SI PRES DE NOS LEVRES, LE SILENCE (VOLUME 1)
EXTRAITS DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2022-2023)
Sous des étoiles à la luminosité douteuse
Le cœur cisaillé
De lieu en lieu
D'un seuil à l'autre
Monde après monde
Au-delà (presque toujours) – un peu plus loin
Comme si la rive s'allongeait
Comme si le voyage se déployait
Rien que du temps
Et la source intarissable
qui renouvelle les désirs et la matière
Perdu au milieu des reflets du miroir
Offert à la force indifférente du vent
Au milieu des choses
Le lointain
Au bord du temps
Parmi les arbres qui parlent
Au milieu de quelques restes
de chemins éparpillés
L'extrémité de l'âme engagée dans la lumière
Des heures – des jours – qui passent ; et que l'on oublie
Avec, dans le sang, des mots qui dansent ; que le feutre restitue patiemment
Au fond des choses ; le rire
Au fond du rire ; le vide
La lumière qui persiste – la découverte du secret – la résolution du mystère ; à travers l'existence – comme un miracle
Le cœur humble et hivernal
Au milieu des choses et du silence
Si loin de la plainte ; la parole dansante...
Le lieu de l'énigme sur la pierre
Et la caresse du regard
Ce qui vient parfois habiter le poème
En chemin – comme la neige
Le monde et la parole passante
Davantage que des signes
Le reflet – sans doute – du seul visage
Le bruit de la rosée dans la voix amoureuse ; l'alphabet de l'invisible qui tambourine entre les mots ; comme si tous les possibles s'invitaient simultanément dans cette manière (assez vagabonde) de témoigner du monde – à la façon du ciel – du sable – des oiseaux
La terre rouge – couleur des origines – couleur du temps...
Le vivant – sans rire – sans joie – sans promesse – réduit à un peu de matière – à un peu de misère ; pas si différent des corps inertes que l'on brûle ou que l'on enterre
La plaie originelle ; comme indéfiniment partagée
Insaisissable par le langage ; et que chaque existence reflète (pourtant)
Comme une douleur impossible à comprendre – impossible à éviter ; et qu'il nous faut néanmoins apprendre à explorer
Sur cette terre (à bien des égards) – le règne du plus sombre...
L'odeur brûlante de la faim
Le monde-gibier entre nos mains carnassières
A travers ce jeu (inévitable) qui habite la vie (et les vivants) ; et sans lequel ils ne seraient pas
Tour à tour – herbe – biche ou tigre ; glissant (involontairement) de l'un à l'autre – dans l'éternelle magie du retour et du recommencement
Et, pourtant, comme une musique triste (et légèrement nostalgique du temps d'avant la séparation) dans la voix qui raconte le spectacle – passablement étrangère aux drames et à l'emprise du rêve
Le poème comme un peu de lumière sur les rêves du monde...
Entièrement à Dieu – à la vie – à l'Amour – à la mort – à ce qui s'invite (très) provisoirement
Le vivant s'essayant à toutes les combinaisons possibles (et imaginables)
Ainsi se risque-t-on – peut-être – au fil du voyage – à travers la longue suite des existences successives – à vivre au-delà du connu – au-delà des remparts faussement protecteurs que l'on a (naturellement) érigés autour de soi
Le cœur se souvenant parfois du lieu où naissent les visages et les choses ; le monde d'avant le temps...
Soudain – la fulgurance du trait qui traverse l'âme et la main du poète ; et qui emporte (pour un court instant) la mort et les vivants vers un lieu où la nuit n'existe pas
Les yeux fermés – la figure triste et grise – mouillée de larmes et d'incompréhension
Comme condamné(s) aux gestes et aux pas mécaniques
La lumière immanente – horizontale – ordinaire – parfaitement naturelle...
Entre les arbres et les pierres
A la vue de tous ; et que la plupart ignorent ; et que la plupart ne voient pas
Notre présence apparente ; cette appétence pour les choses futiles ; une manière d'agrémenter son existence ; de survivre à tous les malheurs
Le cœur (presque toujours) chargé de douleurs
Ici – sans autre ambition...
Toutes les offenses du monde – oubliées
De la poussière emportée par le vent
Des cris dans le vide – sans bouche –
sans oreille – sans personne
Qui pourrait donc comprendre ?
L'existence de ceux qui habitent la terre
A la manière d'un songe impatient et solitaire
Les yeux baissés ; l'humilité dans son déploiement
Et l'apparent affranchissement de l'âme ; libre du monde depuis toujours
Après la terreur des temps immobiles
et la frénésie
Dans un repli du voyage
Le surgissement de la lumière
Au rythme qu'impose la reconnaissance
Tout un destin qui se dessine – sous le joug de l'innommable
Et tout qui étouffe ; et tout qui cherche à s'échapper
Et les premiers pas qui (très souvent) se font dans le prolongement du cri
Dans l'avant-monde du vivre
Des terres brûlées et des cœurs dociles
L'absence (manifeste) des âmes
Des refus ; sous le règne (évident) des miroirs
Étrangers à toute aventure réelle
Les habitants du rêve
Épuisés par la couleur du songe
Ces yeux d'enfant(s) mal éclairés
En dépit de la lumière
qui coule sans jamais s'arrêter
Privés de Dieu
Sous l'égide des versets
et des agenouillements
Des cohortes de cœurs inconsolables qui tentent d'aller vers l'Autre ; vers Dieu ; l'espérance vissée au front...
A l'écart ; de plus en plus...
Dans les yeux – des reflets (de simples reflets) ; le sol craquelé des existences
En pure perte ; qui que l'on soit – quoi que l'on fasse ; des gestes et des cris – en désespoir de cause...
Au sortir du monde – le temps arrêté
Vêtus de lumière – de grandeur et de lumière ; à toutes les altitudes ; nos frères feuillus
Le cœur à l'abri des coups ; la chair et la sève indifférentes au défilé des saisons
Face à l'abîme
Comme ensablé dans l'épreuve
Sans retour possible
La tête dans l'alignement du temps
Au bord de la fable ; au bord du discernement
Et nos empreintes sur le sol –
à peine perceptibles – mêlées aux traces
de tous nos devanciers
Sans hâte
Le temps de quelques saisons
La chair docile ; l'âme absente
Sans (réellement) chercher à comprendre
Des remous et des soubresauts
A la verticale de la même étoile
Sans jamais s'écarter
La vie comme sur des rails
Dans le remugle du temps
De plus en plus humble et solitaire à mesure que l'on s'éloigne de l'imposture...
Un peu de soleil sur la langue
Sur ce sol sans réconfort
Chemin du secret et des origines plutôt que rives et routes communes – surpeuplées – trop fréquentées – abominables
Ce qui est vécu – la nécessité ; vers l'essentiel...
De la fièvre et de la nuit
Des mots et des étoiles
Des fenêtres et de la lumière
A travers tous les jeux du monde
Autour de soi
Des regards perdus
Des âmes courant en tous sens
Des cœurs qui se balancent
Du sang fébrile
Sous un ciel nonchalant
L'invention de soi ; à travers les limites de la matière
Et la possibilité de la perte – inhérente au je(u)
Rien que des rêves et des légendes ; sur cette terre
Ce que l'on nous prête
Le cœur battant
Des lambeaux d'âme
Le monde sans fin
Au fond du corps
Le chant nostalgique du monde
Ici – penché – bancal – maladroit (et un peu sombre quelques fois) – alors que d'Autres feignent la parfaite verticalité – la connaissance – la compréhension et l'expertise en matière de lumière et de joie
Bien plus secret et silencieux qu'autrefois
Séparé – de moins en moins – sans doute – du reste ; de l'amas – des choses indistinctes
Comme si l'on renouait avec l'une des plus anciennes lois de ce monde...
Devant le miroir – un sourire ou une grimace – selon les jours
Et sur les rives du monde – des visages impassibles et des jeux enfantins
Si proche ; le silence – qu'il suffirait de se pencher pour disparaître – parfaitement caché – totalement englouti – par l'épaisseur salvatrice
Une voix sous les étoiles
Déchiffrant les rêves du monde
et une partie de l'invisible
Au cœur de cette chambre –
isolé(e) au milieu de la forêt
Au fil du voyage – la lumière ; et l'éloignement des étoiles
Du langage à l'indicible ; de l'indicible au silence
Le visage, peu à peu, éclairé ; et le geste (parfois) éclairant
Ni trace – ni chemin
La porte du cœur ouverte ; et ce que l'âme entend
Enchanté par les chants – le silence – les lieux
Dans l'intimité des habitants des bois
Amoureusement installé
A l'heure des solitudes couronnées
Au cœur de l'hiver
Une autre manière d'habiter le monde
Des histoires encore
Des ombres au-dehors
Le temps secoué par les paumes impatientes
La brutalité à travers le sang
La barbarie établie – incontestable
Tourmenté ; le séjour des bêtes et des hommes
Sur ces pierres irradiées de soleil
Des questions et des prières –
adressées à un Dieu hypothétique
Tous les signes de l'incompréhension ;
manifestement
L'écoute comme une danse avec le monde ; l'alliance de la joie avec ce qu'il y a (sans doute) de plus innocent chez l'homme...
Un lieu ; des passages
Le monde invisible qui se déploie ; qui nous exhorte ; comme un appel – un enchantement
Le vent contre la joue
Quelque chose de la joie ; l'inexplicable qui dure ; le cœur en accord avec l'émergence ; ce qui jaillit (naturellement) de la source
Au plus proche de la tendresse originelle
Sur cette vieille terre inestimable
L’œil tremblant sous les étoiles
Face à l'infini célébrant ses courbes
La tête inclinée
Loin des reflets (mensongers) du miroir
Par-delà la blessure
Par-delà les apparences
Par-delà la tristesse et l'absence
Par-delà les joutes et les jeux
L'espérance brisée
Le temps fracassé contre la pierre
Les peines en noir et blanc – oubliées ;
comme effacées par cette disparition
A la manière d'une fête
L'invention du monde ; le seul royaume de l'homme – sans doute...
Au cœur de cette lumière qui laisse intacts la part – le rôle – l'intensité – de l'ombre
Le désir assumé du plus haut ; ce qui confine à l'insignifiance les plus grandes richesses de ce monde
Le chant inséré
D'une dimension à l'autre
Comme un rayonnement
Vers le monde et l'indistinction
L'écume éclatante
Les rebonds de l'écho au fond de la fosse
Éparpillant l'épaisseur et l'opacité
Vers cette absence de visage
Le sens actuel du voyage
Des noms – des chemins – empruntés – parcourus
Le cœur que l'on appâte
L'attente du jour ; la venue (discrète) de l'invisible
Vers l'étreinte et la transparence – à la place du corps – à la place du sang
Rien d'étrange – en soi ; la saveur de l'inconnu
Ce qui assouvit cette soif – sans eau sur les lèvres
Au dernier étage de la folie
L'appel du vrai
Et juste au-dessus ; le cœur saisi par l'enfance
L'espace où règnent tous les ordres
L'espace où s'inventent tous les mondes
Se laisser simplement traverser par ce qui surgit...
Le jour ; sans le poids des mots
Une autre manière d'être présent au monde ; une façon plus directe (bien plus directe) d'entrer en contact – et de nouer des liens – avec les êtres et les choses
L'âme silencieuse
Au milieu de la poussière
La lumière au-dessus du sommeil ; et le vide au-dessus de la lumière
L’œil qui accentue l'intensité des couleurs ; parcourant tout de long en large
De l'or au creux de la main ; et mille soleils qui éclatent au fond du cœur
Sans résistance – sans heurt – sans affrontement
Entre l'ombre et le songe
D'une couleur à l'autre ; qu'importe le déguisement...
Harcelé(s) par toutes ces mains nocturnes – prétendument guérisseuses
De la crédulité au fond des yeux
Dans la vaine espérance d'un ciel accessible – d'un ciel sans ombre – d'un ciel sans recoin
Contre la muraille
Des ombres blanches
Le jour ligaturé
De la brume et du feu
L'enfance apeurée ;
chahutée par les luttes et les alliances
Comme un empêchement ;
l'oubli de l'essentiel – sans doute
Quelque chose de perdu – à jamais – peut-être
Un lieu où la parole ne compte plus ;
pas davantage que le silence
Le souffle qui célèbre les jeux
Le labeur sous-jacent du monde
La persistance du bleu
Au cœur de la nuit la plus noire
Et cette lueur au fond du sommeil – recouverte de rêves et de cendre ; vivante – malgré la force des illusions ; et qui se ravive – et qui s'intensifie – aussitôt que le silence s'impose ; et qui embrase le reste aussitôt que le vent remplace la volonté et les cris
La lance à la main ; le cœur figé
Le poids des ancêtres sur l'épaule –
guidant le geste
La terreur bien menée
La rouelle serrée contre soi
Sous la lune – les hommes en rang
Toute une armée d'assassins –
marchant à la pointe du sommeil ;
vivant de guerre et de chasse
depuis la nuit des temps
Sous les feuillages – le parfum de la nudité
Les paumes qui se joignent
Le chant qui s'élève
Face à l'invisible
L'arche du ciel richement étoilée
Les portes qui s'ouvrent
Accompagné(s) par le son des tambours ;
à la manière d'une clé
Le cœur transvasé dans l'arbre
Vers ce monde infini – indéfinissable
Sans plainte – sans offense – sans prière
L'espace nu qui offre au regard
la poésie nécessaire – la nourriture du jour
A l'abri des branchages
Une vie lumineuse
Au milieu des ombres silencieuses
En compagnie des esprits de la forêt qui, un à un, apparaissent ; tout autour – et au-dedans – comme une épaisseur qui protège le secret...
Les yeux salis par la violence et la poussière
Au milieu de ces bouches qui ingurgitent (tout au long du jour) de la chair vivante
La tête ornée de cette puanteur
Avec des songes entassés sous le front rude et obstiné
A la lisière de cette terre rouge sur laquelle on séjourne depuis (bien) trop longtemps
D'une rive à l'autre – sans jamais quitter l'origine
Le poids du ciel ; et des ailes – pour voyager...
Le cercle autour de soi
Le visage du monde ; sous un autre jour
Le cœur autrefois si inquiet – si étroit – si fermé – redevenu paisible – décousu – étalé – comme s'il avait repris sa forme initiale – commune – collective – partagée
Sous la parole – l'ensemble des voix rassemblées – accordées – entonnant le chant du monde – le chant des morts – le chant des lieux et des vivants
Comme une fête ; quelque chose de la joie ; au cours d'un temps inépuisable
Célébrant la même appartenance ; avec tous ses manquements – tous ses excès et toutes ses possibilités aussi
Le jour ébauché ; à partir de nos solitudes
L'enfance et le chant – roulant ensemble sur la même pente
Au fil de l'Amour continuel ; des vies qui se succèdent – dans les interstices du temps
En tête à tête avec Dieu – les yeux dans les yeux
Le cœur révélé par le jeu
Et le (re)commencement – sans pourquoi – du monde
Si près de ce ciel qui nous ressemble ; et si loin de celui que nous méconnaissons (que nous nous obstinons à méconnaître)
Le monde amoureusement chahuté ; la tête en bas pour voir tous nos édifices se renverser
Dans un lent retournement de l'abîme ; le commencement d'un autre royaume
Et ces quelques traits pour esquisser le prélude d'un temps nouveau qui saura s'affranchir du sommeil et de l'écume ; de toutes les lois qu'ont instituées les hommes
Les yeux fermés ; la saveur à l'intérieur
Silencieusement
Au pied d'un ciel immense
Glissant – à travers le songe et la nuit – vers des contrées d'affinités ; parmi ceux dont le cœur est suffisamment sensible pour franchir le seuil
Dans un bruit de guillotine
Ce monde
Comme un désert en plein ciel
Le regard rêveur
Les rivages ravagés
La débandade – en tous sens ;
dans les cris et l'odeur de la mort
Rien (réellement) pour se tirer d'affaire ;
sinon l'espérance – comme une glissade
supplémentaire ; une façon (la seule
que l'homme ait trouvée) d'ajourner la chute
Dans la poussière – au cœur de la trame
Sous le règne des disparitions ; l'éphémère qui tremble ; et qui, parfois, se surprend à espérer
Ce lieu sans mur – sans nom
Le toit invisible ; sous les feuillages
La chambre du royaume – peut-être
Dans le silence des rêves éteints
Au-delà des pensées qui s'essaient à un commentaire – au-delà des mots qui tâtonnent
Quelques notes ; un chant silencieux
Des pans de murs renversés – balayés ; les remparts qui se lézardent – qui se brisent sous la force des vagues ; le monde d'avant la parole – d'avant le cri – qui déferle sur les rives
La terre submergée par ce magma d'avant la langue – d'avant la naissance du temps
Une sorte de purification par les eaux providentielles
Le déblaiement des excès et du superflu – de ces amas d'images et de matière accumulées depuis la séparation de la terre et du ciel – depuis la différenciation de la chair – des cœurs – des visages
Et sur le parvis – ce rire des hauteurs – retentissant ; une sorte de soulagement – de délivrance (un peu tardive) ; bienvenue – (très) joyeusement accueillie
Parmi les étoiles – en rêve
Le chant imperceptible du monde
Cette douleur des âmes – figée dans la mémoire – assujettie(s) au temps
Dans ce labyrinthe d'ombres et de miroirs
Entre le silence et l'abîme ; au milieu de tous ces riens ; le pas traînant et le cœur (parfois) qui se sou-lève...
Au cœur des collines
Le mot et le pas
La joie vivante
Sur ces pentes propices à l'effacement
Agenouillé – offert aux choses de la terre
Le regard posé sur le vaste monde
Des coulées de lumière sur les arbres silencieux – impassibles
Le bleu – au fond des yeux – comme une étincelle de tendresse
La main câline qui distribue ses caresses
La vie comme une danse secrète ; joyeuse – puissante – fragile ; les pas – les bras – la tête – éphémères – tendus – tournés – vers l'éternité ; le signe d'une gratitude – bien davantage qu'une prière...
L'aube – le jour – le crépuscule – au fil des saisons – célébrés par les gestes quotidiens
Au-delà de la mort – au-delà des apparences (trop évidentes) ; les yeux tournés vers le regard
Au-dessus de l'absence ; rien
Le même vide qu'ici
Le même vide qu'ailleurs
Rien qui ne puisse être dit ; rien qui ne puisse être déchiffré
Ni signe – ni chemin – ni témoin
Seul(s) sur cette sente invisible qui s'enfonce dans les profondeurs de l'esprit
La lumière qui nous appelle ; et quelque chose – en nous – qui lui répond ; comme un lointain écho de l'origine...
L'appartenance commune de la multitude ; oubliée
Comme l'origine et le voyage
Et le fond des choses ; et le silence – recouverts par les cris
Le labeur de l'être ; le bleu qui sourit
Une manière de se reconnaître...
Vivant ; dans la plus pure tradition du premier homme...
La voix se hissant au-dessus du discours – entre le ciel et le geste naturel
Et nous – avançant – ainsi – à tâtons – sans rien savoir – ni du secret – ni de la parole
Jamais oublieux – pourtant – du silence qui guide nos hésitations ; un pas (infime) vers le sacré – vers la beauté – peut-être...
Mieux que dire ; jeter sous les yeux
Sans image – le monde ; le sentir vivant
Quelque chose comme un poème ; une langue nouvelle pour tenter de dire l'indicible
La parole au cœur du silence ; comme une flamme dans un feu – une flamme infime dans un feu immense...
L'Amour ; le lieu dans tous les lieux ; n'importe où – comme si cela suffisait pour vivre et trouver la joie...
Sans discourir – la voix simple
Et le recours au geste
Sans conseil ; à travers le cours probant des choses
D'une secousse à l'autre – par la route privée de louanges et de commentaires
Le message qui se mêle à la poussière du monde – emporté par la danse – loin du manège des hommes
La sagesse ricochant sur la chair trop peu sensible et les esprits trop confus
L'âme qui se réorganise ; dans le redéploiement de la dilection – sans rien demander – sans même la grâce d'une prière
En l'honneur de l'homme ; de ce qui est vivant en l'homme ; de ce qui le porte au plus haut
Plus matois que ceux qui se pensent rusés ; plus malin que ceux qui penchent vers la sournoiserie...
La neige noire – le cœur sale – l'âme écœurée
La parole descendante ; comme un cri
arrivé à terme ; plantée dans le sol
Enracinée à l'endroit où les vents l'ont posée
Entre l'espoir et la nuit
Sous un ciel invisible
Simultanément ; le discernement et l'indistinction
Sans même le recours à la prière – au poème
La source qui (à son insu) enseigne
Sans commentaire – sans conclusion
Des murs de mots ; infranchissables
Des amas d'ombres ; des remparts pour le cœur
Du sable ; le prolongement de la catastrophe
Des cartes pour le rêve ; pour déchiffrer le territoire du rêve
Rien que des questions ; et des réponses ; pas grand-chose ; rien qui ne permette d'appréhender le réel ; d'offrir à l'esprit un peu de clarté ; au geste un peu de justesse ; au cœur un peu de sensibilité
Du dessous du mélange ; le dedans de la trame – en quelque sorte ; là où la bêtise – la tristesse – la défiance – sont remplacées par la joie – la lumière –la tendresse...
L'âme du monde au fond de l'âme de chacun ; comme une évidence
A la cime de la lumière ; ce qui se révèle ; l'Amour et le silence
Le cœur libre qui prend la couleur de ce qui s'impose ; la chair obéissante ; l'esprit au-dessus de l'ambition (et de l'inquiétude) des hommes
Le silence plutôt que la civilisation
La solitude plutôt que la communauté
Membre – à part entière – du reste ;
sans orgueil – sans revendication
Sans rien gagner – sans rien perdre – sans rien endommager ; toute traversée
Le sang versé
Paisiblement
Sur la plaine – ornée de feux et de palissades
Dans le triangle où s'entassent les morts
L'ardeur quasi fraternelle ; sans que
cessent jamais les massacres et la barbarie
La terre nourrie par tous les rêves du monde
De la fumée ; comme des remparts...
Gravé(s) dans le vent – comme (à peu près) toute chose
Volatil(s) – éphémère(s) ; sauf le secret – le silence ;
ce qui se cache derrière l'apparence du monde
L'Amour au fond de soi
Le cœur interrogatif ; en proie à toutes sortes d'hallucinations ; comme si la vie était un rêve ; comme s'il nous manquait quelque chose...
Assis face au soleil ; (assez souvent) désespérés
Sans rien voir de l'or qui coule sur la pierre noire
L'ennui des hommes ; leur angoisse – leur impuissance – leur cécité
Rien qui ne vaille (vraiment) la peine (selon eux)
La tête entre les mains
A se questionner sans fin sur le mystère ; à pleurer sans fin sur son impossible résolution ; au lieu d'habiter (plus simplement – plus amplement) la terre – l'espace – l'esprit
Pas à pas ; jusqu'au vertige – jusqu'à l'ultime résonance – jusqu'à la disparition
Ici – perdu(s) dans l'immensité
Au milieu des heurts et des flammes ;
des cargaisons de chair
Des jeux tissés à même la trame
Des chemins vers la mort
Indéfiniment
Sur la feuille – des giclures rouges ; le sang de la barbarie versé par ceux qui perpétuent le monde ; inchangé(e) dans ses traditions ; la chair des arbres et des bêtes sacrifiée par cette manière (si humaine) de ne pas reconnaître ces Autres comme faisant partie des nôtres ; révélant la monstruosité de ce côté-ci de la barrière ; de ce côté-ci de la hache et du fusil ; à laquelle il semble si difficile d'échapper...
Le dedans de la tête offrant l'ivresse et le vacillement
D'un sommeil boiteux ; d'un regard peu assuré
A l'approche des rêves du monde – sur le sol froid
En soi ; la force vivante ; l'éclaircissement du regard – le souffle déployé ; au-delà des apparences ; au-delà des possibilités offertes par le temps
Le présage d'un autre monde – d'un royaume suspendu ; de hauteurs habitables et sans frontière
Comme une évidence qui nous est offerte (presque) sans raison...
La paume d'un Autre posée sur notre épaule ; et nous serrant la main ; et nous serrant la gorge – quelques fois...
L'édification toujours bancale du poème ; ce fol élan vers le réel – la vérité
L'errance intuitive et vertigineuse ; si dérisoire
Ce chantier perpétuel qui – comme la vie – s'enfante et se déploie – décline et se destitue – sans hâte – sans halte ni répit
La vie – la mort – à grands traits sur les visages et les âmes
La nuit ouverte sur la douleur
A travers le chuchotement des Dieux
Et la présence légère du vent
Ce qu'offre le monde – assurément
La vie comme un rêve ; le monde comme une illusion ; et ce qu'il reste ; ce qui nous exhorte à continuer ; ce à quoi nous nous employons (malgré nous)...
Nos doigts sur le tambour du monde – sur le tambour du temps ; à un rythme endiablé ; le sable qui s'écoule
Les dents en arrière – pour ne pas effrayer – tenter de faire bonne figure ; dissimuler (tant bien que mal) ses instincts carnassiers
En se parant du parfum des vivants ; en dépit de cette odeur de mort qui flotte autour de nous...
Sous un ciel composé de bric et de broc – parfaitement fictif – inventé de toutes pièces – mensonger sur toute sa longueur – et à l'envergure restreinte (bien sûr) – (essentiellement) constitué de craintes – de plaisirs et de rêves ; comme si l'on avait remplacé le noir (une partie du noir) par un peu de lumière à bon marché
Le monde et son lot d'histoires banales – à dormir debout...
L'existence des hommes – traversée de circonstances – chargée de chimères – bordée d'interdits
Les caresses du monde et du temps sur nos peaux méfiantes – rugueuses – si rétives au contact du réel
Et les jours qui passent ainsi ; dans l'animosité et la suspicion générales
L'âme ivre – et (un peu) perdue – condamnée à cette sorte de voyage qui oscille (quotidiennement) entre le merveilleux et l'affligeant
La voix solitaire ; comme le sang ; comme le reste ; ce qui n'appartient à personne...
Qu'importe la couleur du ciel et la lucidité des vivants ; l’œil humide ; et ce que laissent entrevoir les lèvres ; le fond de l'âme (d'une certaine manière)
Dans la pénombre protectrice de la forêt
Au milieu des bêtes et du froid
Sans mur – sans attente – sans personne
Le nom des Autres – sans importance
Le même visage – porté par chacun
Le ciel enfoui – sous l'orgueil et la vanité
A demi mort déjà – malgré la vitalité apparente
Les yeux fermés – penchés sur le plaisir
Et l'hiver bientôt ; et la ronde inchangée
des jours et des nuits
L'âme bouleversée par l'expérience terrestre et la férocité du commerce entre les créatures vivantes
L'insanité de la main qui frappe – de la joue qui s'offre – de la chair violentée – du sang qui gicle – de la brutalité qui s'exerce – de l'innocence qui se plie au diktat de la force
A peine quelques jours ; à peine un voyage ; et ainsi s'épuise (presque) toute l'ardeur de l'homme...
Paré – de plus en plus – pour la mort ; pour cette nouvelle traversée ; et ce qui viendra après – immanquablement...
Vivant ; sans même savoir pourquoi
Mille gestes ; et rien que des sacrilèges ; des injures à l'innocence ; des stratagèmes – à travers ceux qui, sans l'être, s'imaginent rusés
Personne – pourtant – ni ici – ni ailleurs ; le sacré s'offensant – riant de s'offenser ; et s'efforçant de s'offrir (en contrepartie) quelques louanges – quelques compliments – et riant de cela aussi ; et finissant par s'abandonner à ce qui s'impose
Non seulement personne ; mais rien (absolument rien) non plus ; juste le vide et ce rire – comme si quelque chose existait, malgré tout, dans cette sorte de néant...
Le souffle ; comme un chant à travers la matière
L'invisible au cœur du possible
Des mots comme des étoiles inventées – collées ici et là pour combler les trous – emplir les failles ; égayer le ciel ; au lieu de creuser la terre jusqu'à la moelle...
Sous la lumière du jour
Des gueules et des choses
De la fumée épaisse qui s'élève de la fange
Le temps fugace des vivants
L'usure et le déclin ; le destin de la matière
L'usage mortifère du monde ;
sous l'égide de l'absence
Du sable qui s'écoule ; et que balaient les vents
La source et les fontaines du temps
A la source des songes ; l'absence de félicité...
De longues errances au fond de l'abîme encombré de rêves et de fumée
Des chemins et des lieux sans magie ; mille territoires sur lesquels s'acharnent les vivants et où se racontent quantité de mythes et de légendes
A la merci de ce qui nous détient...
Tant de gloire(s)
Et tant de sable
L'aurore creusée par le jeu
Le monde en noir et blanc –
qui disparaît (peu à peu)
Sur le seuil – la danse
Habitant ainsi la terre ;
à la manière de ce que porte l'homme
Avec des lettres et des grands fauves
cachés au fond de l'esprit
Jusqu'à la tombe
Et au-delà – le jeu encore
Désespéré – inconsolable – anéanti ; celui que transperce le cri des bêtes ; comme une balle en plein cœur...
Au-delà du rêve – du sang – de la mélancolie
(Très) lentement ; vers la réalité
Dans la pénombre ; des restants de nuit
La chair privée d’œil
Et sur la peau – des larmes ;
et le rire (cinglant) des Autres
L'étrangeté du monde
auquel nous sommes condamnés
Parfaitement obéissant ; au-delà de tout orgueil – au-delà de toute intention
Face aux flammes – au sang – aux cendres – aux guerres ; face aux égorgeurs que l'on glorifie ; cette autre race – sensible – qui œuvre à l'avènement d'un autre monde ; qui résiste à cette ère de jachère de l'esprit...
Ce qui vient – ce qui va ; ce qui passe – au fil des jours et des saisons
Le temps qui danse sur le dos des hommes et dans la tête des Dieux
Pas un affront ; pas une offense ; une invitation au jeu – à l'évidence ; à creuser le cœur jusqu'à la joie
Et ainsi éradiquer l'espoir – le devenir – toutes les autres possibilités – jusqu'au (plein) débordement de l'être – jusqu'au (parfait) mélange avec le reste – jusqu'au plus irréprochable effacement
L'arbre ; à la manière d'un fanal qui nous guide vers la lumière (et le plein vent) pour échapper aux filets du monde et à la ronde du temps
Le cœur amer et le front haut
Quelque chose de la pauvreté orgueilleuse
Sur la pierre bleue – pourtant
Si oublieux du sacré – de l'Autre – de la mort
Réduit(s) à l'effort et à tendre la main –
(assez) misérablement
Comme plongé(e)(s)
au cœur d'une longue nuit d'hiver
Cette argile plaintive
et (trop souvent) complaisante
Le cœur rejoint
De la terre au ciel
Vers le plus lointain
De l'effleurement au plus intime
L'essentiel du voyage – sans doute
Le bleu déjà – en dépit des ambitions – en dépit des possibilités – en dépit des fenêtres closes (si souvent)
Si désespérément seul(s) ; si atrocement humain(s)...
Au-delà des siècles en chantier ; la lumière
Quelque chose de la vocation ; recevoir
Et cette joie contagieuse dans l’œil qui voit
Au-delà des yeux
La respiration du monde
Au milieu du cirque
A portée de regard
Le souffle – contre soi
Ce qui nous touche – nous porte –
nous façonne – nous enlace
En ce très haut lieu de l’œil ; l'exil des princes
La mémoire évidée ; l'oreille attentive
Là où tout a lieu
Là où le trouble peut nous renverser
Là où s'invitent tous les possibles
Scellé dans le jour ; le monde
Le chant de l'eau vive plutôt que la prière pesante – pressée – épuisante
La fulgurance cristalline plutôt que l'effort et le labeur acharnés
Et ce rire – au fond du cœur – qui peine à se hisser jusqu'aux lèvres ; attendant peut-être – attendant sans doute – la résurgence d'un usage meilleur
Dans le cercle des pierres
Des jours et des paroles
Des forêts sombres
au cœur desquelles on trouve refuge
Les mains qui fouillent
dans les profondeurs de l'âme
Au milieu du ciel – la nuit ; les ongles arrachés
Et l’œil qui s'ouvre – peu à peu
Et le monde vu comme pour la première fois
Le feu au fond de l’œil
Et la tendresse au fond du regard
Cette manière pénétrante et chaleureuse
de voir et de tendre la main
Plus proche du sol et du ciel que jamais
Le glaive à la main – au milieu des jeux de ce monde sans pitié
Dans le bruit et la terreur ; les corps condamnés à mort ; et les cœurs à la confusion
Sous le sang frais de ceux que l'on étripe – que l'on égorge ; la terre frémissante – la terre bafouée
Et ces larmes que nul ne verra jamais couler
Tout en haut de la terre éperonnée
L'histoire tumultueuse – et dérisoire – de l'argile
Et nous ; dans notre chambre ; au cœur du rêve – à danser encore
Au fond de l'âme
Mêlé à la substance
Le cœur de l'être
Disposé à servir
Se prêtant à toutes les figures ;
à tous les déguisements
Et consentant même à se glisser
dans les pires accoutrements
Invité de l’œil ; invité du ciel ; sans (véritable) lien avec le monde...
Parmi les herbes hautes
Au-dessus des croyances et des rancœurs
Au-dessus des croix et des hantises
Aussi loin que possible du commerce
et du ciel inventé ; des prières trop promptes
pour être honnêtes
L’œil et la source du salut
Au plus près du sable et du ciel
Au milieu des arbres et des pierres ; au cœur de notre fratrie silencieuse
A l'abri de toute violence
Parmi les fleurs qui poussent
Le ciel qui s'étire – paisiblement – au-dedans
Dans le secret du rêve
Le souffle commun des haleines
L'ardeur de la semence
La proximité de la chair
Du plus viril à la féminité
De l'exultation au pourrissement
L'âme même du monde
Au milieu de ce magma d'argile
Des chemins de ciel et de vent que l'encre parvient, parfois, à restituer...
La disparition et la présence ; l'une dans l'autre
Et ainsi glorifiés – la vie – la mort – le monde ; l'écume portée par les vents ; du grand large vers les rives ; puis, des rives vers le grand large
Comme un ressac ; dans la main d'un géant
Une respiration dans la poitrine de Dieu
Comme si l'infini nous recouvrait – nous absorbait ; comme si l'on n'existait plus ; comme s'il n'y avait jamais eu personne ; ni ici – ni ailleurs
Ce que le destin écrit au fond de l'âme ; là où s'impriment le possible – les grandes choses – la chorégraphie des pas et l'essence du poème aussi – avant leur déploiement sur les pentes du monde
L'âme généreuse – face aux cœurs criards – aux visages défigurés par la haine – la douleur ou la tristesse ; face à la peur qui flotte – qui suinte – qui colore les âmes et la pierre
Au bas de la pente ; le monde étreint malgré la mort – la lâcheté et l'odeur de pourriture – qui nous entourent – qui nous dévastent – qui nous recouvrent
L'absence prémonitoire du monde
A grandes enjambées dans la mémoire
Du silence
De la solitude
Et des gestes quotidiens
A la surface du temps ; le déroulement habituel
Et en profondeur ; le fabuleux – la joie et l'émerveillement
La joie à peine perceptible ; si discrète qu'elle échappe à ceux qui ont les yeux fermés ; cloués par l'ignorance – les malheurs – la misère ; toutes les (prétendues) épreuves jetées en ce monde par la main secourable d'un Dieu bienveillant
L’œil scintillant
Sous la lumière de l'hôte
Et l'obscur défait – invariablement
Dans le cœur et l'esprit
Sur la pierre et au-dessus des étoiles
Le même infini
Ce que le ciel honore ; ce qui traite la matière
avec douceur et tendresse
L'âme sans croix – sans sacrifice
Le regard lucide
Le cœur qui acquiesce
Et le visage qui sourit
Les existences et les événements écrits à la craie sur la roche ; que la pluie et le temps – inlassablement – effacent et font tomber dans l'oubli
Des mains – des armes – des drapeaux – que l'on agite – que l'on brandit ; et toutes les histoires que l'on se raconte pour croire en la réalité de ces gestes
Comme un écran devant soi pour éviter de voir la bêtise et l'horreur que l'on perpétue
Et l'étrange serment que l'on se répète – involontairement – inlassablement – pour ne pas se reconnaître...
Le vivre réticulaire
Des liens partout ; rien que des liens ; pas d'entité isolée
Aucune finitude ; seulement d'incessants échanges – d'incessantes transformations – d'incessantes recombinaisons
Vers la lumière ; ce passage
Dans le prolongement de l'ombre que le voyage étire vers le lointain
La figure bleue ; de la chair qui pousse ; une partie du monde emportée
Des cris – des gémissements ; une expulsion – un renouvellement ; une naissance peut-être
L'âme contre la pierre
A hauteur d'un ciel disparu
Et notre visage – entre l'herbe et l'infini
Au cœur de cet espace à habiter
Au cœur de l'essence (vivante) de l'âme et du monde
Qui sait ce qu'il restera lorsque les ombres (toutes les ombres) auront disparu...
A nous débattre encore, parfois, dans la folle chevelure du temps...
De quoi sommes-nous composés
De quoi sommes-nous entourés
Peut-être de folie ; peut-être d'Amour ;
Peut-être de leur mélange ;
peut-être d'autres choses
Qui peut (réellement) savoir ?
Au commencement du rien ; lorsque plus personne ne sera...
Un monde et des âmes mâtinés de tendresse et de cruauté
Et des fables diluées dans les eaux du temps
Nous adaptant aux reliefs du monde ; et nous transformant au fil du chemin
Comme l'eau de la rivière ; parcourant la roche – plongeant sous la terre – s'évaporant – débordant sur les rives – allant vers l'immensité
Dans toutes les trajectoires possibles ; simultanément
Oublieux de l'hôte qui nous loge – qui nous habite et nous fait vivre...
Plongé(s) dans un monde sans ciel où seules comptent l'espérance et la promesse
Il ne restera pas une seule trace de cette existence – de cette aventure – sinon la transformation du cœur et du regard...
Près des arbres – encore
Le silence – l'invisible – la lumière
Le vide – au-dedans ; et ce surcroît de tendresse – dans l'âme – dans l’œil – la main – la voix
Le nom de Dieu qu'on hurle ou que l'on murmure ; la seule prière – la seule perspective parfois dans cette existence obscure
Des vies triviales ; des gestes et des mots prosaïques ; (quasi) insensibles à la part manquante ; ensorcelés par la matière – en quelque sorte...
Depuis le début du monde – à genoux – sous la même étoile
Avec l'espoir (un peu vain) de découvrir le reste du jardin et la part du secret qui nous habite
Apprenant, peu à peu, à reconnaître la main de Dieu sur notre épaule ; et l'étreinte (passionnée) de l'âme
Découvrant le déroulement du cycle ; une (infime) partie du voyage
Et parvenant (parfois) au lieu où la paix devient certaine
Fils de l'arbre et de la pierre
Frère de la fleur et de la bête
Tremblant de joie – parmi les siens
Sous le ciel immense
Dieu au cœur de ce qui nous habite ; au cœur de ce qui nous entoure ; tournant – avec nous – dans la farandole
L’œil posé sur la folie du monde ; les gouffres où l'on jette les noms et la chair encore vivante ; la litanie des gestes bruyants et mécaniques
Et de ces (tristes) spectacles – il ne restera bientôt plus rien ; sinon (peut-être) des os éparpillés et quelques têtes endormies (comme oubliées là après la bataille)
De la même couleur que le ciel ; l'âme et la blessure
Jour après jour ; dans la même obscurité
Au cœur du pays noir et glacial – sans personne pour nous secourir – sans personne pour nous réconforter
Et la soif qui nous happe – qui nous harcèle – qui nous déchire ; comme si l'on attendait quelque chose ; la part manquante – le plus précieux (sans doute)...
Le monde – d'un seul regard
Parcelle de l'espace et témoin
Neige et fumée noire
Et la course des astres vers la mort
Autant de ciels (bien sûr) que de prières ; et autant de promesses que de visages
Et bien plus de possibilités que d'âmes misérables et quémandeuses
L'oreille tirée hors de la torpeur ; penchée sur l'écho du monde ; puis, tournée vers le silence ; s'approchant de son désir le plus secret
Le cœur coincé et les lèvres tremblantes
Au commencement de tous les chemins
Ici – tombé(s) ; debout pourtant
Et l'ombre inclinée qui nous prolonge (ou, peut-être, l'inverse)
Dans le creux de la terre ; dans nos refuges ; sous nos coquilles
Parmi les ronces et la mort
La terre ; des fragments de vent et de ciel – (assez) mal assemblés...
Ce que l'on porte au fond de soi ; et qui se révèle à travers ce que le destin dessine
Habillé de chiffres et de manières
Le monde à l'horizontale
Et le ciel par un escalier dérobé
Au commencement du monde
La chair des Dieux – clouée par la lumière
Et le vent dans leur chevelure
Rien qu'un léger souffle
pour donner naissance à la vie –
à la solitude – à la mort
Éternellement plongé(s) dans la reconduite du temps...
Tout ; ponctué de possibilités et de mots
A l'intersection du froid et du front
Entre la neige et le sommeil
Parmi les têtes qui bavardent
et les cœurs qui paressent
Derrière leurs murailles de peurs et de nuit
Au cœur de toutes les infortunes
Le monde – les visages – le secret
Vêtu(s) de sable et de vent – de ciel et de sang
Des noms et de la neige
Du vent dans les pensées
De l'absence et de l'oubli
Comme un rêve accablant
De la couleur du monde – de la mort – des enfers ; cette vie sous les éboulis
Face au monde
La même montagne
Une fleur noire à la main
La pierre présente
L'arbre silencieux
La bête gémissante
Et une larme dans l’œil de l'homme
Au jour du rapprochement ; la possibilité d'un baiser – d'une étreinte – d'un accouplement – d'un mélange – d'une hybridation
Fragment(s) de ciel et de sable – mêlé(s) à la tendresse et aux murmures du vent ; condamné(s) à l'attirance réciproque...
A même les décombres ; l'érection d'une langue destinée à enjamber toutes les frontières
Des gestes de survie
Des gestes de partage
Un chemin entre les pierres
Sans savoir où mène le voyage
En nous – le sorcier avec son tambour ; porté(s) par cette magie que nul ne comprend
Au terme du froid et des entassements
Les mouvements libres et légers
Toutes les pyramides renversées
La tête à l'envers
La neige et la lune en collier
Ce qui se dresse dans la fleur et le sang
A coups de pierres – la route
Sur la terre des hommes
Soumis aux lois et aux larmes –
aux secousses du vent
Fils de rien – en somme
[en dépit de ce que nous pensons]
Personne pour écouter nos plaintes ; seulement le silence ; ses caresses et ses baisers ; ses mains dans les nôtres ; et son souffle chaud sur notre peau ; offrant à l'âme et à la chair un réconfort inespéré
Comme une plongée en soi
Vers l’œil qui patiente
Jusqu'au dernier soir ; le feu et le fardeau animé ; et pourtant nous vivons comme si nous ne savions rien de la douleur et de la mort ; du dérisoire de l'existence et du monde...
La mort comme un trait noir – une flèche qui se fiche dans la chair – un retour à la ligne
Le corps raide – à l'horizontale ; et l'esprit porté par l'espoir d'un autre monde
Dans la possibilité d'un ailleurs ou d'un recommencement ; le prolongement (perpétuel) du même désir – en vérité ; au fil des hauteurs – des profondeurs – des transformations – espérées
De la matière dégoulinante entre les doigts d'un plus grand que nous...
Le ciel comme une évidence ; le règne de la lumière
Au milieu du sable et de la cendre que le vent fait tourbillonner
Emboîtés ; les cris et l'écume
Sous la lumière qui éclaire tous les éclats
Animé (depuis toujours) par un besoin radical de solitude et de vérité…
Une lampe serrée contre soi
Dans ce long cortège de fantômes
Des poignées de terre – dans les poches – dans les mains ; notre seul trésor – peut-être...
Et le ciel toujours aussi lointain
Le sort du monde – à travers notre destinée
Et les Autres ; sans geste – sans parole – sans soutien ; de vagues figurants – (presque) un décor ; laid(s) – hostile(s) – indifférent(s) le plus souvent ; des pierres – au milieu de nos jours – sur leur pente – invariablement
Ce qui creuse – en nous – son sillon
Des mots – des gestes – des circonstances
La lumière et la tendresse
Bercé(s) par les habitudes – les bavardages et les contingences quotidiennes – affreusement prosaïques
Nos mœurs inchangées – sous la voûte tournoyante
Malmené(s) par l'existence et le monde
De l'intérieur ; les secousses
Le poème ; comme un murmure parmi les voix trop fortes et les cœurs trop grossiers
L’œil et les mains pris dans la trame
Et le regard – au-dessus – qui contemple les jeux et les tentatives d'évasion
Sans fierté ; l'homme dressé
La nécessité et l'élan – vers plus grand – le ciel peut-être ; vers plus haut – Dieu sans doute...
Face à la lune – le silence
Sur le sol jonché de têtes – tapissé de rouge
Les ventres repus ; la chair épaisse
Dans l'ombre qui s'étire
L'esprit et les corps graisseux
Dans la tourmente du manque et de la perte
La faim ; et son linceul
(très provisoire) de matière
Mille preuves de sommeil
Et des rêves qui tournent la tête
A l'horizontale – dans la torpeur –
malgré l'incessant labeur du vent
Quelques taches de ciel – au-dedans de l'âme – qui s'étendent ; qui cherchent leurs aises – sur cette terre infirme et empotée
Au milieu des arbres
Le séant sur la pierre
La figure contre le ciel