Carnet n°261 Notes journalières
Des jours – sans surprise – seul – sans rien attendre…
Des signes – quelques signes – sur la page…
Des gestes – des pas – ce qu’exige le quotidien…
Des pierres – des arbres – l’extrême simplicité des lieux – du monde…
Ce que l’on rencontre – ce qui s’impose…
Et ce sourire au-dessus des affaires et des choses…
Des fragments de vie – de parole – de vérité – peut-être – sans fin…
Ni avant – ni après – aussi loin que se pose la main – jamais davantage…
Des bouts – à la suite les uns des autres – sans ordre apparent – sans nécessité de cohérence…
Ce qui s’invite…
Ainsi tout se réalise…
Ni moins bon – ni meilleur – ni en avant – ni en arrière – affranchi du temps…
Au cœur de cette étrange obéissance…
L’espace – les choses – l’oubli – la joie…
Ce qui revient – ce qui doit revenir…
Ce qui s’efface – ce qui doit s’effacer…
Rien de volontaire – au-dedans – au-dehors – cette fidélité à l’exigence – ce que l’on ne peut éviter – ce à quoi l’on ne peut résister…
Des circonstances sans réserve – portées – accueillies – sans soutien – sans détour…
Un souffle – des élans – le cycle et la fréquence – la force et l’extinction…
Nous – dans la matière – coloré(s) – voué(s) à nos affaires – à ce pour quoi l’on est fait – (très) provisoirement…
Le monde – l’œil – le constat…
Ce qui arrive – ce qui a lieu…
Ce qui se déroule – ce qui se déploie…
Ce qui s’éteint – ce qui s’efface – ce qui s’en va…
Tout – parfaitement lisse – presque mécanique – même les mots et les émotions…
Des éléments intégrés à tous les circuits – à tous les programmes – simultanés – successifs…
Le monde – comme une implacable – une irréprochable – machinerie…
Un peu d’épaisseur – des limites – l’apparence d’un visage – d’une existence ; une vague consistance – ce qui nous ressemble ; ce qui s’avère un obstacle – en vérité…
Devant nous – attentif – rien – des ombres – du vent – des murs…
Des mouvements – une attente (qui jamais ne dit son nom) ; de l’indigence – en réalité…
La foulée régulière – ininterrompue – sans accident – sur tous les terrains…
L’évidence d’une direction – une sorte d’habitude – d’hérésie (sans doute) ; ce que l’on s’offre à bon compte – avec tapage – avec fierté – dans une forme absurde de contentement ; la même erreur – continuellement répétée…
Puis, un jour – peu à peu – le contraire ; la discrétion – l’humilité – l’incertitude – l’errance acquiesçante ; le pas présent – les haltes – les chemins aux allures de fausses impasses – l’inachèvement – l’impossibilité quotidienne…
Le vide – le rien – qui s’apprivoisent…
Debout – sans attente – sans angoisse – l’élan qui naît ; notre parfaite obéissance…
Rien d’insurmontable – bien sûr…
Vivant – sans souvenir – sans personne…
Respirant dans les interstices abandonnés par le monde – un espace voué aux retrouvailles et à la reconnaissance…
L’instant intense de l’intimité – inlassablement répété – la seule possibilité – le seul temps que nous puissions vivre ; cette respiration naturelle – large et profonde – du sous-sol au ciel – à l’envergure incomparable…
Ce qui – inéluctablement – s’accroît – en nous ; ce qui retrouve son état originel – vierge – non souillé – non amputé ; ce que nous sommes sans le monde – ce que nous sommes avec le monde – à notre insu – malgré les apparences…
L’immobilité et l’inachèvement – notre apparent paradoxe ; nous rejoindre et poursuivre – tourner autour – jusqu’au centre – puis, nous abandonner aux forces centrifuges qui nous éloignent – inexorablement – naturellement – puis, revenir encore – indéfiniment – comme une étrange oscillation – un incessant va-et-vient – la matière sur son orbite ; et au-dessus – au-dedans – le silence qui acquiesce à tous les mouvements…
Un jour – ici – un autre – là – tantôt avec un visage – tantôt sans le moindre signe de distinction – comme un fragment – un minuscule échantillon de matière – un élément infime et indissociable du puzzle – un peu d’espace dans le vide – tantôt radieux – souriant – tantôt rageur – désespéré – tantôt proche – tantôt éloigné…
Ainsi nous transformons-nous – ainsi tournons-nous – sans cesse – en nous-même(s) ; l’attrait de la périphérie pour son centre et l’Amour du centre pour sa périphérie – l’un et l’autre – l’un dans l’autre – simultanément – inversement – perpétuellement…
Dieu jouant avec lui-même – l’oubliant – feignant de l’oublier – puis, s’en rappelant…
Et nous autres – englués – chamboulés – égarés – étourdis par notre propre vertige – tournoyant (inlassablement) dans les mille tourbillons du monde…
Le chantier du réel – à la fois brouillon apparent et parfaite copie – inachevable(s) et déjà achevé(s)…
Toutes nos forces – contre la butée ; ce qui cède – ce qui résiste – la nécessité et l’impérative ténacité des contraires…
Notre pente – sans véritable avenir…
Ça penche – ça glisse – ça cherche un équilibre qui se trouve – en lui-même – comme le résultat incroyablement provisoire de toutes les puissances à l’œuvre…
Du blanc – du noir…
Du bruit – du silence…
Tous les mélanges – tout les mélange…
Rien qu’une pierre – un regard qui se cherche – une origine et toutes les tournures du monde – toutes les combinaisons possibles…
Les innovations et les reliquats – la répétition du cycle – des cycles…
Et ce qu’il reste – triste – dans nos mains – dans nos bras – et qu’il faudrait, sans doute, accoler au cœur…
Devenir l’origine – ce qui libère l’homme – ce qui, sans doute, le rendrait (bien) plus humain…
La blancheur et l’innocence – comme la victoire (prévisible) de la capitulation…
Des murs – des parois – des obstacles – des chausse-trappes d’épouvantail – en vérité ; l’illusion d’une consistance – un véritable décor en carton-pâte ; et nous – de la chair pour rire – elle qui, si souvent, nous impose ses lois – ses faiblesses – ses carences – ses besoins ; vivre avec la souffrance comme couronne…
Tout a si peu d’importance – un jeu dont il est inutile de précipiter ou de retarder la fin (apparente)…
Nous – le monde – la vie – sans raison d’être – comme des évidences incertaines – si provisoires – dans les mains surprenantes de l’inconnu…
Tout – à la merci de tout – et, si possible, la gratitude en plus – les yeux émerveillés malgré l’aveuglement…
Le temps – pour rien – comme un obstacle trop souvent déguisé en promesse – entre l’origine et nous…
Sera-t-il, un jour, possible de comprendre – de faire comprendre…
Les circonstances – comme autant de fenêtres et d’escaliers vers les hauteurs – les profondeurs – l’élargissement – l’envergure du regard – la pointe de la sensibilité – ce qui est nécessaire pour vivre au-delà des représentations humaines – au-delà de l’image de l’homme…
Comme une force irrépressible vers l’éloignement et l’exil – nécessaire pour ouvrir un passage – nous défaire de ce qui obstrue – pour enjamber le monde – ce qui nous embarrasse – vers le franchissement de toutes nos entraves – leur effritement progressif – en réalité ; l’éboulis de l’inerte dans le vide…
Et peut-être – et bientôt – et soudain – le visage de la fragilité auréolé de puissance…
D’un côté – les mouvements – l’effervescence – les cabrioles – la débandade parfois – et de l’autre – l’immobilité – le silence – la sagesse peut-être ; et nous – au milieu – les pieds rivés sur les deux rives – s’inversant parfois – se mélangeant souvent – nous imposant leurs exigences (presque) toujours…
Ce qui se transpose dans la lumière – la même chose – plus ou moins – avec un surcroît de joie…
Nous – libéré(s) du fardeau du monde – de l’homme – du temps…
A présent – ce qui se présente – seulement…
Une chose après l’autre – pas davantage – pas d’amassement – pas de pourrissement…
Le tranchant aiguisé – implacable – de l’oubli…
Ce qui advient – l’accueil – ce qui s’éprouve – le geste à accomplir (s’il y a lieu) et l’effacement – et le vide, à nouveau, prêt à accueillir ce qui adviendra peut-être (si cela advient)…
Pas de désir – pas de recherche – pas de projet – pas d’attente – pas de lourdeur ; aucun choix – ce qui s’impose ; ce qui arrive – seulement – ce qui passe…
La vie simple – simplifiée – l’âme et le regard intenses – vibrants – sereins – joyeux…
Instant après instant – jour après jour – année après année – si dure le temps – peut-être – sans résistance – acquiesçant…
L’étendue – le vide – l’accueil – l’oubli…
Ainsi se vit – à présent – l’existence…
On n’échappe à rien – on ne se heurte à rien – on ne refuse rien de ce qui s’offre…
Les choses glissent comme de l’eau sans charge – devenant, peu à peu, inertes – et s’immobilisant – et disparaissant lorsque s’éteint leur mouvement…
Le ciel – du souffle – des élans…
L’incertitude – le soleil et la joie…
Le monde des objets – sans poids…
Les soucis – les lourdeurs – lorsqu’ils adviennent – un instant – le temps d’attirer l’attention – de faire un tour – quelques tours – de faire naître quelques grimaces – quelques simagrées – dans leur coin – accueillis et regardés un à un – étreints – embrassés – aimés – comme il se doit – et qui disparaissent – comme un peu de fatigue dans la lumière…
Le geste intérieur – juste – sans croyance – où les choses et l’esprit s’alignent – s’emboîtent – trouvent leur place provisoire – circonstancielle – avant de retrouver le vide où tout se fond – où tout se mélange de nouveau – jusqu’au prochain événement – jusqu’à la prochaine recombinaison nécessaire…
Le souffle – le ciel…
Le pied à l’étrier…
Comme la sensation d’une transformation permanente…
Des choses qui s’attardent – parfois – comme des affaires – des histoires – non réglées – et qui demandent à l’être – et l’attention – l’accueil et la tendresse – indispensables pour qu’elles le soient…
La marche – comme une errance princière – sans la moindre certitude – bien sûr ; le réel et l’inconnu à bras-le-corps…
Sans poids – l’âme resserrée sur ce qu’elle porte – l’essentiel – sans volonté de durer plus que nécessaire…
Au cœur de la solitude – plus loin que les apparences – au-delà, peut-être, des premières profondeurs…
Le plein engagement de l’être dans le geste et la parole – ce qui compte – réellement…
La vérité vivante de l’instant…
Ni fuite – ni résistance ; être ce que l’on est – ce qui nous traverse (très) provisoirement…
Hors du temps – le rire et la légèreté – la joie – l’absence de crainte – de préoccupation – d’activité – sans tourment…
Être là – simplement – humble – discret – sans exigence – sans prétention…
A sa place – celle du dedans et celle du dehors – parfaitement alignées…
Ce qu’il reste – pas grand-chose – à peu près rien…
Le son d’une cloche au loin – à l’intérieur – peut-être…
De l’énergie – en soi – prête à l’usage – dédiée à ce qui viendra – à ce qui s’imposera avec force – naturel – nécessité…
Ce que l’on aurait tendance à croire – le cycle des apparences ; dans les yeux – la déception du voyage – quelques jours – à peine un séjour – un chemin qui n’en a que le nom – ni Dieu – ni rencontre – ni âme – ni visage – véritables – quelques caresses (des attouchements plutôt) – quelques paroles – de vagues sons que l’on grommelle – sans intimité – à distance les uns des autres – mais pas assez éloignés, cependant, pour éviter les conflits – les querelles – les affrontements…
En surface – l’ignominie et l’espérance…
En profondeur – il faudrait chercher – creuser davantage – mais si peu en ont la force – si peu disposent du souffle nécessaire…
L’usure – la distraction – la mort – et à peu près rien d’autre – si, le renouvellement des générations – la perpétuation des traditions – le règne infrangible de la bêtise et de la barbarie…
L’enlaidissement et l’appauvrissement du monde et des hommes…
L’existence crispée – la tête pas même déçue – comme une seconde peau – notre nature profonde – cette glaise empilée – tassée à même la structure minérale…
La sensibilité des pierres – l’esprit sans profondeur – deux hémisphères laborieux – maladroitement assemblés…
Et le tout que l’on mêle au manque et au désir – la faim dans le sang – la faim qui tient l’ensemble…
Le monde comme un cri – de la chair affamée – bouche ouverte – babines retroussées – suppliante – carnassière…
De la verticalité d’opérette – tout juste bonne à faire illusion (auprès des bêtes) – à monter dans les arbres et à armer la main – pour assouvir le ventre – la tête – tout ce que le sang a corrompu – jusqu’aux tréfonds de l’âme – le dévoiement – les frontières – la fatigue – la volonté ; les mille restrictions de la matière – et l’esprit emprisonné dans ces tristes limitations…
Un peu plus près – à mesure que l’on avance…
La peur – la fatigue – derrière soi…
Le monde tel qu’il est…
Nous – au centre – comme tous les Autres…
La tête baissée – de plus en plus – comme une entrée (discrète) dans le silence ; l’impersonnalité de la compréhension…
Ici – sans gêne – sans douleur…
A l’intérieur – hors du monde…
Sous les vagues rafraîchissantes de l’invisible…
Sans croyance à l’égard de ce qui nous maintient – de ce qui nous prolonge…
L’âme – autrefois si grelottante – rassurée en ces lieux – à présent…
Comment pourrait-on devenir dorénavant…
Les hommes – au cœur de leur sieste – peut-être – les yeux ouverts – en plein rêve – la conscience éteinte – dans les profondeurs – comme une vieille lampe oubliée recouverte de songes et de poussière ; la matière et l’imaginaire – toutes les substances du sommeil – le substrat de toutes les existences terrestres…
Plus rien du désir – ni de l’effort…
Le monde tel qu’il vient – la vie telle qu’elle va…
Ni habitude – ni entêtement…
Le souffle et l’élan naturel…
Le geste spontané – ce qui arrive – simplement…
Et le silence en arrière-plan – l’espace que l’on habite davantage que le monde…
Ce qui se dessine – sans mémoire – sans résidu…
Les fruits de l’effacement – sans le moindre doute…
Le cœur distant – engagé – sans rempart…
D’une voix juste – d’un geste sûr – sans retenue…
L’âme et la main – comme quelque chose de simple – sans importance – présentes malgré elles – malgré nous – agissant sans la volonté…
L’esprit dedans – l’esprit au centre – l’esprit ailleurs – en même temps…
Silencieux – d’un silence jamais entrecoupé – ni par le geste – ni par la parole…
Ce qui se touche – de mieux en mieux – comme une résonance qui se creuse – s’approfondit…
Oublier ce qui se raconte – ces histoires que l’on bâtit sur le réel – comme une atroce déformation – de l’imaginaire glorieux ou lénifiant – mensonger d’une manière ou d’une autre – de la poudre aux yeux – ce qu’il faudrait réduire à néant…
Vivre le geste – être la parole…
Sentir au-dedans – l’effacement – sans obstination – le plus spontané – ce qui a lieu – ce qui s’impose – sans la moindre intention – la transparence – ce qui se cherche – à travers nous – ce qui doit advenir et dont on est le canal ou l’instrument – un élément du mécanisme – un rouage de la nécessité…
Être – sans durer – en pointillé – comme une respiration – un flux – un reflux – l’inspire et l’expire – la contraction – la dilatation – le souffle – le jour – ce que vit le corps – de l’intérieur – ce qui s’efface – ce qui demeure ; la parole comme un geste…
A l’intersection de tous les cercles – depuis longtemps – là où se trouve notre vocation (la seule sans doute) ; des fragments qui s’emboîtent – la besogne des vivants – et, au-dessus, le rire et la mort – et, en dessous, les sables mouvants sur lesquels nous avons bâti ce que nous avons cru important ; rien d’essentiel – en vérité ; ce qui passe – l’instant – ce qui s’efface – comme si rien n’existait réellement…
Le regard – seulement – l’espace vivant – notre présence éminemment contemplative – le vide que tout traverse…
Le même geste – la même tâche – ou dix mille autres – toutes les possibilités – tous les états – tous les phénomènes – égaux ; des courants d’air qui s’enchaînent – du vent enfanté par tous les souffles – par toutes les haleines – mis bout à bout – ; rien – quelques vibrations dans le vide…
Un petit coin du monde – paraît-il…
Un jour comme un autre – disent-ils…
L’ordinaire – les habitudes – ce qu’ils détestent – ce à quoi ils ne peuvent échapper – ce à quoi ils tiennent par-dessus tout – en définitive…
Trop d’inertie – trop peu de souffle et de volonté…
Tout s’empile – presque rien ne s’oublie…
La vie – au-dehors – par la fenêtre – et ce que l’on traîne dans la sienne…
Au-dedans – rien – l’espace emmuré…
Le noir et la misère…
Sur le chemin – des livres – des lampes – des visages…
Un peu d’épaisseur – ce qui confine à la confusion…
La nuit – l’obscurité…
L’existence – peut-être – sans résonance – sans intimité…
Et ce rire incompréhensible au-dessus du manque et de la faim…
Le seuil jamais franchi – les conflits – les affrontements – toutes nos gesticulations…
Nos jours sans épreuve – nos vies vides et affairées…
Nue – affaiblie – traquée jusqu’aux derniers instants – jusqu’au dernier souffle…
La bête qui s’enfuit – que l’on pourchasse – qui, tôt ou tard, finit par capituler – qui se recroqueville – que l’on met à mort – que l’on empale – qui s’affale – que l’on éviscère…
Sur nos joues – la honte – la tristesse – la colère ; tout qui se mêle dans les larmes – avec violence…
Sur celles des Autres – la gaieté ou l’indifférence ; la vie – le monde – comme si de rien n’était…
Et sur le sol – les entrailles abandonnées – la peau et la tête tranchée – immobiles – les restes de la bête jetés en pâture à ceux qui voudront – à d’autres affamés…
Et sur nos pages – l’encre qui, soudain, devient rouge – et qui coule – et qui coule – comme le sang de toutes les créatures sacrifiées – comme si c’était nous, à chaque fois, que l’on assassinait…
L’obscurité sur la figure lisse – les yeux comme deux fenêtres fermées ; la nuit qui fermente – qui enivre la tête – qui devient comme un abîme – fascinante…
Un peu d’encre dans le sang et du soleil dans l’âme – le gage, sans doute, d’une écriture vitale – nécessaire – entre terre et ciel – authentique – qui donne à voir autant la tristesse – l’horreur – les malheurs – les tourments – que la joie et la lumière…
Nous – sans retombée – dans le vieillissement apparent – résultat, peut-être – résultat, sans doute – de mille tentatives…
Le poids du monde dans la tête – la légèreté de l’air sous le front – et ce drôle de mélange entre les tempes ; l’âme rude et intransigeante ; la sensibilité à fleur de peau ; dans la confusion ; entre le marteau et l’enclume – les gestes aussi graves que l’attente – et la parole obstinée jusqu’à l’essoufflement…
Vivre – encore et encore – jusqu’à n’être plus rien – un peu de sable sur la terre – un peu d’air dans le vent ; un souffle invisible – presque inexistant…
Ni regret – ni engluement – rien à liquider – les yeux à hauteur de monde – le regard – plus haut – inaccessible par la volonté – les pieds ici – comme la tête – l’esprit au-delà – en deçà – partout où il est possible d’imaginer…
Rien de part et d’autre du front – le même vide – porteur de ce qui vient…
La joie au cœur – la joie au fond…
Ce que nous vivons – ce que nous connaissons – sans jamais nous en mêler…
L’Amour et le silence – le juste équilibre – au cœur du chemin – à la place de la fatigue et de la peur d’autrefois…
Tout s’efface – devant nos yeux – en nous – remplacé par d’autres choses – qui s’effacent à leur tour – remplacées par d’autres encore…
L’histoire de l’énergie – de la matière – du monde – dans le regard…
Nous – entre l’étreinte et l’abandon – comme les Autres – comme les choses – comme tout ce qui nous arrive – comme tout ce qui passe…
Des nœuds et des tracas – ce qui nous attache – ce qui, si souvent, resserre les liens jusqu’à meurtrir les chairs…
Des frontières et des seuils – ce que l’on nous a appris – l’obéissance et le périmètre autorisé – et, au fond de l’âme, la tentation du franchissement – l’irrésistible appel de l’ailleurs – malgré tous nos apprentissages…
Bancal – en déséquilibre – dans les éboulis…
Le temps – le vent – ce qui nous secoue – ce qui fait bouger les choses – à l’intérieur…
Du désordre et du chamboulement – et tout qui tombe sur le sol de l’âme – brisé – comme notre cœur – sans assurance…
La zizanie et la tristesse dans toutes les zones visibles…
Loin du centre – hors du cercle – à coup sûr…
La terre – comme un refuge – une couverture – une tombe…
Et le ciel – au-dedans – qui, si souvent, se rétracte comme si tout – au-dehors – nous glaçait l’âme et le sang ; l’inquiétude – l’effroi – la terreur – qui montent jusqu’au cou – jusqu’aux narines – jusqu’à la pointe des cheveux – la tête recouverte – et cet énorme bloc de glaise accroché aux pieds qui nous maintient au fond ; la noyade – l’asphyxie…
La terre et l’eau – et nous – en déséquilibre – nous enfonçant ou nous laissant submerger…
Mort(s) – avant même d’avoir pu (réellement) essayer…
La terre – minuscule bille de boue – sombre – immobile – sur son orbite…
Si facile de prévoir ce qui nous attend – à terme…
On a beau scruter avec attention ; on regarde comme des aveugles – la peur au ventre – l’âme mal à l’aise – puis on retourne à son quotidien – immense – vital – disproportionné – la seule mesure de notre vie – plongé dans l’illusion d’optique – comme si tout le reste était trop lointain – trop abstrait – imaginaire – presque irréel…
Nous – rien – qu’un peu de matière agglomérée…
Et la mort – l’arrêt du souffle – une simple dislocation de l’agglomérat corporel…
La continuité – le long des ombres – une traversée – trop souvent – la suite du même sommeil – dans d’autres draps – dans un autre lit – dans une autre chambre que nous prendrons encore pour le centre du monde – dans un immeuble que nous ne prendrons pas la peine d’explorer…
Quant à la rue – à la ville – et tout le reste – inutile d’en parler ; nous continuerons de les ignorer…
Inconscience – torpeur et confusion – voilà qui est peu dire…
La tête dans un seau – comme un sommeil – une nuit – un périmètre – un étouffement progressif…
Sur le sable – au cœur d’une plage infinie…
Et ce qui crisse sous le pas – sous la langue – cette matière – un peu d’eau – de la salive – et ce souffle – cet air mélangé à la pierre concassée – à cette poussière de roche…
Le crachat – l’étouffement encore…
Nos existences – nos corps – notre parole – asphyxiés…