Carnet n°329 Quelque chose de l'infini en soi
Avril 2026
Un cœur de poussière
qu'éparpille le vent
Comme irradié par le plus intime
Le cœur dégagé des affaires du monde
Jeter les mots aussi haut que possible
pour déchirer les voiles du ciel
Des traces de nuit
au fond des yeux
et par-dessous
la lumière que l'on a essayé
de faire disparaître
Tous ces destins
comme suspendus au ciel
Le monde ?
Une trame de chair, de souffle et de feu
livrée à la nuit et à la lumière
La lumière de l'âme
jetée au milieu des mots
pour essayer d'éclairer l'esprit
Le cœur si vaste
que Dieu et le monde
peuvent y pénétrer
Le destin abandonné
au profit de la lumière
Si peu nécessaire
ce à quoi nous nous acharnons
Le ciel si proche
qu'il pourrait pénétrer
le cœur et l'esprit
Ce que contiennent nos gestes ?
Du souffle et du feu
et quelque chose du secret
Le visage ombrageux
à force de lutter contre les forces du monde
Glisser, peu à peu, vers le plus haut silence
Passer du désir à l'étreinte
de la nuit au silence
du monde à l'oubli
Au plus près d'un cœur
qui ne peut rien refuser
Comme un tracé invisible
sous nos empreintes de pas
Essayant de hisser l'encre
jusqu'à la plus haute lumière
A jouer loin du monde
au milieu des arbres et des mots
au milieu des pierres et des fleurs
Combler l'écart
entre le mythe et le monde
en autorisant le silence
à répondre à toutes les questions
Ce qu'il faut
d'invisible et de matière pour exister...
Essayer de dire avec quelques mots
l'existence et le monde
l'âme et l'invisible
la douleur et le remède
Le cœur de plus en plus tremblant et sauvage
Prendre la couleur du jour
pour échapper à toutes les mainmises
A veiller
depuis le commencement du monde
sur la main qui lance les dés
Plongés dans le sommeil et l'impatience
alors qu'il faudrait savoir attendre
et garder ouverts le cœur et les yeux
Au cœur de la lumière
A la source du souffle et du feu
Là où l'âme (même affaiblie)
peut contempler sans peur
la vérité et la mort
Au fond du cœur
une porte qui ouvre
sur tous les horizons
Le bruit (peu banal) de l'aube
qui déchire la nuit
pour laisser passer le jour
Ce que nous sommes habite rarement la parole
mais se loge (implacablement) dans nos gestes
et notre manière d'habiter le monde
Sans Dieu
Sans église
Par des chemins dérobés
Alors que tout fait silence
les ombres de l'âme s'effacent
pour laisser passer la lumière
Où que nous allions
nous marchons dans les pas
de ceux qui nous ont précédé(s)
Le désir et la peur
étirés jusqu'à l'infini
Tels qu'ils s'expriment
dans le destin de l'Homme
Une voix humble
au milieu des arbres
entre la pierre et le ciel
Le cœur clos
comme un terrier abandonné
Notre destin
sur toutes les faces du dé
que Dieu lance d'une main téméraire
Un pied
si près de l'impensable déjà
Et si la seule grâce était d'exister...
Sur la page
quelques traits à l'encre noire
soustraits au silence et à la lumière
Sur un chemin
où tout se dérobe
Le silence restera à jamais
la plus parfaite réponse
A l'ombre des grands arbres
une vie cachée et lumineuse
Alors que tout sommeille
le rêve et la nuit s'infiltrent partout
Et s'il suffisait d'épouser
ce qui nous arrive...
Si peu armé(s) face au monde et à la mort
Plongé dans cette longue veille immobile
où le sommeil et la parole n'ont pas de place
Tout est en désordre
dans l'enclos du cœur
Et si c'était à travers la nuit
que se bâtissait le destin du monde...
D'un chant à l'autre
sans (jamais) laisser de trace
La voix mêlée à celle des bêtes des bois
qui se fait parfois entendre dans le poème
A même la trame
le vide, des choses
et la pulsation du cœur des vivants
Si dépouillé qu'il ne reste que l'ossature
Si proche du destin des fleurs
L'Homme accompli
Dans le sillage de l'immuable
l'âme qui veille
Qu'espérer sur cette terre d'attente et de refus ?
A peu près rien
Ce qu'il restera ?
Pas même un souvenir
Quelque chose, en nous, qui résiste en silence...
Les bruits du monde
qui résonnent encore
dans l'enclos du cœur
Sans autre espoir
que celui de vivre l'Absolu
Là où s'est cristallisée la blessure
naît parfois un vif élan vers la vérité
Jusqu'où peuvent se propager
le poème et la lumière ?
Pas à pas
sur ce chemin de silence et d'humilité
Ah ! Si l'on pouvait échapper aux bruits du monde
et aux bavardages des Hommes !
Dans le sillage de l'écume
Tant d'impasses et d'enlisements
L'Amour, le silence et la lumière
seuls remèdes à l'inguérissable
L'âme vagabonde
qui cherche en ce monde
le plus pur horizon
Guidé par une main étrangère
qui cherche à arracher de notre poitrine
ce qui sommeille ou est assoupi
Pourquoi s'obstiner à chercher
quelques traces dans le vide ?
Le cœur humain plongé (inévitablement)
dans ce bain de jouissances et de douleurs
De très vieilles croyances
devenues magma encombrant
au fond de l'esprit
A la nuit tombée
au fond de notre tanière des bois
Inlassablement le ciel
au-dedans de nos rires et de nos larmes
Se déposséder
jusqu'à comprendre que le souffle et le sang
ne nous appartiennent pas
Au fond du silence
ce qui n'a jamais commencé
ce qui ne peut s'achever
La source de toutes les choses
Seul – si merveilleusement seul
face au jour qui se lève
Là où l'on ne peut plus rien distinguer
Un monde d'écume et de rêves
qui ne nous promet que ciel noir et chagrin
Creuser en soi l'espace nécessaire
pour accéder à ce qui se cache
dans les profondeurs de l'âme
Sur cet étrange chemin
où un seul pas suffit pour rejoindre
ce que nous sommes
A la cime de l'oubli ; le ciel
Ce qu'il faut d'inconscience ou de courage
pour nous laisser guider par les tremblements
Dans les coulisses du cœur
comme un écartèlement
entre Dieu et les reflets du miroir
Sur ce chemin
où la source remplace (peu à peu) la soif
A hisser le monde
au-dessus des rêves
puis d'une chiquenaude
tout faire disparaître
Des mots lancés
dans une nuit sans passage
Les vents du sommeil
qui, parfois, se déchaînent
sur ceux qui veillent
Entravés dans notre cellule
et notre ronronnement
A peine vivant(s)
jusqu'à ce que tout nous déserte
Les effluves tenaces de la mort
qui planent au-dessus des jeux des vivants
Au fond des bois
vieillissant seul et en silence
L'âme
inlassablement penchée sur sa besogne
Si près du temple
et de l'unique rivage
Parfois un seul geste suffit
pour échapper aux lois du monde
Assez de lumière
au fond de notre infirmité
pour que le ciel devienne réalité
Fort heureusement
il y a en l'Homme
quelque chose qui échappe à l'Homme
Sur un chemin
qui fait disparaître (peu à peu)
les blessures et les rêves
A la pointe de l'âme
comme une sorte de tremplin
vers la joie et la lumière
Quelque chose de l'infini en soi
qui, trop souvent, reste inconnu
Toute une vie à fouiller l'âme
et à traverser la nuit
Se dépouiller jusqu'à épuiser
tous les rêves et toutes les questions
Les yeux grands ouverts sur l'invisible
Sans autres repères que l'Absolu et la mort
Sur cette terre où les fleurs nous offrent
leur sagesse et leur philosophie
Au cœur du chaos et de la poussière
l'éclat de l'infini et de la lumière
Dans nos pages il y a
toutes les couleurs de l'âme et du monde
et cette lumière qui n'appartient à personne
Là où le voyage nous fait devenir
un cœur, un regard, une écoute, une présence
Tout n'est que ciel et sable
sur cette terre désenchantée
Qu'importe notre destin
il nous faudra vivre le plus désirable
et le moins désirable de l'Homme
Notre voix et le chant des oiseaux
dans le silence de la forêt
De lieu en lieu
sous la même lumière
Sous un ciel rouge
à force de voir tout ce sang ruisseler
Comme des jeux d'ombre et de lumière
sur la pierre
La route éclairée par la mort
et quelques (pauvres) étoiles
Ce qu'il faut de temps
pour nous affranchir
du passage des jours
et de la mémoire
Trop rarement l'encre noire du poème
parvient à refléter la lumière de l'âme
Enfoncés dans ce sommeil
qui n'a besoin d'aucune nuit
Tant de noms gravés sur la pierre
et si peu dans le ciel
Peut-être y a-t-il trop d'espace
entre la douleur et la lumière
pour comprendre la souffrance (et s'en extirper) ?
A explorer le versant le plus silencieux de la langue
Là où l'âme et la voix apprennent, peu à peu, à se taire
Sur cette route qui traverse l'âme et le temps
Tant de drames
qui laissent le ciel impassible
et que la terre oublie aussitôt
Si peu souverain ce qui nous assaille
bien moins que ce qui, en nous, résiste
A la pointe de l'espérance
quelque chose de la nuit
déguisé en lumière
Tant d'adieux et de larmes
avant de pouvoir vivre
une solitude joyeuse
La voix aussi tremblante que l'âme
lorsque s'écrit le poème
Tout, en ce monde, est plongé
dans un bain de douleur et de lumière
Arrachés au sommeil et à la pierre
ce cœur et cette parole qui rêvent
de ciel et de yeux grands ouverts
Une âme qui a la couleur du ciel et du sang
et qui cherche à apprivoiser la vérité et la mort
Comment extirper le destin de sa gangue de terre ?
Et s'il nous fallait plonger au cœur de notre ciel souterrain...
L'âme offerte
jusqu'à l'oubli et l'effacement
Dans la proximité
de quelque chose de détaché et d'indestructible
en ce monde où tout s'attache et se détériore
Que sommes-nous sans Dieu
sinon un amas gesticulant de croyances et de conditionnements
cherchant en ce monde une issue impossible à trouver ?
L'esprit plongé dans les remous du réel
cherchant partout un point d'ancrage
et un peu d'Absolu
L'âme si simple
que la proximité de la source suffit
Allant partout
avec au fond du cœur
le vent et le vide nécessaires
Au cœur de cette trame
où tout est mû par l'attrait et la répulsion
Le cœur ?
Ce qui donne à l'âme et au monde leur couleur
Un silence sans espoir
qui ne nie ni le sable ni le ciel
Tournant en rond
dans cette nuit sans fin
Si simplement
le ciel en soi
Le cœur en paix
malgré le désordre du monde et la mort
Effacé, peu à peu, le visage du temps
La possibilité de l'aube sur ces pierres noires
Quel âpre labeur que d'essayer
de hisser son cœur jusqu'à la plus haute innocence
Et s'il suffisait de s'effacer
pour que le Divin nous remplisse...
Que restera-t-il dans nos cœurs défaits ?
Des grilles arrachées
Des restes de rêves
Quelques vieux désirs inassouvis
Des élans sans ardeur
et assez de vide peut-être
pour accueillir le monde
et voir l'aube se lever
Une parole arc-boutée contre le rêve
percutant la feuille et le cœur des Hommes
ne revendiquant rien sinon, peut-être, son besoin de vérité
Sous la blessure, l'abîme
Et sous l'abîme, quelque chose
comme une tendresse infinie
la source (sans doute) de toutes les guérisons
Il faudrait peut-être que le vent
pénètre cet enchevêtrement de mots
pour que l'on perçoive leur lumière
Quelle quantité de lumière et d'effacement
faut-il pour que la douleur disparaisse ?
Démesurés cette étendue de boue
et le temps qu'il faut pour la traverser
Tout ce qui nous hante si douloureusement
jusqu'à ce que l'aube se lève
Dans ce débordement de signes et de couleurs
il y a (à la fois) notre cécité et notre besoin de lumière
Chaque jour
penché sur notre besogne de silence et de mots
Rien sur la table de bois
sinon quelques feuilles blanches
et nos mains jointes en silence
Traverser la nuit
sans un seul pas
sans que rien soit franchi
Une parole
au fond de laquelle
se révèle parfois un ciel sans visage
Ce qu'il faut de silence et d'effacement
pour que l'Absolu parvienne
à retrouver la place que l'on occupait
Comme une danse vers le plus essentiel
à la manière d'un voyage sans escale
jusqu'à ce lieu où tout n'est que silence et oubli
Le vide et le vent
ne cessant jamais de réitérer leurs vœux...
Au fond du regard
une guirlande d'étoiles éteintes
au bout de laquelle brille une lumière insensée
Au fond du cœur
une réserve intarissable
de tendresse et de lumière
Le cœur si friable
qu'à sa place
ne reste qu'un grand trou
Tout a bleui
à force de fréquenter le ciel
Tant de vide
que le labyrinthe a disparu
Ensorcelé par ce froissement de l'âme
entre les doigts de Dieu
Alors que tout s'est détaché ou effacé
ne reste que ce qui ne peut disparaître
Au cœur de ce pays
sans seuil ni étoile
le regard silencieux
Sur cette pierre grise
où tout est soumis au temps
Face aux vents du monde
la voix inquiète qui lance son cri
Comme un écho au fond du cœur
que presque personne n'entend
Que reste-t-il du rêve des Hommes ?
Et si le silence était la seule réponse possible...
Et si la nuit obligeait
à creuser plus profondément (en soi)
pour trouver assez de lumière
Assis entre l'arbre et la pierre
avec, au fond du cœur,
ce qu'il faut de tendresse et de lumière
Le réel si bleu après l'étreinte
Parfois face au ciel
comme devant un mur
Il arrive que notre présence
et nos gestes silencieux suffisent...
Le merveilleux
qui, parfois, naît au fond de la plaie
Lire en silence
sous la lumière des sous-bois
La main de l'Homme
dessinant avec exactitude
le tracé du désastre
Comme des éclats de lumière dans la voix
L'encre de plus en plus transparente
à mesure qu'on approche du ciel
Le cœur assidu et insistant
ne cessant de frapper
à la porte de l'étendue
Comme l'écho d'un chant très ancien
sous nos pas silencieux
Il y a tant de figures effrayantes
dans nos rêves déployés
qui ne sont (en vérité)
que de simples chimères
parfaitement inoffensives et mortelles
Au fond du cœur un amas d'étoiles éteintes
et des nœuds de tristesse impossibles à défaire
Dans nos mains si tristement terrestres
rien qu'un peu de chair
pour contenter le désir et la faim
Sur notre table
de quoi réunir le bleu et la pierre
de quoi traverser cette interminable nuit
Ce qu'il nous faudra
franchir et abandonner
pour rejoindre le versant
le plus enviable de l'absence
Si obstinément
la lumière
Le cœur fissuré
d'où suintent quelques larmes
et un peu de lumière
La parole
parfaitement enchâssée dans le silence
Au commencement de l'infini
le seul itinéraire
Si soudaine la lumière
qu'elle surgit comme une déchirure
comme si jaillissait une béance dans le ciel noir
Des mots
comme un pont jeté
entre l'abîme et l'étendue bleue
La parole parfois presque aussi vertigineuse
que ce qu'elle essaye de dire...
Et si Dieu se trouvait aussi au cœur du poème...
Sur nos épaules
le ciel, le monde
et toute la souffrance des vivants
Au cœur même de la blessure
cette lumière que l'on a cherchée partout
Le sommeil et le rêve
La mort et l'absence
ce à quoi se livrent (sans relâche)
l'esprit et la main de l'Homme
Et s'il n'y avait devant nos yeux
que des pierres et des étoiles
et des visages tournés
vers le plus grossier de ce monde
Le cœur si proche
des arbres et des bêtes
que dans ma voix
on entend parfois
leurs prières et leurs cris
Au faîte de la solitude
qui sait que l'on devient Dieu et le monde ?
Au-dedans du poème
du vent, des arbres, des oiseaux
et le plus grand ciel possible
Sans autre filiation
que ceux qui ont connu l'étreinte
L'existence et la parole simples
de celui qui sait
Le cœur écorché parfois
comme si, de temps en temps,
la plaie se rouvrait
Sur ma table
Des pierres
Un peu de lumière
Ce qu'il faut d'invisible
Et la voix secrète des choses
Seul (si seul)
dans ce face à face
Au cœur de l'écoute
là où les mots ne sont plus nécessaires
Dans notre coffre
Des ombres
Des rêves
Et le visage tout fripé
de ce qui n'est pas encore né
Il faut assez de lumière au fond de l'âme
pour marcher sur cette sente si sombre
L'âme courbée
sous le poids de la peur
Mille chemins
qui mènent presque tous
jusqu'au point réversible du sommeil
A chaque instant tant d'adieux
et ce qu'il faut d'Absolu et de silence
pour que la solitude reste joyeuse
La figure blessée du ciel
recueillie dans nos mains jointes
Dans ces pages
autant de cris que de prières
et autant de tendresse que de sentences assénées
Au cœur de l'âme et du monde
quelque chose de la pierre et de la lumière
que nul ne pourrait soustraire
Par-dessus la soif
des liasses de rêves
qui confinent à l'ensorcellement
Bien plus que des mots
un voyage
Là où il n'y a plus que la faim et les viscères
qui donnent aux Hommes et au monde
cette affreuse direction
Le cœur si bleu
que partout le ciel
a remplacé la pierre
Comment rester insensible
au cri et à l'agonie des bêtes ?
Ce qui doit rester de l'enfance
au fond du cœur pour franchir tous les seuils
Sans hâte
du plus obscur au cœur nu
Parmi les pierres
ce qu'il faut de joie et de lumière
Sans prestige
ces pas et ce chemin
mais capables de nous extraire
du rêve et de l'obscurité
Encore là où l'on désire infiniment
En ce lieu où le silence
remplace, peu à peu, la parole...
La roulotte posée au fond de la forêt
devant le cortège silencieux des bêtes
qui vont s'abreuver à l'étang
Sans nom
celui qui s'approche
qui console nos peines
et transforme nos plaintes en prière
A mesure que l'on s'absente
le cœur s'approche de l'indéchiffrable
Même sans élan
Même sans chemin
le voyage continue
Là où tout se fissure
le rêve, le monde, la chair
et jusqu'au plus intime
Le cœur chaviré et tremblant
devant tant d'atrocités
Si l'on mettait Dieu, l'âme et le monde en équation
nous serions, sans aucun doute, la seule variable d'ajustement
Le cœur si proche du vide
que l’œil devient un gouffre
au fond duquel tout est aspiré
D'un cœur à l'autre
sans que soient nécessaires les mots
L'encre s'obstinant
à vouloir refléter
ce qui ne se voit pas
Si mal aimés
Si mal aimants
meurtriers et somnolents
Allongé sur la pierre
attendant le lever du jour
L'espoir
si proche, au fond,
du refus et de la plainte
Là où le cœur l'emporte sur le rêve
Porteur de cette sagesse si simple
qui refuse toutes les idéologies
Sous la lumière crue du jour
quelques feuilles sur une table de bois
Et si le plus vieux rêve de l'Homme se réalisait...
Au cœur de l'écume et de l'obscurité
Au cœur du rêve et de la douleur
ce qui a besoin de notre regard pour s'émerveiller
Ce qu'il faut de clarté
pour s'affranchir du rêve
et des gestes ensommeillés
Le cœur ensemencé par le silence
Écriture des lisières
où les mondes
tantôt s'enchevêtrent
tantôt se font face
Au cœur de cette gigantesque trame
qui sait de quels fils il est tissé ?
Le cœur et la lumière
aussi nécessaires au monde qu'au poème
Comme ensorcelés par l'effervescence et le tumulte
ces pas qui arpentent (si fébrilement) le monde
Le cœur lacunaire
incapable d'écrire
Nous croyant libres et délivrés
nous autres qui croupissons derrière nos grilles
D'un mur à l'autre
comme condamnés
à ne jamais pouvoir aller (ni voir) au-delà
Et s'il y avait tous les bruits du monde
et le rythme de nos pas vers la mort
dans les battements de notre cœur ?
A nous débattre si misérablement
dans l'étoffe du monde rougie
par les rêves et le sang
La lumière ruisselante
retrouvant sa source
au fond du cœur
Comme une lente (et longue) dérive
vers le plus indéfinissable
Au cœur de l'étreinte
cette main qui tient
au creux de sa paume
un peu de lumière
Un ciel si venteux
que tout est arraché et emporté
Loin des jeux obscurs des Hommes
qui confinent (trop souvent)
les âmes au plus sombre de ce monde
L'âme et les mots qui dansent ensemble
sous le soleil du jour
Au commencement de la parole
peut-être un manque
peut-être une douleur
peut-être un plus grand désir de lumière
Sous le socle noir des vivants
peut-être un espace oublié
peut-être une déchirure
peut-être un éblouissement
Le cœur au centre de cette étrange triangulaire
formée par Dieu, le silence et la prière
Le cœur simple
se rapprochant, peu à peu, du mystère
Le trait
entre la trace et la rosée
Quelque chose, en soi, qui sait
ce que, en général, nous ignorons
Quittant cette terre
sans que Dieu se soit manifesté
sans qu'une part du mystère leur soit révélée
Qu'attendons-nous
pour nous extirper du rêve ?
Si proche de cet ailleurs
qui nous habite
Quel serait le vœu
le plus cher des mortels ?
L'évidence du Divin
alors que le reste (tout le reste)
n'est qu'incertitude
Savoir demeurer en silence
là où les mots ne peuvent plus rien
Vers cette rive
où tout devient passage
Le cœur porté si haut
que tout devient lumière
Sous nos masques
une lumière encore indéchiffrable
En chaque poème
quelque chose de la blessure et de la joie
comme un écartèlement
Au-delà du dedans ?
Rien... quelque chose, peut-être, d'un dehors inexistant
L'encre offrant à la parole
à la fois un écrin et un exutoire
Et si l'on était déjà libre du monde...
Rien que des cris et des cadavres
sous les décombres de cette époque
que l'on pourrait (sans conteste) qualifier d'exécrable
Dans les veines
un peu de sang et de sauvagerie
et de vieux restes de poèmes
Des lignes au couleur du voyage
Essayer en quelques mots
de dire l'essentiel
Le cœur traversé de part en part
par ce (si pesant) souci de soi
Rien ne pèse plus lourd
que ce que nous n'arrivons pas à aimer
La parole
essayant de mêler la mort et la lumière
pour redonner au cœur le goût de vivre
Du côté de l'absence et de la chute
définitivement
Dans nos mains
cette lumière vivante
capable de réenchanter le monde
Délaissant l'angoisse des mortels
pour une confiance sans raison
Sur cette rive
où tout se dénoue et se défait
Le cœur si vivant
lorsque jaillissent les mots du poème
La soif mise à nu
pour découvrir ce qui se cache
derrière le dernier désir
Et cette tendresse
au fond de l'entaille
à laquelle ne peuvent accéder
ni les gestes ni les mots
Entre les doigts du temps
le défilé des saisons
Tatouées au revers de la chair
nos hantises et nos malédictions
Au fond de ce rire
tant d'adieux et de désirs contrariés
Des traces d'infini et d'éternité
jusqu'au cœur du plus infime et du plus éphémère
Derrière le bleu des mots
un rébus reliant ensemble
tous les fils de la trame
Œuvrer sur la pierre comme si l'on était en plein ciel
Œuvrer dans la nuit comme si l'on était en plein jour
A l'origine
peut-être un manque
peut-être un cri
ou une solitude insupportable
Devenir (pleinement) cette présence
que rien ne saurait corrompre ni renverser
Sous cette lumière
qui ne vient pas du jour
Encore si malhabile (parfois)
face au silence et à la lumière
Agenouillé sur la pierre
le cœur (parfaitement) silencieux
Le cœur plus réel que le monde
Captifs de nos désirs, de nos querelles, de nos espoirs
vivant en ce monde comme si l'on était pris au piège
Ce qu'écarte, trop souvent, le poème
le manque, la douleur et la faim
faisant de l'Homme un être
plus grand (bien plus grand) que son nom
Nos yeux suspendus, peut-être,
à un ciel qui n'existe pas
Au fond de mes yeux
des traces de ciel peut-être
et, sans doute, quelques vieilles douleurs aussi
L'ombre de nos grilles
sous cette haute lumière
Découvrir et apprivoiser, peu à peu,
ce qui n'appartient pas à la trame
Hissé sur cette sente
qui mène Dieu sait où
Comme un trou au fond du poème
où s'entassent tous nos tremblements
Il y a parfois au cœur de notre prière
un fond de tristesse et d'incompréhension
A veiller silencieusement
dans cette chambre posée au fond des bois
A pleurer devant toutes les souffrances de ce monde
La figure appuyée contre les paumes
Et s'il y avait derrière nos mains
un autre visage que le nôtre...
Face à un ciel
si étranger aux Hommes
Et si les mots invitaient à l'ultime rencontre...
Effacées les frontières
de tous ces pays imaginaires
Une lampe posée sur une vieille table de bois
qui éclaire le silence crépusculaire de la chambre
et, sur la feuille, les traces laissées par le feutre noir
Seul
sous la lune
au cœur de la forêt
Et sur la page
quelques taches d'encre bleue
Qu'y a-t-il
au fond de nos cœurs écorchés ?
Au fond de la voix
le tumulte de l'âme et du monde
Que d'heures passées
à regarder l'horizon !
Là où tout (à la fois) se soustrait et se déploie
Dans ce foisonnement de signes
autant de surprises que de sortilèges
Tant de périls et de possibles
dans nos pauvres mains de mortels
Sur la carte tant de couleurs
que nos pas assombrissent
en investissant le territoire
Si proche
l'inexploré
Ce qui court d'une ligne à l'autre
Seulement peut-être un peu de vent
Dans chaque geste
il y a tout ce que nous sommes
Tous ces murs que l'on construit
sans même s'en rendre compte
Ce que révèlent les mots
sans doute un peu plus
que ce que voient les yeux
Au fond du cœur de l'Homme
un royaume méconnu
Rien qui ne soit au-dehors
Rien qui ne puisse échapper à la prière
Ce qui loge au fond du cœur
et qui n'aspire qu'à être découvert
La voix si lointaine parfois
comme si elle avait séjourné
de l'autre côté du rêve
Comme un passage
à travers ce qui est écrit
qui mène bien au-delà des mots
Au-dedans
ces murs qui condamnent au sommeil
et qu'il faudrait fracasser à grands coups de masse
Sous cette lumière
qui n'éclaire pas seulement
notre visage et nos pas
Tout ce qu'il faut au fond de soi
pour traverser les jours d'infortune
Au fond de la prière
ce visage oublié
Chaque jour
quelques mots
pour se rapprocher
de ce que l'on porte secrètement
Personne à notre table
Seulement la lune (toute ronde)
à travers la fenêtre
Au-delà des mots
quelque chose
peut-être un peu de lumière
Au milieu des hêtres
un chemin, un homme, un carnet
et assez de lumière et de silence
pour marcher, vivre et travailler
Et ce visage caché au milieu des mots
que le poème révèle quelquefois
Entre la pierre et le ciel
un chemin qui n'appartient à personne
Au bord des mots
un ciel que ne reconnaissent
que les innocents
Nos mains
pleines de feuilles, de ciel et de vent
Le cœur tout tremblant
si maladroitement blotti
contre le temps
Seulement quelques souffles
nous séparent de la mort
Et, pourtant, nous continuons
d'ignorer l'essentiel
Sans répit
ce voyage sans destination
Blotti contre les bêtes
dans cette brume
qui donne au monde
une allure de rêve
Dans nos yeux
on devine (à la fois)
la mort et l'infini
La forêt
à l'affût des prophéties non humaines
cherchant dans le ciel des signes de sa destinée
Bien plus qu'un chemin
une danse au cœur de l'infini
Sommeillant sans surprise
avec du sang sur les mains
Ce qui se tient sur la page
toutes nos leçons inapprises
De la lumière vers la lumière
à travers toutes nos failles
et ce qui, en nous, semble brisé
Et s'il y avait sous nos pas
un passage secret...
Les mains encore attachées derrière le dos
malgré toutes les portes que nous avons franchies
Sans même y penser
la main tendue vers l'intérieur
Un chemin
au bout duquel il n'y a peut-être rien
Depuis toujours
au fond du cœur
la même prière
qui échappe au monde et au temps
Entre un mur, un abîme et des gravats
nos pauvres existences de mortels
Et si l'on osait tendre la main
et tourner nos yeux vers le ciel...
Le cœur si asymétrique
porté à ne (presque) jamais
préférer le monde
Assez de place entre les mots
pour y insérer un peu d'âme et de silence
Dans mes pages
on trouve des arbres, des bêtes et des fleurs
et assez de silence et de sensibilité
pour entrevoir la lumière
qui éclaire le cœur et les sous-bois
Il y a en moi assez de tendresse et de sauvagerie
pour demeurer à l'écart du monde des Hommes
Sans autres patries
que le cœur et le poème
Un lieu si loin du monde
Au cœur d'une étendue
où tous les chemins sont des seuils
Sans autres tâches que celles de vivre et d'aimer
Sans prélude
Sans conclusion
La vie telle qu'elle va
Se tenir impassible
là où le sol tremble
Au fond de soi
un espace immense
où cohabitent Dieu et l'enfance
Demeurer
comme l'arbre sous le vent
à la fois immobile et dansant
Sur cette sente
où se mêlent l'âme, la parole et le pas
Dans cette chambre
où le ciel et la lumière
côtoient le geste et le poème
Au fond de notre cœur
assez de silence
et une foison de prières
Et si c'étaient Dieu et le monde
qui guidaient notre main...
Ce qu'accueille le papier
bien plus que les mots du poème
Sous la plaie
cette fenêtre ouverte sur l'âme et la chair
et plus loin (au-dedans)
la mort qui entoure et recouvre tout
Si tressaillant
face à la brutalité de ce monde
Arpenter, peu à peu, l'invisible
cette terre sans promesse
où tout s'échange
contre un peu de silence et de tendresse
Sous la poussière
nos désirs et notre nom
piétinés sur la pierre
Et nos pas qui sont déjà loin à présent
Ce que la parole a tant de mal à atteindre ?
Le silence et le cœur des Hommes
Rien qu'un profond silence
qui recouvre tous les bruits
et toutes les expériences du monde
Le regard posé au loin
à travers la fenêtre
sur les collines et la forêt
Et sur la vieille table de bois
quelques feuilles noircies de poèmes
Sans rien faire
Sans rien dire
le regard qui retrouve son centre
Des pensées et des poèmes
qui cherchent obstinément
un passage au fond du cœur
capable de nous faire franchir
l'ultime frontière
Ce qu'offre l'Absolu ?
La source qui apaise toutes les soifs
Le poème est un lieu
de passerelles et de passages
entre nous et le mystère
Au-dedans
tant de hantises et de fantômes
qui donnent un sens inexorable
aux existences
Au cœur d'un silence
où tout est happé
Les seuils et les siècles
Les signes et les possessions
anéantis autant par la lumière
que par la mort
Et si les mots n'étaient pas destinés
à être entendus
mais à creuser un passage
entre le cœur et l'incompréhension
Sur une terre où les histoires foisonnent
où si peu d'âmes sont capables de s'extirper du rêve
L'apparition (inopinée) de la patrie bleue
au crépuscule de la peur
Alors que tout est vacarme et multitude
attendre (patiemment)
que le silence et la solitude s'imposent
Quelque chose au-dedans de nous
et au-dedans de tout
qui a, sans doute, le même visage
Sous la lumière des sous-bois
une joie sans explication
Et si le cœur était le seul lieu
où l'on pouvait restaurer
l'âme, le monde et la lumière
Depuis l'origine
les yeux presque toujours fermés
Blotti contre le dedans
ce dehors si triste et désemparé
Dans les tréfonds du poème
peut-être l'indicible
Ce qui ne peut être ni soustrait ni souillé
voilà ce qu'il nous faut trouver
Dieu taillant la lumière en pointe
pour essayer de pénétrer le cœur de l'Homme
Au cœur des visages et des choses (si fugaces)
dans l'incroyable étroitesse du réel
dansent l'infini et l'éternité
Et si l'éternité était au centre du temps...
Dieu tenant dans sa main
– rassemblés – tous les bords du monde
Mille chemins
entre le monde et le royaume
Au fond du cœur primordial
La source
et tout ce qui a été créé
Dans les herbes folles du poème
l'âme qui se roule sous les caresses du vent
Ce qui crie à l'intérieur
sans jamais être entendu
L'invisible est le socle sur lequel
se construisent les existences et le monde
Notre existence ?
Entre nécessités et contemplation
comme si le reste n'avait plus guère d'importance
Allant sur la page comme sur les chemins du monde
en laissant le cœur et le ciel décider de l'itinéraire
Ce qui s'effrite entre nos doigts
Tous les rêves du monde
Nos pages comme une étendue de sable
sur laquelle nos doigts dessineraient (assez maladroitement)
des signes mystérieux et indéchiffrables
Un monde où tout a été bâti
au-dedans du même rêve
Chaque poème est une tentative
un précieux et discret présent
et une manière (aussi bien sûr)
de décrypter une infime part du mystère
Le cœur porté en triomphe
à force de fréquenter l'inconnu
L'invisible
aussi évident que ce qui se voit
Ciel, arbres, âme et poèmes
dans ma géographie verticale
Si l'on était un tant soit peu attentif
on se rendrait compte
qu'il y a aussi du silence
au-dedans de la chair
Le vent œuvrant
dans notre cœur
et nos petits papiers
Assis face à la fenêtre
à regarder le soir tomber
Sans autre adresse
que le ciel et le fond des bois
D'heure en heure
assis sans aucun
sentiment d'étrangeté
devant l'inconnu
Tant de rencontres
qui nous auront rapproché de l'invisible
Les rêves du dehors
que l'on déplace
au gré des exigences du monde
incapables de pénétrer
le dedans de ceux
qui savent faire silence
Balayer sur la page
tout superflu
pour que ne reste
que ce qui peut toucher l'âme
Aux couleurs de l'infini
notre silence
Discret le jour
et invisible la nuit
comme tous ceux
qui habitent le fond des bois
Sur un lit de feuilles
le visage et l'âme tournés vers le ciel
Et s'il n'y avait pas assez de ciel
dans le cœur de l'Homme...
De l'autre côté de la pensée
Là où il n'y a plus que le silence