Carnet n°216 Notes sans titre
Tant que demeurera l’horizon – autant de fois que l’on nous le demandera – nous nous présenterons à la suite des choses – le visage recouvert par ce bleu immense – inconnu – incompris…
L’ermite – ici – et au loin – là-bas – la meute. L’éternité et les siècles – ce qui grogne (qui continue de grogner) et le silence – ce qui attend (avec fébrilité) et ce qui est serein – immobile…
Le ciel et la terre – séparés – tant que durera l’ignorance…
Nous – tout nous confondrait…
Tant de mélange et de remue-ménage qu’on ne sait plus où se trouve la place des choses…
Tout dans tout – n’importe comment – en apparence…
Mais la source combine avec intelligence – avec lucidité – initie nos gestes en obéissant au jeu et à la nécessité…
Ce qui nous compose – admirablement…
Ce qui nous manque révèle nos faiblesses – définit ce que nous sommes – notre visage de terre et notre visage de feu – ce que le ciel ne peut apaiser – cette faim que nous essayons de satisfaire à tout prix…
Et toutes les choses du monde avec lesquelles on emplit – très partiellement – très provisoirement – notre immensité…
Le bleu secret du monde que le rouge recouvre – que le gris obscurcit (un peu). La couleur exacte de notre présence…
Le seul royaume – en vérité – existe hors du temps – au bord du cercle dont nous croyons occuper le centre. Au croisement des dérives et du monde. A l’intersection de toutes les errances…
Au sommet de cette haute colonne – en général – on imagine Dieu – ou la lumière – assis au-dessus des territoires – au-dessus des frontières – au-dessus de tous les yeux tournés vers le ciel – à genoux – en prière – en ce lieu – quelque part – où tout arrive – où il faudrait se hisser – jamais là où nous nous trouvons – jamais à notre hauteur…
Au cœur – autour – partout – l’être – ce qui est nous-même(s) – identique et différent – sous nos traits – et autrement – vivant – invisible – notre visage – notre sève – notre essence…
L’unique porte du royaume – en soi – qui s’ouvre peu à peu…
Et rien que le silence complice…
Des mots comme des graines – disséminés par le vent – emportés parfois sur des terres propices – parfois sur des sols incultes. Qu’importe où cela tombe – qu’importe où cela fleurit – désert ou jardin – partout – la résurrection aura lieu…
Dans la virginale nudité de l’être…
Affranchi de toutes les corruptions possibles – ou les laissant advenir jusqu’au plus haut degré du sacré…
Du monde – en soi – jusqu’à ras bord…
Ce qui nous prend et nous enchaîne…
Un quotidien déséquilibré qui absorbe tout ce qui passe à sa portée ; choses – idées – bruits – fleurs – visages – soucis – comme mille petits cailloux dans les poches – tout un savoir inutile – des expériences (presque) sans valeur – de quoi (simplement) alimenter la défaite et l’élan suivant vers (espérons-le) le vide et le silence…
Rien à vaincre – rien à éloigner – rien à décider – oublier ce qui semble nous constituer – cette croyance en notre réalité individuelle…
Des instants – des élans et des courants – simplement – qui passent – qui nous défont ou nous emportent…
Rien de grave – pas l’ombre d’une chose sérieuse (ou inquiétante)…
Du vent et du rire devant tant de manières – devant tant de poussière – devant ce presque rien que nous sommes…
Comme des milliards de bulles d’air dans une sphère immense – du jeu et de la légèreté…
Mille bruits – mille confusions – des échanges et de la transformation dans un silence qui jamais ne refuse – qui jamais ne se lasse…
Ce qui est – et tous les possibles ; voilà ce que nous sommes – voilà notre tâche…
Ici – ailleurs – dehors ou dans notre chambre – qu’importe – nous ne pourrons jamais quitter le centre…
Ça palpite tant au fond du cœur que face au monde – face à la vie – face à la mort – l’âme est toute tremblante…
Seul l’Absolu (l’infini et l’éternité) peut consoler notre sentiment de finitude…
Un peu d’immensité dans presque rien…
Rien qui ne soit au sommet de l’âme – au sommet du monde…
Pour quelles raisons le tragique du monde – et celui de tout destin terrestre – ne nous rendent-ils pas plus sensibles… Sans doute parce que nous oublions le tragique pour trouver la force (et le courage) de vivre…
Des vies qui n’ont l’air de rien – et qui, de fait, ne sont pas grand-chose…
Ce qu’il reste – après le passage du temps – quelques vestiges branlants – puis, peu à peu, de la poussière – comme le seul règne possible de la matière – en dépit des apparences (toujours changeantes – toujours trompeuses)…
Rien ne peut être évité – chaque circonstance – chaque instant – chaque joie – chaque souffrance – a sa place dans notre existence – et dans celle de quelques autres ; à chaque fois – le moyen de nous révéler davantage – de nous approcher, peu à peu, de notre vrai visage…
Des mots frottés dans le sang – dans la sueur et les larmes – il ne peut y avoir d’autre écriture si l’on veut – un tant soit peu – aborder l’essentiel…
Des mots qui pèsent leur poids de chair et d’âme…
Le langage – très bien – mais rien ne peut réellement être dit – partagé…
Les livres – dans le meilleur des cas – ravivent ce que nous avons vécu ou éclairent ce que nous sommes en train de vivre. Et en offrant cette remémoration – ou en proposant leur éclairage – ils nous ouvrent les yeux sur l’importance de certains événements dans notre vie – et cette prise de conscience permet de les graver au fond de notre âme – au-dedans de notre chair – au-dedans de nous-mêmes. Certains ouvrages parviennent même à faire pénétrer ces expériences dans notre sang – à les transformer en substance personnelle – en part de soi incontestable…
Grâce aux livres (et à mille autres choses, bien sûr) – l’esprit peut comprendre que nous sommes bien davantage que ce que nous croyons être – au-delà de l’idée de nous-même, nous sommes aussi tout le reste – ces mille éclats du monde – ces mille émotions – tout ce qui nous a touché – ravi – blessé – meurtri… Qu’importe les expériences (et leur nombre), toutes sont une manière d’approfondir et d’élargir l’identité – de nous faire sortir de notre périmètre étroit…
Le monde comme un oubli de soi – une manière de s’absenter – de s’éloigner de l’essentiel…
Des continents négligés – un trou à la place du centre – le vide déshabité devenant, peu à peu, néant – insupportable vacuité…
Entre mille choses et l’infini – ce qui ne bouge pas – ce qui ne peut se décider – ce qui attend la fin du temps…
Des siècles d’arrangements et de compromissions au lieu d’affronter la solitude – de plonger dans son tête-à-tête – de réduire le monde à sa propre compagnie…
Du sang – du souffle – ce qui traverse l’esprit – les tentatives du langage – la parole terrestre – sans mémoire – sans repère – la lune sans le ciel – la malédiction de toutes les naissances…
Le sol et le ciel sans témoin…
Il n’y a qu’un peu de rêve dans l’océan – et des milliards de fenêtres sur l’infini. Et il suffit d’en ouvrir une (une seule) pour être accueilli…
Pas d’instinct – pas de ruse – pas de réification, ni d’esclavagisme…
La terre la plus paisible – ce qui offre à la chair son plus juste mélange…
Rien que des prémices – des expériences propédeutiques…
Des fenêtres et des phares pour éclairer la route…
Quelques rencontres – et un chemin à débroussailler au milieu des vestiges – l’enfer persistant d’autrefois…
L’absence du monde comme la possibilité de révéler l’Autre en soi…
Tant de présence à l’intérieur du jour…
Une parole qui prend appui sur l’âme et la pierre…
Tout au-dedans de l’attention – et le langage à la traîne – bien sûr…
Le monde à l’échelle du rire – peu de chose en vérité – quelques pierres dérisoires – un peu austères – un peu grises – merveilleuses – sur lesquelles s’agitent et s’éreintent trop d’âmes graves – trop de visages solennels…
Rien que des hauteurs – un langage sans prière…
Du sang neuf – renouvelé – sans sacrifice…
Du rôle – de l’efficacité – de la fertilité – bannis – rejetés aux marges du nécessaire – trop loin (beaucoup trop loin) pour exister réellement…
Le quotidien plus que solitaire – érémitique…
Une itinérance – de forêt en forêt…
Une tête sortie des enfers – et qui y retourne lorsque le séjour dans les cités – malheureusement – se prolonge…
La violence contre les parois – au-dedans et au-dehors…
La traversée – inévitable – de soi et du monde…
Rien qu’un sourire – et notre âme offerte – pour aller dans le monde – faire face aux visages – traverser les circonstances…
Et cette ardeur au-dedans qui nous pousse sur des chemins de plus en plus infréquentés…
D’un continent à l’autre – sur la même peau. Des paysages – des architectures à même la chair. L’apparence du monde…
Ça circule au-dedans de soi – et autour – comme si nous étions plusieurs à l’intérieur – au milieu du monde…
Ni séjour – ni destination – ni point de départ…
Le temps expurgé – libéré du temps. Des soustractions comme seules réponses possibles…
Mille manières de vivre – et une seule façon, sans doute, d’être au monde – vivant…
Tout nous dirige au-dehors – là où l’on imagine être mieux – davantage – rassemblé ; des fragments réunis – plus vifs – lavés de la mémoire – avec, derrière nous, un grand mur blanc – et devant, un petit tableau noir sur lequel pourrait s’écrire l’avenir…
L’opportunité de la glaise – ce que nous croyons être une chance – et qui n’est, sans doute, que le prolongement de l’épreuve – une terre réservée aux âmes opaques – encore trop peu sensibles – encore trop sujettes à la grossièreté de la matière…
Nous – sans être nous – mille visages sous l’apparence…
Le masque et le temps – jetés à terre – et rien à la place – pas le moindre édifice – ni soi – ni un Autre – et moins encore d’effigie – quelque chose d’indéfini – d’indéterminé – changeant et provisoire – toujours…
Quelques drames encore – à l’intérieur – les répliques, peut-être, de la secousse initiale – gigantesque – magistrale. Des vagues – un courant – l’air du large et l’océan. Des naufrages et quelques archipels – refuges fragiles au milieu des eaux…
Un peu de blancheur sur notre peau brunie – sur notre peau toute fripée – à force de voyage – à force d’immersion…
Ce qui loge – en nous – cherche à tâtons tous les possibles – une voie navigable – une autre naissance – le moment décisif pour s’échapper…
L’ardeur du sang qui circule – avide d’air nouveau et de ciel moins bas – de fenêtres ouvertes sur quelques étoiles – trop lointaines pour être atteintes – simple manière de rêver – de s’offrir sans effort un peu de lumière…
Le monde – une géométrie sans équation dont nous serions, peut-être (qui sait ?), l’inconnue principale – la trajectoire – l’infini – et, sans doute, la valeur relative à déterminer – une somme aporétique non modélisable – et sans aucune représentation exacte possible…
La vie comme un chemin – en nous – entre nous – un voyage – mille errances – des peurs et des habitudes – des masques et des armures – mille incompréhensions…
Mille tentatives de se tenir debout…
Et quels que soient les efforts, le courage et les batailles – la victoire, à la fin, de l’horizontalité – du bois et de la pierre sur la chair…
Sous la même arche que le vent – à demi emporté – comme si nos pieds ne touchaient plus terre. Nous nous déplaçons ainsi – d’une rive à l’autre – d’un langage à l’autre – d’une vérité à l’autre – toujours tourmenté – toujours au-dessus des choses – sans certitude – sans territoire – la chair partout dispersée…
Vivant – comme si vivre était le seul voyage – la seule aventure possible…
Nous n’abritons rien – nous n’allons nulle part. Tout existe déjà – sans cause première – (presque) sans raison – le corps – le langage – les civilisations – débris d’une chair unique – fragmentée par la volonté originelle et les mille tempêtes du monde…
D’automatisme en automatisme – la vie passe – se déroule – dans une sorte de sommeil continu – comme une torpeur épaisse du début à la fin – et (presque) sans la moindre étincelle de conscience…
L’ombre, la faim et le néant – très (très) peu enviable l’existence sur terre…
Personne – comme le signe d’une vérité. Et l’individualité qui rechigne encore à s’effacer. Vivant au milieu de ce double visage – entre ces deux perspectives – ces deux formes de réalité…
Au carrefour du visible et de l’invisible – de l’apparence et des profondeurs – de l’évidence (si souvent trompeuse) et du secret (parfois transparent)…
La vie descendue des étoiles – à même le sol – à même le sang – au milieu de la mort et des larmes. Au cœur de la finitude (du plus tragique) dont l’éternité (joyeuse) n’est pas toujours (loin s’en faut) perceptible…
L’aube – la vie – le monde. Mille chemins – mille manières de s’approcher du silence…
Et le même vertige dans le sang…
De l’ombre quotidienne – comme des couches de mémoire superposées – présentes depuis (trop) longtemps – sans le moindre consentement…
La folie de mille Autres – en soi. Comme une tempête permanente. Des secousses hors de leur territoire. Des victimes et des meurtriers…
L’âme exsangue et la main assassine…
L’ardeur d’un fauve sur sa proie…
Et des larmes qui coulent sur les joues…
Partout – l’infamie – la tristesse et la culpabilité…
Rien que des prémices – rien qu’une succession de jours. Des souliers – des pas – des chemins. Et mille territoires à explorer. Et, plus que tout, ce que l’âme aimerait découvrir…
Seul plutôt que dans la fausse compagnie des Autres. Seul plutôt qu’au milieu du cirque – de la comédie – de la grande mascarade. Seul – hors du cercle – hors de la scène – hors même du théâtre…
Sur un banc – quelque part – loin – très loin – là où le monde n’est plus le monde…
Entre les pierres et le sommeil – la source à trouver…
Rien que nos paumes ouvertes face à ce que la vie défait…
L’Amour – parfois – comme un poing fermé – une chair blessée qui se recroqueville – une âme aux ailes déchirées que l’on jette dans le premier fossé…
Et – parfois – une manière de revenir à soi – de protéger l’essentiel des assauts du dehors – de se resserrer sur ce qui a été épargné par le monde – sur ce qui aspire à se régénérer – à renaître – à se déployer – l’Amour lui-même…
Plongé dans le monde comme au cœur du rêve d’un Autre – lointain – abstrait – irréel…
Au cœur de la même densité qui – chaque jour – se creuse davantage…
De plus en plus loin du cercle – de plus en plus invisible – comme si nous n’avions plus que deux yeux à la place du visage…
Ce qui nous relie – dans l’intimité du jour…
Une manière de bouger les lèvres – et dans cette parole – sentir toutes les secousses de l’âme – l’être vibrer jusqu’au cœur…
Une parole pleine – dense – profonde – qui n’a d’égale que le silence…
Une âme sans boussole – sans arme – sans étiquette – prête à innocenter le monde – à accueillir tous les suicidés – ouverte même aux siècles imbéciles empêtrés dans la ruse, le mensonge et l’infamie…
Rien de grave – ni d’inquiétant – le monde qui tourne – la vaste colonie humaine dans ses œuvres d’envahissement – les bêtes que l’on égorge – la terre que l’on exploite – les plantes que l’on sème en ligne – en masse – pour le fourrage humain – les pierres et les sous-sols que l’on pille…
Rien de grave – ni d’inquiétant – le point culminant, sans doute, de l’hégémonie et du massacre – l’apogée de l’horreur organisée – la consécration joyeuse des crimes et des tueries industrielles…
La danse des bâtons – autour de soi – farandole qui nous encercle – qui se resserre – sur le point de nous étouffer…
A vivre – comme si le naufrage était la seule destination possible – comme une course arrêtée – un voyage stoppé net – une chute, puis des dérives – la poursuite de l’errance – ailleurs – autrement – la continuité de la pente…
Ce qui nous fait pencher – puis, basculer. Ce qui nous précipite dans le vide – vers nous-même – dans l’attente inconsciente de ce tête-à-tête déterminant…
A vivre – et la nuit – et dans la proximité des étoiles – dans un mouvement de balancier – avec d’étranges oscillations entre le rêve et le recommencement. Comme une respiration – un battement régulier – un ballet mécanique…
A vivre dans le règne permanent des mondes parallèles – le sommeil en tête….
Au carrefour des crucifiés – au milieu de l’absence – au cœur de tout ce qui (nous) sépare…
Le monde comme un tunnel – une fausse issue vers le silence – un poids suspendu au-dessus de nos têtes – un point (minuscule) dans l’espace – rien dont nous puissions être sûrs…
Rien n’émeut la foule et l’homme ordinaire – trop crispés sur leurs habitudes – sur leurs certitudes – où l’Autre et le monde n’existent pas – ou seulement comme possibilité d’assujettissement ou de jouissance…
L’humanité – avec ses modes relationnels grossiers – qui voudrait nous faire croire qu’elle est ce qu’elle ne peut être encore…
Des vies à remplir – du temps à occuper – mille manières de se distraire…
Rien – que des lambeaux du monde défait – des bribes de matière et d’histoires. Ce qui brille comme une évidence devant nos yeux…
Rien – comme du néant habillé de ciel – mais, en réalité, du ciel habillé de néant. L’essentiel déguisé en multitude – recouvert de parures et de superflu…
Rien ne peut être dit – la parole comme la marque d’une infirmité. Seul le geste révèle l’envergure du silence – et le mystère que nous sommes…
Pure émotion – le tragique et l’humilité – l’innocence et la nudité – l’incertitude et l’inconnu...
Quelque chose comme un regard sur une porte immense qui s’ouvre peu à peu…
Le lent effacement d’une identité mensongère devant l’apparition progressive de notre vrai visage…
Tout ce qui nous détourne – nous distrait – nous éloigne. Une manière de tourner en rond – une forme d’errance en boucle, en quelque sorte…
C’est cela que les hommes privilégient – cette façon de vivre ; mille choses – mille gestes – mille actes – pour tenter d’échapper au pathétique et à la tragédie…
Comme une terre étroite – sans soleil – sans horizon – tout juste de quoi se tenir debout et mettre un pied devant l’autre…
Seul – sans alliance – hors de tous les cercles – ceux des victoires et ceux des massacres. A l’écart – sans ressemblance – sans assemblée – au milieu de personne – en soi – comme le monde et le reste…
Ce que le monde nous interdit – ce que l’âme nous autorise – le baiser aventureux sur les lèvres de l’Autre et ce goût de mort qu’il nous laisse dans la bouche – le soin de notre carcasse usée par les amours déçues – notre âme épaisse et le sang encore vif dans nos veines…
Tout ce qui désobstrue la vue…
Tout ce qui favorise la lucidité…
Trop de distance entre nous et les Autres pour être entendus – appelés – compris – ensemble…
Les heures – à présent – s’écoulent – singulières – intenses – vibrantes – uniques. Et tout est contenu dans leur silence…
Notre solitude – autour du noir – au milieu de la lumière. Un désert comme un centre – un carrefour où mènent toutes les routes – quelque chose qui ne s’atteint que par l’errance et l’abandon…
Ce que la vie brûle et défait – exactement ce qu’elle nous a offert au fil des pas – le présent en plus – celui de nous laisser seul(s) avec nos douleurs et nos questions – et la réponse au centre – au fond de l’attente qui se creuse à mesure que l’on s’abandonne – à mesure que l’on se laisse submerger par la désillusion qui dessine autour de nous – puis, en nous – des paysages de défaite et de désolation – une forme de néant – le terrain le plus propice à la découverte – et à la rencontre – de ce que nous sommes…
Une paire d’yeux pour cisailler le réel – un regard pour oublier – et deux mains pour consoler ce qui en nous – ce qui partout – n’a encore compris…
Du silence et de la grisaille. Rien d’autre aujourd’hui. Une partie du cœur – là – présente – et l’autre ailleurs – on ne sait où – partie, peut-être (l’idiote) rattraper un bout de vérité qui s’enfuyait…
Existence cachée – étrangère aux hommes – proche de la parole discrète et du silence – des bêtes – des arbres – des pierres – de la nuit désertique…
A se détourner du monde comme l’on se détournerait d’un monstre odieux – répugnant – méprisable…
D’un labyrinthe à l’autre – d’un sommeil à l’autre…
Vivre ; déambuler – se cogner – rêver – les yeux clos…
L’absurde existence de surface qui n’a (encore) trouvé son ancrage intérieur – vertical – le socle de toute matière – de tout phénomène – sa connexion au cœur infini…
Rien – la mort – comme un compte à rebours…
Ici – rien de ce qui était – rien de ce qu’il y avait – autrefois – le passé vaincu – le temps bouleversé – presque à terre…
Une marche lente à travers les jours qui se succèdent – parmi personne – les seuls visages ont disparu ou se trouvent à l’intérieur – et parfois les deux…
Nous ne savons plus où aller – ni où jeter les contenus successifs de la tête…
Nous flottons autour – au-dessus de nous-même – quelque part – là où nul ne peut nous voir – là où nul ne peut nous retrouver…
Entre l’invisible et l’inexistence – nous sommes…
Ça tourne au-dedans de tout – ce sable – ces rêves – nos mille substances…
Ça se dilate – ça se rétracte – ça devient, peu à peu, une extension du corps et du langage – un monde prolongeant le monde – un surcroît d’océan – un ciel extensible avec, dans chaque repli, des milliards de galaxies – des milliards de visages étranges – des images, peut-être, que l’on projette sur nos propres murs – dans cette enceinte étroite qu’est la tête – les sous-sols de l’esprit – le même espace qu’aux origines mais recouvert d’os – de sable – de pierres – de vieux rêves brisés – une aire obstruée (presque entièrement) – saturée – pleine – qui est devenue trop limitée (à présent) pour accueillir une seule parole – une seule once de vérité…