé(s) en nous-même(s) – et alerte(s) à toutes les vibrations – à tous les frémissements – de la surface. Au-dedans et alentour – comme le gage (le seul possible, sans doute) d’une vie présente…

 

23 mai 2019

Carnet n°186 Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Un front de chair – humble – affranchi de l’espérance – exilé de la multitude. Seul dans sa marche et son obstination. Digne – au-delà de toute fierté. Honnête face au monde – authentique avec les âmes. Aimable, en quelque sorte, malgré les restrictions – et l’insuffisance – des amours horizontales…

 

 

Un destin de nuage – aussi vaporeux – aussi libre – aussi jubilatoire – que le voyage défait et recompose à l’infini…

 

 

Jamais agenouillé devant – ni perché sur – la moindre idole. Et rechignant toujours à légitimer ses gestes par un dogme ou la pensée d’un Autre – par la moindre autorité. Actes et chants libres de toute appartenance – de toute filiation…

Ni meilleur – ni pire – qu’un autre. Singulièrement atypique peut-être… Une âme qui voue son amour aux pierres, aux arbres et aux bêtes – et à tous les visages humains que la vie et le monde ont rendus humbles et respectueux – pétris d’incertitude et de reconnaissance – suffisamment aimables pour que l’on ait envie de rencontrer leur âme – et (pourquoi pas ?) de jouir avec eux de cette commune nudité…

 

 

Délices de ces retrouvailles solitaires et silencieuses où l’âme est devenue main caressante – bouche qui ose (enfin) déclarer son amour…

Abandonnée cette mendicité sanglotante d’autrefois où l’on réclamait une chaleur – une étreinte – un baiser – et où l’on ne récoltait qu’une indifférence déchirante – insupportable…

Le foyer – à présent – est habité – dont nous sommes à la fois l’hôte et l’invité – la place vacante et le vagabond de passage…

Espace libre et ouvert…

 

 

Roche magmatique – terres en flammes – devenues presque solaires à force d’étreintes et de lumière…

L’Amour offert à lui-même – à travers mille gestes…

Et l’âme qui jubile au-dessus de soi…

 

 

Tout devient aussi réel que la mort – aussi concret qu’un corps inerte – qu’une âme sans vie…

Tout a été étranglé par l’incertitude…

Ne restent plus – à présent – que la joie et le vide – et la tentation d’exister pour presque rien

 

 

L’essence de l’infini où tout semble réalisable. Et vivre qui – à la fois – ouvre et limite le champ des possibles…

 

 

Ce que le monde malmène et répudie – voilà ce qui nous semble le plus aimable sur cette terre. Les autres – ceux qui exploitent – ceux qui tirent profit ou sommeillent – n’ont droit qu’à des grimaces et à des gestes spéculaires. Mais ce qui surgit, bien sûr, vient d’en deçà et d’au-delà de toute intention – guidé par les conditionnements du monde et une main inconnue ; la volonté d’un Autre et celle de tous les autres – réunies au fond d’une seule âme ; toutes les âmes en une seule – et cela pour chacun…

 

 

Posée au jour le plus à l’est du monde – avant même que naisse la première aurore. Là est la lumière. Et l’âme à l’autre extrémité – libre – aventurière – toujours aussi sauvage et indomptable…

Et nous – des deux côtés à la fois – réunis dans le regard, le geste et la parole…

 

 

La communauté vivante se tient – toujours – sur les pierres – au cœur des forêts – et, parfois, parmi les visages que nous croisons – et qui attendent – humblement – un regard – un geste – une parole – un peu de tendresse, peut-être – pour éveiller leur joie – apaiser leur peine – combler leur solitude – et approfondir, espérons-le, leur humanité…

 

 

Peut-être entend-on – ici et là – dans ces pages – le chant des rivières et le vent dans les feuillages… Peut-être aperçoit-on – entre les mots – au détour d’une phrase – quelques empreintes animales. A se demander si cette encre n’a pas été mélangée à un peu d’eau – à un peu d’air – à un peu de terre – et si ces feuilles ne sont pas, en vérité, quelques fragments volés aux collines…

 

 

Le non savoir offre une innocence au regard qui peut – ainsi – réenchanter le monde…

Beauté – partout – jusqu’à cette pluie diluvienne et à nos habits trempés qui sèchent dans la cellule – comme la marque de notre appartenance – comme le signe de notre allégeance – si vives – si intenses – à la terre…

 

 

Des yeux ronds comme des billes devant la beauté du monde et les mille horizons de la terre. Seul face à cette aube qui s’annonce – comme si les ténèbres d’autrefois allaient (enfin) être détrônées…

 

 

Brûlure ardente de la joie au faîte de la solitude. Solitude apparente, bien sûr, tant tout semble habiter – et résonner – en soi. L’ombre des choses et toute la création au-dedans de l’âme qui vibre à l’unisson du monde…

 

 

La beauté sans cesse renouvelée du jour – de la lumière et des étoiles. Ni sang, ni fatigue. Ni même lendemain prometteur… Des yeux émerveillés par cette grâce de vivre…

 

 

Marche sans chemin – sans même la sensation du sol. Balbutiements, peut-être, de lévitation…

 

 

Voyage où l’incertitude grandit jour après jour – devient prépondérante – centrale – et où l’angoisse s’amenuise – disparaît peu à peu – déchirée par la prégnance de l’instant et les infinies possibilités du chemin…

 

 

En vérité, nous n’avons jamais marché – c’est la lumière – en nous – qui s’est approchée…

Et dans les yeux, nulle étoile. Et dans l’âme, l’assise fragile de l’innocence qui a délaissé les chimères humaines pour plonger sans espérance – au cœur de la joie et de la beauté – au cœur de la réalité visible et invisible du monde…

 

 

Ici ou ailleurs – qu’importe les lieux et les chemins empruntés au cours de cette marche vers nous-même(s)…

 

 

Entre ombres et étoiles – là où le sang et la fatigue n’ont plus d’importance – à la source de tous les gisements – là où la liberté est un chant – un acquiescement joyeux à toutes les infortunes…

 

 

Demain sera une terre sans ténèbres – sans crainte – sans malédiction. Demain – sans doute – n’existera jamais…

C’est à présent – à cet instant même – qu’il nous faut apprendre à être libre – à jouer avec les incertitudes du voyage – et à célébrer la fervente dévotion de l’âme pour le silence et l’infini…

 

 

Temple du geste où les choses et le langage sont déposés au plus bas – pour répondre aux nécessités du corps et de l’esprit…

Rien qu’un chant – un voyage – une flèche vers le silence…

 

 

L’amitié du voyageur pour ce qui n’a de nom…

Paysages traversés – visages rencontrés – en silence – l’âme discrète et mains offertes en reflet…

 

 

Sécularisation du plus sacré. Extension de la verticalité à tous les horizons du monde. Perspective première – avec ou sans le consentement des hommes. La seule œuvre nécessaire peut-être…

 

 

La calligraphie des heures et les grandes arabesques du temps – dispersées sur la page. Comme un silence au milieu de la cendre – au milieu de la lumière – au cœur du jour nouveau – en attendant la naissance de l’aube. A se tenir là – innocent et émerveillé – au cœur de cette étrange beauté de vivre…

 

 

Un feu – une innocence – l’intuition d’une expérience inaugurale…

Ni folie, ni délire d’affamé. Caresses plutôt d’une éternité imminente…

Du sable dans la bouche peut-être… Une étendue fragmentée. Un reste inoffensif d’espérance. Quelque chose au goût de poussière. Des cendres et une seule présence – nulle part enracinée – mais qui a poussé sur le néant laissé par les incendies successifs – au cœur de la béance creusée par la traversée de l’abîme…

Là où la lutte et la peur ont été désossées – et remplacées par l’Amour qui se montre parfois tendre, parfois véhément – selon les visages et les circonstances. L’infini à travers le regard. L’infini à travers le geste ; d’âme à âme, en quelque sorte – qui – toutes – habitent l’espace commun…

 

 

Confiance dispersée en autant de visages rencontrés. Passage de l’attente – fébrile toujours – à l’éternité…

Pierre sous le soleil – sans tête – sans poids – qui se prête à tous les pas – à toutes les errances – à toutes les folies…

 

 

Ce qui a brûlé – ce que les vents ont emporté – ce que le monde a dévasté – terreau de l’inattendu – socle de l’inespéré. Perspective où l’invisible prend le pas sur l’explicable…

 

 

Un feu qui ne faiblit pas – malgré la fatigue et l’absence parfois…

 

 

Des pas d’encre sur la page et le chemin – entremêlés – confondus – superposés – où le monde et le silence tiennent le haut du pavé – règnent en maîtres si l’on peut dire…

 

 

Porteur d’abîmes et d’horizons. Marcheur qu’aucun sommet n’effraye. Arpenteur de passerelles. Passeur de gué. Foulées droites et chemins tortueux vers le même océan…

Ni sortilège, ni malédiction. Simple vocation qui impulse le rythme et la direction…

 

 

Pas d’exil et pages de joie. En commun – le chemin et la solitude – où ni l’encre, ni la sueur ne sont comptées…

 

 

Vie secrète entre deux soleils – sur ce fil étroit qui relie toutes les rives – celles de l’âme – celles de l’homme – celles du monde…

 

 

Célébration de l’effacement qui nous fait perdre une place quelconque – infime toujours – dans l’organisation hiérarchique des hommes – au profit d’un horizon infini et invisible. Comme une présence indispensable autant à l’âme qu’au monde…

 

 

Décadence – chute apparente – qui a effacé le superflu – ce qui gênait – ce qui encombrait. Amincissement de l’âme, en quelque sorte. Vie matérielle élémentaire – simple – sobre – presque sommaire – au profit d’une âme plus dense – plus profonde – plus légère. Etrange alliance avec l’Absolu. Et Dieu – en nous – qui peut (enfin) s’installer – occuper la place vacante – pour devenir, peut-être, le seul maître du jeu…

 

 

Là où la mort n’existe pas – ou alors n’est qu’un rite – un rire – une farce – un jeu – indévoilable aux yeux trop puérils des hommes qui, dans leur orgueil et leur mégalomanie, se prendraient pour des Dieux immortels…

Exercices et pratiques initiatiques de l’abandon, de la nudité et de la modestie – comme préalable nécessaire au dévoilement (progressif) de la vérité…

 

 

Archives des humeurs – peut-être – où l’essentiel, comme à l’accoutumée, se lit entre les lignes…

Usage plus modéré du verbe pour offrir une autre envergure au silence – colonne vertébrale – axe central – qui relie les fragments et offre, à travers leur foisonnement – leur luxuriance, un espace de respiration…

Un peu d’air, en somme, pour exister – malgré l’abondance des mots…

 

 

Homme simple – simplement – sans autre point de comparaison que lui-même. Sans frère véritable – sans autre communauté que sa propre compagnie – et qui porte sa solitude tantôt comme un abîme, tantôt comme une cape de joie…

Trop profondément blessé, sans doute, par l’inhumanité du monde…

 

 

A marcher là où les pierres lui offrent un passage. A rencontrer les arbres et les bêtes et à leur parler en frères. A dormir là où les herbes l’invitent à se coucher. A vivre (presque) comme si l’humanité n’existait pas…

Prisonnier – trop prisonnier, peut-être, de lui-même… Mais sur qui d’autre pourrait-il compter…

 

 

Pantin déguenillé – malmené – bancal – suspendu à un seul fil – fragile – prêt à se rompre…

 

 

Dans la gueule du loup – et à la place des dents – une joie. Une joie greffée sous la langue. Comme un phare – le seul possible, peut-être – dans cet océan de silence oppressant – sans gaieté – sans communion – où ne bruissent que les vents – les gémissements des vivants – l’effroyable tyrannie des souffles…

 

 

Joie pure de l’étincelle et du brasier. Et tristesse à la vue des cendres laissées par les incendies. L’homme partagé – dévoré par ses antagonismes et sa multitude – par l’armée de visages qui le gouvernent…

 

 

Fragments pour l’homme seul – exilé des rives communes – curieux – interrogatif – qui rêve de comprendre le monde, les Autres, lui-même – d’explorer leur profondeur – leur étendue – de percer tous leurs mystères – de découvrir la vérité sous les identités apparentes…

Fragments pour l’homme seul. Fragments pour (presque) personne, en vérité, en ce monde où la solitude est malvenue – bannie – exclue – quasiment interdite – et où l’usage des Autres n’est qu’une manière (commune et maladroite) d’échapper à son douloureux, instructif et bouleversant tête-à-tête…

 

 

Dialogue – chute – archipel. Tout un monde en soi – plus riche, peut-être, que celui de dehors. Avec moins de rêves et de miroirs…

 

 

Front qui a recouvert la blessure. Dans ce face-à-face où tout s’est résorbé. Les royaumes, la solitude, les tentations – jusqu’au monde que nous avons cru arpenter – jusqu’aux visages que nous avons cru rencontrer…

 

 

La magie et l’illusion dessinées par les yeux qui refusent de voir…

 

 

La terre sans profondeur – suffocante. Le ciel sans promesse – terrifiant. Plus âpres et désespérants que le rêve. Si invivables qu’on s’en remet à un Dieu étranger – à un Dieu inconnu – inventé – inconnaissable – au lieu de plonger dans la douleur pour découvrir, au fil de la traversée, ce Divin vivant – vibrant – intérieur et familier – qui, peu à peu, résorbe les frontières entre le monde et soi – entre le réel et l’invisible – entre le dehors et le dedans…

 

 

Âme migratrice – et silence sédentaire, présent déjà partout. Ainsi commencent – presque toujours – le conflit et l’errance – la quête irrépressible de l’Absolu – la tentative acharnée de combler cet écart ou de juxtaposer ces deux entités injuxtaposables

Et tout s’achève, bien sûr, avec la réconciliation, la réunification et le plein acquiescement à la différence – lorsque l’on abandonne ses rêves de superposition et de coïncidence parfaite…

 

 

Folie cheminante dans la poussière – cherchant son socle – son appartenance – son extinction…

 

 

Tout se jette dans nos yeux avides qui absorbent – qui absorbent jusqu’à la cécité…

 

 

Terre sans bannière où les visages sont anonymes – où les chemins sont ouverts – où l’or et la puissance ne valent pas davantage que l’errance et la poussière. Aire de présence immédiate – franchissable à chaque instant – pour que chacun puisse découvrir le seuil au-delà duquel tout s’inverse (lorsque l’âme, acculée, abandonne enfin ses vieilles références)…

 

 

Dieu dans chaque visage – au milieu des jours – dans la boue – dans l’herbe et les poèmes – dans les arbres et les mains couvertes de sang…

 

 

Vivre au rythme des arbres, des fleurs et des saisons – au rythme des astres et des bêtes – au rythme de l’herbe qui pousse et de la faux qui la coupe à maturité – au rythme des pas vagabonds qui arpentent la terre sans destination – libre du rythme du monde que les hommes ont rendu fou…

 

 

Ni parmi – ni avec – ni contre. A côté – le plus loin possible…

 

 

Rien à dire – rien à montrer – rien à défendre. Et rien à vendre, bien sûr… Dans l’attente d’une fraternité impossible (ou qui ne m’a pas été offerte)…

Chant solitaire donc pour résister au pire de l’homme…

A vivre, pourtant, comme si le monde était encore vivable – comme si la compagnie humaine était encore possible – comme si l’on pouvait encore espérer (un peu) de l’humanité…

 

 

Au service de ce qui est faible et de l’invisible. Inapte donc à vivre en ce monde où seules comptent la force et l’apparence…

Présence néanmoins indispensable – comme élan de résistance – comme force de rééquilibrage…

 

 

Qui sait ce qu’auront dessiné nos traits sur quelques âmes – et les incidences qu’ils auront eu sur le monde…

 

 

Ami des pierres et des arbres – des bêtes et du silence…

Une âme aux confins du monde humain…

Vagabond fuyant toutes les tribus (petites et grandes) – serpentant entre tous les campements sédentaires – entre tous les fiefs de l’entre-soi…

Fils d’une autre terre – enfant d’un autre ciel – vivant, pourtant, dans le même abîme que tous ses frères…

Ami des poètes, des penseurs et des sages. Ami des moines agenouillés dans leur cellule – de tous les ermites du monde – de toutes les âmes solitaires – désespérément ou joyeusement seules…

Dans sa roulotte déambulante qui arpente les routes et les chemins – et qui s’installe, pour quelque temps, dans tous les paysages désertiques et sauvages…

Va-nu-pieds de passage ignoré ou méprisé par les hommes – indigents jusque dans l’âme – qui crachent sur l’invisible et l’humilité – sur le dénuement et la précarité – les plus grandes beautés, peut-être, du vivant…

 

 

Sans socle – sans racine – mais le regard suspendu au plus précieux…

Sans rôle sur cette terre de murs et de masques – sur ces rives où les instincts, l’ignorance et la peur règnent en maîtres – et cimentent toutes les frontières – toutes les lois – tous les horizons…

 

 

A laisser le silence chanter sur ses pages – et la liberté courir dans ses veines – entre ses mots…

 

 

Seul comme si le monde n’était qu’une nuit – un rêve – un abîme – et toutes les existences (dont la sienne, bien sûr) un mirage provisoire…

Lui, si sensible, pourtant, à la beauté de cette terre et au miracle de vivre…

 

*

 

Avoir besoin des Autres (de quelque manière que ce soit) alors qu’ils nous insupportent – voilà, peut-être, résumé tout le dilemme de l’homme face à l’horizontalité du monde – face à la dimension relationnelle (si prépondérante) de l’existence terrestre…

Quant à la verticalité, elle n’est pas, non plus, vécue sans heurt, ni antagonisme. Comment, en effet, concilier le sentiment d’être pleinement soi-même (d’éprouver une forme d’accomplissement personnel respectueux de ses singularités et de son idiosyncrasie) et vivre, de manière pleine et réelle, l’effacement égotique ? Et comment gérer ces allers-retours permanents entre la personnalité – ses besoins – ses préférences – ses désirs et ses aspirations – et la présence impersonnelle – son équanimité – son acquiescement – son absence d’exigence et son silence ?

Dans la dimension horizontale comme dans la dimension verticale de la vie humaine, il semblerait qu’il faille allier naturel, spontanéité et abandon à ce qui est sans désirer expérimenter ce qui nous semble meilleur (ou plus favorable) – sans hiérarchiser les circonstances, les situations et les états intérieurs (émotions, sentiments…) – vivre sans rien désirer – vivre sans vouloir contrôler ou régenter ce qui jaillit – ce qui nous est offert (de façon si provisoire) – se laisser porter par les multiples courants qui nous animent – laisser son être pencher tantôt vers le centre, tantôt vers la périphérie – tantôt vers soi, tantôt vers l’Autre – en sachant (bien sûr) que le centre, la périphérie, soi et l’Autre ne sont, sur le plan visible, que différents aspects – différentes parts – du monde – et, sur un plan un peu moins tangible, différents fragments du même corps et de la même conscience – créés, fractionnés et unifiés par leur jeu permanent – aspects, parts et fragments qui nécessitent (simplement) plus ou moins d’attention, de présence et de considération selon les circonstances et la façon dont chacun vit et expérimente ce qui lui est donné à vivre…

 

 

Dévalons donc les pentes de l’enfer sans vouloir transformer tous les versants du monde en paradis – ni vouloir transformer la moindre pierre en élément d’un éden fictif – imaginaire – illusoire…

Que chacun se rue donc dans les ténèbres – et jouisse de tout ce noir qui irradie

Allons, camarades ! Avalons – et inhalons – la poussière des chemins – querelles – blessures – vengeances. Et vautrons-nous sur tous les territoires clôturés…

La terre – ainsi – ne sera jamais comprise – ni jamais respectée. Et la magie de l’Amour restera – pour toujours peut-être – un dogme – un masque pour des rituels mensongers – obsolètes – inutiles… Mais nous aurons vécu en homme – et honoré les traditions ancestrales du monde… L’honneur sera sauf – nous pourrons alors mourir sans regret…

 

 

Illusion de toute issue – de toute échappée. Nous demeurerons au fond du gouffre. L’unique perspective réside dans la lumière et la tendresse avec lesquelles nous éclairons et abordons ce que nous appelons la vie et le monde ; choses, visages et circonstances…

La matière restera matière – les gestes resteront gestes – les pensées resteront pensées. Mais les yeux pourront se transformer en regard…

Et, qu’importe que les âmes et les instincts continuent de jouer ensemble – ou de lutter au corps-à-corps – la marche du monde et du vivant se poursuivra quoi qu’il arrive – quoi que nous fassions…

 

 

L’intense proximité – voilà ce qui nous offre le plus de joie en ce monde. Qu’importe ce qui se trouve devant nous (ou au-dedans de nous) ; pierres, fleurs, arbres, bêtes, ciel, chemins, paysages, idées, sensations, émotions, sentiments et, parfois, il est vrai (trop rarement peut-être) quelques visages humains…

 

 

Donner et recevoir Amour et attention – tout, en vérité, tourne autour de cet axe central. Toutes nos vies – tous nos gestes – toutes nos paroles – n’en sont que des déclinaisons…

Variations infinies autour du même centre…

Et être ce lieu du partage – où l’on éprouve ce qui circule – ce qui est offert et ce qui est reçu – est, sans doute, la plus ardente aspiration de l’homme…

 

*

 

Que laisserons-nous dans notre sillage… Un peu d’écume qui – très vite – retournera à l’océan. Un peu de poussière qui – très vite – retournera à la terre. Un peu d’air qui – très vite – rejoindra les vents et, peut-être, le souffle de quelques vivants…

 

 

Etranges instants de vie – entre mille états et mille phénomènes – toujours – aussi sûrement que nous sommes traversés par mille émotions – et tiraillés par mille forces contraires…

Plongés au cœur des querelles inhérentes – consubstantielles – au monde relatif…

Ambivalent et équivoque destin que celui de l’homme…

 

 

Nos lignes – aussi tendres que l’âme et la chair – aussi dures que les pierres – aussi bavardes que les hommes – aussi hermétiques, peut-être, que le silence. Et foisonnantes – toujours – comme l’herbe et les fleurs au printemps…

 

 

Quelques paroles en héritage qui ne quitteront – sans doute jamais – les abîmes. Puissent-elles seulement offrir à quelques âmes un peu d’encouragement pour l’envol…

 

 

Peut-être est-il temps de creuser la terre – d’amonceler un peu de glaise pour édifier sa sépulture – d’offrir sa langue aux pierres et aux vents – et de parcourir le reste du chemin l’âme libre de toute exigence…

Laisser la proximité de la mort enterrer, une à une, toutes nos nécessités…

Disparaître le cœur léger…

 

 

Ni voix, ni sage, ni maître. Pas même un chapeau à se mettre sur la tête. La silhouette prisonnière de la danse des vents – de la folie du temps. Avec, sur le sol, d’infimes traces ; un peu de sueur – quelques larmes – et mille feuilles noircies de mots insensés…

Rien – à l’approche du silence…

 

 

Terre vêtue de forêts et de rivières – ciel en turban – sans limite. Et notre oreille collée contre sa poitrine pour entendre l’écho des profondeurs – la vie magmatique – les ondes lointaines du cri originel – avant la naissance du temps – avant la grande aventure des siècles – avant que l’homme impose son règne à ses rivages…

 

 

Paroles fidèles à l’âme – à ce qu’elle porte – à ce qui l’habite – aussi folles – aussi aventurières – aussi sérieuses et excentriques. Et aussi incompréhensibles sans doute…

 

 

Bras ouverts à ce qui tremble – l’âme comme un ciel – un horizon – une perspective. L’unique chemin, sans doute, pour échapper à l’indigence miraculeuse de vivre…

 

 

Le front trop humain encore pour s’affranchir de la fièvre et de l’errance…

Brûlant le peu qu’il nous reste pour arriver devant la mort aussi nu qu’à la naissance…

 

 

Sans appui – sans allié – aussi seul que l’âme – aussi insensé qu’un poème lancé par-dessus les murs du monde – comme un cri de joie et de révolte – comme un feu – un brasier – pour illuminer cette nuit – éclairer un peu les hommes (peut-être) – et répandre la lumière sur cette folie et ce sommeil…

Choisir la grâce plutôt que le rêve. Choisir la beauté et l’innocence plutôt la ruse et la violence…

 

 

Vivre en deçà de toutes les histoires – et ouvrir les yeux sur les visages et les choses du monde. Remercier pour la solitude et le silence. Offrir son chant pour honorer la perspective d’une terre sans drapeau – sans chimère. Puis, brouiller les pistes – inverser la parole – exalter la défaite pour voir plus loin – faire exploser les communes ambitions – décimer les royaumes – brûler les rêves et les restes des idoles. Rompre les murs du labyrinthe. Partager le secret dissimulé au fond de l’âme. Oser enfin être un homme. Oser enfin être soi-même et bien davantage – toutes les figures de la terre – ce que l’humanité apparente à Dieu – l’infini, l’éternité et l’Absolu amoureusement réunis. Tout être – et tout goûter. Savourer ces fragments – ces éclats – ces mille facettes de nous-mêmes – puis, tout jeter au loin – au feu – dans l’océan – et recommencer le jour suivant – un peu plus tard – ici et ailleurs – en effaçant, peu à peu, tous les délires de notre front…

 

 

Chaque soir – attendre la rencontre – en soi – et qui, parfois, n’a pas lieu. Trop opaque peut-être. Trop encombré de gestes et de visages. Seul alors face à la feuille blanche…

 

 

Aucun visage. Pas âme qui vive. Du silence et des forêts. Des chemins sous la pluie – sous ce ciel d’hiver – froid – blanc. Des pas et des pages. Le rythme journalier. Des choses et des chants. Quelques cimes, parfois, à gravir. Ni orgie, ni festin. Le quotidien élémentaire. Ni fête, ni alcool. Le royaume au-dedans. La clôture. Et le monde si lointain…

 

 

Ni triste, ni joyeux. A peine présent. Comme le signe d’une distance – d’une bataille inachevée au-dedans. Seul dans le labyrinthe – à remuer le secret caché au fond de l’âme pour s’assurer d’être encore vivant…

 

 

Excessif – tout ou rien – passant de l’un à l’autre pour ne rien manquer. Et la perte – ainsi – est fracassante. Où que nous allions – quoi que nous vivions – nous restons l’âme et les mains vides…

 

 

J’aimerais une âme – et des mots – durs comme le granite – à la surface légèrement friable – pour répandre autour de moi quelques éclats d’encre – quelques grains de sable. Le reflet d’un très ancien silence…

 

 

Peut-être n’y a-t-il plus rien à faire – plus rien à dire – plus rien à partager. Se laisser vivre – simplement – et attendre la mort avec indifférence. Aller ainsi – d’heure en heure – de jour en jour – sans intention – sans désir particulier – sans destination précise. Se laisser mener – se laisser porter – par les souffles du monde et les nécessités intérieures…

 

 

Pas certain que ces lignes prouvent que nous soyons vivant. Un Autre – en nous – a soutenu notre âme – et tenu notre main et notre plume – pour les écrire…

 

 

Sur cette aire où la terre n’offre pas la moindre promesse de retour. Une fable, peut-être, à laquelle nos lignes n’ont pas réussi à offrir davantage de réalité…

 

 

Vivant – à peine – comme si tout se détachait – la vie – le monde – les visages. Ne restent plus sous nos pieds qu’un peu de sable – et le ciel immense devant nos yeux sans exigence…

Etranger à tout autant qu’à nous-même…

Et nos lèvres, pourtant, qui cherchent leur souffle. Et notre âme, pourtant, si sensible au feu qui l’habite…

A marcher – sans fin – dans la poussière – au milieu des cris et des ruines...

A contempler – sans tristesse – le déclin implacable des existences…

 

 

Pas à pas – de dérision en dérision. Comme si nos ailes étaient collées aux décombres – comme si la terre n’était que larmes – comme si nous étions seuls – et la vie pas même un passage. Un refus rédhibitoire clôturant toutes les issues possibles. La grande impasse dans laquelle nous nous sommes nous-même(s) jeté(s)…

 

10 juin 2019

Carnet n°189 Notes journalières

Abandonné ce que nous avions si ardemment agrippé – retenu – conservé ; le feu toujours vif mais le désir éteint

 

 

Ici, un temple. Ailleurs, une prière. Partout – le silence. Et un peu plus loin – et au-dedans de nous, des cris qui n’ont encore été convertis…

 

 

Ni vent, ni combat. La peur abattue. Et l’or silencieux qui veille au fond du sommeil…

 

 

Un chemin de répit après cette marche obstinée. Des ronces encore – mais qui ne griffent que l’ombre des jambes. Le désert devenu jardin sans que l’esprit ne soit intervenu…

 

 

Des silences dérobés au milieu de la foule lorsque les visages feignent d’être vivants…

 

 

Des herbes, des arbres – des pierres sur lesquelles s’endormir. Le soleil en tête et l’Amour dans les bras. L’alliance à la place du rêve. Le refus des étoiles. Au plus près du centre – là où tout se tient près de soi…

Le même jour qui – plus jamais – ne nous séparera…

 

 

Le dernier, peut-être, des survivants qui a offert son feu aux cendres – son souffle aux vents – et ses ailes déployées au ciel sans mémoire…

 

 

Marche dans les eaux noires – immobiles – comme si la mort avait tout recouvert…

 

 

Le désordre à l’horizon – et la paix dans l’âme que l’Amour a initiée…

 

 

Un chant pour célébrer la terre – découvrir un chemin où s’égarer – quelques visages à porter loin des étoiles – des destins à enfoncer, peut-être, dans l’abîme – pour se rapprocher du silence…

 

 

Un jour, peut-être, la vérité détrônera le sang…

 

 

Seul – dans la nuit – sans ami – sans blessure – vivant malgré cette épée figée dans le cœur…

 

 

Chemins d’errance où nous nous imaginions perdu. Simple détour avant que le jour ne dévore la nuit et ne pose – délicatement – notre visage sur ses rives – au cœur de cette terre étrange dont nous n’habitions que la périphérie…

 

*

 

Qui que l’on soit – où que l’on soit – quoi que l’on fasse – on est toujours (et implacablement) ramené à soi – et amené à composer (avec ou sans exigence) avec les Autres…

Plongé, à chaque instant, dans la solitude commune et les modus vivendi – hors et au sein de toutes les collectivités…

Existence sans autre issue que le retournement de l’âme vers ce qu’elle porte – ce centre de soi et du monde – cet espace de respiration et de clarté – pour vivre avec plus d’ampleur, de liberté et de distance l’unité de l’être et les inévitables compromissions avec le monde relatif…

 

*

 

Et c’est là qui vient sans avoir été invité – un peu de joie – un peu de tristesse – trois fois rien – mais qui vous chavire l’âme jusqu’à tout renverser…

 

 

Tout creuse jusqu’à nous faire glisser au fond du trou…

 

 

Seul sur cette barque immobile – au milieu d’un fleuve sans eau – à regarder le jour – la nuit – l’implacable alternance – sans rien espérer ; ni la pluie, ni le vent – sans même, au fond du cœur, le moindre désir d’océan…

 

 

Vie sans rive – destin de tous les recommencements. Comme du sel incessamment jeté sur la plaie…

Nuit et blessure sans même un arbre – une lampe – un livre – pour se consoler de vivre – envelopper sa solitude – rassurer son âme dévorée par le manque – apaiser le sang qui tourne en rond dans nos veines…

Absent déjà – comme une bête morte et dépecée…

 

 

Oiseau du mensonge qui nous promet l’envol…

Sans aile, la volonté mimétique torture – et pousse, parfois, à se jeter du haut des falaises…

 

 

A force d’usures, nous vieillissons. Mais rien ne change ; ni la vie, ni l’âme, ni la mort…

Qu’un peu de misère ponctuée par quelques rires – pour oublier – se distraire – ou se souvenir, peut-être, avec plus de force et d’acuité, du dérisoire de nos rêves, de nos ardeurs, de nos exigences…

 

 

Vains – comme le sable, les tours et nos pas trébuchants. L’ombre et le soleil sur les ailes du rêve. La lumière et l’abîme sur le même versant. Et ce froid parmi les visages. Poussière au milieu des étoiles. Chemin de fuite sur ces lignes courbes – et divergentes presque toujours…

Déclin de toute aventure. Désastre où se mêlent l’orgueil et le renoncement…

Mûrir, peut-être, à force de chuter – mais, à la mort, ne régnera que l’absence ; l’âme et les mots ne seront plus là pour témoigner…

A vivre encore comme si l’allant pouvait nous affranchir de l’écume…

 

 

Si peu – trop peu – de silence pour que les hommes puissent échapper au sommeil. Si peu – trop peu – d’âmes aimantes. Si peu – trop peu – d’âmes à aimer. Si peu – et déjà trop – d’espérance pour le monde…

 

 

Côte à côte – sans rien dire. Pas même le silence à partager…

 

 

Debout – excentrique jusque dans ses vaines paroles…

Inutile – de bout en bout…

Sable – poussière – étoiles – noirs…

Lignes hâtives – de plus en plus denses – qui, peu à peu, glissent vers le silence…

 

 

Rives – tristesse – mirage – rien ne dure. Tout est englouti par la nuit – par nos ventres – par la domination de la faim et de la cécité…

 

 

Des signes – comme un soc éraflant les pierres – dessinant les blessures de l’homme – les blessures de la terre – le sol incurable où nous vivons…

 

 

Terré dans une aube plus grise que le crépuscule. Seul dans cette chambre froide alors que les Autres jouissent du monde – et font résonner leur chant au-delà des promontoires – jusqu’aux horizons convenus des hommes…

Ailes aussi tristes que les pas d’autrefois qui arpentaient la terre sans insouciance – sans légèreté…

A vivre sans rien distinguer – englué dans l’effrayante hiérarchie des horizontalités…

 

 

Feu qui nous hante autant que le monde et le jour…

Âme froide que les vents bousculent – et que la proximité des haleines terrifie…

Entre les pierres et les feuillages – sur ces eaux anciennes dont nul ne sait où elles mènent…

 

 

L’ivresse d’un autre jour où nous serons encore plus saouls qu’aujourd’hui…

 

 

Fosse où tout se dilate – le temps – les cris – la chute interminable. Tout s’étire sans interruption jusqu’à la mort – faille dans le devenir – parenthèse ouvrant, peut-être, sur l’impossible…

 

 

Un silence qui n’est, peut-être, que ténèbres et néant – vaine extension de l’espérance…

Solitude de tous les déserts. L’absence patente – l’attente patiente – de la lumière et des visages…

 

 

Joueur qui blâme. Joueur qui méprise et violente – tous les jeux – tous les jouets – tous les visages qui refusent de nourrir son amour – l’éclat de son propre reflet. Trop fortement marqué par l’épaisseur du monde pour entrevoir la possibilité du jour – de la lumière – de la transparence…

 

 

Bouche étrange – amère et enfantine – qui, à la fois, crache sur les armes et exulte sur les pires versants de l’ombre – jetant ses paroles couleur d’aube et flagellant, entre ses murailles, tous les détracteurs du silence. Partagée entre l’innocence et ces restes – trop épais – de jours gris…

 

 

Visage d’arbre – tronc blessé – incapable d’accueillir l’oiseau volage – l’écume des forêts – la terre des chemins. Cœur végétal sur le point de se fossiliser – de devenir pierre – marbre grossier peut-être – sur lequel couleront toutes les larmes…

 

 

Dans une eau où l’angoisse est insoluble. Couleur de pierre et de nuit – seule mémoire, peut-être, en dépit des nobles aspirations et des quelques pas réalisés hors du chagrin – dans l’effleurement de l’autre rive…

 

 

A rougir son âme jusqu’à la mutilation dans la proximité de ce feu invraisemblable – de ce feu d’un autre monde – littéralement…

 

 

De longs couloirs sombres – austères – un peu tristes peut-être – avec quelques interstices qui ressemblent à des jardins – à des prairies ensoleillées – sur lesquels coulent la joie et la lumière…

 

 

Veilleur de plein jour, de portes qui s’ouvrent et de proximité consentie…

 

 

Chants de l’ombre – paroles de la terre. Etrange passant des rives comptant ses pas jusqu’à la dérive. De larmes en amertume sans jamais accéder ni au vide, ni à l’extinction du temps…

 

 

Entre l’absence et un semblant d’existence – silhouette furtive qui se faufile entre les visages – entre les vivants…

 

 

A l’affût de la beauté – souvenir, peut-être, de la première traversée – celle où la joie était indissociable du temps – celle où les larmes mesuraient la hauteur des âmes – celle où la boue était de l’or – celle que les hommes ont oubliée depuis (trop) longtemps…

 

 

Comme un fleuve en crue – la grandeur à l’épreuve. Le débordement comme une arme déposée sur la pierre. Le sens où tout est dévoilé ; la nuit, le monde, le manque, le froid. Et l’espérance de ce qui tremble à l’idée de la mort…

 

 

Paroles grises – comme un peu de fumée échappée du silence…

Et ce qui coule – le même reflet – la même imperfection – mais honorés, à présent, comme un miracle…

 

 

La tête sous la lampe à brûler ces restes de nuit – comme s’il nous était impossible de vivre sans le jour – sans l’Amour – sans l’espérance d’une plus juste providence…

 

 

Fébrilité stoppée net par la mort – et l’aube précipitée dans le vide – dans le trou – avec la course du temps…

 

 

Seul dans cette chambre à attendre la joie et la mort – ce que l’inéluctable offrira ; le plus simple – la part manquante – ce qui jouxte l’anxiété – les plus lointains rivages – les bords de l’âme – ou l’achèvement, peut-être, des murs de notre détention…

Brûlant sans impatience – et, peut-être, en vain…

Geste d’effroi – de résistance – de salut…

Reflet d’une âme entre pierres et ciel – sous l’emprise de la crainte – à mi-chemin entre la terre et le royaume…

 

 

L’infime penché sur la cendre – fouillant de ses mains la braise rougeoyante pour apprivoiser le feu et la douleur. Sang retenu dans la poitrine pour empêcher le cri. Dents serrées – front fiévreux. Et, sortant de l’épreuve, l’âme pas le moins du monde purifiée…

 

 

Têtes étrangères passant et repassant derrière la vitre qui sépare deux déserts – celui qui s’habite et celui où l’on ne fait que naître, vivre et mourir…

 

 

Des yeux implorants tournés patiemment vers cette nuit qui n’est que silence. Attendant je ne sais quoi ; un signe peut-être – la preuve que l’espérance est encore possible…

 

 

Le feu plus grand que notre désert…

 

 

Une tête simple – vide – recommencée chaque matin – faite pour l’errance et la lumière – la solitude et l’exploration des petits chemins de l’âme…

 

 

Lieu de non mémoire dont les gardiens se sont fait la belle – jouant, à présent, avec le provisoire des circonstances…

Sans autre attache – fragile – que l’âme effleurant le ciel…

 

 

Quelques mots – un peu d’encre – jetés aux vivants et aux naufragés des rives – errant entre les pierres et les tristes arcanes du monde…

 

 

Dénudé jusqu’à l’obsession. Plus même un os à se mettre sous la dent…

Invisible face aux vivants. Insensible à la cruauté…

Âme évaporée devant tant de supplices et de beauté…

Autrefois si épais – avec cette allure lourde comme les pierres – dense comme la nuit. Et à chanter, à présent, comme l’oiseau à chaque matin triste…

 

 

Où allons-nous ainsi – vers quel lieu nous hâtons-nous encore – nous qui ne savons demeurer avec le plus simple – l’immobile – l’inchangé…

 

 

Une voix perdue dans les feuillages – jetant au ciel ses silences – et aux hommes toutes leurs illusions…

 

 

Mots plus réels que la croyance en l’amour perdu. Du haut de notre douleur – mille rivages – mille visages – nouveaux. La terre éclairée par nos gestes et nos lampes si anciennes. Et mille sentiers pour fuir le monde – tous les lieux où l’écume est (encore) trop abondante…

 

 

Gestes trop loin du cœur pour être honnêtes – et recevables. Indignes – inaptes à creuser l’âme – incapables de soulever les voiles qui obscurcissent la vérité (toujours possible)…

 

 

A demi-mot – presque en silence – la matière immergée dans la blessure – et les yeux au ciel à quémander la guérison…

 

 

Vivre ici – ailleurs – là où les arbres nous inspirent et nous protègent – là où les bêtes nous offrent leur courage – là où les pierres sont trop grises – ou trop dures – pour être foulées par les hommes – là où le jour et la nuit s’équilibrent dans l’âme – là où Dieu voudra – là où nous porteront les vents…

 

 

Titubant sur le parvis de l’espérance – mains tendues vers un peu de ciel – front incliné dans la poussière. Balbutiements de verticalité à l’épreuve du monde et de la matière…

 

 

Des cris et des oreilles fermées – ailleurs peut-être. Un monde de voix et de silence – où la seule pensée de l’Autre nous plonge, pourtant, dans l’espérance…

 

 

A genoux contre la vitre – les lèvres écrasées contre l’horizon – dans cette vaine attente d’une autre tête – plus belle et compréhensive que les précédentes…

Et ce cercle imaginaire tracé par l’âme indécise délimitant les frontières entre l’entre-soi et l’entre-nous…

Ensemble – dans la même solitude – vécue de mille manières…

 

 

Une voix s’élève – un nuage passe – un doigt pointe vers quelque chose – n’importe quoi ; une fleur – un visage – un horizon. Et toutes les têtes se tournent – et toutes les têtes se précipitent – vers cette nouveauté passagère. Puis reviennent le silence et l’ennui – les bras croisés – les regards à moitié vivants – et les nuages qui passent encore – et qui passeront toujours comme nos vies défaites et le souvenir funeste de nos passions – de toutes nos amours mortes…

Yeux perdus sur le cours immuable des choses…

 

 

Rien que des tombes et des noms oubliés. Ainsi sera bientôt la terre…

Avec nos œuvres – toutes nos œuvres – s’effritant pour rejoindre la poussière…

Aucun labeur pour la postérité (si étroite) des hommes – mais pour la simple beauté du geste – pour échapper à la folie de ceux qui attendent trop consciemment la mort – parce que cela seul nous est offert ; vivre sans savoir – vivre entre deux bornes mystérieuses que la plupart des hommes s’acharnent à oublier pour échapper à la mélancolie et au néant…

 

 

Place vide – et qui le restera – malgré les cris, l’effroi et l’air brassé…

 

 

Rien qu’un instant qui efface tous les autres…

Intervalle ni triste, ni joyeux – pas même salutaire…

Entre mirage et miracle – comme un clin d’œil (espiègle) des Dieux…

 

 

Ce qui se tisse loin des regards – entre soi et soi – ce qu’aucun visage ne peut offrir – ce qu’aucun livre ne peut décrire. L’ineffable rencontre…

 

 

Ne croire ni en la magie du monde – ni en la sagesse des hommes – ni même aux prophéties des sages. Chevaucher les rives et l’abîme pour accéder au silence du regard et à la justesse du geste – et non courir en vain après l’esprit chargé toujours de trop de rêves et d’idées…

 

 

Un pas incertain sur le pavé scintillant…

A l’angle où l’on se tient – là où le monde ne peut nous voir – là où le dehors entre dans le dedans et où le dedans déborde sur le dehors – là où il n’y a plus ni homme, ni Dieu – là où les murs s’effacent sous l’acharnement patient de la lumière…

A l’exacte place où nous sommes…

 

 

Ce qui court pour échapper – non sans mal – au monde alors qu’un pas de côté – en soi – en retrait – suffirait…

 

 

Et cette folie dans la voix pour rendre la vie plus intense – plus vivable que les mornes gestes qu’elle réclame…

 

 

Percer les murs – ou les abattre peut-être – et construire dans la faille ouverte – à travers la meurtrière creusée – ou sur leurs décombres – une terrasse de lumière pour éclairer et réchauffer les visages fâcheux – trop suspicieux pour vivre du côté du soleil

 

 

Piège de l’homme assoupi dans son fauteuil – la tête ailleurs – absente – comme ce corps épais et immobile à force de rêves – propices seulement au sommeil de l’âme…

 

 

Tout nous écarte de l’innocence. Et c’est elle, pourtant, qui nous appelle à travers toutes les choses du monde

Tapis mensongers qui dissimulent le vide…

 

 

Course jusqu’à l’horizon – seul signe d’espérance pour échapper aux gouffres qui nous entourent. Ombres projetées sur le mur blanc où les lignes dessinent la folle épopée du temps. Une tache – un trou – pour la mort qui creuse plus avant pour apparaître à tous les âges qui sonnent la fin de l’insouciance…

Martèlement qui marque obstinément les visages – et qui, peu à peu, les enlaidit – et qui, peu à peu, leur ôte leur souffle et leur éclat…

Fuites et sommeil dans l’ordre des choses…

Loi et ordonnancement du monde inscrits en lettres de sang au revers des destins…

 

 

Les mains et la poitrine toujours tremblantes à l’idée de la rencontre. L’âme toujours prête à s’offrir tant est intense et profond son désir d’intimité…

Rien de plus haut – ni de plus beau – pour elle – en ce monde…

 

 

Quelque chose d’inquiet dans le regard – comme un vent noir qui aurait entamé la confiance – et ouvert la porte aux plus sombres conjectures…

 

 

Oreilles sourdes à tous les cris – à tous les murmures – à ceux du vent – à ceux du monde – à ceux de l’âme et du silence – ce qui rend, bien sûr, impossible toute rencontre…

 

 

Des plis noirs – le bout d’un chemin – la tête effrayée – l’âme qui se perd – la marche à feu éteint. Le seul lieu, pourtant, où se cacher…

 

 

Des bras – des cris – des ventres affamés. Le prolongement d’un songe – d’une convoitise – d’un élan – qui exaltent l’ardeur de la course et l’espérance d’une satiété…

 

 

Le cercle des abstractions où chacun pioche selon ses envies – selon ses possibilités – et que l’on accroche comme des lampes pour guider les pas…

Nuit de pierres et de chahut où l’on trébuche – et où l’on s’affale – plus souvent que l’on ne trouve une issue…

 

 

Profil bas comme un oiseau sans aile – comme un souvenir étrange tiré par le hasard d’un fil. Comme un geste brusque – un revers de la main devant l’écorchure des destins – comme une fuite – une punition supplémentaire – presque une malédiction dont on aurait hérité…

 

 

Des drames – de la nuit – un espace. Et des âmes plus épaisses que la possibilité de la lumière…

De la pluie – des avalanches – et la force des vents contraires qui assignent à l’immobilité…

Et plus loin – un rire – du silence – un peu de couleur. Les mystérieux atours de l’éternité…

 

 

L’œil étranger – presque indifférent – au pire. En retrait – comme plongé au fond de l’hiver – alors que la tempête gronde sur le monde – que la terre est un feu – et que les vivants, partout, sont acculés à la désespérance…

 

 

A la source de l’or – couleur de la joie qui embrouille l’âme trop coutumière des anciennes palettes – encore étonnée, peut-être, d’avoir abandonné la grisaille des jours, la plèbe sombre des cités et les contrées saumâtres de la mélancolie…

Air vif – à présent – sur ces eaux neuves et lumineuses où le sens n’a nul besoin de mots pour éclater comme une évidence…

Comme si l’absence de rêves ravivait le désir et l’éclat du monde. Comme si notre poitrine oppressée pouvait enfin trouver un peu d’air. Comme si la détention prenait, soudain, des allures d’existence vivable…

 

 

Tout un monde – en nous – grandiose et ignoré – avec ses peuples et ses civilisations – avec ses tours et ses ruines – avec ses dictateurs et ses lois. Avec ses déserts et ses assassins. Avec ses cendres et ses secrets. Avec ses poètes et ses silences…

 

 

Dans la fente où Dieu nous a poussés – et que les vents ont transformée en enfer…

 

 

D’horizon exigu en tentative – le tête si proche de la mort que le voyage, à présent, nous semble pire qu’absurde…

 

 

Soif d’un autre espoir – moins triste que cette dilapidation…

 

 

De la pluie entre ces lignes si sombres – et si tristes – déjà. Comme si nous étions né(s) de l’autre côté du soleil…

 

 

Des pentes – des larmes – et quelques murmures que personne n’entend. Dieu et les hommes occupés ailleurs – à des affaires, sans doute, bien plus sérieuses…

 

 

L’incertitude libératrice des angoisses d’un monde trop pétri de certitudes…

 

 

Etonnement devant la parole qui avoue sa soif et son ignorance dans un monde où la nuit est égale au jour – où la poésie est égale au sang – pourvu que le ventre soit rassasié – et que la crainte soit apaisée par l’érection de hautes clôtures…

De la chair et des remparts suffisent à rendre identiques tous les jeux auxquels on s’adonne après s’être livré aux exigences du monde, aux contingences quotidiennes et au repos nécessaire…

Indifférence à l’égard du temps oisif pour les âmes assujetties aux asservissements de leur époque…

 

 

Seul et sensible – au cœur de l’humanité peut-être…

A cet endroit où la vie frappe plus fort – de manière plus nette – et avec plus d’insistance – certaine, peut-être, de notre réceptivité et de notre accueil…

 

 

Rien qu’un pauvre sourire en tête – mais inoubliable – et qui brille davantage que le soleil – davantage que toutes les étoiles réunies en image mythique. Aperçu un jour (il y a longtemps) entre deux pas tristes – adressé à personne – décoché, sans doute, sans raison – pour lui-même – et qui est toujours là pour réchauffer notre âme lorsque nous traversons, avec trop de désespérance, le désert du monde…

 

 

Des pierres – des arbres – des bêtes – un peu de ciel et de silence. Quelques pas au dehors – quelques pas en soi. Un jour ordinaire où nous n’avons souri à personne…

 

 

Nous avons tout perdu – et ce qui reste ne ressemble ni à une défaite, ni à une victoire. Ce qui reste a la délicatesse de l’âme et le mystère que nous prêtons habituellement à Dieu…

 

 

Rien qu’un gouffre qui a tout englouti – où tout s’est perdu – et qui réclame qu’on le nourrisse encore. Mais nous n’avons plus que l’innocence à offrir – et c’est à l’Amour qu’elle se donne – jamais au monde – jamais à l’esprit – jamais ni au rêve, ni au sommeil – qui sont les bouches les plus voraces de l’abîme…

 

 

Il n’y a pas assez de solitude en ce monde pour aimer les autres visages. Ni assez de tristesse pour transformer l’indifférence et le mépris…

Nous ne manquons pas assez pour prétendre à la joie…

 

 

Seule la distance semble rapprocher les âmes – le monde – tout ce qui nous manque – tout ce qui nous étouffe – tout ce qui nous sépare – dans la promiscuité…

 

 

Quelques traces du dedans sur le visage. Mais comment pourraient-elles lutter, à armes égales, avec le monde, l’indifférence et la tristesse…

 

 

On ne peut s’aimer qu’entre compagnons d’infortune. Les trop gais, eux, ne cherchent que des connivences. Quant aux plus malchanceux, ils ne jurent que par les alliances…

 

 

Rien à partager sinon cette solitude, cette tristesse et ce bout de pain. Et un sourire – un peu de tendresse – et quelques mots aussi – que l’on oubliera très vite…

 

 

Nous avons revêtu les plus beaux atours du dénuement – sans cri – sans faste – sans clameur – sans le moindre applaudissement. La tête et les mains dignes et défaites. L’âme sans parure – dans sa plus simple tenue ; un cœur pour aimer et remercier en silence…

 

2 juillet 2019

Carnet n°193 Notes journalières

Ce qui est devant nous – un paysage – une promesse – un présage peut-être…

 

 

Se répétant – comme si le neuf pouvait naître de la litanie…

 

 

Tout s’arrache – ou finit par se retirer. Serait-ce – à la fin – la délicieuse solitude

 

 

Quel âge avons-nous ? Et en quoi cela bouleverserait-il l’éternité…

 

 

Ce que nous confions n’est, peut-être, qu’un rêve – qu’un désir d’exister – une manière autre de vivre…

 

 

Ce que nous avons mis des années – des siècles peut-être – à découvrir péniblement – soudain – c’est là tout entier – offert non comme une quelconque récompense mais comme une sorte d’encouragement à l’abandon…

 

 

Nous pactisons avec n’importe quoi pourvu que l’alliance nous permette d’échapper à ce que nous n’aimons pas – à tout ce que nous fuyons comme la peste…

 

 

Devenir, à la fin, à peine moins bête qu’à ses débuts – trop rarement. Plus aigri et plus ignorant – trop pétri de certitudes – plus sûrement…

 

 

Sur quel Dieu étrange chevauchons-nous pour aller ainsi sans rien voir – ni rien comprendre…

 

 

Que connaissons-nous de la terre – que connaissons-nous du ciel – et qu’avons-nous appris sur nous-mêmes… à peu près rien…

 

 

L’abîme du monde – du cosmos – n’a rien à envier à celui que nous portons. Mais, sans doute, est-ce le même qui, à nos yeux, présente deux visages…

 

 

Pas d’épaule amie sur laquelle on pourrait poser son œuvre et sa fatigue. Il faut tout porter seul jusqu’à la grâce…

 

 

Moins à comprendre qu’à sentir – moins à vivre qu’à goûter…

Savons-nous réellement faire usage du corps…

Pourrait-on, au moins un instant, éprouver la manière dont l’esprit s’est glissé dans la matière…

 

 

Et si la fin annonçait la réparation et la réconciliation avec le monde – l’extinction de cette peur et de cette rage que nous portons depuis si longtemps…

 

 

Devenir enfin ce dont nous avons toujours rêvé. Et le vivre pour la première fois – à la manière des simples…

 

 

Ce que nous rendons plus présent – presque rien – un regard – un geste – une manière d’être là – plus attentif…

 

 

Des nuages gris – un ciel venteux – des arbres au-dessus du toit de verre. Et le petit homme qui regarde – qui ne demande rien – ni au ciel – ni au monde – ni aux arbres – qui regarde seulement – comme si la contemplation suffisait…

 

 

L’Amour – simplement – comme un grand trait de lumière dans le vent – la nuit et le jour – comme des lèvres entrouvertes – un visage qui vous salue – une main qui vous retient – un air que l’on entonne pour soi – sans raison – une manière d’être seul sans jamais refuser d’être ensemble…

 

 

Nous ne possédons rien – pas même le jour – pas même l’orage. Un regard, peut-être, sur les choses et les visages – qui nous semblent de moins en moins étrangers…

 

 

Heureux comme un oiseau qui va de branche en branche – d’arbre en arbre – et dont le ciel est le seul refuge…

 

 

Vents et ruisseaux d’autrefois – derrière nous ; à suivre son chemin sans jamais se retourner. Hier s’en est allé. Demain ne sera un jour nouveau. A cet instant, une seule certitude ; nous respirons…

 

 

De passage – toujours – comme les mille autres atomes du monde. Ici par l’élan d’un Autre – les caprices d’un vent mystérieux – sans autre raison que la volonté du silence…

 

 

Nous pouvons bien parler – dire mille choses – dire n’importe quoi – ce qui nous passe par la tête – personne n’écoute notre chant – nos rengaines – la beauté du jour…

Sur le pas de la porte – le silence – seulement – attentif – s’écoutant à travers notre voix…

 

 

Marchepied d’un Autre pour que chacun puisse se hisser…

 

 

Tout dans l’apparence d’un destin – le souvenir – l’origine – le possible. Mais rien qui ne soit sans danger…

 

 

Nous témoignons – comme les fleurs – d’une fragilité mortelle…

 

 

Nous aimerions, parfois, des horizons moins pathétiques. Mais qui sommes-nous donc pour dénigrer les couleurs prises par l’innocence…

 

 

Fruits d’une alliance entre le sourire et le silence. La tête jamais haute – à humer, partout, l’essence du monde. Modeste privilège, peut-être, des pas métaphysiques…

 

 

Avec nous, la force et la fébrilité. Aux forêts, la patience des siècles. Nous ne les dominerons qu’un temps ; elles nous survivront bientôt…

 

 

Une allée où tout apparaît avec la lumière du jour – comme, peut-être, le lieu le plus central du monde…

 

 

Dans la forêt – nous vivons au cœur de la plus belle cathédrale dont les fidèles ne craignent jamais le ciel – qui les fréquente (d’ailleurs) toujours en ami – en compagnon soucieux de leurs besoins…

Nous rêverions d’être prêtre dans ce temple sacré. Pasteur des pierres et des bois. Et nous laisserions les oiseaux nous instruire de leur prêche – et le silence envahir les lieux pour que nos cœurs se dilatent et deviennent de hautes – de très hautes – colonnes de joie…

 

 

Nous ne voyons pas (nous n’avons jamais vu) la beauté du monde – nous ne voyons (nous n’avons toujours vu) que ses usages – comme de pauvres bêtes tributaires de leurs organiques nécessités…

 

 

Ce que nous sommes – en attendant la grâce – des ventres et des esprits à remplir – des êtres aliénés par la matière, les histoires et les images…

 

 

Pas de Graal sans solitude – et maintes querelles à vivre ensemble…

 

 

Relation vivante qui se passe de chair. Un regard – des mots – du silence. Et quelques gestes discrets et tendres…

 

 

A se détourner, sans cesse, d’un silence bienfaiteur – comme si les bruits, l’agitation et la foule donnaient aux hommes le sentiment d’être vivant – l’illusion d’appartenir au monde…

 

 

Tout entier avec ce qui nous unit…

 

 

A écrire comme si la joie pouvait déborder du feutre – couler sur la page – se répandre sur le monde – emplir le cœur de chacun…

Ah ! Si nous avions cette force de soustraire à la misère ; mais nous ne sommes qu’un vase aux bords étroits…

 

 

Nous vivons d’un peu d’eau – d’un peu d’herbe – et, plus essentiellement, de silence, de présence et de langage. Les ingrédients nécessaires à notre joie…

 

 

A la source, peut-être, des destins – cachés sous une pierre, le soleil et la vérité…

 

 

Un grand cri de l’âme pour remercier ce qu’aucun – heureusement – ne sait – ni ne peut – saisir…

Offrande au plus absent de nous-mêmes – au plus humble – en larmes – à genoux – fou de joie et de gratitude…

 

 

Ce que nous jugeons trop lointain n’est, peut-être, dû qu’à la paresse du cœur…

 

 

Nous aimerions, parfois, passer de la discrétion à l’exil pour ne plus être obligé de faire la grimace et de lever les yeux au ciel devant tous ces visages dont le comportement nous déplaît ou nous révulse…

Devenir un soleil caché – minuscule – rayonnant dans le silence et la solitude – pour lui-même – et quelques visages de passage – respectueux – humbles – fragiles – sincères…

Frère de l’Autre dans cette grande fratrie hétéroclite…

 

 

Notre bonté se rétracte à force d’intransigeance (celle du monde favorisant la nôtre – et inversement, bien sûr)…

 

 

Je ne parviens plus à voir en l’homme la moindre promesse d’humanité. Je ne perçois plus que la bêtise, l’avidité, l’étroitesse, la veulerie, la paresse et la ruse au service des instincts…

 

 

Mes congénères n’ont plus de visage – ils appartiennent à d’autres règnes…

Sable, roches, herbes, fleurs, arbres, nuages, forêts, prairies sauvages, bêtes de tout poil – dont la nature me rappelle celle du premier homme – humble – farouche – indocile – éminemment vierge – bien plus humaine que celle des hommes qui se prétendent civilisés…

 

 

L’horizon, au fil des pas, change de couleur. Nous marchons – et nous sommes déjà ailleurs – à porter l’habitude dans son allégresse – à vivre la joie et la tristesse au même instant…

 

 

Un monde dégradé et dégradant – voilà à quel triste spectacle nous assistons – impuissants…

 

 

Il faudrait être fou ou sage pour aimer les hommes. Et je ne suis, sans doute, ni assez fou, ni assez sage pour m’y résoudre…

Ma pente naturelle serait de m’éloigner – de trouver la distance (grande – très grande) qui me séparerait du monde pour pouvoir, à nouveau, aimer les hommes…

 

 

Un voyage – un chemin – aux allures d’exil – avec l’espérance de retrouvailles très lointaines…

 

 

Le fossé, au fil du temps, s’est tant creusé que je n’ai plus le sentiment d’être un homme, ni même d’appartenir à l’humanité…

Comme si nous n’habitions plus le même monde…

Comme si nous étions devenus des étrangers – presque des ennemis – contraints de cohabiter sur le même sol…

 

 

Je vis comme ces bêtes sauvages qui s’enfuient à l’approche du moindre visage pour échapper à la folie du monde bâti par les hommes – et ne pas finir serviles – attachées – aliénées – offertes à leurs jeux barbares…

 

 

Le regard profond d’un homme défiguré par la noirceur…

 

 

Sur la falaise des Dieux – hésitant encore à sauter…

Routes qui nous ont mené en ce lieu précis…

Etrange itinéraire qui a, peut-être, manqué de lumière…

Visage que l’Amour aura à peine effleuré…

Vaillant encore – malgré l’absence alentour – et qui a juré fidélité à toutes les nécessités du voyage…

 

 

Le silence aurait pu tout illuminer – au contraire, il a tout assombri…

Le silence aurait pu tout éliminer – au contraire, il a exalté le pire…

Et les murs – à présent – sont trop hauts – trop massifs – pour rejoindre le monde…

Aurions-nous franchi l’infranchissable…

Ne reste plus qu’à aller – l’âme digne – vers toutes les bouches qui nous dévoreront…

 

 

Théâtre des Autres de plus en plus étranger – et que je vois s’éloigner sans regret…

 

 

Où voudrait-on que l’on dirige nos pas…

Ce qui semblait une impasse nous invite encore – et semble avoir quelques surprises à nous réserver…

Peut-être marchons-nous à reculons… Peut-être allons-nous la tête à l’envers. Les miroirs ne suffisent plus à refléter la réalité défaite…

Les repères sont désorganisés…

Rien n’y fait ; on glisse sur sa pente…

Et qu’avons-nous à perdre ; nous ne sommes déjà plus rien…

 

 

Tout s’écarte – à présent – à notre passage. L’absence a débarrassé le monde – les yeux – l’Amour – les visages – le silence. Même la lumière s’est éloignée. Ne restent plus que ces deux pieds qui – lentement – s’enfoncent – qui, peu à peu, divergent – qui échappent, à présent, à tout tracé…

Seul avec la nuit – et cette mystérieuse obscurité au fond de l’âme…

 

 

Face à ce qui ne peut nous dévêtir davantage…

Si – il reste toujours quelque part des encombrements – des trésors inutiles…

 

 

On va – on se laisse aller – guider par ce qui nous pousse et nous invite…

L’inconnu nous convie – pourquoi aurions-nous peur ; le fond du gouffre a, sans doute, déjà été atteint…

Seules la voix – en nous – et l’écriture nous accompagnent. Courageuses complices sans lesquelles nous ne serions plus – parti depuis longtemps de l’autre côté – sur l’autre versant – en contre-bas du monde…

Ne crains rien – nous irons ensemble, me disent-elles, le temps est venu d’aller au-delà du monde – là où les yeux et les idées ne sont que des obstacles…

 

 

Se tenir devant le monde sans ciller – qu’y a-t-il de plus difficile… On a vite fait de vouloir tendre la main – faire une grimace – lancer un juron…

 

 

Des visages comme des ombres – presque comme des ombres – si l’on se souvient qu’ils sont l’œuvre du labeur patient de la lumière. En cas d’oubli, on ne voit que du noir – des habitudes – des instincts…

 

 

Je mourrais, je crois, si l’on me privait de feuilles et d’écriture – je gratterais le sol – je grifferais la terre – je griffonnerais sur le sable – j’enfoncerais mes doigts partout pour tracer quelques traits – de pauvres hiéroglyphes encore plus indéchiffrables qu’aujourd’hui…

On ne se libère de rien – et moins encore de ses nécessités…

 

 

Nous ne sommes, peut-être, que des murs qui respirent. Briques mal assemblées d’un grand labyrinthe illusoire que le regard et les vents traversent – franchissent – survolent – avec une aisance déconcertante – et qu’ils défont avec moins de force qu’il ne faudrait à Dieu pour nous jeter par terre…

Quelques chose suinte à travers nos fissures – un peu de salive impatiente…

 

 

Nous ne sommes qu’un chantier que nul ne peut achever – un projet tenace qui s’effondre – presque toujours – au même endroit – et que la providence rebâtit pierre après pierre…

Eboulis permanent – et indéfiniment reconstruit…

 

 

Avec un peu de temps – et de patience – peut-être parviendrons-nous à devenir le sol – la terre sur laquelle s’érigent tous les miracles…

Eclats d’une force – en nous – qui subsiste…

 

 

Plus que pierre – certains sont poutre – charpente – clé de voûte ; ils prennent appui sur les autres – et croient ainsi être au-dessus – et plus à même de s’élever – d’effleurer le ciel – l’inconnu – ce qui n’appartient à la terre. Mais ils se trompent, bien sûr…

Le ciel est aussi près de l’herbe que de l’arbre – question triviale de perspective…

La joie n’est accessible qu’au plus humble – en chacun – qui s’agenouille. Qu’importe la place et la hauteur ! L’humilité est la seule posture – le seul point d’accès…

 

 

L’esprit de la fausse virginité qui se souvient malgré lui – encombré encore d’amas hétéroclites – tas de ferraille – gestes tendres – paroles partagées – anciens festins – qui pèsent plus lourds que les pas et les circonstances présentes…

 

 

On n’en aura jamais fini d’apprendre à vivre – d’apprendre à être. Les circonstances y veillent – l’exigent – nous y soumettent…

 

 

On croit, parfois, se résoudre – s’alléger. On ne fait, en vérité, qu’alourdir et complexifier les nœuds…

Il faudrait tout abandonner – poser l’œuvre réalisée – l’œuvre en cours – l’œuvre à faire – et s’asseoir en silence – un peu à l’écart – s’étendre sur les pierres – regarder le ciel – attendre la mort – ne plus espérer ni l’Amour, ni la joie – ne plus s’éreinter à l’espérance – s’offrir au grand repos de l’âme…

 

 

On s’épuise à trop vouloir façonner la suite – à trop vouloir deviner l’allure du prochain virage…

Nous sommes en train de fuir – d’ignorer le présent – à force d’imaginaire…

Mais que sommes-nous à cet instant – qu’une âme qui s’expose – qu’un désir d’ailleurs – qu’une volonté d’échapper au pire…

 

 

La marche aussi lourde que le cœur – que l’esprit – que la terre sans visage…

Rêve d’un marécage où s’enlisent tous les voyages…

 

 

Souvent, l’étreinte et la distance ne suffisent à la guérison. Et l’on vit – et l’on meurt – avec ce mal incurable au fond de l’âme…

 

 

Comment oublier que vivre est d’abord une blessure – une blessure profonde – réelle – comme un refus inaugural – que l’on ne parvient que trop rarement à transformer en regard guérissant – et en joie indiscutable – souveraine – inconditionnelle…

 

 

Et ce silence – en nous – qui voit tout passer – le défilé incessant des états – la ronde permanente des phénomènes ; événements, émotions, pensées, sentiments – le grand cirque des joies et des peines…

Les hauts et les bas – simples dénivelés du destin…

Tout passe comme un rêve…

 

 

Quatre planches qui dérivent jusqu’aux eaux noires de la mort – avec posées dessus de petites figurines de glaise malmenées par les forces intérieures et les souffles du dehors. Mal en point – en déséquilibre toujours – sur ce grand fleuve sans soleil…

 

 

Rétrécissement de la lumière dans l’œil triste et fatigué. Sans la moindre perspective…

Il faudrait un rire salvateur – comme une tornade qui emporterait tout – et nous avec… Peut-être alors, reviendrait la lumière. Peut-être alors, le ciel s’éclaircirait. Et le regard pourrait répondre au rire en lançant quelques éclats de joie sur cette terre sans visage…

 

 

Un monde sans mirage – miraculeux seulement – sans personne pour se réjouir – sans personne pour s’attrister…

Des âmes et des mains – simplement – magnifiquement exultantes…

 

 

Dieu jouant avec nous comme deux mains battant les cartes – distribuant le hasard – les nécessités – l’infortune et la chance – à tous les joueurs présents autour de la table…

 

 

Les mille visages de la solitude ; et ses deux versants – celui de la joie qui donne le sentiment d’un privilège – d’une grâce – et celui de la désespérance qui donne le sentiment d’un exil – d’un abandon…

 

 

On a passé sa vie à soustraire ; et, à présent (à presque 50 ans), on accumule les « sans » ; sans logement – sans travail (au sens où ce terme est si étroitement utilisé de nos jours) – sans compagne – sans enfant – sans famille – sans ami – sans désir – sans projet – sans rien (ou si peu) ni personne…

A se demander si nous existons encore…

Et le rêve de l’Amour et de la lumière – brisé lui aussi…

Plus rien, vous dis-je. Pas même le néant…

 

 

Sans attente – et, pourtant, je sens encore au-dedans quelques espérances implorantes…

Homme encore un peu, sans doute…

 

 

Seul dans la nuit qui gronde et tourmente…

Seul au coude-à-coude avec les ténèbres – dans cette course vaine…

 

 

De projet en rupture – d’extase en désespoir – sur les petites montagnes russes de l’être…

Comme si vivre ou ne pas vivre revenait (exactement) au même…

Que me semble loin le temps du regard où mon âme et le monde s’y baignaient. Grande étendue de lumière sans remous où tout avait un goût de félicité…

 

 

Aujourd’hui, il n’y a plus ni alliance, ni consolation. On ne peut compter que sur son âme affaiblie et fatiguée. Et sur la page comme seule amie que, chaque soir, notre main retrouve…

Rien d’autre – comme si notre temps était passé – et, avec lui, notre chance…

 

 

Tout s’use – étoffe effilochée – déchirée en lambeaux qui pendent – pitoyables…

 

 

La lumière est devenue noire. Et le silence presque angoissant. Un Autre m’habite. Ce n’est pas moi qui note ces phrases – c’est celui qui souffre qui prend ma main – qui saisit le feutre pour tracer ces mots sur la page…

L’obstination – l’entêtement – ou l’habitude peut-être…

 

 

Riche – seulement – d’une œuvre sans lecteur – pathétique…

Sous le regard désolé de mes amis de papier…

Qu’importe – trop forte est la nécessité d’écrire – pas même le besoin de laisser quelques traces. Voir la tragédie se dérouler – simplement – avec cette distance, sans doute, indispensable – un exutoire pour l’âme triste ou joyeuse…

Des notes pour soi – comme des paroles que l’on s’adresserait à défaut d’autre visage…

Une compagnie salvatrice – comme une manière de se tenir la main – et de sentir, sur la page, un cœur vivant – un cœur qui bat encore…

 

 

Le pas et le cœur plus fermes – l’âme moins titubante – l’ascèse de la solitude – le privilège de l’exil. Le labeur du monde et de la sensibilité à l’intérieur…

 

 

Passant – comme un courant d’air – à proximité du point obscur – de ce centre approximatif entouré d’espérance…

 

 

Une marche – des forces qui s’épuisent et se régénèrent. La même énergie qui circule au-dedans et alentour. Dessus et dessous – à travers le souffle et les mouvements…

 

 

La gorge nouée au point de devoir respirer par l’Autre. Entremêlement pathologique – obscur – mortifère – qui confine à l’embarras – au manque lorsque l’absence se prolonge – et à la déchirure lorsque l’abandon devient définitif…

Comme une infirmité à vivre – étouffante…

 

 

Un peu d’air sur cet amas de peurs. Et, soudain, la déflagration – et des lambeaux d’angoisse qui retombent au fond de l’âme…

 

 

Zone délimitée autour du même point – qui se densifie sous le coup de l’éclatement. Comme une reconstitution – une resolidification – un élargissement – un approfondissement – de la blessure…

 

 

Des mots – des visages – un peu vagues – ordinaires – presque sans importance. Des figures que l’on rencontre – des paroles sans connivence – quelque chose de trivial – d’affreusement commun…

Et l’âme jamais écoutée – jamais assouvie – et que la nuit finit par ensorceler…

Un rire balaierait cette poussière…

Un coup de serpe sur le manque et la soif…

Et l’acharnement de la faux qui nous rendrait muet…

 

 

Injoignable tant l’affrontement est féroce – tant la survie est en jeu…

Une parole sensible pourrait tout faire chavirer…

 

 

On croit vieillir ; mais, en vérité, on attend…

On imagine – on élabore des plans – on s’éreinte – en pensée – en actes parfois – à trouver une issue. On brasse de l’air et des idées. On vit sans conséquence. Et puis, un jour, la mort nous fauche…

 

 

Nous avons – exactement – le même poids que le vide. Et, parfois (trop rarement), son envergure…

 

 

Tout se referme sur l’encre. Et la page suivante, peut-être, ne pourra jamais s’écrire…

 

 

Après les tentatives, la nuit – moins frêle qu’à l’accoutumée. Comme si nos forces diminuées lui avaient restitué son épaisseur…

 

 

Debout – à peine…

Une longue fatigue – puis le déséquilibre, puis le terrassement…

Ensuite, on l’ignore…

Rien, peut-être, qui ne vaille la peine…

 

 

Rivières – lacs – roches – herbes – arbres ; notre quotidien sauvage – notre refuge journalier en terre d’exil…

 

 

On aimerait parfois aller comme l’eau fraîche – infatigablement…

 

 

Temps d’averse sans refuge – nul abri – ni au-dehors, ni au-dedans. Où que l’on soit – des trombes d’eau qui déferlent – à chaque instant. Plus qu’une douche froide – une submersion – un plongeon au fond des abysses…

 

 

L’homme contemporain s’ennuie faute d’aventures et d’explorations nouvelles – plus de terra incognita pense-t-il… Aussi cherche-t-il le grand frisson à travers quelques indigents loisirs à sensation…

Qu’il plonge donc en lui-même et qu’il affronte ses pires démons – et il verra s’il n’y a pas là matière à frissonner – à vivre les plus grandes peurs – à côtoyer mille fois la mort et la folie – à devoir lutter sans cesse pour rester en vie…

Il n’y a, sans doute, de plus terrible épreuve – ni de plus belle aventure – pour l’homme…

 

 

Plongeon dans le noir – la terreur – l’inconnu…

A chaque instant – l’incertitude paroxystique – et la surprise de tous les revirements…

Mille Diables qui se déchaînent – mille bouches carnassières – mille couteaux acérés – prêts à vous déchirer – à vous lacérer – à vous dévorer… Et vous, nu et tremblant – entre coups et esquives – entre lutte et vaine négociation – l’âme vaillante et fragile qui s’incline et se redresse – qui s’incline encore – prête, elle aussi, à lutter jusqu’à la mort – jusqu’à la capitulation…

Pas d’allié, ni d’alliance possible. Seul contre tous – seul contre soi – le duel atemporel – le plus grand défi de l’homme…

 

*

 

Il ne faut rien croire – n’être certain de rien – ne se fier ni aux mots tendres, ni aux promesses. S’engager, donner et jouir dans l’instant du partage – puis, tout brûler – ne rien conserver – pas même le souvenir…

 

 

La beauté de la solitude qui, peu à peu, se retrouve. Cette force – cette joie – cette intensité – d’être avec soi – au cœur de l’essentiel – sans compromission – sans renonciation – l’être pour lui-même…

 

 

Il faut tout vivre – tout goûter – tout expérimenter – le pire et le meilleur – l’abominable – le plus terrifiant – le plus commun – le plus rare – le plus haut et le plus bas – pour commencer à savoir – un peu – ce qu’est vivre – ce qu’est l’homme – ce qu’est vivre en homme…

 

23 mai 2019

Carnet n°185 Toujours – quelque chose du monde

Regard* / 2019 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Regard confiant au cœur de l’incertitude – comme si la vie était un chemin joyeux – un jeu – un exercice de découverte – une exploration du réel – un apprentissage de la joie et de la gratitude – et non une suite d’épreuves et de déconvenues – une longue série de peines et de malheurs…

 

 

Nécessités et jubilation silencieuse – sobre – éminemment solitaire – sans autre visage que celui des pierres, des arbres et des bêtes. Cellule au cœur de la forêt – entre terre et ciel – sans horizon ni regret…

 

 

A présent – l’espace et la lettre – et le rythme des pas. Sentier de cendres, peu à peu, transformé en or. Soleil journalier entre l’aube et la page. Le front ouvert au cœur du monde

 

 

Quelques foulées dans des lieux sans importance. L’âme habitée moins confusément. Un envol au-dessus des abîmes intérieurs – au-dessus d’un monde où sommeille encore la plèbe…

 

 

Le ciel recouvre la feuille – traits qui serpentent entre les pierres sur les plus hauts versants du monde. Roches et syllabes se chevauchant – et roulant ensemble sur la mousse – sur la page. Du soleil – de l’ombre – le juste équilibre de l’homme. Des gestes et des mots – soudés par la même substance. L’âme et le langage adossés au même silence. La joie incertaine – fragile peut-être – mais présente – loin des tribulations des siècles. Hors du temps – loin des hommes. Dans cet havre que les chemins ont, peu à peu, façonné…

 

 

Eloignement – à la suite du passé. Phrases et sentiers soutenus par la joie. L’encre et la sueur – issues du même creuset – coulant sur la même pente. Racines au ciel – là-haut – accessible à la verticale de tous les en-bas – après mille détours – mille impasses – mille bifurcations – où l’âme s’est cru perdue…

 

 

A contempler la vie dans le sillon des arbres – avec cette patience de la verticalité…

 

 

Entre le vide et les menaces – l’incertitude – une aubaine pour l’âme malgré l’œil fébrile – inquiet – et que rien n’apaise – pas même la continuité des jours…

 

 

A refaire le trajet à l’envers – jusqu’au puits où tout a commencé. Et sur le point, peut-être, de découvrir l’espace jubilatoire qui a enfanté l’abîme, le ciel et le voyage – cette terre qui nous a vu naître…

 

 

Nulle exigence – ni de solitude, ni de rencontre – ni de circonstances, ni d’extase. Seulement ce qu’offrent le jour et les provisoires penchants de l’âme…

Si loin de cette manière de vivre d’autrefois où chaque événement était un risque – une épreuve – un faix – un accablement…

 

 

Le tranchant du jour – à travers le visage – à travers la parole. La lumière comme un silex sur les masques du mensonge…

L’âpre sentier de la lucidité qui érafle – perce et pulvérise – qui déblaye l’espace nécessaire pour que s’établisse le moins pire de l’homme

 

 

Titubant au milieu de l’ombre – de gestes en syllabes maladroites – pour déterrer ce qui se cache derrière l’identité – sous les racines apparentes du monde – et découvrir la vie hors du temps et le premier visage qui enfanta les siècles…

 

 

Entre le vide et le monde – cette course inachevée…

 

 

Le vent, l’incertitude et la parole couchée sur ce blanc innocent et sans mémoire…

 

 

Pantin des forces noires qui nous gouvernent. D’impasse en bifurcation – de sol en ciel imaginé – vers ce langage sans verbe – vers ce geste au-delà de toute intention. Là où les mirages sont pulvérisés – là où l’illusion implose – abandonné à soi et à la possibilité de la rencontre. Murs qui se lézardent – qui s’effritent – qui s’effondrent sur toutes les ruines – et toutes les tombes – des siècles. Au commencement de tout, peut-être…

 

 

Entre les ombres et la transparence du noir. Architecture horizontale que viennent lécher les vagues et le brouhaha du monde avant de se fracasser contre les digues de l’âme…

Hauteur aux portes de la mort. Brasier où nous nous attardons, peut-être, trop longuement…

Nébuleuse asymétrie où se déversent la sueur et le sang de la désobéissance…

Un peu d’encre – quelques taches sur le lustre des lettres…

 

 

Mots emphatiques et inutiles – là où le moindre geste convoque – et réunit – tous les Dieux…

 

 

A vivre parmi les mythes et les reflets – cette ombre galopante qui traverse le monde – qui pénètre les esprits et s’entasse dans les têtes en strates de poussière légèrement argentée. Et la soif jamais tarie de l’âme qui cherche – accroupie – dans toutes les eaux stagnantes la source inaséchée…

Vertige de l’errance et de la dépossession…

 

 

L’ignorance pointée comme un tremplin – comme une possibilité de prolonger le rêve…

 

 

Chaque visage plongé dans les abîmes communs – dans le noir constitutif du monde – là où l’illusion tient lieu de repère – de loi – de vérité… Là où la certitude devient le seul étai pour échapper au néant…

 

 

La délicate attention de l’aube – agenouillée à nos côtés. L’œil au portique découvrant, à travers la fente, le terrifiant spectacle du monde…

 

 

A entendre partout le dedans appeler le dehors – et le dehors se perdre dans toutes les impasses du monde – et se cogner à la vitre du silence – toujours aussi ouvert – toujours aussi infranchissable – toujours aussi ignoré…

 

 

Une main et un front ouverts aux esprits qui cheminent – au silence tissé entre les mots – aux bêtes que la lumière réchauffe et rassure – à toutes les lueurs dans la nuit terrestre…

 

 

Alphabet de découverte pour percer le mystère dissimulé à l’origine du temps…

 

 

Le même monde – les mêmes choses – à l’envers – lorsque l’âme trouve son équilibre sur le fil tendu entre l’abîme et l’incertitude – lorsque l’âme se faufile entre les visages – lorsque l’âme plonge au cœur des circonstances…

 

 

Parler avec soi – et avec tous ceux qui sont vivants. Mais garder le silence face aux spectres mimétiques…

Cortèges inchangés de la répétition dont les pas et les heures pèsent aussi lourds que le plomb…

 

 

A tourner sur soi jusqu’à rompre le fil des incarnations. Métamorphoses jusqu’à la virginité de l’âme – à l’approche de la saison désertique où le ciel devient une perspective giratoire ouvrant sur des continents inconnus – invisibles – immatériels – au sein desquels la neige se transforme en flammes et le feu en océan de cimes déchaînées…

Bain de lumière au cœur de la nuit…

 

 

Dans l’intensité d’un regard soupesant la nécessité du monde. Dans cette faille qui annihile la mort et le temps…

 

 

Le dérisoire célébré pour échapper au néant qui – ainsi – gagne le monde avec plus d’ardeur…

 

 

Ce qui serpente entre les miracles – le doute irrévocable de l’exil. La crainte de vivre hors du cadre – hors du centre – trop loin du cercle des mystères et des résolutions…

 

 

Enfant parmi des visages masqués sur lesquels ont été gravées – à traits grossiers – des caricatures d’adulte – fat – indifférent – chargé de toutes les fausses prétentions du savoir…

 

 

Route où règnent les virages et l’incertain – et, de manière moins visible, le rapprochement inespéré de l’âme, du geste et du silence…

 

 

Existence sobre. Quotidien simple et joyeux – si amoureusement solitaire – où le langage importe autant que le silence – et le monde naturel autant que l’espace intérieur…

 

 

Visage de tous les vivants – rencontrés au hasard des chemins – celui des arbres, des pierres et des bêtes – et celui, plus rare, de quelques hommes…

 

 

Présence en soi d’un Autre qui contente l’âme – et offre au corps et à l’esprit le nécessaire. Le reste est glané dans le monde – ici ou là – au hasard des rencontres et des chemins…

 

 

Des rives solitaires où tout semble si étranger – les bruits, les rythmes, les visages – le sommeil des âmes qui rêvent, peut-être, d’éternité. L’automatisme des gestes, le prosaïsme des pensées. La pauvreté du langage et des rencontres. La violence qui répand l’opprobre et le sang. Les opinions et les jugements déguisés en fausse raison. L’ignorance et la barbarie qui – partout – piétinent l’innocence et la beauté. Et le mépris des marges où nous autres sommes exilés…

L’abstraction d’un monde où ne vivent que des inconnus…

 

 

Ouvrir à ce qui nous peuple l’espace nécessaire pour réclamer – être accueilli et honoré – et devenir davantage vivant que fantôme – davantage vivant que démon. Offrir à tous ces visages la tendresse et l’attention nécessaires sans leur imposer – par la ruse ou la force – le silence et la raison…

 

 

Nulle part est le seul lieu existant – le seul lieu où nous sommes – le seul lieu où demeurer. Les autres contrées sont trop certaines – trop circonscrites – trop étroitement liées à l’absence… On peut y vivre – s’y installer – et même y mourir – mais, où que nous soyons, nous sommes toujours un peu ailleurs – dans cet interstice variable sans coordonnées précises – là où nul ne sait s’il existe ou s’il n’est qu’un rêve…

 

 

Réduire l’abîme entre l’âme, la chair et l’esprit – devenir l’incarnation du verbe et du silence – pour que le geste devienne intelligence sensible – et que tout se réalise à partir du respect – et avec tendresse – même les plus virulentes réponses imposées par les circonstances et les inclinations du cœur…

 

 

Percées en soi du moins tangible – du plus éloigné du commun ; le plus simple et le plus ordinaire, en vérité, de l’existence et de l’homme…

 

 

Les yeux dans l’air invisible – à la source, peut-être, des choses – en deçà du sens commun (et du sens cherché) – au milieu des fantômes qui peuplent le monde…

 

 

Des âmes fascinantes derrière la faim tenace – féroce – récurrente – et le sommeil naturel. Lumière dissimulée – comme en retrait – entre deux bouchées – entre deux soupirs – entre deux bâillements – entre deux indigences, en somme…

 

 

Tissée d’ombre et de réponses – voix en fragments – entre le vide et l’œuvre inaccomplie – inachevable sans doute – mais cohérente de bout en bout – où s’esquisse, avec authenticité, le tracé d’une quête – d’un voyage…

 

 

Un jour comme un instant – une vie comme un jour. Et tous ces restes d’éternité abandonnés au temps et à l’oubli…

 

 

Jouer et mourir ensemble – de joute en combat – au cœur de l’âme. Forme de révolution sans empiétement, ni sang versé. Poussière, cris et nuages au-dedans, peu à peu, transformés en orage – en chute – puis, en silence…

Choses souffrantes et apparentes injustices délaissées pour une volonté plus grande – et sans intention – universelle peut-être – cosmique sans doute – sans verdict, ni châtiment – pour que l’épreuve imprègne l’âme, la poitrine et le visage – toutes les coulisses de nos histoires – tous les cercles de notre identité…

 

 

A la cime des jeux – au-dessus des enclos où croupissent toutes les créatures du monde – bouche et bras dressés les uns contre les autres – virulents – démunis – aveugles aux liens intangibles qui réunissent tous les fragments en un grand corps souffrant et jubilatoire – toujours innocent de nos mythes et de nos histoires…

 

 

Les pas les plus tendres de l’automne – entre écriture et soleil – sous la lumière qui a inspiré les vents. Assis sur les pierres où les rires – toujours – sont provisoires – près des grands arbres dont le faîte caresse la chevelure des Dieux. Pauvre et sans miroir – sans même un visage pour contempler son reflet. Fleurs et quiétude au soir couchant lorsque l’autre soleil détrône celui du jour. Le temps immobile – et qui, pourtant, semble s’écouler. Là où, sans doute, est notre demeure…

 

 

Pierre entre les murs mais la respiration ailleurs – au-delà du monde – au-delà des hommes et des Dieux – au-delà du temps…

 

 

L’écriture comme reflet d’un effacement progressif. L’âme de plus en plus vacante – et l’espace comme un soleil – une vaste prairie pour une seule fleur – à distance de ce qui passe – de ce qui crie et gesticule – loin de l’effervescence et de l’angoisse des vivants…

 

 

Les mots effacent peu à peu tous les noms – tous les traits – toutes les identités obsolètes. Langage de silence que tant associent aux forces destructrices qui, à leurs yeux, mènent toujours à la mort et au néant…

Simple déblaiement du superflu – des amas inutiles entassés là – partout – sur la terre et au fond des têtes – depuis des siècles…

 

 

Tout diverge – à présent. L’exil se précise – la solitude s’affine – le passage anonyme s’intensifie…

Un corps en mouvement – quelques gestes – et l’assise – toujours incertaine – ancrée au cœur de cette immobilité souveraine – avec, au fond de l’âme, le silence comme seule couronne…

 

 

Loin des hommes qui réfutent l’acquiescement permanent du Divin. Paupières fermées sur l’asymétrie grandissante. Mythes et sommeil – et mille routes dérisoires – extravagantes – et effrayantes à maints égards – qui éclipsent, de manière presque rédhibitoire, toute possibilité de clarté…

 

 

Monde et syllabes édifiés contre les vents – et sur le sable sous lequel sont enterrés tous les morts que la terre a connus. Poussières magnétiques qui, à travers nos gestes, existent et respirent encore…

 

 

Spirale invisible dans le poème – où les mots – tous les mots – somment de revenir au silence…

 

 

L’innommable aux mille noms rudimentaires – incomplets – balbutiants – que notre bavardage peine à reconstituer…

Pyramide aux visages et aux reflets changeants. Edifice d’ombre, de savoirs et de sable que les hommes et les vents bâtissent depuis des siècles – et qui, peu à peu, s’effrite – se désagrège – pour offrir l’espace et le silence nécessaires à la célébration de l’invisible – ce cœur magnétique et rayonnant – le seul centre de nos histoires – de toutes nos histoires – si partielles – si fragmentées – si dérisoires…

 

 

Sur le même versant que Dieu, les vents et la lumière obscurcie…

 

 

Entre parenthèses – nos vies en sursis. Entre des milliers de points de suspension. Et l’inconnu – le probable et l’évident – avant et après – et au milieu de ce que nous vivons et de ce que nous écrivons sur le dérisoire registre des vivants…

 

 

Des oiseaux au milieu des esprits – quelques idées aussi légères que l’air. Des bruits de feuillage et d’oies sauvages au-dessus de nos têtes. Les chants du monde épargnés par l’apocalypse – par la tragédie de la terre et la tyrannie humaine. Survivants provisoires – rescapés des canons qui prolongent les bras cruels des hommes…

Parmi les pierres – entre rire et soleil…

 

 

Rien ni personne derrière les noms – qu’un peu de terre – qu’un peu de vent. Et la présence espiègle et le silence anonyme qui supplantent l’identité et le langage…

 

 

Ni gouttière, ni escalier. Un toit de toile – une couverture pour la nuit. Et la terre pour royaume…

Ni faux, ni moisson. L’immensité pour seule récolte…

La solitude partout – au-dehors comme au-dedans. Et Dieu au milieu – entre dépit et extase – plongé dans la contemplation de ses mille visages…

 

 

L’ombre tournant autour d’elle-même à la vitesse de la lumière pour essayer de dépeupler l’obscurité…

 

 

Ivres de rêves et d’alcool – comme unique manière de décorer le néant – de donner un peu de couleur à l’obscurité de l’abîme. Fenêtre dans la grisaille – horizon dans la nuit – aussi tristes que tous ces visages titubants dans la poussière…

 

 

Seuls à veiller dans les ténèbres. Comme d’infimes lampes vivantes agrippées à toutes les possibilités du ciel. Temples précaires au sein desquels l’âme – attentive – guette la moindre opportunité – le moindre rai de lumière…

 

 

L’âme aimante – désengagée des turpitudes du monde – reflet d’un autre jour – simple – et moins fébrile qu’au commencement du voyage…

 

 

Suspendu au-dessus du paisible reflet…

Lumière et beauté en surplomb de la fange et de l’impatience – au-dessus de cette fébrilité sans poids et de cette angoisse marécageuse dans lesquelles sont plongés les hommes…

 

 

Yeux dessillés – heures de pleine présence – où le monde ressemble à un rêve – où les Autres ont la même consistance que les âmes – nuages – vapeur docile – tremblements parmi d’autres tremblements. Seule la respiration atteste notre existence. Le reste défaille aussi sûrement que la nuit paraît dense – épaisse – étrangement sombre…

 

 

Fleuve d’instants et de pierres – charriés comme du limon – où la clarté rehausse toute présence – où les heures sombrent faute d’intensité – où ce qui s’écoule – où ce qui s’étire – n’est ni le temps, ni les âmes – mais le reflet de nos yeux perdus cherchant Dieu parmi les algues et la boue des rivages…

 

 

Entre nous – cette absence qui maintient les âmes à distance – emmurées dans leurs plaintes et leurs tentatives…

 

 

Tragique – parfois – comme l’errance des esprits devenus fantômes cherchant un nom – un clan – une lignée – et une pierre où poser leur fatigue…

 

 

Des signes qu’aucun œil ne décryptera – appelés à danser furtivement dans l’âme de celui qui les a déposés sur la page – appelés à courir brièvement dans l’air parmi mille autres pensées – appelés, après quelques cabrioles, à retourner dans la faille – dans l’abîme murmurant tous les secrets du monde…

 

 

Vacillant dans la main des siècles. Noirci – presque consumé – par les feux du temps. Rien qu’une flèche décochée vers le moins pire – la seule possibilité…

 

 

Manteau d’écume sur le soir couchant. Lumière – comme un astre dans la main placée à hauteur de visage – paume ouverte sur la nuit – obscure – profonde – abyssale. Âme fraîche et palpitante – pétrie de rêves et de résurrection – planant comme un songe au-dessus des croix posées au carrefour des chemins…

 

 

De la boue, des fleuves – et cette rive mystérieuse – introuvable à partir des critères géographiques communs. Du silence – quelques signes pour guider la marche et orienter les pas – vers ce lieu où ne règnent que l’inconnu et l’incertain – là où les fronts se baissent et les lèvres s’embrassent – là où le feu devient ardeur sans intention – là où l’Amour se transforme en rayonnement discret et anonyme…

Dans les bras déjà de l’indestructible qui s’approche lentement…

 

 

A notre place – infime – dans cet immense inventaire où les noms ne sont que des flèches pointées vers le silence…

 

 

Les siècles – piliers des traditions labyrinthiques. Mille gestes – mille visages – identiques – célébrant les mêmes paupières closes. Eaux emportées par le même fleuve vers l’océan où les vents et la mort se côtoient – et conspirent ensemble contre l’acharnement des hommes – l’ignorance millénaire – la barbarie mise au faîte de toutes les pyramides…

 

 

Echo de la même vague qui caresse ces rives depuis des milliards d’années – qui sépare et disperse ce qui n’aspire qu’à se réunir…

 

 

Trésor brûlant du même jour qui s’éternise…

 

 

Quelque chose demeure – à chaque instant – que nous ne savons voir – nous qui passons toujours trop vite – d’une chose à l’autre – d’un visage à l’autre – d’un lieu à l’autre – d’espérance en promesse rarement tenue…

 

 

Heures lumineuses au soir couchant – entre le silence et le chant de la rivière. Le temps immobile – s’écoulant à peine – au milieu des arbres – sur ce sentier de terre fréquenté par les bêtes de la forêt. Quelques signes sur la page près de mes frères endormis. Quelques livres sur la table – une tasse de thé – un feutre. Et la joie de l’âme dans cette cellule dérivant sur les routes du monde – stable dans son assise – acquiesçante à ce qui vient – dispersant les restes du passé dans tous les fossés qui bordent les chemins…

Fidèle au voyage et à l’itinéraire intérieur…

 

 

Le monde se déplie comme un visage trop longtemps caché qui a enfoui son Amour comme un secret dans les replis de la terre. Place nue – âme noyée de larmes – bouche émue par ce qui s’enfante et les répudiations successives. L’exil des marges. La pauvreté du commun qui applaudit à chaque lynchage de la différence. Le front haut – immergé dans son délire – épaules voûtées par le poids du manque et les années ingrates – sans joie. Et ce rire qui résonne dans les tourmentes – dans les tempêtes – dans tous les déserts traversés. Ce qui vient de l’être et ce qui vient du ventre. La beauté et les discours inutiles. La vie, le soleil et la poésie. La présence lisible au creux de nos silences. Les étoiles et l’effacement de toutes nos histoires. Nos récits, nos batailles, nos résistances – toutes nos chimères – aussi minuscules qu’est grande et majestueuse la solitude. Et la mort qui vient clore nos dérisoires aventures. Jusqu’à la fin où, bien sûr, tout recommence…

 

 

Manteau d’hiver sur la plaine que le froid a recouvert. Seul(s) dans la forêt – loin de la ruche humaine – de ces cités couleur de soufre et de colère où les hommes étouffent et s’agglutinent…

Personne ici – qu’un soleil qui étreint l’âme. Et ce vent qui nous embrasse comme les héritiers du néant à la rage cannibale…

Rien que deux yeux ouverts sur cette faille immense dans le mur du monde. L’esprit qui chante pour la joie des pierres. Et ces grands arbres amoureux du silence. L’été au-dedans ne va, sans doute, plus tarder…

 

 

La langue et le pas oublieux des saisons – indifférents aux jours qui passent – griffonnant sur la page – sur le monde – leur humble arabesque – leur danse joyeuse…

Feutre à la bouche – fracassant toutes les portes – effaçant toutes les frontières – pour que la ronde dure encore – dure toujours…

 

 

Mouvement elliptique qui brise l’apparente linéarité de la marche du monde – de la course du temps – ouvrant l’âme au sang et au silence – brûlant la nuit et ses illusions – l’orgueil et ses prétentions – l’identité, les pierres et le soleil – allant là où tout se profane – où tout s’incendie dans la volonté joyeuse du silence pour que – partout – règne sa consécration anonyme – discrète – invisible…

 

 

Chemin de sueur et d’aube récurrente. Feu, poudre et lames métalliques ; terre profanée – plaines et forêts dévastées – collines défigurées – montagnes lézardées – par le sacre nocturne de l’homme – auréolé de sang et de béton…

Ne survivront, peut-être, que le silence et le lichen…

 

 

Petites choses dans les vents et l’infini. Des yeux – un cœur – un peu de chair – et cette âme tremblante qui rêve de jubilation…

 

 

Mains ouvrant toutes les portes – déchirant tous les voiles – éliminant toutes les limites – pour célébrer la nudité fragile de l’être, si souvent, happé par la force des éléments – dansant dans la tempête – au corps à corps avec le monde. L’âme prête à l’ultime sacrifice pour que la joie demeure – toujours – le plus haut de l’homme…

 

 

Le vent se lève – l’heure devient sombre. L’âme se redresse – parée contre tous les assauts. Les rivières débordent. La terre tremble. La pluie cingle. Tout s’agite – et se mêle à la beauté du monde. Les yeux regardent avec effroi la possibilité du sang et de la mort. Les fronts se font fébriles. Et quelque chose – en nous – veille à la justesse du geste et du langage. Les oiseaux et les hommes s’abritent. La fureur – bientôt – sera à son comble. Comme si les Dieux des torrents et de la fougue martyrisaient le petit peuple des vivants – prostrés – fragiles – effrayés par la force des éléments – retranchés dans leur impuissance et leur résignation…

Tous prient – sanglotent – remettent leur vie entre les mains d’un Autre – mystérieux – inconnu qu’ils perçoivent, sans doute, comme un patriarche bienveillant ou une madone angélique – comme une entité divine qui plongerait du ciel pour sauver les âmes du déluge…

 

 

Ce que le monde – et les paysages – nous disent du règne de l’homme – une seule bête – en un seul regard – nous résumerait toute la tragédie…

Sang au front – ensommeillé jusqu’à la mort. Un ventre – des bras – un sexe – d’instincts et de survie…

Une tête au ras du sol – analphabète – qui ne comprend ni le langage des pierres, ni le chant des rivières. Aveugle et insensible à la dignité des arbres, au courage des bêtes et à la beauté naturelle du monde – qui ne jure que par la facilité, le confort et le progrès – devenue plus sauvage et barbare que les dents de la faim…

 

 

Enlacé au jour et à la nuit. Pas tissés d’incertitude et d’inconnu qui abreuvent notre soif. Un jour, ici – un autre, là. Des lieux (presque) sans importance. Un périple où la manière de voyager importe davantage que l’itinéraire – que les paysages parcourus – que les visages rencontrés…

 

 

Récit d’une chute aux allures d’errance – longue – interminable – et qui ne s’achèvera, sans doute, qu’avec la fin de la nuit…

 

 

Terre incessante et ciel intermittent. Comme un œil affamé – fébrile – qu’apaiserait un battement de paupière – comme un intervalle – un repos – un sommeil – dans cette quête effrénée…

 

 

Divagation davantage que périple. De détour en détour jusqu’au centre…

 

 

Lignes boursouflées qui ne laissent que (trop) peu entrevoir la simplicité de vivre – l’effacement des exigences – la nudité de l’âme – la frugalité de l’être. Sans doute – pas assez innocentes encore…

 

 

Front d’écriture comme d’autres se portent volontaires dans les tranchées pour résister aux invasions barbares

Un peu d’encre à la place du sang. Et beaucoup moins de courage sans doute…

 

 

Journal du monde à venir – espérons-le…

Tout devient si tragique – à présent. Le moindre élan amplifie la guerre qui a trop duré… Il faut savoir battre en retraite et s’exiler – laisser les visages à la nuit qu’ils célèbrent – aux ombres qu’ils vénèrent…

Transformer l’ignorance et l’orgueil de l’homme – d’autres avant nous (et des biens plus doués) s’y sont cassé les dents…

 

 

La vie, l’amour, la mort. L’obscure évidence que l’homme et la nuit rendent si triste(s)…

 

12 mars 2019

Carnet n°179 Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Prologue (fin de cycle et de saison)

 

Ce qui demeure – ce qui s’en va. Et le reste, en nous, réuni. Sang et larmes – les évidences d’une vie – ni meilleure, ni moins belle qu’une autre. Une parmi – et rien de plus…

 

 

Rien que ces mots – et cette bouche aux lèvres serrées – qui reste close par peur de mordre comme elle a été mordue…

 

 

Le silence et la rage. La solitude et la crainte de vivre. Le mutisme abyssal – ni refuge, ni tremplin. Une parenthèse – simplement – un retrait provisoire qui durera, peut-être, jusqu’au dernier jour…

L’errance d’une âme au bord de toutes les infortunes…

 

 

Ni ciel, ni abri – une illusion – une forme de mensonge. Et cet étrange espace qui nous réunit…

A demeure – là où ne reste plus rien. Seulement un peu de tristesse et de mélancolie…

 

 

A ceux qui nous ont quitté(s) – à ceux qui nous ont blessé(s) – parfois meurtri(s) – et d’autres fois plus encore – à ceux-là nous pardonnons… Mais les gardiens des blessures, eux, se souviennent – et se souviendront encore demain – comme au premier jour de la plaie…

Et ils continueront de protéger – corps et âme – ces parts, en nous, qui saigneront jusqu’à la mort…

Si fragiles – si sensibles – que nous sommes…

 

 

On ne peut recoudre ce que l’âme ignore. Dieu, en nous, doit être présent – tout entier – pour transformer les entailles en cicatrice – et initier le temps de la guérison…

 

 

A découdre le monde et la solitude – là où l’Amour est de passage – puis, de plus en plus présent. Comme la seule marque de ceux que tout a abandonnés…

A l’extrême des chemins – aux confins de ce monde – dans le prolongement de tous les désamours…

 

 

Dernier regard sur la brèche. L’étendard – à présent – timide – comme rentré au-dedans – presque muet – presque défait – au fond de l’abîme devenu aire d’accueil – réceptacle – surface où peuvent s’abriter, pour quelque temps, toutes les jointures (si imparfaites) de ce monde…

 

 

Illettré – à présent – comme un nouveau-né au regard émerveillé. Curieux – étonné de tous les effleurements – de tout ce qui passe à proximité de son âme. Sans mémoire – sans désir particulier – sans connaître la moindre chose – ni, bien sûr, le moindre langage. Les yeux et le cœur unis à chaque instant – à chaque secousse – à chaque percée du monde en lui…

 

 

Un jour, tout nous quitte – jusqu’à la peur de la mort…

 

 

Veille étrange où la lueur et la lumière demeurent ensemble – parfois accolées – parfois entremêlées – quels que soient la densité de l’obscurité et le degré d’absence alentour…

 

 

A nous barrer la route – comme si nous étions notre pire ennemi. A revenir – encore et encore – là où il faudrait faire confiance à l’errance. A vivre avec certitude là où il faudrait s’abandonner…

 

 

Présence en soi du plus sublime et du plus émouvant. Une âme – une tête – toute une trame, en vérité, à découvrir au cœur des jeux et des drames…

 

 

Des mots – rien que des mots. Un pauvre inventaire du réel apparent – intérieur et extérieur. Rien de profond – rien de caché – rien d’invisible. Un simulacre d’invention

 

 

Demeurer là où tout s’écarte – épaules et visages – chemins et promesses. Sur ce sentier invisible où les ronces sont plus nombreuses que les pas…

 

 

Lumière sur mille pentes escarpées – enfouie – égale – au même titre que le bleu et la nuit. Présente partout le long de nos intentions – à même nos gestes – au fond de l’âme – que les mains et la tête ont bien du mal à dénicher…

 

 

Rien qu’une forêt où s’abriter – rien qu’une pierre où demeurer quelques instants – l’espace provisoire d’une existence. Rien qu’une terre qui ne serait bâtie pour les hommes – mais pour les âmes curieuses et sans assurance…

 

 

A marcher de haut en bas – dans le même silence. A voir derrière les yeux les questions frémir, puis s’effacer. A écrire comme d’autres amassent l’or et les choses en espérant un peu moins d’inconfort…

 

 

Sous l’averse – les pas écartés – l’âme en pagaille. En constellations intérieures. Sur cet étroit sentier bordé d’abîmes et d’incertitudes. A être là – les yeux clos et le cœur vivant – et jamais ailleurs où vivre serait plus confortable. Dos courbé par l’effort et la gravité du monde. Comme une manière d’éveiller l’homme en soi – d’effleurer le mystère – et de dissiper la brume alentour. La lumière et l’échine au bord du temps – prêts à danser avec ce qui peuple nos blessures…

 

 

A noter tant de secrets invisibles – incompréhensibles, sans doute, pour la plupart des hommes. Comme des pierres – mille pierres quotidiennes supplémentaires – dans notre nuit – sur ce chemin imprécis – sur cette terre particulière où l’encre, la sève et le sang ne forment qu’une seule substance – l’essence de l’âme peut-être…

 

 

Ni pas, ni sente, ni élan – véritables. Une échappée hors du sommeil. Un éloignement – inévitable – hors du monde. Une solitude de l’âme grandissante…

 

 

Le repli – le retrait. L’effacement de toute forme d’épaisseur pour gagner en légèreté – et, peut-être, en liberté – et ouvrir un passage au-delà des mots – au-delà des livres et de la parole. Un ajour – comme un champ de lumière dans l’âme et le silence…

 

 

Où habitons-nous – d’où vient l’encre – et où se tient la page…

Et vers quel cercle nous mène le silence…

 

 

Et cette encre chuchotante qui tente – maladroitement – d’extirper du sommeil – comme si l’absence était évitable…

 

 

Quelque part – ces bouts de nous-mêmes – noirs – incendiaires – flamboyants qui rêvent de ciel les pieds et l’âme plongés dans l’abîme – englués dans la fange…

 

 

Il n’y a rien en deçà de la lumière – qu’un monde misérable accroché à de folles espérances…

 

 

Rives où l’errance est (semble être) le seul voyage – la seule aventure – possible. Ruines et visages de l’absence – univers où tout s’étiole mécaniquement – méthodiquement – inexorablement…

 

 

Tout désarticulé – comme un pantin aux ficelles folles – malmené par les souffles de la scène – et abandonné là par le marionnettiste…

 

 

Si près du monde – et, pourtant, que l’âme des hommes me semble lointaine…

 

 

Ardeur, gestes et paroles – comme si nos actes pouvaient faire pencher la balance…

Mieux vaudrait se taire et rester en retrait. N’agir qu’en fonction de ce qui nous habite – et mettre son âme au service des circonstances…

 

 

Le monde n’est qu’une idée qui effraye – une sorte d’exigence (superflue) qui pousse au sacrifice et aux compromissions…

Notre contribution est ailleurs – au-delà des masques et des costumes – au-delà du monde visible…

 

 

Tout se balance avec indolence ou frénésie. L’encre et les visages dans la nuit – profonde – complète – ancestrale. Et l’immensité, si souvent, rêvée – jamais atteinte – et parfois (trop rarement) célébrée. Trop d’ombres peut-être – trop d’insensibilité et de tiédeur dans nos gestes et notre âme accablés…

 

 

Ce rien d’étrangeté qui, à la longue, devient profond mystère. Et cet émerveillement initial transformé, peu à peu, en accablement. Comment la vie peut-elle – à ce point – nous éloigner de son centre…

 

 

Debout – apparemment. Adulte et responsable. Mais si faible – si enfantin – et si démuni au-dedans. Innocent – puéril en vérité. Agenouillé – la face éplorée contre le sol…

Comme un oiseau aux ailes déchirées. Une feuille jaunie abandonnée par les saisons. Un peu de glaise – à peine – survivante…

Paré de ce grand mensonge dont seuls les hommes savent s’envelopper pour tenter de rendre plus belle – plus haute – moins tragique et plus supportable – leur insignifiance – et se sentir – ainsi – capables d’échapper à leur condition naturelle…

 

 

Dimension terrestre si vive – si marquée – presque omniprésente que l’on habille – avec maladresse – de quelques dorures – mais qui, en vérité, étouffent le plus essentiel

 

 

Ici – relié (autant que possible) à soi – à l’âme – au monde – aux Autres – à tout ce qui nous constitue…

 

 

Funambule gourmand – affamé – malhabile – taciturne – presque immobile malgré le temps – malgré le manque et la faim. Jouant – seul – sur son fil – devant l’indifférence des Autres. Blessé – toujours – blessé mille fois – dix mille fois – des milliards de fois – depuis le premier pas. Cherchant à vivre et à guérir – à connaître et à aimer – presque toujours, en vain…

 

 

Premier et dernier jour de la saison. Le cœur sensible – sans échappée – sans manipulation. A se demander où se dissimulent le mystère – la vie intense et l’Absolu. Serait-ce dans l’âme – ce fantôme – cette étrange chimère… Serait-ce au fond de soi – au cœur de cet espace si étranger… Ou serait-ce au-delà – sur ce versant invisible qui surplombe les illusions…

Comment savoir – comment le découvrir avec cette insensibilité pathologique

Un jour de plus à se morfondre et à s’interroger…

 

 

Le vent – plus efficace – que nos tentatives pour trouver l’équilibre sur sa poutre – sur son fil. Un pas devant soi – un pas après l’autre – puis, les suivants qui s’enchaînent – jusqu’à la chute – ou l’immobilité parfois – jusqu’à ce que le vent – tout entier – nous happe – nous encercle – nous pénètre – avant de pouvoir rejoindre un autre monde – une autre poutre – un autre fil – et de continuer à avancer contre mille autres vents nouveaux…

 

 

Sur la route – nouveau départ

 

Là – peut-être – au bout de soi – quelque chose d’insensé…

Un jour manifeste – une nuit sérieuse – tout – sans doute, n’importe quoi – une autre vie au-dedans de l’ancienne…

 

 

Un retour – un chemin – un horizon moins encombré. Un mariage peut-être – au fil des instants. Rien de provisoire – ni de définitif. Des noces discrètes entre l’incertitude et le rythme journalier…

La joie des retrouvailles au cœur de l’espace avec cette figure manquante que nous avons (outrageusement) oubliée…

 

 

De part en part – foudroyé par cette incroyable gravité…

A croire et à espérer – bien plus qu’à vivre. Ainsi – peut-être – comme s’y résignent – inconsciemment – tous les hommes…

 

 

Ce qui nous sépare de nous-mêmes – éparpillé(s) – haché(s) menu – à peine survivant(s) – dans la mélasse terrestre – le marécage des vivants – que les hommes, pourtant, tiennent en si haute estime…

 

 

A mes côtés – mes compagnons les plus fidèles – loyaux jusqu’à la mort. En face de moi – quelques livres – mes amis de papier – mes amis d’autrefois – et ceux d’aujourd’hui. Et, en moi, cette solitude sauvage – incorruptible – et cette tristesse glacée qui aurait aimé partager davantage…

 

 

Une âme déplacée – à l’orée de l’inconnu – sur cet horizon invisible que les hommes considèrent comme une incertitude (trop) inconfortable…

 

 

A hauteur de plèbe – au milieu des étoiles – sur cette fameuse terre des hommes

 

 

Un âge au cœur de celui que l’identité affiche – ancestral – ineffable – éternel. Une folie ou une incongruité pour ce monde. Comme un diadème invisible au milieu de la boue…

 

 

Séparé – autant que peut l’être l’homme. Mais l’âme – toujours – aussi exigeante – qui soumet le moindre visage aux impératifs de la rencontre

 

 

Au cœur du jour – dans cette nuit déjà si ancienne – à se demander (encore) si le plongeon sera fatal – et l’immersion complète exigée…

 

 

A grandes enjambées – là où la corde et le filet ont disparu – abandonnés quelques années plus tôt. Face à la montagne – à présent – devant ce visage inconnu en soi – immobile depuis des siècles – qui n’a jamais gravi le moindre sommet. Né bien avant nous – et, sans doute, présent depuis toujours…

 

 

Se résoudre à atteindre ce qui est infranchissable. Plus proche que ce souffle – cet espace que nous imaginons lointain – placé, pourtant, au cœur de l’âme…

 

 

Chaleur dédoublée – celle d’autrefois qui persiste – et celle du dedans – bien plus vive aujourd’hui…

 

 

Demain – comme une bouée lancée toujours trop loin. Jamais serait plus juste – et plus ouvert. Il suffirait de recentrer le geste – et la tête – sur ce qui est devant soi sans jamais laisser approcher les instants suivants…

 

 

Ce qui s’étiole – ce qui jaillit et se renouvelle. La même aubaine de vie – la même espérance – le même désastre…

Une froideur – un intervalle – et la mort prochaine. La continuité des épreuves…

Le reflux du monde. Et l’espace en soi – tantôt ouvert – infini – tantôt saturé – incomplet – si étroitement terrestre…

 

 

Ce qui vient avec les visages – et à travers le langage – la même surprise – le même émerveillement – puis, un peu plus tard, la même tristesse – la même désillusion…

Ce qui nous terrasse – le sol en moins – comme l’espérance des ailes – et l’envol fauché à la racine…

L’épaisseur surgissante jusqu’à fendre l’âme – et caresser le ciel le plus bas. Une route, en quelque sorte, vers le plus improbable…

 

 

Pied à pied avec l’épreuve et le destin. Le plus tragique et la possibilité de la grâce…

 

 

Le livre, la parole, le silence. Et l’étincelle du temps. A répondre aux oracles et à l’appel des Dieux. Comme si vivre était un chant – une vocation…

 

 

Le réel à pleine main – et au cœur de l’âme – non comme un supplice – non comme une épreuve – mais comme un impératif de rééquilibrage…

 

 

A veiller – entre l’obscur et la possibilité d’une route – entre hier et l’incertitude des chemins. Comme si la boue et l’asphalte constituaient l’essentiel de notre destin…

 

 

Appuyé, peut-être, sur l’une des extrémités du monde – là où si peu vont – là où l’Autre a un étrange visage – là où la nuit se confond avec l’espérance. Au bord de l’âme. Tout entier présent à ce qui jaillit du jour et des chemins…

 

 

L’attention parallèle à la somnolence – dans l’axe des jours qui, un à un, nous font face. Présence souple – fine et détachée – là où, autrefois, la fuite et la crispation étaient naturelles…

 

 

La main et l’âme au cœur de la matière – soumises aux exigences du temps. Là où il n’y avait que peines et caprices – pensée et imaginaire superflus…

D’un jour à l’autre – comme les tâches qui se succèdent…

Et ces Autres apparemment si lointains – que le sol rend proches. Pas, têtes et substances reliés – presque collés aux nôtres par l’espace qui semble – illusoirement – nous séparer…

 

 

Parole et lumière unies à travers les âges – de livre en prière – de bouche en âme – jusqu’au cœur du réceptacle…

 

 

La parole comme reflet de l’union entre le souffle, la matière et l’infini. Et demeurer là – tout entier – dans ce jaillissement…

 

 

Ni porte, ni traversée. Un seul chemin qui soumet et (parfois) domine l’âme. Comme un prélude à l’allure, si souvent, âpre et cruelle. Comme les balbutiements d’un retour vers ce qui, un jour, nous a enfanté(s) avec innocence et ferveur…

 

 

Bifurcation des jours. L’entrée en matière du plus dense et du plus léger. Comme une ronde où le vent et l’âme se tiendraient par la main…

 

 

Du bleu, du noir, du jour. L’aventure de l’homme. Et le sacré – en soi – dont nous ignorons la présence…

 

 

Rien ne nous aura davantage creusé que la lumière…

Et à notre hampe – pas même un éclat ; les viscères du monde sur lesquels on aurait greffé un peu de cervelle – un soupçon de perspicacité…

 

 

Inventer – à travers la langue – une autre langue comme on rêverait un autre monde – plus vivable que celui dans lequel on a été jeté…

 

 

Rien de l’agir. Ni rien de la pensée. Seul un souffle – parfois un reflux – un retour – un élan. Une simple manière de vivre

 

 

Une dimension – une perspective – l’au-delà de la volonté – l’allégeance au destin et aux circonstances. La plus juste façon d’exister – peut-être…

 

 

Le désarroi d’un Autre où l’âme aurait plongé. Et la venue progressive de l’émerveillement…

 

 

Immobile comme l’âme et la pierre. Dans le prolongement du souffle. Au cœur du même chaos. Au cœur de la même discontinuité…

 

 

Eau et montagne. La solitude des pierres mal arrimées à leur versant. Et la vie comme un voyage – comme un long effritement vers le néant…

La fluidité de la matière – comme la lente évaporation de la neige. Comme la buée laissée sur la vitre par notre respiration…

L’évanescence des jours et l’impuissance de l’âme face à l’ordre du monde – face au cours naturel des choses…

 

 

A hauteur de sable. Et, pourtant, issus de la matrice qui enfanta les Dieux et le temps. Aussi réels que les étoiles les plus lointaines. Visages et dimensions multiples de la même perspective…

 

 

Espace autour de soi – et mille univers au-dedans – reliés à l’invisible…

 

 

Ce qui s’arrache – ce qui se détache – ce que l’on perd – lorsque la vie tourbillonne. Et cet esprit accroché aux parois de tous les abîmes…

 

 

L’espace prétendu auxiliaire (et, pourtant, central) où l’enfance demeure éternelle – et l’invisible, notre seul visage – l’unique permanence à travers les âges…

 

 

Ces pas sont-ils les nôtres ? Où sont donc passés les chemins…

Du monde à soi. Du dedans vers l’extérieur. Et ce visage – et cette terre – d’autrefois dans quel pli ont-ils disparu…

Rien n’a changé – mais rien n’est plus reconnaissable. Comme si l’innocence – la clarté de l’enfance – avait balayé toutes les certitudes de l’âme…

 

 

Dans quel (nouveau) gouffre nous précipitera donc la mort…

 

 

D’une aube à l’autre sans voir ni le vieillissement du corps, ni l’inertie de l’âme…

A peine posé au-dedans de soi…

 

 

Destin nocturne. Aussi dense que le noir – aussi anonyme que l’étoile…

 

 

A observer les défilés – le prolongement hébété du monde – et le désarroi partout – au-dedans et au-dehors – et l’effarante transparence – l’effarante perméabilité – des frontières apparentes…

 

 

Un regard immobile – un souffle intermittent – et la vie jaillissante – primesautière – expansive – et bientôt moribonde – et bientôt renaissante…

 

 

Vertige d’un Autre en soi – infiniment plus vivant et déluré – infiniment plus explorateur et aventurier – plongé au fond de tous les abîmes et surplombant tous les drames – curieux et émerveillé (depuis toujours) de ce qui jaillit – de ce qui passe – de ce qui nous effleure et nous traverse…

 

 

Plongé dans cette parole – plus épaisse que la terre – plus fragile que la chair – et aussi libre, peut-être, que l’oiseau et les feuilles de l’automne…

Comme si les mots contenaient davantage que l’âme et le monde réunis – l’incroyable densité de l’invisible…

 

 

Poésie du silence – porteuse d’encre, de joie et d’effacement. Matrice de tous les possibles qui laisse la feuille blanche – vierge – saupoudrée (seulement) d’un peu de neige et d’invisible…

 

 

L’homme – si prompt à s’inventer – à tout inventer – jusqu’au délire – jusqu’au néant – jusqu’à l’apothéose de la catastrophe – et jusqu’au seuil, parfois, du possible et de la grâce – livrant tout à l’hypostase…

 

 

Libre d’imaginer – contraint de vivre. Entre le rêve et la contingence – la fuite et le destin…

 

 

Devant le vide – devant l’autel – devant le monde – la même ardeur et le même silence – la joie, la solitude et le dénuement…

 

 

Entre soi et le monde – cet espace que l’on emplit si vainement. Murs de gestes et de croyances. Forteresses d’objets. Remparts d’idées et de paroles…

Tours et trônes instinctifs – naturels – absurdes et inutiles…

 

 

Géographie solitaire – comme une épopée pour soi – entre merveilles et soleil – entre démons, brûlures et tristesse. Quelque chose d’infiniment tendre et sauvage – comme un impératif – le prélude essentiel au vrai vivre, peut-être…

 

 

Sans visage, ni horloge – sans autre prochain que soi-même. A essayer de deviner ce que seraient les heures avec d’Autres en des lieux différents…

 

 

Jour après jour – le même rythme – les mêmes circonstances – avec d’infimes variations au gré des chemins – et une joie plus grande que celle qui serait offerte par la proximité du monde et des visages…

 

 

Voyage dans un autre temps que celui du monde – où l’âme et les aiguilles tournent – presque immobiles…

 

 

L’art festif – au-dedans – à l’abri des petites liesses du monde. En retrait, en quelque sorte. Infiniment solitaire – infiniment silencieux – célébrant, avec tendresse, cette joie – ce miracle – d’être en vie…

 

 

La grande ronde dans le désert de l’âme – au rythme des vents – parmi les arbres et les bêtes qui précèdent mes pas…

Sans autre présence que celle de Dieu et de l’homme – en soi. Et dans la compagnie de ce qui les entoure…

 

 

Un peu de nuit encore – comme le prolongement timide de ce que nous fûmes – et de ce qui nous fit chuter…

A l’exacte place où tout a été inversé…

 

 

Une autre joie par dessus l’ancienne – indéfiniment…

 

 

Loin – si loin – des rencontres aux visages masqués. Dans l’entre-deux des mondes – celui qui élève et celui qui broie…

Tout – sous des allures merveilleuses – jusqu’au plus abominable visage…

 

 

Aimer le moins poétique du monde. Tous les cris et toutes les peines de la terre. L’étroitesse, le tragique et la faim implorante. Le soubassement des destins – le socle des âmes – pour que puisse fleurir l’au-delà de l’homme

 

 

Eclats d’ailleurs – éclats d’autrefois – éclats de demain peut-être – et des mille jours suivants. Sur toutes ces pages où rien – ni personne – n’est présent…

 

 

Mille mondes au cœur de ce monde – séparés par mille schémas aux contours trop précis – trop déterminés – trop rigides – pour se rencontrer…

 

 

Tout est à sa place – dans le désordre apparent du monde. Et nous nous acharnons, pourtant, à transformer ce prétendu chaos pour le rendre plus vivable sans même comprendre que nos agissements amplifient la tragédie…

 

 

Consentir encore à vivre malgré les extinctions. Ce qui fit jaillir le souffle et les tempêtes dans cet assoupissement…

Un privilège – l’ultime prétention à l’Amour, peut-être…

 

 

Entre les ombres et les vivants – entre la fatalité et l’indécision – dans les pas obscurs de ceux qui nous ont précédés. Avec – au loin – la lumière consentante…

Seul(s) – comme si le monde s’y prêtait – et ne consentait même qu’à la solitude…

 

 

Au cours de chaque voyage – de chaque étape – arrive toujours cet instant où la grâce et l’intensité cèdent le pas à la gravité et à l’automatisme. Comme le franchissement du même seuil où la vie cesse d’être une aventure – où chaque foulée se transforme – inexorablement – en routine et en sommeil…

 

 

Et si la nuit avait été inventée par des yeux trop longtemps fermés…

Rien que des ombres – et au loin – et au-dedans – un peu de lumière – inaccessible…

 

 

Misère et désastre – et caché tout au fond – le merveilleux – le plus inespéré. Dieu et le paradis au cœur de la fange et de la tragédie…

Là où le ciel tombe et l’âme se redresse – au croisement précis de la terre et de l’infini – sur cette brèche creusée par le cœur ouvert…

 

 

La vie qui – à travers nous – s’amuse avec elle-même. Tout geste – toute parole – tout élan – est elle – aussi sûrement qu’est dérisoire notre nom…

La vie qui se poignarde et la vie qui se console – à travers nos certitudes et nos prétentions. Toujours innocemment intentionnelle

 

 

Ce qu’il faut tuer pour survivre. Et ce qu’il faut aimer pour apprendre àvivre le cœur blessé – le cœur ouvert…

 

 

Tout est là – criant – suffocant – à travers le silence. Au cœur de ce manque douloureux – presque toujours plaintif – dans l’esprit et le corps affamés…

 

 

Ce qui manque à la terre, le ciel en déborde. Et inversement. Et le vivant – cette étrange jointure – penche tantôt vers l’un, tantôt vers l’autre. Inégal et partagé en toutes choses…

 

 

Voir en chaque chose – en chaque visage – la figure même de la vie – tantôt blafarde – tantôt écarlate – tantôt bonhomme – tantôt violente – tantôt honnête – tantôt rusée – survivante – toujours – au milieu du chaos qu’elle a, elle-même, engendré…

 

 

Matière d’un seul tenant où tout se touche – se heurte – se frotte – s’enfante…

Ossature de papier où bruisse la chair du grand squelette…

De la même couleur que la terre – à quelques nuances près…

 

 

Bouts de terre et de ciel – agglutinés ensemble – les uns contre les autres. En attente de surprises et de nouveautés. Sur mille chemins balisés où chacun suit mécaniquement les pas précédents – les traces existantes – avec ce faux sentiment d’éternité inventé pour essayer d’échapper aux marges et au provisoire…

 

 

Rien qu’un songe – peut-être – comme demain l’était autrefois. Rien qu’un élan pour dissiper le pire et les malheurs d’aujourd’hui. Rien qu’un espoir d’embellie pour donner un peu de sens à la tragédie…

 

 

Avant le rêve – avant même le réel du monde – existait déjà l’autre dimension – celle qui a toujours su se passer des choses et des visages…

 

 

Ce que personne n’entend au fond – ce murmure – à peine – derrière les bruits du temps. Ce que personne ne voit au fond – cet invisible présent au milieu du monde – au cœur de chaque visage. Ce que personne ne vit en définitive – ce sacré dissimulé en chaque geste – au plus profond de l’âme…

 

 

Beauté et bonté manifestes de celui qui agit à partir du respect. Ce qu’il y a de plus sage en nous – cette innocence faite de tendresse et de lumière. Le plus noble du monde. Le plus haut de l’homme. Et le plus prometteur, sans doute, du vivant…

 

 

A imaginer ce qui pourrait être – à rêver de ce qui devrait être – au lieu de vivre – pleinement – ce qui est – là simplement…

L’esprit avec ses mille pensées – avec ses mille désirs et ses mille frustrations – nous emprisonne de telle manière qu’il lui est impossible de nous délivrer de la détention dans laquelle il nous a plongés…

 

 

En prise directe avec le monde et les choses – au cœur de cette matière qui s’insinue partout. Le corps et l’âme d’un seul tenant qui se frottent à tout. Fragiles – dépendants de mille manières – contraints d’offrir au séant ce que l’on offre habituellement à la tête – et inversement – livrés à tous – et réclamant, parfois, un peu d’aide à ceux qui passent et sont disposés à tendre la main…

 

 

L’âme errante – vêtue d’un long manteau sombre. Et le cœur si proche des mains à l’ouvrage – rougies par les sentiers nouveaux – rugueux – corrosifs – éminemment réels – si loin des gouffres imaginaires dans lesquels nous ne tombions – autrefois – qu’en rêve…

L’âme rougeoyante – réchauffée – et éclairée peut-être en partie – par les feux du monde – et ces faisceaux de lumière offerts par l’invisible…

L’âme comme un foyer – une chambre heureuse – une demeure infinie – où il fait bon vivre quels que soient les lieux et les circonstances…

 

 

Les chemins comme les jours – aussi nombreux que les rêves, les rives et les visages. La nature même du monde – la multitude de l’illusion…

 

23 mars 2019

Carnet n°180 Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Il y avait – autrefois – mille pourquoi – mille rêves – mille préférences – mille choses insensées. Puis le monde et le temps les ont, peu à peu, effacés…

Aujourd’hui, je ne suis plus très sûr de ce qu’il reste…

 

 

Autour de moi – je ne vois que des gens qui dorment – un immense sommeil qui a gagné le monde.

Et j’ignore toujours de quel côté du rêve je suis en train de vivre – et d’écrire…

Le réel – bien sûr – n’est, sans doute, qu’une forme de songe. Mais deux ou trois questions alors se posent ; qui est le rêveur ? Où se cache-t-il ? Et qu’attendons-nous pour le réveiller ?

 

 

Les années passent. Et avec elles, l’espoir que tout pourrait être différent…

 

 

Tout se répète d’une incroyable façon comme si le temps était – à sa manière – un vieux disque rayé…

 

 

Rien ne pèse – en définitive. Pas même notre manière d’être vivant. Un peu de vent – un peu de glaise – et le temps a vite fait de tout réduire en poussière – presque en néant. Demeurent – peut-être – le regard et l’instant à vivre – et la certitude (évidente) que tout s’efface – les plus incroyables circonstances comme les souvenirs les plus tenaces…

 

 

Toute nouveauté n’est que l’autre visage du passé – et peut-être même (qui sait ?) celui du premier souvenir

 

 

Tant de gestes et de paroles – et si peu d’Amour en vérité. Comme si nous passions notre vie à fuir – et à courir après – des fantômes…

 

 

Tout se perd – se dilue – se mélange – jusqu’à se confondre…

Un monde où le piège, le chasseur et le gibier finissent par ne former qu’un seul visage…

Nous sommes tous une hache, une flèche, une main tremblante et du sang à offrir – à couler – à répandre…

Rien n’arrive – en vérité – sinon la perte et la mort…

 

 

Tout s’insère – puis martèle au monde sa présence – sans que rien ne soit jamais concédé. Ainsi s’enracinent la souffrance et la frustration – puis, très vite, le malheur et la résignation…

Le pauvre sel de l’existence – la folle espérance de l’homme…

 

 

Quelle route faut-il donc emprunter pour se rejoindre – retrouver son vrai visage – et sa pleine envergure – celle qui ne rechigne jamais à participer aux jeux de toutes les finitudes…

 

 

Que restera-t-il de nous – s’il reste quelque chose – après la fin des temps – lorsque toujours deviendra la seule conjugaison possible…

 

 

Au-delà de l’horizon – très vite – naît le besoin d’un autre voyage que le sien – celui qui sait traverser le temps et la mort – l’âge de l’innocence peut-être…

 

 

Disciple du temps et des circonstances – jamais maître de rien. Novice – sans doute – en sagesse. Et – peut-être même – premiers pas seulement…

 

 

Les infimes poussières de la parole qui – selon les jours – cinglent ou caressent les visages du monde…

 

 

Debout sur tous les promontoires pour goûter à l’extrême du plongeon dans les eaux chaudes ou froides – qu’importe ! Une fois le saut effectué – le fond des abysses demeure inatteignable…

 

 

Ni maître, ni muselière – un simple passant

 

 

Vivre comme si l’Amour était le seul élan…

 

 

L’encre serait-elle le sang de l’âme… Il me plairait alors d’écrire, avec cette précieuse substance, quelques pages inoubliables – plus belles que le monde – plus naturelles que ses artifices – et plus puissantes que notre folle inclination à l’oubli…

 

 

Une lampe au seuil de toutes les portes – voilà ma seule espérance pour les hommes. Moins qu’une espérance – en vérité – une vague aspiration…

 

 

Assis au fond des heures – au sein du réel – au cœur de ce monde parallèle à la pensée. A vivre autant l’âme que la chair – avec toute la force de l’innocence…

 

 

Ce qui nous peuple pourrait-il nous abandonner… Qui – que – rencontrerions-nous donc alors…

 

 

Monde d’un Autre en soi – plus grand(s) que nous…

 

 

A les entendre, les Autres excellent à toutes sortes de choses et d’activités. Moi, j’apprends et je me tais. J’écris – simplement – ce qui semble me traverser…

 

 

Mot à mot – pas à pas – tel est mon rythme. D’un chemin à l’autre – d’une page à l’autre – de rupture en continuation. Et au fil du parcours (s’il en est un…) je sens ma vie s’effacer – et s’ouvrir mon âme…

 

 

Poésie du plus simple. Parole du plus familier. Quelque chose – comme un chant, peut-être, que l’on fredonnerait pour soi-même…

 

 

A marcher – le souffle – sans doute – plus irrégulier que l’âme…

 

 

Une langue souterraine expulsée des entrailles de la terre – des catacombes peut-être – où, sous les débris, on entend encore appeler quelques voix anciennes…

 

 

Odyssée quotidienne sans sirène ni Pénélope. Une aventure – pourtant – étrangement tendre et sensuelle…

 

 

Soleil au bord des lèvres. Et ce restant de pluie que j’entends au fond de l’âme…

 

 

Et cette faim qui – depuis toujours – ignore le malheur du sang…

 

 

Aux extrêmes du monde – le même malheur – et la même joie – qu’entre les marges…

 

 

Accumulations automnales – comme si – avec l’âge – le temps s’accélérait – et se creusait – inutilement – la mémoire…

Et la mort – persistante – permanente – tout au long du voyage…

 

 

Entre la solitude et la mort – toujours – en dépit du monde et des vivants…

 

 

L’innocence – ce qu’auront – toujours – dénié les siècles…

 

 

A s’inventer une vie – comme si vivre ne suffisait pas…

 

 

A se demander encore si derrière chaque étoile se cache la lumière des Dieux…

 

 

Je me sens parfois plus lourd que le monde. Et, pourtant, nous sommes – tous deux – un rêve – l’un peut-être un peu plus dense que l’autre…

 

 

Quelque chose hors du temps – toujours – à chaque instant…

 

 

Terre et pages labourées par les mêmes rêves – pour apaiser deux faims, au fond, pas si différentes…

Il y a toujours eu – en nous – tant de manque et d’inconfort…

 

 

Du bruit et du temps – un peu d’illusion. Et la vie passe ainsi – sans en avoir l’air…

Mais que resterait-il si l’on enlevait le bruit, le temps et l’illusion ? La vie serait-elle toujours la même ? Et si l’on (nous) ôtait la vie, serions-nous (encore) capables d’être – et de dire – ce que nous sommes…

 

 

Vie et mort – le même cirque – indéfiniment prolongé sans doute – comme un cycle – le Cycle – infaillible – aux alternances si mesurées…

 

 

Ne rien dire – ne rien faire. Pas même inscrire sa vie sur les pierres. Devenir le monde et la chevauchée – le vent et le cavalier fou du temps…

 

 

Rien que des mots échafaudés pour apprivoiser la peur…

 

 

Instincts de survie et de rébellion – de soumission et de découverte. A chercher les racines de l’homme et la source du monde derrière les semences du rêve et la fertilité du désir…

 

 

Ce qui exalte les viscères et les désirs issus du ventre. Ni le monde, ni les mots. Les instincts les plus profonds – et l’élan sous-jacent qui les anime ; l’Amour – le silence – et le feu, bien sûr – autant que le goût de soi à travers le jeu de la multitude…

 

 

Ce qui a le monopole du sang – le vivant et la mort…

 

 

Vivant – comme le souffle – au moment précis du trépas de chaque instant

 

 

Ce qui veille sur le chemin – en attendant notre rencontre. Ni le monde, ni les Autres. Le silence…

 

 

Parvenu jusqu’à l’autre âge de la raison – qui semble, depuis tous les autres, une naïveté – une aberration…

 

 

Comme un soleil oublié – trop lointain – inaccessible – dont la simplicité porte à l’explosion et à l’errance – à l’éclatement des galaxies…

 

 

Les secrets trop pénétrables du monde. Et ce joyau – en nous – si mystérieusement délaissé…

 

 

Peines et prières plaintives – comme si la vie n’était qu’une succession d’attentes et de douleurs…

 

 

A vivre comme si le temps n’avait plus sur nous la moindre emprise. L’esprit libre de toute pensée – de toute inquiétude…

 

 

Espoir et solitude de mille années terrestres. Dans le prolongement de la même misère – au cœur du règne si obsédant – si pénétrant – si omniprésent – de la matière…

 

 

A dormir – sans doute – trop présomptueusement sur l’oreiller des Dieux. Mais à devenir moins leur âme que leur rêve…

 

 

L’homme – à s’étonner, sans doute, comme le font tous les crapauds des fables devant l’ampleur de la tâche à accomplir. Ebahi – sidéré peut-être – mais réduit (tout de même) à survivre en copulant dans la mare…

 

 

Comme un infime grain de sable sur la grève – abandonné – à gesticuler sans rien comprendre jusqu’à la dernière heure…

 

 

Paroles de pierre et de sang – comme un étrange (et lointain) écho du ciel chantant…

 

 

A ressasser l’Amour comme une rengaine ininterprétable…

 

 

Pages incendiaires et impétueuses – comme mille feux – mille déferlements – dérisoires – sur les cendres du monde…

 

 

Bêtes pensantes de la finitude – soumises aux instincts et aux impératifs mystérieux de l’infini…

 

 

L’Amour collé à l’envers des destins qu’il faudrait réussir à retourner pour vivre selon ses lois…

 

 

Identités et illusions d’appartenance. Rien n’existe en deçà de l’Amour. Quelques visages – seulement – qui n’appartiennent à personne…

 

 

A même les ombres – à travers nos gestes – l’infini en sommeil – l’Amour endolori – et l’éternité en friche. Toute la finitude à l’œuvre et le règne des instincts…

 

 

Des vies comme des succédanés de joie et d’Amour. Une forme – simplement – de gaieté inconsciente et d’appropriation…

 

 

Le monde – l’ineffable dans son silence. Et les choses et les visages – plaintifs – braillards – toujours surpris d’être jetés là – si seuls au milieu des Autres…

 

 

L’ombre secrète des choses et des visages – dissimulée comme un nez au milieu de la figure – comme une parole dans le silence – comme un peu de sang sur la neige…

 

 

Rien ni personne. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. Quelques mots – simplement – sur la page. Une existence – presque – comme les autres…

Vie nomade d’incertitude et de silence…

 

 

Humble – comme ceux que nul ne remarque. Discret et silencieux – presque invisible – comme les pierres et les bêtes…

 

 

D’espoir en prière – une vie d’attente et de mendicité. A défaut de vivre – regarder plus loin et quémander…

 

 

Ces rumeurs du monde – ces bruits de la terre – dans quelles oreilles se perdent-ils avant de rejoindre le silence…

A quelle autre perspective pourrait-on confier ses pas et ses pensées…

 

 

Etabli là où perce le jour…

 

 

Sentiment de funambule sur le fil qu’est le sol – entre le ciel et le néant – entre l’abîme et l’infini…

 

 

Une terre brûlée – noircie par la répétition des pas et la récurrence (obstinée) de la marche…

 

 

Jour après jour – à marcher autant vers sa fin que vers l’infini – où demain sent déjà la mort…

 

 

Empreintes d’encre qui s’effaceront davantage qu’elles ne seront suivies…

 

 

Rester là où la fenêtre devient le seul horizon – là où l’horizon se confond avec les pas – puis avec la présence dont les confins ne seront jamais des frontières…

 

 

Cette solitude sans amant qui nous fait signe sur tous les rivages…

 

 

Le défi insensé de la mort qui – sans cesse – doit affronter les forces incroyables de la vie. Et inversement, bien sûr…

 

 

Là où la vitre cesse d’être une frontière – un reflet – un obstacle…

 

 

Tout finit par se taire – et pourrir. Et à ce terme inexorable, Dieu – au fond des âmes – au fond des tombes – acquiesce en silence…

 

 

A grandes enjambées vers le soir comme une manière illusoire d’échapper au temps. A grandes enjambées vers la nuit pour oublier les malheurs du jour. A grandes enjambées vers l’aube pour s’affranchir de la croyance d’exister

 

 

L’erreur serait de croire et d’imaginer – de vouer ses forces à l’espérance au lieu de vivre – et d’apprendre à mourir – l’âme tendre et acquiesçante…

 

 

Il n’y a rien entre l’homme et Dieu – ni abîme, ni ressemblance – moins qu’un pas – un infime espace à franchir – et une perspective infinie à apprivoiser peut-être…

 

 

L’identité d’un Autre qui nous vit – et nous a créés…

Aussi étranger(s) à tout – à tous qu’à soi-même…

 

 

Une seule route avec mille pas – mille marches – mille visages – identiques et différents…

 

 

A travers toute mort – le soleil – sur l’autre versant du monde…

 

 

Hostile par peur et aveuglement. A vivre dans cette crainte et cette ignorance permanentes de l’Autre et de soi-même…

 

 

Un cri – comme un autre nous-même(s) extériorisé…

 

 

Tout se poursuit sans même que nous y pensions – sans même que nous y participions…

 

 

La nécessité maintient le souffle du monde – le jeu des Dieux qui nous traverse…

 

 

Les lignes parallèles de l’esprit – issues du même centre – se rejoignent dans le silence. Identiques et unies de bout en bout en dépit des apparences…

 

 

Ce qui nous escorte – invisible – secret – mystérieux – a davantage de poids sur nos vies que le monde – que nous-mêmes…

 

 

Tout tourne sur le même axe que la mort – avec, parfois, le souffle et le langage en plus…

 

 

Aussi loin que nous pousseront les forces de vie – jusqu’à la bouche béante – attentive – affamée – de la mort. Passage des ténèbres vers d’autres ténèbres – toutes illuminées, bien sûr, par un feu – et, parfois, un soleil – intérieurs…

 

 

Celui qui ne vit qu’à travers ses pages n’expérimente – ni n’écrit – rien d’essentiel. Il faut pour bien écrire – c’est-à-dire pour témoigner avec justesse, profondeur et authenticité de l’existence – se pencher sur sa feuille avec ce qu’il y a de plus vivant en nous. Il faut mêler son sang, sa sueur et son encre – tremper son âme dans toutes les matières (et toutes les substances) du monde – et se frotter à toutes les aspérités des chemins et des rencontres qui nous sont offerts…

 

 

Chaque mot est une flamme – un silence – peut-être – trop longtemps contenu…

 

 

La tête posée à même le silence – là où le jour éclaire l’autre versant du monde – celui où les visages s’enflamment à force de s’embrasser – celui où la chair et la lumière ont la même couleur – celui où les âmes ne se lassent jamais d’être fraternelles…

 

 

Tout concourt à notre émergence – à notre (si dérisoire) existence – puis, une fois l’expression éclose, à notre disparition. Et les hommes s’en étonnent encore…

 

 

Entité d’instincts et de désirs. Créature de chair, de sueur et de semences – âme à peine balbutiante – si peu interrogative – si peu intéressée par le miracle de la matière et de l’existence – et moins encore par le mystère du souffle et de l’esprit – peut-être plus extraordinaires encore…

Combinaison d’atomes guère raisonnable…

 

 

De la première aurore à la mort – les mêmes ombres et le même crépuscule – jamais enflammés…

 

 

De miracle en miracle – et plongé, pourtant, dans la même misère. Entre Dieu et l’homme. Entre le monde et la solitude. Avec l’allant – et l’opiniâtreté – du pas et de la page…

 

 

La chair marquée par la terre – et enfoncée en elle. Et l’âme vouée – tout entière – au silence – à l’invisible – au mystère – qui, peu à peu, se dévoilent…

 

 

Seul face au pain et à la page. Seul comme nous l’imaginons trop confusément – à maudire une vérité si belle…

 

 

Seul avec un Autre qui est toujours davantage nous-même(s) – comme une autre manière de vivre avec soi – sans la nécessité du monde et des visages…

 

 

Sans le monde – sans les Autres – le manque se consume – la solitude devient incendie volontaire – feu de joie – espace (enfin) propice à l’Amour et à l’élan contributif…

 

 

Dans la compagnie d’un ciel hospitalier – en ce lieu où le silence s’offre – et accueille tous les élans…

 

 

Quelques souffles – quelques pas – puis, très vite, tout s’épuise et s’éteint…

 

 

Qu’un seul visage en héritage…

 

 

Un peu de bruit et – partout – le même silence…

 

 

Une épaisseur – une intensité – comme si la vie était miraculeuse et le quotidien un présent offert par le silence…

Proche des Dieux peut-être – mais avec humilité et gratitude – comme les seules couronnes autorisées par l’innocence…

 

 

Très haut perché – à quémander au ciel ce que seule la terre peut offrir…

Ciel encore – ciel toujours – dans la proximité des âmes aimantes…

 

 

Lieu infime au milieu du monde – fragment relié à tout (de mille manières) – et ouvert sur l’infini. Au fond, la seule véritable perspective de l’homme…

 

 

Gouttes de pluie et de sang – inextricablement liées – issues de la même source – et dont le ciel dirige le destin…

 

 

Orgie de mots sous la pudeur et le mutisme. Feu minuscule, en vérité, dans le silence et la nuit du monde…

 

 

Cris du premier homme pris en défaut d’incroyance…

 

 

A courir partout comme si nous avions la nuit à nos trousses. Et à tourner en rond comme si la vie était un abîme… C'est dire à quel point nous ignorons que le gouffre et l’obscurité sont au-dedans…

 

 

Dieu a pour nous tant d’Amour qu’il pardonne – non seulement – nos absences et nos infidélités – mais il y consent (si l’on peut dire) de toute son âme…

 

 

Tant de forces en soi qui nous font tourbillonner…

Vents, souffles et élans porteurs tantôt de création, tantôt de destruction – mais toujours humblement et admirablement contributifs…

Et cette intériorité immobile – inchangée – inaltérable – au milieu de toutes les tourmentes…

 

 

Le sauvage et l'apprivoisé – en nous – qui se disputent chaque événement – chaque circonstance – chaque destin. Et, à chaque instant, les mille traversées possibles…

 

 

A petits pas sur notre fil nocturne – si fragile(s) – sous la lumière de l'aube…

 

 

A tourner autour du même soleil en espérant pouvoir éclairer la nuit – comme s'il était impératif de changer le monde – et comme si l'homme était Dieu…

A se demander pourquoi la vie a été inventée…

 

 

Point infime dans l'univers à la rencontre de son Autre – de tous ses Autres – ces restes de nous-mêmes au-dehors et au-dedans…

 

 

D'où viennent donc les vents et la mort – et ce jeu – et ces drames – qu'ils offrent aux vivants…

 

 

Certains vivent sous la tutelle des Dieux – et, parfois, sous leurs bottes. D'autres se sont hissés sur leurs chevilles en arborant un sourire de fierté. Et d'autres encore – moins nombreux – jouent avec innocence dans leur chevelure…

 

 

C'est Dieu – en nous – qui frappe et caresse – apprivoise et rejette – honore et crucifie. Et nous avons la bêtise – le malheur et la prétention – de nous imaginer libres…

 

21 août 2018

Carnet n°159 Tout – de l’autre côté

Regard* / 2018 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Tout s’élargit de l’autre côté de la nuit. Le grain, le vent, la pensée, le rêve d’un autre jour. Tout prend place sur la neige accueillante – si blanche – si belle – dans la clarté du centre…

Veilleuse à peine au milieu de ce que l’on déporte – au milieu de ce qui s’estompe. Ce qui demeure – et le visage de l’attente…

Tout arrive sur le sable – jusqu’au trou dans lequel tout tombe – et disparaît…

 

 

Tout s’affaisse sous le jour. Vivre devient le seul vertige – et le visage, le seul miroir nécessaire au monde…

 

 

Tout s’interpénètre avec douceur – avec brutalité – qu’importe ! Les yeux sont éblouis par le merveilleux, la passion et l’ardeur de l’attention à tout restituer avec fidélité…

 

 

Tout prend place – se remplace – adopte la juste position dans la vision – l’enchantement comme l’angoisse – le malaise comme le pressentiment du pire. Quelque chose d’étrange ; le plus simple, sans doute – et le rôle primordial de l’homme au sein du monde…

 

 

Nous ne voyons pas. Nous ouvrons des portes – et dressons des portraits chargés de matière, de teintes et de fioritures. Nous accomplissons l’essentiel en restant fidèles au regard – et à la nécessité du trait qui élabore mille questions – et suggère le silence comme unique réponse – comme unique possibilité à l’énigme de vivre…

 

 

De l’autre côté du monde – l’aurore – la même lumière malgré les paupières closes…

 

 

Tout respire – jusqu’à l’œil fermé de ce côté du miroir – à l’envers de cet espace fait de bleu sans nuance…

 

 

La vie – la mort – si proches l’une de l’autre. Comme les deux faces d’un même visage à l’allure lointaine – légère – indevinable. Comme les profils incomplets de notre représentation du ciel – que nous avons imaginé si terrestre…

 

 

D’un livre à l’autre – dans le secret des yeux clos – cet espace où tout s’illumine…

 

 

Plus grand que le monde – plus grand que la peur – ce besoin infini d’aimer…

 

 

Tout s’écoute – et s’accueille – sans rien défigurer ; la parole – le désir – le sang qui circule – la peur des visages – la mort qui s’avance – la vie qui se retire – le besoin de temple et d’espérance. Et jusqu’au silence d’un Dieu – toujours introuvable…

 

 

Nous sommes ces inextricables tentatives composées de silence et de désirs. Une sorte d’entité (indéfinissable) où se mêlent l’innocence, les eaux sales du monde, les pages tournées et la faim des affamés…

 

 

Vie confuse entre le jour et les reliquats de notre histoire. Une sorte de fief criblé de douleurs et de mort qui, en rêve, contemple sa chute – et le silence à venir…

 

 

Quelle vie donner aux mots pour qu’ils échappent au monde et à l’oubli…

 

 

Rien ne s’écrit. En vérité, tout s’efface. Voilà le rôle – et le sens – du poème. Nous faire revenir à l’état primordial – à l’état originel. Nous faire plonger dans l’oubli et l’effacement – le silence d’avant le monde…

 

 

Tout vient se rompre sur le même mystère – irrésolu – et, sans doute même, insoluble…

 

 

De l’autre côté, le même chemin – avec le rire en plus – et la mort à soustraire. Quelque chose de terriblement vivant. Comme un sourire infatigable sur ce qui part – sur ce qui semble partir – mais qui, en vérité, jamais ne se perd – et qui est là – toujours – dans l’ardeur de toutes les tentatives…

 

 

Presque rien – une infime trace vivante sur tant de mort et de sommeil…

 

 

Que tout soit banni au-dehors pour faire naître les privilèges intérieurs – et l’accueil de ce qui subsistera…

 

 

Voyage sans élan où le lointain s’approche – sans poids – insensible à l’horizon mille fois réinventé pour donner l’illusion d’un chemin – où l’ancre est ici – dans cette façon, si fragile, de se tenir debout au milieu de tout ce qui s’en va…

 

 

De chair et d’infortune – ici – transformées en malheur – presque en malédiction. Et de l’autre côté – un peu plus loin – transmutées en éclats – en pointes affûtées pour éperonner ce qui mérite d’être pénétré – et parcourir le nécessaire pour vivre joyeux – et sans emprise – au cœur de la misère…

Terres absolument identiques – avec la différence qui se tient dans le pas – et dans le regard qui l’a initié…

 

 

Nous pourrions dire – partir – revenir sur nos pas – nous taire – rester en deçà du soupçon – élaborer encore – maltraiter les visages – le langage – crier – s’immoler – divaguer – et errer toujours. Mais que pourrions-nous faire pour vivre en homme – et devenir (un peu) plus sage…

 

 

Tout homme – toute place – est consensuel(le) – autant que rebelle. Exact(e) et hors de propos. En relation toujours avec le plus intime qui dicte la voix et les pas…

Et pour se conformer au plus juste, il convient (toujours) d’oublier sa fonction et ses attributs – de s’effacer, en quelque sorte, derrière ce qui nous porte…

 

 

Chapelet de choses et de visages – comme les grains minuscules d’un collier (infini) que Dieu enfile (presque) sans raison. Comme une façon, peut-être, de se souvenir du temps des origines – de ce silence sans chose ni visage – et d’offrir à ses gestes une occupation moins divine – plus triviale. Une sorte d’intervalle – une forme de parenthèse – comme un exercice – ou un jeu, peut-être – dans sa trop permanente présence…

 

 

Tout s’élargit de l’autre côté de la nuit. Le grain, le vent, la pensée, le rêve d’un autre jour. Tout prend place sur la neige accueillante – si blanche – si belle – dans la clarté du centre…

 

 

Veilleuse à peine au milieu de ce que l’on déporte – au milieu de ce qui s’estompe. Ce qui demeure – et le visage de l’attente…

 

 

Tout arrive sur le sable – jusqu’au trou dans lequel tout tombe – et disparaît…

 

 

Tout n’est pas aussi serré au-dedans. Quelque chose isole – offre la distance nécessaire à ces mille entassements (inutiles). La terre est éloignée des visages – éloignée des étoiles – et de ce qui monte du fond de l’âme. Et le ciel est plus lointain encore – au-delà des danses – au-delà des prières – sur ce seuil où tout devient possible – où tout est autorisé – jusqu’au recommencement du voyage qui vient rompre toutes les distances…

 

 

Tout se fige – et se raidit – à la mort. Jusqu’à la tristesse de ceux qui restent…

 

 

Tout arrive – tout s’avance. Et sur le seuil, les mots s’éloignent des étoiles – et de ces chemins où les âmes creusent ou vagabondent dans l’espoir d’une danse – d’un éclat – d’une rencontre – pour oublier la mort…

 

 

Tant de tombes dans les yeux – creusées par inadvertance – et dans lesquelles finissent par sombrer tous les rêves – tous les désirs – l’essentiel du monde fantasmagorique de l’homme, en somme – y compris les édifices et les chemins façonnés par ceux qui se livrent à quelques aventures – ou à quelques jeux – avant de mourir – pour de vrai – pour de bon…

 

 

Nous chantons si fort sur ce chemin sans âme que quelques yeux, parfois, de l’autre côté du monde, nous surprennent en flagrant délit de gaieté…

 

 

Ivre d’une autre terre – d’un autre ciel – quelque chose à l’envergure démesurée – aux allures d’illimité – entre la soif et le silence – comme une danse accomplie sans notre consentement – une sorte de vertige au goût de vérité – au-delà de toute raison…

 

 

Tout dérape – et se dégrade – dans notre (vaine) attente…

L’autre côté, jamais, ne se rejoint comme nous l’imaginons. Mille virages, mille pertes et mille aires de passage – avant de pouvoir réaliser la soustraction nécessaire au franchissement du seuil. Des dérives, des déroutes et des errances ; voilà le seul chemin vers la capitulation – avec l’âme de moins en moins fière – et de plus en plus tendre – et qui, un jour, finit par s’agenouiller…

 

 

Tout s’agite – tout s’encaisse – dans cette ivresse au goût de cendre et de ciel frelaté. Et ce bleu – si intense – qui manque à l’œil de passage. Une vie comme un tourbillon – un amas de rêves et de peines entre la pierre et la mort…

 

 

Rien n’émerge – rien ne filtre – des visages passés sur le versant opposé. Ni émeute – ni émule. Le reflet encore brûlant de la transformation, comme une vague fumée blanche, qui monte au-delà du faîte – à peine visible depuis ces rives plongées dans le crime et l’abomination…

 

 

Ni douleur – ni fardeau – un court poème pour souligner le vertige. Ce qui hante la joie davantage que l’ennui, le langage ou la terreur. Un fil, peut-être, lancé comme une bouée – comme un pont – comme un escalier fragile – entre deux rives incertaines…

 

 

Ce qui monte comme un trait de lumière entre la boue et l’espoir – dans cet étroit surplomb au-dessus des jetées souillées par la peur, la bave et le sang…

 

 

Taillé(s) davantage pour ces rives où les pierres sont noires que pour l’aurore fantasmée par ceux qui la réclament…

Comme un poids – comme un destin – voué au gris, à la tristesse et à l’impossible plutôt qu’à la métaphore de la lumière qui subjugue tous ces affamés d’Absolu (si immatures encore)…

 

 

Tout s’écoule de ce côté du songe. Et, ici, l’infini n’a davantage de valeur que la fouille et l’attente…

 

 

Sur le sable, tant d’impressions sont décrites. Et, ici, la pierre et l’âme ne forment qu’une seule langue – qu’un seul idiome – rare – précieux – qui s’offre à tous (avec parcimonie) pour dire le tout, l’apparence et la diversité avec un seul terme ; le silence – si riche – si secret – si fécond…

 

 

A travers nous, tout se tresse – l’eau – la terre – l’âme – le ciel – les quelques lignes d’un poème. Le désir d’un ailleurs – d’un franchissement – le passage d’un côté à l’autre – et leur (lent) resserrement en un seul rivage…

 

 

Ce vide accueillant – simplement – qui acquiesce à ce qui passe…

 

*

 

« Vivre est difficile – et mourir l’apogée de la tragédie » entend-on dire ici et là – un peu partout. Et, ainsi, voit-on les hommes s’accrocher à tout ce qui (leur) semble plaisant – à tout ce qui est porteur de la moindre souffrance – dans cet amas de peines et de douleurs que chacun a, plus ou moins, le sentiment de porter – et de devoir traverser – au cours de sa brève existence terrestre…

 

*

 

Que de semence, d’ardeur, de salive et d’encre pour faire, décrire et commenter le monde – presque rien, à vrai dire, sur si peu de choses – en somme

 

 

Tout est étranger à l’œil sans larme – jusqu’au sourire – jusqu’à l’enfance. Tourné seulement vers les spectres (illusoires) qui le hantent…

 

 

D’un rêve – d’un exil – d’un même espace posé au milieu de l’Amour et du temps – entre les pendules et cette grande main blanche qui s’abreuve au moins décourageant du ciel…

Ni loisir, ni performance. Un appui naturel sur ce bleu – si intense – si lointain…

 

 

Tout viendra effleurer ce qui respire – ce qui se flétrit – ce qui se soulève et s’enfonce. Ce qui s’échange contre un autre temps. Comme un jeu – un défi, peut-être, à l’aveuglement – à cette façon d’être si égal à soi-même à travers toutes les existences (parallèles et successives)…

 

 

Insuffisamment aveugles pour détourner les yeux de la misère – créée par le refus de notre destin…

Et cette issue qui se façonne à grand coup de souffle. Comme un réel immense posé devant chacun – au milieu du sommeil – au cœur de nos pas somnambuliques tirés vers l’après – vers le lointain – comme le prolongement du rêve…

 

 

Noire comme la perte – comme les paupières. Défaite – recluse – et hagarde au milieu du chemin – cette folle espérance d’une fratrie. Solitaire – autant que le regard sans doute – avec le silence à réinventer peut-être…

 

 

Debout dans un ciel à perte de vue – à écouter les larmes tomber sur ces pierres trop noires et le crissement du gravier entre le chemin et les semelles. Quelque chose comme un élan – un effort – une marche vers ce qui ne pourra jaillir qu’au milieu de l’œil sans espoir – revenu des soirs – de tous les soirs – et des lueurs nées de ces lectures crépusculaires où nous imaginions le soleil accessible d’un claquement de doigts…

 

 

Des yeux pour se rejoindre à la pointe de l’âme – là où l’obscur semblait si vivace et la peur, l’hôte principal. Crocs, à présent, refermés sur la chair. Au bord du précipice – devant l’inconnu des hauteurs et l’incertitude des rivages…

 

 

Les âmes – comme des créneaux étrangers – et d’étranges coffres-forts où s’entassent mille débris volés aux aboiements des Autres. Des anneaux, des bras et quelques victuailles pour les temps difficiles. Et cette nage burlesque sur ces pierres sans eau – évaporée, peut-être, depuis des siècles. L’homme, en somme, dans ses gestes mimétiques – et sa confusion imbécile. Avec ses rêves d’or si anciens. Comme un silence posé au milieu de l’absurdité – entre mille grilles – mille rangées de grilles – et toutes les infinités possibles…

 

 

Regard en surplomb – libre – vierge – acquiesçant – pleinement présent à ce qui passe. Et l’âme – le cœur – au-dedans – totalement engagés dans le pas, le geste et la parole. Ainsi est-on à la fois monde – et hors du monde

 

*

 

Où chercher – où fouiller – où s’enfuir – et comment vivre – lorsque la mort encercle tout – relègue la vie à une parenthèse absurde coincée entre deux néants – et confine l’horizon à une frontière (presque) infranchissable… Et comment trouver une forme de sagesse pour guider les pas et nous dire (simplement) où commencer judicieusement la marche…

 

*

 

Tout se détourne – tout se rejoint – malgré le sable et la décadence du monde. Mû par cette flamme qui demeure à travers tous les passages

 

 

L’obscurité n’est pas le sommeil ; le signe seulement que le noir nous a devancés – et qu’il faut à l’homme plus d’une foulée pour laisser son pas au centre du cercle – et un peu d’âme pour laisser son œil se transformer, peu à peu, en regard capable de surplomber toutes les marches du monde…

 

 

Nous différons sur mille points sans comprendre le cadre naissant – le cadre premier – unique – ni la similitude des visages derrière les apparences – ni la convergence des foulées aux rythmes et aux allures si dissemblables…

 

 

Nous écoutons comme d’autres éventrent, torturent ou massacrent sans sourciller. Animés étrangement par les élans d’un abîme, en eux, trop souverain pour se rappeler avec exactitude – et nostalgie – des prérogatives premières de toute naissance – de toute histoire – de toute existence ; l’attention, l’approbation et le silence…

 

 

Le plus connu n’est pas celui que l’on croit – mais le plus oublié, sans doute ; l’hôte premier – celui auquel nous n’avons plus le temps de penser – avides que nous sommes de toute nouveauté…

 

 

A côté du cercle s’éreintent quelques âmes – se lancent quelques pierres – et s’entendent quelques aboiements. Rien de nécessaire au jaillissement du centre au cœur du cercle. Des initiatives et des passe-temps, peut-être, qui se cantonnent aux périphéries…

 

 

Tout s’abandonne – végète – et tourne en rond – au milieu de la poussière et des crachats avant de rejoindre le seuil – l’espace de l’âme-lumière. Rame, en quelque sorte, de rive en rive – s’égare – s’éloigne et se rapproche, peu à peu, de cette morosité sans rêve nécessaire à l’ascension du gris – et à son franchissement…

 

 

Tout se découvre – et se devine – comme si nous étions nous-mêmes – comme si une part de nous était – caché(e)(s) de l’autre côté…

Entre terre et silence – si haut déjà – et si loin de ce ciel inventé – au plus près de ces têtes – et de ces bouches – qui s’agenouillent et embrassent le sol…

 

 

Ici – là-bas – rien que des édifices et des idéologies. Et de ce côté, rien – le plus vierge sans doute sur lequel aucun phénomène ne peut prendre appui – où aucune vie – ni aucun monde – ne peut se construire – et où tout vit, pourtant, pleinement sans l’ombre d’un souci – sans l’ombre d’une inquiétude – sans l’ombre d’une attente ou d’une saisie. A pleine existence, en somme – au cœur d’une présence naturelle faite de silence et d’acquiescement – sans mémoire ni oubli. Unique et durable dans cette étrange fragilité de l’éphémère…

 

 

La sensibilité et l’intelligence – les seules graines indispensables – et les seules conditions nécessaires – pour qu’éclose, fleurisse et se répande l’Amour dont le monde, la terre et la vie ont tant besoin…

L’unique issue, à vrai dire, à toutes les histoires – individuelles, communes et collectives…

 

 

Tout pousse autour de nous comme si nous avions les bras portés par le ciel. Mais nous ne sommes, pourtant, que des sangsues dévoreuses de chair – et ingrates, qui plus est, devant l’abondance et les privilèges de notre naissance…

 

 

Tout vient – s’échafaude – le temps d’un répit – comme un vide relégué aux bruits qui courent…

 

 

De l’autre côté du jour, il y a un repos qui ressemble à la nuit où tout s’immerge le temps d’un rêve…

 

 

Aux côtés de la mort, quelques âmes prudentes – oubliées des lendemains – qui jettent leurs bras aux survivants – aux passagers – à tous les passants de la nasse – emmaillotés sur les pierres – et ligotés déjà à ce bleu immense – à ce bleu intense – qui s’immisce à travers les grilles – à travers les mailles – pour répandre la liberté…

 

 

Nous sommes le dedans – et le dehors – tout proches. Le cœur du vivant – et cette lumière au fond de l’âme. L’apparence et l’essentiel (prisonniers – toujours – de notre émoi et de nos découragements). La neige et le silence. La crainte et la désespérance des foules perdues au milieu du désert. Le jour et la nuit – et tout ce qui s’agite à leurs frontières. Ce monde à l’allure de feu – et le front des bêtes livrées à la mort. Cet étrange mélange d’errance et d’incompréhension qui attend le pire et la fin des siècles en versant quelques larmes…

 

 

A l’ombre de tout – peut-être ailleurs (qui sait ?) – sous les éboulements – au fond des idées – quelque part où la nuit n’est que l’illusion d’une solitude. Parmi les herbes où les rencontres – toutes les rencontres – sont factices. Les reflets de notre seul visage…

 

 

Nous vivons – et périrons – avec les tentatives de la voix et du souffle à façonner – et à repousser – l’argile – celle des corps et des visages – celle des dunes qui nous entourent – et celle du trou où nous serons enterrés…

 

 

Poussière qui dure sous les pas du monde – jetée à la figure de ceux dont les vents ont défiguré le nom. Avec la couronne – survivante des ravages – au-delà de laquelle le ciel ne se tient ni au-dessus – ni en dessous – mais partout où l’épine tient lieu de guide sur le chemin…

 

 

Nous continuons d’être – là où le néant s’efface – là où la terre, trop longtemps endormie, s’éveille. Nous sommes ainsi – quoi que nous fassions – et définitivement passagers quelles que soient les aventures…

 

 

A l’autre bout du monde – le même désastre et la même espérance. Quelques signes – et quelques traits – dans ce gris interminable – sur cette étroite bande de terre où les hommes – et leurs usages – nous confinent…

 

 

De l’autre côté de la mort, le même voyage – pieds devant et tête à l’envers – avant que l’esprit ne nous retourne encore – et ne nous prépare au point d’entrée suivant…

Ainsi, de séjour en séjour, nous visitons nos propres différences – notre hauteur commune – et tous les recoins du monde – avant (peut-être) la délivrance…

 

 

Nous marchons – les pieds et la tête en feu – poussés par cette furie sur le gravier noir des chemins et du langage – en quête de cette folle ivresse au goût de rêve dénaturé – couchés, en vérité, au fond du même effroi depuis le premier pas – depuis le début du voyage…

 

 

A demi morts sans doute – autant que l’ardeur du sang est noire. A mi-chemin entre le ciel et les pierres – là où la nuit a traversé le regard. Aux premiers instants de l’âge – aux premiers instants de notre figure – là où le temps et les os ne formaient, dans notre rêve, qu’un seul visage…

 

 

Il y aura toujours moins à dire que le silence – et moins à haïr qu’à aimer. Et autant de joies que de peines à se résoudre à vivre…

 

 

Tout s’avance vers nous comme un monde sans main – et qu’il faut aider et satisfaire – au lieu de jouir de toutes choses – au lieu de savourer chaque instant de présence – au lieu de contempler toutes ces marches sans apaiser les peurs ni assouvir les désirs et la faim…

Tout est complice, en somme, de nos jeux et de notre ignorance. Et tout s’affronte pour nous rendre plus impuissant(s) – et plus coupable(s) encore…

 

*

 

Tout se conquiert – et, parfois, se partage – excepté ce qui compte (et qui est plus qu’essentiel). Cela seul s’offre – et qu’importe les noms pour le nommer ; être, Soi, Dieu, Amour. Lui seul se donne tout entier – et plus encore à ceux qui, en son absence, ont réussi à s’effacer…

 

*

 

Nous allons – comme les fleuves – comme les ombres – là où les pentes sont aisées à découvrir et les frontières aisées à franchir. Nous sommes pareils à cette nuit qui s’éternise au-dessus des astres et des visages. Nous cheminons en pure perte – sans rien comprendre aux enjeux de l’être et aux enjeux du vivre

 

 

Tout devient sans nom – et inaudible – au fond du silence. Tout devient rythme et joie – et comme l’Amour – prêt, enfin, à tout recevoir…

 

 

Tant de détours et de manœuvres pour les eaux du monde – pour les eaux du jour – avec mille galets, mille rives et cette nuit qui s’écoule à franchir. Avec quelques grimaces et le poids de l’âme. Avec mille rencontres fortuites et vagabondes. Et cette soif ardente qui – implacablement – remonte vers sa source…

 

 

Tout passe – repart – revient et recommence. Creuse sa blessure dans les mêmes gestes – les mêmes postures – les mêmes refrains. Seul dans son sillon – guidé, parfois, par le mouvement des astres et la main des étoiles – le rire ou la joie d’un enfant – la beauté ou la justesse d’un poème…

 

 

Tout se donne au détriment de l’effort qui use au lieu de découvrir. Ici – ailleurs – partout – le même rêve et les mêmes chemins. Ce qui frappe discrètement à notre porte. Le monde et la fausse réalité du langage qui crée mille chimères – et voile le réel qui, dès lors, s’imagine exclu – à l’écart – abandonné peut-être. Tout se limite – et s’emprisonne – derrière ces grilles qu’édifient les livres et la parole. Mais nous sommes encore là – patients et, sans doute, suffisamment téméraires pour attendre le choc et l’effondrement qui signeront l’arrivée du silence – l’entrée en présence

 

 

Nous sommes la moitié du monde. L’âme affranchie du langage – et le peu qu’il reste après notre passage. A la verticale du nom que nous avons placé sur toutes les choses. Fidèles, en somme, au quotidien et aux adieux impossibles offerts à ce qui s’enfuit – et nous échappe…

 

 

Tout est là – toujours – caché au-dedans de l’inimaginable – à l’ombre de cette lumière que nous avons cru arracher à un Dieu-mystère – puis, à un Dieu-machine – inventés pour rendre l’homme plus docile encore…

 

 

Nous avons créé mille frontières pour nous sentir vivants – et du bon côté de la barrière. Le rêve, l’effort et l’apprentissage pour découvrir – avoir l’illusion de découvrir – la loi et le mystère. Mille choses inutiles, en somme, pour être à la fois au-dedans et au-dehors – à l’intérieur et à l’extérieur du monde – au cœur et hors des êtres et des choses. Ce que nous sommes tous au fond malgré nos déconvenues et le manque de lumière…

 

 

Ni tien – ni mien – ce qui remplace le rêve et la parole – les postures et la vision restreinte. L’espace où tout défile et se remplace – la racine et la source du monde, des hommes et des bêtes. L’origine des arbres, des fleurs et des rivières. Tout ce qui s’épuise à défendre son territoire et ses maigres trésors

 

 

L’autre côté est une illusion. Il n’existe que ce tout – ce presque rien – que les hommes ont divisé mille fois – dix mille fois – des milliards de fois – pour asseoir leur territoire, leur pouvoir et leur envergure. Un seul espace où tout est accolé au même centre…

 

 

Tout s’enracine – au-delà du monde et de l’homme – au même vide – songe ou néant pour les uns – dogme ou vérité pour les autres. Indissociable(s) sur la même ligne où les notes, les mots et les visages semblent si dissemblables – mais qui portent en eux la même grâce et le même destin – entre fleurs et lumière – rêve et abîme – temps et souvenir – au milieu de ce que nous devons transmuter en présence…

 

*

 

Comment faire face à la douleur, au vide, à la souffrance, à la perte et à l’absence – et vivre (et se résoudre à) cette dimension mortifère et limitée de l’existence ? Voilà, sans doute, l’une des questions fondamentales – et l’une des thématiques centrales – auxquelles sont – et seront toujours – confrontés l’homme et le vivant au cours de leur (bref) passage terrestre

 

*

 

Ce qui remplace l’apprentissage – de l’extérieur vers l’intérieur. Et ce qui s’absente vers un Autre en soi – encore étranger…

 

 

Tout est simple – le silence – le monde – le vent – et les âmes à éduquer. L’immensité de la parole repliée au fond de la solitude – et le poème qui se prête davantage au jeu de la vérité qu’à celui de la rime. Le désir et tous les Dieux réunis. Toute la vie de l’homme, en somme…

 

 

Rien ne dure – pas même la lumière. Et ce qui demeure n’est, peut-être, que le doigt de la mort pointé sur ce qui bouge – le temps en suspens – entre la nuit et le souvenir…

Et ces fleurs – toutes ces fleurs – qu’il nous faudra, un jour, semer dans tous les interstices laissés par l’absence…

 

 

A distance toujours de ce qui étreint – au lieu de s’abandonner au vide…

 

 

Nous nous rétractons au lieu de nous enlacer. Nous pérorons au lieu de garder le silence. Nous haïssons au lieu de comprendre. Nous quémandons au lieu d’offrir et d’aimer. Nous saisissons au lieu de rester la main ouverte. En vérité, nous ne savons ni vivre – ni être des hommes…

 

 

C’est dans le vertige du vivre – puis de l’être – que l’homme se réalise. Et l’accomplissement toujours s’opère dans la perte, la chute et l’effacement…

 

 

Tout se rejoint – toujours – au-delà des refus, des singularités et des destinataires. Le seul besoin est celui du rapprochement, de l’étreinte et de la lumière…

 

 

L’aveu d’une vie – d’un combat – perdus d’avance. Le retrait – le recul – et l’avancée timide – presque à reculons – vers la seule source en mesure de nous retrouver

 

 

Tout est prétexte à soi – jusqu’à sa propre perte. Et tout s’avance ainsi à sa rencontre. Puis, tout s’absente à travers nous-mêmes – jusqu’au défilé du pire – et jusqu’à son franchissement. Alors tout devient – tout redevient – silence et poésie…

 

 

En matière de vivre – à propos de la vie – seul l’infini peut nous soumettre – nous accomplir – et nous délivrer. Le reste n’est que jeux, fièvre et purges nécessaires à sa propre découverte…

 

 

Et cette main tendue que nous négligeons pour la beauté d’un visage – la promesse d’un amour – l’espoir d’une gloire ou d’une richesse – tant de chimères et de choses corrompues déjà…

 

 

Tout accourt – et se jette de l’autre côté du monde…

 

 

Tout est feu – tout est sang – même au cœur du silence. Sur terre – dans l’air – dans l’eau – entre les lignes du poème. Fleurs et fils toujours plus distendus à mesure que l’on avance…

 

 

Invariables – la défaillance autant que l’Amour. Et ce doute creusé à même le pas au centre duquel tout, un jour, viendra s’effondrer…

 

 

Cercles et noms écrits avec le sang de chaque destin. Comme les misérables frontières du vivant. L’hérésie des hommes – et leur folie à tout nommer et à tout circonscrire – pour lutter vainement contre le chaos apparent du monde – et la douleur de vivre (et d’exister) si pauvres – et si seuls – au milieu des autres – face à la multitude et à l’immensité…

 

 

Tout s’inverse à l’envers de la mort. Le souffle et le temps s’infiltrent au lieu de passer – et s’amplifient jusqu’à l’engorgement. Et l’âme même n’est plus ce point – cet infime reflet du miroir ; elle rayonne d’une autre lumière qui lui donne la même couleur que le jour…

 

 

Tout s’agenouille devant cette faim qui préside à la course – et à l’attente d’un autre monde…

 

 

Un léger fléchissement dans l’âme pour dire notre (im)maturité – et offrir ce qui nous a été offert ; la douleur, le pire et le passage. Cette foi affranchie de toute espérance. Et cette joie qui dans les veines (et dans l’âme) remplace le sang…

 

 

Tout – de l’autre côté – aussi bien qu’ici où la vie et le monde ont la couleur du froid et de nos yeux fébriles – en attente d’une issue – en attente de l’impossible – pour échapper à l’enfer de notre détention…

 

 

A peine le jour – à peine la nuit – quelque chose comme un ailleurs au goût de soi enfoui quelque part entre le noir et la lumière que nous avons inventés…

 

17 juillet 2018

Carnet n°155 Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Du temps, des ravins, des dépouilles. L’or et la question de vivre. La saveur, l’infini et la mort. Et mille fleurs déjà sur nos pages – à notre porte…

A l’écart du sommeil – libre des jeux du monde – au-delà des cendres et du scintillement – là où la parole s’écrit d’un seul trait de lumière…

Une vie, un silence. Comme un poème pour affronter l’impossible…

 

 

Un autre feu sous les pierres brûle quelques reliquats de rêve. Et une fenêtre pour regarder, avec émotion, le monde et les hommes – leur chute inévitable – l’effacement annoncé – et l’arrachement (violent sans doute) du peu qu’il restera après la mort…

 

 

Tout s’estompe à présent. Les voix geignardes, le tumulte et les caprices. Tout ce qui palpite – les monstres et les erreurs. Et ces visages enfantins qui se séduisent pour conjurer la solitude. Ne reste qu’un lieu indéfinissable – et ce regard – et cette main qui, parfois, se tend pour secourir le possible – et révéler l’évidence dissimulée au cœur de la faim et du sommeil…

 

 

Subsiste un souffle mystérieux dans cette glaise suante – dans cet amas de poussière et de souvenirs – de désirs et de prières. Quelque chose – presque rien – né des semences du monde – de ce (fabuleux) mariage entre le ciel et les abîmes – qui s’attarde encore un peu sous le soleil pour assister à la saison des récoltes. Comme un morceau de terre anodin – insignifiant presque – qui joue avec les vents avant d’être livré à la mort…

 

 

Être et langage. Silence et poème. Un retrait, puis un écart pour échapper au monde et à sa folie. Seul dans l’herbe – en haut de la pente – à contempler et à rire – et à offrir quelques lignes – une parole – une joie et une nudité solitaires – à tous les découragements à vivre

 

 

Muet – seul – déjà ailleurs – avec devant soi toute une vie à inaccomplir

 

 

L’un d’eux – avec des ombres – une peau – un visage mille fois balafré – et une chair mille fois estropiée. Mains ouvertes – mains en prière – dans le noir – qui offrent au monde, comme les fleurs, leurs secrets…

 

 

Aimer l’obole et la nécessité – l’Amour et la furie qui n’épargnent personne. La désolation et le baiser si tendre sur le front de ceux qui s’acharnent encore…

 

 

Entre le vol et l’absence – entre la chute et ce qui demeure – la joie à notre portée…

 

 

Ce qui se résout d’un air si grave – soleil dans l’âme – et la larme à l’œil. Indécis. Timide. Vaillant. Si humain, en somme…

 

 

Un corps – ce qui reste de l’homme. Et ce regard sans assise – cette présence sans appui. Et un peu de tristesse encore sur ce versant de la terre…

 

 

Penché sur le monde et le défilement des jours qui donnent aux hommes leurs rides et leurs soucis – et quelques caresses parfois. Avec cette stupeur devant les visages et la mort…

 

 

Une aire, des rêves, des jeux. Un peu de sang et de souffle pour se croire vivants et s’adonner aux vieilles traditions de l’homme. Splendides et féroces – et presque sans tête. Debout et endormis – sous l’emprise des jours – et d’un soleil trop lointain. Sacrifiés pour l’éternité qui durera jusqu’à la mort…

 

 

Un visage peut-être – mais sans épaisseur. Vivant comme la brume et l’arc-en-ciel. Distrait à côté du monde. En surplomb peut-être. Hagard – hébété – dans les bras d’un autre Amour…

 

 

Une parole – mille paroles – pour défaire l’impossible et inviter l’impensable. Aussi vaine(s) que la danse – que toutes les danses – du monde. Notre dernière solitude, peut-être, entre les hommes et l’innocence…

 

 

Troublante la vérité qui ne (nous) laisse rien – ni signe, ni message – pas le moindre appui…

Et nos vies, comme du lierre, qui s’agrippent aux murs invisibles – inexistants – à peine rêvés peut-être. Et ces jours qui passent pourtant. Des années – des siècles – et toute l’histoire du monde – balayés d’un seul geste lorsque se précise l’instant – l’éternité sans doute – entre l’angoisse et la joie – entre l’effroi et le silence. Immobiles – immobilisés en quelque sorte – dans ce qui demeure aux racines des existences…

 

 

Nous, aujourd’hui. Et demain, quelques autres. Les mêmes danses. Le même spectacle…

 

*

 

Ah ! Mon Dieu ! Tant de livres et de tablettes depuis l’origine du langage qui engrangent les concepts, les images, les commentaires, les vérités ! Pour comprendre le monde et découvrir ce que l’on est, comment faut-il s’y prendre ? A quelles lignes peut-on se fier ? De toute évidence, n’accorder du crédit qu’à celles qui furent enfantées dans la joie et le silence entremêlés

 

*

 

Au bord du monde – aux marges du temps. Saisons en prime – et le rêve rompu. Debout – la tête humble – à apprivoiser l’incertain…

 

 

Sans nous – sans propos – au-delà même des labours profonds, le silence et la blancheur de la voix dans leurs vaines tentatives poétiques…

 

 

L’enfouissement et le mystère. Et tous les savoirs sabotés – pour lire sur les lèvres rouges – à peine perceptible – le silence. La terre, les bêtes, les hommes – le calme et la joie dévastés – suspendus par grappes entières dans cet oubli du monde. Et l’ombre en écho offerte à ceux dont la main cherche l’Absolu – et qui doivent recommencer mille fois leur voyage pour se perdre dans la durée. Indécis et opiniâtres comme les jours – relégués (presque toujours) à l’infime et à la fouille au milieu du temps…

 

 

On abandonne les pistes – tous les assemblages. Ce que nous avions engrangé à tous les âges dans la prévision d’une aventure – d’un cataclysme. On se défait – et on se désengage. Et sur la route subsistent un sourire – une danse – le réel d’avant les naissances…

 

 

Noyés de vie – noyés de tombes – comme des enfants perdus dans la nuit – apeurés face aux visages – livrés aux tentations et à la gouvernance de ce qui s’épuise. Seuls, en somme, pour échapper au monde et retrouver l’aube qui persiste au fond des cachots – partout présente – jusqu’aux fenêtres de l’hiver…

 

 

Rien – une simple joie au milieu de ce qui s’attriste. Un soleil ardent – vivace – dans le noir et la jungle où survivent (à peine) les bêtes du monde. Des destins croisés avec la constance des saisons. La fabrique du temps et tous les Dieux imaginés par les hommes…

Une distance avec les cartes, les signes et les paroles ivres de ce qu’elles encensent. Une défaite magistrale – comme le sacre de tout voyage. L’allure et la tête détournées de leur emploi. Au-delà de toute pensée – au-delà de toute promesse. Guidé par ce qui demeure et ce qui passe. Au milieu des eaux – sur cette île oubliée que font grandir les pas – les passages et l’innocence…

Un climat, peut-être, hors de l’étourdissement et de la distraction. Un sourire et un étonnement à l’égard des attentes anciennes – à l’égard de ce qui vient – à l’égard de ce qui monte et de ce qui descend en empruntant mille voies – mille escaliers – mille routes qui serpentent entre le ciel, la terre et les abîmes…

Un socle posé au milieu des vents et des rires – des grimaces et des infortunes. Un regard sur les dalles, les tombes et les visages qui gesticulent dans les allées – dans toutes les impasses. Une présence au cœur des carnavals où la chair et la sueur s’emmêlent – et s’épuisent en gestes inutiles – en tentatives ridicules…

Une aire – une fenêtre – où tout vient parader, se distraire et mourir. Le sol qui recueille le sang, la pluie et les larmes de quelques âmes. Et cette main qui, parfois, se pose sur les lèvres pour que cessent tous ces tourbillons illusoires…

 

 

Visite au loin – au-delà des yeux et des portes fermés. Et, pourtant, tout demeure à l’identique – ici – ailleurs – partout ; les arbres, les visages, les jardins – le sort, la faim et le sommeil de ceux qui s’échinent à résister. Le monde, les siècles et le temps. La terre aux paysages si changeants. La ronde, un peu triste, des âmes qui s’inclinent à tous les passages. La bêtise et l’ignorance des hommes. Toutes les tragédies du vivant…

 

 

Un imaginaire débraillé – ouvert devant soi comme la carte d’un trésor. Des pages – des livres – par milliers comme autant d’ailes et d’étoiles – poussives et fécondes – qui exaltent le sens et invitent à mille vagabondages. Des signes comme des boussoles pour se frayer un chemin – et mille passages – dans l’obscurité des plans – horizontaux presque toujours. Des cris, des larmes et quelques rires – un peu de chair et de sang parfois – et un peu d’âme aussi (plus rarement) – comme pour offrir aux yeux, aux visages et aux existences, une porte sur l’oubli et une sente fragile vers l’aube promise par tous les sages…

 

*

 

Il y a le cœur perceptible du vivant. Et celui – plus invisible – qui bat en chaque chose. Et c’est dans l’écoute de ce double rythme que l’on peut entendre les souffles conjugués du monde et du silence – et (accessoirement) s’y accorder…

 

*

 

Invisible – dense – légère – omniprésente – verticale – cette présence – si proche de l’esprit – et si éloignée, pourtant, de l’expérience humaine commune…

 

 

Vie, prières, souffrances et extases vécues à même la chair du monde – au cœur du souffle et du regard plus divins que terrestres…

 

 

Entre deux rives, le passage. L’expérience combinée du monde et du ciel…

 

 

Là où s’achève l’homme, commence le Divin. Et là où meurt le Divin, naît la barbarie…

Et nous autres, au milieu du gué – lançant quelques gestes et quelques paroles pour survivre à cet écartèlement – à cet inachèvement – et inviter le monde à vivre sa dernière heure

 

 

Cette voix au fond de nous – au cœur d’un ciel – d’une présence – ligotés par tant de rêves et de désirs – par tant d’ignorance. Comme une perte vertigineuse – presque inimaginable – dans le temps – et un sursaut – un regain d’ardeur – pour briser les murs – et le labyrinthe où les hommes et les bêtes vivent coincés depuis le début du monde…

 

 

Une descente – longue – âpre – qu’il faut emprunter après l’assouvissement du désir de l’or – l’extinction de la faim et l’effacement des chimères et des miracles. Le rapprochement des pas et de l’âme vers le mystère…

 

 

Un jour, l’horizon s’éteindra comme la course des pas – comme tous les voyages…

 

 

Un fardeau, un renoncement. Rien – ni au-dehors, ni au-dedans. Un murmure – un cri à peine perceptible. Les errances d’un autre voyage. Des tombes, des terrains vagues et l’obstination des pas. Partout, le grand calme des solitudes. Et ce vent qui veille dans l’acharnement des foulées. Et le silence encore que nous n’avons su retrouver…

 

 

Nous avons couru tantôt à grands pas, tantôt à foulées feutrées. Nous avons vécu – nous avons fouillé – et découvert toutes les ombres du monde. Nous avons cheminé plus que de raison – emprunté mille chemins – traversé mille contrées – et déblayé mille impasses. Et nous voilà, à présent, en haut – sur cet escalier sans fin – au-dedans d’un rêve ininterrompu peut-être – avec le même sommeil et la même solitude – le ciel toujours aussi lointain et la souffrance un peu moins douloureuse – en partie apprivoisée – à nous demander encore pourquoi Dieu a créé le vivre et l’espoir du jour – et cet allant inépuisable à vouloir percer tous les mystères…

 

 

La parole aura beau dire encore et encore, le silence aura toujours le dernier mot…

 

 

Nuit, motifs, espace, signes, ondes, nouvelles, foudre, rivières, foulées. Un arbre, un visage et le ciel alignés – libres – dans le mensonge comme dans la droiture d’une parole authentique…

 

 

La source, le sang et le miroir. Eléments du voyage et de la mémoire – nécessaires à la découverte de notre identité…

 

 

Une mémoire s’avance – nous revient à pas menus sur le fil du temps – gonfle – traverse la tête – se pose en arrière du front – nous invite à la marche à rebours pour retrouver l’origine – la racine première des allants et des découvertes…

 

 

Après le pas, l’éloignement et la lente dissolution du point d’interrogation magistral gravé à l’arrière des crânes. L’ombre circonscrite, les murs vacillants, et bientôt délabrés. Et cette lumière qui se hisse au-delà de la dernière étoile. La fin du trajet. Et le surgissement du silence scellé dans l’envers du décor. Le déchirement de la détention et du visage criblé de flèches et de plaies. La traque incessante et le manque désagrégés. La vie et la souffrance transpercées. L’origine du monde et la chambre – ce lieu de tous les supplices – réunies – enfin rassemblées. Le souffle qui se dresse au-dessus du noir. La sagesse et le sillage réconciliés. La fin de l’aveuglement. Et la vie – la vraie vie – qui peut enfin commencer…

 

 

L’écriture, sous la dictée du ciel, se fait plus docile – plus précise. Mots de nulle part – affranchis des ambitions humaines – pour offrir à l’infime une fenêtre – la seule possibilité de délivrance peut-être…

 

 

On écrit à présent comme roulent les pierres. Dans la nécessité des instincts – gouverné par la pesanteur du monde – vers un vide où convergent toutes les choses et tous les visages…

Des poèmes, comme la roche, arrachés à notre poitrine. Un pont entre le ciel et l’océan. Un peu de magie pour la traversée et le franchissement (si douloureux) de l’écume…

 

 

Mille mots – une parole sans cesse répétée – pour dire ce qui ne peut être dit – pour essayer de nommer ce qui ne peut se révéler – et être goûté – que dans l’écoute, l’attention et le silence – dégagés des noms et des visages – libres de tous les qualificatifs…

 

 

Quelques lignes – une pensée – comme un recours – un refuge précaire – face aux tourbillons du monde. Une fenêtre dans la superficialité ambiante sur ce qui, en nous, s’interroge et aspire aux profondeurs pour découvrir le secret des danses – le secret de toutes les existences…

 

 

Dire le peu – le plus simple – la joie d’exister. Le souffle et le silence – et ce qui nous déchire. Les gorges muettes – l’obscurité qui, partout, règne en maître. Le manque, l’envie et les traversées. Ce qui nous guette au-dessus des bruits et de l’effroi. Les hommes, les bêtes et la mort. Les berges où tout s’égare. Les souvenirs inutiles – et les obstacles que l’on ne parvient parfois à enjamber. Notre maladresse, la lueur – et la tristesse – dans les yeux de ceux qui s’en vont. La terre et les âmes tremblantes. Le poème, l’abîme et le néant. Tout ce que nous avons essayé pour être des hommes – et naître au ciel. A peu près tout. Si peu de choses, en somme…

 

 

Tout arrive – et se livre à notre front boudeur. Les tremblements et l’immensité. Les malheurs, les étoiles et la douleur. Le sang et ce regain d’âme qui manquait à notre vie. La solitude, les poches percées et ces mains pleines de cet or offert aux presque rien – à tous ces êtres de passage qui s’interrogent et que l’on dévisage – toujours inquiets – jamais satisfaits par la réponse des hommes…

 

 

Des lampes, des cœurs et mille mains tendues – et le monde – cette pieuvre – qui rétrécit les rives et les rêves en exaltant les désirs d’un après – d’un ailleurs – plus confortables…

Comment vivre parmi les hommes sinon en restant à l’écart – loin des crachats et des cachots – loin des masques et de ces eaux (trop) tourbillonnantes où tout a l’odeur de la hâte et de la conquête. S’exiler, en somme, en ce lieu posé en amont du théâtre – à l’abri du sang qui coule pour rassasier la faim…

 

 

Une pierre, l’instant de vivre pour répondre au seul appel vital – dans cette forêt – au milieu des bêtes au regard si doux – si clair – et bien plus lucide que nous ne l’imaginons. Seul avec la nuit et la folie en partage. Debout dans l’hiver. Immobile – stoïque sous notre charge – allant à travers le monde sur les chemins des collines comme sur les pages – à contre-sens de la déraison commune…

 

 

Rien – sur la plus haute marche de l’homme peut-être. Ni lampe, ni neige, ni étoile. Ni ange, ni visage. Pas même un bruit. Pas même un songe. La leçon du sang apprise jusqu’au fond des veines. Oubliés, à présent, les délires, la douleur et l’huile sur le feu qui ont exalté la décadence du vivre ensemble. Le vide – simplement – le vide. Le silence et la blancheur. Et cette nécessité de la parole pour s’assurer d’un témoignage – d’une preuve, peut-être – pour avoir l’air un peu moins fou que ces pauvres hommes en contre-bas qui s’échinent encore à la besogne dans l’espoir d’accéder, un jour, à quelque hauteur…

 

 

Nous veillons sur cette vieille plainte qui monte du ventre du monde. Les bras ballants et les mains vides – sans rien à offrir sinon notre regard – et cette présence infime – anodine – presque invisible pour ceux qui ne savent voir encore. La vie, la terre et une partie des vivants à nos côtés sur ce versant fragile – blanc – intact – où viennent mourir tous les reflets sombres – calcinés – de l’autre monde…

Debout encore – dans cette vaine attente – sur ce seuil qu’ignorera toujours le commun…

 

 

Les bruits des hommes – âpres – visqueux – pénétrants – disharmonieux. Et ceux de la terre – vol et chant des oiseaux – vent dans les feuillages – course intrépide et tranquille de la pluie et des rivières – comme les notes d’une symphonie orchestrée par le silence et la lumière où le monde et la nature, malgré leur rudesse, résonnent dans la joie et l’harmonie…

 

 

Ephémères toujours – qu’importe les destinées…

 

 

Humble dans la proximité – et l’énumération – des choses, des visages et des sentiments qui peuplent le monde…

 

 

Tout se compose – se décompose et se recompose – de mille manières – en mille matières – en mille souffles – en mille agissements. Et rien ne nous émeut davantage que la proximité d’un seul visage qui ravive le sentiment d’unité sous-jacent à toutes les figures du monde…

Toute part porte – et est – le cœur de l’Absolu…

 

 

A ceux qui s’extasient devant la splendeur de la vie – et, parfois, devant la justesse de nos lignes (bien plus rarement, il est vrai), nous répondons que la vie et la poésie ne sont pas grand-chose ; un peu de rien dans l’infini – quelques taches sur la page – et que seuls le silence – le blanc – et la lumière – donnent au noir (toute) sa beauté…

 

 

Un peu d’azur – un peu de sang – dans tous les domaines. La nuit aux prises avec le jour. Et le jour aux prises avec les parois sans prise de l’autre rive. La faim et les chemins éternels. Le silence emmêlé aux chevelures. Un peu de joie – ce qui se dérobe – les risques encourus et toutes les pertes à venir…

 

 

Une main, une parcelle et le vaste monde où tout s’empile – s’engrange – s’efface et revient. Et une présence au cœur de ce qui demeure, si souvent, impénétrable…

 

 

Cœur et raison de l’innombrable à califourchon sur l’immesurable. Si près de ces mains et de ces âmes qui tiennent le jour comme un enjeu – et n’y voient que quelques mesures à prendre…

 

 

Lieu où l’obscur livré à l’au-delà devient éclat – blancheur consumée. Transparence et déchirement. Quelque chose d’inouï comme un silence au cœur de ce qui bouge et s’émeut. La dimension de l’homme, peut-être, affranchi des règles et de la volonté. Les restes, sans doute, d’une innocence incomparable…

 

 

Appuis, enclos, domaines. Et ces os entassés en amas sous la terre qui livrent aux hommes un secret encore incompréhensible. La vanité des élans, de l’agir, des tentatives borgnes et des croyances qui laissent espérer une issue possible…

 

 

Personne – une pièce vide – et une fenêtre qui laisse passer un peu de lumière pour éclairer les ombres qui s’agitent les mains tendues vers elle – si désespérément…

 

 

Chemins encore parmi les crêtes et les constellations étrangères – inapprivoisables. A la rencontre des limites de l’homme…

Des élans et des sauts depuis le premier soleil – le primitif endroit où naquirent tous les visages et toutes les étoiles. Sommets d’un sous-sol peut-être où ce qui s’élance a la couleur de l’or et l’ardeur des apprentis – des inexpérimentés.

Fruits des flammes et de l’invisible. Source des danses, des arabesques et du fumier – et de tous les charniers sans doute. Graines d’un seul jour et des mille répliques sur l’asphalte du monde…

 

 

Entre le rêve et la souffrance, l’infini. Et la longue désespérance – et la chute, lente et inévitable, de la chair prise en étau entre la gueule des loups et le ciel – entre l’expérience encore immature des malheurs et la joie possible – toujours recouverte par ce qui rend presque indestructible la pensée.

Un goût d’autrefois et de silence au fond des visages atterrés…

 

 

Le déplacement du regard d’un point à un autre – du plus familier à ce qui demeure inconnu. De dislocations en partage – de fragmentation en ellipses. Du plus certain à ce qui est offert à l’impuissance et à l’abandon…

 

 

Une vie, un silence. Comme un poème pour affronter l’impossible…

 

 

Ce qui est pris est redonné – et rendu au centuple dans cet art, apparemment cruel, du passage. De semailles en renversement. De l’agitation à l’innocence contemplative. De l’obstination à l’effacement. Le gage que quelque chose, en nous, est peut-être plus vivant que notre âme…

 

 

A la fin du voyage, la résolution du mystère. Et l’invitation du poème comme hommage inapproprié presque toujours – pour remercier l’abondance des obstacles qui nous firent prendre d’autres routes – et nous abandonner, en fin de compte, au glissement violent vers le bord – vers le fond – le lieu des limites et de la dérobade apparentes – transcendables et transcendées par ce qui nous hante – et l’œil serein qui accompagne, depuis toujours, nos dérives et nos défaillances…

 

 

Remparts – rouges et blancs – où tout affrontement s’annule au contact de son autre versant – excluant l’infaillible et les dérapages…

Un chemin d’équilibre et de renaissance. Une trajectoire indéfinissable qui mène de l’abstraction au corps – et de l’illusion au centre de tout ; monde, langue, visages et choses pulvérisés au cours de cette lente ascension vers l’apesanteur…

 

 

L’âme, les mots et la tête expulsés de leur territoire. La destruction de toute étincelle. Et le silence, partout – à perte de vue – dans le noir, la peur, la folie et les abîmes. Et l’encre et la lumière – à peine naissantes – d’un autre jour…

 

 

A l’écart du sommeil – libre des jeux du monde – au-delà des cendres et du scintillement – là où la parole s’écrit d’un seul trait de lumière…

 

 

Des générations pour que se perpétuent la fureur, la barbarie et le mensonge – la peur et l’illusion…

 

*

 

Venus de nulle part, nous ne sommes rien. Ne faisons rien – ne nous déplaçons jamais. Nous sommes – à peine – un rêve peut-être…

 

*

 

Du temps, des ravins, des dépouilles. L’or et la question de vivre. La saveur, l’infini et la mort. Et mille fleurs déjà sur nos pages – à notre porte…

 

 

Un soupir encore – venu de cette ère d’autrefois où nous devinions, entre la perte et le souvenir, l’ampleur du désastre soulevé par l’amour.

Le bleu – la beauté d’un regard aussi précieux que le partage et le feu combiné des élans. La saveur de l’étreinte avant le retour – inévitable – de la solitude et des sanglots – vieux, sans doute, comme la première histoire du monde…

 

 

Un désir – une allégresse. Quelque chose comme un silence né au cœur de la matière – entre l’âme et la main. Quelque chose comme un peu d’encre jetée presque sans raison sur la page pour conjurer la mort et les malheurs – rendre l’exil moins triste – la solitude plus supportable – et survivre, peut-être, à l’absence de tout partage…

 

 

Déjoués les tours et la magie-simulacre. Défaites les mains – et vide, à présent, l’horizon parcouru. A portée d’accroche – à portée du temps. Rien qu’un fil – rien qu’un rêve peut-être – au milieu de ce qui se détourne à notre passage…

 

 

Un rivage de faux-semblants où le regard n’est qu’une parure – une demande – une mendicité. Et qu’importe que les yeux y répondent – que les mains se tiennent – et que les corps s’abandonnent, l’âme restera seule…

 

 

On entend parfois gronder la révolte dans les pires résignations – l’être debout – submergé par la trame – asphyxié par les nœuds – qui redresse la tête pour résister au sang et à l’infamie – et survivre à cette part du monde invivable qui l’enserre et le blesse…

 

 

Ardentes la force de vivre au-delà du délire et des apparences – et la force d’aimer au-delà des visages et du connu

 

 

Rien – un regard sur les eaux mortes, les habitudes et les danses – et la sauvagerie qui guette sur tous les chemins…

 

 

Authentique cette humilité en surplomb de l’orgueil et de la matière agissante. Aussi belle et secourable que l’infini posé sur les pierres où gesticule et s’impatiente le monde…

L’œil vif sur toutes les routes, les églises et la clameur des jours…

 

 

Pluie, orage et soleil dans le ciel sans témoin – au-dessus des rives où les allures sont folles et les chemins vertigineux…

 

 

Désengagé des siècles où tout s’apparente à la faim – où la marche ressemble à une course folle – où la raison (trop de raison) a mené à suspendre partout des étoiles, des gages, des pièges et des récompenses – où la vie ne livre qu’aux épreuves et à l’exercice de la mort – où la liberté est devenue détention – et où Dieu s’est, peu à peu, transformé en image – en promesse – en mensonge – jamais en expérience…

Libre des parcours, des frontières et des franchissements, la parole du poète – qui apaise sa faim en d’autres lieux – sur les rivages d’un autre monde – sur une terre de plein midi où les figures et les fleurs sont familières de tous les soleils – où la langue fréquente les bêtes et les arbres autant que le ciel et les vagabonds – où la route est une poitrine ouverte – une main qui donne et caresse – où l’âme sait se libérer du vertige et du passé – et où le vivant est un frère à secourir et à aimer…

Libre la parole du poète – qui, les deux pieds dans le sang et la chevelure hors d’atteinte, fait de ses gestes et de sa parole un pont vers le silence et le réenchantement…

 

 

Des sentiers, un chemin. Prisonnier toujours du même destin. Et à portée d’âme – à portée de main – offerte toujours la même chance d’affranchissement…

La terre, le ciel. Quelques pas dérisoires – presque sans épaisseur. Et la liberté du langage qui nous sauve de toute forme de détention…

 

 

Toute trace – à jamais sortie des entrailles – comme un rêve de jour – un rêve de splendeur – aussitôt effacée par le monde – et portée à une dérive interminable…

 

 

Quelque chose nous emporte – presque rien – en deçà des vagues. Une part de vie – une part de sang – un peu d’âme, peut-être, sauvée de l’horizon. Le goût d’un monde aux marges du noir. Cette folle envie de lumière. Et l’ardeur – et la ténacité – de ce que les chemins et les visages ont blessé – presque à mort…

 

 

Tout est sombre et sévère dans notre vie – et jusqu’à ce rire qui ne peut éclore qu’au milieu de la nuit…

 

 

Parti – et revenu – mille fois. Un œil sur les pas et l’autre sur les affaires du monde. Une plaie, un écart, une modestie – au-delà du jour et des étoiles. Et ce feu qui donne aux allants leur si belle ardeur…

 

 

Imbibé de vie et de monde – en suspens – ce regard impuissant qui ne sait plus vers qui se tourner – ni à quel saint se vouer. Témoin du délabrement de l’enfance contrainte de dévaler mille pentes vers une vieillesse inévitable…

Des rires, des saisons et de la cendre rencontrés partout – au loin – si près de notre incapacité à vivre.

Voyageur sans ferveur – pleurnichant souvent – butant et butinant ici et là – au gré des occasions. Pusillanime et facétieux, malgré lui, devant les faces noires et les âmes barricadées – aux portes du monde peut-être…

Imbécile(s) que nous sommes…

 

 

Celui qui nous aime n’a aucun nom. Mais il a nos mains et notre visage – enroulés autour de nous-mêmes. Indécelable, bien sûr, avant d’avoir connu la grande tristesse

 

 

Nous avons erré partout ; et nous n’avons rencontré personne. Peut-être n’avons-nous su voir… Peut-être n’avons-nous su voyager… Peut-être étions-nous trop aveugles (et trop fiers) pour nous pencher sur le plus simple et la tristesse…

 

 

Pauvres hommes, en réalité, qui frappent aux mêmes portes depuis toujours sans réaliser que le lieu – et le visage – qu’ils cherchent se tiennent, depuis le commencement du voyage, au cœur de ce qu’ils portent comme un secret – au milieu du regard – perceptible partout – et par tous – dès que les yeux réussissent à s’ouvrir – et à s’inverser…

 

 

Nous avons voyagé – et n’avons vu que la peur dans le monde et les yeux. Presque personne. Des fantômes – quelques silhouettes – fourbus à force d’instincts et de rêves. L’insatisfaction des regards et la détermination des pas à aller plus loin – et à fuir plus encore…

 

 

L’âme si frémissante à regarder tout ce qui se pose devant elle. Pierres, arbres, bêtes et rivières qui mènent à la seule voie possible – à ce réel perché au-dessus du monde – au-dessus des rêves…

 

 

Des gestes qui ont l’élégance de la patience. Mus par l’innocence et la persistance du renouveau. Sages, en somme, parmi les outrages et les mensonges – parmi la frénésie, la malhonnêteté et les habitudes du monde…

 

 

Un peu perdu(s) – et si seul(s) – parmi ces visages qui ne nouent entre eux qu’une quotidienneté extérieure – et que contente tout partage apparent. Exilé(s), malgré soi, en ces terres de solitude et de profondeur qui ne semblent être, nulle part, l’objet d’aucun désir…

 

 

De la neige et de la cendre sur l’âme. Comme le privilège, peut-être, des solitaires au cœur insatisfait…

 

 

Des haltes et des éloignements. Et nul port d’attache pour ceux qui errent – et qui, si souvent, s’égarent en ces lieux où l’immonde cherche dans la chance la seule issue pour échapper à son visage…

 

 

Seul(s) à s’y morfondre – et jusqu’à s’en réjouir. En bas – en haut – au cœur des jeux et des complots – sans prêter ni l’âme, ni le flanc aux flammes et aux jugements – à cette pagaille insensée où s’enlise le monde…

 

26 juillet 2018

Carnet n°156 L’autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Nuit, sang, étoiles. A jamais le décor – et le destin – de l’homme. Une existence entière vouée à l’espoir et aux tremblements…

Nous autres, en haillons, à regarder la mort tout saisir – et tout emporter – jusqu’à nos dernières guenilles – jusqu’à nos masques inaptes à nous protéger…

Mirage et miracle – ce jardin avec ses fleurs, ses privilèges et ses abris. Avec l’alliance – toujours aussi vivace – entre les ombres et l’absence. Et ce besoin d’Amour et de liberté si vif – si criant – au fond de la gorge…

 

 

Obstiné – silencieux – devant la fenêtre – plongé dans cette attente incrédule de tout ; de la fin du monde, de la fin du temps et du sang versé – et de l’innocence peut-être – à savourer (naïvement) ce mirage comme s’il était plus rassurant que le réel…

 

 

Assis en tailleur – avec, sur les lèvres, cette brûlure à la saveur indéfinissable – faite de manque et de sel. Comme un versant du monde entièrement occulté. Et de l’autre côté du mur, les effluves de la plus haute sensibilité. Et, ici, l’absence (presque impardonnable) – et ce besoin viscéral d’un Amour plus grand que la bassesse et le merveilleux qui nous entourent…

 

 

Absence encore – exil et recul parfois – devant tout ce qui ruisselle. Et la honte d’être un homme parmi les vivants qui submerge les veines – derrière la vitre qui nous sépare du monde – de sa fange et de ses malheurs…

 

 

Percé de part en part par la peur d’aller – et de vivre – dans cette nuit insensée – et, pourtant, célébrée par (presque) tous les hommes. Réduit à la posture de l’oiseau perché sur un fil – sur la branche la plus haute d’un arbre – dont le regard survole tous les jeux (si sordides) du monde…

 

 

Nuit, sang, étoiles. A jamais le décor – et le destin – de l’homme. Une existence entière vouée à l’espoir et aux tremblements…

 

 

Nous autres, en haillons, à regarder la mort tout saisir – et tout emporter – jusqu’à nos dernières guenilles – jusqu’à nos masques inaptes à nous protéger…

 

 

Mirage et miracle – ce jardin avec ses fleurs, ses privilèges et ses abris. Avec l’alliance – toujours aussi vivace – entre les ombres et l’absence. Et ce besoin d’Amour et de liberté si vif – si criant – au fond de la gorge…

 

 

Et cette clarté un peu folle que l’on voit rayonner derrière le gris du monde et des visages. Et ces arrière-cours en deuil – en larmes – devant la mort qui arrache, un à un, ceux que nous aimons.

Le destin des pas. La survivance malgré l’usure et la fatigue. Les défaites qui s’entassent dans les poches et les besaces vidées, peu à peu, de leur or. Le sommeil et l’obstination des voyageurs. Et la voix de cet enfant, en nous, qui appelle – qui crie peut-être – au milieu de l’hiver.

L’innocence bafouée. Et l’infortune des bêtes et des têtes que l’on sacrifie pour faire tourner le monde.

Ah ! Que notre peine est grande à vivre au milieu des vivants…

 

 

Le froid et le silence au terme de tous les voyages. Et ces existences – toutes ces existences – aux allures d’impasse. Comment ne pas être bouleversé par cette dimension si illusoire de la vie et de la mort…

 

 

Quelque part – en des lieux incertains (et, sans doute, moins cruels) – une chose nous attend – mille choses peut-être – l’Amour, l’enfance, un poème. Des siècles – un instant – de joie et des retrouvailles. L’innocence d’après la perte. Le jour qui se lève. La vie enfin libre – démaillotée – affranchie des tremblements et de la barbarie. Et une traversée sûrement plus sage (et plus sereine) des circonstances…

 

 

Quelque chose – à peine un murmure. Une ombre – un souvenir. L’attente d’un jour nouveau. Le reflet de la lune – d’une enfance lointaine. Un mot – un poème. Presque rien qui s’attarde au fond de nos têtes…

 

 

Sauvage encore au milieu des visages. Plus près du gris et du silence que du soleil et des rires qui naissent de la fréquentation des foules. Farouche – craintif – et moins seul parmi les arbres, les pierres et les bêtes. Amoureux de ces rencontres glanées au hasard des chemins buissonniers…

 

 

Petits pas légers – presque des sautillements – dans cette foulée lourde et grave. Poèmes et visage austères. Lignes et corps denses – telluriques – rocailleux. Et cette joie qui ne sait pas toujours où se poser…

 

 

L’invention d’un langage qui ne doit ses trouvailles qu’au silence…

 

 

Personne ne nous attend. La parole livrée au monde n’est offerte, en réalité, qu’à ce qui demeure muet et sans exigence au fond de l’âme…

La main court – les mots s’impriment – et se déversent parfois – sans l’appui d’un effort – sans l’ambition d’un regard.

Tout s’exacerbe hors du sommeil. Le temps se rétracte – se dilate et disparaît. L’autre versant du monde se découvre – et se rencontre. La solitude est habitée – autant que la joie. Les pages se tournent. Le poème s’écrit – le poète célèbre et destitue.

L’âme s’exerce à l’immobilité dans la course.

Tout s’exalte – puis retombe en jachère…

 

 

Vivants aux pieds de plomb et d’argile.

Fuites et voyages. Délices grossiers du corps et du langage. Et lèvres frémissantes – complices des épreuves.

Un peu de noir – un peu de nuit – dans l’exercice acrobate – sur ce fil suspendu entre l’herbe et le rire – entre la vie et ce que les hommes appellent l’infini.

Un peu d’ombre – un peu de sang – dans la lumière de la chambre – sur la page qui s’écrit à l’abri des hommes – à l’abri des jeux – à l’abri des Dieux.

Impersonnel(s), en somme, malgré toutes les dérives. Et si seul(s) au cœur de l’hiver – au plus près de cette source que fréquentait notre enfance…

 

 

Le temps et les couleurs donnent au monde, aux pierres et aux visages la souplesse d’un décor – et ce poids dans les têtes qui s’imaginent plus éclairées. Des mots, des lampes, des pas. Quelques sauts minuscules, en somme, pour tenter de vivre sur ce géant à l’envergure silencieuse

 

 

Un passage, un écran – mille écrans – et autant d’obstacles. Et quelques peines ajoutées à la débâcle. Et cette chair sans cesse violentée pour (nous) prouver que nos paumes – et que nos âmes – sont vivantes. Comme une marche – pieds nus – sur les braises d’un feu très ancien. L’illusion d’un spectacle et d’une traversée pour tenter d’offrir un peu d’épaisseur à notre vie – et la faire peser (de tout son poids) sur l’histoire en cours et le destin du monde…

 

 

Rien n’arrive, en vérité, sinon la déchéance et l’effacement. Le regain du recommencement et de la fin. La petite ritournelle des pas, des chants et des idées dans un monde sans surprise. Un peu de vie – et quelques riens – qui ne laisseront aucune trace sur ce qui ne peut être ni construit, ni démontré…

Et comme tous les hommes, nous aurons essayé. Et ce qu’il restera de nos œuvres – de nos tentatives – ne résistera pas à la première pluie…

Longue est la liste des morts qui ont voulu, agi et vécu comme veulent, agissent et vivent les vivants d’aujourd’hui. Et que reste-t-il de leur labeur – de leurs efforts – de leur furtive traversée ? Quelques briques provisoires et mal empilées (forcément provisoires et mal empilées), une ou deux lignes dans les manuels et les anthologies, quelques dates parfois mémorables (il est vrai) – quelques inventions primordiales pour les hommes – mais si anodines à travers les siècles et au regard de la grande histoire du monde – un simple décor, en somme, éminemment passager – comme le contexte toujours changeant, et sans cesse remplacé, des existences – que viendront parfaire, puis détruire toutes les générations suivantes…

Et, pourtant, une autre vie est possible – hors des arènes du monde – hors des arènes du temps – en ce lieu où les idées n’ont plus cours et où la magie s’est invitée – dans cette rencontre (encore improbable) entre la part la plus grossière et la part la plus invisible du réel…

 

 

Un pardon – et tout est envisageable. La vie, l’effacement et le songe. Le poème, la marche et l’enfance. La neige et le silence sous les paupières dessillées. La parole d’un autre temps. Le lieu de l’impossible qui rend si probable la réalisation de tous les possibles. Une lampe – une simple lampe – sur le sable noir où nous croupissons…

 

 

Nous avons soif d’un autre chant – et d’un peu de lumière – dans notre si vieux gémissement…

 

 

Tant de néant, de paresse et de désinvolture – et dans cet enchevêtrement, une promesse – une lumière qui nécessite un retrait – un exil – un écart où glisser le regard et le langage – le monde et le poème…

 

 

Un fragment de chemin – et un peu de lumière – offerts à la poussière – et à ce qui veille discrètement – presque secrètement – en son cœur…

 

 

Tant de traces aujourd’hui disparues. Comme des pas sur le sable. Comme tous ces jours vécus sous la tutelle du temps et le joug de l’horizon…

 

 

Humble – et l’âme portée à tous les voyages et à toutes les faims (et les plus nobles en particulier). Assis sous le regard des puissants et de ceux qui savent – qui prétendent savoir – avec la mine boudeuse – recluse dans sa honte et son ignorance – mais le cœur si vaillant encore face au défi de connaître…

 

 

Quelque chose encore – toujours – se révèle à travers nos dérives, nos voyages, notre faim. Comme un espace sous la peur. Une envergure dans le sang. Une folie à contre-jour du temps. Un peu de joie – une caresse – une attention – oubliées au milieu de nos aventures…

 

 

Nous avons l’âge du temps, du feu et des rencontres. Nous avons l’âge du ciel, des jeux et des rêves. Nous avons l’âge des Dieux, de l’oubli et de la première étreinte qui dure encore…

 

 

Aujourd’hui tout s’enfuit – jusqu’au rire – jusqu’à la mort qui patiente sous la chair – et jusqu’au présent, depuis trop longtemps, tombé dans l’oubli. Ne restent plus que quelques lignes – un poème – pour pardonner le monde – et apprendre à aimer…

 

 

Nous n’aurons emprunté, en fin de compte, qu’un modeste chemin – et prêté l’oreille qu’à une écoute déjà existante avant la naissance du monde. Nous n’aurons réalisé que quelques tours dans notre cage ouverte – dans la poussière de notre cachot – les yeux collés au monde comme à la solitude. De dérisoires foulées, en somme – presque endormies – au milieu du silence…

 

 

Nous sommes morts déjà mille fois – sautant de l’aube à la tombe – de la tombe au silence – puis du silence au renouveau – la tristesse serrée contre le corps – les rêves et la faim cousus au revers de l’âme. Comme des ombres au cœur du vide – allant d’étoile en étoile – poussées tantôt par les vents, tantôt par la beauté des visages. Yeux fermés et mains tendues vers le premier sourire rencontré…

 

 

Nous n’avons choisi ni la blessure, ni la tristesse, ni le silence. Et notre vie n’aura servi qu’à de vaines cérémonies – sous la contrainte de l’homme – sous la contrainte du monde. Berceau d’un chant qui n’aura su se défaire des yeux, des masques et des désobligeances. Des années – tant d’années – consacrées à l’entretien des jours – jamais à la découverte, ni à la réparation de l’essentiel. Comme un modeste passage – un immense gâchis. Une effroyable perte de temps, en somme…

 

 

Nous naissons au monde les yeux grands ouverts – parsemés d’étoiles étranges et de cette lumière ancienne qui n’aura su nous affranchir de ce retour…

Orphelins depuis toujours, nous cherchons à travers mille itinéraires, le regard du père et la tendresse de la mère que nous avions cru embrasser dans notre enfance. Et c’est cette faim – dessinée dans tous les livres et sur toutes les cartes du monde – qui nous pousse au voyage…

Et l’impossible est à la mesure de notre quête et de nos sanglots – et de cette peur de faillir encore – d’errer mille fois supplémentaires sans réussir à étendre la main sur cette aube si belle – si mystérieuse – si étrangère…

 

 

Ce que tu regardes et ressens, donne-en la substance – jamais l’interprétation…

 

 

On se bat – et se débat – sans jamais se livrer. Et on finit par étouffer sous mille couches de craintes et de sang. Comme des remparts contre le rire et l’enfance – contre l’abandon et l’innocence. Toute une vie, en somme, à œuvrer à cette mort à petit feu

On se bat contre le monde – contre le temps – on se débat avec le monde – avec le temps – contre et avec ce que l’esprit et la mort, un jour, finiront par effacer…

 

 

Rien ne laisse indemne – et, en particulier, cette soif d’une autre vie

 

 

On cueille le monde, les arbres, les fleurs – et jusqu’à la beauté des visages. On cueille la vie en blessant l’Autre – en réfutant sa douleur et son existence. Et chacun s’émerveille de ces mille petits trésors amassés à la pelle – et remisés au fond des tiroirs – en se croyant autorisé à jouir de ses acquisitions – de ses privilèges. Mais nous oublions l’essentiel ; le respect, la gratitude et la retenue nécessaires pour prélever – et faire usage de – ce qui ne nous appartient pas…

 

 

Né(s) pour entonner un chant – et offrir une lumière – restés coincés au fond de la gorge. Allant de piètre découverte en piètre amoncellement – dérivant, avec toujours moins de résistance, sur les eaux tristes du monde – dans cette brume qui nous cache la simplicité – et la beauté du silence…

 

 

A petits pas lents – à l’exact endroit où est née cette source qui enfanta le monde – qui, étrangement, nous en éloigna au fil de siècles de plus en plus inquiétants…

 

 

Nous avons lu mille livres – mille poèmes. Nous avons écouté la voix des lettrés, des savants et des sages. Et, pourtant, reste en nous cette soif – et cette intranquillité à vivre au milieu de tout ce qui change – et que nous ne comprenons pas. Avec cette oreille de plus en plus attentive à ce qui s’approche – et de plus en plus sensible aux murmures, si précieux, du silence qu’il nous faut apprivoiser plus encore…

 

 

Une ardeur persiste au milieu du monde – au milieu du temps. Au milieu des livres et des signes de sagesse. Une ardeur persiste en dépit du calme et de la solitude. Comme un allant à vivre encore au-delà du silence…

 

 

L’imperceptible toujours entre la nuit et ces traces qui s’évertuent à se frayer un chemin vers le jour…

 

 

Rien d’inquiétant en ce désert. Le murmure d’une autre langue et d’un autre ciel. Le silence dégagé des frontières de ce monde si paresseux et gesticulant…

 

 

Le feu, l’instant et la rencontre. Comme un éblouissement à travers ces livres – ces lignes – rassemblés en un seul geste pour devenir ce frôlement à l’envers du ciel – à l’envers de l’âme – à l’envers des choses. Cette joie enfin libre qui acquiesce à l’écume et à la mort – aux finitudes ignorantes – au monde et à la violence de ces mille petits riens qui blessent encore la chair et nous empêchent de rejoindre l’origine – l’aire commune de toutes les enfances

 

 

Une parole, un visage pour dire l’impensable – les privilèges de l’homme et l’abandon à toute forme d’étreinte. L’encre et le geste pour sceller la joie dans tous les cercles éphémères. Quelques feuilles – un silence – comme la preuve que la vie – l’autre vie – est possible dans cette existence où rien n’a d’envergure – où tout disparaît. Et un souffle encore après la mort pour réinventer la clarté nécessaire au salut de l’Autre – au salut du monde…

 

 

Avides de mots et de rencontres – avides d’un autre monde et d’une autre lumière – présents ici même où tout – chaque visage – chaque existence – se mêle au gris et à la poussière. Ombres à peine – brûlées par ce feu – par ces pas – que tout habite et qui ne laissent, pourtant, qu’un peu de cendre à leur départ. Scellées ensemble dans le souvenir de quelques survivants et dans l’âme de ceux qui poursuivent leur voyage après la mort…

 

 

L’autre vie au-dedans de celle-ci où tout ruse et s’épuise. Et cet Amour plus grand que notre faim pour que nous puissions rester ensemble – indemnes et invaincus par la violence et la maladresse – par les outrages, les circonstances et la mort – par toutes ces folles tentatives de séparation – inutiles – si inutiles – devant l’étendue du silence…

Un – multiple – changeants et inchangé – au-dedans du même visage…

 

 

Nous peinons à durer – à rester assis sur ces pierres froides – à contempler en silence l’aube qui vient – à se fondre avec modestie dans les paysages – à saluer le jour qui monte – la nuit interminable – à acquiescer aux jeux du monde – le cœur, peut-être, trop éloigné de l’âme pour remercier l’eau, le feu et le sable – et le bruissement des choses – venus, comme le langage, pour nous aider à vivre…

 

 

On reste, on se perd, on se retire avec ce léger tremblement dans la voix qui trahit notre crainte des adieux…

On cherche, on insiste, on s’obstine dans la croyance d’un lendemain – dans la possibilité d’une issue…

 

 

Sentier d’hier où l’on guettait un signe – la preuve d’une embellie – le règne de la splendeur sous les courants et l’attente. Un peu de joie, peut-être, dans cette façon de nous tenir inquiets devant ce qui recule – et se défait – malgré le labeur acharné de nos mains façonnantes et protectrices…

 

 

De l’écume – quelques traces du passage. Puis, le noir – le sable où tout s’enlise – où tout s’impatiente et agonise. Rien – le feu, l’éclair et l’instant n’auront, peut-être, été qu’un rêve…

 

 

Au-dedans, comme éteintes, ces voix qui, autrefois, nous appelaient pour nous inviter à choisir une pente – une sente. Muettes à présent. Défaites, peut-être, comme notre vocation à jeter un peu d’encre sur le monde. Le ciel et la braise trop proches, sans doute, pour offrir une parole…

 

 

D’ombre et d’étreinte – ce que nous sommes – au fond de notre cri. Et le silence après la honte et le pardon. Quelque chose comme un feu et un regard – un mélange – une sorte d’entre-deux au milieu de la peur et de l’absence – au milieu du jour et du sommeil…

 

 

Chaque jour – mille mots supplémentaires – riche(s) de rencontres et de signes de lumière et de partage. A dire l’invisible penché sur notre âme et notre labeur. A dessiner un chemin, une parole, un soleil – et mille silences encore incompréhensibles. Ce que nous attendons comme ce qu’attend le monde, peut-être ; le secret livré sur nos pages – une terre, un visage, un ciel – et ce que nous deviendrons après la mort…

 

 

Tout recommence sous le feu obscur des saisons. Le temps, la pierre, l’écorce. Le monde et les voyages. L’ivresse du jour attablé parmi nous – au cœur du silence…

 

 

Gestes et regard d’une seule présence – d’une seule immobilité. L’ombre – mille ombres peut-être – et toutes les déclinaisons du sommeil…

 

 

Demain – un autre jour possible sur l’échelle du temps. Fragment d’un voyage où les seuls mouvements sont celui de l’éternité qui dure – et celui de notre pas pour la rejoindre…

 

 

Invisible dans l’infinité des gestes – ce regard dans lequel tout s’emmêle.

Une manière de rire de ce qui s’effondre et se retire. Une manière de vivre au milieu de la mort.

Comme un éclat – une lumière – qui scintille dans le noir et le sommeil. Le seul soleil, peut-être, dans ce long hiver – dans cet étrange rêve qui dure… 

 

 

A côté de soi – peut-être pour toujours. Perdus – magnifiques, en somme, dans le vertige de vivre…

Submergés par tant de sensations et de sentiments qu’il nous est impossible de comprendre…

 

 

Sans cesse nous convoquons ce qui ne peut nous visiter. Comme une ombre qui appelle la lumière pour survivre encore un peu…

Nous épousons le nécessaire – le frémissement d’un désir – l’appel d’un visage – et de quelques lignes, peut-être, sur la page – pour aller moins seul(s) – et moins triste(s) – sur cette rive sans Amour…

Nous travaillons à l’infime pour que nous éclabousse l’infini. Ainsi rêve le presque rien pour que se révèle, à travers ses gestes et quelques paroles (longuement mûris – et jetés pourtant à la hâte sur les hommes) le plus invraisemblable…

Fidèle(s), en somme, à tout ce qui passe. Dans l’évidence d’une multitude sans visage – et dans la proximité de têtes trop fières, sans doute, pour être du moindre secours.

Seul(s) pour préserver ce qui peut l’être – et ce qui se porte comme un secret au fond du cœur. Marchant à même le sol – sans aile – sans Dieu – sans parure – nu(s) au milieu du monde à livrer ce qui ne peut encore être entendu…

 

 

Tout s’enfuit – ailes devant. La chair, le monde, la vie. Jusqu’à la mort. Jusqu’à la parole des poètes. Comme l’incidence du jour sur le feu et les tourments…

 

 

Nous sommes là encore – avec un sourire et une fenêtre à la place des étoiles. Et ce désir si étrange de vivre…

 

 

Nous avons chanté – et retenu la soif pour avoir l’air aussi nomade(s) que les voyageurs. Nous avons prié à l’ombre des grandes idoles et des plus hautes vertus. Et, pourtant, rien n’a changé ; ni l’ombre, ni le feu. Le désert et les flammes où se vivent toutes les aventures – toujours aussi vivaces…

 

 

Une fable – mille fables – et autant d’âmes perdues, de paupières fermées et d’objets à acquérir. Et édifiés au cœur de la maison, ce grand totem et cet épouvantail pour célébrer l’avenir de l’homme et l’effroyable pillage du monde…

 

 

Nous aimerions vivre au-delà de l’homme – au-delà du temps – loin des cages du monde – dans cet après respectueux et réparateur – affranchi des mélanges et de la mêlée…

 

 

Le vent dure autant que nos yeux, les blessures et les cérémonies. Et tout s’aggrave, pourtant, au cœur de ce monde rivé à la mémoire…

 

 

Un pays, un vent – ce qui se tient sous le pas. L’itinéraire d’une attente. La transformation des questions et de l’angoisse en quiétude perceptive. Le sort des visages. Le destin de toutes les fouilles. Et quelque part, la conviction d’un possible – d’une issue à toutes ces empoignades pour donner à nos vies un peu de repos – le répit nécessaire à l’expérience de l’Amour…

 

 

Nous osons vivre alors que tout est perdu d’avance. Nous allons – enjambons – et édifions malgré le règne implacable de la chute et de l’effacement. Et, malgré cette défaite permanente, nous désirons encore – comme pour survivre à l’impuissance et à la perte…

Vivants, malgré nous – et nous initiant à toutes sortes d’expériences. Comme une longue préparation – un apprentissage laborieux – nécessaires pour découvrir ce que nous devinons déjà, entre deux aventures, dans cette folie qui emporte tout…

 

 

Il n’y a rien de l’autre côté ; la même vacance – les mêmes voix – et la même douleur de ne pas savoir. Tout est inconnu – et se glisse dans le sommeil et le langage. Des jeux et des yeux qui nagent entre les eaux du monde et le silence. Quelques cris, quelques chants et de vagues prières pour destituer la nuit. Rien, en somme, qui ne vaille d’être vécu…

Ce que nous cherchons est à même le pas – à l’envers du regard – à cet instant privé d’après et d’autrefois. La vraie vie est au milieu du songe, des idées et des images. Et le présent et l’incertain au cœur des impasses et des impératifs de tout voyage…

 

 

Quelque chose en nous – un espace peut-être – accueille – et pardonne – l’absence et les excès – la rage et la tristesse – et jusqu’à notre incapacité (ou notre impossibilité) provisoire à le découvrir – et à nous y abandonner…

Rien, ni personne n’est nécessaire pour le trouver. Et chaque expérience fait grandir en nous le désir de le rejoindre…

 

 

Néant et abîme au-dedans et au-dehors – emplis de fables et d’efforts pour tenter de faire face au vertige – à cet infini, à peine, deviné…

 

 

Le silence et la tendresse n’ont besoin de notre vacarme – ni de nos désirs, ni de nos élans. Le monde même n’est nécessaire. Être (leur) est déjà bien suffisant…

 

 

Ces milliards de respirations et de rythmes simultanés – comme le souffle unique et le mouvement permanent de ce géant que nous sommes tous ensemble – tantôt merveilleux, tantôt monstrueux – et, si souvent, déchiré et écartelé – selon la direction et les pas – mais toujours lui-même – égal à ce qu’il est – devenant – tentant de devenir peut-être – ce que nous sommes nous-mêmes en nos regards additionnés

 

*

 

La poésie est l’intime porté à l’universel – l’infime porté à l’infini – et la boue et le mystère de vivre portés au sublime. Le plus exact endroit de la grâce, en somme…

Le regard poétique – lorsqu’il sait se montrer juste et sage – et presque entièrement impersonnel – est, sans doute, le lieu le plus proche de la vérité

 

*

 

Tant de vies et de visages – et pourtant, partout, l’évidence de la solitude et de la mort…

 

 

Tout est pris et assiégé – jusqu’aux plus humbles – jusqu’aux visages les plus effacés…

 

 

Tout se retire – et nous retourne – pour tenter de nous faire découvrir la couleur du jour gravée à l’envers du monde. La nuit première – lorsqu’elle était encore claire – éclairée peut-être – vierge de rêves et d’étoiles…

Mais la terre s’est emparée de la blessure, de l’espace et du souvenir. Et, aujourd’hui, il ne nous est (presque) plus possible de l’imaginer…

 

 

Nous vivons (croyons vivre) sur quelques pierres – polies avec patience – pour y déposer notre souffrance et notre infortune – et y bâtir quelques édifices pour conjurer le malheur. Mais les yeux ont tout dévisagé – et les mains tout défiguré. Et le désir d’un autre monde – d’un autre destin – a fini par se briser. Ne restent plus que le rêve et le souvenir – et cet espoir encore si vaillant d’une impossible aventure…

 

 

De pierres et de braises – cette ardeur mystérieuse au milieu des miroirs et de la poussière qui nous pousse à nous attarder (encore un peu) malgré la certitude de la fin…

Le piège et le chemin à découvrir. Des arbres et des voix qui nous interpellent. Le sommeil et ce désir, si puissant, d’échanger ce qui tremble contre un peu de rêve…

 

 

Le vide se révèle à l’issue du chemin – derrière le miroir brisé – sous le peu qu’il reste à nos pieds…

 

 

Nous ne connaissons que la solitude et le rêve d’un ailleurs – que nous espérons plus vivable. Et nous nous y accrochons, faute de mieux – la bouche tordue par la peur et la souffrance de cet entre-monde…

Nous naviguons – presque sans carte – au bord de l’innocence – aux frontières de cette enfance promise – sacrifiées pour une gloire inutile – désuète – meurtrière et sans valeur.

Nous aimons ce qui nous rassure – tous ces yeux, toutes ces mains et tous ces corps qui offrent leur réconfort. Nous vivons dans une forme de mendicité permanente. Et nous nous en remettons à la chance pour échapper à la violence et à la douleur. Infidèles, en somme, à ce qui nous constitue – si éloignés encore de l’espace, de l’Amour et de la lumière – et, pourtant, au cœur déjà de ce qui nous hante depuis le commencement du monde…

 

 

Sang et chemin sans rédemption. L’œil et le poème abandonnés à l’ardeur, au refus et à la révolte – livrés au désordre et au chaos. Désirs inassouvis – en larmes – entre la pierre et l’infini – aboyant comme de beaux diables sur tout ce qui traverse nos vies – sur tout ce qui traverse le ciel. Et le silence foudroyé – remisé au fond de l’âme – au fond de la parole – au fond de l’oubli…

 

 

De remparts et de brume, toutes ces créatures au cœur enfoui – indigent – si proches du mensonge et de l’illusion. Opaques jusque dans leurs tréfonds. Et à l’ignorance, pourtant, si pardonnable…

 

 

S’effacer encore – comme la page accueille l’encre et la parole – comme l’espace accueille le bruit, la neige et l’ignorance des visages…

 

 

Temps, rêve et absence inventés (peut-être) pour survivre à cet effroi d’exister…

 

 

Nous aurions aimé plus de rires et d’aventures – plus d’extases et de joie – dans notre vie – dans cette longue (et douloureuse) dérive…

Mais qui peut se targuer de pouvoir inventer son voyage…

 

 

Ecartelés – sans tête ni foi – entre la déchirure et le miracle…

 

 

Vivre n’aura donc été que cela ; un point de passage – un point de rupture – indéfini – inachevé – inachevable peut-être. Le règne du rêve et de la mémoire. Un espoir – une tentative – quelques vibrations – et un peu d’encre jetée sur la page…

 

 

Partout, il y a des ruines, des flammes et des cris. La vie et la mort. Et cette chute permanente malgré l’attirail du monde – malgré l’arsenal des hommes. Et quelques âmes pour s’en émouvoir et s’en effrayer – pour inviter et célébrer l’impossible – avec quelques rudiments sensibles et quelques fragments de ciel à explorer encore…

 

3 novembre 2018

Carnet n°168 Fragments ordinaires

Paroles confluentes* / 2018 / L'intégration à la présence

* Fragments du dedans et du dehors – de l’homme et du silence – qui se combinent simultanément dans l’âme, sur le visage et la page…

Il est un temps pour parcourir le monde et les saisons – les mille chemins exigés par les hommes. Et un autre pour se laisser traverser – presque immobile – par les heures et les visages (quelques visages). Et un autre encore – plus tardivement peut-être – pour rompre avec toute forme de présence et de temporalité…

Nu – sans même oser exprimer notre pudeur et notre joie à nous laisser dévêtir – à nous laisser dépouiller jusqu’au dernier souffle – jusqu’à la dernière pelure – jusqu’à l’ultime goutte de sang…

 

 

Ce que la main édifie – rangée après rangée – n’est que vent, poussière, illusion. Bruits arrachés à l’origine. Vibrations dans le silence. Peu de chose, en somme ; terre aride – inculte – d’où rien ne peut jaillir – ni le regard, ni l’élan nécessaire à la transformation…

La boue restera boue. Et l’or restera ce vieux rêve d’abondance – cette fausse promesse de fortune et de jouissance…

Chair et âme – toujours – enchaînées à cette nuit sans conscience…

 

 

Déracinés – et sans épaisseur. Yeux plongés au fond des ténèbres…

Et l’on voudrait nous faire croire que l’homme n’est pas soumis à la malédiction – et qu’il représente encore un possible – et même une issue – pour le monde…

Croyances aveuglées et aveuglantes. Postures et danses ridicules au milieu du bruit – au milieu des vents. Sillons dérisoires et mensongers dessinés sur le sable pour nous laisser espérer une histoire – et une fin – moins tragiques…

 

 

Il faudrait rejoindre le monde dans son impasse – et y vivre de toute son âme – pour se réjouir de l’activité des hommes…

 

 

Sur notre pierre – porte ouverte aux vents malicieux – à attendre une embellie – un présage – la simplicité d’un chemin – une main tendue vers le sommeil. Un regard immense au milieu des cris et des caprices. Le génie de l’Amour pour nous faire rejoindre ce que les Dieux (et les prophètes) nous répètent depuis des siècles ; le sacre du silence et l’avènement de l’innocence en nous…

 

 

Bout de ciel sur la page qui n’a plus rien à offrir sinon le silence – cette sagesse sans attente et sans espoir – qui se livre à ceux qui piétinent (encore) dans leurs marécages hivernaux – et toujours solitaires dans leur désarroi…

 

 

Creuser la profondeur – jusqu’à la béance – jusqu’au gouffre – jusqu’à la chute – jusqu’à la perte – pour découvrir l’unité et l’identité originelles – intactes – malgré la multitude et l’illusion édifiées par le monde – et élevées au rang de lois universelles…

 

 

Il faudrait – sans doute – transformer les édifices en espace – les tentatives en attente – et la parole en silence – pour commencer à découvrir ce que notre ardeur essayait vainement de dénicher dans sa conquête – intensément exploratoire et appropriatrice – du monde…

 

 

Dans la solitude se côtoient l’intime et l’infini – le monde et le silence. Et la seule gloire tient à l’humilité de l’être – et à la simplicité du vivre. Le reste est – simplement – offert à la main qui sait se tenir ouverte face à ce qui surgit…

L’intériorité et les territoires apprivoisés d’un geste – égal peut-être à celui des âmes défaites – piégées dans leurs efforts – et prêtes enfin au sacrifice et à la mort…

 

 

L’inexistence comme horizon. La faim retranchée du destin. A vivre et à mourir d’un seul tenant dans la solitude et le silence. La joie au cœur – et affranchi du manque – dans la fabuleuse plénitude de l’instant – au fil des jours – qui, mis bout à bout, forment un destin libre et sauvage – une existence simple – presque élémentaire – libérée du monde et de la folie des hommes…

 

 

Fausse altitude en ce monde qui célèbre les sommets. Fausse envergure en ce monde qui exalte l’expansion…

L’infini et les hauteurs se tiennent au-dedans – humbles – discrets – secrets – et ne s’offrent qu’aux innocents et aux âmes effacées qui ont su plonger au cœur de leur bassesse et de leurs restrictions

 

 

Mille manières de vivre – tremblants – dans l’inquiétude. Et une seule façon de rire au milieu de la misère – en regardant les jours et les visages défiler – sans pouvoir agir sur le moindre destin…

 

 

Nous ne sommes vivants – à peine survivants – sous les chants, les chapelets et les prières. Les yeux fermés sur les pierres, les sentiers et les dépouilles. A honorer ce coin d’ombre où la vie nous a poussés. A labourer le sol et à quémander au ciel et au reste du monde quelques privilèges – quelques compensations – avant d’être plongés dans la terre. Si terrestres – si humains – en somme – sur ces rivages peuplés de bêtes et d’instincts…

 

 

Tout est rire et illusion, en vérité, parmi la faim qui gronde et la mort qui rôde. Privilège des sages à l’écart des routes et des assemblées édifiées pour jouir d’une gloire grotesque et dérisoire…

 

 

Regard apprivoisé – serein – sur les jeux, les danses et les départs. Yeux en surplomb du monde, des rivages et des visages. Quelques mots pour se moquer des routes et des sillages tout tracés – et des voilures en partance amarrées aux grèves surpeuplées. Amour et lumière posés bien au-dessus des temples et des Dieux. Âme vide – harassée – presque moribonde – usée par tant de tentatives, d’espoirs et de recommencements. Mains ouvertes – à présent – et l’esprit enfin prêt à sortir de son affreux cachot pour vivre hors des grilles et apprécier l’envergure de la solitude et du silence…

 

 

Passions affaiblies à présent – avec, dans l’air, le parfum d’autrefois, quelques effluves d’ailleurs et de vilaines déchirures transformées en souffle. Et au-dedans, la porte ouverte. Ce qui se retranche à tous les ajouts. Ce qui sait se défaire de tous les amassements. L’oubli et l’essence du vivre. L’être et la respiration. Quelques pages encore à écrire. Un peu de joie et de silence. Et l’ardeur pour aller plus loin – ou pour tout recommencer peut-être…

 

 

Ce qui est unique – essentiel – fondamental – éternel. Et ce qui s’use et se défait jusqu’au plus complet dénuement…

 

 

Ardeur, poussière et vacance – voilà, peut-être, la plus simple manière de résumer le monde…

 

 

Séparés les uns des autres par l’oubli du plus commun. Fils distendus. Et les différences, si évidentes, des âmes et des visages. Tout en pagaille – en conflit – en aspérités – en interstices et en intervalles. Ce qui s’élève – et ce qui s’articule – dans l’opposition et l’emboîtement des ambitions. Et les désirs amassés qui ne forment, en vérité, qu’un seul espace où tout peut (enfin) jouir du rassemblement et du silence retrouvé…

 

 

Comme une voix qui s’assèche – comme une tenaille tenue par deux mains furieusement opposées – plongées (depuis toujours) dans le même affrontement. Ondes heurtant l’air. Innocence sur les foulées éblouies. Perdu – dispersé – et retrouvé enfin au plus bas du souffle – dans les profondeurs hivernales de l’âme – sur un peu de neige où la lumière a élu domicile. Le sol foulé – et l’étendue immobile enfin déplacée du dehors vers le dedans. Et le rire qui remplace la parole comme un pied de nez aux hommes et à la raison. La terre défracturée. Et le fond du jour qui, en nous, émerge pour saluer le monde à la dérive – et affermir les pas sur ce qui se décomposera toujours…

 

 

Ecrire comme le soleil qui, chaque jour, dévoile – à travers quelques traits de lumière – mille et un paysages. Des ombres dessinées avec un peu d’âme (etun peu d’encre aussi)…

 

 

Là où l’on se tient – dans la respiration la plus ordinaire…

Et cette porte derrière laquelle s’exténue l’éphémère – derrière laquelle s’acharne la raison – sans deviner l’espace que leur cachent leurs ambitions…

 

 

Quelque chose d’un peu sauvage – à l’abri sous la neige. Réfractaire au monde et aux visages agglutinés – trop paresseux et obstinés pour échapper au sommeil – en attente d’un souffle et d’un élan qui ne viendront – sans doute – jamais…

 

 

Âmes froides et visages sans grâce – trop éloignés du feu pour découvrir le ciel hors du rêve – hors de la pensée…

 

 

Heurtés par la descente du jour – les lèvres trop éblouies pour témoigner – et émettre même le moindre soupir…

 

 

Perdus – ici – ailleurs – comme sur cette étendue sans emprise – sans limite. Avec sur les joues, ces larmes qui ressemblent à la rosée. L’esprit absent – sans incidence ni sur le sol, ni sur les existences. A attendre le mûrissement de ce qui tremble (encore) sur la pierre…

 

 

Une traversée en boucle – de la source à l’achèvement – sous l’égide du temps et de l’éternité – pas encore réunis – ni dans l’âme, ni dans la main…

 

 

Le retranchement et la discrétion – l’effacement et la soustraction pour donner corps – et même chair – à cette âme sans illusion – à cette âme depuis trop longtemps en perdition…

 

 

Tout ce que l’on enlève – et que l’on doit encore ôter – pour que ne subsistent que l’Amour et le silence…

 

 

Chaque jour – à recommencer avec la même innocence – à écrire ce qui s’invite au-dedans pour rompre ou résoudre le rêve – et échapper (maladroitement) à cette terre humaine invivable – trop indolente – trop assoupie – pour défier l’horizon, les habitudes et le mystère…

 

 

Tout ce qui dure – et la joie de l’étreinte. A travers nos doigts – à travers notre âme – où tout glisse et s’enfuit…

 

 

Le cheminement – désordonné – elliptique – effarant – et effroyable si souvent – par-delà le souffle et les élans – pour nous mener là où l’innocence ruisselle comme l’eau des rivières – là où la terre n’a plus rien à réclamer (ni à envier ) au ciel – là où les vents font sonner les cloches des retrouvailles ; notre envergure et notre identité communes où se mêlent l’infini et tous les visages du monde…

 

 

A armes – et à distance – inégales face au mystère. A avancer tantôt vers le mythe, tantôt vers la vérité. Recouverts, peut-être, par trop de masques et de désirs – par trop de rêves et d’illusions – pour nous tenir, sans attente, près de la lampe sur ces rivages gorgés d’absence et d’espérance…

 

 

Trouées de vide, de blanc et de silence. A peine les vestiges de quelques mots – et la trace de quelques pas. Comme l’affirmation et l’infirmation de tout – et de son contraire. Comme un regard sur presque rien – sur si peu de chose(s), en somme ; nous, le monde et l’univers – vivants – au cœur de ce qui demeure imperceptible par les âmes (encore) si ingrates – (encore) si grossières…

 

 

Tout arrive – tout avance – jusqu’à son terme – sans que rien ne change – sans que l’immobilité ne soit jamais ni compromise ni corrompue…

 

 

Le vide comme espace tantôt glacé, tantôt brûlant – au gré des vents et des feux allumés aux fenêtres de l’âme…

 

 

Marche et regard – constants. Partout – la vacance et l’illusion du voyage…

 

 

Quelque chose au bord – prêt à tomber. Entre l’horizon et le silence. Et ces empreintes (maladroites) que le sable recouvrira bientôt. Vents encore. Et le ciel en face. Âpre – dénudée – cette figure à peine légitime – méticuleuse pourtant – au plus près de l’effacement – et sur les routes encore – fragmentée – écartelée par la certitude et l’incohérence – entre blancheur et découragement…

 

 

A bâtir – sans comprendre – dans le désir de jouir d’une envergure et d’une (fausse) liberté plutôt que laisser s’effilocher tous les gestes et toutes les œuvres inutiles…

 

 

L’illimité et l’hébétude des regards. L’infini en lui-même – effaré et perdu face à sa propre envergure…

 

 

Toutes ces terres – et ce souffle – et cette ardeur – utilisés pour le moins utile ; la satisfaction du ventre – et jamais celle de l’âme. Le front, sans doute, trop embarrassé pour s’engager dans une perspective plus large – qui s’avérerait, pourtant, infiniment plus salutaire…

 

 

Tout se fracture – et se dénude – et nous n’avons d’yeux que pour les parures et la chair corrompue…

 

 

Espace sans lumière – aux murs blêmes – au fond épais – opaque – couleur de bitume. Au pied des façades érigées pour tromper la soif et l’ambition. Les mains ligotées et la bouche muette à force de larmes. Le vent – encore – à travers les fenêtres entrouvertes – qui invite les âmes – et les fronts – à s’agenouiller et à embrasser la terre noire et la poussière pour honorer les actes et les cendres des ancêtres – toutes les traditions (mortifères) de la réclusion ordinaire et résignée…

 

 

A amasser plutôt qu’à soustraire – le geste et l’esprit enferrés dans le rêve et le désir d’abondance. Et l’âme docile – prête à froisser sa seule ambition

 

 

Sans pourtour – ni véritable limite – le silence retrouve enfin son espace – ses terres – le cadre antérieur à son rétrécissement historique. L’aire la plus vaste – le point le plus dense – que notre ardeur et notre sauvagerie firent – peu à peu – éclater en danses – en vagues – en foulées sautillantes. Autrefois désert – et aujourd’hui habité…

 

 

Plus rien – pas même un souvenir entre nos mains lasses. Ni même l’attente d’un visage ou d’un paradis. Et moins encore le désir d’un autre monde. A peine un regard sur la bestialité et la convoitise – inévitables…

Une âme silencieuse – enveloppée dans ses replis – sans contact avec le froid alentour…

 

 

La parole poétique est la seule à dire (ou à pouvoir dire) le silence – et à essayer de l’étoffer pour qu’il s’insinue au cœur du monde – au cœur du brouhaha ambiant – jusqu’au cœur du moindre bruit…

 

 

Ni consistance – ni destination. Un peu de rire – seulement – sur ce qui semble exister. Ni Dieu, ni raison – ni même vérité. Un regard et le silence. Un peu de neige – quelques traits de lumière – sur ce qui – inexorablement – s’enlise et disparaît…

A demeurer ainsi – dans cette blancheur sans contrariété. A aimer les cris, le ciel et la page. Ce qui respire – et ce qui s’offre, au même titre que l’Amour, à tout ce qui étouffe sous les plafonds du monde…

 

 

Tout n’est que phénomène et parenthèse – risibles – dérisoires – aussi précieux qu’inutiles…

 

 

Avec le vent – se renoueront, peut-être, la chevelure et la clé – la fontaine et ces terres brûlées (dérobées au silence) – le désert et le peu d’abondance nécessaire à la vie joyeuse – à l’existence sans impératif…

 

 

Avec le monde enfoui – recouvert à présent – réémergera, peut-être, le chant au-delà de l’homme – le silence gravé à l’envers de tout – présent partout – jusqu’au fond des âmes les plus absentes – jusqu’au fond des âmes les plus insensibles – jusqu’au fond des âmes les plus férues de savoirs et les plus gorgées de pourquoi…

 

 

Une lumière – pâle d’abord – presque tragique – inscrite au loin – derrière l’horizon – puis sur la page – prête à gravir, une nouvelle fois, toutes les pentes – à semer partout la déroute et la pagaille – et à offrir ce qu’elle a de plus mystérieux – de plus pur – de plus précieux ; le secret au fond duquel tout est né – le monde, les visages et les chemins – et la folle aventure des hommes…

 

 

Sans nom – à démonter (humblement) les mécanismes de la morale humaine pour faire émerger l’éthique la plus nue – la plus simple – et l’être au monde associé. Quelque chose de moins tragique – et de moins péremptoire – que les règles et les lois du monde…

 

 

Obéir au souffle indocile au sommeil – qui s’obstine jusqu’au seuil de l’Amour retrouvé – et qui laisse au-delà le silence régner sur le monde – et l’âme répondre aux nécessités des pas et des circonstances…

 

 

Quoi de neuf – quel substrat supplémentaire au fond de l’œil – dans l’antre du désir ?

Rien – la même chair à dépecer pour assouvir la faim – celle du ventre – et effacer tous les appétits – ceux de l’âme – pour tenter de se résoudre sans avoir à percer tous les mystères du monde

 

 

Qui s’intéresse donc à notre sort – sinon, en nous, cet espace nu – dépouillé – entouré par trop de bruits, par trop de nuit, par trop de visages…

 

 

Il faudrait vivre et témoigner comme si nous étions seul(s) à habiter ces rives. Et être – et agir – comme si tous les visages du monde étaient les nôtres…

 

 

Peut-on aller au-delà de l’innocence… Y a-t-il quelque chose derrière le silence… Qui sait ? Qui peut savoir ? Et comment poursuivre ce voyage pour apaiser (et, peut-être même pour guérir) l’âme et le monde – et être (enfin) capable d’acquiescer à toutes ces danses fébriles – inépuisables – désespérantes…

 

 

Des mots – comme des pierres jetées sur l’inutile…

Un besoin d’ancrage – simplement – pour échapper (provisoirement) à la folie du monde – et apaiser – adoucir peut-être – cette existence, parfois, un peu (trop) éprouvante…

 

 

Le tragique absolu de l’existence – aussi grotesque que dérisoire – aussi hilarante que ridicule. Ce que nous oublions (presque) tous – et (presque) toujours – en vivant…

 

 

A force de bégayer, peut-être parviendrons-nous, un jour, à nous taire – ou à faire de la parole le lieu du silence…

 

 

Du rêve au silence – de l’abstraction au silence – le chemin à parcourir pour les uns et les autres – selon l’attirance de l’esprit pour l’imaginaire ou la pensée…

 

 

Une parole dont il faudrait tarir la source. Une parole qui pourrait – peut-être (qui sait ?) – revenir à l’origine du silence

 

 

Avec le silence – avec la vérité – rien ne change ; ni le nom, ni le sang, ni l’ardeur, ni la faim, ni la mort. Mais tout se fait moins sombre – plus sobre et plus vivable. L’innocence devient, peu à peu, le centre de l’existence – le seul habit nécessaire, en quelque sorte – le seul lieu où il nous est possible d’écrire, de vivre et d’aimer…

 

 

D’un trait – d’un silence – à dire ce qui nous envahit – ce qui nous déborde – ce qui nous déchire – tout ce qui nous rend si fragiles – et si incohérents – face au monde. Désaccordés, en quelque sorte, à l’espace – à l’origine – et aux rythmes lents de l’âme. Au bord du gouffre et de la noyade – presque toujours…

 

 

Des paysages sans soleil – gorgés seulement d’espoir et d’absence. Des rives peuplées de ruses, de déchirures et de visages. Mains derrière le dos pour flâner les yeux en l’air – ou mains à la ceinture prêtes à saisir le poignard (et la faux du Diable) pour protéger leurs territoires – leurs récoltes – tous leurs maigres larcins…

 

 

Entre merveille et tragédie – à vouloir jouir du monde sans porter ni le poids, ni la responsabilité des drames. Plus lâches qu’innocents, sans doute. A mêler nos pas aux danses pour avoir l’air aussi humains – aussi inhumains – que les Autres…

 

 

Des jeux, des rires – des tombes, des larmes – presque toujours sans incidence sur le monde et les destins. Une manière, peut-être, de combler les heures – de passer le temps – avant d’être (à son tour) fauché par la mort…

 

 

Au cœur de l’enclos – avec, au centre, Dieu ou la mort – selon la sensibilité de l’âme. Quelque chose au goût d’ailleurs – presque toujours indétectable – et inaccessible – de son vivant…

 

 

L’anneau au doigt – l’anneau au cœur – pour sceller les alliances – et faire front ensemble face à l’adversité – face au hasard – face au destin…

Mains supplémentaires et Dieu – alliés de notre survie – alliés du partage et de la misère – alliés de notre fardeau – pour faire face au monde – pour faire face au ciel et à la solitude – pour faire face au silence et à la mort. Et mille rêves encore – et mille rêves toujours – dans le regard commun…

 

 

Un regard qui cherche entre la pierre et l’étoile – entre la nuit et la faim. Une âme plus seule – et plus égarée – que les autres. Un gué – un pont – un chemin à travers l’eau et les broussailles pour apaiser – et guérir peut-être – le cœur si rude – si aveugle – si incertain…

 

 

A la lisière – entre l’obscurité et la chair – à répéter ce que l’oreille distraite (presque toujours) a déjà entendu mille fois. Ce que nous sommes – ce que nous fûmes – et ce que nous serons – à jamais…

 

 

Immuable et instantané – ce que nous sommes – et ce que nous cherchons…

 

 

Champ où l’acte devient possible – espace et silence où tout naît, prend forme et s’enracine. Le provisoire au cœur de l’éternel – et le limité au cœur de l’infini…

Et ça s’emmêle – et ça se mélange – pour tout rendre opaque – jusqu’au monde – jusqu’aux âmes qui cherchent – jusqu’aux yeux qui regardent…

 

 

S’écarter suffisamment de soi – s’effacer – et demeurer – concomitamment – au centre – au cœur de l’attention – pour laisser la place au monde et au silence – à ce qui accueille et à ce qui surgit… Voilà, peut-être, le secret que cherchent, depuis toujours, à percer les hommes…

 

 

Quelques éclats d’écriture pour descendre le secret de ses escarpements – pour témoigner – humblement – de ce que l’on apparente communément à l’indicible – de la simplicité du plus complexe et de l’accessibilité de ce qui semble (presque toujours) incompréhensible et impénétrable par l’esprit humain…

L’infini et l’éternité à portée de regard – à portée de souffle – à portée de main – pour que le geste et la parole deviennent profondément justes et respectueux – pour que le monde s’affranchisse (enfin) de sa bestialité et de ses instincts…

Toute notre ardeur, en somme, vouée à établir les conditions propices au jaillissement de l’Amour…

 

 

Hors du regard, il n’y a ni monde, ni lumière ; il n’y a que la nuit et le néant – et l’impossibilité de la délivrance…

 

 

Tout flotte – à présent – anéanti et intact. Et par-devers soi, tous les territoires, toutes les frontières et tous les drapeaux détruits – effacés. L’espace seul – grandiose – infini. Le silence, le souffle et l’ardeur. Et la joie des retrouvailles…

Visage à peine humain où se mêlent quelques restes d’autrefois, mille déchirures (presque entièrement) cicatrisées, le feu – et l’ivresse d’être là – vivant et mortel – dérisoire et précieux – joyeux et pathétique – au milieu du monde – au milieu des Autres – au milieu de toutes ces figures qui, un jour, se rejoindront pour devenir les nôtres…

 

 

Le monde – l’ensemble du monde – enfourné dans la bouche – dans les yeux et la tête – pour nourrir le corps et l’âme – ces infimes fragments de matière et d’esprit. Bouts de soi nourrissant – et se nourrissant – d’autres parts d’eux-mêmes…

 

 

Rien autour – le noir et la nuit – seulement – éclairés par le centre et la lumière…

 

 

Il est un temps pour parcourir le monde et les saisons – les mille chemins exigés par les hommes. Et un autre pour se laisser traverser – presque immobile – par les heures et les visages (quelques visages). Et un autre encore – plus tardivement peut-être – pour rompre avec toute forme de présence et de temporalité…

 

 

Nu – sans même oser exprimer notre pudeur et notre joie à nous laisser dévêtir – à nous laisser dépouiller jusqu’au dernier souffle – jusqu’à la dernière pelure – jusqu’à l’ultime goutte de sang…

 

 

L’âme vierge dans sa coquille qui, peu à peu, se transforme en écrin. Et qui s’ouvre, progressivement, au monde – à la nuit – aux visages et aux chemins – sans rien cacher aux mille démons qui s’impatientent dans leur sommeil – derrière les figures alignées qui défilent sous nos yeux…

 

 

Du sable mouillé par l’océan et les larmes de ceux qui regardent – impuissants – l’étendue et l’horizon…

 

 

La terre mêlée au vent – l’eau et le feu des sous-sols – à parts égales sans doute, avec l’espace au-dedans. Ni vraiment homme, ni vraiment Dieu. Quelque chose à la lisière des mondes – aux confins des possibles. Un curieux mélange de chair, de souffle et d’infini – presque ridicule pour l’œil confiné aux apparences – mais inégalable pour les yeux transformés en regard…

 

 

Ni fracture, ni stabilité. Ni étendue, ni immobilité. Un seuil sous le front – entre les tempes – à la surface tantôt claire, tantôt bleue (teintée de nuit). Le portrait d’une faim et d’une récolte dessiné à la craie sur le bitume des jours. Mille printemps – mille siècles – et l’éternité au-dedans. Et cette sagesse à l’intérieur – emmurée par mille croyances, par mille désirs, par mille espoirs. Et ce qui se précise – toujours – cahin-caha – au fil du passage – au fil des traversées successives – au bout de la raison – au bout de tous les pourquoi…

 

 

Sans doute existe-t-il un versant plus ample de l’existence que cette fumée qui monte du monde et des destins qui – toujours – se consument en allant ici et là – et qui – toujours – brûlent en marchant à reculons – sans voir ni la suie, ni les cendres qui s’amoncellent au fil des pas…

 

 

Une page – un espace – une étendue – où le blanc remplace le sommeil et les tentatives – et où le silence fait naître le rire sur ce qui s’essaye encore à laisser quelques traces

 

 

Lignes et livres humbles – presque anonymes – sur ces terres en feu – sur ces terres brûlées où les paupières sont scellées dans la pierre – où les dérives naissent à même la rive – à même le cours du voyage – et où les vents sèment au milieu du désordre les graines de la révolte – les balbutiements de l’insoumission face au destin si tragique – si pitoyable – de la chair…

 

 

Terres singulières et l’apprentissage (parfois laborieux) du rire. Et la surprise sans cesse renaissante lorsque dans les veines, la joie et l’incertitude remplacent le sang et les habitudes…

 

 

Ni jour, ni secret. Le plus simple et l’évidence. Ni lampe, ni neige. Dieu écarté de son trône – et descendu parmi nous. L’enfance et la poésie. Le ciel, le regard et le silence. Et tant de pages à écrire encore…

 

 

Entre la pierre et la brique. Entre les lèvres et le monde. Entre le sable et la neige – ces lignes qui roulent comme l’eau des rivières le long de ces berges mornes…

 

 

Saisons au lieu du jour. Echafaudages sur la terre. Ardeur pour dessiner quelques tours, quelques bruits et quelques danses sur ce que ni l’âme, ni la main ne pourront effacer…

 

 

Aujourd’hui, le rire et l’évidence. Si différent des saisons passées dans le doute et la tristesse. Et demain ? Nous ne savons pas. Peut-être – sans doute – n’y aura-t-il plus jamais de lendemain…

 

 

Etrange sommeil sur ces pierres alors que dans le sang gronde tant d’ardeur…

 

 

Entre innocence et rudesse – cette parole adressée à personne sinon (peut-être) à ceux qui la laisseront entrer, avec les vents, dans leur âme si fébrilement interrogative

 

 

Lumière en eaux profondes. Bouée lancée dans la houle pour que toutes les frontières, un jour, puissent être franchies…

 

 

Faces aveugles à étancher leur soif plutôt qu’à se pencher sur les mille blessures laissées par les visages et les chemins…

 

 

Être – infini et éternel – sans nom – au-delà de tous les qualificatifs – ni ceci, ni cela – nulle part – et partout à la fois…

 

 

Ce qui va du dehors vers le dedans – du centre vers la périphérie – du fardeau vers la liberté – de la nuit vers la lumière – du mythe et de l’illusion vers l’innocence et la virginité. Et inversement – bien sûr…

Le seul chemin véritable. Le seul chemin nécessaire. Ce à quoi il nous faudra tous, un jour, nous résoudre…

 

 

Du livre aux lèvres – il y a un abîme – mille chemins – et mille frontières à traverser. Le même gouffre et la même marche qui existent entre la tête et la main…

Gestes et paroles des Autres – piochés ici et là dans le monde qu’il faut dénuder – dépouiller de toute forme de croyance et d’exigence – pour qu’ils puissent, un jour, devenir profondément nôtres – et jaillir naturellement (avec justesse et innocence) au gré des circonstances…

 

 

Chaque jour – pas à pas – syllabe après syllabe – dans le même désir de silence

Ainsi s’inventent – et s’exposent – l’existence et le langage qui coulent du regard vers le monde – vers la nuit…

Comme de jeunes pousses – un peu d’herbe – quelques fleurs – sous les étoiles – offertes à ceux qui les laisseront entrer dans leur âme…

 

 

Rien à déchiffrer – ni le temps, ni les livres, ni les cathédrales. Un peu de sang – quelques souffles. Et nos doigts et nos âmes si proches – toujours – de notre œuvre et de notre visage communs.

A tout parcourir de la terre aux étoiles – du sommeil au jour promis – l’ardeur scellée dans le pas où que l’on aille – partout où se pose le regard…

Ivre(s) de cette brûlure et de cet allant qui nous portent au-delà de l’homme – au-delà du souffle – au-delà de la mort – jusqu’au rassemblement de tous les lambeaux – jusqu’au rassemblement de toutes les parcelles du monde…

 

15 février 2019

Carnet n°175 Exprimer l’impossible

Regard* / 2018 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Ce qui s’en va – ce qui reste. Ce qui nous exhorte à l’évidence – le retrait, l’ordinaire et la poésie. Le ciel précaire et la parole hasardeuse qui chemine du plus sombre vers le jour – et du plus proche vers l’Autre – le plus lointain en apparence…

 

 

Là où la lumière se tient encore. Innocence dans l’ombre – silence dans la nuit. Au soir couchant – près de la fenêtre close – derrière la porte barricadée. En ce lieu – sur cette ligne – recouverts – encerclés – depuis toujours – par la possibilité de l’infini…

 

 

Une ombre dans le regard – comme une tache – un repli – une frayeur peut-être – un angle mort où le merveilleux ne peut être perçu – et qui nécessite un pas – une enjambée – un pont (démesuré(e) parfois) pour rejoindre l’autre rive – la terre et le ciel parfaitement unis et éclairés…

 

 

Dos au mur – ponts et nuages – et ce qui frémit sous les caresses du temps. Plaisant à l’œil – et agréable à l’âme. Le moins amer du vivant. La lumière, en nous, la plus discrète – celle qui nous empêche de plier sous le poids, toujours plus accablant, de la nuit…

 

 

Tout est calme au-dessus du sommeil pendant qu’en dessous grondent l’insoumission et la colère. Tout semble endormi mais, au plus bas, l’épuisement est à son comble – et se fomentent, en secret, les plus violentes révoltes…

Tout devra être percé – et traversé – la chair, l’âme et l’apparence du monde pour qu’une main puisse surgir du regard – et nous extirper de l’illusion…

Mille vérités à naître sous la glaise. Et mille feux à réinventer pour échapper aux couches toujours plus épaisses de rêves et d’étoiles façonnées par les hommes…

 

 

Tout existe au creux du monde – au fond de l’âme – réunis et confondus par ce qui ouvre le regard. La main qui s’avance. Les larmes qui coulent. L’horizon qui se rompt. L’ombre qui se détache. La nuit avalée. Le visage qui a dû affronter la peur et la perte. L’esprit qui a su s’abandonner au temps et à la mort…

La défaite comme le seul lieu possible de la conquête…

 

 

Ce qui s’en va – ce qui reste. Ce qui nous exhorte à l’évidence – le retrait, l’ordinaire et la poésie. Le ciel précaire et la parole hasardeuse qui chemine du plus sombre vers le jour – et du plus proche vers l’Autre – le plus lointain en apparence…

 

 

Tout danse à présent – au milieu des chants du monde. Le vent – le jour – les visages – la terre – l’œil et les noms…

Ce qui regarde est regardé. Ce qui vient est accueilli. Ce qui se montre est recouvert. Et ce qui se cache est exposé…

Tout se mélange. Et la voix reste claire pour dire ce qui se transforme – et ce qui demeure égal à lui-même – au fil des jours – au fil des siècles – de toute éternité…

 

 

Tout est là – à la fois exposé et immergé – emmêlé et éparpillé. Mille choses – mille reflets – entre illusion et vérité – entrecroisés dans le regard de chacun qui, en s’additionnant aux yeux des Autres, forment un labyrinthe de miroirs et de barbelés – mille territoires imbriqués et superposés qui complexifient, restreignent et opacifient le monde et la perception…

 

 

Immensité – à peine – là où tout s’invite – et où le vivant se tient encore plein de sommeil. Promesse – seulement – d’une plus large étendue…

 

 

Immobile et seul – là où le chemin se perd – devient passage – empreintes presque invisibles sur les pierres – marche sans effort dans la boue, les vents et la lumière. Là où le temps cesse d’être un piège et une promesse…

Tête et cœur battants comme deux ailes subitement greffées sur la poitrine – l’âme caressante – attentive – mais déjà ailleurs sans doute. Libre devant cette porte ouverte sur l’espace et la nuit…

Voûte et horizon confondus. Ardeur et silence réunis et assemblés. Prêt (enfin) à glisser son pas dans la faille – le monde devenu soleil…

L’Amour caché dans la doublure des yeux – entre ciel et paupière. Rêves en ruine. Bien décidé à vivre malgré le noir – malgré la terre – malgré les hommes…

 

 

Absence de lumière et trop-plein de sang. Et la mort comme seule ambition. L’homme à l’inverse du sage…

 

 

Entre mirage et matière – ce feu qui se propage au cœur de l’âme – au cœur du monde. Et cette lumière tendre au-delà des yeux…

 

 

La liberté des sables mouvants où nous sommes (tous) plongés…

 

 

Mille vies à chaque instant. Et plus d’avenir encore – la grande vie peut-être – à l’heure de la mort…

 

 

Terre et âme aussi blanches que cet espace, en soi, qui porte au silence…

 

 

De terre en terre – de mémoire en repos – de désir en désir – ainsi s’ensemencent l’ambition et la conquête journalière. Quelques pas sur les sentes du monde – main sur le visage posée en visière – l’œil fixé au loin – là où poussent nos élans – un jour, ventre au sol – et un autre, figé en posture altière – tantôt au creux, tantôt au faîte – à ramer avec force et courage – à traverser les plaines et les dangers – à déjouer les périls et la mort. Survivants et passagers – toujours – infiniment fragiles et provisoires…

 

 

Ce qui surgit prend – toujours – sa source dans les profondeurs – aux origines – au cœur du monde antérieur aux idées et à la matière…

 

 

Voyage – toujours – entre sourire et impatience – entre misère et possibilité de délivrance. Parabole du geste, de l’infime et du décalage. Trajectoire des corps, des cœurs et des âmes – enrôlés, à leur insu, dans la même chimère – entre espoir, aventure et illusion – sur ce fil à l’allure faussement temporelle…

 

 

Pays de faim et de souffrances – pays de perte et de mémoire – où la peur, le rêve et le désir règnent sans rivaux – et où le réel, l’illusion et la vérité s’emmêlent et se superposent d’une étrange (et mystérieuse) manière…

 

 

Papiers du jour – froissés comme le silence et la lumière. Eclairés faiblement par cette clarté crépusculaire coincée entre l’âme et la chair. L’œil et le corps las – prêts à se réfugier dans l’ombre pour sangloter…

 

 

Le monde est clos – enfermé – tourné implacablement vers lui-même. Et la voix se présente pour ouvrir une brèche – une faille mince et étroite – dans la fonte qui lui sert de bouclier…

 

 

Tout s’abrite derrière le langage par peur d’affronter le réel – le monde sans signe – sans aide – sans appui – la vie brute qui arrive – et se retire – l’existence infiniment passagère et mystérieuse des visages…

 

 

Bâillonnés par l’ignorance et l’incompréhension – debout pourtant – faces confrontées à la violence du monde. Et mains dociles la nourrissant. Allure droite et buste altier malgré la misère – malgré l’illusion – malgré l’impasse où se sont réfugiées les bêtes et les civilisations humaines…

 

 

A la mesure de tout – la vie et la mort – l’infini et le poème – posés partout pour échapper à l’illusion – et essayer de faire naître le rire sur tant de laideur et d’incompréhension…

 

 

Nous sommes là – près des lèvres – près des Dieux – à imaginer le possible – à revivre en rêve le passé – comme si la seule épreuve consistait à s’affranchir du temps et des illusions…

 

 

A s’engager là où la somnolence constitue un idéal – et où le passage (insidieux) vers le sommeil pourrait nous être – irréversiblement – fatal…

 

 

Tout semble désirable jusqu’à ce que les choses consommées nous ouvrent, peu à peu, les yeux sur la source – l'origine même du désir…

 

 

Entre révolte et fatalité – entre abandon et nécessité – quelque chose au goût étrange – fait de résignation et de volonté – et, sans cesse, ébranlé par le désir et la peur…

 

 

Tragique – jusqu’à la mort. Et ce rire – mystérieux – qui nous soulève pour nous emporter vers ce lieu étrange – posé au-dessus de l’ignorance et des malheurs – au milieu des cris et des plaintes – en cette aire méconnue – si proche du monde et des âmes…

 

 

Seul – plus seul encore – à présent. Sans désir – sans appui – sans visage allié. Illusions perdues – défenestrées du dernier étage. Hors du monde – mis au ban de la communauté. Exclu (volontaire) des enclos, des pyramides et des hiérarchies. Et la vie maintenue à flot malgré l’âge et les épreuves. Sur cette terre – sans larme – sans consolation. Bouts de soi aussi étrangers que les étoiles. Reclus, parfois encore, dans ce long sommeil. A vivre – apaisé – presque serein – malgré la grande nuit où sont plongés les hommes et les âmes…

 

 

A genoux – à consoler si tristement la terre – ces visages résignés – plongés, jour après jour, dans la même peur – les mêmes cris – la même misère…

 

 

Tout s’entaille – tout s’encaisse – le temps – le ciel – les malheurs et les rêves. Peut-être avons-nous réussi – en fin de compte – à grandir sous le soleil malgré notre étonnement permanent face à l’étendue de la terre – et face à l’ampleur du labeur qu’il nous reste à accomplir…

 

 

Devant le vent, le souffle, les vagues, la nuit et la lune douce et propice (toujours) à la lenteur des gestes. Devant les hommes, les pierres et les bêtes. Devant les arbres, les montagnes et les fleurs. A s’interroger – à s’inquiéter – à partager mille secrets, mille savoirs, mille découvertes. A regarder le monde et les visages comme pour la première fois…

A vivre et à aimer – de toutes ses forces – de toute son âme émerveillée – ensoleillée – avant de laisser la place à l’Autre, au mystère, à la mort…

 

 

Joie de l’être et du questionnement – de cette faim de soi jamais durablement assouvie – se cherchant, se trouvant, se perdant et recommençant mille fois encore – pris par cette ardeur inépuisable et ce goût insatiable pour le jeu et la transformation…

 

 

Dieu et la mort en contre-bas du monde. Patients et déterminés à nous revoir un jour – au plus près des promesses que nous n’avons réussi à tenir – oublieux de tout – sauf de ce vieux rêve de se réaliser – en soi – en silence – sans autre témoin que ce regard apaisé et acquiesçant sur les rondes et les danses qui nous jetteront encore – qui nous jetteront toujours – dans cette distance – dans cette faille – entre nous – à combler…

 

 

Monde d’âmes, de peines et de pierres – qui, entre elles, s’ignorent. Allant seules – ensemble – côte à côte – sans jamais se saluer – s’entraider – ni se secourir. Isolées et anonymes jusqu’à la mort…

 

 

Vie brute – multiple – à même les éléments – entre le ciel, la roche et les abysses – partout au cœur de ces trois lignes d’horizon. Et quelques visages – rares – surpris – à la verticale – presque invisibles dans la foule – parmi les figures agglutinées qui arpentent – presque d’un même pas – toutes les latitudes terrestres…

 

 

Voir – et nommer – le monde, la faim et les danses depuis le silence n’exempte ni les pas, ni la main, ni le ventre d’y participer…

 

 

Mots comme des ondes circulaires jetées dans le labyrinthe. Comme un étrange mélange de silence et d’intention adressé à ceux qui osent tourner le dos aux conventions – redresser la tête en transgressant les règles et l’ordre établi – et se plier aux seules exigences nécessaires – celles d’un territoire, en eux, inconnu et mystérieux – ignoré – et, le plus souvent, méprisé par les hommes sans âme, par les âmes sans profondeur et les destins (trop) prosaïques…

 

 

Forêts, rivières – et cette joie du bleu – partout – qui offre au monde sa lumière…

Pierres, oiseaux et soleil. Voix claire – étincelante – à force de mutisme – à force de regard silencieux…

 

 

Silencieux comme le jour – les lèvres cousues – arrachées peut-être. Feuilles et fêlures félines – dénudées par l’aube. Pointe du monde. Et ces vents qui ravivent le déracinement – l’ivresse – la pénombre. L’attente sans fin. Et ces mensonges qui glorifient l’orgueil, l’inessentiel et la nécessité des traces. Empreintes provisoires qu’effaceront le temps, les événements nouveaux et la récurrence (éternelle) des saisons…

 

 

Se faire témoin de la joie et du silence – des grandes turbulences, des tourmentes et du tracas (ordinaire) de vivre. Entre angoisse, crainte et sagesse – entre présence et visage humain. Sans accorder le moindre regard au passé, à l’enfance et à l’heure précédente. Sans se soucier du lendemain, des yeux des Autres et du qu’en-dira-t-on. A œuvrer, chaque jour, sur sa planche – âme et feutre à la main – silence au-dessus de l’âme – et monde autour de soi – au milieu des pierres, des arbres et de quelques bêtes – sans l’emprise du moindre regard humain…

A offrir au souffle récurrent – inépuisable – l’espace dont il a besoin – la rencontre quotidienne avec l’étendue, en soi, déployée – et ses mille eaux ruisselantes…

 

 

Tout – en ce monde – semble si cruel – si banal – sans grâce. La terre – le temps – les destins. Comme si tout – en vivant – défigurait l'élégance des Dieux – et enflammait l’œuvre du Diable cachée au-dedans – les deux versants de la même ignorance – du même désenchantement…

 

 

Chant solitaire sur les eaux discrètes de l’âme – sous la grande étendue bleue. Cœur et pieds nus – parfaitement innocents. Fidèle à son devoir sans exigence. Ciel et feuilles mêlés – inextricablement. Au-delà des temples et des prières – en deçà de l’indifférence commune – coutumière. Des poèmes comme des gouttes de rosée sur chaque brin d’herbe du jardin – et sur la végétation devenue humaine et les alentours transformés en monde entier. Univers de survivance et d’instincts – univers de grandes instances – que seuls les mots et la présence peuvent adoucir et réenchanter…

 

 

Avec tout l’or du monde – ainsi s’inventent – se réinventent – et se perpétuent – tous les mythes terrestres. Des rivages, des chemins, des risques et des chutes pour quelques onces précieuses de métal – capables de faire chavirer les hommes, d’assécher les âmes et d’éteindre la voix des poètes – capables, en somme, de transformer le monde en rêves et en galeries…

 

 

Rivages brumeux là où s’exerce l’étincelle. La nuit, le désir, la folie. La tentation des plus faibles. Le fond des regrets. La mort et les malheurs. Cette part commune à l’œuvre partout…

 

 

A vivre aussi timidement et vaillamment que la fleur – sous les yeux et les mains – presque toujours – tortionnaires…

 

 

Des cris en cortège dans la nudité des ténèbres. Prisonniers de grands frissons – là où tout se dérobe et devient noir…

 

 

Ce qui tient à l’envers de la paume sans autre colle que celle du destin – cette aile à venir dont chaque plume sera un rêve – un défi – une parole jetée par-dessus les murs du monde…

Les détails d’une géographie où tout serait décrit – où des milliards de vies apparaîtraient dissimulées sous chaque pierre…

La clarté et la confusion étrangement abandonnées à leurs danses furieuses – obstinées…

Un angle où s’écrirait la page. Au bord d’un ciel – toujours – imperceptible. Quelques notes pour prolonger le silence – engorgé – défaillant à force d’épreuves…

Une manière, en somme, d’exprimer l’impossible et le règne du partage…

 

 

Nous n’avons cessé de nous échouer parmi les vaines consolations. Des lignes mendiantes et des feuilles froissées – à revisiter la perte autant de fois que nécessaire pour rallier ce tronçon – ce passage peut-être – que la terre rend si désirable – et le ciel si mystérieux…

 

 

En peu de mots, dire l’impossible – affirmer l’essentiel. Dessiner, avec un peu d’encre, le silence d’avant le monde. Le rêve, l’apparition et le regard. Des trouées d’air pur dans l’ordinaire des jours et l’atrocité des bas-fonds…

 

 

Tout se dérobe – et s’affranchit. Disparaît au cœur de cette jointure entre le rêve et la réalité – sur cette frontière vague – flottante – invisible depuis ces rives – imperceptible par nos yeux si lourds – si opaques – si fermés…

 

 

Nos doigts se hâtent – se faufilent – s’entrecroisent. Lâchent du lest – se libèrent de ce qui les encombre. Aimeraient dessiner un visage – mille visages – avec quelques traits – quelques courbes – quelques lignes simples – illuminées comme les étoiles les plus brillantes. Ainsi rêvons-nous assis sur nos syllabes – dans l’écho d’un silence et d’une nuit plus qu’ancienne…

Eviction d’un trop-plein qui, en dépit des apparences, alourdit (considérablement) l’écriture et la marche – et le monde qui, peu à peu, se défait. Mains, endroit et accent – quelque part où l’erreur devient la seule conclusion possible. Plume et tâche là où se prolongent tous les points de suspension. Lieu étrange – honnête – profondément authentique et bariolé – de toutes les miscellanées…

Comme un grand corps de feuilles reliées – façonnées par nos questions, nos défaillances, nos maladresses. Quelque chose – un livre peut-être – sans véritable ambition – ou animé par la plus haute – celle de l’effacement – allié modeste et irremplaçable – pour rejoindre l’autre versant – l’autre côté du mur – le pays hors du monde – l’instant hors du temps – ce silence où tout s’efface, recommence et demeure indéfiniment…

 

 

Hommage à ce qui ressemble à la neige – et que nous continuons d’appeler ainsi pour ne pas avilir la beauté – la fragilité – la pureté – de ce qui – jamais – ne se laisse décrire…

 

 

De l’espace – encore – entre les murs pour que la nuit soit moins noire – et moins solitaire peut-être. Une manière d’être infiniment plus présent au silence – et à ce qui nous contemple sans rien dire. Une manière de respirer ensemble sans rien savoir de nos prisons et de nos libertés respectives. L’espace commun où les paroles et les actes perdent leur dimension sacrilège – et où ce qui se fait seul peut devenir le lieu des plus fabuleuses rencontres…

 

 

Nul regret – nul péché – dans la main vide. Seulement l’infini et la jubilation…

 

 

Nous n’aimerions dire que la lumière. Mais les ténèbres sont (encore) trop présentes – trop puissantes – pour occulter le noir – la nuit – le sommeil…

Ombres encore – ombres toujours – tantôt éclairées – tantôt miraculeusement éblouies – tantôt abandonnées – comme livrées à elles-mêmes…

 

 

La mort – toujours – semble avoir le dernier mot. Elle n’est, pourtant, que la possibilité du recommencement. Le seuil récurrent et nécessaire à la continuité… [une mésange vient de s’écraser contre la vitre. Son petit corps gît, à présent, immobile sur le toit de la maison. Et un élan – triste et naturel – me porte vers elle – à écrire ces mots – à imaginer ce que fut sa vie et ce qu’elle devra traverser – son parcours dans l’au-delà du monde avant son retour parmi les vivants…]

 

 

Que sommes-nous face à la vieillesse qui fane et affaiblit – et face à la mort qui nous emporte…

Un chant triste – peut-être – pour amadouer les Dieux – ceux du monde et ceux du ciel – ceux que l’on ne peut s’empêcher d’invoquer lorsque l’on vit (encore) dans l’ignorance…

 

 

Nous chantons pour nous-mêmes – et pour tous ceux qui ont réussi à nous émouvoir par leur présence – par leur beauté – par leur fragilité ou leur détresse. Chant d’espoir et de compassion invoquant l’Amour et la grâce d’un Dieu – sans doute trop silencieux en ces instants de malheurs et de tristesse – en ces instants de larmes et de prières – où chacun se tient encore plus seul et plus impuissant face au mystère…

 

 

La poésie comme repère intermédiaire – comme bouée indirecte à laquelle s’accrochent parfois quelques suppliciés au cœur de leur naufrage – lorsqu’ils sentent proches la noyade et l’heure de la fin…

Balise infime – dérisoire – inutile même – sauf pour consoler le cri et la détresse – et que certains parviennent à transformer en île – en archipel – en pays – capables d’offrir aux jours un peu de joie et de beauté malgré le déclin inexorable – malgré la mort inéluctable…

 

 

Prisonniers – toujours – ici et là – de soi ou d’un Autre – du temps qui n’approuve ni la jeunesse, ni la vieillesse. Prisonniers du monde, de la mort et des apparences. En sursis – jusqu’aux jours les plus inoubliables. A se demander (encore) pourquoi – à se demander (encore) comment – et s’il est bien raisonnable de continuer à vivre sans rien savoir – ni même pouvoir deviner un sens – une raison – une nécessité – plongés jusqu’au cou – plongés jusqu’au cœur – dans cette ignorance et cette impuissance profondément tragiques et douloureuses…

 

 

Et ça joue ! Et ça crie ! Et ça penche tantôt vers la tristesse, tantôt vers le rire !

Mais d’où vient donc ce désarroi au fond des yeux que ni le temps, ni l’Autre, ni l’amour ne parviennent à effacer…

 

 

Nous pouvons bien sourire et décréter – nous protéger ou devenir sages – rien ne nous sera épargné. Pain dans le ventre – hameçon dans la bouche – désirs en tête et l’âme mille fois chavirée par la vie, la mort et les malheurs. A renaître toujours dans cet étrange intervalle bordé (de tous les côtés) par l’éternité – et qui prend, selon l’œil, la naissance et les circonstances, des allures d’enfer ou de paradis…

 

 

Vieille résonance qui nous éveille à cette existence sans nom – à cette existence sans maître. Comme un voyage – une quête – âpres – rudes – au-delà des collines et du sommeil. L’hiver pour les plus téméraires. Et la somnolence (encore) pour les plus absents – ceux que la détention continue de rassurer…

Ni défaite, ni triomphe. La juste mesure, en vérité – et la continuité implacable des destins…

 

 

Au croisement du jour et du silence. A l’exact opposé du carrefour entre le monde et le sommeil…

 

 

Fermé – comme démissionnaire. Etalé là où le cri, en général, se retire. Dans ce souffle – ce feu sous la chair – qui implore les Dieux pour rejoindre l’horizon – et tous les rêves posés au-delà. Comme un monde partiel – une infime parcelle offerte à l’œil lacunaire – et structurellement déficitaire sans doute. Une fête, une ombre, une courbe à moitié empêchées. Ce qui rend le pas et le saut – profondément inefficaces – particulièrement inappropriés – pour clore l’exercice de vivre (ou s’en affranchir)…

 

 

S’épuiser jusqu’au sang – jusqu’à ce que l’ardeur nous quitte – jusqu’à ressembler à tous ces Autres envahis – morcelés – par la peur – incapables de vivre hors des cycles et des cercles traditionnels qui somment tous les hommes de vivre en deçà de leur nature – et de renoncer à leur (véritable) envergure…

Plongés, en somme, dans la mélasse noire des jours sans voir ni Dieu, ni l’infini – ni le silence – partout qui demandent (pourtant) à retrouver leur place dans nos vies…

 

 

Partout étranger(s) – jusqu’à rompre toutes les frontières – jusqu’à rejoindre le pays natal des âmes, du monde et des oiseaux – sans barrière – sans reclus – sans exil – où la source parvient à tarir l’origine du manque – et à clore le voyage du retour

Contrées sans ascendance où ne règnent que la marche et le désert – la foulée posée à même les rives – et le destin scellé dans la joie d’être et d’accueillir – à chaque instant…

 

 

Alphabets sans signification. Quelques paroles dans l’obscurité. Sans écho – sans auditeur. Prononcées, peut-être, pour soi-même – la main ouverte sur la nuit – et son envergure détaillée – presque éblouissante – à force de soleils prisonniers…

 

 

Route – et ce qui demeure ici à s’écouler dans cet inépuisable goutte-à-goutte. Choses et visages quelque part – perdus, peut-être, au fond d’un tunnel. A écouter tous les pas s’épuiser et mourir. La poussière et la cendre inlassablement piétinées. Ni ange, ni martyr. Ce qui glisse de nos doigts mal resserrés – et de nos âmes incomplètes – trop indécises sans doute…

Ce feu – ce souffle sans effort – qui dirigent nos têtes et nos pieds. Nos existences pas si intranquilles, en réalité…

 

 

Le signal ancien des heures qui nous exhorte au repli – à la fuite – à la paresse – pour distinguer ce qui meurt sans s’éteindre de ce qui s’éteint sans mourir – afin de vivre avec cette ardeur dans l’âme – avec cette jeunesse éternelle et inépuisable…

 

 

Ni guerre, ni paix. Ni labeur, ni épreuve. Ni sagesse, ni folie. Une innocence à retrouver – et à renouveler sans cesse…

Comme une manière de vivre l’Amour au cœur de l’immonde et de l’oubli. Comme une manière d’affirmer la joie et la possibilité de l’effacement au cœur de la tristesse et de la vanité…

 

 

Tout est centre – enfin – prospère et vagabond – comme les larmes, l’exil et l’humus. Comme tout ce qui passe – comme tout ce qui s’abrite, quelque temps, derrière l’âme, l’herbe, la folie et la gravité…

Nous ne dirons plus – à présent – que ce qui est nu – et qui a fait le deuil de ses vieux habits…

 

 

Tout se fissure – et frisonne – à présent – le proche, le lointain et l’étranger. Et l’inconnu même que nous avons fui. L’indifférence qui se dérobe sous l’émotion. La présence, la peau et les visages. Ce qui existe en deçà et au-delà du monde. La pente, les sentes et le secret. Tous les chemins parallèles – ces lentes et longues circonvolutions autour du cœur – sage – serein – silencieux…

 

 

Des soleils et des pluies sans nom – sans appartenance. Ni nôtres, ni vôtres. Enumérés seulement. Se posant sans préjugé – ici et là – dans la nécessité des têtes et des âmes. Un jour – un siècle – tantôt gris – tantôt jaunes – couleur d’or et de joie – entreposés dans le ventre des affamés…

Rumeurs et tournants décisifs. Dans les mains de la terre – dans les mains de la mort. Partout où nos doigts s’agrippent – se resserrent – et répètent leurs maladresses. De jour en jour – au même titre que le monde et la parole…

 

 

Tout se fracture – se resserre – encombre – se rejette. S’éparpille en vivant. Signe que la vie est changeante – imprévisible – indomptable. Mouvements multiples – austères – espiègles – extraordinairement sages et infantiles. Inénarrables, en somme…

 

 

Tout est sévère – artificiel – complémentaire – et presque toujours incompatible avec le reste. Inopérant dans ses avancées et ses reculs – et dans toutes ses tentatives d’emboîtement. Provisoire – et fragile de mille manières. Et bientôt écoulé – écroulé – anéanti – et renaissant déjà en deçà et au-delà de toutes les échéances…

 

 

Tout se propage – s’étend – se multiplie. Les épines, la boue, la faim. La nuit et les obstacles infranchissables. Le monde, les désirs et les enfantements. Et la place infime – minuscule – dérisoire – de chacun dans cet espace qui ressemble (tant) à un mystère infini…

 

 

Ligne après ligne – la même parole qui, peu à peu, s’allège…

 

 

Tout – chacun – est là, peut-être, presque moribond – et tend la main vers nous pour qu’on lui pardonne son ascension, ses manquements, ses défaillances, ses gestes noirs qui ont griffé la terre et assombri la possibilité du ciel…

Seul demeure ce qui compte – le reste n’est qu’une poignée de gestes, de visages et d’instants jetés aux lions, à l’appétit féroce du temps et à la mort qui, sans cesse, exalte l’oubli…

 

 

D’un instant à l’autre – et entre chaque instant qu’y a-t-il ? Peut-être – qui sait ? – mille siècles à franchir – à patienter – à oublier…

 

 

Rencontre avec le jour – les mille petits défis du jour. Prendre le temps. Œuvrer – à peine – à quelques soupirs – et à quelques lignes noires ou légères. Vivre et édifier son destin – son existence – son empire – sur ce sang jamais séché qui a envahi le corps, la poitrine, le cœur – jusqu’au centre du regard où tout est si dense que le monde pourrait se transformer en aile, en fleur, en baiser sur les lèvres de la mort…

 

 

Qu’abrite donc cette obscurité qui donne aux yeux cet éclat de crainte – et aux pas cette allure de fuite… Où habitons-nous donc pour ne jamais pouvoir refléter l’ampleur et la malice du grand soleil…

 

 

Toute blessure est miraculeuse ; elle offre à l’âme la possibilité de se déployer – et de toucher, par-delà la douleur et la souffrance, l’impérieux et discret silence qui nous habite – l’impérieux et discret silence que nous sommes…

 

 

A ce qui s’insinue – en boucle – dans l’âme. Comme une nécessité – une récurrence sur le sable et l’oubli. Un instant perdu – comme mille autres auparavant peut-être… La vie, le chant, le rêve. La terreur et le destin ininterprétés. Comme une vitesse caduque – un effroi – une inquiétude pour défier la vie et apprivoiser la mort. Et cette part inconnue qui s’approche (enfin) comme s’il nous avait fallu mille siècles pour oser tendre la main vers elle – et l’inviter timidement à nous rejoindre…

 

 

Une faim et une question brûlantes face au mystère. Et notre insoumission aux impératifs du monde et du temps. Ni ici, ni ailleurs – ni hier, ni demain – quelque part entre ces deux bornes (infimes) du monde et du temps – à se demander (encore) ce qu’est vivre – et ce qu’il nous manque pour y consentir…

 

 

Le temps comme une faille où glisse ce qui cherche et ce qui est cherché. Une fosse – un intervalle qui, en vérité, accroît toute forme de séparation…

 

 

Venu de soi – venu d’un autre – ce voyage que tout précède. Le destin et l’échine entaillés – la piste où s’élancent tous les talons. Les festins, les apprentissages et les tragédies. Le commencement et la fin dernière. Cette longue procession qui foule d’un pas tremblant la même poussière depuis des siècles…

La même marche et la même attente. La même joie et le même silence. Ce que nous finirons (tous) par oublier – ce que nous finirons (tous) par devenir – une fois la vie et la mort – une fois la nuit et la lumière – réunies et réconciliées…

 

11 juillet 2018

Carnet n°154 A quoi bon – la vocation du monde et des hommes peut-être…

Regard* / 2018 / L'intégration à la présence

* Ni journal, ni recueil, ni poésie. Un curieux mélange. Comme une vision – une perception – impersonnelle, posée en amont de l’individualité subjective, qui relate quelques bribes de cette vie – de ce monde – de ces idées – de ce continuum qui nous traverse avant de s’effacer dans le silence…

Rien. Une nuit, du sommeil, un silence. La pluie. L’épreuve de la solitude et de l’absence. Un désert, un abîme, quelques larmes. Et le monde – et la mort – inventés avec le premier élan – et le premier espoir – pour survivre à tant de néant…

Un corps, une lisière, une langue. Comme les seuls instruments – nécessaires à la poursuite du voyage – à ces foulées, parfois si réticentes, sur l’herbe rouge – sur ce pauvre sol de la terre…

Et l’attente encore face aux heures – face aux rêves et aux miroirs. Quelque chose d’infime dans cette nuit indéchiffrable. Un peu de chair, un peu de sable, à peine l’apparence d’un visage. Quelques bruissements, un geste parfois, la caresse de l’inconnu dans l’ombre de cette parole si étrangère…

 

 

Un Amour timide – effarouché par l’illusion et la brièveté du temps – l’insensibilité des âmes – la faim et l’inertie du monde. Confronté aux menaces et aux périls permanents qui, partout, exaltent le crime et la mémoire – sans doute, les plus vieilles traditions de la terre…

 

 

Choses encore – partout – et ces mains qui se lèvent – et s’étirent – pour saisir l’inutile – amasser le superflu – et l’entasser sur des morceaux de monde qui forment déjà des amas gigantesques – et d’illusoires remparts – qui jamais ne pourront nous délivrer du vide…

 

 

Tout arrive – s’élève – s’effondre – et se désagrège déjà. Jusqu’aux traces de vie – jusqu’à la parole des poètes. Comme un vent permanent qui efface tous les dessins du monde esquissés sur le sable. Comme une main sur nos épaules nues – fragiles. Comme une caresse – mille caresses – et quelques secousses peut-être – sur l’œil crotté – souillé de voiles et de choses – de monde et de souvenirs – incapable encore de déceler dans le sommeil la lumière pauvre et pacifique

 

 

Rien. Une nuit, du sommeil, un silence. La pluie. L’épreuve de la solitude et de l’absence. Un désert, un abîme, quelques larmes. Et le monde – et la mort – inventés avec le premier élan – et le premier espoir – pour survivre à tant de néant…

 

 

Du temps, des vœux, des désirs. Des voix dans l’ignorance creusée à même le passage – à même le parcours – qui serpente entre les âmes – entre les rêves – au milieu de l’intelligence et de l’espace.

Et l’infini si semblable à notre écho. Et cette liberté promise à la faim immodérée de soi – et de l’Autre – réunis – comme un ruisselet soucieux de sa source – et l’absence vouée à sa propre fin.

L’attention retrouvée entre deux notes – entre deux paroles – entre deux pensées.

Un peu de sable sur l’œuvre en cours. Le recueil du temps et du poème. L’humble livre des jours. Le plus simple à l’épreuve des visages et des saisons. Et ce grand silence à la place du monde…

 

 

Quelque chose – un instant – une hypothèse. Les remous d’une idée – d’un mirage peut-être – portés par le destin (éphémère toujours) d’une parole – de quelques syllabes tracées à la hâte comme l’on défriche un chemin au milieu des feuillages. Un cri craintif – une plainte contenue. Dans la parfaite ressemblance avec quelques hommes – avec quelques sages peut-être – d’autrefois où la vie se tissait sans drame des origines à la fin – avec des bruits de chaînes pendues aux souliers usés par tant de marche – par tant de pas. Et l’ombre minuscule et le souffle inspirant pour trouver quelque part la clé des secrets…

 

 

Un corps, une lisière, une langue. Comme les seuls instruments – nécessaires à la poursuite du voyage – à ces foulées, parfois si réticentes, sur l’herbe rouge – sur ce pauvre sol de la terre…

 

 

A l’épreuve d’un temps éprouvé – trop affirmatif dans la bouche de quelques âmes – en fuite comme toutes les autres – dans le refus du répit – le refus de la source qui enfanta l’ombre avec le grain – et les barreaux avec la condamnation à chercher sans fin ce qui circule avec le sang – de part en part – sur les chemins – de vie en vie – dans l’effroi – à la porte, toujours close, du mystère…

 

 

Et l’attente encore face aux heures – face aux rêves et aux miroirs. Quelque chose d’infime dans cette nuit indéchiffrable. Un peu de chair, un peu de sable, à peine l’apparence d’un visage. Quelques bruissements, un geste parfois, la caresse de l’inconnu dans l’ombre de cette parole si étrangère…

 

 

Le désir d’une confiance insubordonnée – affranchie des clameurs et des promesses. Comme une bouée – comme un phare – sur ces eaux sombres – sur ces eaux si éphémères…

 

 

Des grilles encore. Et derrière, l’énigme à résoudre. Le visage de l’effondrement. Le rire – et la pierre où s’élève l’angoisse. Les jeux et le temps fertile. La chair féconde, les briques, les murs et quelques rêves étranges. Avec au-delà – le bleu grandiose du ciel d’avant – immobile – sans limite – impérissable…

 

 

Une vitre, une bouche. Et la buée fragile entre le désir et l’horizon…

 

 

Et la mort comme la frontière qui sépare ceux qui rêvent de ceux qui ont rêvé. Les vivants – orgueilleux presque toujours – et les morts – plus humbles et moins naïfs dans leur sommeil…

 

 

Sans âge – sans chemin – à peine une ébauche de visage – un œil – une oreille – posés parmi les pierres. La chevelure défaite par les vents. Un regard sur les étreintes. Et la main, comme les fleurs, plongée dans le poème – cet art si précieux de vivre en déséquilibre entre ce qui est et ce qui vient. La vie en itinéraire – et la mort comme le ciment des adieux perpétuels à ce qui passe – et s’efface l’instant d’après…

 

*

 

Très touttrès rien. Et ce vague à l’âme. Et cette fragilité hors de propos…

 

 

Les soubresauts du vivre individuel à l’épreuve du monde, des émotions et des circonstances – qui résiste presque toujours – et, parfois, de façon si vive – à l’effacement…

 

 

Et ce si rien – ce presque rien – qui s’imagine (si souvent) être autre chose…

Toujours à geindre, à résister, à bâtir, à revendiquer – à enchaîner les rires, les larmes et les commentaires – sans cesse soumis aux exigences et aux gesticulations du vivre. A la prétention d’être un visage – d’être quelqu’un…

 

*

 

Chacun, en ce monde, prend et donne. Mais il est rare, au quotidien, que ces mouvements se fassent parfaitement et naturellement synchrones avec le (ou les) mouvement(s) (complémentaire(s) ou opposé(s)) d’une autre (ou de quelques autres) entité(s) individuelle(s). Comme si chacun prenait et donnait à son rythme propre – et en des espaces et des temps spécifiques – qui coïncident rarement à ceux des autres. D’où, peut-être, l’attrait et la magie des respirations communes et collectives – si recherchées par les hommes…

 

*

 

Confronté(s) toujours aux vieilles lunes de l’ignorance qui font office de lampe – de médiocre lumière – pour éclairer les pauvres rêves et les pauvres gestes des hommes – presque entièrement responsables de l’infortune du monde…

 

 

L’aveu d’un possible au bout d’un bras lourd de tous les présages anciens – totalement inutiles aujourd’hui…

 

*

 

Une peine – un appel – posés au cœur du silence. Et cet écho très haut – très loin – dans l’âme frémissante. Comme un chant au milieu du noir et des visages. Et, soudain, quelque chose chute dans la stupeur – comme une évidence. Et les mains délaissent (presque aussitôt) toutes les décevantes trouvailles engrangées dans les besaces pour laisser les yeux contempler la beauté du jour qui se lève dans les cœurs et les paysages. Comme un peu de répit dans le cours, si souvent mouvementé, du voyage…

 

 

Une blancheur au milieu de la nuit. Quelques silhouettes qui arpentent les collines. Un feu et un ennui derrière les volets clos des chambres communes. Et l’esprit libre – nomade – qui saute par-dessus les habitudes et le temps pour aller s’asseoir là où personne ne l’attend – au-dessus de l’abîme – sur quelques pierres qui font face aux falaises. Porté par cette main – si haute – qui le pousse à l’aventure, à la solitude et à l’errance – et, peut-être, vers ces retrouvailles tant espérées…

 

 

Délires et songes d’une âme à moitié nue qui se repose de ses mille tentatives d’envol – et de tous ces carnages accomplis dans le rire et l’indifférence. Blessée encore par la faim et le feu – et espérant toujours trouver un lieu plus propice à l’intelligence et à l’Amour. Rêveuse d’une ère de fin des temps où l’être saurait remplacer la souffrance et la certitude par l’étonnement et l’innocence – et où vivre aurait (enfin) le goût de l’enfance et du sourire…

 

 

Un vent brut – sauvage – dépouillé de toute ambition et de toute mémoire – affranchi du rêve et du désir – nu en quelque sorte – qui gifle le monde et les visages – et secoue les âmes – pour leur révéler ce qui se cache derrière le pire, les masques et les mensonges ; ce plus précieux – toujours – à notre portée…

 

 

Ciel, monde et mort. Et toutes ces naissances soumises à la marche et à la pesanteur. Et ce gris dans l’œil confiné à l’attente. Bouches frémissantes dans les rumeurs du temps et la légende des Dieux. Mains ouvertes à ce qui roule et s’avance – aux destins et aux âmes qui frissonnent dans la nuit – à cet étonnement dans l’haleine des hommes éclairés par le souffle, si faible, des étoiles. A quelques encablures seulement de ces profondeurs incertaines – de ce lieu si vague – si imprécis – où le monde, le ciel et la mort s’unissent en un seul visage qui nous est plus familier que le nôtre – si apparent et trompeur…

 

 

La boue, les cimes, l’immensité. Un monde, des abîmes. Et le silence où tout vacille – jusqu’à la peur – jusqu’à la souffrance – jusqu’à notre désir de délivrance…

 

 

Aux sources de l’attente – aux sources des élans – aux sources de tous les souffles créés par le monde – cette combinaison de matière et de ciel – demeure une arche haute – immense – indicible – aux portes de chaque visage. Dans l’âme des êtres et des choses. Au croisement de tous les chemins empruntés par tous les croyants et les indécis – par tous les sages et les imbéciles…

 

 

Une route – et mille chemins. Et ces chants pour atténuer l’attente – raviver l’espoir de rencontres nouvelles – agrémenter la routine et bouleverser les habitudes – et défier, peut-être, la certitude de nos vies plus ou moins errantes – plus ou moins ferventes – souffrantes au milieu des mirages et des promesses – impatientes de voir s’approcher un ciel tardif et lointain – et, sans doute, inéluctable…

 

*

 

La beauté – et la préciosité – du monde et des initiatives humaines – antagonistes si souvent – qui forgent, malgré elles, l’avenir de tous. Comme une immense chorégraphie où chaque danseur contribue à l’équilibre – fragile toujours – de l’ensemble en mouvement…

 

*

 

Jaillissements, grincements et effacements sur les graviers. Plongeons dans le noir des abîmes. Et, en attente, ces vies à cloche-pied sur ce qu’il reste de désir et de sang…

 

 

Une pierre, un arbre, un visage – et cet élan trop timide pour oser pénétrer le sol jusqu’aux racines où se terre l’origine du monde…

 

 

Nous-mêmes dans le progrès – maltraitants et maltraités avec les outils façonnés par nos propres mains – agissantes – et dociles aux injonctions du monde – soumises à son ambition – et à sa puissance incontrôlable. Esclaves, en somme, d’une inévitable atrocité…

 

 

Nous travaillons – la tête baissée – dans l’habitude d’un même désir – inchangé – et indétrônable sans doute ; celui que l’on espère voir se réaliser – les mains plongées dans le labeur – et qui, pourtant, ne s’accomplira ni par l’effort, ni par la volonté…

 

 

A mi-parcours toujours entre ce qui vient et ce qui a été abandonné – sans même jouir de l’instant qui s’achève…

 

 

Dérives altières – caresses perdues. Et cet Amour amputé par le désir – encerclé par nos bras trop proches du reflet des étoiles – pour briller sur la terre…

 

 

A quand la beauté et la lumière… A quand la fin du mystère – et le silence dans la continuité des élans…

 

 

Un dedans orageux – un chemin incertain – et des vies multiples – autant que nos visages. Pris par le rythme fou des tambours percutés par les mains – par les pieds – qui cherchent une issue ordinaire. Et immobiles plus que tout dans la vérité changeante – insaisissable – crucifiée au milieu des fronts – entre les tempes – partout où les rêves demeurent vivaces…

 

 

Terre, pluie, prières. Et le même chant dédié aux Dieux et aux étoiles pour susciter la certitude et l’abondance…

 

 

Partout, la prétention – et la perpétuation, si tenace, des mensonges. Le regain des jours et du désir. La parole affranchie de toute volonté – de toute expertise. Et ce dédain à l’égard de l’Amour, de l’histoire et de la mort. La vie, les choses et le monde sans cesse réinventés…

 

 

Merveilles en lambeaux – espoir réaffermi dans son illusion. Perte encore. Chemin et effacement toujours. La marche et les croyances tenaces. Et un rire immense – presque saugrenu – derrière les miroirs et les reflets. Et la vérité – éclatante – au-dedans d’un monde malade – voué à l’habitude et aux répétitions – inguérissable sans doute…

 

 

Un espace, un cri, une vérité peut-être – inaudible depuis ces rives trop bruyantes…

 

 

Un baiser – une caresse – offerts à la somnolence. Un silence – l’éternité – invisibles dans ces milliards de gestes trop adorateurs du monde…

 

 

Absence et froid au cœur des foyers. Illusion et danses autour d’un feu qui, peut-être, abrite la vérité. Cercles concentriques au noyau inaccessible. Doutes, peurs et chemins jusqu’au seuil où s’élève le plus déroutant. La magie des pierres et les reflets du temps. Une pause et un poème – un peu de répit pour l’immonde – l’atroce – qui arpente nos profondeurs – et invite nos mains (consentantes) à arracher les viscères pour les porter à la bouche des victimes et des bourreaux. Le voyage et la mort en signes – et en évidence – récurrents comme les siècles dans lesquels s’attardent (trop longuement) les hommes…

 

 

Quelque chose – comme une légèreté – se tient dans notre obstination. Un regard – toujours entre deux âges – entre le rire et la maladresse. Une peau, peut-être, que l’on porterait à l’envers de notre misère – à l’envers de notre destin…

 

 

Abandonné par les arbres, les visages et le silence – quelque chose – une relique sans doute – s’offre à la solitude ; l’eau acrobate et l’urne des secrets peut-être…

 

 

Le visage prosterné qui, autrefois, rêvait d’apprivoiser tous les soleils cachés au fond du sommeil – cette forme de réel atrophié – amputé par l’attente et le désir…

Accroupi, à présent, pour recevoir l’obole – la paix promise – le cœur de toutes les époques – la clé de tous les déguisements – ce que nous cherchions vainement dans les eaux troubles du monde…

Un mélange de grâce et d’incertitude. Comme un manteau de joie et de silence par-dessus nos guenilles…

 

 

L’allégresse de la solitude affranchie des blessures et de l’exil. Comme un chemin – un écart peut-être – entre le rêve et l’angoisse…

La distance nécessaire avec l’ombre pour offrir à l’espace le peu qu’il nous reste – le peu qui a survécu aux grands chamboulements de la traversée. La soustraction de tous les possibles pour célébrer le réel – et lui restituer sa place – son envergure – et sa fonction au sein d’un monde que seuls les rêves et les mythes inspirent…

 

 

Impassible – immense – le regard sur les joutes, les jeux et les confidences. Sensible, pourtant, à l’impudeur des témoignages, aux épreuves et à l’ampleur de l’expérience. Acquiesçant à tous les rires et à toutes les sueurs. Et heureux de se voir, parfois, invité à la dernière heure…

 

 

L’incessant recommencement de toute chose – livrée aux menaces, aux périls, aux épreuves – hantée par ses rêves et sa (propre) fin. Idolâtre, malgré elle, d’une aube mystérieuse – inconnue – flottante, peut-être, au milieu du monde et des pas – sur tous les visages – et dans le sable même sur lequel tout se bâtit…

 

 

Dans l’ombre d’un rien – silencieusement – tout s’écoule…

 

 

Et ces hommes qui, comme les poètes, cherchent leur destin dans le silence de l’âme et des pages. Titubant – ivres du même sommeil – ivres du même soleil. Epuisés par les rêves et les rumeurs d’un monde trop prévisible. Marchant inlassablement vers ce lieu – vers cet ailleurs – en eux-mêmes. Défiant le temps, les mirages et l’illusion – entre délires parfois et insomnie. Obsédés par la même quête – fascinés par la même lumière – cheminant vers l’abandon et l’effacement – pour découvrir, un jour peut-être, la beauté de l’éphémère – et la grâce de l’éternité – dissimulé(e)s au cœur de l’innocence…

 

 

L’humilité et l’innocence aujourd’hui. Et demain qu’adviendra-t-il ? Aurons-nous la sagesse de nous effacer plus encore…

 

 

Souffle, vécu, expérience. Le même rêve qui – lentement – nous emporte vers la mort…

 

 

Une larme, parfois encore, coule sur notre joue – et se glisse entre les lignes pour dire la beauté de tout apprivoisement – et la beauté de toute liberté – réunis, après mille danses, en un seul mot – en un seul silence…

 

*

 

La parole et l’esprit trop doux – et trop fiers – ne peuvent dire l’orage des vies – ni résoudre le mystère. Pas davantage qu’ils ne peuvent révéler le secret qui se cache au fond de chaque goutte de pluie…

 

*

 

Dans la houle permanente du renouveau, du prolongement et de la finitude. Le couperet, bien en évidence, au-dessus des têtes. Voués à la vague autant qu’à la grève. L’écume, l’horizon et l’océan comme seuls appuis – et seuls refuges. Et le silence où viennent mourir tous les cris et les échos…

La goutte et l’infini, en somme, réunis pour le même voyage…

 

 

Ailes, caresses, arrachements. Livrés au sang et à la faim – à ce qui respire autant qu’à ce qui s’élève au-dessus du monde – au-delà des étoiles et des horizons – parmi les reflets si changeants des siècles. Comme des destins d’occasion – recyclés mille fois déjà – qui serpentent entre les rives et les rêves pour parfaire les gestes et parvenir au bout de chaque traversée…

 

 

Epaules et têtes nues – chair décharnée – criblées de flèches et de souvenirs – au ras d’un sol déjà mille fois parcouru – à l’itinéraire invalidé par mille exploits et mille dérisions. Inaptes au franchissement des siècles et du temps. Sacrifiés, en somme, sur l’autel des vivants…

 

*

 

A quoi rêvent les fleurs ? Et à quels désirs se soumettent les pierres ? A-t-on déjà vu l’Amour transcender les hommes – et la haine semer l’innocence sur les chemins ? Serions-nous donc coincés entre l’illusion et la raison pour ignorer ces questions – et ne pouvoir y répondre…

 

*

 

La vie évoque les saisons et la multitude. Et la solitude, la mort et le désert. Et, pourtant, les hommes et les fleurs se glissent partout – dans toutes les danses du monde – et sous tous les soleils de la terre…

 

 

Mille mains – mille gestes – mille bouches – mille mots. Et un seul visage – un seul regard pour tout contempler…

 

 

Tout brûle – et s’évapore – en ce monde. Les souffles et les rumeurs – les jeux et les supplices – le sable et les horizons – les existences et les légendes – et jusqu’à la promesse de tous les Dieux…

 

 

Un puits où jeter les rêves, les offrandes et les ancêtres. Un trou où enterrer les vivants, les souvenirs et quelques cris encore tenaces. Un fil sur lequel danser pour échapper à la mort assise de tous les côtés – et s’avancer, l’âme innocente, dans la gueule du monde – dans la gueule des siècles – dans la gueule du temps – dévoués enfin (presque tout entiers) à la vocation de l’homme…

 

 

Loin – asphyxiée – cette obole d’autrefois – offerte par des mains tremblantes – trop suppliantes, peut-être, pour s’affranchir de la peur et des promesses lancées par un Dieu inventé par les hommes…

A présent, nous demeurons silencieux – mains jointes, parfois, devant la grâce et la rudesse. Nuit tournée dans tous les sens, puis inversée – et qui laissa, un jour, jaillir la lumière. La passion rongée, peu à peu, par l’errance. La faim convertie en solitude. Le monde défait comme un continent inutile. Acquiesçant à toutes les tournures et à toutes les chutes. Seul et vivant dans le presque mourir, dans l’incertitude et le plus sacré du vivre. Au bout d’un chemin peut-être – au croisement de la fleur et du poème – entre quelques flammes et quelques blessures anciennes – dans le vertige et la célébration de ce qui respire. Né peut-être enfin à nous-même…

 

 

Choses vues à travers l’alphabet – et quelques expériences aussi rebutantes que déroutantes. Des visages et des défilés. La profusion de la chair dans l’intimité du secret. La confusion et l’arrogance. La bêtise, les ombres et la guerre – prétextes à tous les acharnements. Le monde et les chemins. La vie qui va, la vie qui vient. Des fenêtres ouvertes sur la mort. Et le désir de l’au-delà dans tous les recoins de l’âme. La visite des Dieux. Mille livres et mille poèmes. Le ciel sans voix devant l’ignorance. Et l’infime sans éclat devant l’infini et le silence. Ce qui arrive – ce qui passe – et ce qui s’efface. La poursuite des jours, la nuit et la lumière. Et cette peur si animale – et cet espoir si humain. Les os que l’on enterre et qu’on laisse pourrir dans tous les charniers. Des caresses, des symboles et des mensonges. Bref, tout l’attirail des hommes face à l’angoisse et à l’indéchiffrable…

 

 

Dans ce pays de silence où tout s’accueille…

Et cette voix truculente qui cherche sa sente dans l’économie du langage…

 

*

 

Ce fut la lutte – puis l’exacte place des bras. Ce fut la langue – mille mots de braise – mille mots d’éclat – puis le silence. Ce fut l’enfance – longue – interminable – puis la sagesse de tout quitter. Ce fut la bête avant de devenir l’homme…

Ce fut le vent – et ce fut la faim – puis, au bout du siècle, la fouille et le chagrin. Ce fut la marche – la fuite – puis l’assise, toujours incertaine, sur le bleu si imprévisible du ciel. Ce fut la vie (notre vie) – puis la fin du souffle. Ce fut notre voyage vers l’infini…

Bien peu de chose(s), en somme…

 

*

 

Que connaissons-nous du monde ? Que connaissons-nous des foules ? Et que connaissons-nous du désir et de l’importance d’être un homme ?

 

 

Quelques confidences en guise d’aveu. Quelques mots – quelques lignes peut-être – sans réelle envergure. Le témoignage d’un emploi – et d’une place – peut-être sans équivalent. L’honnêteté et la franchise d’une fouille et d’un chemin – confrontés aux petits aléas de l’existence. Ni plus ni moins la vie de n’importe quel homme…

 

 

Le simple – le plus simple – à la lisière du dicible – présent, en nous, comme le seul désir – comme la seule promesse – sans autre raison que d’être là – existant au fond de la complexité et des complications – apparentes…

 

 

Enfant, nous étions là déjà – la bouche hébétée et le cœur chagrin – chaviré par tant de danses. Assis dans cette torpeur – et cette incompréhension du monde et du voyage. Inconsolable à jamais – sans doute…

 

 

L’usure du monde et l’utile des choses. Tant de nécessités façonnent la terre, les hommes et les siècles. A parts égales, peut-être, avec le mystère…

 

 

Un peu de brume sur l’écume. L’aveuglement sur le presque rien des vies – dans le presque rien des têtes – plongées au milieu du feu et de l’océan – où le vent n’est qu’un rêve pour rejoindre l’autre versant du monde – l’autre versant du temps…

 

 

Quelques feuilles – quelques poèmes – posés là sur les pierres – insensibles au langage – destiné(e)s aux édifices de l’homme…

Des chantiers partout sur la terre – comme un jeu – le simulacre d’une grandeur – le symbole d’un peuple érigeant sa gloire et sa légende. L’envahissement et la colonisation portés par les rêves – et l’ambition de l’or. Le mythe de la liberté. L’œuvre de la déraison et de milliards de fantômes trop fertiles – et trop peu sages – pour savoir associer l’être, l’existence et le devenir. Le prolongement du labeur des anciens. La continuité de l’histoire. Quelques chimères pour défier la mort. La construction des ruines prochaines – et l’émergence, bientôt, d’une nouvelle apocalypse – dans le cycle sans fin des recombinaisons…

 

 

Des chemins, des larmes, des abandons. Les hauts lieux du rêve et de la misère. Et quelques têtes dressées au-dessus des mirages pour contempler le désastre et révéler l’inutilité des luttes et des résistances – passives, en somme, au milieu des combats – comme figées par la puissance et la vanité de tous les élans…

 

 

Profil bas devant les pentes où roulent les pierres, les crânes et la folie – le sang, les ombres et les poèmes. Muet face au labeur des hommes et des astres où le hasard a, peu à peu, été refoulé. Désengagé de l’œuvre en cours, tête et mains, pourtant posées entre les enclumes et les marteaux. L’âme rétive et l’esprit forcé à l’acquiescement. Ici – et, sans doute, déjà ailleurs – en surplomb du monde qui, depuis toujours, tourne en rond…

 

 

Errances – partout – et tentatives. Sous l’emprise des rêves et des désirs. Au fond d’un sommeil. Au fond d’un trou. Sur une corde où dansent mille silhouettes et mille fantômes. Sous les étoiles – immergés – dans le règne des créances et des dettes – avec l’abondance et le progrès que l’on agite sous le nez des peuples à peine sortis des cavernes – à peine sortis de l’enfance – dont les bras bêchent encore la terre et dont les yeux, parfois, se penchent sur quelques livres mais dont les pieds avancent toujours avec maladresse sur tous les chemins de l’infortune

Et, pourtant, comme chacun, nous vivons et agissons – happés par les inéluctables nécessités du vivre. Et, comme tous les autres, nous participons à la marche inexorable du monde – dans la croyance, parfois, d’une vague utilité – et sans même pouvoir échapper à quelques illusions et à un peu d’arrogance et de vanité. Fidèle, en somme, à la condition de l’homme – et loyal envers ce qui, dans notre vie, œuvre à notre insu…

 

 

Incapable de vivre sans livre, sans arbre, sans poésie – sans chien(s), sans écrire ni marcher quotidiennement dans les collines. Incapable de vivre sans le sacre journalier (presque permanent) de l’ordinaire. Et incapable, bien sûr, de vivre au milieu du monde, des hommes et du plus commun…

 

 

Un cœur – une sensibilité pure – en résonance avec tout ce qui bouge et respire – et crucifié(e) encore si souvent…

 

 

Pourrissant déjà, tout élan – vers l’or – vers le mystère – essoufflé avant d’atteindre sa destination. Il faudrait renoncer au but – et s’appliquer davantage à fouiller le pas – chacun des pas – qui abrite ce que nous cherchons ; le silence, la paix et la joie – hors du monde – hors du temps…

 

 

Hymne à l’errance, à l’ardeur, aux cibles et aux flèches – aux mensonges – aux chiens fous de l’ignorance – bave aux lèvres et babines retroussées – prêts à mordre pour protéger quelques chimères. Hymne aux mains plongées dans les gueules – dans le feu – parées aux attaques. Et à tous ces yeux qui répandent la haine. Et à l’apesanteur (si souveraine) de l’immobilité qui règne au-dessus des atrocités – et au-dedans de chacune d’elle (pour celui qui sait voir)…

 

 

Des hauts, des bas et des travers. Et ces horloges dans les têtes qui précipitent le temps. Les circuits et les parcours – tous les cycles, tantôt longs, tantôt courts. La faim – toutes les faims – qui traversent les jours et enjambent les rivières gorgées toujours de pluie, de sang et de larmes. La marche des mondes – la démarche des fous. Et ce poids insensé sur les épaules. Le sommeil, les croix et la vérité. Dieu, les hommes et les arbres. Les bêtes – tout le bétail – les peuples – tous ces troupeaux que l’on mène vers la mort…

 

 

Enchevêtrées de rêves et d’éclats, ces âmes frondeuses qui parcourent la terre en prêtant le flanc à tous les combats – et qui dressent la tête dans toutes les épreuves – cherchant le pain, la lune et la paix sur tous les chemins – et au cœur déjà mille fois brisé par l’horizon…

 

 

Un souffle encore – et mille choses à goûter, à défendre, à répandre pour se donner l’illusion d’exister…

Ce qui bouge – serpente et gesticule – au milieu des eaux…

 

 

Un goût d’ailleurs – un précipice. Le temps, en nous, célébré comme l’or du monde. Le sommeil, la blancheur des âmes et la mort ; ce que nous révélera, plus tard, la vérité – entre rires et sanglots…

 

 

Marche encore – vertige entre l’écume et la braise – poussés par le vent, le désir et le rêve. Inconscients des ombres à nos côtés. Offrant un peu de folie à l’habitude – à la routine. Ligotés à tous les possibles et à toutes les infortunes. Encore vivants – à genoux – debout parfois – entre ces murs – en ce lieu où nous ne sommes personne…

 

 

Un jeu, un songe. Et entre les lignes, un instant de clarté. Et un rire pour ne pas trop désespérer du déséquilibre – et de la chute prochaine – inévitables…

 

 

On peut tout redouter sans voir, en nous, le seul péril. On peut chanter à s’en arracher la gorge sans découvrir – partout – la justesse du silence – et l’exactitude de la faim promise à l’assouvissement. La clé perdue au milieu des épines, de la fièvre et des disgrâces – et la mort de tous ceux qui auront essayé…

 

 

Le sommeil, la terre et la faiblesse des cris. L’ardeur des poings fermés, l’écrasement de la terre et la révolte vaine des peuples soumis. Un ciel, des souffrances. Et le témoin – sans charge – des morts et des survivants qui peinent depuis toujours sous la pluie – au milieu des chants – dans la douleur d’exister…

 

 

Devenir simple regard – simple présence – parmi les herbes et les civilisations grandissantes et déclinantes – la source de tous les courants où glissent le monde et les pas. Le silence qui accueille les cris et les chants. L’origine – et le plus humble sur lequel pousse l’abondance. Quelque chose comme une joie – pour vivre au milieu de la tristesse et des vivants…

 

1 août 2018

Carnet n°157 La beauté, le silence, le plus simple et le lieu de la rencontre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Ce qui descend – de la gloire au sacrifice – de la rumeur au silence – de l'étoile au monde – pour confier ses rêves – et sa traque – à la route qui mène au centre de tous les lieux... 

Des lignes. Un poème. Comme un cri. Comme un chant offert au silence et à la beauté. Comme le prolongement du borborygme des illettrés…

 

 

Ce qui vient – ce qui va – le mirage de toute vie – de toute parole…

 

 

Tout en rafale – tout en chagrin – ce qui passe en éclair dans cette folie et ce sommeil…

 

 

Paroles encore – si dérisoires – dans les têtes – sur le monde et l’anathème…

 

 

La détresse à son comble. Et cette joie au milieu des éboulis…

 

 

Enracinés, malgré nous, à la même histoire – aussi vieille que les tribulations du monde…

Et l’aube, toujours balbutiante, sur ces pierres qui ont vu naître (et mourir) tant d’élans…

Et ce silence au milieu de notre boiterie, entre deux pas immuables – entre deux incendies…

 

 

Nous voyageons au cœur d’une démarche – inespérée à bien des égards. Foulées tendues vers le seul lieu vivant – perdu au milieu de l’absurde et du plus machinal…

 

 

Des sillons et un peu d’écume. Le poids du voyage et la trame du monde à traverser. Et l’âme escortant tous les convois qui s’égarent sur les routes…

 

 

Tout veille – et s’éveille au moindre désir. Les pas sont lancés vers l’horizon. Et les élans ravivent les prières et le feu. La marche devient fournaise. Et la fouille, le lieu de l’enivrement de ses propres conquêtes…

 

 

Des cérémonies et des accouplements pour que le monde poursuive sa danse…

Et nul endroit où poser l’interrogation et le mystère qui nous délivreraient (pourtant) de ces pas esquissés dans la nuit…

 

 

Des assauts – et des versants à gravir – sans connaître l’étendue sur laquelle tout s’écarte de son centre pour allumer aux frontières de petits feux sans envergure…

 

 

L’étouffement est le premier pas pour échapper à la certitude. Puis au doute se mêle le rêve de l’accomplissement. La disgrâce alors devient sensée – presque acceptable. La fouille et le voyage peuvent alors commencer…

 

 

L’émoi des premières fois – ressuscité par le rire et l’innocence – ces vertus si familières des sages…

 

 

Nous célébrons l’interrogation comme la seule promesse de délivrance – la seule nécessité pour s’affranchir du hasard et de cette brume où sont enfermés les yeux…

 

 

Un regard – un mystère à percer – pour découvrir le sens – et l’origine – du monde et du silence. Et l’Amour comme seule ligne de fuite à l’indifférence…

 

 

Longtemps l’imaginaire demeure – enserré par ses murailles. Comme un rempart à l’histoire qui se joue dans le monde et à l’intérieur. Une manière de vivre hors du plus simple – au milieu de cette jetée encerclée par la perte et la mort…

 

 

Un souffle – un éclat – un corps peut-être – à jeter dans la bataille pour remonter le fil de l’histoire – et apaiser l’ardeur du langage dans sa folie à tout nommer – à tout décrire…

 

 

Quelque chose – une entaille peut-être – comme l’inventaire des absences pour défaire le monde devenu spectacle – et étourdir ce déficit de lumière…

 

 

Eléments d’une description – de la mutation du temps. Le sable – le même soutien – dans la fausse résolution de l’illusoire. Et le théâtre de l’abandon où tout s’échine à revenir…

 

 

Le monde avec ses tours et ses crépuscules. Avec ses ombres et ses rochers. La terre des remparts et des soldats – avec leurs devoirs et leurs sacrifices. Et la mort en vagues successives qui frappe les jeux et les joueurs. La folie répugnante des préférences. Quelque chose au goût de suicide. Et le cœur si mal armé encore pour faire face aux assaillants intérieurs…

 

 

Solitaires les larmes – autant que le silence…

 

 

Présence éparse dans les rythmes du monde – et ce regard sur fond d’innocence qui, lentement, s’adapte à la folie – à l’enfer des cadences…

 

 

Dispersé autant que les danses – et ces âmes à la bouche sombre – le ciel qui nous fait croire à la multitude…

 

 

Un gouffre – une gloire – en alternance sous un ciel encore trop étoilé…

 

 

Et ces heures si noires qui abreuvent tant de soifs. Comment dire aux hommes à quel astre confier leur colère et leur effroi…

 

 

L’ombre – hospice d’une douleur aux yeux bandés où le crime et l’horreur deviennent le pouls et le pas nécessaires à la conquête…

Pauvres hommes, en vérité, qui prêtent le flanc à tous les contraires…

 

 

Emportée ici et là – soulevée quelques fois – cette tendresse écorchée par les mains des monstres retranchés derrière leur fausse identité…

 

 

Ni grève, ni sommeil. Les ténèbres de la terre. Et la pesanteur des cœurs trop révoltés. Le désir et la lassitude. Et ce qui se dérobe jusque dans la tombe…

 

 

A genoux – l’âme trop fidèle pour se rompre. Entre saut et douleur. Au côté de l’Amour…

 

 

Sang presque résigné à se répandre. Le visage penché – à flanc de colline – sur ces coteaux où vient se refléter la lune – avec le miroir des gémissements en guise de prière…

 

 

Tout est rouge dans les sanglots, les fuites et les pugilats. Et tout tient lieu de merveille tant que la misère nous est étrangère…

 

 

Sur un fil que le vent tend et balance. Et cet entrain à bâtir sur le sable et les cendres prochaines. Et ces pas qui se hâtent pour défier – et désavouer – le temps.

Bientôt l’hiver, bientôt l’été. Et les mêmes habitudes – et le même accablement à la fin des saisons. Dieu et la mort pesant de tout leur poids dans la balance…

 

 

Eraflés – à l’envers – cette racine – ce sourire – que nous n’attendons plus – devenus miettes de ciel au milieu des ombres et du sommeil…

 

 

La paix – l’invisible – la prière et le monde. Et ce jour brûlant, tel un feu – une sentinelle postée sur ces chemins que nul n’emprunte plus depuis bien longtemps – excepté quelques visages lassés par le règne de l’absence et la folie…

 

 

Portés comme la mort – comme l’enfance – ce besoin d’aveu et de confidences – et cette ardeur à résoudre le mystère. Ce que chacun respire au milieu des vivants – cette part d’éternité confiée au plus secret comme au plus infantile…

 

 

Pionniers de l’inexistence – d’un souffle que nul ne peut nommer. Un vent – une folie – sur l’herbe rouge où survivent les voyageurs – toutes ces folles équipées angoissées à l’idée de la tombe qui viendra clore toutes leurs tentatives…

 

 

Le cœur, la mort, l’Amour – et ces notes qui jubilent au moindre signe de reconnaissance. Comme le jour qui monte à la verticale du monde…

 

 

La vie – la mort – tournant à contre-sens des idées dans ces trous trop étroits pour les accueillir. Mains, têtes et ventres agrippés à la moindre aspérité – à la moindre explication. Tenus en laisse, en vérité, par le rêve et l’espoir – et le parfum si grisant de la nécessité…

 

 

Nous travaillons, comme la nuit, assis sur le plus éphémère – et la gorge criante au-dessus des ravins. Dans le désir d’une rencontre qui nous sauverait de l’obscurité…

 

 

Déchiré par tout ce qui aspire et délivre. Un pas ici depuis toujours et l’autre, quelque part – mal assuré – qui exalte la fièvre de l’ailleurs…

 

 

Nous attendons – sans écho – sans lumière – un passage vers l’autre rive. Pieds et traits dans la nuit – et l’aube déjà en bandoulière…

 

 

Ce qui respire – ce qui monte – un souvenir – une enfance – l’hiver peut-être – la ferveur d’un autre horizon – le souffle tendu vers le poème. Vivant, en somme, à l’égal de tous nos frères…

 

 

Ici, la rencontre avec l’assise incertaine. De déambulation en dérive – entre le rêve et l’épaisseur du temps – entre l’être et l’enfer. Dans le théâtre des illusions. Blessé – de flagellation en attente. Une fuite – une dérive peut-être – vers cet Amour recouvert de sommeil…

 

 

Des fleurs, un livre. Un ciel plus attendri. Un destin affranchi de la fouille. Quelque chose de plus ouvert – comme une permanence – une présence – qui demeure malgré le passage des jours et des saisons…

 

 

Devant nous, rien – peut-être les signes d’un monde ancien – l’hiver à notre porte. Le noir et l’enfer. Et le retour des vents légendaires. Mille petites choses, en somme, aux allures de fantôme…

 

 

Tout devient juste (si juste) derrière les images. La voix, comme la mémoire, est intacte – mais le temps a subi une légère inflexion – et révèle ce qui s’habite loin des mirages et du hasard. Comme une profondeur, peut-être, pour accentuer la solitude et l’innocence…

 

 

La sagesse – et le plus vaste du monde – cachés sous la rouille et le mensonge – au creux des gestes qui se livrent, d’une égale façon, à l’habitude et aux forces nouvelles – au cœur de cette perspective première dissimulée depuis toujours sous l’automatisme et la prière…

 

 

Nous aimons le bleu, les cendres et l’âme. Les pierres tachées de semence et de désir. La ronde des saisons et le centre du temps enfoui dans les profondeurs.

Nous aimons le silence, les visages, la pluie et les forêts – et ces chants, au loin, qui montent de la première aube. La langue poétique des livres posés à nos côtés. La vie simple, en somme – et la solitude nécessaire aux rencontres…

 

 

Nous comptons sur l’or autant que sur la chance offerte par les étoiles au détriment de l’étreinte qui nécessite un regard – une attention. Nous privilégions le murmure et la compagnie au détriment de l’espace et de l’accueil. Nous préférons l’écho et la musique au fond des poitrines qui, presque toujours, avilissent le silence et la beauté.

Nous sommes nés pour le feu plutôt que pour l’accord et l’entente…

 

 

Des passions – mille passions – et la répétition des gestes pour retenir ce léger bruissement des rêves à l’horizon…

 

 

Les fleurs encore invisibles de l’ Amour enraciné(es) au plus profond de cette terre – dont nous sommes à la fois composés et (presque entièrement) séparés

 

 

Donner sens – puis grâce – à ce profil couché sur le néant – au plus près de cet Absolu qui se courbe pour se laisser toucher…

 

 

Le centre unique du jour et du plus sombre. L’essentiel au-delà des murs qui empêchent le regard et la rencontre…

 

 

Nous franchissons avec trop d’allégresse – et de ferveur – ce qui nous maintient séparés – ce désir de lenteur entre les tempes. Quelque chose aux allures d’immensité…

 

 

Ballottés au cœur du monde – au cœur du poème – là où les vents dessinent une direction, mille chemins et mille précipices. Une forme de vide, en somme, que nous prenons pour un voyage…

 

 

L’écho – la lumière – quelque chose de plus tendre que ces abris de pierre. Un battement de paupières – l’envol de l’âme peut-être – qui sait ? – au milieu de la nuit et de cette écume trop blanche et trop amère…

 

 

Le regard, par degrés, dans l’épaisseur de l’esprit. Et le silence dans l’opacité du langage. Ce qui se dévoile à l’envers du temps – à rebours des siècles. Le mouvement du monde – le lieu de toute rencontre…

 

 

Nous célébrons la feuille autant que le chant, un peu fou, qui émerge de la nuit. La vie et notre manière – si inassouvie et si bancale – de nous y tenir. Le monde et la voie qui se révèle entre les lignes du poème…

 

 

La beauté de l’hiver – presque monstrueuse – au côté du silence – qui détonne si radicalement avec tous ces restes d’exubérance…

 

 

Les mots ne changent rien ; ils donnent à voir – et creusent dans les yeux le regard nécessaire au silence et à la beauté…

 

 

La joie n’est rien sans l’accueil et le partage de la douleur – sans l’étreinte des visages encore assoiffés…

 

 

Une esquisse abandonnée à la mémoire – au regard. Et quelques règles désapprouvées par le chaos. Un carnet où seul se perpétue ce qui jamais ne pourra se dire…

 

 

Douleur et silence – éternels. Et cette nuit qui gangrène autant qu’elle porte de fruits. Le sang, le bruit et la blessure sous l’immobilité et la cendre. Puis, vient l’embrasement de l’esprit – avec quelques fleurs survivantes – et un peu de charbon – dans nos mains incorrigibles – et notre ardeur inépuisable…

 

 

Sève, saison, semence. Puis, très vite, le sang, la buée et le songe. Et l’Amour – à jamais innocent – assassiné…

Comme un interminable prélude entre les larmes et le miroir…

 

 

Ce qui descend – de la gloire au sacrifice – de la rumeur au silence – de l’étoile au monde – pour confier ses rêves – et sa traque – à la route qui mène au centre de tous les lieux…

 

 

Tout jouit de notre éclat. Le feu, l’herbe, le verbe et la lumière. Ce qui se résout à vivre entre la présence et la pierre…

 

 

Des lignes. Un poème. Comme un cri. Comme un chant offert au silence et à la beauté. Comme le prolongement du borborygme des illettrés…

 

 

Partout – l’indéchiffrable et la faux – et mille signes – et autant de routes – à connaître et à apprivoiser. Et un écart à remplir entre le silence et la blessure…

 

 

Homme-oiseau – homme-Dieu – à l’âme sentinelle. Hors du creuset des habitudes et des épreuves coutumières qui obstruent le passage du possible…

 

 

Nous vivons entourés de mille frontières – repliés sur nous-mêmes. Allant d’alliance en rupture vers la source du feu – vers la source du temps – vers l’origine qui enfanta le sang, les moissons et le langage – et la nécessité du rassemblement…

 

 

Un jour, poussière – et un autre, destin. Et cette fatigue qui se prolonge sous les masques, le sommeil et la plainte. Et cette lune sur le seuil qui emplit l’espace de trop de rêves et d’espoir…

 

 

Quelque chose, parfois, se resserre. Tantôt l’appel des gouffres, tantôt la main géante d’une étoile. Prisonniers, en quelque sorte, de l’ombre – entre le noir et l’invisible…

 

 

Des rêves et des visages indifférents. Et tous ces livres – tous ces poèmes – qui tiennent lieu de promesse. Comme la main lointaine d’une aurore inabordable…

 

 

Une enfance – comme le reflet d’un ailleurs posé entre la nuit et le sommeil – au milieu des miroirs et du sang – et au cœur de cette semence qui jaillit comme un miracle…

 

 

Nous démêlons l’étreinte dans ce qui dort – le parfum du jour dans l’odeur, si âcre, de la mort – et l’innocence dans ce monde taché de trop de sang…

 

 

Une lampe – une lueur – une immobilité – une candeur – fragiles dans l’époque si sombre – si tourmentée – si féroce – où tout apparaît et se retire d’un claquement de doigts – et où les visages n’aiment que le jour artificiel et les faux soleils – toutes les splendeurs du néant…

 

 

Des saisons entre le jour et la nuit – dans ce gris qui ressemble tant à l’hiver et à la mort…

 

 

Ce qui donne naissance au sang et au soleil – cette ferveur triomphale – dont nous ne faisons usage qu’à des fins de domination sans compter ni les blessures, ni les souffrances…

 

 

Aire et chemin d’une seule joie – d’une seule lumière – où vient s’abreuver tout ce qui meurt – et tout ce qui respire encore…

 

 

Un peu de néant – porté aux nues – comme une torche grise sur les cendres – qui éclaire à peine les pas – et qui ne laisse que quelques empreintes sales sur cette terre noire – penchée – meurtrie – au bord de l’asphyxie…

 

 

Tout s’arrache comme les aveux de la dernière heure. Supplicié sur sa potence – nuque brisée et front en sueur. Et ces taches de sang dans la poussière. Et la promesse, autrefois, d’un accord – rompu par ceux qui livrent le monde au hasard – et les destins à l’impuissance et à la colère.

Tout s’irrite, pourtant, sous les blessures et l’air devenu irrespirable…

 

 

Nous offrons notre ivresse au monde qui récuse la liberté. Nous fécondons le désir de l’éphémère pour célébrer ce qui ne peut durer. Nous moissonnons l’impensable pour le livrer à ceux qui espèrent et se tordent sous leurs prières. Nous ouvrons les cages – et lançons mille paroles pour célébrer le possible et tous les recommencements…

Et les hommes, en guise de remerciement, nous jettent quelques pierres…

 

 

Exilés partout de leur propre chemin. Des pas et des dérives pour exhorter les Dieux à dessiner une issue – à combler le manque – et à relancer la question, mille fois posée, dans l’espoir de façonner un monde et une vie moins âpres…

 

 

Tristesse encore au-dessus des cortèges – comme un ange brunâtre qui survole les malheurs et le hasard – et tous ces fils de la douleur qui survivent à peine à toutes les pertes que leur infligent le monde et ses légendes…

 

 

Une poignée de jours encore pour reprendre le vieux refrain du monde – la folle litanie des hommes – avant de mourir avec, sur les lèvres, cette atroce grimace de l’incompréhension…

 

 

Nous ici – décrétant la fin des lois – le règne du vent et des chevelures entremêlées soucieuses d’ivresse et de fortune. Le monde aux morceaux recollés – réunis – et l’Amour retrouvé en nos mains agiles – en nos gestes justes – qui rehaussent ce qui a été mille fois brisé et éparpillé…

 

 

Le plus beau silence – et la plus haute joie – une fois tous les chemins parcourus et toutes les faims assouvies…

 

 

Toute la douleur des hommes dans ces pages. Et tout ce qui est permis – au-delà du tolérable. Et ce qui contemple le possible – l’absurdité, les délires et la joie. Toutes les extravagances – jusqu’aux moins autorisées. Et l’impensable aussi. Comme les marques de notre misère, de notre chance – et de notre rêve commun…

 

 

Assis – seul – dans le merveilleux des jours et l’enseignement du plus infime. A notre place – dans le monde et ce vide si méconnu…

 

 

Et ces armées de lettres – et ces assemblées de mots – muettes devant la profondeur et l’intrépidité du silence…

 

 

Nous abordons la vie avec ce chant qui côtoie la mort. Les pieds nus – la main ouverte – et l’innocence dans l’âme toujours en pagaille…

 

 

Lèvres muettes autant qu’est truculent le langage sur la page. Le sourire des affinités réservé à l’Absolu et à quelques visages. Et la dent toujours aussi dure avec l’infamie et la barbarie des usages…

 

 

Nous devinons ce qui se passe à l’envers des choses – à l’envers du monde. Tout – la trame entière – nous apparaît comme dans un livre ouvert.

Et l’on y apprend que rien ne peut combler le manque sinon le versant opposé du visible – toujours aussi imperceptible par les vivants ; l’Amour qui se donne comme l’air que nous respirons…

 

 

Ne jamais confondre l’issue et l’ivresse. Le lieu du voyage et l’exacte place du langage. L’œuvre et la vie fantasmée. Et se garder (toujours) de livrer des images pour dire ce que nous ignorons…

 

 

Une note – deux lignes – un poème – pour dire ce qui nous ampute et nous abrège – et ce que la mort ne peut emporter…

 

 

Echoué encore ce bel Amour au milieu de la nuit. Imité – vilipendé – mais toujours indemne de nos rumeurs et de nos actes…

Et si impatient dans la rondeur perfectible de l’œil aux aguets…

 

 

Un désert, un soupçon, une étreinte. Et la joie qui demeure malgré la solitude, le déni et le manque…

 

 

La persistance de la langue – l’obsession du pas et du poème – à jamais la marque de la misère sur l’irréversible – et quelques empreintes inutiles laissées en héritage…

La métamorphose du pire, en quelques sorte, dans l’antichambre de l’attente…

 

 

Rien jamais ne s’achèvera sinon l’écart entre le réel et l’imaginaire – entre le monde et le regard – entre le silence et le langage. Quant aux gestes, ils continueront – quoi qu’il arrive (quelles que soient les découvertes et les épreuves) – à faire ce qu’ils ont à faire

Le quotidien sera toujours ordinaire – mais, une fois l’écart comblé, il sera vécu dans la joie et le merveilleux des retrouvailles…

 

 

Tout est souillé déjà avant de naître. Et vivre ne consiste qu’à retrouver la grâce d’avant le monde – et à l’éprouver jusque dans la fange et l’abomination…

 

 

Entre ciel et gouffre, le tournis – le vertige – et l’habileté des pas sur leur fil…

Et au fond des fossés, la mort comme seule espérance…

 

 

En ce monde, tout s’apparente au sommeil et à la nuit. Et toutes ces âmes si proches, pourtant, du jour qui se lève…

Instruments équivoques de la torpeur et des incendies…

 

 

L’issue se trouve toujours au lieu exact de la rencontre – au cœur même de l’étreinte…

 

 

De la sueur, des petits riens. Son lot de peines et de débâcles. Et si vaillant, pourtant, à pousser sa charrette sur les chemins…

 

 

Nous sommes l’ivresse et la glaise. Le vent et le nom que l’on donne à l’Amour. Nés dans cette pauvreté du vivre – à l’égal des Dieux, du matin et de la poésie. Damnés, en apparence – mais voués, en réalité, au sortilège comme à la possibilité de la grâce…

 

 

L’évidence d’une vie pour un seul instant d’émotion – dense à tout renverser

 

 

Il faut céder ; sa place, sa tête, sa fortune – et baisser les yeux pour goûter à la nudité de la lumière – aux joies de la solitude – et au feu du dedans qui vagabonde, partout, dans le monde et le poème. Se faire vent – et devenir le geste – par lesquels tout arrive et s’enchaîne…

Le lieu, en somme, où tout s’éprend et se donne…

 

 

Le silence en lettres d’or sur l’invisible. Comme l’espace (enfin) rendu au monde…

 

 

Un désert, de l’écume et cette soif qu’aucune étreinte ne peut apaiser…

 

 

Il y a des rêves et du vent – et des siècles sans importance – de ce côté du mur. Et de l’autre, rien ; le silence et le vide – et l’incertitude du monde. La vie offerte et la lumière qu’aucune ombre ne peut ternir…

 

 

Il y a des vies (la plupart) qui ressemblent à des images. Et quelques-unes dont on devine la profondeur et la densité ; la marque du silence sur l’âme et les traits – si tranquilles – si apaisés – du visage…

 

 

Nous écoutons – impuissants – la vie plaintive sur tous les champs de bataille créés par le monde – et amplifiés par la sauvagerie des hommes qu’aucune main – qu’aucune larme – ne pourrait réconforter…

 

 

Tout frémit – jusqu’aux os – jusqu’au sang – jusqu’aux visages – jusque dans l’âme des plus absents

 

 

Un poème sans mémoire pour dire ce que ni le langage, ni l’imaginaire ne peuvent inventer – une innocence plus haute que les étoiles et la douleur. La seule consolation, peut-être, pour les hommes plongés dans l’immensité de leur nuit…

 

 

Tout est regard, en vérité. Le lieu de la rencontre où se sabordent le rêve et l’illusion pour une plus grande fraternité…

 

 

Et cette voix au-dedans du sang qui n’aspire qu’à l’Amour – et à le répandre sur les blessures et les blessés – sur toutes ces âmes arrachées à la lumière…

 

 

L’enfance nue se tient aux côtés de l’aurore. Dans cette joie timide du regard qui atteint l’Autre dans sa chair…

Comme le rêve d’un jour – et d’une réconciliation avec ce qui nous a enfoncés dans le sommeil…

 

 

Tout flotte comme par magie dans la buée – jusqu’à ces vies si soucieuses d’un autre monde – d’une autre terre…

 

 

Ce qui se dénude – et s’arrache – comme une ombre dans l’âme – inutile et porteuse de tant de misère…

 

 

Nous sommes. Ainsi passe la vie – à travers ses danses et le moins intense des continents. Ciel et poussière. Herbes et vent. Et la respiration compromise dans ces excès de temps…

 

 

Les rêves portent les fruits du malheur que sucent toutes les lèvres endormies. Et les dérives portent l’écume et le mirage si haut que nos mains cherchent dans les vents l’assise nécessaire à leur poursuite. Ainsi s’étoffent – et se précisent – la fin des siècles et toutes les peines de l’inassouvissement…

Homme et âme dissociés dans leurs tourmentes…

 

 

La lutte et l’enfermement pour que se dresse le plus inutile des passions. Le destin abandonné à la torpeur et au sommeil. Et le visage de l’Autre posé toujours comme un obstacle…

 

 

A vivre de rien – et à travailler à la fortune des fleurs. Larmes sur le long ruban rouge né de tous les crimes. Le poète – en son exil – sème le sel et le chant pour que vivre émerge de la boue et du sang – et sauver ceux qui s’abandonnent (encore) aux lames et aux faux soleils…

 

 

Au centre de tout ce que cache la poussière. Le meilleur du monde – et l’inespéré que voilent nos chimères. De victoire en défaite – et que ressusciteront tous nos défrichements. Comme une vie consacrée au labeur inégalable de l’effacement…

Ainsi l’enfance deviendra éternelle…

 

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