Carnet n°323 Dans l'épaisseur du réel
Octobre 2025
L'effort délaissé
au profit de l'abandon
comme absorbé par un espace
au cœur duquel tout se dilue et se déchire
où seule la nécessité s'impose
L'enfance du monde
le cœur balbutiant
si immature encore
Le silence si haut
bien au-dessus des affaires du monde
et si l'on est (un tant soit peu) attentif
plongé au cœur même des êtres et des choses
L'expérience du monde
et la parole qui va avec
Dans l'obscurité
l'âme et la main qui s'avancent
pleines d'offrandes et d'espérance
Tâtonnant sur la roche
Sur le ballast des âges
un peu d'éternité
Agrippé(s) par cette danse folle du monde
sans jamais pouvoir s'arrêter
sans jamais pouvoir faire un pas de côté
tournant et tournant
jusqu'à ce que le reste nous avale
Sous le souffle du monde
le cœur battant
l'âme et la peau tannées par les coups
jour après jour
sans révolte possible
sans dialogue possible
sous le règne impérieux des circonstances
Blottis les uns contre les autres
dans cette chaleur animale
Sur la ligne d'horizon
l’œil et le vide
ensemble
dans le même passage
seuls éléments du monde
et témoins l'un de l'autre peut-être
A moitié exposé
à moitié caché
au milieu de ces pages
Rien que la voix et l'étreinte
et la course infatigable du monde
Jour après jour
sans étoile à suivre
sans la moindre goutte de sang versée
aussi seul et aussi présent que possible
Grignoté peu à peu par le monde
puis, un jour, entièrement avalé
Ne laissant derrière soi qu'un récit fragmenté
des éclats de vie ponctués de quelques silences
Depuis toujours
le temps sans cesse recommencé
Dieu dans le geste
davantage que dans la prière
Présence prisonnière
tantôt du monde
tantôt de la lumière
Effacées les questions d'autrefois
dissoutes dans l'impossibilité de la réponse
Parcourir l'âme et le monde
en adepte de toutes les géographies
Sans rien détruire
sans rien construire
une présence
qui laisse le monde intact
A la manière de l'âme
le poème penche
parfois vers le silence
parfois vers le mot
A contre-jour
assez aveugle assurément
comme si l’œil était coincé
dans l'un des interstices sombres du réel
où tout a l'apparence du monde
Dans l'épaisseur du réel
le jeu, le rire, le Divin et la joie
ce qu'expriment les visages quelquefois
Rien que la pierre et le ciel
Ce que nous faisons de notre existence
et ce que l'existence fait de nous
Tiré(s) à hue et à dia par tant de nécessités
sans jamais pouvoir échapper
ni au règne terrestre
ni aux lois du monde
Le vide en soi
au milieu de tant de forces
Le monde
au-delà de la pensée
Là où il y a quelque chose peut-être
Au cœur de la source déjà
comme un mendiant assis sur un trésor
qui, pour s'enrichir,
ne jurerait que par le voyage
A travers le geste et le mot ; le parcours
Des signes
pour nous défaire de la pesanteur et du temps
déconstruire ce que nous appelons le monde
pour retrouver en soi la souveraineté du vide
Où suis-je ?
Qui suis-je ?
moi qui ne suis
ni cette chair
ni cet esprit ?
Tant de vies
Tant de rêves
Tant de riens
A travers nos identités incertaines
Quelques traces
un peu d'épaisseur
pour les pas qui suivront
Derrière les ombres grises
ce parfum d'enfance entêtant
que le vent disperse au-dessus des têtes
L'infini ajusté à l'âme
de manière si parfaite
et lui offrant toujours
les transformations nécessaires
La chambre posée sous les nuages
ouverte au vent
se laissant traverser
par ceux qui habitent la forêt
Au fil de l'errance
peu à peu le soleil
et le goût du voyage
A même la lourdeur
ce qu'il faut de joie, de tendresse et de lumière
Rêver encore
comme si l'esprit n'avait d'autre carte à jouer
Chaque jour ainsi
recommençant
Là où l'on sème
nous ne verrons aucune récolte
Le destin de personne
celui d'un fantôme peut-être
Au fond du sommeil
l'apparence du monde
et au-dehors rien
du vent et de la liberté
Ce qu'il faut parfois inventer de mensonge
pour continuer à vivre
Douloureusement
en ce monde de pierres et de larmes
l'histoire de l'homme
l'éternel destin du vivant
Sous le sommeil
les blessures de l'âme
une absence que nul ne saurait guérir
que nul ne saurait apaiser
Le nom qui s'émiette
comme un bout de terre noire
une proéminence inutile
quelque chose du monde
dont l'âme, peu à peu, apprend à se défaire
Un peu de l'âme
un peu de lumière
une simple présence peut-être
Et parfois même qu'un sourire
ou quelques larmes
derrière cette profusion de mots
De la même couleur que le ciel ; notre aveuglement
Derrière la sauvagerie des corps
le souffle des âmes
et l'assentiment divin
Au-dessus du cirque irréel
le ciel impassible
Au plus clair de la vie personnelle
tout n'est qu'impersonnel
comme si l'individualité
en était la pointe
l'une de ses infimes expressions
la dérisoire facette d'un seul visage
dansant au milieu des autres
Le cœur sans ombre
sans soif, sans litanie
indifférent aux exubérances et aux rêves
obnubilé seulement par le poème et les yeux fermés
Mille mondes qui se chevauchent
comme un immense labyrinthe
où se côtoient mille réalités
où tout finit par se rencontrer
où tout finit par se mélanger
La parole nourricière
dans laquelle le monde
pioche sa substance
Jusqu'à la dernière heure
recommencer
Plus haut que la mort ; le tremblement
Le cœur bleu
à force de contempler le ciel
Une vie – des gestes
où se côtoient l'infime et l'infini
D'un monde à l'autre
jusqu'à l'éblouissement
qui fait ouvrir les yeux
Le cœur crevassé
d'où suinte un restant de tendresse
Là où la lumière devient un appel
Là où l'immensité remplace la pierre
comme une plongée dans le renversement du hasard
Découpé le temps
et quadrillé le monde
pour essayer de donner
du sens au voyage
Il y a tant de monde(s)
sous le poème
autant peut-être qu'au cœur du silence
Dans le champ de la lumière
même ce qui se cache dans l'ombre
La vie traversée
sans aucun retour possible
Ce qui s'entasse dans l'esprit
à force de rêves
Au rythme du cœur
la vie
le monde
le poème
Un autre mystère
derrière le mystère
et ainsi indéfiniment
Cet interminable travail sur soi
posé là ; irrésolu
livré à lui-même
abandonné à la vie
Des mots malgré soi
et le labeur de l'âme
indéfiniment
Le cœur partagé
entre le silence et les mots
entre la compréhension et l'oubli
Des arbres, des bêtes, des hommes
comme des nuages
soumis aux vents
et au règne des étoiles
Au cœur de la lumière
cette conversation silencieuse
Attendre encore que rien ne se passe
De dérive en dérive
de limite en limite
d'un bord à l'autre du monde
sans jamais franchir
les frontières de l'esprit
L'apparence d'un destin
une fiction peut-être
dont nous serions le personnage
Tapissés de chair et de sang
notre ossature
nos désirs
le visage de l'absence
quelque chose pour nous donner
un peu de consistance
Si lourd
le monde
derrière nos paupières
L'invisible
au cœur de notre géographie intime
Rien dans l'équation
ni d'un côté
ni de l'autre
Du vent et des courants d'air
le monde et nous
Par-dessus le désastre
le regard silencieux
Face au ciel
le cœur sans exigence
Ce qu'il faut rompre
au lieu de succomber
pour continuer le voyage
vers la lumière
Si solidement ancré
alors que tout crépite
que tout tournoie
que tout est emporté
comme s'il y avait une autre terre sous la terre
comme s'il y avait un autre ciel par-dessus le ciel
Gravitant autour du centre
selon les lois d'une géométrie bien étrange (et assez incompréhensible)
Le cœur périmé
à force d'attendre
à force de ne pas servir
Alourdis l’œil et le monde
par la danse du visible
Le cœur arpenté par la lumière
Loin de soi
au cœur du plus intime
là où se ressource la tendresse
Nos bras
soulevant le monde entier
là où l'esprit et le cœur ont failli
En soi
si profondément
que cela demeure un mystère
Le cœur (en partie) défait des désirs de l'homme
s'abandonnant au règne de l'étreinte
laissant la tendresse rétablir tous les liens
De la nature de la rosée
le corps
le cœur
le monde
le ciel
Le cœur rebelle aux lois du monde
rétif à tous les rouages
à tous les cercles
à tous les systèmes
préférant la solitude des marges
Sous les assauts de la soif
le cœur si consentant
Intactes les larmes sur nos joues
depuis le premier jour du monde
Et s'il n'y avait rien
rien et tous les possibles
Qu'exposent les mots ?
Et que dissimulent-ils ?
Et s'il n'y avait rien que l'Amour et le silence
Qu'attendre de la parole des hommes
sinon le prolongement du mensonge
ou, au mieux, de l'illusion
Il y a parfois aussi peu à dire qu'à faire
Revenir à Dieu
comme d'autres rentrent chez eux
Le silence et l'oubli
au terme du voyage
Le réel comme le rêve
Quelque chose, bien sûr, qui nous échappe
Là où sont le labyrinthe et la poussière
il y a aussi la joie et l'infini
Au seuil d'un ciel
dont la terre est la seule issue
Mourir encore et encore
jusqu'à disparaître
jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien
Le cœur triste et grognon
à trop regarder le monde
à vivre trop près des hommes
Aux marges de la condition humaine
là où il n'y a presque plus personne
hormis quelques âmes solitaires
quelques cœurs délicats
là où l'Amour peut entrer en résistance
là où le ciel se dessine déjà
Nous sommes plus vieux que la terre et le ciel
Nous sommes nés avec le premier jour du monde
alors qu'il n'y avait encore ni âme ni sang
en ce temps où tout ressemblait à tout
où tout ne ressemblait à rien
où le poème existait sans les mots
où le langage était le silence
en ce temps où il n'y avait ni soleil ni massacre
où il n'y avait ni destin ni personne
en ce temps où le début était le prolongement de la fin
où le temps n'avait pas encore été inventé
où les êtres et les choses (si l'on peut parler ainsi)
suivaient sans restriction toutes leurs fantaisies
Rien que le silence
et nos tremblements
La vie et le poème
comme les signes d'une présence mystérieuse
Au plus intime de l'âme
le souffle du monde encore
Intègre et ingénu
malgré toutes nos mutilations
Aucune sentence
si ce n'est ce que la vie nous donne à vivre
Ces pages ?
Ce que le cœur peut restituer
Face au monde
comme face au miroir
sans très bien savoir quoi faire
Au milieu des livres
Au milieu des danses
Au milieu de la poussière
Marié(s) à la roche et à la lumière
Qu'importe les épreuves et le chemin
Là
Abandonné
sans rien posséder
Dans l'ivresse de la solitude et du dépouillement
Qui s'affrontent donc au-dedans de nous
pour avoir le cœur en si grand désordre ?
Dire la respiration de l'âme et du monde
leur beauté, leurs tremblements et leur lumière
Ce qui rayonne à notre insu
Si seul(s) dans nos séparations
en dépit de tous ces liens
que nous ne savons voir
Là où tout se rencontre
même les cœurs les plus étrangers
Sans rien savoir
comme abandonné(s) à l'obscurité
Le cœur plein de silence et de mots
pour dire la joie et les malheurs
de l'âme et du monde
Dans cet extravagant partage
Un peu de simplicité et de vent
et ce qu'il faut de lumière peut-être
pour apercevoir les barreaux
et la clé de notre geôle
L'âme à moitié étouffée
au fond de sa pauvre gangue de chair
Ah ! Ces lèvres folles qui disent et embrassent
comme si le monde était digne de recevoir
notre amour et d'écouter nos confidences
Aux bras de l'éternité
l'enfance qui s'avance
sans craindre ni la mort ni les désastres
Au milieu des soupçons et des menaces
Au milieu des crimes et de l'obscurité
Ce qui nous éclaire et ne peut périr
Au cœur du poème
Le souffle du monde et du temps
Le prolongement de l'âme
Et quelquefois le visage (apprivoisé) de la mort
quelque chose entre le sursaut et le tremblement
un tremplin peut-être vers le silence
Au recommencement de la faim
A la source de toutes les rengaines
le manque et la peur
le désir perpétuellement inassouvi du corps et de l'âme
Peu à peu
comme un passage qui se dessine
entre les murs qui s'effritent et se fissurent
comme si l'on abandonnait le sommeil et le temps
comme si l'on s'extirpait de la gangue du monde
une expérience au-delà (bien au-delà) de l'âme et du nom
Un peu de fumée
contre l'épaule
comme les rêves
qui peuplent la tête
auxquels rien ne s'oppose
sinon peut-être le vent
et le cœur lucide
Le récit de soi
d'un seul souffle
Sans jamais s'insurger
contre la poussière et la mort
ce à quoi nos vies ne peuvent échapper
Là où le cœur s'installe
à la place de la sauvagerie
pour que cesse l'abomination ;
le règne de la monstruosité
Quelque chose du secret
sous l'épaisseur du monde
derrière le tremblement des âmes
Le mystère que le cœur s'efforce d'éclaircir
L'âme clandestine
glissant sous les feuillages
dansant près des rivages
courant sur tous les chemins
pour échapper au monde et au sommeil
Ce feu au fond de l'âme
qui fait chauffer le sang
qui incendie le monde
qui brûle la vie
Ce feu au fond de l'âme
qui rend le cœur si vivant
Il y a tant d'horizons
au cœur du poème
que nous ne toucherons
que du bout des doigts
Il faut beaucoup de prétention ou d'ignorance
pour penser que sa vie a quelque importance
L'écriture morcelée
comme le cœur et l'esprit sans doute
La monstrueuse machinerie du monde en marche
Sous les apparences
le cœur et l'Absolu
A l'extrême pointe de l'âme
l'immensité et la lumière
Infiniment poreux
tous ces morceaux de monde
que l'esprit de l'homme a découpés
Sans la moindre frontière en vérité
Comme un espace
au fond de l’œil
où tout est suspendu
Le même jour
indéfiniment vécu
Le cœur arraché par le sommeil
Le cœur affolé
tantôt par le monde
tantôt par le vent
Victimes du même rêve
détenteurs de la même folie
dans ce monde sans remède
Ce qui rôde autour de nous
les loups et la brume
prêts à engloutir le mirage
ce rêve étrange que nous sommes
L'homme englué dans ses propres délires
dans ses ambitions et son ivresse
fondés sur le sang versé
Nous ne sommes personne
Là où s'éclipse la nuit
là où naît le poème
là où s'attarde la lumière
en ce lieu, si souvent, déserté par les Hommes
Parmi les ombres et les menaces
le cœur limpide
l'âme acérée
ce qui s'obstine à la justesse
malgré la corruption et l'hypocrisie
Au faîte de l'enfance
au-dessus des monstruosités du monde
quelque chose du silence
A voix basse
le poème
à peine audible
pour ne pas ajouter du bruit aux bruits
pour ne pas interrompre le silence
Invisible dans cette ère du paraître
De plus en plus anonyme
voilà ma seule gloire
Des mots abrités en lieu sûr
pelotonnés dans le poème
L'âme
comme un rêve dans le vent
comme du vent dans le rêve
et qui va là où nul ne l'attend
Par-dessus le lieu des habitudes
au rythme du sang
pour échapper au sommeil et à la mort
A force de tourner en rond
lassé par sa propre géographie
comme enfermé sur son minuscule territoire
Le corps immense
de toutes les infimes parcelles de la vie
reliées ensemble par ce que l'homme ne voit pas
Parvenu au seuil
au-delà duquel tout est égal
L’œil et le cœur attentifs
à toutes les douleurs
à toutes les peines
à tous les déchirements
Le monde
sous la lumière des profondeurs
Ce qui s'échafaude
depuis le fond de l'âme
cette étrange échelle vers la lumière
Au cœur même de l'ignorance
Ce qui sait déjà
Sous les masques
cette tendresse et cette innocence
dont le monde a tant besoin
Sous l'apparence des mots
L'âme sensible
Le cœur généreux
L'esprit affûté
L'être tout entier qui s'exprime
La proie de tout
Le prédateur de rien
voilà à quoi s'abandonne
celui qui sait
Le ciel au milieu des étoiles
Et, parfois, au milieu des visages
Le cœur souvent plus obscur que la nuit
L'esprit de l'homme galvanisé
par l'odeur de la peur, du sang et de la mort
A la lumière de ce qui ne se voit pas
Des pensées comme des nuages
Des chants sacrés et du silence
Et des leçons que l'on n'apprend pas
Le cœur tout entier dans le même désir
Comme un outil déposé aux pieds des autres
Et cette inquiétude au fond de l'âme
que l'on ne peut arracher
Dans le secret de la chambre
un souffle, un œil, des notes
mille gestes nécessaires
sous l'étoile la moins lointaine
Des prières et des gestes
comme des éclats d'âme et de monde
une manière, sans doute, de consentir à la vie
Là où logent le sang et la barbarie
au fond du cœur de l'homme
L'apparence du monde
qu'escortent la tête et les gestes
presque sans jamais s'interroger
Là où se façonnent la matière et le vivant
Là où règnent l'obscur et l'oubli
Au fond de l'esprit de l'homme
depuis que le monde est monde
Invisiblement notre identité
Traverser la vie comme si elle était un poème
et d'autres fois comme si elle était une tempête
Le cœur malhabile dans tous les cas
Dans l'incertitude de la terre et du ciel
dans cet entre-deux sans garantie
un pied dans l'un et un pied dans l'autre
et le cœur et la tête qui hésitent encore
Ce que le cœur abrite
bien plus que le visible
Éphémères
la saison des larmes
les blessures et les soucis
tout ce qui habite la chair et l'esprit
Tout ce qui se vit
Tout ce qui s'oublie
à la manière de la course hasardeuse des nuages
sous un ciel silencieux
Demeure en soi un sourire
en dépit de l’œuvre des hommes
Le cœur si près de la pierre
que l'on sent battre le pouls du monde
Sans autre consolation que la prière
et ce qui habite le fond de l'âme
Un peu au-dessus du cirque
Serait-ce là notre seule consolation ?
Le pas dansant
sur l'horizon incertain
Le poème et la prière
sur les hauteurs du monde
lancés par des lèvres tendres
Le chemin de plus en plus glissant
à mesure que l'on approche de la vérité
Rien que des images et des idées
pour appréhender le réel
Quelque chose, bien sûr, de l'infirmité
Ce qui vient avec le poème
Des bouts d'âme et de monde
Comme installé(s) au faîte de l'ivresse
en croyant toucher le ciel
alors que les pieds sont encore
englués dans la glaise
Jouet de l'enfance
comme l'eau qui coule
sans carte
sans se soucier de l'âme
embrassant le monde
sans craindre son destin
Les yeux posés sur la terre et le ciel
simultanément
sans rien séparer
ni soi ni le reste
ni l'être ni le monde
comme au cœur des liens qui se tissent
Déjà en soi
et qui nous porte (encore plus sûrement) vers nous-même
Sans hasard
Sans résistance
Sans raison
D'un lieu à l'autre
Le cœur et le pas silencieux
L'âme
comme une large fenêtre sur l'infini
et une manière aussi de faire entrer le vent et la lumière
Au-delà de la chair
Le mélange, la danse et le tournis
bien davantage qu'un désir
bien davantage qu'une prière
le lieu de la survie
Sur cette pente sans repère
à marche forcée
sans étoile
sans mémoire
sans appui
à travers ce que la vie
(nous) donne à vivre
Au-delà des cercles de ce monde
par-dessus les lois et la pensée
dans le sillage de quelques devanciers
Abattues les murailles de l’immensité
agenouillé à présent au milieu de la lumière
Le geste et la parole
infiniment reconnaissables
de ceux dont le cœur sait habiter le silence
Là où la route s'arrête
devient une perspective
comme un regain de clarté
bien plus qu'un horizon
quelque chose de la lumière
une manière d'aller le cœur désentravé
Plus vivant que jamais
quand la joie danse
au fond de l'âme
Passer
entre l'éternité et la mort
entre l'abîme et la lumière
sans l'ombre d'une hésitation
sans l'ombre d'un ressentiment
La vie aussi simple qu'un instant léger et dansant
lorsque le cœur est (profondément) habité
Chaque parole
un monde inconnu
un horizon qui s'invite
quelques possibles
et, parfois, un poème
L'au-delà des mots
et le dedans de l'âme
ce à quoi invite le poème
Mille jeux
au cœur du sommeil
où même Dieu a les yeux fermés
Le chant parfois (trop rarement) suffit
à faire taire les canons
à ouvrir les cœurs à la tendresse
à faire oublier pendant quelques instants le sang versé
Dans cette enclave
que sont l'âme et le poème
résistant à tous les assauts du monde
à tous les élans de la barbarie
sans autre drapeau que le silence et la prière
Sous les astres et l'étendue
rassemblées et dispersées
les âmes de ce monde
Là où le chant devient silence
en ce lieu où le sourire est la seule prière
Entre poussière et lumière
si souvent écartelé(s)
et confondant parfois le retour et le chemin
les avancées et les embourbements
Le viatique léger
un sourire
un peu de tendresse et de clarté
que l'on offre aux quelques âmes que nous croisons
Accepter, c'est aller vers l'aube
le cœur et les mains libres
affranchi des désastres et du désordre du monde
Être touché et traversé
comme l'arbre par la lumière
Là où tout se rencontre
Le sang et la prière
Les noms et les visages
La douleur et la joie
Les vivants et les morts
Tout ce qui existe ici et ailleurs
En ce monde et un peu plus loin
Ce qui se cherche
à inventer peut-être
Blottis contre le rêve
d'une manière presque animale
entre l'humus et le soleil
à défaut de pouvoir exister autrement
De plus en plus sauvage
la foire d'empoigne
en dépit des règles et des lois
Ce qui se renouvelle
au fil des jours, des siècles, des saisons
à mesure que les choses du monde s'achèvent
Au cœur de l'aube
comme un commencement du monde
la lumière au bord des yeux
un sourire au bord des lèvres
et, sur la joue, des larmes de joie
Pareils au bleu du cœur
le sommeil et les absences
toutes les indélicatesses de ce monde
D'un côté, le poids du passé
et de l'autre, celui de l'instant qui passe
Un peu trop de rêve et de monde sur la balance
Si inspirants ces nuages qui courent dans le ciel immense
qu'ils nous laissent bouche bée et le cœur attendri
Comme l'animal à l'aube
qui s'ébroue au seuil de la nuit
affamé de soleil et de tendresse
Funambule(s)
sur cet étrange fil
qu'est notre vie
Le cœur assailli
par le monde, l'attente et la nuit
si démuni face aux outrages
face aux outrances du langage
sans autre refuge que son secret
Humiliées jusque dans leur prière
les bêtes sacrifiées sur l'autel des hommes
Quelques lignes sous les étoiles
parfois silence
parfois poème
au gré des exigences du cœur
En ce monde
rien que le cœur battant
et quelques traits gribouillés
Le cœur tenace
si rieur aujourd'hui face à la nuit
se moquant de son impatience et de son opacité
se laissant à présent ensemencer
par tout ce qui le traverse
Quelque chose du chuchotement
ce qui se dit
si proche de l'écoute
comme un jeu étrange avec le silence
Rien qu'un regard et un feu
pour traverser l'hiver du monde
ce grand désert sans réponse
dans un voyage aux allures de contemplation
Au-delà de l’œil et de l'attente
cette longue veille sous les étoiles
Le cœur au milieu des ombres
à dévisager toutes les figures du temps
Le tic-tac du temps
comme si le monde était posé
sur une balançoire éternelle
Sans s'interroger
comme si nous étions des hommes
depuis toujours
Pas si loin d'un monde apocalyptique
Alternativement
champ de bataille et champ de ruines
Sur l'épaule
ces ombres millénaires
et, dans la main, une épée
comme si l'on vivait depuis toujours
sous le règne d'un Dieu sans yeux
Passant
comme le soleil
la parole et le destin
avant d'être avalé(s) par la nuit
Comme figé à jamais dans l'étincelle
Si fugace
ce souffle
sur le papier
Nous tous
Pas si loin, en réalité, de l'instant de la mort
Comme le roseau courbé par le vent
nous devrions, à notre tour, nous incliner
et esquisser une petite révérence
Là où nul ne peut demeurer
A mesure que la parole s'érode
le silence, au fond de l'âme, devient plus intense
Sans même le souci du dernier jour
Diluant la nuit (toute cette nuit)
dans l'immensité du regard
Balayés la poudre et le poids
les mensonges du monde et du temps
comme les nuages emportés par le vent
Par-delà la hâte et le sommeil
loin des rumeurs et des arènes
sous la douce lumière du jour
allant là où il n'y a plus de pente à gravir
là où il n'y a plus ni chaîne ni combat
là où il n'y a plus rien ni plus personne à condamner
Au fil de cette longue veille
tant de découvertes et de merveilles
et ce qu'il nous faut abandonner
Le silence
comme un peu de rosée
sur le bout de la langue
comme un vent frais
qui balaye les tréfonds de l'âme
A chaque mot
le cœur livré
jusqu'à ce que
tout disparaisse en soi
Ligne après ligne
comme si la poésie
pouvait aider le monde
Le cœur enivré
comme si Dieu était à l'intérieur
Sans autre besoin
que ce qu'offre le jour
Aller jusqu'au bout du langage
par-dessus les règles et les mots
par-dessus le verbe et les lieux
jusqu'à la pointe de l'indicible
Si aveuglément
cette traversée
comme si la lumière
manquait à l'intérieur
Le cœur affamé
avide de vent et d'horizons
cherchant l'essence du monde et de l'âme
la tendresse et le souffle de la liberté
quelque chose que la main ne peut saisir
et qui s'offre à celui qui s'est effacé
Sur ces pentes noires
où tout sent la perte et la nuit
où tout est recouvert de fumée et de cendres
jusqu'aux passants et à leurs offrandes
réunis au milieu du feu
A l'abri des braises
là où le monde ne ressemble plus à un incendie
là où le regard a la fraîcheur de la brise
là où la porte est à la fois ouverte et fermée
là où la raison n'est pas capable d'entrer
Si haut sur la page
comme hissé au faîte d'un amas de pierre
à mi-chemin entre le ciel et le silence
là où le poème peut être déposé
L'âme intègre
comme la mort et la douleur
indifférente à toutes les futilités
Sur cette route invisible
qui nous donne à vivre mille expériences
tiré(s) ici et poussé(s) là
sans rien comprendre
comme aimanté(s)
comme possédé(s)
laissant (malgré soi) au mystère
le soin de décider
Sans autre réponse
que ce qui nous anime
que ce qui nous heurte
que ce qui nous blesse
que ce qui nous caresse
que ce qui nous efface
que ce qui nous broie
Derrière notre silence
tant de questions abolies
comme si plus rien n'avait d'importance
comme si l'on n'avait jamais existé
A l'ombre d'un temps infini
les petites danses du monde
les petits tracas et les petits soucis
les mille âmes qui s'interrogent et s'impatientent
et la lumière que rien ne détruit
Comme un rêve
ce qui s'achève
sous le regard
de ce qui dure encore
Au-dedans même de la lumière
cette boue et ces cris
ces ombres qui tremblent
et cette chair vouée à la mort
Par le même chemin que les larmes
la joie ruisselante
le feu de l'âme
qui change le chagrin
en neige des cimes
Le cœur-langage
ce dont le monde a besoin
quelque chose qui s'émeut et s'exprime
qui offre des gestes de tendresse et d'affection
non pour consoler de vivre
mais pour dire la joie d'être ensemble
Le poème
des paroles de sable
trop souvent
et qui réussissent parfois
à faire grincer les dents
La terre est un ciel
né d'un autre ciel
où s'ennuient les Dieux
Le cœur si familier de ce qui se trame
Rien que du souffle et des larmes
qui, eux aussi, ne nous appartiennent pas
Tant de choses tissées ensemble
Si léger le pas qui danse
Si légère la voix qui chante
Et cette infinie tendresse offerte à celui
qui a eu l'intelligence (et la délicatesse) de s'effacer
Au fin fond des bois
ces râles et ces cris
ce qui meurt et ce qui vit
qu'un seul souffle sépare
Le cœur vénéré
à mesure que la vie empoigne
à mesure que le monde se révèle
à mesure que le temps passe
jamais assez tendre
jamais assez large
jamais assez sage
le seul véritable territoire de l'Homme pourtant
qu'il convient de hisser comme un fanal
au faîte de la pierre
Sans rien inventer
le poème qui prolonge
(qui se contente de prolonger) le rêve
Dans une solitude souriante
qui fait de cette rive une invitation
Nous aventurant plus avant
dans cette incertitude qui semble si fraternelle
La possibilité du retour
arrachée du poème
laissant la gorge éructer son cri
et la main caresser la promesse
Sur nos pages
Dans nos mains
quelque chose
comme l'empreinte d'un chemin
Au fond de l'âme
comme une inquiétude
et une question peut-être
que les millénaires ont déguisées en certitude
Là où plus rien n'a de poids
ni l'âme, ni l'autre, ni le monde
le cœur aussi léger que la voix
Des tourbillons et des tremblements
La vie et le monde tels qu'ils nous empoignent et nous emportent
et rien pour s'y opposer
pas même nos cris, nos larmes ou nos mains tendues
Nous plongeant dans le mystère
ce qui regarde lorsque l'on ne voit pas
ce qui s'anime lorsque rien ne bouge
sans même qu'il soit question
de lumière et de mouvement
A l'heure où tout se hâte
A l'heure où tout se gâte
Nos amours et nos incartades
Nos tentatives et nos dérobades
alors que l'automne est encore printanier
De l'autre côté du ciel
sur le versant de l'âme le plus infréquenté
le chemin et la destination
ce lieu où il n'y a ni rêve, ni règle
ce lieu où il n'y a rien ni personne
pas même des jours et des êtres qui passent
Ce qui nous a quitté
abandonné sans inquiétude
Si proche de l'oiseau dans le vent
qui hésite entre son nid et le plein ciel
Le cœur si proche de l'estomac
comment les yeux pourraient-ils se détourner
de ce qui peut assouvir la faim ?
Vivant sans un seul regard pour l'âme, le ciel et Dieu
Dans nos mains
toutes les autres mains
Et dans notre cœur
toutes celles qui s'y sont refusées
De plus en plus rien
De plus en plus personne
De plus en plus n'importe où
De plus en plus n'importe quand
Et si c'était cela exister ?
Au-delà de l'obscurité
ce que cache le jour
Silencieusement
aux marges de l'étendue
alors qu'au cœur du monde
les hommes s'affairent (assez bruyamment)
Quelque chose sur le visage
l'ombre du monde
et la lumière de l'âme
ce que le cœur laisse parfois entrevoir
Derrière la blessure secrète
un feu et un sourire
que rien ne saurait effacer
Face à l'immensité
le cœur sans espoir
le cœur émerveillé
La main tendue
vers ce qui n'appartient à personne
Là où nulle part est un lieu
celui où le cœur sort de sa captivité
Sans même le vouloir
ce que dit le poème
comme une évidence
à la place des mots
Dieu sous toutes les ossatures
Ce qu'il faut découvrir
au cœur des apparences de ce monde
Au-delà (bien au-delà) de l'homme et du mot
La porte ouverte vers laquelle convergent
tous les chemins et toutes les voix
Le poème mélangé à la roche et au sang
autant qu'au ciel et au silence
Ce qui se construit pour dire
ce que ne peuvent exprimer les mots
Si près de la lumière que le cœur réclame
Et si loin encore du recommencement perpétuel
Là où il n'y a que des larmes et de l'avidité
Là où il n'y a que des ombres et des âmes égarées
au cœur de ce monde déjà posé en pleine lumière
S'effacer inépuisablement
afin que l'âme se réjouisse de son ivresse
De la lumière plein les mains
Et des mots jetés en l'air
Et qu'importe que la grâce nous fasse défaut
Mystérieusement
ce qui surgit
Dans le respect du silence
La vérité qui se vit
Sur cette longue route faite de prières et de mots
Sous les arbres qui nous murmurent de sages paroles
et que l'on porte jusqu'au cœur pour nous autoriser
à danser sous les étoiles
à courir comme les nuages
à demeurer droit dans le vent
à vivre et à mourir
comme les bêtes et les hommes
Sans bruit
dans la chambre de la forêt
pour laisser la voix des bêtes et de la nuit
se poser sur notre seuil
et relayer les paroles du jour
Troublé par la peine des arbres
que les chants du vent propagent
nous abritant derrière les mots
pour laisser passer l'orage