Carnet n°328 A hauteur de la soif
Mars 2026
L'ignorance des bêtes et des Hommes
immergés dans la misère et le mystère
Comme des traces
au-dedans de l'âme
celles du ciel primordial peut-être
Le cœur déposé
au seuil du ciel
là où le vent et l'oiseau
remplacent l'Homme et la pierre
Nous attardant ici
sans très bien savoir pourquoi
sans doute parce que
nous ne savons rien du reste
Au-dedans de l'âme
le commencement du poème
ce qui s'initie dans le plus parfait silence
et qui finit par se parer de mots
Tant d'obscurité
au fond du geste
au fond de la langue
au fond du cœur
que la lumière peine
à nous parvenir
Toutes ces vies
sans réponse
sans pourquoi
Dans cette danse folle du sang et du temps
tant de dérives et de tourbillons
et si peu de perspective
Entre la pierre et le ciel
l'exacte expérience de l'âme
Ce qui veille
aux marges du monde
penché sur sa rude besogne
Journal du dedans
si éloigné des tracasseries de ce monde
Là où le geste et l'âme
tiennent lieu de discours
là où il n'y a plus
ni énigme ni question
là où le baiser remplace
l'âpre besogne
là où le silence se substitue
au monde
là où le poème
est la seule parole possible
Sans réelle consigne
Cantonné(s) seulement
à saisir toutes les opportunités
de ce passage terrestre
Dansant
sous le ciel
sans témoin
le cœur nu
sur la pierre
Au fond des bois
cette langue du dedans
laissant le chant s'éloigner
de la parole (ordinaire) des Hommes
Autour de soi
ceux qui veillent sous le ciel
au cœur de la nuit
essayant de décrypter
le silence des arbres et des étoiles
Au cœur de cette enfance exubérante
jamais rassasiée de jeux et de danses
Ce qui s'entend peut-être dans le poème
cette joie de vivre aux marges du monde
Le silence
ce qu'il y a peut-être
de plus inépuisable dans la langue...
Comme un rêve
cette expérience terrestre
où rien jamais n'est certain
Au hasard des pas
mille rencontres
un peu de ciel
et quelques pierres
sur lesquelles
butent nos souliers
Le cœur alchimique
œuvrant si obstinément à sa tâche
Rien à bâtir
sinon peut-être un passage...
Laissant, peu à peu, disparaître la volonté et le nom
Dans le cercle dessiné par le poème
tous les paysages du monde
Au plus intime de l'âme et du poème
quelque chose, peut-être, d'universel...
Et si sous la trame du monde
il n'y avait que du vide et du silence
Assez de joie au fond de l'âme
pour que la vie devienne une danse
Du côté du rire et de l'immensité
Les mains à hauteur d'âme
malgré la misère de l'Homme
Le cœur aveugle
englué dans son obscure géographie
Qu'importe ce que l'on rencontre
pour peu que l'on sache s'émerveiller
Comme un cri
au-dedans du poème
L'esprit blotti au fond du rêve
indifférent à Dieu et à la vérité
Au cœur du chaos primordial
(sans doute) le même royaume qu'aujourd'hui
Vivre à hauteur de la soif
De saison en saison
jusqu'aux lisières de l'indicible
Si près du ciel
ce qui retourne à la terre
et les mains jointes qui remercient
Ce qui nous éclaire
enfoui dans ce qui passe
Au cœur du poème
la chair tremblante des mots
et les troubles de l'âme
Devant les sentinelles de l'invisible
le cœur ébouriffé par le vent
Derrière ce qui se dit
le règne (et la nécessité) du silence
Dieu veillant (sans doute)
à la justesse de la parole
et à l'authenticité de la voix
Passant
par là où passe la lumière
Comme un chemin
qui relie l'âme et le monde
Ah ! Toute cette vie désirée
que nous ne ferons qu'effleurer...
Le cœur aménagé
pour que puissent y loger
(à la fois) l'Amour et le monde
Nous ne sommes qu'un seuil
où de part et d'autre
s'étend la même immensité
Errant au milieu des pierres et des étoiles
Existe-t-il un lieu
où il n'y aurait que du merveilleux ?
La plus haute liberté nichée
au fond de notre cage
Qu'y a-t-il derrière le réel
que nous ne savons voir ?
Ce qui se cache au fond de la parole ?
Un peu de silence et de vérité
Une parole (bien) ordinaire
pour dire l'insignifiance de nos vies
Simplement rendre compte du réel
sans rien enlaidir, sans rien enjoliver
La matière mystérieuse du poème
où se mêlent l'âme, la terre, le ciel et le silence
L'inconstructibilité du rêve
simple lieu de l'imaginaire et de la promesse
où aucune réalité ne peut s'inscrire
Pas aussi vivant(s)
que nos tremblements
Au cœur du plus intime
Presque rien
quelques mots
où se mêlent
l'ignorance et la vérité
Dieu cherchant en l'Homme
ce qui lui est nécessaire pour le (re)trouver
Ce qui s'entend dans le poème
notre manière d'habiter le monde
Ce que révèlent les mots ?
Un peu du monde
Un peu de l'âme
Et ce que le cœur a compris
A travers la main
le cœur de l'Homme
et cette part de ciel
que l'on ne voit pas
Le cœur clos
à force de rencontrer
le mensonge, la ruse et la trahison
Sans autres outils que l’œil, le cœur et la main
Incarner simplement
ce qu'aucune parole ne peut exprimer
Hors d'atteinte quelquefois
ce qui loge au fond du cœur
Tous les désirs du monde
au fond du cœur de l'Homme
L'âme si lasse des apparences
qu'elle cherche (à présent) à percevoir
ce qui ne se voit pas
Tout tremblant devant les tragédies du monde
Au cœur du chaos et du fracas
sans que se dévoile jamais
le pourquoi des malheurs
Ce que le cœur écrit
sans même que l'esprit le sache
A portée de poème (parfois)
ce que le ciel renferme
Sans importance
au fond notre vie
et ce que l'esprit a compris
Écrasés par tant de servitudes
qu'il faudrait apprendre à se libérer
de toutes les choses du monde
L'impensable
peu à peu
(presque péniblement)
Ce qu'il nous faut traverser
pour que l'essentiel puisse
être découvert et habité
Comment
en si peu de temps
faire le tour des choses de l'âme et du monde ?
Il faudrait apprendre
à transformer nos cris
en geste de résistance
Le cœur d'un bleu si intense
qu'il colore tout ce que touche la main
et tout ce que perçoit l'esprit
Claudiquant si tristement
sous cette belle lumière
Essayant de nous hisser
au-dessus des principes de l'Homme
Sans savoir
sans alternative
un peu perdu (évidemment)
Quelque chose
comme une respiration
au cœur du poème
Quelle est donc l'essence de l'âme ?
Du dedans
le peu que l'on sait
Quelques traces pour tenter de dire
l'obscurité et la lumière des âmes et du monde
Tenter encore de dire l'indicible
Du côté du ciel, de l'âme et de la main tendue
qu'importe ce qui est devant nous
Creusé dans le silence
ce que nous savons
Comme un soleil
à la pointe de l'âme
offert par la main qui se tend
Au cœur de la forêt
sans un mot
savourant le silence et la paix
Dans la proximité de la terre et du ciel
entre solitude et sauvagerie
Une existence dédiée
au poème, au silence et au sacré
Une présence
sans promesse
sans oubli
creusée à même l'existence
Tout au long du jour
quelque chose au-dedans
qui s'agenouille
les yeux tournés vers l'infini
et le cœur penché sur les vivants
Funambule sur le fil de l'absence
Au plus haut de la langue
une parole si proche du silence
qu'aucune voix ne peut l'exprimer
Le cœur irréprochable
penché sur le ciel, les visages et les livres
cherchant quelque chose qui échappe à l'imaginaire
essayant de transformer la posture de l'Homme
en un territoire que ne renierait pas l'Amour
Marchant en ce monde
en soulevant la poussière
cherchant parmi les pleurs et les pierres
ce qui ne ferait pas honte à l'Homme
En soi
le lieu de la soif et du mystère
Ce qu'il faut de ténacité et de discernement
pour approcher le mystère
Au cœur de cette chambre
dont les murs sont des arbres
dont le plafond est le ciel
et où il fait si bon vivre seul
Chaque jour
allant ainsi
au cœur du sacré
Au-delà de la douleur et des larmes
là où notre voyage nous conduit
Du sang et des cris
sans recourir à la parole
sans donner la moindre explication
sans même un espace
consacré à Dieu et à la prière
Ce qu'il faut traverser
Ce qu'il faut oublier
Ce qu'il faut conserver
Ce qu'il faut abandonner
pour découvrir en soi
l'Amour et la lumière
Le cœur de Dieu
blotti au fond du nôtre
et qui attend que nous le découvrions
Ce qu'offre la forêt
à notre cœur et à nos pieds nus
L'âme légère
Et du vent entre les mains
Le cœur si las des histoires des Hommes
Presque rien
pour s'opposer aux jeux du monde
Et pas si sûr d'avoir raison
Malgré elle
ce que porte la parole
Écrire jusqu'à tout rendre silencieux
Qui a dit que l'infini ne pouvait
se loger au fond du cœur ?
Tous les vivants sont nos frères
Et tous les morts sont les nôtres
Dans le grand désordre du monde et des cœurs
Si proches du sol
nos existences
et là-haut (tout là-haut)
ce qui d'ici semble si inaccessible
Sur cette route où les Hommes
transforment, trop souvent, leur voyage en villégiature
Au cœur des collines
si loin de ce siècle
où tout n'est qu'empressement et apparat
Si joyeux
loin des miroirs et des reflets
Le regard et le cœur tendres
Ce dont témoigne la parole
au fil des jours et des chemins
Assez d'innocence et d'infini au fond du cœur
pour découvrir ce qu'il y a au-delà de l'Homme
Dieu à l'image de l'Homme qui n'épargne personne
Quitter le mot et le monde
pour approcher l'impensable
Frôler partout la figure du mystère
sans jamais la reconnaître
Borné par quelques rêves au fond de la tête
qui (nous) condamnent à l'enfermement
Quelques prières et quelques poèmes
Voilà tout ce que nous avons à offrir au monde
D'un corps à l'autre
sans amitié ni tendresse
à coups de sourires mensongers
pour s'immiscer dans la chair
et qu'importe à quoi ressemblent les âmes
Le cœur déplié au milieu des mots
Ce qui nous hante jusqu'en ces lieux
où tout semble si paisible et si joyeux
En ce lieu
où tout est donné
le réel, le silence et la beauté
la parole, la contemplation et la sensibilité
Ce qui, en nous, jamais n'abdique
capable de franchir tous les obstacles
et de traverser la mort
Une feuille sur une table de bois
où s'esquissent les danses
que dessinent l'âme et la main
Le cœur troublé par ce si grand désir de ciel
(Parfois) pas assez de silence au milieu des mots
pour hisser le poème au-dessus des bavardages et des cris
Ce que nous confie le poème
une manière d'habiter le monde
Un grand rire
et dans les mains un bouquet de fleurs
pour accueillir les malheurs
Dans l'écrin de la langue
Toutes les expériences de l'Homme
Essayant de nous tenir
là où réside l'innocence
Le cœur féroce à force de meurtrissures
Au-delà de la chance et du hasard
Au-delà même de toute volonté
Rien que des désirs défaits
au lieu du désastre du monde
Continuer coûte que coûte
jusqu'à la plus haute défaite
Au cœur du silence
malgré les bruits du siècle
Ce bleu étrange
qui habite le poème
pas si différent de celui du ciel
et pourtant
Rien que du sable et du vent
Et nos âmes un peu perdues
Et notre esprit qui n'y comprend rien
Tant de pas
dans le brouillard
jusqu'au plus lointain
A peu près rien
dans le grand bazar du monde
Mille gestes
Mille paroles
Mille pas
sans être sûr de rien
D'île en île
jusqu'à ce que l'océan nous engloutisse
Rivé au feutre et à l'infortune
malgré le poids du silence et de la lumière
Ajoutant des ombres et des affrontements
à ce qui se passe (magistralement) de la présence du monde
Au cœur du poème
des milliers d'étoiles
pour essayer de rivaliser avec la lumière
Dans l'épaisseur des jours
un peu de légèreté suspendue
au fond de l'âme
Mille baisers
plutôt que mille rêves
de monde et de lumière
(Sans doute) trop fidèle aux idoles
pour que le chant soit aussi beau que celui des oiseaux
Ces lignes
comme le monde et le temps
sans fin ni commencement
Lentement
glisser vers la nuit
sans savoir si les mots
seront assez lumineux
pour survivre à l'obscurité
Encore quelques lignes
pour dire l'adversité du monde
et le désarroi des âmes
L'esprit intranquille
avec au-dedans (bien) trop de pourquoi
En soi
tant de choses
et, peut-être, le mauvais sort
Au-dedans du rêve des arbres
ni homme ni hache
rien que le ciel et le vent
et le chant des oiseaux
Avec un peu de chance
les mots du poème s'écriront
sans prendre la place ni des gestes ni de l'âme
Le ciel
au fond du cœur
écrit à la craie
et que donnent parfois à voir
les mots du poème
Tant de servitudes sur la roche
accablant l'âme d'une bien lourde besogne
Dans le sillon de la parole
l'écume des rêves
et la pointe bleue du silence
A l'abri des assauts du siècle
au fond de notre terrier de silence et de mots
Fenêtre ouverte sur le monde et la douleur
Le cœur presque métamorphosé de l'Homme
au seuil de ce qu'il nous reste à découvrir
Derrière les barreaux du rêve
cette longue route qu'il nous faut emprunter
La figure poussiéreuse des mots
aussitôt qu'ils se couchent sur la page
Au cœur d'un ciel où tout semble si réel
alors qu'en ce monde tout se décline en rêves et en mirages
Laisser la lassitude tout envahir
jusqu'à effacer les derniers désirs
Une langue si étroite
qu'aucun ciel ne peut y entrer
Nos paroles ?
Des poignées de sable jetées
au milieu des étoiles
Hisser l’œil au-dessus du temps
et jeter la mémoire en contrebas
pour voir l'existence et le monde
comme pour la première fois
Quelque part
au milieu du bleu
là où l'esprit a encore bien du mal à se tenir
A la croisée du cœur et du monde
Aux origines de la pierre et du voyage
l'esprit au bord du jour
et l’œil qui rêve de devenir regard
La route toute tracée
sur laquelle zigzaguent les pas
sur laquelle quelque chose
cherche la fin du voyage
et sur laquelle le cœur découvre parfois
la possibilité d'un franchissement
Un chemin sur lequel le plus simple
remplace, peu à peu, tous les rêves du monde
De la couleur de la nuit
tous ces temples où l'on prie
tous ces cierges qu'on allume
tous ces autels devant lesquels on se réunit
Tant de bagages inutiles pour parcourir
cette distance qui nous sépare de nous-même
Qu'est-ce qui pourrait endiguer cette fièvre
de signes, de nouveauté et de surnaturel ?
Chaque jour
aller un peu plus loin
derrière la colline
et au fond de l'âme
Un rire immense
pour balayer le monde et les malheurs
Qu'y a-t-il au fond de la lumière ?
Et s'il y avait la source des possibles...
Sur cette pente étrange
en grand désordre
alors que la nuit s'installe
Au cœur d'un ciel sans appui
Entre le ciel et la boue
cette manière si humaine de vivre
Et s'il n'y avait rien derrière le mur du temps ?
En plein vent
là où l'âme est la seule alliée
Livré à la dérive et à l'errance
au règne de l'égarement (croit-on trop souvent)
là où il n'y a plus ni savoir ni volonté
Du ciel encore
un peu partout
et jusqu'au fond de l'âme
Seul
en ce lieu sans légende
où tout s'enlace en silence
où les yeux et l'esprit ont quitté la mémoire
où le poème est un aveu de tendresse
et où la vie et la mort livrent toutes leurs promesses
Du sable et des rêves
à perte de vue
et des ombres en plein sommeil
qui fouillent l'écume
à la recherche d'un trésor introuvable
Un gouffre et un appel
au milieu de ces milliers de mots
Habité et cerné par le mystère
Et même si l'on connaissait l'alphabet du temps
l'éternité et l'instant resteraient indéchiffrables
Jusqu'au point de bascule
où disparaissent tous les visages et tous les noms
Tant de possibles posés au-dessus des têtes
Et l'étroit passage par lequel l'âme doit se faufiler
Au bord de l’œil
le dehors qui essaye d'envahir l'esprit
L'Homme, la vie, le monde ;
terres des forces contraires
où tout aspire à se faire une place
Des bouts d'âme, de monde et de mots
formant au-dehors comme au-dedans
un sacré désordre
Danser jusqu'à tout mélanger
jusqu'à tout oublier
jusqu'à ne plus rien savoir
On entend parfois le chant des arbres
monter vers la lumière
Dans un coin du ciel
quelque part
quelque chose nous attend
Dieu, de la joie et de la lumière
Le cœur bleu et brûlé
là où le monde est passé
là où le ciel a résisté
Face à l'épreuve
ce qu'il faut de courage et d'horizon
De la couleur du jour
Nos gestes
Notre âme
Nos pensées
Nos paroles et nos poèmes
Quelques traces de ciel
sur le sable
là où nous avons attendu
sans trop piétiner
D'un cri à l'autre
D'une prière à l'autre
D'un poème à l'autre
selon notre sensibilité
Tant d'enfance et de feu
sous la chair innocente
Et si le royaume n'était pas le ciel
Et si le royaume n'était pas après la mort
mais était sur terre à cet instant précis
La lune froide
impassible
et de longues traînées de lumière
dans le ciel noir
Le cœur
depuis si longtemps
au milieu des débris du monde
résistant à l'ombre et à la corruption
cherchant à transformer l’œil plutôt que la boue
La langue parfois poussée
dans ses retranchements
pour dire des mots
couleur de ciel et de lumière
Dans les éboulis du silence
quelque chose
une voix sans doute
capable d'escalader le monde
de se hisser sur ses cimes
pour faire entendre quelques poèmes
Tant de possibles
malgré l'épaisseur de l'âme
et l'obscurité du monde
Le cœur essayant (assez maladroitement)
de dicter ses lois à un monde profondément dépravé
essayant de hisser l'Amour
au-dessus d'une immense pyramide d'appétits
La chair, le songe et le royaume
sous la même lumière
Ce monde
l'empire de la foule, des jeux et de l'ivresse
vitrine (effarante) des instincts de l'Homme
Grimper sur cette étroite échelle
posée au milieu des rêves et des étoiles
Dans l'épaisse chevelure du temps
ce que l'on suspend au-dessus
de l'interminable défilé des heures
Un peu de ciel et de chair
dans notre pauvre prière
Le corps et le cœur complices
aux portes du royaume
Des mots lancés
plus loin que le rêve
Du dessous le monde
comme si l'on appartenait au dedans de la terre
Au fond de la lumière
cet œil tranquille
parfaitement impassible
qui regarde les danses du monde
Au milieu des mots
la terre et le ciel
à la fois pente et refuge
Vers ce qui n'a de fin
On ne peut s'accrocher
ni au sable, ni au ciel, ni au vent
on ne peut que s'en remettre à leur volonté
Comme un vieux reste de ciel
que l'on porterait avec soi
Tant de possibles
dans cet étrange mélange
de ciel et d'instincts
Au milieu de l'ombre
Étreint par l'épreuve
La clé au fond de l'esprit
La nuit si bleue parfois
que l'on se croirait en plein jour
Sous le rêve
l'infini et la mort
un chemin vers la liberté et la lumière
Entre les mains du destin
qui nous fait traverser tous les gouffres
et nous invite, peu à peu, à apprivoiser le vide
Aux lisières de l'âme
tant de lèvres aimantes
tant de voix émues
et de perspectives infinies
Quelque chose
au cœur du silence
peut-être un peu de ciel et de lumière
Confiant
en dépit de la brièveté de la vie
en dépit de l'évanescence du monde
en dépit de l'instabilité des pierres
Le cœur parfois si épais
que la lumière ne peut le traverser
Et si autour de soi
il n'y avait aucun dehors
Au-delà du sommeil et de la fouille
le cœur et les mains libres
D'âme, de chair et de mots
notre existence singulière
Le cœur sans histoire
si près de l’œil
et du cri des bêtes
Hisser l'âme à la pointe des mots
Hisser les mots à la pointe du réel
Et d'un claquement de doigts
tout faire disparaître
A peu près rien
sinon la lumière
et le cœur qui bat
Tout accueilli
dans sa plus simple expression
Le cœur encore jonché de bruits et de mots
Le goût du monde et du secret
comme un vieux reste de désirs humains (sans doute)
Au creux de la paume
de la sueur et des taches de lumière
Au milieu du changement et des adieux
cette soif (inentamée) de permanence et d'éternité
Par-dessus les cimes des siècles
cette pente invisible
où les âmes glissent jusqu'au silence
Du sommeil et du mystère
dont nul ne parvient à se défaire
Nos yeux de papier
posés sur la nuit du monde
l'égarement des Hommes
et l'errance des âmes
Comme un étrange voyage
entre les yeux et la pierre
Bien avant qu'émergent les mots
ce qu'il faut d'âme, de monde et de silence
Ce qui compte ?
Notre posture sur la pierre
et le sourire de l'âme
lorsque personne ne nous regarde
Si seul
jusqu'à tout étreindre
Au bout de soi
rien
le vide que l'on a toujours été
Au-delà de la raison
le cœur silencieux
qui finit par épuiser
toutes les questions
Au loin
là où tout est si humain et si froid
le monde des ombres, des bruits et des jeux
et la nuit qui avale tout
jusqu'au désir de lumière
Entre le bleu et les yeux
le sommeil, la tristesse et l'essoufflement
qui favorisent ce brouillard
où tout se perd
qui efface les contours du monde
et rend aveugles les âmes
Des gestes nus
au-dessus de l'écume
qui tracent une route invisible
interdite aux rêves
Des larmes
le socle d'un monde sans mur
capable de laisser passer
le vent et la lumière
Dans cette effroyable angoisse du manque
comme un pas supplémentaire vers la désespérance
Le ciel encore
pour trouver le courage de résister à la barbarie du monde
et de se laisser transpercer par la douleur
L'oreille attentive à toutes les confidences de la terre
Au pied du mystère
les aveux du silence
et le règne (naturel) de l'Amour et de la joie
Comme des colonnes de lumière
sur ces rives sans édifice
où tout baigne dans le bleu du cœur
où les gestes et les poèmes échappent
à toute servitude
Au fond de l’œil
l'immuable
et les danses du monde
L'impasse du langage
au fond de laquelle s'amoncellent
tous les bavardages et tous les poèmes
Comme un repli
sur ces hautes terres
qui échappent au monde
Dans cette nuit si noire
qu'on ne distingue plus l'âme du monde
Le temps figé dans la douleur
comme une désespérance supplémentaire
Hissé jusqu'à ce silence
qui transforme les bruits du monde
en fleurs et en poèmes
Ce qui tourne
au fond de la tête
si puissant
que rien ne peut l'arrêter
Le parfum du jour
qui envahit le fond du cœur
Ce que le cœur susurre
à la parole du dehors
pour qu'elle ait la couleur du dedans
Certains jours
la joie et la lumière nous manquent (si cruellement)
Continuer à vivre
jusqu'à ce que tout devienne égal
Au fond de cette nuit
où les mots ont la couleur de la désespérance
Le poème est une échelle
sur laquelle l'âme parvient parfois
à se hisser jusqu'à la lumière
En un lieu
où le jour est le seul chemin
Ce qu'il manque aux mots
pour se mesurer au monde
Le cœur à sa place
Et les yeux grands ouverts
Un peu d'encre
et ce qu'il faut d'âme, de terre et de ciel
pour écrire un poème
Au fond de soi
des larmes
et enfoui plus profondément encore
un rire immense et brutal
Plongés dans le manque
tous nos sourires
et toutes nos prières
Des heures essentielles
qui vues de loin
ne ressemblent pas
à grand-chose
L'esprit à la fois nous projette au-dehors
et nous invite à regarder au-dedans
De la cendre et de la poussière
entre les mains du vent
ce qu'il restera de notre passage
Au fond de l'âme
ce qui échappe à l'adversité du monde
et aux griffes du temps
et l'ardeur nécessaire
pour aller vers la lumière
Sous les feuillages
le silence et le poème
Dans le livre ouvert
l'âme du poète
et tous les souffles de la terre
Là où la solitude est à son comble
une présence et des alliances inconnues
Ce qu'il faut d'intimité avec le cœur
pour approcher le secret
Si peu de lumière
dans les pas de l'Homme
Il nous faudrait des ailes
pour nous aventurer
au-delà des (pauvres) tribulations humaines
L'âme et la langue
parfois plus lourdes que le secret
Au large des mots
quelque chose comme un horizon
Assis au cœur de l'épaisseur
manquant d'air et d'ardeur
pour échapper à l'inertie de la mémoire
Mille mots à l'intérieur
qui se transforment parfois
en pauvre prière
Dans l'apparent désordre du visible
le parfait alignement de ce qui ne se voit pas
Au lieu de rire
de ce vent et de cette poussière
nous préférons croire et espérer
La trace d'un (très) ancien soleil
dans les tréfonds du temps
et dont la lumière
nous parvient quelquefois
Mille poèmes
pour essayer de dire
ce qu'est la vraie vie
en dépit des rires
et de l'obscénité du monde
D'un mot à l'autre
en un (seul) trait de lumière
Assoiffé de livres et de lumière
L'âme fouillée jusqu'à l'os
pour dire ce qui habite nos profondeurs
Comment parler de ce qui en nous
a réussi à faire silence ?
L’œil ouvert face à l'étendue
L'enfance gravée au fond du ciel
n'aura jamais empêché le sang de couler
Le déploiement du rêve
pour combler le vide de l'âme et du monde
Et pourquoi ne pas creuser la blessure
jusqu'au jaillissement de la lumière ?
Captif d'un monde
où même Dieu, la lumière et le vent ont été séquestrés
Et s'il y avait
sous la souillure et le sang
une absence triomphante
Personne sur ces pistes perdues
quelques pierres et nos pas
A veiller sous les étoiles
comme si la nuit pouvait s'achever
Devant soi
l'étendue des incertitudes
et notre cœur tremblant
cherchant sa route
vers le royaume invisible
Parmi tout ce sable
la source et le secret
et ce qu'il nous faut soustraire
pour accéder au sourire
(et consentir aux circonstances)
Dans le creusement de la soif
la source intarissable
Au cœur de la douleur et de la dévastation
ce qui ressasse et se plaint
et derrière l'obsession et les doléances
le vide, le rire et la lumière
A la cime du rêve
une chambre
un peu de chair
entourées de mort et d'infini
et la possibilité d'un tremplin
vers ce que porte le jour
Parmi les rebuts et la fureur
la parole nue
et l'innocence des fleurs
A glisser vers une nuit
où il n'y a que le sang et la cécité
le rêve et la suffocation
le dévoiement de l'âme
et l'égarement du cœur
Les yeux cernés par l'infini
alors que nous nous acharnons
(assez idiotement) sur la pierre
L'esprit et les mains
si près du ciel
et si proches de l'origine du mal
que le cœur a bien du mal à comprendre
Sous un soleil si vaste
que même l'ombre est devenue lumière
Dans la forêt enneigée
un feu et des traces de pas
quelque chose de l'épreuve et du poème
Si verticaux
l'ivresse, la lumière et la mort
et l'étroit passage qui y conduit
Des mots jetés dans la lumière
et la joie (toute simple) des mains en prière
Sur une route où le silence
se tient aux lisières
Au fond des bois
Le cœur lumineux
et un éclat sur le visage
comme si un soleil brillait à l'intérieur
Si incertain le chemin
qu'en un éclair
tout peut s'assombrir ou s'illuminer
Comme un silence dans nos profondeurs
et, sous le silence, quelque chose du chant originel
Les yeux fermés
à écouter le cri des bêtes
et sur nos joues, ces larmes
impuissantes à les délivrer
Une existence entière vouée
à cette quête discrète et obstinée
de la vie juste et du mot approprié
Au fond du cœur
cette intimité qui (nous) rend capable
d'étreindre (simultanément) le silence et le monde
Ce qui nous est offert ?
Un surcroît d'âme, d'Amour, de joie et de liberté
Tant d'horizons inconnus
sous les paupières et les pas
Jamais le réel
ne se laissera piéger par les mots
Captifs du rêve et du dehors
comme si l'esprit était un lieu fermé
Épris d'Absolu et de lumière, d'Amour et de poèmes
La tête entachée d'étoiles
suspendues à un ciel
qui n'existe pas
Des signes (très) laborieusement alignés
pour essayer de dire où mène le silence
Nous sommes le lieu traversé
par la vie, le monde, le désir,
la mort, l'illusion et la lumière
Le cœur silencieux
Le visage au milieu des pierres
L'âme qui loue la terre
Et la main qui écrit un poème
Comme un jour au-dedans du jour
tant la parole ressemble à l'aube
tant le monde semble lumineux
Quelquefois
des larmes et de la fureur
devant ce sang (tout ce sang)
que versent les Hommes
Ce qu'il faut d'oubli et de vent
pour balayer l'ignorance et la haine
et rallumer la flamme
de ce qui s'était, peu à peu, éteint
Rejoindre les hauteurs du monde
là où l'âme tutoie la lumière
là où les mots deviennent poèmes
là où tout a la couleur du ciel
Sur cette sente invisible
l'âme et l'encre
cherchant une voix commune
Tant de mots pour dire
la cécité et le manque de lumière
Apprendre au milieu des ombres
à se hisser jusqu'au plus digne de l'Homme
Au milieu des ombres de la forêt
si belles, si fugitives, si sauvages
Au fond de l'absence
une veille si ancienne
et des lèvres offertes
Dans notre terrier
au fond des bois
protégé par une longue
rangée d'arbres et de livres
Pas à pas
comme vont les jours et les saisons
Au cœur de ces mots
Tant de ciel et de sang
La nuit sarclée jusqu'au sang
Le jour hissé plus haut que les étoiles
Et toutes ces malheureuses promesses
tenues dans la main misérable de l'Homme
Au fond de soi
des questions aussi vieilles que le monde
Si haut le royaume
Et cet orgueil qui nous tire vers le bas
Rompre tous les cercles
pour que notre voix puisse s'élever
et parcourir la distance qui nous sépare du jour
Crier sous la lune
à la manière des bêtes des bois
Porter haut la parole
par-dessus les flammes et le vent
par-dessus la corruption et les agacements
afin de célébrer ce que l'on porte (tous) secrètement
Peut-être, au fond, ressassons-nous la même parole
depuis le commencement du monde
Une voix
et des traces de pas sur la pierre
D'une couleur à l'autre
le cœur changeant
Le cœur poussiéreux
à force de ne pas servir
Dans l'éloignement du nombre
Seul avec le ciel
A cette place étrange
où la marge devient le centre
Dans l'attente d'un jour
qui, peut-être, ne viendra jamais
Au fond de l’œil
toutes les couleurs du ciel et de la pierre
et cette ombre que dessine parfois le cœur en résistant
Et s'il n'y avait rien à savoir
Et s'il n'y avait rien à transformer
Seulement s'extirper du sommeil
Une voix née de la pierre
se hissant aussi haut que possible
pour essayer de retrouver le silence d'autrefois
Aussi rayonnants que le soleil
ces cœurs prêts à s'offrir
en ce monde privé de lumière
Au faîte d'une nuit
où seules l'horreur et les ténèbres sont célébrées
et où le secret restera peut-être à jamais
enfoui au fond du cœur
Le cœur éclairant parfois les mains
donnant aux gestes assez de lumière
pour retrouver une intimité
avec l'âme, la chair et le monde
Un monde étrange
où tout n'est que rêve et fureur
Les lèvres embrassant le jour et la terre
entonnant un chant
pour que le cœur puise dans ses profondeurs
assez de lumière
pour se réjouir de vivre sur la pierre
Des réserves de pulsions et d'images qui jaillissent
nous laissant impuissants, tristes et hébétés
Des traces dans le vide
comme des tourbillons d'air
quoi que nous fassions
Des croyances, des mensonges et des crachats
puisés dans les intarissables gisements de l'Homme
Au cœur de cette longue traversée de la nuit
des larmes, des mainmises et des humiliations
et quelques rares tanières pour échapper
aux monstres à la gueule béante
qui nous poursuivent sans relâche
Des traits capables d'extirper l'âme de sa cage
et de la hisser jusqu'aux lisières du ciel
Laisser notre voix dessiner
un ciel d'encre et de papier
comme une manière maladroite (sans doute)
d'accéder à un autre plus réel et impénétrable
La danse et le chant plutôt que le sommeil
Les arbres et les mots plutôt que le monde
Et qu'importe la couleur de notre cœur
Le cœur encagé
à force de refus et d'obscurité
Le cœur glissant, peu à peu, vers l'infini
Tous ces mots
Toutes ces vies
emportés par un déferlement de larmes
Toute une vie d'expériences et de mots
dont le monde se soucie comme d'une guigne
Un monde obscène
qui ne mérite
ni notre rire ni nos larmes
Des âmes démunies et divagantes
errant d'histoire en histoire
poussées par les vents du monde