Carnet n°253 Notes journalières
Il faudrait – peut-être – s’abstenir là où nous sommes trop faible(s) – si frêle(s) – le pas pesant – bien trop lourd(s) – assurément – insensible(s) [si insensible(s)] face à la vie – face au néant – rempli(s) déjà d’illusions – d’espérance – d’épuisement – devant tous les visages du monde – devant l’infini…
Notre défaillance – notre souffle tiède – sans fraîcheur – sans tendresse (véritable) – comme un essoufflement à travers nos gestes et notre poitrine – l’écho d’un vent très lointain – insaisissable – bien sûr…
Ce que nous échangerions contre un cœur plus léger – un esprit plus agile – un corps sans épanchement…
Ce que nous sommes déjà – par-delà nos limites…
Entre nos mains – ce que le monde et Dieu y posent ; l’invisible et le plus grossier – ensemble – reliés – enchevêtrés – ce qui nous ressemble – ce qui nous maintient – ce qui nous distingue – ce qui nous réunit – de toute évidence…
Des ailes – un envol – non comme une fuite mais comme un chant – la liberté suprême (peut-être) – cette joyeuse (et involontaire) obéissance à ce qui jaillit du vide – du silence…
L’espace invisible au fond de notre présence – qui nous soumet à ce qui s’impose…
D’une musique à l’autre – comme les mains d’un ciel satisfait qui lance sa lumière au hasard des visages et des saisons – vers la foule imméritante – qui se précipite – confusément – dans l’enthousiasme d’un élan – dans la jubilation (presque inconsciente) d’un infini entrevu…
Ce qui se joint au cœur captif – ce qu’accompagne la parole libératrice…
Nous – devenant humble(s) et sensible(s) – à travers l’expérience – au cœur d’un monde sans guérisseur – au cœur d’une existence sans remède…
Le jour – seulement – et notre présence…
Inégaux face à l’éblouissement – à la gratitude – au silence…
Un chant – la parole qui se précipite – le sacré célébré – et rejoint – par la voix ; le verbe vivant – le silence – au-delà de toute forme de vérité…
Ce qui se révèle et ce qui panse – sans effort…
L’instant – sa présence dans le geste – sans suite – sans passé…
Le labeur du cœur – sans répit – d’une seule traite – du premier battement jusqu’au dernier – à la fois fenêtre et intimité de l’âme – échelle invisible au-dessus des plaintes – au-delà des préférences – cherchant, en vain, dans les circonstances un peu de quiétude – une forme d’immobilité – un peu de silence – à l’affût d’une réciproque révélation…
Ce que nous avons – en réalité – trop peu l’occasion de nous offrir…
Nous – plongés dans les tentatives opiniâtres de la raison – cette force – cette farce – comme une rengaine – un sillon dans le sommeil – un trou – une ornière que l’on approfondit – à la manière d’un abri pour nos actes – dans le prolongement naturel de l’esprit des pierres…
Ce qui patiente à nos côtés – aux aguets – au cœur de nos gestes – au cœur de ce que nous sommes…
Et nous – à la périphérie de l’illimité – aux marges de l’étendue – à la surface du monde et de la vie – alors que le centre et les profondeurs – à chaque instant – nous ouvrent les bras – nous tendent la main – avec franchise – avec tendresse…
Nous demandons aux Autres – au monde – à chaque parcelle du vivant – d’être des remparts – des fenêtres – ce que nous sommes incapables de nous offrir…
Nous – dans l’impuissance et la mendicité – caractérisées…
Le besoin impératif de l’altérité – à la fois couronne et fers aux pieds…
Englué(s) dans la surabondance matérielle et l’impossibilité de la solitude et du silence…
Notre triste sort – à tous…
A peine passé que le temps…
Pareil à une porte imaginaire – franchie par nécessité – par souci (impératif) d’un retour à la simplicité…
Dépouillé – à présent – sans ornement…
Assez nu, sans doute, pour être confié au silence…
Comme une enfance première – chaînes aux pieds – alliance au doigt – promis au monde (comme on le sait)…
La scie à la main – pourtant – pour se défaire de tous ses liens…
Peu à peu conduit à l’écart du monde…
Secouant ce que les hommes (en général) craignent de toucher…
Emprisonné – à l’abri de la moindre aventure excepté celle qui compte – la seule – en vérité – au-dedans…
Ce qui nous est commun – la tête – l’illusion et le goût immodéré pour la fuite – ce à quoi ne peuvent échapper les hommes…
Nous – marchant sur nos propres traces – parfois perché(s) sur nos propres épaules…
Nous – devenant, peu à peu, pyramidal (pyramidaux) – parvenant – malgré nous – au fil de l’histoire – par processus purement mécanique – au faîte de l’édifice…
Les mains agitées – le regard sans regret – à ignorer le monde – à tuer ceux qui nous étaient chers avant qu’ils ne se transforment…
Un fardeau – insupportable – entre les tempes – ce qui accompagne chacun de nos gestes – la moindre possibilité ; ce poison au fond de l’âme que nous distillons à chaque rencontre…
Le monde à l’envers – prisonnier de notre désir – avec, par-dessus, notre souffle – notre main – une lampe (choisie par nos soins) ; quelque chose d’infiniment profane – d’incroyablement innocent – et que nous souillons par croyance en le sacré – par distinction représentative – en faisant la différence entre l’immonde et la beauté – entre le pur et l’avilissant…
En nous – une simplicité – une mendicité – une offrande que nous ignorons (ou que nous refusons)…
Une étreinte avec l’invisible à laquelle nous préférons un amas de certitudes empoisonnées…
Assis sur l’un des tabourets du monde – trop longtemps – sûrement – pour découvrir l’intime et l’humilité nécessaire aux retrouvailles avec la terre – front et lèvres trop loin du sol – autant que l’âme – pas assez proche du plus pauvre – du plus infime – du plus perdu – pour ouvrir – et marcher dans – l’infini et le merveilleux – la magie de l’esprit capable d’inventer sa route dans la féerie du monde – avec surprise – avec délice – sur les pierres que foulent les bêtes et les hommes…
Celui qui ose – et sait – pénétrer (entièrement) la matière – et parvient à se confondre avec elle sans pervertir l’esprit – lui seul sera sauvé ici-bas ; ailleurs – toutes les suppositions du monde sont possibles – envisageables – inutiles…
Dans la main – le chapelet du monde avec ses visages – sa poussière – ses pierres anguleuses et tranchantes…
Le sang – son goutte à goutte sur le sol et sa trajectoire circulaire dans les corps…
Cette existence sur le sol dur – la peine sous l’averse et le soleil – la crainte des hommes – l’ignorance des bêtes (et très souvent – le contraire)…
La soumission du vivant à l’ordre et au règne terrestres – terribles si souvent – apocalyptiques quelques fois – cette orgie de mouvements et de morsures – ce qui cingle et arrache la peau – la matière – ce qui pénètre la chair de mille manières…
Et les créatures – toutes les créatures – à genoux – en pleurs – en peine – en prière – quelque chose de Divin dans les yeux tristes – dans l’esprit qui s’interroge – dans la main qui soigne et la parole qui, parfois, apaise ou éclaire…
Le monde entier – dans notre labeur et notre volonté ; ce qui, étrangement, nous rapproche de l’esprit des fleurs – de l’innocence joyeuse ; ce qui réduit, peu à peu, l’enfer que nos mains ont bâti ; l’éradication – (trop) lente – sans doute – de toutes les frontières…
Le premier rayon du jour – sur la peau – l’âme fraîche et tendre – comme les premiers pas d’un voyage ; une distance à tenir avec le monde – un rapprochement à opérer avec soi…
Le réel retrouvé – comme un pan de ciel oublié qui réapparaît…
Nous – dans l’errance – trop longtemps…
Et – soudain – la simplicité du monde…
La joie du voyageur – de celui même qui ne ferait qu’un pas…
Des portes qui s’ouvrent sur des univers – nos profondeurs…
Dieu – ici – parmi nous – entièrement immergé(s)…
Toutes les interrogations soudainement transformées en chant – en silence…
Un fond de larmes sur nos solitudes – incomprises…
Nos mains dans l’intimité des Dieux…
Des gestes justes et d’envergure…
Quelque chose comme le parfait emboîtement des circonstances…
Le rythme et l’accord – jusque dans nos pires chaos…
Le silence qui éclot sur la terre propice des désirs morts…
Un nouveau pan de soi – découvert et libéré…
Ce qui vient à notre rencontre – à pas tranquilles – sûr de notre accueil…
Le ciel naturel (et sa lumière) – son éclat sur notre visage – dans notre chair – jusque dans nos gestes de réconciliation…
Nos vies – alignées sur les pierres – et les Dieux – dans les marges abandonnées par les hommes…
Ici et ailleurs – qu’importe nos inclinaisons ; la pente heureuse…
Sans le monde – notre présence – ce qu’il nous est impossible de partager…
Sensible – debout – sans renoncement…
L’Amour sans volonté – sans négligence…
Ce dont nous sommes pourvus – de manière débordante…
Entre nos mains – cet étrange silence…
Une terre de feu et de vent – ce qui nous fait naître et ce qui nous tue…
Nous – pas toujours stoïque(s) (loin s’en faut) – dans le souffle – dans les flammes…
La tête penchée – effrayée – face au silence – dans l’incompréhension d’abord – dans l’interrogation ensuite – puis, peu à peu, dans l’acquiescement – retrouvant progressivement – et malgré nous – notre nature – notre pays – notre matrice – notre envergure…
Notre voix – comme un ciel clair – sans étoile – sans promesse – vaste et coupant – comme une perspective – une lame – une étendue qui ouvrirait sur l’Amour et l’oubli – simultanément…
Au cœur de songes étranges – notre âme triste et délaissée qui s’imagine – à tort – abandonnée par ce qu’elle porte – par ce qui l’entoure – par la seule chose réellement existante…
Dans nos mains – ce qui nous rend héroïque(s) et coupable(s) aux yeux des hommes…
Rien – dans le regard de Dieu – à peine un souffle – un sourire ou une grimace imperceptible – vite oublié(e) – nul drame – nul blâme – l’acquiescement et l’instrument…
Sans réclamation ; la participation – enthousiaste et engagée – à la fête…
L’Amour qui s’invite – sans jamais insister – sans jamais renoncer ; l’autre face du silence…
Par le ciel – ce qui nous échappe…
Par la terre – ce qu’il faut comprendre et assumer…
Dans la reliance de l’âme et du monde…
Dans l’intervalle qui, bientôt, s’évanouira…
Les heures ombragées et bruyantes – dans la trop grande proximité des hommes – l’âme raide – incommodée – méfiante – prête à s’enfuir ou à étrangler…
Grandeur – parfois – comme un surcroît d’Amour – dans un trait de génie offert – involontaire – comme une lumière qui, soudain, frappe la grisaille et la nuit (étroitement) entremêlées…
Notre misère – notre destin – aussi parfaits – aussi insignifiants – que tous les autres…
Le feu – le vent – l’espace – vacillants – parfois – de temps à autre – très rarement – pendant quelques instants – le temps de fondre sur nous en un éclair – de nous revêtir de nouveaux habits – de nous construire le socle et la fenêtre nécessaires…
Notre histoire – une longue marche d’entravé(s)…
Quelques brisures – peu franches – trop rares – insuffisantes pour détruire nos chaînes (lourdes et nombreuses) et nous initier au pas libre…
Nous – dans l’espoir – seulement – d’une délivrance possible – promise – très (très) incertaine…
Les Autres – comme un linceul – un peu de poussière – une ombre sur le visage – dans notre chambre – un surplus de chair et d’opulence – trop souvent – un encombrement supplémentaire…
Une insidieuse manière d’oublier – et de boursoufler – ses propres défaillances…
Les noms – le langage – les idées – les images – notre prison – l’espace immense et clos de la pensée dont il faut scier, un à un, les barreaux ou, d’un seul geste – d’une seule perspective – faire exploser tous les murs ; nous libérer de toutes les formes de détention…
Peu à peu – cette croissance du jour – cette nuit affamée – recueillie – célébrée – aimée comme jamais – comme un monde hostile – une paroi infranchissable – devenus, au fil de la tendresse grandissante, sol meuble et fertile – terrain de jeu de l’être – visage singulier et nécessaire de la joie et du silence…
La pente indéfectible de chaque horizon – de chaque circonstance – de chaque possibilité – la seule autre moitié de nous-même(s) ; notre figure – notre cœur – notre centre – inaliénables…
Tantôt dans le silence obscur du monde – tantôt dans celui (plus lumineux) de l’âme ; bien moins prisonnier du regard et des choses qu’autrefois…
Au milieu du monde et des choses – discret – presque invisible ; dans le secret (imperceptible) d’un angle commun – à l’abri des regards – au cœur d’un culte séculaire – à notre place – au cœur de la sensibilité – de la tendresse – des offrandes…
Nu et dépouillé – déjà – sur l’autel…
A notre aise – qu’importe les lieux et les visages qui s’imposent – les reliquats de la volonté…
Ce à quoi nous sommes relié(s) – le monde alentour…
La tête libre – affranchie – libérée…
L’âme exposée à ses profondeurs…
Au cœur de l’envergure première…
Aux origines de la prière – le monde à portée de cœur – le jour abondant – comme l’eau de la source sur les soifs humaines…
Dans notre dévouement pragmatique et journalier – sans la moindre idéologie – sans la moindre futilité…
L’ambition repliée – l’envergure déployée – à la manière d’un voyage aux extrêmes limites de l’homme – juste en deçà, sans doute, du cœur amoureux…
Debout – redressé – sans insolence – sans défi à relever – sans exigence de soumission…
Le verbe sur mille pistes différentes ; mille merveilles à découvrir ; mille contrées à explorer – le goût de la terre – le parfum du voyage – et ce que laissent nos pas derrière eux – quelques traces fugaces – dérisoires – invisibles…
Seul – sans intention – sans distraction…
Dans le jour – la nuit – le vide…
Ce qui se déploie depuis le plus sombre – le plus commun…
L’existence ordinaire et magistrale…
Le vent et la lumière – avec quelques tempêtes (parfois) – dans cette respiration terrestre naturelle…
Ce qui se poursuit – ce qui se perpétue – sans réellement se répéter…
Le jour – le monde – le cœur – arides…
Devant – derrière soi – l’horizon…
L’ombre – le visage de Dieu – trop distant…
La joie et la colère qui nous traversent – de part en part – successivement – sans jamais réussir à rompre le fil du temps…
Le ciel chargé de tous nos désirs – inaccessible – irréalisables…
Comme un feu qui pénètre tout – et qui assèche – jusqu’aux larmes les moins irrépressibles – jusqu’aux conditions les plus indispensables au déploiement de l’immensité…
Partout – là où s’immisce le vent…
Ce qui nous bouscule – ce qui nous détourne de la route prédite – de la terre promise…
Le monde passant – incroyablement passager…
Les heures étalées devant soi – comme une offrande – la seule peut-être – qui durera le temps nécessaire…
L’âme et le sol à user jusqu’à la corde – jusqu’au dernier jour du voyage…
Les pans de notre visage – cachés – ensommeillés – comme si l’on ignorait qu’au-dessus de nos têtes veillait un sourire affranchi de la honte – une promesse sans pudeur – quelque chose qui pourrait guérir nos cœurs chargés de tristesse et de regrets…
Ce qui nous étreint – entre l’herbe et le ciel – la splendeur offerte et contemplée – nos ailes au-dessus des routes – la fin annoncée des saisons et de la folie…
Toutes nos empreintes – toutes nos merveilles – dans la poussière – nos haillons et les oripeaux dont nous aimons recouvrir les âmes et les choses ; les tristes horizontalités du monde…
L’oubli – ce à quoi nous nous obstinons – la rumeur très lointaine des origines – sous notre front ; nos lamentations et notre épuisement à venir…
Ce qui demeure dans l’ombre – derrière nous – bientôt évaporé – bientôt anéanti…
Le bruissement de la chair – à chaque pas – sur le chemin qui mène à tous les embarcadères – à tous les embarquements – les yeux – le front – face à l’océan…
Pêle-mêle – dans nos usages (trop communs) du monde – ce qui n’a de fin – les seules rives habitables sur la terre – en ces contrées (ultimes – peut-être) ; ce chant qui se déploie dans sa pleine liberté – avec du vent au fond de la gorge – le même que celui qui pousse nos pas sur la route – le même que celui qui nous fait errer aux confins de l’immensité…
Ce qui s’écoule – en processions toujours plus massives – toujours plus nombreuses…
Le monde – dans sa rumeur – dans sa gloire – dans sa folie…
La foule – toutes les foules – abstraites et obstinées…
Ce qui nous épuise et nous chagrine…
Et ce qui finit – fort heureusement – par assécher la source de toute attente – de toute idéologie – de toute espérance…
Happé par cette solitude pérégrinante…
Pourchassé, encore trop souvent, par la fureur du monde – les Autres à nos trousses – nous poursuivant – nous encerclant – nous précédant – nous envahissant…
Dans le souffle chaud des hommes et des bêtes – dans l’haleine irrespirable des vivants…
Un jour – parfois – de temps à autre – l’océan – devant nous – silencieux…
Ce qui s’obstine à nous contempler – à nous attendre – sans se soucier des rives trop peuplées – des terres lointaines à explorer – des libertés trop fortement compromises…
Le cœur à l’envers – comme déchaîné – emporté au loin par des courants invisibles…
Comme une lumière défaillante – au fond de l’âme…
Le soir, peu à peu, poussé par la nuit qui s’installe…
Le soleil – comme englouti par son orbite – son étrange voyage…
Le règne (sombre) des visages subrepticement détrôné par la loi des choses et des usages…
Le chant (presque) inaudible d’un temps révolu…
L’embarquement joyeux et bruyant des âmes volubiles – légères – étrangement transfigurées par la gravité terrestre et l’inévitable grossièreté des choses du monde…
Le cœur en prière – avec, en soi, tout un peuple agenouillé – mains jointes et immobiles – tentant de mimer maladroitement la pointe d’une flèche que l’on aimerait éternelle…
Des choses rêvées – imaginaires – sans doute…
Ce que l’on épie – au bord de la route – derrière la lumière – la terre engloutie ; les souffles du monde…
Notre propre visage au seuil de toutes les portes – peut-être…
Dans le silence – à chaque ère nouvelle – à chaque âge nouveau – dans la succession ininterrompue des instants – le monde devant soi – comme jamais – sur le même mode – à une hauteur éblouissante…
Nous sommes – et vivons – comme le chant des oiseaux – une note – le jour soudain désenseveli – dans une déclamation sans calcul – sans angoisse…
Un chuchotement après l’autre – à travers la joie…
Dans une nuée tonitruante – le cœur (presque) toujours oppressé par le tapage des Autres – par tous ces bruits extérieurs qui nous imposent un rythme qui – jamais – ne sera le nôtre…
Le soleil caché entre nos mains ; et la nuit de nos gestes tranchée par ce qui circule dans l’âme – dans les veines – l’expérience solitaire du vertige terrestre – de notre présence humaine – la perspective offerte par notre besogne dérisoire et les offrandes si généreuses (et si permanentes) du ciel qui se partage…
L’air du monde qui, peu à peu, se raréfie…
Les derniers vestiges de notre existence – engloutis…
Dans la vaine attente d’une main plus secourable…
Nous – devinant, peu à peu, le seuil – devenant, peu à peu, la porte…
Dans l’obscurité machinale du plus souverain sommeil…
Notre crainte face aux itinéraires imprévisibles – aux routes dégagées – sans balisage – aux existences affranchies des conventions – encore endormi(s) là où il faudrait, sans doute, affaiblir l’opulence…
Ravagé(s) par les troubles d’une terre trop peu précoce…
Dressé(s) contre l’ombre – à battre (inutilement) les paupières dans la lumière…
Tête close et territoire circonscrit au milieu des peines et des promesses…
Dans le silence et la prière des terres sauvages – parmi des fleurs inconnues – à quémander quelques circonstances favorables à l’allégresse…
Le verbe et le contentement étroitement entrelacés – happés par la même danse – immergés dans les mêmes tourbillons – dessinant ensemble les mots et la joie…
Des paroles – comme des éclats – des fragments de terre et de ciel – malgré la tristesse qu’esquissent, parfois, nos lignes et nos pas – graves – rayonnants – détachés…
Compagnon de personne – reposant en son sein – dans son propre giron – allant sans hâte au milieu des choses – s’abritant là où le désert est le plus haut – le plus pur – le plus favorable – vivant à la manière des bêtes tourmentées et traquées par la bêtise des hommes…
D’une errance à l’autre – comme entre deux échappées…
La nuit – en vain – qui s’écoule…
Et nous – épuisé(s) par tant de résistance – contraint(s), tôt ou tard, d’abdiquer – de fermer les yeux – d’affronter les heures sombres – encore et encore…
Le regard frémissant – sur les eaux du monde – mouvementées – sur la surface lisse (presque indifférente) du ciel…
Nous – poursuivant notre route – à moitié – tête baissée – yeux en l’air – partagé(s) entre la fatigue et la passion – entre le désir et le dégoût – sans échanger le moindre mot – nous hâtant (plein de regrets) vers la mort…
Le soleil – dans la tête – parfois au-dessus – comme si le climat pouvait influencer la perspective – comme si le monde était au-dedans – parfaitement mûr – comme un fruit serein – patient – enfin prêt à s’offrir…
Nous – vivant(s) – parmi les rêves – dans la brume – au milieu de l’ardeur et du mépris – allant à pas lents – les mains inexercées – sans la moindre préparation – laissant naître les gestes justes et appropriés – l’âme humble et redressée – le cœur et le front adossés au vide…
Le sommeil soudain inondé par la lumière…
De haut en bas – comme sur un trône brutalement illuminé – le cœur – comme une porte ouverte – une frontière abandonnée – une aire nouvelle – une envergure parfaitement déployée…
Dans les mains de la mendicité souveraine…
L’espoir anéanti par la force du monde – l’implacable puissance de ce que l’on appelle le réel…
La vie comme un rêve que l’esprit, peu à peu, efface – que l’esprit, peu à peu, remplace – un sourire – une tristesse – une once d’amour – quelques coups – comme une chance obstinée convertie, parfois, en malédiction passagère…
Le monde alentour – dans notre surprise ou notre confusion…
Et parfois (trop rarement) – la loyauté d’un regard qui rayonne – qui offre sa lumière ou son éclairage…
La dimension du ciel parfaitement calibrée aux mille nécessités des vivants…