Carnet n°324 Entre l'étoile et la boue
Novembre 2025
De plus loin que la mémoire
jusqu'au premier instant du monde peut-être
le cœur échappé de la lumière
le cœur cherchant un autre rivage
cherchant aussi sans doute un autre visage
une manière de s'éloigner
et qui a créé (malgré lui) l'ombre et l'obscurité
A force d'innocence
ce que le cœur peut ressentir
ce que l'âme peut percevoir
la magie et le merveilleux du monde
tout ce bleu capable de remplir les yeux
en dépit des blessures et des soucis
Les mots parfois aussi puissants que les larmes
capables de repousser les parois du cœur
jusqu'aux dernières limites du monde
capables d'éclairer tout ce que les yeux ne voient pas
Au seuil d'une terre indivisible
le long de la lumière
par-delà la pensée et l'imaginaire
Au-dessus de l'écume
Ces eaux aux mains noueuses
qui déferlent sur la grève
Des étoiles grises plein les rêves
Et ce grand corps révérencieux
qui s'incline face au jour
Cette terre gelée
soumise au règne du froid
où les cœurs ploient sous le poids des ombres
où tout se penche et obéit
où tout aspire à plonger dans le grand sommeil
D'un bout à l'autre du monde
le même corps
la même respiration
sur fond de silence et de lumière
Non pas de l'autre côté du monde
Non pas de l'autre côté de l'âme
ici-même
en ce lieu – et dans l'état – où nous sommes
Sans même se souvenir de l'enfance
sans même se souvenir du nom
Au-delà du visage et des mots
quelque chose d'éternel
Le regard encore
partout où le mot ne peut aller
partout où le geste est défaillant
Si près des ombres et des vivants
Si près de l'écume et des reflets
En ce lieu où l'infini est partout
Le ciel dans la main ouverte
Le feu dans le poing fermé
Et entre les deux
Le rire, le vent
et tous les états de l'âme
Comme un ciel d'orage
ce monde si gris et si pressé
comme un ciel d'hiver
avec le cœur déjà enfoui sous la neige
La tête si près de la pierre
L'âme si proche du ciel
qu'il ne sert à rien de renier le monde
qu'il convient seulement de se tenir en équilibre
sur cette étrange passerelle
Vivre
comme vont l'eau et le vent
comme embrassent les lèvres
et comme étreignent les bras
sans très bien savoir pour quoi
Dans l'ivresse d'une présence brûlante
Je crois qu'il n'y a, en ce monde, de plus grande joie
Au cœur des siècles
Au cœur du monde
ces flammes et ces cendres
et cette ardeur fébrile
qui mène à l'oubli
si obstinément
Là où l'âme se frotte
aux aspérités du miroir
aux déformations des reflets
comme une pierre qui rayerait le visage
Sans plus savoir distinguer
l'ombre de la couleur
le silence du monde
la paume pourtant pleine de présages
Par-dessus l'écume
l'aube bleue
son parfum et sa lumière
Impassible devant nos tremblements
comme au premier jour du monde
Le cœur vieillissant
bien moins sensible au vertige du monde
accomplissant son destin à l'écart des étoiles
porté, à présent, davantage par la lumière que par le sang
Sans autres bagages que ceux que porte l'âme
sans autre joie que celle d'être là
sensible à ce Dieu qui sait s'agenouiller
avec nous sur la pierre
Et maintenant que le rêve s'achève
Et maintenant que la nuit est derrière nous
le cœur peut esquisser un sourire
la tristesse s'en est allée
Peut-être n'y a-t-il qu'à éclairer l'ombre pour voir ?
Au plus près de la chair blessée
Et au plus près des larmes
l'esprit qui sent ; l'esprit qui sait
Du silence et de l'oubli
au cœur de cette âme sans âge
qui habite nos tréfonds
La paume posée sur la pierre
contemplant le long défilé des nuages
abandonnant à la terre l'impatience et le temps
cherchant dans la lenteur et le passage
la réponse à toutes les questions
Quelque chose du bleu et du voyage
au pays des morts et des vivants
Le visage fouetté par l'écume et le vent
sans oublier que l'âme, en ce monde, est la seule qui voyage
Quelque chose du ciel
peut-être un visage
un peu de chair tremblante
derrière ces murs menaçants
Bâtie à même le silence
cette parole vivante
qui tutoie la pierre et le temps
Là où la nuit devient secrète
Si proche du mystère
qu'elle coule dans le sang
pour essayer de rejoindre l'aube prochaine
celle que les hommes, un jour peut-être,
sauront inventer
Alors que tout se tait
un destin s'exprime
l'âme dessine le fil
sur lequel il faudra marcher
Ce qui habite le plus familier
ce regard et ce feu
qui n'ont besoin ni de l'âme ni des yeux
Sur l'horizon
ce vent bleu qui souffle
emportant dans ses griffes
tous les rêves de la terre
Du plus profond de la mémoire
Ce silence et ce feu
et cet horizon de pierres
Ce qui brille au fond des yeux
assombri, si souvent, par le chaos du monde
Des mots comme une passerelle
jetée entre les âmes
entre les mondes
Manière de réunir ce qui semble séparé
Derrière nos sourires et nos grimaces
des tremblements nés de la rupture inaugurale
entre les âmes, les êtres et les choses
Au creux de la parole
le langage de l'âme
des signes invisibles
le commencement de l'au-delà
Sans même se souvenir du royaume
Déjà la tendresse et la lumière
dissimulées sous les larmes
derrière la violence et l'obscurité
comme si la nuit n'était qu'une apparence
Seulement le cœur et l'esprit
pour affronter la barbarie
Seulement le vent et la pluie
pour nettoyer toutes ces ignominies
Le regard glissant avec la langue
vers ces flammes immenses
où tout est jeté
jusqu'au cri
jusqu'à l'ombre
jusqu'à la cécité
Le cœur encore rempli d'écume et de cendres
recouvrant presque parfaitement le secret
Un seul mot parfois
Et tout s'illumine
Dans le bleu de cette voix
l'écho triste du monde
et le cri des désespérés
A même le rêve et la nuit
quelque chose de l'aube
Une porte ouverte sur l'étendue
et ce qu'il faut d'écoute et de lumière
pour que ce qui se murmure soit entendu
Comme un ciel
au-dedans du cœur
que rien ne pourrait assombrir
Assemblés tous les rêves
comme la toile sur laquelle nous marchons
tous en file indienne
Les uns contre les autres
si loin encore des premières cimes
dans le froid du monde
dans le froid des cœurs et des mains
L'âme enfouie sous des tonnes de glace
Le cœur si lourd
Le cœur si vaste
qu'au-dedans habitent tous les mondes
Si mystérieusement la vie
comme un pont de pierre
qui rejoindrait deux rives inconnues
Il y a comme un silence
au-dedans de la lumière
qu'aucune parole ne peut rejoindre
Sur la terrasse du temps
à contempler le défilé fugace
et le recommencement perpétuel du monde
Des mots imbibés du regard
où le verbe est tissé de silence
où la voix est d'abord une écoute
et une expression de la tendresse
Sous mille soleils déjà
cette terre où s'épanouissent les fleurs
où le sensible est penché sur son avenir
où la caresse a remplacé le cri
où l'homme n'est plus qu'un instrument de la vie
Sous trop de peines et d'écume
ces échines courbées
ces vies parsemées de mort(s) et de drames
ces âmes trop peu familières de l'invisible
Hors du rêve
le visage du monde
au-delà même des mots
En ce lieu de silence
où rien ne peut être oublié
le merveilleux comme l'impardonnable
La lumière comme l'obscurité
comme si toutes les choses de la terre
se retrouvaient (enfin) à égalité
Dans la lumière seule
les reflets du poème
l'encre tremblante de la parole
Le cœur qui partage sa tendresse
sous tant d'yeux indifférents
donnant aux âmes de ce monde
tout ce qu'elles réclament
Entre l'étoile et la boue
Parvenu à ce seuil sans gloire
Si près du pas
Le visage de la douleur
Le dérisoire de ce monde
sans jamais entendre ce qui se murmure
sans jamais attendre les fruits de la prière
Par-delà les choses
Le rire et le vent
Le cœur submergé
par les tremblements du ciel
la fragilité d'un Dieu sans défense
l'éternelle fraîcheur de la lumière
Le bruit de ce qui ne s'entend pas
à travers le poème
comme un secret livré à l'écume
un peu de tendresse offerte à ce monde infirme
A même le mirage et le sommeil
les danses du monde
insensible aux voix
et à ce qui se penche
si délicatement sur les âmes
La bouche grande ouverte
comme une béance
poussant un cri
crachant un feu immense
du fond de la nuit
Nous déchirant
si souvent
et sans même le savoir
jusqu'à l'insupportable
Allant
comme une nuée de créatures
au ventre proéminent
refusant la frugalité et l'innocence
au profit de la chair et de l'abondance
Tant de choses
sous ce ciel infini
Dans un coin du cœur
cette inépuisable source de larmes
l'antichambre, peut-être, de l'infini
La bouche bée
devant la beauté des nuages
leur étrange ballet
leur étrange langage
et l'inconsistance de leur passage
Au fond de la mémoire
cette joie sans raison
recouverte (trop souvent)
de grisaille et d'angoisse
Patiemment
les jours qui passent
comme tombe la neige
insoucieux des regards joyeux ou implorants
Comme un miracle
au-dedans de cette fragilité
Quelques pas
sur la pierre
un voyage peut-être
D'un seul trait
la réponse à tous les pourquoi
Le cœur penché sur sa tâche
inlassablement
Comme un surcroît de vent
presque une tempête
qui fait virevolter la poussière
au-dedans
Un jour après l'autre
Un pas devant soi
Un pas après l'autre
Le jour devant soi
En cet étrange pays
l'âme dressée
comme un mât de cocagne
Et ce chemin
sous les paupières
qui mène vers le mystère
La géographie de l'âme
avec ses crêtes et ses abîmes
avec ses rives et son Orient
et toutes les terres
qu'il nous reste à explorer
Sur la route
qui mène vers ce lieu
où le temps s'efface
et où la main se tend
A petits pas
jusqu'au bord du jour
Là où, peu à peu, le silence remplace les hurlements
Là où, peu à peu, la joie remplace les tremblements
A proximité d'une présence qui abolit le langage
qui place l'esprit face à un tas de poussière
et qui fait jaillir un fil vers lequel se pressent les pas
Sur les décombres du connu
le cœur posé à la manière d'un soleil
pour éclairer l'incertitude de la route
Là où le bleu parvient à colorer la langue
à déplacer le monde et à ouvrir les yeux
ici même quelquefois
A la charnière du vent
un peu de ciel
et quelques mots pour en témoigner
L'incommensurable poids de la mémoire
sur le monde et l'esprit
La tête un peu perdue
comme éclipsée
à mesure que le cœur s'élargit
Sous les yeux
et sous le front
exactement le même chemin
Derrière le si peu
comme une hauteur (presque) inatteignable
Ce qui consent
jusqu'à acquiescer au pire quelquefois
Sur le lit défait des rêves
un peu de lune et d'enfance
et quelque chose (bien sûr) du mystère
Le cœur à l'envers
confondant le jour et la nuit
recomptant les étoiles et les cris
comme s'il s'agissait d'inestimables trésors
Sous la même lumière
le ciel et la terre
l'âme et la poussière
le rêve et la prière
Seul
sur le sol
sous le ciel
face au vent
la condition de l'Homme
Comme un immense vertige
sur cette corde tendue
au-dessus de l’immensité
sans très bien savoir
où elle commence
et où elle finit
sans très bien savoir
où se trouve l'abîme
peut-être au-dehors
peut-être au-dedans
Les uns contre les autres
dans tous les sens
l'histoire du monde
Attentive
l'âme redressée
à l'écoute de ce qui remplace les mots
Le cœur offert à la poussière
Si loin des inventions de ce siècle
Quelque chose que l'on ne perçoit pas
comme une éclipse
peut-être un suspens
au milieu des histoires du monde
Au recommencement perpétuel du jour et de la rencontre
Si haut que seuls le cœur et l'esprit peuvent y pénétrer
Que penser de l'incroyable fraternisation de l'esprit et du monde avec la folie ?
Quelque chose entre la tristesse et l'extase
tout ce qui nous est donné à vivre
Plus haut que le jour
Là où l'être prend sa source
le visage de ce qui n'est jamais né
le visage de ce qui ne meurt jamais
Au cœur du rien
Là où le ciel nous fait face
Là où le cœur s'enfonce
Là où le souffle et la soif s'enlacent
A la hauteur du cœur
ce qu'offre la main
ce que l'esprit éclaire
A genoux
sur la pierre
Là où la route se divise
Là où le voyage transcende l'humain
La joie
par la pente la plus abrupte parfois
Tout si scrupuleusement secoué
pour que (dans nos vies) tout se détache
Bientôt nous deviendrons
cadavre et poussière éparpillée sur la terre
âme survolant le monde des vivants
un peu de vent au bras de Dieu et de la lumière
Ainsi
sans réponse
sans pourquoi
Le tribut du temps
offert au cœur de l'instant
De si loin parfois
le voyage
Le langage morcelé
à l'image de la pensée
qui jamais ne peut saisir la vie
dans sa globalité
Plus haut que l'évidence
Le trait de plus en plus exigeant
à mesure que le chemin se dessine
à mesure que l'absence de destination se précise
Paroles du ciel plutôt que langage
Manière d'être au monde plutôt qu'expression
Derrière le sommeil
les marges silencieuses du monde
Le parfum de la langue
à travers le poème
Et cette joie
dans la danse des mots
Au fond de l'âme
Au fond de l'encre
ce qu'il reste de l'enfance
Par-dessus le cœur
ce ciel d'ivresse
qui invite l'âme et le pas à la danse
S'asseoir en silence
et attendre la fin du temps
et le recommencement de la joie
Quelque chose
derrière le silence
le murmure des Dieux
Si serrés les nœuds
que rien ne peut s'extraire de l'étoffe
Sans pourquoi
le cœur s'engage
le poème s'écrit
porté par ce qui a traversé l'âme
Comme un trou dans le rêve
pour que s'écoule sa substance
pour qu'apparaisse un peu de ciel
Rien que des signes
obscurément dessinés sur la page
Pas une histoire
Pas un récit
Pas une réponse
Quelque chose de la fulgurance et de la fumée
Par-dessus le monde et le temps
Ce à quoi invite le poème
vers cette contrée de l'enfance
où le ciel parvient à colorer
le regard et les mots
Et s'il suffisait de guider le rêve pour s'en défaire
le conduire sur des chemins si haut
qu'on le verrait s'essouffler
et quitter, peu à peu, le cœur et l'esprit
Et si la lumière n'était que le prolongement de la poussière
et si la lumière n'était que la vérité au fond du sang ;
une manière innocente de vivre les circonstances
Le cœur voué à la vie, au monde et au vide
Quelque chose du destin (sans doute)
Alors que tout se révèle
rien de nouveau n'advient
Comme toujours – tout recommence
A la jonction de l'obscur et de l'étoile
là où se tient le passage
là où traversent tous ceux qui voyagent
Au plus haut de l'infini
La même poussière qu'ici-bas
Si près de l'ivresse
là où le monde et le temps s'effacent
là où le cœur se fracture et se répand
là où se posent simplement les pas
Le murmure de la roche qui se mêle
peu à peu au chant des étoiles
L'oreille de plus en plus fine et attentive
Au pied de ce qui demeure
Quelques âmes
et un peu de poussière
Au fil de l'histoire
ce qu'il faut oublier
Le cœur flétri
à force de mensonges
Au fil des saisons
toujours moins d'esprit
Et toujours plus de sang
A enfoncer toujours plus profondément les têtes
au fond de la nuit
alors que le monde réclame
davantage de cœur et de lumière
Au pied du monde
Au pied du temps
De vieux restes de mémoire
Et si l'on habitait un autre lieu que le rêve ?
Là où l'âme et la langue quittent leur refuge
sont prêtes à se consumer au contact de la lumière
De nouveau
le tournant manqué
et le retour au lieu initial
comme si la passerelle avait été brisée par l'élan
la volonté trop grande d'arriver
Du dedans ; ce rêve du monde
Et cette moue sur les lèvres
Et ce dégoût au fond du cœur
en voyant s'étendre le sommeil
A défaut de parole
une danse
un geste
ce qui s'esquisse
si près de la source
Là où le silence s'installe au cœur du jeu
pour rebattre les cartes
et redéfinir les rôles et la place de l'oubli
Le cœur au bord des lèvres
délivrant sa prière
et laissant le vent l'emporter
Au pied de l'inconnu
en cette terre où tout est à sa place
Les malheurs ?
Comme une très ancienne neige
tombée au premier jour du monde
et que ni le soleil ni le temps
n'ont (encore) réussi à faire fondre
Hors de l'épaisseur
ce qui nous modèle
ce qui nous cisaille
ce qui nous façonne
pour nous permettre
d'enjamber les traditions
Le bleu instinctif au front
laissant derrière nos pas
une longue traînée de couleur
Entraîné(s) vers le fond de la nuit
avec pour seul héritage l'aveuglement et l'illusion
Le cœur terré sous la langue
Manière, sans doute, de donner
un peu de poids aux mots
Ce qui se cache
sous le recommencement de la chair
ce qui prend parfois l'allure d'un mythe
mais qui a, en réalité, le visage du mystère
La fraternité des corps et des cœurs
allant ensemble
après le franchissement du dernier rêve
Des lieux où se mêlent le jeu, la prière et l'innocence
De l'autre côté du temps
là où tout est Amour et poésie
Au cœur de cette tribu fraternelle
où l'on se sustente de tendresse et de poème
où l'on danse jusqu'à l'aube
serrés les uns contre les autres
en écoutant le cœur et la langue
s'entremêler en gestes et en mots
Ce feu au fond du cœur
qui réchauffe l'âme et le monde
de manière ininterrompue
Au fond de la mémoire
cette amitié incertaine
née avant le commencement du temps
écrasée par toutes les histoires
et tous les souvenirs du monde
Tout mêlé au rêve, au sang et à la cendre
Il faudrait un grand vent
pour balayer tous nos mensonges
A portée de cœur
ce qui se cache
sous le nom et la peau
En quel lieu secret s'est retranché le désert ?
Si savamment mélangées
ces parts de l'âme
et ces parcelles de monde
Tant de peines, de sueur et de sang
pour (en définitive) obtenir si peu de choses
Et tous ces ongles qui rayent rageusement le ciel
comme si l'on pouvait s'en emparer ainsi
Rien que des promesses et des larmes
La soif par-dessous les grimaces et les cris
sans même le savoir
Le cœur à l'ouvrage ; littéralement
De seuil en seuil
jusqu'à dissiper le rêve
Nous écartant, peu à peu, du bruit des mots
des esprits qui tentent d'éclairer les routes de ce monde
des voix qui tentent d'expliquer le chemin de l'âme
de tous ceux qui font passer la prière avant la joie
Près du feu
autour duquel ne cesse de tourner la mort
autour duquel ne cessent de danser les vivants
Le cœur si joyeux
le cœur si chantant
comme si une nuée d'oiseaux
y avaient trouvé refuge
Le cœur enfoncé dans son destin
voyageur sans histoire ni chemin
s'en remettant au ciel et au vent
Parfois, les yeux en l'air
comme une sorte d'étrange travail de l'âme
une manière (peut-être) d'alléger le poids du monde
et d'imaginer un salut pour
ce qui semble ici-bas si misérable
et si plein de soucis
Le pas léger
face aux obstacles
la mine enjouée
par ce qui nous porte
et initie tous les élans
Du haut de la mort
jeté à la face du monde
cet effroi qui traverse
l'âme et la chair des vivants
De plus en plus fort
ce que nous susurre l'Amour
Le cœur penché
sur ce sang si épais qui se répand
si horriblement sur cette terre
Le cœur de plus en plus sautillant
à mesure que la légèreté
remplace l'angoisse (tyrannique) des vivants
Allant
par-delà le monde et la blessure
par-delà l'âme et le sang
vers ce pays qui n'existe pas
Quelque chose du mystère
derrière le visage de l'homme
Nul vivant ne peut s'extraire des forces de la terre et du feu
Nulle âme ne peut échapper à la puissance de l'Amour et de la lumière
Les yeux brillants
le cœur battant
à la vue de ce qui se dessine
sur la page
Au fond de l'âme
cette ivresse et cette clarté si puissantes
qu'elles font fermer les yeux
Derrière tous les désirs
l'ultime désir
et ce qui semble inépuisable
Ce que l'on dépose modestement
(si modestement) au pied du reste
quelques gestes
quelques mots
une manière indiscutable d'être ensemble
Quelque chose (bien sûr) de la lumière dans la parole
L'âme dressée comme un rempart contre le sommeil
Le cœur triste et féroce
à mesure que les possibles s'amenuisent
comme si l'on savait
que rien ne pourra plus être assouvi
Au large du monde
le ressort du merveilleux
caché sous une pluie d'étoiles
Les yeux absorbés par le rêve
au lieu de contempler la vie et la mort
Témoin de tant d'évidences
que la vérité nous échappe
Porté peut-être au plus haut du sacré
Si prodigieusement vivant
Au plus noire des heures
un reste de joie
la substance intarissable de l'âme
Dressé face à la déchéance
la tête hors de l'intervalle décrié
pieds nus sur la pierre
luttant contre la lassitude et le découragement
L'esprit fou
plongé dans l'onirisme et le délire
porteur des initiales du monde
et honoré comme la pièce essentielle du jeu
sans laquelle s'écrouleraient tous les châteaux de sable
Sous les habits rugueux de la forêt
l'âme dans son royaume
côtoyant les fleurs et les nuages
écoutant les esprits des bois
recueillant le chant des feuilles et du vent
honorant sa loyauté envers tous ses habitants
Le cœur dévoré par la perte
rongé par la nuit qui avale
par la tristesse qui s'immisce et s'infiltre
en train de mourir peut-être
Sur la pierre blanche
dans la compagnie des herbes et des bêtes
le monde au fond de l’œil
et la main délivrée du labeur de l'homme
La part éclatante du secret
au fond du cœur
au fond des yeux
comme si quelque chose, en nous, savait déjà
De quoi aller comme les nuages
sous les auspices d'un ciel parfois (un peu) trop sage
Cette incroyable profusion de signes sur la page
presque autant que d'étoiles dans le ciel
Le cœur retranché au-dedans
lorsque la vie se montre trop cruelle
lorsque le monde fait couler trop de sang
Au cœur de l'hiver
comme un feu – un peu de lumière
pour affronter la rudesse de ce monde
Sur cette terre sans espérance
ce qu'offrent le cœur et la main
à ce qui ne fait que passer
Et cet aveu inespéré du moins tangible
qui habite quelquefois le geste et le poème
Sur les hauteurs de l'invisible
cet Amour aux mains détachées
qui n'obéit qu'aux injonctions de l'âme
Assis sur la pierre froide
contemplant tous les reflets
ce qui traverse le monde et l'esprit
et attentif à ce qui résonne
aux échos du cœur
à ce qui résiste à la folie des Hommes
A la place de l'Homme
face au sang et au secret
essayant de déchiffrer
tous les signes du mystère
Le cœur retourné
à la périphérie du cercle
passant et repassant
devant le ciel posé à l'envers
Le silence susurré
à l'oreille de ceux qui veillent
Semblable à soi
Dieu
L'Autre
Le reste
Comme une réserve inépuisable de ferveur
au fond de l'âme qui croit
quelque chose entre l'Amour et l'espoir
qui donne à tous les gestes une allure de prière
C'est la couleur du rêve qui, un jour, nous fera douter...
La lumière au-dessus des yeux
plus haut (un peu plus haut) que l'âme
en ce lieu où cesse la pensée
où le monde est une absence
où le silence devient le seul refuge
Une parole sans assurance
témoignant seulement d'une expérience
cherchant dans le regard et au fond de l'âme
la preuve de ce qu'elle affirme
Sur les ruines bientôt d'un monde
qui n'aura cessé de piétiner l'idée du Divin
en cherchant son salut
dans ce qui causera sa chute
Laisser la prière s'extirper du sommeil
pour soutenir dans son œuvre le cœur de l'homme
Allant vers cette contrée
où la vie et la mort se tiennent par la main
où rien n'est plus vivant que le poème
où rien n'existe vraiment sinon peut-être
la voix et le cœur qui bat
Si éloigné des choses du rêve
des images et de la prépondérance du nom
de cette vie considérée comme un séjour
une parenthèse peut-être dans le voyage
de ce versant de la vie
où il n'y a rien d'autre
que l'immobilité, l'attente et la mort
L'âme dans l'espérance d'un ciel
et encore soumise aux jeux du monde
engluée dans cette angoisse folle du pari
Le cœur si étranger à la fête et à l'artifice
A l'ombre de si grandes figures
La table vide
La feuille blanche
Les mots que dicte l'âme
et le poème qui, peu à peu, se dessine
La voix debout
murmurant l'indicible
rejoignant les bords déchirés de l'Amour
osant une parole capable de guérir
Le cœur placé au-dehors
comme un phare – un minuscule repère
pour les âmes égarées
Au milieu de la terreur et du sommeil
le cœur à l'ouvrage
en dépit du nombre
en dépit de l'Homme
Au cœur du silence
la chair du monde
dont nul (bien sûr) ne peut s'extraire
Le cœur aussi vieux que la nuit et l'enfance
aussi vieux que la mort et les malheurs
cherchant dans le geste et la langue
un point de passage vers ce qui les a précédés
A la tombée de la nuit
Le cri de la chouette
Les paupières fermées
Quelque chose qui s'immisce dans l'âme
Peut-être les secrets de la forêt
Moins Homme que brume
moins chair que âme
et tout qui, peu à peu, s'efface
et tout qui, peu à peu, s'enlace
sans même le besoin de croire
Au cœur du sommeil
pas des hommes
pas des cœurs
pas des âmes
des mains agissantes
rudes et froides
déterminées
qui donnent la mort
sans trembler
et qui font reculer dans l'esprit
l'importance de la vie
La mort comme un miroir
devant lequel il convient de baisser les yeux
Entre nous
des liasses de feuilles
et ce silence qui effraye tant les Hommes
Entre les mains d'une absence
qui oscille entre la tendresse et le monde
Le cœur si serré dans les mains du vide
Tous nos cris, peu à peu, transformés en poème
Là où plus rien n'a de sens
comme si, au fond, il n'y en avait jamais eu
L'air de rien
peut-être le seul indice
Rouge
l'encre sur la page
comme si le cœur y avait laissé son empreinte
A chaque instant
si près du visage de la mort
Le peu de poids du cœur sur les choses de ce monde
Et le peu de poids du monde sur les choses du cœur
Vivant
sans même savoir ce qu'est l'âme
sans même savoir ce qu'est le monde
sans même savoir ce qu'est l'Homme
Tandis que nous vivons
tandis que nous essayons d'inventer une terre et un ciel
partout règnent la douleur et la cécité
et jusque dans l'âme de celui qui s'imagine épargné
Comme un passage vers la lumière
à travers la brume de ce monde
Ici et ailleurs
d'autres mondes
d'autres lumières
d'autres silences
et d'autres éternités
que ceux que nous imaginons
Rien que du ciel et du vent
au fond de l'âme
et cette cargaison d'oiseaux et d'étoiles
qui virevoltent et scintillent
au-dedans du sang
Là où tout se disperse et se confond
comme les nuages
mêlant leur souffle, leur visage et leur nom
A remuer en vain
tout ce sable et tout ce sang
Et cette joie de voir, parfois, vaincues la douleur et la misère
Face à la débâcle du monde
un ciel
une fleur
un poème
quelque chose qui résiste en silence
Ruisselant de larmes et de lumière
ce visage qui fait face au monde
Ce que la fin (heureusement) nous révèle
avant d'arriver à son seuil
Ce que le cœur devine
Ce que l'esprit comprend
la présence d'autres vies à l'intérieur de cette vie
l'existence d'autres mondes à l'intérieur de ce monde
et cette joie et ce silence que rien ne saurait souiller
A force de ne plus rien désirer
A force de ne plus résister
Dieu finit par tout remplacer
Au-delà du monde
Au-delà du songe
l'autre chemin
celui qui mène
à l'étreinte et à l'éternité
Et ce sourire qui n'est qu'un reflet de la lumière
Tout désormais entre les mains
d'un Dieu rieur et dansant
qui nous prend dans ses bras
et qui fait tournoyer les âmes
pour transformer le monde
en une ronde joyeuse et colorée
La foulée et l'aventure de plus en plus joyeuses
Aux frontières de l'infranchissable
Là où la douleur s'efface
Là où s'émancipe la chair
Là où l'esprit se délasse
Là où s'enjambent les frontières
Quelque part en soi
Calligraphie libre
mais pas encore (totalement) affranchie
du tumulte du monde
Signes dessinés avec l'âme
Poussières noires
sur le blanc de la page
Et, quelquefois, presque incongru
un petit nuage à la course tranquille
qui s'échappe du petit troupeau sombre
De la lumière dans le sang
et nos pieds nus sur la roche
Le destin de l'Homme
paré de sa richesse et de son infirmité
Le cœur inoffensif
placé là où les choses nous échappent
là où Dieu s'est immiscé derrière les visages
là où il n'y a plus rien ni personne
pour guider les âmes de passage
Au fond de la perte (et de la défaillance)
quelque chose du chant
comme une cloche pour initier le rire et la danse
et inaugurer l'expérience nécessaire
à la solitude et à l'abandon
Et si, au fond, notre parole et nos poèmes n'étaient adressés à personne...
Sous le masque du rêve
la mort qui se balance
au-dessus du monde
la chair pétrifiée des bêtes
et la prière de quelques hommes
Des éclats de sang
et des reflets de lumière
sous la chair incandescente
Le cœur affranchi des grands rites humains
allant dans le désordre de son feu
braises rouges dans ses rouages
quelque chose comme un rire
et un (irrévocable) besoin d'aller au-delà de l'Homme
Sous le cliquetis de la parole murmurée
tous les hurlements du monde
Bêtes et hommes côte à côte dans la douleur
le cœur écorcé à force de déchirures
fracturé à coups de hache
s'émiettant et tombant en lambeaux
Le temps à venir ne sera pas celui du monde
Mots et voyage sans distinction
Bien au-delà de ce que peuvent dire les mots
quelque chose du sourire
quelque chose de l'Absolu
Et la joie de l'âme qui danse au milieu des pages
Au pied de la vie
ce que nous avons abandonné
et qui, un jour, se redressera
pour danser au rythme des tambours du temps
Au fond de notre cœur
quelque chose d'incomplet
et le secret qui s'impatiente
Par là où tout passe
s'enlace, s'efface et repart
une fois la soif assouvie
Sous nos genoux
le sang noir de la terre
Le cœur penché sur la pierre
témoin de tous les drames
Toujours la lumière
par-dessus la mort
A travers le sort de la parole
notre destin
Tant de gisements au fond du cœur
dans lesquels nous ne piochons pas assez
Des millénaires d'histoire(s)
qui, au fond, ne veulent pas dire grand-chose
La chair usée à force de jours
Et le cœur exténué qui bat encore
Jaillissant du dedans
ces gestes vers le monde
ces paroles offertes
cette présence attentive
comme si le regard éclairait
les yeux et le fond de l'âme
Tout rassemblé
sous l'arbre
et dans la parole
Comme un murmure
au fond de la solitude
et l'accueil du silence
et le reflet de mille autres mondes
En ce lieu privé de sens
où tout se passe
De la chair et du sang
recouverts de peau
et ce qu'il faut d'Amour et de lumière
pour que le monde soit vivable
Sans courir
sans compter
allant et venant
comme les nuages et la neige
assez innocemment