UNE DESTINEE SANS CERTITUDE (VOLUME 1)
EXTRAITS DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2023-2024)
Parfois le bleu et le scintillement de la pierre
Quelque chose du chemin et de la lumière
Assis sur la pierre blanche
Face à la lune – au milieu des arbres
Un grand sourire sur les lèvres
Parmi les figures de l'invisible
Ce qui contemple
Ce regard habité qui n'appartient à personne ;
et que nul ne peut s'approprier
Sans rien demander
Le bleu dans l'âme déjà
Fidèle à l'enfance
en dépit des impossibilités
en dépit des sentes toutes tracées
Rien qu'un cœur pour transformer le monde...
Quoi que l'on fasse
Du vent et de la fumée
ajoutés ou soustraits
au vent et à la fumée
Sans rien chercher
Sans rien comprendre
Déjà au cœur du royaume
A la place de l'homme
A mi-chemin de tout
Au fond du cœur
L'enfance du geste
et le souvenir brûlant de l'origine
Sans rien compter ; ni l'or, ni les pas
ni les lignes, ni les jours hors du monde
L'âme joyeuse, le visage souriant
et le geste poétique
Une vie comme une incursion
dans ce qui succédera au règne de l'homme
Et la parole pour soi – tendre et silencieuse
Nous rapprochant, peu à peu, de cette liberté affranchie de toutes les formes d'exigence...
A regarder les jeux et la danse (un peu poussive) des possibles ; le prolongement des mêmes pas et des mêmes rengaines ; le monde tel qu'il va – se répétant sans cesse ; à travers cette surprenante litanie des vivants...
Le monde, à présent, dans un mélange de ciel et d'absence
La sensation de vivre dans la proximité du silence et du secret ; dans une forme d'intimité avec le plus sacré ; comme un abandon (joyeux) à ce qui surgit ; qu'importe ce qui arrive ; qu'importe ce qui nous quitte ; la main et le regard tendres et accueillants
Comme une lumière
Comme une tendresse
Quelque chose de vivant à la place des rêves
La main et l'âme
La voix et l'encre
Couleur de ciel
Rien ; pas le moindre outil ni le moindre dispositif à opposer à la vie et à la mort...
Un sourire au fond de l'âme comme si, en nous, quelque chose avait percé le secret...
Front contre front ; les hommes et les bêtes...
Au fond du cœur ; ce qui compte
Au-delà de ces vieilles frontières
érigées par les hommes
La chambre posée au milieu des arbres ; avec la lumière par-dessus offrant son éclat au jour, aux mots qui défilent, aux gestes quotidiens
A voyager (un peu) partout en laissant, ici et là, quelques souvenirs – quelques empreintes qui disparaîtront avec la première pluie...
Au-delà de l'expérience ; l'apprentissage de l'émerveillement...
Ici – la terre ;
et à l'autre extrémité de l'âme – le ciel
Et entre ; tous les passages possibles
Ce que l'invisible ne trahira jamais
Entre rien et rien
Seul au milieu de nulle part
Paroles sans âge où il n'est question que de lumière, de silence, d'infini et d'éternité offerts à ce monde obscur, infime, bruyant et éphémère
La lumière encore
Au-delà des couleurs et de la joie
Au-delà du voyage et des chemins
Comme une lente dérive vers le vide
au lieu du monde ; au lieu de l'absence
A travers la nuit et le sang
Vers le bleu et la lumière
Sous le feuillage des grands arbres
Près de l'herbe et de l'oiseau
Le front creusé par la lumière
Qu'importe l'obscurité du monde, l'hostilité des hommes, la profondeur du piège et la distance qui nous sépare, la parole – toujours – qui se dresse contre les fronts délirants...
Une longue cavalcade vers le silence
Sans doute – la plus aventureuse des chevauchées
De soi à l'infini
Sans rien trahir
Sans rien effacer
L'âme ouverte
Dans cet infernal chaos
Tout creusé, fouillé, pillé par le désir
jusqu'à l'extinction, jusqu'à l'épuisement,
jusqu'au plus rien
Dans une sorte d'ivresse funeste
Sans compter les morts et la douleur
Le tête enfouie au plus noir de l’œil ;
en son point le plus aveugle
Sans même envisager la chute du ciel
sur cette débauche de rêves et d'inconscience
Le cœur attelé au dépassement des usages et des lois, au dépassement des ruses et de la faim, au dépassement des ambitions et des interdits ; s'éloignant de ceux qui ignorent, de ceux qui jamais ne s'aventurent hors du périmètre commun, de ceux qui ne consentent qu'à quelques pas...
L'âme qui se balance
entre les rives du temps
entre le ciel et la terre
entre le bleu et le rêve
A grands traits sur le papier
Cette sorte de miroir changeant
Dans le sillage du seul ; à contre-courant du nombre...
Peu à peu ; vers l'effacement...
Prisonnier(s) de cette danse qui, bien souvent, prend des allures de pugilat...
Sur ces rives arides et reptiliennes
La couleur de la lumière
Au cœur du monde
Au milieu des Autres
Sans jamais se méfier
de ce que le cœur étreint
Quelque part dans la nuit interminable du monde...
Au-dessus des grilles ; l’œil
Et au-dessus de l’œil ; l'hôte et la lumière
Et plus haut encore ; le vide et l'oubli ; ce lieu qu'aucune géographie ne pourrait inclure ; la partie de l'âme la plus mystérieuse, la plus méconnue, la plus secrète, la plus immergée
L'intime et l'infini
Le sauvage, la solitude et la joie
Au milieu de l'essentiel
La vie qui vient ; le cœur qui bat
Farouchement abandonné(s) à la suite du mythe...
Sur les traces de l'invisible ; le cœur vivant
Sans autre issue que le ciel et le dedans qui, à terme, se rejoignent (au bout de quelques pas – en vérité)...
L'inconnu et l'incertitude devenus si familiers que tout entre en résonance et attise le jeu, le rire et la joie
Un pas de côté
Et l’œil au-dessus
Au milieu d'autres cercles
Au milieu d'autres visages
à l’œuvre eux aussi
Dans le sillage du regard ; le réel
Moitié ciel ; moitié chemin ; dans cet entre-deux
A l'orée des yeux ; de part et d'autre ; déjà l'indicible...
Animal langagier qui découvre ce qui ne se dit pas ; ce qui ne peut se dire – sans doute...
Comme un grand chamboulement à l'intérieur
dans tous les recoins du cœur,
de l'âme, de l'esprit
Quelque chose ; sans doute – quelque chose
mais qui donc serait en mesure de l'affirmer
avec certitude ?
Rien ; peut-être – ce qui est offert pour survivre
et échapper à l'écrasement et à la suffocation
Au fond qu'importe ce que nous sommes ! Qu'importe ce qui nous entoure ! Qu'importe ce que l'on expérimente et ce que l'on rencontre !
L'apprentissage de l'équilibre et de la mesure
Entre le manque et l'impossible
Le destin de l'homme – peut-être...
Réduit à moins que rien ; et, dans l'air, ce bleu qui irradie...
Parmi les choses
Et le poids de la lumière
Comme un écrasement
Et ce rire lorsque apparaît (enfin) l'Amour
L'esprit creusé par ses propres hallucinations
comme si on lacérait le vide ;
comme si on giflait le vent
Relégué(s) au périmètre de l'homme – en somme
Lentement ; vers la lumière
Entre la chute et l'ascension
Pris dans la cavalcade des saisons
Là où l'esprit de l'homme piétine
Au milieu de nulle part
entre l'enfer et le paradis
que nous avons inventés
Comme accroché(s) au pire pan du ciel ; celui qui dédaigne et terrifie...
L'esprit jeté dans la matière ; et qui pousse ; et qui pousse ; comme un rêve de protubérance et d'extirpation ; un grand rêve d'infini et de liberté...
L'âme glissant dans la glaise ; cherchant une issue, un chemin, un abri – un lieu pour échapper à la trajectoire – un repli pour s'extraire de la durée et du temps – un œil vivant pour se soustraire au piège, au monde, à la mort
Le cœur lové contre le dehors ;
hanté par la lumière
Sans jamais renoncer ; sans jamais se résoudre
Vaillant dans toutes les tempêtes
Comme englué(s) dans l'argile
Comme abandonné(s) par le ciel
Et le chemin qui se dessine à travers la parole
vers cette lumière épargnée par le carnage
Silencieusement ; les noms que l'on épelle
Face aux grands arbres à l'ossature céleste
Un œil sur la route
et l'autre sur la lumière
Sous le ciel
Et dans le sens du vent
Du silence entre les mains qui œuvrent
De l'or et de la fumée
Ce qui, sans cesse, nous transforme
en autre chose
Sous le poids (inévitable) du monde
Les épaules voûtées sur la pierre
A chercher des mains, un visage, un refuge ;
quelque chose pour survivre à la douleur
quelque chose pour échapper au néant
L’œil amendé à mesure que se révèle la vérité...
Au-delà de la prière et du cri...
Sur un chemin de plus en plus désert
Sans trace, sans nuit, sans couronne
Au milieu des blessures et des chaînes
Dans cette sorte d'exil
A l'écart des têtes que l'on glorifie
et des ambitions communes
Aux marges lointaines du collectif
A gesticuler et à se débattre dans la vacance du monde
Entrecroisés ; le bleu et la couleur des destins...
Réunissant (réussissant à réunir) le sauvage et la civilisation – le visible et l'invisible
Inventant ce que l'on pourrait appeler l'homme naturel tissé de respect, de franchise et de simplicité
L'une des issues, peut-être, à ce monde souffrant, fiévreux, en perdition
Au milieu des autres habitants de la forêt ; réunis pour écouter le vent...
Un chant pour soi au-dessus de la pensée et de la lumière des hommes
Ce qui fait silence
à travers ce tourbillon de paroles
Avec, en filigrane, la simplicité,
le retrait, la soustraction
Sur ce chemin invisible
qui serpente entre la terre et le ciel
Sur l'autre versant du même voyage
Dans les fissures de l'âme
tant de rêves entassés, oubliés, piétinés
roulant sur eux-mêmes dans la nuit noire
Face au bleu et aux déguisements
le même œil aveugle et la même chair tremblante
Ne cessant de tourner autour de sa propre vie
Essayant (obstinément) de se façonner un nom (et une existence) dont tout le monde se moque ; et dont nul ne conservera le souvenir
Si éloigné(s) du mystère tout proche
Nous éloignant de tous les simulacres
Au cœur des liens qui unissent
le naturel et la lumière
La vie vraie au milieu du vivant ; apprenant à voir en chaque être – en chaque chose – un visage, une âme, un esprit ; et la possibilité d'une authentique rencontre ; faisant ainsi grandir la joie d'appartenir à la grande communauté...
Qu'importe les aléas, les malheurs et la mort
Qu'importe que tout se dissolve –
devienne cendres et désert
Quelque chose du rire face au dérisoire –
face à l'infini
Cette vie ; comme un voyage vers le plus intime...
Qu'importe le seuil atteint par l’œil et l'esprit
Qu'importe les profondeurs de l'âme
Qu'importe l'écume du cœur
Voué(s) à la puissance de l'informulable
Ni près des uns ; ni près des autres
En train de revenir
vers le premier homme ; assurément
Se laissant traverser par toutes les expériences ;
par tout ce qui pourrait faire office de réponse
S'abandonnant aux possibles
qui défrichent le chemin et cherchent une issue
Le cœur et l'esprit ne pouvant échapper
à leur vocation
Dans le bleu insoupçonné de l'âme...
Du côté du monde ; rien que des cris
et des larmes – de l'ivresse et du sommeil
Des rêves (une foison de rêves)
les yeux grands ouverts
Les mains pleines d'argile et de sang
La tête gorgée d'images et de mots
alors qu'ici le cœur se balance
entre le ciel et la joie
comme affranchi des peines terrestres
L'oubli – peut-être ; comme la seule fenêtre...
L'infini et la pierre en réponse à toutes les questions de l'homme...
Notre langue qui lèche le sable froid
Et notre âme dans le rythme du tambour
Lentement ; les rêves qui s'effilochent ;
qui, un à un, se détachent
En équilibre entre le monde et le miracle
De l'autre côté des mythes –
vers la seule possibilité
Avec mille échanges de lumière
au cœur de cette matière circulante
A chaque jour ; ses découvertes, ses révélations, son éclat...
Le monde meurtrier ; impuissant face à la part indestructible du cœur, de la chair, de l'esprit...
Des yeux fermés qui veillent sur leur pauvre trésor – sur leurs pauvres secrets
Tournant en rond (ne pouvant que tourner en rond) ; de seuil en seuil – sans jamais franchir les grilles de leur territoire
Jusqu'au fond de la nasse dans laquelle finissent même par s'enferrer les esprits les plus exigeants...
Le silence au cœur des mots comme une lucarne sur l'infini dans ce tourbillon de signes ; un peu de ciel dans cette danse entre l'encre et le sang, entre la lumière et le monde
Ici même ; au milieu des vents...
Les sans-voix (tous les sans-voix du monde) opprimés, réifiés, exploités, décimés en masse ; presque sans résistance (mais non sans dignité – mais non sans courage) face à la ruse sournoise de leurs oppresseurs
Obligeant le sauvage et les solitaires à fuir (autant que possible) vers les périphéries ; investissant tous les interstices – tous les recoins laissés vacants
Forcés de vivre à l'écart ; à l'abri des regards
Et parmi eux ; nous aussi ; derrière les fourrés et les grands arbres enlacés ; à la lisière
Allant par tous les chemins – le noir sur l'épaule ; prospectant, s'installant, s'appropriant, opprimant, asservissant avec ses machines, ses ambitions, ses grimaces, ses danses et sa férocité ; si absorbé par ses appétits et ses convoitises ; ne sachant aimer, ne sachant offrir, ne sachant respecter ; les yeux presque toujours fermés ; ne laissant derrière lui que des ruines, des larmes, des cendres et du sang
Obstinément vivant jusqu'à la lumière
Sans rien interrompre du souffle des origines
En dépit du recommencement de tout
La parole au-delà du son et du sens...
Seul face à la noirceur du monde
Les fenêtres grandes ouvertes
A laisser entrer l'obscurité
A laisser s'enfuir les rêves
La parole ; silencieusement
Et, dans le cœur, l'immobilité et le vent
Parlant aux êtres comme à des frères ; les poussant (peu à peu) dans les bras d'un plus grand que leurs rêves...
Face aux arbres ; face au ciel
Dans ce temps qui échappe au temps
L'oreille attentive, l'âme aux aguets,
les lèvres closes
Loin du vacarme du monde
Comme un funambule sur le fil du secret
A travers la fente du mystère ; la lumière...
Confronté(s) à des fissures, à des fosses, à des flèches, à des coups, à des cœurs qui surgissent, qu'on nous lance, qui nous blessent ; les accueillant – les célébrant (autant que possible) sans jamais (toutefois) parvenir à conjurer le sort terrestre...
Si parfaitement enveloppé(s)
par la brume et le bruit
Sans rien percevoir des assauts du silence
et de la lumière
Seul ; sans hommage, sans prière,
sans contestation
Debout face au monde et à la mort
Sans même sourciller
En dépit des lois (de toutes les lois humaines) que nous avons enfreintes, Dieu présent dans le souffle, dans la main, au fond du cœur – sans restriction
De plus en plus discret, effacé,
silencieux, invisible
Mais amoureusement (si amoureusement)
présent ; jusqu'au déraisonnable
Partout – des frères
Et le cœur qui se serre en les croisant
Et le besoin (obstiné) de vivre dans leur intimité ; au plus près de ceux qui passent ; au plus près de ceux devant lesquels nous passons ; la nécessité (presque) vitale d'exalter toute rencontre ; d'intensifier la communion ; de se familiariser avec l'effacement et la dissolution des frontières
Par-dessus la mort et le changement
Ce qui tient de l'évidence ;
au-delà (bien au-delà) des possibilités
habituelles de ce monde
Dans l'incandescence de l'invisible qui rayonne
Là-haut ; un peu de lumière ; comme une promesse pour les plus obstinés (pour les plus valeureux aussi – peut-être) ; ceux qui auront la force d'élever leur âme ; de la hisser au-dessus des enlisements terrestres...
Un chant qui monte pour célébrer le monde et la lumière ; au-dehors – au-dedans ; dans cet (étrange) entremêlement...
Comme figé sous la même étoile ; là où l'on naît, là où l'on se couche, là où l'on meurt...
Au cœur de l'expérience ; mille paradoxes...
L'invisible dans les mains jointes
Et le verbe, habillé de lumière,
lancé par-dessus les têtes
Le cœur, malgré lui, voué à l'Absolu ; à la vérité à vivre...
Allant, nous aussi, vers notre fin ; comme toutes les choses de ce monde...
Nomade et saltimbanque solitaire...
La poésie comme geste vital ; et le reste (tout le reste), à travers elle, aussi intensément vécu
Dans un dialogue permanent entre la vie, le silence et les mots qui, peu à peu, répond à toutes les interrogations de l'homme
Explorant et déployant l'écoute
au détriment des chimères
Sans s'attarder ; avec encore
quelque chose de soi – indéniablement
Le cœur – de plus en plus – anonyme...
Sous le linceul du temps
Les gestes, la danse et les excréments
La mort et les mêmes recommencements
L'aventure solitaire au fond de l'âme...
L'invisible sous l'écume
La chair secouée de spasmes
Et le cœur brûlant (jusque dans ses failles)
La tête impuissante
A la croisée des courants ;
dans l'espace qui accueille ;
là où l'Amour aime sans la moindre restriction
Dans le vertige de tout phénomène ; l'essence
Dieu en embuscade derrière le monde
Au cœur de la ronde
Au-dessus des poussières pyramidales
Sur la crête qui surplombe
toutes les voies en escalier
En soi-même ; l'entente et la vérité vécue...
La poitrine collée à la forêt, à ses couleurs
et à sa vitalité
Écoutant, à travers les racines, les troncs
et les houppiers, tous les chants de la terre
Proche du ciel, des oiseaux et des terriers
Le séant au milieu de la mousse et des étoiles
Qu'importe la frugalité du ventre, l'innocence des yeux, les rêves et les expériences ; ce qui brille déjà à travers l'opacité...
Sous la lune et les feuillages
Dans ce corps à corps nocturne et forestier
Les yeux qui s'ouvrent
Et l'âme qui s'élève
Inaudible l'inouï que l'on crie...
Dans le feu magnétique du réel
Quelques paroles à l'intention des vivants – de ceux qui ont trouvé refuge dans la pénombre du monde ; dans les marges et les interstices délaissés par la communauté des hommes
Hors de la fosse commune
Comme un fugitif à courir les bois
alors que la nuit a recouvert le monde
Sans pensée ; ce que cherche le cœur...
Le cœur reconnaissant
Sans rien saisir
Riant des siècles et des Dieux
Si près de l'enfance – à présent
Ce que l'on réclame ; un peu de conscience
pour siéger à la table des décisions
Dieu dans son face à face – en quelque sorte
Glissant au-dessus des sillons
Allant vers on ne sait quoi
Apprenant à gommer le trop noir
et le trop blanc de la tête
Survolant les angles et, parfois,
ces hautes crêtes énigmatiques
où la matière se fait rare
Avec, assurément,
de plus en plus de lumière et de joie
(Presque) toujours au plus près de ce qui compte et ne se voit pas ; au plus près de ce qui se ressent...
Sans rien changer au monde ; sans rien changer aux hommes et aux âmes (que l'on cesse de considérer comme des victimes ou des bourreaux) ; laissant libres toutes les circonstances et se réaliser tous les possibles...
Le cœur comme un univers au-dedans ; le centre véritable, sans doute, autour duquel se déploie la danse...
Au cœur de cette géographie (méconnue)
de l'invisible
Dans ce bleu parfait ; sans frontière –
sans quadrillage
A l'angle du plus rien ;
dans ce débordement d'Amour et de lumière
Qu'importe la couleur de la terre
et l'ampleur du chagrin
Qu'importe la carte et la longue liste
des pertes et des disparitions
Vers ce lieu où la joie s'est libérée
du monde et du temps ;
à la jonction (à l'exacte jonction)
de l'âme et des circonstances
Les mains solides et solitaires, les lèvres pleines de signes, le cœur ardent et la poitrine légèrement inclinée (à la fois) vers le sol et le ciel ; essayant de réinventer la langue pour accéder au réel (perpétuellement) neuf et sans mémoire...
Sur le sol sylvestre
Au milieu des âmes silencieuses
Au cœur d'un royaume vivant
Avec Dieu à sa place
jusque dans les plus infimes recoins
jusque dans les interstices les plus secrets
Plus haut (bien plus haut) que le faîte du monde
Loin (bien plus loin) que le dernier horizon
A portée d'innocence ; seulement
L'esprit posé au-dessus des drames et de la pensée ; attendant, sans impatience, le règne (généralisé) de l'âme et le remplacement (progressif) du vieux monde...
Dans l'exploration des plaies et des possibles
Cherchant, peut-être, la perte ;
à retrouver cet état si proche du plus rien
L'âme errant comme au premier jour du monde
Cherchant à comprendre ; jamais à demeurer
Trop consciente du passage ;
de l'admirable fugacité des choses ;
de l'incroyable beauté de l'éphémère
Plus rien du visage, plus rien du nom,
plus rien de la mort
Plus rien du cœur, plus rien de la foule,
plus rien de l'exil
L’étreinte seulement
Bien plus que des lignes à défricher avec les yeux
Le début d'un chemin que le cœur a esquissé
comme un appel irrésistible
pour les âmes les plus affamées
Conjuguer l'absence et l'intensité ;
la figure et l'effacement ;
le temps et l'éternité
Dans le bleu (impénétrable) du regard
Allant et faisant halte au gré des surprises, des miroitements et des résonances ; et n'emportant presque rien dans ses bagages ; un peu de nudité et ce qu'il faut pour ressentir et remercier...
Ne réclamant rien d'autre que l'intimité
Et aidant l'âme (bien sûr) à s'y employer
De moins en moins étranger à la respiration de l'invisible...
Dans la tête de l'homme
L'inévitable faim du ventre
Et ce qui incite l'âme à cheminer
Sur cette sente qu'il faut, sans cesse, réinventer...
Ce qui se révèle
à force de polir le miroir
Notre vrai visage – sans doute
Ce qu'on réalise ; avec de plus en plus d'Amour, d'obéissance, de liberté et de joie...
Des béquilles et de l'ivresse ;
l'esprit enfermé dans sa cage
Comme dans un rêve
avec ce bruit de chaînes (que l'on n'entend plus)
Seulement la fièvre et l'envoûtement
Dans le sillage du secret
L'œil fermé sur le trajet
Et l'esprit qui cherche encore à s'en affranchir
A l'ombre – toujours – d'une force ; au-dessus ; intérieure – pleinement souveraine...
Au hasard (apparent) des pas ; ce qui nous est offert...
L'envergure du regard, le ciel descendu,
le monde amoureusement habité
Et ce qui s'érige (en vain)
vers l'infini ; abandonné...
L'âme rivée au vent ; et l'esprit à la lumière
Dans cette course éternelle
Au milieu des spectacles
Rien n'est donné ; tout est donné...
L'innocence et la sensibilité placées au premier rang des vertus...
Homme ; (très) vaguement homme ; moins dans son rapport au monde que dans son identité apparente...
Aliéné(s) ; en dépit de l'Amour ; en dépit de la lumière...
Qu'importe l'existence ; qu'importe l'effroi ;
qu'importe le cri
Ce qu'énonce (avec insistance) cette voix ;
quelque chose que nul ne pourrait récuser
Le cœur couronné ; bien plus qu'un ciel dessiné à la craie ; bien plus qu'une légende pour légitimer la liberté
Ne cherchant plus le chemin ; le laissant apparaître et renouveler l'incertitude et le pas
Le cœur métamorphosé en main et en étoile
Allant comme les nuages
Offrant à la terre ce qu'elle réclame
Le cœur creusé par les voyages
L'esprit droit ; l'âme vouée à s'offrir
Sans commerce ; sans compromission
Une vie d'homme tombée entre les mains
d'un ciel à sa mesure
Qu'importe ce qui apparaît
Qu'importe ce qui nous quitte
A la lumière (toujours) de ce qui demeure
L'éternel inachèvement
Par la sente la plus rude,
la plus étroite, la plus escarpée
Comme emporté(s) par les eaux légères du destin...
Le cœur offert au verbe, au monde, à la lumière
En plus des gestes et du regard
sur les visages et les choses
A notre place ; au milieu du bleu et des vents
Au fil des métamorphoses
Sans bruit ; les souvenirs qui s'effacent
Rétablissant le règne de la joie et de l'oubli
Du buisson à l'étoile ; les mêmes règles
Et ces âmes (toutes ces âmes) qui s'agitent
Et ces têtes (toutes ces têtes) sans envergure –
sans interrogation
Les mains errantes sur la terre des possibles
Cherchant le testament de la lumière ;
l'horizon boréal
Les cœurs arqués sur leur convoitise ;
si obsessionnellement
Dans l'attente (assez vaine) d'un ciel réparateur
Espérant là où subsistent encore quelques étoiles
Les hommes qui dévorent la terre, qui nient le bleu, qui haïssent l'esprit, qui exploitent le reste, qui anéantissent (à peu près) tous les possibles et qui se félicitent de cette empyrée d'opérette
Ne sachant que tirer parti alors qu'il faudrait renouer les liens avec le plus précieux – le plus sacré – et s'abandonner aux exigences de l'âme...
Le cœur étagé, circonscrit, emmuré
Soumis à la monotonie des jours
et à la nostalgie du réel
Au milieu de ces siècles bruyants ;
en ce monde furieux et bavard
La vie et la mort dans leur danse étrange
Sous la férule de l'ardeur et de la tendresse
Là où l'instant demeure ; le bleu exaucé...
Au milieu des orages et du royaume
Entre l'épreuve et la chance
Face à la mort et à la lumière
Ce qui se reconnaît au fond des yeux
Ce goût si singulier pour le vivant et la vérité
Le cœur prêt à vivre les mille possibles qu'offrent l'existence et le monde...
A la place du sommeil – des mains en prière
et des lèvres pleines d'espérance
Puis, un jour, derrière l'espérance et la prière,
l'esprit et la lumière
Dans ce chenal qui relie le cœur au plus simple et à la beauté
Ce qu'il nous reste de pas avant la grande capitulation...
L'âme sobre et infiniment sensible...
Si heureux de cet apprentissage (ininterrompu) de l'innocence et de la lumière...
Ici ; où il n'est plus question d'ombre et de trace ; où il n'est plus question de source et de désarroi
Sans indice ; à même le vent qui souffle
Qu'importe la nuit, le bruit, le froid ; ce que s'obstine à être l'homme
Sans rien – sans personne ; dans le seul emploi qui nous est offert ; ressentir et contempler – la vie belle – la vie simple – qui se déploie
Derrière les apparences du monde – la danse irradiante ; et derrière la danse irradiante – l'essence...
A l'image du jour ; le secret de l'homme
Comme un miracle dans le sillage du mystère
Porteur de cet étrange accord
entre la nécessité et le plus intime ;
et qui donne la direction
[Toutes les intentions et tous les élans
tournés vers la lumière]
Mille fêtes au rythme de la lumière
A travers la fertilité des bouches et des corps
dans une pagaille joyeuse
Et nos yeux qui roulent au milieu du chaos
Fragments de mille Autres – en soi ; et soi – élément de toutes les combinaisons du reste ; d'un seul tenant ; changeant, mouvant, vivant (si vivant)...
Sous la férule de l’œil qui voit...
A se demander (encore) comment tourne le monde, comment aimer ce qui nous entoure, ce que deviennent les âmes et à quoi peut bien rimer toutes ces existences...
La danse de l'espace ; ce qui édifie le monde
et ce qui l'anéantit
Comme un dialogue (permanent)
entre le feu et la mort
L'invisible et la matière ; main dans la main
Comme un rêve qu'aurait initié le verbe
Ce qui se manifeste et ce qui se défait ; le plus haut degré de la poésie...
Le cœur inquiet
sur ces rives hostiles et inconnues
Sans rien reconnaître de soi
Avec cette étrange sensation
d'avoir été jeté dans le monde
Entre le premier et le dernier souffle ; mille choses, mille rêves et quelques visages auxquels on s'accroche (assez désespérément), mille coups que l'on donne et que l'on reçoit, quelques rires et son lot (inévitable) de tragédies et de peines
Sans savoir où chercher, sans savoir où l'esprit doit creuser, sans savoir comment être au monde, sans savoir si Dieu et l'âme existent, sans savoir ce qui nous attend après la mort
Invariablement humain devant le même mur orbe et (apparemment) infranchissable
En ces lieux d'absence ; sans recours, sans regard, sans main tendue ; là où les cœurs souffrent autant que les corps...
Si près du sol ; l'Absolu
Et l'esprit silencieux
Le long de l'arbre ; les mains sensibles
Si paisiblement ; l'étreinte
Ce qui est partagé ; le plus vivant –
peut-être le plus précieux ; ce qui nous constitue
L'un dans l'autre ; entre nos propres bras
Au cœur du même Amour
Entre émerveillement et abandon ;
le rapprochement des cercles intimes
Dans les failles du verbe ; la lumière
Ce qui s'éveille en silence
Comme un chant délivré
Une offrande au monde
Une halte à proximité de l'indicible
Quelque chose à sa portée
Ensemble
A travers cette fraternité d'apparat
Gesticulant dans le même sommeil
Le ciel martelé à coups de prières ;
à coups d'espérance
Au-dessus d'un monde d'ombres et de cris
La chute ; le lieu de l'homme ; le lieu de l'âme
Réfractaire (si réfractaire pourtant)
à ces eaux noires qui emportent
Vers la capitulation ; assurément
Au milieu des cris et des pleurs, des rires et des battements de paupières...
Si peu volontairement existant(s)...
Au milieu des arbres et des chants d'oiseaux
Sur la pierre ; le bleu qui respire
Et ce goût (jamais démenti) pour la vérité à vivre
Le feutre qui témoigne de ce qui nous traverse et de notre manière d'habiter le monde ; si indifférent à ce que réclament les hommes...
De tout à plus rien ; du monde à personne
A travers ce voyage insensé
L'obscurité du monde qui nous harcèle en pointant du doigt ce qui, en nous, demeure obscur
Et ce rire ; et cette lumière sur nos cris, nos larmes et nos défaites ; annonciateurs du renversement de la tragédie
La parole qui invite toutes les couleurs du monde sur le blanc (un peu insipide) de la page ; offrant ainsi (espérons-le) une danse joyeuse et virevoltante où tout est célébré ; et où rien n'a (véritablement) d'importance ; une fête de la chair et de l'esprit qui associe l'âme à cette orgie de terre et de ciel – honorant (à la fois) l'abondance et le dépouillement, le déguisement et la nudité, la plus terrible cacophonie et le plus haut degré du silence...
Mille messages lancés aux quatre vents
avec le même insuccès
comme s'il n'y avait rien à faire
Dérisoire serviteur du reste
Soumis à cette implacable loi du ciel
L'homme cloué entre le sang et l'espérance
Si loin du papillon de Tchouang-tseu
mais appartenant, sans doute, au même rêve
Le cœur immortel sur son trône de vent
Et l'homme sur son trône de terre
Si proches, pourtant, en dépit de la matière
Le pas sans mémoire
Guidé par le plus haut désir
Vers le détachement
en dépit de l'ignorance
en dépit de la cécité
Au fond de la place vacante ; la lumière...
Vers l'ineffable sans jamais contester la perte, les défaites, les faillites, la capitulation...
Sous les étoiles tremblantes
Entre la voûte et le précipice
La danse effarée des ombres
Sur la feuille ; le monde et le silence – et leur dialogue avec l'âme...
Plus loin que le ciel ; ce que le regard perçoit
Ne négligeant pourtant ni la terre ni la faim
Laissant tout se déployer
Privilégiant le mélange et la diversité
Ne prenant jamais parti
Le cœur engagé et l'esprit détaché
En soi, le vent qui s'engouffre ;
presque une sorte de socle
pour aller confiant sur les chemins
D'un pas allègre dans le vent,
la poussière et l'effacement
Le cœur si parfaitement consentant
S'imaginant sensible(s), savant(s), civilisé(s) ;
s'abandonnant à la plus haute idée de l'homme
Et plongé(s) encore dans la bêtise et la barbarie
Sous la lumière silencieuse
L'existence qui s'efface ou se déploie ;
comme tourne le monde
Le cœur nomade
Entre la pierre et le ciel
A la suite du jour errant
Entre deux rives ; deux patries peut-être...
Moins qu'un homme à présent
Figure du jeu bien davantage
Au service de la nécessité ; dans le sillage de la lumière et de l'innocence ; quand bien même devrait-on répandre les ténèbres...
Faible fanal dans l'obscurité du monde
Entre deux battements de cœur
ce qui pourrait advenir
l'impossible – peut-être...
Loin de cette procession de visages aux yeux et au cœur fermés transformant (malgré eux) le voyage en mirage et léguant à la terre une descendance stupide et désastreuse (depuis tant de générations déjà)...
L'aventure terrestre
De la roche à l'aurore
Comme projeté(s) vers la chute et le ciel ;
simultanément
Le corps à la suite du tournis de l'âme
Au-dessus des profondeurs méditatives
Le cœur humble cherchant le territoire de l'être derrière l'apparence du monde et du temps...
Entre les mains du possible
Le destin écrit sans hasard
Au-delà de toute raison
Si involontairement ; le chemin
Si précieuse ; la sente empruntée
Qu'importe ce que l'on a parcouru ;
Et qu'importe ce qu'il nous reste à parcourir
L'âme tapissée de solitude
Et, sous la chair,
ces vieux restes de rêves
vénérés par le monde
Sans emprise ; la lumière
Quelque part – à la surface de l'expérience
Et ce rire sans gagner la moindre partie
Jusqu'à tout subir ;
au-delà même de l’insupportable
L'effacement au cœur de ce néant magnétique et envoûtant
Qu'importe le monde, l'envergure du cœur, l'errance, la solitude, les possibilités de l'esprit
De mort en mort jusqu'à ce plus rien
Ainsi s'achève la participation (volontaire et enthousiaste) au grand cirque (avec ses spectacles, ses clowns, ses déguisements et ses numéros périlleux d'équilibriste)
Si peu de chose ; le grand ciel de l'homme considéré pourtant comme la plus haute promesse en ce monde...
Le réel et l'âme si amoureusement réunis
Sous le signe tantôt du néant ;
tantôt de la fécondité
Toujours à la manière d'une fête
Définitivement associés à la danse
Entre l'aube et la mort ;
entre la douleur et la lumière
Qui sait que nous ne sommes qu'un rêve ; le théâtre d'un esprit sans attache – né, peut-être, d'un rêve précédent...
Hors de la file folle et inhumaine
Les yeux brûlés par le mystère
A contempler le silence, les étoiles, les visages
La langue comme un bouquet de fleurs vivantes
Portée par ce qui transcende le verbe et la pensée
A petits pas vers la lumière
Le cœur de plus en plus ouvert
Allant les yeux fermés ; comme porté par le vent
En dépit de l'itinéraire et des tentatives de repli
Au milieu des arbres et de la lumière
Le désir si proche du silence
Du côté de la part dansante du monde
Le sacre de l'inconnaissable à travers le sourire et le geste ordinaire...
Sous le règne du ventre ; tous les destins
Ce qui nourrit et ce qui enfante
La fête et les festins
Entre nous ; ce qui nous tient (tous) ensemble
Si fraternellement
En dépit des peurs, des murs, de l'indifférence
Peu à peu déclinant
comme tout ce qui a été édifié
Disparaissant avec fracas
ou sur la pointe des pieds
Le corps – le souffle jusqu'à la route
qui s'arrête devant les grilles
Sans savoir (ni même deviner)
que quelque chose veille ici ;
et nous accompagne de l'autre côté
Jamais séparément ; le cœur et la beauté...
Usant du langage comme d'un chemin ; à travers des lignes qui tracent leur sente ; qui dessinent (peut-être) un destin...
D'ici à la source ; en pointillé
dans toutes les existences
Sans pouvoir se dérober
Vers le plus lumineux
Sans rien déplacer ; sans rien comptabiliser
Laissant la banalité disparaître et ressurgir ;
et disparaître encore
Expérimentant la boue et le merveilleux ;
les accolades et les trahisons
S'abandonnant autant aux entraves qu'au mystère
Vers l'invisible ; l'insaisissable voyage
Froissant tous les désirs, tous les projets,
tous les repères
Offrant l'incertitude et la liberté
La roulotte posée sous la lune
Dans le froid des cimes
La solitude assise
au cœur du plus ordinaire
au milieu des chants d'oiseaux crépusculaires
Et ce sourire discret sur les lèvres
face à cette présence fraternelle
Sous la surface ; l'invisible à la manœuvre...
Qu'importe les élans contradictoires tant que la nécessité nourrit l'ardeur...
En plein sommeil
Qu'importe la lumière et les yeux ouverts
L'esprit vide
Les mains ouvertes
L'âme docile
Le cœur enfin éclairé
Parcourus et déchirés ; tous les rêves
Puis, plus loin – ce qui mène au-dedans
Comme quelque chose à explorer, à élargir ;
un passage peut-être
Un non-sens (sans doute) à désagréger
Une sente vers le soleil et la beauté ;
sans rien meurtrir ; sans rien amasser
A la manière d'un équilibriste ;
au-dessus des corps et des cris –
entre la pierre et l'infini
Dans cette trame
un peu à l'écart du monstrueux
avec des éclats d'infini accrochés
au cœur, aux gestes et aux yeux
Vers ce lieu où ne subsistent que la poussière, la lumière et le vent...
Entre le ciel et la pierre ; celui qui vit, celui qui voit, celui qui se laisse traverser par la poésie...
A remuer tous ces rêves ; tout ce sable
A ramper sur la terre
Sous ce ciel silencieux
Des sanglots
Une pierre dressée vers le ciel
Quelques croyances et quelques prières
Voilà nos seules réponses face à la mort
D'une faille à l'autre
Sur ce chemin de pierre
Entre nos rêves et la boue de ce monde
Si tristement vivant ; d'un jour à l'autre
Sans voir ni l'enfance ; ni le passage –
au cœur de cette nuit si courte
[et qui semble, pourtant, interminable]
Trop longtemps ; les reflets du monde
dans les yeux
Et l'écume projetée sur la rive
Les seuls reliefs – si souvent
Entre le désirable et l'éblouissement
A se balancer entre la bouche et le bas-ventre dans ce monde qui relègue la terre à un territoire de chasse (à un vulgaire sac de provisions dans lequel on plonge une main avide) devant l'âme tremblante des moins insensibles...
Au loin ; vers l'horizon noir
Et ce bleu toujours introuvable
Sous ce ciel si haut, si lointain, si irréprochable
L'âme pensive au milieu des choses,
des ombres et des danses
Ce qui se cherche ;
caché sous le sommeil apparent
A travers le miroir et le songe
Toutes les couleurs courbées vers la lumière
A la lisière du geste
Entre l'âme et la main
Pour rendre acceptables la douleur et l'obscurité
Et se laisser traverser par ce qui surgit
Quelque chose du Divin dans le geste juste et la parole vraie
Nous frayant discrètement un chemin vers l'infini...
Dans l'écoute (précieuse) du premier silence...
Acceptant la terre, le feu, la douleur, la peine, la joie, Dieu et le mystère ; toute la folie de l'incarnation...
A travers le geste et la contemplation
Ce qui s'étreint, ce qui s'atteint, ce qui se réalise
Le cœur noueux – comme le bois du chêne – qui se déploie vers la lumière, les hauteurs du monde et qui plonge ses racines au cœur de l'enfance inoubliable de la terre
Sur ces pierres comme en suspens
Le front contre le mur
Depuis des millénaires que l'on attend
Debout face aux grilles du monde
Au plus près du chagrin
Au milieu de ce qui dissimule l'invisible
Passant d'une déception à l'autre
jusqu'à ce que tout se dissipe, s'efface, se révèle
Ici ; sur cette pente de pierre
Le vide sous les yeux
Au milieu des reflets qui scintillent
Les yeux posés sur l'infini
Le corps à son seuil
Et l'esprit par-delà
A piétiner dans la main de Dieu jusqu'à n'être plus personne...
Parmi les ruines humaines
Les yeux pleins de silence
Et la bouche pleine de cendre
A lancer la parole comme une corde vers le ciel ; le filin, peut-être, depuis lequel on s'élancera...
Dans le désir du Seul...
Au plus intime ; l'indépassable...
De seuil en seuil jusqu'à l'ultime franchissement
Avant le voyage retour ;
avant le recommencement
A donner des noms étranges aux choses de l'âme et du monde dans une langue créée par des analphabètes
Sur cette terre qui exacerbe la méfiance et la crainte ; l'arrogance et le mépris du reste
Nourrissant (de manière pathétique) notre besoin de certitude(s) et de réconfort ; et célébrant la place prépondérante du rêve
Au fond du temps ; les pieds posés sur les heures qui passent...
La tête posée innocemment sur l'autel – comme sur un billot – au milieu du temple
Ce qu'amène le vent et ce qu'il emporte
A travers la ronde des saisons
Au seuil entêtant du nombre
Le cœur entre les mains
Prêt à se jeter de l'autre côté du monde
Là où sont célébrés le jeu et l'enfance
Au fond des bois peuplés de bêtes et d'oiseaux
Dans l'érème couvert de ronces et d'herbes hautes
Sur le territoire sans chemin
Le cœur ravi par tant de solitude
L'âme lasse de ce monde sans conscience – sans tendresse ; de cette ambiance de fête sinistre...
Qu'importe que tout tombe en poussière
Qu'importe que nous ne soyons rien
L'éphémère et le dérisoire
transformés en royaume
Par-dessus les fables et le sang
A pieds joints sur le bord du ciel
Prêt à enjamber le petit parapet des rêves ;
et à sauter dans l'immensité
L'encre bleue
Au milieu des images du monde
Une parole aussi vraie que possible
Un chant ; un peu de lumière – peut-être...
Quelques mots pour tenter d'exprimer les bruits de l'âme, la nécessité du vent et de la lumière
Quelque chose de l'homme et du Divin qui cherchent (ensemble) une issue
Née de la nuit ; cette parole rougeoyante
Vouée à ce qui demeure au cours du passage
à l'impérissable logé au cœur
des danses du monde
A l'ombre de l'immensité
Le regard voilé de bleu et d'espace
Glissant dans le vent
Vers la seule possibilité
Loin de l'écoumène et des amitiés corrompues
Du côté des souilles et du vent
Du côté des bêtes aux aguets
et des arbres impassibles
Dans la proximité du cœur immense
Dans l'éternel entre-deux du pas...
Allant vers le bleu ; sans même y songer
Et offrant son chant à quelques étoiles
Devenant (peu à peu) moins que rien ; l'allié peut-être (l'allié sans doute) de la lumière et du vent...
Lentement (très lentement) vers le silence
Le cœur convaincu par la nécessité du voyage
Au-delà de toute parole
Cette ivresse qui mêle le monde et le Divin ;
le geste et la prière
Capable d'attendrir le cœur et la main
Nous abandonnant (enfin)
au discret labeur de l'âme
Lentement ; en remontant le courant de la soif
Entre les mains de Dieu
Ce qui a été pris
et ce qui a été donné
Avec l'assentiment (un peu) inquiet des étoiles
Sur la roche ; au milieu des choses et du temps
L'âme et les yeux grands ouverts
Jeté(s) dans la trame grandiose, vivante, monstrueuse ; et n'être destiné(s) qu'à cela...
Tout est là qui nous sourit ; et, pourtant, les yeux cherchent ailleurs, plus haut, plus loin d'autres rives, d'autres rêves, de nouvelles chimères ; comme si l'esprit voulait s'enivrer plus encore ; répandre la tristesse et la folie sur l'étendue tout entière...
L'âme si proche du regard – à présent
Au-delà (bien au-delà) du lieu
où s'arrêtent les yeux
A la rencontre du plus lointain ;
l'indépassable – peut-être...
A gravir le plus haut ;
le cœur parfaitement tranquille
Juste au-dessus des désastres du monde
Juste au-dessus des ravages du temps
Du haut des jours ; le cœur discret
Témoin du miracle ordinaire
Auprès des arbres ; frémissant
Les mains ouvertes
Sous le ciel (apparemment) impassible
Dans l'intimité de la rencontre
Sans autre absence que celle
qui porte au faîte de l'âme
L'étrange (et fascinante) persistance du bleu au fil du voyage en dépit de la poussière et du feu...
Du plus étroit jusqu'à la plus ample envergure
En dépit des entraves et des fragilités
En dépit de l'ardeur parfois défaillante
En dépit du dérisoire des choses de ce monde
A la manière du vivant qui jamais ne renonce ;
qui toujours s'obstine et se déploie
A même la trame ; la danse – au cœur des choses
A travers les reflets (un peu flous) du monde
A travers l'écoulement catégorique du temps
A la charnière des paumes jointes ; ce qui s'envole et ce que l'on reçoit – quelques fragments de ciel que les lois du monde ajustent à chaque destinataire...
Du bleu à l'intérieur
Comme s'il s'agissait de nettoyer la crasse sur notre vitre sale ; puis, de passer l'âme et la main à travers...
Très loin ; la voix qui porte
Comme une pierre lancée sur l'autre rive
Trop discrètement – trop secrètement –
sans doute...
L'Homme dans son cri ; dans son chant
Gueulant son nom par-dessus les bruits
Et s'étonnant que personne ne l'entende
L'âme à l'abri ; sous les frondaisons
et le regard candide des dryades
Le corps dans son terrier au milieu des bêtes
Parmi ces vies minuscules (si minuscules)
qui ressemblent tant à la nôtre
Auprès des siens (en quelque sorte) ;
dans la texture chaude de l'humus ;
dans la compagnie du plus sauvage
La chair (à moitié) enterrée ;
et quelque chose du cœur très haut perché
Qu'importe les vicissitudes du voyage
et l'envergure de la nuit traversée
Ce que l'âme découvre
au-delà du délire, de la fièvre, de la folie
Le silence, la vastitude, la lumière
Seul ; au milieu des bêtes
Les paumes jointes sur le cœur joyeux
(sur le cœur apaisé)
Humble et reconnaissant pour le soleil –
pour le vent et le ventre assouvi
L'âme et la peau plongées
dans un immense bain de tendresse
Sous l'étoile la plus haute ; le chemin...
Dieu dans le monde ; plongé au cœur de la solitude en dépit de ce qui l'environne, en dépit de ce qui l'accompagne, en dépit de ce qu'il a créé ; seul au milieu des choses et des visages qui sont les siens...
L’œil et la chair assurés contre rien ;
ni contre les drames – ni contre l'infortune
Essayant d'inventer un chemin
entre le pire et la douleur
A la merci de ce qui veille en surplomb ;
et qui s'abat sur nous de temps en temps
Comme le jouet du ciel
Et sur la balance le poids de Dieu
(et celui du rire)
Sans certitude supplémentaire – pourtant
Équipé pour l'impossible
Au fond de cette chair déguisée
Et suffisamment imprégné du secret
pour vivre joyeux sur la pierre
Sans consistance ; ce monde
à l'apparence si solide
De la glaise façonnée à même la pierre
De la poussière et du vent
Et qui, un jour, s'effondrera faute de sable –
faute de bras
Comme à l'origine du monde
presque plus rien sinon ce qu'offre la main tendue
Sous ce ciel (très légèrement) craquelé
Des bouts d'ailleurs et des morceaux de temps
Pas si loin de la comédie des heures
Pas si loin de la tragédie des vivants
Quelque chose du miroir brisé et de la lumière
A grandes enjambées vers le lointain
Cherchant le salut de l'autre côté
du sommeil et de l'obscurité
Paupières largement ouvertes
Le regard pointé vers là où le ciel s'étire