Carnet n°278 Au jour le jour
Janvier 2022
La seule patrie – peut-être – (bien) plus qu’un territoire ; l’esprit – ni tête – ni psyché – bien sûr ; l’espace silencieux – cette présence invisible – vivante et habitée ; et qui s’incarne quelques fois…
Avec – ici et là – une foule de peuples à instruire – à éduquer – si ignorants de ce qu’ils sont – de ce qu’ils portent – de la nature des choses et du monde…
Et toujours – d’une seule manière ; avec l’expérience – à travers le rire – la joie et les malheurs…
Comme mille fragments de cœur attirés les uns par les autres ; et mille parts se retrouvant – s’agglomérant – se remboîtant ; ne formant plus que deux bras ouverts ; une bonté capable de pardonner – et de dissoudre – toutes les blessures – tous les engorgements…
A courir sous le ciel – sans ailes – avec des pavés dans les poches – en espérant s'envoler [animé(s), il va sans dire, par une bêtise acharnée]…
Un monde d’âmes obstinées – prêtes à pleurer – pendant des millénaires…
Un mythe – une légende – qu’il faudra un jour – le moment venu – faire voler en éclats…
Et en attendant – vider les têtes et les poches ; éclaircir le regard et explorer l’espace – celui du dehors et celui du dedans (et comprendre puis, percer ce qui semble les séparer) ; ce qui prendra, sans doute, quelques millénaires supplémentaires…
Le rêve et le temps – l’humanité – trop honorés…
Il faudrait apprendre à s’écarter – et à méconnaître – à ignorer toutes les règles et toutes les lois – les mille mensonges et les mille explications inventés – bricolées – par nos aînés ; et tendre l’oreille à tous les échos – à toutes les résonances – en soi…
Découvrir ce que porte l’homme au lieu de célébrer son image ; briser (peu à peu ou d’un coup sec et décisif) la toile des illusions tendue comme un piège ; s’accorder à rompre toutes les choses – et apprendre à regarder – et apprendre à écouter – comme pour la première fois…
Dans la lumière ; comme effacé…
Vivant – plus que jamais pourtant…
Des ailes – une allure de phare et de flèche…
Quelque chose d’insensé ; de franchement déraisonnable…
A la pointe de l’obéissance ; au-delà de la volonté…
La seule réponse, sans doute, face aux jeux terrestres ; et la seule issue aussi pour mettre un terme à l’épreuve…
La pente sur laquelle on se perche – comme une hampe qui émergerait du sol – une tête au-dessus des autres – non pour se singulariser (bien sûr) mais pour échapper à la foule – s’extraire de la mélasse ; amorcer un passage pour gagner le ciel approbateur…
Blessé – attristé – par tous ces rassemblements – par tous ces reflets – par cet envahissement de l’espace – par la place du rêve et de la distraction – par la suspension de tous les voyages – par l’obstruction de tous les passages – par cet empilement de choses et d’idées – par la terre malmenée – par les bêtes que l’on extermine – par le désastre du monde et l’indifférence des hommes ; comme englués dans la peur – la bêtise et l’inertie…
Et quelque chose – en nous – plus fort (bien plus fort), sans doute, que l’assombrissement et le désespoir – au-dessus des têtes et des danses tristes ; une présence – un peu de distance – un peu de joie – à habiter…
Trop heureux de s’approfondir – de s’élargir – de s’affiner – en tâtonnant – en traversant le monde et la nuit – au-delà des agonies – au-delà des retrouvailles…
Tout entier dans ce cri qui monte comme un surplus de joie – une explosion tonitruante du jour ; sans doute, une autre manière d’être vivant…
*
Quelque chose de l’inquiétude en chaque pierre qui nous regarde – en chaque arbre qui nous supplie – en chaque bête qui courbe l’échine plus bas encore…
Et quelque chose de libre aussi que jamais les hommes ne pourront dompter – que jamais ils ne pourront s’approprier ; cette sauvagerie naturelle qu’ils ont perdue – à force de civilités – à force de civilisation…
Ce collectif devenu mou et tiède – doucereux et pleutre – qu’on ne peut désormais plus arracher à ses exigences de protection et de confort ; ce que nos congénères appellent (avec, dans la voix, cet orgueil puéril et déplacé) le progrès au service de l’humanité…
La terre noire – au-delà du soupçon…
Nos gestes et nos chuchotements – discrets – tenus à distance de l’officiel – du solennel…
Si réfractaire à tous les rites humains…
D’un seul regard – d’un seul élan – si loin déjà – si seul aussi (bien sûr) ; à l’écart de ceux qui désirent – de ceux qui gémissent – de ceux qui briguent des récompenses et des consolations…
Sans effort – sans fierté…
Au cœur de l’enfance dépenaillée – presque gisant ; et les lèvres (délicatement) posées sur l’aube – cette contrée lumineuse – ce pays accueillant…
En soi – le lieu de l’origine et des liens réparateurs – sans lutte – sans personne – merveilleusement ouvert et exposé…
Dans notre chambre sombre – et le cœur ailleurs – l’âme juste au-dessus – à veiller ainsi sans raison ; pleinement impliqué dans ce geste d’innocence absolue ; si profondément humble et anonyme ; si heureux de n’être plus rien…
A aimer comme d’Autres s’entre-tuent – écartent et bannissent…
A accueillir comme d’Autres refusent et rejettent…
A contempler comme d’Autres s’agitent – gesticulent – fabriquent et édifient…
A demeurer comme d’Autres voyagent – séjournent et visitent…
A être comme d’Autres survolent – papillonnent – se distraient…
Et si nous n’étions tous qu’un rêve – un équilibre – une sorte de complémentarité – un peu de fantaisie ; aussi inutiles et inexistants les uns que les autres…
En cette vie – ou avant – ou après – ou jamais – dans la lumière ou l’obscurité – sous les caresses ou les coups – la terre en tête ou sous les pas…
De passage – brinquebalé(s) – assurément…
En silence – la marche et la parole – en deçà des têtes – l’horizon – oublieux de l’histoire des hommes…
Sans le monde – sans la nécessité des Autres – sans la nécessité de se raconter…
Une veille assidue et familière…
Porteur(s) et porté(s) – au gré des courants qui se heurtent ou se chevauchent…
Nous – au cœur de l’absence – au cœur de ce qui se manifeste…
Jamais coupable(s) de ce qui survient – de ce qui a lieu…
Autour de soi – la terre…
Des ombres sans appartenance…
Quelque part – en des lieux qu’exige la douleur…
Involontairement ; selon les circonstances ou la nécessité des Autres…
Ce qui blesse ; ce qui s’éprouve ; ce qui fait mal…
Des innocents – guidés par une main fébrile – qui s’entre-tuent – l’âme attachée à ce qui l’affame…
Le souffle et le ciel ; et, quelques fois, le regard implorant…
Aussi peu assuré(s) que leur chemin…
L’existence – sans crainte…
Ce qu’il y a à écouter ; à découvrir – à suivre ; le vagabondage ; ce qui nous emporte – plus exactement…
Sur l’étendue – sans maître – sans destination – sans plaidoyer…
Et, en désespoir de cause – parfois…
Comme une invention – à chaque fois ; loin des fables communes…
Des heures et des Autres – contournés…
A être – à vivre – sans se poser de questions ; l’âme en avant – en retrait – discrète ; et la tête en voie d’effacement…
*
Ce qui naît de nos préférences – de nos partialités…
Des angles morts en série ; l’essentiel de l’étendue voilé…
L’impossibilité de comprendre…
L’œil et le pas – trop étriqués…
Et l’irritation – et la colère – qui monte – qui gronde – face à l’insaisissabilité de l’infini qui s’offre – de manière permanente – pour que naissent, peu à peu, l’envie de l’embrasser sans restriction – et le souffle – l’élan nécessaire – pour y consacrer tout son temps (et toute son énergie) ; pour que cette perspective devienne notre seule préférence – celle qui englobe toutes les autres…
Ensemble – la fraternité des profondeurs…
Et les hommes – assis à la surface des choses – si loin de la source première – immobiles et dispersés – eux qui s’imaginent raisonnables – lucides et avisés ; hors du cercle des rencontres – à la périphérie de la lumière ; pas encore assez ouverts au mystère – à l’invisible – qu’ils prennent (trop souvent) pour une illusion – un égarement – une étrangeté…
En soi – la tendresse de s’appartenir – sans autre appui – sans autre référence que celles que l’on porte – secrètement – involontairement…
Sans le souci de l’ordre – des Autres ; sans le souci de la distraction et de la fête…
Passager – intensément passager…
Une vie proportionnelle à la puissance du souffle (ou à peu près)…
A travers soi – déjà le rêve – déjà le monde…
Et ce qui demeurera après nous…
Le monde – ainsi – devant nos yeux…
Et nous – peut-être – comme le reste – nous adonnant à mille choses (et nous abandonnant quelques fois – trop rarement – sans doute)…
Relié(e)(s) à l’âme – au regard – la bonté…
Ce à quoi l'on aspire ; et ce que l'on aimerait savoir – sans être maudit – sans être relégué aux marges – aux confins du cercle…
Au cours de cette vertigineuse existence – une succession d’instants sans pareils…
Ce qui, en nous, est exalté – involontaire – éteint ; comment pourrions-nous le savoir sans le vivre…
L’espoir soustrait – comme toutes les choses inutiles…
Heureux l’œil qui s’élève et surpasse son support apparent…
L’amitié de ce qui nous entoure ; et l’Amour que l’on porte – au-dedans…
Responsable(s) – en aucun cas – des couleurs qui nous ont été assignées…
Le souffle du beau et l’inexistence du monde ; l’illusion de toute vie et de tout chemin ; sans la moindre singularité significative…
Ici – seul – en cas de besoin…
Autour de soi – l’absence et le mouvement…
Ce qui jamais ne console…
Enfoncé dans la disparition – sans jamais se faire entendre…
Ce qui ne viendra jamais ; ce qui ne pourra se dire…
Cette lueur – cet avant-goût d’éternité avant la mort – au plus près de l’humus – comme dévoré avant l’heure – sans douleur – sans malédiction ; et même le contraire – au grand étonnement des yeux (trop) naïfs…
*
A la surface – installé(s) – imitateur(s) sans doute – ici – sans (réellement) chercher…
Le corps – à même le sable et le vent – comme une illusion soulevée de terre ; moins qu’un fait – une réalité corrompue – dégradée – travestie…
Quelque chose – sous le ciel ; un peu plus que rien – peut-être…
Ce qui dure (ce qui a l’air de durer) un peu – sur la roche ; quelques jours – tout au plus ; rien de très stable – rien de très net – rien de très précis ; une image dans la nuit déjà floue…
Ce qui pourrait nous ressembler ; bien davantage qu’un air de famille ; l’une des figures du monde – semblable à toutes les autres – à bien y regarder…
Un jardin plus qu’une terre…
Seul avec l’eau – les arbres – le ciel – les bêtes ; toute la fratrie – dans le désordre…
Avec ceux qui n’ont jamais (vraiment) quitté leur demeure – le temps des origines ; partout chez eux pourvu que l’homme (cet étrange habitant du monde – aussi provisoire qu'inquiétant) n’y soit pas…
Familiers des pierres – de la nécessité – de la poésie…
Transportant, avec eux, l’invisible – le chant imprononçable – la parole inaudible – l’essence du langage et de l’offrande…
Brûlant toutes les tristesses – (presque) toujours à proximité de la source…
Nous – entre la joie et la poussière – dans l’œil du monde et du cyclone – immobiles au milieu des danses qui nous font bouger (qui ont l’air de nous faire bouger – à la surface – en apparence) – au milieu des têtes tournoyantes – au milieu des tourbillons et des tempêtes…
Dans la grande solitude de ceux qui se savent délaissés – écartés…
Comme le temps et l’oiseau ; insoucieux des choses (trop) terrestres – contrairement à ce que l’on pourrait penser…
La source qui s’écoule sans cesse – intarissable ; l’origine de tous les royaumes ; ce qui enfante la matière depuis le commencement du monde…
Le vide ressenti – en communion…
Partout – à ce que l’on devine…
Ce qui se donne avant d’être repris – un jour…
La danse – joyeuse et tragique – de ce qui est né…
Le ciel – au fond de soi…
Ce qui s’impose ; et ce que l’on croit subir ; au-dessus de la faille qui s’élargit à mesure que grandissent le refus et la colère…
Réceptacle que nous sommes ; et dont (en général) nous ne savons rien…
L’équilibre qui se cherche dans les profondeurs de l’âme ; qui échappe aux yeux trop superficiels…
L’assemblage de tous les éléments jusqu’à l’effacement – jusqu’à l’extinction de la volonté ; une manière de toucher – et de participer à – l’infini…
Le corps à même la vague – à même ce qui passe – à même ce qui a lieu…
Au fil du temps – le sable que l’on répand…
Une sorte de douleur à laquelle l’âme se soumet – à laquelle on finit par se livrer…
Sans furie – sans offense ; simplement – le jeu du monde – le destin de toute existence…
Le vide qui se remplit de choses et d’autres – des circonstances infimes ; et pour nous – comme d’immenses tourbillons qui font naître la peur et toutes les vocations…
En équilibre – sur le fil tendu – entre tous les coins du monde – la trame vivante…
*
A travers le temps – la lame effilée comme un poignard dressé contre l’écume…
Notre vie – ces pauvres confidences…
Ce que l’âme et le sang attendent depuis la première heure…
Toute l’histoire du monde – flottante dans notre tête…
Le ciel peuplé d’oiseaux et de tempêtes…
Et l’aube – si lointaine – à laquelle songe celui qui émerge du sommeil – encore titubant – encore somnolant – ivre de tous les rêves des hommes…
Et au fond du cœur – le geste qui accueillera (qui saura accueillir) tous les malheurs – la seule manière d’habiter le mystère – de faire de nous des dépossédés…
L’enfance à genoux dans ce corps moribond…
Au coin des lèvres – la substance nuptiale – le cri bestial – les joues empourprées de fougue…
Prêt à abattre – d’un seul coup de hache – l’armée de désirs qui montent dans le sang…
Un trophée de chair à la main…
L’obscurité carnivore…
Pleinement présente – cette candeur sensible – vivante – comme un diamant posé (en évidence) sur la pierre noire…
Devant soi – le grand théâtre du sauvage…
Et en tout homme – l’humilité recueillie…
A l’ombre des combattants – à l’ombre des conquérants…
Avec ce presque rien dans l’âme – dissimulé dans les parties les plus enfouies – les plus reculées – les plus secrètes – du corps…
Le rire subtil ; et le silence élémentaire – suffisant ; la tête prête – encore étourdie par le sommeil ; partie prenante de cette danse des simples…
A travers le jour – l’autre lumière qui nous porte (tous) – comme un christ solitaire…
Quelque chose d’immense et d’insensé – quelque chose d’insaisissable ; comme un centre discret et sans échappatoire ; l’exact prolongement de l’origine…
L’essentiel à travers le défilé des mirages…
Notre propre miroir – à bien y regarder – partout emporté avec nous…
Et, parfois (trop rarement), des yeux-océans au fond desquels le monde apprend à se perdre…
Rien n’est plus vivant que les visages et les choses pénétrés ; un à la fois ; ce que l’on éprouve assez longtemps pour devenir une part de soi indissociable…
La terre et le ciel de moins en moins lourds ; la foulée légère lorsque la juste inclinaison de la pente a été trouvée…
L’instant et la contemplation parfaitement incorporée ; le regard et le geste de plus en plus affranchis de ce qui anime habituellement la chair…
Le vent – droit dans les yeux…
L’être et le rire – traversés…
Retrouvé(s) à l’intérieur…
Et cet Amour pour tout – pour soi ; l’Autre devenant, peu à peu, autre chose qu’étranger ; invisible d’abord – horizon lointain et périphérie ensuite – puis, de plus en plus proche – jusqu’à se transformer en élément central de son intime trinité* ; inséparable – en somme – ce qui semble séparé…
* Corps – cœur – esprit
Un grand cri vers le ciel – comme une prière violente – né de ce qui a creusé la chair et l’âme – de ce qui a percé l’épaisseur et pénétré l’espace ; la voix, en réalité, s’adressant à elle-même ; du silence au silence – à travers toutes nos incompréhensions – à travers toutes nos résistances…
*
Sur le sang séché des mortels ; ce que furent nos (pauvres) vies…
De fausses promesses – des pas qui traînent sur la pierre ; ce qu’emportent les oiseaux en prenant leur envol ; et ce qu’ils abandonnent à ceux qui sont privés d’ailes…
Des rives gorgées de peines et d’ennuis – comme tous les cœurs – comme toutes les âmes…
L’aube jamais atteinte ; peut-être – le plus pitoyable des rêves…
La surprise des cimes – inversée(s)…
Ce qui jalonne nos existences ; un pied déjà de l’autre côté du monde…
L’âme capable de sentir le vent – où qu’elle se trouve – sans jamais défaillir…
Ce qui voit – ce qui respire – malgré les miroirs et l’étouffement…
De la neige au-dessus de l’abîme au fond duquel on ne sépare jamais les vivants et les morts pour que leur œil et leurs os – ensemble – soutiennent le ciel trop bas…
Jamais de souvenirs – trop passés – trop intacts – trop douloureux (sans doute) – comme la pointe d’une dague qui s’enfonce dans la chair…
Blessures semées – sous le désenchantement…
L’Autre – monde ou amour – nous poignardant sournoisement – dans un long râle silencieux – malgré les fleurs et les visages accorts et souriants…
Derrière les murs d’une demeure abandonnée – notre veille d’avant-garde et nos pensées empreintes de mélancolie…
Les fantômes – tous les fantômes – qui nous habitent…
Entre le bagne et la folie – notre préférence (évidente – sacrilège sans doute) pour l’oubli – pour l’évaporation – pour l’effacement ; pour cette rive sans mémoire où l’esprit peut côtoyer le silence et les Dieux – tous les esprits affranchis du temps…
En chemin – le jeu qui se déploie…
Sans règne – sans légende…
Ce qui nous émeut ; ce qui nous étreint et nous dépossède…
Cette chose – en soi – commune à toutes les existences…
Ce qui passe – sans rien établir – sans rien régenter…
Un monde où tout s’invente à chaque instant…
Le souffle – l’élan et l’immensité – simultanément…
Ce que nous devinons de l’être ; comme un pressentiment ; cette (indispensable) présence – au cœur du monde – au fil des malheurs – au gré des circonstances…
Ce qui arrive ; et ce qui nous revient…
Quelque part – qui que l’on soit…
La surface devenant cercle – puis, sphère – puis, silence…
Au centre du royaume ; l’ardeur et l’immobilité – l’infini et l’éternité ; notre essence la plus intime…
Libéré des profondeurs élémentaires – de ces terres subalternes où s’exhibent (où aiment s’exhiber) le tapage et l’orgueil ; la religiosité des croyants – affables mais sans tendresse – amènes mais sans Amour…
Au-delà du désir de Dieu – au-delà des ambitions et des tractations simoniaques…
Le plus simple ; le ciel – en plein cœur – dans sa parfaite nudité…
Ce que nul ne sait – le plus secret – l’intimité de l’être – en chaque pierre – en chaque plante – en chaque bête – en chaque homme ; que l’on apprend, peu à peu, à découvrir en explorant l’espace qui nous habite et qui nous relie au reste (à tout le reste) ; l’infini qui nous porte et qui nous déploie – l’infini que nous portons et que nous déployons…
*
Instants de fête – sans cesse – parmi les arbres – à contempler le ciel ancien – aussi beau aujourd’hui qu’hier…
Sur toute sa longueur – cette fabuleuse (re)découverte…
Nous-même(s) – nous rencontrant à nouveau…
Des racines communes profondes alors que sur le sol règne la différence – ce à quoi les yeux s’attachent – ce à quoi les yeux se bornent…
Très en deçà des travaux invisibles – très en deçà de la trame qui s’étend à perte de vue…
Sur la même courbe que les étoiles ; le temps et la lumière…
A l’abri des obscénités…
Le langage dénudé et silencieux…
Au-delà de la science qui songe – au-delà de la science qui invente trop chichement ; et qui progresse à petits pas…
Ici – plutôt de grandes enjambées qui s’étonnent de ce déploiement – de cet infini vivant qui occupe la terre et le ciel – les corps et les âmes…
Rien qui n’échappe à l’invisible – à l’ineffable – partout présent – occupé à toutes les tâches malgré les refus et les résistances – malgré la bêtise et l’ignorance qui règnent à la surface…
Contre la (fausse) complexité couronnée (un peu partout) et l’uniformité maladive ; contre la célérité que l’on encense ; contre la raideur et la docilité (infantile) des âmes ; contre l’horizontalité trop radicale du monde ; ce que l’on propose ; ce qui s’avance naturellement ; le vagabondage et l’agenouillement – la lenteur et la simplicité – la couleur singulière des visages ; le fabuleux (et mystérieux) flottement de l’esprit parmi les choses…
Le constat enjoué de la vacance ; cette résistance aux savoirs officiels – inutiles…
Comme une oasis dans cette confusion permanente du jour et de la parole ; comme si l’on pouvait éduquer les hommes – enseigner la lumière – satisfaire tous les désirs – défendre tous les intérêts…
Rien que du bruit et des réserves d’ardeur…
Et cette fatigue qui, un jour, finit par nous terrasser…
La solitude et le silence ; de plus en plus éloigné(s)…
L’impossibilité de la corruption et du dévergondage…
Une croix à soustraire sur la longue liste des obstacles…
Ce qui apparaît avec le sourire ; le silence…
Au royaume commun ; la hiérarchie des visages – la hiérarchie des gestes et des choses…
Et le seul sanctuaire – en nous – à mesure que l’espace se libère…
De moins en moins de poids…
Livré(s) au monde et à la pesanteur – comme s’il était possible de vivre ainsi – condamné(s) à la multitude et à la gravité ; comme si l’immensité pouvait – à ce point – s'alourdir et se fractionner…
Soumis aux souffles qui emportent et congédient…
A vivre dans l’absence – en exil – à la périphérie…
Contraint(s) à l’incapacité d’aimer et à l’impossibilité du ciel…
Un ventre et une tête – à remplir de victuailles et d’agréments…
Et parfois – sans crier gare – l’envolée de la main et du langage – au-dessus des murs – dessinant des arabesques – un chemin ; un chant – une voix – un peu de poésie…
*
Quelques consolations échappées du grand sac ; le monde et tous les noms que nous lui donnons…
Peu (très peu – trop peu) d’étreintes innocentes – de sourires sages – d’or au creux de la main tendue…
Des bouches tordues par la fièvre et la faim – des mains qui s’affairent – qui se précipitent pour saisir un peu de matière ensoleillée – le seul présent, sans doute, qu’on leur fera jamais…
Des rêves – par millions – dans la grande nuit où tout sommeille – jusqu’aux passages – jusqu’aux envolées ; rien que des tentatives d’évasion…
Ce qui flotte – un peu timidement – entre nos lèvres et nos doigts ; cette transparence sur le monde ; une prière – un peu de lumière – pointées vers ceux qui se sentent coupables ; esclaves de leur esprit – des mailles piégeantes du labyrinthe ; mille mythes et autant de mensonges auxquels il faudrait se soustraire pour commencer à voir et à entendre…
Ce qui s’offre – sans répit – à ceux qui peuplent le centre de la maisonnée…
Rien que des ruses et des songes – au fond des têtes qui dansent jusqu'au crépuscule – sans nuit claire – sans lendemain qui chante…
Le cœur trop chaviré – l’âme trop embarrassée…
Ce qui se balance – aveugle à toute magie…
Vivant – sans jamais être là…
L’obscurité rayonnante qui allume ses feux sur tous les territoires propices…
Des têtes – toute une série de têtes – bruyantes et réfractaires à toute poésie – que l’on ne pourra (fort heureusement – fort malheureusement – qui peut savoir…) jamais rencontrer…
Mille rassemblements – en soi – s’approfondissant – goûtant la saveur des Autres – le silence vivant – au-delà du monde et du temps…
Passés – tous les désirs et toutes les attentes de fusion…
La lumière attirée par ce qu’elle offre ; le plus lumineux de la matière ; toutes nos ombres éclairées…
Ce qui – en chacun – est en mesure de fraterniser…
Que dire aux Autres qu’ils ne pourraient comprendre sans nous…
L’impossible équation à laquelle la tête offre mille fausses bonnes résolutions…
Le neuf – à tout âge – à tout instant ; à travers l’expérience du monde ; ce avec quoi il convient de se familiariser…
Cette suffisance à exister à l’écart des hommes…
A notre approche – toujours plus loin…
Cette ivresse face à l’étendue…
La sensation de l’immensité…
Ce que l’on épouse – ce que l'on épuise ; et ce en quoi nous nous transformons – au fil des ajouts et des soustractions…
Et ce qu’il reste à découvrir dans les replis du mystère…
L’irréductible essence derrière les apparences déguisées…
De moins en moins de choses – de près et de loin…
Et de bas en haut – tout entier s’enfonçant ; et s’élevant ; et s’effaçant ; le plongeon et l’aire de l’envol que l’on peaufine ; la disparition que l’on apprend, peu à peu, à façonner…
La terre et le ciel – dans le même espace – dans le même abîme ; ce qui ne cesse de nous échapper…
*
Là où la roue tourne – (très) fraternellement – en général…
Le temps fixé sur la pendule ; et les yeux posés sur le mouvement…
Comme écrasé(s) – en quelque sorte – à chaque heure – à chaque instant – au fil des jours qui passent ; le sillon toujours plus profond qui marque les existences et les visages…
La chair du monde sur laquelle tout s’imprime…
La mort – indifférente au poids de la tristesse – comme si quelque chose s’enfonçait dans l’âme ; la pointe de l’épée suspendue au-dessus de nos têtes…
Le jeu du temps sur les vivants aux expériences (plus ou moins) douloureuses – qui traversent la vie cahin-caha – entre le soleil et les larmes…
Le destin singulier qui se dessine ; ce qu’il nous faut, patiemment – laborieusement, expérimenter ; de bout en bout…
La lumière – sur la chair – rayonnante ; le fond de l’âme – illuminé…
Ce qui, peu à peu, émerge des profondeurs – du plus lointain sommeil…
Ce qui – au-dedans – se dresse pour respirer…
L’invisible – dans sa nécessité vivante…
L’herbe et l’aube – parallèlement…
La pierre et le Divin – à la même hauteur…
Et nous tous – à égalité (bien qu’à inégale distance du mystère)…
Ensemble – dans cette danse inépuisable – ici et ailleurs…
Inséparables – contrairement à ce que s'imaginent les hommes…
Auprès de l’arbre – couronné…
Entre soi et le triomphe…
Le silence sachant…
Le temps des fiançailles…
La danse sur le sentier déserté…
Quelque chose d’immense – comme une perte – un espace – une force – qui nous accompagne ; qui vagabonde dans nos pas…
Ce que l’on décide – ce que l’on institue – (presque) toujours en vain…
Ce qui s’édifie – sans douceur – à force de volonté ; la laideur qui, peu à peu, se dresse ; la laideur qui, peu à peu, se déploie et s’incarne…
Le monde ; dans sa trop grande crainte de se laisser porter – emporter – comme l’eau confiante qui suit les courants de la rivière et les reliefs de la terre – sans jamais se soucier ni du voyage – ni de la destination…
Comme les oiseaux qui laissent au ciel le soin d'inventer leur existence ; des traits – des chants – mille arabesques invisibles – que dessine l'univers…
Comme le vent et le mystère qui unissent leurs mouvements et leur pudeur à travers les circonstances ; ce qui se manifeste naturellement dans nos vies…
Si ignorants ; et à si bonne école pourtant…
Sous le grondement de la cascade – le visage rafraîchi…
A l’écart du monde – cette traversée…
Consacré (e) à ce qui s’invite – à ce qui a lieu…
Aussi loin des rêves que possible – aussi loin des Autres que possible – de toutes ces consolations qui ne cessent de corrompre le regard ; tous les gestes qui nourrissent l’espace et la lumière – toutes les prières qui célèbrent le silence et la source – dans tous les lieux du monde ; toujours au pas de notre porte…
*
Le seuil silencieux ; et les mains désunies…
Les récompenses de l’aube, soudain, avalées…
Tout qui se dérobe ; et ce que ronge le feu ; des restants de rêves…
L’imaginaire ; les vents déviant de leur trajectoire – échappant à l’inintention de la source…
La foi reprogrammée – à l’envers…
Le sens et la vérité – comme disqualifiés…
Rien que le vide et les gestes quotidiens ; cette présence sans posture…
Le sol et le soleil – indifférents – protecteurs – laissant le monde œuvrer à ses propres fins – sans intervenir – abandonnant les vies à ce qu’elles sont ; des actes (trop souvent) inutiles – des aventures presque jamais menées à terme – et qui, en définitive, finissent (dans le meilleur des cas) par se résumer à deux dates ; celle de la naissance et celle des funérailles ; et qu’importe ce que contient l’intervalle ; ce que l’on y met ; ce que l’on s’obstine à y mettre ; ce que l’on s’acharne à accomplir ; des choses et d’autres – un bric-à-brac – mille vétilles – en vérité…
Un parmi tant d’Autres ; comment cela pourrait-il compter…
Aussi nombreux que les pierres – aussi nombreux que les herbes et les feuilles des arbres qui tourbillonnent et s’entassent à l’automne…
De la matière merveilleuse et ignorante ; pas de quoi noter en lettres d’or la moindre ligne – le moindre mot – dans les annales du monde…
En marge de l’histoire ; notre (si bref) passage sur terre ; un tumulus et des excréments – ce que nous laissons tous – en somme…
L’âme – plus solitaire que la chair – sans aucun doute…
La première de l’intrigue ; à la suite de toutes les autres…
Quelque chose composé de mille choses ; et qui, assemblées, seraient plus nombreuses – et plus lumineuses – que les étoiles ; et aussi ardent(es) (bien sûr) que le feu qui brûle au fond du cœur de chacun…
Le destin – renouvelé – en apparence…
L’appel du silence – en secret…
L’âme amoureuse – la terre vibrante…
Entre sol et ciel – sans assaut…
L’élan de l’engagement par-dessous l’innocence…
Le sourire – le soleil salué – l’horizon soustrait ; le regard émerveillé…
La vie grandeur nature…
Des lieux sans préjudice ; comme si tout s’invitait (très) naturellement ; le jour – le regard – les circonstances…
A être – sans jamais imiter ; inégalable – en somme ; dans le plus parfait équilibre des forces…
Ce que l’on ne peut ni réfréner – ni subtiliser…
La terre – le ciel – le geste – sans propriétaire – sans propriété…
Le monde à portée du jeu ; comme si tout était dissoluble dans l’espace et le silence…
A peu près toujours – ce qui s’impose…
Ce qui est vécu – sans résistance…
Cette existence peuplée de choses et de réalité ; et son lot de gestes sans croyance…
Toute la force recentrée sur le destin…
Une forme de béatitude sur la pierre habitée…
Sans image – sans compensation ; le même statut que le soleil et la neige ; plus qu’un pacte – une alliance naturelle…
Le pas qui échappe au temps ; la nudité – sans caution – sans hypothèque – sans garantie…
La vie qui nous saisit et qui nous mène – ici et là – avec cette bonté un peu sauvage ; comme un jeu – comme une farce ; le tour du monde et du mystère – sans (réelle) importance…
*
Ici – face aux saisons passantes…
Le temps des mirages et des frissons…
Les jours hésitants…
Et le ciel au-dessus des rêves…
Impatient(s) – intranquille(s) – déraisonnable(s) ; si inquiet(s) devant l’espace – la ronde des possibilités – l’incessante métamorphose du monde – l’inconséquence du regard…
Homme(s) aux obscurs secrets…
Monstrueusement juvénile – cette humanité barbare…
Sous le moindre signe – derrière le moindre geste – le désir et la crainte du danger…
Les mains devant les yeux ou au-dessus de la tête pour échapper aux châtiments d’un ciel ignoré et à la lumière posée sur soi – vécue comme un doigt accusateur pointé sur le coupable…
Préférable notre sort – au fond de notre trou sombre ; la nuit si féroce qu’elle a envahi le crâne…
Sur cette mer aux vagues querelleuses – qui nous condamnent au désastre – au naufrage…
En déséquilibre – toujours proches de la chute – sur nos esquifs fragiles – inadaptés à la furie pélagique…
A notre échelle – l’immensité – l’infini peut-être – à moins que nous ne rêvions – à moins que nous n’inventions des histoires de grandeur – d’aventure – d’épopée ; en vérité – pas le moindre remous au fond de notre minuscule flaque de boue…
Sans savoir – assis là où le vent nous a posé…
Ému et étonné de nous retrouver sous la lumière et les frondaisons des grands arbres ; une partie du visage éclaboussée par la clarté et la joie ; et l’autre fascinée par l’ombre qui la guette – par l’ombre qui la ronge déjà…
Au milieu du chemin et des vents – entre le mystère et l’origine – cherchant, derrière les apparences, la délivrance – la disparition (dont nous ignorions, autrefois, l’étrange et parfaite parenté)…
Ici – aussi – ce qui surplombe le désastre…
D’un lieu à l’autre – la même calamité…
L’apparence de l’espace ; le vide rempli de choses – de désirs – d’interrogations…
Et ce qui est penché sur nous – l’œil attentif et le cœur attendri ; la main immense toujours prête à soulever l’âme au-dessus de ceux qui s’imaginent propriétaires de leur existence – de leur nom – du sol où sont posés leurs pieds…
Entre nos racines et la solitude ; le sens, sans doute, de cet accompagnement…
D’un bout à l’autre de l’étendue – cette traversée…
Tantôt secousse – tantôt caresse…
Dans l’épaisseur de la trame – pas à pas…
Le jour et le silence – au-dessus et entre les mailles…
Et ce qui monte – en nous – du fond des âges ; notre reconnaissance…
A deviner – derrière les mouvements – les changements – les apparences – le maître d’œuvre du monde…
Ce qui anime – et transforme – l’invisible et la matière…
Ce couple inséparable – pieds au ciel et tête en bas – partout à son aise – trouvant au-dedans son assise…
Comme une présence – en couches successives et verticales – au cœur de ce qui ressemble tantôt à un chaos – tantôt à un néant ; l’espace des rencontres et des coïncidences – les cercles d’intersection entre les âmes – les visages et les choses…
Et le jeu entier – et tous les joueurs (bien sûr) – éclairé(s) par la tendresse qui, peu à peu, les envahit…
*
Adossé au rire des Dieux – à la force des titans – au discernement des sages ; lucide – puissant et joyeux – vivant à la rencontre du monde – sans crainte des circonstances – enchaînant les épreuves et les expériences…
De cette race qui ne s’offusque (presque) jamais de ce qui a lieu…
L’esquisse d’une figure projetée – sans hasard – vers une terre sans homme ; sur le point de quitter cette rive sans âme…
Le chaos de la tête prête au sacrifice…
L’inconscience de l’âme qui précipite le temps…
Ce qui échappe à la lumière…
L’ombre et la mort – main dans la main – imposant leurs forces – leurs intentions – leurs prérogatives…
Les puissances de destruction à l’œuvre – sans retenue – sans explication ; dans le juste prolongement des nécessités de l’origine…
Sur le sol noir – le vent qui cingle…
La neige oblique…
La blancheur accumulée ; ce qui dissimule, pour quelque temps, l’écume sombre du monde – les mille rebondissements inutiles de l’histoire…
Les yeux caressants ; et l’âme réfractaire…
L’esprit partagé entre l’acquiescement et la résistance – et, à sa suite, la main qui ne sait si elle doit agiter le sceptre ou brandir l’épée…
Un minuscule éclat de l’ensemble – à l’image de l’infini qui danse – tantôt à droite – tantôt à gauche – tantôt sur les pieds – tantôt sur les mains – créant ainsi une valse saccadée aux élans qui apparaissent contradictoires aux yeux trop naïfs…
Au bord du monde – près de soi – comme partout ailleurs – le sommeil et le mystère…
Affranchi de toutes les luttes – l’Amour…
La tendresse sans prix – offerte à celui qui la ressent…
Au-delà des yeux et des appartenances…
Ce qui se fond en nous ; sans doute – quelque chose de durable…
Hors du labyrinthe ; moins de rêves et plus de joie…
Dans la solitude qui nous entraîne loin des tromperies du monde…
Oscillant – sur le fil qui traverse les nuages – si près d’un ciel sans demande – serviable – tourné vers soi…
La même offrande – au fil du temps qui se ralentit – peu à peu ; sans plus jamais tourner autour inutilement…
Le désir éteint – l’horizon sans attrait…
Au service de l’espace – de ce qui apparaît…
Qu’importe les périls ; tout d’un seul tenant ; et le plus lointain qui, sans cesse, se rapproche…
Au centre – l’essentiel ; et le reste qui tourne – sur l’orbite habituelle des explorations…
Et à chaque expérience – et à chaque découverte – la fissure qui s’élargit – la fissure qui s’approfondit ; le vide qui se creuse – l’inutile qui s’érode – qui s’émousse…
Ainsi – sans doute – apparaît (et croît) la lumière…
La main posée sur l’ultime frontière qui sépare le bleu du reste – la joie de la peur – le familier de l’utopie…
De la même couleur ; l’âme – le ciel et la main…
Un léger frémissement dans le silence – la tête inclinée qui se courbe davantage face à la puissance du réel ; une gratitude – une révérence – plus marquées au contact de la vérité qui s’incarne et s’enfonce à mesure que nous comprenons…
*
A la dimension appropriée ; l’esprit – l’œil – la perspective ; sans hésitation (selon la situation et la sensibilité)…
A l’instar des ailes ; inexistantes – embryonnaires – repliées – déployées (selon le contexte et les possibilités)…
Sans cécité – la conscience – parfaitement adaptée à la créature et au territoire…
Désarmé – silencieusement…
La page maculée d’encre – de sueur – de sang – de semence ; comme le monde imprimé avec la parole ; la substance des mortels qui se mêle à l'invisible et au silence ; à l'essence des Dieux…
Des mots sombres pour assouvir la soif…
Un cri – comme le hurlement de tous ceux qui vivent…
Comment la langue pourrait-elle faire office de pain ; comme si un mince bandage pouvait guérir d’une amputation ; nous aider à surmonter cette si étrange infirmité à vivre…
Immense – comme l’oiseau sans cruauté dont le chant scande le passage du temps…
Le monde-soleil sous ses ailes protectrices…
Et les saisons clouées à l’arbre docile…
Comme quelque chose de l’eau dans l’air ; une sorte de transmutation à moins que la magie du regard n'ait opéré…
Dans un autre monde que celui dans lequel (sur)vivent les hommes…
Et nos bras mutiques – et notre langue inerte – face à la beauté fougueuse de la terre et à ses alliances déroutantes avec le ciel fertile…
Partout – le même silence ; partout – le même secret…
Tant que dureront les tentatives – le brouillon de nos vies – il n’y aura d’engagement suffisant ; pour se révéler pleinement – l’être ne peut souffrir la demi-mesure…
A la frilosité ne répondra jamais qu’un monde en demi-teinte ; un entre-deux ni (vraiment) agréable – ni (vraiment) déplaisant ; une posture incapable de rapprocher les bords de l’abîme dans lequel nous vivons ; quelque chose, peut-être, de la vie – de l’homme – si provisoires – qui rêveraient de s’installer définitivement ; soulignant l’illusion de toute croyance – de tout pouvoir (apparent) – en mesure seulement de voiler notre incapacité et notre impuissance…
Claudiquant dans ce monde de fausse droiture…
Hésitant là où d’Autres semblent si assurés – si convaincus – si engagés…
L’incertitude parmi toutes ces âmes gorgées de croyances…
Exposé là où l’on s’évertue à dissimuler l’immontrable – l’impartageable – le plus ordinaire – le plus honteux peut-être (aux yeux des hommes)…
A courir contre le temps – comme si l’on avait la moindre possibilité de gagner cette course (truquée – et perdue d’avance) – comme si l’on ignorait que l’immobilité révèle l’espace – et guide l’ardeur (inévitable) vers les gestes les plus essentiels…
La présence plutôt que la gesticulation…
Le respect plutôt que l’asservissement…
L’infini au-dedans – davantage (bien davantage) que l’envol défaillant…
Attaché au même labeur que l’arbre…
Entre terre et ciel – sous la lumière qui s’offre à chacun (d’une égale manière)…
Au cœur de cette nuit qui corrompt toute compagnie…
Seul(s) – parmi d’Autres (quelques-uns) qui se dressent, eux aussi, sur le socle (incontournable) des racines communes…
*
Le corps rompu – si humblement – si docilement…
Ventre à terre ; et presque déjà un vestige vivant…
Sous une lumière sale ; et sur un sol ensanglanté…
Le sort des bêtes…
Et nos larmes qui coulent – comme celles des arbres rouges – témoins de toutes ces atrocités…
La tête nue – pesant moins qu’un sifflement – valant moins qu’une veille féconde…
A éclabousser vainement le ciel de ses paroles – de ses crachats…
Mieux vaudrait contempler en silence – se laisser guider par la blessure – laisser les vents décider de l’itinéraire – caresser l’incertitude – au lieu de traverser le monde – boursouflé d’orgueil et d’assurance…
Moins sérieuse – moins solennelle – devrait être notre manière de vivre…
La beauté compacte – discrète – intérieure – invisible – sous une apparence triviale – presque grossière – si commune – si ordinaire…
La couronne portée au-dedans de la tête – pour soi et l’écrin du monde – pour rayonner modestement – en simple reflet de la lumière…
L’Amour jeté en bras ouverts…
L’âme comme un antre délicat – sensible et bienveillant…
La solitude et l’oubli – comme la seule ossature nécessaire pour que le ciel et les vents puissent la parer de ce qu’ils ont de plus haut…
Transmué en pierre des sommets – en quelque sorte ; en point d’intersection des rencontres – en centre des cercles secrets et anonymes…
Imperceptible avant d’apparaître – en amont du noir et des flamboyances du monde…
Et porté (bien sûr) par la main du plus secourable…
Autour du point – de la cime – jour après jour – depuis le sous-sol…
La tendresse encore (très) insulaire qui ignore ce qui circule à la périphérie ; le centre entièrement occupé à se déployer…
La conscience – comme une fleur immense qui s’épanouit à mesure que s’intensifie la lumière…
La vigilance originelle…
Sans être vue – présente…
Discrète – glissant sur tous les yeux…
Vécue depuis l’intérieur…
Sans autre justification que celle d’être là…
Nécessaire autant aux âmes qu’au monde…
Entité à deux faces – que l’on peut habiter – et refléter – simultanément ; l’Amour et la lumière…
Comme une eau verticale – qui remonte le lit de la rivière – de l’océan à la source – à travers mille péripéties ; ni vraiment parcours – ni vraiment voyage – le cycle (tous les cycles) familier(s) ; et toutes les possibilités expressives et de transformation (de manière simultanée)…
Comme si cela signifiait ; n’ayez crainte de vivre ce qui s’offre ; qui que vous soyez – où que vous soyez – où que vous alliez – vous êtes aussi cela…
L’invisible et la matière – sculpture vivante dont l’existence et le monde ne représentent qu’une infime parcelle…
Le seul passage ; que l’on cherche (toujours) en vain ; et qui apparaît – et qui s’offre – le moment venu ; lorsque disparaît toute volonté d’échapper à ce qui est – à ce que nous sommes ; à partir de cet acquiescement – tout s’ouvre – comme le prolongement de l’offrande perpétuelle qui, selon les cas, se répète ou se transforme…
*
A genoux – face aux danses inutiles…
Les prières balancées – à la hâte – à la chaîne ; et qui s’entassent sous la même étoile…
Le visage fébrile…
La désespérance au fond de l’âme…
Là où nous vivons…
Les yeux ouverts sur tant d’embarrassement(s)…
Solitaire ; et un peu à l’écart (bien sûr)…
Ce lieu qu’il faut, sans cesse, réinventer pour échapper à la foule…
La nuit si gigantesque pour nous autres – lilliputiens…
Comme une persécution ; une sorte de malédiction que le destin, sans cesse, prolonge (sans doute – à dessein)…
A humer, au loin, l’air frais de la liberté…
A suivre des yeux la courbe déclinante du jour…
L’obscurité grandissante ; et l’asphyxie programmée…
Et ne restera bientôt plus que ce que l’on ramasse à la pelle pour l’enfouir ou le jeter un peu plus bas…
Les mots hurlants – brandis (inutilement) contre le monde…
Comme retranché dans son innocence…
Veillant sur le feu et l’assaut des questionnements…
Ni bavardage – ni (fausse) vérité philosophique…
La traversée et l’éloignement des pas…
Ce qui nous sépare (de plus en plus) des hommes…
A l’abri du collectif et des fausses raisons…
L’insupportable qui se transforme – peu à peu ; et qui invite le silence à s’approcher ; et que l’on reçoit comme un vertige – une caresse – une glissade – pour couper court à toute forme de protestation…
La nuit incertaine – plus fragile qu’on ne l’imagine…
Des passages – au bas de l’espace – cachés aux yeux trop hautains ; déserts – l’essentiel du temps – car nul ne peut s’y aventurer sans engagement…
Une fuite irrépressible – bien davantage que la recherche d’un répit – offre l’élan nécessaire ; le courage de s’enfoncer, la tête la première, dans un étroit conduit qui, aux yeux des hommes, semble interminable (et dont la longueur varie selon la distance qui nous sépare du jour – de la lumière – du plein ciel)…
Pas de quoi effaroucher les plus obstinés – ceux qui, à mesure du franchissement, se sentent pousser des ailes…
D’abord – en soi – la jubilation…
La certitude de l’être…
Le désert et la tendresse – (absolument) manifestes…
Ce qui ne s’offre – et ce qui ne se reçoit – que dans une parfaite solitude…
Comme un chant né des profondeurs du labyrinthe – capable de survoler les murs – de traverser le monde – de répondre à toutes les interrogations – de répandre partout ses promesses ; les délices de la source…
Un peu d’air – un vent rafraîchissant ; de l’eau (enfin) pour étancher sa soif…
Le seul geste possible ; celui qu’imposent les nécessités de l’âme et les circonstances ; qu’importe ce qui advient ; l’obéissance impérieuse et impériale ; ce qui fait de nous des serviteurs souverains – des instruments prompts et joyeux entre les mains (vigoureuses et déterminées) du mystère…
*
Par-delà les murs – les monts – la mort – la mer…
Ce qu’il y a ici – exactement – ni plus ni moins – le monde – et cette étrange folie entre les tempes qui invente des rêves – des barreaux et des labyrinthes – des mythes et des horizons – et autant d’au-delà que d’œils qui regardent…
Ce songe – cette voix – ce cri – que nous sommes ; où que nous soyons…
Aux marges des suppositions – derrière la clôture inamovible – la fatigue et les moqueries – le désir assassin passé – les yeux qui se hissent – péniblement – au-dessus des instincts et des besoins organiques…
L’attention qui redouble malgré l’éloignement des hommes ; l’inconnu qui se dévoile – sans doute – sans méprise – sans lendemain…
Le geste-cœur qui, peu à peu, s’ouvre et s’émerveille ; et l’âme à genoux – ruisselante de larmes et de joie…
Ce que l’on frôle ; le goût des Autres…
Les secrets du monde – des choses en vrac – sans (réelle) importance…
Ce qui soutient les rêves…
Et le cœur qui se pince à l’énoncé de tous les noms ; l’esprit et les mains qui s’agitent…
La perte et l’abîme – comme un vertige ; la douleur de n’être que cela…
La laideur des hommes – la rudesse des cœurs et l’âpreté des malheurs…
Comme si nous n’étions pas (totalement) de ce monde – pas seulement de la matière vivante…
Le ciel né de la source – née du regard…
L’infini qui jamais ne dit son nom…
La plainte du vent dans les frondaisons…
Au pied de l’arbre – le visage et la neige…
La tendresse et la joie malgré les blessures ; la présence des hommes à quelques encablures de la forêt…
L’aube naissante dans l’âme de toutes les bêtes…
L’heure inaperçue – comme l’oiseau – l’océan et le passage…
La main invisible qui nous relève…
Tout ce qui œuvre derrière – et à travers – les apparences…
Ce qui nous fait arpenter la terre et le ciel – ce qui semble nous manquer ; et dont nous sommes riches, pourtant – sans le savoir, jusqu'à profusion…
Ce qui était installé là bien avant nous – depuis toujours – sans aucun doute – et qui s’offre à mesure que nous nous engageons – à mesure que nous nous pénétrons…
Sans intervenir – la roche et le vent…
Le soleil et le monde – heureux de leurs retrouvailles…
La tendresse éprouvée – au cœur même de la pesanteur…
Ce qui nous enveloppe sans nous alourdir…
Le labeur de la lumière au fond de l’obscurité ; et le noir (espiègle) au milieu de la clarté…
De moins en moins vite – en goûtant la saveur (inégalable) du quotidien…
Ce à quoi nous nous consacrons – chaque jour – à chaque instant…
Ce qui porte l’âme et le corps ; et ce qui anime les gestes (tous les gestes) ; l’esprit sans mémoire ; l’espace d’avant l’artifice…
Ce qui se vit – en silence – l’Amour – la joie – la liberté ; sans jamais feindre ce qui n’est pas…
Sans doute – un peu au-delà de la (simple) tentative d’exister…
A moins résister – le jeu s’accroît…
La terre, peu à peu, remplace le bitume ; et les arbres, le béton…
Moins de tête(s) et moins d’espoir ; la respiration plus ample – plus libre ; et le ciel (dans sa nudité) perçu dans l’expérience…
L’âme (simplement) accolée à la lumière – ivre de sa propre solitude (presque saoule) – et qui s’affirme sans rien endommager – sans offenser personne ; à l’écart (bien sûr) de ce qui s’agite et de ce qui se pense…
*
Parmi les hommes – dressé contre leurs flèches et leurs murailles – résistant sans haine – les mains ouvertes à leur folie ; pendant trop de siècles (sûrement)…
Puis, un jour – las de ce labeur – l'éloignement du monde – d'une manière radicale – comme une évidence ; comme basculé de l’autre côté – là où la tendresse et le silence peuvent faire oublier la haine et l’épouvante…
Là où la voix répond au temps passé – au temps volé – au temps où la nuit recouvrait notre visage…
Comme une douleur qui écartelait nos lèvres…
Et la vaine attente de la lumière – depuis trop longtemps…
Si semblable autrefois à ceux qui piétinaient nos espoirs – à ceux qui brûlaient le fond de notre âme…
Rien que des larmes face à la férocité des dents…
Et, à présent, nous seul(s) – en héritage ; à se dépêtrer encore avec les battements de ce cœur vivant…
Comme des traces sur l’oubli…
Quelque chose de mortel qui refuserait l’évidence…
Des mains qui s’agrippent – une voix qui crie – ce que nous dessinons sur la cendre et le sable – des ongles contre la roche…
Le sang et la sueur séchés sur le sol…
La poitrine ouverte devant le désastre ; et tous les Dieux de la terre…
Sur l’autel érigé à notre effigie…
Ce qui advient avec le temps désacralisé de la mort – l’abîme au fond duquel nul ne sera jeté…
Par excès de gravité – la tristesse…
Le ciel étreint – la terre abandonnée…
L’innocence – sans compensation…
Ce qui n’a l’air de rien ; et pourtant…
A reculons – comme le soir qui se couche ; l’enfance qui s’efface…
A même la lumière – l’égalité (aisément accessible – autrement dit)…
Le lent défilé des jours – imperturbable ; et nous – infirme(s) – emporté(s)…
A des allures différentes – selon l’intensité de la soif ; chacun à sa manière…
Nous – d’épreuve en épreuve – sur notre axe…
Les croyances qui s’estompent à mesure que s’affermit l’emprise du réel…
Des lieux – des choses et d’autres ; avec tout l’attirail et le déguisement nécessaires – selon les offices et la tournure du monde…
Des couleurs provisoires – malgré notre attachement – malgré notre insistance à demeurer…
Des orages et des angoisses avant de franchir le seuil de l’immensité…
L’espace qui dissout tous les rêves…
Les promesses du monde ; mille tâches à réaliser…
Des ombres qui s’agitent – sur le sol – contre les murs…
Une collection de choses – à découvrir ; mille trésors à amasser…
Ce que d’Autres délaissent – mettant à profit le passage du temps ; s’abandonnant, en quelque sorte, à une forme (involontaire) de sagesse…
Face à l’agonie des beaux jours…
La courbe des promesses qui, peu à peu, s’arrondit ; et hors cadre – une nouvelle pente qui se dessine – aux éclats saillants – aux gouffres vertigineux – aux cimes lointaines...
Une manière de s'affranchir de la tiédeur des élans et de ces chapelets de prières sans ardeur…
Une manière d'échapper à la torpeur et à la nuit que les gestes des hommes ensemencent ; aux existences frileuses – à l'abri derrière leurs barrières – portées davantage à l'agrément – au confort – à la villégiature qu'au voyage et à la résolution du mystère ;
*
Les jeux du monde – si reconnaissables…
De la fatigue et du sommeil – ignorés du ciel…
Et cette étrange cécité qui nous accapare…
Mille fois vécus ; mille fois dévoré(s)…
Trop de morts ; et, sans doute, pas assez de joie…
Et toutes ces faces de brute qui nous dévisagent…
Tandis que l’on amasse – mille choses ; des objets – des idées – des titres – des honneurs – les couteaux continuent de meurtrir la chair des arbres et des bêtes ; tout ce dont nous avons besoin pour nous remplir la panse au coin du feu…
L’homme ancien – si insensible – qu’il y a, entre son cœur et le nôtre, une vaste étendue – un abîme (apparemment) impossible à franchir…
Le vent qui balaye la honte et les regrets – les manquements et les impossibilités…
Toute notre histoire – comme de la neige grise sous le soleil…
Poussé(s) ici et là – vers quelques légendes – vers quelques mirages…
La grande ivresse du rêve…
Les yeux fermés sur toutes les illusions…
Puis, un jour, (presque) sans raison – se mettre à pleurer sous la pluie – devant son miroir – devant l'indifférence du monde – la mort qui s’approche…
La terre et l’aube – ensemble – dans notre ardeur – notre joie et notre chagrin…
Où que l’on soit – où que l’on aille – guère dépaysé (il faut bien le dire)…
Dieu, parfois, attrapé dans nos prières ; mais encore trop éloigné(es) du cœur…
L’immensité – en nous – (presque) inerte – (presque) inutile – pour les mille choses à faire – pour tous les gestes quotidiens...
L'existence telle que se l'imagine l'homme ordinaire…
Le cœur chantant – au milieu du monde installé dans ses habitudes ; le sommeil et le rêve auxquels les hommes se cramponnent ; les seules choses, peut-être, qui apaisent les tourments (incessants) de la tête…
Pas une prière – le reflet (joyeux) de la joie…
Le provisoire et l’incertitude – comme seules réponses à demain – comme seules réponses au temps qui passe – au temps inventé…
A l’envers de la pierre – la parole gravée ; pareille au silence et aux horizons lointains…
Le verbe greffé au-dedans de la chair ; la matière vivante…
Le potentiel de l’espace et de la source – dissimulé en chacun…
L’innocence qui coule comme les insultes et l’angoisse glissaient autrefois dans la gorge et les veines…
Une fête – un banquet – auxquels nous sommes (tous) conviés…
Le monde dégagé de tout devoir – de toute responsabilité…
Seul(s) – face au miroir…
Le ciel – en soi ; le vide vivant malgré l’absence apparente…
Quelque part – là où la douleur entre en jeu…
Comme l’eau et le pas – qui creusent leur ornière – leur sillon…
L’espace déformé – replié – comme roulé en boule face aux assauts du monde ; face au règne du piétinement et du poing levé…
Ce que l’on blesse – par le même chemin…
Et cette fosse au fond de laquelle tout finit, un jour, par être jeté ; un réceptacle incroyable – en vérité – où tout se métamorphose – où tout est retourné…
*
La vie – en soi – ravie du monde qui se raconte – et qui, parfois, se révèle…
D’une histoire à l’autre – au-dedans de la chair – frémissante…
Sans doute – plus réelle que le temps…
La longue caresse des jours sur notre impatience…
Le front enflammé ; le cœur comme un brasier ; et l’âme qui se consume…
Et l’espace vide au lever du jour ; pas une seule âme – pas un visage – seulement un sourire sur des lèvres qui n’appartiennent à personne…
Longtemps après la mort – le chant qui monte – très lentement – d’un ciel à l’autre – du plus inventé au plus réel ; comme un pont entre deux invisibles…
L’immensité assise ; et le rythme qui la remplit…
De l’ombre à la joie – en enjambant tous les inventaires…
Comme les pieds campés sur les deux rives à la fois…
Le Divin sur nos épaules tombantes – comme un rappel à l’ordre invisible du monde…
Pas un fardeau ; le poids du réel…
Ce que la tête – trop souvent – oublie sous son étoile ; l’espoir comme un vertige…
La proie du rêve…
Le lieu de l’aveuglement et de la cécité ; quelque chose des ténèbres…
Soumis au tumulte et à la glissade du temps…
La mémoire plutôt que la lucidité – l’intention plutôt que le vent…
L’ombre du silence sur le visage ; les yeux fermés ; l’esprit assoupi ; l’existence comme un songe qui s'éternise…
Parfois – sur le chemin – sans oser – comme si l’horizon et la perspective nous intimidaient…
Assis – en désespoir de cause – incapable de faire un pas supplémentaire…
Quelque chose – en soi – d’inerte…
Et tout qui se referme – malgré les alentours ouverts…
Comme une pierre sur nos possibilités…
Un barrage dans l’âme et la chair – les mains sur les yeux – le sang qui se fige…
La crainte – comme une muraille derrière laquelle on se recroqueville…
Seul – devant la forfaiture du monde…
Ce qui nous entoure – par intermittence…
L’âme tantôt exaltée – tantôt accablée – au gré de ce qui nous épargne – au gré de ce qui nous assaille…
Le ciel responsable du souffle – des haltes et des élans…
L’expérience de Dieu sans la prière…
Sur la feuille – ce qui est convoqué et que l’on mêle à la substance des choses que la vie intrique et emboîte ; le grand puzzle de la matière que la main de l’invisible, sans cesse, achève et redéfait ; le vide qui, à la surface – à la périphérie – se transforme…
L’œil sans besoin…
Et cette ardeur qui s’enfonce dans l’absence…
L’œuvre vaine du monde – comme le cri des vivants qui souffrent et qui meurent – sans (jamais) se faire entendre…
Et ce qui reste – sans cesse – transformé – faisant (et refaisant) indéfiniment le tour de l'âme – sans omettre un seul recoin…
Maudit(s) et miraculé(s) – en somme…
*
Ce que l’aube accueille ; et ce qu’elle permet…
L’exigence affûtée – comme un silex inépuisable…
Nulle place pour les frileux et les frivoles ; tous ceux qui refusent d’étreindre le tombeau…
Qu’importe l’âge et le temps – pourvu que notre course serpente, à travers l’existence et le monde, entre la mort – le sommeil et la vérité…
Ainsi peut-on s’élancer – sans rien espérer – ni l’accomplissement – ni la certitude d’être accueilli…
Des choses – mille choses – devant la nudité…
Ce qui porte l’âme devant le jour…
Sans rien à parfaire – l’alliance déjà conclue…
Seul(s) – au milieu de l’Amour…
Et tous les seuils – devant nous – comme si nous étions l’horizon et le pas…
Le visage ravi ; et cette joie visible depuis les lieux les plus lointains ; les yeux (amoureusement) posés sur ce qui passe…
La route – comme un chant – un cœur blessé – une âme avalée par la nuit…
La pierre qui, peu à peu, s’incarne ; au creux de la main – la terre…
Ce qui, cahin-caha, nous rapproche de l’émerveillement…
Avec un peu de tristesse pour ce qui a été laissé de côté – pour ce qui n’a réussi à se hisser…
Dans la chair – l’éloge de la mort – déjà…
La glorieuse destruction – si vivante – en soi...
La matière – comme un peu de Divin malaxé – sans autre stigmate que le souffle et le sang…
A hauteur de toutes les intentions…
Et partout – et toujours – la possibilité de la lumière…
Soi – enserré par ce qui existe ; le prolongement du vide – en vérité…
Toutes les choses – sans en oublier une seule…
L’ensemble du royaume ; ce qui est, à la fois, accolé et emboîté – et (totalement) changeant…
Le grand entremêlement du monde – malgré le règne (irrécusable) de la vacuité…
L’absence – là où rien n’existe – subsiste le ciel…
L’espace auquel rien ne peut être ôté ; l’espace auquel rien ne peut être ajouté – malgré les désirs et les prières – malgré les manques et la colère…
Seulement – un peu d’air balayé par les vents…
Et pourtant – le plus haut de soi ; et le plus profond des choses…
Comme un équilibre précaire et éternel – inamovible et changeant ; cette si singulière manière de vivre – à la frontière entre l’invisible et la matière – entre l’infini et l’individualité…
Sans doute – la plus grande des bénédictions…
Ici – sans subir ; l’insistance des choses sur un fond de ciel…
L’essentiel de la terre ; ce que l’on ne pourrait (bien sûr) confondre avec l’indigence…
La tête et la main – (juste) au-dessus des joutes…
Ce qui s’offre – à travers les paysages…
Nous – incorporé(s) au monde ; et le monde incorporé au(x) corps ; toutes les manières de nous enfanter – de perpétuer, ici et là, le règne de la matière…
Et pourtant, sans doute – encore, au bord inférieur de l’invisible ; et, sans doute – encore, à la périphérie de la lumière…
Et ce (très) long chemin qu’il (nous) reste à accomplir…
*
L’étendue bleue – le regard nu – la chair audacieuse ; l’enfance (parfaitement) à son aise…
Sur la pierre ; et (pourtant) affranchi…
L’Amour et le silence – amoureusement entremêlés…
La liberté – comme les ailes de l’oiseau ; une façon d’échapper à la gravité…
Les yeux comme deux soleils ; et la main trempée dans la tendresse…
Des mots pour exprimer l’essence et la nécessité ; une façon d’accompagner la soif ; et le labeur de la source…
Dieu jamais en devanture ; mais mille accès à défricher dans toutes les arrière-cours…
A voix haute – et les yeux apparemment ouverts ; le sommeil des pénitents – à grandes enjambées vers le ciel – le printemps ; l’ombre inventée derrière la frontière…
Et (presque) toujours – de hauts murs pour obscurcir la vue – et exacerber l’imaginaire…
Des journées à genoux pour récolter les fruits de la terre et amadouer l’inconnu – le maître des destins…
Le monde – immodeste et impuissant – dans toutes ses œuvres terrestres…
A la lisière du temps – l’éternité qui affleure…
A l’orée du monde – là où nous habitons…
A la même latitude que tous les Autres ; à la même latitude que le néant…
Le désir – l’absence et la pesanteur…
Comme une douleur infime et (absolument) vertigineuse…
L’œil envoûté par ce qu’il pénètre…
Le ciel et la tendresse – à peine – entrevus – à l’intérieur…
Et la nécessité d’affronter la mort ; à l’aube naissante – sur nos joues mouillées…
La grimace silencieuse devant la pierre ensanglantée – les faces rubicondes et renfrognées ; le monde tel qu’on le voit…
A l’instar des bêtes exterminées…
Et, au-dedans, la colère qui cherche un point d’appui ; mais tout s’effrite – tout s’effondre ; ne reste que la source souriante – cet acquiescement auquel il faut consentir – derrière lequel il faut se ranger…
Sur le rêve – comme si nous voguions au milieu des nuages…
Au-dedans – l’imaginaire cotonneux…
Et au-delà – l’espace – l’infini – le réel abrupt – la pierre tranchante – la pente où l’on glisse – le soleil et la lumière – là où la plupart des hôtes hésitent – trébuchent et tombent…
La tête encore (trop) sagement posée sur l’oreiller…
Quelque chose que l’on porte ; qu’il faut étreindre…
Notre propre Amour auquel on aurait lâché la bride ; et qui rend amoureux de tout ce qu’il touche ; et, lorsqu’il atteint le regard, de toutes les choses sur lesquelles se posent les yeux…
Sans rien chercher ; rien (absolument rien) qui n’échappe…
A polir le miroir de l’immensité pour y contempler (plus finement) son visage…
Ce qu’emportent l’errance et l’oubli…
Les choses parcourues que l’on éprouve…
La vie – ce que l’on est – la seule offrande nécessaire pour communier…
*
Devant la tombe – à contempler l’étendue…
Ce qui s’immisce entre les dates ; et l’élargissement (inévitable) de l’intervalle ; ce qui le précède et ce qui le suit…
Comme un vertige – un éclatement du cœur – la possibilité qui se distend jusqu’aux extrémités du temps – au-delà de ce qui le précède et de ce qui le suit…
Une destruction – un anéantissement – comme un suspens dont l’instant serait l’un des reflets (accessible à l’homme)…
Et voir ainsi tous les visages et toutes les choses vivantes du monde – dans leur itinéraire complet – dans leur ascension verticale exhaustive – d’un bout à l’autre de l’immensité ; de l’origine à l’origine ; et dont le point de retournement serait le centre…
Le verbe descendu de ses (vaines) barricades – abandonnant tout combat – toute revendication – tout intégrisme – au profit d’une distance – d’un rire – d’une légèreté – en dépit de l’abondance – en dépit de la prolifération des mots…
Le désordre et l’exubérance (parfaitement) consentis…
Oubliant le secret ; et la clé du coffre où il a été enfermé…
Défait le cri des sombres jours pour une danse (authentique – extatique) avec l’écume – portée à son point d’intensité maximal qui donne à la densité des allures d’étoile et de vent…
Le ciel dans la chair ; et le soleil dans la plume qui virevolte au milieu de ce qui joue avec nous…
Comme une pierre sur laquelle auraient poussé des ailes et des yeux…
Et ces chaînes qui, autrefois, entravaient la vie et la joie, donnent, à présent, le rythme aux pas…
Partout – la musique – les vagues et l’immensité ; le sort du monde qui tournoie entre nos mains joyeuses ; le sacre simultané de la fête et du silence…
Le ciel descendu – au-dessus de notre enfermement…
Comme un plongeon en nous-même(s) – un saut dans la contemplation…
L’immensité dans nos mains prisonnières…
Yeux dans les yeux – face à l’étendue bleue…
Le prolongement de la courbe entre le dehors et le dedans…
Le seul passage – la seule traversée – possibles – à pas lents – à travers tous les chemins et tous les horizons – disloqués…
Le seuil de la fin au-delà duquel tout continue ou recommence…
La seule demeure – le seul repos ; au creux de ce ciel que nous abritons…
Là où s’originent le silence et le monde ; là où l’espérance et le temps relèvent (réellement) de l’ineptie…
Quelque chose d’indestructible malgré la matière en (perpétuelle) transformation…
L’existence – la vraie vie – sans aucun pourquoi…
La création sans régence – sans gouvernement…
Les choses éparpillées – en vrac – qui s’agencent – sans maître – sans la moindre autorité ; le règne (absolu) du désordre et de la multitude qui – naturellement – s’organisent…
La nécessité à l’œuvre sous l’apparence du chaos…
Ce qui se dessine – et évolue – dans l’espace et le temps (tels que les connaissent – et les appréhendent – les hommes)…
De cercle en cercle – tout passe – tout arrive – tout disparaît ; et tout revient (tout finit par revenir)…
Un monde sans frontière – seul occupant de son royaume ; et le silence – visité ou non – habité ou non – toujours contemplatif ; un œil sans orgueil – teinté de tendresse (et parfois même d’admiration) pour le déroulement (miraculeux) du spectacle…
*
Sous le ciel ancestral du monde – bêtes et hommes – ensemble – les uns contre les autres – dans toutes les postures imaginables…
Peau et poils – pieds et pattes – à s’user les dents contre l’os et la pierre…
Ongles et griffes dans les mêmes empreintes – dans les mêmes anfractuosités…
L’enfance (assez) cruelle de la terre…
L’errance silencieuse – de plus en plus…
Sans poids – sans vitrine…
Un rôle – un seul – celui de figurant parmi les arbres et les feuilles – en compagnie des pierres et de quelques poètes…
L’âme joyeuse et solitaire ; le front et les yeux plantés au milieu du bleu et du brouillard…
L’hiver – à toute heure – tous les jours – en toute saison – sans mur – dans l’amitié de ceux qui croissent et fleurissent – de ceux qui jouent et se réjouissent…
L’éternité – au bout de chaque instant…
Et cette joie – inépuisable – comme une flamme au fond de la prunelle…
Au-dessus de la tête – les malheurs et l’invisible…
Le labeur (méconnu) de l’Amour et du temps…
Ce qui arrive – au nom de la terre et du ciel – sans le moindre éblouissement…
La trace des Autres par-dessus les nôtres…
Ce qui s’installe – ce qui importe ; le jeu et la transformation des couleurs – puis, la métamorphose (irrépressible – inévitable) du regard…
Le déploiement de l’oubli – seul gage (sans doute) pour pardonner toutes ces maladresses – toutes ces atrocités…
Sans même attendre le renversement de l’aventure – le sens du voyage – le chemin à rebours – cette trajectoire (terriblement) asymétrique – fiévreuse – errante – discursive – jusqu’au point originel…
Notre simple présence – humble et discrète…
L’espièglerie du silence ; et la bonté des profondeurs – présentes au cœur du monde – créant tous ces bruits de surface (plus ou moins attrayants) auxquels nous nous empressons de donner un sens…
Manière de se satisfaire des premières découvertes – au risque de détourner de la fouille les plus paresseux – les moins exigeants…
Au-delà de l’encouragement – la présence du ciel dans les choses ; et dans les désirs et les instincts des vivants ; la marque de la tendresse dans le chaos ; une part de l’origine au cœur de tout ce qui existe…
A vivre – humblement – sans volonté – sans promesse – au fil de ce qu’offrent les jours…
D’un cercle à l’autre – sans la moindre restriction – selon le cours (immuable) des choses – les cycles de l’invisible et de la matière qui transcendent toutes les frontières…
Ensemble – pénétré(s) et pénétrant – habité(s) et habitant – expérimenté(s) et expérimentant – goûté(s) et goûtant ; le vivant – (toujours) entre rêve et réalité – passant d’un royaume à l’autre…
Notre œuvre – peut-être – pour l’éternité…
Au milieu des Autres – de la douleur ; la solitude et la joie – convoquées…
Sans acharnement à vivre – ce qui, sans cesse, nous prépare à la destruction – au vide – au recommencement – auxquels il faut s’abandonner – sans espoir de chasser le trouble…
Le lent (le très lent) labeur de la familiarisation…
*
A notre aise – dans cette simplicité – ce désordre – ces éclats de chair et de silence…
Des échos du monde qu’écoute le corps…
La réalité sans les mots ; mille couleurs…
Comme une enfance sans visage…
Des danses solitaires – joyeuses – inépuisables…
Notre peau contre celle des arbres – tatouées par le soleil et le vent…
Un sol sans rail – la terre inconnue – à arpenter – le pas et l’imprévu – ce que le jour nous réserve…
Nomade ; pas voyageur…
A explorer les cercles au-delà du petit carré des rêves…
Ce que l’on est ; et ce que l’on peut aimer – au-delà de notre existence apparente…
Sur la ligne verticale – imprécise – qui serpente au milieu de personne – au lieu des recoins sombres (et surpeuplés) où l’on s’éternise pendant des siècles…
Toujours recomposé – défait et recomposé – fait de bric et de broc – un peu de terre et de vent – la figure de l’abandon ; et celle (bien sûr) du saltimbanque…
Présent – occupé à quelques tâches quotidiennes – qu’importe l'intensité de la lumière – les gouttes de pluie et les étoiles qui tournent au-dessus des têtes…
Le règne de l’authenticité ; et de ce lieu (comme de tout lieu) – les pas nécessaires…
Sans ami – sans trahison – sans pacte ni cœur à briser…
Dans les traces de la solitude précédente – très largement élargie…
Le séant posé sur la pierre – la tête au milieu des feuillages – sous le ciel acquiesçant – approbateur ; aux mains du jour qui se lève…
Divisé – malgré le jour et l’innocence (intermittente)…
Épais comme le pelage des bêtes…
Compagnon de jeu des autres jouets…
L’humilité sereine ; les lèvres souriantes ; et les yeux grands ouverts sur le monde et la mort…
Sans la moindre terreur devant la croix (celle que l'on porte autant que celle qui verticalise le regard et l'au-delà)…
Un rire (étrange) – du genou posé à la main tendue…
Le visage éclairé par l’œil du dessus…
Sur un chemin – n’importe lequel ; sur sa pente – sans que rien – jamais – ne s’y oppose…
Comme une course (incessante) dans l’âme et le sang ; et qui s’exporte au-dehors ; et qui contamine tous les gestes – tous les pas…
Si pressé(s) d’arriver ailleurs – en un autre lieu – quelque part – sans raison (véritable) ; simplement mu(s) par le mouvement intrinsèque des choses – de tout ce qui existe (dont la nature ontologique est d’aller)…
Une lutte – un peu inepte – contre le temps et la finitude – cette (apparente) échéance – ce terme dont nous ne savons (à peu près) rien…
Et cette existence – comme toutes les existences – soumise à la fuite et à l’effleurement – une débandade triste – insignifiante – superficielle…
La soif journalière – suscitée par le souvenir (inconscient) de l’apaisement initial ; quelque chose qui s’offre (comme le reste) à ceux capables de le recevoir…
La joie qui se dessine – en silence – à travers les gestes quotidiens…
Les pas – comme les lignes à écrire – à la manière d’une fête…
La célébration (naturelle) de ce qui – en nous – réussit (à chaque instant) à s’affranchir du sommeil…
*
Le rire qui ébranle la menace ; et le maléfice…
Jusqu’à la pointe du cœur – cette vibration…
Le parfum d’un autre monde ; le ciel posé devant nous…
La poitrine – si longtemps oppressée – qui respire enfin…
Moins (beaucoup moins) de soupirs et d’égarements ; comme gagné par l’indifférence au froid qui, autrefois, nous terrassait…
Les paupières soulevées ; les lèvres disjointes…
Moins grave (beaucoup moins grave) – face à ce qui se présente…
Une manière (très) involontaire de rendre hommage à l’invisible – à la douceur – à l’humilité ; à toutes les circonstances qui nous secouent et qui, en définitive, nous guérissent…
La pierre ronde – face au monde – comme une roche roulée en boule – imperméable aux assauts – parfaitement autonome ; davantage que l’arbre qui nous contemple – incapable d’échapper à la scie des hommes ; davantage que les bêtes soumises à la faim des Autres…
Comme la neige qui se pose délicatement – et qui disparaît discrètement ; ainsi se révèle notre séjour parmi tous ces visages – la figure magnanime et rayonnante – mais les lèvres closes…
Une parole – quelques paroles – au milieu des fleurs…
D’un langage à l’autre ; une offrande des Dieux…
Et ce que l’on tait pour respecter le pacte passé avec le silence – (très) joyeusement…
Au pied d’un arbre – la tête posée contre le tronc – amoureusement…
La main sur la pierre – caressante…
Et cette saveur de terre qu’ont les mots que l’on mâche – (très) longuement…
En ce lieu – le verbe ; et notre (lente) métamorphose…
Le ciel – contre la peau – comme appuyé…
Une longue traînée de cendre – derrière nous…
Un regard par-dessus l’épaule ; une sorte d’étonnement…
Au loin – le pays des rêves – là où l’on meurt d’indifférence – sans parole – sans silence – sans Amour – seul(s) – totalement seul(s) – au milieu des yeux fermés – au milieu des yeux occupés ailleurs ou qui se détournent…
Et au-dedans – le vent et le chant – les seuls apôtres du vide qui prônent (bien sûr) l’extrême simplicité – l’affranchissement des dogmes – des contraires et des contradictions (apparentes) – pour goûter la liberté – sur la pierre – au milieu du monde qui s’en fout…
Personne ; et nulle part – les seules conditions (peut-être) pour survivre en toutes circonstances…
Peu (très peu) de choses nécessaires – en vérité…
Malgré l’abondance du monde – la nuit souveraine ; et le jour agenouillé ; la chair putréfiée – et entassée ; que l’on recouvre d’un peu de terre – de quelques symboles et de quelques prières – sans rien savoir de la mort…
Et de notre vivant – l’indifférence des yeux – l’indifférence du cœur – mille mains qui s’affairent à remplir tous les sacs que l’on porte en bandoulière…
La terre et l’existence tristes et traversées ; au milieu de la rage – de la bêtise – de la cruauté – de ceux qui vivent – leur intérêt en tête…
Un désastre collectif qui angoisse et rassure les visages mouillés de sueur et de larmes ; et tous les ventres que l’on engrosse ; et qui grossissent ; et qui enfantent ; et qui perpétuent le malheur et la calamité du monde…
En terrain déjà conquis ; déjà épuisé(s) – encore endormi(s) – et s’ensommeillant toujours davantage ; ravi(s) – s’extasiant des quelques tourbillons réalisés à l’envers du ciel ; de ces mille vétilles – de ces mille niaiseries – qui viennent enlaidir – et absurdifier (plus encore) – ces rives déjà hideuses et insensées…
A trop se frotter au ciel – les ailes déchirées…
Sur le sol-repère – le lieu du corps…
Sur le sable ; et sous les astres – dans cet ordre-là ; pas une romance (jamais une romance) ; le monde comme nécessité…
Pas la vie secrète ; les gestes quotidiens et les pieds sur le chemin….
Parmi les fleurs – les arbres – les bêtes…
L’argile comme seul horizon ; et le reste ; le silence – le regard – la joie – l’immensité – offerts sans que jamais n’interviennent ni le désir – ni la volonté…
Ce qui se déroule – naturellement ; à travers les circonstances – le destin…
Les yeux couleur de lune…
Les fenêtres du monde grandes ouvertes…
L’espace du mystère – ce que l’on aperçoit…
La dislocation des lignes et de la raison…
La lueur – en soi – grossissante ; promesse d’élans – d’enlacements et d’étreintes…
Ce qui se cache dans les replis du poème ; et qui se déploie avec la lumière – avec le temps et l’attention nécessaire…
Homme ; et ce qu’il y a par-dessus et par-dessous – tout autour et au-dedans – l’invisible et ce qu’il porte ; en soi – le plus universel et le plus singulier…
L’espace fécond – le jour et la solitude – sans les Autres – sans la mesquinerie – sans le moindre traquenard…
Dans la voix – comme un chant qui déborde – qui longe l’enfance – de bout en bout ; de l’origine jusqu’à la peur ; et de la peur jusqu’au retour (non triomphal) à la source…
*
Ce qui précède l’enfance et le chemin pour la retrouver…
Cette période magique où la source était la multitude assemblée et unie ; un monde de regard et d’Amour…
Un seul jour – interminable…
Au cœur du silence et de la lumière…
La vie ouverte et contemplative…
Des mouvements naturels – comme une danse – une fête…
Quelque chose que nos têtes ont oublié (ou n’ont jamais su) et dont nos cœurs se souviennent…
Juste à côté du monde – pas si loin du reste – l’espace – des oiseaux de passage – cette étrange invitation au voyage – quelque chose d’un chemin qu’il faudrait emprunter les yeux fermés – le cœur confiant – les mains dans les poches ; les pas aussi légers que l’air – sans un mot – sans le désir d’arriver quelque part – de découvrir un autre monde – de s’installer sur une rive enchantée…
Une porte dans la nuit – un seuil (seulement) qu’il faudrait franchir…
La tête balancée en arrière – comme abandonnée…
Sous la lumière qui attise la soif ; et donne aux pas leur ardeur…
Dans la poitrine – trop d’étoiles désuètes – de chiens qui aboient et de fenêtres fermées…
D’épreuve en épreuve ; et y jetant toutes nos forces – le poing (presque) toujours brandi…
Et ce passé, à présent, qu’il faut abandonner…
Et ce sommeil dont il faut s’extirper…
De plus en plus solitaire ; et de plus en plus incompris (bien sûr)…
Au cœur de la tempête – l’ardeur aiguisée – les yeux au milieu des pierres et des bêtes…
Derrière la lutte apparente – l’évidence de la beauté…
L’infini – porteur (comme le reste – comme tout le reste) d’instincts sous-jacents et familiers…
Quelques ondes – quelques vagues – au pays des cercles et des carrés…
Sur l’axe vertical – une mystique simple et établie ; loin (très loin) de ce qui semble humain et raisonnable…
Comme une oasis de joie au milieu de la douleur ; une tête au-dessus des eaux ; le soleil au fond des yeux – sans rien décider – sans rien implorer – sans rien enseigner…
En retrait – comme rangé parmi ce que l’on ne peut voir – parmi ce que l’on peut, parfois, deviner…
N’être que cela ; la vie – les choses – la poésie…
Ce qui ressemble à un visage ; les lèvres rouges – les lèvres closes…
Au milieu des rires ; au milieu des pleurs inaudibles des bêtes…
Dans cette lumière – dans ce silence – dans cet Amour – qui s’offrent – se livrent – se partagent – inlassablement…
Le cœur – à la pointe de l’offrande ; et la main guidée (et soutenue) par celle d’un plus grand que soi – invisible – inconnu – d’une manière si naturelle – si spontanée…
L’infime et l’infini – comme entremêlés ; et convertis en chair et en âme ; l’incarnation d’un possible…
Entre le sol et le ciel – ce qui se déroule ; le métier de l’homme ; cette tâche si ardue…
*
La vérité – dans les mains – à chaque geste naturel – précis – involontaire – comme les vagues sur l’océan…
Qu’importe le vent – qu’importe les rives – allant là où l’on est mené – allant là où il faut aller…
Que le soleil prie en silence – que le brouillard forme un mur infranchissable…
Emporté(s) – sans résistance – au-delà des grilles formées par les ombres dormantes – tirant sur la grosse chaîne dont nous ne sentons plus le poids…
Le monde qui œuvre sans jamais s’arrêter…
Et nous – en nous ; la (rude et nécessaire) besogne ; cette chose chargée de terre qu’il faut rendre à la raison pour enjamber l’intelligence mensongère (cette intelligence discriminante et dolosive) au profit d’une perspective sans hiérarchie où le jour vaut la nuit – où la peine vaut la joie…
L’incessant labeur du rassemblement et de la réconciliation ; des parcelles de matière et d’esprit à réunir ; et à unifier…
Qu’importe le temps – qu’importe l’abîme ; l’action du feu et de la mort – nécessaire à la disparition et au rapprochement…
Ainsi vivons-nous – de moins en moins étranger(s) au reste – de moins en moins lointains (les uns par rapport aux Autres)…
A l’origine – la paix que le monde et le temps – à force d'instincts – à force d'habitudes – ont fini par flétrir (très largement)…
Des fleurs ; et parmi elles – comme jetés – des bouquets d’immondices…
Et au milieu de cette odeur de charogne qui plane au-dessus des luttes et des ébats – la matière rongée ; la terre qui nous dévore…
Et la plupart d’entre nous – les yeux fermés – encore soumis au rêve et au sommeil…
Le jour – pris à témoin…
Roulant sur sa pente…
Le vent initiant – et prolongeant – la chute…
Les feuilles noircies de signes…
Comme un (étrange) escalier vers l’exil…
Une manière d’aiguiser les angles – d’élargir les recoins ; et d’abattre (enfin) les murs inutiles…
Les deux pieds sur le seuil du reste ; à l’envers de l’espace – peut-être…
La poussière collée sous les semelles ; et la terre à la parole…
L’infini et la pierre – mêlant leur souffle et leurs racines…
Le ciel – dans le sang – qui délimite notre présence ; et nos possibilités…
Au milieu de l’étendue – au milieu de nulle part – entouré(s) de vide – sur nos frêles embarcations – à pagayer sans relâche vers les terres de l’enfance…
Le nez dans l’humus – les doigts humides de terre – accroupi – parmi les arbres – au milieu de la forêt – dans la compagnie des bêtes cachées dans les buissons…
Le cœur sauvage – de plus en plus…
Et l’âme fauve – tapie derrière la peau ; les entrailles comme de l’écume – de plus en plus légères…
La vie qui se façonne – à grand renfort de gestes…
Tous les horizons qui s’allongent et se verticalisent…
Et ce que l’on jette depuis les hauteurs – tous ces rêves périssables ; et la substance des hommes dont nous ne savons plus que faire…
La chair – en nous – qui chuchote – qui se défait – qui devient protolangage – qui s’initie à l’aube et au Divin ; comme une déflagration silencieuse dans l’espace ; cette manière (si singulière) de se hisser jusqu’à la disparition…
*
En longue procession – du premier au dernier jour – au milieu de la mort…
Et le léger balancement des ombres devant la fenêtre de l’enfance – irrémédiablement close…
Des murs – autour de soi – très haut (trop haut)…
Et un étroit chemin entre la tristesse et l’absence…
Quelques tremblements ; et le souffle qui manque à mesure que se rétrécit le passage…
Et notre chance à mesure que s’intériorise l’obéissance…
Ainsi – peut-être – jusqu’à l’ultime soupir…
Ce qu’il faut de tendresse et de consolation pour guérir de la proximité du monde et de l’écoulement du temps…
Cette porte ouverte – en soi – qui ouvre sur l’espace – qui livre à ce qui aime – à la source de la tendresse ; que nul autre ne peut offrir…
Jouet de tout – de tous – aux jours comptés – capable, en rejoignant le silence, de tout embrasser ; chaque chose et chaque visage…
Renaître et respirer – apprendre à vivre sans plus jamais s’écarter du vide – le cœur et les mains détachés du monde…
Ce que, sans cesse, la vie enseigne…
La couleur de nos gestes sans attente…
La réalité défaite du rêve…
Le défilé des saisons ; et l’âme affranchie des yeux des Autres…
Quelque chose – en nous – qui s’écarte…
La parole passagère ; et le cœur (toujours aussi) nomade…
Ce qui glisse – (très) lentement – vers le ciel ; comme la fleur qui éclot à force de lumière…
Sur la pierre – la vie (cette vie – notre vie) silencieuse…
D’une terre à l’autre – d’un Dieu à l’autre – sans fin – sans autre raison que celle d’aller – comme si, malgré nous, le secret (de la matière et de l'invisible) devait être percé…
A la manière d’un défi pour le profane qui s’entoure d’idoles et s’exerce à tous les rites nécessaires…
Pour chacun – le même voyage – à vrai dire…
Un seul pas jusqu’à ce que le vide apparaisse…
Le vertige et la liberté – au-dedans et au-dehors…
Devant le jour – agenouillé…
Le ciel à la place de l’absence…
L’inconnu dans la voix qui découvre l’inimaginable…
Et ce passé – des milliards d’années – qui pèse(nt) – (bien) moins lourd(s) que le silence…
La figure – (très) étroitement liée à l’éclat des couleurs…
Et tous les recoins du monde et de l’esprit qu’il (nous) reste à explorer…
Le besoin d’un Autre qui nous porte plus haut – plus loin – à l’intérieur ; comme un élan qui traverserait le monde et le froid – cette épaisseur apparente qui, parfois, nous heurte – nous bloque – nous repousse – jusqu'à ce que quelque chose – en nous – puisse façonner l'outil de pénétration nécessaire…
Derrière les bruits – le silence ; et la même chose – à travers eux…
Ce qui est accessible à l’attention pénétrante…
Plus humain que la bête – l’assassin ; celui qui ne vacille qu’en face de son propre reflet…
Et la plainte que l’on entend au loin – est-ce la peine du monde – est-ce la peine des âmes – qui nous voient souffrir et disparaître…
A qui – à quoi – ressemblons-nous – lorsque la voix – qui précède, toujours – de quelques mesures, la main traînante – se délivre de l’aveuglement…
*
A la dérobée – notre visage – l’infini passager…
A faire le tour – entre le monde et l’Amour – sans savoir où donner de la tête…
A se demander comment vivre et occuper le temps…
A mourir déjà sans avoir fait un seul pas…
Ici – le néant – comme ailleurs…
La terre à se partager – réduite au rang de territoire…
Le cœur avide et belliqueux – sombre – comme la couleur des chemins qu’il emprunte…
D’une rive à l’autre – la vie et le trépas…
Au cœur de la trame souple et mouvante ; quelque chose comme des nœuds ; des points d’attache…
Du sable sous la lumière – en apparence…
De la pierre et du vide ; ce que voient les hommes ; ce que pénètrent les Dieux…
Au ras du ciel – quelques étoiles – comme si la nuit n’existait pas – était une invention ancestrale (la première, peut-être, d’une interminable série)…
Là où l’écume est la plus haute…
Le monde – en soi – au seuil – livré à ses (étranges) aventures…
Et la parole – transportée d’un cercle à l’autre – sur un fil invisible qui serpente entre les âmes ; des mots chuchotés à toutes les oreilles inattentives ; une manière de guider les vivants vers la couleur et la lumière – de découvrir le relief et les profondeurs de la matière – et la beauté du chemin (bien sûr) sur lequel l’oubli, peu à peu, se glisse dans le pas…
A l’origine – le vide…
Et toutes les terres successives…
A la suite de la source – la lumière…
L’Absolu – le chant du désir…
Les pieds sur la pierre ; et la tête occupée à inventer – comme si nous n’avions que cela ; quelques gestes pour vivre – quelques rêves pour exister…
Et en deçà du songe – nos membres entravés – comme une excroissance (passablement mobile) du sol…
Lentement (très lentement) – vers l’immensité – la promesse des origines…
L’évidence de la lumière sur les débris et la poussière…
Une terre pleine d’ailes et d’alibis ; et le ciel – davantage qu’une image – le socle des jours…
Et cette manie de la parole pour témoigner de la moindre expérience…
Un langage – à coups de hache dans le réel ; quelques éclats – quelques reflets – que l’on assemble (très) maladroitement en miroir…
Et nos pieds nus écorchés par les ronces et la roche…
A porter sur nos épaules le reste du monde…
A aller (obstinément) d’un lieu à l’autre – au lieu d’attendre, ici, l’aube – immobile – paisiblement…
Disséminés – ici et là – les fleurs et les gestes nécessaires…
Rien qu’une détresse dans le cri que l’on pousse…
Rien qu’une promesse après la mort…
L’existence durant ; le poids de Dieu – si léger – presque imperceptible – sur l’âme…
Et à qui veut l’entendre – nous disons le miracle journalier – en dépit des apparences – sombres et trompeuses…
*
Ce que les mains recueillent ; davantage que la lumière…
L’Amour – jamais vaincu – jamais découragé…
Ce qui se cache dans les interstices…
Comme une brûlure ou un chagrin…
La joie éprise de la pauvreté ; et le rire qui s’entête contre ce cri qui a oublié le langage…
Ce qui se porte – au-delà de l’homme ; le ciel comme rendu à lui-même…
Des bourrasques dans les veines…
Tous les Dieux du soleil dans le sang…
Et de grands gestes pour célébrer le printemps…
Les deux yeux grands ouverts sur le monde pour attiser le feu et la tempête et regarder par la fenêtre le spectacle des ténèbres…
Des étincelles pour déchirer la nuit…
Et le cœur blessé pour échapper à l’assoupissement…
La vie – comme une fleur – un minuscule carré de terre – au centre de ce qui a l’apparence d’un néant…
L’âme épanouie – et compatissante – à l’exacte altitude – comme une fulgurance – une nécessité – une possibilité de rapprochement avec ce qui peuple notre intimité…
Ce qui – en soi – se retire ; ce qui fait, peut-être, que nous nous ressemblons…
Parmi les élans et les vagues…
Le vent et la respiration…
L’insaisissable et le temps confisqué…
Notre amitié pour ce qui s’inquiète et se laisse exposer – à la merci du monde et de la mort…
Cette fragilité que guide la lumière…
Notre dénuement ; et notre noblesse…
Ce rayonnement sans orgueil qui perce la matière – l’ignorance – l’épaisseur ; l’intelligence de la gangue et du mystère qu’elle protège…