ENTRE LE RÊVE, LE MONDE ET LA LUMIERE (VOLUME 2)
EXTRAIT DU JOURNAL DE L'AUTEUR (2019-2020)
Ce que nous faisons – un peu de bruit – un peu de vent – en attendant l’éternité.
Ce que l’on aligne – jour après jour – et que l’on assemble, chaque année, en recueil ; des mots – des phrases – des pages – en espérant que ce ne soient pas des murs que nous construisons...
Des désirs et des pierres – quelques projets ; et mille ruines – bientôt.
L’esprit – enfoncé dans ses propres entrailles – parmi les strates et la pestilence – ces couches d’immondices putréfiées – ce capharnaüm de souvenirs et de pensées – à moitié enterrés – à moitié décomposés.
Nous tâtonnons au milieu des peines – au milieu du temps – au milieu des Autres – cherchant ailleurs l’énergie d’approfondir – de poursuivre notre quête – ce que nous ne savons pas même nommer.
Le plus désirable – comme un parfum lointain – une ligne droite – un trait dans la géométrie complexe de l’espace – ce qui s’engendre à partir de rien.
Un rêve seulement – peut-être...
Ce qui nous surprend – la tête à l’envers – en train d’essayer d’attraper quelque chose – un peu de rêve peut-être – le désir des Autres – ce que l’on a décidé à notre place ; le destin de l'homme (bien trop souvent).
Nous – dans l’alignement des mots et le désordre des pages – un espace de silence peuplé de bruits et d’idées – dissimulé sous ce qui ressemble à du tapage ; des syllabes qui se suivent – qui s’enchaînent – qui s’entrechoquent – qui se répondent (souvent) – une longue suite de sens et de sons – une longue suite de choses – l’inventaire de l’être – l’inventaire du monde – forme et fond mélangés.
Ce que nous traversons – du piège au bleu – le chemin de l’oiseau – la cage – l’envol – la liberté – la vie en désordre qui court entre les pierres – entre les branches – d’étoile en étoile – d’abîme en abîme – de ciel en ciel – sans jamais tarir son ardeur.
Sous la lune – la même terreur qu’au fond d’un trou – tous les soleils couchés ou agonisants – la pierre tranchante – l’innocence recroquevillée – immobile dans l’attente – l’âme tremblante – dans le grand froid des Autres – de leurs yeux indifférents – de leur esprit plein de calculs et de soucis.
A marcher là – à tourner en rond – à errer (si souvent) – le jour, pourtant, déjà posé contre la joue.
Le destin déserté – un dernier soupir – le monde au loin – comme une absence de plus en plus déterminante.
L'indicible joie d’aller là où (nous) poussent les vents – sans préparation – sans explication.
Vivre comme l’on irait à une fête pleine de bruits et de lumière avec, en nous, cette folie et cette certitude du silence.
Le pas joyeux et solitaire – manière d’aller plus loin que l’impatience – le souffle long – la faim féroce – l’élan qui puise dans ses propres forces.
Un oiseau au-dessus des rochers – au-dessus de l’océan.
Une prière qui s’élève – comme une flèche en plein cœur – en plein ciel.
La marche et l’envol – parfaits.
Des chaînes aux pieds – sur la route – de plus en plus près de l’obéissance – de plus en plus près du lieu de l’Amour et de la liberté.
Et cette voix sans bâton qui nous encourage.
Nous – parmi les Autres et les choses.
Le monde – avec, au centre – avec, autour – l’esprit amoureux.
Rien de feint sur le visage – le réel saillant – la vérité de l’être et du sang – la terre et le ciel creusés l’un dans l’autre – indissociables – inextricables ; comme un peu de lumière sur le petit théâtre des ombres.
Nos yeux fébriles – scintillants – et ces quelques larmes sur les joues – comme de l’or au milieu du sable – un peu de chair sur la pierre froide.
A la manière de la graine et du ver – les bras haut levés comme pour montrer la direction ; n’importe laquelle, en définitive, ferait l’affaire tant l’essentiel se déroule ailleurs – dans le regard.
L’œuvre de l’invisible – en soi.
Au contact de tout – sans la moindre possibilité de fuite – parmi les visages et les choses.
Au cœur de la solitude pourtant...
Rien que des rochers – la mer et le silence – le vent et les vagues – notre regard et notre main en visière pour tenter d’apercevoir le ciel – l’horizon – les îles – au loin – dressés comme des promesses.
Et nous – au milieu de rien – sur ces quelques pierres qui constituent notre empire – le lieu où nous sommes nés – le lieu où nous vivons – le lieu où nous mourrons ; seul(s) avec – au-dedans – notre mystère et nos interrogations.
Des chemins qui serpentent entre les fleurs – entre les tombes – entre les cimes. Mille marcheurs – mille voyages – et le mystère intact devant nous – au fond des yeux – au-dehors et au-dedans – dont nous sommes (tous) le trait d’union – la passerelle indispensable.
Les hommes – entre le réel et le sommeil – au seuil des terres habitées – entre le rêve et la mort – ni vraiment vivants – ni vraiment fantômes – dans l’entre-deux de tout – des mondes – des cercles – la tête lasse – un pied déjà ailleurs – la tête plus loin et un pied qui traîne ; et le juste équilibre – la parfaite harmonie – l’alignement provisoire – à découvrir au fond du cœur.
Le ciel et le dénuement ; et l'âme à genoux pour satisfaire ce désir si puissant de solitude et d’élévation.
Nous – hurlant sur la transparence ; rien – personne – nous-même(s) – peut-être...
Rien que notre solitude qui cherche celle des Autres – pour réunir (en vain) nos incomplétudes – rendre plus vivables nos absences.
La certitude de n’être personne
L’impossibilité de devenir
La découverte de l’invisible –
L’apprentissage de l’effacement
Ou comment se faire, peu à peu,
l’auxiliaire du silence et du vent
Notre tragédie – nos insignifiances – parmi tous les spectacles du monde
Seul(s) – comme un radeau à la dérive sur les eaux vives – sur les eaux grises – du monde – des apparences.
Le cœur sous cloche au lieu de libérer le chant – le rire – la lumière au fond de l’âme – prisonnière des ténèbres.
A tripoter toutes les serrures – tous les cadenas – à s’initier à la rébellion et à la liberté – à gesticuler dans tous les sens – à effeuiller le monde – à fouiller – à creuser – tous les sols – tous les trous – pour dénicher un peu de lumière – ou, à défaut, un peu d’espoir – un peu de consolation.
Dans nos doigts – cette lumière d’automne – l’esprit et le cœur encore au printemps – et l’âme – seule – heureuse – obstinée – au milieu de l’hiver ; hormis l’été, toutes les saisons auront été le lieu de notre joie.
Au milieu d’un tourbillon de désirs – des gestes – des maux – des joies – ce à quoi nous nous acharnons – l’âme audacieuse (parfois) et le ciel (toujours aussi) joueur.
Dans la paume des Dieux qui, d’une main, nous tiennent – et, de l’autre, lancent les dés...
Nous – grave(s) et gravitant – soumis à toutes les formes d’attraction et de pesanteur. Si étranger(s) à la légèreté des fleurs et du vent – à l’insouciance de leur périple.
Avec – au-dedans – cette ossature de pierre – recouverte d'un peu de glaise ; et, entre les lèvres, cette haleine d’ailleurs – du ciel – de ce lieu des hauteurs – qui s’épaissit en nous traversant – qui devient aussi lourde que la terre – aussi dense que nos tourments – aussi pesante que les malheurs du monde.
Derrière les barreaux de la cécité ; le monde – les choses enchevêtrées – ordures et merveilles – plomb et paillettes – ce sur quoi nous vivons – ce que nous ingurgitons – ce sous quoi nous serons, un jour, enterrés ; cette étrange matière dont nous sommes composés.
Notre fausse identité – cette ombre plastifiée – recto-verso – que l’on présente – que l’on affiche – que l’on dresse ou que l'on cache – selon les cas – lorsque l’on nous interpelle ; ce visage provisoire et solitaire que l’on affuble de tous les noms.
L’œil rouge et la pupille dilatée à force de larmes – d’hallucinations – de poussière et d’obscurité.
Un long voyage à travers la nuit – les lèvres entrouvertes – et le cœur déjà posé plus loin – un peu à l’écart du monde.
Nous – dans le cercle de poussière – vaillants – bruyants – conquérants – à la manière des gladiateurs.
A mille lieues de l’Amour – à mille lieues du silence.
Absents – comme si le réel était ailleurs…
Au-dedans même de la plaie – la joie et la guérison qui adviendront lorsque la blessure nous aura recouvert(s) – nous aura (totalement) englouti(s).
Tout – dans l’imaginaire – le monde et le ciel – les visages et la neige – cet épais tapis de pierres et de sable – les yeux dans l’herbe et la poussière qui regardent plus haut – les âmes fragiles et délicates qui tentent de se hisser sur la berge des Dieux – les bouches qui épellent le nom de toutes les choses – la fatigue dans les bras – les corps harassés – titubants – familiers des marches interminables – de l’usure et des excès – la chair et les os – l’invisible et l’esprit – rassemblés dans la même foulée – tendus vers le même espace – ce lieu de silence et de révélation – ce que les hommes, dans leur ignorance, appellent le salut – parfois le paradis – la simple continuité des choses – une modeste étape – en réalité – dans ce qui ressemble à un voyage – une escale provisoire dans ce qui n’aura (jamais) de fin.
Sous les frondaisons – le front humble ; le monde et la feuille réunis – la main sur la page qui trace ses lettres de feu – la vie et la mort (étroitement) entrelacées dans le trait esquissé par le feutre noir.
Le cœur – presque toujours – au milieu de l’incendie.
L’hiver – comme un fil – un lieu – notre manière de vivre et d’être au monde – quelque chose de froid et de solitaire – comme une désolation apparente ; la beauté et l’émerveillement – à l'intérieur – presque cachés – presque secrets – sous le prodige de la neige ; l’innocence des gestes – la lenteur et l’immobilité souveraine – l’expérience de l’être et de l’Autre – sous la longue traîne des vertus naturelles que nous portons, en toute saison, sur l’incroyable – sur l’interminable – chemin.
Des fleurs dans les mains – le baiser des Dieux –
offerts à ceux qui naissent – à ceux qui passent.
Dans le cœur – tous les fils emmêlés
Et l’âme nue sur la peau découverte
Dans les profondeurs d’un destin apparent
La terre et le ciel – sans légende
Une île au fond de chaque phrase – une terre à rejoindre – une terre où se perdre – une terre pliée en quatre au cœur de l’abondance – au cœur de la langue prolifique ; une manière de faire entendre le secret – le silence – au milieu du bruit et des apparences ; le vide – l’espace – le plus rien – le plus sacré – au cœur de ce qui ressemble à une forêt de signes – à mille broussailles impénétrables – à un rempart d’herbes folles et sauvages.
Le cœur frémissant – couleur de ciel – couleur de joie.
Notre voix – celle qui jaillit – celle qui serpente – celle qui trouve sa couleur et sa texture sur le blanc de la page – comme une trouée – une percée – un tunnel – dans un foisonnement de signes ; des bruits feutrés – comme étouffés par le tapis de mots – par le tapis de feuilles – sur lequel marche toute tentative poétique – l’élan de Dieu à travers notre main – peut-être...
Qui sait à qui appartient le feutre qui abandonne ses traits – noirs et sans élégance – sur l’étendue quadrillée.
La vérité qui brûle – avec nous – dans le feu.
Et le jour d’après – les cendres – et nous – et elle – renaissants – incandescents – nous consumant déjà au milieu d’autres flammes.
Naufragé(s) d’un monde qui n’existe pas
Chercheur(s) d’une terre improbable
Au milieu des choses – au milieu du ciel –
pourtant
Nous vivons à la manière des enfants sauvages –
aux lisières d’une réalité introuvable –
mystérieuse – inexpliquée
Des fenêtres – en soi – comme un matin clair – dans la noirceur du monde – dans l’obscurité de l’âme.
Des ombres – et le règne du pire (parfois) – avant d’accéder au silence.
La nuit traversée.
Jusqu'à la lumière et ses mille colonnes – jusqu'à la liberté au cœur des temples les plus naturels.
Autour de notre cœur – sans jamais l’atteindre...
Sur le plus vil continent du monde – cloîtrés – désemparés – agglutinés – furieux – à vivre derrière les mêmes murs – à tambouriner aux mêmes portes – aux confins de tous les seuils infranchissables.
Mille fois aimé(s) – si mal (et de manière si étroite)...
Nous – comme un songe pour les Autres – un objet – quelque chose dont on fait usage – (assez) maladroitement.
Tout qui s’étiole – tout comme l’écume – nos différences et nos ressemblances.
Et cette étrange lumière sur nos cris – nos attaches – notre nudité.
Dieu – peut-être – parmi les rêves et les étoiles – presque rien – un espoir à peine – au-dessus de nos têtes fatiguées.
Des rencontres – au milieu du sable – la mer au loin – comme le ciel – une utopie – un infini hors de portée ; l’autre extrémité de notre visage – peut-être...
Au milieu de nous – nos propres œuvres – nos propres travaux – le monde tel que nous l’avons bâti – tel qu’il nous dévore.
Un peu de ciel – comme l’ultime déploiement peut-être…
L’empreinte indélébile de l’invisible sur ce que nous appelons nos vies.
Tout ce bleu – au bord du monde – comme une promesse – le jour enfin ouvert ; Dieu à notre porte – derrière la nuit.
Les bras ouverts – au fond de notre peur.
Ce qui tremble lorsque les vents nous emportent.
A la source du monde – ni Dieu – ni le langage ; l’Amour et le vent.
Des lèvres inventées pour le silence...
Des paupières fermées –
aptes à découvrir la vérité
Et, entre les tempes, cette cargaison de désirs
et d’impatience qui nous fait chercher
L’âge de rien – ni celui de partir – ni celui d’arriver – tout juste bon à attendre – en rêvant – la fin du voyage.
Ce que nous nous éreintons à faire pour échapper au vide – aux apparences – et qui nous y soumet – et qui nous y ligote – avec une force implacable.
Lorsque les mots décrivent le désert et qualifient la soif ;
Et lorsqu’ils deviennent eau – invitation à boire – chemin vers la source.
Ce qui entaille le cœur – jusqu’à l’essence – jusqu’au silence – par-delà la douleur et la mort.
Le travail – noir – laborieux – de la terre
Les basses besognes de l’homme
L’alignement parfait des rêves
L’ordre précis et changeant du monde
Notre manière – avant tout – de faire alliance
Puis, un jour, sans surprise – comprendre que
nous sommes – depuis toujours – plongé(s)
dans le regard aimant et la vie miraculeuse
Le vide – à travers les âges – de la pierre aux nuées – sans usure – intact malgré la nuit – la douleur – le capharnaüm – la lumière.
Le vide et son absence ; les seules choses à vivre – à comprendre – peut-être...
Le ciel sous le front – à l’étroit – bancal – incliné – qui cherche au-dedans l’espace nécessaire.
Notre présence – ce avec quoi nous fleurissons le monde – ce avec quoi nous fleurissons les tombes.
Au milieu des vivants et des morts ; ce que nous offrons – et léguons – à la terre.
Nous – en deçà de l’intimité – au cœur de ce lieu étrange où les âmes ont encore besoin de commercer.
Au-delà de toute légende – le réel – le silence – la poésie – les seules contrées habitables ; l’espace sans parcelle – sans frontière – sans territoire à défendre – sans terre à conquérir.
Nous – encore dans la nuit rêveuse –
ambitieuse – chargée de désirs et d’intentions
Le poème que nos lèvres dessinent ; de l’air
qui circule – quelques vibrations dans le silence
Des lignes invisibles dans l’espace
Le mouvement de la main sur la peau du monde
– sur la peau des Autres – comme un sabre
qui fendrait le vide
Et l’âme toujours étonnée et généreuse –
et nos pupilles grandes ouvertes – émerveillées
De la craie sur la pierre – sous la pluie qui tombe ; le ciel qui efface nos traces – nos tentatives – qui anéantit nos amas – qui lave nos outrages et nos offenses.
Dans les filets du réel (aux mailles si serrées) – l’invisible qui règne – et le plus grossier qui se débat et se défait.
Nous tous – pris dans la composition à l’œuvre – à la merci des limites et de la puissance – nous éparpillant sous le joug de toutes les forces et de toutes les recombinaisons.
Le sol et la folie – au faîte du monde ; et ce qui échappe (de justesse) au recommencement.
Le sommeil sur l’épaule – comme un rapace dont nous serions la proie.
Nous – au milieu des applaudissements – des ricanements – des Autres – à nous promener dans le périmètre autorisé – délimité – bien en deçà des premiers confins.
A nous réjouir des spectacles de cette vie étroite – sur ce carré de terre régi par les lois humaines – encadré(s) par toutes les autorités que nous avons inventées pour sécuriser l’espace où nous vivons – enfermés.
Devant soi – comme devant Dieu et le monde – à notre place – de manière minuscule – le visage découvert et le cœur sans artifice.
La folie analphabète de ce monde
Et tous nos cahiers pour en témoigner
Des oiseaux sous les paupières
Un immense sourire au fond de l’âme
Le séant sur les pierres de la forêt
Une voix – en nous – qui s’élève
Le monde dans nos mains généreuses
Ce qui coule et ce qui flotte
à la surface des rêves
Avec encore trop de routes et de mensonges –
à l’intérieur
Tout se creuse – en nous – pour nous découvrir – nous habiter – nous révéler ; espace d’accueil ; aire de tendresse et de lumière.
Le silence dans notre parole ; et des lignes – et des pages – pour secouer les rêves accrochés aux yeux trop tranquilles.
Ce que nous amassons sur notre bouée dans l'espérance d’une rive – d’une île – à proximité – alors que l’océan nous entoure et que les vagues nous emportent vers le large.
Et ces cris – et ces prières – au milieu du naufrage.
Au fond de l’abîme – dans l’épaisseur insoupçonnée du monde – à genoux – la soif au bord des lèvres – et la main mendiante (bien sûr).
A lever les yeux vers le ciel – comme si le sable – les pierres – nos existences enlisées – avaient la moindre importance.
Une série d’exils successifs – sans échéance – sans étreinte – où la seule amitié se noue avec la solitude et l’oubli.
Âme et cheveux au vent – dans le passage.
Un peu de silence ; et le cœur – et la main – qui s’ouvrent en parcourant le monde – en tournant les pages de quelques livres (précieux).
Notre vie – quelque chose comme une (minuscule) pierre qui arpenterait la terre – qui roulerait d’une sente à l’autre – qui dévalerait des pentes – ici et là – et qui les remonterait parfois pour s’installer au sommet d’un tertre – au milieu des arbres – parmi les bêtes et les fleurs – sans autre horizon que l’instant qui passe.
Sans aile – les tempes battantes – le cœur comme une pompe (infatigable) – malgré l’âme blessée – l’esprit égaré et hésitant – comme errant – sous l’emprise d’un délire enfanté par le désir et l’ardeur.
Le nom des fleurs dans la tête – inutile
Dans le sillon en flammes des oiseaux
Comme un papillon perdu au milieu des ruines –
inoffensif – à la merci de la moindre volonté
Le dos courbé – anonyme – qui porte son poids imaginaire – qui cherche sa ligne d’horizon – le portage approprié – ce dont il faudrait se débarrasser.
Un pas après l’autre – dans une forme d’obsession inconsciente (et incompréhensible) – histoire d’aller au bout du possible – on ne sait où – en un lieu qui nous fera (sans doute) oublier la mort.
En nous – le troupeau – la meute – la harde – et le solitaire en exil – à l’écart où qu’il soit – où qu’il aille – quoi qu’il fasse.
Cette extravagance de l’homme qui s'imagine au faîte du monde – au bout du chemin ; au degré zéro du voyage – bien en deçà du seuil où commence le premier pas.
Sur les rives du monde – la foule
Au-dedans – le seul chemin –
l’unique compagnie ; ce qu’offre l’intimité
et ce que l’âme réclame
Ni visage – ni miroir ; le jour, sans cesse,
recommencé
Autour de soi – la foule et les malheurs ; au-dedans – le feu et l’acquiescement – ce surcroît de place qui accueille.
D’une terre à l’autre – d’une page à l’autre –
la vie – le poème – sans discontinuité
Avec toutes nos amours – à l’intérieur
Et ce que l’on partage – selon la faim
et l’appétit des Autres
Le monde
De la chair taillée dans la faim
Des ongles – des bouches – des corps massifs
Le ciel au plus bas
Le règne de la puissance et de la sauvagerie
Avec – au fil de l’évolution – une tête de plus
en plus lourde – de plus en plus chargée
de rêves abstraits et insensés
On écrit pour que l’espace – en nous – en tout – soit reconnu comme notre seul visage – pour que la main de l’aube écarte tendrement notre ignorance (et notre prétention) – pour que la lumière et la tendresse deviennent les seules hauteurs – les seules possibilités – les seules issues – pour l’âme et le monde.
Ce que nous sommes – bien davantage qu’une fa-mille – un corps aimant – un corps souffrant ; ce qui sert à tous les sacrifices – à toutes les offrandes – à tous les passages.
Sur le chemin des jours.
Ce que l’on arpente – de long en large – cet étroit corridor – un sentier – le long d’un mur sans soupirail.
De l’herbe au sommet de la tête – du lichen dans les narines – de la mousse dans les oreilles.
La nature (profondément) végétale de l’homme ; et ses racines (viscéralement) minérales.
A la manière de la pierre et de la plante ; comme un arbre – une montagne – dans les limites imposées par la matière.
Les instincts du monde – dans nos veines – sur les pierres qui voient couler le sang – la sueur – les larmes – les yeux tristes des mères et des enfants – le regard fou des hommes – cette ardeur qui jamais ne s’éteindra.
Uni(e) aux fleurs – cette écriture ; et le silence.
Ensemble – comme si nos âmes – comme si nos voix – pouvaient s’emmêler.
Mais il n’y a que nos cris que l’on entende.
Le chemin que choisissent nos pas – ni le plus simple – ni le plus direct – celui qu’impose la nécessité ; le plus juste parmi d’innombrables.
Un sol recouvert de tombes et de mains levées – la vie qui s’acharne sur la pierre – indifférente à l’obscurité qu’elle y laisse – comme des strates de noir supplémentaires – des couches et des couches où l’on s’englue – au milieu desquelles on s’éreinte à naître – à vivre – à mourir.
Plongé(s) au cœur de la danse des vivants – gesticulant sur toutes les scènes – au milieu des cris et des tourments.
Et nous – au-dedans – nous approfondissant...
Nous n’existons (pleinement) qu’à travers l’oubli – puis, à travers l’effacement.
De la lumière – parfois – jaillit le plus sombre – non comme un hasard – non comme un accident – mais comme une absolue nécessité.
Nous – dans la lutte – rêvant – encore en plein sommeil.
Des âges et l’éternité ; et l’instant pour détrôner tous les fantasmes d’immortalité.
Un mur – long – orbe – infranchissable – dans la tête et le sang – qui sépare le monde et nous place du côté des malheurs comme s’ils étaient le socle des existences – l’une des rares terres capables d’effacer le ciel et de loger dans les hauteurs une promesse – mille mensonges – une contrée inaccessible – aussi chimérique que celle sur laquelle nous avons l’air de vivre.
Quelque chose du manque – du cri –
dans notre étranglement
La silhouette d’un oiseau qui émerge –
imaginaire
L'ombre des barreaux sur notre visage
La chambre où l’on nous a installé(s) au début
du voyage et qui devient, peu à peu, une salle
de torture
Jusqu’à notre mort (par asphyxie)
Ni silence – ni langage ; du bruit seulement – quasi continuel – entre le cri et l’onomatopée.
Nous – depuis l’origine – l’histoire (officielle) ininterrompue (et cyclique) du vivant – des formes vivantes.
De la vie élémentaire jusqu’au silence ; et tous les langages – toutes les manières de l’exprimer comme preuve et témoignage.
Miroirs et parfaits reflets de notre visage.
De la cellule à l’étoile – de la pierre à l’Amour – à travers la même substance.
De la matrice à la matrice – de bout en bout – en passant par tous les stades – par tous les mondes – par tous les possibles.
A l’assaut du monde ; le souffle noir mêlé à la ferveur lumineuse de l’enfance.
Ce que la lumière dévoile – ce que l’esprit refuse – le monde à l’envers...
Ce que nous serrons (obstinément) dans nos tenailles ; un peu de rêve et de poussière.
Notre rire comme seul éclat ; et ce qu’il faut de force pour affronter ce qui nous fait face.
Nous – au sommet d'un rocher – sur la pointe des pieds (pour gagner un peu de hauteur) – bras levés – mains tendues (à l’extrême) – attendant le déferlement du vent – la suite (non accidentelle) des circonstances – ce qui déferlera sur nous comme un torrent – notre destin initié par le jeu des Dieux.
La lumière – au-delà
En deçà – les racines
Et – partout – ce qui tente
de refaire le chemin à l'envers
L'âme – la vie – la mort – le monde – le silence – le mystère – sans la moindre équation.
L’âme et l’Amour engagés –
Et, peu à peu, apprivoisés par l’ignorant
Enclave en soi – inviolable
Lumière intime
Le corps abandonné aux vents – la tête au monde
– l’âme aux puissances de l’invisible
Ce que l’on affectionne et ce que l’on redoute ;
et ce qui nous arrive au cours de la traversée
Une lanterne au-dessus de la souffrance –
cherchant un remède – un guérisseur – un peu
de réconfort – au lieu de plonger dans la plaie
le couteau à la main
Le ciel en face – dans nos bras amoureux – encore à la merci du monde – du noir – de n’importe quel Autre aux aspirations instinctives – aux idées dogmatiques.
Et dans l'âme – cette force ; et dans le corps – la puissance de la pierre.
Rien qu’une danse autour du vide – animée par le même feu – éternellement. Et devant soi ; et en nous – tantôt des cieux clairs – tantôt des cieux noirs – le chagrin et la joie jouant ensemble – à se déconstruire.
Le vide en tête – avec, au fond de l’esprit, quelques lignes inoubliables.
La possibilité d’un Dieu – d'un peu d'Amour et de lumière – à travers toutes les vies et toutes les morts successives.
Ce que nous sommes – l’absence – l’éloignement – la transformation – ce qui, peu à peu, nous rapproche de nous-même(s).
Hôte ; et ce qu’il faut de poésie et de neige entre l’enfance et la tombe – l’oubli nécessaire pour échapper à l’indigence de ce monde – aux chemins médiocrement éclairés – aux étendues étoilées – où le rêve a remplacé les arbres – s’est substitué à la respiration (naturelle) – est devenu, en quelque sorte, l’unique perspective – la seule fenêtre derrière laquelle nous restons prisonniers pendant des années – pendant des siècles ; grilles, bien sûr, plutôt que tremplin.
Le cœur de plus en plus exsangue ; le cœur, peu à peu, cloué au reste.
Les édifices humains – malheureusement – plus hauts que les arbres de la forêt.
Des choses que l’on pioche – ici et là – au hasard – parmi les débris – les vestiges – d’un monde en ruines.
L’avenir qui nous attend.
Le geste et la parole – nourris du même silence – porteurs de la même joie – solitaires – comme la route et le poème.
Ce qui nous émeut – l’Amour sans visage – dans le geste – la ressemblance – la différence – la solitude manifeste.
Nous – vivants et joyeux – comme au cœur d’une fête ininterrompue.
Nous – à théoriser sur la lumière et la liberté – en pataugeant dans la fange et l’obscurité.
Nous portons – avec cette terre – l’esprit de la naissance – la douleur et la légèreté de toutes les morts – tous les rêves d’un autre monde – et l’âme – sage – sans âge – enfouie – cachée – surplombant la pierre et le sable – volant parmi les oiseaux et les fantômes – au cœur de l’invisible – sur tous les chemins – à travers le ciel.
D’un jour à l’autre – sans preuve
Sur les traces de l’oubli
Au milieu des arbres
Pierres et nuages – herbes et buissons –
au royaume des bêtes et des solitaires –
dans une commune respiration
Dans notre bouche ; et dans nos veines – le sang du monde ; ce qui a vécu – la terre – le vent et le ciel apprivoisés – transformés – en soi – devenus chair et respiration d’un Autre – comme le prolongement, sans cesse, réinventé du souffle et de la matière.
Ici – et partout ailleurs – la même chose – rien – un peu de ci – un peu de ça – tout – l’infini – sans la moindre importance.
Ce qu’éructe le feutre – l’âme et la chair blessées – le cœur qui saigne – le cœur qui soigne – le sang cadenassé – l’impossibilité de l’homme – les regrets de la main agrippée à tous les arcs-en-ciel de l’esprit.
Le rouge du cœur – du sang – des révolutions ; ce qui nous maintient vivant – jusqu’à la métamorphose silencieuse – jusqu'à la transformation radicale que réclament l'âme et le monde.
A la verticale de la faim.
Le monde à la recherche de l’or – de l’âme – de la beauté et de la lumière.
Et ce que l’innocence finit, un jour, par imposer – malgré elle – malgré nous ; le vide – l’Amour et le silence.
Ce qui semble s'éloigner du tumulte – des querelles – de toutes les possibilités du monde – de tous les usages du temps – et qui, en vérité, s'en rapproche ; comme si le centre du cercle, peu à peu, s'élargissait...
Derrière chaque visage – chaque arbre – chaque fleur – chaque pierre ; l’âme du monde – ce qui ne pourra jamais se réduire à l'humus et à la poussière.
Nous – parmi les Autres – avec la gravité et le sommeil en commun.
Tout s’insère dans la lumière ; les cris et les prières – les fulgurances et les impasses – les invitations et les rejets – l’espace – la densité de la matière – les rires – les larmes – le silence – notre présence – la vérité – tous les jeux et toutes les illusions du monde et du temps.
L’oreille contre la porte ; à écouter les bruits du jour – la rumeur des siècles – le murmure des rêves – le chant des étoiles – comme un léger et lointain clapotis – un peu d’ombre innocente.
Nous – au cœur de l’oubli – comme quelques Autres – sur cet archipel dont on ne revient pas.
La terre – sous nos pieds – dans nos bras – étreinte et piétinée ; et dont notre chair n’est que le prolongement.
Un peu de bleu et le souffle suffisant ; ce qu’il nous manque, sans doute, pour être intensément vivant.
D’un visage à l'autre ; d'un chemin à l'autre ; d'un monde à l'autre – sans rien comprendre...
Le monde devant nos yeux – ce rêve – ce périple – cette histoire – que nous n’avons cessé de réinventer.
Dieu et l’esprit – dans notre chair ; ce qui ne fait, bien sûr, aucun doute.
Entre nos mains – ce que le monde et Dieu y ont posé ; l’invisible et le plus grossier – ensemble – reliés – enchevêtrés ; ce qui nous ressemble – ce qui nous porte – ce qui nous distingue – ce qui nous réunit – de toute évidence.
Nous – devenant humble(s) et sensible(s) – à travers l’expérience – au cœur d’un monde sans guérisseur – au cœur d’une existence sans remède.
Le jour – seulement ; et notre présence.
Nous demandons aux Autres – au monde – à chaque parcelle du vivant – d’être un rempart – une fenêtre – un baume – un marchepied ; ce que nous sommes (encore) incapables de nous offrir.
Nous – dans l’errance – depuis trop longtemps
Et – soudain – le cœur simple
et la beauté du monde
La joie du voyageur – de celui même
qui ne ferait qu’un pas
Ce qui vient à notre rencontre – à pas tranquilles – sûr de notre accueil.
Dans la main – le chapelet du monde avec ses visages – sa poussière – ses pierres anguleuses et tranchantes.
Le sang – ses éclaboussures sur le sol et sa trajectoire circulaire dans les corps.
Cette existence sur la terre – son lot de misères – l'ignorance et la crainte des bêtes et des hommes.
La soumission à l’ordre et au règne du vivant – terribles si souvent – apocalyptiques de temps en temps ; cette orgie de mouvements – de caresses et de morsures – ce qui cingle et arrache la peau – la matière – ce qui pénètre la chair de mille manières.
Et les créatures – toutes les créatures – à genoux – en pleurs – en peine – en prière ; quelque chose de Divin dans les yeux tristes – dans les têtes qui s’interrogent – dans les mains qui soignent et les paroles qui, parfois, apaisent ou éclairent.
Notre vie alignée sur les pierres et les étoiles ; et Dieu dans les marges abandonnées par les hommes.
Ici et ailleurs – qu’importe l'inclinaison ; la pente heureuse.
L’Amour qui s’invite – sans jamais insister – sans jamais renoncer ; l’autre figure du silence.
Les heures ténébreuses et bruyantes – dans la trop grande proximité des hommes – l’âme raidie – incommodée – méfiante – prête à s’enfuir ou à étrangler.
Notre misère et notre destin ; aussi parfaits et insignifiants que tous les autres...
Aux origines de la prière – le monde à portée de cœur et le jour abondant ;
Comme l’eau de la source sur la soif de l'homme.
Dans notre dévouement pragmatique et journalier ; sans la moindre idéologie – sans la moindre futilité.
L’envergure déployée – à la manière d’un voyage aux extrêmes limites de l’homme – bien au-delà du cœur amoureux.
Les heures étalées devant soi – comme une offrande – la seule peut-être – qui durera le temps nécessaire.
Le cœur en prière – avec, en soi, tout un peuple agenouillé – mains jointes et immobiles – tentant de mimer maladroitement la pointe d’une flèche que l’on aimerait infaillible.
Notre vie ; une choses rêvée – imaginaire – sans doute...
En nous – la fleur qui se fane – la chaise vide –
le règne de l’absence
Notre regard sur les tombes et les vivants
Ce qui sommeille et ce qui frémit
encore modestement
Un peu de réserve dans les poches – histoire de tenir quelque temps loin des hommes.
De l’eau – des livres – des victuailles.
Une étendue verte et montueuse peuplée d’arbres et de pierres – peuplée de solitude et de silence – si nécessaires – si essentiels – si précieux.
A contresens du monde – parmi les pierres qui roulent – un miroir à la place du visage pour révéler l’Autre – celui que nous croisons quelques fois.
Un peu de lumière dans l’encadrure.
Ce à quoi nous œuvrons lorsque la plupart se contentent de croiser les doigts ou de lancer en l’air une prière – sans vraiment y croire.
La page qui s’écrit – comme une avalanche de silence et d’encre noire ; vent qui cingle – cœur battant – dans la pulsation (et la proximité) de la source.
Tout mêlé au feu et à la poésie
Pas un seul jour à venir
Ce qu’émietteront nos mains
et ce à quoi s’accrochera l’esprit – en vain
Le monde comme un piège – les Autres comme un horizon inventé – dessiné – incroyablement mouvant ; et notre royaume – à l’intérieur – déserté.
Le ciel sans état d’âme – vierge et accessible – derrière le moindre visage.
Chants vagabonds – sans reconnaissance – offerts à toutes les incompréhensions – à tous les arrachements – au règne, toujours trop lointain, des solitudes.
En nous – Dieu – dans son ardeur – sa splendeur – son mystère ; et l’asymétrique distance qui nous sépare des choses et des autres visages.
Une vie primitive – en vérité – quelque chose entre le sang, la faim et la gorge tranchée.
Du bruit sur une terre que l’on asservit et fertilise.
Ni âme – ni ciel – trop lointains – trop abstraits – (presque) inutiles dans la satisfaction de nos besoins.
Notre manière si archaïque – si désespérante –
d’être au monde
Tous les instincts – dans l’âme et le sang –
jusqu’au bout des doigts
Des danses macabres et des soubresauts –
rythmés par la ronde diabolique des Autres
et du temps
Et ce qu’il nous faudra d’accroupissements
pour, un jour – peut-être, entrevoir le ciel
Ce que nous savons ; et ce que nous mettons à la place du mystère – juste de quoi survivre.
Le cœur claquemuré ; des territoires et des barbelés pour guider la chair et l'esprit – l'âme et la main.
Notre manière d’être au monde – au-dehors comme au-dedans.
Le vent – le verbe – l’Amour – ce qui peut nous rendre à l’étreinte.
Sous les arbres millénaires – le monde – la chair errante – les âmes qui rôdent – les chemins noirs sur lesquels traînent tous les pas – sur lesquels traînent toutes les vies.
Dans le cœur ; dans le geste – l’ombre et la délivrance – les retrouvailles et l’égarement nécessaire.
Au fond de la poitrine ; au fond de l'âme – ce qui crie et ce qui respire – comme au premier jour.
Notre existence – comme une terre imprévisible.
Un chant sous le soleil – entonné initialement comme un cri de souffrance – une manière d'expulser la douleur – d’atténuer notre blessure de vivant – de panser les plaies et les entailles nées de la traversée de la matière et du monde.
Le livre ouvert – et déjà écrit – et déjà lu ; notre destin qui, en un éclair, se consume.
Sous la même voûte depuis le premier cri – le premier mot – le premier pas.
Du sable – notre vie – la terre – le temps ; ce que pourrait devenir le ciel sous nos coups de boutoir – notre manière si grossière (et si arrogante) d’être au monde.
Muet – à la manière du silence – dans le plein acquiescement.
Nous – nous exprimant à la manière des hommes d’autrefois – entre silence et fidélité aux lois naturelles.
Notre route – cette voie singulière – qui se détache, peu à peu, de la roche – qui s’ancre de plus en plus aisément dans la certitude du ciel – les évidences de l’invisible – en surplomb de tout – au-dessus de toutes les gesticulations du monde.
Le vent et la lumière – les seuls liens – les seuls lieux – possibles – sans risque de blessure – de brûlure – de torture – dans la transparence d’un monde à notre mesure – dans la simplicité naturelle du surgissement.
Nous ; dans un corps – à la manière d’une barque arrimée – d’un bout de ciel ligoté – brinquebalé par les vagues et les courants – condamné au ressac à perpétuité.
Nous – à la manière des ogres – affamés de chair et de sommeil – le cœur si facilement gagné par la nuit – le pays des ombres – rampant dans la bave et le sang – incapables de nous redresser – de connaître la moindre verticalité – pas même celle qui nous cantonnerait à une érection symbolique.
Le signe de notre appartenance reptilienne – de notre archaïsme ancestral – originel peut-être.
Au fond du cœur, des oiseaux – des arbres – des jardins – les mille bruissements du monde.
Et le vent qui souffle sur le sommeil – les yeux fermés – la roche blanche.
Nous – à la surface du monde – à la surface des choses – à la surface des eaux qui nous emportent – qui emportent tout – charrié(s) avec l’herbe – les cimes – les pierres – le chagrin – des monceaux de vie et de temps – l’ensemble des vivants et des morts – vers la seule réponse.
Les ronces et la rosée – dans notre âme et notre sang – cette disposition à la fraîcheur et à l’écorchure.
Une réalité à peine naissante – et aussitôt éraflée.
Et quelque chose aussi du rêve et des yeux grands ouverts.
Tout – dans notre perte et notre effacement – nous sera offert – nous sera redonné.
Le reste – les Autres – tout le reste – tous les Autres.
L’espérance (et bien davantage – assurément) d’une terre plus vivable – d’un monde (bien) plus humain.
Du sol – des trappes
De la chair qu’il faut user
jusqu’à la transparence
Des os et des chaînes à ronger
Le déferlement du monde sur la roche –
le ressac – et le vent qui gronde
au cœur des misérables corridors
que nous avons investis en pensant (à tort)
y trouver refuge
Sous la lumière
Le déferlement du sauvage–
comme des pierres et des bâtons
jetés au visage
La préhistoire de l’homme – dont nous
ne sommes pas encore sortis (bien sûr)
La convoitise – l’écuelle et le territoire
La vie organique – froide et mortelle
L’esprit puéril et divisé – porteur
de ses propres écueils
Ce que l’on rencontre – ce qui nous actualise – ce qui nous délimite et nous déploie – ce qui, parfois, nous multiplie – et ce qui, d’autres fois – le plus souvent, nous transforme (très) modestement – comme si nous étions une page blanche – la possibilité d’une écriture – une œuvre à construire.
Nos empreintes – dans la terre souillée de sang
Ce que la nuit a dérobé à l’Amour
Le silence, peu à peu, remplacé par le monde –
puis, dévoré par lui – englouti – effacé –
en quelques instants
Notre vie – comme un amas
d’heures étrangères
Un amoncellement d’idées – de chair
et d’herbes mortes – ingérées puis expulsées
Ce que la main prélève – ce que l’esprit
et le ventre entassent – ce que
la tuyauterie rejette
Une vie d’accumulation – de surplus
et de superflus
Une vie d’assemblages et de déchets
La pointe de l’âme – dans la main – sur le visage – comme un diamant offert qui raye les vitres derrière lesquelles nous nous obstinons à vivre.
Nous – nous approchant, avec (encore) trop de crainte, du pays sans homme – sans norme – sans géographie – sans généalogie ; cet espace dans lequel gravitent tous les cercles – cohabitent tous les mondes réels et inventés ; cette aire vivante où se rejoignent l’esprit et la chair – les âmes – les fleurs – les pierres – les arbres et les bêtes – toutes les formes de la création à tous les âges – tous les états ; toutes les combinaisons possibles de l’invisible et de la matière.
Caché dans la forêt – parmi les bêtes et les broussailles – à attendre l’aurore et le silence – au-dedans.
Voyageur – parmi les vents – sans itinéraire – sans chemin – sans souveraineté – au-delà des lieux – des empires et des visages – humains.
Les bras contre le corps du monde.
Le passage et les passants
Au cœur de l’immuable
Nos feuilles qui se noircissent sous le labeur tranquille (et quotidien) de la main.
L’âme tout entière occupée à sa tâche – l’esprit présent – attentif à la transformation des états – des décors – des circonstances ; fleurs et beauté – neige et tristesse – colère et sagesse.
L’enfance et les saisons qui coulent dans nos veines à la place du sang – rien au lieu du regard de l’Autre.
Des mots soumis au règne de la nécessité.
Et du silence pour occulter – pour couronner – le vacarme des hommes.
Notre nuit commune – vilipendée – exécrée – honorée, puis, bien sûr, effacée – pour accueillir le plus tangible.
Vide – comme si le monde n’était peuplé que de notre visage et de quelques fantômes...
Le visage et l’âme sous la neige sur laquelle crissent les pas des Autres et glissent leur chair – leurs désirs et leur amour – maladroits et insincères.
Tous les possibles dans les mains de la tendresse.
Nous – sous les yeux des Autres – puis leur échappant – nous libérant, peu à peu, du sommeil et du rêve des vivants.
Assis près des hautes fenêtres qui surplombent le monde et les vents.
Les paupières closes derrière lesquelles dansent tous les songes.
Un éclat de rire sur le réel – le séant entre l’arbre et le livre – sur le sol recouvert d’herbes et de feuilles – le feutre à la main – le vide en soi et au-dehors – à notre place en somme.
Encore homme parmi les hommes ; apparemment…
Le faux Dieu des hommes – tremblant derrière leurs gestes – apeuré malgré son grand âge et son expérience (supposés) – blotti contre lui-même – au milieu d’un long silence – en plein sommeil – sans doute – ce qui précipite, trop souvent, ses adeptes vers le sol et l’engourdissement.
Le sol – sous les jours – sous les pas – prêt à être foulé par les malheurs et la lumière.
Personne – comme au sommet de l’oubli – au faîte du cœur humain – à l’inverse de tous les règnes du monde ; ce qui est habituellement célébré.
Ce que le monde nous offre ; des images et des fables – jamais la vérité.
Le nom et l’œuvre des hommes glorifiés de manière insensée – comme tous les rêves – jetés en vrac – dans notre tête.
Seul(s) – sur la terre nue ;
parmi les arbres et les figures du rêve.
Des yeux pour regarder vivre et mourir.
Et nos forces qui, peu à peu, s’amenuisent.
Rien que des pentes et des hauteurs – des alliances et des désaccords.
Des danses autour de la même colonne – cet axe invisible – qui, en tous lieux – qui, en toutes choses – fait office de centre – à l’insu de ceux qui tournent.
Notre règne – notre illusion – notre néant.
L’invraisemblable chimère que l’on enseigne – que l’on alimente – que l’on sert – que l’on célèbre – un peu partout.
Des failles agrégées qui se côtoient.
Avec – au-dedans – des rêves un peu fous ; parfois des terres à conquérir et des territoires à défendre ; parfois une terre et un ciel à unifier.
Mille élans – mille tourbillons – créés par des armées de visages rompus à l’exercice du remplis-sage – du vide à combler – qu’importe la manière – qu’importe la matière – pourvu que l'esprit échappe à l’ennui.
Nos souffles – mélangés – derrière les mêmes grilles – presque incestueux – selon toute vraisemblance généalogique ; l’histoire de la matière infiniment combinée – nous frottant les uns aux autres – avec mille désirs contradictoires et mille revendications en tête.
L’air et la poussière – brassés et soulevés
Le sillage du vent à travers le vide
Quelques vagues empreintes sur les chemins
Et la lumière – au loin
Et l’ombre des grilles sur nos visages tristes –
surpris – si enfantins
Un souffle – quelques souffles – et nous voilà raide(s) mort(s) – déjà.
Nous – redressant la tête (en vain) dans les éboulis.
Quelques pierres qui glissent sur la roche.
Tous les Sisyphe de la terre – à l’œuvre.
Les mains caleuses – le souffle court ; et ce fol espoir d’un sens et d’une destination, peu à peu, pulvérisé par l’incessant passage des forçats et le poids de la matière que l'on pousse devant soi.
Nous-même(s) et tout le reste – présents et/ou absents.
Qu’importe ce que nous en disons pourvu que nous soyons – pourvu que nous puissions être – dans notre manière d’être là – exactement – pleinement – ce que nous sommes.
Des mots – des lignes – mis bout à bout – comme un chemin, peu à peu, dessiné.
Une trajectoire – comme une flèche lente – très lente – pas à pas.
De l’éclat à l’infini – du sang à la lumière.
Sur le même continent – sans doute...
Des paroles – contre la vitre sale – opaque – tachée par toutes les substances terrestres.
Et par-dessus – le soleil – comme un sourire – un peu de joie – la preuve avérée d’une lumière possible au milieu des souillures – de la mort – de l’obscurité.
L’univers qui se concerte – tantôt pour nous soutenir – tantôt pour nous faire chuter ; dans les deux cas – porteur d’un enseignement (selon ce que nous avons besoin de comprendre).
Au pire ; de l’air qui tremble – un peu de bruit – un peu de vent – de la douleur – ce qui s’écroule au-tour de nous – au-dedans – la tête à la dérive – le corps disloqué – la matière et l’invisible sens dessus dessous.
L’horizon exalté par la tête – repoussé par le pas – balayé d’un revers de main ; de plus en plus sage – en somme.
Une trajectoire de plus en plus évidente – de plus en plus invisible – de plus en plus incertaine.
Pas le moindre itinéraire – en vérité.
Une suite de pas – de passages – ici et là – d’un lieu à l’autre – sans raison ; guidé par la force de la nécessité – sans doute.
Quelques foulées ; l’esprit libre d’aller là où portent les circonstances – libre d’accueillir et d’effacer ce qui advient – dans l’étroite intimité des choses – récipiendaire de la plus belle offrande terrestre – peut-être…
L’eau – l’air – la terre – le feu – à partager – comme éléments constitutifs ; et l’espace qui s’offre à toutes les danses.
A perte de vue – de la matière – des couleurs – des apparences.
Le réel – à travers notre vitre – avec cette teinte très (trop) humaine – à la lisière du rêve et de la folie – au cœur de la raison pourrait-on penser – que nenni – comme des lambeaux de langage – des amas d’images – rien de très sensé...
Tout – entre la fidélité (presque toujours suspecte) et la trahison (presque toujours nécessaire) – entre le rire et les larmes – entre la farce et la gravité.
Et ce sourire détaché du monde – du ciel – de la terre – de la carte et des territoires.
Le monde – comme l’encre noire – comme les jours qui se succèdent – comme nos mains jointes qui se pressent contre l’aube.
Comme la peau tendue d’un tambour – que l’on frappe – que l’on martèle – jusqu’à la crampe – jusqu’à la déchirure.
Des millénaires de sons et de cris.
Des musiques et des danses pour habiller le rêve – amadouer les Dieux – rendre la vie plus douce – éloigner les malheurs et le mauvais sort.
En tribu – comme si la misère, en groupe, devenait (individuellement) plus supportable – comme si le poids du monde et des jours pouvait être partagé.
Nous – fils de la terre –
épouvantable(s) – à bien des égards
Lointain(s) cousin(s) du soleil et de l’oiseau
Et enfant(s) du silence et du vent – naturellement
En vérité – on ne sait pas ; on dit ce que l'on voit – ce que l'on croit ; mais en vérité – on n’en sait rien ; peut-être imaginons-nous – seulement...
Une page – comme un miroir offert au monde – à tous les visages – le reflet du vide – de Dieu – de l’homme – du néant – selon notre degré de conscience et notre manière de regarder ce qui nous fait face.
Sur les yeux et au-dedans –
les voiles et les illusions effilochés
Et tous les monstres blottis
contre notre tendresse
Aussi lucide et amoureux que possible –
comme au commencement – peut-être...
La vie et la mort comme de simples passages ; la condition de la continuité et du recommencement.
Notre marche – notre existence – nos habitudes.
Sous les yeux aveugles des Autres qui condamnent ou idolâtrent.
Sur tous les chemins imaginaires qui, peut-être, traversent (en partie) le réel.
Qui sait ce qu’est le monde.
Qui sait s’il existe un mystère – et s’il en est un, en quel lieu il se trouve – et de quelle manière le dé-couvrir.
Nous cheminons – seulement ; voilà notre manière d’habiter l’espace.
Nos existences – aux accents de fable – entre rêve et mensonge – à peine vécues – à peine explorées.
Entre chant et supplice – avec quelques étoiles au-dessus des têtes.
Des Autres – des saisons – du temps qui passe – à remplir – apparemment.
Quelques mots – quelques pas – son lot de caresses et de coups.
Et les générations – et les traditions – qui se perpétuent ; rien de très important – le simple renouvellement du sang – quelques inventions parfois ; l’évolution naturelle – en somme.
Davantage île et vent – ciel et encre – silence et simplicité – que rive et raison – amas et instincts – bavardages et distractions futiles.
Le cœur écrit à l’encre bleue ; la même possibilité que le ciel – exactement.
Une vie – des vies – à la manière d’un rêve – avec nous au milieu – intimidé(s) – presque absent(s) – pas même certain(s) d’être là.
Quelque chose à découvrir ; à rejoindre – inscrit déjà au fond du cœur – comme un mirage – un miracle ; un voyage vers l’invisible – un impératif imprévisible – le seul périple véritable – possible – pour l’homme.
Vivre – à présent – devrait (amplement) suffire ; le poème comme simple nécessité – un jeu entre l’âme et la lumière – entre la main, les lèvres et le silence.
Une manière d’agir à contre-courant de l’humanité contemporaine – de mettre ses pas sur les voies les plus naturelles ; pages et forêts – sentes et lignes solitaires – feutre et foulées – sur la même étendue.
Dieu – dans notre errance – affranchi des usages et des passages – sans autre asile – ici-bas – que notre cœur – solitaire – accolé aux autres – accolé au reste.
Sur nos épaules – l’obscurité du monde – toutes les idées sur Dieu – ces amas de choses insensé(e)s – l’Amour dissous depuis la première heure – l’être oublié depuis le premier instant ; ce avec quoi il nous faut vivre et voyager.
Des pages qui ouvrent sur mille ciels – sur mille possibles – sur mille autrement...
Un peu de ciel descendu – au milieu de notre chant – dans l’âme surtout – pour réconcilier le silence et le sang – le sens et la mort – accéder aux limites inférieures des premiers contreforts de l’ineffable.
L’invisible – partout – dégoulinant même du plus grossier.
La matière servant aux plus vils et aux plus infâmes usages – en attendant le sacre du vide et du silence – la disparition du bruit et des choses – l’obsolescence du temps – le plein pourrissement de ce qui fut, un jour, vivant.
Nous – plongé(s) dans le drame – au milieu de la foule et des miroirs – poussé(s) par le vent – fasciné(s) par la beauté de l’abîme – et ce feu immense – sans limite – qui éclaire tous les reflets et toutes les absences.
Enfermé(s) dans notre labyrinthe que l’on considère, si souvent, comme un lieu ouvert – un espace clair et savoureux – une chance – une place – dignes des Dieux – de quoi pavoiser sur la roche devant les Autres ; le paradis – la panacée – offerts par le plus grand magicien du monde – le fruit sacré (et secret) né de l’alliance entre le premier souvenir et la longue série de rituels que nous avons inventés pour défier – et déjouer – le destin et la mort.
Tout qui se dresse – encore et encore – avant de s’effondrer – encore et encore – alternant sans fin les élans et les états.
En tous les lieux – le vide – le tumulte et les mouvements.
Accords et désaccords – unions et désunions – alliances et ruptures – sur fond de silence – sur fond d’acquiescement.
Nos vies – comme un poing levé contre l’océan – pour s’opposer au déferlement de l’eau sur la grève – au labeur incessant des vagues qui se fracassent sur la roche.
Une posture – une vocation – une farce – un cauchemar ; ce qui suscite à la fois le rire et les larmes – entre la nécessité et la dérision ; et la possibilité d’un écart – d’un pas de côté – au-dedans – pour apprendre la quiétude et le contentement et se soustraire à l’atrocité des spectacles – seule manière, sans doute, d’échapper à l’asservissement et à la folie – à toutes les malédictions de l’existence terrestre.
Des querelles – des bavardages – des commentaires.
Du vent – du bruit – quelques tourbillons d’air – presque imperceptibles dans l’immensité et le silence.
Nous – arpentant l’espace au-dessus des sillons et des gesticulations (apparemment) nécessaires au fonctionnement du monde.
Sans un mot – sans ennemi – sans œuvre à accomplir.
Une présence légère au milieu des Autres – au milieu de l’absence – des élans et des mouvements mécaniques.
Du bleu ; du cœur à l’horizon…
Un monde où la tendresse est la seule réponse – où les larmes convoquent la main caressante – où l’aveuglement est, peu à peu, appelé à devenir regard – Amour [trop abondant pour nous seul(s)] qui doit s’écouler – se déverser – submerger ce qu’il touche – irradier la peau – la chair – remplacer le sang – rayonner à travers la beauté et la douleur.
L’exercice de vivre auquel chacun se livre – malgré lui.
A travers nous – l'esprit et l’énergie ;
et leurs alliances étranges – admirables
– déconcertantes
Du plus subtil au plus grossier
De l’innocence à l’obscénité
De la tendresse à la sauvagerie
Du plus captif à la liberté
Mille chants – mille danses – mille élans ; et autant d’incongruités et d’anomalies.
Aussi rien ne doit se figer dans l’âme – sous le front – dans les mains – sur la page.
Sans cesse – des tourbillons de joie et de douleur.
Ce qui – en nous – invite le feu et l’espace – à grandir – à persévérer – jusqu’à l’extinction – jusqu’au renouvellement.
La mort comme un passage – la nudité provisoire, le temps de trouver un autre déguisement – la même ardeur mais habillée d’une autre manière.
Sans cesse – bousculé(s) par la vivacité – au-dedans – qui nous saisit – qui nous anime et nous rend vivant(s).
Plus de route – plus de visage – plus de commerce ; sur nos propres épaules – un œil du côté de la clôture et l’autre du côté de l’infini – mains jointes au ciel – à la terre ; quelque chose d’ineffable au-dedans – à nos côtés ; personne (bien sûr) devant nos yeux – plongé plus profondément que dans la solitude apparente.
Comme si la pierre en dessous et le verre au-dessus s'étaient déchirés – comme entaillés par une lame invisible.
L’élargissement du périmètre – la désagrégation des territoires.
Bien en deçà et bien au-delà de l’imaginaire et du réel perceptible.
A peine (pourtant) une légère torsion de l’esprit – plutôt un redressement – comme le début d’une rectitude.
Avec l’assistance de notre main – ces quelques signes sur la page ; manière de briser les frontières du ciel – d’élever la terre – de tresser une corde vers ses propres hauteurs ; manière de retrouver un peu d’enfance – un peu d’éclat – l’envergure nécessaire à une existence (réellement) vivante.
Se tenir entre le réel et l’oubli – sur cette étroite bande de terre – au cœur du vide et de l'immensité.
De seuil en seuil – ainsi chemine-t-on vers soi – le vide – la seule réalité tangible au milieu des rêves.
Sans cesse – autour de la même nudité.
L’espace qui vit et respire (sans querelle – sans suffocation).
De la lumière sur nos mille petites tragédies – sur nos pas et nos prouesses minuscules.
Le désert habité – le seul lieu possible – vivable – pour être (réellement – présent) au monde.
L’aube sans la lampe – sans la hache – au cœur du chaos.
Le ciel ici – ensemble – à cet instant – sous les craquelures du temps.
Le rire après les épreuves – les tourments – l’obscurité – la vie épouvantable – comme une remontée des bas-fonds – le visage (enfin) à portée de la lumière.
Des lettres comme des notes
L’extraction de la tristesse et de la puanteur
La naissance du fil et du danseur
Des pas légers sur la corde –
quelques foulées dans l’air
L’enjambement des peurs et du désordre
Le début, peut-être, d’un autre voyage
Encore au cœur du cercle – en désordre.
La matière qui recouvre l’âme – frappée du sceau du vivant.
L’éternel dans son tégument de chair.
La sente qui longe la lumière – mystérieuse encore – à cette heure – et cette étendue sans limite que l’on découvre – en soi – à l’écart – la main dans celle de la solitude – traversé par de grandes joies – la gratitude parfaite que l’on accorde au monde – à la vie – à la mort.
Le royaume – entre le ciel et des monticules de cadavres et d’excréments.
A peu près rien – devant le miroir ; et la même chose autour ; et la même chose derrière...
Ce qui nous maintient en deçà du monde – à l’abri des fables qu’ont inventées les hommes.
Le vrai dont on ne peut rien dire ; et l’ailleurs où nos ailes sont déjà posées.
L’invitation de la clarté et de l’évidence – les preuves tangibles du Divin vivant – sensible – attentif – à travers notre présence – nos gestes – notre parole – notre manière de nous tenir debout sur la pierre – humble face aux Autres – au milieu du désert ou parmi la foule – le vide en tête et les bras grands ouverts.
L’encre se montre, parfois, très noire ; mais elle reflète parfaitement notre condition terrestre et la possibilité de la lumière – cette clarté souveraine cachée dans la matière – présente jusque dans nos plus obscures ténèbres – dans toutes nos errances – dans tous nos vacillements ; la joie – le vide et le soleil – qu’il nous faut faire émerger du substrat le plus opaque – le plus épais.
Le règne du plus simple ; le nécessaire et l’essentiel – la nudité – notre cœur – cette présence sans rempart ; un infime carré de terre sous le ciel étoilé – des collines – des forêts – l’existence à l’écart des hommes – dans le seul périmètre habitable.
Dans le bleu du poème –
la même terre noire que sous nos pieds
Des mondes parallèles –
des milliards de soleils
La peau déchirée – la chair décomposée –
qui se reconstituent
Toutes les figures de l’âme –
assises en cercle – rassemblées
Nous – émergeant
au milieu d’histoires pathétiques
Un souffle – une secousse – un élan
Un pas – mille pas vers le silence et la lumière
Penché(s) sur notre labeur – œuvrant comme si Dieu et le monde avaient besoin de notre besogne.
Sourire et soleil – sans voix – la plus belle manière d’être là – au milieu du monde – parmi tous les Autres ; ces frères de corps – de cœur – d’âme et d’esprit.
Bouche bée devant le minuscule manège du temps – le petit théâtre des vivants – la tentative des alphabets pour appréhender le réel – décrire le monde ; un effleurement à peine – une distance infranchissable – bien sûr – par le langage (et toutes les manigances des hommes) ; le cœur amoindri – inerte – léthargique – comme paralysé ; le corps-sac – le corps-machine – le corps jouissant (de manière grossière et triviale) ; l’esprit anesthésié au moindre mal.
L’instinct – la peur – le désir – la frivolité ; ce à quoi l’on occupe les jours – ce dont on emplit l’espace – l’existence – le temps – pour essayer (vainement) d’échapper au vide.
Nous – illisibles et vacants – malgré la profusion des signes et des choses.
Ni fenêtre – ni chemin – le séant entre le feu et le cri – le sol et la tête – rien en dessous – rien au-dessus – un peu d’argile et quelques étoiles – peut-être...
Du sommeil en pagaille
Des vivants qui ont l’air de vivre
Des rêves et de la glaise – essentiellement
Le bleu aux lèvres – le bleu jusqu’au fond des cris.
Nous – le monde – la vie – sans raison d’être – comme des évidences incertaines – si provisoires – dans les mains de l’inconnu.
Tout – à la merci de tout – et, si possible, la gratitude en plus – les yeux émerveillés en dépit de l’aveuglement.
Le temps – pour rien – comme un obstacle trop souvent déguisé en promesse – entre l’origine et la fin.
Sera-t-il, un jour, possible de comprendre ; et de faire comprendre...
Instant après instant – jour après jour – année après année – si dure le temps (peut-être) – sans résistance – acquiesçant.
L’étendue – le vide – l’accueil – l’oubli.
Ainsi se vit – à présent – l’existence.
Le plein engagement de l’être dans le geste et la parole – ce qui compte – réellement.
La vérité vivante de l’instant.
Ce qu’il reste – pas grand-chose –
à peu près rien
Le son d’une cloche au loin ;
à l’intérieur – peut-être
Un peu d’encre dans le sang et du soleil dans l’âme – le gage, sans doute, d’une écriture vitale – nécessaire – entre terre et ciel – authentique – qui donne à voir autant la tristesse – l’horreur – les malheurs – les tourments – que la joie et la lumière.
Ce qui est là – ce qui s’éloigne
L’essentiel du temps – l’absence –
parfois le néant
Notre manière de vivre – de regarder –
de tendre la main – de toucher – d’étreindre –
de nous abandonner
Ce qui se révèle naturellement
Rien de plus simple – en vérité
Du vent – ce que l’on est
et ce que l’on contemple
En nous – quelques rêves – quelques saisons…
Ce qui – jamais – ne se lasse du monde –
des jours
Des fleurs – du soleil – des habitudes
Toutes les couleurs – à la suite du noir
Le cœur chantant – des lignes radieuses
et quotidiennes – oscillantes
Au fond – tout ce que nous savons réinventer
Au-delà du regard – au-delà du ciel – qui sait si cela nous concerne.
Qu’y a-t-il hors de soi...
Est-il raisonnable d’alimenter l’imaginaire – de bâtir des mondes sur le socle de la pensée.
Vivre ici – simplement – sans autre entourage que l’invisible et l’apparent – tous deux perceptibles à leur manière.
Comme un chant – un destin – un voyage –
une vocation – la joie à l’œuvre – sans doute
Notre marche (éreintante parfois) sur la pierre
Puis, peu à peu, plus rien du champ de bataille
Un peu de neige et un reliquat de temps
Ce qui initie l’élan – ce qui va à son terme
Le pacte scellé au fond de l’âme
Le bleu qui émerge – à l’intérieur
Comme un espace vivant – qui respire
Les mains et l'âme – lumineuses
Quelque chose fait pour aimer – étreindre –
embrasser
Cette intensité – cette intimité – amoureuses – avec les visages et les choses du monde.
Notre cœur silencieux qui répand – partout – sa précieuse substance – là où les yeux se posent – là où les pas nous mènent.
Tous les pays – tous les chemins – propices à l’émergence – et au règne – de l’Amour.
Ni prêche – ni utopie ; ce dont le geste est capable – cette présence – à travers soi.
De petits miracles – qui, mis bout à bout, forment des vies – des rêves – notre voyage – plus ou moins pourvu(e)(s) du désir d’être là...
A la fin – le front rempli de bleu – comme le reste.
Plus de frontière ; l’espace sans grille – sans carte – tous les territoires (apparents) d’un seul tenant – parfaitement réunis.
Dans tous les angles à la fois – comme le prolongement de l’espace ; soulignant l’inutilité des murs que nous nous sommes éreintés à bâtir...