Carnet n°309 Au bord du monde – la lumière
Juillet 2024
Dans les franges délaissées de l'histoire...
De (très) brefs passages...
Comme si les marges étaient propitiatoires...
Comme si le bleu de la terre suffisait à notre survie...
Sans rien espérer – pourtant...
A genoux et à l'écoute ; seulement...
Disposé (particulièrement disposé) au libre déroulement des circonstances...
Quelque chose du dedans ; en ce monde apparent...
Rien qui ne se refuse...
La main sur le cœur...
La poitrine prête à s'embraser...
Essayant (assez naturellement) de faire coïncider la parole et les voix de la forêt...
Sans naïveté ; au milieu des bêtes et des bois...
La pitance de l'âme offerte par le mystère ; ce qu'ignorent les hommes qui fouillent au milieu de la fange...
*
Sur la pierre silencieuse...
Ce qui monte du fond de la poitrine...
Comme les vents qui circulent entre les étoiles...
Comme le bleu de la lumière qui éclaire l'âme des voyageurs...
Comme la main du ciel qui apaise les cœurs oppressés...
Un peu plus qu'un rêve – sans doute...
Ce que les yeux devinent face au silence...
Ce qu'ignore (ce que continue d'ignorer) la tête...
Et la nuit qui – soudain – s'éclaire...
Et la glaise qui – soudain – paraît moins grise...
Et les arbres qui se penchent vers nous pour nous confier une part (infime) des secrets du monde...
Immobile depuis des siècles...
Puis jaillissant ; à travers l'invisible...
Comme un immense soleil...
Détaché(s) du monde humain...
En pleine forêt ; au carrefour des forces naturelles...
Dans la proximité du plus sauvage...
La vie et la mort entrelacées au fond de l'âme...
Prêt(s) à tuer ; prêt(s) à se faire dévorer...
Se jouant des drames et de la gravité...
Sur le bord du mystère...
A travers cette danse joyeuse...
Dans l'enchantement du vivant...
Au plus simple du trait...
Quelque chose du monde ; et quelque chose du ciel...
L'âme gorgée de cette terre sans territoire ; et de cette lumière sans créancier...
Au cœur de ce royaume invisible où cohabitent pacifiquement les morts et les vivants...
Compagnon sans tristesse – sans pays ni bannière...
*
Miroir poli jusqu'à l'écorchure...
Jusqu'à rendre flous tous les reflets...
Lueur dans l'écume ; se hissant jusqu'au bleu ; puis se hissant jusqu'à la lumière...
Plumes dansantes dans le vent...
Voyage au-dessus des siècles...
Silencieusement ; à travers le ciel...
Comme des poignées de terre lancées sur la pierre...
Comme des poignées de ciel lancées en l'air...
Nos vies sans écho...
Refusant de remonter le cours de l'histoire et du temps...
De suivre les traces de l'aube ; d'écouter les voix lointaines (et déconcertantes) ; de se frayer un chemin entre le monde et l'indicible...
Comme à la cime de l'exil...
Présageant le silence ; au-dessus de l'écume...
A la manière de l'oiseau sur sa branche...
Attendant le soleil...
Ce qui viendra couronner cette longue traversée du ciel...
Comme si l'on devait mourir...
Et s'agenouiller sur nos brûlures...
Et supporter l'odieuse compagnie des hommes...
Et les affres de la séparation...
Et l'indifférence de ce (très) long cortège de visages...
Assis (bêtement assis) au milieu du monde et des choses...
Rien derrière la figure nue...
Le souffle ; et le mystère (enfin) résolu...
Ce qui se rejoint ; ce qui n'a (en réalité) jamais été séparé...
A demeure ; depuis l'origine...
Et le plus merveilleux sourire ; et le plus merveilleux silence (offerts – à la fin – sans la moindre contrepartie)...
Là où l'on ne regarde pas (là où il est impossible de regarder)...
Sous la couronne ; derrière la dignité...
L'état de l'être ; au milieu de la foule ; au milieu de la chambre – au fond de chaque solitude...
Ce qui nous surpasse ; au-dessus de tous les rangs...
Ce qui advient ; ce qui se révèle ; ce que nous expérimentons – lorsque nous parvenons à nous effacer – lorsque l'âme (sans même s'en apercevoir – ni même s'en soucier) franchit le dernier degré de l'humilité...
*
A l'écoute des murmures de la terre blessée...
Les yeux mi-clos...
Oubliant (pour quelques instants) le verbe et le ciel ; ou, peut-être, s'en faisant l'exact prolongement...
Elle ; si peu regardée ; si peu entendue ; et tant parcourue ; et tant exploitée...
Au-dessus des mains jointes et tremblantes ; au-dessus des têtes inattentives...
Sans la lumière nécessaire pour l'éclairer...
Plongé(e)(s) dans une sorte de nuit fuligineuse...
Sans le moindre feu ; ni la moindre étoile...
Au milieu d'élans délétères et insensés...
A vivre (bien) trop obscurément – sans doute...
Chemin de silence...
A travers la voix...
Sur cette terre de transes et de chants...
Quelques pas de danse : et ce qu'il reste (bien sûr) à inventer...
Pour vivre plus joyeux sur la pierre...
Tout recouvert de bleu et de lumière...
Jusqu'à l'angoisse (fondamentale) d'exister...
A hauteur de mortel...
Et à l'altitude du cœur...
Ce qui peut être découvert...
Sans la moindre conclusion possible...
Au jour de l'en-bas...
Quelque part sur la terre...
Au milieu des feux ; au milieu de la nuit...
Sans qu'interviennent le hasard et le destin...
L'âme dans son numéro de funambule...
A vrai dire ; le silence...
Dans cette sorte de balancement au-dessus du monde...
Entre l'aube et le sommeil...
Sans attendre la fin des jeux (ni la mort des joueurs)...
Étrangement (très étrangement) introduit par l'étreinte...
Au commencement – peut-être – du tertre sans drapeau...
*
Le cœur sanglotant...
Face aux visages du temps ; face à toutes les figures des siècles...
Sous les étoiles ; au fond du feu ; au milieu du sang...
Trop près de l'écume et des cris...
Trop près de la chair et de la cendre...
Alors que la lumière brille toujours à travers cet étrange sommeil...
Tant de tragédies sur la pierre grise...
Sans même s'annoncer ; déferlant...
Faisant tout vaciller ; et, en particulier, les âmes peu expérimentées (trop peu familières des drames terrestres)...
Errant comme des ombres (inconsolables) sur la roche ; fouettées par l'écume noire du monde qui fait tomber les corps ; qui fait chavirer les cœurs...
Laissant tout ahuri et dévasté après leur passage...
Si bas que partout la poussière nous accompagne...
Sans famille ni compagnon...
(En partie) affranchi des vieilles histoires...
Vagabond des lisières (entre monde et forêts) cherchant le repos et la paix...
D'arbre en arbre ; comme l'écureuil – le singe et l'oiseau...
De plus en plus hardi ; à mesure que s'estompent le poids et la gravité...
De plus en plus déterminé ; à mesure que s'accroît le besoin de solitude et de liberté...
D'un souffle à l'autre...
L'âme détachée...
Abandonnant le monde à ses fables ; et à la fouille (désespérée) des sous-sols et des recoins...
Indifférent à ce qui pourrait arriver...
Ni particulièrement pressé de quitter cette terre ; ni vraiment désireux d'y demeurer...
Associé aux cycles ; et traversant (avec plus ou moins de légèreté) les circonstances...
*
Blessé par l'absence...
Et l'exacerbation de la nuit ; du jour presque toujours crépusculaire...
Comme si les dernières étoiles s'étaient éteintes...
Sous un ciel de cendre...
Sous une neige noire...
Les vivants livrés à une étrange amputation ; à cette sorte d'incapacité à vivre pleinement...
Le silence (parfois) effleuré par la tristesse...
Comme à la pointe des larmes ; et toujours très indigemment (bien sûr) ; au plus prêt du presque rien...
Comme si l'on franchissait le seuil le plus bas d'une promesse annoncée par le Dieu des plus modestes (par le Dieu des plus malheureux)...
La bouche luisante de lumière par-dessus la nuit – les cris et le sang...
Le geste bleu...
La langue innocente...
Et qui parviennent (parfois) à chasser la morsure et le froid...
Déployant le cœur comme un miroir...
Et découvrant les âmes nues qui tremblent derrière leurs (pauvres) habits de gala...
Combien de chemins ; d'errances ; de dérives doit expérimenter celui qui marche ; celui qui cherche...
Vivant assez péniblement (le plus souvent) ; et sans réelle joie...
De lieu en lieu...
De visage en visage...
D'existence en existence...
Chimère après chimère...
Désillusion après désillusion...
Sans très bien savoir où diriger ses pas ; sans très bien savoir pourquoi...
Mais continuant d'avancer ; et de se rapprocher de ce lieu improbable où tout s'efface et se transforme (peu à peu ou brutalement) en tendresse et en lumière...
Et ce qui nous brûle au-dedans...
Sans la moindre explication...
Et qui doit trouver quelque part son apaisement et sa résolution...
*
Le cœur blessé ; le cœur colérique...
Soumis à la chair triste ou fébrile...
Des larmes à la fureur ; à travers tous les excès émotionnels...
Soumis aux pitoyables élans qui se trament sous le front...
Sans autre consolation que le reste et l'abandon ; encore trop lointains (et inaccessibles – bien sûr)...
Entre les mains...
Tout ; de tout...
A travers mille possibles – un long cortège de circonstances...
Effleurant parfois l'écume ; parfois les profondeurs ; parfois le ciel ; parfois l'enfance...
Découvrant (peu à peu) ce qui monte du sommeil ; des rives originelles...
Jusqu'au dénuement ; jusqu'à toucher ce presque rien du bout des doigts...
Dans le désordre apparent du monde...
Ce que l'on ne voit pas ; et qui entremêle (si intimement) les destins...
Comme si tous les visages constituaient une seule figure (parfaitement indissociables)...
En dépit de la possibilité (apparente) de s'éloigner ; l'opportunité (toujours intacte) de se retrouver...
Au gré de ce qui nous habite ; au gré de ce qui nous anime...
Sans rien hiérarchiser ; ni les états – ni les circonstances – ni les capacités...
Effacement après effacement...
Oubli après oubli...
Enchaînant sans discontinuer les adieux et les rapprochements...
Jusqu'à la pointe du jour...
Après ces tempêtes (si rudes)...
Au milieu du ciel...
Assez nonchalamment...
Le sourire aux lèvres...
Les yeux par-dessus les horizons déblayés...
Parmi les rafales ; au plus près de la lumière ; longtemps après la débâcle – avant de disparaître (comme le reste) et de laisser à la place du monde (et de l'espace) un immense néant...
Les mains tendues vers la vie (et les vivants)...
Alors que partout rôde la mort ; alors que les forces invisibles circulent au fond de l'âme...
Au gré des pas qui, parfois, piétinent dans la poussière ; qui, parfois, enjambent les frontières...
Bruyamment ; alors que tout se disperse ; alors que tout disparaît (y compris le monde – bien sûr)...
Que restera-t-il donc de nos vies ; de nos œuvres ; de notre bref passage en ce monde ? Rien – des traces dans la neige fondue...
*
Les couleurs du temps et de la solitude...
Avec cette lumière (oblique) sur le visage...
Ému jusqu'aux larmes par la beauté des arbres ; des bêtes ; de la roche ; des nuages et du ciel...
Reconnaissant (très sincèrement reconnaissant) pour ce qui est offert...
Devant tant de vie et de joie ; au milieu de la forêt...
Quelque chose (bien sûr) de la chair – du cœur et du silence...
L'ineffable (sans doute) qui investit le fond de l'âme...
Derrière la figure du sauvage...
L'intériorité naturelle et l'instinct...
Ce qui maintient l'âme ardente sous le ciel ; et le corps vivant sur la pierre...
Qu'importe l'adversité du monde et l'hostilité des circonstances...
Qu'importe la présence ou l'absence des Autres (qu'importe le degré de solitude)...
Cette force brute au fond du regard...
Et cet irrépressible besoin de liberté qui rend le cœur indomptable...
Tachetés d'étoiles et de vent...
Ceux qui parcourent le monde...
Ceux qui – quoi qu'il arrive – continuent d'aller...
Jusqu'à l'extinction de toutes les questions...
Jusqu'à ce que la joie remplace la mort...
Jusqu'à ce que s'effacent tous les anciens horizons...
Pour que la lumière puisse briller (enfin)...
Les pas à même le jour (sans même que les pieds touchent terre – à la fin du périple)...
Et sans jamais (bien sûr) atteindre la moindre destination...
Le cœur aimanté par le vrai...
Abandonnant là toute autre affaire...
Et les affres des vivants...
Et le souci de la mort...
Et le corps ; et la tête ; et l'âme – dans leurs cercles de souffrances – de croyances – d'appartenances...
Tenant le sommeil du bout des doigts pour le jeter (sans malice ni rancœur) au fond de la nuit...
Oubliant toutes les promesses du monde pour une perspective sans alternative qui exige un engagement total (une sorte de plongeon irréversible)...
*
Pendant un instant...
Le geste et la lumière ; alignés (et transparents)...
L'équilibre (parfait) entre l'immobilité et le mouvement...
Attentif et silencieux...
Au milieu des Autres...
Au milieu des éboulis du temps...
Abandonnant quelque chose du labyrinthe...
Une illusion peut-être...
Le reflet des apparences...
A travers l'arrêt du défilement de l'histoire (de toutes les histoires – avec leurs innombrables personnages)...
Du côté de la vie retirée...
Avec un peu de clarté sous les paupières...
Sans image ; rien que le ciel et le feu...
Et la force du vent...
Ce qui traverse la vie – le monde – l'espace – en un éclair...
Le cœur rieur et incliné...
En dépit du monde ; en dépit du plus sordide...
Ce qui jaillit ; comme l'encre et le sang...
Et qui tache le monde (comme la page et la peau) pour essayer de percer la brume qui enveloppe les âmes ; et inviter le monde à cette fête étrange – silencieuse et solitaire – infiniment respectueuse ; que très peu connaissent ou savent célébrer (au quotidien)...
Fantôme de neige aux sandales de bois...
A l'allure de chevreuil...
Serpentant entre les taillis...
Rendu timide par la naissance du jour...
Allant aussi rapide que l'éclair ; aussi éphémère que la rosée...
En tête de cortège ; le ciel et les cœurs humbles...
La terre sous les pas...
Le regard lourd sous la charge ; le fardeau de misères...
Comme échoué(s) là ; dans ce recoin du monde pourvoyeur de tant de malheurs...
Sur ces rives où les créatures sont aux prises avec tant d'hostilité...
Épouvantablement malhabile...
La main opportune...
Le cœur querelleur...
La tête qui désire...
L'âme qui implore...
Ce que nous expérimentons (tous) ; et que nous ne savons – pourtant – ni offrir ; ni recevoir...
*
Sous le ciel ; quelques signes...
Des paroles et des gestes...
Et ce qu'il faut de tendresse et de silence...
Du bleu encore...
A en perdre la raison...
Et sur la peau ; et sur le front ; ce vent salvateur...
Et l'incroyable beauté de la terre...
Parmi les visages et les étoiles...
En ce lieu où le cœur peut (enfin) transformer son envergure...
En ce lieu où l'on peut (enfin) se mettre au service de ce qui nous habite et nous entoure...
L'infini perlé de sourires...
Les lèvres silencieuses ; le cœur ébahi...
Au bord du monde ; la lumière...
Ce qui parvient à éclairer (un peu) la grisaille des visages et des jours ; ce qui parvient à égayer (un peu) les cœurs tristes et inquiets...
Sous l'incessant ruissellement de la lumière...
Parmi les esprits et les sorciers...
A quelques encablures de la source...
Seul au milieu des arbres...
L'Absolu de la terre à nos pieds...
L'âme (sans question) enveloppée d'un ciel sans réponse...
En compagnie de l'âme...
Sans désir ; sans personne ; sans intention...
Le buste (humblement) incliné ; le cœur (particulièrement) paisible ; l'esprit attentif...
Loin des visages impassibles...
Sur la pierre ; comme quelqu'un qui a (soudain) reconnu l'instance immortelle...
Et, avec cette apparition, la dimension sacrée de l'existence et du monde...
Tous les états passagers de l'invisible et de la matière ; et tous les degrés possibles de compréhension ; combinés de mille manières...
*
Sous une nuit sans étoile...
La terre bleue ; sans âge...
Et sur la pierre ; ces danses rythmées par la mort ; et le temps imparti...
Des traversées temporaires...
Les âmes (très) légèrement flottantes...
A l'orée du sommeil...
Avec la tête qui, très souvent, dodeline ; et qui, parfois, parvient à s'incliner...
Quelque chose d'éternel – pourtant – dans cette brièveté (la récurrence du passage – peut-être)...
Pour peu que le verbe et le geste essaient d'approcher le plus vrai...
Au-delà (bien au-delà) de ce qui semble juste et authentique à l’œil humain...
L'infime reflet de l'infini...
Une présence invisible – palpable et affranchie du temps...
Ce qui permet une (réelle) intimité avec les visages et les choses de ce monde...
Une contemplation soumise au règne de l'émerveillement et de l'oubli...
Hors du troupeau noir...
Dans les montagnes enneigées...
Alors que l'âme tremble sous la lumière...
Et que les masques se sont effilochés depuis longtemps...
Le cœur ébouriffé et silencieux...
Au fond d'une solitude qui a su apaiser cette soif si ardente...
Un peu de clarté sur l'enfance...
Les yeux grands ouverts...
L'âme transparente...
Aussi léger que l'air...
Aussi bleu que l'immensité...
Essayant de percer l'impénétrable...
Grâce au feu capable de ranimer la vie ; de réchauffer la chair ; d'éclairer le monde...
En dépit des tremblements...
Dans cette sorte de passage...
Quelques pas de danse...
En attendant l'aube...
Au milieu du vide...
La chair souffreteuse ; et si froide par endroits...
Recouverte d'étoffe et d'absence...
Chérissant les postures et la tristesse (en dépit de ce que pense la tête)...
Manquant si cruellement de tendresse...
Sur cette terre jonchée de choses...
Sous un ciel enrubanné de nuit...
Pendant quelques instants (à peine)...
En ce monde trop ancien pour reconnaître la possibilité de la lumière...
L'envergure de l'espace que l'on croit apercevoir à travers les barreaux de la tête et du temps...
Envolé(e) le rêve un peu fou de liberté...
Le ciel penché sur les âmes
La course aisée à travers le monde...
Le parfait déploiement de l'innocence...
Le règne permanent de l'émerveillement...
Ce que l'expérience humaine finit par rendre (assez) évident...
Oubliées l'angoisse et l'âme blessée...
Défaites la mémoire et les sentes toutes tracées...
Laissant place au jeu et à l'incertitude...
A la joie qui regarde la mort en riant...
Au regard qui éclaire ce sur quoi se posent les yeux...
*
Comme une étincelle dans le froid...
Une lueur dans le noir...
Locataire de ses pas (pour quelques jours ou pour toujours peut-être)...
Dans cette nuit glacée qui n'en finit pas (qui n'en finira – sans doute – jamais)...
Le cœur si corruptible...
Le miracle (sans doute) trop rare...
Et les yeux obscurcis (particulièrement obscurcis)...
Avec le dos voûté ; et qui se courbe davantage au fil des pas...
Et cette tendresse introuvable ; que l'on réclame (un peu) partout ; et que personne – en ce monde – n'est capable d'offrir...
Porté par le chant...
Sous ce ciel sombre...
Un peu perdu au milieu des masques...
A l'affût de ce qui est encore vivant...
Cherchant un peu de lumière pour essayer d'apaiser les tourments et le chagrin...
Avant que tout ne soit recouvert du même linceul noir...
La mort au bout des doigts...
Aussi lourde que quelques grains de poussière...
Et qui semble mettre fin au voyage des vivants...
Et qui semble rebuter le rire et la légèreté ; et chasser l'insouciance et la joie...
A chaque instant ; ainsi – ce qui s'abat (implacablement)...
Comme un rêve foudroyant...
Les yeux aussi haut que possible ; essayant de suivre – en contrebas – la course du monde ; et – au-dessus et en dessous – les traces de l'invisible (qui accompagne tous les mouvements de la matière)...
Et qui se déchaîne avec les tempêtes...
Et qui s'assagit au contact du ciel...
Jetant sur les voyageurs mille poignées de possibles (au milieu des malheurs) ; à peine de quoi survivre ; et mille poignées de temps (au milieu de la maladie et de la mort) – à peine de quoi devenir...
*
Hanté par ce que voilent les visages...
Cet espace protégé – en quelque sorte...
Cette présence patiente et sans couleur...
Et vers lui ; et vers elle ; comme un appel urgent ; une terrible secousse ; un irrésistible élan – capables d'impulser un long voyage à travers les images et le temps...
Sans même savoir ce que vivre signifie (réellement)...
L'attente d'une ivresse ; d'une clarté – peut-être...
Une main passée à travers la vitre...
Un long chemin vers ce qui porte à la tendresse et à la joie ; vers ce qui efface l'individualité – cette perspective capable de mettre le cœur – l'âme – les paroles et les gestes – au service du reste (ce qui semble assez improbable au regard des attitudes et des postures adoptées par les créatures de ce monde)...
Sans oser s'accroupir...
Face contre terre...
A la merci du monde et de la lumière...
Trop fidèle (sans doute) à la cadence des hommes (et à leurs ambitions absurdes)...
Trop peu attentif à la résonance...
Le dedans presque répudié...
Accumulant les épreuves sans jamais se confronter au mystère...
Relégué(s) dans ce recoin où seules comptent les contingences et les opportunités...
Comme coincé(s) entre l'ignorance et la mort...
S'affairant à son profit (ou au profit des cercles* que l'on s'est inventé pour lutter contre la solitude)...
* et auxquels on croit appartenir...
Cheminant sans aisance et refusant de faire face au ciel...
Préférant les territoires circonscrits à l'espace ; et la captivité au voyage...
*
L'âme et la chair livrées au monde et à la lumière...
Et l'esprit engagé dans cet abandon...
Voilà les conditions nécessaires pour rejoindre l'espace dissimulé par l'écume...
Vers le jour...
Cet autre chemin...
Quelques signes sur la pierre...
Quelque chose qui s'accroche ; qui rêve (sans doute) de s'attarder un peu...
Dans l'espoir – peut-être – d'une reconnaissance – d'un rayonnement – d'un peu de lumière...
Et qui (fort heureusement) finira – comme le reste – par tomber dans l'oubli...
A ne plus rien croire...
A voir au-delà des yeux...
Dans le recommencement du rire et du jour...
Le cœur (un peu) claudiquant...
Au milieu des ombres trébuchantes...
Pas certain du chemin qui se dessine...
Mais assuré des aléas du monde ; et de l'imprévisibilité de l'écume et des vents...
Allant là (essayant d'aller là) où l'enfance résiste ; là où l'innocence rechigne à être remplacée...
A travers le feuillage clair ; le ciel...
La traversée rafraîchissante de l'espace...
Dans la proximité (pourtant) des fleurs et des pierres...
Dans l'intimité de tous les visages du monde et de la terre...
A regarder s'avancer l'ignominie et le merveilleux...
Comme si le cœur palpitait au bout des doigts...
Notre marche ; cette étrange traversée du temps...
Au milieu du monde et des existences...
Vers cette tendresse au fond du cœur ; au fond des choses ; au fond des yeux...
Les gestes aussi précis que possible...
Quelque chose qui vacille au-dehors ; et qui se redresse au-dedans...
Comme un sourire...
Et un abandon à ce qui est là...
A la fois si proche de la lumière et du déclin...
Avec un peu de vent ; ce qui souffle sur les têtes et les âmes...
Au milieu des possibles...
Entre tous les désastres et toutes les fortunes...
Ces quelques instants sur la terre...
Au milieu des reflets...
Parfois très haut ; parfois au fond du gouffre...
Quand bien même seraient dérisoires nos chutes et nos ascensions (toutes nos chutes et toutes nos ascensions)...
A pas feutrés...
Ce qui effleure le ciel et l'abîme ; l'âme et la chair...
Depuis toujours...
Au cœur des extases comme au cœur des catastrophes...
Au milieu du vide – des étoiles et des hommes...
Dans le sens du vent ; ce qui est vivant...
La matière (si fidèlement) affiliée au temps...
Et l'esprit accompagnant tous les mouvements sans arrière-pensée...
Invité(s) ici...
A jouer des coudes...
A donner des coups...
Engagé(s) dans toutes les batailles...
Seul(s) au milieu des Autres (au milieu de tous les Autres)...
Attaqué(s) et attaquant ; harcelant(s) et se défendant...
Expérimentant tous les états de la chair – du cœur – de l'esprit ; l'infinité des postures et des possibles de ce monde...
Entre le ciel et la roche...
Entre la matière et l'invisible...
A la jonction – peut-être...
*
Le baiser (patient) de la tendresse sur l'âme (enfin) consentante...
Comme la main du silence sur la bouche trop bavarde...
Et l'apparition de ce visage après le déversement des eaux noires...
Passerelles fragiles entre ce monde et l'autre rive...
Comme un craquement au fond du cœur...
Un bruit de pas dans la neige...
Une bûche qui crépite dans les flammes...
L'esprit incliné devant l'âme ; l'âme inclinée devant la chair ; et la chair inclinée devant ce qui constitue (à ses yeux) le ciel et le monde...
Quelque chose du plus sacré qui se révèle – sans jamais se départir de sa discrétion...
Et notre sourire (parfaitement) anonyme...
Quelque chose du noir et de la retenue...
Comme coincé entre la nuit et le temps...
Une pensée sombre et (un peu) timorée – peut-être...
Un visage timide et renfrogné...
Un cœur bruyant et angoissé...
Une âme solitaire et réservée...
Dans un recoin du monde qui échappe à la lumière...
Une petite chose triste ; sans appui – sans réconfort – sans clarté...
Entre nos lèvres ; plus de noms ; plus de mots...
Quelque chose du silence et de la beauté...
Le souffle d'une perspective infinie ; et notre élan vers elle...
Un cœur et une voix authentiques...
Garants (peut-être) de l'essentiel...
Par-dessus les niaiseries et le temps...
D'île en île ; en enjambant toutes les rives du monde...
*
Comme face à un miroir sans reflet...
Le monde – à présent...
Yeux dans les yeux avec le vide – en quelque sorte...
Sans personne ; ni d'un côté – ni de l'autre...
Sans écume ; sans image ; sans commentaire...
Une page vierge – immense et provisoire...
Sur laquelle se dessine – à l'encre blanche – la (permanente) pulsation du vivant...
Au bord d'un silence inoubliable...
Entre le ciel et la mort ; l'âme attentive...
Et par-dessus tout ; la vie naturelle et le cœur authentique...
Quelque chose du rire et de l'oubli...
Comme si la lumière avait remplacé les tremblements...
Comme si le silence avait recouvert le monde...
Le bruit de la mort ; silencieusement...
Sans s'interposer...
Et trébuchant parfois...
A perte de vue...
Sans même le temps de maudire et de détester...
Et qui s'abat (impitoyablement)...
Face aux hostilités...
Autre chose que l'Amour...
Sa part (impartageable) de misère...
Sous les reflets de la lumière...
Au-dessus du commerce auquel se livrent toutes les créatures de la terre...
Entre le sol et le ciel...
Entre les couches les plus basses du ciel et les plus hautes strates du sol...
Encore plongé au milieu du cirque – en somme...
*
Lumière hors du temps...
Légère – flottante...
Offrant à l'âme sa clarté...
Traversant la chair...
Transformant les yeux en regard...
Libérant le cœur du plus dérisoire...
Remplaçant les larmes et l'angoisse par un sourire...
Effaçant l'Autre et le monde...
Nous invitant à retrouver l'espace ; et à le réinvestir pacifiquement (sans rien déchirer – sans rien imposer – sans rien exploiter)...
Consentir (enfin) à se faire l'instrument (conscient et acquiesçant) de la tendresse ; et à agir en son nom de manière invisible et anonyme (comme tout ce qui est à son service)...
Sans se souvenir...
L'odeur de la terre...
Le bruit de la pluie...
Le caresse du vent...
L'ambiance des sous-bois...
Le goût des larmes ; et celui de la souffrance et du sang...
Les tremblements de l'âme et de la main...
La voix qui résonne...
Le cœur brûlant...
Le geste réticent (et, parfois, embarrassé)...
La parole qui invite au plus intime...
Sans rien trahir ; sans rien demander...
Cette façon d'aller sans souci...
Sur des chemins ignorés pendant des siècles...
D'apparence abrupt(e)(s)...
Et invisible(s) (pour l'essentiel)...
Rien des grandes choses imaginées...
L'espace nu et incertain...
L'âme modeste et obéissante...
Selon les consignes du ciel...
Au plus près de la terre...
A travers mille gestes dérisoires (et naturels)...
Debout ; face au monde et à la mort...
Sans autre bagage que le feu à opposer aux batailles et aux funérailles...
Et un silence à offrir aux victimes et aux bourreaux...
Et une (tout aussi) juste place au reste...
Dans la simplicité de l'être qui efface les visages et les noms...
Un peu de ciel et de rosée ; accrochés à la ceinture...
Et le vent qui porte ; et le vent qui pousse...
Au milieu des arbres et des fleurs...
*
Contre le silence ; le corps et le chemin...
S'opposant (assez farouchement) d'abord ; puis, allant (peu à peu) vers lui ; essayant d'épouser ses contours – sa forme – son essence...
S'abandonnant ; et laissant faire...
Dans la courbure du temps...
Ce long voyage...
De l'absence à l'autre pays...
Partout où l'on va ; là où la vie pousse – porte et entraîne...
Le pas parfois effleurant la pierre ; parfois côtoyant les cimes ; parfois tutoyant le ciel et les étoiles ; prolongeant le chemin (d'une certaine manière)...
Devenant le voyage ; sans but – sans escale – sans destination (pour la joie et l'irrépressible nécessité d'aller)...
Écoutant le vent ; obéissant aux circonstances...
Parfaitement – magistralement – vivant...
A travers le mouvement et l'immobilité...
Sous le règne de l'incertitude (et selon les lois de l'invisible)...
Rien...
Partiellement introduit – pourtant...
Entre les mondes...
Sans auditoire...
Au cœur de l'espace-spectacle-et-spectateur...
Avec l'âme au centre...
Et qui influence tous les cercles alentour...
Comme la plus haute raison...
Comme si tout était nôtre ; jusqu'au plus lointain – jusqu'au sommeil – jusqu'à la pire infamie...
A travers ce qui advient et ce qui s'efface (au fil des nécessités ressenties)...
A travers la brume ; le monde et la mort...
Face au froid...
A la merci de ce qui a la capacité de s'imposer (sans même le savoir ; sans même y avoir été invité)...
Provoquant parfois le pire ; parfois le rire – tantôt farce et bouffonnerie – tantôt calvaire et catastrophe...
Sans rien voir...
Comme si tout se réduisait à la tête (au contenu de la tête)...
Comme si rien n'existait vraiment ; comme si rien n'était vrai – ni autour ; ni au-dedans...
*
Le temps figé...
Sur le visage de l'Absolu...
Couvert de lumière et de monde...
Laissant faire ; allant son chemin – en quelque sorte...
A travers tous les règnes de la matière et de l'esprit...
Aussi loin que possible ; et repassant (assez régulièrement) par l'origine...
Ivre des relents et des reflux...
D'un temps si ancien...
Hanté par le parfum (récurrent) des saisons et l'odeur (un peu âcre) des vivants...
Le monde et le sang...
A travers les échos qui se fracassent sur les ombres qui dansent sur la pierre...
(Presque) immobile en attendant le jour...
Ébloui par la pierre et le ciel...
Par le merveilleux du monde et la diversité du vivant...
Par-dessus les décombres du temps...
Et par l'indiscipline des âmes qui continuent de jouer...
Au milieu de l'hérésie et des insanités...
Les lèvres tremblantes...
La faim apaisée...
A travers cette manière de se nourrir (d'invisible)...
Nu ; au milieu de l'abondance ; heureux au milieu de la beauté...
Les mains vides et le cœur (parfaitement) comblé...
Sans obligation – sans contrat (sans rien devoir)...
Seul ; et offert aux mille visages de la terre...
(En partie) affranchi des lois humaines...
Et auprès duquel quelques-uns (parfois) se risquent...
Portant le viatique de l'âme ; le seul bagage de l'homme...
Marchant dans la nuit à la manière d'un funambule...
Au milieu des figures indifférentes...
Un peu au-dessus du monde...
Quittant cette nuit – et ses fables – sans dette (ni assistance)...
Se rapprochant (peu à peu) du jour – de la lumière – de cette chose si commune (que si peu conçoivent ; que si peu devinent ; que si peu parviennent à rejoindre)...
*
La terre et le cœur ; brisés...
Comme passés sous l'horizon...
Au pays des larmes ; au pays du feu...
Criblés d'horreurs et de mensonges...
Protégeant (essayant de protéger) le vivant ; le plus précieux – peut-être...
A la lisière du monde et du temps...
Ici ; le soleil et le silence...
Sur ce chemin qui ne mène nulle part...
En ces terres montueuses et sylvestres...
Lieu du sauvage ; lieu du passage...
Traversé sans habit ; ni bagage...
Et que l'on ne peut jamais (en vérité) ni totalement rejoindre ni totalement quitter...
Des pas sur la pierre coupante...
Le cœur taillé par le frottement de la roche...
Nos existences devenues (presque parfaitement) minérales...
En attendant (avec impatience et anxiété) ce qui pourrait attendrir (un peu) notre chair – notre vie – notre âme...
A même l'esprit – les rives – la cendre ; le monde – la mémoire et l'oubli...
Les ombres et la fièvre...
Tout ce que nous délaisserons pour accéder à l'autre terre...
Ce long voyage...
Autour de soi...
Sur cette route étrange composée d'espace et de temps ; d'expériences et de rencontres ; de pensées et d'émotions...
Dans ce perpétuel entre-deux du dehors et du dedans...
Le sentiment d'une traversée ; d'un cheminement vers le mystère...
Avec Dieu à chaque instant ; à chaque pas ; tout au long du chemin...
Partout...
Et toujours à nos côtés (bien sûr)...
Au cœur des impasses comme au cœur des vents...
A s'y méprendre ; et jusqu'à nous confondre (au fil du périple)...
Et de plus en plus heureux (évidemment) de lui céder la place et le pas...
Acquiesçant à l'être – au monde – à l'homme...
Au Diable et à Dieu...
A ce qui nous porte et à ce qui nous efface...
A ce qui nous renforce et à ce qui nous affaiblit...
Aux lieux que l'on quitte et aux lieux qui nous appellent...
A ce/ceux que l'on abandonne et à ce/ceux que l'on rejoint...
Au fil des carrefours – des ruptures – des rencontres – des remous...
A travers mille liens – mille jonctions – mille suppressions...
Dans le prolongement et la discontinuité du regard et des pas...
*
Des ombres oubliées...
Le cœur frémissant...
Entre l'écho et la résonance...
Comme un cri ; un appel – peut-être...
La nécessité du ciel trop longtemps négligée...
En ces lieux où se mêlent (si souvent) l'obscur – la braise et l'absence...
Du bleu ; partout...
Du songe au silence...
Des choses au regard...
Jusqu'au plus infime détail de ce monde...
Main et miroir ; tendus...
Comme la nuit – la mort – la pierre...
Quelque chose du visage et de son double reflété dans l'ombre...
Ce qui invite et ce qui repousse ; et qui laisse libres le refus et la possibilité...
Coupé du temps et du secours des hommes...
Dans le sillage de l'âme...
Dans la proximité du ciel ; à la lisière d'un espace de tendresse et d'hospitalité...
Loin des tribunaux du monde ; loin des cercles humains...
Tout ; embrassé d'un seul regard...
Comme un jeu d'enfant...
Dans la délectable (et surprenante) intimité des choses...
D'un continent à l'autre...
Effleurant l'existence et le monde...
Depuis les profondeurs...
Sans pouvoir se rappeler du jour où a débuté le voyage ; cet incessant va-et-vient entre l'origine et la périphérie...
A travers l'invisible et la matière...
La douleur et le plaisir comme emprisonnés au fond de la chair...
Et le dégoût et le désir logés – quelque part – au fond de la tête...
Accueillant (avec joie) ce qui s'invite (et ce qui s'impose) ; abandonnant (sans s'émouvoir) ce qui nous quitte (et disparaît)...
Ne refusant rien ; pas même d'avoir de temps en temps le cœur (un peu) fermé...
*
Parmi les choses...
Des bouts de ciel...
Des visages blessés...
Des paupières closes...
Des âmes vacillantes...
Ce que l'on croit être (et devenir) sur la pierre...
Et tous ces cœurs tremblants ; et toutes ces lèvres crispées – face à l'ampleur du mystère...
Au milieu des ombres et des angoisses...
Tous ces morts ; et ces vivants si tenaces...
Comme du bleu à la pointe de l'horizon...
Et de la poussière de temps que font voler les pas pressés...
A travers le (perpétuel) recommencement du jeu...
Et l'assise (si établie) des miroirs...
Comme au spectacle...
Avec des souvenirs – du sang et des cris...
Mille drames auxquels sont confrontées toutes les créatures de la terre...
Sans tenir compte de ce qui résonne...
Ce sommeil et cette paresse incurables
Comme rivés aux siècles et à la pierre...
Sans jamais regarder par-dessus...
N'osant s'écarter de l'argile ; quitter ces terres (en partie) protégées des vents...
Écartant l'esprit et l'âme au profit de la chair et de la pensée...
Privilégiant toujours le monde (le plus grossier de ce monde) au détriment de l'invisible...
Demeurant là (presque inertes) au lieu de circuler librement ; au gré de ce qui nous pousse et nous appelle...
Porté autant par la plume que par le pas...
Sans jamais remonter le courant...
Allant là où mènent les vents...
Sur la pente naturelle ; glissant avec aisance...
Le visage contre la lumière...
Le corps en plein jour...
L'âme (à la fois) gouvernail et témoin...
Glissant (imperceptiblement) vers le grand large ; là où le bleu rayonne (de manière indiscutable)...
*
Quelque chose au fond de l'âme...
Comme un puits de lumière...
Un ciel sans limite...
Un horizon de silence...
Entouré(s) de bruits et d'absence – d'écume et de chair...
Du bleu au fond du regard solitaire...
Et des mains nourries par le savoir et le sang...
A même la pierre...
Indifférent à la danse des ombres...
Du cœur et des mots...
Sans rien nommer du monde...
Dessinant – peut-être – à la manière du temps – une invitation...
Le désir d'un long voyage...
Offrant – peut-être – le feu et le vent nécessaires pour aller (un peu) plus loin que l'horizon de pierres...
Pour soi ; l'âme loyale...
Échappant au monde et au temps...
A l'assaut du mal – des épreuves – de la souffrance...
Dédaigneuse (pourtant) de toute victoire...
Se laissant apprivoiser ; et se laissant même (très souvent) déborder par les excès du cœur...
Offrant sa force – son Amour et sa liberté...
Déterminée – peut-être – à remplacer (pacifiquement) le règne (et les lois) institué(es) ici-bas par les créatures...
De rive en rive...
Le cœur à la recherche d'un refuge...
D'une lumière derrière les apparences du monde...
D'une liberté capable d'enjamber la mort...
D'une vérité au-delà du savoir...
D'une profonde intimité avec les choses...
D'un silence...
D'une paix capable d'effacer tous les désirs...
*
A la lueur du plus modeste...
L'allée des rois ; la porte ouverte...
Le ciel aussi blanc que dans les rêves...
Les épaules en plein jour...
La chevelure bleue ; comme la peau (et le reste)...
Sans personne pour commenter la métamorphose...
Ce qui se célèbre jusque dans son effacement...
Nous-même(s) ; bien avant la terre et les étoiles...
Bien avant l'angoisse et les yeux fébriles...
Bien avant le monde (et le reste)...
Bien avant la faim et la misère...
Et si difficile(s) à apprivoiser – pourtant...
Ici ; jusqu'à disparaître (parfois) au cours de cette longue veille...
Vivant à la manière de la neige et du vent...
Étincelant comme un minuscule soleil...
Aussi vaste que le ciel – au-dedans...
Le visage – pourtant – si près du sol et des choses...
Avec cette lumière ineffable au fond du regard...
Les pieds posés sur la roche ; le corps dressé sur la pierre ; debout face au rêve ; ou au-dedans – peut-être...
Dans la fugacité de l'ombre entrouverte...
La nuit qui s'immisce ; lourde et humide – parfaitement noire...
Tandis que le bleu s'évapore sous les paupières ; se disperse sur l'horizon...
Nous plongeant dans les ténèbres...
Du feu dans le sang...
A nous ronger l'âme...
Transperçant la peau ; glissant sous la pierre...
Blessant le seuil ; et affaiblissant (bien sûr) la possibilité du franchissement...
L’œil (tout) retourné par le décor ; sa texture – sa monotonie – son exiguïté...
A travers l'éclatement des couleurs...
Le ciel plus haut que jamais...
Et l'absence de ceux qui peuplent ces rives...
Comme l'obstruction du seul passage...
Comme si le regard était sur le point d'exploser...
Dans l'élan premier de l'errance...
Le besoin (irrépressible) d'infini...
Comme la quête du silence...
En ligne de mire : l'Absolu et la grande paix...
Et nous laissant emporter (bien sûr)...
Les mains conciliantes...
En adéquation avec les nécessités de la terre...
Le cœur célébrant...
En adéquation avec les lois du ciel...
Comme naufragé sur cet archipel du monde...
Au milieu de tant de visages étrangers (indifférents ou patibulaires)...
Comme si – en définitive – peu de chose séparait l'enfer du paradis...
La tête méprisante...
Comme doté d'un cœur de pacotille...
Le monde blâmé jusqu'à la déraison...
Si lourd ; à s'enfoncer plus bas que terre...
Le soleil noir sur les épaules...
Sur le point d'être englouti...
*
Dans le cœur brutal...
Cette nuit brûlante...
Sur fond de ciel orangé...
Des pierres en flammes...
Comme au milieu d'un grand brasier d'écume et de poussière...
Le monde calciné...
Et l'Amour en cendres (qui gît sous nos pieds)...
A travers l'étreinte...
L'assurance d'une veille...
En dépit de la rumeur et de l'absence...
Si près du front ; si près du noir...
Traversant les masques et transperçant l'armure...
Touchant l'âme (dans un très léger effleurement)...
Chuchotant des secrets à la manière du vent...
Presque en silence...
Avec cette façon si particulière d'habiter le monde ; et de hanter l'esprit...
Comme abandonné à la pointe de l'homme ; à la pointe du monde – peut-être...
Sans Dieu ; ni ami...
Seul ; sur cette péninsule privée d'humanité...
Occupé (encore trop occupé – peut-être) à chercher au-delà du nom et de la tombe ; ce territoire où le cœur est souverain...
Loin de la foule – là-bas – qui lynche (à tour de bras)...
Comme installée au fond de cette mémoire étroite (et délétère)...
Ne venant jamais à bout ni de ses désirs ; ni de sa haine...
En ces lieux de désœuvrement et d'intranquillité...
En ces lieux de mort et de bannissement...
Où nul ne se sent (réellement) heureux au milieu des Autres ; ni même à son aise protégé par toutes ces frontières et toutes ces lois...
Arrivé là – peut-être – où la vie et la mort se rejoignent ; là où la tête et les étoiles sont si proches de l'expérience...
Au fond de l'âme...
Sans lacune ; ni reproche...
Dans l'incertitude et la précarité nécessaires...
*
La voix du seuil enfin capable de franchir les murs de l'enceinte...
De l'incarcération à l'immensité...
Tout tremblant ; et déjà éclaboussé de bleu...
La porte – soudain – grande ouverte...
Témoin de tous les déferlements...
Au-dessus du labyrinthe...
A rire comme coulent les fontaines...
Alors que la terre est si proche ; et le chemin encore inachevé...
De quoi vivre au pays des arbres...
Après avoir refusé l'or et le rêve...
Pour rallumer ce sourire (si ancien – et depuis si longtemps disparu) au fond des yeux...
Au milieu des vivants...
Dans le cœur...
Au royaume de l'invisible...
La tendresse (parfaitement) satisfaite...
Pour réussir à offrir des gestes inspirés des fleurs qui s'ouvrent et suivent le soleil avant de se refermer et de s'incliner vers le sol...
Dans le silence des terres profondes...
La vie et le verbe ; métamorphosés...
Dans le sillage (invisible) de l'âme...
Le silence à la proue...
Et, à la poupe, la terre des hommes qui s'éloigne...
Et la mort ; au-dessus – en dessous – au-dedans et alentour – un peu partout – pour guider toutes les métamorphoses...
Là où naissent les mondes ; et les possibles...
Dans les replis secrets (et insaisissables) de l'Amour et de l'esprit...
Au cœur de cet invisible mêlé de matière...
A travers ce dialogue entre l'infini et la poussière...
Par-delà toutes les espérances...
En son cœur ; le plus vivant...
Sans jamais nous trahir ; sans jamais nous tourner le dos...
L'âme – ni réellement heureuse – ni franchement prisonnière – dans son costume d'argile ; au fond de sa carapace de terre...
Encore hésitante – sans doute – à habiter (même si provisoirement) cette chair et ce monde si grossiers...
*
A travers l'écume étincelante du monde...
Le jour (parfaitement) déployé...
Le bleu et la lumière comme habillés de mouvements et de matière...
Comme une danse lointaine ; entre l'horizon et l'intimité...
Au milieu de voix nées d'un temps si ancien que leurs paroles émergent du plus profond silence...
Et nous autres – créatures ; pas si égarées ; pas si ignorantes ; pas si obscurément vivantes – comme essaient de nous le faire croire certains apôtres du verbe et de la nuit...
A travers le rayonnement de l'offrande ; l'incroyable partage...
Au plus près de l'effacement et de l'oubli...
Lorsque les gestes savent s'affranchir du corps – du nom – de l'âme...
Lorsque la tristesse et la joie se confondent – se dissolvent (l'une dans l'autre) – n'existent plus...
Dans le (parfait) retrait du cœur...
L'intense déploiement de la lumière...
L'invisible du monde ; hors de l'ambition des hommes ; hors de tout présage humain (excepté, peut-être, chez quelques-uns – bien rares)...
Eux (en général) ; trop aveuglés ; agissant obscurément...
Les yeux enveloppés d'un épais bandeau noir ; le regard caché derrière soi...
Entre le soleil et le jour qui passe...
Pas mûrs ; pas prêts – pour emprunter l'étroit passage – l'unique perspective...
Allant ; passant – sans s'occuper du monde ; ni du malheur des Autres...
Préférant l'abondance à la terre ; l'espérance au ciel ; la jouissance à l'attention ; la distraction à la main tendue – aux visages en larmes – aux cœurs démunis – aux âmes dépourvues...
Sans autre perspective que soi...
L'humanité commune ; si étroite – si affligeante – si funeste...
A se réjouir de ce qui est offert...
Sans désir ; sans reproche ; sans certitude (non plus)...
Comme quelqu'un (peut-être) qui marcherait sur un (étrange) arc-en-ciel ; sans pouvoir toucher ni la terre ; ni le ciel...
Sans autre certificat que son expérience (cette expérience si fragile qui – jamais – ne pourra être brandie comme une garantie)...
Sur les rives d'un ciel sans Dieu...
Dans la nécessité – pourtant – du lieu et du lien...
A travers le pays de l'hôte ; et ce qui s'invite à la fête...
Ainsi (sans doute) se déroule notre (long) voyage...
*
Le mirage du monde ; apparu (autrefois) en un instant ; et disparu (aujourd'hui) de la même manière...
Comme nos existences et nos blessures...
Comme l'ennuyeux (et trop prévisible) chemin des hommes...
Le cœur de plus en plus joyeux ; face à l'incertitude...
Et cet émerveillement face au déploiement du bleu et du silence...
Ce que réclamait l'âme depuis si longtemps...
Entre ciel et silence ; nos sourires et nos tremblements...
Le cœur autrefois si languissant ; ferme et tendre à présent...
En dépit de la proximité des hommes (tenus – fort heureusement – à une distance suffisante)...
Sans la mélancolie de l'exil – du partage – de l'abandon...
Heureux au milieu des bêtes et des arbres ; au cœur de notre communauté d'adoption...
Là ; sous le cœur suspendu...
Le déroulement naturel du voyage (qui signe – bien sûr – l'extinction de toute volonté)...
L'âme juste et tendre...
L'esprit en paix...
Comme rentré au bercail...
Alors que les danses – partout – s'enchaînent ; se succèdent ; s'éternisent...
Alors que le spectacle (et le grand cirque) continue(nt) ; et ne sont – sans doute – pas prêts de s'arrêter...
Au milieu du monde...
Sans s'affairer...
Sans rien remettre au lendemain...
Ce qui nous incombe...
En dépit de l'absence de visages...
Face à l'éternité...
A l'écoute ; et au service de ce qui vient...
Au-dessus du destin...
L'âme dans sa surprise...
Sans principe ; laissant la vie – le monde – le reste – décider...
*
Vents d'ailleurs ; partagés sur la pierre...
Vivifiant les destins ou les emportant...
Semblables au présage et à l'écho...
Prolongeant la sente empruntée...
Offrant à ceux qui le souhaitent un surcroît de monde ou de solitude...
Comme la rosée en prière...
Sous la lumière matinale...
Qui rafraîchit la terre...
Avec quelques restes de ciel nés pendant la nuit...
Alors que tout se fige...
Alors que tout se crispe...
L'émergence d'un sourire sans attente qui perce les voiles...
Né comme le soleil et la pluie...
Sans personne pour apposer une signature au bas de l’œuvre offerte ou proposée...
Parfaitement anonyme ; parfaitement provisoire ; parfaitement inachevé...