Carnet n°211 Notes journalières
Rien qu’un très grand ajour dans la tête – une percée de l’âme – de la lumière. Et la lente – la (très) progressive – transformation de l’obscurité…
Aucun mot accroché aux lèvres. Et beaucoup de silence sur la page. Le foisonnement est ailleurs – dans ce rire, peut-être, qui nargue le monde et les saisons…
Un peu de vent – et un trou immense au milieu de la figure. Une faille pour engloutir le monde – ce qui blesse et réconforte – et laisser le feu brûler tout le reste…
Un éclat particulier dans l’œil – comme une flamme et une brûlure – cette ardeur et cette sensibilité à fleur de peau de ceux qui veulent tout vivre – tout sentir – tout comprendre…
Le bleu dans la paume autant que l’envergure de l’âme…
N’être – à ce point – plus personne. Vivre l’inexistence – la grande invisibilité. L’axiome premier de l’être – le silence – l’absence absolue de l’Autre…
Des vertiges solitaires et analphabètes – une manière de vivre la surprise sans le monde – ni le langage – d’éprouver l’étonnement hors de l’humanité – sans les mots pour commenter – en abandonnant cette odieuse façon de redresser la tête – de faire un pas de côté – de se désengager de la pleine sensation…
Des gestes – des pas – davantage ceux du ciel que les nôtres…
Nous n’existons plus assez pour posséder quelque chose en propre…
Comme une pierre dure et friable – l’apparente faiblesse du jour…
La clarté d’un horizon et celle d’un océan qui se rejoignent. Un peu de bleu au bout des doigts. Et ces grandes plages de silence sur la page. Manière, peut-être, de satisfaire la faim – d’exalter le désir d’une perspective moins commune – d’initier un chemin singulier vers une forme vivante d’Absolu…
Ce blanc – ce gris – ce jaune – autrefois si bleus – sur ce vert devenu si morose – presque noir à force d’être foulé – écorché – retourné. La terre – le ciel – et la malheureuse main de l’homme…
Pierre solitaire tout au long du séjour. Ici – immobile – malgré les heures. Muet malgré le monde – malgré la nuit…
Et pierre solaire au-dedans – une large clarté malgré l’ombre et l’absence apparentes…
Comme une main traversée par la lumière – sans autre stigmate que ce bout de ciel dans la paume…
Une parole rayonnante pour éclairer cette parcelle de terre trop sombre où nul ne se reconnaît – où l’Autre n’est qu’un fantôme – un danger qu’il faut éviter ou éliminer…
Aucun œil encore n’est né – il faudra attendre l’éclosion du jour au-dedans…
Ce à quoi contribuera (modestement) notre marche illusoire dans la spirale du temps…
L’étreinte invisible des Dieux – et leur empreinte au milieu du visage. Des courbes – des chemins – un peu de chair avant le pourrissement. De l’ardeur – de la patience et un amas d’ombres et de secrets cachés dans l’épaisseur de la matière…
De la faim et du venin en guise de façade. Et la mort plantée au milieu de la sève…
Un peu de langage pour tenter de circonscrire la nuit…
Le pathétique – la tragédie – toujours à la marge du silence…
L’homme – et ce qui penche au-dedans – dans leurs velléités de redressement…
Rien que des couleurs et des vibrations – le changement rapide du décor – des états – de tous les contenus. La terre – le monde – la vie. Et ce qui regarde – ce qui contemple sereinement le spectacle…
Ce que l’on assiège faute de trouver la clé de la soustraction – cette voie étrange – ce tunnel sous le monde – au-dedans de soi – long – interminable – qui mène on ne sait où – vers le couronnement, peut-être, de l’effacement – comme un peu de vent dans l’air – un peu de rien sur lui-même…
Une chose surprenante – à vrai dire – et, sans doute, peu enviable perçue du dehors – de si loin…
Des rites – des passages – peut-être assez de folie pour traverser tous les sommeils – toutes les batailles – l’épaisseur de l’ignorance, de la peur et du mépris – et espérer voir le jour éclore avant la fin de la nuit…
La féroce fatigue des jours qui use l’ardeur et la beauté – qui trace son sillon invisible – et déchire la terre commune jusqu’à la rupture…
Ce que la nuit nous retire bien avant la mort. Ce que nous offre le souffle – bien davantage que les mots…
Notre voix – presque inaudible – dans le tintamarre des siècles – promise à rien – et que le grand ciel écoute – pourtant – page après page…
Les bruits de bottes – des pas feutrés – la guerre et la ruse – l’existence des vivants – et toutes les fables de la terre – les larmes des enfants – le chagrin des mères – et l’orgueil des mâles qui ferraillent depuis le premier jour du monde…
Des routes et des frénésies – toutes plus absurdes les unes que les autres. L’époque est à la paresse – au prolongement indéfini du sommeil. Le triomphe (durable mais provisoire) de la nuit sur la quête du jour…
La bêtise élue reine par les foules stupides – instrumentalisées pour d’abjectes et grossières raisons – l’intérêt vénal (et incompréhensible) de quelques-uns – l’attrait (irrésistible) exercé par le pouvoir et la domination – la volonté de régner sur les masses…
Des corps sans tête qui s’agitent et courent partout – qui se précipitent là où on leur dit que le soleil est préférable – plus avantageux – posé là tout exprès pour eux…
Dans cette lumière qui n’est que nous-même(s) – les ombres terreuses – ce qui guerroie – et ce qui s’enlace – nous-même(s) aussi…
On ne peut échapper à toutes ses appartenances…
Nous autres – triomphants dans le jour – pitoyables dans la peur. A suivre la lueur des astres jusqu’à l’anéantissement – jusqu’à l’extinction définitive…
Adossé à la porte ouverte – comme la neige – nous allons – nous sommes peut-être – en silence – qui arrive et s’efface – ne dure qu’un instant – jamais plus d’une saison…
Au cœur de la montagne – sur ces pierres serrées ensemble…
Perdu déjà avant d’apparaître – l’hôte passager d’un ciel qui se laisse entrevoir – appuyé sur le labeur de l’hiver – avant d’aller nourrir la terre d’autres lieux…
Rien qu’une fenêtre dans le sommeil – un regard vers l’infini – le rien – le grand rien invisible – la nécessité du silence. Ainsi l’homme pourrait peut-être, sait-on jamais, sortir de ses limites – de son angoisse existentielle – de son ignorance métaphysique…
Ce qui apparaît – ce qui s’éloigne – l’inconcevable. Le monde sans heurt – confondu avec l’Autre et le silence – en soi – la même chose – personne. Rien qu’un regard – de la tendresse – et une main qui se tend pour mendier – caresser – offrir l’obole – recevoir l’offrande – s’incliner devant la puissance et la magie d’un langage sans parole – où les identités tourbillonnent – n’existent plus – et où leur absence invite à être soi – en soi – entre soi – d’infinies possibilités…
Tout se rejoint – en un instant – à travers nous – découvert – retrouvé – aimant…
Loin de la tendresse rêche et hasardeuse d’autrefois…
Du sang – du jour – le monde à l’envers qui retrouve enfin son endroit – là où la vie et le langage servent ce qui est plus haut – plus puissant – plus essentiel – là où le vide et le silence ouvrent leurs bras – là où même nos trop persistantes absences sont pardonnées…
Personne vers personne – partout et nulle part – comme un chant – un peu de lune et de brouillard – le grand soleil peu visible depuis ces horizons trop sombres. Des jardins – du sang – des morts – à peine un rêve – quelque chose, parfois, de très effrayant…
Rien ne s’attarde vraiment – plutôt une attente – un espoir de voir arriver ce qui n’arrivera jamais…
S’offrir ce que nul ne peut nous offrir – une manière d’inscrire sa route au cœur d’un vrai compagnonnage – de s’accorder une amitié précieuse – indispensable – infaillible – éternelle…
L’essentiel – toujours hors cadre – en dehors des principes – du langage – de l’intention – du territoire circonscrit. Plus proche du secret et de l’invisible que de ce qui brille sous la lumière. A égales distances entre le rien (un peu de poussière, peut-être) et l’infini…
Des lieux et des heures de renoncement – d’abandon – de capitulation désespérée ; le socle indispensable de ce qui apparente l’homme à Dieu – de ce qui révèle notre ascendance – notre filiation – notre appartenance…
Les mots ne sont rien – ils sont comme des clous sur une planche libre – magnifique – presque magique – qui n’a besoin de fixation – et qui ne tient sur aucun support…
Peu à peu – on devient ce qui nous emporte. Et le reste – immobile – à demeure – dans l’instant – pour l’éternité…
Ce que la nuit ne peut nous ôter – ce que le jour ne peut augmenter – ce à quoi rien ne peut contribuer ; ce frémissement du cœur vivant – attentif – qui voit – qui aime – et qui ouvre les bras à ce qui est devant lui…
La haine de tout ce qui assoupit – de tout ce qui nous disculpe – de toutes ces existences sans conscience – sans âme – sans conséquence…
Se tenir à distance du règne et des thuriféraires de la distraction, de l’irresponsabilité et du sommeil…
Ce qu’il nous faut traverser pour toucher au silence – comment pourrions-nous donc échapper au temps…
Des danses sans aveu – au plus près de l’effroi. Et cette parole aussi lointaine que l’étoile. Et cette faim qui répudie le ventre – et le transcende…
L’Absolu au-delà de la chair…
Le fond de l’épreuve – le fond du litige peut-être…
Ce qui se reprend – inlassablement – comme notre seul labeur – notre seul héritage. Ce grand vide qui, bientôt, n’étonnera plus personne…
Dans mille ans – serait-ce donc le jour prochain…
Et cette nuit sans flamme où tout s’agite – où tout s’invente – où tout s’oublie – serait-ce un autre ciel sans porte…
L’ardeur et la poésie d’un Dieu jamais avare d’initiatives et de partage…
Des nuits et des siècles contre lesquels s’escriment – en vain – nos larmes…
Une âme sans poids face au désastre. Et mille questions sans réponse…
Il faudrait que chaque page soit une fenêtre. La poésie alors serait un remède – une forme de bûcher sans langage – gigantesque et lumineux – salvateur…
Le drame souterrain qu’il faut affronter en vivant – Dieu regardant sa propre faillite – son propre déclin…
Et l’interrogation primordiale qui traverse toutes les portes – tous les murs – toutes les épaisseurs – jusqu’à retrouver la perception exacte – inversée ; la grâce de l’effacement – le parfait couronnement du vide – ce que nous sommes – essentiellement – et ce qu’il nous faut comprendre – de la plus intime manière…
Tout porte au-dedans – tout nous porte au-delà…
Tout s’avance d’un pas égal – et seul l’intérieur fait la différence…
Tout est là – semble là – on ne sait pas. Et le temps de fermer les yeux – et tout a disparu – semble s’être effacé. Et cette absence apparente nous pousse à explorer tous les souterrains – toutes les voies secrètes – invisibles – intérieures…
Sur l’autre rive – là où, peut-être, existe le monde…
Et cet asile que nous cherchons partout – oubliant le lieu et la manière de s’y rendre malgré nos innombrables (etinoubliables) séjours…
Rien qu’un pas – un seul – voilà le chemin – le voyage – la provisoire destination – la seule…
La manière d’être – ce qui donne à l’âme et au monde leur couleur…
Un chemin d’arbres et de fleurs – de roches et de bêtes – celui qu’emprunte la parole silencieuse…
Un monde de sueur, de source et de pas…
Le souffle – la voix – le ciel – et ce que nos gestes dérobent à l’inconnu. Le monde sans lendemain. Et, parfois, la blancheur – l’innocence – au-delà de ce qui nous heurte…
Le vide – la nuit – le mot – quelque chose comme des noms dessinés sur le sable. Des oiseaux qui picorent. Un soleil timide – trop tardif sans doute. Toutes les naissances du monde et l’immobilité. L’univers et la trace dans un seul brin d’herbe. La parfaite continuité de l’absence…
L’arbre – l’horizon – la pensée – ce qui passe dans le silence déguisé parfois en matière – parfois en image – parfois en défi. Ce que le feu qui anime le sang – les pas – les gestes – cherche à retrouver parfois dans l’âme – parfois sur la terre…
Comme une joie perdue – et encore frémissante. Un destin d’autrefois aujourd’hui effacé. Ce que l’invisible nous réserve et le parfum de la nostalgie…
Le chant particulier du jour – le monde à l’envers. Et la tête enfin hors de l’eau – au-dessus de nous-même(s)…
Sous le silence – des yeux sentinelles. L’instant et le lointain amené par le vent. Sans poids – dans l’absence de temps…
Le souffle qui fait usage de l’exil. Une géographie sans ombre, ni fantôme. Peu d’hiver – pas de ruelles. Quelque chose comme la source de l’immobilité. Un chemin – le visage d’un autre monde – plus heureux et moins circonspect…
Parfois – le vent défait le monde alentour – ne reste rien. Et, au-dedans, la solitude de l’âme – le froid et la nuit. Une chaise vide sur laquelle est assise l’absence…
Rien ne s’écrit hors de la perspective. Tout s’écoute – est accueilli. Ne règnent – ici – que l’Amour et le silence…
L’extrême attention et l’extrême liberté…
Le regard et toutes les danses du monde…
On n’existe qu’en sourdine et de manière souterraine – en surplomb aussi – au-dessus des têtes – au-dessus des corps et des gestes – parmi les âmes qui virevoltent autour du temps – au-dedans et sur des chemins plus qu’éphémères…
La vie dans l’antre du regard – comme l’écho presque imperceptible d’un chant au fond du cœur…
Nous sommes une écriture indéchiffrable – un silence écorné bien davantage qu’un langage. Les signes d’une eau lointaine – d’une origine commune – inconnue – et aujourd’hui étrangère. Nous sommes ce qui glisse – avec le reste – dans le gouffre du temps – un repos – une parole – et plus encore un lieu à découvrir…
Une île comme un jour séparé du reste – de l’ombre – du monde – du temps. Une présence vers laquelle se dirigent tous les pas…
Une manière (presque) miraculeuse d’habiter la terre…
Ce qui glisse entre la tête et la main – par-dessus la poitrine – dans ce grand vide où tout s’efface – où les vivants n’ont plus même le sentiment de vivre, ni d’avoir vécu…
Un fond d’oubli tragique (pour la psyché) et salvateur (pour l’esprit)…
Là où se tient l’âme – toujours hésitante…
Il n’y a plus de visage – qu’un grand corps vivant – mobile – agité – que rien n’éclaire – que rien n’effraye – excepté, peut-être, les ombres et la nuit…
En soi – et dans l’intimité des choses et de la matière – il n’y a, sans doute, de meilleure compagnie – ni de plus grande proximité…
Chacun dans son cercle et ses mouvements – à vivre et à regarder le monde depuis ses meurtrières. Sans réel contact avec l’Autre – étant hors de tout – et de lui-même d’abord – pas même à ses côtés…
La terre – l’existence – les vivants – dans l’oubli des Dieux…
Rien qu’une pente où tout roule – et le ciel inconnu – trop lointain…
Et toutes ces vaines grimaces – et toutes ces vaines acrobaties – face au mystère…
Rien de plus étranger que le monde – aussi inaccessible que le rêve – que l’impossible…
L’Autre – des visages – vivant seulement dans la parole – peut-être dans la mémoire – dans ce que fut ce passé sans gloire – un léger flottement entre le ciel et la vie – dans la faille où finissent par glisser tous les secrets…
Le seul lieu est au-dedans – et la seule direction – loin du monde – de la nuit – de la langue – en deçà de cette lisière qui nous sépare du reste…
Personne – comme le Graal qui se vit provisoirement sur le sable – et qui s’imprime, peut-être, humblement sur la page…
Soleil d’un seul – soleil d’un Autre – soleil commun. Nul n’a le choix de son remède – de son éclairage. Comme le reste – on nous choisit…
Parmi les ruines à venir – au pied du désastre – et nous ne sommes occupés qu’à graver nos noms sur les pierres des édifices qui nous serviront de stèles…
Des fleurs – parfois – poussent entre les lignes ; des morceaux de silence colorés – des fragments de beauté venus d’ailleurs…
Usés par la récurrence et l’oubli – nous allons ainsi vers la mort – épuisés – à moitié vivants…
Des griffes et des royaumes – des tours et des territoires – mille parcelles sous la lumière – sous le même regard…
Rien qu’une mémoire à la place du monde – une monstruosité rassurante – une manière d’apprivoiser l’inconnu – de peupler l’inconnaissable…
Quelques signes – le réconfort de quelques visages – la quasi certitude du plus familier…
La seule façon de donner sens à ce que nous transformons en histoire…
Rien qu’un regard – le reste a été jeté aux loups – qu’il faut nourrir à chaque instant…
Devenir l’innocence et la virginité permanentes – le vide – ce qui accueille sans raison – sans savoir – sans trier…
L’âme offerte – la main ouverte…
Ni nom – ni visage – personne…
Occupé tout le jour à son tête-à-tête intime…
Tous au pied du silence – à vouloir exprimer ce qui est né du mystère – sans trop savoir où placer notre visage – ni à quelle distance de nos gestes et de nos pieds se tient la vérité…
Rien qu’un peu d’Amour et quelques pas…
De la violence – des paroles – et quelques gestes abrupts et maladroits – aussi…
Dans le tumulte d’un soir rêvé – le regard, un instant, se laisse emporter – puis, se ressaisit – oublie l’imaginaire – l’imaginé – efface le temps – redevient ce qui porte…
Une tête sculptée dans le monde – de la terre au-dedans – et au milieu, dissimulé, un peu de ciel – suffisamment pour que certains lèvent les yeux au-dessus des horizons terrestres…
Est-ce la fatigue ou la paresse qui murmure à la tête la nécessité du sommeil…
Il faudrait vivre avec le sang du monde dans les veines – et boire à la même source que les vivants pour que naisse une forme de pardon et d’oubli – et pour que l’on soit (enfin) capable d’aimer ce qui arrive…
Rien que des traces passagères – comme de l’écume ; nos seuls repères – et, peut-être aussi, les seules preuves de notre existence…
Et cette fièvre qui nous ligote au lieu de nous libérer. Il faudrait un feu immense pour commencer à faire un pas (un seul pas) vers l’Amour…
Des chemins comme des rêves – des pays hors saison – des paysages nocturnes – mille couches de sommeil supplémentaires…
Ce que nous effleurons du silence – les faces les plus anguleuses – assombries – presque noircies par nos images collées – le versant le plus puéril de la psyché – celles qui (nous) donnent envie de fuir – de rester enlacés ensemble – dans les bras du monde – du bruit – de la nuit – comme une poussée – un élan – un désir encore plus puissant de sommeil…
Un monde sans visage – sans espoir – sans étoile…
Un monde de pas et de pierres où le rêve a été banni…
Un monde d’arbres et de labeur libre – oisif – le contraire du travail et de la cité…
Une existence d’oiseau et d’espace où les ailes seraient inutiles…
Fidèle – toujours – à ce qu’imposent le cœur – l’âme – les circonstances…
Des yeux et un soleil en guise de visage. Deux bras suffisamment solides pour porter le monde – une plume – une feuille – pas le moindre orage…
L’Amour nécessaire – presque personne, en somme…
Aucun défaut – quelques nécessités – et, parfois peut-être, les caprices du ciel…
Quelque chose de désaxé – à l’image de ce qui tourne – de ce qui boite – silhouette moitié d’argile, moitié de ciel auquel on aurait ajouté un peu de plomb…
Les routes familières – si étroites – que même le temps semble s’y être arrêté. Du silence sans grâce – de l’habitude et de la faiblesse. De pauvres paroles et des silhouettes avachies. Des gestes usés qui durent sans jamais se renouveler…
Des fronts froissés – la vie immobile…
L’existence – la terre – indigentes de ceux qui n’ont jamais erré…
Ce qui se noue et se dénoue d’un seul geste – et que nous mettons, nous autres, des siècles à assembler et à découdre…
A l’esprit, le vent – et aux hommes, l’étoffe et le labeur…
Ce qui respire dans le geste et la parole ; le silence…
Ce qui donne au poème une lumière peu commune – un peu de ciel et de vent agglomérés – comme cousus ensemble…
Comme l’arbre – la fleur – la pierre – jamais distrait de notre labeur. Assuré d’être là – présent – penché sur notre tâche…
Personne – sans le moindre vertige – sans la moindre somnolence. La nuit pas même cachée – exposée à tous – reliquats peut-être – parfois davantage – parfois levier de forces noires – accablantes…
Un corps – une âme – à peine une tête à présent…
Ce qui s’abîme – ce qui meurt – et le reste que l’on oublie…
Ce qui passe – sans même la surprise du jour – la nécessité des Dieux – la fréquentation des hommes…
Le plus simple – le plus proche – ce qui semble si étrange – si étranger – si lointain – aux Autres…