Carnet n°248 Notes journalières
Fidèle à ce qui nous étreint – parmi nos semblables – au cœur du même asile – des mots qui surgissent et s’alignent spontanément – Dieu épelé de mille manières – comme une prière dans la nuit inventée par les hommes…
Notre présence – ce avec quoi nous fleurissons le monde – ce avec quoi nous fleurissons les tombes…
Ainsi le jour peut se lever – affranchi des exigences du temps – sans promesse – sans lendemain…
Nous – en deçà de l’intimité – au cœur de ce lieu étrange où les âmes ont encore besoin de commercer…
Au-delà de toute légende – le réel – le silence – la poésie – les seules contrées habitables ; l’espace sans parcelle – sans frontière – sans territoire à défendre – sans terre à conquérir…
Nous – encore dans la nuit rêveuse – ambitieuse – chargée de désirs et d’intentions…
Le poème que nos lèvres dessinent – de l’air qui circule – quelques vibrations parfaites dans le silence…
Des lignes invisibles dans l’espace…
Le mouvement de la main sur la peau du monde – sur la peau des Autres – comme un sabre qui fendrait le vide…
Et l’âme toujours étonnée et généreuse – et nos pupilles grandes ouvertes – émerveillées…
A l’approche du jour – la transformation des bras en ailes – robustes – légères – déployées – l’envergure naissante – comme l’aurore – les prémices de l’envol – ce qui, en nous, célèbre la terre et les frasques journalières des Dieux crépusculaires – ce qui abroge le temps et toutes les autres possibilités…
De la craie sur la pierre – la pluie qui tombe – le ciel qui efface nos traces – nos tentatives – qui anéantit nos amas – qui lave nos outrages et nos offenses…
Dans les filets du réel (aux mailles serrées) – l’invisible qui règne – et le plus grossier qui se débat et se défait…
Nous tous – pris dans la composition à l’œuvre – à la merci des limites et de la puissance – nous éparpillant sous le joug de toutes les recombinaisons et de toutes les forces…
En secret – le monde – devant nous – qui invite et initie…
Ce que nous reconnaissons dans nos aveux…
Les poings serrés – les yeux fermés – fidèles, en somme, au déroulement de l’histoire…
Pierre après pierre – comme une longue prière – cet étrange voyage – à travers le désert – vers la source où l’eau coule sur la soif – comme la sueur qui, tout au long de la marche, ruisselait sur la peau…
Ce que déchire le monde (la fréquentation du monde) et ce qu’offre la solitude…
L’âme malmenée – le feu et le sang qui circulent dans les veines – le souffle compté dans la poitrine – la fin du désespoir et de la peur ; l’esprit au-dessus des cendres…
Ce que nous réussissons à toucher à travers le geste juste – le regard poétique…
Le sol et la folie – au faîte du monde ; et ce qui échappe (de justesse) au recommencement…
A notre fenêtre – la source dérobée – le mystère offert – la nudité la plus simple – et cette inclinaison de l’homme face à la terre – face au ciel ; l’acquiescement aux mille événements du monde – aux mille circonstances du voyage…
Nos mains – sans la langue – affranchies de tous les commentaires – ceux de l’esprit comme ceux du monde…
Toute la poésie dans l’âme – et rien sous le bras – la poitrine et le front suffisamment larges pour sentir le vent – l’accueillir – et nous redresser naturellement – sans raison – sans fierté…
Saltimbanque sans inquiétude – sans attache – sans le moindre tour dans son sac – sans espérance ; clown, magicien et funambule à la fois – équilibriste déraisonnable à l’humour grossier et grinçant – apte à toutes les disparitions – à tous les effacements – debout – à genoux – avançant sur son fil tissé à la trame – relié(s) à tous les autres…
A travers la lucarne – la vie – le monde – ce qui se multiplie et se déploie – cette terre étroite – comme une île entourée de grilles…
Au-dessus – le ciel – sans bord – sans côté – qui s’étend sur toute l’envergure horizontale et qui acquiesce à tous les noms que lui donnent les hommes…
Des routes – des voyages – des naufrages…
Le sort des hommes à la surface du monde…
D’un bord à l’autre – sans facilité…
Avec des désirs et des cris qui montent du fond des entrailles…
Notre destin – sans profondeur – englué dans les apparences – si souvent…
Nous avançons les mains vides – en définitive – l’histoire sous nos pieds – et le vide au-dessus de nos têtes…
Le sommeil sur l’épaule – comme un rapace dont nous serions la proie…
Ainsi bâtissons-nous le monde sur une ignorance – une sorte de quiproquo…
Une terre propice à toutes les absences…
Un trou béant au milieu du visage – comme un espace vide réservé aux fleurs et à la poésie – à ce qui ne craint de s’offrir tout entier – à ce qui ne craint de se perdre entièrement – le plus fragile et le plus brave que la terre ait inventé – ce qui frémit au milieu du rêve – le ciel clair – affranchi des hommes – des images du monde et du temps…
Nous sommes endormis sur trop de richesses pour explorer le ciel – les profondeurs…
Nous nous réduisons à vivre à hauteur de sol…
Nous – au milieu des applaudissements – des ricanements – des Autres – à nous promener dans le périmètre autorisé – délimité – bien en deçà des premiers confins…
A nous réjouir des spectacles de cette vie étroite – de ce carré de terre régi par les lois humaines – enserré par toutes les autorités que nous avons inventées pour sécuriser l’espace où nous vivons – enfermés…
Devant soi – comme devant Dieu et le monde – à notre place – de manière minuscule – et le visage découvert – sans artifice…
De la neige – dans l’œil – dans l’âme – comme l’antidote à tous les rêves – à tous les filtres ; un peu de frais et de blanc sur ce que l’on a coutume de colorer trop vivement – avec trop d’ardeur…
De la chair sur ce que nous choisissons comme allié – comme rempart ; une protection infime et modeste autour de la pièce centrale – celle qui sera habitée lorsqu’elle saura s’exposer à tous les vents…
Et nous – mobiles et obéissants – à l’intérieur…
Un peu de jour – à travers les grilles – dans cet étrange passage où nous demeurons – le soleil dans son axe – à l’écart de nos jeux stériles – de nos gestes maladroits – de nos âmes tourmentées…
Sur les lignes sacrées de la main – comme un prolongement – le déploiement – de l’espace divin…
La folie analphabète de ce monde…
Et (tous) nos cahiers pour en témoigner…
Au-dessus de l’abîme – de l’écho – quelque chose advient – se déploie – se répand – nous envahit – nous habite ; notre unique substance – ce que nous sommes par essence – tout ce vide que nous avons recouvert de couleurs – de parures – d’oripeaux – comme mille mensonges – dans la continuité des images et des rêves édifiés à l’intérieur…
Du silence – comme un œil qui voit – comme une bouche qui enfin se tait – un esprit qui, après mille aventures – enfin comprend – devient ce qui l’habite – au-delà du songe et de l’étrange – ce que la poésie souligne (trop fortement parfois) avec quelques mots – quelques images…
Ce qui nous brûle – à l’intérieur – le sort du monde – ce à quoi nous résistons – ce que nous défendons bec et ongles…
Notre destin accroché à la hampe avec laquelle jouent les Dieux…
Notre visage à la fenêtre – ce que les Autres perçoivent ; la seule figure que nous connaissons – en vérité…
Des oiseaux sous les paupières…
Un immense sourire au fond de l’âme…
Le séant sur les pierres de la forêt…
Une voix – en nous – qui s’élève…
Le monde dans nos mains généreuses…
Ce qui coule et ce qui flotte à la surface des rêves…
Encore trop de routes et de mensonges – à l’intérieur…
La suite du voyage – du temps et de la distance – ce qui nous sépare de la lumière – à peine un geste – à peine un pas – ce qui, en nous, se redresse ; la seule présence – bien sûr…
Tout se creuse – en nous – pour nous découvrir – nous habiter – nous révéler ; espace d’accueil des choses ; aire de tendresse et de lumière…
Le silence dans notre parole – des lignes – des pages – pour secouer les rêves accrochés à nos yeux…
Ce que nous amassons sur notre bouée dans la croyance d’une côte – d’une rive – d’une île – à proximité – alors que l’océan nous entoure et que les vagues nous emportent au loin – vers le large…
Et ces cris – et ces prières – au milieu du naufrage…
Accroupi(s) parmi les racines – les mains agrippées à la roche – aux prises avec la nudité acérée du monde (naturel) – l’esprit inattentif – éparpillé – comme un voile supplémentaire sur nos yeux fermés…
Victime(s) de nous-même(s) – en quelque sorte – avec des épines plein l’âme et la chair ; ce que, sans cesse, nous nous infligeons…
Au fond de l’abîme – dans l’épaisseur insoupçonnée du monde – à genoux – la soif jusqu’au bord des lèvres – et la main mendiante (bien sûr)…
A lever les yeux vers le ciel – comme si le sable – les pierres – nos existences enlisées – avaient la moindre importance…
Rien que des larmes et du sommeil – et ces corps amoncelés au bord des routes…
Entre le ciel et le monde – le même espace – cette distance qui nous sépare…
Comme des voiles – des grilles – derrière lesquels régneraient, impassibles, tous les soleils…
Une parole – entre la terre et le naufrage – constellée d’abîmes et de silence – et dans sa chair – dans le creux des siècles vécus et amassés – la lumière ; cette voix tendre qui offre sa sensibilité – comme une invitation (permanente) à l’émerveillement…
Bandeau sur la tête – sur les yeux – à nous enfoncer dans l’imposture – la mémoire tenue en laisse devant nous – comme si nous voulions prolonger l’absurdité et l’ignominie de ce monde – collier au cou et guirlande sur la poitrine – partagés entre le rêve et la nécessité (souvent imaginaire) du sang…
Ce que l’on incline et ce que l’on érige – à l’inverse (presque toujours) de ce qui s’impose – les représentations en tête – sur l’axe autour duquel nous faisons tourner le monde – nos pauvres existences éparpillées – à la traîne de tous les idéaux – plongés dans l’utopie insensée de l’abstraction – là où nous contraignons le réel à entrer – dans le carcan de nos intentions – de nos (misérables) inventions – dans l’étroitesse de l’espace où nous vivons – où nous pensons – auquel nous condamnons tout ce que nous voyons – tout ce que nous goûtons – tout ce que nous sentons et expérimentons…
L’oreille immense – discrète – qui ouvre et libère – ce qui est fermé et captif…
Le monde comme un miracle – malgré les cris et l’ignorance – la main parfois cruelle de l’Amour – si chichement – si étroitement – si maladroitement – incarnée…
L’invisible – comme des fées dans l’orage…
Les conditions du changement…
Tous les âges – sans repère – sans légende…
Affranchi de la mémoire et de l’imposture – de tous les rôles imposés par le monde…
Tous les visages du monde dans nos cahiers…
Le bleu – le noir – la terre – l’immensité…
La joie et les malheurs…
Ce que l’on cache et ce que l’on révèle…
L’authenticité de l’homme – debout – solitaire et silencieux – comme l’exigent (presque toujours) les circonstances…
Ce qui circule – en apparence – sillon après sillon – la même perspective – la même pensée – jamais démontées – jamais démenties – identiques toujours – comme un écran – une guirlande – une chaîne – quasiment indestructibles – presque éternelles…
Ce qui ronge les âmes – ce qui restreint et incarcère le moindre rêve – le moindre élan…
Ce qui tombera en ruines – avec nous – à la fin…
Des ombres aux portes du néant…
Le sommeil sous le coude – comme une issue – une manière de passer outre…
L’imaginaire débridé – comme un pont – un accès à d’autres rives – à d’autres mondes…
Une étoffe serrée sur nos yeux malades et implorants…
Le dialogue ininterrompu entre Dieu et nos mains…
Le geste et l’esprit – comme un espace d’abondance – un cœur brillant – un feu et une lame lovés contre la tendresse…
Le plus sauvage – de la tête au sang…
Sur le sable – un naufrage…
Ce que désigne le monde…
Ce à quoi rêvent tous les reclus – tous les séquestrés…
Le jour – la parole – la croyance…
Ce dont nous faisons tous l’expérience…
La détention et le goût de la liberté…
Le réel et le songe intriqués…
Devant la vie comme devant le temps – la mémoire alerte – l’âme enhardie – comme devant mille possibles – mille rêves – mille promesses – accessibles – réalisables…
Jour et nuit – à arpenter le monde…
Le poids inutile des Autres dans notre faim – la tête déjà lourde de leurs rêves et de leurs idées – et nos mains qui s’exécutent – et notre âme oscillant, sans cesse, entre l’obéissance et la révolte – entre la colère et le pardon – ignorante (presque toujours) du labyrinthe où on l’a, un jour, installée…
L’aube et la terre – allongées ensemble – sur cette couche composée de désirs et de nécessités…
Le secret contre la pierre – le soleil jamais loin de la blessure et la fièvre au-dedans…
Et l’esprit qui cherche ses ailes – son souffle – un support – un peu d’air et d’espace pour survoler les ruines et les fleurs – le monde – ces fragments de promesses accessibles à tous les voyageurs…
Une série d’exils successifs – sans échéance – sans étreinte – où la seule proximité se noue avec la solitude et l’oubli…
Âme et cheveux au vent – dans le passage…
Un peu de silence – et le cœur et la main qui s’ouvrent en parcourant le monde – en tournant les pages de quelques livres (précieux)…
Comme les nuages qui passent – joyeux et inconsistants – fidèles au ciel et au vent – insoucieux de leur voyage – de leur destination – jouant ensemble dans le bleu immense sans jamais s’occuper de leur forme – de leur rythme – de leur transformation – intensément présents – intensément vivants – sans jamais craindre de n’être que de très provisoires (et de très changeants) phénomènes – à peine existants – une sorte d’illusion perceptible seulement depuis une (très) étroite perspective…
Notre vie – notre chemin – nos carnets – notre destin – quelque chose comme un (minuscule) rocher qui arpenterait la terre – qui roulerait d’une sente à l’autre – qui dévalerait des pentes – ici et là – et qui les remonterait parfois pour s’installer au sommet d’un tertre – au milieu des arbres et des fleurs – parmi les pierres et les bêtes – sans autre horizon que l’instant qui passe…
Sans aile – les tempes battantes – le cœur comme une pompe (infatigable) – malgré l’âme blessée – l’esprit égaré et hésitant – comme errant – sous l’emprise d’un délire enfanté par le désir et l’ardeur…
Le nom des fleurs dans la tête – inutile…
Dans le sillon en flammes des oiseaux…
Comme un papillon perdu au milieu des ruines – inoffensif – à la merci de la moindre volonté…
Le dos courbé – anonyme – qui porte son poids imaginaire – qui cherche sa ligne d’horizon – le portage approprié – ce dont il faudrait se débarrasser…
Un pas après l’autre – dans une forme d’obsession inconsciente (et incomprise) – histoire d’aller au bout du possible – on ne sait où – en un lieu que nous fera (sans aucun doute) oublier la mort…
La lumière autour du cou – à arpenter le même espace de long en large – sans interruption – avec les mêmes gestes (répétitifs et quotidiens) – avec la même blessure et la même faim au fond du cœur…
Et, sur les pages, les mêmes lignes sans volonté – sans lendemain…
Et au-dehors – apparemment – les mêmes choses qu’à l’intérieur…
Ce qu’enseigne la désespérance – le trajet le plus intime – le plus essentiel – celui qui mène au cœur – de la périphérie jusqu’au centre ; avec cette humilité et cette obéissance – cet acquiescement sans volonté – le désir éteint qui a cédé la place à la disponibilité – les idées – les images – les élans – effacés – qui ont déserté l’esprit qui a, peu à peu, appris à devenir vide et attentif – (pleinement) engagé et (totalement) affranchi – à l’état de veille – comme un espace vacant – une présence (entièrement) dédiée à ce qui s’avance – à ce qui surgit – qu’importe les masques – les parures – les ruses et les intentions – affichés ; bouts de soi – de son propre visage – de manière (si) évidente…
Dans la mémoire – le sel noir du monde – de la tête – ce qui nous harcèle – ce qui désarçonne l’innocence – ce qui rend la transparence impossible…
Toutes les forces hostiles à l’aurore…
En nous – le troupeau – la meute – la horde – et le solitaire en exil – à l’écart où qu’il soit – où qu’il aille – quoi qu’il fasse…
Dans le cortège de menaces – ces vieux crachats – cette salive dégoulinant sur le visage – toujours présents – comme une offense – un outrage – l’enfance blessée encore incapable de redresser la tête – de traverser le monde avec gaieté et indulgence…
Ce qui nous assomme – et nous condamne – comme une chape de plomb…
Ce que l’on entasse – serré contre nous – nos pauvres trésors illusoires – cette extravagance de l’homme qui imagine côtoyer les hauteurs – au degré zéro du voyage – bien en deçà du seuil nécessaire au premier pas…
Sur les rives du monde – la foule…
Au-dedans – le seul chemin – l’unique compagnie – ce qu’offre l’intimité et ce que l’âme réclame…
Ni visage – ni miroir – le jour, sans cesse, recommencé…
Ce qui – en nous – surplombe les querelles – au-dehors et au-dedans…
Dans la volupté du geste – la sensualité des choses – dans nos actes hors de soupçon – la flèche qui traverse la mort…
Autour de soi – la foule et les malheurs – au-dedans – le feu et l’acquiescement – ce surcroît de place qui accueille…
Ce qui nous emprisonne – à peu près tout…
Ce qu’enfante la tête…
Le vide – ce qui nous libère…
Rien que le regard – sans paramètre – sans repère…
Le monde – en nous – presque asséché…
Les mots – comme des portes sur le jour…
Un autre monde – notre existence affranchie de la terreur…
Le visage dans l’herbe – comme les pierres et les arbres – comme les bêtes – de passage – avec cette soif qui nous fait arpenter la terre, puis, un jour, le ciel – à la recherche de quelques fruits, puis du plus précieux – ce dont nous n’avons jamais été séparés – en vérité…
D’une terre à l’autre – d’une page à l’autre – la vie – le poème – sans discontinuité…
Avec toutes nos amours – à l’intérieur…
Et ce que l’on partage – selon la faim et l’appétit des Autres…
Aux yeux retournés – la certitude et l’inconnu – la confiance et la liberté – le Divin vivant – l’écume du monde comme source d’émerveillement…
La poésie des miroirs et des excréments – avec le vide (immense) au-dedans…
L’ombre – le néant – tous les déserts accueillis…
Le jour – l’infini – tous les chemins possibles…
Les fleurs de l’âme – dans nos yeux ouverts – dans nos yeux vivants…
Le feu habillé de ciel – les cendres sous la paille…
La terre et la fièvre – à leur place…
Les pas sans peur – sans quête – sur la voie souterraine – risquée (mais sans véritable danger)…
Et la perception qui s’ouvre peu à peu – la seule manière de vivre (et d’avancer)…
Et l’Amour qui pousse – qui envahit tout l’espace – à l’intérieur…
Le monde…
De la chair taillée dans la soif…
Des ongles – des poils – des corps massifs…
Le ciel au plus bas…
Le règne de la puissance et de la sauvagerie…
Avec – au fil de l’évolution – une tête de plus en plus lourde – de plus en plus chargée de rêves abstraits et insensés…
L’oubli – sur nos pas – des traces – des lieux – des routes – de la douleur…
Et nos cris – et nos âmes rejetées – hantées (depuis toujours) par leur sort…
Et nous – nous répandant dans les tourments – dans les malheurs…
Seul(s) – au milieu des Autres – égaré(s) – au fond de toutes les impasses…
Le sang – le souffle – le geste – les seules choses que nous ayons – en tant qu’individualité – en tant qu’élément de la matière – le monde – avec au-dessus – avec au-dedans – la conscience et la sensibilité…
Notre nature – notre chemin – notre destin – à tous…
L’intimité de l’âme et du monde – se retrouvant – se caressant – devenant le jeu (presque) exclusif de Dieu – son seul élan…
Comme sur la page – notre cœur – notre seul Amour – ce que l’on offre – comme une joie en commun…
Au fond d’une nuit sans sommeil…
A jouir – l’œil et l’âme baignés de peines et d’espérance…
Happé(s) par cette danse orchestrée par le monde et le temps – nous jetant sans force – ivre(s) de fatigue – inconscient(s) – après quelques tours endiablés – aux pieds d’un Dieu inventé par le chagrin et la prière des hommes…
On écrit pour que l’espace – en nous – en tout – soit reconnu comme notre seul visage – pour que la main de l’aube écarte tendrement notre ignorance (et notre prétention) – pour que l’Amour – la joie – la solitude – deviennent les seules hauteurs – les seules possibilités – les seules issues (pour l’âme et le monde)…
Des fleurs et des épines plein les mains – notre existence terrestre – ce que l’on offre et ce que l’on reçoit – les deux faces du monde – (presque) toujours mélangées – le signe de notre appartenance provisoire…
Ce que nous sommes – bien davantage qu’une famille – un corps aimant – un corps souffrant – ce qui sert à toutes les offrandes – à tous les passages…