QUELQUES JOURS EN MA COMPAGNIE (VOLUME 3)
JOURNAL (2025)
Vendredi 11 juillet
Un long désapprentissage
En dépit des apparences, il n'y a rien à craindre en cette vie. Tout ce qui nous est donné à vivre (rencontres, événements heureux ou douloureux, séparations etc etc) nous est nécessaire pour nous défaire de nos croyances et de nos idées sur le monde, sur les autres, sur la vie, sur la mort, sur nous-mêmes. Ainsi nos expériences nous amènent, de manière progressive ou brutale, à éroder nos représentations*. La perte peut s'avérer difficile à vivre sur le moment mais elle est indispensable si l'on aspire à faire face au réel avec un regard lucide, ouvert et innocent...
* un peu comme nous avons cessé, un jour, de croire au père Noël...
Infiniment
Là où le cœur devient le seul horizon
Là où le destin s'accomplit
Une attente inutile
Il faut bien souvent attendre un événement douloureux, une catastrophe ou un drame collectif pour que ressurgisse cette fraternité qui sommeille au fond du cœur...
Sensibilité
A proximité de la cruauté
L'âme qui se rétracte
Et ces larmes que ni les victimes
ni les bourreaux ne verront couler
Sentiment d'incomplétude et gesticulations
Être se suffit à lui-même et pourrait parfaitement nous contenter mais, en général, nous ne savons nous en satisfaire. Aussi se sent-on obligé d'y ajouter mille choses superflues ; des activités, des mouvements, des bruits, des êtres, des pensées, des émotions etc etc. C'est notre incapacité à ressentir la plénitude de l'être la cause de toutes nos gesticulations. Cette inaptitude vient de notre manque de sensibilité à ressentir la porosité du corps, du cœur et de l'esprit et de notre impression d'être une entité indépendante et séparée du reste. Cette perception nous oblige à surajouter frénétiquement à l'être mille choses pour nous sentir vivant, pour nous sentir exister.
Fatigue
Au-dehors
Le cœur harassé
Depuis trop longtemps – peut-être...
Alexis Jenni
« (…) l'air que nous respirons est le souffle d'autres êtres vivants, et ce dont ils se bâtissent est tiré de notre souffle. Notre réalité, c'est la vie d'autrui. C'est lui qui crée la matière de ce que nous appelons notre monde ; nous ne pouvons vivre que de la vie des autres ; la vie des autres est mon milieu, il m'accueille et je l'alimente. »
Une tendresse débordante
Lorsque le cœur devient réellement sensible, tout nous émeut et nous bouleverse. Tout devient intime comme si l'âme des êtres et des choses (de tous les êtres et de toutes les choses) se révélait. Et le cœur se gonfle naturellement de cet Amour incroyable... et l'on voudrait aider tout ce qui existe et partager avec tout le monde ce débordement de tendresse.
Enzo Bianchi
« On a le cœur tellement plein de Dieu qu'il déborde. »
Un étrange labeur
Le cœur déployé
absorbant toutes les résistances
se frayant un passage
au milieu des obstacles
jusqu'au fond de l'âme
et continuant ; et continuant
transformant tout en sujet de son royaume
Savoir silencieux
Les lèvres closes
De plus en plus
à mesure que l'on sait
Minimalisme
Gestes et sourire seulement
Intériorité sylvestre
Le cœur vivant
Dans la chambre de la forêt
Si proche de l'âme des arbres
A la merci du ciel et du monde
Ce que l'on en fait...
La parole
comme une fleur à peine éclose
comme une étoile en plein ciel
offrant sa beauté, sa lumière, son abandon
quelque chose comme un miroir
qui éclaire, indiffère ou éblouit
celui qui la reçoit
(selon la posture de son âme)
Une violence sourde
Lorsque l'on entend hurler une tronçonneuse, je crois que tous les arbres savent très bien ce qui est en train de se passer. Et je suis sûr que si l'on était plus attentif, on les entendrait crier...
Monstre affamé
Peu à peu dévoré
Comme si le monde était un ventre
Mélange
Sans cruauté
Le sang qui passe d'un corps à l'autre
Et le souffle qui jette partout sa semence
pour que dure la vie
pour que dure la danse
Un campement provisoire
Assis sur un étroit sentier. Notre barda étalé autour de nous. Sac à dos, sandales, bâton, carnet, feutre et livre et, indispensable en cette période estivale, une bouteille d'eau.
Hors du monde humain
Loin des murs et du sommeil
Auprès des arbres et des fleurs
A l'ombre de ceux qui peuplent la forêt
Au fond de leur royaume
Là où seul le ciel est souverain
En un lieu tranquille
Assis là sans autre activité que respirer, contempler et ressentir. Si proche de l'être que je ne suis pas disposé à m'investir dans la moindre occupation. De temps à autre, j'interromps cette impassibilité pour noter quelques lignes sur mon carnet. L'après-midi passe ainsi dans la quiétude et le silence. Loin du bruit et de l'agitation des hommes.
Christiane Singer
« Ma vie est devenue simple. Je n'ai plus aucun concept ni représentation. Je rencontre ceux qui me rencontrent avec une innocence de moineau. »
Rencontre vespérale
Hier soir, un jeune renard efflanqué est passé devant la porte de la roulotte. Je l'ai regardé avec tendresse s'éloigner sur la piste forestière.
Réceptacle
Au plus près du cœur
Ce qui nous traverse
sans autre raison d'être
Un exercice plaisant
Comme il est doux et savoureux de noter ce qui nous traverse.
Salmigondis
Le cœur de l'homme
si étrangement agencé
où tout se mélange
au sommeil et au miroir
Une civilisation inspirée
Si l'on s'inspirait des arbres pour créer une société humaine, celle-ci serait silencieuse, pacifique, solidaire, frugale, résiliente, autonome, patiente, tranquille, confiante et belle...
Comportement et environnement
Pour être respectueux des êtres et des choses, il faut évoluer dans un environnement hospitalier. Dans un univers qui nous semble hostile, on ne se soucie que de soi et on n'aspire qu'à parvenir à ses fins. Faites-en l'expérience, allez dans un lieu qui vous semble particulièrement inhospitalier – un quartier fréquenté par des individus violents et malintentionnés ou une parcelle de forêt embroussaillée et épineuse peuplée d'animaux dangereux ou d'insectes vibrionnants où l'on ne peut se frayer un chemin qu'à coups de machette – et vous verrez que quelque chose en vous se contractera et que vous n'aurez qu'une idée en tête, vous, votre confort et/ou votre survie. Impossible en ces lieux de se soucier d'un autre que vous... En revanche, dans un environnement plaisant et accueillant (et si, bien sûr, vous n'êtes pas contraint par le temps), quelque chose en vous se détendra et vous pourrez – si vous êtes suffisamment sensible – vous montrer attentif aux autres êtres et respectueux de ce qui vous environne...
Ce qui fonde le monde
Ce sont essentiellement nos peurs et nos représentations (et les attitudes qu'elles engendrent) qui font que le monde est ce qu'il est...
Jonglerie
Dans la même main
Le monde, le temps, la mort
Et dans l'autre ; l'oubli
Samedi 12 juillet
Modeste artisan
Humble artisan de l'être et des mots qui, chaque jour, reprend son travail, peaufine l’œuvre en cours, rabote tout superflu. Jour après jour, dans son modeste atelier où se façonnent l'âme et les livres.
Aux confins
Immobile dans le vent
A la lisière du geste
Le cœur au bord du recommencement
Morne routine
Le mystère et le vertige de vivre si souvent arasés par les habitudes du quotidien.
L'énigme du Divin
La plus haute figure
traversée elle aussi
par le mystère
Respecter le vivant
J'éprouve un si profond respect pour le vivant que je n'arrache jamais volontairement (sauf, bien sûr, pour me nourrir) le moindre végétal (y compris ce que l'on appelle les mauvaises herbes), ni ne tue intentionnellement le moindre animal (y compris les insectes) excepté les moustiques et les stomoxes lorsqu'ils m'assaillent*.
* Et il arrive aussi, je dois le reconnaître, qu'un revers de la main un peu appuyé envoie au tapis une mouche un peu agaçante (qui vient me chatouiller la peau toutes les 5 secondes). Mais rassurez-vous, en général, elle est sonnée mais elle s'en sort...
Issa
« Ne tue pas la mouche
vois comme elle tend
vers toi les pattes »
Parmi ceux qui protègent...
Auprès des gardiens du seul visage
Sur des terres fertiles
Est-ce que les pensées sont comme des graines qui volent au vent et qui se mettent à pousser lorsqu'elles rencontrent une terre favorable ?
Un peu infantile, non ?
Il est fou de constater qu'il suffit que l'on s’intéresse (un peu) à nous pour se sentir joyeux. D'où vient cette inclination un peu enfantine ? Ne nous aimerions-nous pas assez pour compter ainsi sur le regard d'autrui ? Aurions-nous besoin d'un tiers pour nous sentir dignes d'être aimés ?
Pour soi
Alors que tout se rue
Alors que tout se jette
Aller à son rythme
Vivre avec attention et tendresse
Rester tranquille
Laissons faire, laissons faire... Ou, dit autrement, foutez-vous la paix et cessez de vous préoccuper du monde !
Acte involontaire
Rien ne se décide ; ça a lieu simplement...
Nomade sédentaire
J'ai toujours eu l'âme vagabonde et le cœur casanier. J'aime découvrir des horizons nouveaux en restant chez moi. Voilà pourquoi je vis en roulotte...
Repères
Auprès des arbres
L'âme, la pierre et l'invisible
Toute notre géographie
Magma informe
C'est incroyable – et un peu monstrueux aussi – ce réel ; tout ce vivant enchevêtré !
Abris
Sans autre refuge que le cœur et le silence...
Et si l'on devait mourir bientôt...
S'il nous restait 2 heures, 2 jours, 2 semaines, 2 mois ou 2 années à vivre, que ferions-nous ? Cette échéance intensifierait-elle l'instant ? Parviendrait-on à goûter pleinement la saveur de la vie et à contempler le merveilleux du monde ? Vivrait-on l'abolition, le déni ou l’accélération du temps ? Ressentirait-on une forme d'urgence ? Serait-on trop abattu et désemparé pour apprécier ce qui est offert ? Qu'abandonnerait-on sans la moindre hésitation ? Jetterions-nous toutes nos forces dans ce si peu de vie qu'il nous reste ? Préparerait-on la mort et l'après-mort ? Et s'il n'était pas nécessaire d'attendre cette échéance pour vivre réellement et faire ce qui nous tient à cœur...
Au-delà du piège
Rien que de la vase
Les corps qui s'enlisent
Le cœur qui s'enfonce
Au bord de l'asphyxie
Et le rire des âmes
posées au-dessus des tragédies
Christiane Singer
« Est sauvé depuis toujours ce que nous avions pourtant vécu avec tant de négligence ! »
Étrangement pourvu
Nous sommes à la fois si bien équipés et si mal armés pour cette vie et ce monde...
Sans limite
Au bout de soi ; quelque chose encore...
Entre-deux
Entre plénitude et insatisfaction. Entre, d'un côté, le vide inconfortable et, de l'autre, le sentiment de complétude. Oscillant sans cesse...
Agir
Il est passablement ardu de demeurer sans la moindre activité ; le « faire » occupe une si grande place dans nos vies...
Ce qui s'offre
Des pages comme une main tendue. Un peu de soi, un peu d'humanité. Et, parfois, un peu de lumière...
Des êtres hybrides
Nous sommes à la fois conscience et énergie, immobilité et mouvement, contemplation et action, témoin et acteur. Une entité (plutôt un système) hybride, un entre-deux changeant et instable. Et il convient de respecter ces 2 composantes de notre être fondamental.
Évitement
Tout ce que l'on oppose au mystère
au lieu de plonger dans ses profondeurs
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Il convient de vivre sans embarras.
Une très ancienne aspiration
J'ai toujours aimé les pensées d'ordre général. Enfant déjà, j'aspirais à trouver les lois fondamentales du monde, de la Vie et de l'existence humaine et, à travers elles, l'essence du réel. Bref comprendre ce que nous sommes...
De l'autre côté
La chair et le mot jusqu'au délire
Alors que derrière les apparences
règnent le silence et l'invisible
Intériorité plurielle
Je suis multiple ; et tous mes interlocuteurs sont à l'intérieur...
Impossibilité
Le cœur interminable
dans la boue épaisse du monde
transformant la terre
Sans jamais parvenir
à recouvrir parfaitement l'étendue
Non dénaturé
Ce qui me réjouit : toutes les choses naturelles. Ce que notre civilisation n'a pas réussi à corrompre...
Transformation
Nous effaçant depuis l'intérieur
Aspirant tous les cercles concentriques
jusqu'au noyau
pour devenir, peu à peu, les alentours
puis, le reste
Un monde qui change...
J'ignore si c'est lié à mon âge ou à l'évolution actuelle du monde – sans doute les 2 – mais l'époque m'est de plus en plus insupportable ; cet individualisme forcené, cet égoïsme, cet irrespect, cette violence, ces incivilités, cette impatience, cette consommation effrénée de distractions, ces écrans qui ont tout envahi. Tout cela me semble odieux, abject et absurde. On vit dans un monde hostile et dégénéré ; et au sein d'une civilisation qui ne l'est, sans doute, pas moins...
La vie et l'être humain ne sont pas sans ressource mais si cette tendance persiste (ou se renforce...), je crains le pire pour les générations à venir. Mon seul espoir réside dans les tentatives actuelles d'inventer de nouvelles façons de vivre ensemble et de nouvelles manières de travailler et de consommer fondées sur une relation aux humains, aux non-humains et à l'environnement plus complexe, moins hiérarchique et plus respectueuse telles qu'essayent de les mettre en œuvre celles et ceux qui s'investissent dans les ZAD (Zones A Défendre).
L'homme
Plus enclin à édifier qu'à effacer ;
à amasser qu'à soustraire ;
à jouir qu'à aimer ;
à séparer qu'à rassembler ;
Du côté de la tête et de la pierre
plutôt que du côté de la tendresse et du cœur
Étrange inclination
A jouer à côté du secret
comme si l'on préférait le rêve à Dieu
John Muir
« Avec l'âge, les sources de plaisir se ferment l'une après l'autre, mais celles de la Nature ne se tarissent jamais. »
Dimanche 13 juillet
A l'abri
Le cœur épargné par la cruauté de l'âme et du monde.
Condition préalable
Ce qu'il faut d'effacement
pour habiter l'invisible
et témoigner du merveilleux
Hauteur
Par-dessus l'accumulation des choses et du temps...
Brume
Sans plus savoir ce que nous sommes
Sans plus savoir ce qui est là ; ni ce qui perçoit
Comme englouti par le rêve
Senna
« Un oiseau solitaire
pour compagnon
sur la lande desséchée »
Si proche
Au plus près d'une lumière qui, sans cesse, nous appelle ; qui, sans cesse, nous invite et que, sans cesse, nous ignorons.
Au cœur de l'écoute
Comme installé au cœur de l'écoute ; là où tout devient intime...
Retour à la source
Simple et sans importance
Comme une feuille morte
laissant le vent l'emporter
où bon lui semble
Vers la terre et le ciel
simultanément
pour retrouver l'état de l'origine
Ce qui vient
Au milieu des herbes et des feuillages
La fenêtre ouverte sur la forêt
Le monde niché au fond de l'âme
Laissant le silence et la joie s'approcher
Auto-portrait
Une solitude silencieuse
L'âme et le verbe ardent
L'encre et le geste généreux
Affligeante gravité
La vie est si joueuse et si joyeuse ; et les hommes l'ont oublié. Il faut voir leur air grave et sérieux, croire dur comme fer à leur existence, s'enorgueillir ou se lamenter de ce qu'ils font, traîner partout leur tristesse, leur ennui ou leur agitation... Quel affligeant spectacle !
Assuétude
Tenace et silencieux
A marche forcée
Allant jusqu'à l'épuisement
Otage des obsessions de l'esprit
Jusqu'au dernier souffle de vie
Farce
Et si rien d'autre que le rire ne comptait...
Apparence trompeuse
A propos du ciel
Quelque chose de discret et de délicat
En dépit de l'immensité
Facilité
Au milieu des rêves des autres que par paresse ou avidité on a fait siens...
Rêve versus imaginaire
Se rappeler que la tête est le siège du rêve
et qu'il existe un imaginaire bien plus vaste que le réel
L'existence humaine
De la chair, du désir, du sommeil et du rêve. Voilà à quoi se limite, bien souvent, la vie de l'homme.
Jeu des confins
Nous balançant
aux hanches du temps
Jouets du monde
et jouets des dieux
Lancés jusqu'au plus haut
Lancés jusqu'au plus loin
Frôlant le plus intime
Et allant parfois même jusqu'à effleurer l'infini
Une juste présence au monde
Artisan de l'être (si l'on peut dire) qui « travaille » à partir de ce que nous sommes et de ce qui est, ne façonnant rien d'autre qu'une juste présence au monde parfaitement adaptée à l'instant et aux circonstances. Mon Dieu ! Quelle ambition !
Apprentissage
Ce qu'il faut d'humilité
pour apprendre à vivre
pour apprendre à être
Rencontre quotidienne
Assis à ma table de travail. Devant une feuille blanche. Ainsi s'offre, chaque jour, une rencontre avec ce que je porte et ce qui me traverse ; un dialogue peut-être... Quelque chose qui n'est pas personnel et qui s'invite ou qui s'impose et qui initie une parole que, parfois, je prolonge...
Guidance
Dans la main
le feutre tenu par l'âme
Et au fond de soi
ce qu'il faut de rire, de silence et d'effacement
pour dire le monde comme il va
Un peu de métaphysique
Comment vivre l'Absolu ?
Porte dérobée
S'abandonner
sans doute – la plus juste manière
d'entrer dans le jeu de la vie et du monde
et de se laisser porter par ce qui est offert
Confident
Si proche du monde, des choses et des visages que tout nous confie ses secrets...
Gratitude
Merci, merci, merci
Sans propriétaire
On offre ce qui n'appartient à personne.
Heidegger
« Le penseur dit l'être, le poète nomme le sacré. »
Impénétrable
Dans la volonté du mystère...
Endormi
Il ne sert à rien de connaître le nom de toutes les choses de l'âme et du monde pour sortir du sommeil. Et d'ailleurs, bien souvent, le savoir ne réussit qu'à nous y plonger tout entier...
Questions
Tant de pourquoi sans réponse...
Le Divin terrestre
Le mystère si près des fleurs
si près des pierres
que l'on doit pencher son cœur sur la terre
oublier le ciel (pendant quelques instants)
pour regarder les fols élans
de ce qui en paraît le plus éloigné
Dieu s'y cache ; Dieu nous y attend
Si proche
Dans la connivence du plus intime
Lundi 14 juillet
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
Il ne s'agit pas d'être, selon l'expression consacrée, un « grand homme » (ou une « grande femme ») mais d'être pleinement ce que l'on est avec les caractéristiques et les prédispositions que la vie nous a données. Faire de son mieux pour que ce qui nous a été offert se déploie dans sa pleine envergure. Il n'y a rien d'autre à faire en cette vie : seulement devenir parfaitement soi-même.
A même le territoire
Sur la même carte
L'âme, le ciel, la vie
avec des légendes annotées
de nos propres mains
Et si c'était la dernière fois...
Le goût incomparable et (un peu) nostalgique des dernières fois. Presque toujours teinté du regret de ne pas avoir apprécié à sa « juste valeur » des instants, des gestes ou des activités qui nous ont toujours semblé bien ordinaires...
Jamais hors de soi
Il n'y a de dehors
Tout est à l'intérieur
Oisiveté
Heureux ceux qui ne font rien ; ceux qui ne possèdent rien...
Perché
Si irréel
le monde
du haut de l'esprit
Discret labeur
Le « vrai travail » de l'homme est invisible. Il se réalise en secret au fond du cœur...
Cercles et issues
Qu'importe les visages et les lieux
Qu'importe les circonstances et les saisons
Tout nous accompagne
Tout est passage et initiation
Trajet
Certaines paroles nous pénètrent jusqu'à l'éblouissement. Jusqu'à l'ivresse. Jusqu'à l'extase.
Ce qui se dit
Le cœur au fond du chant
Le plus intime exprimé par le poème
Une perception déformée du réel
Pour la vie, il n'y a ni événement majeur (ou déterminant) ni événement dérisoire (ou insignifiant). Il n'y a aucune différence entre un papillon qui butine une fleur et la crue dévastatrice d'un fleuve, aucune différence entre une tuerie de masse et la feuille d'un arbre arrachée par le vent. Tout est égal. Des choses simplement ont lieu. C'est l'esprit qui hiérarchise les faits selon ce qui compte pour lui. Plus les êtres et les choses qui lui sont chers sont impliqués dans les circonstances, plus il leur accorde de l'importance.
Nous avons une vision parfaitement déformée du réel. Et cette perception biaisée induit une intensité émotionnelle qui varie également de manière proportionnelle avec l'importance accordée aux événements. Plus les êtres impliqués dans les événements nous sont proches (et à commencer par nous-même), plus l'intensité émotionnelle est forte. Voilà, bien sûr, pour quoi un même fait touche à des degrés fort divers les esprits et les cœurs...
Sage discrétion
Passer sans laisser de trace, voilà peut-être, au fond, ce qu'est la sagesse...
Le plus essentiel
Rien que le regard et le vent ;
et des âmes qui s'étreignent
Propice à la rencontre
J'aime le rythme lent de la marche, sentir la caresse du pied sur le sol. A cette allure, on peut voir et être vu, observer et être observé ; ce qui est tout à fait propice à la rencontre avec les êtres et les paysages, avec le ciel et la topographie, avec les pierres, les bêtes et les plantes. Avec tout ce qui se laisse approcher...
Exactement
A notre place
Sous ce coin de ciel
Résonances
Ce dont l'âme s'empare
Ce que restitue le chant
le cœur, le monde, leur danse
Ce qui fait vibrer la trame
A la manière du sauvage
J'aimerais tant vivre à la manière des arbres et des bêtes sauvages. Mais d'où vient donc ce désir ? Peut-être est-ce de voir les hommes quitter progressivement leur état naturel et artificialiser l'existence et le monde... Peut-être est-ce parce que je refuse cette société où tout est prévu, contraint et organisé... Peut-être est-ce parce que je voudrais que jamais ne disparaisse cette part primitive, libre et indomptable qui habite le vivant...
Involontairement
A notre insu
le plus souvent
Géographie intime
Le cœur
si étroitement lié au chemin
Épousant ses méandres
et ses courbes
Ce qui constitue
notre géographie intime
Flâner
S'arrêter au détour d'un chemin pour regarder une fleur, une pierre, la forme singulière d'un arbre, humer une odeur, s'enivrer du parfum des sous-bois, noter quelques pensées. Ah ! Quel bonheur !
Multitude
Tant d'âmes et de ciels différents en ce monde...
D'un pas tranquille
C'est dans le livre de Jacques Lacarrière « Chemin faisant » que j'ai appris l'étymologie du mot « randonnée » qui vient d'un vieux mot français « randon » qui signifie fatigue, épuisement. L'auteur nous dit que « courir à randon », c'est « courir jusqu'à épuisement » et il ajoute que « randir », c'est « se déplacer avec ardeur et impétuosité ». Ainsi, chaque jour, je ne randonne pas, je flâne, je baguenaude, je vais de mon pas tranquille sur les chemins, sans but ni destination, sans le moindre enjeu sportif, l'esprit détendu et l’œil attentif.
Îlot
Dans la compagnie d'un livre
Une part de soi – un peu de vérité
Au milieu de tant de rêves
Un émouvant spectacle
Il m'arrive très souvent de m'arrêter pour admirer la beauté d'un arbre ou m'émouvoir d'un tronc abîmé par le vent, le temps ou les hommes et d’encourager in petto la merveilleuse ardeur du vivant à jeter ses forces dans la bataille jusqu'au dernier souffle. Rien ne m'émeut davantage que de voir quelques minces et courageux rameaux émerger d'une souche ou l'unique et vaillante branche d'un arbre presque mort. Et, malheureusement, je ne peux m'arrêter devant chaque arbre de la forêt. Je passe donc sans m'attarder devant la plupart d'entre eux, tous ceux qui n'ont pas de caractéristique particulière. Et je souris en écrivant cette expression « sans caractéristique particulière » car, chez les humains, j'appartiens sans nul doute à cette catégorie...
Allure et direction
Sans se hâter ; vers la lumière
Aider ceux qui en ont besoin
Malgré mon âge, j'ai conservé des gestes que certains pourraient qualifier d'enfantins ; remettre sur ses pattes un coléoptère sur le dos, poser sur le bas-côté un escargot, une limace ou un ver de terre qui circule sur la route ou le sentier... Ces gestes me paraissent tout simplement naturels ; aider ceux qui en ont besoin, qui se trouvent en danger ou qui traversent une mauvaise passe ou un moment difficile. Et qu'importe que ces êtres soient minuscules et qu'ils n'aient aucune valeur aux yeux des hommes, quelque chose en moi m'y exhorte. Et je m'y prête de bonne grâce d'autant que les êtres humains avec leurs villes, leurs routes, leurs chemins et leurs champs ont à ce point envahi l'espace qu'il ne reste presque plus (du moins sous nos latitudes) de zones où les autres espèces peuvent vivre et aller librement.
Christiane Singer
« N'a pour moi de valeur que ce qui nous vient sous la dictée du cœur. »
Au-delà du monde
Derrière le silence
Dieu
Les bras grands ouverts
Le cœur battant
Tragédies
Tant de drames partout ! Et jusque sous nos pieds (dans le monde impitoyable des insectes). Et dire que tout cela nous indiffère !
Shiki
« Des insectes d'été
tombent morts
sur mon livre »
L'enfer terrestre
Le cri de la chair
à travers tous les déchirements
Comme si la nuit
se ruait sur les âmes
Comme si le monde
n'était qu'un amas de douleurs
Délicatesse
Parmi les fleurs
Ces compagnes sans exigence
Si vivantes ; si fragiles
derrière leurs pétales colorés
Entremêlement
La vie et la mort enchâssées – enchevêtrées jusqu'au vertige...
Abandon
Au milieu des mots
Au centre de notre ancien royaume
Le trône déserté à présent
A déambuler le cœur un peu triste
en ces lieux qui n'ont jamais connu d'auditoire ;
Encore plus seul et désemparé qu'autrefois
Tout est lié et séparé simultanément
Les 4 ontologies de Philippe Descola (analogisme, naturalisme, totémisme et animisme) exposées dans son livre « Par-delà nature et culture » me semblent non seulement justes mais j'ai le sentiment qu'elles sont toutes vraies simultanément. Selon moi, il y a en effet quelque chose à la fois de différent et de commun chez les humains et les non-humains* tant sur le plan corporel (ou organique) que sur le plan de l'intériorité (ou de l'âme). Chaque forme et chaque esprit sont à la fois singuliers et partagent une dimension non personnelle et commune...
* Et avec un peu d'audace, je suis persuadé que l'on pourrait l'étendre à l'ensemble des formes existantes...
Prière post-mortem
Au cours de mes déambulations sylvestres, je vois très régulièrement des restes de mulots dans des déjections*, des musaraignes mortes ou des plumées d'oiseaux (en général, des colombidés). Je m'arrête toujours quelques instants pour les regarder et lancer une prière pour leur esprit (ou leur âme) qui doit planer quelque part au-dessus de leur corps ou qui a peut-être déjà rejoint d'autres mondes.
Je vois aussi quantité d'animaux morts sur la route ; des oiseaux, des hérissons, des martres, des blaireaux, des renards, des chevreuils avalés par cette funeste langue de bitume aussi vorace qu'impitoyable. Et comme sur les sentiers pédestres, je ralentis et leur offre une pensée pour leur dire qu'à cet instant, ils ne sont pas seuls, que quelqu'un pense à eux et les accompagne...
* des fèces de renard sans doute
John Muir
« Il est étrange que l'on puisse parcourir les forêts sans voir la moindre trace de sang. La plupart des animaux sauvages viennent au monde et le quittent sans que personne s'en aperçoive. »
Patrimoine
L'existence ; un simple passage
Que restera-t-il de cette brève traversée ?
Rien sinon – peut-être – ce que le cœur aura compris
Christiane Singer
« Je ne suis qu'une vivante qui voyage entre les mondes. »
Appareillage sensible
Ressentir ; comme si le cœur était le seul organe vivant...
Une attitude juste
Respecter les vivants et honorer l'esprit des morts.
Legs
Ce qu'il restera ?
Peut-être un sourire
Peut-être une grimace
Peut-être quelques mots
Qui peut savoir ?
Ne pas oublier le végétal
Je porte une attention particulière aux herbes et aux plantes sur mon chemin. J'évite (autant qu'il m'est possible) de les piétiner ou de poser sur elles, mon séant, mon sac à dos, mon bâton et mes sandales pendant mes pauses sylvestres.
Teiji
« Une herbe folle
entendant son nom
je la vis d'autre manière »
Responsabilité
Plus la conscience s'aiguise, plus la famille d'appartenance s'élargit, plus on fait attention et plus on prend soin de ce qui nous entoure.
Des forces antagonistes et complémentaires
Je crois que toutes les choses de ce monde sont animées par des forces de création et de protection et par des forces de destruction. Chez la plupart des hommes (et peut-être même chez la plupart des êtres) ces forces s'équilibrent. Mais chez certains, en revanche, on sent que le ratio est naturellement favorable à la vie et chez d'autres naturellement favorable à la mort.
Sans protection
Être nomade, c'est ne jamais cesser d'être en contact avec la vie et le monde ; sans barrière ni murs protecteurs. En prise directe...
Quiétude
Comme exilé sur cette terre sans homme
Au milieu des arbres et des fleurs
Parmi les bêtes et les pierres
La roulotte posée dans les hautes herbes
Le cœur silencieux
Mardi 15 juillet
Quelque chose de merveilleux
Il y a dans la simplicité des mots et des gestes quelque chose de la grâce. Et quelque chose de l'homme aussi...
Promontoire
Au fond de la forêt
L'oubli du monde et du temps
Manière de ne rien attendre
et de laisser advenir
ce que l'on a trop longtemps négligé
Seul et ensemble
Nous accompagnant...
Au bon endroit
L'âme et la main
entre le ciel et la douleur
A l'exacte place de l'homme
Peu à peu
Un mot après l'autre. Un pas après l'autre. Ainsi se dessinent le récit et le destin.
Farouche
Le cœur encore si sauvage...
Tentatives
A rêver
à travers les larmes
A penser
à côté du secret
A tenter de vivre
de toutes ses forces
et, si souvent, en vain
Le lieu où tout se joue
Le cœur ; l'office du monde et du Divin
Partout
La figure de l'infini
Là où sont les reflets
Et là où ils ne sont pas
Une juste attitude
Sans exigence ; ouvert à ce qui vient
Au-delà de l'homme
L'âme étrangère
aux rites du monde
aux sacrifices
et aux jouissances
de la chair
Trouvant sa joie
dans un sourire innocent
Ne rien refuser
Expérimenter tous les états de l'âme, du corps et de la psyché ; entre la conscience et l'inattention, entre la douleur et la félicité, entre le désespoir et la joie...
Christiane Singer
« Je tente de ne surtout rien esquiver. Je m'accompagne partout où l'âme me mène. »
Par-delà les catégories
Aller
Jusqu'à l'impossible
Jusqu'à l'impensable
Et au-delà encore
Là où le sacré perd son nom
What else ?
La vie. Seulement la vie...
De quoi d'autre aurions-nous besoin ?
Présence invisible
En soi
Ce qui demeure
et ce qui ne se voit pas
Tranquillité
Quelque chose du silence et de la joie. Une paix profonde.
Strictement confondus
Au fond de soi
quelque chose de l'Absolu et des saisons
presque sans distinction
Offrir davantage
Ah ! Si l'on pouvait en même temps que les mots offrir l'état de l'âme...
Amarrage
Accroché à ce qui demeure
Et le reste (tout le reste)
immanquablement emporté
Moments de quiétude
Assis sur une petite route. Le carnet sur les genoux. Entre prés et forêt. Au loin, quelques corneilles dans un champ. La caresse du soleil et du vent sur la peau.
Un souci philosophique quotidien
La perspective métaphysique adossée au plus trivial
Le plus précieux conseil
Aussi présent que possible...
Aérien
Le cœur hissé
au plus haut du monde
Et l'âme qui devient légère – si légère
comme une feuille portée par le vent
Mercredi 16 juillet
Le visage de Dieu
Le cœur aux aguets
au milieu du tumulte
cherchant parmi les danses
et les calligraphies
quelques signes sacrés
l'évidence d'une présence
la figure du Divin
Une aptitude précieuse
Capable aujourd'hui d'honorer – et de célébrer – toutes les pertes...
Presque rien
Assis là comme une petite chose déposée par le vent...
Ineffable
Aucune certitude
ni sur la vie
ni sur la mort
ni sur le monde
ni sur le temps
ni sur soi
ni sur le reste
Manière de dire peut-être
que rien ne peut être dit
[Des évidences vraies dans l'instant
et qui s'avèrent fausses l'instant suivant]
Initiation
Au commencement de tout ; le regard
Jeu d'illusion
L'esprit passant
et repassant
à travers tous les arcs-en-ciel
comme s'il prenait un malin plaisir
à côtoyer toutes les chimères du monde
Quelque chose du silence
Que dire de soi ? de l'autre ? du monde ? Et s'il était temps de se taire...
Double inconsistance
A rêver encore
Comme si la brume
n'était pas déjà assez épaisse
Un regard biaisé
Il y a quelque chose d'exagéré dans l'écriture ; une sorte de focus involontaire et inévitable sur les aspects du réel qui ont retenu notre attention.
Humain
Dans le désordre
et la précarité
du cœur
Nos vies-fouillis
Nos vies fragiles
Et la tristesse
de ce qui n'a jamais été étreint
Marie-Claire Bancquard
« A ceux qui
sur une rive
ouvrent la bouche par grand vent
et crient
des paroles d'amour »
Réticence
Le jeu des allées et venues
Cet affairement
au cœur de l'immuable
L'âme fébrile
Et le cœur pas tout à fait consentant
Inclinaisons
Le ciel toujours moins haut à mesure que l'on se redresse ; à mesure que le cœur se rapproche des choses de la terre.
Contorsions
Toutes nos gesticulations ne sont que des manières de fuir ou d'apprivoiser les limites et les infirmités de notre condition.
Prouesse
Enjambé ; ce qui semblait infranchissable...
Agitations
Comme tout le monde, à se débattre dans ce qui passe, dans ce qui, peu à peu, nous quitte, dans ce qui, peu à peu, s'éteint...
Suspension
Sans répit
Le temps
La vie
Le monde
Et ce qu'il faut trouver
au fond de soi
pour faire une halte
Jeudi 17 juillet
Petit bréviaire à l'usage de l'homme
C'est la vie qui enseigne. Toutes les autres leçons sont accessoires.
Christiane Singer
« J'ai fait du lieu où je me tiens un haut lieu d'expérimentation du vivant. »
Explosion
La lumière
dans sa course obscure et souterraine
et qui, un jour (sans crier gare),
vous éclate en plein cœur
Parfait reflet
C'est notre manière d'être au monde qui dit ce que nous sommes.
Refuge
Installé
dans un recoin du cœur
A l'abri du monde et du vent
Ce qui nous habite
Quelque chose – en nous – sait ce que l'on ignore.
Disparition progressive
A travers les épreuves
passer du devenir à l'inexistence
Apprendre à s'effacer peu à peu
Triade
L'âme, le geste et l'encre. Ma petite trinité personnelle...
Ôter encore
Une existence entière vouée aux soustractions
Ce qu'il faut vivre
Une vie vraie
Imposture
Hors de soi
Rien d'autre que le mensonge et le néant
Profonde ignorance
On a beau faire, dire, vivre, expérimenter, chercher, trouver, expliquer, commenter, enseigner ; fondamentalement, on ne sait rien...
Processus
Jusqu'à la dernière question
Puis (d'une manière ou d'une autre) disparaître
Un long compagnonnage
Il faut parfois un long périple pour apprendre à cheminer en sa compagnie et devenir son meilleur ami.
Au choix
A travers le silence et le vent
Ce qui ressemble parfois à un rêve
Ce qui ressemble parfois à un poème
Insolubles questions
D'où vient ce qu'abrite notre cœur ? Et ce qui le traverse ?
Une sensibilité vivante
Parfois (de temps à autre)
Une présence au monde
gracieuse et émouvante
Une manière d'être là
au milieu des Autres
qui donne envie de pleurer
et de serrer dans ses bras
un cœur humain
en ces lieux d'indifférence et d'hostilité
Chaque jour le cœur est différent...
Ces journées passées dans la roulotte, ces longs après-midis dans les bois et tous ces gestes du quotidien infiniment répétés ont l'air de se ressembler. Et, parfois, c'est vrai ; ils se ressemblent mais jamais ils ne sont identiques. Chaque jour, le cœur est différent...
Au-delà
Au-delà des frontières et des remparts
Au-delà des cercles étroits
En ces lieux où l'infini nous tend les bras
Voyage immobile
Si l'on était vraiment attentif, une vie entière ne suffirait pas à faire le tour d'un brin d'herbe...
René Depestre
« La poésie, c'est le pouvoir de vivre et voler jusqu'à la Grande Ourse dans l'éclat d'un brin d'herbe. »
Un ballet endiablé
La danse ardente (et aérienne) de 2 grosses mouches qui convolent en justes noces. Des pirouettes et des acrobaties dans une incroyable course poursuite. Digne des plus belles chorégraphies !
Périmètre magique
Au-dessus du monde
Là où il n'y a ni début ni fin
Là où la sensibilité est si vive
que les larmes montent aux yeux sans raison
Au cœur du cercle
Au cœur du feu
Parmi les nuages qui se moquent du nom
que l'on donne aux choses
Sur les pas des moines
Face au clocher d'une vieille église dans un hameau isolé au cœur de la forêt. Longue méditation devant ce bâtiment tarabiscoté où il y a quelques siècles vivaient une poignée de moines. Lieu paisible entouré de grands arbres. Je suis ravi à l'idée de rester une après-midi entière dans cet endroit où des chercheurs d'Absolu travaillaient et priaient (ora et labora) œuvrant à leur vocation dans le silence et la réclusion.
Ce qui se donne
Un sourire
Un peu de tendresse
pour conjurer le malheur
et faire émerger ce qui se cache
au fond de l'âme
assez d'Amour
pour soi et pour le monde
Une certaine ascèse
Il y a en moi quelque chose d'austère qui est assez peu compatible avec ce que je vois un peu partout en ce monde : un goût prononcé pour l'amusement et la distraction.
Nudité
Les joies de l'enfance
offertes à ceux
qui n'ont plus rien entre les mains
Un fond de tristesse
Derrière la joie, je sens parfois une tristesse insondable. Quelque chose comme un refus et un dépit d'être au monde ; d'être en ce monde peut-être dont je n'ai jamais pu souffrir les mœurs...
Derrière les apparences
Blottie au fond du sang et du sommeil
Au milieu des désirs et des rêves
Cette étrange lumière
Un merveilleux tableau
Jamais je ne me lasse du spectacle des nuages.
Présence permanente
A tout instant
Ce qui scelle la rencontre
La terre sous nos pas
L'âme joyeuse
Et la possibilité de soi
Équanimité
J'aimerais être comme le ciel. Indifférent à la course – et à la couleur – des nuages.
Travail propédeutique
Le vent
Nettoyant l'âme et le monde
Œuvrant à la nudité nécessaire
à l'émergence de la lumière
Une étrange activité
Je vis, j'observe, je ressens et j'en témoigne. Est-ce là le travail du poète ?
Jacques Lacarrière
« Mais qu'est-ce que vous faites dans la vie ? Je suis écrivain. Je regarde, je vis, j'écris. »
Consentir à se taire
Si seul devant ce vaste monde
devant cette multitude affairée
Et sur notre table
Une feuille blanche
Un feutre noir
Et plus grand chose à dire
Plus grand chose à partager
Sans distinction particulière
Je n'ai aucun don ni aucun talent particulier. Peut-être ai-je seulement l'âme un peu plus poreuse que mes semblables et cet élan de curiosité et de partage qui me différencie (très légèrement) des autres.
Des hauts et des bas
Le cœur parfois si près du ciel ; et d'autres fois si mélancolique comme si une tristesse habitait mes profondeurs...
A l'écart
Si profondément solitaire...
Issa
« Ayant changé d'habits
je m'assieds
mais je suis seul »
Décalé
Le cœur
affreusement usé
par les événements
ce dont il est le témoin quotidien
ces désastres qui sont
aux yeux des hommes
des fêtes et des festins
Vastitude
Cette immensité qui nous entoure et cette immensité qui nous habite...
État d'esprit
Sans réponse
Sans pourquoi
La voix poétique
Et le cœur enchanté
Inlassablement
Presque toujours le feutre à la main – à noter je ne sais quoi sur le petit carnet qui ne me quitte presque jamais...
Résultante
Paroles nées de ce dialogue silencieux avec soi
Vocation
Me mettre à l'écart pour observer, ressentir et témoigner. Voilà ma façon d'être au monde. Je crois que je ne saurais vivre autrement...
Singulier
Loin des modes et des choses à faire
Loin des listes et du royaume
Ce que nous vivons
dans la plus parfaite solitude
Voir sans être vu
Je suis l'un de ces êtres que l'on ne remarque pas et qui posent sur le monde un regard quasi permanent.
Fidèle
Là où l'âme se pose
le feutre en témoigne
qu'importe où va le pas
Noyau dur
Une existence où ne comptent que la contemplation, la flânerie, l'écriture et les gestes quotidiens...
Bonté
Le cœur
Les choses
Ce que l'on nous prête
Ce que la vie nous confie
En plus du secret
Un peu de métaphysique
Nous sommes la distance qui sépare l'infime de l'infini...
Offrandes
Le bleu du ciel partagé
en autant de parts que nécessaire
Intensément
et sans peine
Là où tout recommence indéfiniment
Vous avez dit solitaire ?
Peu – si peu – de rencontres humaines. Presque jamais... Mais est-il seulement possible de rencontrer l'autre ?
Chasei
« Là où je vis
il y a plus d'épouvantails
que d'humains »
Foulées inutiles
Des pas pour rien
Aux lisières du mirage
Jusqu'au bord du miroir
Dans la coulée humaine
L’autre est inaccessible
On ne peut réellement connaître l'Autre, ni accéder à son altérité. Mon expérience me l'a assez vite appris même si j'ai mis un certain temps à comprendre la leçon...
Tristes échanges
En ce monde, toutes les relations (qu'elles soient amoureuses, amicales, familiales, sociales ou professionnelles) m'ont toujours donné l'impression que chacun « utilisait » l'autre (et, parfois, malgré lui) à des fins personnelles. On offre consciemment ou non ce qui nous semble le plus approprié pour que l'autre réponde (en retour) à nos désirs, à nos attentes ou à nos aspirations. Chacun, me semble-t-il, est ainsi condamné à ce marchandage et à se livrer à ces mesquins calculs. Une sorte d'échange de bons procédés fondé sur une misérable évaluation comptable plus ou moins intuitive de ce qui est donné et de ce qui est reçu. J'en veux pour preuve le sentiment d'injustice éprouvé lorsque l'on a l'impression (et ce quel que soit le genre de relation) d'offrir davantage qu'on ne reçoit... Cette asymétrie ne peut durer qu'un temps ; tôt ou tard, celui qui s'estime lésé finit par réclamer « son dû »* par diverses manières (selon sa personnalité). Et même l'amour parental n'échappe pas dans une certaine mesure à ce commerce invisible...
* ou par mettre fin à la relation...
Ce qu'il nous faut vivre...
Toute une vie de désillusions et d'adieux
Et qui sait ce qui existe au-delà ?
Tristes échanges (bis) – l'autre, un reflet de soi...
J’entends parfois un autre son de cloche dans certains milieux spirituels où il est dit que tout est Amour et où l'on s'évertue tant bien que mal à aimer l'autre comme soi-même. Je crois davantage que l'autre ne constitue qu'un reflet de soi et qu'il est impossible d'aimer réellement depuis notre individualité. On ne peut accéder à l'Amour que depuis cet espace intérieur qui, selon notre capacité à l'habiter, sera (du moins de notre vivant) toujours plus ou moins teinté d'arrière-pensées personnelles...
Imperturbable
Sous un ciel impassible
Toutes nos facéties
Le temps qui passe...
Hier encore j'avais 17 ans. Mais d'où vient donc cette impression que tout passe si vite ? On se retrouve au milieu de l'automne avec la même fraîcheur de cœur et d'esprit qu'au début du printemps...
Shiki
« Ma vie
combien en reste-t-il encore ?
La nuit est brève »
Opiniâtre
Chaque jour
A travers notre besogne
l'approfondissement du passage
vers l'immensité
Comment te sens-tu ?
Le cœur chapardé par l'enfance
Humain, trop humain
Être écouté et regardé ; je crois qu'il n'y a de désir plus important chez l'homme. Ah ! Cet insatiable besoin d'être aimé ! Mais d'où vient donc cette infirmité ?
Puérilité
Ah ! Ce qu'il y a d'enfantin chez l'être humain ! Tantôt agaçant ! Tantôt attendrissant ! Selon l'état du cœur...
Parmi ceux qui savent...
Auprès de ceux qui restent silencieux
Si vivants dans leurs gestes
Si aimants dans leur façon d'être au monde
Si sages dans leur anonymat et leur discrétion
Ne laissant rien paraître au dehors
Et existant bien au-delà de la vie et de la mort