ENTRE DIEU ET LA PIERRE (VOLUME 1)
Extraits du journal de l'auteur (2024-2025)
Un chemin
Sans interrogation
A la lisière de l'invraisemblable
L’œil vif et attentif
essayant de dénicher
le socle commun
sous les apparences
L'encre bâtisseuse (à sa manière)
Édifiant les possibles
Invitant la lumière
à se déployer dans la pénombre
Imprimant sur la page
le rêve des hommes
Œuvrant à l'exercice intime
Visant, peut-être, le plus précieux
Sans hâte
Au cœur de l'intimité
Au rythme du flocon qui tombe
Au rythme de la neige qui fond
Et qu'importe que la mort rôde
au-dessus de toutes les têtes
Sous le ciel depuis toujours
Notre destin au long cours
Sur la pente
L'âme dansante
Dans l'effleurement de l'invisible
Aux lisières du monde
Le cœur solitaire
Assis sous les grands arbres
Sous le ciel rouge
A l'ombre des frondaisons
Sur la pierre grise
Silencieux
Attentif à toutes les respirations
Le cœur tremblant
devant ce que l'on ne peut nommer
Le peu de poids du monde et des mots
A l'ombre du silence
Que dire de soi ?
Hormis l'essence et l'expérience du monde
Tout nous façonne
jusqu'à ce que nous soyons capables
d'échapper à l'usure
d'extirper des profondeurs
d'incroyables gisements
de dénicher l'infini et la lumière en des lieux
où ne semblent régner
que le dérisoire et l'obscurité
Le ciel et les saisons
Ce qui réjouit le cœur et les yeux
Habiter la terre et le ciel
à la manière des nuages
Un peu de bleu griffonné sur la page
Un peu d'encre offerte au monde
Un peu d'âme et de silence livrés
aux yeux attentifs
Manière de sourire
au milieu du sang et des cendres ;
et, pour les plus aventureux,
une invitation (peut-être) à se réjouir
de l'incertitude et de la précarité
Le cœur à l'ouvrage
Sur la pierre grise et glissante
Sous un ciel incertain
Aux lisières de l'homme
Et ce qu'il nous restera à parcourir
une fois la dernière frontière franchie
Le cœur labouré par les nécessités
de l'âme et du monde ;
et les exigences du mystère
Protégé par ce manteau de lune et de nuit
qui recouvre les épaules des vagabonds
qui n'ont pour gîte que la joie et l'abandon
Au milieu des arbres ;
jusqu'à ce que l'âme
devienne verte et verticale
Le cœur infini et silencieux
Traversé par les rêves et le vent
Acquiesçant à tous les voisinages –
à toutes les proximités ;
sans un seul battement de cils
Le cœur
sous l'emprise des appels et de l'ardeur
prêt à se mêler au monde
et à l'encre du poème
en dépit des malheurs et des malédictions
en dépit des risques de corruption
La prière humble et silencieuse
Sans génuflexion spectaculaire
Livré aux mains du ciel
et aux nécessités du reste
Nous construisant – nous différenciant –
nous entremêlant – nous défaisant
au rythme des courants qui nous traversent
Nous ; ici – si modestement
Actionné(s) – comme le reste –
par l'ardeur et les intentions
(énigmatiques) du mystère
Les bruits du monde – peu à peu – convertis
en murmure – en début de poème
dans la parfaite continuité du silence
Dieu au pied du monde
Laissant tout s'empourprer de honte et de sang
Laissant la terre et les astres
tourner selon leur inclinaison
Laissant tout arriver ; laissant tout se défaire –
silencieusement
Sur la route des voyageurs
Parmi ceux qui cherchent
des certitudes et des vérités
Parmi ceux qui affrontent
dignement l'inconnu
Parmi ceux qui ignorent
qu'ils sont en chemin
Face au même mystère
chacun avec ses interrogations
Le cœur creusé jusqu'au silence
Le chemin de la chair
Par là où passent les âmes
Par là où se dévoile le secret
Au cours de ce long voyage
où l'esprit doit apprendre à se familiariser
avec la peine, le silence et le vent
Dieu nous donnant la main
Nous apprenant l'importance du silence,
de l'étreinte, du partage ;
et la manière de respirer ensemble
Fenêtre sur le sable et l'infini
Terre des mondes
Lieu où s'invente l'inconnu
Au-dessus des rêves et du sommeil
Au-dessus du sang et des assassins
En dépit de la nuit qui dure
(et dont on peine à s'extirper)
Au chevet du plus fragile et du plus précieux
Manière – sans doute – de résister
à l'insensibilité et à l'aveuglement
contemporains
Traces de lumière et de voix
Sur le chemin
Dans la nuit de l'âme
Comme un chant ; une esquisse
initiés par un cœur immense
L'âme posée entre le jour et la nuit
Un pied sur chaque territoire
Au milieu du vide et du sang
Au cœur de la magie et du désenchantement
Le cœur serré – sans gloire
Comme enseveli sous des éboulis de pierres
Sous la pluie drue et le froid hivernal
Le secret tatoué à l'intérieur
recouvert de promesses et d'oubli
Bon qu'à perdre et à soustraire
Au milieu des apparences et des couleurs
Un hommage à ceux qui vivent humblement
au milieu des semences et des instincts
Apte(s) à tout porter jusqu'à la célébration
Sans (jamais) se soucier de l'envergure
des âmes et de l'intensité du chagrin
De ciel, de pierre et de vent
La chair, les choses et les âmes
Et le poids du cœur qui fait la différence
Le vivant sur fond de lumière et de nuit
Lieu de leurs noces perpétuelles
Si proche du rêve
Entre presque rien et presque tout
Au plus haut du miracle
Là où la terre est un soleil
A l’extrême pointe du monde
Là où l'âme et la main deviennent
plus proches du bleu que du sang
Le jour
Et le peu de poids du monde
Un peu perdu(s) au milieu des illusions
Une fenêtre immense sur la lumière
Au fond de chaque gourbi
A proximité du temps
La vie, la mort, le monde, le rêve et le sang
Circulant sur le même périmètre
Simultanément
Traversant et traversés
Au milieu des âmes et des ventres affamés
Sur cette terre tombée au fond de la nuit
Le cœur entendu
Comme trois coups frappés à la porte de l'âme
alors que tout est plongé dans le sommeil
Sous un ciel qui fait tout vaciller
Sur une terre bien peu propice
aux confidences et aux amours partagées
Le poids du cœur dans la parole
Fendre l'épaisseur du monde
à coups de tendresse et de tremblements
rien qu'avec un peu d'encre et de beauté
L'âme taillée dans la pierre
La tête comme un soleil noir
Et ce qu'il faut d'usure pour échapper à la nuit
Et ce qu'il faut d'ardeur pour tutoyer
la lumière
Le feu au fond de la langue
Pour aligner les signes et conjurer le sort
Comme un mirage
La main ouverte
L'âme digne
Juste au-dessus du miracle – peut-être
Seul et tressaillant
Face à l'Absolu
Le cœur exalté par les noces
du ciel et des saisons
Encore beaucoup trop homme – peut-être –
pour laisser entièrement le chemin décider
En ce lieu de réconciliation
où la main se tend
où le ciel descend
où la terre écarte les rêves et les étoiles
où tout se transforme en destin
Géographie de l'exil
Avec ses ciels et ses souterrains
Avec ses îles et ses lisières
Aux confins de tous les cercles humains
Étranger (de plus en plus)
à ces lieux de commerce
où tout est converti en marchandise
A ces terres sans ciel
où l'on ne se prosterne plus
que devant l'or et la richesse
Assez fou(s) pour vivre dans l'oubli du feu ;
et pour mourir sous un ciel sans Dieu
A errer sous le ciel
Sur un chemin dont très peu savent où il mène
A laisser venir
ce que d'Autres n'ont jamais attendu
A notre place
Dans ce haut lieu de la lumière
A genoux
Au milieu des malheurs
A regarder la mort tout emporter ;
les jours effacer les visages et les noms
Sous cette lumière qui se moque bien
de nos peines et de nos plaintes
La chair persécutée
de mille manières
par tous les appétits
Cet étrange face à face entre le ciel et le front
Si amoureusement, si aveuglément,
si asymétriquement
La lumière comme engourdie
au fond de l'âme
Dans les bras du ciel et de la solitude
Amoureusement étreint
Hissé sur l'autre versant de l'expérience
Là où tout se révèle sans importance
Des poèmes jetés sur le bord du chemin
Une parole livrée aux ronces et à la boue
Comme le monde – sans doute ;
quelque part – offerts à l'oubli
Détrônés par ce qu'on leur préfère ;
l'ivresse, le sang et la folie
Sur cette route qui s'éloigne
des lieux fréquentés
Manière (bien sûr) d'aller
au-delà de l'homme ;
Sur le versant le plus lointain de l'esprit
Au fond du poème
Quelque chose du temps qui passe
Et quelque chose de l'éternité
Des mots ; comme un collier de bruits
(pour les oreilles du monde)
Dans la nuit installée
Qui semblent si peu téméraires
Et qui invitent, pourtant, à traverser
le langage et l'obscurité
D'un seul regard
Ce que l'on sait
Ce qui restera
Et ce qu'il faudra abandonner
L'essence de la simplicité
Ce que nous cherchons à découvrir
et à expérimenter
Assis sur le sol
A écouter les fleurs, les nuages et les étoiles ;
la leçon inaugurale du monde
Sans arrêt ; l'émergence, la destruction
et le recommencement
Le cœur saillant
A travers la peau
Et ces étoiles glissées au fond de l'âme
Et la musique des hauteurs
qui nous accompagne
L'âme – toutes les âmes
Au milieu des rires et des loups
Couverte-s d'un long manteau de nuit
Cherchant la grâce
au milieu des pierres et des visages
Allant – à petits pas –
vers l'origine et le secret
Tout mêlé au jeu des contraires
et à la puissance des songes
De la terre noire au bleu du visage
Comme si l'âme était arrivée au bord du ciel ;
aux lisières de l'indicible
En quête d'une autre rive – d'un ailleurs
où l'on parlerait une langue nouvelle –
un lieu où le merveilleux remplacerait
la morsure (effroyable) des vivants
Inscrit(s) au plus haut de l'aventure ;
les mains tendues vers ce qui nous attend
Entre les mains malicieuses
du monde et du temps
Au seuil de l'invisible
Là où tout se transforme en sable
Là où tout est sensibilité et poème
Là où le chant remplace le tumulte
et les tourments
Là où nous sommes ; exactement
L’œil déjà ailleurs
et le cœur confiant
Loin du monde et des songes des hommes
Vers un autre rêve – sans doute
Sans rien porter
sinon ce sourire face à l'immensité
Sur cet étrange chemin d'os, de neige
et de rosée
A l'ombre de l'Amour qui veille
au parfait prolongement des destinées
Au milieu des ombres
Sans jamais s'inquiéter
du défilement des saisons ;
Sans jamais s'encombrer du temps des âges
A se frotter à tous les sentiers
Jusqu'à effilocher l'étoffe ;
jusqu'à déchirer la peau
Porté vers le secret et la lumière
Sans crainte des détours et des sortilèges
L'âme détachée du monde
Sans jamais s'écarter ni du ciel ; ni du chemin
Au plus fort de la tendresse
Cette danse avec la chair et la mort
Dans les bras d'un Dieu discret
dont on ne perçoit
que le silence et l'invisibilité
Retranché dans ce coin du monde
où la sensibilité et le sauvage sont célébrés
où l'arbre est l'égal de l'homme
où la bête est respectée
où la pierre ne sert qu'à s'asseoir
pour contempler
A l'écoute des murmures de la matière vivante
Quelque chose des lieux et du secret
Quelque chose de l'écume et de la trame
Rien de l'assise ; rien de la certitude
Comme du vent ; la vérité
Fidèle à l’œil qui voit ; au cœur qui sait
Au fond du cœur ;
le vide autant que l'évidence
Le cœur audacieux
qui ose renverser les perspectives ancestrales
qui ose faire tourner la roue à l'envers
qui ose inventer de nouveaux horizons
et qui peut mener au-delà du monde ;
au-delà même de l'homme
Réduit à cette lumière au fond de l’œil ;
et à ce feu indéchiffrable
Le regard posé
sur ce qui viendra après le sang
De la même couleur que le jour ;
celui qui traverse la nuit au bras de l'Amour
[insoucieux du monde
et si sensible à la lumière]
Au milieu de toutes ces âmes sans royaume
aux gestes si prévisibles
Et que les vents inquiètent
lorsqu'ils soufflent sur leur horizon
Le pas libre sur la corde
Vertigineusement
Au-dessus des rêves et du monde
Sans la moindre prétention
La seule consolation
Sans même le savoir
Sous la plus discrète des constellations
Dans la main d'un géant devenu soleil
L'âme vagabonde
Tournoyant dans toutes les farandoles
Guidée par les instincts et les aspirations
Survolant tous les paysages
en quête d'un nouveau chemin –
d'un nouveau visage
Le reflet de la lune dans l’œil ;
manière d'offrir un peu de rêve et de légèreté
à la perspective et à la matière
Laissant l'infini se mêler
à toutes les farces et à tous les drames
Notre vrai visage ; sous le masque du vivant
Le cœur innocent
Comme la fleur sur la pierre
D'herbe et de nuit
D'étoiles et de sang
Cette longue cape
sur l'échine des âmes endormies
Le cœur partagé entre le chagrin et la lumière
Sous les auspices du ciel
Se laissant guider par les vents, les rêves
et la rosée
Prêt(s) à s'offrir ; prêt(s) à succomber
aux plus impératives nécessités
Nous dévouant – comme nos lignes –
à ce qu'il y a de moins instinctif en l'homme ;
à sa part la plus précieuse – la plus haute –
la plus sacrée
Vivre à la manière du cœur qui bat
Aussi sensible à la douleur qu'à la joie
Sûr d'à peu près rien
Pas même certain
de la véracité de l'expérience
Et sans autre manière d'être au monde
Les yeux posés
sur le long défilé des vivants
le cours des choses
et la ronde du temps
Au cœur de la matière
Sur le territoire de l'homme
De la terre, de la roche, de la boue
Et ces cris (tous ces cris) qui montent ;
tentatives désespérées – sans doute –
pour s'extirper de ce trou
s'alléger, côtoyer le vent
se rapprocher du ciel et des étoiles
tutoyer les Dieux et la lumière
L'esprit nomade et le cœur vagabond
Eux si infailliblement voués au voyage
En dépit des escales (parfois nécessaires)
Toujours en chemin vers la lumière
La couleur des gestes ; parfaitement bleu –
en dépit de quelques restes de nuit
Si délicatement vivant ;
comme un sourire au milieu des malheurs ;
un peu de soleil au milieu de la nuit ;
une main tendue au cœur de l'hiver
Quelque chose de la beauté
au milieu des tremblements
Libres le vent et la voix
Tourbillonnant dans l’œuvre à vivre
Filant comme une flèche
Sans se soucier ni de l'écho ; ni de la réponse
Seul sur la pierre
Au milieu du ciel
A vivre en silence
Dans les bras de l'invisible ;
parfois secoué(s) – parfois cajolé(s) –
parfois blessé(s) – parfois soigné(s) ;
toujours étreint(s)
A travers l'écume bleue
Le voyage et le pas
Comme tous ceux qui – avant nous –
se sont frayés un chemin –
ont trouvé un passage –
au-delà des croyances des hommes –
à travers l'épaisseur du monde et du temps
Entre le sillon et la cime
Sur une sorte de sente silencieuse
parsemée de pierres et d'écume
Traversant tous les horizons jusqu'au bleu ;
jusqu'à la pointe de l'étoile
Un soleil entre les lèvres ; non pour dire
mais pour embrasser en silence
Au plus haut du bleu
Ce lieu où convergent tous les chemins
Qui éparpille les couleurs
Qui s'offre à tout ce que l'esprit a inventé
Comme des taches de ciel
Au milieu du sang
Au milieu des songes
Au milieu des cris
Au cœur de tout ce noir
qui, sans cesse, se réinvente
Comme si la lumière ne pouvait disparaître
De cœur en cœur
Dans ce manque (apparent) de Dieu
Sur la pierre grise
les vents du monde
Et cette tristesse silencieuse
au fond de notre cœur noir
au fond de nos yeux hagards ;
drapés de voiles – bordés de brume et de rosée
L'hiver à l'orée du visage
Toute une vie de labeur et de nécessités
Toute une vie de silence et de prières
Dans la chambre silencieuse du fond des bois
Sous les étoiles
Sur cette pierre si peu piétinée
Le cœur ouvert
Les mains en prière
Et les gestes enveloppés de lumière
Seul – si seul – sur la pierre
et sous le vent adverse
A l'écart des hommes
Cherchant les liens, l'origine et la lumière
Sans participer au grand cirque
Sans accroître l'obscurité de ce monde
Le long du ciel
Cet étrange chemin
peuplé de cris, de désirs et d'éternité
Au milieu des âmes
qui cherchent la lumière à tâtons
Sous les éboulis du monde et du temps
Le brouillon du poème
Ce qui s'élance si légèrement vers le ciel
Aussi haut que puissent le porter les lèvres
Sur la feuille blanche ;
ce mince filet d'encre et de sang
Abandonnant là quelques mots ;
quelques taches –
sur ce dérisoire temple de papier
Dieu plongé avec nous –
au cœur de la misère ;
au fond de l'épaisseur et de l'obscurité
Les corps serrés les uns contre les autres
Et les cœurs si lointains – si indifférents
Comme des enfants jouant à la vie
Avec des cris de joie
Et tant de solitude et de larmes aussi
Là où tout prend corps
à force de tendresse et de silence
Fragments d'âme et de ciel
hasardeusement assemblés
Au gré des images et des intuitions
Ainsi naît le poème
Comme la montagne et l'oiseau ;
ce cri qui monte et se perd dans l'immensité
Sur le sol
Sous les étoiles
Ce qui pousse vers la lumière
De la lumière
Jusqu'au fond de l'obscurité
Chemin de perte et d'éparpillement
Le temps du monde
Avant le silence
Phare minuscule
dans le grand jour sans nuage
Notre manière de nous tenir
au milieu du monde
et d'offrir une parole
qui n’intéresse personne
Sur l'épaule
Tout ce sable ; tout ce vent
A genoux sur la pierre
Éreinté par la charge
Le visage fermé
Tel un Sisyphe abandonné
par le monde et les Dieux
Portant sa mauvaise fortune
sur tous les chemins
Le cœur si innocemment craquelé
A force de rire et de soleil
A cet instant où les yeux se troublent
A cet instant où le cœur se cabre et tremble
A cet instant où le miracle remplace
le monde et le temps
Le cœur vaillant
Sous la lumière
Serrant la soif contre ses flancs
Transformant sa faim
Distribuant les richesses
trouvées sur le chemin
Offrant au monde la couleur des étoiles ;
et révélant aux étoiles les couleurs du monde
Laissant tout advenir ; laissant tout s'effacer
Au milieu des visages qui n'offrent
qu'un peu de nuit et d'indifférence
Dieu ; sous les apparences du monde...
Sans rien déplacer
Sans rien entasser
Le voyage
vers l'oubli et la nudité
Là où l'on s'incline
Là où l'âme se tient en silence
Le cœur tremblant
La main sur la poitrine
Le regard qui, peu à peu, émerge
au fond des yeux
Rien qu'un instant ; un peu d'éternité
Les traits si furtifs du monde,
du visage, du poème
A peine le temps de quelques larmes
A peine le temps de quelques rires
Que tout se dissipe – s'efface déjà
Les traits esquissés par le feutre sombre
Abandonnant un peu de lumière
sur le blanc de la page
(et dans les cœurs sensibles quelquefois)
Comme une flamme fragile
dans la nuit du monde ;
un modeste promontoire
pour contempler le ciel ;
un peu de tendresse ;
et un peu de sacré aussi – peut-être ;
en ces lieux qui ne célèbrent
que le profane et la grossièreté
A l'image du nuage et de la fleur
Aussi humblement présent
Ce qui aime
Et ce qui danse
Sans jamais s'arrêter
A travers la voix
Le silence
Et la respiration du monde
Quelque chose de l'homme et du ciel
Un peu de lumière – peut-être
D'une découverte à l'autre ;
jusqu'à l'impossible – jusqu'à l'impensable
Les yeux hagards
Les bras ballants
Comme si l'on attendait
(assez passivement)
le déploiement du rêve
Comme un rire
au cœur du silence
au milieu des vents qui font vaciller
Sous la même lumière
L'écume et le ciel silencieux
Jusqu'au délire ; jusqu'au grand n'importe quoi – cette ignorance monstrueuse
Enchaîné – opprimé – mutilé – exploité –
massacré ; ce qui vit sous le joug de l'homme
Des mots
Quelque chose
Un peu de ciel
Et le courage des bêtes
De passage sur ce sable
où tout semble si triste et si mortel
Ce que l'âme réclame ?
Que le cri transperce (réussisse à transpercer)
la pierre – l'épaisseur de la pierre –
pour atteindre le cœur de l'homme
L'âme sensible et brûlante
Le cœur austère et accueillant
Comme si l'on pouvait choisir son existence
Comme si l'on pouvait choisir sa voix
Un peu homme ; un peu poète – apparemment
Si proche du silence et du secret ; à présent
Là où tout est forêt
Là où tout est herbe et loups
Là où tout est passage
En ce lieu de grand vent et de sauvagerie
En ce lieu où les hommes ne s'attardent plus
Sans autre témoin que l’œil qui voit ;
que le cœur qui sait
Du côté des mains en prière
Sans savoir quel versant du ciel choisir
Sans savoir où aller
Se laissant porter par les vents de la terre
Au milieu des tremblements
Quelque chose de vivant
Comme un voyage vers tous les peut-être
Le bleu et le silence
Au milieu des visages
et des vents qui tourbillonnent
Le cœur transformé en refuge
pour échapper à la misère du monde
aux larmes et au règne du feu et du sang
S'abandonnant à ce qui s'offre
Se laissant porter par ce qui vient
La chair meurtrie par le monde
Et l'âme ébouriffée par la lumière
Le cœur à l'écart
Et le ciel contre la peau
A la manière d'une nuit désastreuse
Le règne de l'homme
Un peu de lumière sur le chemin des aveugles
Et un rire sur la comédie du monde
Sans parvenir toutefois à sécher les larmes ;
à apaiser les cœurs ; à orienter
les pas maladroits
Ce qui insiste – avec tant d'obstination –
dans le sang ;
tantôt la lumière – tantôt l'obscurité –
tantôt la tendresse – tantôt la cruauté
Au fond du reflet
Ce qui nous hante
La vérité incertaine et changeante
Au milieu des cendres, de la nuit, des étoiles
Sans savoir où poser les yeux
Sans savoir où poser les pieds
Veillant autant à se perdre qu'à aimer
Contemplant les flammes et le ciel
S'enivrant du parfum du vent
Devinant (parfois) les visages cachés
derrière le feu, les rêves et l'obscurité
Allant aussi loin que là
où nous portent l'âme et les mots
Au bord du bleu
A sentir le tranchant
de la roche et de la lumière
Le cœur toujours penché sur sa tâche
En dépit du silence
Sur notre assise
Sans tête
Et ce rire
comme un feu féroce
Une manière de faire fuir les hommes ;
et d'établir son royaume
loin des figures tristes et trop sérieuses
Comme un cœur noir creusé à coups de pelle
Nous réduisant à vivre à l'ombre des choses
dans l'arrière-monde du plus intime
Cette lumière
qui se redresse lentement (très lentement)
au fond du cœur endolori
Embrassé le destin terrestre
avec son mystère et ses sacs de pierres
avec ses accolades et ses trahisons
L'essence même du Divin
dans le bleu de la blessure
Sans rien savoir ; sans rien attendre
Loyal et obéissant
Au cœur de la chambre de la forêt
La porte ouverte sur la vie sauvage
La tête sous les feuillages
Le dos appuyé contre un tronc
Le séant posé sur la pierre
Dans le (joyeux) tutoiement
de la terre et du ciel
L'âme (parfaitement) heureuse et apaisée
Au fond de l'âme, du souffle et du sang
Le secret du vivant
L'aube ; jusqu'au fond des yeux
L'âme à portée de lumière
Dans ce perpétuel aller et retour
entre la terre et le secret
La main promise au monde
Le pas au vent
Et l'esprit au ciel
Si sensible à ce qui est vivant et à la tendresse
de ce qui se déploie au fond de l'âme
Devant un Dieu invisible
Nu
Sans masque
Sans souveraineté
(sans la moindre souveraineté)
Comme un drap qui flotte au vent
Comme un arbre face au ciel
Au bord (tout au bord) des rives de l'enfance
Le cœur simple
Ne demandant rien au monde
Ne demandant rien à personne
Ne cherchant pas même un réconfort
auprès du ciel
Laissant les circonstances décider
Laissant le destin se dessiner
Au-dessus du front
Ce qui célèbre la terre, le ciel et le vent
Au cœur même de la parole
Le lieu où le monde s'estompe
Le lieu où le temps s'étiole
Le lieu où l'invisible (parfois) se révèle
Sous l'apparence du monde et du temps
L'incroyable puissance
Et l'inconsistance des choses
L'existence ; à la manière d'un nuage
Et pas davantage
Sans autre horizon que l'infini
Ce qui se déverse ; et ce qui nous pénètre
Selon l'inclinaison du cœur
A l'ombre d'un ciel sans rival
Là où plus rien n'est certain
Ni le monde ; ni l'existence
Pas même la lumière
Hors d'atteinte
Comme si quelque chose – en nous –
était inaltérable
Si furtivement ; la chair, le monde, le rêve
Comme une brève apparition
sur le socle éternel
Dépossédé(s)
Nous défaisant – peu à peu
jusqu'au plus parfait dénuement
Comme le plus grand
(et – peut-être – le plus insensé) des présents
Vers la plénitude et l'effacement
Rive après rive
Monde après monde
Tournoyant et nous transformant
au gré des nécessités et des apprentissages
Dans le tumulte des jeux
Au milieu des âmes indifférentes
Sur cet interminable chemin
Ce qu'il (nous) faut abandonner
pour rejoindre l'innocence
Le cœur inaltérable en dépit des coups
Au cœur même de la lumière
Le noir, l'épaisseur et l'opacité
Qui aurait la bêtise de croire
que l'on pourrait avilir, souiller,
corrompre le bleu de ce monde ?
Le feutre qui s'évertue
à dessiner les contours de l'infini
esquissant peut-être quelque chose
qui ressemblerait à l'homme,
au monde, au Divin
Dieu ; en dépit de l'indifférence et du dérisoire
Au cœur de la forêt
La lune rouge au-dessus des cimes
Sur tous les horizons ; par tous les chemins
la beauté et la poésie
Sans question ; sans réponse
Nous abandonnant aux larmes
qui coulent (presque) sans raison
Si furtivement
L'existence
Le temps (à peine) de tenter sa chance
de vivre quelques expériences
d'ouvrir son âme à la beauté
d'écrire quelques poèmes
d'approcher (un peu) l'innocence et la vérité
d'offrir (à ce/ceux que l'on rencontre/nt)
toute la tendresse que le cœur contient
En dépit des ombres
En dépit des peurs et des épreuves
En dépit des obstacles
En dépit de l'incertitude
En dépit du monde et du temps apparents
Cette joie, cette tendresse, cette confiance
que rien se saurait ébranler
Sans carte, sans territoire, sans personne
La géographie de l'exil
Des interstices et des recoins
dans les marges laissées par les hommes
Laissant arriver tous les malheurs
les laissant colorer les âmes
puis, les laissant disparaître
Quelque chose (à la fois) du ciel,
de la brindille et de l'oiseau
Ce qui nous accompagne
Comme l'écho du temps qui passe
Sous la clarté promise
A vivre le jour
Sans un mot
Sans espérance
Portant le miracle comme une cape
Sous les caresses de ce qui, autrefois,
nous accablait
Les mains plongées dans le ciel terrestre
A la manière des arbres et des nuages
A la manière de la rosée et de l'oiseau
L'âme hissée au-dessus des hommes
En dépit du cœur laissé au milieu du sang
Vêtu de larmes et de joie
Les seuls habits de l'âme
Et la tendresse – en soi –
pour accueillir et prendre soin du reste
Agenouillé face au monde
comme face au secret
Porté ailleurs ; plus haut – peut-être
Loin des plaies et des charniers
Loin de ceux qui souffrent
Loin de ceux qui crient
Loin de ceux qui crèvent
Enfoncé jusqu'au fond de ce regard
où tout prend place, où tout prend fin,
où tout s'efface
Ni monde ; ni chemin
Du sable et du vent
Et, parfois, un poème
Et, d'autres fois, une main tendue
Pas grand-chose en vérité
Debout sur la cendre
Au cœur du secret – peut-être
On est ce qui n'existe pas
A peine quelque chose
Comme un (très) léger bruissement dans l'air
Le corps promis au reste
L'âme à la roue de la fortune
Et l'esprit à la pleine lumière
Si proche de l'invisible
que notre visage disparaît parfois
Le bleu à l'intérieur
Et la fragilité de la fleur
En dépit des voiles
qui recouvrent les yeux et la lumière
En dépit des résistances
En dépit de l'épaisseur
Ce qui frémit – en soi ;
et qui nous enseigne et nous déconstruit
Un peu d'infini
Et ce liant pour nous assembler au reste
Et cette éternité au fond du cœur
L'esprit porté bien au-delà
des ambitions humaines
L'encre si légère
chargée d'assez de lumière
pour contrebalancer le poids
et la couleur du monde
Manière de donner à la voix
l'ardeur d'une flèche
capable de transpercer la chair
et d'atteindre le ciel caché derrière l'épaisseur
Le visage hissé au-dessus des servitudes
Comme si une île – un monde – un royaume –
émergeait de l'épaisseur horizontale
Les lèvres ruisselantes
et ce qu'il en sort
livré (à la fois) au silence
et aux bouches bavardes
Qu'importe que l'on ait
le cœur et les yeux ouverts
Au milieu des fleurs et de la rosée
De la beauté, de la tendresse, de la poésie
Tout ce dont le cœur a besoin
La paume sur la pierre
Le feutre à la main
Sous le ciel immense
Au cœur de la forêt
Les mains à l'ouvrage
L'âme sensible
Le cœur engagé
Mais l'esprit affranchi des affaires du monde
Personne ; ici-bas – sinon des silhouettes actionnées par une main mystérieuse
D'un seul trait
La vie, la mort, le poème
Parmi les fantômes
à la vie monotone, inchangée, illusoire
Guidés par la peur et la pusillanimité
Le manque accroché au cœur
Le manque partout ;
jusqu'au fond du cri que l'on tait ;
jusqu'au cœur des crachats que l'on ravale
L'aveuglement et la couardise
qu'aucun geste – qu'aucune parole –
ne saurait soustraire à la misère de ce monde
Comme un chant lointain ;
né du plus intime – sans doute
Bruissant et circulant
Faisant frémir les âmes sensibles
Portant au sublime ;
et – quelques fois – y conduisant
Au cœur de l'imperfection
Au cœur de l'inachevé
Parfaitement joyeux et vivant
Allant sans rien atteindre ; sans rien rejoindre
Pour la simple joie d'aller ;
de traverser les mondes et les existences